Correspondance de Napoléon – Avril 1805

Avril – 1805

 

Palais de Fontainebleau, ler avril 1805

DÉCRET

ARTICLE ler.-Le trésorier général de la couronne avancera la somme d’un million sur la vente des terrains des Capucines, qui doit avoir lieu en conséquence du décret du.. : ….. pour le produit en être destiné à l’achèvement du Louvre.
ART. 2. – Ce million sera payé sur ordonnance de l’intendant général de la maison, et à raison de 100,000 francs par mois, à compter du ler germinal. Il est destiné à continuer les travaux de l’achèvement du Louvre.
ART. 3. – Les premiers fonds provenant de la vente des terrains des Capucines seront versés au trésorier général de la couronne, pour le remboursement de ses avances et jusqu’à la concurrence d’un million.
ART. 4. – Le ministre de l’intérieur mettra à la disposition de l’architecte du palais des Tuileries, chargé de l’achèvement du Louvre, la somme de 50,000 francs par mois, à compter du ler germinal jusqu’au ler vendémiaire prochain ; ce qui consommera le 800,000 francs portés à son budget de l’an XIII pour l’achèvement du Louvre.
ART. 5. – Les ministres de l’intérieur et des finances sont chargé de l’exécution du présent décret.

 

Fontainebleau, 1er avril 1805

A M. Champagny

  1. Champagny fera faire un mémoire sur ces différentes idées :

1° Il faut des écluses pour rendre la Seine navigable depuis Méry jusqu’à Troyes. Puisque les gens de l’art l’ont déterminé ainsi, on n’y objecte rien; mais l’on demande à connaître les inconvénients qu’il y aurait à ne faire d’abord que des écluses impaires, pour fait profiter ainsi beaucoup plus vite la ville de Troyes des avantages de la navigation, et immédiatement après, s’il est reconnu que le halage est trop difficile, on fera des écluses paires.
2° Il n’y a point de pierres de Troyes à Méry; donner à connaître ce que coûterait une écluse en bois, puisqu’on ne peut y construire des écluses en pierre qu’après que la navigation sera établie depuis Bar-sur-Seine; ce qui priverait Paris et Troyes, pendant un grand nombre d’années, de la jouissance de la navigation, après avoir dépensé beaucoup d’argent. Jusqu’à ce que toutes les écluses soie] faites, Paris ne jouira de rien.
3° Dans le projet qui a été présenté, on ne porte la largeur des écluses qu’à 18 pieds. On désire connaître le rapport de la valeur d’une écluse en bois et pierre, de 18 à 24 pieds, et on pense que si cela ne devait produire qu’une différence d’un cinquième ou d’un quart en sus, et qu’il n’y eût d’ailleurs aucun autre inconvénient, serait préférable de les faire à 24 pieds.
4° S’il pouvait être convenable de faire des écluses en bois, on voudrait faire les cinq écluses impaires dans cette campagne et dans celle de l’an XIV, de manière qu’en fructidor an XIV la navigation entre Troyes et Paris fût établie; et l’on voudrait avoir fait, de Bar-sur-Seine à Troyes, la moitié des huit écluses impaires, (c’est-à-dire quatre écluses pendant le même temps. Connaître quel inconvénient il pourrait y avoir à cet ordre de travail, et la somme qu’il faudrait.
5° Les deux écluses sur l’Aube n’ayant été faites à 18 pieds de largeur qu’à cause des pertuis, examiner si on est à temps de les faire encore à 24 pieds, pour rendre la navigation de l’Aube semblable à celle de la Seine, et ce qu’il en coûterait de dépense de plus.

 

Troyes, 3 avril 1805 (Du 2 avril au 11 juillet 1805, Napoléon entreprend un long voyage qui va l’emmener en Italie, où il va se faire couronner roi d’Italie, à Milan, le 26 mai)

A M. Cambacérès

Mon Cousin, je suis arrivé à Troyes hier à quatre heures après midi. J’ai été très-content des chemins, de l’agriculture, et surtout de l’esprit du peuple. C’est un des départements que j’ai traversés dont je sois le plus satisfait. J’ai déjà vu ce matin tout ce que je désirais voir. Je partirai à deux heures après midi pour Brienne, où je coucherai. Je reviendrai demain à Troyes pour assister à une petite fête que l’on m’y donne. Je me mettrai en route après-demain.

