Correspondance de Napoléon – Avril 1805

Lyon, 13 avril 1805

A M. Talleyrand

Monsieur Talleyrand, j’ai reçu un courrier de Madrid. Le général Junot paraît content du prince de la Paix. Le roi d’Espagne m’a écrit une lettre pour m’offrir, et aux princes de ma Maison, l’ordre de la Toison d’or; comme cela ne presse pas beaucoup à présent, j’attendrai pour avoir des explications plus amples sur cela. Par toutes les nouvelles de Cadix, il paraît que j’y ai 6 vaisseaux prêts. Au reste, je compte actuellement que mon escadre de Toulon est arrivée devant cette baie.

L’escadre de Rochefort est arrivée en trente-huit jours devant la Dominique, a débarqué le jour même et s’est emparée de toute l’île. Le général anglais Prevost s’était retiré avec 400 hommes dans un petit fort situé au nord de l’île , près l’anse Rupert. Sainte-Lucie parait aussi être prise. On avait à Londres de vives alarmes pour un gros convoi destiné pour la Barbade. Toutes ces nouvelles, je ne les ai apprises que par les journaux anglais.

Je suis satisfait des Lyonnais, comme de tous les pays que j’ai traversés. J’imagine que vous avez mandé à Trieste, à Livourne, à Gênes, en Sicile, à Raguse, à Venise, ainsi qu’à Munich, à Vienne et à Salzburg, de vous écrire directement à Milan. Je n’ai pas encore lu toutes les dépêches de votre dernier portefeuille; je n’y vois, rien, du reste, de très-important.

 

Lyon, 13 avril 1805

Au prince Murat

J’ai reçu vos différents rapports sur la situation de Paris. Le général Marmont m’avait envoyé un courrier qui m’avait appris l’heureuse réussite de l’expédition du général Lagrange (Joseph Lagrange, 1763-1836). Il n’en est pas moins nécessaire que vous vous fassiez rendre compte des nouvelles que le commerce débiterait sur ces événements, car la suite de ces événements nous viendra encore par l’Angleterre. J’ai traversé aujourd’hui en grande pompe la ville de Lyon pour aller visiter les manufactures. Le commerce s’est beaucoup accru, et, sous tous les points de vue, je suis fort content de cette seconde ville de la France.

 

Lyon, 13 avril 1805

Au général Pino, ministre de la guerre du royaume d’Italie

Je reçois votre courrier avec les renseignements que vous me donnez sur Venise, qu’il n’y à aucune espèce de probabilité de guerre (les nouvelles assurances que j’ai reçues de l’empereur d’Allemagne me portent à le penser), et, sans même ces déclarations, il n’entre pas dans le sens que la Maison d’Autriche veuille se compromettre sans avoir rien à espérer et tout à perdre. Il y a longtemps que j’étais instruit des divisions qui existaient dans la famille impériale, et du désir qu’avait l’empereur de voir le prince Charles chargé d’une seule partie, de la guerre; cela ne tient à aucune disposition politique. J’approuve cependant l’envoi que vous avez fait d’hommes sûrs à Venise. Il faut en envoyer un à Laybach pour parcourir la Dalmatie et la Carniole, et un autre parcourir la Styrie et la Carinthie. Mes ministres dans les différentes cours ont eu ordre de me tenir instruit de tous ces mouvements. Il est impossible d’ailleurs que l’Autriche commence la guerre que trois mois après que son humeur serait démasquée. L’achat de chevaux d’artillerie, le grand mouvement dans ses trains, ses parcs , seraient un indice certain de guerre et qui paraîtrait bien avant où ses coups pourraient se porter.

Les mouvements qui ont lieu aux Grandes Indes, et qui viennent d’obliger l’Angleterre d’y expédier lord Cornwallis avec plusieurs régiments, la maladie épidémique de Gibraltar, la nécessité où ils sont d’envoyer 8 ou 10,000 hommes pour garantir la Jamaïque et leurs îles sous le Vent, que les croiseurs de la Martinique et une de mes escadres menacent, et enfin la crainte du débarquement qu’ils ont, les mettraient hors d’état de donner des secours efficaces à la Maison d’Autriche que par quelques sommes d’argent. Le général de division Lagrange vient de s’emparer de la Dominique et de Sainte-Lucie. Il a fait toutes les troupes anglaises prisonnières; il s’est emparé du fort du Roseau dès le premier jour de son débarquement.

Mon escadre de Toulon, qui est sortie depuis quinze jours avec 10,000 hommes à bord, va renouveler leurs inquiétudes et les obligera à garnir les îles et possessions lointaines qu’ils jugeraient trop faibles pour résister à une attaque.

Je partirai de Lyon mardi, et dans le courant de la semaine je serai au delà des Alpes.

Il faut que toutes les directions qui seront données à Milan tendent à calmer sur la crainte tout à fait mal fondée de la guerre, et à faire envisager les camps que je fais à Marengo et à Castiglione comme de simples camps de parade.

 

