Correspondance de Napoléon – Novembre 1813

Paris, 25 novembre 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, donnez ordre au général Curial de faire partir les 12e et 13e régiments de voltigeurs de Metz pour Bruxelles. Il les fera partir aussitôt qu’ils seront complétés, chacun à 1,600 hommes. Ces deux régiments iront rejoindre les 12e et 13e de tirailleurs.

Donnez ordre au général Roguet d’être rendu le 2 décembre à Bruxelles, où il prendra le commandement de cette division, composée de huit bataillons de la Garde, faisant 6,000 hommes, plus, de 200 hommes à cheval, d’une batterie d’artillerie de huit pièces et de 200 gendarmes à cheval.

Les deux régiments de voltigeurs pourront partir séparément, chacun aussitôt qu’il sera prêt et complété à 1,600 hommes bien équipés et bien armés.

On ôtera tous les Belges et les Hollandais qui se trouveraient dans ces deux régiments.

Donnez ordre également à la division de cavalerie de la jeune Garde que commande le général Lefebvre-Desnoëttes de partir sur-le-champ pour se diriger sur Bruxelles.

Donnez ordre à Metz que tout ce qu’il y aurait, à Metz, de dispo­nible, en état de bien servir, appartenant aux régiments qui compo­sent cette division de cavalerie, soit dirigé également sur Bruxelles.

Donnez ordre à Metz qu’il soit fourni une batterie de six pièces d’artillerie à cheval, qui se rendra à Bruxelles, où elle sera attachée à cette cavalerie.

Ainsi j’aurai de la Garde, à Bruxelles, une division de cavalerie qui, avec les gendarmes et l’escadron parti d’ici, fera 1,200 chevaux, une division d’infanterie, et une batterie à pied ainsi qu’une batterie à cheval.

 

Paris, 25 novembre 1813.

Au comte Daru, directeur de l’administration de la Grande Armée, à Paris.

Monsieur le Comte Daru, je ne conçois pas comment l’armée qui est à Bayonne s’y trouve à la demi-ration de pain, lorsque le blé est si abondant et à si bon marché en France. Témoignez-en mon mécon­tentement au comte Maret, et qu’il prenne sur-le-champ des mesures pour qu’il y ait abondance de pain à l’armée de Bayonne.

 

Paris, 25 novembre 1813.

Au comte Daru, directeur de l’administration de la Grande Armée, à Paris.

Monsieur le Comte Daru, je reçois votre lettre par laquelle vous m’instruisez que le duc de Bellune demande un approvisionnement pour 60,000 hommes pendant six mois, et pour les places de la 5e division. Faites-lui connaître que je désapprouve celte mesure; que les approvisionnements de siège qui se font en ce moment dans toutes les places, et que la réserve que doit avoir le munitionnaire en blé et farine, sont des mesures suffisantes; que, quant aux four­rages et à la viande, tout le pays les fournirait en cas d’événement; que la 5e division militaire (la 5e division comprenait les places de Strasbourg, Huningue, Landau, Neuf-Brisach, etc.) n’est pas menacée; qu’il faudrait que les ennemis connussent bien peu la situation de la France pour aller se placer dans nos places fortes, lorsqu’ils ont un meilleur champ et une disposition des esprits plus favorable sur le bas Rhin et dans la Belgique; qu’il est donc suffisant qu’il y ait à Strasbourg, Huningue, Landau et Neuf-Brisach, et en deuxième ligne à Phalsbourg, des approvisionnements enfariné provenant de la réserve. Nous détermi­nerons cela au conseil de samedi. Quant aux fourrages, il suffit que chaque magasin soit approvisionné pour vingt-cinq jours d’avance, ainsi que pour la viande. Tout autre projet ruinerait la France sans résultat.

 

Paris, 25 novembre 1813.

Au maréchal Marmont, duc de Raguse, commandant le 6e corps de la Grande Armée, à  Mayence.

