Correspondance de Napoléon Ier – Juillet-Août-Septembre 1808

Bayonne, ler juillet 1808.

A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris.

Je reçois votre lettre du 28 juin. J’attends de savoir s’il est vrai que le 28 juin les chefs chouans aient débarqué dans l’anse de Paul.

 

Bayonne, ler juillet 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée, à Bayonne.

Mon Cousin, écrivez au sieur Daru et au maréchal Davout d’envoyer des agents en Bohême pour connaître les mouvements réels des Autrichiens.

 

Bayonne, 1er juillet 1808, onze heures du soir.

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée, à Bayonne.

Je vous envoie la lettre de l’estafette. Écrivez au maréchal Bessières qu’il me paraît nécessaire de repousser le rassemblement de Benavente; mais, pour cet effet, il faut que le général Lassalle soit appuyé des troupes du général Merle et de celles de Burgos.

Ecrivez au général Savary que nous n’avons pas de nouvelles de Saragosse aujourd’hui ; qu’il paraît qu’il s’est formé un rassemblement assez considérable à Benavente ; qu’il faut avoir à Madrid une colonne prête à réprimer ce qui pourrait se détacher de Benavente; que le général Vedel peut avoir besoin d`être soutenu par le général Frère; que, si le maréchal Moncey ne soumet pas Valence avec la force qu’il a, la force du général Frère n’y fera rien ; que, s’il était vrai que le général Castanos fût tué et que le camp de Gibraltar eût marché sur Cordoue, il serait à craindre que le général Vedel fût trop faible pour débloquer le général Dupont ; qu’il est nécessaire, si le général Frère apprenait que le maréchal Moncey fût à Valence, qu’il retournât dans la direction d’Albacete; qu’il faut avoir des troupes disponibles pour les envoyer au général Vedel et pour observer les troupes de Galicie; qu’il paraît que les troupes espagnoles qui étaient dans la province de Porto se sont jointes aux révoltés de la Galice; qu’on attend que les relais soient placés pour que le Roi parle, et que toutes les observations des membres de la junte sur la constitution doivent être remises demain à l’Empereur.

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P- S- Dites-lui bien que les Catalans ont été battus, à douze lieues tout autour de Barcelone , par le général Duhesme, qui en a tué 2 ou 3,000 et a brûlé quelques villages; que mes dernières nouvelles sont du 24; que le général Reille s’est rendu à Bellegarde pour entrer avec 6,000 hommes en Catalogne dans la première semaine du mois.

 

Bayonne, ler juillet 1808

Au maréchal Bessières, commandant la garde impériale, etc., à Burgos.

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 29 à midi. Témoignez ma satisfaction aux troupes des généraux Merle et Ducos. Faites conaître que j’accorde six décorations de la Légion d’honneur pour les sous-officiers et soldats et six pour les officiers de la colonne du général Ducos, et le double pour la colonne du général Merle. Envoyez-moi les procès-verbaux de propositions.

Le major général vous a instruit que la division du général Mouton sera le 2 à Vitoria : ce sont des troupes superbes, tous vieux soldats; elles sont composées du 4e régiment d’infanterie légère, du 15e de ligne et d’un bataillon de Paris. Si quelque événement vous rendait ce renfort nécessaire, vous pourriez lui envoyer des ordres; mais, si le cas n’est pas pressant, il faut les laisser reposer quelques jours à Vitoria. Vous pouvez envoyer l’ordre au bataillon faisant partie de la division Verdier, qui est resté à Vitoria, d’en partir le 2 juillet, à la pointe du jour, pour vous joindre.

Je viens de recevoir des nouvelles de Saragosse du 28. Le général Verdier commandait. La ville est cernée de tous côtés; on a établi des batteries de mortiers et d’obusiers, et, sous deux on trois jours, on espérait être maître de la ville. On a enlevé un poste important que l’ennemi occupait; on lui a tué beaucoup de monde, et on lui a pris six pièces de canon. Vous ne devez ajouter confiance à aucun des bruits que les rebelles font courir. Les Aragonais ont fait une proclamation où ils disent qu’ils ont gagné, le 16, sous les murs de Saragosse, une victoire plus célèbre que celles de Marengo, d’Austerlitz et d’Iéna. Le fait est qu’ils s’étaient sauvés de Saragosse, qu’ils ont été atteints dans leur poursuite et dispersés.

Il me semble que vous pourriez déjà établir une partie de votre monde à mi-chemin de Palencia à Burgos, afin d’être à Palencia en une petite marche.

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P.S. Faites multiplier les partis et ne laissez faire aucun mouvement à l’ennemi sur la route de Madrid.

 

Bayonne, 1er juillet 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Bayonne

Monsieur de Champagny, Berlin ne trouve point de blé et en a un pressant besoin. Écrivez au sieur Bourgoing, à Dresde, pour qu’il en laisse exporter de Pologne et à Cassel pour qu’on en laisse exporter de Magdebourg

 

Bayonne, 2 juillet 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée, à Bayonne

Envoyez l’ordre au général Cervoni, commandant la 8e division militaire, de faire partir sur-le-champ pour Perpignan une compagnie de 140 hommes, bien armés et bien habillés, de chacun des 1er et 62e de ligne et du 22e léger. Donnez l’ordre au général commandant la 18e division militaire de faire embarquer sur la Saône et sur le Rhône une compagnie du 16e léger de 140 hommes. Donnez ordre au général commandant à Lyon de faire embarquer sur le Rhône une compagnie du 24e de ligne de 140 hommes. Donnez ordre au commandant de la 7e division militaire de faire partir également une compagnie du 5e de ligne forte de 140 hommes. Ces six compagnies se réuniront à Perpignan, et formeront là un bataillon de 840 hommes. Vous enverrez un des chefs de bataillon à la suite pour commander ce bataillon. Vous donnerez l’ordre au commandant de la 7e division militaire de faire partir une compagnie de 140 hommes de chacun des 8e et 18e légers, et des 23e, 60e, 79e et 81e de ligne. Ces détachements se dirigeront sur Perpignan, et formeront un bataillon de six compagnies de 840 hommes. Ces troupes profiteront du Rhône pour arriver promptement à leur destination. Vous appellerez le ler bataillon, 1er bataillon provisoire de Perpignan, et l’autre, 2e bataillon provisoire de Perpignan. Enfin vous donnerez des ordres à Valence, en Dauphiné, pour qu’on fasse partir deux escouades, chacune de trente canonniers à pied on à cheval, lesquelles se rendront à Perpignan avec ou sans chevaux.

 

Bayonne, 2 juillet 1808

Au général Reilhe, aide-de-camp de l’Empereur, à Bellegarde

Je vous suppose arrivé à Bellegarde. Vous devez avoir le 2e bataillon du régiment toscan, un bataillon de gardes nationales et un bataillon des compagnies de réserve départementale, deux escadrons de dragons toscans et un détachement suisse de 150 hommes; tout cela doit faire au moins 2,500 hommes. Un bataillon du 32e léger, fort de 600 hommes, est parti de Toulon ainsi que trois compagnies du 16e de ligne et deux compagnies du 2e régiment suisse, faisant ensemble 500 hommes; ce 2e bataillon de 1,100 hommes doit être arrivé le 6 juillet à Perpignan. Il est parti de Grenoble un bataillon de la 5e légion de réserve de 500 hommes, qui arrivera le 11 juillet à Perpignan; le bataillon valaisan qui est parti de Port-Maurice, doit arriver le 12 juillet à Perpignan; ce qui fera un renfort de 2,400 hommes. Indépendamment de ces 2,400 hommes, il est parti deux bataillons et deux escadrons d’Italie, formant en tout 1,500 hommes, qui arriveront vers le 13 ou le 14. Cela complétera donc insensiblement votre corps à 6 ou 7,000 hommes. Six pièces de canon doivent y avoir été organisées.

Aussitôt qu’il vous sera possible, faites lever le blocus de Figuières, pour que cette place ne se rende pas par défaut de vivres. Il doit y avoir à Bellegarde 200,000 rations de biscuit ; faites-en faire à Bellegarde et à Perpignan, afin d’approvisionner cette forteresse pour six mois. Prenez position dans cette forteresse du moment que vous serez en force, et réunissez là tout votre corps pour pouvoir, aussitôt qu’il sera tout réuni, vous porter sur Girone. Du moment que vous serez maître de Figuières, il faut vous rendre maître de Rosas. Le général Duhesme a plusieurs fois battu les rebelles à quinze lieues autour de lui. Il s’est même porté le 20 juin sur Girone, et, après une légère fusillade, il n’a pas jugé à propos de tenter sérieusement l’assaut; mais il mande que, dès qu’il apprendra qu’il y a une colonne du côté de Figuières, il pourra aussi envoyer une colonne sur Girone.

Cette lettre vous sera portée par le petit de Salm; faites-le servir activement et ferme près de vous.

 

Bayonne, 3 juillet 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grand Armée, à Bayonne

Répondez au général Savary que la mesure de faire tirer du canon pour les victoires qu’on remporterait en Espagne est inutile, et qu’ainsi il peut s’en dispenser; que des ordres du jour en français, qu’on lira à la tête des compagnies, sont suffisants, indépendamment d’articles de gazettes espagnoles bien faits; que je suis fâché qu’on ait envoyé au général Dupont du biscuit; qu’il fallait le garder à Madrid pour des circonstances plus importantes; qu’il était facile au général Dupont de s’en procurer dans la Manche et dans le royaume de Grenade; que le général Dupont, ayant emmené seize pièces d’artillerie, doit en avoir suffisamment; que, quant au bruit répandu à Madrid sur la duchesse d’Ossuna, il faut qu’il leur parle et leur fasse parler; que je suis fâché que tous les aides de camp du grand-duc ne soient pas restés à Madrid; vous enverrez l’ordre au commandant de Vitoria de leur signifier d’y retourner, hormis un, qui accompagnera le grand-duc.

Vous ferez remarquer au général Savary qu’il est contre l’usage de la France de faire tirer le canon, à moins que ce ne soit pour de grandes victoires, comme celles de Marengo, d’Austerlitz, d’Iéna, de Friedland; qu’il serait ridicule d’en tirer pour la prise de Saragosse, de Valence, ou pour d’autres événements de cette nature.

Il faut employer M. Laforest pour parler et faire parler aux maisons qui se comportent mal, en leur donnant quelques avertissements et leur recommandant de la circonspection.

Monsieur Cretet, je donne ordre au ministre de la guerre de faire diriger les 1,200 prisonniers qui sont à Troyes sur le canal de l’Ourcq, sur le canal de Bourgogne, ou sur celui de Saint-Quentin. Entendez-vous avec ce ministre et prenez des mesures pour cela. Mon intention est que le canal de Troyes soit commencé sans délai, pour donner du travail au peuple. Il me semble que tout cela va plus lentement que cela ne devrait aller. Faites exécuter tous ces travaux sans attendre mes ordres. S’il est nécessaire, il faut que, sur les 800,000 francs de fonds non répartis, affectés à la navigation, vous preniez 3 ou 400,000 francs pour dépenser à Troyes.

 

Bayonne, 4 juillet 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je recois votre lettre du 30 juin. Je ne sais ce que c’est que cet homme arrivé le 26 du mois, seul, à Boulogne; probablement la police me l’apprendra dans ses bulletins.

 

Bayonne, 4 juillet 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Les habitants de Troyes ont besoin de travail. Je désire que les 1,200 prisonniers de guerre qui s’y trouvent soient dirigés soit sur le canal de l’Ourcq, soit sur le canal de Bourgogne, et que les travaux du canal de Troyes soient commencés sans délai, pour donner de l’occupation au peuple. Veillez à ce que cela soit exécuté, et assurez- vous que les travaux sont commencés. Faites-moi connaître les différents points où, par défaut de travail, le peuple éprouverait des besoins, et quelle espèce de travaux on pourrait faire faire.

 

Bayonne, 4 juillet 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Communiquez au ministre de la marine le rapport de Prégent et faîtes-lui connaître où il faudrait établir des bureaux pour surprendre les communications de l’ennemi sur ces points

 

Bayonne, 4 juillet 1808

A Eugène Napoléon, vice-Roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, vous devez faire partir les régiments napolitains à pied et à cheval pour se rendre par le par plus court chemin à Avignon. Faites-les suivre par tous les détachements de napolitains qui sont à Mantoue; ils serviront a recruter leurs premiers bataillons. Faites partir également un millier d’hommes bien organisés d’infanterie italienne, pour recruter les régiments qui sont à Barcelone. Faites former de ces mille hommes deux petits bataillons, que vous dirigerez sur Avignon; cette force m’est nécessaire. Faites-les partir de Milan et de Novare, pour qu’ils arrivent le plus tôt possible.

 

Bayonne, 5 juillet 1808

NOTE POUR M. CRETET, MINISTRE DF L’INTÉREUUR, A PARIS.

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Le ministre de l’intérieur trouvera ci-joint , une expédition du décret sur la mendicité. Sa Majesté a pour l’établissement des maisons de mendicité le même principe qu’elle a eu pour rétablissement des lycées, c’est-à-dire que l’exécution doit en être successive. Avec des règles générales on n’arrive à rien ; il faut agir comme les siècles. Les collèges, les hôpitaux, les maisons de force, etc., ont été des institutions partielles; un grand seigneur, une princesse, un archevêque, ont fait les frais; c’est avec le temps que ces établissements se sont multipliés et qu’on est parvenu à un système général. Sa Majesté aurait voulu que l’on prit un parti depuis six mois, et déjà les dépôts de mendicité seraient établis. Le ministre peut causer avec les préfets de Paris, de Versailles, de Beauvais et de Melun; ces quatre départements, qui sont sous sa main, serviront d’exemple. Rien n’empêche qu’avant huit jours on présente à l’approbation de Sa Majesté la constitution des dépôts de mendicité de ces quatre départements; qu’au ler du mois d’août la mendicité y soit défendue, et que ces quatre maisons soient remplies de mendiants. On ne dira pas que tous les mendiants de France accourront dans ces maisons, puisque ces établissements n’ont pas d’attrait pour les mendiants, et que les mendiants vagabonds en sont exclus. En organisant ainsi trois ou quatre maisons tous les mois, on arrivera bientôt au moment où tous
les dépôts de mendicité de la France seront organisés.

Quant à la dépense, il y a des ressources immenses. Les villes qui ont eu à établir leur lycée ont fait pour cet objet des dépenses considérables avec des moyens qui, ces dépenses terminées, deviennent disponibles.

Sa Majesté désire que le ministre lui fasse connaître :

1° Quelles sont les villes qui ont fait des dépenses pour leur lycée, et quel est le montant de ces dépenses qu’elles n’ont plus à faire et dont on peut disposer;

2° Ce que peut produire, pour les dépôts de mendicité, le quart du revenu des bois communaux;

3° A combien s’élève le montant disponible des fonds de non- valeurs non employé dans les divers départements ;

4° Ce dont on peut disposer sur le tiers des fonds de non-valeurs mis à la disposition du ministre.

Ces ressources offriront des moyens suffisants pour pousser vivement cette organisation. Il y a à peu près cent dépôts de mendicité à organiser. En supposant que l’établissement de ces maisons coûtera ‘l’un dans l’autre 100,000 francs, cela ne fera qu’un capital de 10 millions; et déjà le ministre a à sa disposition, 1°sur les budgets des communes, 11 ou 1200,000 francs ; 2° sur le quart de réserve les bois communaux, une somme encore plus considérable; ce qui fait à peu près 3 millions. Le ministre a sur les fonds de non-valeurs 1,500,000 francs. L’on voit que les fonds ne manqueront pas. En administration, ce ne sont pas seulement des principes généraux qu’il faut poser : l’administration est une affaire d’exécution. Dans huit jours, le ministre peut proposer à Sa Majesté l’établissement de quatre dépôts de mendicité avec les moyens qui existent déjà et ceux qui se trouvent dans les localités.

Quant aux fonds communs du produit des bois communaux et des excédants des revenus des communes, le principe de la propriété est facile à maintenir, en déclarant que ce ne sont que des prêts, qui seront rendus aux communes par les départements.

 

Bayonne, 6 juillet 1808

A M. de Montalivet, directeur général des ponts et chaussées, à Paris

Monsieur de Montalivet, j’ai reçu les trois états que vous m’avez envoyés, le premier intitulé, Répartition des fonds du service des ponts et chaussées, exercice 1808, contenant proprement les routes et les ponts; le second intitulé, Répartition générale des fonds du service de la navigation intérieure, canaux, quais et dessèchements; le troisième intitulé, Répartition générale des fonds du service des ports maritimes. Il faudrait, pour l’année prochaine, que ces états fussent arrêtés au ler février par le ministre de l’intérieur, afin qu’on puisse travailler pendant toute la campagne.

Je vois qu’au canal du Nord, c’est-à-dire au canal qui doit joindre l’Escaut au Rhin, vous dépensez 600,000 francs provenant des centimes additionnels, et deux millions provenant du produit de la vente des canaux; qu’au canal de Bourgogne vous dépensez 75,000 francs sur les centimes et un million sur la vente du canal du Midi, et qu’au canal Napoléon vous dépensez 365,000 francs sur les centimes et deux millions sur les fonds provenant de la vente des canaux. Les renseignements que j’ai sur les localités me font penser que ces fonds ne pourront être dépensés, parce qu’il n’y a pas assez d’activité dans ces travaux. Ce n’est cependant pas faute de bras, car j’ai à Troyes 1,900 prisonniers de guerre qui absorbent le travail de la ville; et qu’il faut placer ailleurs, soit au canal de Bourgogne, soit au canal Napoléon. Le canal de Saint-Quentin n’est point porté dans cet état. Je n’y vois pas non plus la Marne; du moins, elle n’y est portée que pour une dépense de 10,000 francs. Il me semble que j’avais destiné deux millions sur un fonds extraordinaire pour cet objet. Je vois bien peu d’argent dépensé cette année à l’écluse de la Somme depuis Saint-Valery. Je désire que vous me fassiez connaître quelle est la partie de ces sommes qui est attribuée aux canaux sur les fonds extraordinaires ; quelle sera la partie qui sera dépensée au mois de novembre, c’est-à-dire à la fin de la campagne, et la partie qui ne pourra pas être dépensée et qui sera renvoyée à la campagne prochaine. Faites-moi connaître également le nombre d’ouvriers qui travaillent aux canaux de Saint-Quentin, du Nord, au canal Napoléon et au canal de Bourgogne. J’ai ordonné beaucoup de travaux pour la Seine et la Marne sur des fonds extraordinaires.

 

Bayonne, 6 juillet 1808

A M. Gaudin, ministre des finances, à Paris

Je reçois votre lettre du ler juillet avec toutes les pièces relatives à la Toscane. J’approuve que la junte fasse payer provisoirement les rentes portées dans l’état n° 4, se montant à un intérêt annuel de 648,000 francs. Quant au n° 5, on peut encore l’ajourner jusqu’à ce qu’on ait de plus grands renseignements. L’état n° 6 sera définitivement supprimé. Ainsi je vois que, sur 105 millions de capital, 18 millions appartiennent à des particuliers et 21 millions aux hôpitaux, séminaires, collèges et autres établissements publics. La dette de la Toscane se réduirait donc à 40 millions ou à 1,300,000 francs de rente. Les 21 millions qui appartiennent à des collèges, hôpitaux, séminaires, etc., entrent dans notre budget, vu qu’il sera facile, en établissant des octrois, d’arriver à l’extinction des rentes de ces différents établissements. Ce ne sera donc réellement que 600,000 fr. de rente que nous devrons à à la Toscane, sur lesquels il faut ôter ce que nous devons à des étrangers, Anglais, Autrichiens, etc., et il sera nécessaire d’acquitter cette dette en rescriptions payables en domaines. Il sera nécessaire également de se défaire de la dette du Piémont, de celles de Gènes et de Parme, en les restreignant en dettes de Toscane et de Piémont. Cela est nécessaire pour vendre les domaines que les idées ecclésiastiques pourront empêcher de vendre, et pour produire un déplacement dans les propriétés. Je pense qu’entre Gênes, Parme, la Toscane et ce qui reste à payer au Piémont, la dette peut se monter à une soixantaine de millions. Il faudrait y affecter une soixantaine de millions des biens des moines. Faites-vous faire un rapport là-dessus et préparez ce travail. Vous savez que je voulais faire cette opération en Piémont cette année; vous avez voulu attendre encore un an; mais je pense qu’il faut la préparer dès à présent pour la faire entrer dans le budget de l’année prochaine. C’est une opération qui n’est pas seulement financière, mais qui est aussi politique.

 

Bayonne, 6 juillet 1808

A Eugène Napoléon, vice-Roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, un nommé Curti, oncle du podestat de Venise, est un mauvais sujet. Faites-lui connaître que, s’il se mêle de colporter les notes de la cour de Rome, il pourra bien se faire arrêter et passer quelques années de sa vie dans une bonne tour. C’est une espèce d’intriguant qui a séjourné quelque temps, à Bruxelles; il se rend en Italie, et a tenu beaucoup de mauvais propos dans sa route.

 

Bayonne, 6 juillet 1808

A M. FouchéA, ministre de la police générale

Je reçois votre lettre du 2 juillet. Est-ce qu’il ne serait pas poissible de savoir ce que le roi de Westphalie a de commun avec Mme H* ? Répondez-moi sur cette question.

 

Bayonne, 7 juillet 1808

A M. Cretet, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur Cretet, on me mande de Turin, en date du ler juillet, que tous les projets de travaux pour la campagne ont été envoyés au conseil des ponts et chaussées; que quelques-uns ont été renvoyés pour être réformés; que d’autres sont restés sans réponse, entre autres ceux qui sont relatifs aux établissements des casernes et autres travaux du mont Cenis, et que, si l’ordre n’arrive pas dans peu de jours, la campagne sera perdue.

 

Bayonne, 7 juillet 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Je reçois les états de situation du 1er au 15 juin. J’ai parcouru l’état rouge intitulé : Situation des corps. J’espérais y trouver bien détaillée la situation de chaque corps. J’ai trouvé, à l’ouverture du livre, le 1er d’infanterie légère porté comme ayant les ler, 2e et 3e bataillons à l’armée d’Italie, sans dire où est le dépôt. Au 6e léger, les 1er et 2e bataillons sont portés à la Grande Armée: mais le 3e bataillon doit s’y trouver aussi porté. Ensuite il est dit que les grenadiers et voltigeurs du 3e bataillon sont à la division du général Oudinot, et quatre compagnies au corps des côtes de l’Océan :cela est faux ; ce sont les grenadiers et voltigeurs du 4e qui sont à la division Oudinot, et les quatre compagnies de fusiliers qui sont en Espagne. Même observation pour le 9e léger. Aux régiments de ligne, vous portez que le 2e a son 1er et son 2e bataillon à la Grande Armée, et le 3e bataillon au corps des Pyrénées orientales : cela n’est pas exact; ce régiment n’a que six compagnies aux Pyrénées orientales.

En général, cet état est plein de fautes. Faites-m’en faire un autre où tous les bataillons de guerre et bataillons de dépôt soient bien spécifiés, en mettant en marge les conscrits reçus et à recevoir encore cette année, afin que je connaisse bien la situation de l’armée. Il est bien important que je puisse savoir, non-seulement où sont les bataillons de dépôt, mais encore où sont les compagnies. Toutes les fois qu’il n’y a pas les neuf compagnies, s’il est question de l’ancienne organisation, ou les six, s’il est question de la nouvelle, il faut mettre où sont les autres compagnies. J’aurais désiré trouver aussi, dans cet état, quelles sont les compagnies de cuirassiers et carabiniers, détachées aujourd’hui, qui sont à la suite du régiment.

Ne perdez pas de temps à me faire envoyer un de ces états.

 

Bayonne, 7 juillet 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je pense qu’il serait convenable d’armer le Jean-Bart en guerre, ce qui, je crois, porterait l’escadre de Brest à sept vaisseaux armés.
Je vous ai déjà mandé que, les affaires d’Espagne ayant pris, depuis un mois, une tournure assez sérieuse, il ne sera peut-être plus dans mon projet de hasarder une si grande quantité de forces sur les mers, même de terre; mais mon parti ne sera pris que dans le courant de juillet. Dans tout état de choses, quelques expéditions sont nécessaires; mais des expéditions si considérables devront être ajournées, si l’arrivée du Roi en Espagne n’améliore pas promptement l’état des insurrections. Je ne suis pas sans quelque inquiétude sur l’escadre de Cadix.

 

Bayonne, 7 juillet 1808

A M. Maret, ministre secrétaire d’État, à Bayonne.

Monsieur Maret, voyez M. d’Azanza et signez avec lui un petit écrit où il sera convenu, 1° qu’il lui sera remis à Madrid 2 millions de francs de la caisse de l’armée, y compris celui qui aurait été remis au ministère des finances, 500,000 francs à Burgos, et 3,500,000 francs aujourd’hui à Bayonne, total 6 millions, et que le trésor de France retiendra ces 6 millions sur l’emprunt que le sieur Baguenault est chargé de négocier; 2° que, la Banque ne voulant prêter que sur une hypothèque, le ministre des finances d’Espagne enverra à Paris, avant la fin de juillet, 5 millions de diamants à son banquier; que l’Empereur fera remettre en dépôt à la Banque pour 20 millions de ses effets publics, et que le roi d’Espagne, avant le mois de mars prochain, y fera mettre en dépôt, pour que l’Empereur puisse retirer ses effets, des vales, pagares, ou toute autre espèce d’effets ayant cette valeur. Dès que vous aurez signé cette petite convention, vous m’apporterez à signer des ordres pour autoriser le payeur de l’armée, à Madrid, à remettre au ministère des finances d’Espagne les 2 millions qu’il a à ma disposition, pour autoriser le payeur de ma liste civile, à Burgos, à remettre les 500,000 francs, pour autoriser le payeur qui est ici à remettre les 3,500,000 francs. Vous rendrez compte de tout cela au ministre du trésor public pour qu’il en tienne compte, et fasse rembourser au trésorier général Estève les 500,000 francs que le payeur de Burgos aura avancés. Finissez cette affaire sans délai.

 

Bayonne, 7 juillet 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée, à Bayonne

Il faut donner ordre à 100 hommes de l’escadron du grand-duc de Berg de partir, aujourd’hui 7, pour se rendre à Irun. Les 50 hommes restant partiront demain. Les 100 hommes qui partent aujourd’hui se rendront demain 8 à Tolosa; de sorte que le Roi, qui partira le 9, trouvera 50 hommes à Irun, qui l’accompagneront jusqu’à Saint-Sébastien, où il couchera; le lendemain 10, ils l’accompagneront jusqu’à Tolosa, où il couchera, et le surlendemain 11, ils l’accompagneront jusqu’à Mondragon, où il en trouvera 50 autres qui l’accompagneront jusqu’à Vitoria, où il couchera, et à Vitoria il en trouvera 50 autres, qui y seront rendus le 10; de manière que le Roi ait les 150 hommes réunis avec lui à Vitoria.

Pendant le séjour qu’il fera à Vitoria, le ler détachement arrivé à Vitoria se mettra en marche pour Miranda, en calculant de manière que le Roi arrive à Burgos avec ses 150 hommes réunis. Les détachements qui l’auront escorté la veille coucheront toujours où aura couché le Roi, et iront au pas au lieu d’aller comme escorte. Le Roi sera escorté, de Bayonne à Irun, par 50 Polonais de ma Garde. Vous donnerez ordre au 12e léger, qui arrive le 8 à Tolosa, de continuer sa marche le 9, de manière à être le 10 ou le 11 à Vitoria; au
2e léger, d’attendre le Roi à Tolosa, où il sera le 9.

Vous donnerez ces détails au général Salligny, et vous ferez connaître au général Rey qu’il ait à prendre les ordres de ce général, qui lui transmettra ceux du Roi, afin que ces 150 hommes de cavalerie et les deux régiments d’infanterie, avec leurs six pièces de canon, soient, à partir de Vitoria, toujours avec le Roi, et que, lorsque le Roi arrivera à Burgos, ces troupes soient arrivées ou arrivent avec le Roi.

Je pense que le Roi doit partir le 9, et, au lieu de coucher à Irun, coucher à Saint-Sébastien. On pourrait lui fournir mes relais ici pour le conduire jusqu’à Irun.

Remettez au Roi un état de situation de l’armée, et le lieu où se trouvent les différents corps : il faut le lui faire tracer sur une carte d’Espagne et connaître bien son itinéraire. Voyez-le à cet effet ce matin.

Ainsi je pense qu’il doit partir le 9, aller coucher à Saint-Sébastien ; le 10, se rendre à Tolosa ; le 11, à Vitoria ; y séjourner le 12 ; aller le 13 à Miranda; le 14, à Burgos. Par ce moyen, le 2e léger, qui sera le 9 à Tolosa, en partira le 10 au matin et sera le 11 au soir à Vitoria. Le 12e, qui sera le 10 à Vitoria, pourra en partir le 11 et arriver le 13 à Burgos. Enfin arrêtez un projet là-dessus avec le Roi. En attendant, envoyez l’ordre aux détachements de se mettre en marche.

 

Bayonne, 7 juillet 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée, à Bayonne

Mon Cousin, expédiez sur-le-champ le décret ci-joint (Décret du 7 juillet 1808 pour organiser les quinze régiments provisoires en huit régiments définitifs portant les n° 114e, 115e, 116e, 117e, 118e, 119e, 120e de ligne, et 33e léger) à l’état- major à Madrid. Les colonels seront choisis parmi les majors les plus capables, et le plus possible dans la même division ; s’il y a des chefs de bataillon de trop, il faut en affecter aux 5e bataillons, jusqu’à ce qu’il y ait des places vacantes. Vous chargerez l’intendant général de choisir les quartiers-maîtres. Il ne sera pas formé, quant à présent, de compagnies de grenadiers et de voltigeurs; les unes et les autres ne le seront qu’à la fin de la campagne. Ce sera un moyen de récompenser les officiers et soldats qui se seront distingués. Vous donnerez pour instruction que ceux qui seront désignés pour grenadiers et voltigeurs ne recevront de haute paye qu’à partir du 15 août.

Le ler bataillon du dépôt général des régiments provisoires, qui est à Pampelune, formera le 3e bataillon du 118e. Le 2e bataillon du dépôt, qui est à Burgos, formera le 4e bataillon. Il faudra porter ces deux bataillons à six compagnies. Quant au 3e bataillon du dépôt général des régiments provisoires, on le laissera subsister comme il est, pour être incorporé, sqit dans les régiments définitifs qui en auront le plus besoin, soit dans le 15, de ligne.

 

Bayonne, 7 juillet 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Bayonne

Mon Frère, j’ai nommé les généraux Salligny et Maurice-Mathieu comtes de l’Empire, et le général Merlin, baron. J’ai donné l’aigle de la Légion d’honneur au duc de Noya; j’ai nommé aussi comte de l’empire Stanislas Girardin; j’ai accordé au marquis de Gallo 5,000 ducats de rente.

Quant au maréchal Jourdan, je crains qu’en lui donnant un titre aussi élevé que celui de duc de Fleurus et une fortune assurée, il ne veuille revenir à Paris. Il faut le laisser venir à Madrid, lui dire que je lui destine un des dix duchés auxquels j’ai encore à nommer, et gagner ainsi quelques mois. Il vous servira en Espagne et s’y accoutumera.

 

Bayonne, 7 juillet 1808

Au prince Cambacérès, Archichanceleir de l’Empire

Je reçois votre lettre du 3 juillet. Je vois avec plaisir ce que vous mandez du sénateur Chaptal et de l’intention où il est d’éviter d’accréditer, autant qu’il dépend de lui, tous les bruits des malveillants.

 

 

Bayonne, 8 juillet 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, demandez au gouvernement hollandais que les conscrits qui sont sur la rive droite de l’Escaut soient livrés; que les smogleurs qui ont des communications avec les Anglais, et qui leur servent d’espions et les instruisent de ce qui se passe à Flessingue et dans l’Escaut, soient arrêtés, et qu’enfin on ne se relâche point des principes du blocus.

 

Bayonne, 8 juillet 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée, à Bayonne

Mon Cousin, faites partir la 5e compagnie du dépôt des régiments provisoires, forte de 136 hommes, avec 140 hommes des dépôts des trois régiments de la Vistule. Ces 300 hommes partiront demain avec les 600 qui composent le bataillon de marche du Portugal, ce qui fera une colonne de 900 hommes. Le grand maréchal Duroc avait proposé deux pièces de canon pour cette colonne; s’il n’y en a pas de prêtes, le général commandant à Pampelune pourra en fournir. Ces 900 hommes resteront à Pampelune à la disposition du général d’Agoult, pour assurer les communications avec Tudela et contenir la Navarre. Ces troupes seront demain à cinq heures du matin sur les glacis de la place, où je les verrai; elles seront en bataille au moment où le Roi partira. Quant au 12e escadron de marche, faites-moi connaître de quels régiments et de quelles armes il est composé.

 

Bayonne, 8 juillet 1808

Au général Reille, aide de camp de l’Empereur, à Bellegarde

Le 1erbataillon de marche de Catalogue composé de trois compagnies du 7e de ligne et de trois compagnies du 93e, le 1er bataillon de marche de Catalogne composé de deux compagnies du 37e, de deux compagnies du 93e de ligne et de deux compagnies du 56e, le 3e bataillon de marche de Catalogne composé de deux compagnies suisses et de deux compagnies du 16e de ligne, le 2e bataillon de la 5e légion de réserve, le bataillon du 32e léger et le bataillon valaisan, formant ensemble environ 3,500 hommes, doivent être arrivés à l’heure qu’il est à Perpignan; ce qui, joint à vos 1,300 Toscans, à vos bataillons de gardes nationales, aux neuf compagnies de la réserve et aux deux escadrons toscans, doit vous faire une force de 6,000 hommes, avec laquelle vous êtes en mesure de dissiper tout rassemblement, de débloquer Figuières et de prendre là position, pour être en mesure de vous porter partout.

Le ler bataillon provisoire de Perpignan composé de six compagnies des ler, 62e, 5e et 24e de ligne, et des 16e et 22e légers, formant 840 hommes, le 2e bataillon provisoire de Perpignan composé de six compagnies des 8e et 18e légers et des 23e, 60e, 79e et 8le de ligne, ces deux bataillons formant 1,600 hommes, doivent se trouver réunis du 20 au 29 à Perpignan. Ces deux bataillons arrivent de différents points. Chargez le commandant de la place de les former. Le major général a dû nommer les chefs de bataillon et adjudants-majors pour les commander. Pour la même époque, un escadron composé des détachements des 3e, 14e et 24e de chasseurs, et des 4e, 7e et 8e de cuirassiers, formant 250 chevaux, doit être arrivé à Perpignan; ce qui portera votre division à près de 8,000 hommes. Deux escouades d’artillerie légère, formant 60 hommes, sont parties de Valence et doivent arriver à Perpignan à la même époque.

Il n’y a qu’une opération pressée, c’est de débloquer Figuières. Une fois maître de cette place, il faut vous occuper de bien organiser votre artillerie, de bien former vos troupes et de vous mettre en mesure d’agir à coup sûr. Vous devez avoir deux généraux de brigade, les généraux Guillot et Ritay. Vous avez également un adjudant commandant. Employez le temps que vous séjournerez à Figuières à mettre cette place en bon état de défense. Vous prendrez avec vous le bataillon qui s’y trouve, et vous laisserez à sa place vos troupes les plus nouvelles. L’opération la plus importante, après le déblocus de Figuières, est de désarmer Rosas.

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P. S. Tout ce qui vous arrive de Barcelone, soit dépêches adressées au major général, soit dépêches adressées au ministre des relations extérieures ou à tout autre, doit être adressé au major général. Le commandant d’armes de Collioure, le chef de bataillon Allègre, annonce, en date du 29 juin, une valise contenant des dépêches de Barcelone, partie de Collioure la veille, qui n’est pas encore arrivée.

 

Bayonne, 8 juillet 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Bayonne

Chargez le général Merlin de prendre le commandement de la cavalerie qui vous escorte, composée, de 150 hommes de la Garde du grand-duc de Berg et du 9e escadron de marche, qui arrive demain et qui est composé de 2 ou 300 chevaux. Il peut partir demain pour prendre la tête de cette cavalerie; il vous écrira par toutes les estafettes. Chargez-le de se concerter avec le général Rey, qui commande l’infanterie. Le général Salligny lui donnera toutes les instructions et votre itinéraire. Il sera avantageux qu’il arrive un jour ou deux avant vous à Vitoria.

Il faut qu’un de vos aides de camp, indépendamment de l’écuyer, soit à la portière pour commander votre escorte et avoir l’oeil sur tout.

 

Bayonne, 8 juillet 1808

A Alexandre Ier, Empereur de Russie, à Saint-Pétersbourg

Monsieur mon Frère, j’envoie à Votre Majesté la constitution que la junte espagnole vient d’arrêter. Les désordres de ce pays étaient arrivés à un degré difficile à concevoir. Obligé de me mêler de ses affaires, j’ai été, par la pente irrésistible des événements, conduit à un système qui, en assurant le bonheur de l’Espagne, assure la tranquillité de Mes États. Dans cette nouvelle situation, l’Espagne sera en réalité plus indépendante de moi qu’elle ne l’a jamais été; mais j’aurai l’avantage que, se trouvant dans une position naturelle et n’ayant aucun sujet de méfiance du côté de terre, elle emploiera tous ses moyens au rétablissement de sa marine. J’ai lieu d’être très-satisfait de toutes les personnes de rang, de fortune ou d’éducation. Les moines seuls, qui occupent la moitié du territoire, prévoyant dans le nouvel ordre de choses la destruction des abus, et les nombreux agents de l’Inquisition, qui entrevoient la fin de leur existence, agitent le pays. Je sens bien que cet événement ouvrira un des plus vastes champs pour disserter. On ne voudra pas apprécier les circonstances et les événements ; on voudra que tout ait été suscité et prémédité. Cependant, si je n’eusse considéré que l’intérêt de la France, j’aurais eu un moyen plus simple, qui eût été d’étendre mes frontières de ce côté et d’amoindrir l’Espagne; car qui ne sait que les liens de parenté entrent pour peu de chose dans les calculs de la politique et deviendraient nuls au bout de vingt ans ? Philippe V a fait la guerre à son grand-père. Une province, comme la Catalogue ou la Navarre, ajoutée à la France, eût été plus pour sa puissance que le changement qui vient d’avoir lieu, qui en réalité n’est utile qu’à l’Espagne.

Je n’ai rien de commun avec l’Angleterre. Je n’ai rien de commun avec l’Autriche. Les Anglais escortent de prétendus batiments américains jusqu’à Trieste. D’un autre côté, l’Autriche arme de toutes ses forces, et paraît concentrer ses troupes sur les confins de la Servie et en Hongrie; on m’assure qu’elle a évacué presque toute la Galicie. Ces armements lui sont funestes, puisqu’ils ruinent ses finances; mais ils entretiennent merveilleusement sur l’avenir un nuage qui plaît à l’Angleterre. Je lui ai fait demander légèrement ce que ces armements voulaient dire : elle m’a répondu qu’il était faux qu’elle armât. Il ne me reste plus qu’à prier Votre Majesté de croire mes sentiments pour elle inaltérables; et je ressens une vive satisfaction de l’espérance de la voir cette année.

 

Bayonne, 9 juillet 1808

Au prince de Cambacérès, Archichancelier de l’Empire, à Paris

Mon Cousin, je vous envoie une copie de la constitution de l’Espagne. Faites-la imprimer dans le Moniteur, en espagnol. Faites attention qu’il y a, à la fin, une acceptation signée de tous les membres de la junte; ayez soin que cela y soit également mis.

 

Bayonne, 9 juillet 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée, à Bayonne

Vous donnerez l’ordre, par estafette, au gouverneur général au delà des Alpes, de faire partir de la garnison la plus voisine une compagnie d’artillerie complétée à 120 hommes et une compagnie de sapeurs avec leurs outils, lesquelles se rendront à Perpignan par le plus court chemin et en toute diligence. Mandez au ministre de la guerre qu’il fasse partir de Besançon une escouade d’artillerie à cheval, composée de 30 hommes, une de pareil nombre, de Metz, qui se dirigeront également sur Perpignan. On aura soin que les officiers, sous-officiers et quelques canonniers soient anciens. Ces compagnies gagneront la Saône et le Rhône pour s’embarquer et pouvoir arriver plus tôt.

Vous manderez au ministre de la guerre que j’ai mandé deux escouades de Valence; qu’aussitôt que Valence pourra fournir une troisième escouade pour former une compagnie, il la fasse partir de Valence. Par ce moyen, il y aura à Perpignan cinq escouades à 30 hommes, 150 hommes, et bientôt la compagnie de Piémont à 130 hommes ; ce qui fera 270 hommes nécessaires pour tenir garnison à Figuières, Rosas, et organiser la division du général Reille. Vous manderez également au ministre de la guerre qu’il fasse remplacer aux îles Saint-Marcouf la compagnie de canonniers qui s’y trouve par de jeunes canonniers, et qu’il retire cette compagnie pour la diriger d’abord sur Rennes. Faire connaître le jour où elle arrivera. Qu’on fasse remplacer la compagnie qui est à Belle-Ile par une escouade de jeunes canonniers, et qu’on fasse revenir celle-ci sur le continent, en la dirigeant sur Bordeaux. Qu’on dirige sur Bordeaux la compagnie qui est à Granville. Qu’on dirige une compagnie de sapeurs qui est à Kehl, d’abord sur Lyon. Enfin qu’on dirige deux des six compagnies du 7e régiment d’artillerie qui sont à Mayence , savoir, une sur Lyon et une sur Bordeaux, en leur donnant d’abord un point à mi-chemin, afin qu’on puisse les arrêter en route et changer leur destination si elle devenait inutile.

Envoyez au payeur de Perpignan l’ordre de tenir à la disposition du général Reille 100,000 francs, pour employer 80,000 francs en dépenses imprévues et 20,000 francs en dépenses secrètes. Les 80,000 francs devront être employés, soit pour activer les transports des subsistances de la place de Figuières et pour les dépenses de l’artillerie et du génie, soit pour faire payer la gratification de campagne aux officiers qui en auront besoin.

Donnez ordre au commissaire ordonnateur de Perpignan de faire faire 300,000 rations de biscuit, compris les 100,000 qu’il a déjà commencé à faire fabriquer, et les envoyer à Figuières, à mesure qu’ils seront confectionnés. Ordonnez-lui de payer la solde.

Écrivez au général Cervoni d’envoyer à Perpignan, sous les ordres du général Reille, des officiers du génie du grade de lieutenant, capitaine ou chef de bataillon.

Écrire au général Lacombe Saint-Michel de tirer des compagnies garde-côtes deux escouades de 30 hommes, c’est-à-dire 60 hommes, qui seront à la disposition du général Reille pour les garnisons de Figuières et de Rosas. Qu’il donne un officier supérieur d’artillerie au général Reille, pour commander l’artillerie de sa division; qu’il envoie un officier du grade de capitaine pour commander l’artillerie de la place de Figuières, avec deux ou trois sous-officiers ayant l’habitude de faire le service de gardes. Il peut, s’il est nécessaire, en retirer de Perpignan et de Collioure. Lui mander que deux escouades d’artillerie se dirigent de Valence sur Perpignan ; qu’une compagnie d’artillerie est partie d’Alexandrie; qu’une escouade est partie de Metz, une de Besançon , une compagnie à pied de Mayence ; que le général Reille va avoir bientôt une division de 7 à 8,000 hommes , qui va se former à Figuières. Il faut qu’il pourvoie d’abord à l’armement. A cet effet, il peut garder tous les fusils qui étaient destinés à Bayonne, où on n’en a plus besoin. Nous avons 30,000 fusils espagnols à Saint-Sébastien. Il doit hâter la réparation et l’arrivage des fusils. La division d’artillerie du général Reille doit être organisée de la manière suivante : trois pièces de canon de petit calibre à la 1e brigade, trois à la 2e, deux à la 3e; de plus, quatre obusiers et quatre pièces de 12 ayant un approvisionnement attelé avec elles et un double approvisionnement dans le fort de Bellegarde. Ces huit grosses pièces, ou obusiers, sont nécessaires pour chasser les rebelles des villages et des couvents. Quant aux moyens d’attelage, il doit, ou faire conclure un marché pour avoir dans quinze jours le nombre d’attelages nécessaire, ou faire requérir dans le département, en ayant soin de faire payer très-exactement; et, comme du temps serait perdu avant que le ministre de la guerre puisse lui envoyer de l’argent, il faut l’autoriser à toucher 50,000 francs chez le payeur général de Perpignan, et lui faire connaître que ce n’est qu’une avance et qu’il faudra la rembourser sur les premiers fonds que le ministre de la guerre mettra à sa disposition.

Le général Ritay pourra être remplacé par le général Augier, qui a reçu l’ordre de se rendre à Perpignan.

Si le général Viala ne peut pas servir dans les montagnes, il pourrait commander la place de Figuières. Il faudrait alors lui donner l’ordre de se rendre à Perpignan.

 

Bayonne, 9juillet 1808

Au général Caulaincourt, Ambassadeur à Saint-Pétersbourg

Vous trouverez ci-joint la nouvelle constitution d’Espagne et le bulletin de la dernière séance de la junte, avec le serment qui a été prêté. Le roi part demain à cinq heures du matin pour Madrid. Voici les ministres que le roi a nommés : aux relations extérieures, Cevallos, le même qui l’était déjà; secrétaire d’Etat, Urquijo, qui a été premier ministre il y a six ans; .à l’intérieur, Jovellanos, ancien ministre de grâce et justice, qui avait été exilé à Minorque; à la marine, Mazzaredo; à la guerre, O’Farill; au ministère des Indes, Azanza; aux finances, Cabarrus.

Je reçois votre lettre du 17. Je suis fâché que cet article de l’Angleterre ait fait un mauvais effet sur l’empereur. Je réitère l’ordre au ministre de la police de veiller à ce qu’il ne soit imprimé rien de contraire à notre alliance avec la Russie.

Je vous ai écrit relativement aux acteurs et actrices francais qui sont à Saint-Pétersbourg. On peut les garder et s’en amuser aussi
longtemps que l’on voudra. Cependant l’empereur, a eu raison de trouver mauvais que ses agents débauchassent nos acteurs. C’est M. de Benckendorf qui a favorisé la fuite de ces gens-là. Si la circonstance se présentait d’en parler, dites pour ma part, que je suis charmé que tout ce que nous avons à Paris puisse amuser l’empereur. Vous trouverez ci-joint deux lettres pour l’empereur, dont l’une, relative à la mort de la grande-duchesse, est d’une date ancienne. Je ne sais comment on a oublié de vous l’envoyer.

Vous devez partir du principe que je ne saisis pas ce que veut l’Autriche; qu’elle arme beaucoup; qu’elle excite beaucoup les services; qu’elle fait des places en Hongrie; qu’elle démolit dit-on les murs de Cracovie, et qu’elle retire ses troupes de Galicie. Lorsqu’on leur demande des explications sur les armements, ils répondent qu’ils n’arment point. Cependant, cela est trop évident. Jusqu’ici j’ai regardé cela en pitié; je compte même ne rien dire.

Cependant, si cela ennuyait l’empereur, nous pourrions de concert, leur faire dire par Andréossy et par le prince Nourakine de désarmer et de laisser le monde tranquille. Je n’ai aucune discussion avec eux; nous sommes sur le pied le plus aimable; et, dans le fait, ces armements ne sont nuisibles qu’à eux, parce qu’ils désorganisent leurs finances.

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P.S. – Le roi est parti ce matin. Je l’ai reconduit jusqu’à la frontière. Toute la junte dans près de cent voitures l’accompagnait; mais c’étaient des voitures équipées un peu à la hâte.

Les Anglais ont des expéditions nombreuses devant Cadix et le Ferrol, afin de fomenter les insurrections. Je suis certain que la seconde expédition, qui était destinée pour la Suède, a été employée à Cadix et sur les autres points. Ainsi cela a fait diversion aux affaires de Russie.

 

Au château de Marracq, 9 juillet 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée, à Bayonne.

Mon Cousin, je vous envoie vos dépêches arrivées au moment même par l’estafette d’Espagne. Expédiez un courrier au général Merlin pour qu’il dirige la marche de sa cavalerie selon les circonstances, de manière que le Roi soit toujours environné par une force suffisante, et pour qu’il se concerte avec le commandant de Tolosa et des autres endroits par lesquels le Roi doit passer , pour diriger la marche de sa colonne selon la tournure de l’esprit public.

 

Bayonne, 10 juillet 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Le grand-duc de Berg et le prince de Neuchâtel ne doivent plus être portés sur la liste des maréchaux de l’Empire , puisqu’ils sont tous deux grands dignitaires. En général, les grands dignitaires ne doivent jouir d’aucun autre traitement que du leur, sous quelque prétexte que ce soit.

 

Bayonne, 10 juillet 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Tolosa

Mon Frère, l’officier d’ordonnance que j’avais envoyé hier à Saint-Sébastien m’a appris votre arrivée. A l’heure qu’il est, vous devez être à Tolosa. J’espère que vous m’avez écrit de cette ville; s’il en était autrement, écrivez-moi par le retour du page que je vous envoie. Je désire que vous m’écriviez tous les jours, dans votre voyage.

Le général de division Reille a pris possession de Figuières avec une division. Ily restera quelques jours pour s’y réunir; après quoi il marchera sur les différents points de la Catalogne.

Je pense que vous devez écrire tous les jours au général Savary , à Madrid, et au maréchal Bessières, à Burgos, afin de vous faire mettre au fait de tout ce qui se passe.

Azanza et Urquijo écrivent sans doute tous les jours à la junte de Madrid. Il est nécessaire que Cevallos écrive de Vitoria une dépêche à tous les ministres à l’étranger et à Madrid, pour leur annoncer votre entrée en Espagne, votre arrivée à Vitoria, etc. Il faut que celle dépêche soit bien faite. S’il ne veut pas expédier de courriers, il peut envoyer ses dépêches à M. de Champagny, qui les fera partir. Il devra écrire une seconde circulaire de Burgos, en traçant aux agents diplomatiques le langage qu’ils doivent tenir sur les événements et sur la constitution.

 

Bayonne, 10 juillet 1808, six heures du soir

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne

Mon Frère, je reçois votre lettre d’aujourd’hui. Vous pouvez faire ce que vous voulez. J’avais sur la contribution imposée à Santander, ordonné au maréchal Bessières de la frapper au même moment que je faisais marcher les troupes ; ils ont traité avec tant d’indignité le consul et les Français qui se trouvaient là, qu’ils méritaient bien cette punition. Quelque parti que vous preniez, ce qui m’importe , c’est que les Français qu’ils ont arrêtés et dont ils ont pillé les propriétés soient indemnisés, ce qui n’est pas un objet considérable.

Je vous prie de m’écrire un peu plus en détail.

J’ai eu des nouvelles de Russie. On y connaissait toute l’affaire d’Espagne ; on la reconnaissait.

 

Bayonne, 10 juillet 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Je reçois votre lettre du 7. J’ai lu avec intérêt le mémoire de Prégent. Il y a là une centaine de noms cités. Je suis instruit qu’un grand nombre de ces individus possèdent de petits biens en France. Il serait convenable d’en faire faire un état, de l’envoyer aux préfets et à l’enregistrement, de faire mettre le séquestre sur ces biens et sur ceux de leurs femmes et de soumettre leurs parents à une surveillance spéciale.

 

Bayonne, 11 juillet 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Bayonne

Monsieur de Champagny, écrivez au sieur Andréossy d’insister pour que les bâtiments américains ou autres bâtiments neutres ne soient pas reçus à Trieste chargés de marchandises coloniales, parce qu’ils viennent évidemment d’Angleterre et ont de faux papiers. Quant aux Américains, l’embargo qu’ils ont mis chez eux répond à tout. Donnez l’ordre à mon consul à Trieste et dans les autres ports de ne donner aucun certificat d’origine aux marchandises coloniales venant de Trieste, ces marchandises arrivant toutes sous pavillon soi-disant neutre, mais au compte des Anglais.

Écrivez au sieur Ver Huell et à mon ministre en Hollande pour empêcher toute communication entre la Hollande et l’Angleterre.

Écrivez de nouveau au sieur Andréossy pour qu’il fasse entrevoir à M. de Stadion qu’il n’a pas l’instruction précise de demander que la levée des milices soit contremandée, mais qu’il ne tardera pas à la recevoir; qu’il n’est pas probable que l’empereur souffre ces armements sans faire lever toute la Confédération du Rhin ; et qu’il n’est pas possible que les grands États de l’Europe se mettent sur pied sans qu’il arrive des événements.

Vous me rendrez compte qui a autorisé le sieur Bourrienne à signer un traité pour le grand-duc de Berg. Si c’est vous qui l’y avez autorisé, je n’ai rien à dire; dans le cas contraire, vous lui témoignerez mon mécontentement de ce que, sans votre ordre, il signe des traités pour des princes étrangers.

Écrivez à mon chargé d’affaires à Scutari de réitérer la demande de satisfaction pour les quatre officiers assassinés, et, à défaut de l’obtenir sous cinq jours, de quitter Scutari.

 

Bayonne, 11 juillet 1808

A M. Bigot de Preameneu, ministre des Cultes, à Paris

NOTE SUR UN PROJET DE RÈGLEMENT DES CONGRÉGATIONS RELIGIEUSES DE FEMMES.

Au lieu d’établir des principes sur les maisons des femmes, il serait préférable d’instituer ces maisons et de dire : Telle congrégation, soit hospitalière, soit enseignante, existera pour tel objet, dans tel lieu, avec tel nombre de religieuses.

On n’a pas besoin de renouveler des défenses existantes, mais on doit, au contraire, permettre ce que les lois ne permettent pas.

Comment se sont fondées les maisons religieuses ? Par des arrêts du conseil enregistrés au Parlement. C’est de là sans doute qu’il convient de procéder. Ainsi le nom des maisons, leur nombre, la maison qu’elles occuperont, etc. , doivent être déterminés par l’édit de leur institution.

La police a le droit d’aller partout, mais il y a quelque chose de choquant à ce qu’elle puisse entrer dans la maison d’une congrégation de femmes. Il serait préférable de mettre ces maisons sous la police des procureurs généraux des cours d’appel. Ces magistrats feraient une visite tous les ans, recueilleraient les plaintes, s’assureraient de la liberté des voeux et de l’exécution des édits d’institution; ils seraient les juges des réclamations, et ce seraient eux qui pourraient ordonner qu’une religieuse sortît de la maison, etc.

Il y a, dans le projet de décret, des choses qui pourraient faire supposer qu’une religieuse meurt civilement en prenant le voile, tandis que rien ne paraît empêcher qu’une religieuse, qui ne fait pas de voeux à vie, possède des biens, acquière par héritage et dispose par testament.

Le droit des supérieurs ecclésiastiques est une chose importante à régler. Quelles peines peuvent-ils infliger aux religieuses ? Peuvent-ils les mettre en prison ? L’autorité ecclésiastique est-elle une chose suffisante pour les choses graves de discipline ? Il ne s’agit pas seulement d’établir une autorité contre les religieuses, il faut aussi établir une garantie en leur faveur. Il semble que, n’étant pas mortes au monde, elles ne cessent pas d’appartenir à la société, et que la société leur doit défense et protection.

Il convient de donner au règlement par lequel l’autorité publique intervient une couleur d’institution et de protection. On doit ensuite renvoyer à l’évêque ce qui regarde la distribution du temps et toutes choses spirituelles.

 

Bayonne, 11 juillet 1808

Au général Dejean, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur Dejean, il me semble que, s’il y a un corps qui ne doive pas être habillé de blanc, c’est le corps des vétérans. En habillant les vétérans avec les draps de couleur, cela vous mettrait dans le cas d’habiller vingt régiments de plus. La couleur bleue est la meilleure de toutes les couleurs ; d’ailleurs, c’est celle sous laquelle nous sommes connus en Europe. S’il y a impossibilité de conserver le bleu, vu la rareté de l’indigo, je préfère le blanc à toute autre couleur. Pour les vétérans, invalides et autres corps qu’on ne devrait pas habiller de blanc, il faut se servir de drap brun ou de toute autre couleur où il n’entre pas d’indigo.

 

Bayonne, 11 juillet 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je reçois votre lettre du 7 juillet. L’Uranie, l’Écureuil, le Mercure, le Cyclope et la flûte le Var doivent être entretenus par vos soins; les bâtiments appartenant à la colonie de Corfou, de même. Vous devez en régler le nombre et l’espèce. Vous voudrez bien vous concerter à cet effet avec le ministre de la guerre. Vous devez payer les équipages et les officiers et contenir tout dans les limites que vous ordonnerez.

