Correspondance de Napoléon – Novembre 1813

Saint-Cloud, 18 novembre 1813.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, le général Sébastiani prendra le commandement du 5e corps, et sera sous les ordres du duc de Tarente; le 2e corps de cavalerie sera commandé par le général de division Bordesoulle.

Ainsi les corps de l’armée seront commandés : le 11e par le duc de Tarente; le 5e, par le général Sebastiani; le 4e, par le gênéral Morand ; le 6e, par le duc de Raguse, et le 2e restera au duc de Bellune.

 

Saint-Cloud, 18 novembre 1813.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, écrivez au duc de Raguse d’envoyer un officier intelligent auprès du prince de Schwarzenberg, pour offrir de traiter de la reddition de Danzig, de Modlin, de Zamość, de Stettin, de Küstrin et de Glogau. Les conditions de la reddition de ces places seraient que les garnisons rentreraient en France avec armes et bagages, sans être prisonnières de guerre; que toute l’artillerie de campagne aux armes françaises, ainsi que les magasins d’habillement qui se trouveraient dans les places, nous seraient laissés; que des moyens de transport pour les ramener nous seraient fournis; que les malades seraient, à fur et mesure de leur guérison, renvoyés. Il fera connaîtra que Danzig peut tenir encore un an; que Glogau et Küstrin peuvent tenir également encore un an, et que, si on veut avoir ces places par un siège, on abîmera la ville; que ces conditions sont donc avantageuses aux alliés, d’autant plus que la reddition de ces places tranquillisera les États prussiens.

Écrivez au général Turreau que je le blâme d’avoir capitulé pour la ville de Würzburg, puisque, s’il n’avait pas signé cette capitulation, il aurait retenu sur ce point 4 à 5,000 hommes que j’aurais eus de moins à Hanau. Faites-lui connaître que je l’autorise â traiter pour la reddition de la citadelle à la condition du retour en France de la garnison, de ses hôpitaux, de son artillerie et de tous ses magasins de vivres et autres, lesquels seront embarqués sur le Main ; que je consens à cette reddition spécialement par égard pour la ville de Würzburg, qui pourrait être compromise par la résistance de la citadelle. Comme, dans le fait, il n’y a pas de compensation suffisante pour l’avantage que trouvera l’armée alliée à occuper cette citadelle, il tâchera d’obtenir en même temps la libération de 2,500 prisonniers ; cependant il ne fera pas de cette question une condition sinequa non

Vous ajouterez au duc de Raguse que, si on parlait de la reddition de Hambourg, de Magdeburg, d’Erfurt, de Torgau et de Wittenberg il doit répondre qu’il prendra mes ordres là-dessus, mais qu’il n’a pas d’instructions; qu’il n’est question actuellement que de traiter pour les places de l’Oder et de la Vistule. Ces communications ser­viront aussi à avoir des nouvelles. Vous ne parlerez pas au duc de Raguse de ce qui est relatif à la citadelle de Würzburg, et vous aurez soin d’écrire à ce sujet en chiffre au général Turreau.

 

Saint-Cloud, 18 novembre 1813.

À M. Melzi, duc de Lodi, chancelier du royaume d’Italie, à Milan.

J’ai reçu votre lettre du 13 novembre. Le prince d’Essling marche sur Gênes avec un corps de troupes; 16.000 conscrits, âgés de plus de vingt-deux ans et nés dans la vieille France, se portent sur Turin et Alexandrie. J’ai pris des mesures pour avoir, à la fin de décembre, 60.000 hommes sur ces deux points.

Le roi de Naples m’a promis de marcher avec 30,000 hommes sur le Pô. S’il tient sa promesse, j’espère qu’il n’arrivera pas d’autre malheur.

Au reste, j’ai ici 600,000 hommes en mouvement, et, quelque chose qui arrive, les Autrichiens ne resteront pas maîtres de l’Italie. Les circonstances ont été critiques; elles le sont encore; mais je trouve d’immenses ressources et beaucoup de bonne volonté dans ce pays.

 

Saint-Cloud, 19 novembre 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Vous avez environ 120 à 130,000 prisonniers de guerre; ce nombre est considérable. Les habitants des villes où ils sont placés paraissent montrer de l’inquiétude. Mon intention est que vous or­donniez qu’il soit mis en activité une compagnie de 140 hommes de la garde nationale à Saint-Quentin, qui fournira une escouade de 25 hommes à Laon. Une pareille compagnie sera formée à Givet ; une pareille à Mézières; une pareille à Philippeville; et enfin une pareille, qui sera répartie entre Marienburg et Bouillon ; ce qui formera quatre compagnies pour le département des Ardennes. Ces compagnies étant composées de gardes nationales urbaines, les habitants seront moins fatigués. Vous ferez former une pareille compagnie à Briançon, une à Mont-Dauphin, trois à Moulins et enfin deux pour le département du Calvados.

Mon intention est que partout où il y a 1,000 prisonniers réunis, il soit formé une compagnie de gardes nationales pour les contenir. Il me semble que, dans les endroits où il ne s’en trouvera pas un pa­reil nombre, une force du dixième ou du quinzième sera suffisante pour les garder, étant aidée de la gendarmerie; que dans ceux où il n’y a que 3 à 400 prisonniers, la gendarmerie suffira. Où il y aura des vétérans, vous pourrez épargner cette dépense. Cette mesure mettra la tranquillité parmi les habitants et assurera la garde des prisonniers.

 

Saint-Cloud, 19 novembre 1813.

Au maréchal Marmont, duc de Raguse, commandant le 6e corps de la Grande Armée, à Mayence.

Je reçois votre lettre du 16. J’ai ordonné que le duc de Trévise porte son quartier général à Trêves, où se rendra toute la vieille Garde; que les deux divisions composées de tirailleurs se placent dans la direction de Trêves à Mayence, et de Trêves à Coblentz; que les deux divisions composées de voltigeurs se rendent à Luxembourg afin d’être à portée de leur dépôt, qui est à Metz ; que chaque brigade ait avec elle son artillerie. Les batteries de 12 et celles à cheval seront avec la vieille Garde. Tous les employés et administrations de la vieille Garde seront à Trêves. Par ce moyen, vous serez parfaitement débarrassé et il n’y aura rien sur la grande route.

Je me fais faire un rapport sur la situation de la cavalerie, afin de la placer définitivement dans les lieux les plus convenables.

Il partira d’ici tous les huit jours 1,200 hommes, pour compléter les voltigeurs. Ainsi, ma Garde fera, avant le 15 janvier, un corps de 80,000 hommes.