Renvoyez sans délai ma Garde, cavalerie, infanterie, artillerie, sur la Sarre ; n’en retenez rien, parce qu’il y a un système d’organisation que l’on suit et qu’il est nécessaire que rien ne soit dérangé.

Au 1er décembre, il partira de chaque dépôt 500 hommes pour renforcer tous les bataillons qui sont à l’armée; ce qui fera 50,000 hommes de renfort, et portera les 4e, 5e, 6e et 11e corps fort haut.

Il partira aussi, à la même époque, un bataillon de chacun des dépôts du 2e corps; ces douze bataillons se réuniront à Strasbourg.

 

Paris, 26 novembre 1813.

OBSERVATIONS SUR LE  BUDGET DE 1814.

Sa Majesté fixe le budget de 1814 pour la guerre et pour l’admi­nistration de la guerre, savoir : le premier à 342 millions; le deuxième à 330 millions; total pour ces deux ministères, 672 millions.

Les autres chapitres du budget, savoir : la liste civile, la dette publique et les pensions, les frais de négociation, et les divers minis­tères, la Hollande comprise, en n’y comprenant pas l’Illyrie et les villes hanséatiques, montent à 485 millions; total, 1 milliard 157 millions. L’état des recettes présumées, y compris 50 centimes de guerre, ne monte qu’à 1 milliard 125 millions. Il y aurait un déficit de 32 millions, et cependant il n’est porté dans le budget en dépense aucun fonds de réserve pour subvenir, soit à des diminutions de recettes non prévues, soit à l’excédent de dépenses des ministères qui, tels que ceux de la guerre et de l’administration de la guerre, par exemple, ne peuvent être fixés qu’hypothétiquement. Il faut donc s’assurer des ressources extraordinaires.

On porterait, à cet effet, les centimes de guerre à 75 centimes, dont 50 centimes seraient payés avec les contributions, et 25 centimes pourraient être recouvrés à la fin de l’année, si les circon­stances l’exigeaient, en vertu d’un décret du gouvernement.

La manière de présenter cette opération pourrait être celle-ci : en demandant les 75 centimes, on annoncerait que 25 centimes ne seraient pas recouvrés avec le principal des contributions, afin que, dans le cas où la paix serait faite, cette augmentation, qui aurait cessé d’être nécessaire, ne fût pas payée.

Le produit des 25 centimes est estimé à 55 millions, laquelle somme, jointe à celle de 1 milliard 125 millions, montant de la recette présumée, donnerait une recette totale de 1 milliard 180 millions. À cette recette il faut ajouter, pour couvrir le déficit qui se trouve dans l’opération de la vente des domaines, une ressource extraordinaire de 100 millions.

Cette ressource pourrait consister dans la vente des portions de bois des communes et des bois nationaux au-dessous de 500 arpents, tel éloignées des forêts nationales ou communales à la distance déterminée par les lois antérieures. On aurait soin, en faisant cette opération, de réserver et de cantonner les affouages et de prendre toutes mes autres précautions de détail qu’un examen approfondi ferait reconnaître nécessaires.

Cette opération serait fondée, comme il a été dit plus haut, sur le déficit qui s’est trouvé dans la vente des biens des communes, et l’on annoncerait que ce déficit provient des nombreuses exceptions accordées en exécution de la loi.

Les recettes de 1814 se composeraient donc comme il suit : montant de l’état des recettes présumées, 1 milliard 125 millions; montant des 25 centimes de guerre, qui ne seraient mis en recou­vrement que dans les derniers mois de l’année, 55 millions; produit de la vente des portions de bois nationaux ou communaux au-dessous de 500 arpents, 100 millions; total, 1 milliard 280 millions.

Le budget en dépense étant estimé à 1 milliard 157 millions, il resterait un gros fonds de réserve de 123 millions, et dans le cas où les 25 centimes de la fin de l’année ne seraient pas perçus, dont le montant alors à déduire serait de 55 millions, le fonds de réserve du budget général serait encore de 68 millions.

