Correspondance de Napoléon – Novembre 1813

Mayence, 3 novembre 1813.

Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police général, à Paris.

Monsieur le Duc de Rovigo, vos alarmes et votre peur à Paris me font rire ; je vous croyais digne d’entendre des vérités. Partez du principe que mon infanterie, mon artillerie et même ma grosse cava­lerie ont une telle supériorité que je ne crains rien. Je battrai l’ennemi plus vite que vous ne croyez. Vous verrez dans le Moniteur le rapport du prince Schwarzenberg. Il est faux dans toutes les parties; cependant il ne porte les prisonniers à Leipzig qu’à 8,000, et la plupart de ce nombre se composait de blessés et de malades qu’on n’avait pu pas transporter.

Le général Reynier est échangé contre le général Merveldt.

Ma présence est trop nécessaire à l’armée pour que je parte en ce moment.

J’attends un travail du ministre des finances qu’il ne m’a pas encore envoyé.

Quand il sera nécessaire, je serai à Paris.

 

Mayence, 3 novembre 1813.

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris

Monsieur le Duc de Gaète, il y a bien longtemps que je vous ai écrit de Dresde pour vous faire connaître mes intentions sur les finances ; je n’ai pas reçu de réponse : il est bien temps que vous me m’envoyiez avec l’évaluation de ce que produira l’impôt extraordinaire de cinquante centimes, et le projet de décret. Cela fera cesser tout le vague et fera voir la bonté de la situation de mes finances.

 

Mayence, 3 novembre 1813.

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, je reçois la lettre sans date que vous aviez chiffrée et dont le déchiffrement n’a pu m’être remis qu’en ce moment. Vous me proposez le tiercement des contributions foncières devant produire 120 millions : mon projet est d’imposer un supplé­ment de cinquante centimes; cela fera donc 180 millions; j’adopte le doublement de l’impôt sur le sel, 40 millions; j’adopte égale­ment le doublement de la contribution mobilière, 30 millions; total, 250 millions.

Je mets cinquante centimes de guerre sur les droits réunis, sur les tabacs, sur les postes, sur les octrois de toutes les villes. J’at­tends l’évaluation de ce que cela produira; je ne m’amuse pas à en faire le détail, que vous et le ministre des finances ferez bien plus facilement;  mais je suppose que cela produira également 250 mil­lions, et que cela donnera ainsi 500 millions d’extraordinaire.

Je désire que les ministres montrent du calme et de la confiance. Mon infanterie, mon artillerie et ma grosse cavalerie ont une telle supériorité sur celles de l’ennemi, que je ne suis pas en peine de i dissoudre cette coalition aussitôt que les autres. Le principal est de connaître à qui j’ai affaire, de n’avoir pas d’ennemis dans les rangs et de ne plus craindre de coups de Jarnac au milieu d’une bataille. C’est dans ce sens qu’il faut s’exprimer.

J’ai convoqué le Corps législatif pour le 2 décembre (Par décret du 29 novembre, l’ouverture de la session  fut remise au 19 décembre). Mais aussitôt que vous m’aurez rédigé le décret dans ce sens, de concert avec le ministre des finances, je le prendrai aussitôt, puisqu’il avancera de six semaines la perception.

 

Mayence, 3 novembre 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je donne ordre au major général de vous envoyer seize drapeaux pris aux batailles de Wachau, de Leipzig et de Hanau. Vous trouverez ci-jointe une lettre que j’écris à l’Impé­ratrice à ce sujet.  Mon intention est que vous traversiez tout Paris avec ces drapeaux, et que vous les présentiez à l’Impératrice, assise dans la salle du trône, suivant l’étiquette, à la place que doit occuper la Régente, et environnée du Sénat et des autres autorités. Vous lui ferez lecture de ma lettre, et vous y ajouterez un petit compliment, dans lequel vous direz que ces drapeaux sont un témoignage de la bravoure des armées françaises et des succès qu’elles ont obtenus aux trois batailles. Je crois qu’il n’y a que seize drapeaux, et que les quatre autres ont été perdus.

L’Impératrice ayant répondu à votre discours, vous ferez trans­porter les drapeaux aux Invalides. Je désire qu’à cette occasion vous y fassiez porter aussi une centaine de drapeaux, dont six anglais, qui ont été pris en Espagne.  On les y portera sans pompe; mais vous donnerez ordre que les six drapeaux anglais enlevés à la bataille d’Albufera y soient remis avec pompe. Quant aux seize drapeaux, vous ferez placer aux Invalides une table de marbre sur laquelle sera cette inscription : Drapeaux pris aux batailles de Wachau, de Leipzig et de Hanau, et de plus ma lettre à l’Impératrice. Les quarante dra­peaux que j’avais pris à la bataille de Dresde ont été malheureuse­ment laissés dans cette ville.

Vous savez depuis longtemps ce que je pense de ces pompes mili­taires; mais dans la circonstance actuelle je crois qu’elles seront utiles. Je n’ai pas besoin de vous dire que chaque drapeau doit être porté par un officier à cheval et que vous devez marcher en grand cortège. Comme je n’ai pas le temps d’écrire à l’archichancelier, montrez-lui ma lettre, et concertez-vous avec lui pour donner à cela autant de pompe qu’il sera possible.

