Francisco Alsedo et Bustamante (1758-1805)

Francisco Alsedo et Bustamante nait au sein d’une famille de haut rang: son père, Francisco de Alsedo y Agüero, chevalier commandant de l’Ordre de Santiago, colonel des armées royales de Sa Majesté, gouverneur d’Ocaña et des quatre villes de la côte, à Laredo , est mort quand il était très jeune; sa mère, María Antonia de Bustamante, marquise de Villatorre et vicomtesse de Cabañas, était caractérisée par sa religiosité et son dévouement aux œuvres caritatives.

Alsedo fait ses études au Séminaire Royal des Nobles, où il reçoit une instruction minutieuse qui englobe l’apprentissage du latin, de l’anglais, du français et des sciences exactes.

Le 27 avril 1774, il rejoint la compagnie des gardes de la marine à Cadix, où il est un élève exceptionnel. Après avoir terminé ses études, il embarque sur le navire Paula de l’escadre qui, sous le commandement du général Arce, conduit un convoi de Cadix à Carthagène, où Alsedo passe à Jabeque Gamo de l’escouade du lieutenant général Pedro de Castejón qui, le 8 juillet 1775, a battu les forteresses d’Alger pour protéger le débarquement et le réembarquement des forces commandées par le comte d’Orelly.

Dans cette opération, Alsedo montre son courage en poursuivant, à la tête  de son navire et sous le feu de toute l’artillerie de la place, un navire ennemi qui se dirigeait vers le port.

Après ces opérations, il embarque successivement sur la frégate Santa Marta et le Jabeque Atrevido, dont il débarque le 21 octobre 1775, à Ferrol.

En 1776, il embarque sur la frégate Dorotea sur laquelle il navigue dans les eaux du golfe du Mexique en transportant des marchandises entre les ports de La Havane et Veracruz, et au début de 1779, il embarqua sur la frégate Nuestra Señora de la O avec laquelle il fait plusieurs opérations de guerre dans  ces mers.

En avril de cette année, Carlos III décide d’intervenir aux côtés de la France au secours des treize colonies anglaises d’Amérique du Nord, qui se sont soulevées contre la métropole depuis 1776. En juillet 1779, les troupes espagnoles entament le blocus de Gibraltar.

Le 16 octobre 1780, Alsedo fait partie de l’expédition organisée par le général Bernardo Gálvez, gouverneur de la Louisiane, qui, sous le commandement du chef d’escadre José Solano, quitte La Havane pour prendre Pensacola et mettre fin à l’occupation anglaise de l’ouest de la Floride.

Une forte tempête disperse les navires, et empêche la mission de se dérouler. La frégate Alsedo, sur le point de faire naufrage, réussi cependant à retourner à La Havane le 17 novembre en compagnie de la frégate Santa Cecilia et du navire Pío, non sans avoir capturé, après un dur combat, deux frégates anglaises qui, armées en corsaire et marchands, naviguaient de la Jamaïque à New York.

En octobre 1781, il retourne à Cadix et monte à bord du navire San Vicente de l’escadre commandée par le général Luis de Córdova y Córdova, où il resta jusqu’au 20 mars 1782, date à laquelle il croise le San Dámaso, navire amiral de l’escadre de douze navires dont le chef d’escadre, Antonio Osorno commande le navire amiral,  et qui rejoint le contre-amiral comte de Guichen, afin de participer à l’expédition vers les Islas de la Madera, les îles de la Baie actuelles (Honduras), et Puerto Santo (Venezuela).

Par la suite, les deux escadres, avec Luis de Córdova, prennent part à la dernière campagne dans la Manche et le 13 septembre à la tentative infructueuse d’attaquer Gibraltar avec des batteries flottantes. Dans cette dernière action, Alsedo est blessé alors que, aux commandes de son navire, il protège lesdites batteries pendant l’attaque. Bien  que gravement blessé, il ne consentira à se retirer du combat que le lendemain matin.

Remis de sa blessure, il embarque sur le navire San Pascual en tant qu’adjoint du lieutenant général Juan de Lángara, dont l’escadre était prévue partir pour l’Amérique.

Le 21 décembre 1782, il est promu lieutenant pour ses mérites distingués.