Si vous voulez aller à Bordeaux à mon retour, tâchez que le code judiciaire soit entièrement terminé. Il y a au Conseil d’État plusieurs affaires dont M. Lacuée est rapporteur et que je désire voir terminer promptement. Il y a un projet relatif à l’appel de quelques vélites pour la cavalerie, que je désirais voir discuter devant moi; M. Lacuée ne m’en a plus reparlé.

 

Troyes, 3 avril 1805

A M. Lebrun

Mon Cousin, c’est une simple et très simple recommandation que je veux donner à M. Denina. Si les membres de l’Institut, qui sont meilleurs juges que moi, ne le trouvent pas digne, je n’ai rien à dire de plus.

 

Troyes, 3 avril 1805

A M. Fouché

Monsieur Fouché, Mon Ministre de la police, le sieur Goujon avait droit à une gratification de 2,000 louis pour les services qu’il a rendus à l’occasion de l’arrestation de Georges. Il la refusa. Mon intention n’est pas que ce refus lui préjudicie. Faites-lui payer 48,000 francs des premiers fonds de la police. Cette dette est sacrée.

 

Troyes, 3 avril 1805

Au maréchal Berthier

Je reçois le compte que vous me rendez sur les revues des 26e et 27e régiments de dragons. J’ai ordonné simplement que ces inspections fussent faites et que le projet de la formation des trois escadrons vous fût envoyé. Veillez à ce qu’il ne soit fait aucun mouvement. Je vous renvoie ces états pour que vous me les remettiez lorsque le revues des généraux Nansouty et Baraguey d’Hilliers seront faites; je me déterminerai à cette époque. Jusqu’alors il ne faut faire aucun changement, et les régiments doivent rester comme à l’ordinaire. On m’assure cependant qu’on a déjà commencé à payer des gratification de campagne, ce que je ne saurais croire.

 

Troyes, 3 avril 1805

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, le 21e régiment d’infanterie légère a plus de 300 déserteurs, tous du département du Puy-de-Dôme. Ces déserteurs engagent les autres soldats à déserter, en leur écrivant qu’on est parfaitement tranquille chez eux. Faites connaître le mécontentement que j’éprouve, et ordonnez qu’un chef d’escadron de la gendarmerie avec une quarantaine d’hommes de la réserve, parcoure le département et arrête tous ces déserteurs.

 

Troyes, 3 avril 1805

Au maréchal Berthier

L’évacuation des bouches à feu de l’armée de Hanovre me parait convenable. Cependant gardez ce qui est nécessaire pour la défense des côtes et des embouchures de l’Elbe. Je désirerais, si cela est possible, que l’évacuation se fit par mer. On m’assure qu’elle est praticable par Cuxhaven, et que les Anglais ne peuvent y mettre obstacle. Si cela est, il convient que le maréchal Bernadotte préfère cette voie car je serais fâché qu’il fatiguât ses attelages de manière à ne plus les voir disponibles à la moindre circonstance. Quant aux cartouches et à la poudre, il faut qu’il les garde, ainsi que les équipages de pontons; bien entendu que ces objets feront partie de l’équipage de campagne et suivront tous ses mouvements. Si l’armée venait à recevoir ordre de rentrer, le général aurait soin de les faire évacuer sur la France. Ces observations se résument à ceci : évacuer par mer tout ce qui est inutile à l’équipage de campagne; évacuer par la même voie, autant qu’on le pourra, toute l’artillerie de siège; garder toutes les munitions dont il se peut qu’on ait besoin ; garder les équipages de pont mis en état de suivre l’armée; faire porter les munitions par le parc de campagne, afin qu’elles en fassent partie.

