Correspondance de Napoléon – Avril 1805

Chalon-sur-Saône, 7 avril 1805

Au vice-amiral Decrès

Faites-moi connaître quand les frégates de Lorient seront prêtes; mon intention n’est point qu’elles entrent dans le golfe Persique; elles iront à Gombroun près d’Ormus et y débarqueront leurs munitions, y referont leur eau, y séjourneront quinze ou vingt jours, tant pour croiser que pour avoir plusieurs dépêches de mon ministre, non de son arrivée à la cour de Perse, puisque la distance est trop grande, mais du chef-lieu de la province où il débarquera. Si ces deux frégates pouvaient trouver à Gombroun de quoi refaire leurs vivres, j’aimerais assez qu’elles fissent une croisière, d’un mois ou six semaines, éloignée du golfe de Perse, et revinssent y prendre un agent qu’expédierait l’ambassadeur pour me rapporter des nouvelles de la cour d’Ispahan. Si vous croyez nécessaire qu’elles aillent à l’île de France, il sera convenable qu’immédiatement après le ravitaillement elles retournent au même point, pour y avoir des nouvelles et ramener en Europe soit le ministre, soit des dépêches.

 

Chalon-sur-Saône, 7 avril 1805

Au vice-amiral Ganteaume

Monsieur l’Amiral Ganteaume, j’ai vu avec plaisir, par votre dépêche du 9, que vous étiez content du zèle de vos marins et de la rapidité des manœuvres de vos différents vaisseaux. J’ai remarqué avec intérêt qu’ayant appareillé et mouillé plusieurs fois, il n’ait été fait aucune fausse manœuvre ni éprouvé aucun accident. L’escadre de Toulon est partie le 9; j’ai des nouvelles de Toulon du 11 : on la supposait en bon chemin. J’ai des nouvelles du Ferrol qui m’annoncent que 2 frégates et 4 vaisseaux français et 2 frégates et 7 vaisseaux espagnols sont en rade et prêts à partir. Vous trouverez donc dans ce port 11 vaisseaux de guerre. L’essentiel sera de ne point perdre de temps devant le Ferrol, et, vos ordres une fois communiqués, cette escadre vous joindra.

 

Chalon-sur-Saône, 7 avril 1805

Note pour M. Lacépède

  1. Lacépède verra son correspondant. Il lui dira qu’il expédie dans le jour un courrier extraordinaire pour faire connaître que j’ai appris avec peine qu’il n’y avait en rade de Cadix qu’un vaisseau; que cependant le moment va se présenter où ils devront sortir; que j’ai appris avec plaisir qu’il y avait 7 vaisseaux prêts au Ferrol; qui par mes lettres du 26, on m’apprend qu’ils n’ont que pour dix jours de vivres; qu’il faut qu’ils en aient pour trente jours, et qu’ils suivent au premier signal, le contre-amiral Gourdon, sans quoi on manque le projet de campagne. Si l’on n’a pas donné les ordres, qu’on les donne sur-le-champ; tout a été prévu.

 

Chalon-sur-Saône, 7 avril 1805

A M. Forfait

Monsieur Forfait, j’ai reçu votre lettre. Le ministre de la marine m’a fait connaître que, de votre propre aveu, vous aviez un intérêt dans plusieurs compagnies, soit de constructeurs, soit de fournisseurs. Moi-même j’avais éprouvé une sensible peine de voir que, vous aviez intérêt avec un constructeur d’Anvers. Ces choses sont incompatibles avec la confiance que je donne aux personnes que je prends à mon service. Cependant je vous rends la justice de penser que dans aucune circonstance, cela n’a pu influer sur vos devoirs. Si des spéculations de commerce vous paraissent plus avantageuses
votre service au Conseil d’État ou dans la marine, je ne m’oppose point à ce -qui peut vous être avantageux; mais, si vous voulez continuer à servir, soit au Conseil d’État, soit dans la marine, j’exige que vous renonciez à toute espèce d’intérêt avec des fournisseurs des constructeurs, sous quelque prétexte que ce soit.

 

Chalon-sur-Saône, 7 avril l805

Au prince Murat

Mon Cousin, j’ai trop peu d’officiers de marine pour vouloir les employer à terre. Je donnerai de l’emploi à M. La Chadenède, et j’espère qu’il se rendra digne, par sa bravoure et sa conduite, de votre protection; mais un officier de marine d,oit toujours être á la mer et point à Paris.

 

Mâcon, 8 avril 1805

A M. Cambacérès

Mon Cousin, le cardinal Cambacérès est fortement divisé avec le préfet. Tâchez de les concilier. On ne gagne rien par l’aigreur, et l’Église a toujours tout gagné par la douceur et les ménagements.

 

Mâcon, 8 avril 1805

DÉCRET

NAPOLÉON, Empereur des Français,

Voulant encourager par des récompenses les plus anciens et les meilleurs ouvriers des manufactures de la ville de Troyes,

Décrète :

Il est accordé au sieur Faverat, travaillant depuis quarante ans dans une manufacture de toiles de coton, une pension annuelle de 300 francs,

Et aux sieurs Pathureau et Vauthier, travaillant depuis vingt- cinq ans dans les mêmes manufactures, une pension annuelle de 200francs.

Le ministre de l’intérieur est chargé de l’exécution du présent décret.