L’escadre de Juan de Lángara ne part pas pour l’Amérique comme prévu et Alsedo embarque successivement sur les navires San Fermín et Santa Isabel, dont il débarque avec un congé pour Santander. Après ce congé, il rejoint le service, affecté aux bataillons et brigades de la marine, commandés à l’époque par des officiers du corps général de la marine. En juin 1786, il est nommé sous-lieutenant de la Marine Guards Company.

Début 1787, il embarque sur la frégate Paz en tant que commandant du chef d’escadre Gabriel de Aristizábal et prend le commandement des gardes marines de la compagnie Ferrol, affectés à l’escadre d’évolution de Juan de Lángara.

Le 14 décembre 1788, Charles III meurt à Madrid et est remplacé par son fils, Charles IV. [1]Le 14 juillet 1789, la prise de la Bastille a lieu à Paris et la Révolution française commence.

Le 14 juin 1791, Alsedo est promu capitaine de frégate et embarque sur le navire Europa en tant que commandant des gardes marines affectés à l’escadre du général Francisco de Borja. Il se rend ensuite à Cadix pour embarquer sur le Salvador en tant que commandant en second de l’escadre du lieutenant-général Marqués del Socorro, José Solano y Bote, participe à la campagne du cap Finisterre, avant de revenir à Cadix, servant successivement comme second des généraux. Gabriel de Aristizábal, Francisco de Borja et Felipe López de Carrizosa.

Le 12 juillet 1792, il est nommé lieutenant de la Ferrol Marine Guards Company.

Le 15 mai 1793, année où la Convention française déclare la guerre à l’Espagne, Alsedo embarque sur le navire San Eugenio, en tant que général de division de l’escadre du lieutenant général Gabriel de Aristizábal, à destination de l’Amérique du Nord, et qui, basée à Puerto Cabello, a pour mission la protection du commerce espagnol, la gestion des flux et le harcèlement de la partie de l’île de Saint-Domingue, qui est alors au pouvoir des Français et d’où les corsaires agissent contre les navires espagnols.

Dans la nuit du 27 janvier 1794, Alsedo participe très activement à la prise du port de Fuerte-Delfín (Saint-Domingue). À la tête de quatre cents hommes, avec les pleins pouvoirs de général, il prend par surprise le fort de La Boca et la batterie dite de Llars, permettant l’entrée d’une frégate et d’un brick, qui forcent la reddition de la place, qui capitule malgré sa garnison bien supérieures aux Espagnols.

Le 22 juillet 1795, la paix de Bâle est signée, par laquelle la France rend les territoires conquis à l’Espagne et reçoit en compensation la partie espagnole de Saint-Domingue . Godoy a reçu le titre de prince de la paix. Le 18 août 1796, le traité de San Ildefonso est signé entre l’Espagne et la France et le 6 octobre une nouvelle guerre contre l’Angleterre commence.

Le 29 octobre 1796, Alsedo est promu capitaine de vaisseau. Le 14 février 1797, une escadre espagnole, commandée par le lieutenant général José de Córdova y Ramos, est vaincue au cap Saint-Vincent, par l’escadre anglaise commandée par l’amiral John Jervis et dans laquelle Horacio Nelson se trouve être commodore. Ce mois-là, l’amiral Eliab Harvey s’est emparé de Trinidad et a été vaincu à Porto Rico.

En juillet, Nelson attaque Cadix et, plus tard, Santa Cruz de Tenerife; dans les deux attaques, il est repoussé et dans la seconde il subi la perte d’un bras.

En 1801, trois traités presque consécutifs sont signés entre Napoléon et Godoy par lesquels l’Espagne s’engage à déclarer la guerre au Portugal pour le séparer de l’Angleterre, à contribuer avec des unités navales à la formation de quatre flottes hispano-françaises et à la formation d’une armée espagnole. avec la collaboration française dont le commandement a été attribué à Godoy avec le titre de général. Entre le 20 mai et le 6 juin, la brève guerre des Oranges a eu lieu, qui se termine parle traité de Badajoz lorsque le Portugal demande la paix.

Le 6 mai de cette année 1801, Alsedo prend le commandement du San Ramón et le 8, il quitte La Havane avec la frégate Amphitrite, qui arbore la flamme de l’amiral Francisco de Montes, pour escorter un convoi vers les ports de Barlovento. .