Lyon, 13 avril 1805

Au vice-amiral Decrès

Monsieur Decrès, l’escadre de l’amiral Cochrane était devant Lisbonne le 4 mars. Elle a dû d’abord aller au cap Vert, et perdre un jour pour envoyer à terre et prendre langue au port. L’amiral Missiessy est trop habile pour s’être laissé voir de ces îles. Si donc l’amiral anglais ne trouve pas là des renseignements, il ira à Madère; et si à Madère il ne trouve point de renseignements, il ira aux Grandes Indes; c’est tout ce qu’un amiral et un officier général sensé doit faire dans sa position. La saison, la circonstance, tout indique que l’escadre de Missiessy est destinée pour les Indes orientales. Si l’amiral Cochrane reçoit des renseignements et va à la Martinique, il doit d’abord, s’il est sage, atterrir sur Surinam. Je pense donc qu’il n’arrivera devant la Martinique que du ler au 10 avril; s’il en est autrement, l’amiral anglais ne sait pas son métier; car une fois certain que Missiessy va en Amérique, rien ne peut lui prouver que sa destination n’est point pour Surinam. Nous étions maîtres de l’île au 22 février; j’espère être maître de la mer quarante-cinq à cinquante jours. L’amiral Cochrane n’a point de troupes à bord. Je ne puis mettre en doute que les petits forts de la baie du Prince-Rupert ne soient soumis. Le général Lagrange a 3,000 hommes. L’amiral anglais ne se hasardera point à débarquer les troupes qui sont à la Barbade pour reconquérir la Dominique; il attendra le secours de Londres : d’ailleurs, l’île ne lui importe pas; son affaire est de suivre l’escadre française. Il ira à la Jamaïque, et de là à Terre-Neuve, et les Anglais tiendront les mers de la Martinique avec deux seuls vaisseaux et quelques frégates. Les Anglais vont expédier 5 à 6,000 hommes à la Barbade; ils n’étaient point partis au 5 avril; ils ne seront point arrivés avant le 15 mai; le général Lagrange ne sera point attaqué avant le ler juin; il aura donc eu trois mois pour se préparer à la défense. Mais les Anglais attaqueront-ils au mois de juin, au milieu de la saison des fièvres ? Je ne le pense pas; ils n’ont pas de troupes. Il paraît qu’ils envoient décidément 5 à 6,000 hommes aux Grandes Indes avec Cornwallis. Mon opinion est qu’ils enverront 3,000 hommes à la Barbade et 3,000 à la Jamaïque, et que le gouverneur général de la Barbade aura l’autorisation de réattaquer au mois d’octobre, s’il le juge convenable. L’amiral Villeneuve est parti le ler avril; il sera le 15 mai à la Martinique. En cas de nécessité, il peut y débarquer plus de 5,000 hommes, compris les Espagnols; il a de 18 à 20 vaisseaux de guerre; l’escadre anglaise ne sera pas forte de la moitié. Si Sainte-Lucie n’est pas prise, il la prendra, et ces quatre îles se trouveront dans un parfait état de défense. Si l’amiral Ganteaume y arrive, il peut y débarquer, si cela est nécessaire, plus de 5,000 hommes. Dans cet état de choses, je penserais qu’il faiudrait faire partir le général Magon; sa mission aurait deux buts : l° prévenir l’amiral Villeneuve qu’au moment de son départ l’amiral Ganteaume n’était point encore parti, mais était en appareillage; 2° renforcer l’escadre du général Villeneuve, et lui porter l’ordre d’attaquer une autre île anglaise, s’il jugeait en avoir le temps.

Un autre but qu’aurait l’envoi du général Magon serait que si, par des événements qui ne sont pas calculables, l’amiral Villeneuve n’arrivait pas, il pût jeter ses 800 hommes dans les îles et même se rétablir maître de la mer pendant une quinzaine de jours, si les Anglais n’y avaient qu’un vaisseau. Ainsi si l’on suppose que l’amiral Villeneuve doive arriver à la Martinique, il n’y a aucun inconvénient à faire partir sur-le-champ le général Magon. Si l’on suppose que le général Villeneuve ne doive point arriver, il est nécessaire de faire partir le général Magon pour porter secours à nos trois îles, puisque des secours y sont nécessaires dès le moment qu’on a pris la Dominique. Enfin je pense que les frégates la Didon et la Cybèledoivent être prêtes à partir pour porter 300 hommes de troupes, si l’amiral Villeneuve n’arrive point à la Martinique , ou pour porter d’autres instructions à l’amiral Villeneuve , lorsqu’il sera décidé que l’amiral Ganteaume ne part point, et que nous aurons, cependant des nouvelles de nos flottes de Cadix et du nombre de vaisseaux espagnols qui s’y seront réunis; dès lors, nous saurons ce que nous avons à la Martinique.

Je renonce donc à l’expédition de la Perse; j’y ai envoyé deux ministres par terre. D’ailleurs, 2 frégates me sont trop nécessaires, puisque l’escadre de Brest n’en a que 5. Quant à la frégate le Président, il faut qu’elle soit prête à partir aussi. Si l’amiral Villeneuve est arrêté en chemin et n’arrive point à la Martinique, cette frégate partira avec la Cybèle et la Didon pour porter 150 hommes de plus. Si, au contraire, l’amiral Villeneuve arrive, et que la Cybèle et la Didon partent sans troupes et pour porter des ordres, la frégate le Président sera en réserve pour en porter après. J’ai reçu beaucoup de lettres d’hommes que j’entretiens à Londres; leur opinion est que, si j’avais 6,000 hommes dans le golfe de Cambaye, les Anglais seraient dans un péril imminent.

Quant aux instructions à donner à l’amiral Villeneuve par les frégates la Cybèle et la Didon, dans le cas que l’amiral Ganteaume ne pût pas partir, on ne peut fixer ses idées que lorsqu’on saura de combien de vaisseaux se compose l’escadre de l’amiral Villeneuve. Voilà quatorze jours qu’elle est partie; je la suppose bien près du détroit.

En résumé, il faut aujourd’hui faire partir le contre-amiral Magon le plus tôt possible; qu’il porte 800 hommes, et, s’il est possible, sans que cela le retarde, il faut lui confier une flûte chargée de vivres, ne fût-ce même que de farine. Comme le général Magon sera instruit de ce qui se passe sur le théâtre où il va, il aura soin d’aborder avec précaution la Guadeloupe ou sur tout autre point que vous jugerez le plus convenable, afin qu’il puisse être informé de ce qui se passe. Donnez aussi l’ordre au général Magon de faire remplir ses soutes de poudre; il serait possible que le fort Rupert en coûtât une certaine quantité, quoiqu’il soit probable que le général Lagrange en aura trouvé au fort du Roseau suffisamment pour le siège. Cependant cette précaution n’est pas inutile.

