Correspondance de Napoléon – Mars 1801

Paris, 20 mars 1801

PROCLAMATION

Français, une paix glorieuse a terminé la guerre du continent.

Vos frontières sont reportées aux limites que leur avait marquées nature. Des peuples, longtemps séparés de vous, se rejoignent à leurs frères et accroissent d’un sixième votre population, votre territoire et vos forces.

Ces succès, vous les devez surtout au courage de nos guerriers, à leur patience dans les travaux, à leur passion pour la gloire, à leur amour pour la liberté, pour la patrie: mais vous les devez aussi à l’heureux retour de la concorde, et à cette union de sentiments et d’intérêts qui , plus d’une fois, sauva la France de sa ruine.

Tant que vous fûtes divisés, vos ennemis n’espérèrent pas de vous vaincre: ils espérèrent que vous seriez vaincus par vous-mêmes, et que cette puissance, qui avait triomphé de tous leurs efforts, s’écroulerait dans les convulsions de la discorde et de l’anarchie.

Leur espoir a été trompé. Que cet espoir ne renaisse jamais !

Soyez éternellement unis par le souvenir de vos malheurs domestiques, par le sentiment de votre grandeur et de vos forces; craignez d’avilir par de lâches passions un nom que tant d’exploits ont consacré à la gloire et à l’immortalité.

Qu’une généreuse émulation féconde nos arts et notre industrie; que d’utiles travaux embellissent cette France que les peuples ne nommeront plus qu’avec respect et admiration; que l’étranger, qui s’empressera de la visiter, retrouve parmi vous ces vertus douces et hospitalières qui caractérisèrent vos aïeux; que toutes les professions s’élèvent à la dignité du nom français; que le commerce, en reformant ses relations avec les autres peuples, y porte cette fidélité qui fixe la confiance et qui assoit la fortune, non sur des spéculations hasardées et fugitives, mais sur des rapports constants, dont l’estime et l’intérêt mutuel garantissent la force et la durée.

Ainsi notre commerce reprendra le rang qui lui est dû; ainsi se fortifieront les liens qui attachent à notre cause les peuples éclairés du continent de l’Europe; ainsi cette nation même qui est encore armée contre la France abjurera des prétentions excessives, et sentira enfin qu’il n’est, pour les peuples comme pour les individus, de bonheur véritable que dans la prospérité de tous.

 

Paris, 20 mars 1801

Au citoyen Forfait ,ministre de la marine et des colonies

Je vous prie, Citoyen Ministre, de me faire connaître pourquoi les poudres du Ripault ne passent pas 80 toises, et qui les a acceptées.

 

Paris, 20 mars 1801

DÉCISION.

Le ministre de la marine propose d’approuver qu’une somme de 10,000
francs soit comptée à Fulton, pour le mettre à même de faire à Brest une
expérience complète du Nautilus, et de lui allouer certaines sommes à titre de récompense.
Le Premier Consul souscrit à cet arrangement.

 

Paris, 20 mars 1801

Au citoyen Forfait, ministre de la marine et des colonies

Faites partir en poste, Citoyen Ministre, trois capitaines de vaisseau, trois capitaines de frégate, six lieutenants de vaisseau, douze enseignes, trois agents comptables, trois officiers de santé, pour se rendre à Cadix, où ils seront sous les ordres du contre-amiral Dumanoir et destinés à commander les trois vaisseaux donnés par l’Espagne.

Faites partir de Rochefort, Bordeaux ou Bayonne, une goélette avec trente officiers mariniers qui débarqueront au Ferrol, et de là se rendront à Cadix.

Faites partir de Toulon ou Marseille une tartane ou un chebec, avec trente officiers mariniers, qui se rendront à Carthagène ou Malaga, et de là, par terre, à Cadix.

Ces soixante officiers mariniers seront choisis parmi les hommes les plus nécessaires à l’armement d’un vaisseau, tels que ceux qui ont soin de la sainte-barbe, des cordages, agrès,, etc.