Quant au moyen de ravitaillement que vous proposez, il ne me paraît point efficace. D’Ancône à Corfou, cela n’arrivera jamais et cela sera pris en route. Je ne conçois pas pourquoi vous ne feriez pas faire des vivres à Corfou même; il y a du blé, et l’Albanie en fournit beaucoup; il y a aussi beaucoup de viande en Albanie. Je désire donc que les approvisionnements de bouche soient faits à Corfou même. Mais je ne sais pas pourquoi les bâtiments n’ont pas leurs vivres de guerre. Pourquoi n’ont-ils pas conservé les leurs ? Ils doivent être nourris du journalier par la place. Cela ne doit être autre chose qu’une affaire d’argent. Ayez un commissaire de marine à Corfou, et tenez une correspondance avec lui parle canal de mon vice-Consul à Otrante. Pourvoyez à la nourriture de vos hommes à Corfou même, et faites qu’il y ait toujours à Corfou de quoi compléter les vivres à six mois. Tous les vivres, ensuite, que vous fournirez aux bâtiments italiens, le trésor italien vous les payera.

Indépendamment de ce que je crois ce moyen plus efficace, j’ai une autre intention : c’est de commencer de former un établissement à Corfou, de sorte que, si l’on voulait donner là deux ou trois mois de vivres à une escadre, on sût à quoi s’en tenir. Écrivez au gouverneur que ces dépenses seront supportées par la marine.

Faites-moi connaître quelle est la saison la plus favorable pour faire revenir à Toulon la flûte le Var.

Mon intention serait aussi, lorsque le temps sera arrivé, que les équipages français de l’Uranie et de deux bricks formassent l’équipage d’un des vaisseaux de 74 que j’ai à Venise et que je voudrais avoir à Ancône, et que la frégate et les deux bricks fussent montés par les matelots des Sept Îles avec une bonne garnison, des officiers et une maistrance française.

 

Bayonne, 11 juillet 1808

A M. Cretet, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur Cretet, j’ai reçu le rapport que vous me faites sur la situation des différents travaux. Je désire que cet état me soit remis tous les mois dans la forme suivante, faites-en imprimer les modèles; cet état contiendra, 1° le nombre des ouvriers employés dans le mois à chaque espèce de travaux, en distinguant les ouvriers d’art et les ouvriers terrassiers, etc. ; 2° l’argent qui a été dépensé dans le mois; 3° l’argent qui a été affecté pour l’année; 4°, ce qui reste à dépenser, avec une colonne d’observations où l’on fera connaître les ouvriers qu’il sera nécessaire d’augmenter ou de diminuer, l’argent qu’on pourrait dépenser en plus ou en moins selon les différents travaux. Par ce moyen, j’aurai une idée du nombre d’ouvriers qui sont employés sur les différents points, et de la manière dont les travaux sont exécutés.

 

Bayonne, 11 juillet 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Faîtes-moi connaître ce que c’est que Bastian, magistrat de sûreté à Bonneville (Léman), qui passe pour un des hommes de la clique Malet et consorts.

 

Bayonne, 12 juillet 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Je vous ai renvoyé, il y a longtemps, un projet de règlement du grand-duc de Berg pour la cavalerie. Entre autres changements qu’il proposait, les suivants me paraissaient très-nécessaires : réduire les portemanteaux (il est prouvé que les soldats ont toujours les moyens de les remplir) ; placer le manteau sur le devant de la selle, surtout pour les dragons et les cuirassiers, et enfin ne laisser à la cavalerie qu’un seul habit; la Garde même, à la Grande Armée, n’a jamais porté que son surtout. Il est important de faire ces petits changements, surtout pour les dragons, qui ont d’énormes portemanteaux et deux habits. Faites-moi connaître où en est ce travail.

 

Bayonne, 12 juillet 1808, huit heures du matin

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Vitoria

Mon Frère, je fais partir un escadron de 200 dragons pour Vitoria. J’en ai donné le commandement à votre aide de camp Tascher. J’ai eu en cela deux buts : le premier, de former ce jeune homme, qui n’a jamais commandé de troupes; le second, d’avoir un oeil sur vos derrières. Vous l’autoriserez à correspondre directement avec vous.

Cet escadron arrivera le 14 ou le 15 au matin à Vitoria, où il tiendra garnison. J’ai également ordonné au 3e bataillon du dépôt des régiments provisoires, fort de 400 hommes, de se rendre à Vitoria; ce qui, avec l’escadron de dragons, formera là une garnison suffisante. Je désire que vous laissiez Tascher avec cet escadron, afin qu’il s’exerce, se forme et devienne bon à quelque chose. Lorsque je quitterai Bayonne, il faudra que vous ayez dans cette ville un de vos aides de camp, pour vous instruire de tous les mouvements et avoir une correspondance directe avec vous.

Je vous suppose arrivé, à l’heure qu’il est, à Vitoria. L’escadron que j’envoie à Vitoria couchera aujourd’hui l2 à Irun, demain 13 à Tolosa, et sera au plus tard le 15 au matin à Vitoria. Le bataillon du dépôt des régiments provisoires qui couche demain à Tolosa sera également le 15 à Vitoria. En attendant que cette troupe y soit arrivée, laissez à Vitoria un bataillon du 2e d’infanterie légère, qui en partira, après que la tête de la garnison y sera arrivée, pour rejoindre à Burgos.

J’ai à Burgos, indépendamment des 500,000 francs que je vous ai prêtés, à peu près 300,000 francs. Vous trouverez ci-joint un bon pour les prendre, et vous m’enverrez un bon sur votre trésorier pour me rembourser de ces 300,000 francs sur ce qui reste à vous être payé de votre apanage de prince français pour 1808. Ayant été porté sur le budget, vous devez jouir de ce traitement jusqu’au 1er janvier prochain.

 

Bayonne, 12 juillet 1808, quatre heures après midi

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne

Mon Frère, je reçois votre lettre du 11. Je suppose que vous êtes aujourd’hui à Vitoria. Il n’y a plus aucunes troupes à Burgos, si ci n’est des dépôts et une garnison dans le château. Je ne pense donc pas qu’il soit prudent que vous arriviez dans cette ville avant que le 12e régiment d’infanterie légère y soit arrivé, c’est-à-dire avant le 15. Vous apprendrez là des nouvelles importantes et vous vous
déciderez.

Le maréchal Bessières a dû entrer en opération ce matin 12 ; il est probable que le 14 il en sera venu aux mains. Une fois qu’il aura battu la Cuesta à Benavente ou à Léon, je crois que le moment sera opportun pour entrer en pourparler avec les troupes de ligne. O’Farrill assure qu’elles ne demandent pas mieux que de se soumettre, et qu’elles comprennent que tout cela est un mauvais jeu. Si vous parvenez à ramener les troupes de ligne de Galice, le plus fort serait fait. On a combiné les choses de manière que le maréchal Bessières pût avoir battu les rebelles au moment de votre arrivée. Faites-leur porter alors des paroles de paix par quelques-uns des Espagnols qui sont auprès de vous, en ayant soin de ne pas envoyer des ministres, ni des personnes en place, de peur qu’ils ne les retiennent. Si de Burgos vous vous décidez à aller à Madrid en poste, vous pouvez y aller eu trente heures par la route d’Aranda.

Je viens de faire demander quand partaient les trois millions que vous avez ici; votre agent a répondu qu’ils ne pouvaient partir que jeudi. J’ai ordonné qu’un million partît ce soir; il arrivera à Vitoria sous l’escorte de Tascher.

 

Bayonne, 12 juillet 1808

A Frédéric VI, roi de Danemark, à Copenhague

Monsieur mon Frère, M. de Rosenkranz, chambellan de Votre Majesté, m’a remis la décoration de l’Ordre de l’Éléphant qu’elle m’envoie. Je la remercie de ce témoignage de son amitié. Tout ce qui me rappelle ses sentiments, tout ce qui est entre nous un nouveau gage d’union aura toujours beaucoup de prix pour moi, et je désire les occasions de la convaincre de l’estime particulière que je lui porte et de l’intérêt que je prends à elle et à sa prospérité.

 

Bayonne, 12 juillet 1808

DÉCISION

Le général Clarke, ministre de la guerre, propose à l’Empereur d’adopter, pour l’uniforme de la légion portugaise, un drap bleu de ciel, cette couleur exigeant moins d’indigo que le bleu ordinaire. Le major général avait indiqué le gris de fer brun, et le ministre Dejean, le brun marron. Je ne comprends rien à toutes ces décisions sur l’habillement. On m’ôte le bleu parce qu’il n’y a pas d’indigo, et l’on me propose de mettre les troupes étrangères en bleu. Une couleur brune serait convenable.

 

Bayonne, 12 juillet 1808

DÉCRET.

Napoléon, Empereur des Français, Roi d’Italie, Protecteur de la Confédération du Rhin,
Avons décrété et décrétons ce qui suit :

TITRE Ier. – ETABLISSEMENTS PUBLICS.

CHAPITRE ler. PRÉFECTURE.

Article 1er. – L’hôtel de la préfecture du département des Landes, les bureaux et les archives seront transférés dans les bâtiments et dépendances du ci-devant couvent de Sainte-Claire, à Mont-de-Marsan. Il y sera fait les constructions et dispositions nécessaires.

ART. 2. – Il sera pourvu aux dépenses de translation et construction de la préfecture au moyen de la perception des six centimes supplémentaires votés, pour trois années consécutives, par la délibération du conseil général du département, en date du 24 octobre 1807.

ART. 3. – La perception en sera faite dans les délais fixés pour les contributions directes. Elle aura lieu, pour 1808, au marc le franc des contributions foncières , personnelle et mobilière , par addition
aux rôles de l’exercice courant.

CHAPITRE II. – HOSPICES.

ART. 4. – La somme de 187,771 francs restant due aux hospices du département des Landes, pour solde de leur arriéré des années V, VI et VII, leur sera payée en capitaux de rentes nationales disponibles dans le département de la Roër.

ART. 5. – La portion, dont jouissait la sénatorerie de Pau, des biens de la succession Gontaut-Biron situés dans le département des Landes est déclarée faire partie de la concession faite aux hospices de Dax, Tartas et Villeneuve, par la loi du 7 septembre 1807.

ART. 6. – Des biens nationaux seront concédés à la sénatorerie de Pau, en remplacement de la portion qui lui était attribuée sur ceux de la succession Gontaut-Biron.

TITRE II. – TRAVAUX PUBLICS

Chapitre 1er. Canal des Landes.

ART. 7. – Il sera ouvert et construit un canal de petite navigation et à point de partage, pour établir une communication entre la Garonne et l’Adour.

ART. 8. – Ce point de partage sera situé dans la commune de Saint-Cricq, département du Gers, sur le chemin de Gabarret à Eauze.

ART. 9. – Le canal portera le nom de canal des Landes. Il partira de l’embouchure de la Baise dans la Garonne et passera à Roquefort et Mont-de-Marsan.

ART. 10. – Les projets de ce canal seront faits par un ingénieur en chef, sous la direction de celui du département des Landes, et seront présentés à notre approbation avant le 1er janvier prochain.

CHAPITRE II. – PORT DE PEYREHORADE.

ART. 11. – La commune de Peyreborade est autorisée à faire rétablir à ses frais le port de Peyrehorade, situé sur la rive droite du Gave, et à y faire les changements et améliorations nécessaires, sous la direction et surveillance de l’ingénieur en chef du département des Landes, et conformément aux plans et projets estimatifs qui en portent la dépense à 35,000 francs.

ART. 12. – Les constructions seront entièrement achevées au ler avril 1809.

ART. 13. – Pour pourvoir aux dépenses de construction, la commune de Peyrehorade est autorisée à percevoir, pendant sept années, sur tous les objets d’importation et d’exportation audit port, un droit dont le tarif est fixé ainsi qu’il suit :

Pour chaque quintal métrique de marchandises débarquantes. 0 fr. 10

Pour chaque personne qui s’embarquera sur les bateaux. . . . 0 fr. 5

Pour chaque personne débarquante . . . . . . . . . . . . . .0 fr. 5

ART. 14. – Le transport de la pierre est modéré à 4 francs par bateau, quelle que soit la quantité embarquée.

ART. 15. – Les objets, soit d’importation, soit d’exportation, appartenant directement au gouvernement, jouiront d’une entière franchise, sans cependant qu’elle puisse s’étendre au bénéfice des compagnies qui auraient traité avec lui.

Les conducteurs des bateaux et matelots nécessaires à la conduite des bateaux jouiront également d’une entière franchise.

ART. 16. – La commune de Peyrehorade sera tenue d’entretenir le port en bon état, et de se conformer, à cet égard , aux avis et instructions qui seront donnés par l’ingénieur en chef et approuvés par le préfet du département.

 

CHAPITRE III. – PORT DE SAINT-ESPRIT

ART. 17. – Il sera construit un port, en forme de cale, à l’extrémité de la grande place e saint-Esprit, avec deux terrasses élevées à la hauteur des plus hautes marées. Ces terrasses seront plantées d’arbres.

ART. 18. – A cet effet, les deux corps de garde et fossés placés à l’entrée du pont sont concédés à la ville. Ils seront remplacés à ses frais par deux guérites construites en pierre.

ART. 19. – Le produit de la démolition des deux corps de garde sera employé à l’établissement de la cale et des deux terrasses. Il sera pourvu au surplus des dépenses sur les revenus de la commune.

 

CHAPITRE IV. – PONT DE MONT-DE-MARSAN.

ART. 20. – Le pont de Mont-de-Marsan sur la Midouze sera reconstruit dans l’emplacement porté au plan approuvé par notre directeur des ponts et chaussées.

Cette reconstruction sera le premier des ouvrages d’art qui seront entrepris sur la route des Landes.

 

CHAPITRE V. – DESSÉCHEMENTS.

ART. 21. – Les plans et projets de dessèchement des marais d’Orx, de la contenance d’environ 3,000 arpents, seront dressés sans délai.

A cet effet, une somme de 3,000 francs sera mise à la disposition du préfet des Landes par le ministre de l’intérieur, et sera prise sur le fonds de réserve de son ministère, chapitre IX du budget.

 

CHAPITRE VI. – PLANTATION DES DUNES.

ART. 22. – Il sera établi dans le département des Landes une commission pour la plantation des dunes.

Cette commission sera organisée de la même manière que celle qui a été établie à Bordeaux en exécution de notre décret du 13 messidor an IX.

ART. 23. – Il sera nommé par le préfet un inspecteur et un garde forestier, qui résideront à la proximité des travaux. Le traitement de l’inspecteur sera de 800 francs, et celui du garde de 400 francs.

ART. 24. – L’état des dépenses sera dressé par la commission et acquitté sur les ordonnances du préfet.

ART 25. – Chaque année, au mois de décembre, la commission des Landes se réunira à celle de Bordeaux, sous la présidence du préfet de la Gironde.

Le compte général des dépenses sera dressé. L’état des travaux de la campagne, ceux projetés pour la campagne suivante, et les observations des commissions réunies, seront transmis, ainsi que ledit compte général, à nos ministres de l’intérieur et des finances.

ART. 26. – Toutes demandes en concession de dunes, qui viendraient à être faites par des communes ou particuliers, seront adressées à l’une ou à l’autre commission, lesquelles donneront leur avis, qui sera remis au préfet et transmis au ministre des finances.

ART. 27. – La demande en concession adressée au préfet des Landes par le sieur Bourgeois, enseigne de nos vaisseaux et pilote-major de la barre de Bayonne, est accueillie.

En conséquence, nous lui avons concédé et concédons gratuitement 50 hectares de dunes situées au territoire de Tarnos, et désignées au plan annexé au présent décret, à la charge par le sieur Bourgeois d’en faire le semis à ses frais dans le délai de deux années, suivant les procédés du sieur Bremontier, inspecteur divisionnaire des ponts et chaussées, et d’en entretenir les plantations en bon état.

Ladite concession ne sera assujettie qu’au droit fixe d’un franc.

 

TITRE III. – SOCIETE DES ASSURANCES CONTRE LA GRÊLE.

ART. 28. -Le règlement de la société d’assurances contre la grêle, établie à Mont-de-Marsan depuis le 10 avril 1807, est approuvé.

ART. 29. – Les billets déposés par les actionnaires entre les mains du directeur, les registres contenant leurs déclarations et tous registres de comptabilité, ne sont point assujettis aux droits du timbre. Lesdits registres seront visés,et parafés par le préfet.

ART. 30. – A défaut de paiement, lesdits billets seront visés pour valoir timbre, assujettis au droit de 25 centimes et soumis à l’enregistrement.

Les contraintes seront décernées et les poursuites faites comme pour le recouvrement des contributions directes.

 

TITRE IV. – DONATIONS.

ART. 31. – Nous faisons donation au département des Landes, 1° des bâtiments et dépendances du ci-devant couvent de Sainte-Claire, à Mont-de-Marsan, pour rétablissement d’un hôtel de préfecture, des bureaux et des archives; 2° des bâtiments et jardins de l’ancien couvent des Capucins de Dax, affectés par notre décret du 29 janvier dernier à l’établissement d’un dépôt de mendicité.

ART. 32. – Nous faisons donation à la ville de Dax, pour la perception de ses octrois et pour l’établissement d’une place de marché, des remparts de ladite ville, le château excepté, et du bastion dit de la Marguerite, depuis et y compris la portion de mur qui ferme la place Poyane, et en suivant la ligne tracée en noir sur le plan annexé au présent décret.

Il ne pourra être fait aucun changement notable auxdits remparts que de l’avis du préfet, et avec l’approbation de notre ministre de l’intérieur.

ART. 33. – Nous faisons donation à la commune de Saint-Sever du terrain d’Augreilh , situé au territoire de ladite commune, et sur lequel plusieurs de ses habitants ont fait des constructions et améliorations. Remise est pareillement faite de tous loyers et fermages qui seraient échus jusqu’à ce jour.

ART. 34. – Les fabriques des églises de Souprosse, Orthevielle , Josse, Saint-Girons, Saint-Martin-de-Seignaux et Magescq, seront remises en possession des biens qui leur avaient appartenu, et qui, par suite de déchéance, seront redevenus disponibles.

ART. 35. -La place publique de Sainte-Ursule, commune de Saint- Esprit, cessera de faire partie de la dotation de la sénatorerie de Pau.

ART. 36. – Nous faisons donation à la Société d’agriculture du département des Landes du terrain appelé la Vignole, situé à Mont-de-Marsan, provenant de la succession en déshérence de Jeanne Darricau, à la charge par le département des Landes, dans le cas où les héritiers viendraient à se présenter, de leur payer la valeur capitale dudit terrain sur estimation faite d’après les derniers baux antérieurs au présent décret.

ART. 37. – Toutes donations et concessions faites par nous aux département ou arrondissements des Landes et aux établissements publics du même département ne seront assujetties qu’au droit fixe d’un franc.

 

TITRE V. – DISPOSITIONS DIVERSES.

ART. 38. – A dater du Ier janvier 1809, l’abonnement des frais d’administration de la préfecture est fixé à 37,000 francs.

ART. 39. – La municipalité de Mont-de-Marsan fera désormais partie de celles dont les membres sont nommés par nous.

ART. 40. – Les curés des villes de Mont-de-Marsan, Dax, Roquefort, Tartas et Saint-Esprit sont élevés au rang de curés de première classe.

ART. 41. – L’exercice de la police municipale de Mont-de-Marsan aura lieu sur le territoire des communes de Nonères, Saint-Jean-d’Août, Saint-Pierre et Saint-Médard.

ART. 42. – Nos ministres de l’intérieur, des finances, de la guerre, et des cultes, sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l’exécution du présent décret.

 

Bayonne, 13 juillet 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Le roi de Hollande, quand il commandait mon armée en Hollande, a, de son propre chef, pris un grand nombre de mes soldats pour incorporer dans sa garde. Il y a des régiments dont il a pris des compagnies entières de grenadiers; depuis, il les licencie sans leur donner ni traitement ni pension; ce qui a le double inconvénient que plusieurs corps de mon armée se trouvent affaiblis de leurs meilleurs soldats, et que de braves soldats, qui ont longtemps servi, restent sans récompense. Parlez-en au ministre hollandais à Paris, et écrivez au ministre de la guerre de Hollande et à mon ambassadeur pour que le nombre des individus français que le Roi a fait entrer dans sa garde soit constaté, pour que le gouvernement ne les licencie que sur mon autorisation, et qu’en les licenciant il leur assure une retraite équivalente à celle qu’ils auraient eue dans ma Garde. Donnez ordre que les 120 déjà licenciés soient retenus à Anvers, et demandez qu’aucun homme ne soit plus licencié qu’il ne lui ait été accordé une pension. Aucun Français ne doit sortir de la garde du roi de Hollande sans une pension. Vous ferez sentir, dans une lettre particulière au ministre de la guerre hollandais, combien il est indécent qu’après avoir pris mes soldats dans mes cadres, et avoir ainsi affaibli mon armée, on les renvoie sans récompense. Vous ferez connaître à ce ministre que je viens d’ordonner qu’une liquidation soit faite pour tous ceux qui sont sortis, et qu’une sommation de ma part sera faite ensuite au gouvernement hollandais pour leur payement. Vous attendrez, avant, sa réponse. J’espère qu’il sera assez juste pour ne pas m’obliger à cette extrémité. Il est injuste qu’un soldat qui a eu l’honneur de garder le souverain soit renvoyé sans pension. Si le Roi eût laissé ces soldats dans leurs régiments, peut-être auraient-ils été appelés dans ma Garde.

 

Bayonne, 13 juillet 1808, six heures du soir.

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Les officiers réformés, en général, ne l’ont point été sans un motif; je vois avec peine que vous en mettez un grand nombre dans l’armée. Cependant vous n’avez sur ces officiers que des notes vagues. Vous placez seize officiers réformés dans le 24e de ligne ; introduire seize officiers étrangers dans un corps, c’est s’exposer à changer l’esprit d’un corps. D’ailleurs, la plupart des officiers réformés qui ont été envoyés ici sont très mauvais, et, si les corps se remplissent de pareils sujets , je cours risque de n’avoir plus d’armée.

Voici le principe que je désire que vous suiviez : vous ne me présenterez, à chaque travail, que deux officiers réformés au plus par régiment; et quand, dans un nouveau travail, vous me présenterez des officiers réformés pour les régiments qui en ont déjà recu , vous joindrez les originaux des lettres par lesquels les colonels vous feront connaître quels sont les officiers que vous avez envoyés , si ce sont des hommes bons et sur lesquels on puisse compter, ou si ce sont des hommes médiocres ou mauvais. Par ce moyen je n’aurai à craindre de me tromper que sur deux ou trois officiers dans un régiment.

Le travail des nominations des 4e chefs de bataillon ne peut être fait comme vous le proposez, vu que cela occasionnerait des déplacements trop considérables, qui, indépendamment de la dépense, porteraient trop de retard. Il faut donc nommer aux places des 4e chefs de bataillon pour tous les corps de la Grande Armée entre eux , et pour tous les corps de la Dalmatie, du royaume d’Italie et du royaume de Naples, entre eux. Par ce moyen, on sera sûr que les hommes seront promptement à leur poste.

 

Bayonne, 13 juillet 1808.

A M. Fouché, ministre de la police générale, à paris

Monsieur Fouché, je reçois votre lettre du 9 juillet. Je ne conçois plus rien à votre tête. Est-ce qu’il fait trop chaud cette année à Paris ? Je mande à l’archichancelier de m’expliquer tous ces logogriphes. Tout ce que j’en vois est bien pitoyable : c’est encore pis que les scènes de l’automne passé. Soyez donc ministre de la police; réprimez les brouillons et ne le soyez pas. Tranquillisez l’opinion au lieu d’y jeter des brandons de discorde. Soyez le supérieur et non le rival de vos subordonnés. En deux mots , ne me donnez pas, à vous seul, autant d’occupation que toute la police de l’Empire. Imitez tous vos collègues, qui m’aident au lieu de me fatiguer, et qui font marcher le gouvernement, bien loin de le gêner de leurs passions privées.

 

Bayonne, 13 juillet 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Vitoria

Mon Frère, je reçois votre lettre du 12 juillet, de Salinas. Un des quatre millions que vous avez ici est parti hier au soir sous l’escorte de Tascher. Les trois autres partiront demain, avec une escorte d’infanterie. Ainsi, le 16, vous aurez à Vitoria quatre millions, 3 ou 400 hommes de cavalerie et un millier d’hommes d’infanterie. Cette cavalerie et cette infanterie sont nécessaires à Vitoria.

Le maréchal Bessières est aujourd’hui, avec toutes ses fortes réunies, à Medina de Rio Seco. Il est probable que le 15 il en sera venu aux mains avec la Cuesta. Dans la journée du 16 vous saurez donc à quoi vous en tenir.

Vous vous trouverez le 16 à Burgos, avec six pièces de canon, quatre bataillons d’élite et un escadron de cavalerie, indépendamment d’un millier d’hommes qui occupent la citadelle de Burgos.

Envoyez au camp du maréchal Bessières un aide de camp qui puisse vous rapporter des nouvelles. Gardez près de vous Merlin. Dans cette situation des choses, vous vous conduirez selon les circonstances : ou vous marcherez avec votre réserve au camp du maréchal Bessières pour le renforcer et présider vous-même à la première victoire, en annonçant à l’Espagne votre arrivée par un événement marquant et en faisant suivre la bataille par des paroles de paix et des moyens de conciliation, ou vous enverrez votre réserve d’infanterie au maréchal Bessières et vous vous dirigerez en poste par Aranda sur Madrid.

La position des armées françaises en Espagne était excellente. Dans le métier de la guerre, une fausse disposition change les choses. Elle est cependant toujours très-bonne; mais, contre mon avis, Savary a disséminé les divisions Frère et Gobert. J’avais destiné la division Gobert à renforcer le corps du maréchal Bessières, avec un régiment de cuirassiers; le maréchal Bessières étant ainsi fort de 6,000 hommes de plus, il n’y avait plus aucune chance contre lui.

Vous trouverez ci-joint les notes que je viens de dicter au général Bertrand pour le général Savary, où la position de l’armée est décrite dans toutes les hypothèses. Gardez cette copie. Lorsque vous saurez que le général Bessières a battu la Cuesta, votre position sera meilleure que jamais.

Il y a, dans la situation de l’armée, deux points principaux : le premier de tous est celui où se trouve le maréchal Bessières, et c’est pour cela que je suis fâché que Savary n’ait pas senti la faute qu’il faisait en hésitant à renforcer le maréchal Bessières; le deuxième point est celui où se trouve le général Dupont; il y a là plus de forces qu’il ne faut.

Quant à Saragosse et à Valence, ce sont des points peu importants : Saragosse est utile pour la pacification, pour achever l’ouvrage, mais est nul dans le système offensif; Valence, si l’on n’avait pas fait la faute d’y envoyer le général Frère, est d’un ordre inférieur.

Dans trois jours arrivent trois beaux régiments de ligne que je destine à contenir la Biscaye et à vous renforcer.

Le maréchal Bessières a donné ordre au général Gaulois, qui avait deux bataillons à Santander, de le joindre. Comme ce général n’est parti que le 12, il n’arrivera que tard au corps du maréchal Bessières. Faites demander l’itinéraire de cette brigade à ce maréchal, afin que, si les circonstances devenaient majeures, vous sachiez où la trouver.

—-

P. S. Soyez sans inquiétude, rien ne vous manquera. Le général Reille, mon aide de camp, envoie demain 10,000 hommes à Figuières en Catalogne. Soyez gai, et surtout portez-vous bien. Arrivez à Madrid.

 

Bayonne, 13 juillet 1808

NOTES POUR LE GÉNÉRAL SAVARY, AIDE DE CAMP DE L’EMPEREUR, EN MISSION A MADRID. (Notes envoyées par le général Bertrand, et dictées par l’Empereur.)

Je vous envoie quelques notes sur les affaires d’Espagne, telles que j’en ai entendu raisonner.

1e Observation. Les affaires des Français en Espagne seraient dans une excellente position si la division Gobert avait marché sur Valladolid et si la division Frère eût occupé San-Clemente, ayant une colonne mobile à trois ou quatre journées sur la route du général Dupont.

Le général Gobert ayant été dirigé sur le général Dupont, le général Frère étant avec le maréchal Moncey, harassé et affaibli par des marches et des contremarches, la position de l’armée française est devenue moins belle.

2e Observation. Le maréchal Bessières est aujourd’hui à Medina de Rio Seco avec 15,000 hommes, infanterie, cavalerie, artillerie. Le 15 ou le 16 , il attaquera Benavente, se mettra en communication avec le Portugal, jettera les rebelles en Galice et s’emparera de Léon. Si toutes ces opérations réussissent ainsi et d’une manière brillante, la position de l’armée française redeviendra ce qu’elle était.

Si le général la Cuesta se retire de Benavente sans combattre, il peut se retirer sur Zamora, Salamanque, pour venir gagner Avilla et Ségovie, certain qu’alors le maréchal Bessières ne pourrait point le poursuivre, puisque, dans cette supposition, il serait menacé par l’armée de Galice, dont l’avant-garde est réunie à Léon. Alors il faut que le général qui commande à Madrid puisse promptement réunir 6 à 7,000 hommes, pour marcher sur le général la Cuesta. Il faut que la citadelle de Ségovie soit occupée par quelques pièces de canon, 3 à 400 convalescents avec six semaines de biscuit. C’est une grande faute de ne l’avoir pas occupée quand le major général l’a ordonné. De toutes les positions possibles, Ségovie est la plus dangereuse pour l’armée. Capitale d’une province assise entre les deux routes, elle ôterait à l’armée toutes ses communications, et l’ennemi une fois posté dans cette citadelle, l’armée française ne pourrait plus l’en déloger. 3 à 400 convalescents et un bon chef de bataillon, une escouade d’artillerie, rendront le château de Ségovie imprenable pendant bien du temps, et assureront à l’armée l’importante position de Ségovie.

Si le général la Cuesta se jette en Galice sans combattre , sans éprouver de défaite, la position de l’armée devient toujours meilleure ; à plus forte raison, s’il est jeté en Galice après avoir éprouvé une forte défaite.

3e observation. Si le maréchal Bessières, arrivé devant Benavente, reste en présence sans attaquer le général la Cuesta, ou s’il est repoussé, son but sera toujours de couvrir Burgos, en tenant le plus possible l’ennemi en échec. Il peut être renforcé de 3,000 hommes de troupes de ligne qui accompagnent le Roi ; mais alors il n’y a point à hésiter. Si le maréchal Bessières a fait une marche rétrograde sans bataille, il faut sur-le-champ lui envoyer 6,000 hommes de renfort. S’il a fait son mouvement après une bataille où il ait éprouvé de grandes pertes, il faudra faire de grandes dispositions, rappeler à marches forcées sur Madrid le général Frère , le général Caulaincourt, le général Gobert, le général Vedel, et laisser le général Dupont sur les montagnes de la Sierra-Morena, ou se rapprocher même de Madrid, en le tenant toujours cependant à sept ou huit marches, afin de pouvoir écraser le général la Cuesta et toute l’armée de Galice, pendant que le général Dupont servira d’avant-garde pour tenir l’armée d’Andalousie en échec.

4e observation. Si le général Dupont éprouvait un échec, cela serait de peu de conséquence. Il n’aurait d’autre résultat que de lui faire repasser les montagnes; mais le coup qui serait porté au maréchal Bessières serait un coup porté au coeur de l’armée, qui donnerait le tétanos et qui se ferait sentir à toutes les pointes extrêmes de l’armée. Voilà pourquoi il est très-malheureux que toutes les dispositions ordonnées n’aient pas été suivies. L’armée du maréchal Bessières devrait se trouver avoir au moins 8,000 hommes de plus, afin qu’il n’y eût aucune espèce de chance contre lui.

La vraie manière de renforcer le général Dupont, ce n’est pas de lui envoyer des troupes, mais c’est d’envoyer des troupes au maréchal Bessières. Le général Dupont et le général Vedel sont suffisants pour se maintenir dans les positions qu’ils ont retranchées , et, si le maréchal Bessières avait été renforcé et l’armée de Galice écrasée, le général Dupont, immédiatement après, se trouvait dans la meilleure position, non-seulement par des forces qu’on pouvait alors lui envoyer, mais encore par la situation morale des affaires. Il n’y a pas un habitant de Madrid, pas un paysan des vallées qui ne sente que toutes les affaires d’Espagne aujourd’hui sont dans l’affaire du maréchal Bessières. Combien n’est-il pas malheureux que, dans cette grande affaire, on se soit donné volontairement vingt chances contre soi !

5° Observation. L’affaire de Valence n’a jamais été d’aucune considération. Le maréchal Moncey seul était suffisant. C’était une folie que de songer à le secourir. Si le maréchal Moncey ne pouvait pas prendre Valence, 20,000 hommes de plus ne le lui auraient pas fait prendre, parce qu’alors c’était une affaire d’artillerie et non une affaire d’hommes; car on ne prend pas, d’un coup de collier, une ville de 80 ou 100,000 âmes, qui a barricadé ses rues, mis de l’artillerie à toutes les portes et dans toutes les maisons. Or, dans cette hypothèse, le maréchal Moncey était suffisant pour former une colonne mobile, faire face à l’armée de Valence et faire sentir, dans toute leur force, les horreurs de la guerre. Le général Frère ne pouvait donc rien pour faire prendre Valence, et le général Frère pouvait beaucoup, posté à San-Clemente, soit qu’il dùt revenir à Madrid , soit qu’il dût  prendre une position intermédiaire, pour secourir le général Dupont.

C’était une autre erreur que de songer à faire aller le maréchal Moncey à Valence, pour ensuite le faire marcher en Murcie et sur Grenade. C’était vouloir fondre ce corps d’armée en détail et sans fruit. Comme le dit fort bien le général Dupont, il valait mieux lui envoyer directement un régiment que de lui en envoyer trois dans cette direction-là.

Dans les guerres civiles, ce sont les points importants qu’il faut garder; il ne faut pas aller partout. Si, cependant, on a dirigé le maréchal Moncey sur Valence, c’était à une époque où la situation des affaires n’était pas la même; c’était lorsque l’armée de Valence pouvait envoyer en Catalogue ou à Saragosse , comme elle en menaçait.

6e observation. Le but de tous les efforts de l’armée doit être de conserver Madrid. C’est là qu’est tout. Madrid ne peut être menacée que par l’armée de Galice ; elle peut l’être aussi par l’armée de l’Andalousie, mais d’une manière beaucoup moins dangereuse, parce qu’elle est simple et directe, et que, par toutes les marches que fait le général Dupont sur ses derrières, il se renforce. Les généraux Dupont et Vedel étaient suffisants, ayant plus de 20,000 hommes ; le maréchal Bessières ne l’est pas proportionnellement, vu que sa position est plus dangereuse ; un échec que recevrait le général Dupont serait peu de chose; un échec que recevrait le maréchal Bessières serait plus considérable et se ferait sentir à l’extrémité de la ligne.

Résumé. Faire reposer et rapprocher de Madrid le général Frère, le général Caulaincourt, le général Gobert, afin qu’ils puissent arriver à Madrid avant le général la Cuesta, si celui-ci battait le maréchal Bessières. Immédiatement après l’événement qui aura lieu le 15 ou le 16, prendre un parti selon les événements qui auront eu lieu, et dans le but d’écraser l’armée ennemie en Galice.

Si le maréchal Bessières a un grand succès sans éprouver de grandes pertes, tout sera bien dans la direction actuelle. S’il a un succès après avoir éprouvé beaucoup de pertes, il faut se mettre en mesure de le renforcer. S’il se tient en observation sans attaquer, il faut le renforcer. S’il a été défait et bien battu, il faut se concentrer et rassembler toutes les troupes dans le cercle de sept à huit journées de Madrid, et étudier les dispositions dans les différentes directions, pour savoir où placer les avant-gardes, afin de profiter de l’avantage qu’on a d’être au milieu , pour écraser successivement avec toutes ses forces les divers corps de l’ennemi.

Si on n’ordonne pas sur-le-champ au général Dupont de repasser les montagnes, c’est qu’on espère que, malgré la faute faite, le maréchal Bessières a la confiance, qu’on partage, qu’à la rigueur il est assez fort pour écraser l’ennemi.

Le maréchal[ Bessières a eu le bon esprit de tellement réunir toutes ses forces, qu’il n’a pas même laissé un seul homme à Santander, quelque avantage qu’il y eût à laisser là un millier d’hommes. Il a senti qu’un millier d’hommes pouvait décider la victoire.

Quant à la division du général Verdier devant Saragosse, elle a rempli aux trois quarts son but. Elle a désorganisé tous les Aragonais, a porté le découragement parmi eux, les a réduits à défendre les maisons de leur capitale, a soumis tous les environs, a bloqué la ville et réuni tous les moyens pour s’en emparer sans que cela devienne trop coûteux.

Voilà l’esprit général de la guerre d’Espagne. Peu de jours après que vous recevrez cette note, beaucoup de choses seront éclaircies ; mais, quoiqu’on puisse espérer que le maréchal Bessières battra l’ennemi dans la plaine, ces observations n’en doivent pas moins être lues avec attention, pour servir à se déterminer à l’avenir.

——

P. S. Comme le général Frère n’indique point la source où il a puisé les nouvelles du maréchal Moncey, on n’ajoute pas une foi entière à des bruits répandus dans un pays où les esprits sont mal disposés.

 

Bayonne, 13 juillet 1808.

Au prince de Cambacérès, Archichancelier de l’Empire, à Paris

Faites venir M. Fouché. Demandez-lui ce qu’il veut dire dans sa lettre du 10, que je vous envoie. Pourquoi pense-t-il que je doive décimer le Sénat ? Ne connaît-il pas la constitution ? Ne sait-il pas que je n’ai à me plaindre de personne dans ce corps, qui n’a cessé de me donner des preuves de son attachement ? Est-ce folie, ou ironie de la part de ce ministre ? Demandez-lui les preuves qu’il a que le préfet [de police] ait tenu ce langage. Faites venir celui-ci en présence de M. Fouché, et tirez cette affaire au clair. Pourquoi le ministre a-t-il ôté au conseil de police la connaissance de cette affaire ? Envoyez-moi le rapport et le travail que le conseil a faits. J’ai blâmé qu’il ait ôté la plume au secrétaire légal du conseil; mais je n’ai pas ordonné que l’on revînt sur cette mesure, et vous ne lui avez pas dit cela. Enfin expliquez-moi ce qu’a Fouché dans tout cela. Est-il fou ? A qui en veut-il ? Personne ne l’attaque; personne n’attaque le Sénat. Qu’est-ce que cela veut dire ? Je commence à ne plus rien comprendre à la conduite de ce ministre, Que dîsent Réal et Pelet de la Lozère ? Que pensez-vous de tout cfela ? Sa jalousie contre le préfet de police peut-elle le porter à de pareils excès ?

 

Bayonne, 14 juillet 1808

A M. Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur Mollien, les évènements d’Espagne interrompent la communication avec Lisbonne. Il ne faut donc pas faire grand fond sur l’argent de Lisbonne. Il faut cependant faire entrer dans ces fonds dans vos calculs, mais les mettre en sus. Le sieur Maret a du vous écrire que les deux millions que j’avais à Madrid ont été donnés; que 500,000 francs de la liste civile que j’avais á Burgos, et 3,500,000 francs qui étaient ici, ont été mis également à la disposition du ministre des finances d’Espagne. Il y a donc déjà six millions de payés sur l’emprunt. Faites mettre cela en règle. Il faut, avant la fin de juillet, préparer ce qui est nécessaire pour compléter dix millions et pour payer dans le courant d’août cinq millions. Le sieur Baguenault n’a pas encore écrit. Il est cependant instant que tout soit réglé promptement et avec l’intervention de la Banque; car, si l’Espagne croit n’avoir affaire qu’à moi, elle ne se pressera pas de rembourser. Quant aux diamants , comme gage, il ne faut pas trop y compter.

Vous devez avoir connaissance d’une petite convention signée par le sieur Moret avec le ministre d’Espagne, par laquelle vous aurez vu que j’engorgeais des obligations jusqu’au mois d’août. Prenez des mesures pour que l’argent arrive, que le traité soit conclu et ratifié, les coupons d’intérêt signés et mis en règle, afin que je puisse, si je le jugeais convenable, me servir de ces coupons.

 

Bayonne, 14 juillet 1808

Au général Dejean, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur Dejean, j’ai reçu votre rapport du 30 juin avec le budget des dépenses des Sept-Îles. Faites connaître au gouverneur général que je n’approuve pas qu’il ait doublé l’indemnité de logement ; qu’il doit se tenir dans les lois de l’État; que mon intention est que les habitants logent les troupes; que le traitement de table et tout traitement extraordinaire sont supprimés. On n’accorde cela que lorsque les contributions levées dans le pays surpassent les dépenses ; mais, lorsque l’argent se tire de France, cela est contre la loi. Il ne faut donner de pain ni aux Albanais ni aux Corfiotes. Il ne faut pas, jusqu’à nouvel ordre, remonter les chasseurs; il faut tenir les harnachements en état, et se contenter d’avoir 25 chevaux pour entretenir les détachements dans l’habitude du cheval.

L’idée de se procurer 6,000 fournitures est une idée absurde. J’autorise simplement l’achat de 1,000 fournitures , c’est-à-dire de quoi caserner 2,000 hommes; le reste des troupes sera logé en ville. Il ne doit y avoir de fournitures que dans la seule ville de Corfou.

Les transports par mer à 20,000 francs par mois, cela est trop considérable; d’ailleurs cette dépense entre dans le budget de la marine. Il ne faut pas qu’on s’écarte, à Corfou, de la plus stricte règle ; je rends l’ordonnateur responsable.

On se contentera de ce qui existe en approvisionnements de siège. J’accorde seulement 30,000 francs pour le riz.

Les dépenses pour le génie à 200,000 francs par mois, cela est absurde. Alexandrie ne me coûte pas plus, et c’est une place neuve. Le général Donzelot ignore-t-il que 200,000 francs par mois font 2,400,000 francs par an ? Les dépenses du génie ne doivent pas passer, pour l’année, 100,000 francs. Mon intention est de n’augmenter en rien les fortifications de la ville.

L’artillerie ne doit pas coûter dans l’année plus de 30 ou 40,000 francs. Mon intention est de n’accorder aucuns subsides aux pachas de Roumélie; mon usage est de ne payer personne.

Je vois dans le budget du général Donzelot 120,000 francs par mois pour la marine, et 20,000 francs pour les transports par mer, ce qui fait 140,000 francs par mois; mon intention est que cela ne coûte pas cela par an; c’est la marine, au reste, que cela regarde.

Écrivez au général Donzelot que Corfou n’est pas le seul point auquel j’aie à penser; qu’il faut changer ses principes d’administration et prendre pour base la plus sévère économie, et ne s’écarter en rien des règles ; que les dépenses de la guerre, de l’administration de la guerre et de la marine doivent coûter moins de 500,000 francs.

Je désire que le ministre de la guerre, le ministre de la marine, le ministre du trésor public et vous, vous vous réunissiez pour arrêter le budget des trois ministères et celui de la guerre et de la marine italienne. La réunion aura lieu chez le plus ancien des quatre ministres, qui donnera son heure. Vous arrêterez le budget complet, à dater du 1er juillet. Vous le ferez ensuite expédier, en le raisonnant et en ordonnant l’exécution scrupuleuse, au général Donzelot, qui suppose que Corfou est Paris, et qui, ne voyant que le point où il est, ne sait pas que ce pays est le moindre de ma pensée. Dans le deuxième titre du projet de décret que vous rédigerez, vous mettrez que les 500,000 francs qui seront envoyés par mois à Corfou seront affectés entre tels ministères et entre tels chapitres, de sorte que le ministre du trésor public fera passer chaque mois ces 500,000 francs pour la partie pour laquelle contribue chaque ministre. Il faut beaucoup diminuer les chevaux d’état-major; il y a besoin à Corfou de peu de cavalerie. Pour l’artillerie, les boeufs du pays et quelques chevaux suffisent. Vous manderez au commissaire général Bessières que le détail de son budget n’a pas de sens. Comme il paraît qu’il n’entend rien en administration, s’il y a là un bon administrateur, il faut l’en charger. Le sieur Bessières n’aurait à s’occuper que des affaires générales et de prélever les revenus. Vous aurez soin que le budget soit divisé en ordinaire et extraordinaire. L’ordinaire comprendra les dépenses affectées par le budget pour chaque mois; l’extraordinaire sera les 1,000 fournitures dont j’autorise l’achat, les médicaments et effets indispensables pour les hôpitaux, le riz pour l’approvisionnement de siège.

Quant aux transports sur mer, le meilleur est de n’en pas avoir, et que la marine ait des bâtiments pour les transports, concurremment avec les bâtiments de guerre. Voyez quel est le plus ancien des quatre ministres nommés, et réunissez-vous chez lui. Mettez de l’ordre dans tout cela ; je ne vois à Corfou que des administrateurs peu habiles et pour qui l’économie n’est rien. Vous enverrez ensuite ce budget par un officier d’état-major, afin d’être sûr de sa prompte arrivée à Corfou.

 

Bayonne, le 14 juillet 1808

A Joseph Napoléon, Roi d’Espagne

Sans une de vos dernières lettres, vous me parlez de la guerre continentale. Je croyais vous avoir dit que j’étais très bien avec la Russie. Quant à l’Autriche, tout ce tapage qu’elle fait est le résultat d’une peur panique; tout cela est de nulle importance. Une note que vous trouverez ci-jointe vous fera conna1itre comment Vitoria, Burgos, vos derrières sont gardés, et vous donnera un aperçu de la situation de mon armée en Espagne.

 

Bayonne, 14 juillet 1808, onze heures du soir

A Joseph Napoléon, Roi d’Espagne

Mon Frère, je reçois votre lettre du 13, de Vitoria. Vous recevrez cette lettre à Burgos, où j’apprends, par une dépêche du maréchal Bessières, qu’indépendamment de la brigade du général Rey, vous aurez trouvé la brigade du général Gaulois et un bataillon de Paris. Ces troupes doivent partir le 17 pour le rejoindre. Ainsi le général Rey, sera en mesure aussi d’appuyer le maréchal Bessières.

Ne vous inquiétez pas de la Biscaye; il y aura de l’infanterie, de la cavalerie et de l’artillerie en suffisance pour la contenir. Santander a été évacué, parce que le maréchal Bessières a voulu réunir toutes ses forces. Si vous pouviez y envoyer un colonel espagnol, ou quelqu’un pour y commander en votre nom, ce serait très-avantageux. Il est possible qu’ils viennent vous demander des troupes : vous leur direz qu’on leur en envoie.

Le maréchal Bessières a dû se trouver en présence aujourd’hui; ainsi, le 16, jour où vous recevrez cette lettre, vous aurez des rapports de l’aide de camp que vous avez envoyé, qui vous feront connaître en quoi consistant les forces de la Cuesta et ce que le maréchal Bessières a fait. L’idée de vous diriger sur Madrid, immédiatement après la prise de Benavente et l’avantage du maréchal Bessières, ne peut qu’être très-bonne. En vous rendant à Palencia avec les brigades Rey et Gaulois, le bataillon de Paris et votre garde à cheval, cela vous fournira une division de près de 5,000 hommes et de dix pièces de canon, ce qui est une bonne réserve pour appuyer le maréchal Bessières

Tascher, avec le l2e escadron de marche, a dû arriver ce soir à Vitoria. Du moment que le 13e escadron de marche, qui couche ce soir à Irun, sera arrivé à Vitoria, l’escadron que commande Tascher partira pour Burgos.

Je suppose que vous avez écrit tous les jours au maréchal Bessières et au général Savary, cela est nécessaire pour qu’ils vous rendent compte. Ainsi vous prendrez réellement le commandement de l’armée.

Soyez gai et content; soignez votre santé. L’affaire du maréchal Bessières va tirer le rideau de toute cette affaire d’Espagne. Des troupes arrivent ici de tous côtés.

 

Marracq, 14 juillet 1808

NOTE POUR LE ROI D’ESPAGNE.

L’armée d’Espagne a son quartier général à Madrid. Voici sa composition :

1° CORPS DES PYRÉNÉES OCCIDENTALES.

Le maréchal Bessières commande le corps des Pyrénées occidentales, qui est fort de 23,000 hommes, infanterie, cavalerie, artillerie, occupe la place de Saint-Sébastien, les trois Biscayes, les montagnes de Santander, la place de Burgos, et est chargé de combattre l’armée ennemie des Asturies et de Galice.

Toutes les troupes sont en mouvement pour composer l’armée de la manière suivante.

DIVISION MOUTON, 5,1 00 hommes

le brigade, général Reynaud : 4e régiment d’infanterie légère, 15e régiment d’infanterie de ligne, 1er bataillon de Paris en marche; total, 3,000 hommes présents sous les armes et six pièces de canon

Cette brigade marche sur Benavente.

2e brigade, général Rey : 2e et l2e régiment d’infanterie légère; total, 2,100 hommes et six pièces de canon.

Cette brigade est à Burgos avec le Roi et doit joindre sa division.

Division Merle : 8,400 hommes.

Brigade Darmagnac, 1,800 hommes; brigade Gaulois, 1,800; brigade Sabatier, 2,800; brigade Ducos, 2,000; total, 8,400 hommes et seize pièces de canon.

Garde, infanterie : 1,900 hommes, six pièces de canon.

Toutes ces troupes marchent sur Benavente.

Cavalerie : l0e Chasseurs, 450 hommes; 22e chasseurs, 450; Garde, 300.

Ces troupes marchent sur Benavente.

Escadrons de dragons, 300 hommes. Ces escadrons sont en marche et ont dépassé la frontière

26e chasseurs, 450 hommes ; ils arrivent à Barcelone sous peu de jours.

Total de la cavalerie, 1,950.

Les forces actives du maréchal Bessières sont donc de 17,000 hommes; il n’en a guère que 15,000 pour l’affaire de Benavente.

S’il obtenait, à Benavente et à Léon, un grand succès contre l’armée de Galice, peut-être serait-il convenable, pour profiter de la victoire et de la terreur des premiers moments, de se jeter dans la Galice. Toutefois il devrait d’abord prendre position à Léon en s’emparant de la plaine, jetant l’ennemi dans les montagnes et interceptant au moins à Astorga la communication de la grande route.

Il y a, dans le château de Burgos, un dépôt de 600 hommes en garnison, faisant partie du corps du maréchal Bessières. Il y a encore à Burgos le général de division Bonnet, qui va avoir une colonne mobile de 1,200 hommes, pour maintenir la tranquillité dans la ville et les environs. Cette colonne est composée comme il suit : 4e bataillon du 118e, formant 450 hommes, actuellement existant à Burgos; 3e bataillon du dépôt général, actuellement à Vitoria, 450 hommes; deux compagnies du 4e d’infanterie légère, formant un petit bataillon, 400 hommes; en marche, passé la frontière, 1,300 hommes; un escadron de dragons en marche, 200 hommes; deux pièces de canon en marche. Ainsi, avant que le maréchal Bessières soit dans le cas de partir de Léon, cette colonne, forte de 1,300 hommes d’infanterie, 200 chevaux et deux pièces de canon, sera disponible.

La colonne d’Aranda, formée du 1er bataillon de marche, fort de 1,000 hommes et de quatre pièces de canon, peut se réunir, au besoin, avec la colonne du général Bonnet. Elles doivent assurer la communication jusqu’aux montagnes en avant d’Aranda.

Le général de brigade Monthion et le colonel Barrère occupent Vitoria avec une colonne composée comme il suit : deux compagnies du 15e de ligne, formant un petit bataillon, 300 hommes ; 2e bataillon du 12e d’infanterie légère, 600; 2e bataillon du 2e d’infanterie légère, 600 ; ce qui fait 1,500 hommes d’infanterie; un escadron de dragons en marche, 200 chevaux ; deux pièces de canon. Tous ces corps sont en marche.

Le général Thouvenot commande à Saint-Sébastien avec 1,000 hommes de garnison.

RECAPITULATION – Le corps du. maréchal Bessières est de 23,000 hommes et 36 pièces de canon.

Les détachements et 3e bataillons des corps qui sont aux divisions actives du maréchal Bessières pourront sous quinze jours le rejoindre, vu qu’ils seront remplacés, à Vitoria et à Burgos, par d’autres corps.

2° Aragon

Jusqu’à cette heure les troupes qui sont en Aragon faisaient partie du corps des Pyrénées occidentales ; mais, le corps des Pyrénées occidentales se portant sur la Galice , il devient indispensable d’en faire une division à part. Aujourd’hui ce commandement comprend Pampelune, la Navarre et les troupes qui forment le siège de Saragosse sous les ordres du général Verdier. Ces troupes sont divisées en quatre brigades et sont composées ainsi qu’il suit : trois régiments d’infanterie de ligne de la Vistule, ayant 3,600 hommes sous les armes; 4e, 6e et 7e bataillon de marche, 1,500 hommes ; 3e bataillon du 14e provisoire, 1,300; 1er régiment supplémentaire, 900 hommes ; 47e, 15e et 71e, 1,600 ; un bataillon des gardes nationales d’élite, 600; total, 9,500 hommes. La cavalerie consiste dans un régiment de lanciers polonais, 700 chevaux, plus un escadron de marche, 400; total, 1,100 chevaux.

A Pampelune, le général d’Agoult commande. Indépendamment d’un dépôt de 800 hommes formant la garnison de la citadelle, il a une colonne mobile composée du 1er bataillon de marche du Portugal, du 3e bataillon du 118e, fort de 600 hommes, et d’un escadron de dragons; ce qui forme un total de 1,400 hommes disponibles pour se porter sur tous les points de la Navarre et sur les communications de Saragosse, pour y mettre l’ordre.

Il y a, dans ce moment, en Aragon et Navarre, savoir : camp de Saragosse, 10,600 hommes; garnison de Pampelune, 800; colonne mobile de Pampelune, 1,400; artillerie, 200; total, 13,000 hommes.

Aussitôt que Saragosse sera pris, et que le corps de l’Aragon sera constitué; il sera nécessaire de faire rentrer au corps du maréchal Bessières le bataillon du 47e, celui du 15e et les trois bataillons du 14e provisoire, ce qui augmentera le maréchal Bessières de 2,000 hommes, afin de tenir les corps réunis.

Il est possible qu’on fasse partir, le 19, de Bayonne 3,000 hommes de bonnes troupes de ligne, pour se diriger sur Saragosse et accélérer la prise de cette place, si toutefois elle n’est pas alors prise. Si Saragosse était pris, le corps du maréchal Bessières pourrait être renforcé de ces 3,000 hommes d’élite et des 2,000 hommes de Saragosse; ce qui lui ferait un corps nombreux pour la campagne de Galice.

Observation. – Indépendamment de Saragosse, les rebelles occupent la ville de Jaca et plusieurs points dans les vallées. A tous les débouchés des vallées en France, il y a un général de brigade avec une colonne mobile. On attendra la prise de Saragosse pour entrer dans ces vallées et y marcher dans les deux sens. En général, l’esprit des vallées est bon, mais des troupes de contrebandiers, que les chefs des rebelles ont enrégimentés, les vexent.

 

3° CATALOGNE

Le général Duhesme occupe Barcelone, qui est une place qui a deux très-belles forteresses qui la dominent; c’est la plus grande ville de la monarchie. Le général Duhesme a deux divisions, la division Chabran et la division Lechi, formant 11,000 hommes d’infanterie, 1,600 hommes de cavalerie et 18 pièces de canon.

Le général Duhesme a eu plusieurs événements, a brûlé un grand nombre de villages et maintenu en respect à quinze lieues à la ronde.

La ville de Girone n’ayant pas été occupée, les insurgés de la Catalogne ont établi là leur junte, d’où ils donnent le mouvement au reste de la province. 2,000 insurgés assiégeaient le fort de Figuières; on y avait heureusement laissé 300 Français; ils ont été obligés de tirer beaucoup de coups de canon et de brûler le village.

Le général de division Reille, avec deux bataillons toscans, a marché sur Figuières, l’a débloqué le 6 du mois, y a fait entrer une grande quantité de vivres, dont on manquait. Le 10, il réunissait sa division, qui arrivait des divers points de la France; il avait déjà 6,000 hommes, et il doit avoir aujourd’hui 9,000 hommes. Il doit s’assurer de Rosas et marcher sur Girone, établir sa communication avec le général Duhesme, et, ensemble, pacifier la Catalogue. Les forces réunies des généraux Duhesme et Reille s’élèvent donc à 22,000 hommes.

Ainsi le corps des Pyrénées occidentales est fort de 23,000 hommes; celui d’Aragon, de 13,000; celui de Catalogne, de total, 58,000 hommes.

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Nous venons de faire connaître la situation de l’armée dans les provinces de la Biscaye, de Santander, de la Castille, de la Navarre, de l’Aragon et de la Catalogne, c’est-à-dire sur toute la frontière de France; voici actuellement la situation dans les autres points.

Les deux corps qui se sont rendus à Madrid, sous les ordres du général Dupont et du maréchal Moncey, portaient et portent encore, le premier, le nom de Corps d’observation de la Gironde, commandé par le général Dupont; le second, le nom de Corps d’observation des côtes de l’Océan, commandé par le maréchal Moncey.