 

Mayence, 3 novembre 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, écrivez au ministre du trésor, confor­mément aux demandes portées dans votre rapport du 26 octobre, de vous donner un million par mois pour les fusils, et de payer les deux millions que vous devez aux manufactures. Moyennant ce, je compte que vous porterez la fabrication à 26,000 fusils par mois, et que vous aurez réparé les 90,000 fusils qui sont à réparer. Il n’est au­cune espèce de doute qu’il faut pousser la fabrication à 30,000 fusils par mois, ce qui ferait 360,000 par an. Je remarque dans votre rapport qu’il ne faut point donner des fusils à Naples, ni aux princes de la Confédération. J’y remarque aussi qu’il faut donner aux gardes nationales des fusils étrangers, même des fusils qui ne seraient point de notre calibre; vous devez en avoir beaucoup.

 

Mayence, 3 novembre 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, j’ai lu avec attention votre rapport du 21 octobre. Je vois que vous avez créé neuf cohortes urbaines pour la défense de Huningue, Belfort, Neuf-Brisach, Schelestadt, Stras­bourg, Landau et Lauterbourg. Cette mesure me paraît fort bonne. Vous avez créé une légion de six cohortes dans le département du Haut-Rhin, et une pareille légion dans celui du Bas-Rhin ; et une légion de huit cohortes dans chacun des départements des Vosges, de la Meurthe, de la Haute-Marne et de la Haute-Saône, et un cin­quième département que vous avez oublié de nommer; ce qui fait sept légions et cinquante-deux cohortes. Ces cinquante-deux cohortes seront nécessaires pour la garde de la frontière depuis Mayence jus­qu’à Wesel, ne jugeant pas à propos de confier aux nouveaux Fran­çais du Mont-Tonnerre et de la Roër la défense de cette partie de la frontière. Il reste à savoir si l’on prendra les quatre compagnies de chaque cohorte, ce qui ferait 31,200 hommes, ou simplement les compagnies de grenadiers et de chasseurs, ce qui ferait 15,600 hommes. Dans ce dernier parti, qui me paraît le plus raisonnable, pour ne pas trop charger ces départements, il faudrait créer sept autres légions dans les départements de l’ancienne France qui ne sont pas compris dans votre travail, tels que ceux des Ardennes et de la Champagne, en choisissant les plus à proximité de Wesel et de Mayence. Nous aurions alors 32,000 hommes pour garder Wesel, Venlo, Juliers, Coeverden, Grave, etc., et border la frontière.

J’ai levé les gardes nationales pour défendre Cherbourg, Boulogne et Anvers; elles doivent être organisées et armées, et même habil­lées. Ne serait-il pas possible de leur faire demander à venir défendre la frontière du Rhin et du Nord, n’y ayant rien à faire sur les côtes pendant l’hiver? Si ces gardes nationales faisaient volontairement cette demande, je les dirigerais toutes sur Wesel, Utrecht et Gorcum. Faites-moi connaître si ces gardes nationales sont habillées et armées, l’état de leur instruction et leur nombre, et voyez si, dans les circonstances actuelles, on pourrait obtenir cela d’elles.

D’ici au printemps nous aurons de nouvelles gardes nationales et la conscription de 1815. Si cela pouvait donner 15 ou 20,000 hommes, cela serait un bon secours pour Wesel.

 

Mayence, 3 novembre 1813.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Mayence.

Mon Cousin, les quatre régiments de gardes d’honneur seront placés de la manière suivante : le 1er à Worms, surveillant le Rhin depuis Oppenheim jusque vis-à-vis Mannheim; le 2e à Spire, surveillant le Rhin depuis la hauteur de Mannheim jusqu’à Gemersheim; le 3e à Landau, surveillant le Rhin depuis Gemersheim jusqu’à Lauterbourg; le 4e à Strasbourg, surveillant le Rhin depuis Lauterbourg jusqu’à Strasbourg. Donnez des ordres pour que tous les détache­ments qui sont en route se détournent pour rejoindre leurs régi­ments dans leurs emplacements respectifs. Tout ce qui est à l’armée partira aujourd’hui de Mayence pour s’y rendre, et tout ce qui est disponible aux dépôts des quatre régiments s’y rendra directement. Vous donnerez ordre aux colonels de ces régiments de s’y rendre eux-mêmes pour diriger l’instruction et le service de leurs corps.

Il sera attaché à chacun des régiments une batterie d’artillerie à cheval, pour mieux garder le fleuve et se porter partout où il serait nécessaire.

 

Mayence, 3 novembre 1813.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Mayence.

Mou Cousin, donnez ordre au duc de Bellune de se rendre à Strasbourg et d’y prendre le commandement de la frontière depuis Huningue jusqu’à Landau.

Donnez ordre au duc de Raguse de prendre le commandement de la rive gauche du Rhin depuis Coblentz jusqu’à Landau.

Ainsi les trois maréchaux ducs de Tarente, de Raguse et de Bellune se trouveront avoir le commandement supérieur depuis la Hol­lande jusqu’à la Suisse.

Les généraux de division et de brigade commandant les départe­ments des 25e, 26e et 5e divisions milliaires seront continués dans leurs fonctions; mais ils correspondront chacun avec les maréchaux chargés de la surveillance supérieure de cette partie de la frontière.