Je crois n’avoir pas encore donné d’ordre pour le grand quartier général. Je crains qu’il n’y ait quelque inconvénient à éloigner le payeur et l’intendant de Mayence.

Je crois vous avoir mandé que 11,500 conscrits sont dirigés sur Mayence, où ils sont destinés à recruter la portion du 4e corps qui a ses dépôts en Italie ; et comme tous les autres dépôts du 4e corps vont diriger des conscrits pour recruter leurs bataillons, je compte que ce corps sera incessamment de 30 à 40,000 hommes.

Faites partir la division de la jeune Garde que vous avez gardée à Mayence.

Je suppose que le 5e corps est parti pour Cologne. Faites partir l’ancien 3e corps pour Coblentz. Le 2e corps et la division du 6e corps paraissent suffisants du côté de Mannheim et en Alsace. Les gardes nationales me paraissent suffi­santes également.

J’ai ordonné la formation d’un 2e corps bis à Strasbourg; je crois vous avoir instruit de ces dispositions. Nous ne sommes dans ce moment-ci en mesure pour rien. Nous serons, dans la première quinzaine de décembre, déjà en mesure pour beaucoup de choses. La grande affaire aujourd’hui, c’est l’armement et l’approvisionnement des places.

A moins de nécessité absolue, ne laissez pas sortir la division du 12e corps de votre commandement. Le duc de Bellune voudrait l’attirer là lui, mais il n’y a rien à craindre pour Strasbourg; il faudrait être fou pour nous attaquer par l’Alsace. C’est sur Cologne, Wesel et Coblentz qu’il est naturel de penser que l’ennemi doit se porter.

Avez-vous rallié au 6e corps les 1,200 ou 1,500 hommes de la marine qui se trouvaient du côté de Cologne ?

Avez-vous fait partir des officiers pour parcourir les différents régiments, pour voir les isolés qui y ont été incorporés et les faire revenir à leurs régiments ?

Le ministre a décidé où devaient être placés les dépôts du 30e et du 33e de ligne; quant aux 8e, 27e, 70e et 88e régiments de ligne, renvoyez les cadres à leurs dépôts. Le 8e est du côté de la basse Meuse; ôtez tous les hommes disponibles, et placez-les dans le 13e de ligne. Le 88e a aussi son dépôt dans le Nord. Il n’y a que le 70e qui ait son dépôt à Brest; placez ce bataillon dans celui des corps où se trouve déjà le 70e. J’ai donné des ordres pour que 600 conscrits lui soient envoyés à Mayence pour le compléter ; il serait trop long de l’envoyer se recruter du côté de Brest.

Le 28e ayant son dépôt dans le Nord, renvoyez-le à son dépôt. Vous aurez donc ainsi à Mayence deux dépôts, celui du 133e et un bataillon du 70e. Quant au 33e léger, vous l’avez dirigé sur Sarrelouis; il me paraît bien là.

Instruisez de ces dispositions les commissaires des guerres de Metz, Chalons et de la route, afin que les conscrits qui se rendent à ces différents dépôts ne puissent se détourner.

 

Saint-Cloud , 20 novembre 1813.

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’empire, à Paris

Mon Cousin, ayant résolu de nommer le comte Daru mon ministre de l’administration de la guerre, je désire que vous voyiez le comte de Cessac pour lui faire pressentir qu’il est convenable qu’il donne sa démission, et comme je ne fais point ce changement par des motifs de mécontentement, je voudrais que vous me fissiez connaître ce qu’il désire.

Aussitôt que vous aurez vu le comte de Cessac, vous viendrez à Saint-Cloud pour me présenter le comte Daru au serment qu’il doit prêter en cette nouvelle qualité.

 

Saint-Cloud, 20 novembre 1813.

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Comte de Cessac, les fatigues du ministère que vous gérez depuis quelques années vous ont porté plusieurs fois à me témoigner le désir d’en être déchargé. Je charge mon cousin le prince archichancelier de prendre le portefeuille de voire ministère. Voulant vous donner une preuve de ma satisfaction pour les services que vous m’avez rendus, soit en Conseil d’État, soit en votre ministère, je vous accorde une pension de 20,000 francs sur mon trésor impé­rial et une dotation de 20,000 francs de revenu, qui sera jointe à votre titre et transmissible avec lui. Voulant aussi profiter de vos avis et bons conseils, j’ai ordonné qu’il vous fût délivré des lettres pa­tentes de ministre d’État.

 

Saint-Cloud, 20 novembre 1813.

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des Cultes, à Paris.

Monsieur le Comte Bigot de Préameneu, je reçois votre projet de lettre. Il y aurait trop d’inconvénients à écrire cette dépêche aux évêques, qui la prêcheraient partout. Il vaut mieux ne pas l’écrire, ou seulement cinq ou six lignes : que dans les circonstances actuelles on compte sur leur zèle pour la patrie et sur leur attachement à ma personne.

 

Saint-Cloud, 20 novembre 1813.

A M. Colin, duc de Sussy, ministre du commerce et des manufactures, à Paris.

Le mouvement des Anglais sur Bayonne met à découvert cette partie de la frontière. J’apprends qu’ils ont déjà jeté une certaine quantité de leurs marchandises du côté de Saint-Jean-de-Luz. Je pense que vous aurez porté vos lignes de douane sur d’autres points. Cet objet mérite toute votre attention.

 

Saint-Cloud, 20 novembre 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Il y a plusieurs rivières qui confluent avec le Rhin par la rive droite, telles que le Neckar et la Lahn. Mon intention est que vis-à-vis l’embouchure de ces rivières on construise des redoutes, qui seront armées de plusieurs pièces de gros calibre dont quelques-unes de 24, et qu’elles soient à l’abri d’un coup de main. Plus tard on s’occupera d’élever à ces endroits des forts permanents. Faites-moi un rapport sur cet objet.

 

Saint-Cloud, 20 novembre 1813.

Au maréchal Marmont, duc de Raguse, commandant le 6e corps de la Grande Armée, à Mayence.

Il est probable que l’ennemi ne veut pas tenter de passer le Rhin. Laissez donc vos troupes tranquilles et ne vous tourmentez pas. Toutefois, si l’ennemi passe le Rhin, il le passera sur le bas Rhin. N’éloignez donc pas le 2e corps de Mayence. Une division du Ge corps doit être à Coblentz, afin que le 5e corps soit à Cologne, à la dispo­sition du duc de Tarente.

