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Vedel Dominique (1771 – 1848)

Dominique Vedel
Dominique Vedel

Dominique-Honoré-Marie-Antoine VEDEL, naquit le 2 juillet 1771, à Mo­naco, mais il appartenait à la France par son origine, et sa famille, longtemps habitante de cette partie du Languedoc qui devint le départe­ment du Gard, avait fourni des militaires; aussi prit-il du service dès sa treizième année (le 6 mars 1786); officier dès 1787; lieutenant en 1791; capitaine en 1792, il fit en cette qualité sa pre­mière campagne du Nord, contre les Autrichiens.

Il vit le feu pour la première fois à l’affaire de Winton. Lorsque plus tard les Anglais débarquèrent en Corse, Vedel y fut envoyé à la tête d’une compagnie franche; et bientôt il fut investi du commandement de tout ce qu’il y avait dans l’île de compagnies semblables. Le service était des plus actifs. Sa troupe fut chargée de servir l’artillerie des villes dont les Anglais formaient le siège.

Vedel et les siens se distinguèrent surtout à Calvi, par l’habileté comme par l’opiniâtreté de la défense. Les ennemis avaient fait brèche ; et non seulement la brèche était praticable, mais nos batteries étaient démontées. L’assaut eut donc lieu ; mais accueillis avec une remarquable vigueur, les Anglais tournèrent leurs efforts sur d’autres points de l’île.

Nous retrouvons ensuite Vedel en Italie, lors des glorieuses campagnes de 1796 et 1797. Il y déploya sa vaillance et son intelligence accoutumées au passage du Pô, à celui de l’Adda, aux deux affaires de Lonado et de Salo. De plus, il fut chargé de plusieurs mis­sions importantes, et reçut à lui seul, preuve de la confiance qu’avait en lui l’illustre général en chef, la tâche d’aller en Tyrol à la recherche de la division Augereau. Cela ne se pouvait qu’en enfonçant à l’intérieur de la partie orientale de la province, et après avoir ou forcé le passage, ou passé à la sourdine entre des colonnes autri­chiennes.

Les circonstances l’amenèrent au pre­mier parti. Un gros détachement d’Autrichiens voulut lui barrer le passage; infanterie et cava­lerie furent culbutées en peu d’instants; il enleva de plus leur poste de réserve, et de tous les an­tagonistes, 400 restèrent prisonniers de guerre en ses mains. Poussant plus loin après ce succès, il arbora le drapeau français à Feltre, puis sur les murs d’Udine, où nul n’avait encore pénétré. La division Augereau, à laquelle il s’était ainsi mis à même de donner la main, ayant débouché du Tyrol, il se rabattit sur le gros de l’armée.

Charles Pierre François Augereau
Charles Pierre François Augereau,

On sait quels événements suivirent tant de hauts faits d’armes, dont, il est aisé de le voir, Vedel eut une bonne part. Les préliminaires de Campo-Formio donnèrent d’abord l’espoir de la paix ; mais, à peine Bonaparte parti, Bonaparte en Egypte, l’Autriche fit massacrer les plénipoten­tiaires français, et la guerre recommença. Le 11 septembre 1798, il opérait sur Sanguinetto, n’ayant avec lui que 15 chasseurs à cheval, une diversion favorable au mouvement général de l’armée, et il atteignait ce village après avoir, avec des forces numériquement si faibles, combattu trois escadrons échelonnés sur la route.

La bataille de Rivoli suivit bientôt. Vedel y com­manda l’artillerie de la 7e demi-brigade légère, et par ses manœuvres hardies et savantes, il s’empara de la chapelle San-Marco, poste impor­tant, clef de position, que le général autrichien tenta vainement de reprendre.

Chargé ensuite d’aller, à la tête des grenadiers de la division Grenier, attaquer les retranchements autrichiens, à la gauche de Bussolengo, il déploya dans l’exé­cution de cet ordre l’entrain le plus vif, la valeur la plus opiniâtre et, par sa vigueur décisive comme par l’intelligence de tous ses mouve­ments, il mérita d’être mentionné dans l’ordre du jour de l’armée. Le grade de chef de demi-brigade fut la récompense du dévouement et du courage qu’il venait de faire éclater en cette journée, mais où il eut une jambe cassée et fut laissé pour mort pendant plusieurs heures.