Le général Dubreton prendra le commandement du 2e corps et correspondra directement avec vous.

 

Mayence, 3 novembre-1813.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Mayence.

Mon Cousin, donnez ordre au 2e corps de cavalerie de repasser le Rhin et de se diriger sur la position qu’il doit occuper. Donnez le même ordre au 1er corps de cavalerie.

Donnez ordre à la vieille Garde à pied de repasser le Rhin et d’être cantonnée cette nuit dans la ville de Mayence.

Donnez ordre au général Walther de passer demain de bonne heure le pont de Mayence, et de se rendre dans ses cantonnements.

Enfin, donnez ordre au général Curial de partir demain avec ses deux divisions, et de se rendre également dans ses cantonnements.

De sorte que demain toute l’armée aura passé le Rhin, hormis le corps du général Bertrand, composé de ses quatre divisions, et le corps du maréchal duc de Trévise, qui prendra position en avant de Kastel.

Le général Durutte portera ce soir son quartier général dans le fort Montebello et y cantonnera sa division. Il fera prendre dans les villages les plus voisins tout ce qui est nécessaire pour se baraquer.

 

Mayence, 3 novembre 1813.

Au général comte Bertrand, commandant le 4e corps de la Grande Armée, à Mayence.

Monsieur le Général Bertrand, mon intention, si j’étais obligé d’évacuer Mayence, est de vous charger avec votre corps de la dé­fense de la place, et, pendant le temps que je serai à Mayence avec l’armée, mon intention est que vous restiez sur la rive droite, comme commandant l’avant-garde de l’armée. Kastel, le fort Monte­bello et le fort Saint-Hilaire seront sous vos ordres.

Je vais monter à cheval pour reconnaître l’emplacement d’un camp retranché entre Hochheim et Biberich. On m’assure qu’il y a une série de hauteurs formant 3,000 toises. Ce serait huit bonnes redoutes à faire, et Biberich et Hochheim à retrancher. Ces huit re­doutes pourraient être faites en huit jours, et alors votre corps, composé de quatre divisions, et qui sera porté de 25 à 30,000 hommes, serait parfaitement en sûreté derrière ce camp, et l’ennemi menacé à chaque instant de voir toute l’armée déboucher par là.

Votre corps se compose de la division Morand, de la division Guilleminot, de la division Semelle et de la division Durutte. Une vingtaine de bataillons qui n’ont pas fait la guerre et que j’ai ici vont vous être envoyés pour compléter les divisions Durutte et Semelle, et plusieurs milliers de conscrits vont être dirigés sur les divisions Morand et Guilleminot.

Faites-moi passer l’organisation actuelle des divisions Semelle et Durutte, et de la division Margaron,  qui doit être supprimée et incorporée dans ces deux divisions.

J’ai ordonné que l’on construise un nouveau pont à Mayence.

Le général Gressot a ordre de prendre le commandement de Kastel et des ouvrages sur la rive droite.

 

Mayence, 3 novembre 1813.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant l’armée de l’Elbe, à Vérone.

Mon Fils, le roi de Naples me mande qu’il sera bientôt à Bologne avec 30,000 hommes. Cette nouvelle vous permettra de vous main­tenir en communication avec Venise, et donnera le temps d’attendre toute l’armée que je forme pour pouvoir reprendre le pays de Venise. Agissez avec le Roi le mieux qu’il vous sera possible; envoyez-lui un commissaire italien pour assurer la nourriture de sa troupe, et faites-lui toutes les prévenances possibles, afin d’en tirer le meilleur parti, c’est une grande consolation pour moi que, moyennant cette arrivée, je n’aie plus rien à craindre pour l’Italie.

Je vous ai mandé que toutes les troupes italiennes qui étaient en Aragon, en Catalogne et à Rayonne étaient en marche.

 

Mayence, 4 novembre 1813.

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’empire, à Paris

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 1er novembre.

Vous aurez reçu la convocation du Corps législatif pour le 2 dé­cembre. Il faut qu’on prépare au Conseil d’État tout ce qu’on doit y porter, et que les ministres des finances et du trésor préparent leurs comptes. J’espère faire moi-même l’ouverture.

 

Mayence, 4 novembre 1813.

Au baron Marchant, intendant général de la Grande Armée. À Mayence.

Vous verrez, par la lettre ci-jointe, jusqu’où le mal est porté.

Ordonnez donc que les blessés soient transportés au port franc, qui peut en contenir jusqu’à 3,000, et, comme le propose ce négociant, qu’on requière les chaudières des brasseurs pour faire de la soupe, et qu’on en demande à la municipalité. Témoignez mon mécontentement aux chirurgiens et aux médecins, et faites-les rester en perma­nence à l’hôpital. Prenez aussi des mesures pour faire enterrer les morts.

 

Mayence, 6 novembre 1813.

A Madame la comtesse Tyszkiewicz (sœur du prince Poniatowski).

Madame la Comtesse Tyszkiewicz, la perte que nous avons faite est bien grande. Le prince Poniatowski est mort glorieusement après m’avoir rendu de grands services, pour lesquels je l’avais nommé maréchal de France. Vous trouverez toujours près de moi protection et le plus vif intérêt. J’ai ordonné à mon ministre secrétaire d’État de vous expédier le brevet d’une pension de 50,000 francs, et de vous envoyer les brevets et autres marques de satisfaction que j’avais donnés à votre frère.