Le corps d’observation de la Gironde est composé de trois divisions : deux sont en Andalousie avec le général Dupont; la 3e, avec le général Frère, doit être à présent à San-Clemente.

Le corps d’observation des côtes de l’océan est composé également de trois divisions : la première est, avec le maréchal Moncey, sous Valence; les deux autres sont à Madrid et disséminées en différentes colonnes pour maintenir la communication avec le général Dupont. Les états de situation vous feront connaître la force de ces divisions; mais on peut en général les considérer, les unes dans les autres, comme fortes de 10,000 hommes présents sous les armes.

Il y a à Madrid deux bataillons de la Garde, formant 1,000 hommes, et à peu près 900 hommes de cavalerie de la Garde.

Ainsi il y a à Madrid, et du côté de Valence et de l’Andalousie, la valeur de 40,000 hommes d’infanterie, 9,000 hommes de cavalerie et 80 pièces de canon attelées.

Le général Junot a, en Portugal, trois divisions formant, présents sous les armes, compris son artillerie, sa cavalerie, 23,000 hommes.

Telle est la situation de l’armée en Espagne et en Portugal.

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1e Observation. – Les événements qui se passent aujourd’hui et demain amélioreront beaucoup la situation toutes les affaires, en jetant dans la Galice le général la Cuesta., eu lui étant sa communication avec l’Estramadure, Madrid et l’Andalousie, en assurant notre communication avec le Portugal et en assurant la soumission des provinces de Salamanca, Zamora, Toro. La manière dont ces événements auront lieu décideront à entrer sur-le-champ en Galice, à soumettre les Asturies, ou à différer encore quelques jours.

2e Observation. – La Navarre et la Biscaye se sont maintenues tranquilles. En Aragon, le plat pays a été soumis; les rebelles ont été battus plusieurs fois. Avec deux seuls bataillons, 8 à l0, 000 insurgés ont été détruits ou dispersés; le découragement est au dernier point parmi eux. Ils se sont défendus dans leurs maisons à Saragosse, on les a bombardés. On leur a fait beaucoup de mal. On achève aujourd’hui de bloquer la ville en jetant un pont sur l’Èbre. Une fois cette ville soumise, il n’y a pas de doute que tout l’Aragon ne devienne tranquille. Une partie des troupes sera cependant nécessaire pour maintenir la province ; une petite partie pourra aider à la soumission de la Catalogne; la partie qui est nécessaire pour le bien du service du corps du maréchal Bessières ira le rejoindre. Ainsi cet événement équivaudra à un secours considérable.

3e Observation. – La première opération du général Reille a débloqué Figuières; il soumet à présent tous les environs. Il ne tardera pas sans doute à s’emparer de Girone et à établir sa communication par terre avec le général Duhesme. La réduction de Girone entraînera probablement celle de Lerida. On pourra avoir alors une colonne de 2 ou 3,000 hommes qu’on dirigera par Tortose sur Valence.

4° Observation. – On n’a point de nouvelles de l’expédition de Valence, et le général Moncey a 8,000 hommes. Avec ces forces, il n’a rien à craindre. Il peut ne pas prendre la ville, qui est très-grande, si les paysans s’y sont renfermés et ne craignent point de la ruiner. Mais le maréchal Moncey se maintiendra dans le plat pays, occupera les révoltés du pays, qu’il empêchera de se porter ailleurs, et fera porter au pays tout le poids de la guerre.

5° Observation. – On compte que le général Dupont a aujourd’hui près de 90,000 hommes. Si les opérations du maréchal Bessières réussissent bien, il n’y aura pas d’inconvénient à appuyer encore le général Dupont et à lui permettre de reprendre l’offensive. Ainsi les deux points importants et où on fera une véritable guerre réglée sont la Galice et l’Andalousie, parce que les troupes du camp de Saint-Roch, de Cadix, des Algarves, font près de 25,000 hommes; qu’elles ont pris parti pour la sédition de Séville en Andalousie, et que tout ce qui était à Porto a pris parti pour les rebelles de Galice.

Le point le plus important de tous est celui du maréchal Bessières, comme on l’a déjà vu dans la note qu’on a envoyée. On doit tout faire pour que ce corps n’éprouve aucun mouvement rétrograde, aucun échec ; celui du général Dupont vient après. Les affaires de Saragosse sont en troisième ordre; celles de Valence ne sont qu’en quatrième. Voilà la véritable situation des affaires militaires du royaume.

Il paraît convenable de former dans l’Aragon une division de 10 à 12,000 hommes, que pourra commander le général Verdier. Il devra correspondre directement avec l’état-major du Roi, avec le maréchal Bessières, pour s’entendre avec le général Duhesme, pour se concerter avec le général de la 11 division militaire, qui se tiendra à Bayonne afin de connaître toujours la situation de ma frontière. Son commandement doit embrasser la Navarre et tout l’Aragon. Alors l’armée sera composée du corps des Pyrénées occidentales, de la division de l’Aragon (il est inutile d’en faire un corps), du corps de la Catalogne, composé de 3 divisions, y compris celle du général Reille, et des 6 divisions que forment les corps d’observation de la Gironde et des côtes de l’Océan. Cela fera à peu près 12 divisions réunies, et, en outre, un certain nombre de petites colonnes mobiles et de garnisons.

 

Bayonne, 15 juillet 1808

Au Roi Charles, à Compiègne

Je reçois la lettre de Votre Majesté du 5 juillet. Je vois avec peine que l’espérance qu’elle avait conçue que l’air de Compiègne lui serait bon ne se soit pas réalisée, et qu’elle éprouve le besoin de passer dans les provinces méridionales. Je prends un intérêt trop grand à tout ce qui la regarde pour ne pas m’empresser de satisfaire son désir. Je me flatte que l’air de Nice, réputé un des plus tempérés de l’Europe, rétablirai la santé de Votre Majesté. J’ai donné tous les ordres pour qu’elle puisse faire tout ce qui lui conviendra et diriger son voyage comme cela lui paraîtra le plus convenable. Dans toutes les provinces de France et d’Italie, Votre Majesté trouvera, comme à Compiègne, tout le monde empresse de lui plaire et de faire ce qui pourra lui être agréable.

 

Bayonne, 15 juillet 1808

A la Reine Louise, à Compiègne

Je reçois la lettre de Votre Majesté du 5. J’ai donné tous les ordres pour les voyages du Roi, comme Votre Majesté le désire. Si effectivement, dans la saison actuelle, qui est la meilleure de Compiègne, le séjour de ce pays ne lui réussit pas, il faut espérer, comme les médecins le pensent, que l’air du Midi lui sera plus favorable. Le climat de Nice est doux et bon. Je suis bien aise d’apprendre que Votre Majesté ait été satisfaite de tout à Fontainebleau et à Compiègne. Elle trouvera partout le même accueil et les mêmes sentiments.

 

Bayonne, 15 juillet 1808

A M. Cretet, ministre de l’intérieur, à Paris

Je lis dans le Publiciste que ce n’est que le 7 juillet qu’a été affiché à Maëstricht le projet d’adjudication pour la première section du canal de l’Escaut à la Meuse. Prenez des mesures pour que, l’année prochaine, ces travaux préparatoires puissent commencer en avril et qu’on puisse faire de bonnes campagnes.

 

Bayonne, 15 juillet 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

J’apprends que les canons du Havre ont laissé approcher un parlementaire anglais sans le prendre. Témoignez-en mon mécontentement au capitaine Hamelin. Je ne puis souffrir aucun parlementage avec les Anglais, surtout pendant le temps qu’ils font une guerre barbare aux pêcheurs.

 

Bayonne, 15 juillet 1808, neuf heures du soir

A Joseph Napoléon, Roi d’Espagne, à Burgos

Mon Frère, je reçois votre lettre du 14 à huit heures du soir, que me remet le page que je vous ai envoyé. Vous avez dû recevoir, depuis, un courrier avec des notes qui vous feront connaître la situation de l’armée. Vous me dites dans votre lettre que vous n’avez pas de nouvelles de Madrid depuis quarante-huit lieues. Jusqu’à ce moment il ne me manque rien de Madrid, l’estafette que j’ai reçue hier était partie de Madrid le 11 , à minuit. J’attends ce soir, avant minuit, celle du 12.

Au moment même, je reçois des nouvelles de Saragosse du 13. Les choses y vont bien. On avait fait des sottises et des fautes militaires qui avaient gâté les affaires; elles sont rétablies. Un pont a été jeté sur l’Èbre, à mille toises de la ville, et une tête de pont y a été établie. Les rebelles, sentant l’importance de cette position, sont venus l’attaquer; ils ont été coupés, ont eu beaucoup de morts et de prisonniers, et ont perdu leurs pièces de 8. Il y a parmi les morts plusieurs officiers de la ligne. Je vous envoie le rapport du général Verdier.

D’un autre côté, les tranchées et boyaux avancent sur deux points d’attaque, sur le fort et sur un autre point. L’artillerie s’approvisionne. On s’est emparé d’un couvent à soixante toises des murailles, que l’ennemi avait un grand intérêt à défendre. La situation des troupes devant Saragosse est de 19,000 hommes d’infanterie, 1,300 hommes de cavalerie, avec une grande quantité de pièces de campagne attelées par 600 chevaux du train.

J’ai envoyé à Pampelune une garnison de 2,000 hommes, afin d’avoir une colonne de 12 à 1500 hommes à envoyer pour contenir la Navarre.

 

Bayonne, 15 juillet 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Mon Cousin, vous enverrez chercher l’intendant de la princesse Pauline. Qu’elle n’aille pas loger au Raincy, ne lui appartenant pas et d#ailleurs la maison n’étant pas convenable pour elle. La princesse descendra à Paris, à son hôtel

 

Bayonne, 15 juillet 1808

Au général Duroc, grand maréchal du palais

Voici deux lettres que vous enverrez au sieur Rémusat pour qu’il les remette au roi et à la reine d’Espagne. Le roi désire aller à Nice. Il peut partir aussitôt qu’il voudra. Il voyagera incognito ou omme moi. Il sera libre de se diriger comme il l’entendra. S’il ne veut pas voyager incognito, on lui rendra tous les honneurs dus à son rang. On lui donnera les escortes qu’il désirera; bien entendu qu’il voyagera à ses frais et qu’il s’établira à Nice à ses frais. Un de ses officiers pourra se rendre à Nice avec une lettre du ministre de l’intérieur, pour arranger sa maison. Je suppose qu’il prendra une des maisons du faubourg; il y en a, je crois, d’assez grandes. S’il voulait aller à Menton, je ne sais pas si le château du prince de Monaco est en état de le recevoir. Il pourra au reste s’y aller promener, et verra s’il peut s’y fixer. Je désire que la reine d’Étrurie suive le roi, à moins qu’elle ne préfère aller à Colorno, dans l’Etat de Parme. Je lui donnerai alors la jouissance de ce château. Je ne désire point qu’elle aille à Paris, non à cause d’elle, mais à cause de son fils. Mais ma volonté ne doit paraître dans cela d’aucune manière. Le sieur Rémusat, auquel vous écrirez pour tous ces arrangements doit agir que par insinuation. A tout prendre, je pense que Colorno conviendrait le mieux. Il me semble que la manière la plus commode et la meilleure de voyager pour le roi serait de l’embarquer sur la Seine et de lui faire gagner Avignon par la Saône. Je vois ces arrangements avec plaisir, parce que je rentrerai dans la jouissance de Compiègne. Au lieu de retarder ce départ, il faut donc que Rémusat l’accélère.

Quant au prince de la Paix, comme c’est un homme de peu de conséquence, il peut vivre à Paris et où il voudra. Dîtes à Rémusat qu’il est chargé de donner tous les ordres.

Bayonne, 16 juillet 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Je désire que les noms suivants soient donnés aux différents ouvrages de la place d’Alexandrie: la demi-couronne du Tanaro s’appellera la demi-couronne de Saorgio; la demi-couronne de Gênes s’appellera la demi-couronne de Montenotte; la couronne de la haute Bormida s’appellera la couronne de Dego; la demi-couronne de Marengo conservera son nom ; la demi-couronne de la basse Bormida s’appellera la demi-couronne de Mondovi; la demi-couronne du bas Tanaro s’appellera la demi-couronne de Lodi.

 

Bayonne, 16 juillet 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Il existait à Bayonne une mouche; six ont été construites dernièrement; ce qui fait sept. Je désire en faire construire une huitième, qui serait prête à partir avant le 15 septembre. J’ai ordonné que le n° 6 fût armé de manière à pouvoir aller à l’île de Frauce. Ces bâtiments peuvent seulement porter douze hommes, trois mois d’eau et quatre mois de vivres. Le n° 8 serait également destiné à aller à l’île de France, nommez les enseignes pour les commander et choisissez des hommes qui connaissent les îles de France et de la Réunio, et faites préparer les paquets que ces bâtiments doivent porter. Mettez en construction à Rochefort les n° 9 et 10, pour servir d’avisos à l’escadre de l’ile d’Aix, et aussi pour expédier, si cela était nécessaire.

Faites mettre le n° 11 en construction à Nantes, pour le même service; le n° 12 à Lorient, le n° 13 à Brest, pour le même objet. Faites mettre les n° 14 et 15 à Boulogne, pour servir d’éclaireurs à la flottille, faire des sorties et observer les côtes. Faites mettre le n° 16 en construction à Dunkerque, pour le même objet. Faites mettre les n° 17 et 18 en construction à Flessingue ou à Anvers, pour servir d’éclaireurs et d’avisos à l’escadre de Flessingue, et pour expédier selon les circonstances. Mettez les n° 19 et 20 en construction à Toulon , pour servir d’éclaireurs à mon escadre, et, selon, les circonstances, porter des nouvelles en Corse et partout ailleurs. Donnez des ordres pour que ces petits bâtiments soient mis à l’eau avant le 15 septembre. On a l’habitude de se servir, pour leur armement, d’une pièce de 6 et de quatre pierrers. Je désirerais qu’au lieu de la pièce de 6 on pût y mettre une caronade de 24 ou de 36. Ces petits bâtiments réunissent tous les avantages; ils se manoeuvrent facilement, exigent peu d’équipage, dix hommes à la rigueur suffiraient. Je désire beaucoup en avoir à Boulogne. A la ligne d’embossage, un ou deux de ces bâtiments détachés en observation peuvent être d’une grande utilité.

Le n° 5, qui est à Bayonne, a ses quatre mois de vivres et trois mois d’eau et est prêt à partir. Le n° 6 est également prêt à partir pour l’île de France. Le n° 7 sera prêt dans cinq jours. Le n° 8 pourra être prêt à partir pour l’île de France au mois de septembre. Je désire qu’il y ait toujours à Bayonne une de ces mouches en appareillage, prête à partir vingt-quatre heures après avoir recu votre courrier. Par ce moyen, j’enverrai beaucoup plus souvent des nouvelles à mes colonies. Ce port a d’immenses avantages pour les petites expéditions. Voilà dix bâtiments que j’expédie en vue des Anglais, tandis que leurs croisières sont sur Saint-Sébastien et Santander, et que la connaissance qu’ils ont de mon séjour à Bayonne les porte à observer plus spécialement ce port. Quatre pièces de canon et 12 ou 15 hommes d’équipage rendent ces bâtiments plus forts qu’un aviso ordinaire, sans nuire à sa vitesse, et ils ont de plus l’avantage d’un bâtiment-mouche, qui voit de loin et n’est pas aperçu. Je crois qu’il sera très-utile d’attacher trois ou quatre de ces petits bâtiments à chacune de mes escadres. Cela m’épargnera des bricks, qui sont déjà des bâtiments assez considérables , et cela porte des ordres avec une grande rapidité. Ces bâtiments ne sont, dans le fait, que des doubles péniches. La mouche qui est sortie avec l’Oreste a surpris tout le monde par la vitesse avec laquelle elle l’a gagné, et l’Oreste est cependant fin marcheur et réparé à neuf. Un brick me coûte 200,000 francs et m’occupe 100 hommes pour son équipage. Une mouche me coûte 15,000 francs et 12 hommes d’équipage. Je puis donc avoir plus de douze mouches pour un brick. On sent que c’est d’un avantage considérable pour faire parvenir des nouvelles aux colonies.

La simplicité est le premier élément d’un bon service. Si ces bâtiments sont reconnus bons, il ne faut pas en avoir d’autres sur la Méditerranée ou sur l’océan, et les préférer aux louqres, aux chasse- marée, aux tartanes, etc. Envoyez au vice-roi un profit de ces mouches pour qu’il en fasse construire à Venise. Envoyez-en à Gênes, afin que je réunisse, de plusieurs points, des renseignements sur leurs qualités, et que je me décide à leur donner la préférence, s’ils la méritent, sur toute espèce de petits bâtiments destinés à porter des lettres ou paquets. Je verrai avec plaisir les observations que votre expérience de la mer vous suggérera pour ou contre ces bâtiments.

 

Bayonne, 16 juillet 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée, à Bayonne

Mon Cousin, il faut donner l’ordre au général Miquel, qui commande dans le département de l’Ariége, d’avoir soin de garnir le poste de la Claire et de Saint-Béat, afin de couvrir le département de la Haute-Garonne. Il faut donner l’ordre au général qui commande à Perpignan, et au préfet de Perpignan, de placer deux compagnies, chacune de 140 hommes de gardes nationales, à Mont-Louis, et de placer une compagnie de 80 hommes au fort de la Garde et une de même nombre au fort des Bains, afin d’assurer la possession de ces villes. Il faut également ordonner à la compagnie de vétérans qui est à Cette, et qui est forte de 100 hommes, de se rendre à Mont-Louis. Il faut ordonner que les compagnies de vétérans qui sont à Perpignan et Toulouse se rendent également à Mont-Louis; il y a à Perpignan une compaguie de 118 hommes, à Toulouse une de 50 hommes; ce qui augmentera la garnison de cette place. Enfin il faut ordonner que Mont-Louis, Bellegarde et les trois petits forts de Villefranche soient approvisionnés de la manière suivante, savoir : à Mont-Louis, 30,000 rations de biscuit; au fort des Bains, 10,000; au fort de la Garde, 10,000; à Bellegarde, 30,000; à Villefranche, 20,000; total, 100,000 rations, ce qui servira d’approvisionnement de siége en cas d’événement.

Vous me proposerez un général de brigade pour commander le département des Pyrénées-Orientales, le général Augier ayant eu l’ordre de se rendre à la division du général Reille. Il faut s’assurer également si le général Viala s’est rendu à Figuières pour prendre le commandement de cette place.

 

Bayonne, 16 juillet 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Défendez aux journaux de parler de l’entrée et de la sortie des bâtiments aventuriers. Cela ne peut avoir que des inconvénients. Les intéressés le savent assez.

Je reçois votre lettre du 13 avec les papiers de Prégent. Je ne sais pas trop ce que veulent les Anglais. Peut-être a-t-on blâmé en Angleterre la mesure d’arrêter les pêcheurs.

 

Bayonne, 16 juillet 1808

NOTE POUR LE COLONEL LACOSTE
devant Saragosse (Cette note, écrite au nom du général Bertrand, est placée parmi les minutes de la secrétairerie d’État.)

Il faut continuer à faire fortifier toujours la tête de pont, de manière que 200 hommes soient là inattaquables; faire mettre en batterie les pièces de canon de 4 et de 8, sans avant-train, qui sont au parc et qui ont été prises à l’ennemi. Il faut que la garnison même soit chargée d’améliorer les fortifications. Faire également fortifier, avec la plus grande activité, le pont du Gallego, du moment qu’on y sera établi.

Il serait peut-être utile de choisir un gué, à un quart de lieue de Saragosse sur le bas Èbre, et de faire, vis-à-vis, une redoute où une soixantaine d’hommes pussent être à l’abri de l’insulte avec deux pièces de canon; alors la cavalerie qui battrait la plaine sur la rive gauche ne serait pas obligée de repasser le Gallego, et pourrait se ranger sous la protection de cette redoute pour passer et repasser. Cela d’ailleurs donne la facilité aux troupes qui seraient de ce côté, sur la rive gauche, de secourir le pont. L’opinion des gens du pays est qu’il y a beaucoup de gués de ce côté-ci.

 

Bayonne, 16 juillet 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon fils, j’ai destiné cette année des fonds assez considérables pour les travaux de Venise et de la place qui est en avant. Les plans ne m’en ont pas encore été soumis; et, en attendant qu’ils soient présentés par le général Chasseloup et que je les aie approuvés, la campagne sera passée. Je désire donc que les 500,000 francs que j’y avais destinés soient employés à augmenter les travaux de Palmanova. On peut avec cet argent avancer trois lunettes de plus. Donnez des ordres en conséquence au général Chasseloup, et faites-vous remettre par lui un mémoire sur les augmentations qu’il proposera. Mais qu’il aille toujours de l’avant; cette place étant à l’extrême frontière, il ne pourrait être que très-heureux de la terminer promptement.

 

Bayonne, 16 juillet 1808

A Jérôme Napoléon, Roi de Westphalie

Vous devez à la caisse d’amortissement 2 millions. Vous laissé protester vos billets; ce n’est pas d’un homme d’honneur. Je ne souffre point qu’on me manque. Vendez vos diamants, votre vaisselle; ne faites pas de folles dépenses, qui vous rendent la risée de l’Europe et finiront par exciter l’indignation de vos peuples. Vendez vos meubles, vos chevaux, vos bijoux, et payez vos dettes. L’honneur passe avant tout. Vous avez mauvaise grâce à ne payer vos dettes, lorsqu’on voit les présents que vous faites, et ce luxe incongru chez vous, qui révolte vos peuples. Vous êtes jeune, léger, et ne tenez aucun compte de l’argent, surtout dans un temps où vos peuples souffrent par suite de la guerre.

 

Bayonne, 16 juillet 1808

A Jérôme Napoléon, Roi de Westphalie

Je reçois votre lettre que m’apporte votre aide de camp Girard.

Je vous recommande trois choses : respect, reconnaissance et attachement à moi et au peuple francais, à qui vous devez tout; – économie la plus sévère, pour ne pas faire contraster la misère des circonstances qui pèsent sur vos peuples avec un luxe et une dépense déréglés; économie nécessaire à tous les souverains, surtout au roi d’un peuple simple; économie nécessaire en tous temps, surtout au commencement d’un règne, où l’opinion se forme; économie telle que non seulement vous n’ayez pas de dettes, mais encore que, sur vos 6 millions de liste civile, vous en dépensiez trois pour votre maison, vous ayez 1,500,000 francs pour les accidents imprévus, tels que mariages, festins et bâtisses de palais, et 1,500,000 francs pour former en dix ans 15 millions de réserve, et, d’ici à ce temps-là, vous les prêtiez pour accélérer la formation de votre armée; enfin, employez votre temps de manière que vous appreniez ce que vous ne savez pas, la tactique des troupes à cheval, de l’infanterie, de l’artillerie, l’administration de la justice et des finances. Quand vous remplirez ces conditions, vous mériterez mon estime, celle de la France et de vos peuples. Pour remplir, tout cela, vous avez bien des réflexions à faire, des réformes à opérer et des choses à changer dans vos manières.

 

Bayonne, 16 juillet 1808.

A Jérôme Napoléon, Roi de Westphalie

Des courriers vont de la maison de campagne d’H** à Cassel. Je vous ai fait connaître que H**” était un misérable souillé de toutes les dilapidations et coupable de choses que je ne puis écrire. Je suis indigné qu’après cela vous continuiez de correspondre avec lui. On me dit même qu’il est en Italie. Dans ce cas, attendez-vous à le voir renfermé dans un château fort. Je le ferai arrêter dans le palais même qu’il ose profaner. Je vous déclare que, la première fois que vous écrirez à H**, vous désobéirez au chef de votre famille et que vous attirerez des malheurs sur ces gens-là.

 

Bayonne, 16 juillet 1808, à midi

A Joseph Napoléon, Roi d’Espagne

Je vous envoie des lettres que le général Lefebvre a pris à Catalayud, dans son expédition du 6. Vous y verrez que ce misérable Palafox s’était sauvé, lors du bombardement du 16 juin.

Au moment même arrive l’estafette du 12 à huit heures du soir. Il n’y a aucune espèce de doute que le maréchal Moncey n’ai des succès sur les insurgés de Valence; qu’il n’aura pas jugé à propos d’attaquer cette ville, qu’il aura trouvée barricadée, et qu’il est devant la ville en parlementage ou campé.

Je vous envoie une lettre du sieur Laforest. Il faut prendre garde que M. d’Urquijo ne commence par faire des sottises. Le secrétaire d’État doit tout envoyer aux ministres, et les ministres seuls doivent agir. Sans cela, il n’y aurait en Espagne qu’un seul ministre, ce serait le secrétaire d’Etat, et les ministres ne seraient rien. Le ministre secrétaire d’État a donc eu tort d’envoyer la constitution à l’assemblée; il devait l’envoyer au ministre de la justice.

La mesure que propose le sieur Laforest d’enlever les registres du conseil de Castille, au moment où il sera constitué tribunal de cassation, me paraît fort bonne. Je suis dans l’opinion que si vous ne pouvez pas avoir un meilleur ministre de la police que celui que je vous ai désigné, qui est décidé, qui a de l’esprit et l’intrigue.

 

Bayonne, 17 juillet 1808

A M. de Lacépède, Grand Chancelier de la Légion d’honneur, à Paris

Monsieur Lacépède, je suis informé que les demoiselles qui entrent à la maison d’Écouen n’apportent pas de trousseau. Le trousseau est évalué 400 francs. Cette dépense ne peut pas être supportée par la Légion d’honneur; cet établissement lui coûte déjà beaucoup trop. Prenez des mesures pour faire payer ce trousseau par les parents. Je vois, par les états, que la maison d’Écouen coûte déjà 440,000 francs pour frais d’établissement, et que 250,000 francs sont mis à la disposition de l’économe. Il est nécessaire que les frais de réparation de cette maison soient fixés; qu’on sache ce qu’elle coûtera désormais pour frais d’établissement. Il est indispensable que vous fassiez faire un budget des dépenses de cette maison pour l’année, en les divisant en ordinaires et extraordinaires; l’extraordinaire comprendra les dépenses faites pour l’établissement. Si l’on ne suit pas cette marche, il se fera des dépenses qui ne seront point proportionnées aux revenus de la Légion.

 

Bayonne, 17 juillet 1808

A M. Barbier, bibliothécaire de l’Empereur

L’Empereur désire se former une bibliothèque portative d’un millier de volumes, petit in-12, imprimés en beaux caractères. L’intention de Sa Majesté est de faire imprimer ces ouvrages pour son usage particulier, sans marges, pour ne point perdre de place. Les volumes seraient de cinq à six cents pages, reliés à dos brisé et détaché, et avec la couverture la plus mince possible. Cette bibliothèque serait composée d’à peu près 40 volumes de religion, 40 des épiques, 40 de théâtre, 60 de poésie, 100 de romans, 64 d’histoire. Le surplus, pour arriver à mille, serait rempli par des mémoires historiques de tous les temps.

Les ouvrages de religion seraient l’Ancien et le Nouveau Testament, en prenant les meilleures traductions; quelques Épîtres et autres ouvrages les plus importants des Pères de l’Église; le Coran; de la mythologie; quelques dissertations choisies sur les différentes sectes qui ont le plus influé dans l’histoire, telles que celles des Ariens, des Calvinistes, des Réformés, etc. ; une histoire de l’Église, si elle peut être comprise dans le nombre des volumes prescrit.

Les épiques seraient Homère, Lucain, le Tasse, Télémaque, la Henriade, etc.

Les tragédies : ne mettre de Corneille que ce qui est resté; ôter de Racine les Frères ennemis, l’Alexandre et les Plaideurs, ne mettre de Crébillon que Rhadamiste, Atrée et Thyesle; de Voltaire, que ce qui est resté.

L’histoire : mettre quelques-uns des bons ouvrages de chronologie, les principaux originaux anciens, ce qui peut faire connaître en détail l’histoire de France. On peut mettre, comme histoire, les Discours de Machiavel sur Tite-Live, l’Esprit des Lois, la Grandeur des Romains, ce qu’il est convenable de garder de l’histoire de Voltaire.

Les romans : La Nouvelle Héloïse et les Confessions de Rousseau. On ne parle pas des chefs-d’oeuvre de Fielding, Richardson, de Lesage, etc., qui trouvent naturellement leur place; les Contes de Voltaire.

Nota. Il ne faut mettre de Rousseau ni l‘Émile ni une foule de lettres, mémoires, discours et dissertations inutiles; même observation pour Voltaire.

L’Empereur désire avoir un catalogue raisonné, avec des notes qui fassent connaître l’élite des ouvrages, et un mémoire sur ce que ces mille volumes coûteraient de frais d’impression, de reliure; ce que chaque volume pourrait contenir des ouvrages de chaque auteur; ce que pèserait chaque volume; combien de caisses il faudrait, de quelles dimensions, et quel espace cela occuperait.

L’Empereur désirerait également que M. Barbier s’occupât du travail suivant avec un de nos meilleurs géographes : rédiger des mémoires sur les campagnes qui ont en lieu sur l’Euphrate et contre les Parthes, à partir de celle de Crassus jusqu’au huitième siècle, en y comprenant celles d’Antoine, de Trajan, de Julien, etc., tracer, sur des cartes d’une dimension convenable, le chemin qu’a suivi chaque, armée, avec les noms anciens et nouveaux des pays et des principales villes, des observations géographiques du territoire, et des relations historiques de chaque expédition, en les tirant des auteurs originaux.

 

Bayonne, 17 juillet 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de la Grande Armée, à Bayonne

Mon Cousin, envoyez un courrier extraordinaire au général Reille. Écrivez-lui que sa lettre du 10 n’est arrivée qu’aujourd’hui 17; qu’il est nécessaire qu’il envoie par le retour du courrier son état de situation qui fasse connaître les troupes qui l’ont joint. Il faut aussi qu’il donne des détails sur la position et le nombre de l’ennemi, les noms des lieux, etc. Cette manière de rendre compte ne laisse pas comprendre ce qui se fait.

Il sera nécessaire, lorsque le général Reille sera sûr de Rosas et que, par l’arrivée des troupes , il sera suffisamment renforcé, qu’il ouvre la communication avec le général Duhesme. Il ne recevra votre lettre que le 19 ou le 20. A cette époque je suppose qu’il aura près de 6,000 hommes sous ses ordres.

 

Bayonne, 17 juillet 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de la Grande Armée, à Bayonne

Mon Cousin, envoyez des ordres par l’estafette de ce soir au général Songis, à l’intendant général et au maréchal Mortier, pour que la place de Neisse en Silésie soit réarmée, pour qu’il y soit mis sans délai la moitié de l’artillerie de Glogau, et qu’il y soit formé un fond d’approvisionnements de siège. Il est nécessaire que cette place soit mise à l’abri d’un coup de main, soit pour les vivres, soit pour l’artillerie, avant le 15 août. Écrivez au maréchal Mortier d’envoyer des officiers du génie reconnaître les chemins qui de Neisse vont en Bavière, et les chemins transversaux qui iraient directement, en passant par Kosel, de Neisse sur Olmutz. Demandez au général Songis et à l’intendant général un mémoire secret, dans la supposition qu’il y eût une campagne en Autriche, en débouchant par Neisse ou par Eger. Du reste, il ne faut pas qu’on fasse de trop fortes dépenses.

 

Bayonne, 17 juillet 1808, dix heures du matin

Au maréchal Bessières, commandant la Garde Impériale, etc., à Burgos

Mon Cousin, je ne reçois qu’au moment même le courrier que vous m’avez expédié le 14 de Medina de Rio Seco. La bataille de Medina de Rio Seco sera un titre de plus à votre réputation militaire.

Jamais bataille ne fut gagnée dans des circonstances plus importantes : elle décide les affaires d’Espagne.

J’accorde le brevet de général de division au général Darmagnac et celui de colonel au major du 13e. Proposez-moi un colonel et deux chefs d’escadron pour le 22e. J’accorde cent décorations de la Légion d’honneur pour ceux qui étaient présents à la bataille, qui se sont le plus distingués, savoir : cinquante pour les officiers et cinquante pour les sous-officiers et soldats. Parmi ces derniers, vous en prendrez au moins dix de la conscription de 1808, en choisissant de bons sujets et des hommes qui se soient distingués. J’accorde vingt-cinq aigles d’or d’officier pour ceux qui sont déjà légionnaires et cinq de commandant pour ceux qui sont déjà officiers. Envoyez- moi sans délai les procès-verbaux de tout cela.

Je suppose que vous avez continué votre mouvement sur Benavente et Léon, et que vous vous êtes fait rejoindre par le bataillon de Paris, par la brigade du général Gaulois et par celle du général Rey, qui était avec le Roi, ce qui vous fait un renfort de près de 5,000 hommes, et que, avec cela, vous vous préparez à entrer en Galice et dans les Asturies. Vous n’avez rien à craindre pour vos derrières. J’attends des bataillons provisoires de conscrits et plusieurs vieux régiments, qui, successivement, seront envoyés à Burgos, à Vitoria, pour maintenir la tranquillité. Le général Savary vous a envoyé 2,500 hommes, qui arrivent le 20 à Valladolid. Je ne pense pas qu’il y ait de l’inconvénient que vous les gardiez; cela renforcera votre corps. Vous sentez l’importance de soumettre la Galice pour ôter tout débouché aux Anglais. Je suppose que vous avez été le 15 ou le 16 à Benavente, et que vous serez bientôt à Léon, et que le 20 vous aurez balayé toute la plaine.

Le maréchal Moncey a eu de grands succès contre Valence et a battu les insurgés dans six rencontres différentes, leur a pris trente pièces de canon et leur a tué un monde considérable; mais le défaut de munitions l’a empêché d’attaquer Valence.

 

Bayonne, 17 juillet 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, j’ai vu avec plaisir que vous avez fait venir à Milan le cardinal Gabrielli, évêque de Sinilaglia. Il faut le laisser là ; quand vous pourrez le voir, vous lui demanderez s’il veut ou non prêter le serment prescrit par le Concordat. S’il ne veut pas le prêter, vous l’enverrez dans un couvent du côté de Côme ou de Novare; vous ferez séquestrer son temporel, dont le revenu sera employé, moitié à secourir les hôpitaux de son diocèse et moitié à réparer les églises. On ne lui laissera qu’une pension alimentaire de 1,000 écus. Tout cela doit se faire sans bruit. Il ne faut imprimer aucun décret. Tout évêque et autre ecclésiastique qui ne prêtera pas le serment tel que le Concordat le prescrit, il faut ne lui laisser qu’une pension alimentaire et employer le reste de son bien en oeuvres de charité, moitié pour les hôpitaux et moitié pour les églises. Ayez soin, du reste, qu’il ne soit point question de cela dans aucune gazette, et que cela ne fasse aucune espèce de bruit.

 

Bayonne, 17 juillet 1808, midi.

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Vitoria

Mon Frère, je reçois à l’instant votre lettre qui m’annonce la victoire de Medina de Rio Seco. Cette victoire est très-glorieuse. Témoignez-en votre satisfaction au maréchal Bessières en lui envoyant la Toison d’or. Cet événement est le plus important de la guerre d’Espagne et donne une couleur décidée à toutes les affaires. Il faut actuellement appuyer le général Dupont. La division Gobert et celles qui sont placées en intermédiaires peuvent filer sur ce général. Il est bien important que le général Dupont mette en déroute l’armée d’Andalousie. Quand j’aurai des nouvelles plus claires du résultat des événements du maréchal Bessières, de ceux de Valence, je vous enverrai un plan de conduite. Les brigades Rey et Gaulois doivent rejoindre le maréchal Bessières, qui aura alors plus de 21,000 hommes dans ses divisions actives ; il aura de quoi conquérir toutes les Asturies et la Galice.

Le 14e et le 44e de ligne arrivent ici ce soir. Le 43e et le 51e seront ici dans cinq jours. Beaucoup d’autres bataillons de réserve arrivent. Ainsi vos derrières seront bien suffisamment gardés. Il faut donc spécialement penser au général Dupont.

 

Marracq, 17 juillet 1808

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles

Mon Frère, j’ai reçu votre lettre. Je vois avec plaisir que les eaux vous font du bien.

Je vais vous annoncer une bonne nouvelle. Le 14 juillet, le général Cuesta, à la tête de 35,000 hommes, a été rencontré à Medina de Rio Seco. Sur ces 35,000 hommes, il y en avait 25,000 de troupes de ligne, faisant toute l’armée de Galice et d’Oporto. Ils occupaient une superbe position, défendue par quarante pièces de canon. A six heures du matin , le maréchal Bessières a marché à eux avec 15,000 hommes, a enlevé toutes leurs positions, les a mis dans la plus complète déroute, a fait plusieurs milliers de prisonniers, en a tué 5 à 6,000, a pris toute leur artillerie et dispersé l’armée.

Les fuyards se sont retirés sur plusieurs points. Nous n’avons eu que 250 blessés et 30 tués. Parmi ces derniers est le colonel du 22e de chasseurs, officier d’un mérite distingué. Le général Darmagnac a été légèrement blessé; le général Merle a eu deux chevaux tués. Cette affaire va nous donner toute la Galice et décider les affaires d’Espagne. Cette affaire a eu lieu le 14 juillet. L’armée a chargé aux cris de Vive l’Empereur ! et Plus de Bourbons en Europe !

Annoncez cette nouvelle, qui est très importante. Le Roi était à Burgos et est parti pour Madrid.

 

Bayonne, 17 juillet 1808

Au prince Cambacérès, Archichancelier de l’Empire

Je vous envoie le bulletin de police. Je vous prie de le lire avec attention et de le comparer aux pièces. J’ai cru longtemps que c’était la rivalité contre le préfet de police qui portait M. Fouché à   se conduire ainsi. Je commence à craindre que Fouché, qui a la tête gàtée, ne favorise les brouillons dont il espère se servir, et ne veuille point décourager des gens qui prévoient des circonstances de mort ou des événements extraordinaires, puisqu’il songe lui-même tant à l’avenir, témoin ses démarches pour un divorce. Dans cette situation des choses, je vous prie d’assemblrt le conseil de police et de vérifier les assertions suivantes savoir : 1° qu’il n’y a eu entre les accusés qu’une entrevue, tandis qu’il est constant par les interrogatoires qu’il y en a eu un grand nombre; 2° qu’elle a eu lieu par hasard, tandis qu’il est prouvé qu’elles ont été indiquées; 3° qu’il n’y a eu aucune proposition de faite de la part ou au nom de sénateurs, tandis que Servan et Jacquemont se disaient chargés de faire des propositions, sans que les sénateurs en sussent rien, comme c’est l’usage de la part des chefs de complot; 4° qu’ils n’ont adopté aucune espèce de résolution, tandis qu’ils ne pensaient qu’à cela et que le jour d’une émeute était déjà fixé, et que l’idée de la présence de la garde impériale à Paris les a seule arrêtés court; 5° qu’ils ne se soient donné aucun rendez-vous, tandis qu’ils se voyaient tous les jours.

Ces conclusions sont trop absurdes. Je n’y vois pas que Malet, Florent-Guyot, même Jacquemont soient compromis; c’est le préfet de police qui seul a conspiré. M. Fouché me prend pour trop imbécile.

Il vient, à la suite de cet article du bulletin, une note plus importante de la main même du ministre. Je désire que vous envoyiez chercher M. Regnaud pour lui demander s’il a tenu ce propos. S’il le nie, vous demanderez au ministre pourquoi il invente cela. Vous ferez également venir le préfet de police, et vous éclaircirez tout ce tripotage. D’une affaire de rien, qui montre quelques malveillants à punir et à réprimer, le bavardage de M. Fouché lui donne une immense importance. Il y a dans toute cette affaire un esprit et une conduite que je ne comprends pas. Pourquoi M. Fouché, au lieu de m’envoyer le travail du conseil de police, m’envoie-t-il cette analyse ? Où en serait-on si on ne réprimait les malveillants que lorsqu’ils ont une armée, et si, dans un État bien organisé, on n’arrêtait pas des essais qui ont pour but d’inquiéter et d’altérer la tranquillité publique ?

 

Bayonne, 17 juillet 1808

Au maréchal Jourdan, à Naples

Au reçu de cette lettre, vous laisserez le commandement de l’armée de Naples au plus ancien général de division, et vous partirez en poste pour vous rendre à Madrid, en passant par Bayonne. Vous prendrez le commandement de l’armée d’Espagne sous les ordres du Roi, avec le titre de major général; ce qui n’empêche pas que vous n’occupiez le poste de capitaine des gardes que le Roi vous destine. Vous emmènerez avec vous le général Dedon, que le Roi désire avoir en Espagne et qui commandera l’artillerie de cette armée.

 

Bayonne, 18 juillet 1808, dix heures du soir

A Joseph Napoléon, Roi d’Espagne, à Aranda

Je reçois votre lettre du 17. Je suppose que vous êtes parti aujourd’hui pour Madrid. J’aurais cru que vous auriez passé par Palencia et Valladolid. Dès que j’aurai reçu de nouveaux rapports du maréchal Bessières, et que j’aurai causé avec l’aide de camp du maréchal Moncey, je vous écrirai en détail sur la situation des affaires. 3,000 hommes partent demain pour se rendre devant Saragosse. Il est nécessaire d’avoir à Burgos un général de confiance pour réunir les troupes qui vont s’y rendre, et correspondre avec vous.

Quelques détails sur la manière dont vous avez été reçu à Burgos m’auraient fait plaisir.

Beaucoup de renseignements me porteraient à penser que le maréchal Bessières n’aurait battu que deux tiers de l’armée de Galice, et qu’un tiers n’aurait pas pris part à l’affaire de Rio Seco.

Ce que j’ai vu jusqu’à présent des opérations du maréchal Moncey me fait penser qu’il a fait ce qu’il a pu , qu’il a battu les rebelles dans toutes les rencontres, qu’il leur a fait un mal affreux, et qu’enfin il ne mérite que des louanges. Si la santé de ce maréchal n’était pas trop mauvaise, c’est un homme qui serait un bon gouverneur de Madrid.

Après la victoire de Medina de Rio Seco, le général Dupont peut sérieusement penser à dissiper et à détruire le général Castaños.

Je suppose que vous pourrez correspondre avec le maréchal Bessières par Valladolid.

 

Bayonne, 18 juillet 1808

A Joseph Napoléon, Roi d’Espagne

La lettre du général Reynier ne me plaît pas; il a l’air de faire des concessions. J’ai donné l’ordrc au maréchal Jourdan de partir en poste. Ilsera à Madrid vers le milieu d’août. Je lui ai mandé de laisser le commandement de l’armée de Naples au plus ancien général de division. Il réunira les deux places de commandandant de mon armée sous le titre de votre major général, et de capitaine de vos gardes, si vous voulez lui confier ces fonctions.

 

Bayonne, 18 juillet 1808

A Joseph Napoléon, Roi d’Espagne

Je reçois votre lettre d’Aranda du 17. Le prince de Neuchâtel m’a communiqué la lettre du général Savary. Savary est un homme très bon pour des opérations secondaires, mais qui n’a pas assez d’expérience et de calcul pour être à la tête d’une si grande machine. Il n’entend rien à cette guerre de marche. Je désire bien que Jourdan vous soit arrivé. L’habitude de commander en chef qui donne celle des calculs et des combinaisons, ne peut être suppléée par rien. Vous recevrez demain des notes sur la situation des affaires. La reine est partie le 15 de Stupinigi; ainsi je la suppose le 18 à Lyon. Je pars demain pour aller à Pau. Le général Drouet d’Erlon, qui commande la 11e division militaire, va rester à Bayonne.

A Barcelone, le général Duhesme a fait fouiller les couvents : on y a trouvé des cartouches, de manière que, comme de raison, il a fait tout prendre. Je vous mande ce qu’il a fait pour que cela vous serve de règle, et que vous ayez soin de faire fouiller les couvents.

Il ne faut pas laisser entrevoir à Savary l’opinion que j’ai de son incapacité. Du reste, c’est un homme d’énergie, de zèle et d’exécution, qu’il vous sera utile d’avoir.

Je vous prie de me parler quelquefois de la conduite de l’Infantado et de la plupart des personnes qui vous environnent. La renonciation des princes de la maison d’Espagne a été mise dans le Journal officiel de Saint-Pétersbourg, que je reçois aujourd’hui. N’ayez aucune crainte de la guerre, et n’ayez pas d’inquiétude sur le succès de mes armées en Espagne. Voici en deux mots le résumé de la note que vous recevrez demain : Laisser Moncey à San-Clemente ou aux environs, pour qu’il menace Valence. Garder 12,000 hommes, cavalerie, infanterie et artillerie, à Madrid, y compris la communication jusqu’à la Manche. Porter le corps du général Dupont à 22,000 hommes, infanterie, cavalerie et artillerie, et 3,000 hommes sur les défilés des montagnes et pour les communications de la Manche, et qu’il puisse appeler pour lui servir de réserve un jour d’action; lui fournir le supplément pour arriver à ce point le plus tôt possible, afin qu’il attaque et batte sans délai. Vous trouverez sur cette feuille la situation de votre armée.

 

Marracq, 19 juillet 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de la Grande Armée, à Bayonne

Faites partir aujourd’hui la compagnie basque pour se rendre à Barréges. Elle sera destinée pour assurer la sûreté des eaux. Elle prendra une position qui couvre parfaitement Barréges et mette les buveurs d’eau à l’abri de toute insulte de la part des miquelets.

Vous recommanderez également au général commandant les Hautes-Pyrénées de prendre des mesures pour garder Barréges et Bagnères de toute insulte.

Pendant le temps que le grand-duc de Berg sera aux eaux, la compagnie basque sera à ses ordres ; si l’impératrice y va, la compagnie prendra les ordres de son premier écuyer.

Il sera aussi nécessaire de disposer 300 hommes des gardes nationales du général Lamartillière pour se rendre à Barréges. Ils prendront position de manière à mettre les buveurs à l’abri de toute espèce d’insulte des miquelets. Ces 300 hommes seront commandés par un chef de bataillon des gardes nationales. Vous préviendrez le général qui commande les Hautes-Pyrénées pour qu’il fasse sans délai ses dispositions pour les lieux où il doit placer ses troupes.

 

Bayonne, 19 juillet 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de la Grande Armée, à Bayonne

Écrire au général Dupont une lettre pour faire connaître ma satisfaction sur les combats de Cordoue et sur les deux combats de Jaen.

J’accorde soixante décorations de la Légion d’honneur pour le combat de Cordoue, dont trente pour des officiers et trente pour des sous-officiers et soldats, dont au moins cinq à six seront données à des conscrits qui voyaient le feu pour la première fois et qui se seront le mieux emportés. J’accorde dix décorations d’officier de la Légion à ceux qui sont légionnaires et trois de commandant à ceux qui seront officiers. En portant des personnes qui lui ont été le plus utiles, le général Dupont dressera sans délai un procès-verbal de toutes ces nominations, et, quand il sera signé, il les fera connaître aux individus.

J’accorde cinq décorations pour les officiers et cinq pour les sous-officiers et soldats pour le premier combat de Jaen , que commandait le capitaine de frégate Baste ; quinze pour les officiers et quinze pour les sous-officiers et soldats pour le deuxième combat de Jaen, que commandait le général de brigade Cassaque.

J’accorde à la division du maréchal Moncey, pour les succès de ses cinq combats, vingt décorations pour les officiers et vingt pour les sous-officiers et soldats.

J’accorde dix décorations aux officiers et dix aux sous-officiers et soldats pour les troupes françaises qui se sont distinguées en Catalogue dans les différents combats.

J’accorde six décorations pour les officiers et six pour les sous-officiers et soldats pour les troupes qui ont donné au passage de la rivière. Je crois cependant que j’en ai déjà donné au 70e pour ce passage; il faudra y faire attention.

J’ai déjà accordé au maréchal Bessières cent décorations pour la bataille de Medina de Rio Seco.

En faisant mettre ces décorations à l’ordre de l’armée, on fera connaître ma satisfaction aux soldats.

Faites-moi connaître aussi dans la journée ceux qui se sont distingués à la bataille de Medina de Rio Seco, aux combats de Cordoue et du maréchal Moncey.

 

Bayonne, 19 juillet 1808, dix heures du soir

A Joseph Napoléon, Roi d’Espagne, à Butrago

Mon Frère, je reçois votre lettre du 18 à trois heures du matin. Je vois avec peine que vous vous affectiez. C’est le seul malheur que je craignais. Il entre des troupes de tous côtés et constamment. Vous avez un grand nombre de partisans en Espagne mais qui sont intimidés : ce sont tous les honnêtes gens. Je n’en conviens pas moins cependant que votre tâche est belle et glorieuse.

La victoire du maréchal Bessières, qui a entièrement défait Cuesta et l’armée de ligne de Galice, a apporté une grande amélioration dans toutes les affaires; elle vaut plus qu’un renfort de 30,000 hommes. Les divisions Gobert et Vedel ayant joint le général Dupont, il faut pousser vigoureusement l’offensive de ce côté. Le général Dupont a de bonnes troupes et en viendra à bout. J’aurais préféré que les 2e et 12e d’infanterie légère renforçassent le maréchal Bessières; mais, puisque vous avez jugé convenable de les mener à Madrid , gardez-les pour votre garde. 2,000 conscrits à l’école de bataillon vont les rejoindre, et ces deux beaux régiments avec ceux de votre garde vous feront un beau corps de réserve.

Vous ne devez pas trouver trop extraordinaire de conquérir votre royaume. Philippe V et Henri IV ont été obligés de conquérir le leur. Soyez gai, ne vous laissez point affecter, et ne doutez pas un instant que les choses finiront mieux et plus promptement que vous ne pensez.

Tout va très-bien à Saragosse.

 

Bayonne, 19 juillet 1808

Au prince Cambacérès, Archichancelier de l’Empire.

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 16 par laquelle vous m’informez que vous quittez votre hôtel au mois d’août, ce qui donnera le temps d’y établir le secrétaire d’État avant la fin de l’automne

 

Bayonne, 19 juillet 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures

Il est convenable de faire mettre dans les journaux quelques articles sur les affaires intérieures de la monarchie autrichienne, pour la discréditer davantage et faire sentir les vices et les malheurs de ses finances

 

Bayonne, 20 juillet 1808

Au prince Ferdinand, à Valençay

J’ai reçu la lettre de Votre Altesse Royale du 15 juillet. Je vais donner tous les ordres pour l’exécution du traité fait avec Votre Altesse. Tous ces objets ont été retardés, parce que je n’ai pas encore donné connaissance du traité, cela exigeant dans nos constitutions des formalités auxquelles il fallait suppléer. Je vais me rendre à Paris.

 

Bayonne, 21 juillet 1808

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’Empire, à Paris

Mon Cousin, je pars aujourd’hui pour Pau; j’irai voir Tarbes, Toulouse, Agen et Bordeaux, et probablement Saintes, Rochefort, Niort, Napoléon, Nantes et Angers.

 

Bayonne, 21 juillet 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur Decrès, je désire que vous soyez rendu le 1er août à Rochefort; j’y serai probablement le 2. Du moment de votre arrivée, vous m’enverrez un courrier sur Bordeaux, par lequel vous me ferez connaître ce que vous avez fait dans ce port. Vous préviendrez le commandant du département de mon arrivée imminente, pour qu’il accélère la marche des détachements qui doivent former la garnison de l’île d’Aix.

 

Bayonne, 21 juillet 1808

A Joseph Napoléon, Roi d’Espagne, à Madrid

Mon Frère, vous trouverez ci-joint des notes sur la situation des affaires, que je vous prie de lire avec attention. J’y ai tracé la situation du corps du maréchal Bessières, celle du corps de l’Aragon, que commande le général Verdier avec la seule qualité de général de division, et celle du corps de Catalogne, que commande le général Duhesme avec la simple qualité également de général de division. Vous verrez que ces trois corps forment 60,000 hommes présents sous les armes. Vous savez mieux que moi la situation des corps qui sont du côté de Madrid et qui forment les trois divisions du général Dupont, les trois divisions du maréchal Moncey et la réserve de la Garde. Le seul événement de la prise de Saragosse vous rendra, sur 18,000 hommes qui forment le corps de l’Aragon, l2,000 hommes disponibles.

Il faut que les communications avec le maréchal Bessières soient ouvertes ; je n’en ai pas de nouvelles depuis le 16.

Il faudrait tenir toujours à Burgos un général actif et intelligent. Je pars cette nuit pour Pau, où j’apprendrai votre arrivée à Madrid.

Je retarde depuis deux jours mon voyage, espérant recevoir des nouvelles de ce qui s’est passé à Benavente ou à Léon.

Le général Drouet, qui commande la 11e division militaire, va rester à Bayonne.

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P. S. Portez-vous bien. Ayez courage et gaieté, et ne doutez jamais d’un plein succès. Renvoyez-moi Tournon, lorsqu’il ne vous servira plus à rien.

 

Bayonne, 21 juillet 1808

NOTE SUR LA POSITION ACTUELLE DE L’ARMÉE EN ESPAGNE.

1° La bataille de Medina de Rio Seco a mis les affaires de l’armée dans la meilleure situation. Le maréchal Bessières ne donne plus aucune inquiétude, et toutes les sollicitudes doivent se tourner du côté du général Dupont.

2° Dans la position actuelle des affaires, l’armée française occupe le centre; l’ennemi, un grand nombre de points de la circonférence.

3° Dans une guerre de cette nature, il faut du sang-froid, de la patience et du calcul, et il ne faut pas épuiser les troupes en fausses marches et contre-marches. Il ne faut pas croire, quand on a fait une fausse marche de trois à quatre jours, qu’on l’ait réparée par une contre-marche; c’est ordinairement deux fautes au lieu d’une.

4° Toutes les opérations de l’armée ont réussi jusqu’à cette heure autant qu’elles devaient réussir. Le général Dupont s’est maintenu au delà des montagnes et dans les bassins de l’Andalousie. Trois fois il a défait les insurgés.

Le maréchal, Moncey a défait les insurgés à Valence. Il n’a pas pu prendre la ville, ce qui est une chose qui n’est pas extraordinaire. Peut-être eût-il été à désirer qu’il eût pu se camper à une journée de la ville, comme a fait le général Dupont; mais enfin, qu’il soit à une journée ou à cinq, comme à San-Clemente, la différence n’est pas très-grande.

En Aragon on a battu, sur tous les points et dans toutes les circonstances, l’ennemi, et porté le découragement partout. Saragosse n’a pas été pris. Il est aujourd’hui cerné, et une ville de 40 à 50,000 âmes défendue par un mouvement populaire ne se prend qu’avec du temps et de la patience. Les histoires des guerres sont pleines de catastrophes des plus considérables pour avoir brusqué et s’être enfourné dans les rues étroites des villes. L’exemple de Buenos-Ayres et des 12,000 Anglais d’élite qui y ont péri en est une preuve.

5° Ainsi la position de l’armée est bonne. Le maréchal Moncey étant à San-Clemente ou environs, les généraux Gobert et Vedel réunis au général Dupont en Andalousie, ce serait une faute, à moins d’incidents et d’un emploi immédiat à donner à ces troupes dans un autre point, que de concentrer toutes les troupes trop près de Madrid. L’incertitude des événements du maréchal Bessières et les vingt-cinq chances qu’il avait contre lui sur cent pouvaient déterminer à faire arrêter la marche de toutes les troupes qui s’éloignaient de la capitale, afin que les colonnes pussent être rappelées à Madrid, si le maréchal Bessières était battu, et pussent arriver dans cette ville avant l’ennemi. Mais ce serait une faute si on eût fait rétrograder ces colonnes et si on eût agi comme si le maréchal Bessières avait été battu, lorsque, quelques jours avant, on agissait comme si l’armée de Galice n’existait pas. 500 chevaux et 1,800 hommes d’infanterie, dirigés sur Valladolid, étaient tout ce qu’il fallait. Si cette colonne fût partie trois jours plus tôt, elle y serait arrivée le 17. Le maréchal Bessières a été vainqueur et avait, pour être vainqueur, soixante et quinze chances contre vingt-cinq. Mais la fatigue qu’on a donnée à l’armée et les mouvements rétrogrades qu’on a ordonnés inutilement, puisque, même le maréchal Bessières battu, on avait huit à dix jours pour réunir l’armée, ont fait un mal moral et physique. Il faut espérer que la nouvelle de sa victoire, arrivée à temps, aura mis l’état-major à même d’arrêter tout mouvement sur Madrid, et que chaque colonne se trouvera plus près du point où elle doit se trouver.

6° Dans la situation actuelle des affaires, le plus important de tout est le général Dupont; on doit lui envoyer le reste de la division Gobert et employer d’autres troupes pour maintenir la communication. Il faut tenir la tête de la division du maréchal Moncey sur San-Clemente et menacer toujours la province de Valence. Si le maréchal Bessières a battu, sans effort et avec peu de perte, l’armée de Galice, et a eu moins de 8,000 hommes engagés, il n’y a pas de doute qu’avec 20,000 le général Dupont ne culbute tout ce qu’il a devant lui.