Quant aux lettres que le général Magon doit porter au général Villeneuve, vous lui direz que voilà tant de jours écoulés depuis son départ, et que Ganteaume n’a pu encore partir; qu’il est sorti plusieurs fois, qu’il est en très-bon état, et qu’il y a lieu d’espérer qu’au premier coup de vent il sera dehors; qu’il ne doit pas s’impatienter; il doit regarder ces dix-huit jours, dans ses instructions, comme non avenus, et se concerter avec le général Lauriston et les différents capitaines généraux pour faire tout le mal possible à l’ennemi pendant le temps qu’ils seront maîtres de la mer, sans cependant s’éloigner assez pour que l’amiral Ganteaume, arrivant, fût obligé d’attendre longtemps pour se réunir; que je ne doute pas que Sainte-Lucie ne soit à nous.

Vous trouverez ci-joint une lettre adressée au ministre de la guerre; vous la remettrez à celui qui est chargé d’expédier les ordres au ministre de la guerre, et vous vous chargerez d’en faire transmettre le résultat à Rochefort.

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Comment arrive-t-il que la Topaze ne soit pas encore rendue Rochefort ? Elle pourrait être très-utile à l’escadre du contre-amiral Magon.

Cette lettre est déjà bien longue. Je viens de traverser la ville Lyon en grande pompe pour aller voir les manufactures, ce qui ne m’a pas empêché de songer à nos affaires. Cette idée m’est venue, dont vous pourrez toujours instruire l’amiral Villeneuve par l’amiral Magon, en lui annonçant que 3 frégates et 3 bricks, prêts à partir lui porteront définitivement des nouvelles de l’amiral Ganteaume; que si, cependant, rien de tout cela n’arrivait, et qu’il jugeât son retour imminent, mon intention est, s’il a sous son commandement au moins 20 vaisseaux de ligne, compris les espagnols, qu’il vienne au Ferrol, où il trouvera certainement 15 vaisseaux français et espagnols; et, avec ces 35 vaisseaux, qu’il se présente devant Brest, où, sans entrer, il sera joint par l’amiral Ganteaume; et, avec les 56 vaisseaux que lui formera cette jonction, qu’il entre dans le canal; mais qu’il doit attendre à la Martinique plus de temps que ne le portent ses instructions, parce que voilà vingt jours qui sûrement sont perdus. Comme cette dépêche est de la plus grande importance, j’ai dû l’écrire moi-même : vous la trouverez ci-jointe, faites-la partir immédiatement pour Rochefort.

 

Lyon, 14 avril 1805

Au vice-amiral Villeneuve

Monsieur le Vice-Amiral Villeneuve, vous devez être arrivé à l’île de la Martinique avec 12 de nos vaisseaux et au moins 6 vaisseaux du roi d’Espagne; le contre-amiral Magon vous en amène 2. Notre intention est que si, trente-cinq jours après l’arrivée du contre-amiral Magon, vous n’aviez aucune nouvelle de l’amiral Ganteaume, que vu devrez supposer retenu par les circonstances du temps et le blocus de l’ennemi, vous opériez votre retour directement par le plus court chemin sur le Ferrol. Vous y trouverez 15 vaisseaux français et espagnols, qui porteront votre escadre à 35 vaisseaux. Avec cette force, vous vous présenterez devant Brest, y opérerez jonction avec les 21 vaisseaux que commande l’amiral Ganteaume, sans entrer dans le port, et, avec cette armée navale, vous entrerez dans la Manche et vous présenterez devant Boulogne. Dans cette circonstance, notre intention est que vous ayez le commandement de toute l’armée navale.

Nous chargeons notre ministre de vous développer en détail nos intentions, ainsi que de vous instruire de ce que vous devez faire pour nous assurer la possession de nos îles de la Martinique, de la Guadeloupe, de Sainte-Lucie et de la Dominique, et pour y joindre encore d’autres possessions; ce que vous pourrez d’autant mieux exécuter, que vous serez prévenu, huit jours d’avance, de l’arrivée de l’amiral Ganteaume, si cet amiral vous joint, par un brick qu’il doit vous expédier, et qui, selon toute probabilité, doit gagner huit jours de marche sur l’escadre. Vous vous concerterez avec les généraux Lauriston et Lagrange, tant sur ce que vous devez faire pendant le temps que vous séjournerez aux îles sous le Vent, que sur le nombre de troupes que vous devez y laisser pour la sûreté de nos nouvelles possessions. Des frégates partiront successivement pour vous instruire des mouvements de la rade de Brest. Nous espérons cependant que le beau temps ne continuera pas, et qu’un coup de vent mettra enfin l’amiral Ganteaume à même d’appareiller.

 

Lyon, 14 avril 1805

A M. Cambacérès

Mon Cousin, je vous envoie plusieurs projets de décrets que demandent les fabriques de Lyon. Je vous prie de les faire passer au Conseil d’État sans changements, ou en m’envoyant son opinion sur chaque article. Le premier est relatif à un dépôt de l’entrepôt de Marseille que demandent les Lyonnais; le second, à l’institution d’un conseil de prud’hommes, et, par suite, à plusieurs organisations pour la police des ouvriers : ces deux projets sont particuliers à la ville de Lyon. Le troisième est relatif aux tissus or et argent, et a pour but d’empêcher qu’on ne puisse abuser de la confiance publique. Le quatrième est relatif à une demande du conseil général des hôpitaux de Lyon de poursuivre ses affaires devant les tribunaux de cette ville, sans avoir besoin de l’intervention du conseil de préfecture, ce qui met de la lenteur dans les affaires et les fait rester en souffrance. Ordonnez d’abord que ces projets soient imprimés tels qu’ils sont proposés; car il n’est pas juste que, sur la première idée d’un vain bavardage, on dérange les demandes de toute une fabrique. Suivez vous-même la discussion, et veillez à ce que, dans le projet qui sera soumis, il n’y ait de changé que ce qu’il sera raisonnable.

