Correspondance de Napoléon – Avril 1805

Stupinigi, 27 avril 1805

A M. Felici, ministre de l’intérieur du royaume d’Italie

Le ministre de la guerre n »informe que l’avoine est rare. J’ai déjà ordonné qu’on en prohibât la sortie. La grande quantité de chevaux que nous avons en Italie rend cette mesure indispensable.

 

Stupinigi, 28 avril 1805

A M. Champagny

Toutes les petites communes, depuis Lans-le-Bourg jusqu’à Saint-Jean-de-Maurienne, ont de petits hospices qu’il serait essentiel d’encourager et de doter. Le passage nombreux des conscrits et des soldats par cette vallée rend utile l’établissement d’hospices militaires, hospices qui sont tous coûteux, et je préfère que le service soit fait par les hospices civils. Il doit y en avoir à Lans-le-Bourg, Saint- Michel, Saint-Jean-de-Maurienne et autres petites communes. Connaître leur état et leur dotation actuelle, afin d’en mettre plusieurs en état de faire le service.

 

Stupinigi, 28 avril 1805

DÉCISION

Mll, Pays, orpheline, réclame le produit de la succession de ses père et mère, déposé à l’hospice des vieillards.Renvoyé au ministre de l’intérieur, pour savoir pourquoi on a dépouillé cette orpheline.

 

Stupinigi, 28 avril 1805

A M. Gaudin

Je reçois le compte que vous me rendez des produits des différentes régies, par votre rapport du 3 floréal. Je suis frappé du malheur constant qu’éprouve la loterie. Des événements malheureux qui se succèdent dans cette partie, aussi souvent, doivent donner l’éveil. Surveillez cette administration, et faites-vous rendre des comptes fréquents pour voir s’il n’y a pas lieu à quelque friponnerie. J’avais été instruit de la volerie de . . . . . . . .. de la conservation de Paris. Faites-vous faire un rapport, et donnez-y une grande publicité dans le Moniteur. Ce serait une grande erreur de penser que l’administration est bien organisée et rend ce qu’elle doit rendre. Elle est susceptible d’augmentation. Une administration sévère, vigilante et bien organisée (en bien des endroits il n’y a pas assez d’employés), nous ferait gagner dix millions.

On m’assure que les droits d’enregistrement baissent depuis la publication du code civil. On l’attribue aux hypothèques légales pour peu de chose, mais plus aux changements survenus dans la législation relative aux actes sous seing privé. Faites-vous faire un rapportsur cet objet.

 

Stupinigi, 28 avril 1805

A M. Barbé-Marbois

On ma instruit de l’événement arrivé à Compiègne et de l’arrestation des coupables; ainsi l’exemple sévère qu’on fera produira un bien au lieu d’un mal.

 

Stupinigi, 28 avril 1805

A M. Fouché

Monsieur Fouché, la réforme des journaux aura bientôt lieu; car il est par trop bête d’avoir des journaux qui n’ont que l’inconvénient de la liberté de la presse sans en avoir les avantages, et qui, par malveillance ou ineptie, colportent tous les bruits propres à alarmer le commerce, et toujours dans le sens et dans la volonté de l’Angleterre. Ditês aux rédacteurs que vous ne leur ferez aucune observation sur de petits articles; qu’il n’est plus question aujourd’hui de n’être pas mauvais, mais d’être tout à fait bons; car on ne les laissera pas jouir de bons revenus pour ne rendre aucun service, et au contraire pour nuire. En répétant cela aux différents journalistes et leur disant qu’ils ont encore trois ou quatre mois pour faire leurs preuves, ce sera à eux à faire leur profit de ces avertissements.

 

Stupinigi, 28 avril 1805

A M. Portalis

Je ne vois pas d’inconvénient à donner une retraite au curé de Saint- Valery; mais je crois convenable de ne donner aucune publicité à cette affaire : il y aurait trop de mal et d’inconvénient à ce scandale.

 

Stupinigi, 28 avril 1805

Les habitants de Bourg prient l’Em pereur de faire ouvrir l’église de Brou et d’en faire une succursale.Accordé. Renvoyé à M. Portalis. Cette église est une des plus belles de France; il est dommage qu’on n’y officie pas.