Sur les 100 millions de la vente des portions de bois au-dessous de 500 arpents, 50 millions seraient assurés par le moyen de la sus­pension du quart des traitements de 1814 au-dessus de 2,000 francs, donnant une pareille somme de 50 millions, dont le remboursement serait garanti sur le produit des ventes de ces bois.

 

Paris, 28 novembre 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, le 4e bataillon du 10 léger, le 3e du 21e idem, le 3e du 25e idem, le ler du 29e idem, le 4e du 32e de ligne, le 3e du 39e, le 3e du 54e, le 3e du 63e, le 3e du 95e, le 3e du 96e et le 3e du 103e, ce qui fait onze bataillons, se rendront, aussitôt après leur arrivée, à Mayence, et rejoindront les bataillons de leurs régiments qui se trouvent au 4e corps; ce qui augmentera ce corps de onze bataillons.

Les cadres des 2e et 3e bataillons du 29e léger, du 6e du 32e de ligne et du 4e du 103e, ce qui fait les cadres de quatre bataillons, se rendront aux dépôts de leurs régiments respectifs, afin d’y recevoir des conscrits.

Vous ajouterez à l’état de situation du 4e corps une colonne qui fera connaître l’augmentation que ces dispositions lui donnent.

Il sera formé un nouveau corps d’armée qui prendra le n° 7, et qui sera composé de trente-six bataillons ou de trois divisions, formées ainsi qu’il suit :   1e division :  12e léger, 3e et 4e bataillons; 8e de ligne, 2e et 3e bataillons; 24e de ligne, 2e et 3e bataillons ; 27e de ligne, 2e et 3e bataillons; 28e de ligne, 2e et 4e bataillons; 34e de ligne, 3e et 4e bataillons; total, 12 bataillons; 2e division : 27e léger, 2e, 3e et 4e bataillons; 45e de ligne, 2e et 3e bataillons; 58e de ligne, 2e, 3e et 4e bataillons; 64e de ligne, 3e et 4e batail­lons; 81e de ligne, 6e bataillon; 60e de ligne, 4e bataillon; total, 12 bataillons; 3e division : 75e de ligne, 2e et 3e bataillons; 75e de ligne, 2e et 3e bataillons; 79e de ligne, 3e et 4e bataillons; 88e de ligne, 2e et 3e bataillons; 94e de ligne, 3e bataillon; 100e de ligne, 2e, 3e et 4e bataillons; total, 12 bataillons. En tout pour le 7e corps, 36 bataillons.

Les administrations, l’artillerie et le génie qui étaient attachés au 14e corps le seront au 7e corps.

Les dépôts enverront à leurs bataillons respectifs les détachements nécessaires pour les   porter au complet ; et ceux des bataillons dénommés ci-dessus, qui se trouvent dans les dépôts, se rendront sans délai à Strasbourg, où ce corps se formera.

En résultat général, le 1er corps sera composé de quarante et un bataillons, formant trois divisions, deux de quatorze bataillons et une de treize. Dans l’état actuel, il est de vingt-quatre bataillons, mais il renverra à leurs dépôts les cadres des 3e et 4e bataillons du 21e de ligne et le cadre du 3e bataillon du 57e. Il ne restera donc que vingt et un bataillons qui, joints aux vingt bataillons du 1er corps bis, armeront les quarante et un bataillons portés ci-dessus; mais, comme il renvoie en même temps à leurs dépôts les cadres de trois bataillons, si ces trois bataillons peuvent être complétés, ce corps sera porté ta quarante-quatre bataillons.

Le 2e corps sera de trente-six bataillons, formant trois divisions, chacune de douze bataillons, indépendamment des douze bataillons que ce corps a à Magdeburg.

Le 4e corps sera composé des cinquante-huit bataillons qui y existent; des onze qu’il reçoit du 14e corps, et de douze qui peuvent être envoyés des dépôts pour le rejoindre; total, quatre-vingt-un batail­lons.  (Je crois que le 133e doit recevoir un bataillon qu’il avait à Meissen, et qui a dû revenir avec le 14e corps.) Ces quatre-vingt-un bataillons seraient un nombre trop considérable pour un seul corps; il faudra, par suite, en former deux; mais on peut toujours laisser provisoirement les choses dans cet état, en attendant que j’aie l’état en cent colonnes.