 

Troyes, 3 avril 1805

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, chaque chaloupe canonnière portera 130 hommes; restera donc dans chaque bâtiment de la place pour 20 ou 30 hommes, pour embarquer, à tant par bâtiment et en les disséminant le plus possible, la gendarmerie, les guides interprètes de l’armée, les troupes de l’artillerie de la réserve. L’artillerie à cheval s’embarquera à pied et n’emmènera pas de chevaux; les troupes du parc général embarqueront sur les bâtiments du matériel de l’artillerie. La maison et les chevaux de l’Empereur seront embarqués sur les paquebots. Les prames seront destinées à embarquer chacune 25 chevaux d’artillerie, 25 chevaux de cavalerie. La cavalerie de la réserve s’embarquera sur les écuries qui sont à Calais, et les deux bataillons à pied sur les mêmes bâtiments, vu qu’on peut embarquer plus d’hommes que de chevaux sur chaque écurie. Le grand état-major de la flottille ne doit pas avoir de bâtiments d’écurie pour son service; mais on mettra deux chevaux d’officiers sur chacun des bâtiments destinés aux équipages de l’état-major. Si cependant cela était nécessaire, on pourrait affecter une écurie à chaque division; cette opération peut se faire au dernier moment. On doit embarquer le moins d’équipages et le plus petit nombre d’hommes inutiles possible. Le reste des équipages viendra ensuite comme les circonstances le permettront. Je donnerai, quand il le faudra, des ordres pour que les détachements de la 8e escadrille soient fournis par les dragons; mais, en attendant, les choses doivent rester dans l’état où elles sont.

 

Troyes, 3 avril 1805

Au maréchal Davout, commandant le camp de Bruges

Mon Cousin, je viens d’appeler 5,000 conscrits de la réserve de fan XII destinés au recrutement des corps des trois camps. J’ai avantagé votre camp, en conséquence des maladies que vous avez eues. Je ferai également, dans le courant de germinal, un appel des 15,000 hommes de la réserve de l’an XIII. Ainsi tous vos corps seront portés à 1,000 hommes par bataillon. Il est nécessaire, sans écrire officiellement, d’avertir les colonels, pour qu’ils aient de quoi habiller promptement ces hommes, au moins en vestes et culottes.

Je désire que vous vous rendiez à Ambleteuse. Les ingénieurs m’ont assuré qu’avec une dépense de 40,000 francs on remettrait ce port dans l’état où il était, et qu’il y aurait plus d’eau qu’à Boulogne. Voyez ce qu’il en est. Je pense que le major général aura donné des ordres pour qu’au moment de l’arrivée de votre division à Ambleteuse votre commandement s’étende jusque-là. Je vois , par l’état de la flottille batave, que vous êtes très-mal et que vous n’avez pas d’équipages. Écrivez à l’amiral Ver Huell qu’il fasse son possible pour que vous ayez les moyens d’embarquer vos équipages et vos chevaux d’état-major conformément à la lettre que le major général a dû vous écrire. Le plus important est de faire équiper promptement vos écuries et de les faire venir toutes à Dunkerque; appliquez-vous principalement à les tenir prêtes.

 

Troyes, 3 avril 1805

A M. Fontanelli, commandant de la garde italienne à Milan

J’ai reçu vos états de situation. Faites exercer ma Garde deux fois par semaine, tant à pied qu’à cheval; faites-lui faire l’exercice à feu; instruisez les chefs et les officiers supérieurs. Vous savez quelle exactitude et quelle célérité j’exige dans les mouvements.

 

Troyes, 3 avril 1805

Au vice-amiral Decrès

Monsieur Decrès , mon Ministre de la marine, je vous envoie un projet (Projet proposé par le chevalier de Dellon de Saint-Aignan pour la prise de la Trinité) qui m’a été adressé; il présente des chances. Voyez la personne dont il s’agit; causez avec elle, et faites-moi connaître votre opinion.