7° La brigade du général Bey rend à l’armée plus qu’elle n’a perdu par le détachement qui a été fait sur Valladolid. Toutes les probabilités humaines sont que le maréchal Bessières n’a plus besoin d’aucun renfort, du moins pour être maître de toute la Castille et du royaume de Léon. Ce n’est que lorsqu’on aura reçu la nouvelle de ce qu’il aura fait à Benavente et à Léon, qu’on pourra décider s’il doit attaquer la Galice.

8° Le général Verdier, en Aragon, a cerné Saragosse. Le 14e et le 44e de ligne partent demain pour s’y rendre. Les partis francais vont jusqu’à moitié chemin de Lerida, de Barbastro et de Jaca. Dans dix jours, toute l’artillerie sera arrivée. Cette belle et bonne brigade de troupes de ligne porte à près de 15,000 hommes l’armée du général Verdier. Il est probable que Saragosse tombera bientôt, et que les deux tiers de ces 15,000 hommes deviendront disponibles.

9° Ainsi le corps du maréchal Bessières a pris l’offensive; il est, depuis sa victoire, renforcé de la brigade Lefebvre et de la brigade Gaulois. Il est donc dans le cas de conserver l’offensive.

Le corps du général Verdier, en Aragon, a battu partout les insurgés, a cerné la ville avec des forces beaucoup moindres. Il vient d’être considérablement renforcé; ainsi il peut donner une nouvelle activité aux opérations du siége, et conserver son activité offensive sur les deux rives de l’Èbre.

Le corps de Catalogne a agi isolement, ayant pour point d’appui Barcelone. La jonction sera faite aujourd’hui ou demain devant Girone avec le général Reille.

Voilà pour les trois corps d’armée situés du côté de la France.

10° La communication de Madrid avec la France est important sous tous les points de vue; il faut donc que les colonnes qui viennent d’être organisées à Burgos et à Vitoria, et qui seront renforcées et augmentées, soient laissées dans ces stations. Ci-joint la note de la formation de ces colonnes; elles sont presque toutes composées de 3e bataillons et de conscrits, mais avec de bons cadres. Quinze à vingt jours de station à Burgos et à Vitoria les mettront à peu près à l’école de bataillon. Ce serait une très-grande faute que de rappeler trop tôt ces troupes pour en renforcer les cadres principaux; il faut attendre jusqu’à ce qu’on ait pu les remplacer à Vitoria et à Burgos par de nouvelles troupes.

10° Il n’y a donc rien à craindre du côté du maréchal Bessières ni dans le nord de la Castille, ni dans le royaume de Léon.

Il n’y a rien à craindre en Aragon ; Saragosse tombera un jour plus tôt ou un jour plus tard.

Il n’y arien à craindre en Catalogne.

Il n’y a rien à craindre pour les communications de Burgos à Bayonne, moyennant les deux colonnes qui sont organisées dans ces deux villes et qui seront renforcées.

S’il y avait des événements en Biscaye, la force qui se réunit à Bayonne, formant réserve, serait suffisante pour mettre tout en ordre.

S’il arrive à Burgos quelque événement trop considérable pour que la colonne mobile qui est à Burgos puisse y mettre ordre, le maréchal Bessières ne sera pas assez loin pour ne pas pouvoir faire un détachement.

Le général Bonnet, à Burgos, est chargé de maintenir la communication de Vitoria avec le maréchal Bessières et avec Madrid. Il est nécessaire que ces deux généraux correspondent tous les jours entre eux et avec le général Drouet, qui est laissé en réserve à Bayonne, de même que le général Verdier, de Saragosse, et le général d’Agoult, de Pampelune, doivent correspondre tous les jours avec le général Drouet à Bayonne et avec Madrid par le canal de Bayonne et de Vitoria, jusqu’à ce que les communications directes soient rétablies. Un courrier, partant de Madrid, peut se rendre par Vitoria, Tolosa, Pampelune, devant Saragosse.

Le seul point donc important aujourd’hui est le général Dupont. Si l’ennemi parvenait jamais à s’emparer des défilés de la Sierra Morena, il serait difficile de l’en chasser ; il faut donc renforcer le général Dupont, de manière qu’il ait 25,000 hommes , compris ce qu’il faudra pour garder les passages des montagnes et une partie du chemin de la Manche. Il pourra disposer ses troupes de manière que, le jour où il voudra attaquer, la brigade de 2 ou 3,000 hommes destinée à garder les montagnes arrive au camp du général Dupont à marches forcées, et soit successivement remplacée par les colonnes qui seraient en arrière; de sorte que le général Dupont ait, pour le jour de la bataille, plus de 23,000 hommes à mettre en ligne.

Une fois qu’on aura battu l’ennemi, une partie des troupes de ligne se dissipera, et, selon que la victoire sera plus ou moins décidée, on pourra faire continuer le mouvement à d’autres troupes sur le général Dupont.

12° Saragosse pris, on aura des troupes disponibles, soit pour renforcer l’armée de Catalogue, soit pour marcher sur Valence de concert avec le maréchal Moncey, soit pour renforcer le maréchal Bessières et marcher en Galice, si, après la victoire qu’il a déjà remportée et celle qu’il remportera à Léon, il ne se croit pas assez fort pour s’y porter d’abord.

13° Il serait important de choisir deux points intermédiaires entre Andujar et Madrid pour pouvoir y laisser garnison permanente, un commandant, un dépôt de cartouches, munitions, canons, magasins de biscuit, des fours, des farines et un hôpital, de sorte que 3 ou 400 hommes défendent les magasins et l’hôpital contre toute une insurrection.

Il est difficile de croire qu’il n’y ait point quelque château, donjon pouvant être retranché promptement, propre à cela. C’est par ce seul moyen qu’on peut raccourcir la ligne d’opération et être sûr d’avoir, toutes les trois ou quatre marches, une manutention et un point de repos.

14° En résumé, le partage de l’armée parait devoir être celui-ci :

Corps de Catalogne, tel qu’il existe, à peu près 20,000 homme

Corps d’Aragon, tel qu’il existe, à peu près 15,000 hommes jusqu’à ce que Saragosse soit pris.

Corps du maréchal Bessières, ce qu’il a, à peu près 17,000 hommes; colonne de Burgos, 2,000; colonne de Vitoria, 2,000 ; garnison de Saint-Sébastien, 1,500 ; corps d’Aranda, 1,000 ; total du corps du maréchal Bessières, 24,000 hommes.

Après la prise de Saragosse, lorsque les affaires de Catalogne seront un peu apaisées, on pourra, selon les circonstances, ou renforcer le maréchal Bessières, ou renforcer le général Dupont, ou entreprendre l’opération de Valence.

Aujourd’hui, le seul point qui menace, où il faut promptement avoir un succès, c’est du côté du général Dupont. Avec 25,000 hommes, infanterie, cavalerie et artillerie comprises, il a beaucoup plus qu’il ne faut pour avoir de grands résultats. A la rigueur, avec 21, 000 hommes présents sur le champ de bataille, il peut hardiment prendre l’offensive ; il ne sera pas battu, et il aura pour lui plus de quatre-vingts chances.

 

Bayonne, 21 juillet 1808

A Eugène Napoléon, vice-Roi d’Italie, à Milan

Mon fils, je reçois votre lettre du 10, avec le projet de l’organisation de l’armée d’Italie, qui me paraît bien. Mais il ne faut faire aucun mouvement de cavalerie, ne pas faire marcher d’escadrons des dépôts, et ne rien déranger qu’au dernier moment. Accélérez l’instruction des dépots, et faites en sorte qu’ils soient le plus fort possible. Je ne vois pas pourquoi vous ne portez le 6e de hussards, les 6e et 8e de chasseurs, les 7e, 23e, 24e, 29e et 50e de dragons que pour 700 chevaux. Ces 8 régiments doivent avoir chacun 900 chevaux à l’armée, ce qui doit porter votre cavalerie, au lieu de 9,600 hommes, à 11 ou 12,000 hommes. Les deux régiments qui ont leurs dépôts en Piémont fourniront un escadron pour la 5e division. Dans les régiments qui ont 4 bataillons, on fera marcher les majors au dernier moment; quant aux chefs des 4e bataillons, il est nécessaire qu’ils y soient. Présentez-moi ce travail pour l’armée d’Italie, et proposez-moi les chefs de bataillon les plus en état de faire un bon service. Je remarque dans l’état que vous m’avez envoyé que le bataillon du 53e est bien faible. Je vois que le 4e bataillon du 35e est à Cranglio, ct celui du 106e à Serravalle, tout cela doit joindre le camp.

 

Bayonne, 21 juillet 1808

A Eugène Napoléon, vice-Roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je pars aujourd’hui pour voir Pau, Toulouse et le superbe bassin de la Garonne. Le roi d’Espagne est arrivé hier 20 à Madrid. Il y a quelques troubles en Espagne. Le maréchal Bessières a remporté le 14 une grande victoire à Médina del Rio-Secco, dans le royaume de Léon; avec 15,000 hommes, il a battu 45,000 hommes de troupes de ligne et d’insurgés, qui avaient pris parti, et auxquels les Anglais avaient fourni des armes. Comme je ne fais rien imprimer des affaires d’Espagne, cela est pour votre gouverne.

 

Bayonne, 21 juillet 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale

J’ai lu avec intérêt les papiers de Préjean. Vous me ferez connaître si tous les individus que Préjean dit avoir vus sont arrêtés.

Mme de Jarnac me paraît fortement compromise. Je vous prie de répondre sur cette question . Savait-elle que les lettres venaient par Préjean, oui ou non ? Si elle le savait, elle est coupable, quand même on la dirait innocente. La lettre n° 4, où vous avez mis en note : “Nouvelle imaginée par Préjean” , dit qu’un vaisseau anglais désarmé est entré dans le port de Brest, n’est pas imaginée, parce qu’elle est vraie. Tâchez de savoir quel est l’officier de marine qui a dit cela. J’attends le rapport général que vous me ferez sur cette affaire.

 

Bayonne, 21 juillet 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine

Vous trouverez ci-joint les papiers originaux saisis par la police sur Préjean. Lisez les seul et avec attention, et ne les communiquès à personne. Prenez les notions qui peuvent vous être utiles sur les lieux où débarquent les agents, et sur les mesures à prendre pour saisir leurs bâtiments. Vous renverrez ensuite le paquet à la police cacheté, et de manière qu’on ne sache pas même que vous l’avez lu. Il est dit dans une de ces pièces qu’un vaisseau anglais est entré à Brest en mars; je crois la nouvelle vraie. Sachez quel est l’officier de marine qui est arrivé à cette époque à Saint-Malo.

 

Bayonne, 21 juillet 1808

Au général Caulaincourt, ambassadeu à Saint-Pétersbourg

Vous devez remercier l’empereur de ce qu’il m’a fait dire relativement au roi d’Espagne. Il n’a pas affaire à un ingrat, et comme il n’a pas attendu que je le lui demande pour faire une chose qui m’est si agréable, vous pouvez lui dire que je viens de donner des ordres pour en finir avec la Prusse. Aussi bien la saison s’avance, et mes troupes ne pourraient évacuer l’hiver. Je voulais attendre l’issue de ma conférence avec l’empereur; mais, puisque cela tarde et que l’hiver approche, vous direz que les affaires avec la Prusse étant à peu près d’accord, au reçu de cette lettre, le traité avec cette puissance sera probablement signé.

Les affaires d’Espagne vont bien. Le maréchal Bessières a remporté le 14 une victoire signalée qui a soumis le royaume de Léon et les provinces du Nord. En racontant cela à l’empereur, vous lui direz que les Anglais mettent partout le feu en Espagne, qu’ils y répandent de l’argent et s’entendent avec les moines, et qu’il y a vraiment du trouble. Je pars cette nuit pour aller faire un tour dans mes provinces du Midi, et de là me rendre à Paris, où je serai avant le 15 août.

 

Pau, 23 juillet 1808

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’Empire

Mon Cousin, je suis arrivé à Pau. Je vais partir pour Tarbes. Le roi d’Espagne est arrivé le 20, à six heures du soir, à Madrid.

P. S. Je suis arrivé à Tarbes aujourd’hui, à dix heures du matin.

 

Tarbes, 23 juillet 1808

Au maréchal Pérignon, Paris

Mon Cousin, le secrétaire d’État vous envoie le décret par lequel je vous ai nommé gouverneur de Naples et commandant de mon armée dans ce royaume. Il est indispensable que vous soyez rendu à Naples le 5 août, ou plus tôt s’il est possible. Le maréchal Jourdan ayant été appelé à Madrid, vous recevrez le commandement de lui, s’il est encore à Naples, ou du plus ancien général de division auquel il l’aura laissé. La proclamation du grand-duc de Berg comme roi de Naples doit avoir été faite. Il ne pourra se rendre à Naples que d’ici à quinze ou vingt jours. Il est donc nécessaire que, d’ici à ce temps, vous preniez toutes les mesures convenables pour le bien du royaume et de mon armée. Je m’en fie entièrement à votre zèle pour mon service. Vous trouverez, à votre arrivée à Naples, des lettres patentes du Roi, qui vous confèrent le titre de son lieutenant général, afin que vous puissiez pourvoir à tous les besoins du royaume.

 

Pau, 23 juillet 1808, trois heures du matin

A Eugène Napoléon, Roi d’Espagne

Vous commandez l’armée; je vous l’ai dit; je l’ai fait mettre à l’ordre. Savary, dans la lettre qu’il écrit au major général le dit, puisqu’il dit qu’il ne fera aucun mouvement sans votre ordre. Vous auriez donc pu vous épargner une page de bavardage. Actuellement écrivez-moi souvent et en détail, ce que vous ne faites pas; et ordonnez que votre état-major envoie des états de situation et écrive tous les jours en détail au major général. Les mouvements militaires de Savary font hausser les épaules; il n’a fait que de fausses marches. Gobert doit rester avec Dupont, puisqu’il y est; Moncey à San-Clemente ou environs, et Dupont doit être renforcé.

J’eusse voulu que la brigade Rey eût joint, le 20, le maréchal Bessières; mais, puisqu’elle est à Madrid, gardez-la deux mois sans bouger. Ces soldats sont fatigués et ont besoin de repos : ils viennent de Rennes à marches forcées. Si on les fait toujours aller, ils tomberont tous malades. Il me tarde d’avoir des nouvelles du maréchal Bessières; je n’en ai pas depuis le 15. Portez-vous bien et croyez à mon amitié.

 

Auch, 24 juillet 1808

NOTE.

A Auch, nommer trois curés de première classe; le vicaire général, évêque de Poitiers; Jaubert, ailleurs.

Il faut, pour entretenir 1a cathédrale, 12,000 francs. J’ai assigné 6,000 francs sur les cultes, 4,000 par le département, 2,000 par la ville. Il sera formé une fabrique pour administrer.

J’ai accordé 50,000 francs pour faire venir les eaux; ce fonds sera pris sur les ponts et chaussées, savoir : 25,000 francs cette année, 25,000 l’année prochaine; ceux de cette année, sur les fonds communs.

10,000 francs pour le pavé, également par les ponts et chaussées.

 

Auch, 24 juillet 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Madrid

Mon Frère, je suis arrivé aujourd’hui à Auch; je serai demain à Toulouse.

Je vous envoie votre courrier de Naples. J’ai ouvert tous les rapports de la police et de l’armée; je n’y ai rien trouvé d’intéressant.

La Reine est arrivée à Lyon. Si vous ne jugez pas à propos qu’elle aille à Madrid, peut-être feriez-vous bien de la laisser venir à Paris. Il ne faut, dans la position actuelle des choses, rien faire qui n’ait l’air d’être naturel.

Je n’ai point de nouvelles de votre entrée à Madrid; votre dernier courrier est de Buitrago, le 19, à onze heures du soir. Je n’en ai pas davantage du maréchal Bessières. Je crois vous avoir mandé d’avoir l’oeil sur Burgos et d’y tenir un général de confiance.

Les espèces sont parties de Paris pour former le second payement de l’emprunt. Je suppose que le ministre des finances aura fait la cédule royale et se sera occupé de déposer les effets, conformément à la demande qu’en a faite la Banque.

 

Toulouse, 25 juillet 1808

A M. Daru, intendant général d la Grande Armée, à Berlin

Monsieur Daru, les employés français en Saxe ne doivent rien coûter au pays, tout au plus le logement. Cela est contraire à mes intentions. Les employés, commissaires des guerres, gardes-magasins, etc., ont leur traitement de guerre et ne doivent rien demander, sous prétexte qu’ils sont dans un pays allié. Au lieu de cela, on a demandé au gouvernement saxon de donner en argent ce qu’il donnait en nature. Ces petites tracasseries font tort et sont tout à fait contraires à la dignité de la France. Écrivez au sieur Bourgoing pour qu’on laisse tranquille le roi de Saxe. Diminuez les trois quarts des employés, soit civils, soit militaires. Réitérez vos ordres et prenez des mesures telles que mes agents ne coûtent rien au roi de Saxe. Faites finir toutes ces misères. il est inutile d’avoir des manutentions, des commissaires des guerres, des gardes-magasins dans tous les lieux de passage. Les employés saxons peuvent tout aussi bien faire cela que des employés français. Laissez des employés français seulement dans les lieux où il y aurait des magasins français assez considérables; ces lieux sont extrêmement peu nombreux.

 

Toulouse, 25 juillet 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Madrid

Mon Frère, Tournon apporte votre lettre du 20, et celle du 21 au soir qui m’apprend votre entrée à Madrid.

Le maréchal Bessières mande de Benavente, en date du 20, qu’il marche sur Léon. Je reçois de Santander la nouvelle que 1,500 hommes des Asturies, qui s’y étaient rendus, en sont repartis, apprenant la défaite de Cuesta. L’officier d’ordonnance d’Estourmel, de chez le maréchal Bessières, raconte avoir donné dans une des colonnes de Cuesta, près de Benavente. Il paraît que Cuesta, avec un débris de 3 à 4,000 hommes, se dirigeait du côté de l’Estremadure.

Le major général a donné des ordres pour qu’il y eût à Burgos, dans les premiers jours d’août, 3 ou 4,000 hommes; ce qui assurera et maintiendra vos derrières. Comme ce sont en grande partie des conscrits, il faut les laisser s’exercer, et se trouver satisfait de voir les communications avec Madrid et avec le maréchal Bessières à l’abri de toute surprise. Il faudrait envoyer à Burgos un général pour avoir l’oeil sur Vitoria et sur Aranda, et qui correspondra avec Madrid et avec le maréchal Bessières, qui sera arrivé le 23 à Léon.

Vous aurez reçu des lettres du général Verdier devant Saragosse. Le major général vous a mandé l’expédition du colonel Pepin sur Villafeliche près Daroca, qui a dissipé 4,000 rebelles. On écrit de Saragosse que cette ville ne tardera pas à tomber. L’officier du maréchal Bessières dit que Zamora, Valladolid, Palencia, etc. , sont fatiguées d’être pillées par les deux partis, et que même les moines désirent fort la tranquillité. Le colonel Pepin, qui est devant Saragosse, écrit que tous les villages et petites villes qu’il a parcourus demandent à grands cris la paix.

J’approuve fort les mesures que vous avez prises pour renforcer le général Dupont.

 

Toulouse, 25 juillet 1808

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie (la même lettre a été adressée ait roi de Wurtemberg, et, avec quelques modifications, aux autres princes de la Confédération du Rhin)

Monsieur mon Frère, l’Autriche arme; elle nie ses armements : elle arme donc contre nous. Elle fait répandre le bruit que je lui demande des provinces : elle veut donc couvrir du voile d’une défense légitime une mesure aussi gratuitement offensive qu’insensée. Nos relations avec l’Autriche, depuis la paix de Presbourg, ont été constamment amicales ; un traité les a cimentées. Les notes, les communications importantes qui ont eu lieu depuis cette époque entre les deux gouvernements étaient le gage d’une parfaite harmonie. La Russie n’est pas moins que nous étonnée de ces armements de l’Autriche.

Sans doute il ne devrait pas être vraisemblable que l’Autriche voulût attaquer la France et la Confédération du Rhin. Mais n’avons-nous pas vu, il y a deux ans, la Prusse, par une démarche plus insensée encore, provoquer sa ruine entière ? Dans un gouvernement faible, le parti qui veut la guerre fait faire des armements sous un prétexte quelconque, et le prince trompé se trouve engagé dans la guerre sans l’avoir voulu.

Les hommes raisonnables verront avec pitié les armements de l’Autriche. Mais, s’ils étaient tolérés, ils ne seraient pas sans inconvénients; ils lui donneraient en Allemagne une force d’opinion qu’elle ne doit point avoir. Elle-même acquerrait une idée exagérée de sa propre puissance, et, se croyant forte parce qu’on aurait souffert ses préparatifs, elle se déciderait bientôt à la guerre, que d’abord elle ne voulait pas.

Puisque l’Autriche arme, il faut donc armer. Aussi j’ordonne que la Grande Armée soit renforcée. Mes troupes se réunissent à Strasbourg, Mayence, Wesel. J’engage Votre Majesté à tenir son contingent prêt. S’il est un moyen d’éviter la guerre, c’est de montrer à l’Autriche que nous ramassons le gant et que nous sommes prêts.

Je répète à Votre Majesté qu’il n’y a, entre l’Autriche et moi, aucun sujet de différend, que je ne lui demande rien, et que je n’arme que parce que je la vois armer.

 

Toulouse, 25 juillet 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Toulouse

Monsieur de Champagny, faîtes faire les expéditions des lettres ci-jointes et présentez-les ce soir à ma signature. Faîtes-moi connaître si l#article ci-joint du Journal de l’Empire daté de Belgrade est vrai ou controuvé. S’il est vrai, proposez-moi de faire défendre la Gazette de Bayreuth.

 

Toulouse, 25 juillet 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures

Je vous renvoie votre portefeuille. Je ne conçois rien à ce tripotage du sieur Bourgoing, il fait des choses qui compromettent la dignité de la France et sont contraires à mes intentions. J’ai donné il y a longtemps deux ordres : le premier, pour diminuer des deux tiers les officiers, commandants de place, commissaires des guerres et garde-magasins qui sont employés sur la route d’étapes en Saxe; 2° que le tiers restant fût soldé à mes frais et ne coutât au roi de Saxe, qui est tenu tout au plus de fournir le logement. Au lieu de cela, le sieur Bourgoing remercie le roi des ordres qu’il a donnés, démarche basse et ridicule; car, ou le roi doit nourrir ce qui passe de mes troupes sur ses États, comme membre de la Confédération du Rhin, et je ne lui dois pas alors de remerciements; ou il ne le doit pas, et il est ridicule que je remercie un petit prince de la Confédération du Rhin pour 30 ou 40,000 francs qu’il me donne; il était tout simple de ne pas les lui prendre. Écrivez au ministre de Saxe que j’ai blâmé la conduite du sieur Bourgoing; que mon intention est qu’il y ait en Saxe le plus petit nombre d’employés possible, et qu’ils ne coûtent rien au pays. Vous ferez connaître au sieur Bourgoing qu’il ne doit employer son ministère que pour des affaires graves, et que les employés qui sont en Saxe reçoivent des appointements et ne doivent rien demander.

 

Toulouse, 25 juillet 1808

A M. Daru, Intendant général de l’armée d’Espagne

Il est nécessaire que vous arrêtiez toutes les lettre du ministre de Russie ou de tout autre venant d’Espagne qui donneraient des détails sur les affaires de ce pays. Vous devez me renvoyer les originaux de toutes des lettres.

 

Toulouse, 26 juillet 1808

A M. de Lacépède, Grand Chancelier de la Légion d’honneur

J’ai reçu votre lettre. Je suis fâché que la lettre que je vous ai écrite vous ait affligé; ce n’était pas certainement mon intention. La maison d’Écouen ne peut être ainsi régie de clerc à maître et par le grand chancelier de la Légion. Il est nécessaire qu’il y ait un conseil d’administration de la maison sous la surveillance du grand chancelier, et que la Légion soit tenue de payer une masse par individu au dit conseil d’administration. Cette mesure doit calmer toute inquiétude. Si une élève, quelque économie qu’on y apportât d’ailleurs, devait coûter plus de 7 à 800 francs, il me semble que ce serait trop cher. Dites-moi un mot dans ce sens, et surtout croyez que personne ne désire plus que moi vous donner des preuves d’estime et de considération.

 

Toulouse, 26 juillet 1808

Au général Savary, duc de Rovigo, aide de camp de l’Empereur, à Madrid

Je reçois votre lettre du 21 de Madrid que m’apporte Faudoas. J’ai vu avec plaisir l’entrée du Roi. Aidez-le de tous vos moyens.

Tous les rapports que je reçois de l’Aragon, de Bessières et du théâtre de la guerre s’accordent à dire que tous les pays sont fameusement fatigués de cet état de révolte et que les prêtres, même les moines, commencent à s’apercevoir que, pillés de tous côtés, ils seront les victimes de tout ceci.

1)Pierre-Paul-Eugène, baron Faudoas-Séguenville (1788 – 1844), lieutenant de cavalerie, officier d’ordonnance de l’Empereur et frère de la duchesse de Rovigo

 

Toulouse, 26 juillet 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Toulouse

Monsieur de Champagny, je vous envoie une note qui m’est remise par le ministre de la police. Écrivez à cet effet à mon ministre en Hollande pour requérir l’arrestation des chefs de cette maison (La maison Schott, de Bréda, soupçonnée de faire du commerce avec l’Angleterre)

 

Toulouse, 26 juillet 1808

Au prince de Nauchâtel, major général de la Grande Armée

Donnez des ordres pour que la Gazette de Bayreuth soit suupprimée, et que la correspondance de ce gazetier soit mise sous le scellé, qui sera apposé par des officiers francais. On prendra le dépouillement de tous les papiers, et les pièces qui seraient relatives à sa correspondance avec les Anglais seront envoyées à Paris. Le journaliste sera retenu en prison et interrogé sur ses relations et sur les menées qu’il pratique depuis plusieurs années avec les Anglais

 

Toulouse, 27 juillet 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le général Clarke, la batterie du signal de Breskens, au lieu d’avoir sept côtés, doit être formée par une demi-ellipse devant contenir vingt-cinq pièces de canon. Comme les mortiers peuvent être mis derrière, 75 toises suffisent au côté elliptique. La batterie peut être ensuite fermée par trois côtés, en forme de trapèze, de manière qu’avec 200 toises de développement, avec escarpe et contrescarpe, une caserne, des magasins, une citerne, la batterie soit à l’abri de toute espèce de coup de main et puisse résister huit à dix jours de tranchée ouverte, sans avoir besoin d’avoir de l’eau dans les fossés. Cette batterie ou redoute ne serait, dans le fait, qu’un grand cavalier placé sur le milieu de la dune. On tracerait autour trois fronts de fortification en terre, de 180 toises, avec fossés pleins d’eau; ce serait la place qu’on défendrait par un siège en règle. Alors on sent que tous les avantages seraient réunis. On pourrait commencer d’abord par faire la redoute et avoir 300 hommes à l’abri de toute insulte. Il y aurait ensuite une belle enceinte bastionnée, capable de résister et de prolonger la défense fort loin, d’autant plus que cette place recevrait longtemps des secours de Flessingue par mer. On désirerait savoir ce que pourraient coûter quatre tourelles en maçonnerie, destinées à flanquer par un feu de mousqueterie les quatre côtés de la redoute. Ces tourelles ne devraient point masquer le feu de l’artillerie de la redoute. On y arriverait de l’intérieur de 1a batterie par une communication souterraine.

 

Toulouse, 27 juillet 1808

Au maréchal Davout, chargé du commandement d la Grande Armée, à Varsovie

Mon Cousin, faites partir le plus tôt possible les 8,000 Polonais qui doivent passer à ma solde, et dirigez-les sur Mayence par le plus court chemin.

 

Toulouse, 27 juillet 1808

Au comte Bigot de Preameneu, ministre des Cultes, à paris

Monsieur Bigot de Preameneu, le sieur Marchaix, prédicateur de l’église Bonne-Nouvelle et le sieur Cagny, curé idem, ont de mauvais principes. Faîtes vérifier les faits et interdisez ces deux individus.

 

Toulouse, 28 juillet 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Madrid

Mon Frère, le général Mathieu-Dumas vous remettra cette lettre. Il se rend à l’armée d’Espagne; on verra ensuite à le traiter comme il pourra le désirer; le principal est qu’il vous serve. Votre écuyer Filangieri vous a été expédié ce matin. Je serai le 31 à Bordeaux.

J’ai reçu, ce matin, des nouvelles de Russie, du 9, et des lettres de l’Empereur. L’affaire d’Espagne était déjà là une affaire fort ancienne, et tout y était arrangé.

L’Autriche est prise d’une terreur panique qui n’a pas de bon sens.

Le maréchal Bessières a dû arriver le 23 à Léon.

Une gazette anglaise dit que mon escadre de Cadix a été canonnée pendant trois jours par les insurgés, quelle a été obligée d’amener et qu’elle est dans le port de Cadix; ce sont les Anglais qui disent cela. Il paraît que tout va bien du côté de Lisbonne.

Du moment que le général Dupont aura appris la victoire du maréchal Bessières, j’espère qu’il ne sera pas resté en arrière.

Bessières, à ce qu’il parait, a trouvé beaucoup de fusils, de poudre et de cartouches à Benavente.

Dessolles m’a fait demander, à Auch, à être employé en Espagne; va s’y rendre.

J’ai nommé le maréchal Pérignon gouverneur de Naples et commandant de mon armée. Le grand-duc de Berg est toujours fort malade.

La Reine m’a écrit de Lyon. Je suppose que vous me parlerez d’elle dans votre première lettre. Je pense qu’il faut qu’elle aille pour le reste de l’été à Paris; il fait trop chaud pour aller en Espagne dans ce moment. Au reste j’attendrai ce que vous déciderez là-dessus.

 

Toulouse, 28 juillet 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Il est nécessaire que vous donniez des ordres pour que les ler, 2e, 3e et 4e bataillons des 14e, 43e, 44e, 5le de ligne, 9e, 12e et 14e légers, 15e, 47e, 70e et 86e de ligne, soient tout entiers à l’armée d’Espagne et de Portugal ; qu’il ne reste en France que les quatre compagnies du 5e bataillon de dépôt, et que les bataillons de guerre soient portés à leur grand complet.

—-

P. S. Si Lacuée pouvait diriger un millier de conscrits sur Bayonne, il doit le faire.

Toulouse, 28 juillet 1808

 

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, donnez l’ordre que tout ce qu’il y a de disponible en France du 10e régiment de chasseurs à cheval complète le 4e escadron, de manière qu’il soit au moins à 200 chevaux. Vous le dirigerez sur Bayonne. Donnez le même ordre pour le 22e régiment de chasseurs. Donnez ordre que le 3e escadron du 26e de chasseurs soit complété à 200 hommes et se tienne prêt à entrer en campagne à la fin d’août.

J’ai blâmé le maréchal Kellermann d’avoir formé des grenadiers et les voltigeurs; cependant, puisque cette mesure a été prise, il faut en profiter. Vous voudrez donc bien donner l’ordre que 25 grenadiers et 12 voltigeurs, faisant 50 hommes de chacun des régiments qui ont des compagnies de grenadiers et de voltigeurs à la division Oudinot, se mettent en marche pour se rendre à Dantzig, bien armés et bien équipés. Comme il y a à la division Oudinot des détachements de 48 régiments, ou 96 compagnies, ce sera une augmentation de 2,400 hommes qu’elle rendra.

Ces 2,400 hommes seront formés en trois détachements, dont l’un se réunira à Strasbourg, l’un à Mayence et l’autre à Wesel. Vous me ferez connaître la situation et la composition de ces détachements au 15 août, afin que j’ordonne le mouvement. Écrivez au maréchal Kellermann de vous envoyer l’état de situation au 5 août des trois brigades de réserve qui doivent être formées à Strasbourg, Mayence et Wesel, afin que je connaisse le nombre d’officiers, de sous-officiers, l’état de l’habillement et de l’armement, etc. Ces revues seront passées au 5 août. Je désire les avoir avant le 15, afin que je voie si ces réserves sont dans le cas de marcher.

 

Toulouse, 28 juillet 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Toulouse

Monsieur de Champagny, la proposition du prince d’Anhalt-Coethoen n’est pas à rejeter. Je prendrais volontiers à mon service un régiment qu’il lèverait, dont il serait le propriétaire et qu’il composerait tout entier d’Allemands. Par le courrier que vous enverrez à Constantinople il est convenable que vous écriviez à Téhéran.

 

Agen, 30 juillet 1808

Au prince Cambacérès, Archichancelier de l’Empire

J’ai reçu votre lettre du 21. Je suis extrêmement content de l’esprit de ce pays-ci. La ville de Montauban m’a fort intéressé. Cette ville a été horriblement maltraitée. Je pars d’Agen ce soir à sept heures, pour ne plus m’arrêter qu’à Bordeaux, où j’arriverai demain matin à dix heures. J’y resterai probablement le ler d’août; après quoi, je partirai pour Rochefort.

 

Agen, 30 juillet 1808

A M. Cretet, ministre de l’intérieur, `Paris

J’ai l’honneur de transmettre à Votre Excellence une note que Sa Majesté a dictée relativement à la création d’un nouveau département qui aura Montauban pour chef-lieu.

MARET, ministre secrétaire d’État.

——–

Il est impossible de laisser Montauban dans l’état d’abandon où elle se trouve, et il convient de la créer chef-lieu d’un nouveau département dont le territoire serait pris sur les départements voisins.

Le Lot a 38,000 habitants; on lui ôtera l’arrondissement de Montauban et Moissac, avec 100,000 habitants. La Haute-Garonne a 433,000 habitants; on lui ôtera l’arrondissement de Castel-Sarrasin, avec près de 100,000 habitants. Le Lot-et-Garonne a 533,000 habitants; on lui ôtera Valence et 50,000 habitants. Le Tarn a 272,000 habitants; on lui ôtera un arrondissement de 30,000 habitants. On pourra aussi ôter au Gers 12 à 15,000 habitants. Le nouveau département, qui portera le nom de Tarn-et-Garonne, aura donc près de 300,000 habitants.

Sa Majesté désire que le ministre fasse faire la carte de ce nouveau département pour la lui présenter avant la fin du mois d’août, avec les projets de loi et de règlement, cette affaire devant être portée au prochain Corps législatif.

 

Agen, 30 juillet 1808

A Joseph Napoléon, Roi d’Espagne, à Madrid

Mon Frère, je reçois votre lettre du 23. Le major général reçoit des lettres du matin du même jour du maréchal Bessières, qui marque qu’il n’y a plus d’armée ennemie en Castille, que Cuesta avec 500 hommes de cavalerie se dirigeait du côté de Toro, et qu’il croit être certain que le point de sa retraite est Badajoz, dans l’Estremadure; que les villes et provinces de Léon, Zamora, se sont soumises, et que son intention était de se reposer le 25 et le 26 à Léon, et de marcher ensuite en Galice.

Le général Dessolles a reçu des lettres de service pour l’armée d’Espagne; il se rend à Burgos. Le major général vous instruit des ordres qu’il reçoit. Le général Dessolles aura, à son arrivée à Burgos, près de 5 à 6,000 hommes. 500 chevau-légers polonais de ma Garde se dirigent sur Burgos.

Il est inconcevable que le maréchal Moncey se soit retiré sur Ocana. La conduite de cet officier est fort extraordinaire; son mouvement est défavorable pour tout, mais particulièrement pour le général Dupont, puisque les provinces de Valence, de Murcie cessent d’être menacées. Il paraît que le général Dupont a déjà 20,000 hommes; s’il n’a pas fait de fautes, avec cela il n’a rien à craindre de l’ennemi.

J’ai reçu des nouvelles de Saragosse à peu près de la même époque que celles du maréchal Bessières, qui sont tout aussi satisfaisantes que ces dernières.

Le général Mathieu-Dumas vous aura joint. Il fait ici fort chaud. Je suis fort satisfait de l’esprit de ces provinces. Je serai à Rochefort le 3, et à Nantes probablement le 7 ou le 8.

 

Agen, 30 juillet 1808

A Joachim Napoléon, Roi de Naples

Je reçois votre lettre. Je vois avec plaisir que votre santé s’améliore.

Les nouvelles du duché de Berg ne sont pas satisfaisantes. Vos agents emballent et font tout passer sur la rive gauche; vos haras filent sur le Tyrol. Cela fait un détestable effet dans le pays et en Allemagne. Cela vaut-il la peine, pour des babioles, de montrer de l’avidité ? Dans tout état de choses, si vous tenez à vos haras, quinze ou vingt jours plus tard n’êtes-vous pas sûr de les avoir ? Cela est irréfléchi et fait mal dans l’opinion. Écrivez, et donnez des ordres qu’on n’emporte rien, et qu’on ne montre aucune avidité.

La chaleur est si forte que je crains que, si vous vous mettez en route trop promptement, vous ne puissiez la supporter. Soignez d’abord votre santé; c’est le principal.

 

Bordeaux, 31 juillet 1808, onze heures du soir

A Joseph Napoléon, Roi d’Espagne

J’ai reçu vos lettres des 24, 25 et 26. Le style de votre lettre du 24 ne me plaît point. Il ne s’agit pas de mourir, mais de se battre et d’être victorieux, et vous l’êtes et le serez. Je trouverai en Espagne les colonnes d’Hercule, mais non des limites à mon pouvoir. Depuis que je sers, ce que j’ai trouvé de plus lâche, ce sont ces rassemblements et ces troupes espagnoles. Au reste, des troupes et des secours de toute espèce se dirigent de votre côté.

Vous avez le tiers plus de forces qu’il ne vous faut, si cela est dirigé avec la précision convenable. Hormis Moncey et sa déshonorante retraite de San-Clemente sur Ocana et son lâche conseil guerre, je suis fort content de mes troupes. Savary est un homme de tête et de coeur qui a erré dans ses dispositions générales, parce qu’il n’a pas l’habitude de commander en chef, mais qui cependant est encore plus fort que ce que vous avez autour de vous. Caulaincourt a fait très bien à Cuenca. La ville a été pillée . c’est le droit de la guerre, puisqu’elle a été prise les armes à la main.

La Russie vous a reconnu; la lettre en a été envoyée à M. Strogonoff. A mon arrivée à Paris, j’apprendrai que l’Autriche a fait de même.

Votre position peut être pénible comme roi; mais elle est brillante comme général. Il n’y a qu’une chose à craindre : prendre garde de perdre l’esprit de l’armée et de la sacrifier aux Espagnols. Il n’y a point de ménagements à garder avec des brigands qui assassinent mes blessés et qui commettent toutes sortes d’horreurs. Il est fort naturel de les traiter comme on le fait; je vous l’ai déjà dit et je vous le répète. Depuis la belle victoire de Medina de Rio-Seco, qui à si promptement décidé les affaires d’Espagne, le maréchal Bessières est le maître absolu du Nord.

J’ai vu avec plaisir que vous n’avez pas envoyé la division Morlot au maréchal Bessières, comme on le proposait. Il faut soutenir Dupont. Soyez sans inquiétude sur l’issue de tout ceci. Je connais bien votre position; rien de ce qui est arrivé ne m’a surpris. Aurais-je sans cela envoyé 150,000 hommes en Espagne, levé deux conscriptions et dépensé 80 millions ? J’aurais mieux aimé perdre une bataille que de lire le procès-verbal de Moncey.

Bordeaux, 1er août 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Madrid

Mon Frère, je reçois votre lettre du 27. Le rapport de l’officier de cuirassiers me fait voir que le corps de Dupont va être attaqué et obligé de faire sa retraite. Cela ne peut se concevoir. Quelque revers que les circonstances vous puissent apprendre, n’ayez point d’inquiétude; vous aurez plus de 100,000 hommes dans peu. Tout est en mouvement; mais il faut du temps. Vous régnerez ; vous aurez conquis vos sujets pour en être le père : les bons rois ont passé à cette école.

Il y a plus de vingt jours que mes ordres sont partis. Surtout, santé, gaieté, c’est-à-dire force d’âme.

 

Bordeaux, 2 août 1808

NOTE SUR LA SITUATION ACTUELLE DE L’ESPAGNE.

1e Observation. – Le rapport circonstancié qu’on recevra du capitaine Villoutreys peut vous faire connaître la véritable situation des choses.

La bataille de Medina de Rio Seco a défait toute l’armée de Galice. La bataille d’Andalousie nous a enlevé un corps de 15,000 hommes. Sans doute que ces deux événements ne se font point équilibre; ils se compensent cependant jusqu’à un certain point.

2e Observation. – Les l5,000 hommes qu’on a perdus ont été remplacés à l’armée par les renforts qu’on a recus et qu’on reçoit à chaque instant, savoir : 2e, 4e et 12e d’infanterie légère, 14e, 15e, 43e, 44e et 51e de ligne (ce qui fait une augmentation de huit régiments), le 26e de chasseurs à cheval, les 12e, 13e, 14e et 15e escadrons de marche, 400 Polonais de la Garde arrivés depuis peu à Bayonne. Tout cela forme une force égale et sans doute, par sa composition, de beaucoup supérieure au corps du général Dupont; et, si on ajoute les trois régiments de la Vistule et le régiment de lanciers qui sont devant Saragosse, on verra que l’armée française se trouve encore beaucoup plus forte qu’à son entrée en Espagne.

3e Observation. – Il doit y avoir aujourd’hui à Madrid 20,000 hommes sous les armes prêts à combattre; le maréchal Bessières en a 24,000; le général Verdier en a 18,000; il y a donc encore à l’armée, indépendamment du corps de Catalogne, qui forme un système à part, plus de 60,000 hommes.

4e Observation. – Il n’est plus question que le maréchal Bessières prenne l’offensive et entre en Galice, ce qu’il allait exécuter. On peut le mettre en position entre Burgos et Valladolid, le charger d’observer le reste de l’armée de Galice, et, moyennant ce, on peut lui ôter 9,000 hommes, savoir : le 4e d’infanterie légère, le 15e de ligne, le bataillon de Paris, huit pièces de canon, le 96e de chasseurs, quatre escadrons de marche de dragons, la brigade du général Lefebvre qui, en dernier lieu, a été détachée de Madrid; ce qui augmentera l’armée de Madrid de 9,000 hommes.

On peut faire marcher en droite ligne sur Madrid les 43e et 5le de ligne, les deux bataillons de la réserve avec six pièces de canon; ce qui fera près de 4,000 hommes. On peut tirer de Saragosse le 14e et le 44e de ligne, 200 chevaux, huit pièces de canon; ce qui fera encore une augmentation de près de 3,000 hommes. Ce qui fera à Madrid un renfort de 16,000 hommes et de vingt-deux pièces de canon, parmi lesquels il y aurait six régiments de ligne.

On peut considérer les l2e et 22e, arrivés depuis peu à Madrid, également comme un renfort. Ainsi la perte du général Dupont serait donc remplacée par 18 à 20,000 hommes de troupes beaucoup meilleures. On pourrait ainsi réunir de 30 à 36,000 hommes sous Madrid, et conserver cette capitale.

L’armée aurait alors trois corps.

1° Le Corps principal de l’armée, à Madrid, de 36 à 40,000 hommes.

Le maréchal Bessières aurait 1,600 hommes de cavalerie, 8 à 9,000 hommes d’infanterie, à son corps mobile; le 118e (bataillon du dépôt faisant ensemble 800 hommes), du dépôt, 600 hommes, 3e bataillons des 14e et 44e bataillon, 2e provisoire du Portugal, ler bataillon de réserve, à peu près 4,000 hommes, sur les derrières, pour contenir Vitoria et Burgos; c’est-à-dire que le maréchal Bessières aurait en tout près de 14,000 hommes.

3° On aurait sous Saragosse les trois régiments de la Vistule, les lanciers, quatre escadrons de marche, trois bataillons de marche, un régiment supplémentaire, un bataillon des 15e, 47e et 70e; un bataillon du 118e, 1er bataillon de marche du Portugal; tout cela faisant encore 14 à 15,000 hommes devant cette place.

Saragosse pris, on augmentera de quelque chose les troupes de Madrid et du maréchal Bessières.

Dans le courant du mois, plus de 8,000 hommes seront arrivés à Bayonne et fortifieront d’autant le maréchal Bessières.

On pense donc, dans la situation actuelle de l’armée, qu’on peut réunir à Madrid, ou en échelons dans les environs, plus de 35,000 hommes, et qu’on peut ainsi attendre la diminution des chaleurs et l’arrivée successive des régiments qui sont en marche; que la perte du général Dupont est diminuée par le gain de la bataille de Medina de Rio Seco, par les secours arrivés depuis son entrée, par la perte que l’ennemi a dû éprouver dans le combat devant le général Dupont, et enfin par le plan adopté de se tenir réuni et de renoncer à toute opération offensive, c’est-à-dire à la conquête de Valence, de Grenade, de l’Andalousie, etc. Choisissant une bonne position à une ou deux journées de Madrid, il n’est pas probable que l’ennemi puisse rien présenter qui puisse remporter la victoire sur cette force-là; et, enfin, quand on en acquerra l’entière conviction, on se retirera selon les règles de l’art.

Chaque quinze jours porteront à l’armée des renforts considérables. La colonne de Saragosse peut se mettre en chemin et se trouvera en ligne.

Si Saragosse était pris, on pourrait envoyer à Madrid les deux régiments de ligne, trois bataillons de marche, et les incorporer dans leurs régiments.

EFFECTIF DES TROUPES FRANÇAISES EN ESPAGNE

GÉNÉRAL DUPONT
infanterie cavalerie
Brigade Dupré (chasseurs) 1,000
Brigade Rouyer (Suisses) 2,000
Division Barbou 5,000
Division Vedel 5,000
Brigade Privé (dragons) 1,400
Division Gobert. 6,000
18,000 2.400

 

MADRID ET ENVIRONS.
infanterie cavalerie
Garde impériale 700 1,500
Brigade du général Rey 2,000
Brigade Watier (hussards) 1,000
A Ocana, division Musnier 6,500
Division Morlot, non compris la brigade
Lefebvre
3,700
1er régiment provisoire de cuirassiers 700
Division Frère. 4,400
17,300 3,200
20,500

 

MARÉCHAL BESSIÈRES
infanterie cavalerie
Garde impériale . 1,600 260
Brigade Lefebvre 2,300
Division Merle . 8,000
Division Mouton 3,000
Mameluks 1,500
Division Lasalle 100
14,900 1,860

 

COLONNES
infanterie cavalerie
D’Aranda 1,000
De Burgos 2,100 360
Du major d’Ondenarde 1,100 390
26e de chasseurs 460
Chevau-légers polonais 150
Colonne de Vitoria 1,180 150
Garnison de Saint-Sébastien 1,000 60
Division de réserve de Bayonne 6,000
12,380 1,570
13,950

 

COLONNES
Verdier 17,300
Duhesme 11,700
Reille 7,800

 

Bordeaux, 3 août 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Je vous envoie des pièces pour vous seul; lisez-les une carte à la main, et vous verrez si depuis que le monde existe, il y a eu rien de si bête, de si inepte, de si lâche. Voilà donc justifiés les Hohenlohe, etc. On voit parfaitement, par le propre récit du général Dupont, que tout ce qui est arrivé est le résultat de la plus inconcevable ineptie. Il avait paru bien faire à la tête d’une division ; il a fait horriblement en chef. Lorsque ce coup du sort est arrivé, tout prospérait en Espagne : le Roi, depuis son arrivée à Madrid, gagnait tous jes jours; le maréchal Bessières, après la mémorable victoire de Medina de Rio Seco, où avec 11,000 hommes il avait mis en fuite les armées de Galice et de Portugal et leur avait tué 8 ou 10,000 hommes, les avait chassés de Valladolid, de Palencia et du royaume de Léon; le siège de Saragosse avançait grand train, et tout nous portait à espérer une autre issue. Cette perte de 20,000 hommes d’élite et choisis, qui viennent à manquer, sans même avoir fait éprouver à l’ennemi aucune perte considérable, l’influence morale que nécessairement cela doit avoir sur cette nation, ont porté le Roi à prendre un grand parti en se rapprochant de France et en se reportant sur Aranda et sur le Duero.

Je ne suppose pas qu’il soit nécessaire de faire de grands préparatifs à Rochefort, parce que les Anglais ne laisseront sûrement pas passer ces imbéciles, et que les Espagnols ne rendront pas les armes à ceux qui ne se sont pas battus.

Communiquez les présentes nouvelles au ministre Dejean, mais à lui seulement. L’influence que cela va avoir sur les affaires générales m’empêche de me rendre moi-même en Espagne; j’y envoie le maréchal Ney. Je continue ma route par la Vendée. Je ne vais point directement à Paris, parce que j’ai promis de passer par la Vendée, et que je paraîtrais me défier de ces peuples; mais j’achèverai mon voyage que possible.

Je désire savoir quels tribunaux doivent juger ces généraux, et peine les lois infligent à un pareil délit.

Faites avec le ministre Dejean un mémoire sur ce qu’il est nécessaire, d’envoyer, soit artillerie, soit autres objets, sur Bayonne et Perpignan.

 

Bordeaux, 3 août 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Bussaco

Mon Frère, la connaissance que j’ai que vous êtes aux prises, mon ami, avec des événements au-dessus de votre habitude autant qu’au-dessus de votre caractère naturel, me peine. Dupont a flétri nos drapeaux. Quelle ineptie ! quelle bassesse ! Ces hommes seront pris par les Anglais. Des événements d’une telle nature exigent ma présence à Paris. L’Allemagne, la Pologne, l’Italie, etc. , tout se lie. Ma douleur est vraiment forte lorsque je pense que je ne puis être en ce moment avec vous et au milieu de mes soldats. J’ai donné l’ordre à Ney de s’y rendre. C’est un homme brave, zélé et tout de coeur. Si vous vous accoutumez à Ney, il pourrait être bon pour commander l’armée. Vous aurez 100,000 hommes, et l’Espagne sera conquise dans l’automne. Une suspension d’armes, faite par Savary, peut-être pourrait amener à commander et diriger les insurgés ; on écoutera ce qu’ils diront. Je crois que, pour votre goût particulier, voulu vous souciez peu de régner sur les Espagnols.

Je me porte mieux que jamais. Je dis à Maret de vous envoyer un chiffre pour correspondre sur les choses secrètes. Berthier vous envoie quelques notes sur la situation de l’armée d’Espagne.

Dites-moi que vous êtes gai, bien portant et vous faisant au métier de soldat ; voilà une belle occasion pour l’étudier. J’ai écrit à la Reine de se rendre à Paris.

 

Rochefort, 5 août 1808.

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, je vous ai fait connaître hier l’horrible catastrophe du général Dupont. Le Roi a jugé convenable d’évacuer Madrid pour se rapprocher de l’armée ; il a dû partir le @1 août. Un événement aussi extraordinaire a culbuté de ce côté toute espèce de mesures. Le maréchal Bessières, qui avait eu le plus grand succès, s’était approché des débouchés de la Galice; il a dû recevoir dans les premiers jours du mois l’ordre de se rapprocher. J’espère qu’à l’heure qu’il est il a opéré sa jonction avec le Roi. Ce nouvel état de choses exige, l° de mettre en état de guerre et d’approvisionner toutes les places des Pyrénées; 2° d’avoir à Perpignan et à Bayonne de grands magasins de vivres, de biscuit , de farine et de grands dépôts d’habillement; 3° d’organiser parfaitement la direction d’artillerie de Perpignan et de Bayonne, en y envoyant des officiers. Donnez des ordres pour que le tout s’établisse ainsi et concertez-vous avec Dejean; tout cela est de la plus grande importance. Qu’il y ait des armes, des fusils, des shakos dans chacune de ces places , et un bon ordonnateur.

J’ai donné l’ordre pour la rentrée, sur Mayence, du 1er corps de la Grande Armée, du 6e corps et de deux divisions de dragons. Tout cela arrivera vers les premiers jours de septembre à Mayence. Il est convenable que vous preniez vos mesures en conséquence, et que vous me fassiez un rapport pour diriger sur cette place, ou sur toute autre de la route de Mayence à Bayonne, ce que les dépôts et les 4e bataillons de ces corps peuvent fournir pour les renforcer; enfin que vous fassiez toutes les dispositions nécessaires pour avoir à Bayonne des vivres de la poudre, des cartouches, des munitions d’artillerie, et tout ce qui est nécessaire. Cela est très-urgent, car je vois plus de rapidité dans l’évacuation que je ne l’aurais cru. Un événement comme celui-là a sans doute beaucoup de pouvoir sur les imaginations ; cependant il me semble qu’il en a un peu plus qu’il ne faudrait.

Je crois vous avoir déjà écrit pour que le 36e fût dirigé sur Rennes, et le 55e, qui est à Rennes , sur Bayonne. Faites tout ce qui est nécessaire, et agissez de concert avec Dejean, en gardant le secret le plus possible.

 

Rochefort, 5 août 1808

NOTE SUR LA SITUATION ACTUELLE DE L’ESPAGNE

1° Les événements inattendus du général Dupont sont une preuve de plus que le succès de la guerre dépend de la prudence, de la bonne conduite et de l’expérience du général.

2° A la seule lecture du rapport du colonel d’Affry, on avait deviné tous les événements.

Après une perte aussi considérable, on ne peut être surpris que le Roi et les généraux jugent convenable de concentrer l’armée et d’évacuer Madrid.

En examinant avec attention, non les rapports mensongers des individus qui parlent dans leur sens, mais les faits tels qu’ils se sont passés, on est convaincu, l° que le général Castanos n’avait pas plus de 25,000 hommes de troupes de ligne et de 15,000 paysans; un jour on sera à même de vérifier ce qui est avancé ici ; 2° que, si le général Dupont les eût attaqués ou se fût battu avec tout son corps réuni, il les eût complètement défaits.

3° On pense qu’on aura tout le temps d’évacuer les blessés de Madrid; qu’arrivé à Aranda il faudra occuper, aussi longtemps qu’il sera possible, les hauteurs de Buitrago, afin de donner le temps au maréchal Bessières de revenir de son mouvement de Galice ; qu’il faut réorganiser la province de Burgos, les trois Biscayes et celle de Navarre. Elles comprendront facilement qu’en ce moment plus que jamais elles doivent rester fidèles et se bien conduire, sous peine d’être traitées avec toute la rigueur de la guerre.

4° On pense que l’armée doit être divisée en trois corps : le corps principal ou du centre, où commande le Roi, qu’on porterait à 3,0,000 hommes, campé à Aranda; le corps de droite du maréchal Bessières, d’environ 15,000 hommes, faisant face à ce qui pourrait arriver de Galice ou d’Estrémadure, occupant Valladolid par une division, ayant une autre division intermédiaire avec le corps du centre et une troisième division plus sur la droite, selon les circonstances ; enfin le corps de gauche ou d’Aragon, destiné à maintenir la Navarre et le pays environnant, occupant Logrono et Tudela et liant sa droite au corps du centre par une division qui, au besoin , renforcerait ce corps et devra maintenir Soria par un corps volant. Les corps du centre et le corps de droite doivent s’appuyer sur Burgos, et le corps d’Aragon doit avoir son point d’appui sur Pampelune.

5° Pour organiser le corps du centre dans ce but, on croit qu’on doit le renforcer de la brigade du 14e et du 44e de ligne, 200 chevaux et huit pièces de canon qu’on tirerait du corps devant Saragosse ; de la brigade du général Mouton, composée des 4e léger, 15e de ligne, du bataillon de Paris et huit pièces de canon ; de la brigade commandés par le maréchal et qui est déjà à une marche en avant de Bayonne, composée des 43e et 51e de ligne, 26e de chasseurs, et six pièces de canon ; enfin de quatre escadrons de marche de dragons et d’un régiment polonais de la Garde. On réunirait les 3e bataillons aux deux premiers de tous les régiments d’infanterie, et on mêlerait les jeunes soldats aux anciens.

On évalue à environ 10,000 hommes le renfort que recevrait le corps du centre, qui serait alors composé des 18,000 hommes qui le forment à présent, des renforts évalués à 10,000 hommes. Les détachements des dépôts, des 4e léger, 15e de ligne, 14e et 44e, 43e et 51e de ligne, 2e et 12e légers, rejoindront insensiblement et porteront ce corps à 30,000 hommes. Ces 30,000 hommes ne sauraient être en meilleures mains que sous les ordres du maréchal Ney, hormis une réserve de 4 à 5,000 hommes destinés à la garde du Roi, et que le Roi conserverait auprès de sa personne et ferait marcher avec le général Salligny ou avec Savary, quand il le jugerait nécessaire.

Le corps du centre se tiendrait à la hauteur d’Aranda, les communications bien assurées avec le maréchal Bessières à Valladolid, des têtes de pont bien établies à Aranda et Valladolid.

Ce corps se nourrira par Burgos et devra non-seulement maintenir la tranquillité dans cette province, mais encore assurer ses communications avec le corps de Saragosse qui occupera Tudela et Logrono.

Le corps du maréchal Bessières, fort de 15,000 hommes, devra occuper Valladolid, en faisant face à ce qui arrivera d’Estrémadure ou de Castille, ayant ses trois divisions en échelons et se nourrissant des provinces de Valladolid, Valencia et Léon.