 

Mayence, 6 novembre 1813.

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’empire, à Paris

Mon Cousin, j’ai reçu votre lettre du 3. Ma présence est encore nécessaire ici pour la réorganisation de mon armée. Aussitôt que les affaires me permettront de m’éloigner, je me rendrai à Paris.

 

Mayence, 6 novembre 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, faites-moi connaître la situation des dix brigades de cavalerie de l’armée d’Espagne au 1er novembre. Puis-je compter au 1er décembre sur 16,000 chevaux ? Il serait pos­sible que j’en retirasse des Pyrénées pour les reporter sur l’Italie et le Rhin, attendu que, ne voulant pas faire la guerre offensive en Espagne, et renforçant de beaucoup l’infanterie de cette armée, la cavalerie y devient à peu près inutile.

 

Mayence, 6 novembre 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je vous renvoie le plan de Genève. Ce n’est que l’année prochaine qu’on pourra faire les nouveaux travaux. L’important actuellement est de rétablir l’enceinte, les pont-levis, les barrières et d’armer la place. Y a-t-il des canons ? S’il n’y en a pas, envoyez-en sur-le-champ de Grenoble, et faites qu’au 1er décembre cette place puisse se défendre.

 

Mayence, 6 novembre 1813.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Mayence.

Mon Cousin, donnez ordre qu’il parte aujourd’hui un général du génie et un général d’artillerie pour se rendre à Cologne, auprès du duc de Tarente, et prendre le commandement de l’artillerie et des places depuis Zwolle jusqu’à Coblentz.

Donnez ordre qu’il se rende également un général du génie et un général d’artillerie à Strasbourg, près du duc de Bellune.

Le général Pernety et un général du génie seront près du duc de Raguse, à Mayence.

 

Mayence, 6 novembre 1813.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Mayence.

Mon Cousin, donnez ordre au 2e corps de cavalerie, que com­mande le général Sébastiani, de se rendre à Cologne, où il sera sous les ordres du duc de Tarente et surveillera le Rhin jusqu’à Wesel.

Donnez ordre au général Sorbier de fournir une batterie d’artillerie légère au 2e corps de cavalerie et de la diriger sur Cologne.

Donnez ordre au duc de Padoue de se rendre à Coblentz, et de surveiller le Rhin depuis Bingen jusqu’à Coblentz ; il sera sous les ordres du duc de Raguse.

Établissez entre Adenau et Bonn la ligne de démarcation qui doit séparer le commandement de Cologne de celui de Mayence.

Donnez ordre au général commandant le 1er corps de cavalerie d’envoyer des piquets pour éclairer le Rhin depuis Mayence jusqu’à Bingen. Cette cavalerie sera à Bingen sous les ordres d’un général de brigade qu’il y enverra et qui correspondra avec le duc de Raguse.

Donnez ordre au général Sorbier d’envoyer une batterie d’artil­lerie légère au 3e corps de cavalerie que commande le duc de Padoue. Donnez-lui ordre également d’envoyer une batterie d’artillerie légère au 1er corps de cavalerie. Cette batterie se tiendra à Bingen, sous les ordres du général de brigade qui sera chargé de surveiller celle i partie de la rive.

Écrivez au duc de Tarente que le 11e corps, qui est à Bingen, va se réorganiser, recevoir son artillerie, et se rendre à Cologne avec le 2e corps de cavalerie.

 

Mayence, 7 novembre 1813.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Mayence.

Mon Cousin, je pars cette nuit pour Paris.

Mon intention est que vous vous rendiez demain à Bingen, et que vous passiez successivement la revue de tous les corps pour nomme à toutes les places vacantes, et faire tout ce qui est nécessaire pour mettre de l’ordre dans ces corps.

Vous vous rendrez après cela à Strasbourg; vous y verrez les gardes nationales, et tout ce qu’il y a à faire pour défendre cette frontière.

De là vous me rejoindrez à Paris.

  1. S. Vous m’écrirez tous les jours.

 

Mayence, 7 novembre 1813.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Mayence.

Mon  Cousin, donnez ordre aux généraux qui commandent les 5e, 6e et 2e corps d’armée, le 3e, le 1er et le 5e corps de cavalerie, au général Bertrand, ainsi qu’aux généraux qui commandent la division et la place, de prendre dès demain les ordres du maréchal duc de Raguse.

Donnez de même l’ordre au général Sorbier, au général Rogniat, à l’intendant Marchant et à l’ordonnateur des subsistances, de travailler avec le duc de Raguse pendant tout le temps que je ne serai pas à Mayence.

 

Mayence, 7 novembre 1813.

Au capitaine Caraman, officier d’ordonnance de l’Empereur, à Mayence.

Monsieur l’Officier d’ordonnance Caraman, rendez-vous à Grave, Juliers, Venlo et Gorcum, et faites-moi connaître la situation de ces places, sous le point de vue des fortifications, de l’armement et des magasins de vivres. Vous m’écrirez de chaque place. De là, vous vous rendrez à Deventer. Vous irez ensuite passer chez vous quelques jours pour arranger vos affaires. Après cela, vous irez visiter Naarden, Amsterdam, le Helder, et vous viendrez, par Anvers et Flessingue, me rejoindre. Vous m’écrirez de chacune de ces places.