 

Mâcon, 8 avril 1805

DÉCISION

M. Simon, de Brienne, prie l’Empereur, d’accorder à M. Fizeaux, son neveu, des mécaniques pour un établissement de filature à Saint-Quentin, et une somme de 60,000 francs.Renvoyé à M. Champagny; cette maison est une des plus accréditées de Saint-Quentin; je verrais avec peine qu’elle tombât; je veux la soutenir. Le ministre me proposera de faire pour elle, par un projet de décret, ce que j’ai fait pour la maison Des Rousseau, qui était une des plus anciennes de Sedan.

DÉCISION

Le ministre de la guerre présente à l’Empereur le sieur Ferreri pour une sous-lieutenance vacante au 10e de dragons, en considération des services de son père.Il faut auparavant que ce jeune homme passe à Fontainebleau; il sera fait une exception en sa faveur, puisqu’il est trop âgé. Quand il aura passé six ou huit mois à cette école, et qu’il saura parfaitement les manœuvres, il sera nommé sous-lieutenant.

DÉCISION

Le ministre de la guerre propose à l’Empereur de nommer le sieur Girardin à l’emploi de chef de bataillon aide de camp du prince Joseph.Je ne sais pourquoi le ministre de la guerre me propose la nomination de cet aide de camp; les colonels n’en ont pas.

 

Mâcon, 8 avril 1805

Au vice-amiral Decrès

Monsieur Decrès, je vous envoie une lettre du général Savary; vous verrez l’état de situation des corvettes de pêche et des écurie pour la cavalerie de réserve. Il paraît, d’après ce rapport, que tous ces bâtiments sont hors d’état de prendre la mer, et je suis à concevoir comment on n’a pas goudronné tous les cordages. Prenez des mesures pour y porter un prompt remède. Pour ces objets d’administration, je ne connais de responsable que le ministre. Si le préfet maritime dilapide, il faut le faire arrêter. Avec ces complaisances je n’aurai jamais rien. Je serais fâché, à mon arrivée à Boulogne de trouver des coupables. Je ne crierai plus, je punirai enfin.

Si mon budget est suivi, la flottille doit être entretenue; mais, si vous affectez les fonds, sous différents prétextes, à des approvisionnements, il est clair que je n’aurai plus un bâtiment. Occupez-vous cet objet, qui, dans mon esprit, tient le premier rang. On m’avait tant vanté Lacrosse ! il paraît qu’il dort. Ordonnez à ce préfet maritime de visiter lui-même, et faites-lui connaître que je le rendrai responsable de tous les abus que je trouverai à Boulogne.

 

Mâcon, 8 avril 1805

Au vice-amiral Decrès

Monsieur Decrès , vous témoignerez mon mécontentement à l’ingénieur en chef et à M. Sganzin de ce qu’on a eu l’extrême négligence de ne point réparer la brèche que la mer a faite à l’estran du sud du port d’Ambleteuse, de manière qu’il est entré une grande quantité de sable.

 

Mâcon, 8 avril 1805

DÉCISION

Les administrateurs du Creusot réclament la protection de l’Empereur; ils sont épuisés et à la veille de cesser leurs travaux.Cette pétition regarde spécialement le ministre de la marine. Je désire qu’il se fasse faire un rapport sur cette usine, qu’il fautsoutenir.

DÉCISION

Mailly, desservant de Charette, se rappelle, ainsi que son frère, comme condisciples, au souvenir de l’Empereur.Renvoyé à M. Portalis pour porter ce desservant comme curé.

 

Mâcon, 9 avril 1805

A M. Lebrun

Mon Cousin, vous avez sans douté connaissance d’un projet adopté par le Conseil d’État, relatif à l’organisation des compagnies de la réserve destinées à la garde des préfets, des archives, à la police des marchés, à la garde des prisons. L’idée vient de moi, mais le projet l’a, je crois, trop étendue. Toutes les observations que j’ai faites en parcourant la France me prouvent qu’une force beaucoup moindre sera suffisante. J’arrêterai à Lyon l’organisation de ce corps. Je vous  prie de m’envoyer un état des maisons de réclusion, de correction, de dépôts de mendicité, d’hôpitaux des fous, et la population de chacune. Joignez-y l’état des prisons d’État : le ministre de l’intérieur et celui de la police en donneront la note. Demandez aux administrateurs des poudres l’état des poudrières et magasins à poudre qui existent hors des places fortes. Je ne pense pas que dans l’intérieur il y ait autre chose qui doive être gardé que les maisons de détention, de mendicité , les prisons d’État, les magasins à poudre et poudrières, les archives, préfectures et prisons de chaque département.

 

Mâcon, 9 avril 1805

Au prince Murat, gouverneur de Paris

Mon intention est que vous ne fassiez aucune revue, parade ou évolution militaire sur le Carrousel. Il n’y a point d’inconvénient à  ce que vous les passiez soit aux Champs-Élysées, soit sur la place des Victoires. Ma Garde ne doit pas y être. Mais je préférerais qu’au lieu de parade vous fassiez quelque grande manœuvre dans la plaine des Sablons, ou même au Champ-de-Mars, ce qui exercerait les troupes à toute espèce de ploiements et déploiements , et même à quelques exercices à feu. Il n’y aurait point d’inconvénient alors que vous y fissiez venir quatre bataillons de ma Garde.