Un peu plus tard, Vedel passe avec sa demi-brigade à l’armée des Grisons, dont les mouvements se lient toujours à ceux de l’armée d’Italie, mais qui n’en forment pas moins, pour le moment, un corps à part.

Bonaparte, Premier consul
Bonaparte, Premier consul

Les événements marchent, le géné­ral en chef d’Egypte a fait sa réapparition en Europe, Paris a vu le 18 brumaire, et l’Italie a  vu Marengo. Vedel, le 10 novembre 1800, est l’ un des 400 hommes d’élite qui, sous les ordres du général de brigade Veaux, marchent sur les redoutes autrichiennes au mont Tonal, et dé­fendent les passages de Valdi-Sole. Après l’inexé­cution de la clause du traité d’Amiens par la­quelle le cabinet de Saint-James avait promis de rendre Malte à la France, il fit partie du camp de Boulogne, et bientôt après il fut compris dans le 5e corps d’armée que commandait Lannes.

Il eut part à la prise d’Ulm; c’est lui qui s’empara des redoutes avancées, parmi lesquelles, notam­ment, celle de Frauensberg était un point d’ex­trême importance pour le succès de la journée. Ce succès, il est vrai, il faillit le compromettre en voulant le pousser trop loin, sans assez tenir compte des circonstances.

Voyant les défenseurs de la redoute opérer la retraite, il lança ses ar­tilleurs ; en changeant la retraite en déroute, ceux-ci purent, avec les fuyards, franchir les portes de la place et, secondés par les tirailleurs du 51e de ligne, faire 1.200 prisonniers qu’on désarma sur-le-champ et dont les armes furent disposées sur place en faisceaux.

Mais 7 à 8,000 ennemis qui se trouvaient dans les bas­tions, voyant que le colonel Vedel n’était pas soutenu, tombant sur leurs armes qu’ils avaient à deux pas d’eux, recommencèrent la lutte avec l’avantage du nombre et l’assurance d’un prompt renfort au cas où le besoin s’en ferait sentir. Cerné de toutes parts, Vedel resta prisonnier.

Heureusement il fut, au bout de quelques jours, compris dans un cartel d’échange, et il ne tarda pas à coopérer derechef à l’exécution des grands plans de l’empereur. Le 30 novembre (trois jours avant Austerlitz), il tint seul avec son régiment la campagne en présence de l’armée russe, qui venait s’adjoindre aux Autrichiens.

AusterlitzLe jour même de la bataille, il fut chargé d’aller se poster au Santon, point singulier de la ligne stratégique, où il devait servir de pivot à la gauche de l’ar­mée. Il eut, soit pour en prendre possession, soit pour s’y maintenir, une force de 5 à 6,000 Russes à contenir. Il fit mieux, il les repoussa, et l’empereur le nomma général de brigade.

C’est en cette qualité qu’il fit la campagne de Prusse. Il a part à la bataille de Saalfeld; le 10 octobre 1806, il se signale dans les plaines d’Iéna. L’em­pereur, en ce jour où la lutte devient capitale, a voulu retenir sous ses ordres immédiats et comme partie de sa réserve la brigade de Vedel, en attendant que sa garde arrive, conduite par Lefebvre, et quand cette dernière est là, Vedel, par ses ordres, va renforcer successivement plu­sieurs points, ou menacés, ou trop peu garnis dans les commencements : Vedel enlève plusieurs positions à la droite de l’ennemi, lui fait nombre de prisonniers et le poursuit au galop jusqu’aux portes de Weimar.

La bataille de Pultusk
La bataille de Pultusk

Le 26 décembre suivant, à affaire si chaude de Pultusk, la brigade Vedel se signale encore, et enfonce les deux premières lignes russes. Ce ne fut pas sans payer son suc­cès de quelques pertes : Vedel lui-même fut at­teint de deux blessures, l’une au genou gauche, en dépit de laquelle il continua de donner ses ordres avec la même sérénité, toujours sur le champ de bataille; l’autre, par un coup de biscaïen qui le renversa sur le sol : heureusement la fusillade et la canonnade allaient faiblissant ; la victoire s’était prononcée en faveur des Français.

