Correspondance de Napoléon – Novembre 1813

Saint-Cloud, 12 novembre 1813.

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Comte de Cessac, la régie des vivres doit fournir des vivres pour l’approvisionnement des places fortes. Cependant aucun mouvement pour cela n’a eu lieu nulle part, et j’apprends qu’à Juliers,  entre autres, on n’a fait aucun préparatif. Faites connaître au comte Maret que sa responsabilité est fortement engagée; qu’il n’est pas question de faire cette année comme l’année dernière, où plus de trois mois ont été perdus en vaines formalités; que les places se­raient compromises, et qu’on aurait à craindre les plus funestes con­séquences, si les mesures qu’il a prises ne sont pas telles que les blés soient versés promptement dans les places.

 

Saint-Cloud, 12 novembre 1813.

Au maréchal Marmont, duc de Raguse, commandant le 6e corps de la Grande Armée, à Mayence.

Mon Cousin, vous me dites, dans votre lettre du 9 novembre, qu’il y a 700 voitures d’artillerie de campagne et aucun moyen de les atteler. Je pense que c’est une opération très-convenable que de diriger une partie de ces voitures sur Metz. Au reste, le ministre de la guerre donne des ordres à l’artillerie sur cet objet.

Le 5e corps est si peu de chose, que je pense convenable que vous le dirigiez tout entier sur Coblentz avec le corps du duc de Padoue. Cela donnera l’infanterie et la cavalerie nécessaires pour la garde du Rhin. Donnez des ordres en conséquence.

La Garde se trouve trop resserrée. Il me semble que j’ai ordonné à la vieille Garde à cheval de se rendre à Kreuznach. Elle pourrait s’étendre jusque du côté de Simmern et de Trêves. J’ai également envoyé les soixante-huit bouches à feu attelées de la Garde à Kreuznach. Le 5e corps se rendant à Coblentz, une division de la jeune Garde pourra s’appuyer à Bingen. La Garde pourra même s’étendre du côté de Kaiserslautern. Le principal est que la cavalerie et l’infanterie se refassent; pour cela il faut prendre plus de terrain.

On m’annonce que le général Bertrand a évacué Hochheim; cela est très-fâcheux. Il sera alors impossible à tout son corps de rester sur la rive droite, et comme je n’avais laissé la vieille Garde à la proximité de Mayence que pour soutenir le général Bertrand dans sa position de Hochheim, je pense qu’elle peut maintenant se rendre à Kaiserslautern. Le duc de Trévise y portera son quartier général. La jeune Garde sera entre Bingen et Mayence; la cavalerie sera à Kreutznach et s’étendra dans les vallées de Kaiserslautern et de Deux-Ponts. La vieille Garde à pied sera, comme je l’ai dit, à Kai­serslautern et aux environs. Faites connaître ces dispositions au duc de Trévise, en vous servant, pour éviter toute collision d’étiquette, de l’intermédiaire du général Belliard, aide-major général, auquel vous communiquerez cette lettre.

On me fera connaître quand la Garde pourra être rendue dans ses nouveaux cantonnements, afin que je puisse ordonner les disposi­tions ultérieures. Vous pourrez alors rappeler une ou deux divisions du général Bertrand à Mayence, parce qu’une ou deux divisions suffisent pour la défense de Kastel.

 

Saint-Cloud, 12 novembre 1813, au soir.

Au maréchal Marmont, duc de Raguse, commandant le 6e corps de la Grande Armée, à Mayence (dépêche télégraphique).

Faites-moi connaître, par le télégraphe, si l’approvisionnement et l’armement de Mayence avancent : pressez-les par tous les moyens possibles.

 

Saint-Cloud, 12 novembre 1813.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant l’armée de l’Elbe, à Vérone.

Mon Fils, j’arrive à Paris. J’apprends avec peine que vous êtes sur l’Adige. Envoyez-moi l’état de votre armée, des ressources que vous espérez tirer d’Italie, et des garnisons que vous avez laissées dans l’État de Venise.

Je suis occupé dans ce moment à lever 600,000 hommes.

 

Palais des Tuileries, 14 novembre 1813.

ALLOCUTION DE L’EMPEREUR AU SÉNAT.

Sénateurs, j’agrée les sentiments que vous m’exprimez.

Toute l’Europe marchait avec nous il y a un an; toute l’Europe marche aujourd’hui contre nous. C’est que l’opinion du monde est faite par la France ou par l’Angleterre. Nous aurions donc tout à redouter sans l’énergie et la puissance de la nation.

La postérité dira que, si de grandes et critiques circonstances se sont présentées, elles n’étaient pas au-dessus de la France et de moi.

 

Saint-Cloud, 14 novembre 1813.

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

J’ai tant d’occupations que je ne peux pas répondre en détail à votre lettre du 13 novembre.

Je vous ai fait connaître mes intentions; elles sont, 1° que les fré­gates qui étaient en armement au Helder, et qui avaient des missions, partent pour remplir ces missions; 2° que 1,500 hommes pris sur l’escadre renforcent les garnisons du Helder; cette disposi­tion sera pour peu de temps, car, avant la mi-décembre, j’aurai en Hollande plus de troupes qu’il ne m’en faudra, et on rendra ces ma­rins à leurs vaisseaux; 3° qu’il y ait des canonnières dans la mer de Haarlem, dans le Zuiderzee, aux embouchures de l’Escaut et de la Meuse, à Moerdyk, vis-à-vis Gorcum, au passage du Waal, à l’em­bouchure de l’Yssel et sur tous les points où elles peuvent contri­buer à la défense de la Hollande et comprimer le pays; 4° que ces canonnières soient armées par de vieux Français; qu’on dispose à cet effet, si cela est nécessaire, de la plupart des canonnières qui sont dans l’Escaut; 5° enfin qu’on envoie deux calques, ou bateaux canonniers, à Wesel et à Mayence, pour servir à la défense du fleuve : bien entendu qu’il y aura un officier de marine et le nombre de marins nécessaire. Pour Wesel, les bateaux doivent pouvoir y arriver facilement. Quant à Mayence, si vous le jugez préférable, faites-y construire à vos frais deux chaloupes canonnières.