 

Mâcon, 9 avril 1805

A M. Bigot-Préameneu

  1. Bigot-Préameneu se rendra à Chalon-sur-Saône, visitera les différentes prisons, interrogera le président du tribunal criminel pour connaître quels motifs l’ont porté à dire à l’Empereur qu’il y a depuis dix-huit mois une maladie épidémique dans la prison ordinaire de la ville, tandis que les rapports du préfet et du sous-préfet tendent à faire penser que cette assertion n’est pas exacte. M. Bigot fera sentir au président, si en effet le fait qu’il a avancé n’existe pas réellement, que, s’il a été porté à ces assertions par des sentiments de rivalité à l’égard du préfet et du sous-préfet, c’était essentiellement manquer à l’Empereur que d’altérer ou même d’exagérer la vérité pour nuire aux administrateurs. Il lui demandera quels sont les sujets de plaintes qu’il peut avoir contre l’administration, et pour quoi il n’est pas venu recevoir la décoration de la Légion d’honneur des mains de celui à qui le grand chancelier l’avait envoyée, et il a engagé le tribunal dans des frais auxquels cette cour n’était pas assujettie; enfin pourquoi, lorsque toutes les autorités se réunissent pour marcher d’accord, il a oublié la convenance, et même méconnu son devoir, au point de ne jamais rendre visite au préfet lorsque ce chef de l’administration se trouve à Châlon.
  2. Bigot-Préameneu rendra compte de sa mission à Sa Majesté à Lyon , où il se rendra directement.

 

Mâcon, 9 avril 1805

A M. Gaudin

J’ai reçu votre lettre. Les bois rendent 38 millions; mais depuis deux ans la valeur des bois a plus que doublé en France, et le revenu n’a point doublé. Les inspectant, je n’ai trouvé à Mâcon aucun inspecteur forestier; le conservateur aurait bien pu s’y rendre; témoignez-lui mon mécontentement sur cet objet. Ici , à Châlon , j’ai reçu beaucoup de plaintes sur les agents forestiers; ce sont des hommes tarés pour leurs mauvaises opinions. J’en ai destitué un, et les préfets se plaignent beaucoup de ce que les inspecteurs composent mal les gardes. Les gardes sont nommés par les inspecteurs et sous-inspecteurs, sans que l’autorité administrative puisse faire aucune observation sur le degré de confiance que méritent ces individus. Présentez-moi un projet de décret pour que désormais, sous aucun prétexte, aucun garde ne puisse être nommé sans avoir fait campagne dans la dernière guerre. Je n’ai trouvé sur mon passage que des militaires bien famés, ayant leur retraite et ne demandant que la faveur d’être gardes, et ne pouvant l’obtenir parce que les inspecteurs et sous-inspecteurs y mettent leurs protégés. On se plaint surtout qu’ils dilapident beaucoup les bois. Les préfets se plaignent aussi de leur insubordination. Il serait à propos de régler quel est le rapport qu’ils doivent avoir avec les préfets. Le bien du service me semblerait exiger que ceux-ci aient le droit de leur demander les renseignements qu’ils veulent, soit pour les éclairer sur les dénonciations qui leur seraient faites, soit pour fixer leur opinion sur la nature de leurs opérations, afin que les préfets soient toujours à même de pouvoir répondre directement à Paris pour éclairer sur la marche de l’administration forestière.

Je vous prie de me faire connaître à combien s’est monté dans l’an XII, pour toute la France, le droit de navigation; et que fait-on de ces fonds ? Ils ont, je crois, une affectation spéciale. Rentrent-ils au trésor public, et, dans ce cas, rentrent-ils comme produit du droit de passe ou comme recette générale de l’État ? S’ils y entrent comme droit de passe, comment s’en fait l’affectation de la dépense aux différents travaux ? Qu’y a-t-il de décidé pour l’emploi des recettes de l’an XIII, et qu’a-t-on fait des recettes de l’an XII ? Combien rend net, indépendamment de l’entretien, le canal de Languedoc ? Le canal du Centre ? Les régies qui existent pour la perception des droits de l’un et de l’autre des canaux sont-elles bonnes ? Plusieurs de ces objets peuvent ne pas dépendre de votre ministère : vous prendrez les renseignements à l’intérieur et au trésor public, afin de pouvoir me répondre.

Envoyez-moi aussi un état de ce qu’ont produit dans l’an XII les droits réunis, par départements et par nature de recettes, en mettant en observation celles appartenant au trésor public et ce qui a une l’affectation spéciale. Envoyez-moi ce même état pour le 1er trimestre de l’an XIII. Veillez surtout à ce que l’argent rentre au trésor public; car si, lors des comptes généraux, je m’aperçois que le caissier général éprouve des retards et se donne de bons moments à son profit, je reviendrai sur cette caisse et je ferai percevoir directement par le trésor public. Vous ne sauriez donc porter trop de surveillance sur ces sujets, et même vous fâcher, s’il le faut. J’ai l’opinion que M. Jame est un fort honnête homme, mais je cesserais d’avoir cette opinion s’il retardait de vingt-quatre heures ses versements. Vous savez qu’en fait de comptabilité il faut toujours voir, et je porterai d’autant plus d’attention à ce qui peut le regarder, qu’il est intendant d’un prince. La concurrence pour la vente des biens serait à craindre s’ils étaient dans le même département; mais une trentaine de millions répandus dans toute l’étendue de l’Empire ne fermeront aucune concurrence dangereuse; d’ailleurs les conditions de la vente sont déterminées. Nous ne pouvons que ne pas vendre; nous ne risquons de rien perdre en essayant de vendre.