 

Troyes, 3 avril 1805

Au vice-amiral Decrès

Monsieur Decrès, mon Ministre de la marine, un courrier m’arrive de Toulon et m’annonce le départ de l’escadre. On m’apprend que le chanvre est très-mauvais. Ce sera donc toujours la même ose ? Quand il s’agit de payer, le chanvre est excellent; quand il s’agit de s’en servir, il ne vaut plus rien. On m’assure aussi que l’escadre manque de linge à pansement, d’huile et d’autres petits objets de la même nature.

Je désire que vous accordiez une gratification de 300 francs à M. Royer, maître charpentier, constructeur du Pluton, pour lui témoigner ma satisfaction de la célérité de l’armement de ce vaisseau. J’ai ouvert la dépêche du préfet maritime pour voir si elle contenait d’autres nouvelles. Le courrier était chargé de lettres que je vous envoie et que vous ferez remettre dans huit jours.

 

Troyes, 3 avril 1805

Au vice-amiral Ganteaume

Monsieur le Vice-Amiral Ganteaume, l’escadre de Toulon a mis à voile le 9 germinal, composée de 11 vaisseaux, 6 frégates et 2 bricks; le vent était nord-ouest; on l’avait perdue de vue. Le télégraphe m’a instruit de votre sortie à Bertheaume. J’espère que, si vous êtes encore en rade, vous ne tarderez pas à mettre à la voile. Tout est de donner pour point de ralliement des parages où il n’y point d’ennemis, et alors vous avez peu à craindre de sortir de nuit, n’ayant pas à redouter les séparations. Si vous passez devant le premier point où vous devez aller, ne faites que passer et ne restez plus de douze heures en panne et à tirer des bordées. J’imagine vous aurez expédié votre courrier à Rochefort; écrivez-le-moi par retour de mon courrier, que vous dirigerez sur Lyon, et apprenez-moi que vous mettez à la voile. Dites au préfet maritime de donner au courrier une dépêche qui me fasse connaître la situation des affaires douze heures après votre départ.

 

Troyes, 4 avril 1805

A M. Cambacérès

Mon Cousin, le roi de Prusse vient de me notifier la mort de la reine douairière; il est donc nécessaire de prendre le deuil. On le prend à Berlin pour trois semaines. Je ne sais ce que faisait dans de telles circonstances la cour de Versailles, dont je veux suivre l’usage. M. Ségur, qui avait fait un travail sur les deuils, n’est pas ici. Cependant il faut se décider promptement, afin que le deuil soit fixé avant mon arrivée à Milan. Réunissez-vous à M. l’architrésorier pour me proposer un projet sur la manière dont je dois porter le deuil et sur celui que doivent prendre les grands officiers, l’impératrice, les dames, etc. Examinez s’il doit s’étendre aux généraux et aux préfets; s’il doit être donné à la livrée, et de quelle manière. Je ne pense pas que ce projet soit long à faire, puisque je veux faire ce qui se pratiquait il y a quinze ans. Rédigez-le dans la forme d’une instruction que je puisse faire imprimer dans le Moniteur. Étant dans l’usage de porter l’uniforme, je ne crois pas devoir changer d’habit. Lorsque vous aurez déterminé le deuil que doit prendre l’impératrice, informez-en madame Lavalette, afin qu’elle ait à faire préparer sur-le-champ les vêtements et les ajustements nécessaires, et qu’ils soient envoyés dans les vingt-quatre heures.

 

Troyes, 4 avril 1805

A M. Lebrun

Mon Cousin, je suis fâché que M. Denina ait fait une balourdise comme celle que vous m’annoncez. Si je devais voter, après une inconvenance pareille, je ne lui donnerais pas ma voix.