 

Lyon, 15 avril 1805

A M. Cambacérès

Mon Cousin, j’ai été hier entendre la messe de Pâques dans la cathédrale de Lyon, en très-grande cérémonie. Le soir, j’ai assisté à une très-belle fête, dans le genre de celle des maréchaux. Je pars demain pour Chambéry. Je serai vendredi à Stupinigi.

 

Lyon, 15 avril 1805

A M. Cambacérès

Mon Cousin, je vous envoie un rapport très-important qui m’est fait par le ministre de la police. J’ai donné ordre qu’on arrêtât tous les prévenus, qu’on mît des inscriptions sur leurs biens et le séquestre sur leurs magasins. Je désire savoir quelle loi les condamne et ce qu’il y a à faire pour les mettre en jugement. Ces affaires sont d’une extrême importance. Ces messieurs faisaient la contrebande presque publiquement.

 

Lyon, 15 avril 1805

A M. Lebrun

Mon Cousin, je vous envoie une demande qui m’est adressées par  les artistes logés au Louvre. Je désire que vous les fassiez venir et que vous leur disiez que mon intention n’est point de leur faire du tort, mais que je suis inflexible sur ce principe, que je ne veux au Louvre ni cheminée ni poêle. Je vous autorise à régler l’indemnité qu’il est juste de leur accorder selon leur âge et leurs services, et je signerai le travail que vous me présenterez sur cet objet.

 

Lyon, 15 avril 1805

A M. Fouché

Les journaux parlent longuement de rumeurs existant dans leurs imaginations ou dans les instructions du cabinet anglais, qui veut inquiéter l’Europe. Prenez des mesures pour qu’on ne parle plus dans aucun journal de ….. Esménard montre ce qu’il ferait s’il pouvait se livrer à son essor malveillant. Veillez-le, supprimez-le à la moindre faute. Faites visiter les papiers des Polonais agents de la Russie. Veillez de près le général Masserano, s’il s’éloigne trop du Gouvernement. Dites-lui qu’il tient de mauvais propos; que l’Empereur le sait et n’est point endurant; que son ambassade sera courte; le lui dire dans un dîner, avec le ton de la bienveillance plutôt que de la malveillance.

Je désire connaître quel est celui qui se sert de mon nom pour faire de mauvaises plaisanteries. Faites-moi connaître quelle est l’intrigue qui a fait mettre Flachat en liberté.

 

Lyon, 16 avril 1805

A M. Marescalchi

Il faut empêcher le bavardage du baron de Moll. Faites-lui dire verbalement qu’il ne peut en avoir ici (de passeports – voir ci-dessous); ce n’est pas vous, mais la police qui peut les lui délivrer; qu’ayant été instruit de sa conduite à Milan, des bruits ridicules, alarmants, faux . . . . . . ; que, si la guerre avait lieu, ce sera plutôt aux Autrichiens à avoir peur qu’à vous; que je désire donc qu’il s’en aille le plus tôt possible et ne revienne plus à Milan, mon intention n’étant pas de l’y savoir. Moquez-vous de ces vains bruits : en parlant de ce qui arriverait par la guerre, dites que ce qu’il y a de plus clair, c’est que Venise serait réunie à l’Italie.

 

Lyon, 16 avril 1805

A M. Talleyrand

Un baron de Moll, espèce d’agent secret de l’Autriche à Milan, commissaire pour la suite de l’affaire, de la falsification des billets de la banque de Vienne, a répandu beaucoup de mauvais propos et a demandé ses passe-ports à la chancellerie de Milan; on les lui a refusés, et on l’a renvoyé à la police, qui peut seule les lui donner. Écrivez-en à M. de la Rochefoucauld par un courrier extraordinaire, et dites-lui de porter plainte sur la conduite de ce commissaire et de presser pour qu’on donne des explications. Il peut même parler haut et faire comprendre que, si la cour de Vienne reste incertaine sur ces événements et veut nous laisser croire qu’elle veut la guerre, soit par l’absence de son ambassadeur près de moi, soit par les propos et les confidences du baron de Moll aux membres de la Consulte, il faudra bien que je ne donne pas le temps aux troupes autrichiennes de se réunir aux Russes et de marcher. Il dira à M. de Cobenzl qu’il est essentiel pour son cabinet de se prononcer et de faire disparaître tous les doutes; que, quant à moi, je ne veux pas la guerre, mais que j’aime mieux la faire plus tôt que plus tard; qu’il doit donc s’expliquer. M. de la Rochefoucauld ne passera aucune note, ne tiendra d’abord aucun discours, mais se bornera à dire que l’échange journalier des courriers avec Pétersbourg et l’absence de M. Philippe de Cobenzl, qui s’en va en Hollande, en font trop entendre. Il attendra deux jours, après lesquels il demandera une conférence, dira qu’il a ordre de renvoyer son courrier, qu’il veut savoir ce qu’il doit répondre, et que le canal de l’ambassadeur est un moyen fort long, puisqu’il est en Hollande.

 

Lyon, 16 avril 1805

Au maréchal Berthier

Vous ne m’avez pas assez instruit de la manière dont était organisé votre ministère. Mes ordres en éprouvent un très-grand retard. Donnez ordre au général commandant la 8e division militaire de faire partir les deux bataillons du 8e léger pour Gênes, les deux bataillons du 67e pour Nice. Un de ces bataillons fournira deux compagnies complétées à 60 hommes chaque, qui se rendront aux îles d’Hyères. Une compagnie du même bataillon, de 60 hommes, tiendra garnison à l’île Sainte-Marguerite. Le 3e bataillon du 16e de ligne tiendra garnison au fort Lamalgue. Tout le 2e de ligne sera réuni pour le service de Toulon. La légion hanovrienne à pied sera toute réunie à Aix; des détachements seront envoyés à Saint-Maxi min, Brignoles, et dans toutes les villes de l’intérieur où il y aurait besoin de police. Le général commandant la division peut disposer de deux escadrons du 24e de chasseurs, qui doit être arrivé à Avignon, pour faire des patrouilles sur les côtes. Je ne pense pas cependant que cela soit nécessaire, vu que le départ de l’escadre de Toulon nécessitera le départ de l’escadre anglaise. Je n’ai point besoin de troupes dans Marseille.