 

Mâcon, 9 avril 1805

Au vice-amiral Decrès

J’ai reçu votre lettre avec la relation de ce qui s’est passé à l’île de France. J’ai vu avec plaisir l’arrivée de ces deux bâtiments chargés de 400 tonneaux de riz et de farine. Cela assurera l’approvisionnement de la colonie et de l’escadre. J’attends avec impatience des nouvelles de Ganteaume. Je n’ai point de nouvelles de l’escadre de Toulon depuis les dernières que vous m’avez envoyées.

 

Bourg, 10 avril 1805

A M. Cretet

Ce que j’ai vu à Troyes m’a fort étonné, et je suis encore à comprendre comment la nation française a existé si longtemps sans qu’on fît des opérations aussi faciles que celle qui rendra la Seine navigable, au moins jusqu’à Troyes. Je conclus de cette situation des choses qu’il reste beaucoup à faire pour la navigation de cette rivière. Je désire avoir, au ler messidor, un rapport sur ce qu’il y a à faire du Havre à Paris, afin que je puisse ordonner les travaux. J’entends ne rien épargner pour la facilité des communications de Paris au moyen de la navigation de la Seine. Vous me remettrez aussi des plans et devis sur ce qu’il faut arrêter pour rendre la Marne navigable aussi haut qu’il sera possible. Vous remarquerez que, dans le décret que je viens de rendre pour la navigation de la Seine, je ne la porte que jusqu’à Châtillon; mais mon intention est qu’on remonte jusqu’à Saint-Seine, si cela est praticable. Les projets ne doivent s’arrêter qu’à l’impossible, sauf à peser dans un conseil si l’avantage d’une lieue de plus de navigation est en proportion avec la somme qu’il faudra dépenser. Je désire qu’il soit fait, à l’égard de la Marne, des projets conformément aux mêmes principes.

Vous verrez que je prescris de construire des écluses en bois jusqu’à Troyes, parce que la pierre manque et que les écluses en pierre ne pourraient être faites que lorsque les écluses de Bar-sur-Seine seraient en activité, ce qui retarderait de douze ans la jouissance de la navigation jusqu’à Troyes. Je veux que ces écluses aient plus de vingt-quatre pieds, et je ne conçois pas pourquoi on ne leur donnerait que dix-huit pieds dans une eau courante et qui ne manque pas. L’augmentation de dépense ne sera que d’un cinquième. J’ordonne également que l’écluse d’Arcis-sur-Aube soit portée à vingt-quatre pieds. Il me semble que le système des petites écluses n’est soutenable que dans un canal, qui, tirant son eau d’un étang ou d’une réserve, a grand besoin de la ménager.

Votre ingénieur de Troyes est un homme médiocre; celui de Mâcon est encore plus mauvais ; il ne sait rien du tout.

Je désirerais aussi que vous fissiez faire le projet de l’Aube et de l’Yonne. La navigation de cette dernière rivière est encore plus importante pour Paris. La ville de Paris étant destinée à s’augmenter beaucoup, il faut que toutes les eaux qui y arrivent soient navigables jusqu’à leur source.

 

Lyon, 11 avril 1805

A M. Cambacérès

Mon Cousin, je vous renvoie un mémoire qui m’est adressé par les chefs de la danse de l’Opéra. Il me paraît inconvenable, au premier aperçu, de laisser faire des ballets à Duport (Louis Duport, 1781-1853. Le public l’oppose à Vestris. Il partira pour la Russie en 1808); ce jeune homme n’a pas encore un an de vogue. Quand on réussit d’une manière aussi éminente dans un genre, c’est un peu précipité que de vouloir enlever celui de gens qui ont blanchi dans ce travail. Quant aux réformes, faites-moi un rapport détaillé. Quant aux règlements, proposez-m’en une nouvelle rédaction, afin qu’ils se trouvent rafraîchis.

 

Lyon, 11 avril 1805

A M. Régnier

J’entends dire partout que Flachat est en liberté; cela me parait extraordinaire. Comment cela s’est-il fait sans que les tribunaux en aient jugé ?

 