Les trois vaisseaux ainsi organisés en état-major et en officiers mariniers, il sera possible de tirer de l’Espagne et du Portugal tous les matelots français qui s’y trouvent, ce qui, joint à la garnison mettra ces vaisseaux à même de mettre à la voile quelques jours après que, par un moyen quelconque, ils auront reçu un nombre de matelots suffisant.

Écrivez au contre-amiral Dumanoir, et, si vous le jugez nécessaire, envoyez un officier d’administration du port pour accélérer l’armement de ces vaisseaux.

 

Paris, 21 mars 1801

DÉCISION

Le ministre de la police générale signale la lâche conduite de neuf gendarmes qui ont laissé piller la diligence de Clermont à Lyon, qu’ils escortaient.Faire traduire ces neuf gendarmes devant un conseil de guerre, et me faire connaître leurs noms, les lieux de leur naissance et les corps où ils ont servi.

 

Paris, 22 mars 1801

Au citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures

Je vous prie, Citoyen Ministre, d’écrire au citoyen Cacault qu’il doit faire connaître au Pape que je vois avec peine l’accueil fait dans ses États au cardinal Maury et la mauvaise conduite de ce prélat.

 

Paris, 22 mars 1801

Au citoyen Talleyrand

Vous trouverez ci-joint, Citoyen Ministre, une lettre qui donne des détails sur les troubles que cherchent à exciter à Malines, Anvers et autres lieux, des prêtres du bailliage d’Emmerich; demandez au Gouvernement prussien l’extradition de ces individus entre les mains des autorités françaises.

 

 Paris, 22 mars 1801

Au général Murat, commandant de l’armée d’observation du midi

Le citoyen Alquier doit, Citoyen Général, être, à l’heure qu’il est, arrivé au quartier général.

Vous ne devez pas prolonger l’armistice. La paix doit se conclure, et vous devez mettre en marche le général Soult sans aucun délai, pour occuper la presqu’île, si importante et si nécessaire pour secourir notre armée d’Égypte.

Si les négociations tirent en longueur, entrez dans l’État napolitain, portez votre quartier général à Aquila, et levez tous les obstacles. Si, arrivé là, le roi ne consent pas à souscrire aux conditions modérées que lui offre le citoyen Alquier, marchez à Naples.

Vous ne devez recevoir aucune distinction ni présents quelconques du roi de Naples ni d’Acton. C’est le seul cabinet qui, par son horrible conduite, a mérité l’exécration de toute l’Europe.

On m’a dit que le cardinal Ruffo voulait vous offrir un cheval; vous devez également refuser; cet homme a joué un rôle trop méprisable.

Que la division que vous enverrez à Tarente soit munie de tout ce qui lui est nécessaire, et prenne toutes ses précautions pour être en garde contre la trahison napolitaine.

Employez sous vos ordres le général Muller; c’est un militaire distingué et dont on me dit beaucoup de bien. Lorsque, d’ailleurs, ces premières opérations seront finies, si je juge que vous puissiez venir quelque temps à Paris, cet officier général sera dans le cas de vous remplacer momentanément dans le commandement de l’armée.

Si vous recevez des nouvelles d’Égypte ou d’Abercromby, envoyez-les par un courrier extraordinaire, ainsi que celles que vous auriez de l’escadre de Ganteaume, partie le 28 (19 février 1801) de Toulon avec 4,000 hommes de débarquement.

Envoyez un de vos officiers au sénat de Raguse, pour lui dire que, ne doutant pas qu’il ne désire m’être agréable, je verrai avec plaisir qu’il expédie en Égypte, sur deux bâtiments, des boulets, 500 fusils, et d’autres objets; le général Menou lui remboursera cette cargaison en riz, café et sucre. Cette expédition peut être faite dans le plus grand secret.

 

Paris, 24 mars 1801

Au citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures

Je vous prie, Citoyen Ministre, d’expédier un courrier extraordinaire au Citoyen Alquier; vous lui direz de ne pas prolonger l’armistice, de ne pas perdre un instant, d’obtenir le passage de la division française pour Tarente, ou bien de laisser agir le général Murat, parce que, à tel prix que ce soit, il faut que le général Murat ne perde pas un jour à occuper ce point important.