On enverra le maréchal Moncey pour commander le corps du général Verdier, et on chargera ce maréchal du commandement de la Biscaye et de tous les derrières.

On estime qu’on peut retirer du camp sous Saragosse les 11e, 14e, 44e de ligne, 200 chevaux et huit pièces de canon. Le reste doit être formé en trois divisions et destiné à maintenir la Navarre.

La position de Logrono est trop près ; il faut occuper au moins jusqu’à Tudela, pour soumettre la Navarre et tout ce qui bougerait.

Dans l’ordre offensif, deux divisions peuvent se porter à marches forcées sur l’armée.

6° Il faut ne point faire une guerre timide et ne point souffrir aucun rassemblement ennemi à deux marches d’aucun corps d’armée. Si l’ennemi s’approche, il faut ne point se laisser décourager par ce qui s’est passé, se confier dans sa supériorité, marcher à lui et le battre. L’ennemi prendra lui-même probablement une marche très-circonspecte; il y sera réduit du moment qu’il aura en quelques exemples.

Dans cette situation de choses, toutes les fois qu’on serait sérieusement attaqué par l’ennemi, on pourra lui opposer le corps du Roi, qui doit toujours être ensemble, et les deux tiers du corps du maréchal Bessières. Ce maréchal doit toujours tenir un tiers de son corps à une demi-journée, un tiers à une journée du corps du centre, et un tiers sur la droite, suivant les circonstances. Egalement, un tiers du corps du général Verdier doit se tenir à la gauche du Roi pour le joindre, si cela était nécessaire, de sorte que, dans un jour, le Roi puisse réunir plus de 40,000 hommes.

7° Il faut débuter par des coups d’éclat qui relèvent le moral du soldat et fassent comprendre à l’habitant qu’il doit rester tranquille. Un des premiers coups les plus importants à porter, et qui serait utile pour relever l’opinion et compenser l’évacuation de Madrid , serait que la brigade des 14e et 44e qu’on rappelle de Saragosse, aidée d’un détachement du corps du centre , soumette Soria , le désarme et le fasse rester tranquille.

Attaquer et culbuter tout ce qui se présentera doit être l’instruction générale donnée au maréchal Bessières, au maréchal Ney et au général Verdier; de sorte qu’à une marche ou à une marche et demie du corps français il n’y ait aucun rassemblement des insurgés.

On est d’opinion que, si l’avant-garde du général Castanos s’avance sur Aranda et dépasse les montagnes de Buitrago, il faut, avec tout ce qu’on peut réunir dans un jour, marcher à lui sans lui donner le temps de s’y établir sérieusement, le culbuter et le jeter au delà des montagnes, et, si l’affaire est décisive, se reporter sur Madrid.

L’ennemi doit essayer de déloger l’armée française de cette position par trois points, par la Galice et l’Estremadure, par la route d’Aranda, et enfin par les rassemblements des provinces d’Aragon, de Valence et autres de Castille.

Toutes ces combinaisons sont difficiles à l’ennemi, et, si on dissipe ces rassemblements, à mesure qu’ils se forment, sur tous les points, et qu’on les tienne à distance d’une ou deux marches des cantonnements français ; si alternativement les Français prennent l’offensive, tantôt à leur droite en renforcent le maréchal Bessières, pendant que le centre se tiendra dans une bonne position derrière la rivière et à l’abri de toute attaque , tantôt au centre avec le corps du Roi, les deux tiers du corps de droite et un tiers du corps de gauche, l’ennemi sera bientôt obligé à la plus grande circonspection.

8° On aurait pu aussi conserver Madrid , en renforçant le corps qui s’y trouve des 12j’el et 4i, de ligne, de la brigade du général Mouton, de celle du général Lefebvre, qui en dernier lieu a été envoyée au maréchal Bessières, et enfin des renforts quatrième le maréchal Ney. On aurait ainsi renforcé le corps de Madrid de plus de 14,000 hommes, et il est douteux que l’ennemi eût voulu se mesurer avec des forces aussi considérables et s’exposer à une perte certaine.

9° Si de fortes raisons obligeaient d’évacuer Aranda, on perdrait l’espoir de rétablir ses communications avec le Portugal- Dans le cas où un événement quelconque porterait à évacuer le Duero, et à se concentrer sur Burgos pour se réunir là avec le maréchal Bessières, le corps du général Verdier peut communiquer par l’Èbre et avoir toujours son mouvement isolé pour maintenir la Navarre, contenir l’Aragon, tous les rassemblements de ce côté, et protéger la route principale. Pendant cet intervalle, des renforts journaliers arriveront à l’armée, jusqu’à ce qu’enfin les divisions de la Grande Armée qui sont en marche soient sur les Pyrénées.

On a recommandé de tout temps le petit fort de Pancorbo ; il est nécessaire de l’occuper, même quand on ne garderait pas la ligne de l’Èbre. C’est une vedette d’autant plus utile, qu’elle domine la plaine et serait un obstacle si jamais l’ennemi s’en emparait.

10° La troisième position qui se présente à l’armée, c’est la gauche à Pampelune et la droite sur Vitoria, maintenant ainsi ses communications avec les places importantes de Saint-Sébastien et de Pampelune.

Au reste, toutes ces notes peuvent difficilement être de quelque utilité. Les événements modifient nécessairement les dispositions. Tout dépend d’ailleurs de saisir le moment.

11° Résumé. Le premier but est de se maintenir à Madrid, si cela est possible ; le second, de maintenir ses communications avec le Portugal, en occupant la ligne du Duero ; le troisième, de conserver l’Ebre; le quatrième, de conserver ses communications avec Pampelune et Saint-Sébastien, afin que la Grande Armée arrivant, on puisse en peu de temps culbuter et anéantir tous les révoltés.

 

Rochefort, 6 août 1808

A M. Daru, intendant général de la Grande Armée, à Berlin

Monsieur Daru, vous trouverez ci-joint une lettre pour le général Caulaincourt, que vous ferez partir par un nouveau courrier. Voyez le maréchal Victor pour la marche du ler et du 6e corps. S’il est possible que toute mon infanterie marche en poste, de manière à faire trois journées d’étapes dans un jour (il faudrait payer tout comptant), cela me ferait grand plaisir, car j’ai grand besoin de mes troupes.

La cavalerie et l’artillerie pourraient avoir quelques séjours de moins et brûler quelques étapes. Concertez-vous avec le maréchal Victor pour tout cela. Pour faire le moins de sensation possible à Berlin , on pourrait faire le premier rassemblement pour aller en poste , à deux ou trois jours de cette ville.

 

Nantes, 8 août 1808

DÉCISION

On prie S.M. de décider si une colonne de 550 Russes (1) venant de Hollande et qui traversera le territoire français de Clèves à Mayence sera défrayée aux frais de Sa Majesté.

Le comte d’Hunebourg

Je n’ai point de connaissance qu’il doive passer aucune troupe étrangère sur mon territoire Je rendrai le ministre responsable si mon territoire est violé. Le maréchal Kellermann a eu tort de se mêler de ce qui ne le regarde pas. Je suppose que les commandants des frontières auront assez d’esprit pour ne point laisser violer le territoire. Il ne faut point accoutumer les troupes étrangères à passer ainsi légèrement sur le territoire français. Quand on sera en règle sur le principal de la question, l’accessoire est de peu d’importance.

2) Commandée par le major Korff. Deux mois plus tard, à Erfurt, Napoléon autorisa ces Russes à traverser le territoire français et à suivre l’itinéraire fixé par le tsar, son nouvel allié.

 

Nantes, 9 août 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Burgos

Je reçois votre lettre du 3 août. Je vous envoie une lettre que je reçois du maréchal Jourdan. Je suis extrêmement satisfait de l’esprit des départements de la Vendée, que je viens de traverser.

Je ne puis que vous répéter, une fois pour toutes, que presque toute la Grande Armée est en marche, et que, d’ici à l’automne, l’Espagne sera inondée de troupes. Il faut tâcher de conserver la ligne du Duero, pour maintenir la communication avec le Portugal. Les Anglais sont peu de chose; ils n’ont jamais que le quart des troupes qu’ils annoncent. Lord Wellesley n’a pas 4,000 hommes. D’ailleurs, ils se dirigent, je crois, sur le Portugal.

 

Nantes, 10 août 1808

Au prince Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon fils, le major général a dû vous écrire pour diriger sur Perpignan 10,000 Italiens, infanterie, cavalerie, artillerie, sous les ordres du général Pino et de deux généraux de brigade. Il est nécessaire que cette division ait ses douze pièces d’artillerie attelées, ses cartouches, ses caissons, et soit même généralement munie de tout ce qu’il faut pour faire la guerre. Il veut aussi des officiers de génie, des sapeurs, enfin un extrait de l’armée italienne dans le cas de se faire honneur. Vous formerez également une division française qui sera commandée par le généra1 Souham, et composée des trois premiers bataillons du 42e de ligne, portés au grand complet de 2,400 hommes; des trois premiers bataillons du 2e d’infanterie légère, également porté au grand complet ; de 22 pièces d’artillerie, d’une compagnie de sapeurs, et à cette division sera joint un bataillon du 67e, un bataillon du 7e de ligne, un du 112e, et d’un du 3e qui partent des 27e et 28e divisions militaires. Le général Souham pourra se rendre auprès du prince Borghèse pour prendre le commandement de ces troupes et connaître leur marche. Donnez-lui deux bons généraux de brigade, ce qui formera une bonne division française de 8,000 hommes, qui, jointe à la division italienne, fera une force de 16 à 17,000 hommes, qui se rendra sans délai à Perpignan pour pousser vigoureusement la guerre d’Espagne. Donnez à la division française une compagnie de sapeurs, des officiers du génie, et tout ce qu’il faut pour faire la guerre. Il n’y a rien en réalité à craindre de l’Autriche, puisque, si ce cas arrivait, je fais cause commune avec la Russie et que cette puissance courrait à sa perte. II est évident que les mouvements sont plutôt dirigés par la peur que par toute autre cause. D’ailleurs, un pareil nombre de troupes va se rendre du royaume de Naples dans le royaume d’Italie.

 

Nantes, 10 août 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, je reçois vos lettres. Je suis arrivé cette nuit à Nantes. J’ai été extrêmement content de l’esprit du peuple de la Vendée. Vous voyez que j’approche de Paris, où je serai rendu très incessamment.

J’ai reçu un courrier extraordinaire de Caulaincourt, avec une lettre du 20 juillet, où l’empereur Alexandre me fait connaître que, si j’ai la guerre avec l’Autriche, il fera cause commune avec moi, et me montre beaucoup de sollicitude sur les affaires d’Espagne, dont les nouvelles commencent à lui arriver. Cette démarche de la part de ce prince est pleine de bons sentiments. Je vous envoie les lettres de Caulaincourt.

 

Nantes, 10 août 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, le major général a dû vous écrire pour diriger sur Perpignan 10,000 Italiens, infanterie, cavalerie, artillerie, sous les ordres du général Pino et de deux généraux de brigade. Il est nécessaire que cette division ait ses douze pièces d’artillerie attelées, ses cartouches, ses caissons, et soit munie généralement de tout ce qu’il faut pour faire la guerre. Il faut aussi des officiers du génie, des sapeurs, enfin un extrait de l’armée italienne dans le cas de se faire honneur.

Vous formerez également une division française, qui sera commandée par le général Souham, et composée des trois premiers bataillons du 42e de ligne portés au grand complet de 2,400 hommes, des trois premiers bataillons du ler d’infanterie légère, également portés au grand complet, de douze pièces d’artillerie, d’une compagnie de sapeurs. A cette division sera joint un bataillon du 67e, un bataillon du 7e de ligne, un du 112e et un du 3e d’infanterie légère, qui partent des 27e et 28e divisions militaires. Le général Souham pourra se rendre auprès du prince Borghèse, pour prendre le commandement de ces troupes et connaître leur marche. Donnez-lui deux bons généraux de brigade. Cela formera une bonne division française de 8,000 hommes, qui, jointe à la division italienne, fera une force de 16 à 17,000 hommes, qui se rendra sans délai à Perpignan pour pousser vigoureusement la guerre d’Espagne. Donnez à la division française une compagnie de sapeurs, des officiers du génie et tout ce qu’il faut pour faire la guerre.

Il n’y a rien en réalité à craindre de l’Autriche, puisque, le cas arrivant, je fais cause commune avec la Russie; et que cette puissance courrait à sa perte. Il est évident que ses mouvements sont plutôt dirigés par la peur que par toute autre cause. D’ailleurs, un pareil nombre de troupes va se rendre du royaume de Naples dans le royaume d’Italie.

 

Nantes, 11 août 1808

NOTE POUR PRONY ET SGANZIN, INSPECTEURS GÉNÉRAUX DES PONTS ET CHAUSSÉES.

Sa Majesté désire que MM. les inspecteurs généraux des ponts et chaussées s’occupent des objets ci-après :

La navigation de la Loire depuis Nantes jusqu’à la mer;
L’établissement du port projeté pour la construction des vaisseaux de guerre;
Les réparations à faire à l’écluse et à la digue de Vertoux à l’embouchure de la Sèvre;
Les dessèchements les plus importants à faire dans le département de la Loire-Inférieure, notamment le lac de Grandlieu
Les demandes faites dans le département de la Vendée pour rendre navigables trois ou quatre rivières ; savoir quelles sont celles dont il convient de s’occuper, soit à raison de l’utilité et de la facilité de la navigation, soit à raison des travaux déjà faits ;
Le système de dessèchement des marais à établir, soit pour rendre des terrains à la culture, soit pour améliorer les parties déjà conquises sur les eaux; l’île de Bouin doit être l’objet d’une attention particulière;
Les travaux à faire à l’île de Noirmoutier;
La situation dés travaux du port des Sables et les nouveaux travaux qui peuvent être nécessaires dans ce port.

Sa Majesté désire sur les deux derniers objets des rapports particuliers.

 

Saint-Cloud, 15 août 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée, à Paris

Mon Cousin, vous trouverez ci-joint copie de deux lettres d’officiers espagnols, qui ont été interceptées. Envoyez-les au prince de Ponte Corvo, et faites-lui connaître que je suppose qu’il aura fait toutes ses dispositions, soit pour diviser le corps de troupes espagnoles, soit pour l’éloigner entièrement des côtes; que, s’il ne l’a pas fait, il le fasse sans délai, car les publications vont avoir lieu en France, et cette division se portera à quelques excès sans cette précaution. Il ne faut pas se reposer sur ce que dira le général; la division s’insurgera malgré lui, et lui-même n’y pourra rien.

 

Saint-Cloud, 15 août 1808

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris.

Je lis dans votre bulletin du 10 que vous avez envoyé un Russe prévenu d’avoir volé à Francfort, pour de là l’envoyer en Russie. Donnez-moi des nouvelles de cette affaire.

Envoyez-moi l’ouvrage de Fauché-Borel ainsi que tous les ouvrages imprimés de Puisaye.

 

Saint-Cloud, 16 août 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de la Grande Armée, à Paris

Mon Cousin, vous donnerez l’ordre, au reçu de la présente, que la division Oudinot, infanterie, cavalerie et artillerie, se dirige sur Glogau, où elle tiendra garnison et fera partie du corps du maréchal Davout. La ville de Danzig sera gardée, 1° par un bataillon de dépôt de la division Oudinot, par les hommes éclopés qui ne pourront pas partir; 2° par un régiment de cavalerie et un d’infanterie que le maréchal Soult a sur la Vistule. Vous ordonnerez de plus que deux régiments d’infanterie polonaise, un régiment de Saxons et un régiment de cavalerie polonaise ou saxonne partent sans délai du duché de Varsovie pour se rendre à Danzig, dont ils formeront la garnison définitive. Après l’entrée à Danzig d’un régiment du maréchal Soult, la division Oudinot devra en partir sans délai. Vous donnerez l’ordre au maréchal Davout de porter son quartier général à Breslau. Vous lui ferez connaître qu’indépendamment de la Pologne son commandement s’étend à toute la Silésie, mais que Küstrin cesse d’en faire partie; que mon intention est, en conséquence, que ses trois divisions entrent toutes les trois en Silésie, ce qui, avec le corps du général Oudinot, portera son corps d’armée à quatre divisions. Il pourra cependant laisser un régiment de cavalerie et un régiment d’infanterie française à Varsovie. Les troupes saxonnes et polonaises formeront la garde de Thorn et de Praga. Il tiendra toujours deux divisions polonaises prêtes à le joindre, si cela était nécessaire, ou à entrer en Galicie. Lorsqu’une partie du corps du maréchal Davout sera arrivée, le 5e corps se dirigera sur Bayreuth. On laissera le maréchal Davout maître de diriger ce mouvement.

Vous ferez connaître au maréchal Soult qu’il doit porter son quartier général à Berlin ; que son commandement est augmenté de toute la Prusse, y compris Küstrin, ou il faut qu’il fasse mettre garnison, le corps du maréchal Davout se concentrant tout en Silésie. Vous ferez connaître à ces deux maréchaux que jusqu’à cette heure je suis au mieux avec la Russie ; que l’Autriche proteste qu’elle veut rester en paix; que cependant il faut avoir les yeux ouverts; qu’à présent ces deux maréchaux ont entre eux deux tout le pays conquis au delà de l’Elbe, qu’ainsi ils peuvent facilement se concerter.

——

P. S. Donnez l’ordre à la division de dragons de Lahoussaye, qui est à Berlin, de se rendre à Mayence, où elle sera dirigée sur Bayonne: ce qui fera trois divisions de dragons.

 

Saint-Cloud, 16 août 1808

NOTE POUR LE PRINCE DE NEUCHATEI, MAJOR GÉNÉRAL , A PARIS.

Le major général écrira au général Belliard que je ne conçois pas ce qui peut obliger à évacuer ainsi l’Espagne, sans avoir vu l’ennemi, sans essayer de le battre; qu’il y a une ignorance complète de la guerre à faire sans motif une retraite aussi précipitée; qu’après avoir donné légèrement l’ordre au générai Verdier d’évacuer Saragosse, ce qui a empêché de prendre cette place, on lui ordonne de continuer le siège lorsqu’il n’a plus de moyens , et on le laisse actuellement sans ordres. On finira par compromettre ce corps, si nécessaire pour conserver Pampelune et la Navarre.

Comment peut-on parler d’évacuer Burgos, quand on ne sait pas encore si l’ennemi est entré à Madrid ? et quel est le militaire, qui a fait six mois la Bizerte, qui ne sente que dans une position pareille on doit se prémunir contre les rapports qui voient l’ennemi partout et avec une grosse loupe ? C’est avec le corps du maréchal Bessières renforcé, c’est avec une armée de 30 à 40,000 hommes, qu’on évacue ainsi, à marches précipitées, sans savoir où est l’ennemi ! Si on se laisse acculer dans les défilés de la Biscaye, on choisira pour faire la guerre le terrain le plus avantageux à l’ennemi et le plus défavorable à l’armée.

Pourquoi dit-on au Roi que le général Castanos est à Valladolid, lorsqu’on n’a pas de preuve qu’il soit encore à Madrid ? Pourquoi dit-on qu’il y a 40,000 insurgés qui pressent le général Verdier à Saragosse, quand des lettres du 10, de ce général, annoncent qu’il est dans la place, et qu’il n’a que 5 à 6,000 hommes autour de lui ? Qu’est-ce que c’est que ce projet de faire marcher le maréchal Bessières sur Frias, en étendant sa droite sur Bilbao ou Santander ? Est-ce qu’on a adopté le système des cordons ? Est-ce qu’on veut empêcher la contrebande de passer ou l’ennemi ? Ne sait-on pas que de Frias à Bilbao et Santander il y a quatre ou cinq jours de marche ? Qui est-ce qui peut conseiller au Roi de faire des cordons ? Après dix années de guerre doit-on revenir à ces bêtises-là ?

Il faut que la lettre du major général porte sur les cordons, et sur la timidité qui parait diriger toutes les opérations, très-propre à enhardir l’ennemi et à décourager entièrement l’armée.

 

Paris, 16 août 1808

EXTRAIT D’UNE DÉPÊCHE DE M. DE CHAMPAGNY AU GÉNÉRAL ANDRÉOSSY.
AMBASSADEUR A VIENNE.

L’importance de la conversation reproduite par ce document a déterminé la Commission à le comprendre dans son recueil. il est d’ailleurs probable que l’Empereur a revu lui-même la dépêche envoyée à Vienne par son ministre des relations extérieures.

L’audience que l’Empereur a donnée hier au corps diplomatique a été remarquable par un très-long entretien de Sa Majesté avec l’ambassadeur d’Autriche, dont je voudrais pouvoir vous faire connaître au moins la substance.

L’Autriche veut donc nous faire la guerre , ou elle veut nous faire peur ? , M. de Metternich a protesté des intentions pacifiques de son gouvernement.

Si cela est ainsi , pourquoi vos immenses préparatifs ? – Ils sont purement défensifs, a répondu M. de Metternich.

Mais qui vous attaque, pour songer ainsi à vous en défendre ? Qui vous menace, pour vous faire penser que vous serez bientôt attaqués ? Tout n’est-il pas paisible autour de vous ? Depuis la paix de Presbourg y a-t-il entre vous et moi le plus léger différend ? Ai-je élevé quelque prétention alarmante pour vous ? Toutes nos relations n’ont-elles pas été extrêmement amicales ? Et cependant vous avez jeté tout d’un coup un cri d’alarme; vous avez mis en mouvement toute votre population; vos princes ont parcouru vos provinces ; vos proclamations ont appelé le peuple à la défense de la patrie. Vos proclamations, vos mesures, sont celles que vous avez employées lorsque j’étais à Leoben. Si ce n’avait été qu’une organisation nouvelle, vous l’auriez exécutée avec plus de lenteur, sans bruit, sans dépenses, sans exciter au dedans une si prodigieuse fermentation, au dehors une si vive alarme. Et vos mesures ne sont pas purement défensives. Vous ajoutez à chacun de vos régiments 1,300 hommes. Votre milice vous donnera 400,000 hommes disponibles. Ces hommes sont enrégimentés et exercés ; une partie est habillée ; vos places sont approvisionnées. Enfin, ce qui est pour moi l’indice sûr d’une guerre qu’on prépare, vous avez fait acheter des chevaux : vous avez maintenant 14,000 chevaux d’artillerie. Au sein de la paix on ne fait pas cette énorme dépense; elle s’est accrue de tout ce que vous a coûté votre organisation militaire. Les hommes que vous exercez, vous leur donnez une indemnité pécuniaire; vous en habillez une partie; vous avez fourni des armes. Rien de tout cela n’a pu être fait sans de très-grands frais ; et cependant vous-même vous convenez du mauvais état de vos finances, votre change, déjà si bas, a encore baissé; les opérations de votre commerce en ont souffert. Serait-ce donc sans but que vous auriez bravé ces inconvénients ?

Ne dires pas que vous avez été obligés de pourvoir à votre sûreté. Vous convenez que toutes nos relations ont été amicales ; vous savez que je ne vous demande rien, que je ne prétends rien de vous, et que même je regarde la conservation de votre puissance dans l’état actuel comme utile au système de l’Europe et aux intérêts de la France. J’ai fait camper mes troupes pour les tenir en haleine. Elles ne campent point en France, parce que cela est trop cher; elles campent en pays étranger, où cela est moins dispendieux. Les camps ont été disséminés ; aucun ne vous menaçait. Je n’aurais pas campé si j’avais en des vues contre vous. Dans l’excès de ma sécurité, j’ai démantelé toutes les places de la Silésie. Certes, je n’aurais pas eu de camps, si j’avais prévu qu’ils puissent vous alarmer. Un seul mot de vous aurait suffi pour les faire dissoudre. Je suis prêt à les lever, si cela est nécessaire à votre sécurité.”

M. de Metternich ayant observé qu’on n’avait fait en Autriche aucun mouvement de troupes, l’Empereur a repris :

“Vous vous trompez; vous avez retiré vos troupes des lieux où elles pouvaient vivre avec moins de frais ; vous les avez concentrées sur Cracovie pour être en état de menacer au besoin la Silésie. Votre armée est toute réunie et elle a pris une position militaire. Cependant que prétendez-vous ? Voulez-vous me faire peur ? Vous n’y réussirez pas. Croyez-vous la circonstance favorable pour vous ? Vous vous trompez. Ma politique est à découvert parce qu’elle est loyale et que j’ai le sentiment de mes forces. Je vais tirer 100,000 hommes de mes troupes d’Allemagne pour les envoyer en Espagne, et je serai encore en mesure avec vous. Vous armez, j’armerai. Je lèverai, s’il le faut, 900,000 hommes ; vous n’aurez pour vous aucune puissance du continent. L’empereur de Russie, j’oserais presque vous le déclarer en son nom, vous engagera à rester tranquilles; déjà il est peu satisfait de vos relations avec les Serviens, et, comme moi aussi, il peut se croire menacé par vos préparatifs.

Cependant votre empereur ne veut pas la guerre, je le crois; je compte sur la parole qu’il m’a donnée lors de notre entrevue. Il ne peut avoir de ressentiment contre moi. J’ai occupé sa capitale, la plus grande partie de ses provinces, et presque tout lui a été rendu. Je n’ai même conservé Venise que pour laisser moins de sujets de discorde, moins de prétextes à la guerre. Croyez-vous que le vainqueur des armées françaises, qui aurait été maître de Paris, en eût agi avec cette modération ? Non, votre empereur ne veut pas la guerre; votre ministère ne la veut pas ; les hommes distingués de votre monarchie ne la veulent pas; et cependant le mouvement que vous avez imprimé est tel que la guerre aura lieu malgré vous et malgré moi. Vous avez laissé croire que je vous demandais des provinces, et votre peuple, par l’effet d’un mouvement national et généreux que je suis loin de blâmer, est indigné; il s’est porté à des excès; il a couru aux armes. Vous avez fait une proclamation pour défendre de parler de guerre ; mais votre proclamation était vaque; on a pensé qu’elle était commandée par la politique ; et, comme vos mesures étaient en opposition avec votre proclamation, on a cru à vos mesures et non à votre proclamation. De là, l’insulte faite à mon consul à Trieste par un rassemblement de votre nouvelle milice; de là, l’assassinat de trois de mes courriers se rendant en Dalmatie. Encore des insultes semblables, et la guerre est inévitable ; car on peut nous tuer, mais non nous insulter impunément. C’est ainsi que les instigateurs des troubles de toute l’Europe poussent sans cesse à la guerre ; c’est ainsi qu’ils ont amené la guerre par l’insulte faite au général Bernadotte. Des intrigues particulières vous entraînent là où vous ne voulez pas aller. Les Anglais et leurs partisans dictent toutes ces fausses mesures; déjà ils s’applaudissent de l’espérance de voir de nouveau l’Europe en feu ; leurs actions ont gagné cinquante pour cent par le mouvement que vous venez de donner à l’Europe; ce sont eux que j’en accuse; ce sont eux qui font qu’un Français ne peut paraître aux eaux de Bohême sans y être insulté. Comment tolérez-vous cette licence ? Vous donne-t-on en France de pareils exemples ? Vos consuls, vos voyageurs ne sont-ils pas accueillis et respectés ? La plus légère insulte qui leur serait faite serait punie d’une manière éclatante. Je vous le répète, vous êtes entraînés, et, malgré vous, la fermentation de votre peuple, imprudemment excitée, et les intrigues des partisans des Anglais et de quelques membres de l’ordre équestre qui ont porté chez vous l’amertume de leurs regrets, vous mèneront à la guerre. L’empereur de Russie peut-être l’empêchera en vous déclarant d’une manière ferme qu’il ne la veut pas et qu’il sera contre vous ; mais, si ce n’est qu’à son intervention que l’Europe doit la continuation de la paix, ni l’Europe ni moi ne vous en aurons l’obligation; et, ne pouvant vous regarder comme mes amis, je serai certainement dispensé de vous appeler à concourir avec moi aux arrangements que peut exiger l’état de l’Europe.

En attendant, qu’arrivera-t-il ? Vous avez levé 400,000 hommes : je vais en lever 900,000. La Confédération, qui avait renvoyé ses troupes, va les réunir et faire des levées. L’Allemagne, qui commençait à respirer après tant de guerres ruineuses, va voir de nouveau ouvrir toutes ses blessures. Je rétablirai les places de Silésie au lieu d’évacuer cette province et les États prussiens, comme je me le proposais. L’Europe sera sur pied. Les armées seront en présence, et le plus léger incident amènera le commencement des hostilités.

Vous dites que vous avez une armée de 400,000 hommes, ce qui est plus considérable que dans aucun temps de votre monarchie. Vous voulez la doubler : on suivra cet exemple. Bientôt il faudra armer jusqu’aux femmes. Dans un tel état de choses, lorsque tous les ressorts seront aussi tendus, la guerre deviendra désirable pour amener un dénouement. C’est ainsi que, dans le monde physique, l’état de souffrance où est la nature à l’approche d’un orage fait désirer que l’orage crève pour défendre les fibres crispées et rendre au ciel et à la terre une douce sérénité. Un mal vif, mais court, vaut mieux qu’une souffrance prolongée.

Cependant, toutes les espérances de paix maritime s’évanouissent. Les mesures fortes prises pour l’obtenir deviennent sans effet. Les Anglais sourient à la pensée de la discorde rallumée e nouveau sur le continent, et se reposent sur elle de la défense de leurs intérêts.

Voilà les maux que vous avez produits; et, je crois, sans en avoir l’intention. Mais, si vos dispositions sont aussi pacifiques que vous le dites, il faut vous prononcer; il faut contrernander des mesures qui ont excité une si dangereuse fermentation; il faut, à ce mouvement involontairement excité, opposer un mouvement contraire, et, lorsque, depuis Pétersbourg jusqu’à Naples, il n’a été question que de la guerre, que l’Autriche allait faire, que tous vos négociants l’annonçaient comme certaine, il faut, dis-je, que toute l’Europe soit convaincue que vous voulez la paix. Il faut que toutes les bouches proclament vos dispositions pacifiques justifiées par vos actes comme par vos discours. De mon côté, je vous donnerai toute la sécurité que vous pouvez désirer.”

 

Saint-Cloud, 17 août 1808

NOTE POUR LE MINISTRE DES FINANCES.

Sa Majesté désire que le ministre fasse faire par des hommes pratiques un travail sur les moyens à prendre pour régulariser ses voyages dans l’intérieur de l’Empire. La méthode actuelle, c’est-à-dire celle de la poste et de l’appel des chevaux de tournée, est vicieuse sous plusieurs rapports : 1° on désorganise le service public des routes où passe Sa Majesté et de toutes les routes voisines; 2° il y a des chevaux de tournée dont le déplacement est de 80 et même de 100 lieues; 3° le service se fait mal; les voitures de Sa Majesté sont menées lentement, parce que les chevaux, lorsqu’ils arrivent aux relais, sont déjà harassés; 4° dans le dernier voyage de Sa Majesté, il fallait à chaque relais de 50 à 55 chevaux; il n’en aurait pas fallu 40 si les postes n’avaient pas été désorganisées, parce que, plusieurs routes se dirigeant vers le même point, elles auraient pu être suivies par les accessoires de son service.

Sa Majesté désire savoir si elle aurait pu faire demander aux préfets 40 chevaux par relais sur la route de Paris à Bordeaux; à combien se serait élevée là dépense en payant ces chevaux au taux du pays, et enfin, dans les localités où on n’aurait pu avoir 40 chevaux, quelles précautions on aurait pu prendre pour y suppléer, et quelle aurait été l’augmentation de la dépense.

La difficulté que l’on pourrait trouver à avoir de bons postillons et assez de harnais pour que Sa Majesté n’attendît point aux relais serait facilement levée, attendu que les écuries de Sa Majesté fourniraient facilement les postillons et les harnais nécessaires.

 

Saint-Cloud, 17 août 1808

NOTE POUR LES MINISTRES DE LA GUERRE ET DE L’ADMINISTRATION DE LA GUERRE.

Le ler corps de la Grande Armée, le 5e et le 6e corps, la 3e division de dragons du général Milhaud, la 11e division de dragons commandée par le général Latour-Maubourg, la 4e division de dragons du général Lahoussaye, ont l’ordre de se diriger sur Mayence, excepté la 3e division de dragons, qui se dirige sur Wesel. Faire connaître les directions.

Ces corps d’armée et ces divisions de cavalerie marcheront avec leurs états-majors, leur artillerie, le génie, sapeurs, administrations, équipages militaires , commissaires des guerres, inspecteurs aux revues, officiers de santé, ambulances, et enfin tout ce qui compose leur organisation complète.

Faire connaître à l’Empereur les routes que ces corps tiendront en partant de Mayence pour se rendre à Bayonne. Faire connaître quelles sont les villes sur cette route où l’on peut faire diriger ce qui est aux dépôts des régiments composant les corps d’armée et les divisions de dragons ci-dessus désignées, afin que ces corps en passant trouvent tout ce qui leur serait envoyé de leurs dépôts pour les compléter autant qu’il sera possible.

Indépendamment de ces trois corps d’armée, quatre régiments d’infanterie et un régiment de dragons ont ordre de se diriger sur Wesel et de là sur Paris, savoir : les 32e, 58e, 28e, 75e de ligne et 5e de dragons.

On fera par avance les dispositions pour que ces troupes, arrivées à Paris, forment une division; on préparera à l’avance ce qui lui est nécessaire; on désignera un général de division , deux généraux de brigade, un adjudant-commandant, trois capitaines adjoints à l’état-major, un commissaire des guerres, un inspecteur aux revues, des ambulances, des administrations, et enfin tout ce qui est nécessaire pour l’entière organisation d’une division de l’armée, douze pièces d’artillerie attelées, les caissons , le personnel d’artillerie et celui du génie.

On fera des dispositions pour activer la marche des quatre régiments d’infanterie qui viennent de Wesel, de manière qu’ils arrivent à Paris à peu près le même jour; en conséquence, la marche des derniers régiments se fera en poste, d’après les distances calculées, afin qu’ils puissent atteindre les premiers régiments et arriver à peu près en même temps qu’eux à Paris.

On préviendra le maréchal Kellermann qu’un régiment de Nassau, un régiment de Hesse-Darmstadt , un régiment de Baden , un régiment du prince Primat, formant environ 6,000 hommes, doivent être dirigés sur Mayence et Strasbourg; on lui donnera l’ordre de les diriger sans délai sur Metz , aussitôt leur arrivée. Le maréchal Kellermann ne réexpédiera le courrier porteur de la dépêche qu’en faisant connaître le jour de l’arrivée de ces corps, leur situation, l’état de leur armement, habillement, équipement et le présent les armes.

On préviendra le maréchal Kellermann de l’arrivée à Mayence de la division polonaise, forte d’environ 10,000 hommes, venant du duché de Varsovie. On lui fera connaître que cette division manque de fusils, qu’il faut la réarmer complètement à son passage à Mayence; qu’en conséquence il doit envoyer au-devant de ces troupes un officier pour connaître leurs besoins en armement et leurs autres besoins, afin que les moyens d’y pourvoir soient préparés à l’avance à Mayence, qu’ils y reçoivent des fusils et tous autres objets d’armement et d’équipement, en sorte que rien ne les retarde.

On prendra des mesures pour presser la marche de ces divisions, allemande et polonaise, sur Metz, où elles recevront de nouveaux ordres.

On ne perdra pas de vue la marche de la division allemande ni celle de la division polonaise, afin de prendre les ordres de l’Empereur. On s’informera du personnel et du matériel de l’artillerie qu’elles mènent avec elles, afin qu’à Metz on “puisse leur envoyer des ordres pour se diriger sur Bayonne. On désigne d’avance un général français, parlant allemand, pour commander la division allemande. On préparera à Metz tout ce qui est nécessaire en administration pour organiser parfaitement ces divisions.

Artillerie. – L’artillerie attachée au corps d’armée et aux divisions de dragons marche avec ces corps, personnel et matériel. Il serait peut-être d’une bonne administration de faire aller à Bayonne le plus de chevaux haut-le-pied qu’il serait possible, c’est-à-dire tous ceux des caissons que l’on pourrait laisser à Mayence, mais pour cela il faudrait être sûr de trouver à Bayonne le remplacement de ces caissons, qui auraient l’avantage d’être tous en bon état, au lieu de ceux venant de la Grande Armée, qui seraient fatigués par la longueur de la route.

Donner des ordres pour avoir à Bayonne 4 millions de cartouches, 200 milliers de poudre, 20,000 coups de canon, 20,000 outils de pionniers, des affûts de rechange et des roues en quantité raisonnable.

Former à Bayonne un équipage de siège composé ainsi qu’il sui : douze pièces de 24, courtes, approvisionnées à 500 coups par pièce, dont 250 coups seront portés sur des voiturés attelées; douze obusiers de 6 pouces, indépendamment de ceux de l’équipage de campagne, approvisionnés également à 500 coups; six mortiers à la Gomer de 8 pouces avec 500 bombes par mortier; y réunir aussi de la roche à feu et autres moyens incendiaires. On ne parle pas d’envoyer des fusils à Bayonne, parce qu’il s’y trouve une grande quantité de bons fusils espagnols. Toute cette artillerie doit être attelée; on présentera à l’Empereur les mesures d’exécution.

On réunira à Perpignan et Bellegarde 2 millions de cartouches, 10,000 coups de canon, 5 à 6,000 outils, 6,000 fusils, indépendamment de ce qui appartient déjà au corps d’armée du général Reille et de ce qui arrive avec les divisions Souham et Pino.

Génie. – Le personnel et le matériel du génie des corps de la Grande Armée marchent avec eux. On donnera des ordres pour réunir à Bayonne sans délai deux compagnies de mineurs avec des équipages de mineurs. On enverra également à Bayonne la valeur d’un bataillon de sapeurs, et enfin une quantité d’officiers du génie suffisante, y compris ceux venant avec les corps de la Grande Armée. On réunira à Perpignan et Bellegarde le cinquième de ce qui est dit ci-dessus pour Bayonne.

Corps d’armée de Catalogne. – Il existe en Catalogne la division italienne du général Lecci, la division du général Chabran, la division aux ordres du général Reille.

Donner l’ordre au général Saint-Cyr de se rendre en Catalogne pour prendre le commandement de la division du général Pino, venant d’Italie, et de celle du général Souham.

Les deux divisions du corps du général Duhesme ont déjà leur artillerie.

Le général Reille doit avoir douze pièces attelées. Les fonds étaient faits au général Lacombe Saint-Michel pour l’achat des chevaux nécessaires.

La division du général Pino et celle du général Souham ont amené avec elles leur artillerie, ainsi que leurs sapeurs.

On nommera pour le corps du général Saint-Cyr un commandant de l’artillerie et un commandant du génie.

Transports militaires. – Les trois corps de la Grande Armée arrivent avec leurs bataillons des équipages militaires. M. Daru a reçu l’ordre de les faire partir au complet, et, si ces bataillons avaient des détachements au parc général de l’armée, il a été ordonné de les faire rejoindre.

Deux autres bataillons de transports militaires se trouvent à Sampigny; l’intention de l’Empereur est qu’on les dirige sur Poitiers, et que là on achète 1,200 mulets. Ces 300 voitures, qui porteront 300,000 rations de vivres, seront attachées au parc général de l’armée d’Espagne. Ces caissons attelés seront en conséquence dirigés sur Bayonne.

Vivres. – On donnera des ordres pour avoir à Bayonne, et pour y maintenir successivement à mesure des consommations, 500,000 rations de biscuit.

On fera un approvisionnement d’une quantité de farine suffisante. On fera acheter dans la Vendée les avoines, les blés et les boeufs qui y sont en abondance et à un très-bas prix.

On observe qu’il faut à Bayonne une grande quantité d’avoine en calculant les chevaux d’artillerie et les corps de cavalerie qui y passent.

Habillement. – Les troupes arrivant de la Grande Armée sont habillées; mais on donnera des ordres pour que les effets d’habillement et les souliers qui sont aux dépôts des régiments de ces corps d’armée soient envoyés dans une ville sur la route de Mayance à Bayonne, afin que les différents corps prennent ces effets à leur passage.

Indépendamment de ce qui sera fourni par les dépôts des corps, on fera confectionner de suite, tant à Bayonne qu’à Bordeaux, ou l’on y enverra de Paris, 10,000 gibernes, 10,000 shakos, 10,000 paires de guêtres, 60,000 capotes, 60,000 paires de souliers , 60,000 chemises. Tous ces effets devront exister en magasin à Bayonne le ler octobre.

On fera des dispositions pour que le quart des objets ci-dessus soit également en magasin à Perpignan.

Il va arriver à Bayonne environ 1,000 à 1,200 hommes de troupes à cheval, démontés et presque nus. On donnera des ordres pour qu’ils soient réunis à Pau, où il sera formé un dépôt. Ce dépôt sera sous les ordres du général Trelliard, qui recevra à cet effet l’ordre de se rendre à Bayonne et à Pau, pour y remonter et organiser ces hommes démontés. A cet effet, le général Trelliard sera autorisé à acheter 200 chevaux de cuirassiers, 200 chevaux de dragons, 400 chevaux de classeurs ou hussards. On enverra de Paris à Pau les selles, et on fera confectionner à Pau ou dans les environs les bottes et autres objets. On enverra à Bayonne les armes nécessaires pour réarmer ces hommes. Ces hommes de cavalerie doivent être remontés, habillés et armés en octobre.

On donnera l’ordre au général Belliard d’envoyer les hommes de cavalerie à pied à Bayonne et de là à Pau.

Les dépôts d’infanterie de l’armée d’Espagne seront à Bayonne sous les ordres du général Drouet, qui prendra toutes les mesures pour les faire promptement habiller, équiper et réarmer.

Il sera également formé un petit dépôt de cavalerie à Perpignan, ,comme celui de Pau, pour remonter et réarmer les hommes de cavalerie des corps d’armée qui sont en Catalogne.

Dispositions générales. – L’intention de l’Empereur est que les régiments d’infanterie et de cavalerie du corps du maréchal Davout, du corps du maréchal Soult et enfin des corps de la Grande Armée qui rentrent en France, tant infanterie que cavalerie, soient complétés autant qu’il sera possible et dans le moindre délai.

On fera dresser un état qui fasse connaître tout ce que ces différents corps peuvent avoir de disponible dans les dépôts , afin que Sa Majesté détermine la force des détachements qu’il sera dans son intention de faire partir des dépôts pour renforcer les bataillons et escadrons de guerre.

En résumé, le corps du maréchal Davout restera composé de 63 bataillons et 56 escadrons de troupes françaises , indépendamment des troupes polonaises et saxonnes; celui du maréchal Soult, de 47 bataillons et 68 escadrons de troupes françaises; total des deux corps au delà du Rhin, 110 bataillons et 124 escadrons de troupes françaises , non compris le corps du prince de Ponte-Corvo, composé de 13 bataillons et 10 escadrons de troupes françaises, indépendamment des troupes espagnoles et hollandaises.

On fera un nouvel état de l’armée d’Espagne en deux parties, la première de ce qui y reste dans ce moment, la deuxième de toutes les troupes qui la composeront au 15 octobre.

 

Saint-Cloud, 17 août 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je désire rappeler Lauriston près de moi ; qu’il parte sous huit ou dix jours et vienne à Paris. Faites-moi connaître qui doit le remplacer dans son gouvernement.

Le ministre de la guerre vous envoie l’ordre d’envoyer sur Perpignan un des bataillons du train qui sont à l’armée d’Italie, complété à 1,100 chevaux avec leurs harnais. J’autorise l’achat de 1,000 chevaux pour qu’il ait toujours à cette armée le même nombre de 2,400 chevaux. Dirigez ce bataillon par la route la plus courte sur Perpignan. Je suppose que la division Pino, la division Souham, bien outillées et en bon état, sont parties ; ajoutez-y trois bons escadrons français, complétés à 800 hommes.

Les affaires d’Espagne deviennent sérieuses; les Anglais ont débarqué dans ce pays plus de 40,000 hommes. J’ai ordonné que deux régiments français se rendissent de Naples à Rome ; ils y tiendront garnison et remplaceront les troupes qui y sont. 500 chevaux se rendent également de Naples à Rome. La Russie ayant reconnu le roi d’Espagne, et ayant déclaré qu’elle ferait cause commune avec moi si l’Autriche faisait la guerre, il y a peu de probabilité que cette dernière puissance bouge. Vous verrez incessamment les publications au Sénat, par lesquelles j’appelle 200,000 hommes.

J’autorise Sorbier à se rendre près de vous pour être employé comme vous le jugerez convenable; écrivez-lui à cet effet. Redoublez d’activité pour la police ; si vous n’êtes pas content de votre directeur de police, nommez-en un autre. Il faut user de beaucoup de sévérité, car les Anglais jettent du trouble partout.

Vous verrez ces jours-ci dans le Moniteur les pièces relatives aux affaires d’Espagne. Mes troupes y ont été victorieuses partout, hormis dans un malheureux endroit, où Dupont a fait de grandes fautes et gâté mes affaires dans ce pays.

 

Saint-Cloud, 17 août 1808

A Louis Napoléon, roi de Hollande, à La Haye

Je reçois votre lettre relative à l’ouverture qu’a faite le sieur la Rochefoucauld. Il n’a été autorisé à la faire qu’indirectement. Puisque cet échange ne vous plaît pas, il n’y faut plus penser. Il était inutile de me faire un étalage de principes, puisque je n’ai point dit que vous ne deviez pas consulter la nation. Des Hollandais instruits m’avaient fait connaître qu’il serait indifférent à la Hollande de perdre le Brabant, semé de places fortes qui coûtent beaucoup, qui a plus d’affinité avec la France qu’avec la Hollande, en l’échangeant contre des provinces du nord, riches et à votre convenance. Encore une fois, puisque cet arrangement ne vous plaît pas, c’est une affaire finie. Il était inutile de m’en parler, puisque le sieur la Rochefoucauld n’a eu ordre que de sonder le terrain.

NAPOLÉON.

 

Saint-Cloud, 17 août 1808

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, les Anglais débarquent près de 40,000 hommes en Espagne et en Portugal. Des fautes multipliées du général Dupont m’y ont fait essuyer un échec. J’y marcherai bientôt moi-même. Une partie de la Grande Armée est en marche pour s’y rendre. Je désire qu’au reçu de la présente vous fassiez partir 500 chevaux et un bataillon d’un millier d’hommes d’infanterie commandés par un bon officier supérieur, lesquels se dirigeront en droite ligne de Cassel sur Metz, où ils recevront de nouveaux ordres. Vous continuerez à être chargé de la solde et de la masse d’entretien de ces troupes; je me charge de leur nourriture. J’attache une grande importance au prompt envoi de ces troupes ; mais composez-les de bons soldats.

Vous me ferez connaître le jour si elles passeront le Rhin.

 

Saint-Cloud, 18 août 1808

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles

Je vous ai donné le commandement de mon armée de Naples. Je ne vois pas d’inconvénient que le général Reynier soit ministre de la guerre, si cela vous convient. Vous pouvez passer par Milan.

Vous ne pouvez voir le Pape que lorsqu’il vous aura reconnu. Avant de lever de nouvelles troupes, il faut savoir si vous avez de l’argent.

Il n’y a rien à faire pour l’Archipel, où nous sommes en paix avec la Porte.

Je verrai avec plaisir que vous partiez le plus tôt possible.

 

Saint-Cloud, 18 août 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de la Grande Armée, à Paris

Mon Cousin, la nouvelle garnison qui va occuper Danzig étant composée de Saxons et de Polonais ne sera pas aux frais de la ville; elle sera payée par le gouvernement auquel elle appartient.

 

Saint-Cloud, 19 août 1808

A M. Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur Mollien, il est nécessaire qu’à compter du ler août vous ne payiez plus au grand-duc de Berg ni traitement de grand amiral, ni traitement de maréchal, ni aucun autre traitement, sous quelque prétexte que ce soit.

 

Saint-Cloud, 19 août 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

J’ai reçu votre rapport du 8 août. Indépendamment du 1er et du 6e corps de la Grande Armée, le 5e doit également venir à Mayence, et de là à Bayonne. Je désirerais que ces trois corps suivissent tous trois la route la plus courte, c’est-à-dire celle de Metz; je ne pense pas qu’il y ait d’inconvénient, puisque ces corps marcheront à plusieurs jours de distance l’un de l’autre. Le 6e arrivera au moins six jours après le ler et le 5e six ou huit jours après le 6e.

Le 1er régiment de marche, appartenant au ler corps, qui est à Wesel et qui forme 1,500 hommes, pourra se diriger sur Orléans, où il sera dissous, et chaque détachement entrera dans son régiment à mesure qu’il passera. Le régiment de marche appartenant au 5e corps et formant 1,800 hommes se dirigera également sur Orléans. Ainsi la première brigade, formant 3,300 hommes, pourra marcher tout entière sur Orléans. Vous me préviendrez du jour où ces deux corps y arriveront, afin que la brigade de Wesel y arrive au moins six jours avant eux.

Ne faites rien mettre en mouvement qu’au préalable vous ne m’en ayez fait un rapport. Le 3e régiment de marche, qui appartient au 3e corps, peut se mettre en marche sans délai pour se rendre à Dresde. Présentez-moi un projet de route pour ce régiment, afin qu’il ne se rencontre pas avec les régiments qui viennent de Dresde; ce régiment se rendra en Silésie, où il sera incorporé dans le corps du maréchal Davout. Le 6e régiment de marche, qui est à Mayence, y attendra le passage du 6e corps, dans lequel il sera incorporé. Le 4e régiment de marche, qui est à Strasbourg et qui appartient au 4e corps, peut se mettre en marche pour Berlin, où il sera incorporé dans ce corps. Ainsi, de cinq régiments de marche, deux se rendront à Orléans, un attendra à Mayence, et deux se dirigeront l’un sur Dresde et l’autre sur Berlin. Tous les détachements appartenant à la division du général Oudinot doivent se diriger sur Dresde, et de là rejoindront la division à Glogau pour y être incorporés; ce qui fera un mouvement de 5 à 6,000 hommes en avant.

Je désire deux choses : l° que vous me fassiez connaître le jour où commenceront ces mouvements, et où chaque corps se trouvera chaque jour; ne faites rien mettre en mouvement que vous ne m’en ayez soumis un rapport, de manière que les troupes ne se croisent pas en route; 2° que vous me fassiez connaître comment doivent se trouver formés les corps des maréchaux Davout et Soult et les trois corps qui viennent à Bayonne. Je désirerais, s’il était possible, que les corps des maréchaux Davout et Soult eussent chacun leurs quatre bataillons par régiment, et que les corps qui arrivent à Bayonne eussent les cadres de leurs 4e bataillons. Faîtes-moi connaître ce qui manque au complet de 840 hommes par bataillon, tant aux corps qui se rendent à Bayonne qu’aux corps des maréchaux Soult et Davout.

Je vois, par les rapports que vous m’avez envoyés, que les régiments appartenant au Ier corps seront à Bayonne, l’un portant l’autre, à 2,300 hommes présents, ce qui fait un effectif de 2,580; et dès lors les trois bataillons de ces régiments, lorsqu’ils entreront en Espagne, seront à leur grand complet; mais, comme je voudrais avoir les quatre bataillons, mon intention est que les cadres des 4e bataillons soient réunis à Bayonne. S’il est impossible de réunir les soldats, j’y enverrai des conscrits pour les porter à 840 hommes. Je désire que les 11 régiments du Ier corps, les 9 régiments du 6e et les 9 régiments du 5e corps , c’est-à-dire 29 régiments, entrent en Espagne dans le courant d’octobre, avec chacun trois bataillons complets , c’est-à-dire 77 bataillons , qui, en les supposant à 750 présents, feraient un présent sous les armes de 58,000 et un effectif de 66,000 hommes; qu’indépendamment chaque régiment ait le cadre de son 4e bataillon bien formé à Bayonne , qui recevrait chacun 800 conscrits; ce qui formerait une vingtaine de mille hommes qui alimenteraient les bataillons qui seront en Espagne. Ces 20,000 hommes seront fournis par la levée que je vais faire et que j’enverrai droit à Bayonne. Tous ces régiments, étant ainsi à quatre bataillons, formeront un effectif de 80 à 90,000 hommes. Même observations pour les 11 régiments qui formeront la division Sébastiani; même observation pour les 11 régiments qui se trouvent déjà à l’armée d’Espagne.

Il est des régiments qui, par la formation des nouveaux régiments en Espagne, ont quatre compagnies de moins ; cela ne doit pas empêcher de former le 4e bataillon, vu qu’alors le dépôt serait réduit aux ouvriers, au capitaine d’habillement et à quelques officiers et sous-officiers , sauf à reformer les quatre compagnies de dépôt, si je le juge nécessaire.

Ainsi donc mon intention est que les 4e régiments de ligne qui vont former l’armée d’Espagne aient leurs trois premiers bataillons en Espagne et le 4e à Bayonne pour recevoir des conscrits; le 5e bataillon au dépôt. Ceux qui n’ont que quatre bataillons n’auront à leur dépôt que des ouvriers et la valeur d’une compagnie.

Je désire la même chose pour les 16 régiments qui forment le corps du maréchal Soult, pour les 15 régiments qui forment le corps du maréchal Davout et pour les 5 régiments qui forment celui du prince de Ponte-Corvo, c’est-à-dire pour les 36 régiments qui composent l’armée d’Allemagne. Je désire qu’ils aient, à quelques exceptions près, leurs quatre bataillons en Allemagne et leurs dépôts en France, c’est-à-dire un effectif de 3,360 hommes en Allemagne, ce qui ferait un effectif de 118,000 hommes et un présent sous les armes de 110,000 hommes; ce qui, joint à la division Oudinot, ferait près de 120,000 hommes présents en Allemagne. Ce nombre ne peut être aussi complet, vu qu’il y a des dépôts qui sont en Italie, qui ont fait des détachements à l’armée de Catalogne, mais cela ne doit faire une différence que de 4 à 5 bataillons. Ces bases doivent servir de principe pour la levée de la conscription que je vais faire.

Quant à la cavalerie, la cavalerie légère des Ier, 5e et 6e Corps doit suivre; les divisions de dragons de Milhaud, de Latour-Maubourg et de Lahoussaye doivent également suivre. Les détachements de cavalerie légère et de dragons dont les régiments se rendent en Espagne rejoindront leur régiment au fur et à mesure qu’ils pourront le rencontrer. les détachements que ces mêmes régiments auraient soit aux régiments de marche de cavalerie que je viens de former , soit aux dépôts, se joindront en route, de manière à porter les régiments le plus haut possible, à 1,000 hommes si cela se peut. Enfin les régiments provisoires de cuirassiers qui sont en Espagne formeront deux régiments définitifs et recevront des numéros; ils resteront en Espagne. Tous les régiments de marche formés des détachements des régiments de cuirassiers, dragons, chasseurs, qui restent à la Grande Armée, se mettront en marche pour les rejoindre, mais de manière à ne pas se croiser avec les corps qui arrivent, et renforceront leurs régiments.

Il faudra également préparer en septembre ce qu’il y a de disponible, dans les dépôts en France, des régiments qui sont à la Grande Armée, pour la fortifier.

Faites-moi un rapport sur cette lettre, dimanche, au conseil.

 

Paris, 19 août 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Avant le système du blocus, les croisières avaient moins de succès. Aujourd’hui que nous sommes en guerre avec le Brésil, probablement avec les colonies espagnoles et avec tout ce qui vient d’Angleterre, je désirerais que vingt frégates partissent, deux à deux, pour aller établir des croisières dans tous les coins de l’univers. Je désirerais qu’il en partît deux pour l’île de France, une en novembre et l’autre en février; elles y porteraient des nouvelles et des vivres. Le Calcutta serait envoyé à la Martinique, armé de manière à ne rien redouter d’une frégate. Les corvettes et bricks seraient envoyés à la Martinique et à la Guadeloupe. Enfin les deux flûtes qui sont au Havre seraient envoyées chargées de farine à la Guadeloupe et à la Martinique, en les armant de manière à être plus fortes qu’un brick et à pouvoir résister à une corvette. J’ai d’autres flûtes au Havre, qu’on pourrait essayer de faire partir. De telles expéditions pourraient faire beaucoup de mal à l’ennemi. En les dirigeant sur Cayenne, sur Saint-Domingue, sur la Guadeloupe et la Martinique, cela ne peut présenter que des chances de succès. On concilierait ainsi le double but à atteindre, de former des croisières et d’approvisionner les colonies.

On pourrait se proposer un troisième but, celui de reprendre les Saintes et Marie-Galante. Il faudrait pour cela une escadre supérieure à l’escadre anglaise qui est sur la Guadeloupe. Cette escadre porterait 1,500 à 2,000 hommes, prendrait ces deux îles, et, tout en suivant les croisières, reviendrait à Toulon. Faites-moi un petit rapport là-dessus. Si l’escadre de Flessingue pouvait faire ce coup, ce serait un beau début. Les huit vaisseaux, chargés chacun de 200 hommes, transporteraient 1,600 hommes; arrivés à la Guadeloupe, ils reprendraient les deux petites îles, feraient une croisière raisonnée et reviendraient à Toulon. Cela faudrait beaucoup mieux que de désarmer devant Flessingue. Les deux frégates hollandaises y seraient jointes.