 

Saint-Cloud, 14 novembre 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, vous me dites, dans votre lettre du 13 novembre, que j’ai l’état des divisions militaires au 15 octobre. Je ne l’ai point reçu. Je n’ai rien dans les mains qui me mette à même de connaître la situation de mes affaires et de pourvoir à ce qui est nécessaire.

Je vous renvoie des états qui me sont inutiles. Que voulez-vous que je fasse, après les événements qui ont eu lieu, d’états de situation au 1er septembre ? Il faut que votre bureau du mouvement soit désorganisé, puisque, depuis six jours que je suis à Paris, il ne m’a pas encore donné les états dont j’ai besoin.

 

Saint-Cloud, 14 novembre 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je reçois votre lettre du 13 novembre. J’approuve que le général Rampon se rende sur-le-champ à Gorcum.

Recommandez-lui de prendre des mesures pour activer l’approvision­nement de cette place, pour couper les arbres, refaire les ouvrages, compléter l’armement et se mettre en état de faire une bonne défense, car Gorcum est la clef de la Hollande. Ordonnez-lui de faire occuper les petits forts qui sont vis-à-vis, sur la rive gauche-.

Quant au général Latour-Maubourg, je comprends qu’il est impossible que les gardes nationales quittent Cherbourg jusqu’à ce qu’elles soient remplacées; mais ne pourrait-on pas porter la division du général Rampon à 6,000 hommes, on appelant, sans faire aucune nouvelle création, les grenadiers et chasseurs ou les simples compa­gnies des gardes nationales du département du Nord et d’Arras ? Cela ferait au général Rampon 4,000 vieux Français et 2,000 Belges. Cette division de réserve le mettrait en état de surveiller tous les environs.

Donnez ordre au directeur de l’artillerie qu’on lui organise une batterie de huit pièces de canon de campagne.

Mandez au général Molitor que, quant au renvoi des régiments étrangers, il peut y mettre toute la lenteur qu’il jugera nécessaire et agir là-dessus suivant ses connaissances locales.

Je croyais que le bataillon étranger qui était au Helder était boni et qu’on pouvait J’y laisser, et que c’étaient les régiments étrangers qui étaient plus mauvais.

 

Saint-Cloud, 14 novembre 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je pense qu’il est nécessaire que vous nommiez une commission d’officiers d’artillerie et du génie, qui fasse la revue de tous les ordres que vous avez donnés pour l’armement des places des frontières de Suisse, du Rhin et du Nord, afin de voir si vous n’avez rien oublié. Cette commission me fera un rapport sur ceux des postes qu’on douterait qu’il convînt d’armer.

 

Saint-Cloud,  14 novembre 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

J’ignore si Belfort est en état de défense. S’il y est, il faut le faire armer, ainsi que tous les châteaux de la frontière de Suisse; non que j’aie lieu de me méfier des Suisses, mais parce que, dans la situation actuelle de l’Empire, il faut s’armer de tous côtés.

 

Saint-Cloud, 15 novembre 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, il est de la plus haute urgence que vous donniez des ordres pour que toutes les gardes nationales de lliddelburg et de Zélande qui seraient à Flessingue soient envoyées dans l’île de Cadzand , ou sur tout autre point, et remplacées par des gardes nationales plus sûres.

 

Saint-Cloud, 15 novembre 1813.

NOTE DICTEE AU COMTE DARU.

Nous sommes dans un moment où nous ne devons compter sur aucun étranger. Cela ne peut que nous être extrêmement dangereux. Le comte Daru ira au ministère de la guerre, et me rapportera un travail sérieux sur cet objet. Les troupes étrangères se divisent en plusieurs classes :

Les Suisses (je veux encore m’y lier); les régiments étrangers; les trois ou quatre bataillons étrangers; les régiments illyriens ; les Croates; les Espagnols; les Portugais; les régiments du grand-duché de Berg; enfin les régiments de Rade, de Hesse-Darmstadt et de Nas­sau, qui sont à l’armée d’Espagne ou de Catalogne.

Il importe,

1° d’avoir l’état de situation et d’emplacement de toutes ces troupes;

2° De connaître le nombre de fusils qu’elles ont ;

3° De préparer des mesures sur la manière d’assurer leur désar­mement;

4° De connaître le nombre d’armes que ces bataillons, etc., ont, et préparer le projet pour les désarmer.

Il faut en faire des régiments de pionniers et les éloigner des fron­tières et des places fortes.

Il est convenable de faire de même pour les officiers étrangers.

Une mesure générale est une mesure générale. Ceux qui ont servi dans les armées françaises pourront recevoir une pension ou un traitement de réforme; mais il ne faut pas qu’ils viennent embarrasser nos rangs.

Il y a en France, à ce que dit le ministre, 120,000 prisonniers Presque partout la population est inquiète de ce dangereux voisinage. Il faut me remettre l’état des prisonniers de guerre par département et prendre des mesures telles qu’au moyen des gardes nationales et autres troupes il y ait toujours un homme armé sur 10 prisonniers

On ajoute qu’il a été porté des plaintes contre des étrangers qui ont déclaré qu’ils allaient aiguiser des poignards. Il faut, si le fait est vrai, faire juger sur-le-champ les plus coupables.

On objectera que tant de prisonniers sont fort embarrassants Quelle que soit la situation particulière de nos affaires, les travaux de l’année 1814 seront aussi considérables que ceux de l’année qui finit. On pourra même entreprendre quelques travaux de desséchement pour cet objet.

Dans les circonstances actuelles, il devient nécessaire de renforce notre gendarmerie. Le mieux est de faire venir ce que nous en avons en Espagne, où on l’emploie fort mal; on en a mis 7 à 800 à Pampelune, ce qui est une perte importante. Je désire qu’on me donne l’état de ces gendarmes, en distinguant, 1° ceux qui l’étaient avant leur départ pour l’Espagne; 2° ceux qui ont été admis depuis, mais ayant six ans de service; 3° les recrues qui n’ont pas encore six ans de service. Mon intention serait de faire rentrer tous les anciens gendarmes et tous ceux qui ont acquis les qualités nécessaires à ce ser­vice. On ferait venir aussi tous les officiers, et on incorporerait le reste dans les corps de l’année d’Espagne.