J’estime que les gardes nationales qu’on a levées dans l’Alsace sont suffisantes pour défendre cette frontière.

La redoute à l’embouchure du Neckar est établie. En a-t-on établi une semblable vis-à-vis la Lahn ? Si on ne l’a pas faite, ordonnez qu’on la fasse.

 

Saint-Cloud, 20 novembre 1813, onze heures du matin.

INSTRUCTIONS POUR LE GÉNÉRAL D’ANTHOUARD.

D’Anthouard m’écrira du mont Cenis où en est la forteresse, si on peut l’armer, si elle est à l’abri d’un coup de main, etc.

Il verra le prince Borghèse, qui doit avoir reçu la copie de l’ordre que j’ai signé hier, ayant deux buts, et qui la lui fera voir.

Premier but : l’envoi de 16,000 hommes de renfort à l’armée d’Italie sur la conscription des 120,000 hommes. Ces 16,000 hom­mes sont fournis aux six divisions qui forment l’armée d’Italie, à raison de 700 hommes chacune; total, 4,200; plus 800 hommes à prendre au dépôt du 156e pour le 92e : en tout 5,000 hommes; plus 7,000 hommes, qui font partie des régiments qui sont à l’armée d’Italie et des dépôts au-delà des Alpes; enfin, 600 hommes du dépôt du 156e régiment pour le 36e léger, 600 hommes pour le 133e, 600 hommes pour le 132e, etc. Total, 16,000 hommes.

Au reste, le prince Borghèse lui remettra le décret, qui est très-détaillé, afin qu’il en ait pleine connaissance pour l’exécution de ses ordres.

Il reconnaîtra : 1° si les conscrits sont de beaux hommes et forts, s’assurera de la quantité, si la désertion a occasionné des pertes , et combien; 2° il s’informera du directeur de l’artillerie s’il a les armes pour ces 16,000 hommes; 3° il s’assurera si l’habillement, le grand et petit équipement, sont prêts , ou quand ils le seront.

Second but : ces 16,000 hommes sont destinés aux 1er et 2e ba­taillons de l’armée d’Italie; mais j’ai en outre une armée de réserve de 30,000 hommes par décret d’hier, 19 novembre, et à prendre sur la levée des 300,000 hommes. Ces 30,000 hommes se lèveront en Provence, en Dauphiné, dans le Lyonnais, et seront réunis à Alexandrie, à la fin de décembre. Il faut-voir si les armes sont prêtes pour ces 30,000 hommes, ainsi que l’habillement, ou bien si les mesures sont prises pour cela.

Ces 30,000 hommes, formant trois divisions, seront incorporés, 1° pour la 1e division , dans les 4e et 6e bataillons de l’armée d’Ita­lie; les 4e bataillons existent à Alexandrie; le vice-roi fera former les cadres des 6e bataillons et les enverra de suite à Alexandrie;

2° la 2e division sera formée des bataillons qui ont leurs dépôts en Piémont ; plusieurs retournent à la Grande Armée, en sorte qu’il ne faut compter que sur la moitié; il faut donc former des cadres en remplacement et les diriger sur ces dépôts; 3° la 3° division sera formée de onze à douze 5es bataillons, dans les 27e et 28e divisions militaires.

La 1e division recevra 9,000 hommes; la 2e division, 7,500; la 3e division, 5,500; total, 22,000 hommes.

Indépendamment de ces trois divisions, je forme une réserve en Toscane des 3e, 4e, 5e bataillons du 112e régiment et des 4e, 5e ba­taillons du 35e léger, qui reçoivent 2,500 hommes sur la levée des 300,000 hommes.

De plus, je forme une réserve à Rome des 3e, 4e bataillons du 22e léger, des 4e, 5e bataillons du 4e léger, des 4e, 5e bataillons du L6e de ligne, qui recevront 3,000 hommes sur les 300,000 hommes, non compris ce qu’ils reçoivent des 120,000 hommes. Total, 28,000 hommes.

Il reste 2,000 hommes pour l’artillerie d’Alexandrie, de Turin, pour les sapeurs, les équipages. Je veux une artillerie pour l’armée de réserve.

J’ai envoyé le prince d’Essling à Gènes avec 3,000 hommes de gardes nationales levés depuis un an à Toulon. Il est possible que je lui confie le commandement de l’armée de réserve; mais s’il est tota­lement hors d’état de le remplir à cause de sa poitrine, j’y enverrai probablement le général Caffarelli.

Ainsi donc, avant le 1er janvier, le vice-roi recevra 16,000 hom­mes des 120,000 hommes, pour recruter les trois 1er bataillons des régiments, tout cela de l’ancienne France; il n’y aura ni Piémontais, ni Italiens, ni Belges; plus 30,000 hommes de l’armée de réserve; total, 46,000 hommes, réunis d’ici au mois de février; tous vieux Français et âgés de vingt-trois, vingt-quatre, vingt-cinq, vingt-six, vingt-sept, vingt-huit, vingt-neuf, trente, trente et un et trente-deux ans.

Le principal soin doit être de former les 6e bataillons, et de tirer des corps pour former les cadres dont nous manquons et qu’on ne peut créer.

Le roi de Naples m’a écrit qu’il marche avec 30,000 hommes. S’il exécute ce mouvement, l’Italie est sauvée, car les troupes autri­chiennes ne valent pas les Napolitains. Le Roi est un homme très-brave; il mérite de la considération. Il ne peut diriger des opérations, mais il est brave, il anime, il enlève, et mérite des égards. Il ne peut donner de l’ombrage au vice-roi : son rôle est Naples, il n’en peut sortir.

D’Anthouard nie rendra compte de l’état dans lequel se trouve la citadelle de Turin, son armement, ses magasins de guerre et de bouche, son commandant, les officiers du génie, de l’état-major, etc. Il me rendra le même compte sur Alexandrie, en joignant le calque des ouvrages ; il me fera un rapport sur les officiers, l’état-major, etc.

Même rapport sur la citadelle de Plaisance.

On me parle de la citadelle de Casale ; il s’y rendra, et me rendra compte si cela vaut la peine d’être armé et approvisionné.