Vedel fut nommé gouverneur de Nogat et de la place de Marienbourg, ce qui, vu les circonstances et l’imminence d’hostilités nouvelles, constituait un poste important. Grâce à des me­sures habilement combinées, il sut en peu de temps relever les fortifications de la place et pourvoir à l’approvisionnement de l’armée, can­tonnée aux environs, après la journée d’Eylau.

Mais à ces opérations d’administrateur ne bor­nèrent pas ses services en cette mémorable an­née. Relayé à Marienbourg, où dorénavant, l’essentiel étant accompli, les difficultés étaient devenues minimes, il reprit un commandement actif et fut chargé d’organiser et commander par intérim la seconde division du corps de réserve qu’avait sous ses ordres le maréchal Lannes.

On le vit, à la bataille de Gustadt, poursuivre les Russes à la tête de cette division, dont toutefois il doit bientôt abandonner le commandement au général Verdier, venu de Naples, mais en con­servant celui de sa brigade, qui comprenait le 3e de ligne et le 12e léger.

Le 11 juin, un beau fait d’armes le recommanda de nouveau à la faveur impériale : un ordre lui vient le 10, à dix heures du soir, d’après lequel il faut qu’il chasse les Russes de leurs redoutes, où tout le jour ils ont tenu contre toutes les attaques; il part au plus vite, se trouve le matin devant les redoutes et, après un court intervalle de repos, procédant à l’attaque, il emporte, non sans peine, non sans perte, non sans deux blessures encore, mais enfin il emporte à la baïonnette toutes les lignes et tous les forts des Moscovites, qui, trop décimés pour tenir longtemps, prennent le parti d’évacuer Heilsberg.

Napoléon à Heilsberg
Napoléon à Heilsberg

Ce mouvement et ce succès furent un des préliminaires de la décisive bataille de Friedland, qui, quatre jours après, acheva de réduire la puissance prussienne, et inspira à la Russie, vis-à-vis de la France, des sentiments momentané­ment plus pacifiques. Vedel eut bonne part aussi de l’honneur de cette sanglante journée ; chargé d’aller renforcer le centre, il fit plusieurs ma­nœuvres décisives, il tint la ligne d’attaque de­puis l’aurore jusqu’à onze heures du soir, et à diverses reprises il fut félicité par l’empereur en personne, dont l’œil avait suivi tous ses mouve­ments.

Aussi fut-il nommé général de division. Il reçut en même temps les insignes de comm­deur de la Légion d’honneur. Il avait été créé comte de l’empire lors de l’institution des majorats.

Le traité de Tilsitt avait rendu la paix à l’Europe septentrionale et orientale; la grande armée était dissoute, Vedel était de retour en France. Mais à peine assoupie au delà de l’Oder, la guerre allait être portée au delà des Pyrénées. Du Nord, où momentanément nos troupes n’a­vaient que peu de chose ou rien à faire, Vedel avait été avec sa division dirigé sur l’Espagne, immédiatement après la fameuse entrevue de Bayonne (2 mai 1808), et il faisait partie du corps central qui, sous Moncey et Murat, occu­pait la Nouvelle Castille. Du 15 au 20 mai, ordre vint d’aller s’assurer du midi de l’Espagne, où tout était encore tranquille à la surface, bien que l’incendie fermentât dans les flancs du volcan, et de s’établir à Cadix, précaire asile des débris de notre flotte, trahie par la fortune à Trafalgar.

Pierre Dupont de l'Étang
Pierre Dupont de l’Étang

Trois divisions, sous un général de division fai­sant en quelque sorte les fonctions de comman­dant d’un corps d’armée, devaient former le noyau de la force d’opération à laquelle on comp­tait que, d’une part, viendraient se joindre au moins les trois régiments suisses, échelonnés à Tortose, à Carthagène, à Malaga ; que, de l’autre, Kellermann, de son quartier d’Elva, serait à même de prêter la main. C’est Dupont qui com­mandait ainsi : Vedel n’avait, sauf le cas de cir­constances exceptionnelles, qu’à suivre ponctuel­lement des ordres donnés.

