Correspondance de Napoléon – Novembre 1813

Novembre 1813

 

Francfort, 1er novembre 1813, trois heures du matin.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Francfort.

Mon Cousin, donnez ordre au duc de Tarente de se rendre à Mayence, d’y passer le Rhin, et de se porter de là à Bingen, où il ralliera tout son corps.

Donnez ordre au duc de Bellune de se rendre à Mayence, d’y passer le Rhin, et de se porter de là à Oppenheim, où il ralliera son corps.

Donnez ordre au général Albert de passer le Rhin à Mayence et de rallier le 5e corps dans une position intermédiaire entre Bingen et Mayence, qui lui sera désignée par le duc de Valmy. Donnez ordre au duc de Raguse de se porter avec les 3e et 6e corps à Hoechst, de passer la Nidda et de prendre position sur cette rivière.

Envoyez plusieurs officiers d’état-major et des gendarmes sur la route de Hanau et dans les rues de Francfort, pour faire filer tous les bagages et toutes les voitures.

La Garde prendra les armes et sera en bataille aujourd’hui à sept heures du matin. La cavalerie de la vieille Garde sera à cheval à la même heure.

Il sera envoyé sur-le-champ un officier à Hœchst, pour s’assurer si le pont est rétabli, si les bagages filent et si aujourd’hui, 1er no­vembre à midi, tout cela aura passé la Nidda.

Faites partir tous les corps entre cinq et six heures du matin.

Donnez ordre à la division Semelle de passer la Nidda et de prendre position dans un village sur la gauche de Hochheim, de manière à ne pas barrer la route.

Envoyez copie de tous ces ordres au duc de Valmy.

 

Francfort, 1er novembre 1813.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Frankfort.

Mon Cousin, il paraît que le général Lefebvre-Desnoëttes arrivera ce soir à Vilbel et occupera Ronames et les bords de la Nidda. Don­nez ordre au duc de Padoue et au général Sébastiani de prendre position sur la Nidda et le long du Main, pour surveiller celle rivière.

Le grand quartier général se rendra sur-le-champ” à Mayence. Je partirai de ma personne, à une heure après midi, pour me rendre à Hœchst, avec la vieille Garde et avec la cavalerie de la Garde.

Le général Curial et le général Ornano resteront à Francfort. Le duc de Trévise et le comte Bertrand resteront en avant de cette ville.

Les mouvements pour cette nuit et pour la journée de demain seront relatifs à ce qui se sera passé à Höchst.

 

Francfort, 1er novembre 1813.

A Marie-Louise, impératrice-reine et régente, à Paris

Madame et très-chère Épouse, je vous envoie vingt drapeaux pris par mes armées aux batailles de Wachau, de Leipzig et de Hanau; c’est un hommage que j’aime à vous rendre. Je désire que vous y voyiez une marque de ma grande satisfaction de votre conduite pen­dant la régence que je vous ai confiée.

 

Hœchst, 1er novembre 1813.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, donnez ordre au duc de Tarente de laisser le com­mandement du 11e corps au général Charpentier, qui exécutera tous les ordres qui lui ont été donnés, et de se rendre de sa personne, en toute diligence, h Cologne, pour prendre le commandement de la frontière du Rhin, depuis la Moselle jusqu’à Zwolle. La première opération du duc de Tarente doit être de retirer tous les bacs et ba­teaux, de manière qu’aucun parti ennemi ne puisse passer le fleuve. La seconde doit être de pourvoir à l’armement, à l’approvisionnement et à la défense de Wesel. II ordonnera également l’armement et l’approvisionnement de Venlo, de Grave et de Juliers, ainsi que ceux de la place de Dewenter. Toutes les troupes qui sont dans la 25e division seront sous ses ordres. Il correspondra avec le général Molitor pour la défense de la frontière de l’Yssel et pour l’approvi­sionnement et l’armement de Dewenter.   ‘

Le roi de Westphalie est arrivé à Cologne avec une colonne de 2 à 3,000 hommes. Ces troupes seront sous les ordres du duc de Tarente.

Le général Rigaud doit se trouver à Wesel ou à Cologne, avec 4 ou 5,000 hommes de toutes armes. Il doit y avoir à Wesel 7 à 8,000 hommes.

Les généraux Amey et Carra Saint-Cyr se seront probablement reployés sur l’Ems, et, s’ils sont forcés de quitter cette position, ils pourront cire employés à la défense de Wesel et de l’Yssel.