 

Saint-Cloud, 13 novembre 1813.

NOTE.

Daru verra le ministre de la guerre pour cet objet. Je manque de fonds. Je suis dans un moment où tout le monde me trahit, jusqu’à Würzburg. Les soldats de la 32e division m’ont trahi. D’un autre

1          Date présumée.

2          Le maréchal Soult, commandant les armées d’Espagne et des Pyrénées,
demandait à faire les dépendes nécessaires pour l’habillement et l’équipement 1
des troupes espagnoles.

 

côté, les fusils sont rares. Il est donc nécessaire de s’emparer des fusils de tous les étrangers.

C’est une folie de supposer que je puisse me fier aux Espagnols qui sont à. .. ‘.

 

Saint-Cloud, 15 novembre 1813.

Au général Caulaincourt, duc de Vicence, grand écuyer de l’empereur, à Paris

Ordre que, si jamais les Anglais arrivent au château de Marracq, on brûle le château et toutes les maisons qui m’appartiennent, afin qu’ils ne couchent pas dans mon lit. On en retirera tous les meubles, si l’on veut, qu’on placera dans une maison de Bayonne.

 

Saint-Cloud, 15 novembre 1813.

A M. Fouché, duc d’Otrante, à Bologne.

J’ai reçu votre lettre. Je désire que, dans les circonstances actuelles, vous vous rendiez en toute diligence à Naples, pour faire sentir au Roi l’importance qu’il marche avec 25,000 hommes sur le Pô; vous le ferez connaître aussi à la Reine, et vous ferez tout votre possible pour empêcher que, dans ce pays, on ne se laisse four­voyer par les promesses fallacieuses de l’Autriche et par le langage mielleux de Metternich. Le mouvement de l’armée napolitaine sur le Pô est de la plus haute urgence. Il est très-fâcheux qu’une portion de cette armée n’y soit pas venue dès le commencement de la campagne, elle aurait pu aider à donner une autre tournure aux affaires. On arme et on marche de tous côtés en France. La circonstance est majeure.  Vous prendrez le parti,  soit de revenir avec l’armée napolitaine, si le Roi est fidèle à l’honneur et à la patrie, soit de vous en revenir en toute diligence à Turin, où vous trouverez de nouveaux ordres.

Passez par Florence et par Rome, et donnez à tous ces gens-là, tous les conseils que peuvent exiger les circonstances.

 

 

Saint-Cloud, 16 novembre 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, vous recevrez un décret par lequel ma Garde est portée à huit divisions d’infanterie. Je ne fais d’autre augmentation dans les cadres que de porter chaque bataillon à six com­pagnies au lieu de quatre, ce qui me fera un complet de 72,000 hommes d’infanterie. Je compte avoir besoin,  pour compléter ce nombre, de 30,000 hommes,  indépendamment des 20,000. 30,000  hommes  pourront  être   fournis  sur la  conscription  de  300,000 hommes.

Je trouve beaucoup d’avantages à augmenter ainsi ma Garde, puisqu’il se formera là de bons cadres; que ce seront des cadres d’élite; que la Garde est animée d’un excellent esprit; que c’est à elle que j’ai dû tous les succès de cette campagne; que son administration particulière, tant pour les équipages militaires que pour l’artillerie, fait qu’elle est mieux servie; enfin que l’organisation peut être plus prompte.

Vous distinguerez quatre classes différentes d’hommes à prendre pour la Garde : ceux qui sont nécessaires pour compléter la vieille Garde, il faut les tirer de toutes les armées; je crois que pour cela’ j’ai besoin de peu de chose; les fusiliers doivent être pris parmi le hommes qui ont un peu d’éducation, qui savent lire et écrire; c’est là que doit être la pépinière des sous-officiers; pour les flanqueurs il faudrait prendre de préférence parmi les forestiers; enfin, il y aussi les hommes de la conscription ordinaire.

Les deux bataillons des vélites toscans et piémontais seront de préférence recrutés d’Italiens, les cadres étant pour la plus grande partie composés d’Italiens.

Chacune des huit divisions aura deux batteries à pied.

Les voltigeurs se formeront tous à Metz ; les tirailleurs à Paris.

Un autre avantage de cette augmentation de la Garde, c’est que l’organisation et la nomination aux emplois se feront sans fatiguer le ministère, et que cependant on sera sûr de faire de bons choix.

 

Saint-Cloud, 16 novembre 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Présentez-moi un projet pour la formation d’une armée de réserve du côté des Pyrénées.  Cette armée sera composée de la manière suivante :

Il sera choisi vingt régiments ayant chacun deux bataillons, ou plus de deux bataillons à l’armée d’Aragon, ou à l’armée de Catalogne, et il leur sera donné l’ordre de fournir de ces bataillons le nombre nécessaire de capitaines, de lieutenants, de sous-lieutenants, de sergents, de caporaux et de tambours pour former le cadre d’un nouveau bataillon, qui prendra le nom de 6e bataillon de ces régi­ments respectifs. Ces vingt cadres de 6e bataillons se rendront savoir : dix à Toulouse, et dix à Perpignan, ou dans toute autre ville que vous jugerez convenable, ce qui formera deux divisions chacune de dix bataillons. Il sera dirigé, sur chacun de ces bataillons, 1,500 bommes de la levée des 300,000 hommes, pris dans les dé­partements qui sont assignés à l’armée des Pyrénées. Cela fera ainsi, pour les vingt bataillons, 30,000 hommes. Chaque bataillon enverra aux bataillons de son régiment qui sont à l’armée de Catalogne ou à l’armée d’Aragon 400 hommes, dès qu’ils seront habillés et armés, et gardera les 1,100 autres. Ce sera un recrutement de 8,000 hom­mes pour ces deux armées, et il restera deux divisions, chacune de 11,000 hommes, composées de bataillons entiers et disponibles pour agir selon les circonstances.

La même opération sera faite pour l’armée d’Espagne : il sera choisi vingt régiments ayant chacun deux bataillons, ou plus de deux bataillons, à cette armée, et il leur sera donné l’ordre d’envoyer les cadres de ces vingt 6e bataillons à Bordeaux, où ils recevront éga­lement chacun 1,500 hommes, ou en tout 30,000 hommes, qui seront pris de même sur la levée de 300,000 hommes dans les dé­partements assignés à l’armée des Pyrénées.