 

Stupinigi, 29 avril 1805

A M. Gaudin

Comme les inspecteurs des forêts sont nommés par moi, je désire que vous me présentiez un projet pour destituer ceux compromis dans la forêt d’Armainvilliers. Il faut tâcher de ne faire que de bons choix, et surtout nommer des hommes actifs et probes; il y a beaucoup de mélange dans l’administration forestière.

 

Stupinigi, 29 avril 1805

A M. Fouché

Je me suis aperçu que les forêts étaient mal administrées.

Je suis assez content du Piémont. Je désire que vous fassiez faire des articles pour bien faire connaître qu’entouré de 100,000 personnes à Turin, je n’avais aucune troupe française; que toutes les troupes du Piémont étaient à Marengo; que, dans toutes mes courses à Veneria, Moncalieri, je n’avais que de la garde turinoise; cela flattera les Piémontais, et fera voir que je me fie à cette portion de l’Empire autant qu’à toutes les autres.

 

Stupinigi, 29 avril 1805

Au vice-amiral Decrès

J’attends avec bien de l’impatience le départ de l’escadre de Brest et de Rochefort. Je m’imagine que vous avez déjà fait partir quelques goélettes et bricks. Il est bien instant que Villeneuve soit instruit. Je suis bien surpris que vous n’ayez pas de nouvelles directes de Missiessy. Toutes les nouvelles que je reçois, c’est que 5 ou 6,000 hommes aux Indes ruineraient la Compagnie anglaise. Dans le cas que, par des événements quelconques, notre expédition n’ait pas un plein succès, et que je ne puisse pas arriver au plus grand de tous les buts, qui fera tomber tout le reste, je pense qu’il faut calculer l’opération de l’Inde pour septembre. Il y a aujourd’hui beaucoup plus de moyens qu’il y a quelque temps. On pourrait toute la baser sur le départ de l’escadre de Brest et sa jonction avec celle du Ferrol, puisque cela ferait 36 vaisseaux de guerre. Faites-moi connaître la saison où l’on pourra faire l’expédition d’Afrique. Écrivez donc en Espagne pour le cinquième vaisseau, et en désarmant, s’il est possible, une frégate, je me trouverai avoir le nombre de vaisseaux nécessaire.

Voyez à Brest si l’on peut, sans décider que Ganteaume ne peut sortir, s’attendre à être débloqué par Villeneuve. Voyez donc alors de tâcher d’y joindre l’Océan; quand il ne suivrait pas l’escadre, il pourrait prendre part au combat; car vous ne doutez pas que l’escadre de Brest ne se batte, et un vaisseau à trois ponts de plus ne peut être que d’un grand avantage.

 

Stupinigi, 29 avril 1805

Au vice-amiral Decrès

Monsieur Decrès, M. Rosily m’a écrit pour me demander à être grand officier de la Légion d’honneur; cela m’est difficile. Missiessy, Gourdon, Lacrosse, Magon sont dans mon esprit au-dessus de lui; il a donc très-tort de se comparer à Bruix, à Ganteaume, à vous, à Villeneuve. J’estime même que tout capitaine de vaisseau qui a fait la guerre, et qui a quelque mérite, a plus de considération à mes yeux que M. Rosily. Cependant c’est un bon officier. Il n’est pas tellement vieux qu’il ne puisse rendre des services à la mer. Voyez à l’employer, ou bien qu’il reste comme il est; mais que je n’entende plus parler de lui pour aucune espèce d’avancement. Les hommes qui restent à Paris ne peuvent se comparer aux hommes qui s’exposent à tous les dangers qu’on court à la mer, et, dès qu’ils s’élèvent à se comparer à eux, il faut le leur rappeler et les faire rentrer en eux-mêmes.