Les garde-côtes, si véritablement les compagnies sont aussi nombreuses qu’elles sont portées dans les revues et sur les états de la trésorerie, doivent garantir la côte de toute insulte. Je vous ai déjà donné l’ordre de faire passer le 9e de ligne, qui est à Sion, à Côme, dans le Milanais, où on en disposera selon les circonstances.

 

Lyon, 16 avril 1805

Au vice-amiral Decrès

Je ne veux entendre à aucune espèce d’échange; gardez vos prisonniers et laissez en Angleterre ceux que nous y avons; dans ces circonstances surtout, cela est fort inutile.

Il doit y avoir au Havre le bataillon du 31e léger peur le service de la place et de l’arsenal. Comment est-il possible que des chaloupes canonnières et des bateaux canonniers soient encore à Granville ? J’avais ordonné que tout ce qui était au delà de Granville fût désarmé. Je désire que vous les pressiez. Il y a encore des temps brumeux et des vents favorables pour partir de Granville, Cherbourg et le Havre.

 

Lyon, 16 avril 1805

A M. Fouché

J’ai reçu votre rapport sur la contrebande, du 21 germinal. J’attache à cet objet la plus grande importance. Je vois que vous n’avez ordonné l’arrestation que des trois ou quatre principaux coupables. Faites arrêter tous les prévenus, et faites mettre le séquestre sur leurs biens et des inscriptions sur leurs maisons. Je me fais faire un rapport sur la manière dont cette affaire doit être traitée.

Faites lancer un mandat d’arrêt contre le chef de bureau que vous êtes autorisé à croire l’auteur d’un agiotage sur la conscription. Faites-le conduire à Paris pour y être interrogé. Je fais donner l’ordre à M. d’Herbouville de se rendre à son poste dans les vingt-quatre heures.

J’ai reçu la note des papiers du général Moreau. Une partie est déposée à mon cabinet topographique; l’autre partie, qui est restée entre vos mains, doit y être également déposée.

 

Chambéry, 17 avril 1805

A M. Champagny

Monsieur Champagny, Ministre de l’intérieur, il y a cinq couvents à la disposition de la guerre. Je désirerais savoir si on pourrait les vendre, et, en les vendant, ce qu’ils pourraient produire. Les sommes qui en proviendraient, mon intention serait de les employer à achever la caserne que l’on a commencée et qui peut contenir 3,000 hommes. Mon dessein n’était point qu’elle fût conduite à Chambéry, mais au pied du mont Cenis : ce n’est qu’aujourd’hui que je m’aperçois que mon intention n’a pas été suivie. Mais, comme le tiers en est déjà fait, je désire l’achever sans toucher aux sommes que je destine à en construire une au pied du mont Cenis. Il faut aussi examiner ce qu’il y a à dépenser pour remettre en état l’ancien château des ducs de Savoie et y établir la préfecture.

 

Chambéry, 11 avril 1805

A M. Champagny

Monsieur Champagny, je viens de voir que plusieurs écoles secondaires donnent des drapeaux à leurs jeunes gens et des épaulettes de colonel et de capitaine : cela est indécent. Faites connaître aux préfets que les commandants des compagnies doivent porter des galons de sergent, et le commandant en chef, de sergent-major. Ils ne doivent point avoir de drapeaux; ce n’est pas à des enfants, qui n’ont aucun moyen de les défendre, qu’on doit les confier.

Il faut charger le conseiller d’État dirigeant l’instruction publique de prendre des renseignements sur les sacrifices que les villes font pour les écoles secondaires, et m’en faire un rapport. Je n’ai jamais entendu autoriser toutes les villes à faire des dépenses pour les écoles secondaires, et les sacrifices qu’elles doivent faire sont bornés à l’entretien des bâtiments. Mais, pour prendre une décision sur cet objet, il faut connaître la situation générale des choses. Mon idée n’a jamais été que les écoles secondaires puissent rivaliser avec les lycées, et, si chaque département a une ou deux écoles secondaires qui contiennent 2 ou 300 pensionnaires payant 600 francs, nous n’aurons pas l’espoir d’avoir un nombre suffisant de pensionnaires pour les lycées, de manière à diminuer le nombre de pensionnaires que nous y entretenons. Au reste, je désire simplement avoir le tableau de toutes les écoles secondaires de l’Empire, avec le nombre de pensionnaires et le taux des pensions de chacune; ce n’est qu’après cela que je pourrai prendre une détermination positive sur cet objet.

 

Chambéry, 17 avril 1805

A M. Fouché

Le Bulletin de l’Europe est animé d’un mauvais esprit. Je suis étonné cependant de voir là Esménard. Faites-leur dire, pour leur bien, que les temps de la Quotidienne sont passés. Ils n’osent se livrer à leur mauvais génie; on voit qu’ils sont contenus; mais le bout de l’oreille perce. Par exemple, n’ont-ils rien de mieux à dire, en parlant des adresses, sur le bureau topographique ? J’entends que les journaux servent le Gouvernement et non contre. Esménard est homme de mérite, mais Michaud est toujours un mauvais sujet.

 

Modane, 18 avril 1805

A M. Barbé-Marbois

Les Suisses ne touchent point leurs pensions; je n’en vois pas la raison. Plusieurs pensions de Suisses du 18e régiment, qui ont fait toute la guerre avec nous, qui ont leurs brevets en règle, ne sont pas payées. Cette partie devient très-urgente. Faites rechercher à la guerre toutes les pièces, et m’en faites un rapport, afin que je fasse payer aux Suisses qui ont leurs brevets en règle leurs pensions.