 

Saint-Cloud, 10 novembre 1813.

Au maréchal Moncey, duc de Conegliano, à Paris

Mon Cousin, comme vous connaissez parfaitement la frontière d’Espagne, qui est actuellement le théâtre de la guerre, je vous prie de vous rendre chez le ministre de la guerre, de bien méditer la position sur la plus grande carte qu’on pourra trouver. Si cela est nécessaire, faites-en faire un croquis, et lorsque vous serez parfai­tement au fait de la situation des choses, vous viendrez me le faire connaître et conférer avec moi sur les ordres qu’il convient de donner.

 

Saint-Cloud, 10 novembre 1813, onze heures du soir.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, j’ai lu avec attention voire rapport du 7 novembre. Le directeur de la conscription promet 150,000 hommes au lieu de 120,000. Je désire que ces 150,000 hommes soient distri­bués de la manière suivante, savoir : conscription de 150,000 hom­mes, qui se lève actuellement, 25,000 hommes en Italie, 20,000 hommes à la Garde, 8,000 hommes à l’artillerie de ligne, 2,000hom­mes au génie, 95,000 hommes à l’infanterie; total, 150,000 hommes.

Ces 150,000 hommes étant insuffisants, je désire en lever 100,000 autres, lesquels seront prélevés sur les années 1806 et 1807, sur les ans XIII et XIV et sur les réserves. S’il était vrai que les conscrip­tions des années XIII et XIV, évaluées à 000,000 hommes, n’aient fourni que 120,000 hommes, il serait resté 480,000 hommes de disponibles; si cela était, en en ôtant les mariages et les morts, entre les années XIII et XIV, 1806 et 1807, on pourrait prendre les 100,000 hommes que je désire avoir. Ces 100,000 hommes seraient distribués ainsi qu’il suit, savoir : 15,000 hommes à l’armée d’Italie, 3,000 hommes à l’artillerie, 2,000 hommes au génie, 20,000 hommes à la Garde, 60,000 hommes aux dépôts de la Grande Armée; total, 100,000 hommes.

Ces 250,000 hommes m’offriraient donc ce résultat, savoir: 11,000 hommes pour l’artillerie, 4,000 hommes pour le génie, 40,000hommespour la Garde, 40,000 hommes pour l’armée d’Italie, 155,000 hommes pour la Grande Armée; total, 250,000 hommes.

Mais sur les 100,000 hommes qui seraient de nouveau appelés, les départements du Languedoc ne me fourniraient rien. On pour­rait sur ces vingt-quatre départements appeler 25,000 hommes pour l’armée des Pyrénées, ce qui, joint à 30,000 hommes fournis à cette armée, ferait 55,000 hommes; cela porterait le recrutement extra­ordinaire à 125,000 hommes; c’est donc 125,000 hommes qu’il faut de nouveau appeler. Ces 125,000 hommes seraient ainsi répartis : conscription sur les ans XIII, XIV, 1806 et 1807 : 15,000 hommes à l’armée d’Italie, 3,000 hommes à l’artillerie, 2,000 hommes au génie, 20,000 hommes à la Garde, 60,000 hommes aux dépôts de la Grande Armée, 25,000 hommes pour l’année des Pyrénées.

La conscription de 1815 est censée être de 160,000 hommes; je pourrai en appeler 200,000 ; ce qui me produira les 500,000 hommes dont j’ai besoin. Mais pour donner une couleur à cette mesure il faudrait s’exprimer ainsi :

  • 1er. Il sera formé quatre armées de réserve, savoir : une à Bor­deaux, une à Turin, une à Metz et une à Anvers ; chacune de ces années de 100,000 hommes.
  • 2. Indépendamment des hommes mis à la disposition du ministre de la guerre par le sénatus-consulte de tel jour, il est mis à sa dis­position 125,000 hommes sur les conscriptions des années XIII, XIV. 1806 et 1807.

Voilà la base du sénatus-consulte que je vous prie de me porter demain, au conseil privé, rédigé définitivement.

Les 125,000 hommes, anciens conscrits, seraient, comme je l’ai dit plus haut, incorporés avec les 180,000 hommes de la levée de réserve, ce qui ferait un renfort de 305,000 hommes, et les armées de réserve seraient formées avec les 200,000 hommes de la conscription de 1815, savoir : conscription de 1815 : 30,000 hommes à Bordeaux, 30,000 hommes à Turin, 80,000 hommes à Metz, 40,000 hommes à Anvers; 20,000 hommes de cette conscription seraient réservés pour la Garde, le génie, l’artillerie, la cavalerie et les équipages militaires. Cet ensemble paraît satisfaire à tous les besoins.

L’armée des Pyrénées aurait donc reçu 30,000 hommes, qu’elle reçoit actuellement, 25,000 hommes par le nouveau sénatus-consulte, 30,000 hommes sur 1815; total, 85,000 hommes.

L’armée d’Italie aurait reçu 25,000 hommes de la conscription qui se lève actuellement, 15,000 hommes sur les 125,000 des ans XIII, XIV, 30,000 hommes de l’armée de réserve; total, 70,000 hommes.