Enfin il y a, je crois, douze régiments qui ont leurs dépôts dans les 10e et 11e divisions militaires. Il sera fourni à chacun 2,000 hommes pour être répartis dans les bataillons de l’armée qui en auront le plus besoin.

Ces 6e bataillons enverront également 8,000 hommes aux batail­lons de leurs régiments qui sont à l’armée, et il restera 22,000 hom­mes disponibles; et les armées d’Aragon, de Catalogne et d’Espagne réunies auront reçu 16,000 hommes de recrutement, indépendamment des 44,000 hommes qui seront en réserve, ces 44,000 hommes formant quarante bataillons ou quatre divisions de dix bataillons] chacune.

Cela fera donc en réalité une augmentation de forces de 84,000 hommes à prendre sur la levée de 300,000 hommes; mais comme le contingent des vingt-quatre départements assignés aux armées des Pyrénées dans cette levée ne pourrait suffire, on pourra y joindre la conscription de 1815.

Par ce moyen, tous les contingents des départements du Midi suri la levée de 300,000 hommes et sur la conscription de 1815 seront destinés à cette armée de réserve, dont le commandement sera donné-au maréchal Moncey. Il faudra annoncer avec éclat la réunion de cette-armée, et faire tout ce qui serait convenable pour exciter les habitants à défendre les frontières.

Présentez-moi, 1° l’état des vingt-quatre départements avec leurs contingents sur la levée des 300,000 hommes et sur la conscription de 1815; 2° les quarante régiments qui fourniront les cadres de ces! Gei bataillons.

Je vous ferai connaître successivement mes intentions pour l’armée! de réserve de Turin, pour celle de Metz et pour celle d’Utrecht; mais j’ai besoin de l’état numérique qui contient tous les bataillons supprimés et les cadres renvoyés en conséquence de la nouvelle organisation de l’armée, ou bien de l’état en cent colonnes.

 

Saint-Cloud, 16 novembre 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Répondez au général Molitor qu’avant le 15 décembre il y aura 60,000 Français au camp d’Utrecht; mais que jusque-là il ne peut compter que sur les troupes du général Rampon et sur celles que le duc de Tarente enverra sur l’Yssel.

Écrivez au duc de Tarente pour qu’il soigne l’Yssel.

 

Saint-Cloud, 16 novembre 1813.

Au maréchal Marmont, duc de Raguse, commandant le 6e corps de la Grande Armée, à Mayence .

Je reçois votre lettre du 12, qui m’est apportée par mon officier d’ordonnance Laplace.

Vous aurez reçu l’ordre que j’ai donné pour faire filer toute ma Garde sur Kaiserslautern et sur la Sarre. Vous aurez reçu égale­ment l’ordre que j’ai donné pour réunir tout le 5e corps à Coblentz. Il vous reste donc le 2e corps, le 6e et le 4e.

Je ne pense pas que le 2e corps soit nécessaire à Strasbourg, où les gardes nationales qu’on a levées seront suffisantes.

Il parait que notre mouvement doit avoir lieu du côté de la Hol­lande, et que c’est de ce côté que l’ennemi a des intentions.

Le ministre de la guerre a donné des ordres pour ôter tous les dépôts de Mayence. On a ordonné que tous les militaires des dépôts des équipages fussent envoyés à Sampigny. On a ordonné que les dépôts de la Garde fussent réunis à Metz. On a ordonné que toute l’artillerie qui ne serait pas attelée et en état se rendît à Metz.

Quant aux gardes d’honneur, vous êtes le maître de les faire descendre un peu plus, si vous le jugez convenable.

J’attends un état de situation de tous les corps et de l’artillerie qui sont sous vos ordres.

Faites-moi connaître si le second pont est établi à Mayence. J’y attache de l’importance, afin de pouvoir déboucher rapidement.

Soignez les gardes nationales qui sont sous vos ordres; passez-en i la revue et organisez-les le mieux possible.

Je pense qu’il sera nécessaire que vous passiez la revue de tous les corps, afin de pouvoir me présenter des nominations aux emplois [vacants, et de faire distribuer des armes et des habits à ceux qui en [manqueraient. J’espère que tous les bataillons ne tarderont pas à être portés à 800 hommes. Je vous ai mandé que vous aviez beaucoup de cadres de bataillons qui avaient reçu des Hollandais et des hommes isolés. Les uns et les autres ayant été depuis incorporés dans les corps de l’armée, je désire que vous me fassiez connaître ce que sont devenus ces premiers cadres, afin que je leur donne une destination. Il est convenable que vous visitiez la position de Kaiserslautern et sa liaison avec Sarrelouis et Landau,  puisque, si jamais l’ennemi voulait bloquer Mayence, le 4e corps formerait la garnison de la place, et votre position d’observation paraîtrait devoir être naturelle­ment à Kaiserslautern.

On me rend compte qu’on a établi la redoute que j’ai ordonnée à l’embouchure du Neckar; faites-en établir une à l’embouchure de la Lahn.

Faites occuper, du côté de Coblentz, l’île du Rhin où il y a un couvent de religieuses; nous l’occupions dans les autres guerres, et l’on m’assure que ce point peut nous être utile.

Si la compagnie du train du génie ne vous sert à rien, vous pou­vez la diriger sur Metz, où elle se complétera plus facilement.

Le ministre de l’administration de la guerre aura fait connaitre à l’intendant Marchant les dispositions que j’ai faites pour les six com­pagnies du train qui restent dans l’intérieur. Comme les ministres sont toujours lents à expédier, vous trouverez ci-jointes, 1° la copie de mes ordres pour ces compagnies; 2° la copie des ordres que j’ai donnés pour les différents dépôts d’infanterie.

J’ai placé le quartier général de la Garde à Kaiserslautern; je le ferai aller plus loin. Quant au grand quartier général impérial, je ne verrais pas de difficulté à l’éloigner. J’attends l’arrivée du prince de Neuchâtel pour prendre une détermination à cet égard.

Je suppose que vous n’avez pas d’embarras pour les chevaux de ma Maison; j’ai ordonné qu’ils fussent envoyés sur les derrières.