 

Modane, 11 avril 1805

A M. Cambacérès

Je suis à Modane, dans un très-petit village. Je passerai demain le mont Cenis. Nous sommes tous très-bien portants. J’ai été fort content du département du Mont-Blanc et de Chambéry.

 

Modane, 18 avril 1805

Au maréchal Berthier

Je vous avais ordonné de faire construire une caserne à Lans-le- Bourg; cependant je vois que rien n’a été commencé. Il y a plus de trois ans que j’ai donné cet ordre.

Instruisez-moi du nombre de fusils qu’il y a en Piémont, et envoyez à Briançon et à Fenestrelle savoir ce qu’il y en a. Je n’ai pas besoin de vous faire sentir l’importance que, dans les circonstances actuelles, on doit porter à avoir des fusils en deçà des monts. Il en faudrait à Fenestrelle an moins 20,000; autant à Alexandrie et à Turin. Faites-moi un rapport sur cet objet. Je désire qu’on les fasse venir, sans décaisser ceux de Grenoble et du fort Barraux. J’ai vu 10,000 fusils bien rangés. Faites demander à Grenoble et Saint- Étienne les fusils non déballés. Mais ne point marcher au hasard; prendre des mesures précises, et savoir les fusils qu’il y a à Fenestrelle et autres places du Piémont. Envoyez à Gavi, où je désirerais avoir 10,000 fusils.

J’imagine que vous avez donné ordre que le 14e n’allât pas à Livourne; quand je vous ai donné l’ordre de l’envoyer à Alexandrie, il était parti de Gênes.

 

Modane, 18 avril 1805

Au maréchal Berthier

Quatre compagnies de canonniers sédentaires à l’île d’Elbe sont trop. Ordonnez de les réduire à deux, et chacune à 120 hommes. Envoyez un de vos officiers intelligents, qui ira visiter l’île d’Elbe, verra Porto-Longone et Porto-Ferrajo, et prendra des renseignements sur tout, tant sur les magasins, fortifications, que sur la situation des troupes. J’imagine que Rusca les fait souvent manœuvrer. Vous écrirez à ce général pour lui recommander de les faire manœuvrer fréquemment. Cet officier continuera sa route pour la Corse. Il portera votre ordre au général Morand pour faire passer les cinq bataillons de chasseurs corses à Livourne. Ils formeront une légion composée de cinq bataillons; chaque bataillon de cinq compagnies; chaque compagnie de 120 hommes, sous-officiers, tambours, soldats, tout compris. Elle sera commandée par Degiovanni, adjudant commandant; elle aura un major, un quartier-maître, un adjudant- major, que le . . . . .. Degiovanni vous présentera. Il sera bon de prendre des officiers du Golo et du Liamone, hormis le quartier-maître. Il sera bon de prendre un homme probe et exercé à la comptabilité. Mon intention est de former cette légion à Livourne et de s’en servir pour garder Livourne. On donnera à cette légion les mêmes habits qu’au Royal-Corse, hormis qu’on leur donnera de nouveaux habits, et, hormis le chapeau, un shako. Toute la légion, au moment que les bataillons seront arrivés à Livourne, sera traitée comme les autres troupes françaises, tant pour les armes que pour . . . . . . . . . . .Vous donnerez ordre à Degiovanni, à Gênes, de se rendre en Corse. Il ne laissera partir les capitaines avec leurs compagnies qu’en embarquant au moins 100 à 120 hommes. Vous ferez sentir à Degiovanni que cette mission est de confiance. Il aura fixé mon attention si, d’ici à trois mois, j’ai une légion à Livourne organisée et suffisamment instruite. En recevant votre ordre, Morand fera partir le bataillon pour Livourne; officiers et soldats seront conservés, pourvu qu’ils arrivent au moins au nombre de 100 hommes par compagnie. Je pense que, si les officiers et sous-officiers ont la sûreté d’être conservés, on leur fera quitter la Corse. Mon projet est de m’en servir pour occuper Livourne et Gênes.

Donnez ordre à Rusca que tout ce qui est du 20e se rende à Livourne, et à Morand que tout ce qui est détaché ou isolé du 23e léger s’y rende aussi. Faites aussi sentir au général Morand que je suis mécontent de ne pas voir arriver la conscription. Ces bataillons une fois partis, s’il est convenable d’en former d’autres pour la garde de l’île, autorisation. . . ‘ mais il me semble qu’avec la gendarmerie, les canonniers sédentaires, les deux bataillons suisses et les deux bataillons du 20e, on a le monde suffisant. Le Corse est bon soldat; il faut que Morand s’en procure le plus possible, et n’épargne rien pour cela. Je ne rendrai le décret pour la formation de ce corps que quand j’en verrai une partie à Livourne et que votre officier dira que Morand n’y voit aucune difficulté.

Recommandez à Morand de profiter des bâtiments qui passent en Corse pour faire arriver des matelots pour la marine.

 

Stupinigi, 20 avril 1805

NOTE POUR LE MINISTRE DE L’INTÉRIEUR

Le chemin de Lyon à Chambéry est bon; d’ailleurs, les charrois d’artillerie et le gros bagage pourraient venir par Grenoble; et de Grenoble à Chambéry il n’y a aucune montée. On peut aussi arriver par Genève; et tout ce qui viendrait d’Auxonne et de Besançon arriverait par Genève, et le chemin de Genève à Chambéry est bon. Il ne paraît donc pas convenable de commencer à dépenser 200,000 francs pour améliorer le premier chemin; mais, ce qui me parait très-urgent, c’est d’améliorer la communication de Chambéry au Mont Cenis; elle est dans un état barbare; il y a beaucoup de passages dangereux la nuit, et ces mauvais passages ne sont pas nécessités par le terrain. Tout chemin le long de l’Isère ou de l’Arc qui aurait pour but d’éviter une montée serait d’une pressante utilité. Je pense que M. Champagny doit ordonner que, dès cette année, on tâche d’éviter la hauteur de Montmélian, et que successivement on évitât les montées, autant que cela serait possible.