J’ai ordonné l’organisation des gardes nationales des départements de la Roër et de Rhin-et-Moselle. Il est question, pour le moment, de pourvoir d’abord au plus pressant, et d’avoir sur cette frontière un centre d’autorité auquel on puisse s’adresser.

 

Mayence, 2 novembre 1813.

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’empire, à Paris

Mon Cousin, j’ai reçu votre lettre du 29 octobre. Je suis arrivé à Mayence. Je tâche d’y rallier, d’y reposer et d’y réorganiser l’armée. Dites au ministre de la guerre de ne pas répandre partout l’alarme sur le manque de fusils; qu’il y a beaucoup de fusils en France; que beaucoup, à la vérité, ne sont pas de calibre ou sont de calibre étranger, mais qu’on peut s’en servir pour l’armement des gardes nationales, et qu’on ne peut pas dire que l’on n’a pas de fusils.

 

Mayence, 2 novembre 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je suppose que vous avez envoyé sur-le-champ au vice-roi les six mille fusils qu’il demande. Arrêtez toutes les fournitures d’armes qui seraient encore à faire au Wurtemberg et aux autres États de la Confédération.

 

Mayence, 2 novembre 1813.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Mayence.

Mon Cousin, lorsque toute l’armée aura repassé le Rhin, le géné­ral Bertrand formera l’avant-garde. Il tiendra position sur la rive droite. Cette avant-garde sera composée des divisions Morand, Guilleminot, Durutte et Semelle, ce qui formera quatre divisions.

La division Margaron sera incorporée dans la division Durutte. Tous les traînards seront réunis, et ce corps, qui continuera à porter le n° 4, sera le premier réorganisé et complété. Vous me présenterez un projet pour compléter ces quatre divisions avec tous les batail­lons qui sont disponibles à Mayence, à Kastel, ou qui formaient la colonne du général Préval.

Ce corps aura deux compagnies de sapeurs avec leurs caissons, ses quatre ambulances, un général d’artillerie avec deux compagnies d’artillerie à cheval, une batterie de 12 et deux batteries à pied par division.

Des officiers du génie de la place seront envoyés aujourd’hui pour reconnaître la meilleure position que pourra occuper cette avant-garde, soit la position de Hattersheim ou celle de Weilbach.

La cavalerie de l’avant-garde sera commandée par le général Lefebvre-Desnoëttes, et composée de sa division, à laquelle sera jointe un régiment de 600 hommes du 5e corps de cavalerie.

Aussitôt que j’aurai déterminé la position que doit occuper cette avant-garde, on jettera deux ponts sur le Main, qu’on couvrira cha­cun d’une tête de pont, et le général Bertrand emploiera ses sapeurs ses soldats et les paysans des environs à se retrancher dans la posi­tion qui aura été reconnue.

Deux divisions de la jeune Garde, avec leur artillerie et la cava­lerie du général Ornano, sous les ordres du duc de Trévise, seront cantonnées à Kastel.

Aussitôt que je connaîtrai la situation des corps, je désignerai pour la garnison de Mayence quelques corps des plus fatigués.

 

Mayence, 2 novembre 1813.

Au maréchal Kellermann, duc de Valmy, commandant supérieur des 5e, 25e et 26e divisions militaires, à Mayence.

Mon Cousin, donnez des ordres pour que tous les prisonniers espagnols qui sont à Schelestadt et dans les autres places du Rhin en soient éloignés sans délai.

On m’assure que la garnison de Kehl est composée de conscrits réfractaires de la 32e division. Il faut les faire rentrer dans Stras­bourg et ne mettre dans Kehl que des Français et des Italiens.

 

Mayence, 3 novembre 1813.

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’empire, à Paris

Mon Cousin, dites un mot aux conseillers d’État et sénateurs pu­sillanimes. On me dit de tout côté qu’ils montrent une grande peur let peu de caractère. Soyez donc bien persuadé que mon infanterie, mon artillerie et ma cavalerie ont une telle supériorité sur celles de l’ennemi qu’il n’y a rien à redouter, et qu’aussitôt que je connaîtrai bien les ennemis auxquels j’ai affaire, et que je n’aurai plus à craindre des trahisons ni des crocs-en-jambe, je les battrai aussi vite que les autres. Il faut des conscrits et de l’argent; mais la France fournira encore moins que les autres puissances. Je suis fâché de ne pas être à Paris; on m’y venait plus tranquille et plus calme que dans aucune circonstance de ma vie. J’ai dit toute la vérité, parce que j’estime la nation; mais sachez que les bulletins, qui sont exacts, exagèrent cependant plutôt les pertes qu’ils ne les dimi­nuent.