 

Saint-Cloud, 16 novembre 1813.

A M. Melzi, duc de Lodi, chancelier du royaume d’Italie, à Milan.

Je reçois votre lettre du 11 novembre. Je vois avec peine que vous souffriez dans ce moment de vos accès de goutte.

Je m’occupe de l’Italie, et je vais réunir à Turin une armée de 100,000 hommes; quelque chose qui arrive, le royaume peut compter que je ne l’abandonnerai pas. Des circonstances imprévues ont rendu critique le moment actuel; mais tout est en train de se réparer.

 

Saint-Cloud, 17 novembre 1813, une heure du matin.

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, le service du trésor, dans des temps de pénurie comme ceux-ci, ne peut pas se faire par les mêmes prin­cipes et de la même manière que dans des temps d’abondance, comme on l’a fait jusqu’à cette heure. Toutes les ordonnances de l’administration de la guerre pour l’approvisionnement de la place; toutes celles du ministre de la guerre pour les dépenses du génie, de l’artil­lerie et du réarmement des places ne sont pas payées ; de là les résultats les plus funestes pour la défense de l’État. C’est un malheur que la dette publique, les pensions et les traitements de Hollande, de Rome, de Florence, du Piémont et même de France, éprouvent des retards ; mais ce malheur n’est nullement comparable à celui qui résulterait du moindre retard dans le payement des ordonnances du ministre de l’administration de la guerre et du ministre de la guerre. Je n’ai plus que 30 millions d’argent dans le trésor de la Cou­ronne ; je vous en donne 10, et j’éprouve une grande répugnance à cela, car c’est une poire que je gardais pour le dernier moment de la soif, et, si cet argent était employé en dépenses civiles, ce serait perdre cette dernière ressource.

Il est donc indispensable que vous m’apportiez aujourd’hui, au Conseil d’État, l’état des ordonnances de l’administration de la guerre et du ministre de la guerre qui ne sont pas soldées. Le salut public n’a pas de loi : ces ordonnances doivent être payées avant les traitements civils et les renies. Depuis les circonstances actuelles, on n’a nulle part remué un pouce de terre, parce que partout les ordon­nances de la guerre n’étaient pas soldées.

Paris, 1er novembre 1813.

NOTE DICTEE EN CONSEIL DES MINISTRES.

Sa Majesté demande les causes du retard qu’éprouve le procès des individus prévenus de correspondance avec l’ennemi et d’avoir voulu livrer Toulon. Elle ordonne que des ordres soient donnés pour que cette affaire soit jugée sur-le-champ.

 

Saint-Cloud, 17 novembre 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, il sera formé un corps qui prendra le titre de 1er corps bis et 13e bis de la Grande Armée, lequel se réunira à Anvers, à Gand et à Utrecht. Il sera composé de deux bataillons du 7e léger, du 13e léger, du 12e de ligne, du 17e, du 25e, du 33e, du 85e, d’un du 57e, d’un bataillon du 36e, du 51e et du 55e, qui sont reformés à leurs dépôts, et du 6e bataillon du 15e léger, du 21e de ligne, du 30e, du 48e, du 108e, du 111e et du 61e; total, 25 bataillons; ce qui au complet ferait 25,000 hommes (Cette organisation fut modifiée par un décret du 24 novembre 1813).

Une partie de ces 25,000 hommes existe par la conscription qui se lève actuellement; mais un tiers ou un quart peuvent manquer, et vous y suppléerez en les portant sur les conscriptions que vous desti­nez au dépôt de Nancy.

Ces 25,000 hommes formeront trois divisions. Les 6e bataillons des 15e léger, 30e de ligne, 48e, 108e, 111e et 61e seront réunis dans la même division, ces bataillons appartenant aux régiments qui ont fourni à la composition du 13e corps.

Aussitôt que chacun de ces régiments pourra compléter un batail­lon, il le fera partir pour Utrecht. Par ce moyen, ce corps pourra être à peu près formé par la conscription qui se lève aujourd’hui. Il peut donc être réalisé dans le courant de décembre.

Informez-vous près de l’administration de la guerre si l’habille­ment est prêt. Pourvoyez à l’habillement, et bientôt on pourra ressen­tir l’effet de cette nouvelle formation à Utrecht. Occupez-vous spé­cialement de compléter les cadres en officiers et sous-officiers. Vous comprendrez facilement pourquoi j’ai mis séparément ces bataillons, puisqu’ils ne doivent rien fournir, ni au 11e, ni au 5e, ni au 3e, ni au 2e corps de la Grande Armée.

 

Saint-Cloud, 17 novembre 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, il sera formé à Strasbourg un 2e corps bis de la Grande Armée.

Ce 2e corps bis sera composé des 2e et 3e bataillons des régiments ci-après, savoir : les 11e, 24e, 26e léger, 19e, 37e, 56e, 93e, 146e, 72e, 4e, 2e et 18e de ligne; total, 24 bataillons. Cela formera provisoirement une division; le général Dufour en prendra le commandement.

Ces vingt-quatre bataillons doivent se réorganiser aux dépôts.

Il faudra donc à chaque régiment 1,600 hommes; vous ne leur en avez donné sur la conscription actuelle que 900, l’un portant l’autre; c’est donc encore, vu les non-valeurs, à peu près 1,006 hommes à donner par régiment, ce qui fera 12,000 hommes.

Destinez à cela 8,000 hommes sur les 12,000 que vous avez dési­gnés pour le dépôt de Metz, et faites-eu la distribution entre les douze régiments.

Des 12,000 hommes que vous destiniez au dépôt de Nancy, distri­buez-en 8,000 aux bataillons qui doivent former les corps 1er et 13e’ bis de la Grande Armée.

Par ce moyen, ces deux corps seront complétés sans avoir besoin de la conscription des 300,000 hommes.

Donnez ordre au général Dufour de parcourir les différents batail­lons pour compléter les cadres en officiers et sous-officiers ; et qu’aus­sitôt qu’un bataillon pourra partir avec 600 hommes habillés, armés et équipés, il le dirige sur Strasbourg.