Au reste, sur les cinquante-huit bataillons existant au corps, beaucoup ne pourront pas être complétés par leurs dépôts; et sur les douze qui sont dans les dépôts, il y en a qui sont en Italie, tels que celui du 67e, et plusieurs qui ne pourront pas être complétés. Cela fera donc une diminution, et je ne pense pas qu’il y ait en tout plus Ide soixante et seize bataillons du 4e corps qui puissent être complétés cet hiver, au moyen de la conscription. Le 5e corps aura vingt bataillons.

Le 6e corps aura les trente et un bataillons portés dans votre état comme existant à l’armée, et les vingt-cinq qui sont dans les dépôts; ce qui fait cinquante-six bataillons, à quoi il faut ajouter les seize bataillons des quatre régiments d’artillerie de marine que je vois y avoir été oubliés, en sorte que ce corps sera de soixante et douze bataillons.

Le 7e corps, formé comme il a été dit ci-dessus, sera de trente-six bataillons.

Le 11e corps sera composé des vingt-cinq bataillons qui existent à l’armée, et des trois qui sont au dépôt; total, vingt-huit bataillons.

Le 13e corps sera composé des vingt-six bataillons existant à l’armée, et des huit du 13e corps bis; total, trente-quatre bataillons.

Je vous renvoie votre état, afin que vous fassiez rectifier ce qui est relatif au 6e corps , et voir s’il n’y a pas d’autres erreurs.

Récapitulation. — 1er corps, quarante et un ou quarante-quatre bataillons; 2e corps, trente-six; 4e corps, soixante et seize ou quatre-vingt-un;  5e corps, vingt;  6e corps, soixante et douze; 7e corps, trente-six; 11e corps, vingt-huit;   13e corps, trente-quatre;  total : trois cent quarante-trois ou trois cent cinquante et un, ce qui, en comptant ces bataillons au complet de 840 hommes, fait une infanterie de près de 300,000 hommes.

Tous ces bataillons doivent se trouver complétés moyennant l’appel de la moitié des 300,000 hommes, ou, si cela ne suffisait pas, moyennant un supplément sur la conscription de 1815.

Il faudra me renvoyer cet état quand vous l’aurez corrigé, et comme la répartition des 100,000 hommes est déjà faite, la répartition des 140,000 hommes, que j’appelle sur la levée des 300,000 pour l’armée du Rhin, doit servir à compléter tous ses bataillons. Il n’y a, d’ailleurs, que l’état en cent colonnes qui puisse bien déterminer cela. Les cadres qui ne pourraient pas être remplis le seront sur la conscription de 1815.

 

  1. S. On égalisera par la suite tous les corps, chacun à trois] divisions de quatorze bataillons, ou quarante-deux bataillons par corps, ce qui, multiplié par huit, fait trois cent trente-six bataillons ou vingt-quatre divisions; mais c’est une opération de détail qui se fera plus tard.

 

Paris, 28 novembre 1813.

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, je vous envoie une réponse que je viens de recevoir de l’intendant Marchant. Il est de la plus haute importance que cette solde soit payée sans délai à l’armée, car les officiers sont tous nus. Il leur reviendrait des gratifications pour se remettre; il faut au moins leur payer leur solde. Je désire que vous me fassiez connaître ce que vous pouvez faire là-dessus.

 

Paris, 28 novembre 1813.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Vérone.

Mon Fils, je reçois votre lettre du 22 à onze heures du soir. Je reconnais bien là la politique de l’Autriche; c’est ainsi qu’elle fait tant de traîtres.

Je ne vois pas de difficulté à ce que vous fassiez un armistice de deux mois; mais le principal est de bien stipuler que les places seront ravitaillées journellement, afin qu’au moment où l’armistice viendra à se rompre elles soient aussi bien approvisionnées qu’avant. Je pense au reste que cela se borne à Osoppo et Palmanova, puis­que vous conservez vos communications avec Venise.