Je viens de recevoir la relation du prince de Schwarzenberg : je la fais mettre dans le Moniteur.

L’Empereur Napoléon avait rassem­blé, le 15 de ce mois, sa force entière près de Leipzig, son aile droite postée près de Connewitz, le centre près de Probstheyda et l’aile gauche près de Stoetteritz, et avait fait occuper par des forces considérables les villages de Dœlitz, Wachau et Holzhausen, qui étaient devant sa ligne. Il avait opposé à l’ar­mée du général de cavalerie Blücher deux ou trois corps d’armée, au nombre desquels se trouvaient aussi des troupes de la Garde. Le corps du général Reynier, qui avait été renforcé par des détachements d’autres corps, était ce jour-là près de Wittenberg, où il avait passé l’Elbe pour faire des démonstrations sur la rive droite, vers Roslau. On résolut d’attaquer l’ennemi, le 10 au matin, avec la grande armée, et l’armée du général Blücher, qui était arrivée près de Schkeuditz.

Le général Blücher avançait de Schkeuditz, en passant le ruisseau de Partha, sur Leipzig. Le feldzeugmeister comte de Gyulai avançait de Lützen sur Lindenau; le général de cavalerie comte de Merveldt, avec le corps de réserve autrichien, avançait de Pegau par Zwenkau dans la direction de Connewitz; le général de cavalerie comte de Wittgenstein avançait avec le corps du général lieutenant de Kleist et du général de cavalerie comte de Klenau, par Crœbern et Güldengossa, sur Liebertwolkwitz.

L’attaque de la grande armée a com­mencé à huit heures. L’ennemi a dé­ployé une masse de forces de 140 à 150,000 hommes; il paraissait vouloir surtout déborder notre aile droite, et montrait près de Liebertwolkwitz de grandes masses de cavalerie.

La bataille a commencé par une ca­nonnade très-vive sur tous les points; plus de mille bouches à feu jouaient les unes contre les autres.

L’attaque  de Connewitz n’était  pas praticable en front, parce que l’ennemi défendait le pont et la digue avec beau­coup d’artillerie et d’infanterie, et que le terrain rendait impossible d’y opposer de l’artillerie. Aussitôt que l’on vit que l’ennemi  mettait  de   grandes  colonnes d’attaque en mouvement sur le centre et l’extrémité de l’aile droite, le général en chef feld-maréchal prince de  Schwarzenberg  fit  passer tout  le corps de réserve autrichien, sous les ordres du prince héréditaire de Hesse-Hombourg, par Gaschwitz et Deuben, sur la rive droite de la Pleisse, et or­donna qu’il se formât devant Crœbern.

Les généraux comte de Wittgenstein, de Kleist et comte de Klenau ont repoussé toutes les attaques de l’ennemi. Le général en chef Barclay de Tolly soutenait le centre avec le corps de grenadiers et quelques régiments de grenadiers de la garde. Acette occa­sion le corps de Kleist a enlevé cinq canons.

Au moment où la tête de la cavale­rie de réserve autrichienne, sous les ordres du feld – maréchal lieutenant comte de Nostitz, débouchait de Crœ­bern, l’ennemi avait réussi sur l’aile gauche à s’avancer jusque près de Crœ­bern avec une grande masse do cavalerie soutenue par plusieurs carrés d’infanterie. Le feld-maréchal lieutenant comte de Nostitz ne perdit pas un in­stant : il s’est jeté avec sa cavalerie sur la cavalerie ennemie, l’a renversée, a sabré plusieurs carrés d’infanterie et les a entièrement rompus. Le prince hé­réditaire de Hesse-Hombourg s’est avance sur les hauteurs de Markleeberg avec la division du feld-maréchal lieu­tenant Bianchi qui avait débouché de Crœbern immédiatement après la cava­lerie. Le feld-maréchal lieutenant Bianchi a dirigé le feu de sou artillerie sur le flanc gauche de la ligne ennemie, l’a repoussée et lui a pris huit canons.