 

Stupinigi, 29 avril 1805

Au vice-amiral Rosily

Monsieur le Vice-Amiral Rosily, je ne puis établir aucune parité d’ancienneté entre Bruix, Ganteaume, Decrès et vous. Ils ont navigué, et vous n’avez pas navigué depuis dix ans. Ils ont, à mes yeux, le mérite bien grand de n’avoir pas désespéré de notre marine, d’avoir lutté souvent contre des forces supérieures, et d’avoir toujours soutenu l’honneur du pavillon. N’ayant pas navigué depuis longtemps, et vos talents et votre expérience de la mer m’étant connus, c’est un véritable tort qu’ont éprouvé nos forces navales. Je pense donc que, si vous, vous sentez encore en état de rendre des services, c’est à la mer que vous le devez, et je ne me refuserai pas à ce que le ministre de la marine me proposera. Les amiraux anglais, qui passent constamment leur vie à la mer, sont plus âgés que vous.

 

Asti, 30 avril 1805

A M. Cambacérès

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 6 floréal. J’apprends avec plaisir que le code judiciaire avance. Faites aussi imprimer tout ce qu’il y a de relatif au code de commerce, qu’il faut faire en sorte de présenter à la législature prochaine. Il ne paraît pas qu’il puisse y avoir des discussions telles que la confection en soit considérablement retardée. Je désirerais, à mon arrivée à Paris, pouvoir, en quatre ou cinq séances, présider à la discussion des points principaux. Faites donc préparer ce travail.

Je n’ai pas encore eu de nouvelles directes des Antilles; je suis cependant bien impatient d’en recevoir. Comme le commerce est aujourd’hui plus en mesure que moi d’en savoir, puisque des bâtiments de l’Amérique ou de Londres peuvent lui en porter, faites-moi connaître tout ce que vous en apprendriez à Paris. Apprenez-moi aussi tout ce qu’on y dit de la destination de l’escadre de Toulon.

 

Asti, 30 avril 1805

A M. Talleyrand

Je désire que vous écriviez en Espagne pour que désormais, lorsqu’il y aura des nouvelles d’événements majeurs, on défende aux postes de donner des chevaux, d’au moins cinq jours, parce que, par cette voie, l’Angleterre se trouve prévenue trop promptement. Cela gagne sur-le-champ la Hollande et Hambourg, et, d’ailleurs, les espions que les Anglais ont à Paris les instruisent bien vite; au lieu qu’avec cinq jours de retard ils ne sont instruits que par le cours naturel des choses.

 

Asti, 30 avril 1805

Au vice-amiral Decrès

Monsieur Decrès, j’ai relu avec attention les instructions données à l’amirai Villeneuve. Je suppose qu’il arrivera à la Martinique le 15 de ce mois; que dès lors il en partira pour se rendre, par Santo- Domingo, dans la baie de Santiago, le 25 prairial, y restera vingt jours, et après entrera à Cadix. Si l’amiral Magon part avant le 20 ou le 25 floréal, il lui porte l’ordre d’attendre trente-cinq jours, et après de se rendre, par le plus court chemin, devant le Ferrol. L’amiral Magon n’arrivera pas avant le 20 ou le 25 prairial, et l’amiral Villeneuve devra attendre jusqu’au 11 thermidor; il ne serait alors rendu devant le Ferrol que le ler fructidor. Ainsi donc l’amiral Villeneuve est parti le 9 germinal; lorsqu’il arrivera devant le Ferrol, il y aura cinq mois qu’il sera parti, et il n’aura plus qu’un mois de vivres, en supposant que, pendant son séjour à la Martinique, il ait consommé les vivres de son escadre, ce qui n’est pas probable, surtout pour son biscuit. Toutefois, dans cette hypothèse, qui est la plus désavantageuse, il aurait encore les vivres nécessaires pour achever sa mission. Mais quarante et trente-cinq jours font soixante et quinze jours; l’amiral aura donc séjourné deux mois et demi aux Antilles. Les Anglais ne seront certains de la marche du général Villeneuve que lorsqu’il sera arrivé, c’est-à-dire le 20 prairial. L’amiral restera donc trente-cinq jours depuis que les Anglais auront la nouvelle de son arrivée à la Martinique; cela est, je crois, trop au moins de quinze jours. Il faut donc que, si l’amiral Magon n’est point encore parti, vous écriviez à l’amiral Villeneuve que, dans la lettre que lui porte l’amiral Magon , il est dit qu’il restera trente-cinq jours, mais qu’on avait espéré que le général Magon serait parti quinze jours plus tôt; que mon intention est donc qu’il ne reste à la Martinique que jusqu’au 15 messidor. Mais, si le général Magon n’est point parti au 20 floréal, et que vous n’ayez expédié aucun bâtiment à cette époque au général Villeneuve pour lui dire d’attendre, il sera à penser que le général ne rencontrera plus le général Villeneuve, qui, selon moi, partira le 20 ou le 25 prairial; et alors il n’y aura plus de possibilité de le joindre que dans la rade de Santiago. Je pense qu’il sera alors convenable que l’amiral Magon se rende dans cette rade pour porter l’ordre au général Villeneuve de se porter sur-le-champ sur le Ferrol. Quant aux mouvements de l’escadre de Brest, ils dépendent des mouvements de l’escadre de Rochefort. Si l’amiral Magon est parti avant le 20 floréal, et que l’amiral Ganteaume ne soit pas parti au 1er prairial, il ne reste plus à l’amiral Ganteaume que d’attendre tranquillement à être débloqué. Mais si, au contraire, l’amiral Magon, partant après le 20 floréal, se dirige sur Santiago, je pense que l’amiral Ganteaume doit se rendre également dans cette rade avec l’escadre du Ferrol. L’amiral Villeneuve n’arrivera point à Santiago avant le 10 ou le 15 messidor; l’amiral Ganteaume peut donc se rendre à Santiago, quand il ne partirait pas avant le 15 prairial.