La Grande Armée aurait reçu 95,000 hommes de la conscription actuelle, 60,000 hommes de la conscription des années XIII à 1807 ; 120,000 hommes des années de réserve de Metz et d’Anvers; total, 275,000 hommes.

La Garde recevrait 50,000 hommes; l’artillerie, le génie, etc., 25,000 hommes; total, 75,000 hommes.

Nous avons suffisamment de cadres pour les 30,000 hommes levés actuellement pour l’armée des Pyrénées; en avons-nous assez pour les 25,000 hommes que je veux lui donner sur les ans XIII, XIV, 1806 et 1807 ? Avons-nous assez de cadres pour contenir les 30,000 hommes que je donne à la réserve de Bordeaux ?

Y a-t-il assez de cadres pour recevoir les 25,000 hommes que je veux donner à l’armée d’Italie ? Y a-t-il assez de cadres pour les 15,000 hommes des conscriptions des années XIII à 1807 et pour les 30,000 hommes de celle de 1815 que je donne à la réserve de Turin ?

Enfin, y a-t-il assez de cadres pour les 95,000 hommes que je donne à la Grande Armée sur la levée de 150,000 hommes; pour les 60,000 hommes que je lui donne sur la levée des années XIII , etc., et pour les 120,000 hommes des réserves de Metz et d’Anvers ?

Après avoir pourvu aux cadres, il faut pourvoir aux armes; vous y avez pourvu pour ce qui regarde l’armée des Pyrénées. Il faudra pourvoir pour la levée de 125,000 hommes et pour celle des armées de réserve, ce qui fera 300,000 fusils. Vous avez sept mois jusqu’au mois de mai. A 30,000 fusils par mois, vous en aurez 210,000. On éprouve donc le besoin de parer à une consommation de 200,000 fusils. Votre rapport paraît en fournir les moyens.

 

Saint-Cloud, 11 novembre 1813.

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris.

Monsieur le Comte de Montalivet, écrivez à la Grande-Duchesse que je trouve fort ridicule qu’elle fasse arrêter les personnes qui refusent à faire partie des députations qu’on envoie à Paris; qu’il y a bien de la gaucherie dans tout cela; que ce n’est pas ainsi que l’on gouverne, et que ces actes arbitraires ne peuvent qu’augmenter le mécontentement; qu’au surplus je n’ai pas besoin de députations des Toscans, et qu’il serait honteux de me faire voir ici des gens qui y viendraient malgré eux et sous peine de prison. Témoignez donc mon mécontentement à la Grande-Duchesse, et faites-lui connaître que je désire que cela n’arrive plus désormais.

 

Saint-Cloud, 11 novembre 1813.

Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police général, à Paris.

Monsieur le Duc de Rovigo, vous avez eu grand fort de faire signi­fier aux conseillers d’État et sénateurs de Toscane qu’ils devaient se rendre à Paris; vous n’y étiez pas autorisé ; il est ridicule de leur avoir fait faire cette signification par la police. Ainsi ces conseillers d’État et sénateurs vont se considérer comme n’étant plus que des otages ! Si la police se mêlait de moins de choses, elle éviterait bien des inconvénients. En général, vous ne devez pas perdre de vue que tout homme à qui la police fait des insinuations se regarde comme insulté et dès lors comme un homme suspect. Une mesure comme celle-là était de nature à être soumise à la régence, qui aurait par­faitement compris l’inconvénient de cette manière d’agir.

 

Saint-Cloud, 11 novembre 1813.

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Duc Decrès, faites-moi connaître le nombre de marins français qui se trouvent en Hollande. Donnez ordre que quatre chaloupes canonnières, bateaux canonniers ou caïques, se rendent à Wesel pour concourir à la défense de la place. Donnez ordre que quatre ou cinq chaloupes canonnières se rendent à Gorcum pour assurer le passage. Faites entrer des chaloupes canonnières à Moerdyk, dans la mer de Haarlem et dans le Zuiderzee; qu’il y en ait à l’embouchure de l’Yssel, et que des péniches et des caïques puissent 1 remonter jusqu’à Nimègue, pour nie rendre maître de toute cette partie de la rivière.

Faites connaître à l’amiral Ver Huell que 600,000 hommes sont en mouvement, et que bientôt il y aura 100,000 hommes à Utrecht, mais qu’en attendant il est indispensable qu’il établisse 1,500 hommes au Helder, afin qu’une partie de la garnison de cette place puisse se porter sur Naarden. Recommandez à l’amiral Ver Huell de se con­certer, pour toutes ces mesures, avec le général Molitor. S’il n’y avait pas suffisamment de bateaux canonniers et d’équipages, il fau­drait sur-le-champ y faire passer une partie de ceux que vous avez dans l’Escaut. Dans un pays comme la Hollande, il est important que je sois maître de toutes les eaux. Il faut des chaloupes canon­nières, non-seulement à Gorcum, mais aussi au passage du Waal et en avant d’Utrecht. Je désirerais même avoir à Mayence, pour la défense de la place, deux ou trois petits bateaux canonniers; faites-les venir à Wesel, et on profitera d’une occasion pour les faire venir à Mayence.