 

Saint-Cloud, 19 août 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée

Mon Cousin, il faut avoir soin que les trois corps de la Grande Armée qui viennent à l’armée d’Espagne aient chacun une compagnie de pontonniers.

 

Saint-Cloud, 21 août 1808

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, je vous renvoie le portefeuille aujourd’hui. Il est peut-être convenable d’envoyer à Caulaincourt les nouvelles de Cattaro. Quelque extravagant que ce soit, ce mouvement me paraît extraordinaire. Peut-être n’est-ce rien, peut-être cela se rattache-t-il à des projets ourdis de tous côtés pour troubler

 

Saint-Cloud, 22 août 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

J’ai la votre rapport du 19 août. Je pense qu’il est nécessaire de faire passer sans délai à Bayonne 150 caissons d’artillerie , chargés partie des différents calibres et de cartouches d’infanterie. Deuxièmement, il est nécessaire d’y faire passer 100 affûts de rechange et des roues et pièces de rechange de toute espèce, pour y organiser 200 voitures. Rien ne doit être changé aux corps qui viennent de la Grande Armée; l’artillerie doit suivre la marche de l’infanterie, et l’on ne doit se permettre aucune opération qui tendrait à retarder d’un jour la marche d’une seule voiture. L’artillerie qui vient de la Grande Armée devant suivre les corps auxquels elle appartient, on ne doit se permettre de changements qu’autant qu’ils pourraient se faire du matin au soir. Ces changements peuvent se faire très-facilement quand les corps passeront à Mayence, Metz et Orléans, si on y fait rendre d’avance les pièces et autres objets qu’on veut faire échanger. Les corps pourraient prendre dans ces villes des pièces françaises en échange des pièces étrangères ; cela serait d’autant meilleur que le calibre espagnol est pareil au calibre français. Cette mesure peut être ordonnée par vous, sans que cela cause aucun retard ; car je préfère que les corps gardent leur artillerie étrangère, si ce changement doit retarder la marche d’un seul jour. Ainsi donc, comme Strasbourg ne se trouve pas sur le passage, il faudrait que les canons ou les caissons que l’armée doit échanger fussent rendus à Metz à l’époque du passage des corps d’armée, ce qui est faisable. Si le changement, que vous proposez, des dix-sept compagnies du train contre trois bataillons complets peut se faire, il faut l’opérer sans perdre un jour. Je n’approuve pas la composition de l’artillerie de la division de Paris. En Espagne, il faut du petit et du gros calibre; il faut donc quatre pièces de 12, quatre obusiers et quatre pièces de 4, total douze pièces. Je préfère qu’on fasse venir de Mayence deux compagnies du 7e régiment; mais il faut qu’elles viennent en toute diligence. J’approuve qu’on fasse venir de Metz la compagnie du bataillon du train; mais, à cet effet, il faut lui en envoyer l’ordre sans perte de temps, pour qu’elle marche le plus vite qu’elle pourra. Il faut organiser à Metz pour la division allemande, quatre pièces de canon, caissons, etc. , ce qui, joint à l’artillerie de Hesse-Darmstadt et de Bade, formera une division de douze pièces d’artillerie.

La Garde, c’est-à-dire l’artillerie de la Garde qui est à Paris, servira 36 bouches à feu, dont 18 pièces seront servies par l’artillerie à pied et 18 par l’artillerie à cheval. A cet effet, faites organiser sur-le-champ les deux compagnies d’artillerie à pied. Vous ferez acheter des chevaux pour monter les canonniers d’artillerie à cheval démontés qui se trouvent à la Fère. Vous ferez organiser le bataillon du train qui est à la Fère sous la dénomination de bataillon bis de la Garde; le bataillon du train qui est en Espagne continuera à être le bataillon principal. Ce bataillon sera porté au grand complet, et vous prescrirez les mesures nécessaires pour lui faire fournir 1,200 chevaux et 1,200 harnais ; la Garde attelant ses voitures de 4 chevaux, cela fera 300 voitures. Il faut que ces dispositions soient exécutées pour le 1er octobre, afin qu’on puisse disposer de ce train de la Garde, soit pour l’Espagne, soit pour le Rhin.

J’approuve fort qu’il soit acheté 600 mulets dans le Poitou, qui seront donnés aux corps de la Grande Armée pour remplacer les pertes qu’ils auront faites en route, de manière que leur artillerie arrive en Espagne en bon état.

Je n’approuve pas les observations que vous faites. Je veux douze pièces de 24, courtes, et je suis fâché que vous ayez perdu huit jours pour ne pas faire transporter des affûts à Toulouse pour les pièces qui doivent y arriver. Il faut qu’au 11 octobre les vingt-quatre pièces de 24, courtes, soient prêtes à partir de Bayonne ; les pièces de 16 ne rempliraient pas le même but. Vous ne parlez pas des attelages pour ces vingt-quatre pièces. J’approuve que vous tiriez en toute diligence de Turin une compagnie d’ouvriers pour Toulouse.

Dans votre rapport, vous ne parlez pas des approvisionnements d’artillerie. Je veux avoir à Bayonne 30,000 fusils, 4 millions de cartouches, 90,000 coups de canon de réserve, 10,000 obus, 20,000 outils de pionniers, de la roche à feu, des fascines goudronnées, enfin 100,000 épinglettes pour les fusils et 10,000 tournevis. Je demande une aussi grande quantité d’obus à cause du grand nombre de projectiles dont on est obligé de faire usage dans une guerre d’insurrection. Mon intention est qu’il y ait à Bayonne, indépendamment de la compagnie d’artillerie qui est à Toulouse, une autre compagnie d’artillerie que vous pouvez tirer de la Grande Armée, et, en attendant qu’elle y arrive, vous dirigerez sur Bayonne une ou deux escouades que vous tirerez des arsenaux les plus à proximité. Mon intention est qu’on ne fasse aucun transport par mer; il ne faut pas en charger la marine; cela n’assurerait pas le service. Mais on peut embarquer à la Rochelle des poudres et autres objets, les faire entrer dans la rivière de Bordeaux jusqu’à Langon, d’où les transports militaires les prendraient pour les conduire à l’Adour, où ils seraient embarqués jusqu’à Bayonne. Vous chargerez les transports de l’artillerie de toutes les dispositions. Prenez bien vos mesures pour que l’artillerie prenne des moyens sûrs. On peut charger des sergents de surveiller les transports pour s’assurer qu’ils arrivent.

Quant à Perpignan, le quart de ce qu’on demande pour Bayonne est suffisant.

Je viens de vous parler de l’artillerie de ma Garde; mon intention est que tout le matériel et l’administration de la Garde impériale soient réorganisés ici, ambulances, chirurgiens, transports, caissons, boulangers, commissaires des guerres, inspecteurs aux revues, de manière à remplacer ce qui est en Espagne. De sorte que si, au lieu de se diriger en Espagne, la partie de ma Garde qui est ici se dirigeait en Allemagne, cette nouvelle administration pût être complètement organisée pour rendre les mêmes services qu’elle a rendus dans les campagnes dernières. Vous ferez connaître à ma Garde à Paris qu’elle doit être, au 20 septembre, prête à partir, savoir : deux régiments de chasseurs de 400 hommes chacun ; deux régiments de dragons, idem; deux régiments de grenadiers, idem; total, six régiments, 2,400 hommes ; secondement, deux régiments de chasseurs à pied, forts de 800 hommes chacun; deux régiments de grenadiers, idem ; total, 3,200 hommes ; 36 pièces d’artillerie, servies comme je l’ai dit par des détachements d’artillerie à cheval, faisant la valeur de deux compagnies ; deux compagnies d’artillerie à pied, un bataillon du train de 600 hommes et 1,200 chevaux, ce qui fera un corps de ma Garde de 6 à 7,000 hommes prêts à partir, ayant la même quantité de transports, caissons et toutes les parties d’administration telles qu’elle les avait la campagne dernière. Mon intention est que, sans perdre un seul jour et sans me demander de nouveaux ordres, vous donniez ceux d’exécution et d’achat, et que vous me remettiez ensuite un état de ma Garde, telle qu’elle sera organisée d’après les dispositions ci-dessus.

 

Saint-Cloud, 22 août 1808 (date probable – la lettre n’est pas datée)

A la princesse Pauline Napoléon, duchesse de Guastalla, à Paris

Comment vous portez-vous belle princesse, êtes-vous bien fatiguée ? Que faîtes-vous aujourd’hui ?

Napoléon

 

Saint-Cloud, 22 août 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Ministre de la guerre, mon intention est que les troupes qui viennent de la Grande Armée, et qui se dirigent sur Mayence, en partent sur deux routes : l’une, colonne de droite; l’autre, colonne de gauche.

La route de droite passera par Orléans, Poitiers, Bordeaux; la route de gauche passera par Gien, Châteauroux, Limoges, Périgueux, Langon.

Il faut arranger les journées d’étape de ces routes de manière que les petites étapes soient doublées, s’il est nécessaire, pour égaliser les marches de ces deux colonnes, sinon en distance, au moins en nombre de jours. Vous me soumettrez ces deux projets de route sur une petite carte.

Vous pouvez donner l’ordre, dès ce moment, au ler régiment de marche, qui est à Wesel, de se diriger sur Paris ; à la division de dragons du général Milhaud, de se diriger également sur Paris.

Donnez le même ordre à tous les détachements que les dépôts des régiments du Ier corps peuvent fournir, soit aux onze régiments d’infanterie, soit aux trois régiments de cavalerie légère qui le composent, pour se diriger sur Versailles, d’où l’on donnera des ordres pour que ces détachements rejoignent leurs corps; même ordre aux détachements que les dépôts des quatre régiments de dragons de la division Milhaud peuvent fournir de se diriger sur Versailles.

Tous les détachements de cavalerie appartenant aux deux autres divisions de dragons, qui sont en marche de la Grande Armée sur Mayence, seront également dirigés de leurs dépôts sur Versailles.

Le 6e régiment de marche attendra le 6e corps à Mayence.

Quant aux détachements des deux régiments de cavalerie légère du 6e corps, qui ne se trouveront pas à portée de la route que suivront ces deux régiments, vous donnerez des ordres pour qu’ils soient dirigés sur Paris.

Quant au 5e corps, il sera fait un travail particulier à son égard, lorsque ce corps aura reçu l’ordre de se diriger sur le Rhin.

Étapes de l’armée en marche. – Une si grande quantité de troupes fera renchérir la viande; mon intention est donc de la donner en nature aux troupes. Les soldats auront donc l’indemnité de route, comme à l’ordinaire, hormis que sur cette indemnité il sera retenu trois sous par homme, pour la demi-livre de viande de bonne espèce qui lui sera fournie en nature. Le ministre de l’administration de la guerre prendra les mesures pour que, dans les lieux d’étape, les préfets et les commissaires des guerres passent des marchés qui seront payés par la retenue des trois sous par homme, et le surplus du prix de la viande, dans les localités où cela aura lieu, sera payé sur les fonds de l’administration vivres-viande.

Le 3e régiment de marche sera dirigé sur Dresde, pour de là rejoindre l’armée du maréchal Davout. Le 4e régiment de marche sera dirigé sur Berlin, et de là rejoindra le corps du maréchal Soult. On fera partir les trois régiments réunis à Wesel, à Mayence et à Strasbourg, pour les diriger sur Dresde, d’où ils rejoindront la division du général Oudinot. Vous chargerez le général Oudinot de visiter ou faire visiter les dépôts des autres corps, afin de choisir dans chacun 25 grenadiers et voltigeurs, pour compléter sa division de grenadiers.

Vous aurez soin que tous les détachements des trois divisions de dragons qui rentrent en France, ainsi que ceux des cinq régiments de cavalerie légère appartenant aux ler et 5e corps, et qui font partie des régiments de cavalerie de marche réunis sur le Rhin, en soient distraits, et soient réunis à Francfort pour le régiment qui est à Mayence à Metz pour le régiment qui est à Strasbourg, et à Versailles pour le régiment qui est à Wesel, de sorte que ces détachements rejoignent leurs régiments, en passant, soit à Francfort, Metz, ou Paris et Versailles.

Quant aux détachements des deux régiments de cavalerie légère qui appartiennent au 5e corps, ils resteront dans les lieux où ils se trouvent, jusqu’à ce que le mouvement du 5e corps ait été décidé.

Tous les autres détachements, soit des divisions de cuirassiers, soit des deux divisions de dragons, qui restent en Allemagne, soit des régiments de cavalerie légère qui y restent également, tous ces détachements, dis-je, se réuniront à Strasbourg et à Mayence, pour pouvoir former des escadrons de marche et être dirigés en Allemagne à leurs divisions respectives. A cet effet, les détachements de carabiniers et des cuirassiers de la division Nansouty formeront le premier escadron de marche de cuirassiers, qui se réunira à Mayence ; les détachements de cuirassiers de la division Saint-Sulpice formeront un second escadron de marche, qui se réunira aussi à Mayence. De celle ville, le ler escadron de marche sera dirigé sur Berlin, pour la division Nansouty; le 2e escadron sera dirigé sur Hanau, pour la division Saint-Sulpice.

On ne parle pas des détachements de la division Espagne, dont les dépôts sont en Italie.

Dragons. – Le ler escadron de marche de dragons sera composé des détachements des régiments des deux divisions de dragons restés en Allemagne.

Quant à la cavalerie légère restée au delà du Rhin, on formera, des détachements destinés à ces régiments, trois escadrons de marche.

Un escadron formé des détachements des régiments du corps du maréchal Bernadotte se dirigera sur Hanau.

L’escadron de marche formé des détachements des régiments du corps du maréchal Soult se dirigera sur Berlin.

Enfin l’escadron de marche des détachements du corps du maréchal Davout se dirigera sur Dresde.

Comme le départ de tous ces escadrons de marche de cavalerie n’est pas pressé, le maréchal Kellermann peut les réunir tous dans le comté de Hanau, et, quand tout ce que les dépôts auront fourni sera arrivé, vous m’en rendrez compte, afin que je donne des ordres de départ.

Ainsi donc les 3,000 hommes de cavalerie que le maréchal Kellermann a réunis à Maëstricht, à Mayence et Strasbourg, doivent attendre le passage de leurs corps pour se diriger sur Metz ou Versailles, ou se centraliser dans le comté de Hanau pour se former en escadrons de marche, et attendre l’arrivée des détachements que vous ferez diriger, des dépôts en France, sur Hanau, afin de former les sept escadrons de marche qui doivent renforcer la cavalerie au delà du Rhin.

Vous ordonnerez au maréchal Kellermann de placer à Hanau un général de cavalerie pour soigner et exercer ces escadrons de marche.

 

Saint-Cloud, 22 août 1808

Au général Dejean, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Dejean, mon intention est que vous preniez sur-le-champ les mesures nécessaires pour qu’il y ait à Bayonne, non en blé, mais en farine, trois à quatre millions de rations de vivres, des manutentions toutes montées pour cuire en un jour 30,000 rations, un million de rations de biscuit toujours en magasin, et enfin 1,000 boeufs pour le service et le passage de l’armée. Le sixième de cet approvisionnement sera suffisant à Perpignan. Tout cela doit être existant à Bayonne et à Perpignan au 10 octobre.

Transports. – Vous prendrez des mesures pour qu’au 10 octobre les 300 voitures de transport des 10e et 11e bataillons des équipages militaires soient parquées, sur les glacis de Bayonne et prêtes à partir pour le service général. Vous prendrez aussi des mesures pour que les bataillons des équipages militaires qui viennent avec le ler et le 6e corps, avec les trois divisions de dragons, arrivent à Bayonne en bon état; et, à cet effet, il faut qu’ils trouvent, à leur passage à Poitiers, au moins une remonte du dixième du nombre de leurs chevaux, en bons mulets du pays.

Hôpitaux. – Veillez à ce que tous les effets d’ambulance des ler et 6e corps arrivent de la Grande Armée avec ces corps, et, si quelque chose avait été oubliée, écrivez à l’intendant général pour le faire rejoindre sans délai. Dirigez sur Bayonne le nombre de chirurgiens, médecins et le personnel d’hôpitaux nécessaire. Donnez d’abord tous les ordres pour ne pas perdre un temps précieux. Faites-moi un rapport qui me fasse connaître l’organisation du service de santé de l’armée d’Espagne.

Passage de l’armée. – L’armée marchera sur deux routes que le ministre de la guerre fera connaître. Une si grande quantité de troupes fera renchérit la viande mon intention est donc de la donner en nature aux troupes. Les soldats auront l’indemnité de route, comme à l’ordinaire, hormis que, sur cette indemnité, il sera retenu trois sous par homme pour la demi-livre de viande de bonne espèce qui lui sera fournie en nature. Vous prendrez des mesures pour que, dans les lieux d’étape, les préfets et les commissaires des guerres passent des marchés qui seront payés par la retenue des trois sous par homme, et le surplus du prix de la viande, dans localités où cela aura lieu, sera payé sur les fonds de l’administration des vivres-viande.

Habillement. – Vous ferez donner les souliers que vous pouvez avoir à Mayence au 1e et au 6e corps, à leur passage, à raison de 1,000 paires par régiment; 1,000 paires seront données à chaque régiment à leur arrivée à Bayonne; tout cela en gratification. Vous donnerez l’ordre aux dépôts des corps de diriger promptement les effets des régiments venant de la Grande Armée sur Metz, Orléans et Bordeaux, ayant soin de calculer et de désigner les époques où ces corps passeront dans ces villes, afin qu’on puisse, là, distribuer les effets d’habillement.. Il n’y a pas de temps à perdre pour donner les-dits ordres ; cela doit être fait dans la journée de demain. Il faut à Bayonne, pour l’armée qui est actuellement en Espagne, 40,000 capotes, 40,000 chemises, 40,000 paires de souliers, 10,000 shakos, 10,000 paires de guêtres ; il faut de plus, pour les corps venant de la Grande Armée et pour les hommes isolés qui les rejoindront, 20,000 capotes, 30,000 paires de souliers, pour en donner 1,000 à chacun des régiments à leur passage à Bayonne. Ces 70,000 paires de souliers seront rendues à Bayonne avant le 15 octobre. Donnez vos ordres et veillez à ce que chaque dépôt dirige sur Bayonne une paire de souliers pour chaque homme de leur corps, rendue avant le 15 octobre. Ces souliers seront sur le compte de la masse de linge et chaussure, Les dépôts dirigeront une autre paire de souliers pour chaque homme dans le mois de novembre, enfin une autre paire en décembre; ce qui fera trois paires de souliers fournies par les dépôts. Indépendamment de ces trois paires de souliers, mon intention est que vous soyez en mesure de pouvoir avoir, au compte de l’administration générale, 100,000 paires au mois de novembre et 100,000 paires au mois de décembre; ce qui assurera cinq paires de souliers à chaque homme, et, avec les deux paires qu’ils portent dans le sac, ils se trouveront pourvus pour tout l’hiver. Écrivez à M. Daru qu’il envoie d’Allemagne 100,000 paires de souliers, qui seraient portées par les transports militaires. Donnez l’ordre à M. Mathieu Favier de se rendre à Paris, pour y prendre vos instructions, et de là à Bayonne.

Effets de campement. – Il faut qu’il y ait à Bayonne, le plus tôt possible, 6,000 marmites, 6,000 gros bidons, quelques haches et outils de campement; 30,000 petites bouteilles empaillées tenant demi-pinte. Pour le dépôt de cavalerie, il est nécessaire qu’il y ait à Bayonne un millier de selles et de brides et autres effets nécessaires aux troupes à cheval. Les capotes, les objets de campement ne sont nécessaires à Perpignan que dans le rapport d’un sixième.

Quant à la division polonaise, vous devez faire les dispositions pour réunir à Sedan le plus d’effets d’habillement que vous pourrez. Donnez l’ordre au dépôt de confectionner avec la plus grande célérité 1,000 habits, autant de shakos, vestes, culottes, guêtres.

Nouvelle levée. – Mon intention est de diriger 20,000 conscrits sur Bayonne, qui serviront à compléter les bataillons des 13 régiments de ligne qui sont en Espagne, des 4 régiments de la division Sébastiani, les 11 régiments du ler corps, les 9 régiments du 6e corps; total, 37 régiments, c’est-à-dire à raison de 500 hommes à peu près par régiment. Le surplus des conscrits sera destiné soit aux corps irréguliers, soit à l’artillerie, au train ou aux transports militaires. Mon intention est donc que vous ayez à Bayonne 5,000 habits d’infanterie légère, habillement et équipement complets, 15,000 habits d’infanterie de ligne, habillement et équipement complets, shakos, etc., de manière que, le lendemain de l’arrivée des conscrits à Bayonne, ils y soient complètement habillés et équipés, et en état de partir pour les places d’Espagne sur les derrières de l’armée, où, en gardant les communications, ils travailleront à leur instruction. Les conscrits ne devront pas se rendre aux dépôts des corps pour aller à Bayonne, vu qu’ils seront pris dans les départements du Midi; il faut donc que ces 20,000 habits soient confectionnés à Bordeaux ou aux environs, et y faire mettre les boutons des numéros des corps. Il faut cependant observer qu’il est des corps tels que les 2e, 4e et 12e d’infanterie légère, 32e et 58e de ligne qui, ayant leurs dépôts à Paris, pourraient être chargés de fournir à Bayonne les 500 habits sans avoir recours au magasin général. Je ne serais même pas éloigné de penser que les dépôts des 3e régiments ne pussent faire partir sur-le-champ pour Bayonne 500 habillements complets, partie vieux, partie neufs; ce qui alors serait un grand avantage et serait un grand soin de moins pour l’administration générale. Les conscrits ne seraient pas habillés à neuf et les corps conserveraient l’avantage qu’ils ont en administrant eux-mêmes. Consulter avant tout l’état de ce que les corps ont en magasin, alors rien ne serait dérangé de la règle ordinaire. L’administration des corps enverrait du dépôt les habits à Bayonne, en même temps que les conscrits partiraient des départements pour se rendre à Bayonne; ce qui paraîtrait d’autant meilleur que les corps venant de la Grande Armée doivent avoir à leurs dépôts une grande quantité d’habits confectionnés.

 

Saint-Cloud, 23 août 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée, à Paris

Mon Cousin, donnez au général Saint-Cyr, commandant le corps d’armée de Catalogne, l’instruction de conserver à Barcelone le général Duhesme avec ses deux divisions, pour maintenir cette ville; de prendre Girone avec la division du général Reille, si cela est possible; si cela n’est pas possible, avec les divisions Reille et Chabot; et si enfin ces troupes ne suffisent pas, de les placer à Figuières pour maintenir la communication avec Bellegarde, et de faire filer sur Figuières toute espèce de vivres, et ce , jusqu’à l’arrivée des 20,000 hommes qui arrivent d’Italie.

 

Saint-Cloud, 23 août 1808

Au maréchal Davout, commandant le 3e corps de la Grande Armée, à Varsovie.

Mon Cousin, les Anglais ayant débarqué des forces assez considérables en Espagne, j’ai rappelé le Ier et le 6e corps et trois divisions de dragons de la Grande Armée pour finir, cet hiver, de soumettre ce pays. Dupont a déshonoré nos armes; il a montré autant d’ineptie que de pusillanimité. Quand vous apprendrez cela un jour, les cheveux vous dresseront sur la tête. J’en ferai bonne justice, et, s’ils ont taché notre habit, il faudra qu’ils le lavent.

Je vous ai donné le commandement de la Pologne et de la Silésie; vous y avez le 3e corps, la division Oudinot, une division de dragons et la division de cuirassiers qui est à Bayreuth. Un régiment de marche de 3,000 hommes, formé de détachements de vos quinze régiments, va partir pour vous rejoindre; un autre régiment de marche, fort de 4,000 hommes, également tiré des dépôts de vos corps, va se mettre en mouvement pour porter votre corps d’armée à 39,000 hommes d’infanterie, et la division du général Oudinot à 11,000 hommes; ce qui vous formera un effectif de 50,000 hommes, et 20,000 Polonais ou Saxons, qui pourraient y être joints, vous feraient un effectif de 70,000 hommes d’infanterie. Des détachements de cavalerie partent également pour renforcer tous vos corps, de manière que vous ayez 13,000 chevaux; ce qui, avec 4 ou 5,000 Saxons ou Polonais, vous ferait 18,000 chevaux, et, avec 12,000 hommes d’artillerie français et étrangers, vous auriez à vous seul une armée de près de 100,000 hommes. Les Saxons et les Polonais valent bien les Autrichiens. Le maréchal Mortier, avec le 5e corps, se rend à Bayreuth. Je voudrais bien le faire venir en France, mais je ne me décide pas encore; si des événements imprévus arrivaient, vous pourriez vous en servir.

L’Autriche arme, mais elle arme par peur; nos relations sont au mieux avec cette puissance; mais enfin elle arme, et j’ai commencé par lui demander des explications assez vives. Je suis sûr de la Russie, ce qui m’empêche de rien craindre de l’Autriche; cependant il faut se tenir en règle et avoir les yeux ouverts. Mon intention est d’évacuer la Prusse et d’exécuter le traité de Tilsit. Je crois que la convention en sera signée demain ou après; et, avant le mois d’octobre, je vais rapprocher mes troupes du Rhin. Je garderai Stettin, Küstrin et Glogau jusqu’à ce que tout soit entièrement liquidé. Des régiments de marche se mettent aussi en mouvement pour renforcer le corps du maréchal Soult. Toutes les troupes de la Confédération sont sous les armes, et, au moindre signal de préparatifs menaçants que ferait l’Autriche, elles seraient en marche. Soyez rassurant dans votre langage, car je ne veux rien de l’Autriche.

 

Saint-Cloud, 24 août 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de la Grande Armée, à Paris

Mon Cousin, écrivez au général Drouet qu’il doit arrêter prisonnier et envoyer dans l’intérieur tout Espagnol qui viendrait de l’armée du nord à Bayonne, ainsi que tous ceux qui s’y présenteraient pour entrer en Portugal, puisque la communication est fermée.

 

Saint-Cloud, 24 août 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

J’ai lu avec attention l’état no 4, armée d’Espagne. Il me semble que j’y trouve des erreurs; faites-les corriger sur l’état que je vous renvoie, et donnez des ordres au général Belliard pour que les régiments soient réunis et pour que les conscrits soient exercés avec les anciens soldats. Le 14e régiment de ligne, par exemple, a ses quatre bataillons ou 24 compagnies à l’armée d’Espagne. Il doit avoir un effectif de 3,360 hommes ; cependant il n’a que 3,100 hommes : il faut donc y diriger 300 hommes pour le porter au grand complet, et bien recommandé au général Belliard que tous les quatre bataillons soient bien réunis avec leurs détachements. Le 15e de ligne, qui est à la division Mouton, est porté comme ayant deux bataillons; cela n’est pas exact; il a trois bataillons, ou 18 compagnies, et 6 compagnies devant Saragosse; il a donc 24 compagnies en Espagne; cependant il n’a que 2,200 hommes : il lui manque 300 hommes. Comme le dépôt peut les fournir, il faut les faire partir pour compléter les compagnies à 140 hommes.

Donnez des ordres pour que tous les détachements soient réunis et qu’on tienne les anciens soldats avec les nouveaux, pour que ces bataillons soient mis en bon état. Le 44e paraîtrait avoir 9,800 hommes (recommandez que les grenadiers et voltigeurs , dès le moment de leur arrivée, rejoignent le 4e bataillon) : il manquerait donc 500 hommes pour compléter ce régiment; le dépôt ne peut fournir que 200 hommes; il est à propos de faire partir ces 200 hommes de Valenciennes. Vous portez le 43e comme ayant ses quatre bataillons à Burgos: c’est une erreur; le 43e avait 4 compagnies aux régiments provisoires; mais lors de la formation, je ne l’ai pas excepté. Je ne sais comment vous lisez le 3e bataillon à Burgos : c’est une erreur; il faut lire à Bayonne; il ne peut être arrivé, puisque de Vittoria il a marché sur Bilbao. Faits faire des recherches pour connaître l’erreur qui a été commise sur ce régiment. Le 47e a son Ier bataillon à Burgos; c’est un bataillon de 9 compagnies; il a devant Saragosse 6 compagnies, ce qui fait 15, et 6 qui arrivent à Bayonne; ce régiment a donc 21 compagnies, c’est-à-dire trois bataillons et demi; il devait donc avoir près de 2,000 hommes; cependant il n’en a que 1,700; son dépôt peut fournir 100 hommes; faites-les partir. Occupez-vous particulièrement de ce régiment, pour lever cette difficulté. Il est probable que vous n’avez pas reçu le procès-verbal de sa formation. Le 51e est porté comme ayant son 3e bataillon à Pancorbo; vous portez son 4e bataillon également à Pancorbo; je pense que ce sont deux erreurs : ce régiment avait deux compagnies aux régiments provisoires, mais il n’a pas été excepté. Il faut faire partir le bataillon du 55e qui est à Boulogne, pour Bayonne, avec tous les conscrits disponibles au dépôt. Ce régiment aura donc quatre bataillons ou 24 compagnies; il devrait avoir 3,300 hommes, il n’en aura que 2.000; il lui en manquera 1,300. Le 70e a à son 3e bataillon, 458 hommes; il a besoin de 400 hommes; il faut les faire partir du dépôt, s’il peut les fournir. Le 4e bataillon du 86e n’a également que 600 hommes; il aura aussi besoin, pour les compléter, de 240 hommes qu’il faut faire partir du dépôt.

Je ne parle pas des huit nouveaux régiments, puisque vous n’avez pu avoir encore les procès-verbaux de leur formation. Le 2e léger n’a que 2,000 hommes : il doit avoir 9,500 hommes ; il lui faut donc 500 hommes; faites-les partir du dépôt, s’il y en a. Le 4e léger n’a que 1,800 hommes : il lui manque donc 700 hommes; le dépôt peut lui en fournir 120; faites-les partir. Le 12e n’a que 1,200 hommes : il lui en manque donc 1,300; le dépôt peut lui en fournir 500; faites- les partir.

Tout ce qui est relatif aux légions de la réserve est mal libellé. Il faut dire où est chaque légion et distinguer ce qui était au corps du général Dupont.

Donnez l’ordre, en Espagne, que le 1er régiment de marche et les 6e et 7e bataillons de marche soient dissous, et que chacun rejoigne son régiment primitif. Les bataillons de marche du Portugal resteront organisés. Enfin faites faire l’état de manière qu’on voie ce qui manque au complet des régiments de ligne et ce que chaque dépôt peut fournir.

 

Saint-Cloud, 24 août 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon fils, des haras du grand-duc de Berg, venant du duché de Berg, doivent traverser mon royaume d’Italie. Ces haras n’ont rien de commun avec les chevaux de selle et de trait de service du Grand- duc. Mon intention est que vous les reteniez dans un lieu bien sûr, jusqu’à ce que vous receviez de nouveaux ordres de moi. Vous ferez prendre l’inventaire de ces chevaux, voulant distinguer, dans ces haras, ce qui a été pris dans le Mecklenburg, ce qui appartient au duché, et les chevaux arabes achetés du général Belliard. Vous ferez connaître au roi de Naples que j’ai ordonné qu’on gardât ces chevaux en Italie, et que je suis fatigué de voir qu’on manque aux engagements qu’on prend avec moi.

 

Saint-Cloud, 25 août 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Je vous envoie des interrogatoires de Villoutreys, qui jettent des éclaircissements sur cette horrible affaire du général Dupont. Vous verrez que Vedel et Gobert (L’Empereur n’ignorait pas que ce général avait été tué six jours avant la capitulation; mais il continue à désigner la division Gobert par le nom de son ancien chef, ne sachant sans doute pas encore à qui le commandement était passé) étaient hors d’affaire, et que ces lâches (mot manquant) entrèrent dans la capitulation pour sauver leurs bagages. Bon Dieu ! Des Français coupables de tant de lâcheté !

 

Saint-Cloud, 26 août 1808

Au général Clarke, comte d’Hunebourt, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le général Clarke, qu’est-ce que c’est que des détachements de troupes polonaises de la plus belle tenue qui ont passé par Augsbourg sur des voitures pour se rendre dans leur pays ?

 

Saint-Cloud, 27 août 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, donnez ordre que la 9e compagnie de mineurs qui est à Wesel, la 7e et la 8e qui sont à Hameln, en partent sur-le-champ pour se rendre à Bayonne. Qu’il y ait avec ces compagnies un officier supérieur des mines qui entende bien cette partie et qui soit abondamment pourvu de tout. La guerre d’Espagne est comme celle de Syrie; on fera autant par les mines que par le canon. Donnez ordre que la 5e compagnie de mineurs, qui est à Küstrin, soit dirigée sur Mayence, ainsi que la compagnie qui est à Glogau. Ainsi j’aurai 1 compagnie de mineurs à Palmanova, 3 qui resteront à la Grande Armée; des 5 autres, 3 seront à Bayonne et 2 à Mayence et Wesel, en réserve, pour se rendre à Bayonne, si je le juge nécessaire.

Quant aux sapeurs, faites marcher la 6e et la 7e compagnie du ler bataillon, les 1er, 3e et 4e du 2e bataillon, les 4e et 6e du 5e bataillon; ces sept compagnies sont à Fulde; donnez-leur l’ordre de se mettre en marche sur-le-champ. Faites également marcher la 2e compagnie du 5e bataillon, qui est à Hameln, la 3e et la 5e du 4e bataillon, qui sont à Spandau, et la 9e du 4e bataillon, qui est à Mayence; ce qui fait 11 compagnies qui se réuniront à Bayonne, Ayez soin qu’il s’y trouve des outils de toute espèce en abondance.

Dirigez sur Bayonne des détachements de tous les dépôts de ces bataillons pour compléter onze compagnies, de manière quelles soient chacune à 140 hommes, s’il est possible.

 

Saint-Cloud, 27 août 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Miranda

Mon Frère, les cours du Nord vous ont reconnu. 10,000 hommes de la Grande Armée sont déjà arrivés à Mayence; avant le mois de janvier, vous en aurez 100,000, et dans toute l’Espagne il n’y aura pas un seul village en insurrection.

Envoyez le duc de Frias comme votre ambassadeur à Paris ; je le recevrai avec la plus grande solennité. Envoyez des lettres de créance à Pardo, à Saint-Pétersbourg; l’empereur de Russie le désire beaucoup.

Envoyez un grand d’Espagne à Paris pour l’ambassade de Vienne; il attendra mes ordres pour partir. Nommez votre ministre en Danemark. N’ayez aucune inquiétude.

J’ai reçu votre lettre de Burgos, du 9, et un duplicata de la même lettre.

 

Saint-Cloud, 27 août 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Je vous envoie des journaux anglais qui contiennent la relation de Castanos sur l’affaire de Dupont; faites-les traduire pour les joindre aux pièces. Vous y verrez des lettres de Dupont à Savary; faites-les également traduire et joindre aux pièces. Vous y verrez, ce que Villoutreys n’a pas dit, que Vedel avait attaqué et s’était emparé d’un bataillon lorsqu’on lui avait envoyé l’ordre de cesser de combattre.

Il faut faire venir Villoutreys et l’interroger. Posez vos interrogatoires de manière qu’il raconte en détail ce qu’il a fait jour par jour, où il a été, ce dont il a été chargé, ce qu’il a vu et entendu. Il a dit qu’il ici qu’il y avait eu un moment où l’on avait consenti que Vedel s’en allât, et qu’on avait changé depuis. Faites cet interrogatoire dans le plus grand détail. Vous commencerez votre interrogatoire par lui demander ce qu’il était, et en quelle qualité il servait auprès du général Dupont. Vous me rendrez compte de son interrogatoire et de ce que vous aurez tiré de cet individu.

 

Saint-Cloud, 21 août 1808

OBSERVATIONS SUR LES AFFAIRES D’ESPAGNE

(Ces observations et quelques-unes des notes suivantes sur les affaires d7Es- pagne ne se retrouvent pas dans les papiers du roi Joseph; on ignore si elles ont été envoyées, on si elles sont parvenues ail roi d’Espagne. On les reproduit ici d’après les minutes de la secrétairerie d’État.)

1e Observation. – Tudela est important sous plusieurs points de vue. Il a un pont sur l’Èbre, et protège parfaitement la Navarre. C’est le point d’intersection du canal qui va à Saragosse.

Les convois d’artillerie et de vivres mettent, pour se rendre de Pampelune à Tudela, trois jours; de Tudela à Saragosse, trois jours; mais, en se servant du canal, on va de Tudela à Saragosse en quatorze heures. Lors donc que les vivres, les hôpitaux sont à Tudela, c’est comme s’ils étaient à Saragosse.

La première opération que doit faire l’armée lorsqu’elle reprendra son système d’offensive et qu’elle sera forte de tous ses moyens, ce doit être d’investir et de prendre Saragosse, et, si cette ville résiste, comme elle l’a fait la première fois, en donner un exemple qui retentisse dans toute l’Espagne. Une vingtaine de pièces de 12 de campagne, une vingtaine d’obusiers de 6 pouces de campagne, une douzaine de mortiers et une douzaine de pièces de 16 et de 24, parfaitement approvisionnés, seront nécessaires ainsi que des mineurs pour remplir ce but. Il n’est aucune de ces bouches à feu qui ne doive consommer son approvisionnement de campagne. Un approvisionnement extraordinaire de 80,000 coups de canon, bombes ou obus, paraît nécessaire pour prendre cette ville.

Il faudrait donc, pour ne pas retarder la marche de la Grande Armée, quinze jours avant qu’elle puisse arriver, commencer les transports de Pampelune à Tudela, et que, dans les quarante-huit heures après l’investissement de Saragosse, l’artillerie y arrivât sur des bateaux, de manière que, quatre jours après, on pût commencer trois attaques à la fois et avoir cette ville en peu de jours, ce qui serait une partie du succès, en y employant 25 à 30,000 hommes au plus, s’il est nécessaire.

On suppose que, si l’ennemi a pris position entre Madrid et Burgos, il sera battu.

Il faut donc occuper Tudela. Ce point est tellement important que je désire qu’on puisse employer un mois à le fortifier et à s’y retrancher, de manière qu’un millier d’hommes, avec huit à dix pièces de canon, s’y trouvent à l’abri de toutes les insurrections possibles. Il ne faut pas surtout souffrir que les révoltés s’y retranchent ; ce serait deux siéges au lieu d’un, et il serait impossible de prendre Saragosse avant d’avoir Tudela, à cause du canal. On trouvera ci-joint des observations du colonel Lacoste sur Tudela. Puisque la localité empêche de penser à le fortifier, il eût été utile de l’occuper au lieu de Milagro, qui n’aboutit à rien.

2e Observation. – Soria n’est, je crois, qu’à deux petites marches des positions actuelles de l’armée. Cette ville s’est constamment mal comportée. Une expédition qui se porterait sur Soria, la désarmerait, serait d’un bon effet

3e Observation. – Une troisième opération qui serait utile serait l’occupation de Santander; il serait avantageux qu’elle pût se faire par la route directe de Bilbao à Santander.

4e Observation. – Il faut s’occuper de désarmer la Biscaye et la Navarre ; c’est un point important. Il faut veiller sur les fabriques d’armes de Palencia et ne point laisser travailler les ouvriers pour les rebelles.

Le fort de Pancorbo doit être armé et fortifié avec la plus grande activité. Il doit y avoir dans ce fort des fours, des magasins de bouche et de guerre, situés presque à mi-chemin de Bayonne à Madrid; c’est un poste intermédiaire pour l’armée et un point d’appui pour les opérations de la Galice.

5e Observation. – On n’a point de renseignements sur ce que fait l’ennemi. On dit toujours qu’on ne peut pas avoir des nouvelles, comme si cette position était extraordinaire dans une armée, comme si on trouvait ordinairement des espions. Il faut en Espagne, comme partout ailleurs, envoyer des partis qui enlèvent tantôt le curé, l’alcade, tantôt un chef de couvent ou le maître de poste, et surtout toutes les lettres , quelquefois le maître de poste aux chevaux, ou celui qui en fait les fonctions. On les met aux arrêts jusqu’à ce qu’ils parlent, en les faisant interroger deux fois par jour ; on les garde en otage et on les charge d’envoyer des piétons et de donner des nouvelles. Quand on saura prendre des mesures de force et de rigueur, on aura des nouvelles. Il faut intercepter toutes les postes, toutes les lettres.

Le seul motif d’avoir des nouvelles peut déterminer à faire un gros détachement de 4 à 5,000 hommes qui, se portant dans une grande ville , prennent les lettres à la poste, se saisissent des citoyens les plus aisés, de leurs lettres, papiers, gazettes, etc.

Il est hors de doute que, même dans la ligne des Français, les habitants sont tous informés de ce qui se passe ; à plus forte raison hors de la ligne. Qui empêche donc qu’on prenne les hommes marquants, qu’on les amène et qu’on les renvoie ensuite sans les maltraiter ? Il est donc de fait, lorsqu’on n’est point dans un désert et qu’on est dans un pays peuplé, que , si le général n’est pas instruit, c’est qu’il n’a pas su prendre les mesures convenables pour l’être. Les services que les habitants rendent à un général ennemi ne le sont jamais par affection, ni même pour avoir de l’argent ; les plus réels qu’on obtient, c’est pour avoir des sauvegardes et des protections, c’est pour conserver ses biens , ses jours, sa ville, son monastère.

6e Observation. – Il y a dans l’armée plus de généraux qu’il ne faut. Deux seraient nécessaires au corps qui était sous Saragosse.

Les généraux de division Lagrange, Belliard et Grandjean sont sans emploi ; ce sont trois bons généraux. Il faut renvoyer, le plus promptement possible, le régiment et le général portugais pour joindre leur corps à Grenoble, où il doit se former.

7e Observation. – On ne discutera pas ici si la ligne de l’Èbre est bonne et a la configuration requise pour être défendue avec avantage. On discutera encore moins si on eût pu ne pas évacuer Madrid, conserver la ligne du Mero, on prendre une position qui eût couvert le siége de Saragosse et eût permis d’attendre que cette ville fût prise. Toutes ces questions sont oiseuses. Nous nous contenterons de dire, puisqu’on a pris la ligne de l’Èbre , que les troupes s’y refont et s’y reposent, qu’elle a au moins l’avantage que le pays est plus sain, étant plus élevé , et qu’on peut y attendre que les chaleurs soient passées. Il faut surtout ne point quitter cette ligne, sans avoir un projet déterminé, qui ne laisse aucune incertitude dans les opérations à suivre. Ce serait un grand malheur de quitter cette ligne pour être ensuite obligé de la reprendre.

A la guerre, les trois quarts sont des affaires morales ; la balance des forces réelles n’est que pour un autre quart.

8e Observation. – En gardant la ligne de l’Ebre, il faut que le général ait bien prévu tout ce que l’ennemi peut faire dans toutes les hypothèses.

L’ennemi peut se présenter devant Burgos, partir de Soria et se présenter devant Logrono, ou, en partant de Saragosse, se porter sur Estella et menacer ainsi Tolosa. Il faut, dans toutes ces hypothèses, qu’il n’y ait point un long temps perdu en délibérations, qu’on puisse se ployer de la droite à la gauche, ou de la gauche à la droite, sans faire aucun sacrifice, car, dans des manoeuvres combinées, les tâtonnements, l’irrésolution, qui naissent des nouvelles contradictoires, qui se succèdent rapidement, conduisent à des malheurs. Cette diversion de Saragosse sur Tolosa est une des raisons qui a longtemps fait penser que la position de Tudela, soit sur la rive droite, soit avec la faculté de repasser sur la rive gauche, devait être gardée. Elle est offensive sur Saragosse; elle prévient à temps de tous les mouvements qui pourraient se faire de ce côté.

9e Observation. – Une observation qu’il n’est pas hors de propos de faire ici, c’est que l’ennemi, qui a intérêt à masquer ses forces, en cachant le véritable point de son attaque, opère de manière que le coup qu’il veut porter n’est jamais indiqué d’une manière positive, et le général ne peut deviner que par la connaissance bien approfondie de la position et par la manière dont il fait entrer son système offensif pour protéger et garantir son système défensif.

 

Saint-Cloud, 28 août 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan.

Mon fils, je reçois votre lettre du 22 août, à onze heures du soir. Tous les nuages qu’on avait voulu répandre sur les dispositions de l’Autriche sont dissipés. Écrivez à Trieste et aux généraux pour qu’on ne parle pas de guerre contre l’Autriche mais qu’au contraire on parle de la bonne harmonie qui règne entre l’empereur et moi. Le général Baraguey d’Hilliers est gouverneur de Venise. Vous pouvez partir de là pour faire dire dans les journaux que j’ai dissous le 2e corps de la grande armée, et que j’ai mis ces deux divisions sur le pied de paix, parce qu’il n’y a aucune possibilité de guerre avec l’Autriche. Je n’ai pas besoin de vous ajouter qu’il faut employer le reste de l’automne, et l’hiver à bien compléter tous les cadres et à tenir tout en mesure.

 

Saint-Cloud, 28 août 1808

Au général Dejean, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur Dejean, j’ai reçu l’état des effets que vous avez expédiés sur Bayonne. Je vois 43,000 capotes, qui ont été commandées le 23 août; mais vous ne dites pas d’où elles doivent partir et quand elles arriveront, de désirerais avoir toutes les semaines un état de ce qui est parti pour Bayonne, en récapitulant tous les ordres de départ que vous avez donnés depuis le 1er juillet. Pour les effets de campement, il n’y a pas besoin de couvertures, vu qu’on ne saurait comment les transporter et qu’elles se perdraient en route. Il faut des marmites et des gamelles.

 

Saint-Cloud, 29 août 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, je vous renvoie tous vos portefeuilles. Il y a dans l’un d’eux une demande de la cour de Bade, sur laquelle il est nécessaire que vous causiez avec le ministre des finances, relativement à la monnaie. Du reste, présentez-moi au prochain travail une note des objets qui demanderaient une décision de ma part.

Faites mettre dans les journaux des extraits relatifs aux guerres des Barbaresques avec les Tares. Il faut écrire à Constantinople relativement à la conduite qu’on tient envers le consul en Bosnie.

Il y a dans la correspondance de Caulaincourt différentes demandes qu’il fait; vous me les rappellerez à mon premier travail. Il faut faire droit à toutes celles qui concernent des prisonniers prussiens auxquels s’intéresse l’empereur Alexandre.

 

Saint-Cloud, 29 août 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, écrivez au sieur Bourgoing qu’un régiment de marche de 3,000 hommes est dirigé sur Dresde, où il arrivera le 23 septembre, et de là se rendra à Glogau pour renforcer le corps du maréchal Davout. Comme il est possible que le roi de Saxe ne se soucie pas que des troupes étrangères traversent sa capitale, mon ministre s’entendra avec le ministre de Saxe pour les détourner le moins possible de leur route, et les faire arriver à leur destination sans les fatiguer 2,000 grenadiers, qui vont renforcer la division du général Oudinot, arriveront également à Dresde vers le 23. Ce régiment a ordre de se rendre à Glogau pour rejoindre la division. Il faut que mon ministre facilite son passage sans gêner le Roi.

 

Saint-Cloud, 29 août 1808

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, je reçois votre lettre du 23 août. Puisque vous n’avez pas d’infanterie, je me contenterai du régiment de cavalerie. Tâchez de le compléter à 600 hommes. Organisez vos régiments westphaliens. Vous ne devez pas compter sur le bataillon qui est en Espagne, qui y est détaché et n’est pas à votre service. J’ai des fusils prussiens à Magdeburg; demandez la quantité qui vous est nécessaire, je vous les ferai donner. Il est fâcheux que, cette année, vos troupes ne soient pas organisées. Il est bien nécessaire que vous puissiez fournir votre contingent.

L’armée d’Espagne m’emploie beaucoup de troupes, et il est incalculable ce qui peut se passer d’ici au mois d’avril. Aussitôt que vous pourrez m’envoyer un régiment d’infanterie, je le ferai camper à Boulogne, où il serait suffisamment instruit pour garder le camp, où il se formerait et se disciplinerait et me rendrait disponibles autant de troupes que j’y ai.

 

Saint-Cloud, 29 août 1808

A M. Gaudin, ministre des finances, à Paris

Vous trouverez ci-joint un décret sur l’organisation militaire du grand-duché de Berg; vous écrirez au sieur Beugnot que je le charge de son exécution. Le régiment d’infanterie de Berg est en marche pour Düsseldorf ; on le dédoublera aussitôt que possible et on le formera pour arriver à ce résultat. On peut laisser l’uniforme qui existe. On composera le corps d’officiers des officiers qui existent actuellement et de ce qu’il y a de mieux dans le pays. Je m’en rapporte à ce que les sieurs Beugnot et Damas feront, et je signerai ce qu’ils me présenteront. Je ne sais où est le régiment de cavalerie. La partie de la cavalerie que le Roi a emmenée à Naples doit être effacée des contrôles comme n’appartenant plus au duché.

 

Saint-Cloud, 29 août 1808                                               .

Au général Walther, commandant les grenadiers à cheval de la Garde, à Paris

Je viens de donner des ordres, 1° pour que chaque régiment de carabiniers et de cuirassiers fournisse 10 hommes aux grenadiers à cheval de ma Garde ; 2° pour que tous les régiments de hussards et de chasseurs fournissent chacun 5 hommes pour recruter les chasseurs à cheval ; 3° pour que les trente-six régiments d’infanterie qui sont en Italie fournissent chacun 10 hommes pour les chasseurs à pied et 10 hommes pour les grenadiers à pied; 4° Pour qu’il soit tiré des dépôts des bataillons du train le nombre d’hommes nécessaire pour compléter à 700 le bataillon du train de la Garde ; 400 hommes lui seront fournis par la conscription de l’année. J’approuve que l’administration soit organisée à 15 voitures suspendues, à 2 fourgons à quatre roues, à 2 fourgons à deux roues et à 50 chevaux de trait. Prenez des mesures pour qu’au 1er octobre, au plus tard, je puisse faire marcher quatre bataillons de chasseurs à pied de 400 hommes chacun; quatre bataillons de grenadiers à pied de 400 hommes chacun; deux régiments de chasseurs à cheval de 400 hommes chacun; deux régiments de grenadiers, idem; deux régiments de dragons; une artillerie de trente-six bouches à feu; une ambulance et une administration organisées comme vous le proposez dans votre mémoire; enfin un équipage militaire pouvant porter 48,000 rations ou huit jours de pain pour toute la Garde.

 

Saint-Cloud, 30 août 1808

NOTES SUR LES AFFAIRES D’ESPAGNE

1° Observation. – Dans la position de l’armée d’Espagne, on a à craindre d’être attaqué sur la droite par l’armée de Galice, sur le centre par l’armée venant de Madrid, sur la gauche par l’armée venant de Saragosse et Valence; ce serait une grande faute que de laisser l’armée de Saragosse et de Valence prendre position à Tudela.

Tudela doit être occupé, parce que c’est une position honorable, et Milagro une position obscure. Tudela est sur les communications de Pampelune, a un beau pont en pierre, est l’aboutissant d’un canal sur Saragosse. C’est une position offensive sur Saragosse telle, que l’ennemi ne peut pas la négliger. Cette position seule couvre la Navarre. En gardant Tudela, on garde une grande quantité de bateaux, qui nous seront bientôt nécessaires pour le siège de Saragosse. Si l’ennemi était maître de Tudela, toute la Navarre s’insurgerait. L’ennemi pourrait arriver à Éstella en négligeant la position de Milagro et en coupant la communication avec Pampelune. D’Estella, il serait sur Tolosa; il y serait sans donner le temps de faire les dispositions convenables. Il n’est pas à craindre, au contraire, que l’ennemi ne fasse aucune opération sur Pampelune tant que nous aurons Tudela; il serait lui-même coupé sur Saragosse. Le général qui commande à Tudela peut couvrir les hauteurs de redoutes; si c’est une armée d’insurgés, s’en approcher et la battre; la tenir constamment sur la défensive par ses reconnaissances et ses mouvements sur Saragosse. Et si, au milieu de cela, une partie de l’armée de ligne espagnole marchait sur Tudela, le général francais repassera l’Èbre s’il y est forcé, disputera le terrain sur Pampelune et donnera le temps au général en chef de l’armée française de prendre ses mesures. Ce corps d’observation remplira alors son but, et aucune opération prompte sur Tudela et Estella n’est à craindre. Au lieu qu’en occupant la position de Milagro, l’ennemi sera à Estella le même jour qu’on l’apprendra au quartier général. Si on occupe Tudela, il faut s’aider de redoutes et s’y établir, n’y conserver aucune espèce d’embarras et les tenir tous dans Pampelune; si l’ennemi l’occupe, il faut l’en chasser et s’y établir; car, dans l’ordre défensif, ce serait une grande faute qui entraînerait à de fâcheuses conséquences.

2e Observation. – La position de Burgos était également importante à tenir comme ville de haute réputation, comme centre de communications et de rapports. De là des partis, non-seulement de cavalerie, mais encore de 2 ou 3,000 hommes d’infanterie, et même de 4 on 5,000 hommes, en échelons, peuvent porter les premières patrouilles de hussards dans toutes les directions jusqu’à deux Marches, être parfaitement informés de tout ce qui se fait, en instruire le quartier général de manière que, si l’ennemi se présente en force sur Burgos, les différentes divisions puissent à temps s’y porter pour le soutenir et livrer la bataille; ou, si cela n’est pas jugé convenable, éclairer les mouvements de l’ennemi, lui laisser croire qu’on veut se porter sur Burgos, et pouvoir ensuite faire sa retraite pour se porter ailleurs.

Un corps de 12 à l5,000 hommes ne prend-il pas vingt positions dans une journée au seul commandement d’un adjudant-major, et nos troupes seraient-elles devenues des levées en masses qu’il faudrait placer quinze jours d’avance dans les positions où on voudrait qu’elles se battent ? Si cela eût été jugé ainsi, le corps du maréchal Bessières eût pris la position de Miranda ou de Briviesca. Mais lorsque l’ennemi est encore à Madrid , lorsqu’on ignore où est l’armée de Galice et qu’on a le soupçon que les rebelles pourront employer une partie de leurs efforts contre le Portugal, prendre, au lieu d’une position menaçante, offensive, honorable comme Burgos, une position honteuse, borgne comme Trevino, c’est dire à l’ennemi . Vous n’avez rien à craindre, portez-vous ailleurs, nous avons fait nos dispositions pour aller plus loin, où nous avons choisi un champ de bataille pour nous battre; vous, ici, ne craignez point d’être inquiétés.

Mais que fera le général français si l’on marche demain sur Burgos ? Laissera-t-il prendre par 6,000 insurgés la citadelle de cette ville ou, si les Français ont laissé garnison dans le château (car on ignore la position et la situation de l’armée) , comment une garnison de 4 , 6 ou 800 hommes se retirerait-elle dans une si vaste plaine ? Et, dès lors, c’est comme s’il n’y avait rien. L’ennemi maître de cette citadelle on ne la reprendra plus.

Si, au contraire, on veut garder la citadelle, on veut donc livrer bataille à l’ennemi, car cette citadelle ne peut pas tenir plus de trois jours ? Et, si on veut livrer bataille à l’ennemi, pourquoi le maréchal Bessières abandonne-t-il le terrain où on veut livrer bataille ? Ces dispositions paraissent mal raisonnées, et , quand l’ennemi marchera, on fera essuyer à l’armée un affront qui démoralisera les troupes, n’y eût-il que des corps légers ou des insurgés qui marchassent.

En résumé, la position de Burgos devait être gardée. Tous les jours on devait, à trois heures du matin, être sous les armes ; à une heure du matin, il devait partir des reconnaissances dans toutes les directions; on devait donner des nouvelles de huit à dix lieues, dans toutes les directions, pour qu’on pût prendre ensuite le parti que les circonstances indiqueraient.

C’est la première fois qu’il arrive à une armée de quitter toutes ses positions offensives pour se mettre dans de mauvaises positions défensives; d’avoir l’air de choisir des champs de bataille, lorsque l’éloignement de l’ennemi, les mille et une combinaisons différentes qui peuvent avoir lieu ne laissent point la probabilité de prévoir si la bataille aura lieu à Tudela, entre Tudela et Pampelune, entre Soria et l’Èbre ou entre Burgos et Miranda.

La position de Burgos, tenue en force et d’une manière offensive menace Palencia, Valladolid, Aranda, Madrid même.

Il faut avoir longtemps fait la guerre pour la concevoir; il faut avoir entrepris un grand nombre d’opérations offensives pour savoir comme le moindre événement ou indice encourage ou décourage, décide une opération ou une autre.