L’amiral Villeneuve, suivant ses premières instructions, arrive donc à Santiago le 10 ou le 15 messidor; il aura donc encore plus de trois mois de vivres, dans cette hypothèse; l’escadre de Brest sera d’ailleurs dans le cas de lui en donner. Ainsi donc il convient aujourd’hui de bien déterminer ce que nous avons à faire. Si le général Magon part avant le 20 floréal, et que Ganteaume parle avant ler prairial, mon armée peut encore se réunir à la Martinique; elle serait rassemblée avant le ler messidor, et serait de retour avant le 15 fructidor. Si, au contraire, le général Magon part avant le 20 floréal, et qu’au ler prairial Ganteaume n’ait pas pu sortir, il faut qu’il ne parte plus et attende l’arrivée de l’armée qui doit le débloquer. Enfin, si le général Magon n’est point parti au 20 floréal, il convient qu’au lieu de se diriger sur la Martinique il se dirige sur Santiago, pourvu qu’il parte avant le 15 prairial; et mes escadres pourraient alors se réunir dans les quinze premiers jours de messidor dans baie de Santiago.

Il est certain que je préfère à tout la réunion à la Martinique; que je préfère même la réunion de Santiago au déblocus de Brest, afin d’éviter toute espèce de combat. Dans tous les cas, il est nécessaire que vous me fassiez un rapport détaillé sur toutes ces questions; que vous me donniez les noms des bricks, goélettes ou frégates que vous aurez expédiés; que, sans attendre d’autres ordres, vous écriviez au général Magon que, s’il n’est pas à la voile le 25 floréal au matin il attende de nouveaux ordres pour partir. Je suppose que vous n’avez expédié aucun bâtiment ni frégate à l’amiral Villeneuve pour le prévenir d’attendre : il faut que vous écriviez une nouvelle dépêche à l’amiral Magon en cas qu’il parte avant le 23, et que vous prescriviez au général Villeneuve qu’au plus tard le 15 messidor il soit à la voile pour opérer son retour sur le Ferrol; et qu’enfin vous fassiez connaître au général Magon, dans une dépêche cachetée, qu’arrivé à Martinique et en trouvant l’amiral Villeneuve parti depuis quelques jours, il doit se diriger en droite ligne sur Santiago, parce que l’amiral Villeneuve devant passer devant Santo Domingo et rester vingt jours à Santiago, il aura le temps de l’atteindre à cette baie et que, dès le moment de sa jonction avec cet amiral, il doit lui remettre l’ordre de se rendre devant le Ferrol et de ne plus attendre l’escadre de Brest.