 

Troyes, 4 avril 1805

A M. Gaudin

Monsieur Gaudin, mon Ministre des finances, le secrétaire d’État vous envoie un projet de rapport que vous pourrez faire imprimer ,avec celui de Mollien, que j’ai retouché, et les deux arrêtés, sans parler de la Légion d’honneur, dont il bon de ne rien dire en ce moment. Cette conservation étant une des plus productives en bois, j’ai fixé particulièrement mon attention sur cet objet du revenu public, et je me suis convaincu que les bois ne sont pas du tout dans la bonne situation où vous les croyez. On y chasse plus qu’il ne faudrait; mais, ce qui est plus important, tous nos bois sont vendus vingt-cinq pour cent de moins que ceux des particuliers. Cet objet mérite toute votre attention, et je crois qu’il y a beaucoup à faire dans la partie de l’administration forestière. On m’assure qu’une grande partie des bois marqués pour la marine sont vendus par les fournisseurs de la marine à Paris; ils ont sans doute un intérêt sur cette espèce de négoce, qui nous est préjudiciable sous plusieurs points de vue. Je vous recommande la vente des bois du Prytanée. Poussez la vente dans les quatre départements, surtout pour les biens de l’administration de Heidelberg. Enfin faites mettre sur-le-champ en vente tout ce qu’il y a de biens de la dotation de la Légion l’honneur qui n’ont pas été réservés pour la dotation des cohortes; bien entendu qu’il ne faut rien vendre de la 4e cohorte. J’ai signé les états des biens conservés pour deux ou trois cohortes, et j’en attends d’autres par le prochain courrier. A mesure que ces états vous arrivent, faites mettre en vente. L’argent sera versé dans la caisse d’amortissement, mais ce sera toujours de l’argent qu’on pourra utiliser pour le service.

Le département de la Côte-d’Or rendra 300,000 francs pour les droits réunis; faites-moi connaître si vous avez compté sur cette somme. Si cela était général, les départements rendraient plus de 35 millions, et cependant il n’y a que du vin et point de tabac et de distilleries. On a déjà versé 160,000 francs, et cependant je ne les ois pas dans les états du trésor public.

 

Troyes, 4 avril 1805

A M. Barbé-Marbois

Monsieur Barbé-Marbois, je vous envoie une réclamation du général Mathieu Dumas(Mathieu Dumas, 1753-1837, chef d’état-major de Davout. Sera ministre de la guerre de Joseph, à Naples puis en Espagne. Intendant général durant la campagne de Russie) sur la solde. Il est bien urgent de pourvoir à ce premier de tous les services, surtout dans un camp où la grande réunion d’hommes indique assez qu’on ne peut trouver aucune ressource. Mettez au courant la solde des camps de Saint-Omer, Montreuil et Bruges.

 

Troyes, 4 avril 1805

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, je vous avais ordonné de faire partir cinq compagnies du 79e pour le Ferrol; ces compagnies devaient former entre elles plus de 700 hommes; elles n’étaient pas encore arrivées au 26 ventôse. Faites-moi connaître quand elles sont parties et de quel point vous avez eu les dernières nouvelles. Je vous avais ordonné de faire embarquer 600 hommes sur l’escadre du général Magon; cependant il écrit, en date du 29 ventôse, que ces forces n’étaient pas encore à son bord.

 

Troyes, 4 avril 1805

Au vice-amiral Decrès

Monsieur Decrès, Ministre de la marine, expédiez un nouveau courrier an Ferrol. Faites connaître que mon intention est que les quatre vaisseaux partent. Prescrivez qu’on se tienne prêt à partir. Ordonnez à vos courriers de faire un peu plus de diligence, car ils sont bien longs en route. Qu’il vous apporte à son retour l’état de situation exact de la flotte espagnole; n’aurait-elle que pour quinze jours de vivres, il faut qu’elle sorte; expliquez-vous-en avec Gourdon. Écrivez au prince de la Paix par un courrier extraordinaire; dites-lui que j’attache la plus grande importance à ce que l’escadre espagnole sorte avec les vaisseaux du Ferrol; que je lui ai fait dire mes motifs par le général Junot et par d’autres; qu’il faut sortir, n’eût-on qu’un mois de biscuit ou de farine; que l’escadre leur en fournira; que, s’il n’a pas envoyé l’ordre à Cadix, il n’est peut-être plus temps; qu’il n’y a pas un moment à perdre pour que l’on sorte.