 

EUGÈNE NAPOLÉON A L’EMPEREUR.

« Vérone, 22 novembre 1813, onze heures du soir.

» Sire, j’ai l’honneur de rendre compte à Votre Majesté qu’il s’est présenté ce soir à nos avant-postes un major autrichien, ayant des lettres à mon adresse qu’il demandait à ne remettre qu’à moi.

J’étais alors à cheval visitant les postes du val Pantena. Je me suis porté sur la grande route, et j’ai vu avec surprise que ce major autrichien n’était autre que le prince de Taxis, aide de camp du roi de Bavière. Il m’a remis une lettre de mon beau-père, purement d’amitié, dans laquelle il me priait d’entendre la personne qu’il m’envoyait.

Je me suis promené environ une heure à hauteur de notre grand’garde, et, s’il m’est difficile de rendre à Votre Majesté toute notre conversation, je vais du moins tâcher de lui en faire connaître la substance :

1° Assurances d’estime et d’amitié du roi de Bavière;

2° Assurance que les alliés consentiraient à tout arrangement que je pour­rais faire avec le roi pour assurer à ma famille un sort avantageux en Italie ;

3° Prière du roi de ne considérer dans cette demande que le vif désir de voir assuré dans ces circonstances le sort de sa fille et de ses petits-enfants ;

4° Enfin, la proposition de me faire déclarer roi du pays qui serait convenu.

Si Votre Majesté connaît bien mon cœur, Elle peut d’avance savoir tout ce que j’ai répondu. Les phrases du moment étaient certes plus énergiques que tout ce que je pourrais actuellement répéter. Il ne m’a pas fallu grande réflexion pour faire assurer au roi de Bavière que son gendre était trop honnête homme pour commettre une lâcheté;  que je tiendrais jusqu’à mon dernier soupir le serment que j’avais fait, et que je répétais , de vous servir fidèlement; que le sort de ma famille est et serait toujours entre vos mains, et que, si le malheur pesait jamais sur nos têtes, j’estimais tellement le roi de Bavière, que j’étais sûr d’avance qu’il préférerait toujours retrouver son gendre particulier, mais honnête homme, que roi et traître; qu’enfin la vice-reine partageait entière­ment mes sentiments à cet égard.

Le jeune prince Taxis m’a demandé si pourtant il n’y aurait pas moyen d’allier mes intérêts avec ceux de Votre Majesté. À cela j’ai répondu que la seule chose que je ne trouverais point contraire aux intérêts de Votre Majesté serait un armistice de six semaines ou deux mois, qui désignerait la ligne que j’occupe en ce moment, ne voulant pas perdre un seul pouce de terrain, et bien entendu que les places, même celles en Dalmatie, seraient respectées pendant sa durée.

Votre Majesté comprend facilement qu’en faisant une semblable proposition je n’ai eu en vue que son propre avantage, puisque le bien qui résulterait de ces deux mois gagnés n’est point à discuter.

Le prince de Taxis m’a quitté en m’assurant qu’il ne doutait pas qu’avant huit jours le général Hiller ne reçût l’ordre de traiter avec moi sur les bases ci-dessus. J’écris à cet effet à Votre Majesté par le télégraphe, afin de connaître d’avance si cela ne dérangerait aucun de ses projets.

La situation actuelle des choses en Italie, la mauvaise direction de l’esprit public, et, plus que tout cela, le temps nécessaire à l’arrivée comme à l’orga­nisation des renforts pour l’armée, me font vivement désirer que Votre Majesté approuve mes propositions.

Eugène Napoléon.

Paris, 29 novembre 1813.

Au général baron d’Hastrel, directeur général de la conscription militaire, à Paris.