De retour à La Havane, après s’être séparé de l’ Amphitrite, il rencontre un navire marchand, deux frégates et une corvette anglaise: une des frégates le rattrape et se retire quand elle voit que le reste des navires s’approche;  pendant la nuit il se réfugie dans la baie de la Croix du Père, à proximité du port de Matanzas (Cuba) et le lendemain matin, réussit à entrer dans ce port, où il restera bloqué pendant deux mois et demi jusqu’à ce que, profitant d’un éloignement de la côte des forces de blocus, il parte pour La Havane, escortant un convoi avec une cargaison précieuse.

En décembre de la même année, il prend le commandement de l’Asia et met les voiles pour l’Espagne, mais en quittant le port, il subi une énorme tempête qui laisse le navire complètement démantelé et avec une voie d’eau importante qui le force à entrer à Porto Rico pour la réparer.

Une fois les pannes réparées, il part pour Cadix, puis se rend à Carthagène où le navire est  construction.

Le 27 mars 1802, la paix d’Amiens est signée, qui n’est rien de plus qu’une trêve entre la France et l’Angleterre, mais elle permet à l’Espagne de regagner Minorque en échange de la cession de Trinidad à l’Angleterre.

Le 29 mars 1804, année où Napoléon devient empereur des Français et où les prises de navires espagnols et les attaques perpétrées sur les côtes américaines font de nouveau pencher Godoy vers la France, Alsedo est nommé général de division du département de Ferrol. et en juin 1805, il prend le commandement du Montañés, construit aux frais de ses compatriotes de Santander qui l’offrent au roi, et rejoint l’escadre nouvellement créée du général Grandallana.

Le 14 août, il quitte l’estuaire d’Ares avec l’escadre combinée franco-espagnole sous le commandement de l’amiral Villeneuve et du lieutenant-général Federico Gravina, se dirigeant vers la Manche pour tenter de contrôler ces eaux, pendant que les forces terrestres de Napoléon débarqueront dans les îles britanniques.

En mer, ils aperçoivent la flotte de l’amiral français Allemand qui a quitté Rochefort pour rejoindre l’escadre de Villeneuve, mais ils s’évitent, se croyant ennemis. Allemand entre à Vigo le 16, et l’escadre combinée se dirige vers Cadix pour éviter la confrontation avec ce qu’elle a cru être une flotte ennemie. Le 19, l’escadre, composée de trente-trois navires (dix-huit français et quinze espagnols), cinq frégates et deux corvettes, mouille dans la baie de Cadix.

Napoléon leur ordonne de quitter le port et de se diriger vers la Méditerranée pour, avec la flotte sous le commandement de Salcedo à Carthagène, effectuer des débarquements à Naples et faire la guerre à la navigation de l’Angleterre et de ses alliés dans cette mer et enfin entrer à Toulon.

Mais les Anglais les bloquent avec une flotte composée de vingt-sept navires et six frégates sous le commandement de l’amiral Nelson. Face à cette situation, il est décidé d’attendre pour partir jusqu’à ce qu’une situation favorable se présente, ce qui pourrait être lorsque les ennemis seront été forcés de diviser leurs forces pour escorter leurs convois. Napoléon s’impatiente du retard et décide de remplacer Villeneuve par l’amiral Rosily.

Villeneuve, conscient des intentions de le relever du commandement et informé qu’un convoi anglais a quitté Algésiras, escorté de six navires, décide de quitter Cadix le 20, les deux escadres se faisant face le 21 dans la mémorable bataille de Trafalgar. Le navire Montañés, sous le commandement d’Alsedo, fait partie du groupe d’observation, qui, s’alignant sur le groupe principal par ordre exprès de Villeneuve, se retrouve derrière la ligne de bataille, où se déroule la partie la plus dure du combat. Il se bat longtemps avec un navire anglais doté de trois ponts qui le domine à la courte distance et lui cause des dégâts importants.

Alsedo est atteint par un boulet de canon dans le dos et meurt sur le coup; il est relevé de ses fonctions par le second commandant du navire, le capitaine de la frégate Antonio Castaños, qui subit bientôt le même sort que le commandant et est à son tour relevé par le lieutenant Alejo Gutiérrez de Rubalcaba, qui continue le combat jusqu’à recevoir l’ordre de rejoindre le prince des Asturies, le vaisseau amiral de l’amiral Gravina, avec lequel il retourne à Cadix en naviguant de conserve.


References

1Le 14 juillet 1789, la prise de la Bastille a lieu à Paris et la Révolution française commence.