Lyon, 11 avril 1805

DÉCRET

ARTICLE 1er. – La Seine sera rendue navigable jusqu’à Châtillon.
ART. 2. – Les écluses qui seront construites à cet effet auront vingt-quatre pieds de largeur, afin qu’on puisse remonter depuis Paris sans être obligé à aucun déchargement.
ART. 3. – Les écluses à construire jusqu’à Troyes seront construites en bois, afin que la navigation puisse être en activité de Paris à Troyes avant le ler vendémiaire an XV.
ART. 4. – Le ministre de l’intérieur nous présentera, avant le ler prairial prochain, des plans et devis des dépenses à faire pour rendre la Seine navigable jusqu’à Troyes. Ces plans feront connaître l’ordre des travaux et le placement de chaque-écluse.
ART. 5. – Les écluses qui seront construites de Troyes jusqu’à Châtillon seront en pierre.
ART. 6. – Le ministre de l’intérieur nous présentera, avant le 1er vendémiaire an XIV, les plans et devis des travaux nécessaires pour rendre la Seine navigable depuis Troyes jusqu’à Châtillon. Ces plans feront connaître l’ordre des travaux et le placement de chaque écluse.
ART. 7. – Deux cent mille francs seront employés cette année aux travaux de la navigation de la Seine jusqu’à Troyes. ART. 8. – La Seine traversera la ville de Troyes, en passant par le moulin dit le Moulin-Brûlé; un port sera établi au milieu de la place
ART. 9. – La commune de Troyes est autorisée à acheter les portions de jardins nécessaires pour l’agrandissement de cette place.
Les terrains qui se trouveront à la disposition de la ville, hors des limites de la place, seront vendus à son profit.
Toutes les façades de ladite place seront bâties en brique ou en pierre, sur un dessin uniforme, qui sera arrêté par le corps municipal, et qui nous sera présenté par le ministre de l’intérieur avant le 1er messidor.
ART. 10. – Les restes du palais des comtes de Champagne seront démolis. Les matériaux en provenant seront employés à la construction des écluses.
ART. 11. – Les deux écluses que l’on construit sur l’Aube auront vingt-quatre pieds, comme celles de la navigation de la Seine.
ART. 12. – Le ministre de l’intérieur est chargé de l’exécution du présent décret.

 

Lyon, 11 avril 1805

A M. Gaudin

Monsieur Gaudin, j’ai destitué l’inspecteur des forêts Michellin, qui est un mauvais sujet dont tout le monde se plaint dans le département. J’ai vu des lettres du conservateur de Dijon au préfet qui ne sont pas convenables; je désire que vous le rappeliez aux égards qu’il lui doit.

Par votre circulaire de l’an XI , vous avez prescrit aux préfets d’ordonnancer les vacations des agents forestiers pour les bois communaux, sur les simples états des conservateurs, sans la remise des procès-verbaux; d’un autre côté , le ministre de l’intérieur s’en tient aux principes : de là, un conflit. Je conçois difficilement comment un préfet peut ordonnancer des payements au profit des agents forestiers sur les communes, lorsque celles-ci ne reconnaissent pas le travail et se plaignent que cela n’était pas dû. Un grand nombre de pièces qui me sont passées sous les yeux m’ont convaincu que les communes sont non-seulement vexées, mais volées par les agents forestiers. Ces agents se croient dans la plus grande indépendance des préfets.

 

Lyon, 11 avril 1805

Au maréchal Soult

J’ai appris avec plaisir de quelle manière vous aviez opéré le mouvement de la division du général Legrand, et que vous pouviez placer la division Suchet dans le camp du général Saint-Hilaire. J’aurais besoin du camp de Wimereux pour y placer les grenadiers de la réserve.

L’escadre de Toulon est partie depuis le 9 germinal. Celle de Brest a été plusieurs fois à l’appareillage; j’attends avec impatience la nouvelle de son départ. J’ai donné les ordres les plus positifs pour qu’on travaille au port et pour qu’on répare la flottille, soit de guerre, soit de transport; instruisez-moi si cela se fait.

Je viens de signer une levée de 5,000 hommes sur la réserve des années XI et XII. Ils ont tous eu leur destination pour les trois camps. J’ai une levée de 15,000 hommes sur la réserve de l’an XIII, que je signerai dans le mois prochain. Ces deux levées mettront tous les bataillons qui s’embarqueront à 1,000 hommes, soit au moment du départ, soit quinze ou vingt jours après.

 

Lyon, 11 avril 1805

Au vice-amiral Decrès

L’escadre de Toulon est partie. Donnez ordre qu’on achève le plus tôt possible le vaisseau de 74, frère du Pluton. L’Annibal est un vieux vaisseau; s’il faut le refondre, et qu’il en coûte plus de 200,000 francs, il faut le faire calfater en dehors et le destiner à protéger les communications de Marseille avec la Corse, sans qu’il puisse être dehors en hiver. Petit-être en faut-il dire autant die l’Uranie. On perd beaucoup d’argent à rapiéceter des vaisseaux vieux, avec lequel on ferait des vaisseaux neufs. D’ailleurs, il n’est point déraisonnable, dans notre position, d’avoir un certain nombre de vaisseaux et de frégates dans nos différents ports, que l’on pourrait destiner à des campagnes d’été et à la défense des côtes. Toutefois, voyez, je vous prie, à ce que l’on organise sur-le-champ, à Toulon, une force telle que 3 ou 4 frégates ne bloquent pas toute notre côte.