Il est de ces bataillons qui sont à Strasbourg, il en est qui sont à Metz, il en est qui sont à Nancy; ainsi, en très-peu de jours, si l’on a des armes et l’habillement, le général Dufour peut avoir à Stras­bourg 7 à 8,000 hommes.

Vous ordonnerez qu’on organise d’abord les 2e bataillons, et immédiatement après les 3e. Je n’ai pas besoin de dire qu’aussitôt que cette division du 2e corps sera formée on la rapprochera des deux premières pour réunir les 2e bataillons avec les 1er et ensuite les 3e.

On en fera d’abord deux et ensuite trois divisions. Cela aura l’avantage que déjà le point important de Strasbourg sera gardé.

Le surplus des conscrits qui sont à ces régiments servira à compléter les 1er bataillons à 840 hommes; de sorte que ce 2e corps se trouvera composé  de douze régiments de trois bataillons chacun, savoir : les 1er, 2e et 3e bataillons, les 4e étant à Magdeburg; ce qui fera trente-six bataillons et près de 30,000 hommes.

Ainsi, sans toucher à la levée des 300,000 hommes, j’aurai donc deux corps, l’un de trente bataillons à Utrecht, et l’autre de trente-six bataillons à Strasbourg et Spire.

 

Saint-Cloud, 11 novembre 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je vous ai fait connaître mon intention sur la formation d’un 1er corps bis de la Grande Armée, fort de trente bataillons, qui seront réunis à Utrecht et formés uniquement par la conscription qui se lève en ce moment, et d’un 2e corps bis fort de trente-six bataillons formés avec la même conscription et devant se réunir entre Strasbourg et Spire.

Le 5e corps, qui ne forme aujourd’hui qu’une division, est composé de deux bataillons de chacun des régiments suivants, savoir : les 139e, 140e, 141e, 152e, 153e, 154e, 135e, 149e, 150e, 155e de ligne; total, vingt bataillons.

Au fur et à mesure que les hommes seront habillés et armés, il faudra faire partir ce qui est nécessaire pour compléter tous ces bataillons.

Le dépôt de chacun de ces corps ayant reçu à peu près 900 hom­mes de la conscription, et les deux bataillons ayant, outre cela, 2 à 300 hommes à leur dépôt, ces corps pourront recevoir promptement à peu près 1,100 hommes par régiment, ou 11,000 hommes, ce qui, joint aux 8,000 hommes qui s’y trouvent sous les armes, ferait 19,000 hommes; on en formera deux divisions, chacune de dix bataillons.

Tous les régiments de ce corps ne seront donc plus composés que de deux bataillons de guerre et un bataillon de dépôt.

Vous n’avez donc d’autre ordre à donner pour les dix régiments de ce corps que celui qu’au fur et à mesure que 100 hommes du dépôt seront prêts ils aient à se rendre à Coblentz pour recruter leur bataillon.

Ainsi le 1er corps bis sera fort de trois divisions, chacune de dix bataillons, et se réunira à Utrecht.

Le 5e corps sera composé de deux divisions, de dix bataillons cha­cune, et se réunira à Coblentz.

Le 2e corps sera composé de trois divisions, chacune de douze bataillons , et se réunira à Strasbourg.

Je vous ferai connaître demain mon intention sur le 6e corps, qui comprend le 3e, et sur le 4e.

 

Saint-Cloud, 1er novembre 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, le 4e corps est composé : 1° De la division Morand , qui comprend quatre bataillons du 13e de ligne, trois bataillons du 23e et trois du 137e; ces trois régiments ayant leurs dépôts en Italie, il faudra fournir de France 3,000 con­scrits au 13e, 2,000 au 23e et 2,000 au 137e; total, 7,000 conscrits;

2° De la division Guilleminot, qui comprend le 4e bataillon du léger, le 3e du 7e de ligne, le 3e du 52e, le 3e et le 4e du 67e, le 5e et le 6e du 82e, le 2e et le 3e du 101e, le 1er du 156e; ces dix bataillons ont aussi leurs dépôts en Italie; il faut pour le 4e bataillon du 1er léger, 500 hommes; pour le 3e du 7e de ligne, 500; pour le 3e du 52e, 500; pour le 3e et le 4e du 67e, 1,000; pour les 2e et 3e du 101e, 1,000; et pour le 1er du 156e, 500; total, 4,000 hommes;

3° De la division Durutte, qui comprend dans sa composition le 1er bataillon du 35e léger, dont le dépôt est également en Italie; ce bataillon a besoin de 500 hommes.

Ainsi donc, les bataillons du 4e corps, qui ont leurs dépôts en Italie, ont besoin, ceux de la division Morand, de 7,000 hommes, ceux de la division Guilleminot de 4,000, et celui de la division Durutte de 500; total, 11,500 hommes, qu’il faut envoyer à ces corps.

Ces 11,500 hommes seront dirigés sur Mayence, où le ministre de l’administration de la guerre les fera tous habiller et équiper ; vous pourvoirez à leur armement.

Le 4e corps étant destiné à rester à Mayence, ces hommes y seront dirigés ainsi tout naturellement. Indépendamment de ce, les dépôts situés en deçà des Alpes enverront à Mayence tout ce qui est néces­saire pour compléter leurs bataillons.

Le régiment illyrien sera supprimé; les fusils seront pris, et les hommes seront employés comme pionniers.

 

Saint-Cloud, 17 novembre 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je vous ai envoyé hier la formation d’une armée de réserve aux Pyrénées ; je vous envoie aujourd’hui la formation d’une armée de réserve en Italie. Comme je l’ai dictée éga­lement de mémoire, il peut y avoir des erreurs dont je désire que le bureau du mouvement prépare la correction; vous me la renverrez ensuite.

Il sera fourni à la composition de ces armées par la conscription des 300,000 hommes.

Mon intention est de disposer, pour l’armée des Pyrénées, de tout ce que les vingt-quatre départements du Midi fourniront à cette con­scription, et, si ce n’était pas suffisant, j’y emploierais la conscrip­tion de 1815.

En Italie, je vais avoir besoin de 40,000 hommes. Il faut de même les prendre sur la conscription des 7e, 19e et 8e divisions militaire: qui sont le plus près. Faites-moi connaître ce que rendra la levée de ces trois divisions.