Si le vice-roi avait enfermé dans les places les fonds de dépôts, comme quartiers-maîtres, ouvriers, etc. , il faut les retirer ; il faut même évacuer tout ce qui, dans ce genre, se trouve à Mantoue. On y a même enfermé le 5e bataillon et le dépôt du 8e léger. J’ai donné deux ordres pour que ce dépôt reçoive 600 conscrits à Alexandrie. D’Anthouard se fera rendre compte où cela en est. Que cela soit dirigé à Alexandrie; ensuite que le dépôt, le major, les ouvriers, soient à Plaisance pour recevoir ce qui revient à la Grande Armée et organiser un bataillon. D’Anthouard trouvera à Alexandrie 700 hom­mes pour le 13e de ligne; le vice-roi a enfermé le dépôt à Palmanova; ces 700 hommes vont se trouver seuls; j’ai ordonné d’en former le 6e bataillon. Il faut que le vice-roi fournisse quelques offi­ciers, et le prince Borghèse formera le cadre. J’ai ordonné qu’un demi-cadre du 13e soit envoyé de Mayence, mais jusqu’à l’arrivée il faut pourvoir à la réception, organisation, instruction, et mettre ce bataillon à la citadelle d’Alexandrie.

D’Anthouard trouvera à Plaisance le dépôt du 9e bataillon des équipages militaires. Il faut diriger tout l’atelier, tout le matériel, les magasins sur Alexandrie, qui est une place sûre. Si les approvision­nements des citadelles de Turin et d’Alexandrie n’étaient pas com­plets, il faudrait en rendre compte au prince Borghèse, pour qu’il y pourvoie de suite. D’Anthouard donnera des ordres en forme d’avis pour tout ce qu’il croira nécessaire d’après mes instructions, et me rendra compte des ordres qu’il aura donnés.

Il faut que les fortifications soient en état, fermer les gorges en palissades, voir ce qui est nécessaire pour les parapets et banquettes à rétablir, etc., porter une grande attention sur les inondations. Compte-t-on dans le pays sur l’inondation du Tanaro et la résistance du pont écluse ?

Un régiment croate de 1,300 hommes et 600 chevaux est à Lyon. Je donne ordre à Corbineau de leur faire mettre pied à terre et d’envoyer celte canaille sur la Loire, et de donner 300 chevaux à chacun des deux régiments, 1er de hussards et 31e de chasseurs. Je vais m’occuper de la cavalerie pour l’armée d’Italie : 1° j’envoie à Milan tout ce qui appartient au 1er de hussards et au 31e de chasseurs; 2° je veux y envoyer deux bons régiments, de dragons d’Espagne de 1,200 chevaux chacun.

J’ai ordonné que toutes les troupes italiennes de la Grande Armée se rendent à Milan; il y a 4,000 hommes.  Même ordre pour les mêmes troupes qui sont en Aragon et en Espagne; il y a 6,000 hom­mes. Tout cela est en marche.

J’ai ordonné à Grouchy de se rendre à l’armée d’Italie. Il est un peu susceptible, mais le vice-roi fera pour le mieux.

Le vice-roi peut avoir grande confiance en Zucchi, j’en ai été très-content. Il ne faut pas donner de crédit à Pino. Il faut élever en crédit Palombini et Zucchi, et soutenir Fontanelli. L’expérience m’a 1 prouvé que l’ennemi s’occupe particulièrement de gagner les géné­raux étrangers que nous portons en avant, en leur accordant crédit et confiance. Ainsi de Wrede, pour qui j’ai tant fait, a été tourné contre moi; mais il est mort. Les trois généraux que j’indique peu­vent être mis en avant en ce moment, et annuler Pino.

Il faut que les approvisionnements des places soient pour six mois. Je désire que d’Anthouard examine Saint-Georges et me dise sur quoi je puis compter.

OPÉRATIONS.

Le vice-roi ne doit pas quitter l’Adige sans une bataille. Il doit avoir de la confiance; il a 40,000 hommes; il peut avoir cent vingt pièces de canon; il est sûr du succès. Quitter l’Adige sans se battre est un déshonneur. Il vaut mieux être battu.

Il faut qu’il ait beaucoup d’artillerie; il ne doit pas en manquer à Mantoue et à Pavie ; il n’y a que les attelages qui pourraient man­quer; mais les dépôts sont trop voisins pour que l’on ait besoin de traîner beaucoup décaissons. Ce n’est pas comme l’armée attaquante, qui est obligée d’avoir avec soi ses deux approvisionnements. Il faut une réserve de dix-huit pièces de 12 pour un moment décisif. L’atte­lage bien nécessaire est celui de la pièce et d’un caisson et demi. Il n’est pas besoin d’attelages réguliers pour les affûts, les forges, les rechanges, etc., lorsque l’on est aussi près de ses places et dépôts. Lorsqu’il verra venir la bataille, il doit avoir cent cinquante à deux cents pièces. Je n’attache pas d’importance à la perte de canons, si les chances de prises peuvent être compensées par les chances de succès.

Je suppose que la demi-lune de la porte de Vérone à Caldiero est établie et armée; en cas contraire, il faut l’établir sur-le-champ et l’armer avec du 8 et du 12 en fer, ou mauvais aloi, à tirer des places, puisqu’on n’a pas occupé Caldiero, qui était la véritable posi­tion. J’avais dans le temps fait établir cette demi-lune. L’occupation des hauteurs de Caldiero, couvertes d’ouvrages de campagne, ne , peut être forcée l’Alpone en avant. On doit y être sans inquiétude. La Rocca-d’Anfo barre le seul chemin par où l’on puisse venir avec de l’artillerie. Il y faut deux chaloupes années pour le lac.

Il faut deux ou trois barques armées pour le lac de Como. Il faut tirer des marins de la côte pour ce service, et, s’il n’y en a pas, en demander au prince Borghèse, de Gênes, où il se trouve des marins de l’ancienne France.

Il faut 3 à 400 hommes dans les citadelles de Bergame et de Brescia; quelques poignées d’hommes de gardes nationales pour l’in­térieur de la ville, et deux mauvaises pièces à la citadelle.

Il faut des bateaux armés pour les lacs de Mantoue, et qu’il y ait un lieutenant de vaisseau de la vieille France pour chef. Il faut rester maître de tous les points des lacs.

Il faut se maintenir en communication avec Brondolo, par la rive droite de l’Adige.

Il faut à Rivoli une bonne redoute palissadée, armée de canons, ce qui rend impraticable la grande route de Vérone. Il faut occuper le Montebaldo et un ouvrage à la Corona. Il faut alors que l’ennemi passe l’Adige, et je ne vois pas de difficultés à couper les digues de l’Alpone et même les digues de l’Adige à Chiavari1, sous Legnago, au batardeau.

Il faut des bateaux armés sur le lac Majeur et sur le lac de Lugano sans violer le territoire suisse ; il y a un point au royaume d’Italie.