Je vous renvoie un mémoire qui me paraît renfermer de bonnes vues; recommandez-le à Alquier, ainsi que de nous obtenir deux vaisseaux et deux frégates napolitaines; cela serait d’un bon secours pour notre marine.

 

La Malmaison, 24 mars 1801

Au citoyen Fouché, ministre de la police générale

Le Premier Consul me charge, Citoyen Ministre, de vous transmettre la note ci-jointe. Elle lui est présentée par le citoyen Lepeletier de Rosanbo l’aîné, descendant direct du maréchal de Vauban et petit-fils de Malesherbes, qui demande la radiation des enfants de son grand-père.. Vous jugez combien les vertus rappelées par de tels noms inspirent d’intérêt au Premier Consul. Il désire que vous lui présentiez, le plus promptement possible, votre rapport sur la réclamation de Pauline Lamoignon-Malesherbes et de Charles-Philippe Montboissier.

 

Paris, 24 mars 1801

Au citoyen Forfait, ministre de la marine et des colonies

Un courrier de Madrid m’apprend à l’instant, Citoyen Ministre, que le contre-amiral Dumanoir est déjà arrivé à Cadix, pour y choisir les trois vaisseaux; que ces vaisseaux seront armés par l’Espagne, hormis les matelots, et approvisionnés pour trois mois de vivres.

Réitérez vos ordres à tous les individus qui doivent compléter l’état-major de ces vaisseaux de partir en poste et de se rendre à Cadix le plus tôt possible.

J’approuve fort la mesure que vous avez prise de faire rendre à Cadix les 740 marins provenant de l’expédition de Landolphe (Jean-François Landolphe, 1747-1825, capitaine de vaisseau, héros malheureux de l’expédition envoyée sur les côtes d’Afrique et dans l’Atlantique sud.)

Faites-moi connaître les mesures que vous vous proposez de prendre pour compléter les équipages de ces trois vaisseaux, et le jour où vous espérez que les matelots arriveront à Cadix.

 

Paris, 25 mars 1801

Au général Berthier, ministre de la guerre

J’ai Parcouru, Citoyen Ministre, le rapport que vous m’avez remis sur les revues du trimestre de germinal au VIII.

Ce rapport a été fait dans l’an IX, et cependant il manquait encore aux inspecteurs généraux cent onze revues du trimestre de germinal, et, entre autres, les revues entières de 23 demi-brigades, 10 régiments de cavalerie, 4 d’artillerie, et même de quelques brigades de gendarmerie. Cela ne peut provenir que de la négligence de quelque inspecteur ou sous-inspecteur ou de la mauvaise administration des corps. Dans l’un et l’autre cas, portez-y remède.

Je désire que vous me remettiez, dans le courant de germinal, les revues du premier trimestre de l’an IX.

Sur ces états de revues, 56,000 hommes sont portés comme étant aux hôpitaux; cependant, d’autres états m’ontprouvé qu’il n’y en avait pas plus de 30,000.

On a confondu les hommes embarqués et ceux en jugement,, ces deux classes doivent être distinctes.

On a confondu dans une même colonne les hommes désertés ou rayés du contrôle; ce sont deux objets différents.

Faites connaître aux inspecteurs généraux que l’ordre dans l’administration et les finances ne peut être rétabli que par le succès qu’ils obtiendront dans la confection des revues; que j’espère que les revues de l’an IX ne laisseront rien à désirer, et que l’on pourra, d’après elles, contrôler la solde et les fournitures de tous les corps.

 

Paris, 25 mars 1801

Au général Berthier

Les Anglais, Citoyen Ministre, lors de la crainte qu’ils eurent d’une descente en Angleterre, firent construire des voitures portant 22 hommes d’infanterie, qui, traînées par quatre chevaux, les portaient rapidement sur le point où il était nécessaire.

Il se présente souvent des circonstances où de pareilles voitures pourraient être très-utiles. Je désire que vous en fassiez construire une. Si elle réussit, on pourra en construire sept à huit qui, indépendamment de tout autre usage, pourront servir à escorter, dans les départements de l’Ouest, l’argent que l’on est obligé d’envoyer à Brest.