En deux mots, si 15,000 insurgés entrent, dans Burgos, se retranchent dans la ville et occupent le château, il faut calculer une marche de plusieurs jours pour pouvoir s’y porter et reprendre la ville; ce qui ne sera pas sans quelque inconvénient. Si, pendant ce temps-là, la véritable attaque est sur Logrono ou Pampelune, on aura fait des contre-marches inutiles qui auront fatigué l’armée ; et enfin, si l’ennemi occupe Tudela et Burgos, l’armée française serait dans une triste et mauvaise position.

Quand on tient à Burgos de la cavalerie sans infanterie, n’est-ce pas dire à l’ennemi qu’on ne veut pas y tenir ? N’est-ce pas l’engager à y venir ?

Burgos a une grande influence, dans le monde par son nom, dans la Castille parce que c’en est la capitale, dans les opérations parce qu’elle donne une communication directe avec Santander.

Il n’est pas permis, à 300 lieues, et n’ayant pas même un état de situation de l’armée, de prescrire ce qu’on doit faire; mais on doit dire que, si aucune force majeure ne l’empêche, il faut occuper Burgos et Tudela.

Le corps détaché de Tudela a son mouvement assuré sur Pampelune, a le rôle de garder la Navarre, a ses ennemis à tenir en échec, Saragosse et tous les insurgés. Il est plus que suffisant pour surveiller Tudela, l’Èbre et Pampelune, pour dissiper les rassemblements, s’il n’y avait que des insurgés, contenir l’ennemi, donner des renseignements, retarder la marche sur Pampelune, si, au lieu des insurgés, c’est l’armée ennemie qui marche de ce côté, donner le temps à l’armée de Burgos, à celle de Miranda , de marcher réunies avec 36,000 hommes, soit pour prendre l’offensive, soit pour prendre en flanc l’ennemi qui marche sur Pampelune, soit pour se replier et rentrer dans la Navarre si toute l’armée ennemie avait pris cette direction.

Si ces observations paraissent bonnes et qu’on les adopte, que l’ennemi n’ait encore montré aucun plan, il faut que le général qui commande le corps de Saragosse fasse construire quelques redoutes autour de Tudela pour favoriser son champ de bataille, réunisse des vivres de tous les côtés, et soit là dans une position offensive sur Saragosse, en maintenant sa communication avec Logrono par sa droite, mais au moins par la rive gauche de l’Èbre. Il faut que le maréchal Bessières, avec tout son corps , renforcé de la cavalerie légère, soit campé dans le bois près Burgos , la citadelle bien occupée; que tous les hôpitaux, les dépôts et les embarras soient au delà de l’Èbre; qu’il soit là en position de manoeuvre, tous les jours, à trois heures du matin , sous les armes jusqu’au retour de toutes les reconnaissances, et éclaire le pays dans la plus grande étendue; que le corps du maréchal Moncey soit à Miranda et à Briviesca, tous les hôpitaux et embarras derrière Vitoria, toujours en bataille avant le jour et envoyant des reconnaissances sur Soria et les autres directions de l’ennemi.

Il ne faut pas perdre de vue que les corps des maréchaux Bessières et Moncey doivent être réunis. Il faut se lier le mieux possible avec Logrono, et cependant considérer le corps du maréchal Lefebvre comme un corps détaché qui a une ligne particulière d’opérations sur Pampelune et un rôle séparé. Vouloir conserver Tudela comme une partie contiguë de la ligne, c’est se disséminer beaucoup.

Enfin il faut faire la guerre, c’est-à-dire avoir des nouvelles par les curés, les alcades, les chefs de couvents, les principaux propriétaires, les postes; on sera alors parfaitement informé.

Les reconnaissances qui, tous les jours, se dirigeront du côté de Soria, de Burgos sur Palencia et du côté Miranda, peuvent fournir tous les jours trois postes interceptés, trois rapports d’hommes arrêtés, qu’on traitera bien et qu’on relâchera quand ils auront donné les renseignements qu’on désire. On verra alors venir l’ennemi; on pourra réunir toutes ses forces, lui dérober des marches et tomber sur ses flancs au moment où il méditera un projet offensif.

3e observation. – L’armée espagnole d’Andalousie était peu nombreuse; toutes les gazettes anglaises et les rapports de l’officier anglais qui était au camp nous le prouvent. L’inconcevable ineptie du général Dupont, sa profonde ignorance des calculs d’un général en chef, son tâtonnement, l’ont perdu. 18,000 hommes ont posé les armes; 6,000 seulement se sont battus, et encore ces 6,000 hommes , que le général Dupont a fait battre à la pointe du jour après les avoir fait marcher toute la nuit, étaient un contre trois. Malgré tout cela, l’ennemi s’est si mal battu qu’il n’a pas fait un prisonnier, pris une pièce de canon, gagné un pouce de terrain; et l’armée de Dupont est restée intacte dans sa position, ce qui sans doute a été un malheur, car il eût mieux valu que cette division eût été mise en déroute, éparpillée et détruite, puisque les divisions Vedel et Dufour, au lieu de se rendre par la capitulation, auraient fait leur retraite. Comment ces deux divisions ont-elles été comprises dans la capitulation ? C’est par la lâcheté monstrueuse et l’imbécillité des hommes qui ont négocié , et qui porteront sur l’échafaud la peine de ce grand crime national.

Ce qu’on vient de dire prouve que les Espagnols ne sont pas à craindre. Toutes les forces espagnoles ne sont pas capables de culbuter 25,000 Français dans une position raisonnable.

Depuis le 12 jusqu’au 17, le général Dupont n’a fait que des bêtises, et, malgré tout cela, s’il n’avait pas fait la faute de se séparer de Vedel et qu’il eût marché avec lui, les Espagnols auraient été battus et culbutés.

A la guerre, les hommes ne sont rien, c’est un homme qui est tout. Jusqu’à cette heure nous n’avions trouvé ces exemples que dans l’histoire de nos ennemis; aujourd’hui il est fâcheux que nous puissions les trouver dans la nôtre.

Une rivière, fût-elle aussi large que la Vistule, aussi rapide que le Danube à son embouchure, n’est rien si on a des débouchés sur l’autre rive et une tête prompte à reprendre l’offensive. Quant à l’Ebre, c’est moins que rien, on ne le regarde que comme un tracé.

Dans toutes ces observations, on a parlé dans la position où se trouvait l’armée du 20 au 26, lorsqu’elle n’avait nulle nouvelle de l’ennemi.

Si on continue à ne prendre aucune mesure pour avoir des nouvelles, on n’apprendra que l’armée de ligne espagnole est arrivée sur Tudela, Pampelune, qu’elle est sur les communications, sur Tolosa, que lorsqu’elle y sera déjà rendue. On a fait connaître, dans la note précédente, comment on faisait à la guerre pour avoir des nouvelles. Si la position de Tudela est occupée par l’ennemi, on ne voit pas que l’Èbre soit tenable. Comment a-t-on évacué Tudela , lorsqu’on avait mandé, dans des notes précédentes , qu’il fallait garder ce point, et que l’opinion même des généraux qui venaient de Saragosse était d’occuper cette importante position ?

 

Saint-Cloud, 31 août 1808

Au maréchal Davout duc d’Auerstaedt, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, vous me parlez dans une de vos lettre du 17 août du nommé Pozzo di Borgo. C’est un intriguant tout dévoué aux Anglais. Si vous avez les moyens de le faire arrêter, ne le manquez pas.

 

Saint-Cloud, 31 août 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, je vous envoie votre interrogatoire. Il faut le communiquer au conseil que je vous ai chargé d’assembler, et me faire connaître son opinion. Il faut lui communiquer aussi les relations anglaises et les relations espagnoles. Les Espagnols n’avaient pas 25,000 hommes. Quant à la question posée dans l’interrogatoire, si les divisions Vedel et Gobert faisaient partie du corps du général Dupont, il n’y a pas de doute. La division Gobert avait été envoyée à mi-chemin de Madrid à Andujar; elle avait été appelée à Andujar par le général Dupont, qui l’avait placée dans l’ordre définitif à la Carolina et à Sainte-Hélène. Quant aux instructions, le général Dupont était considéré comme général en chef commandant un gros corps. Il avait été envoyé dans des hypothèses différentes, pour occuper Cadix. Il avait occupé Andujar de sa propre volonté, et il avait une grande latitude de pouvoirs. On lui avait seulement recommandé, mais sans en faire une obligation sine qua non, de garder les défilés de la Sierra-Morena, et de n’engager aucune action sérieuse sans avoir les probabilités suffisantes pour battre l’ennemi.

 

Saint-Cloud, 31 août 1808, quatre heures du matin.

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Locrono

Mon Frère, je désire que vous me fassiez donner, tous les cinq jours, l’état de situation de l’armée d’Espagne par le maréchal Jourdan, major général , et que tous les jours il écrive trois ou quatre pages pour rendre compte de tout. Depuis que Belliard a été remplacé par lui, je ne sais rien de l’armée. Je n’en ai pas de situation depuis le mois de juillet. Conformez-vous au présent ordre et faites-le exécuter.

 

Saint-Cloud, 31 août 1808

NOTE EN MARGF D’UN RAPPORT SUR LA RÉGIE DES SELS DU DÉPARTENIENT DE MONTENOTTE.

Le ministre des finances témoignera le mécontentement de Sa Majesté à la régie pour avoir empêché le préfet ou son représentant de visiter les magasins. Les préfets sont intendants des finances et ont le droit de visiter les magasins des administrations.

Le ministre de l’intérieur écrira au gouverneur général des départements au delà des Alpes que l’intention de Sa Majesté est que les visites qui seraient faites par les préfets n’éprouvent aucun obstacle. Les procès-verbaux seront envoyés au contentieux du Conseil d’État, pour examiner s’il y a lieu de condamner la régie à des dommages- intérêts envers la commune, pour lui avoir donné de mauvais sels.

 

Saint-Cloud, 31 août 1808

M. Cretet, ministre de l’intérieur, propose à l’Empereur d’autoriser l’acquisition des terrains nécessaires pour isoler le Temple de la Gloire et déposer les matériaux provenant de la démolition de l’édifice actuel de la Madeleine. Tracer sur un plan de Paris le projet d’établir ce temple, sur la hauteur entre Montmartre et Monceaux.

Saint-Cloud, ler septembre 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Madrid

Mon Frère, je vous envoie une note sur l’état de l’armée d’Espagne, qui prouve qu’à votre quartier général on ne connaît pas l’état de l’armée. Vous trouverez également ci-joint l’état des corps qui sont aujourd’hui en Espagne, sans compter les corps de Catalogne. Faites-vous rendre compte où se trouvent les différents détachements, et procurez leur réunion.

La division Frère est composée de trois bataillons de la 2e légion de réserve. Le 1e bataillon est au corps du maréchal Bessières, faisant partie des régiments supplémentaires il faut le réunir aux trois premiers. Le 5e bataillon est à Bayonne il faut le faire revenir. Par ce moyen, la division Frère aura cinq bataillons de la même légion, formant 4,000 hommes; ce qui est toujours avantageux pour la comptabilité et pour le bien du corps.

En général, travaillez à réunir tous les corps, à faire rejoindre tous les détachements. Ces soins sont nécessaires pour réorganiser l’armée.

Je vous recommande de veiller à ce qu’on n’envoie l’état de situation de l’armée tous les cinq jours, afin de voir le progrès de l’organisation.

 

Paris, ler septembre 1808

RAPPORT FAIT A L’EMPEREUR PAR LE MINISTRE DES RELATIONS EXTÉRIEURES.

(ce rapport, bien que publié au Moniteur avec la signature de M. de Champagny, ministre des relations extérieures, peut être considéré, comme l’oeuvre pesonnelle de Napoléon. La minute porte en effet la trace de nonbreuses corrections de la main de l’Empereuem, wt plusisuers passages ont été écrits entièrement sous sa dictée)

 

Sire, j’ai l’honneur de proposer à Votre Majesté de communiquer au Sénat les deux traités qui ont mis la Couronne d’Espagne entre ses Mains, celui par lequel elle en a disposé et la constitution que , sous Ses auspices et éclairée par ses lumières, la junte, rassemblée à Bayonne, après de mûres et libres délibérations, a adoptée pour la gloire du nom espagnol et la prospérité de ce royaume et de ses colonies.

Si, dans les dispositions que Votre Majesté a faites, la écurité de la France a été votre objet principal, l’intérêt de l’Espagne vous a cependant été cher, et, en unissant les deux États par l’alliance la plus intime, la prospérité et la gloire de l’un et de l’autre étaient également le but que vous vous proposiez. Les troubles qui se manifestaient alors en Espagne excitaient particulièrement la sollicitude de Votre Majesté; elle en craignait les progrès ; elle en prévoyait les funestes conséquences. Elle espérait les prévenir par des moyens de persuasion et par des mesures d’une sage et humaine politique. Votre Majesté intervenait comme médiateur au milieu des Espagnols divisés ; elle leur montrait, d’un côté, l’anarchie qui les menaçait, de l’autre, l’Angleterre s’apprêtant à profiter de leurs divisions pour s’approprier ce qui est à sa convenance; elle leur indiquait le port qui devait les sauver de ce double danger, une constitution sage, prévoyante, propre à pourvoir à tous les besoins, et dans laquelle les idées libérales se conciliaient avec les institutions anciennes dont
l’Espagne désire la conservation.

L’attente de Votre Majesté a été trompée. Des intérêts particuliers, les intrigues de l’étranger, son or corrupteur, ont prévalu sur l’influence qu’il lui appartenait d’exercer. Pourquoi est-il si facile, en déchaînant leurs passions, de conduire les peuples à leur propre ruine ? Dans un précédent rapport, j’ai fait connaître à Votre Majesté l’influence qu’acquéraient les Anglais en Espagne, le parti nombreux qu’ils s’étaient formé, les amis qu’ils s’étaient faits dans les ports de commerce, surtout par l’appât du rétablissement des relations commerciales; je les avais montrés à Votre Majesté auteurs du mouvement qui avait renversé le trône de Charles IV, et fauteurs des désordres populaires qui prirent naissance à cette époque. Ils avaient brisé le frein salutaire qui, pour son intérêt, tient le peuple dans la soumission. La populace espagnole, ayant secoué le joug de l’autorité, aspirait à gouverner. L’or des Anglais, les intrigues des agents de l’inquisition, qui craignaient de perdre leur empire, l’influence des moines, si nombreux en Espagne et qui redoutaient une réforme, ont, dans ce moment de crise, occasionné l’insurrection de plusieurs provinces espagnoles, dans lesquelles la voix des hommes sages a été méconnue ou étouffée, et plusieurs d’entre eux rendus victimes de leur courageuse opposition aux désordres populaires ; et on a vu une épouvantable anarchie se répandre dans la plus grande partie de l’Espagne. Votre Majesté permettra-t-elle que l’Angleterre puisse dire : “L’Espagne est une de mes provinces; mon pavillon chassé de la Baltique, des mers du Nord, du Levant et même des rivages de Perse, domine aux portes de la France ?”. Non, jamais, Sire !

Pour prévenir tant de honte et de malheurs, deux millions de braves sont prêts, s’il le faut, à franchir les Pyrénées , et les Anglais seront chassés de la presqu’île.

Si les Francais combattent pour la liberté des mers, il faut, pour la conquérir , commencer par arracher l’Espagne à l’influence des tyrans des mers. S’ils combattent pour la paix, ils ne peuvent l’obtenir qu’après avoir chassé de l’Espagne les ennemis de la paix.

Si Votre Majesté, embrassant l’avenir comme le présent, aspire au noble but de laisser après elle son empire calme, tranquille et environné de puissances amies, elle doit commencer par assurer son influence sur les Espagnes.

Enfin, si l’honneur est le premier sentiment comme le premier bien des Francais, il faut que Votre Majesté tire une prompte vengeance des outrages faits au nom francais et des atrocités dont un si grand nombre de nos compatriotes ont été victimes. Des Francais établis en Espagne depuis plus de quarante ans, exercant en paix leur utile industrie et regardant presque l’Espagne comme leur patrie, ont été massacrés. Partout les propriétés françaises ont été enlevées. Les agents consulaires de Votre Majesté ont éprouvé un traitement qu’ils n’auraient point redouté dans les pays les plus barbares. De quelle estime, de quelle considération jouirait en Europe le nom francais, si, dans un pays si voisin de nous, des injures aussi atroces et aussi publiques restaient impunies ? Elles doivent être vengées, mais vengées comme il convient à des Francais, par la victoire. Ce n’est pas un faible avantage que la probabilité de rencontrer enfin les Anglais, de les serrer corps à corps, de leur faire aussi éprouver les maux de la guerre, de cette guerre dont ils ignorent les dangers , puisqu’ils ne la font qu’avec leur or. Contre eux les soldats de Votre Majesté auront un double courage. Les Anglais seront battus, détruits, dispersés, à moins qu’ils ne se hâtent de fuir, comme ils ont fait à Toiilon , au Helder, à Dunkerque, en Suède et dans tous les lieux où les armées françaises ont pu les apercevoir. Mais leur expulsion de l’Espagne sera la ruine de leur cause. Ce dernier échec aura épuisé leurs moyens en même temps qu’anéanti leurs dernières espérances, et la paix en deviendra plus probable. Cependant toute l’Europe fait dans cette lutte des voeux pour la France. La France et la Russie font cause commune contre l’Angleterre.

Le Danemark soutient avec honneur une lutte qu’il n’a pas provoquée.

La Suède, trahie et abandonnée par l’allié auquel un cabinet insensé l’a sacrifiée, a déjà perdu ses plus importantes provinces et marche à cette ruine, effet inévitable de l’alliance et de l’amitié de l’Angleterre. Tel sera le sort des insurgés de l’Espagne.

Lorsque la lutte sera sérieusement engagée, les Anglais abandonneront l’Espagne, après lui avoir fait le funeste présent de la guerre civile, de la guerre étrangère et de l’anarchie, le plus cruel des fléaux. Ce sera à la sagesse et à la bienfaisance de Votre Majesté à réparer les maux qu’ils auront faits.

La cour de Vienne a constamment témoigné à Votre Majesté les intentions les plus amicales. Indignée de la politique de l’Angleterre, elle a voulu rappeler son ministre de Londres, renvoyer le ministre anglais qui était à Vienne, fermer ses ports à l’Angleterre et se mettre avec elle en état d’hostilité. Elle vient d’ajouter à ces mesures en interdisant dans ses ports l’admission des bâtiments qui, sous pavillon neutre, ne sont que les colporteurs des denrées et des marchandises anglaises. Votre Majesté a cultivé ces dispositions bienveillantes; elle a témoigné à la cour de Vienne amitié et confiance , et plusieurs fois elle lui a fait connaître que la France prend à sa prospérité un véritable intérêt.

Dans ces derniers temps, cette puissance ayant porté outre mesure ses forces militaires, devenues hors de toute proportion avec sa population et ses finances, Votre Majesté se voit obligée d’imposer de nouvelles charges à ses peuples.

Une nouvelle révolution a éclaté à Constantinople; Sultan-Mustafa a été déposé.

Les Américains, ce peuple qui mettait sa fortune, sa prospérité et presque son existence dans le commerce, a donné l’exemple d’un grand et courageux sacrifice. Il s’est interdit, par un embargo général, tout commerce, toute négociation, plutôt que de se soumettre honteusement à ce tribut que les Anglais prétendent imposer aux navigateurs de toutes les nations.

L’Allemagne, l’Italie, la Suisse, la Hollande, sont paisibles et n’attendent que la paix maritime pour se livrer à toute leur industrie.

Cette paix est le voeu du monde; mais l’Angleterre s’y oppose , et l’Angleterre est l’ennemie du monde.

La nation française, l’Europe entière savent tous les efforts de Votre Majesté pour la paix; elles savent que les entreprises dans lesquelles elle se trouve engagée sont le résultat immédiat de l’inutilité des tentatives qu’elle a faites pour l’obtenir.

Le dévouement du peuple francais est sans bornes, et c’est surtout dans une circonstance qui intéresse aussi essentiellement son honneur et sa sûreté, qu’il fera éclater ses sentiments, et qu’il se montrera digne de recueillir l’héritage de gloire et de bonheur que Votre Majesté lui prépare.

 

Saint-Cloud, 2 septembre 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris.

Monsieur de Champagny, écrivez à mon ministre à Vitoria que je ne veux pas de ministre espagnol à Paris, à moins que ce ne soit un homme très-sûr ; mais que M. de Frias serait très-propre à cette place, et que cela ferait beaucoup de bien dans le pays.

 

Saint-Cloud, 2 septembre 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris. 

Je vous envoie une lettre fort extraordinaire, autant que je puisse la comprendre. Faîtes-là traduire et faîtes-m’en un rapport. Rapportez-la-moi demain au lever, pour que nous en causions. Faîtes-moi également un rpport sur tous ces papiers.

3)Il s’ait de la lettre de Stein à Wittgenstein

 

Saint-Cloud, 3 septembre 1808

A M. Cretet, ministre de l’intérieur, à Paris.

Monsieur Cretet, donnez des ordres pour que la ville de Metz fête les troupes à leur passage. Comme la ville ne serait pas assez riche, je lui donnerai 3 francs par homme, mais il faut que tout se fasse au nom de la ville. Le corps municipal les haranguera, les traitera, donnera à dîner aux officiers, fera élever des arcs de triomphe aux portes où elles passeront , et y mettra des inscriptions. Donnez le même ordre pour la ville de Nancy, qui est le lieu de passage de la colonne du centre. Pour la colonne de droite, elle sera fêtée à Reims. Je désire que vous engagiez les préfets des départements qui sont sur la route à avoir des soins particuliers pour les troupes, et à entretenir par tous les moyens le bon esprit qui les anime et leur amour de la gloire. Des harangues, des couplets, des spectacles gratis, des dîners, voilà ce que j’attends des citoyens pour les soldats qui rentrent vainqueurs.

 

Saint-Cloud, 3 septembre 1808

A Joachim Murat, roi des Deux-Siciles, à Naples

J’ai reçu votre lettre du 21 août, dans laquelle vous m’instruisez que vous vous rendez à Naples. Je suppose que vous y êtes arrivé à l’heure qu’il est. J’ai grande impatience de vous y savoir, afin d’être sans inquiétude sur la tranquillité de ce pays.

 

Saint-Cloud, 3 septembre 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champigny, faites mettre dans le Moniteur les nouvelles de la Perse où il est dit que les Anglais y ont été battus et les dernières nouvelles du Levant qui font connaître l’état des choses

 

Saint-Cloud, 4 septembre 1808

MESSAGE AU SÉNAT.

Sénateurs, mon ministre des relations extérieures mettra sous vos yeux les différents traités relatifs à l’Espagne et les constitutions acceptées par la junte espagnole. Mon ministre de la guerre vous fera connaître les besoins et la situation de mes armées dans les différentes parties du monde.

Je suis résolu à pousser les affaires d’Espagne avec la plus grande activité, et à détruire les armées que l’Angleterre a débarquées dans ce pays. La sécurité future de mes peuples, la prospérité du commerce et la paix maritime sont également attachées à ces importantes opérations.

Mon alliance avec l’empereur de Russie ne laisse à l’Angleterre aucun espoir dans ses projets.

Je crois à la paix du continent; mais je ne veux ni ne dois dépendre des faux calculs et des erreurs des autres cours, et, puisque mes voisins augmentent leurs armées, il est de mon devoir d’augmenter les miennes.

L’empire de Constantinople est en proie aux plus affreux bouleversements. Le sultan Selini, le meilleur empereur qu’aient eu depuis longtemps les Ottomans, vient de mourir de la main de ses propres neveux. Cette catastrophe m’a été sensible.

J’impose avec confiance de nouveaux sacrifices à mes peuples. Ils sont nécessaires pour leur en épargner de plus considérables et pour nous conduire au grand résultat de la paix générale, qui doit seule être regardée comme le moment du repos.

Francais, je n’ai dans mes projets qu’un but, votre bonheur et la sécurité de vos enfants; et, si je vous connais bien, vous vous hâterez de répondre au nouvel appel qu’exige l’intérêt de la patrie. Vous m’avez dit si souvent que vous m’aimiez ! Je reconnaîtrai la vérité de vos sentiments à l’empressement que vous mettrez à seconder des projets si intimement liés à vos plus chers intérêts, à l’honneur de l’Empire et à ma gloire.

 

Saint-Cloud, 4 septembre 1808

Au maréchal Soult, chargé du commandement de la Grande Armée, à Stettin

La lettre de M. de Stein me paraît fort extraordinaire. Je pense qu’il est bon de faire conduire en France sous bonne et sûre garde l’assesseur Roppe, pour l’interroger en détail. Tirez-en, en attendant, le parti que vous pourrez, en le faisant mettre au secret et en l’interrogeant. Ces Prussiens sont de pauvres et misérables gens. Pour peu que vous ayez des soupçons sur le général Rüchel, faîtes-le arrêter et conduire en France; mais il ne faut pas le manquer.

Demain paraît un sénatus-consulte pour une levée de 140,000 hommes de la conscription. Moyennant cette levée, votre corps sera porté à 56 bataillons ou 48,000 hommes d’infanterie; le maréchal Davoust sera porté à la même force, de sorte que la perte que fait la grande armée par le départ des ler et 6e corps sera réparée quant au nombre. Tout ce que l’Autriche fait, elle le fait par peur; mais, si l’on ne prend pas de mesures efficaces, elle pourrait s’encourager. Quant au moment présent, la paix est certaine; mais on ne voit pas ce que, d’ici au mois de mai prochain, les intrigues des Anglais pourront produire. Je veux avoir pour cette époque 200,000 hommes en Allemagne et 100,000 en Italie.

 

Saint-Cloud, 6 septembre 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, je désire avoir un bataillon des trois Maisons d’Anhalt, de 800 hommes; un régiment des cinq Maisons ducales de Saxe. Le régiment des cinq Maisons ducales de Saxe serait composé de deux bataillons de six compagnies chacun, chaque compagnie de 140 hommes, et d’une compagnie d’artillerie de 140 hommes, servant six pièces attelées, total 1,820 hommes. Je désirerais qu’ils passassent au camp de Boulogne, où ils se disciplineraient, se formeraient et seraient à garder ce poste important. Je me chargerais de nourrir ces troupes ; les Maisons de Saxe les solderaient, et, si la guerre avait lieu, elles feraient partie de leur contingent. Je désirerais que les Waldeck, les quatre Reuss, les deux La Lippe, les deux Schwarzburg, dont le contingent se monte à 2,200 hommes, pussent ensemble me former un bataillon de six compagnies. Les deux Maisons de Schwarzburq me fourniraient deux compagnies de 280 hommes; les deux La Lippe, deux compagnies de 280 hommes ; les quatre Reuss, une compagnie de 140 hommes; les Waldeck, une compagnie de 140 hommes. Ces six compagnies, ayant le même uniforme, formeraient une force de 840 hommes qui se rendraient au camp de Boulogne; ce qui me ferait, avec le bataillon d’Anhalt et les deux bataillons des Maisons ducales de Saxe, quatre bataillons ou 3,000 à 3,300 hommes, qui seraient au camp de Boulogne.

Écrivez au prince Primat et à mes chargés d’affaires que mon but est de rendre mes troupes disponibles, et de former le noyau de leur contingent, de le discipliner à la française; que je le nourrirai, et qu’ils le solderont. Je désirerais que ces troupes passassent le Rhin avant le 15 septembre. Vous ferez demander au grand-duc de Würzburg s’il lui convient de fournir un régiment de deux bataillons de six compagnies de 140 hommes chacune, c’est-à-dire de 1,600 hommes, et une compagnie d’artillerie, pour tenir garnison sur les côtes de la Bretagne ou à la Rochelle, ce qui rendrait disponibles mes troupes. En cas qu’il dût fournir son contingent, ces troupes seraient comptées; je leur fournirais les vivres, et le grand-duc leur fournirait la solde. Comme il est nécessaire que les corps de Nassau, de Bade, de Hesse-Darmstadt et du prince Primat soient complets, je désire que vous fassiez demander, par un ministre près de ces princes, de faire passer à Metz 200 hommes pour Nassau , une compagnie de 100 hommes pour le prince Primat, et deux compagnies de 200 hommes pour Hesse-Darmstadt. Ces trois compagnies faisant 500 hommes se réuniraient à Metz, d’où elles partiraient pour joindre leur régiment, et y seraient encadrées pour les tenir au complet. Cela est en forme de recrues. Écrivez à mes ministres près les cours de Bavière, de Saxe, de Würtemberg , de Bade et de Hesse, de vous faire connaître quel sera l’état du contingent de ces Maisons au 20 septembre , en distinguant l’effectif des présents sous les armes , le lieu où ils se trouvent, et l’infanterie de la cavalerie et de l’artillerie. Écrivez aussi en Suisse pour qu’on presse le recrutement. Il faut demander à la cour de Bade si elle pourrait fournir pour joindre à son infanterie un régiment de cavalerie de 400 chevaux.

 

Saint-Cloud, 6 septembre 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Je n’ai pas balancé, comme de raison, entre les deux décrets que vous m’avez présentés sur les officiers d’artillerie de ma Garde. Le décret que j’ai signé est celui qui conserve ceux qui y sont aujourd’hui. Je ne conçois pas comment on peut dire que ces officiers n’ont pas servi dans l’artillerie. Je ne sais s’ils sont sortis des écoles, mais tous servent sur le champ de bataille depuis quatorze ans; cela vaut bien le polygone. D’ailleurs presque tous ont servi dans des régiments de ligne. Au reste, s’il y en a quelques-uns qu’il faille ôter de la Garde, il faut m’en faire un rapport à part. Les décrets que j’ai signés de confiance ne doivent jamais porter d’exclusion de ma Garde, à moins de rapports particuliers.

 

Saint-Cloud, 6 septembre 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le général Clarke, je vois par la lettre du général de Grave que les bains de Bagnères-de-Luchon ne sont pas à l’abri d’un coup de main. Donnez ordre au général commandant la 10e division militaire d’y faire revenir le bataillon de gardes nationales qui y était et autorisez le général saint-Cyr à prendre des mesures pour assurer la tranquilité de ces eaux.

 

Saint-Cloud, 6 septembre 1808

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie

Champagny a dû vous envoyer la lettre de M. de Stein. Vous devez faire mettre le séquestre sur les biens de cet individu qui sont dans votre royaume, et le faire citer devant vous pour rendre compte de sa conduite. Il est votre sujet, et cette quakité est inaliénable. S’il ne vient pas, ses biens doivent être confisqués.

P.S. Provisoirement, faîtes mettre le séquestre sur ses biens.

 

Saint-Cloud, 6 septembre 1808

A Madame de La Rochefoucauld, dame d’honneur de l’Impératrice, à Paris

Le général Marescot s’étant déshonoré en attachant son nom à une infâme capitulation, ce qui m’a contraint à lui ôter toutes ses charges et emplois, dans cette situation de choses, il est impossible que Mme Marescot continue à être dame du Palais, quelque innocente que soit cette dame et quelque mérite qu’elle ait d’ailleurs. Je désire donc que vous lui fassiez demander sa démission, en portant dans cette démarche tous les adoucissements qu’il vous sera possible.

 

Saint-Cloud, 6 septembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de la Grande Armée, à Paris

Mon Cousin, expédiez au maréchal Mortier un courrier pour lui faire connaître que, s’il n’a pas dépassé la Silésie, il prenne position à Glogau, en prenant le commandement de la basse Silésie et laissant celui de la haute Silésie au maréchal Davout, et occupant les camps du maréchal Ney; que si, au contraire, il a dépassé la Silésie, il continue sa route, mais sans se presser, sur Baireuth.

 

Saint-Cloud, 7 septembre 1808

Au général Dejean, ministre durecteur de l’administration de la guerre, à Paris

Le 52e a encore à son dépôt, dans la 28e division, 80 hommes habillés en paysans; le 67e, 15 hommes; le 101e, 200 ; le 102e, 240. Dans la 27e division, le 6e a 33 hommes habillés en paysans; le 14e léger, 41. Cela me paraît très-abusif. Faites-moi connaître pourquoi ces hommes n’ont pas sur-le-champ des culottes et vestes d’uniforme.

 

Saint-Cloud, 7 septembre 1808

A M. daru, intendant général de la Grande Armée, à Berlin

Monsieur Daru, expédiez la lettre ci-jointe par un courrier extraordinaire au général Caulaincourt. Comme il pourrait être parti de Pétersbourg avant le 12 de ce mois, vous ferez prendre au courrier la route de Küstrin, et vous lui recommanderez de s’informer de toutes les voitures.

Mon intention est décidément de laisser en Allemagne le corps du maréchal Soult, celui du maréchal Davout, la division Oudinot, le 5e corps, trois divisions de cuirassiers, les régiments de cavalerie légère qui s’y trouvent, ainsi que le corps du prince de Ponte-Corvo et les divisions de dragons. On ne peut pas s’entendre avec ces Prussiens, qui diffèrent toujours de signer, de manière qu’ils pourraient bien manquer l’occasion.

 

Saint-Cloud, 7 septembre 1808

DÉCRET.

L’armée d’Espagne sera composée de six corps d’armée.

ARTICLE 1er. – Le ler corps sera commandé par le maréchal Victor et composé des trois divisions d’infanterie qui forment aujourd’hui le ler corps de la Grande Armée, qui prendra le nom de 1er corps de l’armée d’Espagne, et de la division de cavalerie légère attachée au même corps, composée de quatre régiments et commandée par le général de brigade Beaumont.

ART. 2. – Le 2e corps de l’armée d’Espagne sera commandé par le maréchal Bessières et composé de la manière suivante :

1e division, que commandera le général de division Mouton, comprenant le 4e régiment d’infanterie légère, les 15e, 26e et 55e régiments d’infanterie de ligne et le bataillon de Paris ;

2e division, que commande le général de division Merle, et comprenant le 47e régiment de ligne (on y réunira le bataillon qui est au corps de Saragosse), le 86e régiment de ligne, le 70e régiment de ligne (on y réunira le bataillon qui est au corps de Saragosse) , deux bataillons suisses, les ler et 2e régiments supplémentaires ; ces régiments seront composés, savoir : le ler régiment; des 4e et 5e bataillons de la 4e légion et du 4e bataillon de la 5e légion, formant un effectif de 2,500 hommes; le 2e régiment du 4e bataillon de la 3e légion, des 3e et 4e bataillons de la 3e légion, formant un effectif de 2,000 hommes;
3e division, que commande le général de division Bonet, et comprenant les anciens 13e et 14e régiments provisoires d’infanterie (entiers, en y réunissant ce qui est au corps de Saragosse) , les 17e et 18e régiments provisoires;

Ce qui portera ce corps d’armée, en y réunissant tous les détachements, à 24,000 hommes d’infanterie.

Division de cavalerie, que commande le général Lasalle, comprenant les 10e, 22e et 26e chasseurs et le 9e dragons ; force, 2,000 hommes.

ART. 3. – Le 3e corps sera commandé par le maréchal Moncey, et sera composé de la manière suivante :

1e division, que commande le général de division Musnier, comprenant les 114e et 115e régiments d’infanterie de ligne et le ler bataillon de Westphalie;
2e division, que commande le général de division Morlot, comprenant les 116e et 117e régiments d’infanterie de ligne, un bataillon irlandais et un bataillon de Prusse;
3e division, que commande le général de division Frère, comprenant la 2e légion de réserve, composée des ler, 2e, 3e, 4e et 5e bataillons de cette légion ; le 5e d’infanterie légère, les ler et 2e régiments provisoires de hussards, le ler régiment provisoire de grosse cavalerie, dragons; total, 2,000 hommes de cavalerie;

Ce qui portera ces trois divisions à 18,000 hommes d’infanterie. Ce corps gardera les régiments de cavalerie légère qu’il a; ce qui portera sa force à 21,000 hommes.

ART. 4. – Le 4e corps sera commandé par le duc de Danzig et composé de la manière suivante :

1ere division, que commande le général Sebastiani, comprenant les 32e, 75e, 28e et 58e régiments d’infanterie de ligne ;
2e division, que commande le général Leval, comprenant un corps de Nassau, un corps de Bade, un corps de Hesse-Darmstadt et un bataillon du prince Primat ;
3e division, que commande le général Valence, sénateur, comprenant les trois nouveaux régiments, qui se réunissent à Sedan;
4e division, comprenant la brigade hollandaise qui se réunit à Gand et qui arrive à Paris, et la brigade westphalienne qui arrive sur le Rhin.

Chacune de ces divisions étant de 6,000 hommes, ce corps d’armée sera de 24,000 hommes d’infanterie et de quarante-huit pièces de canon. La cavalerie se composera du 5e régiment de dragons, 500 hommes; des hussards hollandais, 500 hommes; des cheval légers westphaliens, 500 hommes; total, 1,500 hommes.

ART. 5. – Le 5e corps sera commandé par le général de division Saint-Cyr, et composé de la manière suivante :

1e division, que commande le général de division Chabran ; 2e division, que commande le général Souham ; 3e division, que commande le général Lechi; 4e division, que commande le général Pino; 5e division, que commande le général Chabot ;

Le général Reille rentrera à mon état-major;

Cavalerie, celle de la division Pino et du corps du général Duhesme.

ART. 6. – Le 6e corps sera commandé par le maréchal Ney et composé de la manière suivante : 1e division, que commande le général de division Marchand ; 2e division, que commande le général de division Bisson; 3e division, que commande le général de division Mermet, comprenant le 31e régiment d’infanterie légère, les 14e et 44e régiments de ligne; 4e division, comprenant les trois régiments de la Vistule et 1,000 sapeurs ou mineurs; cavalerie, composée du régiment de lanciers polonais , des deux régiments de cavalerie légère du 6e corps; total, 2,200 hommes;

Ce qui portera ce corps d’armée à 27,000 hommes d’infanterie, à 3,000 hommes d’artillerie, sapeurs et mineurs, et à 2,900 chevaux. Ce corps aura cinquante-cinq à soixante pièces de canon.

ART. 7. – La réserve sera composée de la manière suivante : une division de réserve composée des 2e, 12e d’infanterie légère, 43e, 51e de ligne, formant 6,000 hommes ; six bataillons de fusiliers de la Garde impériale, six bataillons de grenadiers et chasseurs à pied de la Garde, formant 6,000 hommes ; la garde du roi d’Espagne, de 1,500 hommes; ce qui portera l’infanterie de ce corps à 14,000 hommes; les grenadiers et chasseurs à cheval de la Garde impériale et les dragons et chevau-légers polonais, la garde à cheval du roi d’Espagne, formant en tout 4,000 hommes; quatre divisions de dragons formant seize régiments et près de 14,000 hommes ; ce qui portera la cavalerie de la réserve à 18,000 chevaux; l’artillerie de la Garde impériale de soixante pièces de canon attelées ; le total de la réserve à 34,000 hommes.

ART. 8. – Notre ministre de la guerre est chargé de l’exécution du présent décret.

Saint-Cloud, 7 septembre 1808.

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Miranda

Mon Frère, j’ai recu votre lettre du ler septembre. Il est malheureux que le maréchal Moncey ait laissé échapper l’armée de Montijo, qui n’était qu’un ramassis de mauvaises troupes dont il fallait faire justice.

Je suppose que vous avez donné l’ordre de fortifier Tudela et d’établir des redoutes sur les hauteurs voisines de la ligne d’opérations sur Pampelune. Si l’on agit autrement, ce sera méconnaître l’importance dont est cette place sous tous les points de vue possibles.

L’évacuation de Tudela est un malheur, puisqu’elle a fatigué l’armée sans motifs. Vous sentez combien je souffre de tout ce qui se passe en Espagne; mais une entrevue que je dois avoir avec l’empereur de Russie, et qui est fixée au 26, m’oblige à partir pour la Saxe sous huit ou dix jours.

Le major général vous envoie l’organisation de l’armée d’Espagne en six grands corps. Si l’ennemi se tient en ligne devant vous, à l’ouverture de la campagne, il faudra commencer par le battre, car il est à croire qu’à l’arrivée de l’armée il se retirera. Ce sera par le siège de Saragosse, l’occupation de Santander, et en balayant le royaume de Léon, qu’il faudra commencer.

 

Saint-Cloud, 7 septembre 1808

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Monsieur mon Frère, je vous ai fait connaître les circonstances qui m’ont fait penser que le contingent de la Confédération devait se tenir en mesure. J’ai eu en vue d’épargner les maux de la guerre à la Confédération et de la tenir en état de porter la guerre sur le territoire étranger; car le plus grand mal qui puisse arriver à une nation, c’est de voir son pays devenir le théâtre de la guerre. Je continue de faire connaître à Votre Majesté ce que je vois des événements.

Je suis certain des sentiments de la Russie. L’Autriche a un langage très-pacifique, mais ses armements le démentent. Les nombreux
débarquements des Anglais en Espagne et la situation des affaires de ce pays m’ont obligé à retirer de l’Allemagne dix-huit régiments d’infanterie. Je les ai fait remplacer par trente bataillons des mêmes corps qui restent en Allemagne, de sorte que j’y aurai toujours près de 200,000 Français. Le 3e corps, que commande le maréchal Davout, renforcé de la division du général Oudinot, a pris position en Silésie. Le maréchal Soult, qui commande le 4e corps, est à Berlin, prêt à se porter partout où il sera nécessaire ; et le 5e corps, commandé par le maréchal Mortier, a pris position à Baireuth. Les différentes divisions de la Confédération renforceraient ces corps en cas d’événement et formeraient une force de 300,000 hommes, avec lesquels je me porterais à la tête de mes gardes, que je ferais mettre sur le pied de guerre, si le cas arrivait. J’ai jugé nécessaire de faire à mes peuples un appel de 160,000 hommes, ce qui me mettra à même de renforcer mes troupes d’Allemaqne et d’Italie.

Dans cette situation des choses, je continue les armements jusqu’à ce que je voie se réaliser les promesses de la cour de Vienne de remettre les choses sur le pied où elles étaient avant l’été. Je serai bien aise que Votre Majesté me fasse connaître les renseignements quelle aura par ses agents. Ce ne sont point des paroles qu’il nous faut, mais des faits. Nous n’avons rien à demander à l’Autriche; les thalwegs de l’Inn et de l’Isonzo et les montagnes de la Bohème nous séparent entièrement. Puisque les troupes de Votre Majesté sont réunies, je l’engage à les passer en revue, à les discipliner, à les accoutumer aux grandes manoeuvres. Elle sentira que la dépense de quelques centaines de milliers de florins sera bien compensée par la sûreté qu’elle donnera à ses frontières et par le respect que cela inspirera à ceux qui nourriraient de mauvaises intentions. Je ferai, et j’obtiendrai de mes peuples , les sacrifices nécessaires pour que le mur d’airain élevé sur les limites de la Confédération ne puisse jamais être franchi; mais Votre Majesté sent qu’il est nécessaire aussi qu’elle fasse quelques sacrifices pour maintenir ses troupes sur un pied parfait, pour que son contingent soit complet, non à l’effectif, mais présent sous les armes, avec ses caissons et tout l’attirail nécessaire.
Il est une institution sur l’importance de laquelle je ne saurais trop insister auprès de Votre Majesté, c’est l’établissement de caissons des transports militaires. Quatre caissons par 1,000 hommes sont nécessaires; un pour l’ambulance et trois pour le pain. Ainsi 30,000 hommes doivent avoir 120 caissons, de manière à pouvoir transporter quatre jours de pain, indépendamment des quatre jours que chaque soldat doit avoir dans une expédition. J’engagerai aussi Votre Majesté à faire faire à ses troupes l’exercice à feu.

Les nouvelles que je recevrai d’ici au commencement d’octobre, et les renseignements que donneront mes agents et ceux de la Confédération, seront l’objet d’une troisième lettre, et nous feront connaître si nous devons nous mettre sur le pied de paix pour épargner les dépenses. C’est la conduite de l’Autriche qui nous guidera. Depuis ma dernière lettre à Votre Majesté, tous les pourparlers ont été très-pacifiques, et je me flatte que je pourrai écrire à Votre Majesté, au commencement d’octobre, une lettre qui la rassure entièrement.

 

Saint-Cloud, 7 septembre 1808

A Charles frédéric, Grand-Duc de Bade, à Karlsruhe

Mon Frère, j’ai appris avec plaisir que le contingent de Votre Altesse Royale était prêt. Il faudrait qu’il fût muni de quatre caissons pour 1,000 hommes, afin de pouvoir transporter toujours quatre jours de pain pour la troupe. Je désire également que le nombre d’hommes que Votre Altesse Royale doit fournir soit présent sous les armes. Mes relations avec l’Autriche sont très-amicales ; tout me porte à penser qu’elle se remettra sur le même pied qu’au commencement de l’été, et que je pourrai alors écrire à Votre Altesse Royale de faire rentrer son contingent. Qu’elle emploie ce mois à le faire exercer, surtout aux exercices à feu. J’ai retiré de mon armée d’Allemagne dix-huit régiments d’infanterie, mais j’envoie l’équivalent en renforts aux corps qui s’y trouvent. Je fais d’ailleurs une levée considérable, qui se forme en réserve prête à se porter où il le faudrait; car, si la paix devait être troublée, ce qui, j’espère, n’aura pas lieu, il faut que mon armée puisse établir la guerre sur le territoire ennemi. Je finis par répéter à Votre Altesse Royale que toutes les assurances de l’Autriche sont très-pacifiques, et que, de mon côté, je ne veux ni ne demande rien à cette puissance, que de vivre en paix, en bon voisinage.

 

Saint-Cloud, 7 septembre 1808

A Alexandre Ier, Empereur de Russie, à Saint-Pétersbourg

Monsieur mon Frère, le général Caulaincourt me mande que Votre Majesté part le 12 septembre pour Erfurt ou Weimar. J’envoie le maréchal duc de Montebello à la rencontre de Votre Majesté sur la Vistule, afin qu’il lui exprime quelques jours d’avance le bonheur que j’ai de la revoir et tous les sentiments qu’elle m’a depuis si temps inspirés. Je le charge aussi de prendre immédiatement soin de tout ce qui est relatif aux escortes de Votre Majesté.

 

Saint-Cloud, 7 septembre 1808

Au général Caulaincourt, ambassadeur à Saint-Pétersbourg

Je reçois votre lettre du 23 août. Je partirai d’ici le 20 du mois pour être rendu à Erfurt à temps. Le général Oudinot part pour prendre le commandement de la ville d’Erfurt. Des maréchaux-logis de la cour partent pour marquer les logements. Un bataillon de ma garde s’y rend pour tenir garnison. Le maréchal Lannes part pour aller à la rencontre de l’empereur sur la Vistule; le maréchal Soult est prévenu à Berlin, pour que tout soit convenablement disposé. Quelque chose qu’on fasse, je crains qu’on soit mal à Erfurt. Peut-être aurait-on bien fait de préférer Weimar : le château est superbe, et on y aurait été mieux. Je ne me souviens pas des raisons qui ont fait donner la préférence à Erfurt. Si c’était à cause de moi, je serais aussi bien à Weimar. Cependant tout sera prêt à Erfurt.

Vous trouverez ci-joint le Moniteur, qui vous fera connaître les affaires d’Espagne. J’ai des nouvelles du Portugal du 20 août; tout était dans le meilleur état à Lisbonne; les Russes et les Français étaient de la meilleure intelligence et se préparaient à se défendre contre tout événement.

Hier, il y a en une séance extraordinaire du Sénat, présidée l’archichancelier, à laquelle les princes ont assisté. Champagny a lu deux rapports sur les affaires actuelles et donné communication des différents traités faits avec les princes de la maison d’Espagne. Il en est sorti un sénatus-consulte portant levée de 160,000 combattants. Du reste tout est fort tranquille. Du côté de l’Espagne nous avons des avantages; la division est parmi les rebelles. Le roi gagne tous les jours; de nombreux renforts arrivent, et déjà tout prépare pour marcher en avant.

Puisque l’empereur n’est plus très nécessaire chez lui, il ferait bien, d’Erfurt, de pousser jusqu’à Paris. Si vous pensez que cela soit dans ses projets, vous ne sauriez me le faire connaître trop tôt.

En conséquence de votre dernière lettre Montdragon, ambassadeur de Naples, part de Paris et continue sa route. Celui d’Espagne va recevoir ses nouvelles lettres de créances.

—-

P.S.- Je joins au Moniteur du 5 celui d’aujourd’hui qui contient les différentes pièces relatives aux affaires d’Espagne. Il n’y a aucun inconvénient que vous en remettiez un exemplaire à M. de Romanzoff et que vous les communiquiez à l’empereur.

 

Saint-Cloud, 8 septembre 1808

NOTE SUR LA BANQUE.

Le but de l’institution d’une banque est de produire la réduction de l’intérêt et de le maintenir au taux le plus modévé. En thèse générale c’est à cette modération du taux de l’intérêt que tient la prospérité des manufactures et du commerce. Les banquiers, et ce qu’on appelle vulgairement marchands d’argent, font entrer dans leurs opération des combinaisons qui s’écartent souvent de ce but. Les escompte bien dirigés d’une banque publique neutralisent l’effet de ces tentatives, et doivent ainsi ramener les opérations des banquiers eux-mêmes à ce résultat d’utilité commune. Tout ce qui conduit à la modération du taux de l’intérêt est dans l’esprit de l’institution de la Banque.

Ces principes convenus, il est facile de démontrer qu’aujourd’hui la Banque, par la manière dont elle opère, ne donne pas à la place tout le secours qu’il était permis d’en attendre, et que même, sous quelques rapports, elle en augmente les embarras.

Les nouvelles actions émises par la Banque ont créé un nouveau fonds flottant. Tout fonds flottant crée l’agiotage; tout agiotage est ennemi de la modération du taux de l’intérêt.

Les moyens d’escompte de la Banque et la matière escomptable se sont-ils accrus dans la même proportion que viennent de s’accroître ses actions ? Le fait juge la question. Dans cet état, les nouvelles actions n’étant appelées par aucune utilité réelle, elles ont dû nécessairement retomber en fonds flottant sur la place et l’encombrer.

Ce n’est que par un artifice passager qu’elles ont pu s’élever à 1,300, c’est-à-dire au-dessus de leur valeur intrinsèque. Cette hausse mal entendue a dû avoir l’inévitable effet de préparer une surcharge, et conséquemment une baisse. L’action de la Banque ne vaut en effet que le prix qu’elle obtiendrait définitivement si la Banque était liquidée, c’est-à-dire la valeur qu’elle trouverait dans la division du capital entre tous les actionnaires.

Puisque la Banque a augmenté le capital de ses actions, il faut qu’elle augmente la quotité de ses escomptes pour assurer à ses actions plus nombreuses, par les profits d’un escompte plus étendu, un dividende proportionnel; ou bien, à défaut d’augmentation possible dans la quotité des escomptes, qu’elle se crée subsidiairement une réserve qui en tienne lieu.

Les rentes sur l’État, les actions de la Banque, les billets de la caisse de service, les bons de la caisse d’amortissement, les obligations, tous ces effets sont solidaires. Ils exercent les uns sur les autres une influence réciproque, et, lors même qu’ils paraissent obtenir sur la place des cours différents, ils obéissent définitivement, dans leur hausse ou leur baisse, à une loi générale et égale pour tous.

La Banque ne peut pas racheter ses propres actions, parce quelle paraîtrait diminuer par là le gage que ses actionnaires ont voulu donner au public, c’est-à-dire aux porteurs de billets de banque. Il lui serait préjudiciable d’acheter ses actions en hausse, parce qu’elle les payerait au-dessus de leur valeur intrinsèque; si elle les achetait en état de baisse, comme cette baisse semblerait dénoncer quelque vice d’administration, le rachat par la Banque ne détruirait pas cette influence dans l’opinion. Ainsi , sous aucun rapport, ce ne peut être par l’achat de ses propres actions que la Banque peut parvenir à désencombrer la place; mais elle peut, avec utilité, pour elle et pour la place, acheter de 5 pour 100, lorsqu’elle paye 83 ce qui vaut réellement 100, ce qui à 83 lui assure 6 pour 100 d’intérêt. Elle peut d’autant moins regarder le cours de 83 comme trop élevé pour ses achats des 5 pour 1 00, qu’elle les admet en dépôt dans ses escomptes sur le pied de 100 francs pour 5 francs de rente, c’est-à-dire au pair, comme remplacant la troisième signature sur les lettres de change.

On ne regarde pas comme démontrée l’assertion qui établit que la Banque ne peut pas augmenter ses escomptes, parce que la matière escomptable manque. Il est probable, au contraire, que la Banque, en étendant utilement ses escomptes, en allant saisir dans les lieux propres la matière escomptable, en usant pour ses escomptes de son privilège, qui l’autorise à en créer elle-même la monnaie ; il est probable, disons-nous, qu’elle pourra augmenter peut-être de moitié ses escomptes. Mais, dans cette hypothèse, qui est la seule où la Banque peut judicieusement et régulièrement se placer, la Banque ne trouvera plus d’emploi pour le capital de ses actions, puisqu’elle escomptera avec ses billets. Cette analyse ramène à la pensée exprimée ci-dessus , que la Banque ne peut faire aucun meilleur emploi de la surabondance de son capital que de l’employer en achat des 5 pour 100, tant que leur cours surtout n’excédera pas 83.

Si trente millions de son capital avaient été ainsi employés, la  Banque aurait pu offrir à ses actionnaires un supplément de 900,000 francs dans le dernier dividende; et, en même temps, elle aura désencombré la place du fonds flottant des 5 pour 100; elle aura déconcerté les combinaisons de baisse; elle aurait mieux assuré le placement définitif de ses actions; elle n’aurait pas laissé sur la place la disparate des 5 pour 100 produisant plus de 6 pour 100 d’intérêt, tandis qu’elle escomptée à 4 pour 100.

Il est indispensable que la Banque garde une réserve en écus pour remplir le premier de ses devoirs, la conversion immédiate de ses billets en écus à toute présentation; mais il serait absurde que la Banque gardât tout ou la majeure partie de son capital pour cette représentation matérielle, car alors elle n’userait pas de son privilége; elle serait inutile, elle n’userait pas du droit qu’elle a de créer par sa monnaie propre, des moyens d’escompte, des valeurs nouvelles. Elle serait réduite à la condition des escompteurs ordinaires et elle serait en perte, parce qu’elle escompte à un taux plus bas que ces derniers, et qu’elle a plus qu’eux les frais d’une immense administration.

Les calculs ne peuvent pas être absolus sur la quotité du fonds de réserve qu’une banque doit garder stationnaire en écus; mais, lors qu’elle n’a escompté que régulièrement et que les seules valeurs qui soient, par leur nature, admissibles à ses escomptes, l’expérience a appris qu’elle pouvait n’avoir en réserve d’écus que le quart ou le tiers au plus de ses billets circulants. Ce qu’aujourd’hui la Banque réserve au delà de cette proportion est donc un capital inactif et improductif. Elle ne remplit pas le but de son institution; elle n’entre pas dans toutes les vues qui ont déterminé la concession de son privilége; elle va directement contre ces vues, lorsque ses actions viennent aggraver, par leur abondance sur la place, les fonds flottants qui s’y trouvent déjà.

La Banque, la caisse de service, la caisse d’amortissement sont trois établissements publics également intéressés à ce que le cours des 5 pour 100 ne soit jamais en état de dépréciation, c’est-à-dire à ce qu’il ne promette pas un intérêt trop disproportionné avec le faux d’escompte de la Banque, avec l’intérêt que la caisse de service donne sur les fonds qui lui sont remis, avec les intérêts que la caisse d’amortissement paye pour les cautionnements, etc.

De la concordance et de la réciprocité de devoirs et d’intérêts de ces trois établissements, naît la nécessité d’un concordat entre eux, pour que le cours du 5 pour 100 soit tel qu’il n’excède jamais 6 pour 100, lorsque la Banque escompte à 4, lorsque la caisse de service emprunte à 4 et à 5, lorsque la caisse d’amortissement donne aussi le même taux d’intérêt.

Le système des finances de la France étant tel qu’elle n’a pas recours à des emprunts, que ses revenus fixes égalent ses dépenses, l’intérêt public n’exige dans aucun cas, et il proscrit au contraire dans tous ces écarts et ces variations de cours dont peut s’aider quelquefois un gouvernement qui emprunte. Une sorte de fixité dans le prix vénal du 5 pour 100 est donc un élément de l’harmonie qui doit se maintenir entre l’escompte de la Banque, le taux des emprunts de la caisse de service, le faux des intérêts que donne la caisse d’armortissement. Les chefs de ces trois établissements doivent avoir sans cesse en regard le maintien de cette harmonie; et elle serait assurée par l’effet d’une convention qui serait faite entre les trois chefs de ces établissements, avec l’approbation de l’Empereur, et dont tels seraient les résultats.

Un fonds de 60 millions, auquel la Banque contribuerait pour 30 millions, la caisse d’amortissement pour 1.6, la caisse de service pour le surplus, serait spécialement destiné à enlever de la place tous les 5 pour 100 offerts au-dessous du cours qui promet 6 pour 100 d’intérêt. Toutes les fois que le cours excéderait 83 francs, les trois établissements feraient revendre la quantité de 5 pour 100 nécessaire pour faire rentrer le cours dans sa limite. La caisse de service et la caisse d’amortissement fourniraient pour chaque opération la première moitié du prix des achats, la Banque la seconde moitié. Le produit des reventes se partagerait dans la même proportion. Les trois chefs se réuniraient tous les mois pour résumer le résultat des opérations faites et concerter les mesures à prendre selon l’état de la place.