 

Lyon, 11 avril 1805

Au vice-amiral Decrès

Monsieur Decrès, vous voyez qu’à Cadix, le 4 ventôse, les Espagnols avaient 6 vaisseaux. Il est impossible que mon escadre arrive devant Cadix avant le ler floréal. Je suis donc fondé à penser que l’amiral Gravina partira avec au moins 8 vaisseaux; ce qui complétera mon escadre de Toulon à 20 vaisseaux, et, si je faisais partir les 2 vaisseaux de Rochefort, j’aurais 22 vaisseaux. Ayant toujours mon escadre de Brest en appareillage, comme elle est aujourd’hui, les Anglais seront obligés d’avoir toujours 20 vaisseaux devant Brest. Le retour de Missiessy les obligera à avoir une escadre devant Rochefort; mais, s’ils le méprisent, je le ferai partir avant la fin de prairial pour une croisière qui oblige l’ennemi à le suivre. L’ennemi sera aussi obligé d’avoir une escadre au Ferrol, parce que j’y tiendrai 2,000 Espagnols embarqués et toujours en appareillage. Dans cette situation de choses, mes 22 vaisseaux de Villeneuve pourraient doubler l’Irlande et se présenter devant Dunkerque et Boulogne. Les mers deviennent bonnes, puisque nous serons au mois de juillet. Mon opinion serait donc que vous teniez vos instructions prêtes; que vous en envoyiez la minute, pour que je la signe, afin que les deux vaisseaux de Magon , d’ici à quinze jours, quand nous perdrons l’espoir de faire sortir Ganteaume, puissent porter de nouveaux ordres à Villeneuve. Faites-moi connaître si j’ai prévu que les troupes espagnoles doivent être débarquées. Envoyez une lettre ; Ganteaume la fera porter à Gravina par la croisière : que Ganteaume a dû lui faire connaître l’immense projet; qu’il doit débarquer à la Martinique et à la Guadeloupe, où nous en aurons soin; que je compte qu’il secondera, avec ses 10 ou 12 vaisseaux, les efforts de ces escadres qu’il trouvera sur les côtes, et qu’à l’heure où il lira cette lettre, si la jonction est opérée, les deux nations auront vengé les insultes qu’elles ont reçues de ces fiers Anglais depuis tant de siècles. Mais, tout en prenant ces précautions, je ne doute point que Ganteaume ne parte; il est en trop bonne disposition. Envoyez des ordres à Rochefort, pour qu’on mette 150,000 rations sur une bonne flûte , que Magon mènera avec lui. Faites à tout hasard partir de Bordeaux quelques bateaux chargés de quelques milliers de sacs de farine, qui se dirigeront en droite ligne sur la Martinique, et, si vous croyez avoir plus de sûreté avec des neutres, faites embarquer sur des neutres. Faites aussi fréter à Bordeaux , en grand secret et de manière que tout le monde le sache, et passez marché avec des neutres pour envoyer des farines à l’île de France; ce sont des choses que les espions ennemis ne manquent pas de faire beaucoup valoir et qui font toujours leur, effet.

Je vous renvoie la lettre de l’amiral Ganteaume et celle de M. Le Roy.

 

Lyon, 11 avril 1805

Au vice-amiral Decrès

Monsieur Decrès, les bâtiments français qui sont à Ambleteuse doivent l’évacuer et se replier sur Boulogne. La huitième escadrille peut très-bien tenir à Ambleteuse, quand elle y serait serrée. Vous devez penser que, quand j’en aurai besoin, la moitié sera en rade, et qu’il n’y aura qu’une moitié à faire sortir. D’ailleurs, il me suffit que vous dirigiez les choses de manière qu’au moment où j’aurai besoin de les faire sortir, les deux escadrilles se trouvent réunies à Ambleteuse. Je pense que vous avez mal fait de donner 8o0,000 francs à M. Delarue; ce sont des comptes qu’il doit donner, et non faire des menaces.

 

Lyon, 11 avril 1805

Au vice-amiral Ganteaume

Monsieur l’amiral Ganteaume, je n’ai point de nouvelles de mon escadre de Toulon , qui cependant est dehors depuis le 9. Un courrier que je reçois de Cadix, en date du 8 germinal, me porte la nouvelle que l’amiral Gravina est prêt à partir pour se joindre à l’escadre française avec 8 vaisseaux et 2 frégates, ce qui portera l’escadre du vice-amiral Villeneuve à 20 vaisseaux. Vous trouverez au Ferrol 8 vaisseaux espagnols et 4 français : j’espère donc que vous partirez du point de rendez-vous avec plus de 50 vaisseaux. Portez avec vous le plus de biscuit que vous pourrez. Si les vents ne vous ont pas encore permis de sortir, en vous tenant prêt à profiter de la première occasion, elle ne tardera pas à se présenter.

Vous tenez dans vos mains les destinées du monde.

 

Lyon, 11 avril 1805

Au vice-amiral Ver-Huell

Monsieur le Vice-Amiral Ver Huell, mon intention est de réunir toute la flottille batave à Ambleteuse. Vous devez avoir reçu l’ordre d’y faire passer la première partie. J’ai ordonné qu’on travaillât au déblayement du port, et toute votre flottille doit pouvoir y être contenue. Cela tient à mon système général de guerre. Tâchez de compléter les équipages de vos écuries, qui sont bien nécessaires. J’ai appris avec peine que vous étiez malade; mais on m’assure que votre santé se rétablit. L’heure de la gloire n’est peut-être pas éloignée de sonner; cela dépend, au reste, de quelques chances et de quelques événements.