 

Paris, 25 mars 1801

Au citoyen Forfait, ministre de la marine et des colonies

J’ai reçu, Citoyen Ministre, vos états fournis par le munitionnaire la marine pendant l’an VIII. Je vous envoie un rapport lumineux citoyen Champagny, conseiller d’État.

Je vous prie de me faire un rapport particulier:

1° Sur les raisons qui ont pu déterminer à recevoir pour 5 millions de fournitures partielles;
2° Quelle est l’autorité qui a pu autoriser la dépense de 2,900,000 francs alloués au munitionnaire;
3° Quelle est la quantité de rations prises dans le courant de l’an VIII, à bord de l’escadre, afin de connaître, d’une manière précise, le nombre de marins à ration complète que la nation a nourris pour l’an VIII.

Je vous prie également de me donner cet état par préfecture maritime, et enfin la balance des munitionnaires pour l’an VIII.

 

Paris, 25 mars 1801

Au citoyen Forfait

Je vous envoie, Citoyen Ministre, votre rapport sur la situation des munitionnaires de la marine. Ce rapport ne me satisfait d’aucune manière :

1° Parce qu’il confond les exercices ans VIII et IX
2° Parce qu’il me présente des résultats en masse, au lieu de me faire le compte particulier de chaque préfecture;
3° Parce que nous sommes aujourd’hui en germinal, et que la balance du premier trimestre devrait être connue;
4° Parce qu’il n’est pas question, dans leur balance, de ce qui doit leur être retenu pour ce qu’ils ont reçu  du citoyen Ouvrard.

Je ne pense pas que vous deviez donner à ces munitionnaires plus que vous n’avez donné jusqu’à présent, au moins jusqu’à ce que les états soient en règle et aient été mis sous les yeux des Consuls, qui prendront alors une délibération.

Je désire aussi que vous terminiez l’affaire du citoyen Ouvrard. Je vous prie donc d’envoyer toutes les pièces qui le concernent, et toutes les décisions prises en conseil d’administration pendant l’au VIII, au citoyen Champagny, conseiller d’État, afin qu’il me puisse faire un rapport général sur toute cette affaire, et que je puisse prendre un parti définitif.

 

 Paris, 28 mars 1801

ARRÊTÉ

ARTICLE ler. – Il sera formé une commission composée des citoyens 1° Vieillard, 2° Target, 3° Oudart, 4° Treilhard, 5° Blondel, pour s’occuper de la composition du code criminel.
ART. 2. – Cette commission se réunira chez le ministre de la justice.
ART. 3. – Son travail sera présenté au Gouvernement en messidor.
ART. 4. – Les membres de cette commission assisteront aux séances du conseil d’État, lorsque ce code y sera discuté.
ART. 5. – Le ministre de la justice est chargé de l’exécution du présent arrêté.

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Mettre dans le journal officiel que le code civil a été envoyé aux vingt-neuf tribunaux d’appel de chaque ressort; chacun de ces tribunaux doit le faire examiner par une commission de trois membres, et envoyer ses observations avant le 20 prairial.

 

Paris, 30 mars 1801

Au citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures

J’ai rappelé au Conseil d’État, Citoyen Ministre, les Citoyens Petret et Dejean. Faites-moi un rapport sur les individus que vous croyez propres à les remplacer. Le général Defralles (?) me paraîtrait convenir à Gênes. Le général Masséna parait désirer rester à Paris; faites moi connaître par qui on pourrait faire accepter le poste de Copenhague.

 

Paris, 30 mars 1801

Au citoyen Fouché, ministre de la police générale

Mon intention, Citoyen Ministre, est que le nommé Montlosier, qui vient d’Angleterre soit renvoyé le 13 de Paris, et, dans le courant de la décade, soit rendu à Calais ou à Boulogne, pour de là repasser en pays étranger. Vous pourrez le faire venir pour lui dire qu’il peut employer ce temps à révéler au citoyen Talleyrand, ou à vous, ce qu’il aurait à me faire connaître.