 

L’ennemi entreprit alors,  avec une hardiesse étonnante, une attaque sur l’aile droite; son intention était de la séparer du centre. Les généraux de cavalerie   comte  de   Wittgenstein   et comte de Klenau le reçurent encore avec le plus grand sang-froid, et même, lorsqu’il se fut avancé avec sa colonne  de  cavalerie jusque  près de Güldengossa, les grenadiers russes restèrent  inébranlables.

Le  feu bien dirigé de l’artillerie  et une attaque brillante du régiment de Cosaques de la Garde, sous les ordres  de l’adjudant général   de Sa  Majesté l’empereur de toutes les  Russies, le général comte Orlof-Denizof, a forcé l’ennemi à se retirer jusque derrière Wachau. Le feld-maréchal  commandant en chef a ordonné un mouvement général en avant pour être entièrement maître du plateau de Wachau.

Les gardes russes  et la division de grenadiers autrichiens de Weissenwolf ont été destinés à soutenir cette attaque par laquelle l’ennemi a été repoussé bien au-delà de sa première position.

 

Le  général de  cavalerie comte  de Merveldt était chargé de forcer le passage de la Pleisse  près  du village de Connewitz, sur les  derrières de l’aile droite de l’ennemi. Vers le soir, ce général réussit à passer la rivière ; mais une force ennemie bien supérieure obligea le bataillon qui avait passé la Pleisse a reculer. Le cheval du général Merveldt fut tué; lui-même fut légèrement blessé et fait prisonnier.

Le feld-maréchal lieutenant prince de Liechtenstein s’est maintenu toute la journée,  avec une partie du corps de Merveldt, dans sa position, malgré les attaques les plus vives. Le feldzeugmeister comte de Gyulai a pénétré jusqu’à  Lindenau ,  où l’ennemi, favorisé par le terrain, fit la résistance la plus opiniâtre; il lui enleva deux canons.

Le  général  de cavalerie  Blücher  a battu l’ennemi de son côté, l’a chassé de Mœckern, lui a pris une aigle de la garde marine,  trente pièces de canon et 2,000 prisonniers.

La nuit mit fin à la bataille de cette journée.

 

 

 

Le général de cavalerie de Bennigsen, après avoir laissé un corps d’armée assez considérable devant Dresde, s’é-tail mis en marche pour joindre la grande armée; mais, malgré les plus grands efforts, il ne put venir le 17 que jusqu’à Colditz, et le feldzeugmeister comte de Colloredo, qui avait pris sa route par Freyberg et Chemnitz, ne put arriver que jusqu’à Borna.

Le prince royal de Suède, qui était près de Kœthen, s’étant convaincu que les mouvements du général Reynier n’étaient que des démonstrations, réso­lut de se réunir au général Blücher pour couper ce corps ennemi, ou bien, dans le cas où il se réunirait à l’armée française, pouvoir participer à l’attaque générale dans les plaines de Leipzig. Il s’avança à cet effet, le jour même, jus­que près de Halle. L’armée du prince royal, le corps d’armée du général Bennigsen et le corps du feldzeugmeister comte de Colloredo étant, le 17, encore tellement éloignés de la grande armée, qu’ils ne pouvaient arriver à temps pour prendre une part active à la bataille, le feld-maréchal général en chef jugea à propos d’attendre au lende­main pour renouveler le combat. Le soir du 17, le général de Bennigsen est arrivé à Naunhof, et le feldzeugmeister comte de Colloredo avait rejoint la grande armée.

 

La force principale de l’ennemi s’était mise le 18 en ordre de bataille, depuis Connewitz, par Dœsen, en avant de Wachau, vers Fuchshayn et Seifertshayn, et avait détaché des corps d’armée contre le général Blücher.

L’ennemi continua de tenir Leipzig fortement occupé.

L’attaque principale commença sur trois colonnes, le matin à huit heures.

Le général en chef y destina la colonne du général de cavalerie baron de Bennigsen et du général comte de Klenau, marchant sur la droite du corps d’armée. La 2e colonne, sous le com­mandement du général en chef Barclay de Tolly, était formée des corps était formée des corps d’ar­mée du général de cavalerie comte de Wittgenstein et du lieutenant général de Kleist; elle avait pour réserve toutes les gardes russe et prussienne. La 3e co­lonne, sous le commandement du géné­ral de cavalerie prince héréditaire de Hesse-Hombourg, était formée des di­visions de Bianchi, du prince Aloys de Liechtenstein, du comte Weissenwolf et du comte Nostitz. Le général feldzeugmeister comte de Colloredo suivait avec sa division pour en former la réserve.