Monsieur le Baron d’Hastrel, vous trouverez ci-joint le décret qui sera porté demain au Conseil d’État. Au lieu de 140,000 hommes, je ne lève d’abord que 100,000 hommes , et cette première levée sur les 300,000 ne comprend que les départements des 1er, 14e, 15e,  2e, 3e, 4e, 5e, 6e, 16e et 18e divisions.

Il restera à lever la conscription des départements qui composent les 21e, 22e, 25e et 26e divisions, savoir, environ 40,000 hommes, ce qui fera les 140,000. Vous me présenterez plus tard un autre décret pour la levée de cette seconde portion.

Mon intention est qu’un tiers du contingent des départements des 1er, 14e et 15e divisions soit pour la Garde. La levée de ces trois divisions sera d’environ 45,000 hommes; le tiers est de 15,000 con­scrits, qui seront dirigés sur Paris pour les tirailleurs de la Garde.

Quant au contingent des départements des 2e, 3e, 4e, 5e, 6e et 18e divisions , mon intention est que plus du quart soit pour la Garde. Ces six divisions fournissent   environ 55,000 hommes; ce serait 15,000 hommes, qui seront dirigés sur Metz pour le recrutement des voltigeurs. Tout ce qui restera, après que ce prélèvement pour les voltigeurs et les tirailleurs de la Garde aura été effectué,  sera employé à recruter les dépôts des corps qui se trouvent dans chaque division le plus à portée des conscrits.

Présentez-moi, sur les bases suivantes, un projet de répartition pour les 70,000 hommes restant sur cette levée de 100,000 hommes : 10,000 conscrits seront destinés à recruter les régiments du 1er corps; 10,000 pour ceux du 2e corps; 12,000 pour ceux du 4e corps; 6,000 pour le 5e corps; 18,000 pour le 6e corps; 4,000 pour le 7e corps : total, 60,000; en prenant pour base les instruc­tions que j’ai données hier au ministre de la guerre sur l’organisa­tion de ces corps, et en ayant soin de diriger sur les dépôts des corps les conscrits les plus rapprochés ;

2,000 hommes seront pris pour compléter l’artillerie à pied et à cheval de la Grande Armée; ces 2,000.hommes seront choisis, sur le contingent de chaque département, parmi les conscrits de la plus haute taille, et ce à raison d’un cinquantième de la levée; enfin, il sera de plus accordé 2,000 hommes sur cette levée pour compléter le train d’artillerie, ce qui fera en tout 4,000 hommes à prendre pour l’artillerie. Les hommes qui seraient nécessaires au-delà de ce nombre, pour compléter l’artillerie, seront pris successivement sur les autres levées.

Ainsi la levée de 100,000 hommes qu’on va faire fournira : 30,000 hommes pour la Garde, 60,000 pour l’infanterie et 4,000 pour l’ar­tillerie; total, 94,000 hommes. Il restera 6,000 hommes dont la destination n’est pas encore déterminée; vous me ferez connaître l’emploi qu’il est le plus convenable d’en faire.

Voyez le ministre de l’administration de la guerre, pour savoir ce qui serait nécessaire pour compléter les équipages militaires de l’administration.

Je désirerais que tous les hommes de cette conscription qui sont en ce moment dans les gardes nationales fussent compris dans la levée, entrassent dès lors dans les régiments, et que les départe­ments pussent ainsi s’acquitter et incorporer dans leurs contingents ceux des gardes nationales qui seraient dans le cas d’en faire partie.

 

Paris, 30 novembre 1813.

NOTE POUR LE MINISTRE DE LA MARINE, à Paris.

Il est de la plus haute importance que j’aie à Willemstad des cha­loupes canonnières qui de là puissent remonter jusqu’à Gorcum.

 

Paris, 30 novembre 1813.

Au comte Daru, directeur de l’administration de la Grande Armée, à Paris.

Je vous envoie l’état de Gorcum ; vous verrez que les approvision­nements sont encore bien faibles. Prenez des mesures efficaces pour les compléter promptement. Il faut approvisionner Anvers.

 

Paris, 30 novembre 1813.