 

Troyes, 4 avril 1805

A M. Fouché

Monsieur Fauché, Ministre de la police, je partage votre opinion sur les révélations de Bretagne; mais il faut les avoir sous les yeux pour les combiner avec d’autres indices qui se présentent, qui pourraient faire supposer une ruse ou tout autre événement. Je m’en rapporte bien entièrement sur tout cela à votre zèle et à votre attachement à ma personne.

 

Troyes, 4 avril 1805

DÉCISION

Mesabki, ancien interprète à l’armée d’Egypte, fait connaître à l’Empereur qu’il est dans la misère, et le prie de lui accorder les cinquante sous par jour dont jouissent les Égyptiens réfugiés. Renvoyé à M. Talleyrand. Cet homme sait l’arabe; lui faire une pension de 600 francs; savoir toujours où il est pour en disposer dans les circonstances; il peut accompagner des individus dans quelques missions.

DÉCISION

Bigarne, adjudant de place à Cologne, âgé de trente-deux ans, demande à l’Empereur l’autorisation de continuer sa carrière militaire dans la cavalerie et dans son grade de capitaine. Renvoyé au ministre de la guerre, pour me faire connaître pourquoi cet officier, qui est jeune encore, a été fait adjudant de place à Cologne. Ce serait une mauvaise mesure, dans le cas où l’on aurait été mécontent, de le faire adjudant de place, et, si l’on n’en est point mécontent, il est tout aussi peu convenable de le priver de son activité.

DÉCISION

Ferrand, matelot mutilé, demande à l’Empereur une augmentation de sa retraite, fixée à 14 francs par mois. Renvoyé au ministre de la marine : 14 francs par mois ne sont pas assez, s’il a perdu la jambe et la cuisse.

 

Troyes, 4 avril 1805

A M. Cambacérès

Mon Cousin, je suis allé hier à Brienne; j’en suis revenu aujourd’hui à deux heures. J’irai tout à l’heure à un bal que donne la ville. Demain, de bon matin, j’entendrai la messe avant de partir, et j’irai coucher à Semur. M. Cretet me manque ici; je ne sais s’il est encore à Paris. Le ministre de l’intérieur a donné ordre à Prony de se rend à Troyes; veillez à ce qu’il parte sur le champ. Si M. Cretet est encore à Paris, dites-lui que j’ai besoin de deux ingénieurs qui connaissent bien le mouvement des ports; que la marine a besoin de tous ceux qu’elle emploie; qu’on en cherche deux et qu’on les dirige sur Milan. Vous me ferez passer leurs noms, et je leur enverrai des instructions. Si M. Cretet n’y est point, consultez auprès des chefs de ce corps, et faites-leur donner des ordres pour que les ingénieurs partent. Vous pourrez dire dans la conversation, sans l’écrire, sans le dire trop ouvertement, que le roi de Prusse, l’électeur archichancelier, les électeurs de Bavière, de Hesse, de Saxe, de Bade, m’ont fait connaître qu’ils m’ont reconnu comme roi d’Italie.

 

Semur, 5 avril 1805

A M. Cambacérès

Mon Cousin, je suis arrivé dans cette ville aujourd’hui à six heures du soir. J’en partirai demain à sept heures du matin pour Châlon-sur-Saône. J’ai été très-content de l’esprit du pays que j’ai traversé, et sans distinction de classes. Je suis arrivé de Troyes ici toujours sous des arcs de triomphe, et les drapeaux des villages environnants venant se ranger sur la grande route. Ce soir il a fait ici un peu de neige fondue.

Je n’ai point encore vu l’auditeur avec son travail; probablement je ne le verrai qu’à Mâcon.

 

Semur, 5 avril 1805

Au prince Murat, gouverneur de Paris

Mon Cousin, j’ai reçu deux de vos dépêches, en route; je ne pourrai y répondre que de Mâcon.