La 1e colonne avança de Seifertshayn dans la direction de Holzhausen; la 2e de Güldengossa vers les hauteurs de Wachau, pendant que la 3e tenait occupé le plateau entre Dœsen et Lœsnig. L’ennemi faisait tous ses efforts pour arrêter les progrès de nos co­lonnes; mais rien n’a pu résister à la bravoure des troupes alliées. Il a été repoussé d’une position dans l’autre, de manière qu’à l’entrée de la nuit il était resserré dans la position depuis Connewitz, par Probstheyda, jusqu’à Zweynaundorf.

 

L’ennemi était fortement poussé par l’aile droite, et on lui a pris sept ca­nons.

Le prince royal de Suède chassa l’en­nemi devant lui et avança vers Paunsdorf, pendant que le général Blücher passait la Partha avec plusieurs divi­sions de son armée.

Deux régiments de cavalerie wurtembergeoise, sous le commandement du général Normann, deux régiments de cavalerie saxonne et sept bataillons de fusiliers avec quatre batteries de vingt-six bouches à feu, sous le commandement du général de Ryssel, abandon­nèrent ce jour-là les rangs de l’ennemi et se réunirent à l’armée des alliés pour défendre la cause de l’Allemagne con­curremment avec elle.

Dès dix heures du matin, l’armée française avait commencé sa retraite sur les routes de Merseburg et de Weissenfels; elle continua ce mouve­ment toute la journée et la nuit sui­vante.

Comme il n’était pas possible de jeter au-delà de l’Elster autant de troupes qu’il en aurait fallu pour attaquer l’ennemi avec succès, au moment où il dé­boucha de Lindenau, le général Gyulai reçut ordre de se rendre vers Pegau avec sa division, et de se borner à har­celer l’ennemi avec ses troupes légères.

Le 19, à la pointe du jour, l’ennemi n’occupait plus  que  Zweynaundorf et le moulin à vent vers Connewitz. L’attaque générale se renouvela
à  sept heures,  et l’ennemi se rejeta vers  Leipzig,  où il chercha à gagner du temps pour sauver ses troupes et son artillerie.

 

A cet effet, il envoya des parlementaires chargés de proposer de rendre le reste des troupes saxonnes, à condition que l’on ne bombarderait point la ville et qu’on accorderait une libre sortie à l’armée et à ses effets.

 

L’ennemi voulait continuer à défendre       la ville;  les alliés entrèrent malgré la résistance  qu’on  leur   opposait.    Les Saxons, rangés sur la place, tournèrent leurs armes  contre  les  Français, un    régiment   d’infanterie    badoise  suivit l’exemple des Saxons, et la mêlée de­vint générale.

Les résultats de ces opérations, aussi profondément conçues qu’heureusement exécutées, et d’après lesquelles toutes les armées se sont concentrées sur un même point, sont, pendant ces trois jours glorieux, cent cinquante bouches à feu et 600 caissons et fourgons, plus de 8,000 prisonniers de guerre, parmi lesquels se trouvent les trois commandants de corps d’armée, les généraux Lauriston, Reynier et Bertrand, avec dix autres généraux.

Le prince Poniatowski, nommé maréchal de l’empire français le 16, ne trouvant plus d’issue par le pont, voulut se sauver en traversant l’Elster à la nage; mais il y trouva la mort, d’après la déposition de ses aides de camp prisonniers de guerre.

 

Ce même soir, huit régiments polonais abandonnèrent les drapeaux ennemis et se rangèrent du côté des alliés.

 

Le champ de bataille, de trois lieues de long et autant de large, sur lequel on avait combattu pendant près de trois jours pour la cause de l’Allemagne et pour  la  tranquillité  de   l’Europe,   est tellement couvert des morts de l’ennemi, qu’on peut estimer la perte que          l’armée française a essuyée sur tous les points au moins à 40,000 hommes. La  perte des armées alliées se monte tout au plus à 10,000 hommes, tant en morts qu’en blessés.

Les trois monarques alliés étaient hier, jour décisif, sur les hauteurs entre Wachau et Probstheyda.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Qui est resté maître des vil­lages de Liebertwolkwitz, de Dœlitz, de Wachau ?

 

Qui a perdu deux régiments de cuirassiers et 500 prisonniers de cavalerie autrichienne et russe ?

Faux, très-faux !