 

Saint-Cloud, 11 novembre 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, la place de Gorcum est, dans le moment actuel, de la plus grande importance. Donnez ordre sur-le-champ au général Rampon de s’y rendre avec les 3,000 gardes nationaux qui sont sous ses ordres, et de veiller à l’approvisionne­ment, armement et mise en état de défense de cette place. Ayez soin aussi qu’il y ait un officier du génie, un officier d’artillerie et des canonniers.

Il est de la plus grande importance de faire revenir le régiment allemand, qui autrement va déserter tout entier. Faites-le venir sur-le-champ à Anvers, d’où on le fera filer plus bas.

Mettez également en marche les gardes nationales du Havre et de Cherbourg pour Anvers.  Vous leur ferez connaître que je les ai destinées à la garde de ce chantier important, qui dans ce moment pourrait être menacé. Envoyez ces ordres par courriers extraordinaires, et que ces troupes partent vingt-quatre heures après les avoir reçus.

Écrivez’ au duc de Tarente pour faire connaître que vous envoyez un corps à Gorcum; que vous rappelez le régiment allemand; et qu’il est nécessaire qu’il fixe les yeux sur Deventer et Coeverden; que les troupes que ramène le général Carra Saint-Cyr doivent, en partie, se porter sur Deventer, Delfzyl et l’Yssel ; qu’il leur en donne l’ordre.

Écrivez-lui que 600,000 hommes de la conscription, et pris parmi les hommes de trente ans, sont en mouvement; que déjà de nombreux détachements arrivent aux dépôts et que les armées vont être promptement formées.

Écrivez dans ce sens au duc de Raguse et au duc de Bellune.

Écrivez à l’un et à l’autre que, si des gardes nationaux voulaient s’engager de bonne volonté dans les troupes de ligne, ils sont auto­risés à les y faire admettre.

 

Saint-Cloud, 11 novembre 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, vous avez levé des gardes nationales il y a quinze jours, et tout cela est en mouvement. Cette opération, que l’urgence des circonstances vous a fait établir, doit continuer; mais je ne sais pas s’il convient d’organiser les gardes nationales de la Meuse, des Ardennes, de la Marne, de l’Aube et de l’Aisne, dont vous me parlez par votre lettre du 9 novembre. Je ne sais pas éga­lement s’il convient d’organiser celles du Doubs, du Jura, de l’Ain, de la Côte-d’Or et de Saône-et-Loire. S’il n’y a rien de fait pour cette organisation, conférez auparavant avec moi à cet égard.

Je distingue deux choses : les cohortes urbaines à Besançon et dans les autres places fortes sont bonnes, et ne sont susceptibles d’aucune objection; mais quant aux cohortes dans les départements,
je ne pense pas de même; je crains que cela ne coûte beaucoup d’ar­gent aux départements, et que cela ne les épuise d’hommes, sans aucune utilité pour le service. Je donnerai donc des ordres ultérieurs, après la conférence que vous aurez avec moi sur cet objet.

 

Saint-Cloud, 11 novembre 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, vous aurez reçu du major général les [ordres par lesquels j’ai provisoirement organisé l’armée à Mayence. Le 11e corps est composé de deux divisions : la 31e division, qui est composée de tous les régiments qui faisaient partie du 11e corps, et la 35e, où j’ai placé le 123e, le 124e, le 127e et les trois bataillons suisses. La 31e division est dans ce moment à Cologne; le général Charpentier la commande. La 35e va se réunir à Wesel, sous les ordres du général Brayer. Les deux divisions formant le 11e corps se trouvent sous les ordres du duc de Tarente.  L’état-major du 11e corps est à Cologne. Il est donc nécessaire que vous me remet­tiez sur-le-champ un état de tout ce que les dépôts des régiments peuvent faire partir pour recruter la 31e division. Il est nécessaire aussi que des mesures soient prises pour activer l’armement et l’habillement des 123e, 124e et 127e régiments, et que tout ce que ces corps auraient à Mayence ou ailleurs soit réuni à leurs bataillons de guerre à Wesel. Enfin, il est nécessaire que vous donniez les ordres les plus positifs pour que tout ce que les dépôts des régiments suisses ont de disponible se rende à Wesel.

Le duc de Tarente a aussi sous ses ordres le 2e corps de cavalerie, composé de trois divisions et commandé par le général Sébastiani, qui est à Cologne. Il est également nécessaire que tout ce que les dépôts des régiments de cavalerie de ce corps auraient de disponible à cheval s’achemine sur Cologne.

Il est convenable aussi que tous les isolés qui se trouveraient n’importe en quel lieu, et qui appartiendraient aux régiments qui formaient le 11e corps, rejoignent sans délai leurs régiments à Co­logne.

Le 5e corps formera une seule division, sous les ordres du géné­ral Albert. Cette division est à Bingen; elle va recevoir l’ordre de se rendre à Coblentz. Il est nécessaire que vous me fassiez connaitre ce que les dépôts de ces régiments ont de disponible pour le diriger sur Coblentz, afin de compléter ces régiments, et que tous les isolés qui leur appartiennent, dans quelque lieu qu’ils se trouvent, rejoignent à Coblentz leurs bataillons. L’état-major du 5e corps est con­servé.