Dans ces situations inforçables, il ne faut pas quitter sans une bataille. Une manœuvre que j’indique, que je ne conseille pas, que je ferais, serait de passer par lirondolo sur Mestre et de forcer sur Trévise ou la Piave avec 30,000 hommes. Il ne manque pas de moyens de transport à Venise. Je la ferais, mais, je ne la conseille pas, si on ne me comprend pas. On obtiendrait des résultats incalculables. L’ennemi opère par Conegliano et Trévise; on le coupe, on le disperse, on le détruit; et, s’il faut se retirer, on le fait sur Malghera et l’Adige. Mais je ne conseille pas cette manœuvre hardie; c’est là ma manière; mais il faut comprendre et saisir tous les détails et moyens d’exécution, le but à remplir, les coups à porter, etc., l’armée serait

(Sa Majesté en est restée là court1.)

Si le vice-roi perdait la bataille et abandonnait l’Adige, il a la ligne du Mincio, qui n’est pas bonne, mais qu’il faut préparer d’avance pour s’en servir pour un premier moment de retraite et voir venir. Ensuite l’Adda, le Tessin, etc. Je pense que, forcé sur le Tessin, il doit se jeter sur Alexandrie et la Bocchetta. Il serait à Alexandrie renforcé par l’armée de réserve. Sa ligne d’opération serait par Gènes ; je préfère Gênes au mont Cenis, parce que d’Alexandrie à Gênes il protège davantage la Toscane. En cas de cette retraite, il faudrait prévenir les garnisons de Turin et du mont Cenis, et celle du Simplon, qui doit se retirer sur Genève, que je fais mettre en état de défense. Quand bien même le vice-roi quitterait le Mincio et l’Adda, la Grande-Duchesse doit rester à Florence. L’ennemi ne peut y envoyer qu’un détachement de son armée. D’ailleurs, si la Grande-Duchesse était forcée, elle se replierait sur Rome; si elle y était encore forcée, elle se replierait sur Naples.  La présence du prince d’Essling avec 3,000 hommes à Gênes, où les dépôts se forment, et les marins  assurent la place. D’ailleurs les Génois ne sont pas Autrichiens.

Il n’y a rien à craindre des Suisses; s’ils étaient contre nous, ils seraient perdus. Ils sont bien loin de se déclarer aujourd’hui, quoi qu’on en dise.

Enfin, passé février, je serai en mesure et j’enverrai d’autres renforts. J’ai en ce moment 800,000 hommes en mouvement, etc. L’argent ne me manque pas.

Si les autorités italiennes étaient obligées d’évacuer Milan, elles se retireraient à Gênes.

Dans tout ceci, j’ai fait abstraction du roi de Naples, car s’il est fidèle à. moi, à la France et à l’honneur, il doit être avec 25,000 hommes sur le Pô. Alors beaucoup de combinaisons sont changées.

Je connais parfaitement les positions. Je ne vois pas comment l’ennemi passerait l’Adige. Quand bien même l’ennemi se porterait d’Ala sur Montebaldo, il ne peut y conduire d’artillerie sur la Corona. Il y a de superbes positions, où j’ai donné ma bataille de Rivoli. L’infanterie autrichienne est méprisable, la seule qui vaille quelque chose est l’infanterie prussienne. A Leipzig ils étaient

1 Note du général d’Anthouard, qui a écrit ces instructions sous la dictée de Napoléon.

300,000 hommes, je n’en avais que 110,000, je les ai battus deux jours de suite, etc.

Il faut un pont sur le Pô, au-dessous de Pavie, vers Stradella.

Il1 faut faire travailler à la citadelle de Plaisance.

Si j’avais su sur quoi compter pour l’artillerie, j’aurais vu si je devais aller en Italie; dans tous les cas, on peut laisser ébruiter que j’irai en Italie, etc.

 

Saint-Cloud, 20 novembre 1813.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Vérone.

Mon Fils, je viens de dicter au général d’Anthouard ce qu’il doit faire à Turin, Alexandrie, Plaisance et Mantoue. Il vous fera con­naître mes intentions.

Il ne faut point quitter l’Adige sans livrer une grande bataille. Les grandes batailles se gagnent avec de l’artillerie ; ayez beaucoup de pièces de 12. Étant à portée des places fortes, vous pouvez en avoir autant que vous voudrez.

Vous n’avez plus rien à craindre d’une diversion sur les derrières,; puisque l’artillerie ne passe nulle part.

Mettez 200 hommes et six pièces de canon à la citadelle, à Brescia.

Ayez des barques armées qui vous rendent absolument maître du lac de Peschiera, du lac de Lugano, du lac Majeur et du lac de Côme.

Faites construire de bonnes redoutes fraisées et palissadées sur le plateau de Rivoli, et qu’elles battent le chemin de Vérone, sur la rive gauche de l’Adige. Faites construire des ouvrages du côté de la Corona. Si vous êtes à temps, occupez les hauteurs de Caldiero et faites-y faire des redoutes. Coupez les digues de l’Alpone et inondez le bas Adige.

Enfin, la grande manœuvre serait d’attaquer l’ennemi, en concer­tant les moyens de passer rapidement, et sans qu’il le sût, par Mestre; cette manœuvre, concertée en secret, et avec les grands moyens que vous avez, pourrait vous donner des avantages considérables.

 

Paris, 21 novembre 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Portez la plus grande attention , et rendez-en responsables le com­mandant de Sedan ainsi que l’inspecteur aux revues, à ce qu’il ne soit point enrôlé d’Allemands; ce serait dépenser des armes et de l’argent pour fortifier les armées de l’ennemi. Il ne faut que des Polo­nais, et encore modérément, puisque nous manquons d’armes. Les officiers polonais ont la rage d’enrôler des Allemands.

 

Paris, 21 novembre 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris.

Monsieur le Duc de Feltre, tous les régiments qui sont en France, et dont les dépôts doivent sur-le-champ recruter la Grande Armée, ont trois destinations : ou ils sont destinés à former le 1er corps bis, conformément à la lettre que je vous ai écrite il y a peu de jours, lequel doit se réunir à Bruxelles, Anvers et Gorcum; ou ils sont destinés à former le 2e corps bis, lequel doit se réunir à Strasbourg ; ou enfin ils sont destinés à recruter les bataillons qui sont aux 4e, 5e, 6e, 11e et 14e corps.