 

 

 

 

 

 

 

La cavalerie ennemie a été sa­brée, ramenée, et a perdu la moi­tié de son monde. Les cuirassiers de Latour-Maubourg, la Garde à cheval et les Polonais du prince Poniatowski s’y sont couverts de gloire.

Controuvé, faux, très-faux.

 

Mais Güldengossa est à une lieue de votre champ de bataille. Pour avoir été réduit à défendre Güldengossa, il fallait avoir perdu Liebertwolkwitz   que    vous   avez attaqué  sept fois ?   ou  vous  avez laissé 5.000 cadavres.

 

Vous aviez donc Wachau ! Vous  aviez donc dépassé  le défilé et le débouché que vous aviez perdu ! Vous avez là, comme à la gauche  été ramenés à une lieue du champ de bataille.

 

 

Quoi ! Vous avez été maîtres de Wachau ! Quoi, vous avez couché sur le champ de bataille, même sur notre position ! 300.000 hommes ont été témoin du fait : vos propres officiers vous désavouent.

 

Le  comte Merveldt  avait   pris  positon  après avoir repoussé les    avant-postes du prince Poniatowski. Il fut attaqué par le général
Curial, le village repris, et il fut pris avec 1,200 hommes. Une division de 10,000 hommes fut mise en déroute.

 

 

Jamais. S’il avait pénétré jusqu’à Lindenau, le comte Bertrand n’aurait   pas pu déboucher.   Le secrétaire qui a écrit cela ne connaît pas les localités.

 

 

Cela est vrai,  hormis qu’il n’a pris que dix canons démontés et 700 prisonniers au lieu de 2.000.

Oui, mais nous avons ramassé vos blessés, nous sommes restés maitres du champ de bataille, de toutes vos positions; nous avons compté plus de 11.000 morts à vous. Nous avons pris six drapeaux, quinze pièces de canon et 7.000 prisonniers, dont plusieurs colonels et officiers.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cependant vous dites que c’est vous qui avez attaqué; cependant, dans votre ordre du jour du 15, vous dites que le 16 il y aurait bataille générale : vos moyens étaient donc réunis.

 

 

 

Cela est faux : le 18, à deux heures du matin, l’armée  a pris une position qui a été le champ de bataille du 18.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il n’y avait qu’un rideau de cavalerie à trois heures du matin; l’armée était dans ses positions de bataille du 18. La bravoure des troupes alliées ne s’est donc pas montrée ce matin-là.

Toute la journée du 18 l’armée française a gardé son champ de bataille, et, à la nuit, vous étiez donc loin de ses positions, Wachau, Lœsnig sont restés en sous pouvoir. Vous avez échoué, dans toutes vos attaques.

 

Cela est matériellement faux!

 

 

 

 

Oui, des traîtres ont été pour vous, mais sans changer la face des affaires. Ils ont été écrasés e obligés de fuir.

 

 

 

Cela est faux

 

Cela est faux

 

 

 

Le 19, à la pointe du jour, l’armée était en marche sur la Saal pour refaire ses munitions.

Il n’y avait alors qu’une arrière et point de munitions.

Faux,   très-faux !   La   ville  de Leipzig a envoyé un parlementaire demander que l’armée l’épargnât. On crut devoir accorder cela ; cela est conforme à l’usage militaire.

 

Comment voulait-on défendre la ville, puisqu’il n’y avait que des Saxons et point de français ? Soyez donc conséquents.

 

 

Cela est faux : vous  avez  pris  un parc de quatre-vingt bouches à feu, par la catastrophe du pont que l’on a par malheur fait sauter.

Vous avez fait au plus 1,500 prisonniers de guerre), sans les malades. Leipzig ayant été un grand hôpital où il y en avait eu jusqu’à 16,000, il en restait 4,000;
vous avez donc fait 5.500 prisonniers.

Le général Bertrand, que vous avez pris, est un général de bri­gade commandant la place, qui fut surpris avec le trésor.

 

 

Cela   n’est pas  croyable : les Polonais ne sont pas traîtres. Et ils haïssent trop les tyrans de leur patrie pour (mots illisibles).

Le  champ de bataille a été en notre pouvoir. vous le savez aussi que nous.  Nous y avons compté trois alliés pour un Français.
Mais   nous   avons   fait   7,500 prisonniers, et avons compté,  21,000 cadavres sur le champ de bataille le 16 et le 18.

(les observations de l’Empereur sont toutes de sa main)