Quant au général Ganteaume, vous devez toujours l’encourager à partir jusqu’au 5 prairial, si le général Magon est parti.

Je crois avoir prescrit au général Villeneuve, dans les instructions que lui porte le général Magon, de se rendre par le plus court chemin au Ferrol et de ne point passer par la Jamaïque, parce que c’est pour cette île que seront alarmés les Anglais, dès qu’ils le sauront aux Antilles. J’imagine que l’amiral Missiessy, dans quelque port qu’il arrive, trouvera ses vivres prêts. J’imagine que, s’il pouvait se rendre à Santiago, ses 5 vaisseaux pourraient aussi jouer leur rôle.

En cas que Ganteaume ne soit point encore parti au moment où vous recevrez cette lettre, envoyez-moi des projets d’instructions pour le général Magon et pour le général Ganteaume, dans l’hypothèse que l’amiral Villeneuve suivra ses premières instructions et que la jonction de mes escadres doive se faire à Santiago.

Missiessy a dû partir le 22 mars; il devrait être de retour en Europe dans la première quinzaine de mai; il ne devrait donc pas être loin. S’il arrivait à Rochefort, et que l’amiral Magon ne fût pas parti, il y aurait possibilité de les faire repartir sur-le-champ ensemble pour Santiago; il faudrait pour cela que les vivres pussent être prêts à Rochefort.

L’amiral Missiessy a emporté des vivres pour six mois; il est parti le 29 nivôse; au 22 messidor il y aura six mois qu’il sera en mer; mais les hommes de passage ont dû lui manger un mois de vivres : s’il n’en a pas reçu à la Martinique, il n’en doit plus avoir que jusqu’au 22 prairial; raison de plus pour calculer sur sa prochaine entrée.

Dans tous les cas, je pense que l’amiral Magon ne doit pas emmener tant d’hommes; qu’il complète ses équipages avec de bonnes troupes, et qu’il embarque seulement une centaine de Piémontais sur chaque vaisseau; qu’il épargne ses vivres, non pour lui, mais pour pouvoir en donner à l’amiral Villeneuve; il pourrait en donner trois mois pour 2 vaisseaux, ce qui ferait un mois pour 6 vaisseaux et dix jours pour toute l’escadre de l’amiral Villeneuve; c’est un secours qui n’est pas à dédaigner.

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Je vous recommande le Régulus; ce bâtiment peut très-bien être armé, et prêt à partir pour le 20 prairial : et cela étant, il peut entrer dans nos combinaisons et figurer d’une manière bien avantageuse.

La saison étant déterminée pour les jours de départ et d’arrivée, vous êtes plus à même de les juger. Faudra-t-il à l’amiral Magon plus on moins d’un mois pour arriver à la Martinique ? S’il ne lui faut qu’un mois, il est clair qu’en partant le 20 il y a toute probabilité qu’il joindra l’amiral Villeneuve. J’ai mis que l’amiral Magon pourrait partir le 25; comme cela dépend d’une manière de voir, vous pouvez ne mettre que le 20, si vous craigniez que l’amiral soit déjà parti.

 

Asti, 30 avril 1805

Au vice-amiral Ver Huell

Monsieur le Vice-Amiral Ver Huell, j’ai reçu votre lettre de Bruges du 30 germinal. Non-seulement je consens, mais je désire même que vous acceptiez le ministère de la marine. En plaçant des hommes aussi attachés que vous à ma personne, c’est le seul moyen de relever votre pavillon, plus abattu encore par la lâcheté et l’ineptie de ceux qui le dirigeaient que par toute autre circonstance. Mais vous ne devez point quitter le commandement de la flottille batave; réunissez-la toute le plus tôt possible à Ambleteuse. Vos chaloupes doivent, à l’heure qu’il est, pouvoir entrer dans le port; faites-les-y passer également. Faites que toute votre flottille soit réunie à Ambleteuse pour le 20 prairial.