Je suis arrivé aujourd’hui à sept heures du soir dans cette ville. Je suis satisfait de l’esprit des habitants des pays que j’ai traversés; j’ai eu du plaisir, le long de cette grande route, à voir leur bonne physionomie et l’expression des sentiments dont ils étaient animés et je n’ai vu dans ce grand nombre d’arcs de triomphe et d’inscriptions qu’ils avaient dressés que les témoignages vrais de ces sentiments.

 

Chillon-sur-Saône, 7 avril 1805

A M. Talleyrand

La personne que j’ai l’intention d’envoyer en Perse est l’adjudant commandant Romieu. Faites-lui donner les mêmes instructions qu’à M. Jaubert, et faites-le partir sous le plus court délai. S’il arrivait que M. Jaubert ne fût point parti de Constantinople quand il y arrivera, ils se concerteraient ensemble et partiraient à une grande distance l’un de l’autre et par des chemins différents. M. Romieu pourrait très-bien passer par Trébisonde; mais, s’il devait passer aussi par Bagdad, il ne doit pas se mettre en route en même temps que M. Jaubert, afin que, s’il arrivait des accidents à l’un, l’autre les surmontât. Vous ne manquerez point de lui faire connaître que le principal but de son voyage est de s’instruire de la situation de la Perse et de la marche des gouverneurs qui y existent, province par province, et de reconnaître à combien se montent ses forces. Il doit, s’il lui est possible, parcourir les bords de l’Araxe et pousser jusqu’aux frontières russes. Il prendra des renseignements sur les événements passés, et enfin sur tout ce qui peut me mettre à même de connaître bien le pays. Il sera très-réservé; cependant, en causa avec les ministres et l’Empereur, il dira que je veux entrer en alliance avec lui et lui offrir des secours.

 

Châlon-sur-SaÔne, 7 avril 1805

A M. Talleyrand

Monsieur Talleyrand, je vous envoie votre portefeuille. Les lettres de Vienne me paraissent ne rien conclure; celles de Berlin ne me paraissent demander aucune décision. Cette cour est plus mal avec les Russes que nous, avec cette différence qu’elle les craint et que nous ne les craignons pas.

Vous auriez bien dû m’envoyer la note sur le deuil; je voudrais avoir un travail complet là-dessus. Mon intention est de prendre deuil au moment où je passerai à Lyon.

Rédigez-moi un projet de décret relatif à la princesse Ferdinand. J’attendrai la réponse du roi de Prusse sur les affaires d’Italie. J’ai reçu une lettre de l’électeur archichancelier qui me complimente les changements arrivés en Italie.

J’ai demandé au ministre de la police un rapport sur la lettre M. de Cobenzl, relative à un officier du Limbourg.

Je désire que tous ceux qui ont à me porter des cordons, tels Lucchesini, Lima, ou qui auraient des lettres de leur souverain à me remettre, me les portent où je serai. Cela peut s’applique M. de Cobenzl. Vous ferez dire à Paris que, si quelque ambassadeur a des communications directes à me faire, il lui sera expédié passe-ports, pour l’endroit où je me trouverai. Je n’ai point reçu de cordons du Portugal, parce que j’étais sur mon départ et que j’aurai voulu recevoir ceux de Prusse auparavant.

Je désire que vous fassiez connaître à M. de Moustier que je conçois pas qu’un homme qui a tant de jugement puisse s’alarmer pour la Prusse de 30,000 Russes; qu’elle a 200,000 hommes, que l’artillerie, la cavalerie et les officiers de l’armée prussienne valent trente fois la cavalerie et l’artillerie russes. Il s’en expliquera ainsi toutes les fois qu’il en sera question, en dépréciant les Russes et élevant les forces et la valeur des troupes de la Prusse.

Faites passer à la police les noms des Français au service l’Angleterre qui se trouvent être actuellement à Dresde.

Faites connaître à Jollivet que mon intention n’est pas qu’il sorte de Mayence; que ce n’est point en parcourant les cours qu’il fera mes affaires, et que je ne m’attends point à la courtoisie et à la déférence dans les affaires d’intérêt et d’argent, où j’ai déjà trop ‘perdu.