 

Stupinigi, 20 avril 1805

Au maréchal Jourdan

Je suis arrivé à Turin. Je me rendrai à Milan lorsque j’aurai fait manœuvrer pendant quelques jours le camp d’Alexandrie. Je désire que vous envoyiez un aide de camp ayant le rang de capitaine, ou au plus de chef de bataillon, intelligent et sage, qui se rendra près du commandant des troupes autrichiennes dans le pays vénitien. Il sera porteur d’une lettre de vous où vous lui direz que, Sa Majesté l’Empereur étant à Turin et voulant voir les troupes de suite, sans parcourir les différentes garnisons, les troupes se sont réunies en plusieurs camps, ce qui donne lieu à quelques mouvements de troupes; que vous avez cru devoir l’en prévenir pour éviter toute interprétation, et que, présentement, Sa Majesté doit déjà passer la revue d’Alexandrie, et que tout rentrera dans l’ordre ordinaire le lendemain de cette revue que l’Empereur aura passée de chaque camp. Il doit voir dans cette prévenance de votre part un désir de saisir …………. S’il observe à l’officier que vous faites marcher du canon, l’officier dira qu’il y a dans chaque camp une vingtaine de pièces de canon pour les saluts. Si les Autrichiens, en conséquence de cela, ne font aucun mouvement, dire que cela aura le double …….. d’empêcher le camp de dissoudre. Il regardera bien ce qu’ils font, ce qu’ils disent; mais portez vos soins à choisir un homme qui ait beaucoup
d’oreille et peu de langue.

 

Stupinigi, 20 avril 1805

Au vice-amiral Decrès

Je reçois votre dépêche du 25 germinal. Vous verrez, par la lettre dont je vous envoie copie, que l’amiral Nelson a encore une fois pris le change sur notre escadre, et, probablement, fera un second voyage en Egypte. Des lettres du 15, de Cadix, m’assurent qu’il n’y a devant ce port que 5 vaisseaux; je commence donc à n’avoir presque plus d’inquiétude pour l’escadre de Toulon. Après y avoir bien pensé, je préfère que Villeneuve vienne devant le Ferrol, où il trouvera 15 vaisseaux; et même, s’il m’est possible, je ferai entrer au Ferrol les 5 de Missiessy. Vous verrez aussi que je ne prescris point au général Villeneuve de revenir sur-le-champ, mais d’attendre trente-cinq jours, afin que mon escadre de Brest ait encore le temps de le joindre; par Dieu ! pressez-la donc.

Si vous n’aviez pas jugé à propos d’expédier l’amiral Magon, et que vous ayez cru devoir attendre une nouvelle lettre de moi, faites partir un brick avec des lettres que vous ferez mettre, à Paris, dans une boîte de plomb, que vous ferez porter par un officier intelligent. Sans rien changer aux dispositions primitives, vous préviendrez le général Villeneuve que l’amiral Ganteaume était prêt à partir, mais n’avait pas encore pu sortir; que vous espérez qu’il partira sous dix jours; qu’il doit donc attendre quelques jours de plus à la Martinique; que, de plus, l’escadre de Rochefort va partir, ainsi que les frégates la Cybèle et la Didon; que ces deux frégates partiront à dix jours l’une de l’autre; qu’il doit donc attendre l’arrivée de l’une ou l’autre de ces divisions pour son retour, sauf cependant les circonstances majeures.

 

 Stupinigi, 20 avril 1805

Au général Pino, ministre de la guerre du royaume d’Italie

Vous avez envoyé des agents dans le pays vénitien. J’imagine que vous leur avez recommandé de ne faire aucun éclat, mais de bien regarder. Faites-moi connaître la situation des troupes de Milan. Instruisez-moi des lieux où se trouvent en ce moment les différents corps de l’armée italienne, et enfin tenez-moi au courant de ce qui se fait sur la rive gauche, en ne m’envoyant pas de nouvelles hasardées.

 

Stupinigi, 21 avril 1805)

NOTE POUR LE MINISTRE DE L’INTÉRIEUR

Réunir dans un conseil les personnes capables de donner des lumières :

1° Sur ce qui concerne la monnaie de billon (billon : toute pièce de monnaie faite d’un alliage pauvre en métal précieux); sur les moyens d’en empêcher l’accroissement; sur le produit du centime imposé pour la retirer, et sur l’emploi qui a été fait de ces fonds;
2° Sur l’administration économique de la ville de Turin;
3° Sur la navigation du Pô.

 

 Stupinigi, 21 avril 1805

Au maréchal Berthier

Vous donnerez des ordres pour qu’il soit disposé sur-le-champ, dans la citadelle d’Alexandrie, une salle d’armes propre á à recevoir 40,000 fusils, et vous ferez connaître au général Chasseloup que 9,000 fusils vont être envoyés de Turin et 1,500 de Chambéry, à Alexandrie. Il faut donc que l’emplacement soit disposé à Alexandrie pour recevoir ces 10,500 fusils au ler prairial, et le complément des 40,000 au ler messidor prochain. Vous ordonnerez au commandant de l’artillerie de faire faire sur-le-champ les râteliers nécessaires, et de nommer le garde-magasin et les ouvriers qui doivent être attachés à cette salle d’armes.

Vous ferez désigner, dans la journée de demain, un emplacement dans la citadelle de Turin, propre à recevoir des râteliers provisoires pour 10,000 fusils. Toutes les semaines, les fusils provenant de la manufacture de Turin seront placés dans la citadelle. Vous ferez faire à Fenestrelle une salle d’armes pour 10,000 fusils. Comme je ne veux pas de salle d’armes à Turin, vous ferez passer tous les fusils aux salles d’armes d’Alexandrie et de Fenestrelle. Vous ferez également disposer un emplacement à Gavi.

Je ne veux pas de salle d’armes à Chambéry. Vous donnerez l’ordre de diriger toutes les armes qui se trouvent dans cette place, à Alexandrie; vous y ferez diriger en même temps, par le mont Cenis et le mont Genèvre , de Saint-Étienne, de Grenoble et de Lyon, s’il y en a en dépôt, les fusils qui ne seront pas en caisse.