Au général comte Drouot, aide-major de la Garde impériale, à Paris.

Monsieur le Comte Drouot, il y aura entre Bruxelles et Anvers une réserve de la Garde, qui sera composée :

1° De 300 gendarmes d’élite à cheval, savoir : 120 partis depuis longtemps, 80 partis il y a huit jours, et 100 qui partent aujour­d’hui ; ils seront sous les ordres du général Henry;

2° D’un escadron de 200 lanciers du 2e régiment, dont 150 sont partis il y a huit jours et 50 partent aujourd’hui ; d’une compagnies de 100 chasseurs à cheval, dont 50 sont partis il y a huit jours, et 50 partent aujourd’hui; enfin d’un escadron de 1G0 gardes d’honneur; ce qui fera 460 : ces 460 chevaux seront réunis à la division du général Lefebvre-Desnoëttes, qui est partie de Deux-Ponts pour Bruxelles, et la compléteront à 1G ou 1800 chevaux;

3° D’une division d’infanterie de la jeune Garde, commandée par le général Roguet et par trois généraux de brigade, qui prendront chacun une brigade. La 1e brigade sera composée des 12e et 13e de tirailleurs; la 2e, des 9e et 10e de tirailleurs, et la 3e des 12e et 13e de voltigeurs. Le 11e de tirailleurs attendra à Mons l’arrivée du 2e provisoire, et sera ensuite réuni à cette de ces brigades qui sera la plus faible.

Chacune de ces brigades aura une batterie d’artillerie à pied, ce qui fera trois batteries. Je crois que deux sont déjà parties; il faudra sans délai en organiser une troisième à la Fère. Voyez là-dessus le général Dulauloy. Faites-moi connaître les trois généraux delà jeune Garde qui doivent commander ces brigades, ainsi que l’officier supé­rieur qui doit commander l’artillerie.

Organisez une des compagnies de marins qui sont à Paris, laquelle se complétera à Anvers.

Organisez également une compagnie de sapeurs avec ses outils; vous pouvez prendre les sapeurs à Paris; attachez-y un ou deux officiers du génie.

Envoyez à la réserve de la |Garde un ou deux commissaires des guerres, et, indépendamment des chirurgiens du corps, une brigade de chirurgiens. Il faut que les corps se procurent sur-le-champ leurs ambulances régimentaires sur un cheval de peloton ; il doit y en avoir un par bataillon. Indépendamment de ce, organisez une ambulance sur six caissons.

Mon intention est qu’on organise la 12e compagnie d’équipages à Bruxelles ; vous y emploierez les hommes que j’ai vus ce matin ; faites les fonds nécessaires pour l’achat de voitures. Six de ces voitures seront réservées pour le service de l’ambulance. En conséquence des différentes dispositions ci-dessus, la réserve de la Garde à Bruxelles sera munie de tout ce qui est nécessaire. Surveillez tous les détails de cette organisation, afin qu’elle soit bien faite et qu’il n’y manque rien.

Faites-moi connaître s’il y a encore à Paris des chasseurs, des gen­darmes, des lanciers, des dragons, des grenadiers, etc., qu’on puisse monter. Il serait convenable de pouvoir en faire partir dans la semaine, afin d’en augmenter d’autant la division de cavalerie du général Lefebvre-Desnoëttes. Je n’ai pas besoin de dire que, quand les gendarmes nouveaux seront arrivés, on les mêlera avec les vieux gendarmes.

 

Paris, 30 novembre 1813.

OBSERVATIONS SUR LES PROCÈS ENTRE LES COMMUNES ET LES PARTICULIERS.

Sa Majesté dit qu’il paraît fort extraordinaire d’empêcher les parti­culiers d’exercer librement leurs droits contre les communes : on plaide bien contre l’Empereur. Elle dit que c’est ouvrir aux communes un moyen de ne pas payer leurs dettes ; que, si l’on ne peut plaider sans autorisation contre un maire qui, par des règlements, aurait attenté à la propriété, la propriété n’est plus inviolable en France.