Donnez ordre à Portalis fils de se rendre à son poste.

Écrivez à mon commissaire à Bucharest qu’il a tort d’attacher tant d’importance à tous les faux bruits et sottises qu’on fait courir; qu’il suffit que lui et les Français qui sont dans le pays ne soient pas trompés. Si quelqu’un porte la croix de Saint-Louis, qu’il fasse une note au prince pour dire qu’il va partir s’il n’empêche pas que cet affront me soit fait.

Je vous envoie la lettre du roi de Prusse et celle de l’archichancelier; remettez-moi promptement les projets de réponse. Quant aux négociations de Munich et de Bade, tant pour la politique que pour les affaires particulières, il faut laisser faire le destin; je ne veux conclure rien de définitif. Je resterai donc dans la même position. Dites-en seulement assez à Otto pour qu’il soit persuadé que je suis dans la même intention.

Je vous fais connaître, par une lettre particulière, que j’ai destiné Romieu à aller en Perse. Le port dont je vous ai parlé est effectivement le port de Gombroun , mais je voudrais avoir des renseignements certains; on dit qu’il n’est pas sous la domination du roi de Perse actuel; faites-moi connaître si vos renseignements sont certains.

 

Chalon-sur-Saône, 7 avril 1805

A M. Gaudin

Monsieur Gaudin, on me fait un grand nombre de demandes pour restitution de bois. La plupart de ces demandes ne sont pas comprises dans celles dont vous m’avez remis l’état; cela prouve combien il est essentiel d’avoir un état général des bois appartenant au domaine, provenant d’émigrés. On m’a porté ici de grandes plaintes pour une coupe de 500 arpents de bois de haute futaie; cette coupe avait été faite contre l’intérêt public et nous a privés de grandes ressources pour la marine.

 

Chalon-sur-Saône, 7 avril 1805

A M. Barbé-Marbois

Monsieur Barbé-Marbois, j’ai reçu le compte du service que vous organisez pour l’an XIV; puisqu’il est le même que pour l’an XIII, je n’ai aucune observation à faire.

Tant que vous serez content de vos banquiers, mon intention est que vous continuiez à vous en servir; et, quand ils vous auront servi pendant huit ou dix ans, ils auront la meilleure considération qu’ils puissent acquérir, et je pourrai d’autant plus compter sur eux qu’ils me devront l’honneur et le crédit dont ils jouiront.

J’ai vu avec plaisir que vous aviez envoyé 400,000 francs en or à Ostende. J’espère que vous aurez pensé à la 27e division militaire et à l’armée d’Italie, pour que la solde s’y trouve au courant.

 

Chalon-sur- Saône, 7 avril 1805

Au maréchal Berthier

Le Moniteur parle d’un plan de la Suisse, du feu général Pfiffe. Faites examiner ce plan, et, s’il est meilleur que celui que j’ai acheté dernièrement, faites-le acheter et transporter à Paris. Comme il est possible que nous ayons encore la guerre, il n’y a point de meilleure carte que ces plans en relief.

 

Chalon-sur-Saône, 7 avril 1805

Au vice-amiral Decrès

J’ai reçu votre lettre du 14. J’attends avec impatience des lettres subséquentes. Je calcule que Nelson, par le temps qu’il a fait, a du retourner à la Madeleine ou dans quelque port de Sardaigne, en raison des vents d’est qui ont régné quelques jours avant le départ de l’escadre. Faites-moi connaître combien de vaisseaux sont en rade Cadix. Mes nouvelles du Ferrol m’en disent 7, ce qui ferait une belle escadre de 11vaisseaux. Le retard de Ganteaume l’aura mis à même de porter une plus grande quantité de biscuit. J’ai vu avec intérêt les manœuvres de Bertheaume; ce qui m’a fait un peu de peine,ce sont les câbles coupés. Faites-moi connaître si on les relevés.

On se plaint beaucoup à Toulon de la mauvaise qualité du chanvre.