Dupont partit en tête, n’emmenant que la division Bardou, laquelle, se composant de 12,000 hommes au plus, surpas­sait en nombre, à elle seule, le total des deux autres. Vedel n’en comptait que 6,000, et Frère, le troisième divisionnaire, que 4,000; et il enjoi­gnit (de concert sans doute avec le quartier gé­néral de Madrid) à ses subordonnés de rester, le premier à 80 ou 90 kilomètres de Madrid, en deçà pourtant de la chaîne marianique (à Tolède) ; le second au nord de Vedel et tout près de la ca­pitale. De quelque part que vint l’ordre et quel que pût en être le mérite au point de vue militaire, il est clair que Vedel ne pouvait qu’obéir.

La disposition d’ailleurs eût été irrépréhensible si la guerre qui se préparait eût été la guerre normale, si les insurrections ne se fussent à chaque heure succédé de proche en proche, et si les trois régiments suisses n’eussent non seule­ment abandonné le drapeau français, mais passé à l’ennemi. Voilà ce dont ne se doutèrent ni Dupont ni le gouvernement de Madrid. Nul ordre nou­veau ne survenant de quelque part que ce fût, Vedel resta près d’un mois immobile dans sa po­sition.

Dupont, tandis que les 11 ou 12,000 hommes de ses deux divisions supplémentaires étaient retenus dans l’inertie, ne s’emparait que péniblement de Cordoue, ne recevait de tous côtés que des nouvelles alarmantes au plus haut de­gré; puis, il le fallait bien, se résolvait à regagner la chaîne Létique. Soit sur ses instances, soit spontanément et d’après ce qu’il avait aperçu et appris le long de la route, Savary, qui venait d’ar­river à Madrid, enjoignit aux divisions Vedel et Frère d’avancer, pour opérer leur jonction avec Dupont, ou pour communiquer par aides de camp et concerter les mouvements. Vedel s’ac­quitta merveilleusement de sa part d’action, tan­dis que la division Gobert, substituée à celle de Frère, venait bivouaquer à San-Clemente.

Parti de Tolède, il s’avançait hardiment dans les anfractuosités de la Sierra Morena, ripostait énergiquement à la fusillade de 4,000 Espagnols em­busqués au milieu des rochers. Il n’avait pourtant que 1,000 hommes de plus qu’eux et que 11 ca­nons ! C’était bien peu, certes, pour compenser le désavantage de la position et l’ignorance des lieux.

Cet engagement si bien conduit eut lieu le 20 juin; le lendemain, Vedel déboucha sur Baylen, où, comme on l’a dit plus haut et comme il le devenait de plus en plus urgent, Dupont au­rait dû se rendre à l’instant en bon ordre, heu­reux d’avoir ainsi autour de lui, au lieu de 11,000 soldats qui n’étaient pas tous valides et pas tous sûrs, 16,000 concentrés que bientôt la division Gobert (elle ne tarda pas en effet) allait porter à 20,000, et qui, par le fait seul de leur nombre, se garantissaient mutuellement leur fidé­lité ! Il est vrai que les récentes instructions de Savary à Dupont semblaient exprimer la con­fiance qu’il garderait la vallée du Guadalquivir.

La reddition de Dupont à Baylen.
La reddition de Dupont à Baylen.

Quant à Vedel, il s’installe solidement à Baylen, et il a ses avant-postes en avant de cette ville, au bac de Mengibar. Maître de tous ces points le 11 juin au matin, il l’était encore le 15 juillet suivant. Ce jour-là, pour la première fois depuis vingt-trois jours que les 20.000 Français étaient tous dans l’Andalousie, mais mal liés entre eux et trop à distance les uns des autres, les Espa­gnols attaquèrent, au nombre de 35,000, dont 20 sous Castaños et 15 sous Reding, et ils purent assaillir en même temps et Andujar et le bac de Mengibar.