Vous devez donc ordonner que tous les corps qui doivent fournir au 1er corps bis forment sur-le-champ un bataillon, bien habillé, bien équipé et bien armé, et le diriger sur Anvers, pour y être sous les ordres du duc de Plaisance; que, lorsque ce bataillon sera formé et parti, ils forment l’autre, le 1er corps bis n’étant composé que de bataillons entiers.

Vous devez donc ordonner que les dépôts qui doivent fournir au 2e corps bis complètent d’abord un bataillon et l’envoient à Stras­bourg, et que, ce bataillon étant parti, ils forment l’autre , le 2e corps bis n’étant également formé que de bataillons entiers.

Enfin, viennent tous les dépôts, qui doivent sur-le-champ, et avant de compléter les bataillons qui sont aux dépôts, compléter les batail­lons qui sont aux 4e, 5e, 6e, 11e et 14e corps. Donnez-leur les ordres-suivants.

Chaque 5e bataillon des corps portés dans l’état ci-joint fournira deux compagnies complétées à 500 hommes et qui seront dirigées sur Mayence, pour de là être incorporées dans les bataillons qu’ils doivent recruter.

Il est nécessaire que vous fassiez comprendre aux généraux com­mandant les divisions militaires la nécessité de faire partir ces hommes aussitôt qu’ils seront habillés, équipés et armés.

Les cadres retourneront ensuite aux dépôts.

Il faut que les commandants des divisions militaires vous tiennent exactement instruit de tous ces départs.

J’autorise qu’on fasse partir d’abord 250 hommes avec un cadre de compagnie, lorsqu’il y aura lieu de penser qu’entre le premier et le second départ il s’écoulera plus de dix jours, par des raisons d’habillement ou d’équipement.

Quatre-vingt-trois corps expédiant chacun 500 hommes, cela fera une augmentation de 41,500 hommes pour les 4e, 5e, 6e, 11e, 14e corps; le 4e corps devant en outre recevoir 11,500 hommes directement et le 11e corps 5,000 hommes directement, l’armé recevra donc, par ces divers mouvements, une augmentation d’environ 60,000 hommes.

Comme les 4e, 5e, 6e et 11e corps font actuellement plus de 50,000 hommes, ces corps se trouveront donc portés à 110,00 hommes, sans compter les 1er et 2e corps bis, ni le 14e.

Aussitôt que le 1er corps bis sera formé, l’armée sera augmenté de trente bataillons ou de 20,000 hommes.

Le 2e corps bis, réuni au 2e corps, fournira trente-six bataillons ou 24,000 hommes.

L’armée, pour cette première opération, se trouvera donc être composée, en infanterie, de 150,000 hommes, sans compter le 14e corps, ni le 13e, ni le 1er, qui sont encore sur l’Elbe; ce qui joint à la cavalerie et à l’artillerie, fera dès ce moment une armée convenable.

Les généraux de division vous rendront compte, au moins tous les huit jours, des départs qui doivent se faire tous à la fois, sinon le contingent peut partir d’ici au 1er décembre, ou qui du moins se feront en deux parties, si chaque départ ne peut être que de 250 hommes.

Dans l’état que vous me remettrez de ces départs, vous indiquerez à quel corps les détachements doivent se rendre. Vous aurez soin d’en instruire le général qui commande le corps et les dépôts; ces généraux instruiront directement l’officier supérieur qui commande les bataillons à l’armée.

Voilà de toutes les opérations la première qui doit être faite. Une fois qu’elle sera terminée, nous nous trouverons dans un étal défensif très-respectable.

Vos rapports sur les départs se diviseront en trois points : les départs pour le 1er corps bis ; ceux pour le 2e corps bis; et les 500 hom­mes que les 5e bataillons enverront pour recruter les 4e, 5e, 6e, 11e et 14e corps.

De même, vous aurez soin, dans les états de mouvement, de bien distinguer tout ce qui pourrait appartenir à ces envois.

J’attache de l’importance à connaître positivement l’accroissement successif que recevront les corps d’armée, afin de pouvoir en conséquence les étendre et donner les ordres convenables pour la défense du territoire.

Comme j’ai dicté ces notes de mémoire, s’il était arrivé que j’eusse oublié quelques corps, le bureau du mouvement redresserait ces erreurs en faisant le travail.

J’attends toujours la formation de l’armée de réserve des Pyré­nées, dont je vous ai envoyé les bases. Il n’y a pas un moment à perdre afin qu’on forme les cadres.

 

Paris, 21 novembre 1813.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Vérone.

Vous trouverez ci-jointe la copie d’une lettre du ministre de la guerre. Il est indispensable que les fusils que vous avez envoyés à Mantoue retournent à Alexandrie pour armer les 16,000 conscrits qui y arrivent. Il est aussi indispensable que vous fassiez revenir les fusils qui sont à Venise. Pour ceux qui sont à Palmanova, c’est sans remède. J’ordonne que pour le moment on ne vous en donne que 4,000. Mon ministre de la guerre en ayant 24,000 en Italie, il en resterait 20,000; il faut en ôter les 2,000 laissés à Palmanova; niais Turin en fournissant 2,000 en novembre, cela fera les 20,000 qui sont nécessaires.

J’ordonne, outre cela, que 5,000 soient envoyés de Toulon à Gênes, et 5,000 de Saint-Etienne à Fenestrelle; il ne restera ainsi que 20,000 fusils à se procurer pour l’armement des 30,000 conscrits de l’armée de réserve : ces 20,000 fusils seront également fournis.

Je lève tant de monde dans ce moment, qu’on a beaucoup de peine à trouver assez de fusils. Ménagez-les donc, et activez la fabri­cation des armes dans le royaume d’Italie.

 

Paris, 22 novembre 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Si le roi de Naples entre dans le pays de Rome avec son armée, en traversant les départements de Toscane, pour arriver sur le Pô, il doit être très-bien reçu, et ses troupes traitées le mieux qu’il sera possible.

 

Paris, 22 novembre 1813.

Au maréchal Mortier, duc de Trévise, commandant la Garde impériale, à Trêves.

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 19; je vous ai, depuis, donné ordre de vous rendre à Trêves. Vous commandez toute la Garde, cavalerie, infanterie cl artillerie. Aucun mouvement ne doit se faire sans votre ordre. Expliquez-vous là-dessus positivement.

Le général Drouot vous aura adressé la nouvelle organisation de la Garde. Vous y verrez que je la porte à 80,000 hommes d’infanterie.

Faites-moi connaître exactement le jour de votre arrivée.