 

Lyon, 12 avril 1805

NOTE POUR LE MINISTRE DE L’INTÉRIEUR

l° Faire combler le terrain des travaux Perrache, entre le quartier ………… et la muraille, de manière que les mares qui existent se trouvent au niveau du terrain actuel; de sorte qu’après les grandes inondations de la Saône, cette rivière rentrant dans son lit, les eaux s’écoulent dans la rivière sans laisser aucune mare.
2° Faire faire une digue depuis l’arsenal jusqu’à la gare, de manière que, dans les grandes inondations, l’eau ne puisse la dépasser, et, moyennant ces deux travaux, acquérir les deux cents arpents en deçà de la muraille, les céder à l’hospice, et, s’il est nécessaire de faire payer un acompte, le faire payer par l’hospice. La raison de ces dispositions serait que, devant faire un chemin de halage le long de la Saône, et étant nécessairement obligé de combler l’ancien lit du Rhône et tous les fossés qui existent, pour assainir la ville, ces travaux une fois faits, le terrain doublerait de valeur.

 

Lyon, 12 avril 1805

A M. Fouché

J’ai reçu votre lettre. Nous sommes maîtres de la Dominique, si j’en crois les journaux anglais, et l’expédition de l’escadre de Rochefort aurait entièrement réussi.

Je suis aussi content des Lyonnais que je l’ai été des habitants des autres départements.

J’ai fait demander à l’évêque de Vannes de qui il tenait les confidences qu’il m’avait remises. Voici les noms. Faites prendre  des renseignements sur cet objet, mais je vous prie que ce soit pour vous seul; ne faites interroger ni compromettre en rien ces individus ni l’évêque. Je pourrai conclure de tout ceci que ce petit Donzelot, qui a déjà été compromis dans l’affaire Pichegru aurait besoin d’être surveillé à Brest.

 

Lyon, 12 avril 1805

Au général Marmont, commandant le camp d’Utrecht

Votre courrier m’a appris la prise de la Dominique. Continuez à d’expédier par des courriers les nouvelles qui vous parviendront d’Angleterre et qui vous paraîtront dignes de fixer mon attention. Mon escadre de Toulon est partie depuis le 9, c’est-à-dire depuis treize jours, sans que j’en aie eu aucune nouvelle. Elle a à bord une bonne division de débarquement que commande Lauriston. Les Anglais sont très-mal aux Indes; Decaen a envoyé plusieurs escouades d’artillerie légère et plusieurs officiers d’état-major et du génie aux Mahrattes.

Dans le courant de floréal, reformez votre camp; visitez et organisez votre convoi. Ne réunissez point mes troupes dans des lieux malsains, employez-y des troupes bataves. Une expédition sur Walcheren est absurde tant qu’il y a quelqu’un pour fermer les portes, et, l’expédition une fois avancée, 30 sapeurs pour fermer les digues. Je me repentirai toujours d’avoir écouté en l’an XI le général Monnet, et d’avoir là perdu beaucoup de monde par les maladies. Ne tenez aucunes troupes françaises dans l’île de Walcheren.

 

Lyon, 12 avril 1805

Au vice-amiral Decrès

Le commissaire général de Suède vous parle souvent de relâcher ses bâtiments. J’imagine que vous vous respectez assez pour ne point parler d’affaires avec ce commissaire, et que vous lui faites parler par un intermédiaire. Faites-lui dire par un de vos chefs de division que ses bâtiments ne seront relâchés que lorsqu’on aura une notification de la Suède qu’elle veut rester en paix, avec la France et qu’elle a renoncé à tout projet d’alliance avec l’Angleterre. La négociation d’un traité de subsides est un commencement d’hostilités. On nierait en vain cette négociation, puisque nous avons entre les mains les originaux des lettres des ministres anglais. Dans cet état de choses, il nous faut une déclaration, fût-ce même de M. Signeul, que le roi est résolu à vivre en paix avec la France.

Je reçois des nouvelles du 7 germinal, qui me disent que les escadres du Ferrol et de Cadix sont telles qu’on les a demandées. On sollicite à force pour que l’on fournisse le biscuit qu’on a demandé, afin qu’on puisse faire d’autres armements. Voyez Vanlerberghe à cet effet. Il y a là de la bonne volonté, et je ne doute pas qu’on ne parvienne à armer d’autres vaisseaux.

Toutes les nouvelles de Londres portent qu’on y a été très-alarmé de la sortie de l’escadre de Brest, qu’on n’avait pas de dispositions faites, et qu’on a battu le ban et l’arrière-ban pour envoyer 5 vaisseaux à l’escadre. Les journaux anglais vous auront appris le succès de l’expédition de Missiessy ; il paraît qu’il n’y avait en effet que 500 hommes de troupes de ligne à la Dominique; il n’y en a pas 1,000 à la Trinité. Il faut avouer que ces gens-là sont maîtres du monde à bon marché. Il paraît aussi que 800 hommes de troupes, avec un convoi assez considérable, sont partis d’Angleterre pour la Barbade. On est à Londres dans les plus vives alarmes que ce convoi ne soit intercepté. Envoyez un courrier à Anvers pour fréter des bâtiments et les charger de farine pour les Indes. On ne recevra que fort tard des nouvelles de Bordeaux. Mettez-y la discrétion et l’indiscrétion nécessaires. Faites mettre dans les journaux de Hollande un détail sur Lauriston, que vous ferez faire dans vos bureaux; il est fils de Lauriston qui a commandé aux Indes. Je pense qu’un article sur la situation des Indes, où l’on parlerait du père de Lauriston, où l’on le louerait, où l’on dirait qu’il est aimé aux Indes, qu’il a un fils aide de camp de l’Empereur, qui a porté à Londres les ratifications du traité d’Amiens, et qui commande aujourd’hui les troupes de l’escadre de Toulon, cela, dis-je, remplirait le but.