Vedel repoussa vigoureusement ceux qui lui tombèrent sur les bras et se maintint, comme de son coté Dupont tint tout le jour, plus laborieusement, il est vrai; car sous Andujar surtout se portaient les grands coups. Mais le soir le commandant en chef requérant des ren­forts, Vedel se met en route avec toute sa divi­sion à peu près, n’en laissant à Gobert, déjà le moindre de tous en forces, que trois ou quatre compagnies. C’était trop peu au cas où Reding renouvellerait ses attaques sur les avant-postes de Baylen. Et c’est ce qui ne manqua pas ; tandis que, devant Andujar, Castaños était refoulé par les 16,000 hommes de Dupont secondé par Ve­del , les Suisses de Reding, flanqués d’un gros d’insurgés, jouaient de bonheur à Mengibar. Un coup de fusil à bout portant avait abattu le brave Gobert, qui, loin de rompre d’une semelle, com­mençait à voir plier les bandes hostiles.

Dufour, qui avait pris le commandement à la place du mort, mais que l’ennemi, encouragé par ce qui venait d’avoir lieu, pressait derechef, ne put que rétablir l’ordre dans ses rangs, et s’attacher à couvrir Baylen même. Quant au bac de Men­gibar, il dut se résoudre à l’abandonner pour se consolider sur un espace moindre.

Le général Reding
Le général Reding

Au total, c’é­tait un échec pour les Français, mais de fort mi­nime importance, Reding n’ayant osé poursuivre et se contentant de rester en observation. Mal­heureusement, Dupont, toujours mal renseigné, vu l’éloignement, apprend dans cette journée du 16 que des insurgés battent la montagne (devant Berça et Linares), et il ne sait rien des événements de Mengibar; il expédie à Gobert l’ordre de se porter sur eux. Qu’arrive-t-il ? Dufour, qui naturellement prend l’injonction pour lui, ne laisse qu’un assez faible détachement à Baylen et court du côté de la Caroline. Ce n’est pas tout, Dupont, averti enfin de l’affaire de Mengibar, renvoie Vedel à Baylen ; mais là Vedel, qui ne trouve (le 17 au matin) qu’un mince noyau de troupes et à qui la panique générale certifie que l’insurrection occupe tous les défilés voisins, et que Dufour, parti afin de nettoyer la montagne, doit être lui-même en péril, se porte de même hors de Baylen, afin de le sauver.

Baylen est donc découvert, et Dupont n’en sait rien ou ne le saura que trop tard. Le 18, en effet, Reding re­vient à la charge avec force, et cette fois c’est Baylen qu’il attaque, tandis que Castaños fait mouvement, et uniquement comme diversion, une démonstration sur Andujar. Baylen, ainsi qu’on pouvait et devait le prévoir, est emporté ; et 18,000 Espagnols, tous de troupes régulières, s’y agglomérèrent. Vedel, en laissant ce point essentiel de l’itinéraire à suivre si mal garni de défenseurs, pour courir où des informations, au moins légères, lui signalaient un plus grave pé­ril, est-il à l’abri de reproche? C’est une ques­tion.

Quoi qu’il en soit, dès qu’il apprend la véri­table situation du corps de Dupont, il  prend toutes les dispositions pour recommencer la lutte, et à la communication que viennent lui faire d’une suspension d’armes deux parlementaires de Reding, il répond qu’il n’en sait rien et conti­nue ses préparatifs.