J’ai réuni le 3e et le 6e corps sous les ordres du duc de Raguse. Le 6e corps forme une division, le 3e corps en forme une autre ; l’une est commandée par le général Lagrange, l’autre par le général Ricard. J’ai ordonné que l’état-major de ces deux corps n’en forme qu’un seul sous le titre de 6e corps. Le 6e corps reste dans les environs de Mayence. Il faut que tous les bataillons de marine et que tous les hommes disponibles ou isolés des corps qui formaient les 3e et 6e corps partent sans délai pour se rendre à Mayence.

J’ai formé une division de tout ce qui appartient au 2e corps. Elle est du côté de Worms; je l’y laisserai jusqu’à nouvel ordre; mais il est nécessaire que tout ce que les dépôts peuvent envoyer et les hommes isolés rejoignent du côté de Worms. L’état-major du 2e corps reste avec cette division.

Enfin le 4e corps, qui est sous les ordres du général Bertrand, est en avant de Kastel. Il est nécessaire que tous les hommes qu’il y a de disponibles aux dépôts des différents régiments rejoignent à Mayence.

Par ces dispositions, dont vous verrez le détail dans les ordres que j’ai signés à Mayence le 7, je conserve donc le 11e corps, qui sera de deux divisions; le 5e, qui n’a qu’une division, mais auquel j’en fournirai incessamment une deuxième et auquel je donnerai un chef; le 4e corps , qui a quatre divisions qu’il ne s’agit que de com­pléter; le 6e corps, qui a deux divisions, et dans lequel sont réunis le 3e corps et le 6e corps, et le 2e corps, qui n’a encore qu’une divi­sion, mais auquel je fournirai bientôt une deuxième.

Quant à la cavalerie, le 1er corps, qui est à Kreuznach, reste organisé à quatre divisions, comme il était; le 2e corps, qui est dans le commandement du duc de Tarente, reste organisé à trois divi­sions, comme il était; le 3e corps, qui est à Coblentz, sous les ordres du duc de Padoue, reste organisé à trois divisions; enfin le 5e, qui est près de Mayence, sous les ordres du général Milhaud, reste également organisé à trois divisions, comme il était.

Faites-moi dresser un état de l’armée d’après cette nouvelle organisation; qu’une colonne contienne ce qu’il y avait à la revue, au moment de la formation des corps, les 7 et 8 de ce mois, et en outre ce qu’on peut faire partir des dépôts pour les renforcer.

Il est convenable de ne pas éparpiller les troupes. Les gardes nationales et le 128e sont suffisants à Strasbourg. Si les besoins deviennent urgents, j’y enverrai tout le 2e corps. Il faut que tous les détachements appartenant au 18e, et que tous les détachements qui font partie du 2e corps , rejoignent le 2e corps.

Je vois, par votre lettre de ce jour, qu’on a dégarni Genève; je ne conçois pas la nécessité de cette mesure pour envoyer du monde dans le Simplon. Genève est très-important. Je vous ai mandé de faire armer la place.

De tous les dépôts qui ont fourni des bataillons à la formation de la Grande Armée, il faut faire partir tout ce qu’il y a de disponible pour renforcer ces bataillons, et que le bureau du mouvement s’oc­cupe sans délai à faire ce travail.

J’ai envoyé le duc de Valmy à Metz. Donnez-lui connaissance de ces dispositions, pour qu’il donne une direction convenable à tous les isolés et à tout ce qui sort des hôpitaux.

Quant au génie, toutes les compagnies de sapeurs sont revenues. J’ai donné ordre que celles qui auraient perdu leurs caissons les rétablissent sur-le-champ sur les fonds que le génie de la Grande Armée a à sa disposition; et, comme deux compagnies du train du génie sont enfermées dans Torgau, j’ai ordonné que la 6e compa­gnie revenant d’Erfurt, et qui est à Mayence, se complétât sur-le-champ. Elle a laissé la moitié de ses voitures à Erfurt.

Vous aurez vu par mes ordres du 7 (et le bureau de l’artillerie pourra faire appeler mon premier officier d’ordonnance Gourgaud, qui a tous les renseignements à cet égard) que j’ai ordonné qu’on réorganisât quatre cents bouches à feu; et, comme il y a 3,000 che­vaux, une partie de cette artillerie doit déjà être réorganisée et se diriger sur différents corps. Je pense qu’il sera convenable d’achever celte organisation pour le reste à Metz. Faites-moi un rapport là-dessus. Ces quatre cents bouches à feu ne sont pas suffisantes; il fau­dra en organiser deux cents autres du côté de l’Escaut et dans l’in­térieur.

La Garde a réorganisé cinquante-huit bouches à feu en bon état et bien approvisionnées. Le reste s’est dirigé sur Metz. L’organisa­tion de l’artillerie de la Garde sera, comme la précédente, de cent quatre-vingt-seize bouches à feu.

 

Saint-Cloud, 12 novembre 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Il est nécessaire de commencer l’armement de Metz et de Luxem­bourg; il suffira que ces places soient armées an tiers. Mais il ne se trouve plus de poudre dans ces deux places; il est nécessaire qu’il y en ait une quantité raisonnable, afin que le public ne puisse avoir d’alarme à cet égard. Il faut que les bureaux du génie et de l’ar­tillerie se concertent, et que vous me remettiez un projet d’arme­ment, sur ces principes, pour Metz et Luxembourg, ainsi que pour Thionville et Phalsbourg.