Envoyez au général Drouot, tous les cinq jours, la situation som­maire et l’emplacement de tous les corps. Tenez à votre quartier général le génie, la compagnie du train du génie, le général qui commande les cinquante-huit bouches à feu : je crois que c’est le général Desvaux. J’ai donné ordre à l’ordonnateur et au général Dulauloy de se rendre à Paris. Je suppose que l’ordonnateur se sera fait rem­placer par le premier commissaire des guerres qui sera au fait du service; tenez-le à votre quartier général. Si la Garde a un payeur, tenez-le également à votre quartier général. Enfin les colonels de la cavalerie ayant eu ordre de se rendre à Paris pour que je puisse concerter avec eux la réorganisation de la cavalerie, et le général Nansouty étant employé au commandement de la cavalerie de l’ara niée, appelez près de vous le plus ancien général de cavalerie qui ni sera pas colonel, pour qu’il suive tous les détails de la cavalerie! Que tout ce qui est en activité dans la Garde corresponde avec vous et forme une année que vous ayez dans la main. Que le commandant du génie, que le commandant de l’artillerie, que celui de la cava­lerie, que le payeur, que le suppléant de l’ordonnateur soient autour de vous, afin que vous puissiez ainsi répondre toujours  à tous.

Faites mettre en bon état les deux compagnies d’équipages militaires; faites-leur faire le moins de service possible, afin que les chevaux se remettent.

Ordonnez qu’il y ait toujours dans les cantonnements quatre jours de pain assurés, afin de pouvoir inopinément faire un mouvement, si cela était nécessaire.

 

Paris, 22 novembre 1813.

Au maréchal Marmont, duc de Raguse, commandant le 6e corps de la Grande Armée, à Mayence.

J’ai reçu votre lettre. Ce n’est pas du grain, c’est de la farine qu’il faut avoir à Mayence; les glaces vont arriver; pressez les moutures de tous côtés.

Il y a à Mayence deux manutentions, une petite et une grande; faites-moi un rapport sur ces deux établissements. Faites augmenter la petite manutention, de manière qu’elle contienne sept ou huit jours, et qu’avec la grande on ait à Mayence de quoi cuire 100,000 varions de pain par jour.

 

Paris, 24 novembre 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Nous n’avons aucune position sur le Leck. Il est nécessaire d’oc­cuper de suite Schoonhoven et Nieuport. Le général Molitor peut retirer de l’artillerie de Naarden, pour l’envoyer dans ces deux places. Le général Rampon y enverra aussi vingt pièces. Un capitaine l’artillerie et un officier du génie, avec 50,000 francs, partiront pour s’y rendre. On dirigera de Gorcum 600 hommes pour prendre position dans ces places. Une réquisition sera frappée sur les villages voisins, et l’on fera toutes les dispositions nécessaires pour s’y éta­blir militairement.

Donnez donc ordre à un officier du génie de partir d’Anvers, avec 50,000 francs, pour se rendre à Schoonhoven. Ordonnez au général Rampon de faire partir pour la même place 600 hommes de gardes nationales, et 200 marins, total, 800 hommes, vingt pièces de ca­non, un officier d’artillerie et un bon général ou colonel, pour y prendre le commandement. Tout cela devra y arriver à la fois, de sorte qu’en vingt-quatre heures il puisse y avoir dix pièces de canon en batterie dans chacune des places. Les marins y feront le service et armeront un bâtiment sur le fleuve. Un commissaire des guerres frappera de suite des réquisitions sur les environs, et y formera de magasins.

Ordonnez au général Molitor de tirer trente ou quarante pièces de canon de Xaarden , et de les diriger sur Schoonhoven. Par ce moyen, les troupes qui se trouvent sur la rive droite auront une retraite assurée, et l’ennemi ne pourra plus nous empêcher de passer le Leck qui ne sera plus alors une ligne pour lui.

Ordonnez en outre au général Molitor de couper les digues, de manière que Schoonhoven soit inondé dans le cas où on serait fore de repasser le Waal, et où cette place courrait des dangers. On de­vra en faire de même à l’égard de Gorcum, qui se trouverait alors au milieu de l’inondation et deviendrait imprenable. On observera de ne couper ces digues qu’à la dernière extrémité.

Donnez l’ordre au duc de Tarente d’occuper Arnhem, et de le faire mettre en état.

Recommandez aux directeurs d’artillerie et du génie de Hollande de se rendre à Schoonhoven, et de tout préparer pour son armement, mon intention étant d’y mettre cent pièces de canon, aussitôt que nous pourrons y avoir une garnison suffisante. Mais en atten­dant, ces premières mesures sont indispensables. Ordonnez à cet effet une réunion d’officiers d’artillerie et du génie pour préparer dd concert la mise en état de cette place, ainsi que l’organisation nécessaire et l’armement définitif.

Recommandez au général Rampon d’occuper les forts et postes sur la rive gauche.

 

Paris, 24 novembre 1813.

Au général comte Dejean, inspecteur du génie, à Strasbourg.

Visitez toutes les places depuis Strasbourg jusqu’à Huningue. Voyez la situation des gardes nationales qui ont été mises en activité. Revenez de Huningue à Strasbourg, et descendez le Rhin jusqu’à Mayence. Voyez la situation des troupes et des places. Voyez de quelle manière la rive gauche est gardée; et de Mayence revenez à Paris.

Écrivez-moi de toutes les villes où vous vous arrêterez.

 

Paris, 24 novembre 1813.

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris.

Monsieur le Comte Mollien, tout retard dans les payements de l’administration de la guerre en Piémont pourrait compromettre les affaires. Donnez ordre au trésorier dans le Piémont d’obtempérer aux demandes d’argent que lui ferait le prince Borghèse pour les dépenses de l’armement et de l’habillement des 16,000 conscrits qui lui arri­vent; bien entendu que ces payements se feront sur les ordonnances de l’ordonnateur. Faites-moi connaître si ce trésorier a dans les mains les fonds suffisants.

Si vous avez des ordonnances de l’administration de la guerre à payer dans le Piémont, faites-les payer par l’estafette de ce jour. Il me semble que la Couronne vous a remis les fonds qu’elle avait au-delà des Alpes; employez-les à cette destination.

Le duc de Bassano a dû vous envoyer le décret à faire par antici­pation sur divers objets. IL est de la plus haute importance que, dans la journée de demain, vous expédiiez les ordres pour que les deux millions dus au corps pour l’habillement soient payés sur-le-champ et avant tout.