Mais un aide de camp de Dupont vient lui intimer l’ordre de ne rien entre­prendre. Aussitôt il forme en conseil ses officiers supérieurs et leur demande leur avis : des vingt-quatre qu’il a réunis, quatre seulement sont pour qu’on ne tienne aucun compte de prescriptions ex­torquées par la contrainte et pour qu’on reprenne le feu. Vedel  accède au vœu de la majorité, il  se  laisse paralyser, mais momentanément, car il se hâta d’exécuter l’ordre qu’il reçut en­suite d’aller couvrir Madrid; en armes toute la nuit, il dérobe sa marche à l’ennemi, il impose par sa ferme contenance aux hordes qui voudraient lui barrer la route. Déjà l’on a dépassé La Caroline, déjà l’on touche Sainte-Hélène; mais déjà aussi, par suite des menaces faites à Dupont, de l’égorger ainsi que tous les siens, un contre-ordre est survenu ; plein de peur que la colonne qui s’éloigne n’obtempère pas assez vite, une in­jonction plus impérative encore prescrit de sus­pendre la marche et rend le général responsable de tout ce qui peut s’ensuivre. Il faut l’avouer, l’alternative était embarrassante,  désobéir et rendre inévitable à peu près le massacre de 3 à 4,000 Français, ou, fidèle au principe de l’obéis­sance, ajouter aux  pertes déjà certaines celle des 4,000 hommes sous ses ordres immédiats !

Cette fois encore, comme le 18, Vedel n’osa dé­cider par lui-même : il consulta ses officiers; le parti de l’obéissance l’emporta, et par l’humi­liante capitulation de Baylen, non seulement la division Barbou, que guidait Dupont en personne et qui se trouvait cernée, demeura prisonnière de guerre; les deux autres, à peu près intactes en­core, rendirent leurs armes et furent dirigées sur Cadix, où, suivant les conventions, elles devaient être embarquées pour Rochefort.

La vie des prisonniers sur un ponton
La vie des prisonniers sur un ponton

Mais violant le droit des gens, la junte de Séville, à l’instigation des Anglais, déclara nulles les promesses de Castaños, en partie désavouées; les soldats de Vedel, de Dupont, qui n’avaient été ni cernés ni battus, sauf l’échec du 20, à Mengibar, demeurèrent pri­sonniers de guerre, ce qui veut dire allèrent pé­rir de soif et de faim à Cabrera, ou pourrir sur les pontons de l’Angleterre.

Les trois généraux n’éprouvèrent pas cette atroce rigueur, et bientôt furent reconduits à Toulon. Mais les ménagements mêmes dont il furent l’objet achevaient d’aigrir encore Napoléon, et Vedel faillit passer devant le conseil d’enquête qui, le 17 février 1812, s’assembla pour juger Dupont. L’empereur, dans les premiers moments (août 1809) n’avait parlé de rien moins que de faire fusiller tous les généraux « complices » de l’acte de Baylen.

Ces explosions d’un trop légitime courroux cédèrent, avec le temps, devant les faits ; et certainement les deuxième, troisième et sixième chefs d’accu­sation qu’articula Regnault de Saint-Jean d’Angely contre Dupont n’étaient que l’expression de l’o­pinion finale de Napoléon, plus calme et mieux instruit. Ils imputaient au malheureux vaincu de Baylen d’avoir,  le 10 juillet,  exercé sur Vedel une autorité qui ne lui appartenait plus, et paralysé ce général qui eût sauvé ses troupes; d’avoir flotté du 19 au 20 dans une honteuse incertitude, ordonnant aux divisions Vedel et Dufour tantôt la reddition, tantôt la retraite; d’avoir (le 19) étendu à deux divisions libres et victorieuses la trêve conclue avant leur arrivée ; enfin d’avoir  notifié, le 21, aux généraux de celles-ci  un traité signé le 22 .

Admettre tous ces faits, c’était acquitter Vedel de toute imputation de trahison, d’incapacité, d’inertie. Dupont fut donc injuste lorsque, dans sa défense, il accusa Vedel de nombreuses désobéissances et en vint à dire ; « J’ai trop longtemps ménagé le général Vedel, les fautes du général Vedel sont l’origine de tout. » Dupont n’est pas plus juste (les détails ci-dessus le prouvent) quand il ajoute: « La capitulation eût été avantageuse, si la division Vedel eût mis à profit réel l’ordre de départ que je lui avais donné à temps. »

Des­titué le 1er  mars  1812, Vedel  fut réintégré honorablement en 1813, et alla commander une division en Italie. De retour en France, au com­mencement de 1814, il fut détaché avec 4.000 hommes pour aller renforcer Dessaix,  lequel luttait en brave, mais péniblement, contre les Autrichiens, que favorisait l’inconcevable mol­lesse d’Augereau, en vain stimulé par les véhé­mentes adjurations de l’empereur.  Vedel  tint aussi longtemps qu’il fut possible de tenir. Il défendit énergiquement, avec des forces inégales, le passage de la Durance ; un peu plus tard, il livra aux Autrichiens, à Romans, un combat qu’on pourrait presque dénommer bataille, tant il y coula de sang, et tant de chefs et soldats y dé­ployèrent la bouillante intrépidité des beaux jours de la république. Mais l’issue en fut douteuse.