Mon intention est de donner le commandement de l’armée de réserve d’Italie au général Caffarelli.

Par ces dispositions, l’Italie recevra 58,000 hommes, y compris les conscrits de la levée de 120,000 hommes; et comme, indépen­damment des places, elle a 40,000 hommes sous les armes, et que j’ai d’ailleurs 3 à 4,000 hommes de cavalerie, cela portera mes forces, au-delà des Alpes, à un nombre très-considérable.

Ce qu’il y a de plus important, c’est l’habillement, l’armement de tout cela, et la formation des cadres. Il paraît que les Italiens ne tiennent pas, qu’ils désertent, et que, dans la pénurie où nous sommes de fusils, il faut les garder pour les Français.

 

Saint-Cloud, 17 novembre 1813.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Vérone.

Mon Fils, vous trouverez ci-joint un projet de décret. Vous y verrez que je distingue deux choses : ce qui doit servir au recrute­ment des 1er, 2e et 3e bataillons, et ce qui est destiné à une armée de réserve. Les 15,000 hommes destinés à porter les bataillons de guerre à leur grand complet sont déjà en marche. Ils partiront d’Alexandrie. Correspondez avec le prince Borghèse pour presser leur habillement, leur équipement et leur armement.

L’armée de réserve que je forme sera de plus de 40,000 hommes d’infanterie. Les cadres ne peuvent être tirés que des bataillons que vous avez actuellement. Faites des promotions et envoyez à Alexan­drie tout ce qui est nécessaire pour la formation de ces cadres, en officiers et sous-officiers. Les cadres des 5e bataillons pourront servir à vous conduire jusqu’à mi-chemin tous les hommes disponibles. Il sera nécessaire de les renvoyer, pour qu’ils puissent recevoir les hommes de la conscription des 300,000 hommes.

Renvoyez-moi le plus tôt possible ce projet de décret, où il peut y avoir des erreurs qui seront rectifiées au bureau du mouvement, et sur lequel d’ailleurs je désire que vous me remettiez vos obser­vations.

 

Saint-Cloud, 18 novembre 1813.

A Élisa Napoléon, grande-duchesse de Toscane, à Florence.

Ma Sœur, j’ai reçu votre lettre du 10 de ce mois. Je vous ai écrit aujourd’hui sur les grandes forces que je réunis en Italie. Envoyez sur-le-champ en Corse les Croates dont vous êtes mécontente. Orga­nisez les 3e et 4e bataillons du 112e. Les cadres viennent de la Grande Armée en Toscane; mais je crois qu’il arrivera peu de chose. Vous les compléterez avec les conscrits qui sont dirigés sur la Tos­cane pour ce régiment, et qui doivent avoir passé à Turin.

J’ai écrit au roi de Naples que je lui envoie le duc d’Otrante. Écrivez-lui aussi de votre côté.

Dans tous les cas, quand même l’ennemi arriverait sur le Mincio, vous ne devez point quitter la Toscane; l’ennemi ne pourra pas faire de détachements considérables quand il sera tenu en respect par le vice-roi et tant qu’il n’aura pas gagné une grande bataille. Vous aurez toujours votre retraite assurée sur Naples.

Il y a en ce moment 16,000 hommes arrivés â Alexandrie.

  1. S. Il serait bien convenable que les bâtiments qui transpor­teront les Croates en Corse rapportassent leurs fusils; on les emploiera comme on voudra.

 

Saint-Cloud, 18 novembre 1813.

Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police général, à Paris.

Faites mettre dans les journaux des détails sur la manière dont les alliés se conduisent envers le roi de Saxe, sur les horreurs de toute espèce qu’éprouve l’Allemagne, sur le papier-monnaie et les réqui­sitions, et enfin sur le changement qui s’opère dans les esprits.

 

Saint-Cloud, 18 novembre 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Le 21 octobre, la Régente a levé les cohortes urbaines de la 5e divi­sion et sept légions de gardes nationales, formant 16,000 hommes, dans les départements du Haut-Rhin, du Bas-Rhin, des Vosges, de la Meurthe, de la Moselle, de la Haute-Marne et de la Haute-Saône. J’approuve cette levée; il faut parfaitement organiser ces 16,000 hommes; ils seront utiles pour renforcer les garnisons. Quant aux cohortes urbaines, je crois qu’il faut leur donner plus d’étendue, et qu’il convient de les organiser dans toutes les places fortes de l’an­cienne frontière de France, afin qu’en cas d’événement ces places se gardent elles-mêmes.

Le 7 novembre, la régence a préparé une levée de gardes nationales pour la frontière de la Suisse. J’approuve la formation des cohortes urbaines à Besançon; mais une levée de gardes nationales d’élite de 9,000 hommes serait trop considérable; je préfère qu’elle n’ait pas lieu. On ne peut pas lever par tous les bouts, et je crois que je lèverai beaucoup plus vite les 300,000 conscrits. Il faut donc organiser la garde nationale à Besançon, â Auxonne, à Belfort et dans les petites places de la frontière de la Suisse, mais seulement des cohortes urbaines, qui ne se déplacent point. On pourrait même si l’ennemi s’approchait, l’organiser à Grenoble.

Mais le seul point vraiment important de ce côté, c’est Genève. Je ne serais pas éloigné d’envoyer la légion dans la Haute-Saône, qui est déjà levée, tenir garnison à Genève, car nous ne saurions nous fier aux Genevois. Je vous ai déjà donné ordre d’armer cette place. Son armement et son approvisionnement sont un objet important, et il faut qu’il y ait toujours 2 à 3,000 anciens Français en garnison.

Le 9 novembre, vous m’avez proposé un projet de décret pour lever les cohortes dans dix-huit départements; je n’approuve point cette disposition. Le 11 novembre, vous m’avez proposé d’envoyer 7,000 gardes nationaux du Nord à Utrecht; je n’approuve pas non plus cette proposition. Ainsi je m’en tiens à ce qui existe, avec le seul changement que la légion de la Haute-Saône tiendra garnison à Genève.