Écrivez cette nuit au ministre de l’administration de la guerre pour qu’on vous remette l’état de ce qui est dû aux corps, afin que sur-le-champ cela puisse être payé.

 

Paris, 24 novembre 1813.

Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police général, à Paris.

Il est des personnes qui supposent qu’un bon nombre d’élèves des écoles de médecine et de chirurgie se trouvent atteints par la nou­velle levée. Il serait fort naturel de demander une centaine de ces jeunes gens pour les employer dans l’armée comme médecins et chi­rurgiens, et de les choisir parmi ceux, qui seraient compris dans la levée. Faites-vous donner des états, faites venir les professeurs et prenez des renseignements sur la capacité de ces jeunes gens.

Faites-vous remettre aussi l’état des jeunes gens de l’école de droit qui seraient également de la nouvelle conscription. Ces jeunes gens pourraient être employés de plusieurs manières dans l’armée; et on leur ouvrirait ainsi une carrière nouvelle, à la place de celle qu’ils seraient dans le cas de quitter.

Les personnes qui ont supposé que le nombre de ces divers jeunes gens est considérable voudraient qu’on interrompît les écoles. Elles se trompent probablement sur le nombre, et, quant à l’interruption des écoles, elle ne serait pas sans inconvénients. Employez les moyens de police pour découvrir les boutefeux et les placer de préférence, les chirurgiens et les médecins comme officiers de santé, et les élèves de l’école de droit de la manière convenable.

C’est dans ce sens qu’il faut travailler avec le préfet de Paris.

S’il y a beaucoup de garçons maréchaux parmi les jeunes gens de la levée, ou tous autres ouvriers dont le service puisse être utile à l’armée, rien n’empêche de les y employer dans leur métier.

J’attache du prix à ce que les levées se fassent dans Paris sur-le-champ, et à ce qu’on en soit débarrassé. Concertez-vous avec le préfet et avec le général d’Hastrel. Rendez-moi compte des jours où les levées auront lieu et de tout ce qui tient à cette affaire, qui exige beaucoup d’attention. On fera valoir Paris d’avoir été le premier à commencer ses opérations; ce sera un bon exemple; et, quand les levées seront faites, cela calmera beaucoup.

Il faut user d’habileté et mettre du tact dans la conduite de cette affaire, pour qu’on ne voie pas dans ces ménagements le doigt de l’administration.

 

Paris, 25 novembre 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, j’ai pris un décret pour ordonner le désarmement du 4e régiment étranger. Prenez des mesures pour qu’il soit désarmé aussitôt après son arrivée à Anvers, et que les sol­dats soient envoyés dans l’intérieur. Il est constant que, dans la po­sition actuelle des choses, nous ne pouvons nous fier à aucun étran­ger. Il me tarde donc d’apprendre qu’on a désarmé le régiment de Castille et toutes les troupes de la Confédération qui sont à l’armée de Catalogne et à l’armée d’Espagne. Cela nous fera des fusils de plus, et des ennemis de moins. Tous ces hommes doivent être con­duits dans les dépôts de prisonniers.

 

Paris, 25 novembre 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

L’état n° 3, qui constate les besoins que nous avons de fusils et que vous avez joint à votre rapport, contient une erreur : la levée des 300,000 hommes y est portée pour 140,000, en comprenant, 1°40,000hommes pour l’armée de réserve des Pyrénées; 2° 30,000 pour l’armée de réserve d’Italie, etc., tandis qu’il faut compter ,40,000 hommes pour l’armée des Pyrénées, 30,000 pour l’armée de réserve d’Italie, 30,000 pour la Garde, et au moins 110,000 pour le reste de la levée; total, 210,000 au lieu de 140,000.

Il est difficile d’être plus mal en fusils que nous le sommes. Il est donc important d’ordonner sur-le-champ le désarmement des dragons.

Vous recevrez le décret que j’ai pris pour cela, ainsi que celui par lequel j’ordonne le désarmement des régiments coloniaux et étrangers.

Je pense que ces deux mesures produiront environ 50,000 fusils. Je crains que ce ne soit encore insuffisant. Les mesures que propose le bureau d’artillerie sont également insuffisantes. Nous allons manquer de fusils, et ainsi la sûreté de l’État peut par-là être compromise.

Je vous l’ai dit et je vous le répète : indépendamment des 30 à 40,000 fusils que les fabriques d’armes peuvent vous donner par mois sur le modèle de 1777, il en faudrait faire 30 à 40,000 sur un modèle moins régulier, à Liège et dans les autres manufactures.

 

Paris, 25 novembre 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Réitérez l’ordre que la division Sévéroli et tous les Italiens qui sont aux armées de Catalogne et d’Aragon retournent à Milan. Cela est de la plus haute importance; il faut que les Italiens aillent au secours de leur patrie.

Je vois dans la cavalerie de l’armée de Catalogne 200 chasseurs de Nassau et 178 chasseurs westphaliens. Il faut mettre ces hommes à pied; cela nous fera 400 chevaux, que vous donnerez au 29e de chasseurs et au 12e de hussards. Avant de donner ces ordres, faites-moi un rapport là-dessus.

Je crois qu’il y a à cette armée 1,100 gendarmes; laissez-en 150, et faites rentrer le reste en France.

Le 1er régiment de Nassau, qui a 1,700 hommes, finira par nous jouer un mauvais tour à Barcelone; il faudra profiter de l’arrivée des conscrits pour le désarmer et le renvoyer en France.

Vous n’écrirez toutes ces dispositions au général Decaen et au duc d’Albufera qu’en chiffre.

Nous avons 1,100 Français à Sagonte, 400 à Péniscola et 5,000 à Tortose; je crois qu’il serait convenable de rappeler ces garnisons, en faisant sauter les places. Donnez des instructions au duc d’Albu­fera à ce sujet. Demandez-lui un rapport sur Mequinenza, où nous avons 1,500 hommes, et sur Lérida, où nous en avons 2,000 : peut-il faire une opération pour communiquer avec ces places, en retirer les garnisons, en détruire l’artillerie et en employer les poudres à faire sauter les fortifications ? Les armées d’Aragon et de Catalogne ne tiennent pas en échec des armées proportionnées à leurs forces ; il faudrait que le duc d’Albufera avançât un gros corps à Lérida, pour menacer Saragosse et rappeler de ce côté une partie des forces que le duc de Dalmatie a devant lui.

Je vous renvoie votre état des armées de Catalogne et d’Aragon, pour que vous me le renvoyiez avec les changements qui résultent de cette lettre.