Louis XVIII (François Gérard)
Louis XVIII (François Gérard)

Fin 1814, Louis XVIII donna à Vedel la croix de chevalier de Saint-Louis, et Dupont, devenu ministre, le nomma inspecteur général de la 8e division militaire, et un peu plus tard, à la suite d’un remaniement du personnel, lui conféra le commandement du département de la Manche (2e subdivision de la 14e division militaire, chef-lieu Caen). C’est en cette position que le trouva Napoléon au retour de l’Ile d’Elbe.

Vedel, malgré ses vieux griefs, voyant dans l’empereur l’homme de la patrie, se rallia, sans longs délais, et a­cepta le commandement de la division entière. Caen devint alors sa résidence. Toute cette divi­sion alors était des premières en importance, vu son accessibilité par mer et sa proximité relative de Paris. Jusqu’à la nouvelle de la bataille de Waterloo, il maintint la Normandie et particu­lièrement le Calvados dans l’obéissance. Mais, quelques jours après le grand désastre, des roya­listes débarquèrent à Bayeux : le duc d’Aumont était à leur tête; Vedel y courut avec 2,000 hommes, plus 6 pièces de canon, et quelques coups de feu furent échangés, quelques prison­niers furent faits de part et d’autre, puis l’on s’observa.

Le duc eut l’art de persuader à son adversaire que les Anglais allaient débarquer en forces, et il lui fit ainsi souscrire une convention par laquelle il s’engageait à laisser l’armée royale entrer à Bayeux, à se retirer à deux lieues à l’intérieur et à rendre les officiers qu’il avait pris.

Vedel commença par ne faire que lentement ses préparatifs d’évacuation ; puis bientôt, ne voyant ni Anglais, ni navires portant leur pavillon, il dénonça la convention au duc d’Aumont, et lui signifia que, s’il ne s’embarquait au plus vite, il allait tomber sur lui avec ses hommes et son ar­tillerie. D’Aumont riposta par une contre sommation au général Vedel de mettre bas les armes. Presque au même instant une députation des no­tables de Bayeux conjurait le général d’ouvrir les portes au duc, s’il voulait éviter une collision et des malheurs : la population, en ébullition de­puis la veille, étant décidée à les ouvrir elle-même.

Bientôt enfin survint la nouvelle que le drapeau blanc flottait à Caen, dont était sortie la garnison. Vedel ne s’occupa plus alors que de mettre obstacle aux désordres qui tendent tou­jours à se produire à la faveur d’une révolution, et à laisser le pays en bon ordre au successeur dont il prévoyait la prochaine venue.

En effet, il fut révoqué au mois de juillet suivant, et bientôt après il vit son nom sur la liste des généraux mis en disponibilité par une ordonnance royale. Il prit sans grande peine, à ce qu’il paraît, son parti des loisirs obscurs que cette mesure lui fai­sait. Il ne se mêla ensuite à aucune des entreprises tentées contre les Bourbons. Cette attitude invariablement inoffensive n’empêcha pas, bien qu’il fût loin encore de ses soixante ans, le gouverne­ment de Charles X de changer sa disponibilité en retraite.

Après la révolution de 1830, il fut compris dans le cadre de réserve que créa l’or­donnance du 15 novembre de cette année. Il y figura jusqu’en 1841, c’est-à-dire jusqu’à sa soixante-dixième année exclusivement, et mou­rut le 30 mars 1848.

 Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (39e division).

La tombe de Vedel au cimetière du Père Lachaise