J’ai pourvu au Nord, en réunissant sous les ordres du duc de Plaisance trente bataillons du 1er corps bis de la Grande Armée. C’est d’organiser ce corps sans délai qu’il faut s’occuper, j’ai de ce côté beaucoup de places fortes; il suffira d’organiser les gardes nationales urbaines pour les défendre.

Il y a 3,000 hommes de gardes nationales en activité pour la défense de Toulon; je désire que la moitié ou 1,500 hommes se rendent sans délai à Gênes pour en renforcer la garnison. Donnez-en l’ordre sur-le-champ.

Je désire que le prince d’Essling se rende lui-même à Gênes, où il prendra le commandement des trois départements de la 28° division. Il aura sous ses ordres les gardes nationales et les garde-côtes; et, si sa santé le lui permet, il pourra prendre le commandement de l’armée de réserve qui se réunit à Turin et à Alexandrie. Si sa santé ne le lui permet pas, il se bornera au commandement de Gènes, dont le climat lui sera favorable autant que celui de Toulon. Donnez-lui ordre de s’y rendre sans retard, ainsi que les 1,500 gardes nationaux.

Comme j’ai ordonné que les 3,000 gardes nationaux qui étaient à Flessingue se rendissent à Gorcum, donnez ordre au général Latour-Maubourg d’envoyer à Ostende 1,500 hommes des 4,000 qu’il a sous ses ordres à Ostende; ils seront à portée de soutenir Flessingue. Je vois que la levée de la garde nationale d’Alsace est ordonnée depuis près d’un mois, et cependant elle ne peut encore faire aucun service ; il faut donc deux mois pour que les gardes nationales puissent être bonnes à quelque chose; la conscription exige moins de temps.

 

Saint-Cloud, 18 novembre 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Écrivez à la grande-duchesse de Toscane et au général Miollis que des renforts considérables sont envoyés en Italie, et que la présence de quelques troupes légères ennemies ne doit leur faire abandonner ni Rome, ni la Toscane; que, quand même le vice-roi serait sur le Mincio , ce ne serait pas pour longtemps, et que l’ennemi ne pourra point faite de forts détachements contre eux; enfin qu’à tout événement la retraite de la Grande-Duchesse et des employés doit être sur Rome et Naples.

 

Saint-Cloud, 18 novembre 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, avez-vous en Italie les 16,000 fusils nécessaires pour armer les 10,000 hommes de la conscription actuelle dirigés sur Turin et Alexandrie, pour recruter l’armée d’Italie ?

Aurez-vous au 15 décembre les 30,000 fusils nécessaires pour cette armée, comme il est dit au titre II du décret de ce jour ?

Je ne vois rien de plus important que cet objet, puisqu’on se bat pendant l’hiver en Italie, et que le sort de ce pays et de nos places, de Gènes, d’Alexandrie, de Plaisance, de Turin dépend du prompt armement de ces troupes. Rassurez-moi donc là-dessus. Comme les 30,000 hommes de la levée des 300,000 seront pris en Dauphiné et en Provence, il est probable qu’ils seront rendus avant la fin de décembre.

 

Saint-Cloud, 18 novembre 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, vous trouverez ci-jointe une première ébauche pour la formation de la Grande Armée. Mon intention est de porter les trois divisions du Ier corps bis, chacune à douze batail­lons : il reste donc à trouver six bataillons pour compléter l’organisation de ce corps; de porter les deux divisions du 5e corps à douze bataillons chacune : il reste donc à trouver quatre bataillons; d’ajouter au 5e corps deux autres divisions de vingt-quatre bataillons; da trouver pour le 11e corps deux autres divisions, c’est-à-dire vingt-quatre bataillons. Il faut donc trouver en total cinquante-huit bataillons à prendre parmi les bataillons qui ont leurs cadres aux dépôts.

Sur ces cinquante-huit bataillons, vingt-quatre sont trouvés, puis­que le 6e corps, lorsqu’il aura reçu ses bataillons, se trouvera porté à cinq divisions et aura, par conséquent, deux divisions qu’il pourra céder. Il ne reste donc plus que trente-quatre bataillons à trouver. Le bureau du mouvement, en faisant le travail de la réunion des bataillons, trouvera facilement ces trente-quatre cadres. Il est surtout important de réunir tous les bataillons d’un même régiment ensemble.

L’armée alors sera composée de six corps, et organisée en vingt-deux divisions.

L’organisation de l’artillerie devra être réglée en conséquence.

Vingt-deux divisions forment quarante-quatre batteries d’artillerie à pied. Les six corps exigent douze batteries à cheval et vingt-quatre batteries de réserve, ce qui fait quatre-vingts batteries; indépen­damment des 1er, 2e, 3e et 5e corps de cavalerie, auxquels il faut au moins deux batteries par corps ; ce qui fera huit batteries ou quarante-huit bouches â feu; et au total pour toute l’armée six cent soixante-quatre bouches à feu.

Il me semble que cette armée, qui se trouvera ainsi composée de deux cent soixante-quatre bataillons, aura un complet de 200,000 hommes. Elle pourra donc être à peu près entièrement formée de la conscrip­tion qui se lève aujourd’hui, et qui offre, je crois, pour l’infanterie de la Grande Armée, plus de 120,000 hommes. Le complément se trouvera dans ce qui existe aux cadres. Il sera tout au plus néces­saire de prendre un supplément de 30 à 40,000 hommes sur la conscription des 300,000 hommes.

Il faudra désigner, pour compléter cette armée, les conscrits les plus voisins des départements du Rhin.

J’attendrai, pour donner des numéros aux divisions, que le bureau du mouvement ait tracé cette organisation dans un état, indiquant ce qui existe, ce qu’on suppose aux hôpitaux, ce qui est encore épar­pillé, mais qui devra joindre d’un moment à l’autre, ce que les corps reçoivent de la conscription que je lève en ce moment, et enfin ce qui leur est assigné sur la conscription des 300,000 hommes.

 

Saint-Cloud, 18 novembre 1813.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, autorisez le général comte Bertrand, que j’ai nommé mon grand maréchal du Palais, à se rendre à Paris. Le général Morand prendra le commandement du 4e corps; il jouira à ce titre du traitement qui est alloué aux commandants des corps d’armée qui ne sont pas maréchaux. Le général Morand sera sous les ordres du duc de Raguse.