On a eu la maladresse ne pas emballer la carte de la Domi nique; faites-m’en passer une, ainsi qu’une carte de l’Océan, sans cependant m’envoyer l’atlas.

 

Lyon, 12 avril 1805

Au contre-amiral Émériau, préfet maritime de Toulon (Maxime Julien, comte Émeriau de Beauverger, 1762-1845)

Je n’ai point de nouvelles de la Méditerranée depuis longtemps. Je vous expédie un courrier afin d’être au fait de ce qui s’est passé, et des nouvelles sûres ou non, vraies ou fausses, qui sont venues à votre connaissance depuis son départ(départ de Villeneuve). Le ministre de la marine a dû vous donner des ordres pour que vous tiriez un parti des 3 frégates et vaisseaux que vous avez en rade, tel que vous ne soyez pas bloqué par 2 ou 3 frégates. Concentrez tous vos moyens pour finir le frère du Pluton, car on ne tire plus grandchose des vieux vaisseaux rapiécetés, et qui dépensent beaucoup de bois et d’argent.

Toutes les fois que vous aurez des nouvelles importantes, vous me les expédierez sur Milan par le chemin le plus court. Je serai mardi à Chambéry. Je serai à Lyon jusqu’à lundi au soir, et jeudi à Turin.

Écrivez à Gênes qu’on vous envoie la frégate la Pomone, afin que vous donniez à cette frégate le dernier coup de main , et qu’elle puisse être bonne à toute mission.

 

Lyon, 13 avril 1805

Au général Lauriston

Monsieur le Général Lauriston, mon Aide de camp, il y a quinze jours que vous êtes parti. Je ne sais pas si vous aurez passé devant Cadix, mais un courrier que j’en reçois m’apprend que vous aurez dû y trouver, indépendamment des vaisseaux français, 6 bons vaisseaux espagnols. Je viens d’apprendre, par les journaux anglais, la prise de la Dominique. J’éprouve cependant une petit contrariété, c’est que l’amiral Ganteaume, hermétiquement bloqué et contrarié par des calmes constants, n’a pu encore sortir; il ne communique plus depuis huit jours avec la terre. J’ai peine à croire qu’il ne fasse pas dans ces huit jours un coup de vent, puisque nous ne sommes pas encore au 15 avril. Cependant, s’il en était autrement, et si, d’ici au 10 mai, il ne pouvait partir, je me trouverais contraint de le retenir. J’en ferais prévenir l’amiral Villeneuve par deux frégates que je lui expédierais, et j’ordonne que tous les huit jours on lui expédie un brick. Aujourd’hui, tant pour augmenter votre escadre que prévoyant le cas où vous seriez arrêté en chemin et que vous n’arriveriez pas à la Martinique, je fais partir le général Magon avec 2 vaisseaux et 800 hommes; et si, un mois après l’arrivée du général Magon, vous n’avez reçu aucune des frégates que je vous aurai expédiées, et que l’amiral jugeât à propos et prudent de retourner en Europe, mon intention est que vous opériez votre retour sur le Ferrol; vous y trouverez 15 vaisseaux français et espagnols tout prêts. Avec ces 35 vaisseaux vous vous présenterez devant Brest, où Ganteaume vous joindra avec 21, et avec cette force de plus de 50 vaisseaux vous vous présenterez dans la Manche et me trouverez à Boulogne. En attendant, illustrez votre expédition ; prenez Sainte-Lucie, si elle ne reste pas, ou une autre île, si Sainte-Lucie est à nous. Laissez dans ces îles les troupes que vous y jugerez nécessaires. Que vous y laissiez le général Reille, il n’y aura pas d’inconvénient; il me suffit que vous reveniez de votre personne. Vous vous ferez débarquer devant Boulogne, où vous me trouverez.

 

Lyon, 13 avril 1805

A M. Cambacérès

Mon Cousin, par toutes les nouvelles que je reçois de Londres, il me paraît que les Anglais sont très-piqués de la prise des îles de la Dominique et de Sainte-Lucie. Ils seront bien plus inquiets aujourd’hui, lorsqu’ils sauront le départ de mon escadre de Toulon, sortie depuis quatorze jours sans qu’on en ait encore entendu parler. Si elle arrive à sa destination, elle pourra leur faire aux Grandes Indes un mal plus considérable, car j’y ai des intelligences avec les Mahrattes, et c’est aux officiers d’artillerie et du génie que leur a envoyés le général Decaen que sont dus les succès qu’ils ont obtenus dans les derniers temps.

Il parait que deux expéditions de 5 à 6,000 hommes chacune sont parties ou se préparent à partir, l’une pour les Grandes Indes, et l’autre pour les Indes occidentales. Ce ne sont ni des milices, ni des volontaires qu’on envoie, ce sont les meilleures troupes. Si donc notre flottille reçoit le signal et est favorisée par six heures de bon vent, de brume et de nuit, les Anglais, surpris, se trouveront dégarnis de leurs meilleures troupes.

Je suis fort content des Lyonnais. J’irai voir leurs fabriques aujourd’hui. Demain j’irai à la cathédrale entendre la grand’messe de Pâques. Je partirai mardi pour Chambéry.