Enfin vous prendrez, sur votre responsabilité, des mesures telles que les salle d’armes d’Alexandrie, Turin, Fenestrelle et Gavi soient au complet avant le 1er messidor prochain, et conformément aux dispositions arrêtées depuis plusieurs années.

On pourra embarquer à Marseille et débarquer à Gênes les fusils pour Gavi. Vous me ferez une proposition dans ce sens.

 

Stupinigi, 21 avril 1805

Au maréchal Berthier

Je désire que vous fassiez faire un relevé, par division militaire, des places fortes qui existent en France., Mon intention est que chacune d’elles ait une compagnie ou une escouade de vétérans. Je crains que, dans l’état joint au projet de décret, on en ait oublié plusieurs. On a, par exemple, omis Perpignan; on peut en avoir omis beaucoup d’autres.

 

Stupinigi, 21 avril 1805

Au prince Murat

Mon Cousin, j’ai reçu votre lettre. Vos politiques de Paris n’ont pas de sens. Je ne crois point que ce soit ce que vous pensez qui ait produit quelque baisse dans le crédit; mais nous approchons de la saison où il y a à Paris ordinairement du resserrement dans les fonds.

 

Stupinigi, 21 avril 1805

Au vice-amiral Decrès

Monsieur Decrès, le non-départ de Ganteaume me contrarie beaucoup. Toutes les nouvelles que je reçois jusqu’à cette heure de la Méditerranée me portent à penser que Villeneuve aura fait une bonne et heureuse route. Vous n’avez point besoin de mon autorisation pour expédier des bricks; faites-en partir un tous les huit jours, en prenant les précautions nécessaires pour qu’ils ne tombent point entre les mains de l’ennemi, et instruisez Villeneuve de tout ce qui se passe.

 

Stupinigi, 22 avril 1805

A M. Gaudin

Monsieur Gaudin, par votre lettre du 27 germinal, vous ne me prouvez point qu’il y ait lieu à compensation pour la régie des poudres. Je crois avoir des renseignements sûrs que cette régie devrait avoir versé, depuis quatre ans, des sommes considérables au trésor public, ce qu’elle n’a point fait, parce que la marine et la guerre n’ont pas payé. Je voudrais qu’elle versât, et que la marine et la guerre payassent. Voilà ce que j’appelle une compensation; alors les affaires seraient en règle, car les articles de recette et de dépense sont des articles séparés, et l’un ne doit jamais faire tort à l’autre.

Je me suis adressé à vous comme ministre des finances, parce que vous êtes intéressé à ce qu’il n’y ait aucun embarras ni retard dans les recettes. Faites venir les régisseurs; demandez-leur pourquoi ils n’ont pas versé, depuis quatre ans, au trésor public. Ordonnez-leur de le faire, et prévenez les ministres de la marine et de la guerre d’ordonnancer les comptes de cette régie, qui seront soldés par des ordonnances.

 

Stupinigi, 22 avril 1805

A M. Fouché

Monsieur Fouché, les journaux se plaisent, dans toutes les circonstances, à exagérer le luxe et les dépenses de la cour, ce qui porte le public à faire des calculs ridicules et insensés. Il est faux que le château de Stupinigi soit si magnifique; il est meublé avec d’anciens meubles, que des serviteurs zélés du roi avaient cachés et qu’ils se sont empressés de restituer après le sacre. Faites faire des articles détaillés sur cet objet. On pourra même en tirer parti pour faire sentir l’amélioration de l’esprit public dans ce pays. Faites vérifier qui a fait mettre dans les journaux que M. Saliceti avait reçu un présent de 200,000 francs du gouvernement génois; ce fait n’est point à ma connaissance, et, fût-il vrai, les journaux n’auraient pas dû le publier, à moins qu’il ne leur ait été communiqué de Gènes. Réprimez un peu plus les journaux; faites-y mettre de bons articles. Faites comprendre aux rédacteurs du Journal des Débats et du Publiciste que le temps n’est pas éloigné où, m’apercevant qu’ils ne me sont pas utiles, je les supprimerai avec tous les autres, ét n’en conserverai qu’un seul; que, puisqu’ils ne me servent qu’à copier les bulletins que les agents anglais font circuler sur le continent, qu’à faire marcher, sur la foi de ces bulletins les troupes de l’empereur de Russie en Pologne, à contremander le voyage de l’empereur d’Autriche en Italie, à l’envoyer en Courlande pour avoir une entrevue avec l’empereur de Russie, puisqu’ils ne me servent qu’à cela, je finirai par y mettre ordre. Mon intention est donc que vous fassiez appeler, les rédacteurs du Journal des Débats, du Publiciste, de la Gazette de France, qui sont, je crois, les journaux qui ont le plus de vogue, pour leur déclarer que, s’ils continuent à n’être que les truchements des journaux et des bulletins anglais, et à alarmer sans cesse l’opinion, en répétant bêtement les bulletins de Francfort et d’Augsbourg sans discernement et sans jugement, leur durée ne sera pas longue; que le temps de la révolution est fini , et qu’il n’y a plus en France qu’un parti; que je ne souffrirai jamais que les journaux disent ni fassent rien contre mes intérêts; qu’ils pourront faire quelques petits articles où ils pourront montrer un peu de venin , mais qu’un beau matin on leur fermera la bouche. Il faut avoir bien peu de discernement pour ne pas voir qu’en annonçant que les empereurs d’Allemagne et de Russie vont s’aboucher, une pareille nouvelle ne peut que faire un mauvais effet; que, pour la donner, il faut qu’elle soit sûre; que celle de la marche des Russes en Pologne ne peut pas faire un meilleur effet; et ce n’est point ni à Augsbourg ni à Francfort qu’ils auront des sûretés là-dessus, puisque cela est fait exprès.