Il est hors de doute que jamais ce capital de 60 millions ne serait employé, qu’il serait à peine entamé ; mais il présenterait une digue qu’aucune prétention contraire ne pourrait tenter de franchir. La présence de ce capital, son action toujours immédiate, lorsque le cas le requerrait, mettrait enfin les opérations de la Bourse à l’abri de cette fluctuation des cours, qui est absurde et qui n’en est pas moins dangereuse pour les intérêts publics et privés.

PROJET DE CONVENTION.

Le ministre du trésor public, le gouverneur de la Banque et le directeur général de la caisse d’amortissement arrêtent, avec l’autorisation de l’Empereur et Roi, la convention suivante :

ARTICLE … – La caisse d’amortissement, la Banque de France et la caisse de service du trésor fourniront, dans la proportion réglée ci-après pour chacun de ces établissements, les fonds nécessaires pour que les 5 pour 100 parviennent successivement au cours de 83 et s’y maintiennent, et pour que le cours des actions de la Banque se maintienne au moins an niveau de leur valeur intrinsèque.

ART. … – Lorsque des achats seront nécessaires sur la place pour obtenir l’un ou l’autre résultat, la Banque y contribuera pour 15/30 ,la caisse d’amortissement pour la caisse de service pour 7/30 ; le produit des achats se partagera entre les trois établissements dans la proportion de la mise de fonds de chacun d’eux.

ART…. – Lorsque le cours des 5 pour 100 s’élèvera au-dessus de 83 et le cours des actions de la Banque de plus de 30 francs au-dessus de leur valeur intrinsèque, la caisse d’amortissement, la Banque et la caisse de service seront autorisées à faire vendre la portion des 5 pour 100 ou d’actions de la Banque qu’elles auraient achetés, jusqu’à concurrence de la quantité nécessaire pour faire rentrer le cours des 5 pour 100 ou des actions dans la limite fixé par l’article ….

Les ordres de vendre seront donnés par l’un des chefs des trois établissements, après qu’il se sera concerté avec les deux autres. Les effets vendus seront prélevés proportionnellement sur la portion acquise par chaque établissement ; le produit des ventes se répartira entre eux dans la même proportion.

ART. … – Chaque établissement conservera le dépôt des effet publics achetés pour son compte; il pourra les faire inscrire sous le nom qu’il jugera convenable de substituer au sien.

ART. … – Dans les cinq premiers jours de chaque mois le ministre du trésor public, le gouverneur de la Banque et le directeur de la caisse d’amortissement constateront par un procès-verbal les opérations faites, pendant le mois précédent, par leurs ordres, à l’exécution de la présente convention; ils régleront celles qui devront avoir lieu dans le mois, suivant l’état des cours.

La copie de chaque procès-verbal sera adressée à Sa Majesté.

 

Saint-Cloud, 8 septembre 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, je vous envoie une relation extraite des gazettes de Madrid sur l’affaire du général Dupont, ainsi que deux lettres relatives à la même affaire; vous les joindrez aux pièces. Je crois nécessaire que vous fassiez arrêter le sieur Villoutreys, que vous fassiez mettre les scellés sur ses papiers et que vous en fassiez faire le dépouillement. Vous le ferez conduire dans une prison militaire, où il sera détenu jusqu’à nouvel ordre et jusqu’à ce que les affaires se décident. Vous donnerez l’ordre que les généraux Dupont, Marescot, Chabert ou Vedel, venant à débarquer sur un point quelconque de la côte de France, soient arrêtés, mis en prison, et que le scellé soit mis sur leurs papiers. Vous trouverez ci-joint un décret que vous nofifierez au corps du génie, sans le faire imprimer.

 

Saint-Cloud, 8 septembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de la Grande Armée, à Paris

Je vous renvoie vos lettres. Écrivez au maréchal Jourdan que vous les avez mises sous mes yeux; que ses instructions au maréchal Moncey ne sont pas assez positives, que celles au maréchal Bessières ne le sont pas davantage; que Moncey ne peut garder tout à la fois avec 15,000 hommes; il peut garder Tudela contre l’ennemi, ayant sa ligne d’opération, non sur logrono, mais sur Pampelune. Si le maréchal Bessières avait recu l’ordre d’attaquer les insurgés sans attendre l’arrivée du Roi, ils auraient été vaincus et culbutés. Il paraît que, du côté de Burgos, l’armée est sans système; d’où naît l’embarras des instructions données à Bessières. Si l’ennemi vient à Burgos, faut-il l’attaquer ou l’attendre ? Dans ce dernier cas, pourquoi Bessières n’est-il pas campé derrière Burgos ? C’est, avec des plans sûrs et fortement conçus qu’on réussit à la guerre. Doit-on abandonner Burgos comme on a abandonné Tudela ? Ce ne serait pas un moyen de donner du moral à l’armée que de l’exposer à un mouvement rétrograde qui ressemble à un échec, si 10,000 hommes entraient à Burgos et prenaient la garnison qui est dans la citadelle. Voilà à quoi on s’expose lorsqu’on n’a pas de plan fixe.

L’ennemi ne se portera pas de Saragosse sur Logrono, quand on occupera la position offensive de Tudela.

Quant au consul espagnol, chargez le général Drouet de le faire arrêter, de mettre les scellés sur ses papiers. On le fera conduire dans un château fort, où il sera tenu au secret, sans communiquer avec personne.

Avec les troupes espagnoles, il est très-différent d’attaquer ou de l’être. Toute l’armée espagnole n’est pas capable de forcer 15,000 Francais, couverts d’artillerie dans une bonne position.

Faites remarquer au maréchal Jourdan que Tudela a d’ailleurs l’avantage de pouvoir offrir le couvert de la rivière, et que, si l’on ne se trouvait pas bien en avant, on pourrait se placer derrière l’Èbre avec une tête de pont offensive.

 

Saint-Cloud, 8 septembre 1808

A M. Fouché, ministre de la politice générale, à Paris

 M . de Macanaz, secrétaire du prince Ferdinand, doit partir pour Valençay. Faites-le arrêter à 10 lieues de Paris et conduire dans une prison. Vous ferez saisir en même temps ses papiers, pour savoir ce qu’ils contiennent. S’il était déjà arrlvé à Valençay, vous le ferez guetter à son retour, et vous ne manquerez pas de le faire arrêter.

Qu’est-ce qu’un nommé Fernan Nunéz qui est ici ? Remettez-moi la liste de tous les Espagnols qui sont ici, afin de faire arrêter ceux qui seraient du parti opposé.

 

Saint-Cloud, 8 septembre 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne

Je ne conçois pas que vous vouliez envoyer le prince de Masserano à Vienne. C’est une singulière politique que de prendre pour ambassadeur en Autriche un homme qui agira contre moi et contre vous. Envoyez là un des Negrete ou le fils de votre ministre des relations extérieures, ou un autre homme de cette espèce, dont le sort soit intimement lié au vôtre. Sans quoi il faut n’envoyer personne.

Il faut faire passer par les armes les cinq ou six individus qui ont été arrêtés à Bilbao par le général Merlin, surtout celui qui était désigné dans la proclamation de la junte pour commandant général. Si vous ne faites pas quelques actes de vigueur, ce sera à n’en jamais finir. Cela me paraît fort important.

Il est bien singulier qu’on ménage tant la Navarre. Bilbao, la Biscaye et la Navarre doivent nourrir l’armée; sans quoi, com ment voulez-vaus que je fasse ? Il est ridicule qu’on leur donne des indemnités; Bilbao pouvait payer 4 millions.

 

Saint-Cloud, 9 septembre 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne

Je pense qu’il est nécessaire que vous soumettiez Santander. Un simple mouvement de 6,000 hommes sur Reinosa et une colonne partant de Bilbao sont suffisants. Ce point est très important comme soumettant la Montana, et cela est indispensable à faire avant les grands mouvements de l’armée.

Je suppose que le maréchal Moncey est resté à Tudela. Avec les troupes qu’il a, il a le double des forces qu’il lui faut pour gagner cette position, et j’imagine qu’il ne laissera pas l’ennemi s’établir à trois marches de lui.

Vous aurez fait sans doute occuper également Burgos en force. Il faut laisser à Bilbao les nouvelles troupes qui y sont; elles sont suffisantes. Il faut opérer surtout le désarmement de la Biscaye et de la Navarre. Je vous recommande de faire des exemples sévères des révoltés de Bilbao, surtout du commandant de la force armée qui a été arrêté, et d’envoyer plusieurs otages en France.

Je passe dimanche la revue de la division Sébastiani, qui part lundi pour se rendre à Perpignan. Elle est composée de 12 pièces de canon, de 4 beaux régiments d’infanterie et d’un régiment de dragons. Les routes de France sont couvertes de troupes, soit d’Italie, soit d’Allemagne.

Il faut obliger les communes à moudre, et ne pas toujours tirer de France. Les provinces que vous occupez doivent et peuvent vous fournir des vivres. Le peuple d’Espagne est vil et lâche, à peu près comme j’ai connu les Arabes. A Burgos et ailleurs, il vous fait bon visage, parce que vous avez une grande quantité de troupes et que vous pouvez l’écraser; mais, au moindre mouvement de retraite, il tirerait sur vous. Ce sont des otages et du désarmement qu’il faut. Il ne faut pas écouter vos ministres, qui paraissent n’avoir aucunes notions. Un système funeste d’indulgence a perdu l’Espagne. On aurait dû désarmer l’infanterie, démonter la cavalerie et les faire prisonniers. Madrid a fourni 2,000 chevaux à l’armée ennemie; on aurait pu les prendre au départ de Madrid pour atteler mon artillerie. Certainement on doit confisquer à Bilbao les marchandises coloniales d’Angleterre, et cette ville doit payer au moins 2 millions de contributions. Si vous pensiez que ves peuples restent dans le devoir par bon esprit, vous vous tromperiez; s’ils ne se révoltent pas, ce n’est pas faute de bonne volonté, c’est qu’ils n’osent pas; tenez cela pour certain.

Vous avez dû recevoir le décret d’organisation de l’armée d’Espagne; il faut provisoirement qu’on s’y conforme autant qu’on le pourra.

 

Saint-Cloud, 9 septembre 1808

Au général Marescot, ministre de la guerre

Vous ferez arrêter le général Marescot, qui seul sera conduit à Paris dans une prison militaire, oà il sera tenu au secret. Ses aides de camp seront arrêtés séparément. Les scellés seront apposés sur les papiers de tous, qui vous seront adressés. Quand le général aura été séparé de ses aides de camp et les aides de camp séparés entre eux, vous ferez faire au général l’interrogatoire ci-joint, qui vous sera remis signé de lui et de la personne que vous chargerez de l’interroger. Vous ferez subir à peu près le même interrogatoire à chaque aide de camp

Intérrogatoire à faire subir au général Marescot.

PREMIÈRE QUESTION. – Où étiez-vous le 13 juillet, le 14, le 15, le 16, le 17, le 18 et le 19 ?

2°. Comment ne vous êtes-vous pas aperçu que l’ennemi marchait, manoeuvrait sur vos derrières, puisque, depuis le 13, le général Belair était attaqué au point de Murgibar (?) et que, le 16, il était en retraite ?

3°. – Pourquoi, au lieu de marcher tous réunis le 16 sur Baylen, vous êtes-vous séparés ?

4°. – Où étiez-vous le 19, à 3 heures après midi, lorsqu’on a entendu le canon du général Vedel ?

5°. – Pourquoi alors n’a-t-on pas attaqué et forcé la 1igne ennemie, ou n’est-on pas mort avec gloire comme des Français ?

6°. – Qui a fait cesser le feu au général Vedel ?

7°. – Où étiez-vous le 19 à 6 heures du soir et toute la nuil ?

8° – Où avez-vous appris que le général Vedel faisait sa retraite sur Madrid ? Que vous a dit le général ennemi ? Quelle part avez-vous eue à l’ordre qui lui a été envoyé de revenir pour être perdu ?

9°. – Comment, grand officier de l’Empire et chef du génie, avez-vous pu de gaieté de coeur ajouter à la perte de la division Dupont celle des divisions Vedel et Gobert ?

10°. – Comment votre main a-t-elle pu signer la capitulation de Baylen, déshonneur éternel du nom français ? Pourquoi y avez-vous compris le général Vedel et sa division ?

11° – Comment n’avez-vous pas exigé la sanction d’un commissaire anglais, et n’avez-vous pas conçu que les troupes françaises seraient perdues si elles posaient les armes, et ne rentreraient pas en France, si l’on n’avait pas la garantie des Anglais ?

12°. – Pourquoi avez-vous signé le déshonneur des soldats français en consentant à mettre qu’ils avaient volé des vases sacrés ?

13°. – Pourquoi avez-vous parlé de bagages avec tant de détail et augmenté par cette conduite intéressée le déshonneur de cette infâme capitulation ?

14°. – Pourquoi vous êtes-vous déguisé en général espagnol, et n’avez-vous pas suivi les troupes que vous aviez livrées désarmées ? Ne sentiez-vous pas qu’il y avait de la lâcheté à quitter vos habits d’uniforme et à montrer cette terreur panique ?

 

Saint-Cloud, 9 septembre 1808

A M. de Nansouty, premier écuyer

Le sieur Villontreys, ayant écrit de Manzanarès au général Castanos, ayant été porteur de paroles, et agi plus qu’il ne convenait à un homme d’honneur dans l’infâme capitulation d’Andujar, ne peut plus rester dans ma maison; vous lui demanderez, le 10, sa démission.

 

Saint-Cloud, 10 septembre 1808

A M. Gaudin, ministre des finances, à Paris

Témoignez mon mécontentement au syndic des agents de change sur la cote faite depuis que le semestre est fermé. On ne doit pas coter des marchés à terme; on doit coter des marchés livrés dans la journée; on y ajoute l’intérêt acquis. Il est donc illégal de coter en mettant en dehors la jouissance, car on suppose que l’effet ne sera pas livré.

Quant aux rentes nouvellement livrées, résultat des liquidations, ce sont des rentes particulières. On n’a pas le droit de les coter, puisque ce sont des rentes soumises à des lois particulières. Désormais, la trésorerie ne livrera plus aucune de ces rentes qu’aprés un moment de l’échéance. Ainsi une liquidation qui aura passé au conseil et qui ne datera que du 22 septembre ne sera délivrée qu’au 22 septembre.

 

Saint-Cloud, 10 septembre 1808

A M. de Champagny, minstre des relations extérieures, à paris

Monsieur de Champagny, faîtes mettre dans les petits journaux des extraits de lettres de Pétersbourg relatifs à la fête du 15 août.

 

Saint-Cloud, 10 septembre 1808

Au maréchal Soult, commandant de la Grande Armée, à Stettin

Vous verrez, dans les journaux, de quelle manière on parle de la lettre de M. Stein. J’ai demandé qu’il fût chassé du ministère, sans quoi le roi de Prusse ne rentrera pas chez lui. De plus, j’ai fait mettre le séquestre sur ses biens en Westphalie.

L’Autriche est loin de vouloir la guerre. Tous ces mouvements de milice sont des démarches inspirées par la plus excessive crainte. Toutefois, vous aurez vu, par les mesures que j’ai prises, que je ne les redoute guère. 200,000 hommes que j’aurais en Espagne ne m’empêcheront pas d’en avoir 200,000 en Allemagne et 100,000 sur l’Isonzo, indépendamment de 100,000 de la Confédération du Rhin. L’Autriche m’a promis d’être, au ler septembre, sur le même pied qu’avant l’été. J’attends l’effet de cette promesse pour congédier les troupes de la Confédération.

Je suis sûr des sentiments de la Russie. Il faut donner à l’opinion une direction différente; annoncer que la guerre avec l’Autriche n’aura pas lieu, parce que je ne la veux pas; parler de ses armements avec mépris comme étant le résultat de la peur, de la situation amicale où je suis avec la Russie : quant à la Prusse, je ne sais pas ce que c’est que les armements qu’elle fait; qu’ils ne peuvent pas être de plus de 10,000 hommes, et que c’est un reste de manie militaire.

Vous pouvez garder la 2e division de dragons, qui peut vous être nécessaire pour maintenir la police entre l’Oder et la Vistule.

 

Saint-Cloud, 10 septembre 1808

Au contre-amiral Missiessy, commandant l’escadre de l’Escaut, à Flessingue

Monsieur le Contre-Amiral Missiessy, notre escadre de l’Escaut, sous votre commandement, se trouvant équipée, munie d’environ trois mois de vivres et exercée depuis plusieurs mois, nous avons considéré combien il serait avantageux à notre service et au système général de nos opérations maritimes de parvenir à la faire sortir de l’Escaut avant la saison des glaces, qui nous obligerait de la faire rentrer dans notre port de Flessingue.

En conséquence, nous vous faisons savoir que si, d’ici au 15 novembre prochain, vous trouvez une occasion favorable de faire appareiller les huit vaisseaux que nous vous avons confiés, avec des chances suffisantes pour espérer de ne pas vous compromettre contre des forces supérieures de l’ennemi, notre intention est que vous profitiez de cette occasion pour vous rendre dans l’un de nos ports de Cherbourg, Brest, Lorient, Rochefort ou Toulon.

Nous vous laissons le maître de la route que vous aurez à suivre d’après les vents que vous éprouverez, et vous êtes libre de vous diriger par la Manche ou de passer par le nord de l’Angleterre, pour vous rendre à cette destination.

Une fois sous voiles, vous devrez rentrer dans l’Escaut ou relâcher au Texel dans tous les cas où vous seriez empêché de continuer votre route, soit par des avaries , soit par la rencontre de l’ennemi, notre intention étant que vous n’engagiez une affaire avec lui qu’autant que vous auriez de très-grandes probabilités de succès, ou qu’il vous serait impossible de l’éviter.

Si vous entriez dans la Méditerranée, vous auriez soin d’éviter l’atterrage des Baléares et celui direct sur Toulon, où croise ordinairement une escadre ennemie; mais vous vous porterez assez au sud pour contourner cette croisière, et pour vous rendre d’abord dans les ports de notre île de Corse, où vous prendrez sur la situation de l’ennemi des renseignements qui serviront à vous guider sur vos manoeuvres ultérieures. Vous pourrez, en cas de besoin, relâcher dans les ports du royaume de Naples, et, si cela devenait nécessaire, à Corfou et Cattaro, dans l’Adriatique.

Si, le 15 novembre, vous n’avez pas trouvé l’occasion d’appareiller de l’Escaut, vous pourvoirez immédiatement à alléger nos vaisseaux et à les remiser sans délai dans notre port de Flessingue. Dans ce cas, nous vous enjoignons de maintenir les équipages à bord comme s’ils étaient en rade, et vous donnerez tous vos soins à leur faire faire, pendant l’hiver, tous les exercices que comportera la situation de nos vaisseaux, et à y maintenir l’ordre et la discipline.

Nous nous confions, pour l’exécution des ordres contenus dans la présente, à votre expérience, votre courage et votre dévouement à notre service.

 

Saint-Cloud, 10 septembre 1808

Au général Lacuée, directeur général de la conscription militaire, à Paris

J’ai envoyé au ministre de la guerre un grand travail sur la répartition de la conscription. Vous y verrez que je désire lever 140,000 hommes et laisser 20,000 hommes en réserve. Ce travail doit être fait d’ensemble, afin d’être de toute une pensée, et que, par le moyen de la levée de ces deux conscriptions, tous les corps soient au grand complet. Mais ce dont j’ai réellement besoin aujourd’hui, c’est de 30,000 hommes que je dirige sur Bayonne; je voudrais donc, sur les 80,000 hommes des dernières conscriptions, ne lever que la moitié des conscrits de la France, ceux des départements méridionaux, c’est-à-dire 40,000 hommes, et ne rien lever en Bretagne. Avec ces 40,000 hommes, j’aurai 30,000 hommes pour recruter les corps de l’armée d’Espagne et 10,000 hommes pour recruter les corps de l’armée d’Italie, dont plusieurs sont réduits à rien. Quant à la levée des autres 40,000 hommes, ou des conscrits du Nord, je les lèverai par un second décret que vous préparerez d’avance, mais que je ne signerai que plus tard. Il ne serait pas impossible que ceux-là je ne les appelasse point; j’attends encore quelques éclaircissements pour m’y décider.

Il faut donc que le décret soit partagé en trois décrets : le premier, relatif à la répartition et aux dispositions générales ; le deuxième , relatif à la levée des conscrits du Midi; et le troisième, relatif à la levée des conscrits du Nord. Je crois avoir le temps de délibérer sur la levée du Nord autant que j’ai hâte de lever le Midi.

 

Saint-Cloud, 10 septembre 1808

A Frederic VI, roi de Danemark, à Copenhague

J’ai recu la lettre de Votre Majesté du 11 août. J’ai été extrêmement fâché de l’imprudence qui a été commise de laisser la garde des postes les plus importants à des troupes que les circonstances devaient rendre suspectes. Je l’ai été davantage encore des désagréments que Votre Majesté en a éprouvés. J’ai fort applaudi à la conduite qu’elle a tenue, et je la prie d’en recevoir mes renierciements. Quelques bataillons de plus ou de moins sont de peu de considération; les sollicitudes que cela devait donner à un allié qui, comme Votre Majesté, avait besoin de consolation, est ce qui m’a le plus frappé. Que Votre Majesté compte sur mon désir de tous les temps de lui être agréable et de contribuer à sa satisfaction et au bien de son pays.

 

Saint-Cloud, 10 septembre 1808

Au prince Camille Borghèse, gouverneur général des départements français au-delà des Alpes, à Turin

Envoyez quelqu’un dans la vallée de la Fontana bona où l’on m’assure que l’esprit est mauvais. Faîtes arrêter l’archi.prêtre de Cansoli qui a prêché le 21 à Sestri et écrivez aux évêques de Sestri et de Sarzane de prendre des mesures pour réprimer les mauvais prédicateurs. Mais avant tout, faîtes arrêter les plus mauvais et faîtes-les enfermer dans la citadelle d’Alexandrie. Faîtes-vous faire un rapport sur la vallée de la Fontana bona et s’il y a des meneurs, envoyez une colonne pour les enlever et les tenirs prisonniers.

 

Saint-Cloud, 11 septembre 1808

A M. Gaudin, ministre des finances, à Paris

J’ai envoyé au ministre de Champagny la partie de votre rapport relative aux discussions de limites entre la Hollande et le grand-duché de Berg. S’il vous vient des pièces relatives à cela, vous les adresserez à ce ministre.

J’ai signé le tarif et le reculement des douanes.

Ecrivez au sieur Beugnot qu’aussitôt que le régiment de Berg sera arrivé à Düsseldorf il le fasse inspecter. Il peut demander un inspecteur aux revues au maréchal Kellermann et l’investir de tous les pouvoirs pour bien scruter la comptabilité de ce régiment.

J’accorde 6,000 écus pour la démolition des fortifications de Düsseldorf et faire ce qui est convenable pour l’embellissement de la ville.

Je désire avoir le budget de 1808, en recettes et en dépenses, et savoir ce que le duché m’a rendu pour août, et ce qu’il me rendra par mois; enfin avoir une connaissance parfaite du duché. Je désire également diviser le duché en cinq départements, en districts, et chaque district en justices de paix et en municipalités, et y établir une administration qui l’assimile le plus tôt possible à l’administration française.

Je prie M. Beugnot de me faire un rapport qui me fasse connaître la situation en recettes, les domaines, etc. , un second rapport sur la division du territoire et l’administration intérieure, et un troisième sur l’administration de la justice.

 

Saint-Cloud, 11 septembre 1808

A M. Mollien, ministre du trésor public, à Paris.

Monsieur Mollien, faites payer au roi Charles le mois de juillet, et à la reine d’Étrurie le mois d’août.

 

Saint-Cloud, 11 septembre 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, écrivez au comte Otto que mes troupes se plaignent d’avoir été mal accueillies à Bamberg, tandis qu’elles l’ont été très bien à Wurtzbourg, en Saxe et dans toute l’Allemagne.

 

Saint-Cloud, 13 septembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée

Mandez au maréchal Jourdan qu’il est fâcheux que le maréchal Moncey ne garde pas Tudela, plus encore qu’il dissémine ses troupes; qu’en tenant ses troupes réunies à Tudela il pouvait toujours, en cas d’événement, en repassant l’Èbre, avoir une très-belle position défensive.

 

Saint-Cloud, 14 septembre 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Charnpagny, écrivez en Westphalie pour qu’on paye la pension du prince de Brunswick.

 

Saint-Cloud, 14 septembre 1808.

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

L’équipage de siège de Saragosse sera composé ainsi qu’il suit : quinze canons de 24 ou de 16, quinze canons de l2, six mortiers de 12 pouces , huit mortiers de 8 pouces, dix mortiers de 6 pouces, six obusiers de 6 pouces, quatre obusiers de 8 pouces.

S’il demeure constant que les affùts de siège, pour les pièces de 12, manquent à Pampelune , on les remplacera par des pièces de 16.

On se contentera de dix mortiers de 6 pouces, qui sont à la Rochelle. On fera fabriquer à la Rochelle dix affûts de rechange. On fera partir avec ces dix mortiers 10,000 bombes ou obus de 6 pouces. On en demandera à la marine, qui en a beaucoup à Rochefort.

On préfère les mortiers de 12 pouces. On peut trouver en Espagne des bombes de 12 pouces, et les mortiers de 10 pouces n’y sont point connus. On ne tirera rien du Nord; cela n’arriverait pas à temps.

Le principal est d’envoyer le colonel Camus à Bayonne et Pampelune, pour faire le service de directeur du parc et diriger tous les mouvements nécessaires à l’artillerie. Le chef de bataillon Roquefère et les capitaines qui ont servi au siège de Saragosse pourraient lui être adjoints comme connaissant déjà le terrain. Il faudrait également donner ordre au général Ruty de se rendre à Bayonne, pour correspondre avec le colonel Camus et former l’équipage.

Il faut surtout ne pas perdre un moment; voilà déjà un mois de perdu. On trouvera tout à Bayonne, Toulon, Rochefort, Pampelune et Saint-Sébastien.

 

Saint-Cloud, 14 septembre 1808

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Monsieur mon Frère, l’empereur de Russie et moi nous sommes donné rendez-vous à Erfurt, le 27 septembre, pour conférer sur la situation des affaires de l’Europe et sur les moyens de mettre fin aux troubles du monde et de rétablir la tranquillité générale. Je partirai le 20 de Paris. Sachant la part que Votre Majesté prend à ce qui me regarde, j’ai cru devoir l’informer moi-même de cet événement.

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4)Même lettre au roi de Wurtemberg, au roi de Bavière, au grand-duc de Bade, au prince Primat.

 

Saint-Cloud, 14 septembre 1808

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, je reçois votre lettre du 8. Je vois avec peine les événements qu’elle contient. Le peuple de Brunswick a tiré sur la force armée. Je ne m’arrête pas à l’événement du gendarme, mais j’y vois une insurrection populaire qui est une suite du mécontentement qu’on m’assure exister dans la Westphalie et dans plusieurs pays de l’Allemagne. On assure qu’il y a peu de police dans votre royaume et que les agents des anciens princes s’y agitent de toutes les manières. Si le gendarme est coupable, il doit être sévèrement puni. Mais ce qui doit être par-dessus tout l’objet de vos recherches, c’est l’instigateur de cette émeute; il faut qu’il soit puni exemplairement, sans quoi vous aurez bientôt des émeutes plus sérieuses. Les gendarmes français vous sont inutiles ; renvoyez en France tous ceux qui sont dans votre royaume.

 

Saint-Cloud, 14 septembre 1808

A la Reine Louise, à Compiègne

Madame ma Soeur, j’ai recu la lettre de Votre Majesté du 9. Le Roi et elle êtes maîtres de vous rendre dans tous les lieux qu’il vous conviendra de choisir. Vous serez obéis dans tous mes États, et tout sera à votre disposition. Le Roi est maître de voyager, soit sous son véritable nom, soit incognito, soit enfin de faire tout ce qui lui est agréable. Soit qu’il passe l’hiver à Nice, soit qu’il le passe à Marseille, il sera toujours maître de retourner à Compiègne ou dans celui de mes palais dont l’habitation peut être le plus convenable à sa santé. Votre Majesté ne doit avoir aucune inquiétude sur l’exécution des stipulations du traité.

 

Saint-Cloud, 14 septembre 1808

A Frédéric-Guillaume III, roi de Prusse, à Berlin

Je réponds à la lettre de Votre Majesté du 3 septembre. Je me réjouis avec elle de voir toutes nos affaires terminées. Je désire que les anciennes relations qui ont existé entre Votre Majesté et moi se rétablissent, et que le souvenir des tempêtes qui ont marqué l’époque de notre séparation soit tout à fait effacé de sa pensée. Quant à moi, je me sens disposé à reprendre pour elle mes anciens sentiments, dont elle m’a paru, dans d’autres époques, parfaitement convaincue.

 

Saint-Cloud, 14 septembre 1808

A la reine Louise de Prusse, à Berlin

Madame ma Soeur, je réponds à la lettre que Votre Majesté a bien voulu m’écrire lors de l’arrivée du prince Guillaume. Je me réjouis de la rentrée de Votre Majesté à Berlin, ce qui réalise ses plus chers voeux. Il ne tiendra qu’au Roi et à Votre Majesté que nos pays ne reprennent les sentiments qu’ils avaient avant les derniers événements. J’en éprouverai d’autant plus de joie que cela sera plus conforme aux sentiments que Votre Majesté m’a inspirés.

 

Saint-Cloud, 14 septembre 1808

Au général Caulaincourt, ambassadeur à Saint-Pétersbourg

Je reçois votre lettre du 29 août. Vous avez trouvé dans les Moniteur qui ont paru, et vous verrez dans celui d’hier, que je vous envoie, toutes les pièces relatives aux affaires d’Espagne. La plus grande confusion règne parmi les insurgés; mes troupes avancent à grands pas vers l’Espagne et mon armée se fortifie tous les jours. Le roi d’Espagne est à Burgos; à trente lieues de lui, il n’a aucun ennemi.

L’empereur a dû trouver le maréchal Lannes sur la Vistule. Le général Oudinot est à Erfurt, dont il a le commandement. Un détachement de ma maison y est déjà arrivé. Le prince de Bénévent part le 16 et sera rendu à Erfurt le 20. M. de Champagny part le 18. Moi je partirai le 20. Le prince de Neuchâtel voyagera dans ma voiture.

Le prince Guillaume (3) a pris ce matin congé. Toutes !es affaires de Prusse sont terminées. Enfin les 80,000 conscrits des années 1806, 1807, 1808 et 1809 seront tous levés avant le 11 novembre. Je verrai, pour lever les 80,000 autres, quelle sera l’issue des événements.

J’ai été fort sensible au langage de l’empereur. Les dernières nouvelles de Lisbonne sont du 18 août; alors les Anglais paraissaient faire de grands mouvements. Je n’ai point de renseignements ultérieurs.

 

Saint-Cloud, 15 septembre 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, j’ai lu dans un de vos portefeuilles une lettre de Francfort du 28. Il faudrait écrire en Bavière qu’on fit plus d’attention aux gazettes, et qu’on ne laissât pas diriger par les ministres autrichiens les gazettes de Nuremberg, d’Augsbourg et autres

 

Saint-Cloud, 15 septembre 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Un soldat du 76e a tué un paysan saxon. Donnez ordre au colonel de ce corps de le faire juger partout où il sera, et que la sentence soit affichée et imprimée dans le royaume de Saxe.

 

Saint-Cloud, 15 septembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée, à Paris

Mon Cousin, je vous envoie les états de situation de l’armés d’Espagne. Il faut m’en faire faire un livret dans la forme ordinaire et en envoyer une copie au ministre de la guerre, qui sera bien aise de l’avoir. Répondez au maréchal Jourdan que je désire que ma Garde soit réunie. Hormis le régiment de chevau-légers polonais, qui reste au corps du maréchal Bessières, toute ma Garde doit être réunie à la réserve. Donnez-lui ordre que le 3e bataillon du 2e de ligne rejoigne sans délai les deux autres bataillons, et y soit tiercé; que les grenadiers et voltigeurs du 55e rejoignent également leur corps; que les deux compagnies du 14e de ligne, qui sont à Bilbao, en partent pour rejoindre leur corps. Le 5e bataillon de la 4e légion de réserve pourrait, de Saint-Sébastien, se rendre à Bilbao pour renforcer la colonne du général Monthion. Le détachement du 14e de ligne, qui est à Villaréal, doit rejoindre ce régiment. Le 3e bataillon du 14e de ligne, qui est à Tolosa, doit rejoindre également, de même que la compagnie du 55e et le détachement de 200 hommes du 1e léger, qui sont à Irun, la compagnie du 44e, qui est à Ernani, et le détachement du même régiment, qui est à Durango. Recommandez qu’on réunisse les régiments et qu’on les forme bien, afin qu’on puisse rétablir l’ordre. Vous donnerez ordre au général Drouet d’envoyer à Vitoria le bataillon de la réserve qui est à Bayonne. Les 4e, 6e et 7e bataillons de marche ne devaient pas être incorporés dans deux seuls régiments; chaque détachement devait rejoindre son régiment; mais enfin, si l’on prend le parti de les fondre dans les 14e et 44e, il faut n’incorporer que les soldats, et renvoyer à Bayonne, au dépôt général, les officiers et sous-officiers pour recevoir les 20,000 conscrits qui s’y rendent. Recommandez de nouveau au maréchal Jourdan de réunir tous les corps ; c’est la chose la plus urgente. Donnez ordre que les bataillons provisoires de Prusse et de Westphalie soient dirigés sur Saint-Sébastien.

 

Saint-Cloud, 15 septembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée, à Paris

Mon Cousin, faites connaître au général Drouet que 20,000 conscrits se rendent à Bayonne an commencement d’octobre, et seront arrivés avant la fin du mois; que les 43e, 51e, 86e, 47e et 55e doivent recevoir chacun un millier d’hommes; qu’il faut donc disposer pour cela les cadres des 3e bataillons des 43e et 51e, du 4e bataillon du 86e, du 3e bataillon du 47e, et que, pour cet effet, il fasse partir 5 ou 600 hommes de ces bataillons, en les faisant accompagner d’un officier, de deux ou trois sergents et de deux ou trois caporaux par 200 hommes. Ces détachements seront incorporés dans les bataillons qui sont à l’armée, et les officiers et sous-officiers rentreront immédiatement après. Donnez ordre que les compagnies de grenadiers et de voltigeurs qui doivent rejoindre soient complétées, mais qu’on profite de leur passage pour y joindre 2 ou 300 conscrits pour les corps. Par ce moyen, les cadres de ces bataillons pourront recevoir à Bayonne les nouveaux conscrits, et les régiments se trouveront renforcés de tous les hommes qui sont aujourd’hui existants à Bayonne. Écrivez au major général de l’armée d’Espagne pour lui faire comprendre l’importance de cette mesure, et envoyez-lui la note des conscrits qui seront envoyés à Bayonne et des corps qui les recevront, afin qu’il s’entende avec le général Drouet pour qu’il y ait à Bayonne un petit dépôt destiné à recevoir ces conscrits, qui seront habillés par le dépôt général, soit, pour les régiments faibles, en renvoyant le cadre d’un bataillon et en placant tous les hommes disponibles dans les deux autres bataillons , soit par tout autre moyen. Vous donnerez l’ordre au 5e bataillon de la 2e légion, qui est à Bayonne, de se rendre à Vitoria, et aux bataillons irlandais et prussien de se rendre à Saint-Sébastien. Vous ferez connaître au major général que, moyennant ces compléments, il peut mettre en ligne le 55e, et, moyennant l’arrivée du bataillon de la légion, il peut retirer les détachements des 14e et 44e qui sont à Bilbao. Chargez le général Drouet de passer la revue des sept 5e bataillons des nouveaux régiments de l’armée d’Espagne, afin de s’assurer qu’ils ont, à leurs dépôts, leurs capitaines d’habillement et les cadres de quatre compagnies. On fournira ce qui manquerait.

 

Saint-Cloud, 15 septembre 1808

Au maréchal Masséna, à Paris

J’ai appris avec la plus vive peine le malheureux accident qui vous est arrivé. Après avoir échappé à tant de dangers, être blessé à la chasse, c’est un peu de guignon. J’apprends cependant que vous allez mieux et que cela n’aura pas de suite. Je le désire fort, pour utiliser vos talents et votre zèle pour la gloire de nos armes.

 

Saint-Cloud, 15 septembre 1808

NOTES POUR JOSEPH NAPOLÉON, ROI D’ESPAGNE

(La copie de l’original est devenue illisible en plusieurs endroits par suite de l’altération du papier. On a cru devoir reproduire en note, ci-après, les phrase complètes de la minute et signaler quelques mots qui paraissent avoir été primitivement mal déchiffrés.

En marge de la minute on lit la recommandation suivante : On désire que ces notes ne soient point communiquées aux généraux des ailes, il faut leur envoyer des ordres et non des discussions. Le Roi peut les étudier et les discuter avec quelques officiers”)

PREMIÈRE PARTIE.

1e Observation. – La position offensive (sur la minute : offensive) de l’armée d’Espagne est essentiellement mauvaise. La position de l’Èbre et surtout le débouché si important de Burgos ne sont tenables qu’autant qu’on occupe Tudela. Si Tudela n’a pas été occupé, l’ennemi, qui aura senti cette faute, doit l’avoir fait. S’il est en force et . . . . . . . . Estella à. . . . . . .trouvera à huit marches derrière (minute : “s’il est en force et qu’il se soit porté par Estaella, il se trouvera à huit marches derrière l’armée”). . . . . . .dans un pays de défilés et de montagnes. Il faut donc occuper Tudela. L’ennemi, qui n’a point de plan ni de forte armée, n’aura pas probablement essayé d’y revenir ; mais il faut occuper Tudela d’une manière offensive et avec 15 ou 16,000 hommes, dont les trois quarts placés sur la rive droite, et l’autre quart sur la rive gauche.

L’armée campée et baraquée là, 60,000 Espagnols, même de troupes réglées, ne sont pas dans le cas de forcer cette position; et enfin, si le général qui occupe Tudela ne juge pas à propos de livrer bataille, il pourra en deux heures de temps repasser la rivière, et successivement, de position en position, arriver au camp retranché de Pampelune.

Au lieu de s’en tenir à ce système, l’on a exigé que tout le corps de 16 à 18,000 hommes qui devait être à Tudela eût la droite à Logrofin ; système fautif, bon pour des douaniers et nullement pour une opération militaire.

2e Observation. – Le corps de gauche, tout concentré à Tudela, ne doit avoir rien de commun avec le reste. Son rôle est tout à fait séparé. Son principal but doit être de maintenir la Navarre. C’est ce qui avait été déjà exprimé dans les notes précédentes. Ce corps aurait une ligne particulière d’opération dirigée sur Pampelune, où il aurait ses gros bagages, ses transports et tout ce qui pourrait l’embarrasser.

3e Observation,. – Le camp de Tudela, porté de 16 à 18,000 hommes, ayant toujours pour un mois de vivres, ne doit pas rester oisif (inactif). Il doit envoyer des partis qui se dirigeront à un ou deux jours de marche, tant sur la droite que sur la gauche, et, par là, couvrir la position de Logrono.

Dans cet état de choses, que fera l’armée d’Aragon ? Quittera-t-elle Saragosse pour se porter sur Logrono ? Alors le camp de Tudela la prendra en queue. Se dirigera-t-elle par Arcos sur Pampelune ? Mais alors deux choses pourront arriver : ou le corps de Tudela se portera sur Saragosse, prendra la ville, ou enverra sur Arcos même un détachement par la rive gauche.

4e Observation. – Si, au contraire, l’on n’occupe pas Tudela, voici ce que fera l’ennemi : il y viendra, s’il est en force, et alors tout l’Aragon s’insurge (s’insurgera), et l’armée française, si elle est menacée par sa droite, perdra en manoeuvres un temps précieux, qui la mettra dans le cas d’être battue par un nombre inférieur. En effet, 20,000 hommes insurgés qui se porteraient à Tudela, semant des faux bruits, mettront l’armée française dans le cas de faire un détachement de 15 à 16,000 hommes pour renforcer sa gauche. Cinq à six jours sont nécessaires pour ce mouvement; et, si alors l’ennemi se présentait sur Burgos avec toutes ses forces de ligne, on n’aurait plus le temps de faire revenir le corps détaché à la gauche, et l’on pourrait être obligé à repasser les monts sans que seulement le tiers de l’armée se soit battu.

5e Observation. – Si l’on est placé, avec 15 à 18,000 hommes à Tudela, on ne peut rien redouter. Quelque formidable que soit l’armée ennemie qui se porte sur Burgos, fût-elle de 40,000 hommes de troupes de ligne, on a le temps de la voir, de la compter. L’on peut repasser la rivière, prendre des positions sur la gauche de l’Èbre et donner le temps au reste de l’armée de faire un mouvement sur Tudela, parce qu’il serait alors prouvé que la force est là.

La preuve de ce que nous avançons est que le moindre bruit inuiète le quartier général, parce qu’on n’est pas dans une bonne position. A la guerre, les espions, les renseignements comptent pour rien ; ce serait aventurer la vie des hommes à de bien faibles calculs que de s’y fier.

Ainsi l’ennemi aura beau dire que toute l’armée de ligne marche de Saragosse sur Tudela, on n’abandonnera Tudela que lorsqu’on aura vu l’ennemi et fait 30 ou 40 prisonniers qui donneront des détails précis, et alors on saura à quoi s’en tenir.

Si l’on ne veut pas admettre de la part de l’ennemi des plans combinés, voici ce qu’il peut faire et a peut-être fait : rassuré sur la position de Saragosse par l’évacuation de Tudela, il se portera sur Sos, inquiétera les communications de Pampelune à la France et de Pampelune à l’armée. On écrirait aussitôt au quartier général qu’il faut se retirer au camp de Pampelune, et alors l’ennemi sera le maître de ses opérations, et, si cet ennemi n’est qu’un ramassis de misérables , qu’un homme de résolution à la tête de 3,000 braves mettrait facilement en déroute, il faut déplorer le sort des soldats francais qui se trouvent si mal dirigés. Par cette retraite de la gauche sur Pampelune, le centre se trouvera tourné, obligé de se retirer et il ne serait pas impossible qu’une armée de 60,000 braves fût contrainte à des manoeuvres ridicules, qui porteraient le découragement et le désordre dans l’armée.

6e Observation. – Nous avons déjà fait connaître que le système des cordons est des plus nuisibles, et qu’une ligne, comme le Rhin et la Vistule même, ne peut se soutenir qu’en occupant des ponts qui permettent de reprendre l’offensive. Quoique en plaine, il faut comparer la position de Tudela à une côte qui domine, parce que , occupant Tudela, on occupe une position offensive : l’ennemi a tout à craindre et doit se garder partout.

L’on doit conclure de ces six observations qu’il faut centraliser toute la gauche à Tudela, qu’il faut que les 16,000 hommes ainsi réunis se forment, s’excitent, s’électrisent et menacent sans cesse. Il faut ne laisser à Pampelune que 2,000 hommes au lieu de 5,000 hommes, avoir une offensive telle qu’il convient à une armée française, et non une défensive molle, telle que celle que l’on a établie.

Nous venons de faire connaître de quelle manière devait être établie la gauche de l’armée; mais la droite n’est pas mieux assise. Pourquoi occuper Burgos seulement avec de la cavalerie, pourquoi pas avec tout le corps du maréchal Bessières, fort de 16 à 18,000 hommes ? En envoyant des reconnaissances à 15 et 16 lieues, on organiserait une défensive honorable et on éclairerait tous les mouvements de l’ennemi. Toutes les troupes espagnoles seraient alors insuffisantes. Quand ils auraient 40,000 hommes de troupes réglées, cette avant-garde les verrait venir, se replierait sur les divers corps ; on ferait tout de suite une manoeuvre d’ensemble. Mais que dire ici que nous n’ayons déjà dit dans les notes antérieures ?

Le corps du centre du maréchal Ney, ainsi que le corps autour du Roi, de 24,000 hommes, peuvent être en deuxième ligne entre Logrono et Burgos. La colonne de gauche se trouverait éloignée de trois marches forcées de Tudela, et la colonne de droite d’une marche de Burgos.

On conçoit la position de l’armée, offensive par sa droite et offensive par sa gauche. Alors on est certain de ne point s’inquiéter des faux bruits répandus par l’armée ennemie.

Il faut que les ordres que l’on donne soient positifs. Depuis quand 20,000 hommes ont-ils été étonnés de se voir approcher par plus du double ? On n’a pas d’ennemis en face et on se trouve décontenancé ! Il n’est pas un sous-lieutenant qui ne voie que l’armée est dans une mauvaise position. C’est, au reste, ce qu’on a toujours vu dans une défensive mal raisonnée et mal entendue. L’on verra les changements qui auront lieu dans l’esprit des habitants et dans celui de l’armée, lorsqu’on exécutera ce qui a été prescrit dans les trois notes précédentes et dans celle-ci.

DEUXIÈME PARTIE

(D’après le registre des héritiers du roi Joseph, il manque ici trois feuillets contenant, y est-il dit, des explications sur ce qu’il eût fallu faire après l’événement de Bailen, savoir : l° ne pas évacuer Madrid, 2° prendre Saragosse; 3° maintenir en position de communiquer avec le Portugal. Les explications mentionnées sont pareillement biffées sur la minute.) –
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

L’armée composée et organisée comme elle est, que faut-il faire ?

On pense qu’après que l’on sera bien placé, l’on peut faire des détachements sur Soria, s’emparer de la ville, brûler quelques maisons, enlever des otages, désarmer cette ville et lui faire fournir des vivres, brûler les biens des nobles émigrés.

Cette opération est d’autant plus importante qu’en l’exécutant on couvre le centre de l’armée. Que peut-on faire encore ? Réponse : diriger deux colonnes , l’une de Bilbao et l’autre de Reinosa, sur Santander, s’emparer de cette ville, brûler le drapeau qui a servi à la proclamation de Ferdinand, chasser l’évêque, prendre des otages, désarmer les habitants ; voilà pour le centre et la droite. Quant à la gauche, il faut envoyer des partis jusqu’à Tarazona et prendre des otages. Toutes ces petites opérations prépareront celles qui auront lieu à l’arrivée des secours, et donneront à une armée de 60,000 hommes la sphère de confiance et d’activité qu’elle doit avoir. En même temps, elles donneront le moyen de recevoir des nouvelles et empêcheront celles que l’on répand dans les camps et qui tendent à décourager le soldat et à donner de l’insolence aux habitants. Également dans la Biscaye et la Navarre, il faut faire arrêter les gens suspects. Pourquoi à Burgos, la maison de Valdès n’est-elle pas saisie ? Les insurgés agissent avec vigueur, et l’armée française est indulgente jusqu’à la faiblesse.

 

Saint-Cloud, 15 septembre 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je n’ai jamais supposé que le chemin de Pordenone à Osoppo dût coûter 150,000 francs : si cela est, j’y renonce; que le canal de Palmanova dût coûter trois millions : on m’avait assuré qu’il coûterait 500,000 francs ; s’il doit coûter trois millions, j’y renonce. Je n’ai jamais pu penser non plus que la digue de Mantoue coûtât un million. Causez avec les officiers du génie sur ces trois objets, et faites-moi connaître leur opinion. Mon intention est que les 300,000 francs que j’ai accordés, cette année, soient employés à la digue de Mantoue. Cette digue est nécessaire pour rendre la ville saine.

 

Saint-Cloud, 15 septembre 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je vous laisse le maître de faire revenir les 1er et 29e régiments de ligne pour rejoindre les 4e bataillons à Forli. Mais comme rien ne vous presse, et que ces régiments peuvent être utiles à Rome pour contenir les malveillants, vous pouvez les laisser encore quelques temps. Quant aux mouvements de Dalmatie, j’ai, le 25 septembre, à Erfurth, une entrevue avec l’empereur de Russie, et, à mon retourm, je vous écrirai.

 

Saint-Cloud, 15 septembre 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, j’ai travaillé aijourd’hui pour arrêter le compte des finances. Aldini vous fera connaître les différentes dispositions que j’ai prises. Comme je vais partir du 20 au 21 pou Allemagne, où j’ai une enteevue avec l’empereur de Russie, je désire à mon retour avoir sous les yeux toutes les pièces relatives aux budgets de 1808 et 1809.

 

Saint-Cloud, 15 septembre 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, j’ai reçu votre lettre, et l’état des escadres russes de Venise et deTrieste. Faîtes-moi connaître combien peuvent valoir les bâtiments russes qui sont dans le port de Vebise et ceux de Trieste qui peuvent y entrer. Si les vaisseaux de ligne qui sont à Trieste désarmés et allégés seraient capables d’entrer dans Venise, ou si l’on pourrait les envoyés désarmés à Ancône, l’intention de l’empereur Alexandre étant de rappeler ses matelots et de me laisser prendre tous ces bâtiments.

 

Saint-Cloud, 16 septembre 1808

Au général Lacuée, directeur des revues et de la conscripütion militaire

Je vous envoie votre état de répartition. Je l’approuve, mais avec les changements suivants.

Donnez les départements des Hautes et BasseS-Pyrénées, des Landes, du Gers, de la Gironde et autres départements aussi voisins aux 43e, 47e, 5le, 55e, 86e et 15e. La raison en est que ces régiments ont le cadre de leur 1er bataillon à Bayonne. Ces conscrits arriveront très-promptement et il n’y aura alors aucun embarras. Les régiments de nouvelle création, qui sont en Espagne, dont les bataillons sont autour de Bayonne, doivent également se recruter dans ces départements.

Les 500 hommes destinés pour les fusiliers de la Garde , vous les dirigerez sur Bayonne ; vous en préviendrez le commandant de la Garde à Paris, pour qu’il envoie les effets d’habillement nécessaires.

Les détachements de cavalerie doivent être dirigés sur les dépôts. Vous ne donnez rien au 6e bataillon du train bis, lequel est actuellement en Espagne. Les dépôts des transports militaires doivent être également dirigés sur Bayonne.

Il y a trois régiments, les 66e, 82e et 26e, qui sont à Bordeaux, Napoléon et la Rochelle. Ces trois régiments ont besoin chacun de 1,000 hommes. Il serait bien important de diriger 1,000 hommes sur chacun de ces régiments, puisqu’ils sont rendus sur les lieux. La distribution de ces 3,000 hommes dérangera, en quelque chose, les états primitifs que je vous ai envoyés.

 

Saint-Cloud, 17 septembre 1808

A M. Cretet, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur Cretet, les troupes ont été traitées à Metz, à Nancy, à Reims. Je désire qu’elles le soient à Paris, à Melun, à Sens, à Saumur, à Tours, à Bourges et à Bordeaux ; ce qui fera trois fois pour les mêmes troupes. Vous me remettrez une note de ce que cela coûtera par homme, selon l’autorisation que vous avez donnée. Faites faire à Paris des chansons que vous enverrez dans ces différentes villes; ces chansons parleront de la gloire que l’armée a acquise, de celle qu’elle va acquérir encore, et de la liberté des mers , qui sera le résultat de ses victoires. Ces chansons seront chantées aux diners qui seront donnés. Vous ferez faire trois sortes de chansons, afin que le soldat n’entende pas chanter les mêmes deux fois.

 

Saint-Cloud, 17 septembre 1808

A M. Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Qu’est-ce que c’est que des croix et autres signes distinctifs que 19 curés de Lyon distribuent aux citoyens de la ville, pour porter dans l’église et dans les cérémonies ?

 

Saint-Cloud, 17 septembre 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, je vous renvoie votre porte-feuille. Vous pouvez employer une somme de 50.000 francs à donner des secours à la députation portugaise.

 

Saint-Cloud, 17 septembre 1808

NOTE POUR LE MAJOR GÉNÉRAL, A PARIS.

Il faut bien se garder de châtrer les chevaux espagnols ; on les gâterait. Mais, dans ce cas, on réunira tous les chevaux entiers dans une même compagnie, et alors cela n’aura plus d’inconvénient. Écrire au général Bourcier de faire connaître de quelle arme sont ces chevaux, et on enverra autant d’hommes des dépôts que l’on pourra. Mander au général Bourcier qu’il a eu tort de contremander la levée qu’il doit la continuer, l’intention de l’Empereur étant d’avoir sa cavalerie dans le meilleur état.

 

Saint-Cloud, 17 septembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée, à Paris

Mon Cousin, donnez ordre que la 5e division de dragons, qui doit être arrivée à Baireuth, se dirige en droite ligne sur Strasbourg.

 

Saint-Cloud, 17 septembre 1808

A M. Melzi, duc de lodi, président du collège des Possidenti, à Milan

Monsieur le Duc de Lodi, Président du Collége des Possidenti, j’ai reçu avec une singulière satisfaction l’expression de fidélité et d’amour que le Collége m’a exprirnés. Le Vice-Roi ne m’a pas laissé ignorer l’esprit patriotique qui anime ses membres et les choix distingués qu’ils ont faits pour occuper les places les plus importantes de l’État. Faites-leur, je vous prie, connaître tout mon contentement, et assurez-les de nouveau de tous les sentiments que je leur porte.

 

Saint-Cloud, 17 septembre 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Miranda

Mon Frère, je ne réponds pas à votre lettre, où vous paraissiez avoir de l’humeur : c’est un principe que je suis avec vous depuis longtemps. Vous avez trop d’esprit pour ne pas concevoir que c’est la seule chose que je puisse faire, lorsque vous m’écrivez ainsi. Je ne disserterai jamais non plus sur le passé, à moins que vous ne me le demandiez pour vous seul et pour vous servir de règle pour l’avenir. Mais, lorsque vous êtes convaincu qu’on ne pouvait faire mieux que ce que l’on a fait, je dois vous laisser dans votre croyance et ne pas vous affliger, puisque le passé est toujours sans remède.

J’ai accordé toutes les récompenses que le général Merlin a demandées pour l’affaire de Bilbao, d’autant plus quelles m’ont paru raisonnables.

 

Saint-Cloud, 18 septembre 1808.

A M. Gaudin, ministre des finances, à Paris

Un des changements qu’il paraîtrait utile de faire dans l’imposition serait de la mettre, pour le bois, sur la coupe et non sur l’arpent. Cela est depuis longtemps réclamé.

 

Saint-Cloud, 18 septembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée, à Paris

Mon Cousin, vous trouverez ci-joint le discours que j’ai adressé aux soldats, à la parade de dimanche dernier. Vous l’enverrez par les trois routes aux colonels et commandants des corps. Il sera lu à l’ordre au milieu des principales villes , à haute voix , et il sera mis à l’ordre du jour. Vous chargerez les colonels de vous faire connaître les sentiments qui auront animé les soldats dans cette circonstance.

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P. S. Il est bon que trois officiers de confiance portent cette proclamation et vous instruisent , au retour, de la situation des corps et de l’esprit qui les anime.

PROCLAMATION

Soldats, après avoir triomphé sur les bords du Danube et de la Vistule, vous avez traversé l’Allemagne à marches forcées. Je vous fais aujourd’hui traverser la France sans vous donner un moment de repos.

Soldats, j’ai besoin de vous. La présence hideuse du Léopard souille les continents d’Espagne et de Portugal ; qu’à votre aspect il fuie épouvanté. Portons nos aigles triomphantes jusqu’aux colonne d’Hercule : là aussi nous avons des outrages à venger.

Soldats, vous avez surpassé la renommée des armées modernes mais avez-vous égalé la gloire des armées de Rome, qui, dans un même campagne , triomphaient sur le Rhin et sur l’Euphrate , en Illyrie et sur le Tage ?

Une longue paix, une prospérité durable seront le prix de vos travaux. Un vrai Français ne peut, ne doit prendre du repos que les mers ne soient ouvertes et affranchies.

Soldats, tout ce que vous avez fait, tout ce que vous ferez encore pour le bonheur du peuple français, pour ma gloire, sera éternellement dans mon coeur.

 

Saint-Cloud, 18 septembre, 1808

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples

Je reçois votre lettre. J’ai appris avec plaisir votre entrée à Naples et que vous êtes content de l’esprit de vos peuples.

Il faut marcher doucement sur l’armement des citoyens, ou du moins n’armer que les propriétaires.

La prise de Capri serait d’un bon résultat ; elle signalerait d’autant mieux votre arrivée qu’elle ferait craindre aux Anglais pour la Sicile ce qui serait fort utile.

Je ne demande pas mieux que de faire l’expédition de Sicile cet hiver; mais il faudrait savoir ce que les Anglais y ont, et combien de troupes il vous faudrait.

Distinguez-vous et faites-vous aimer, et sachez que cela ne peut avoir lieu qu’en mettant le plus grand ordre dans les finances.

 

Saint-Cloud, 20 septembre 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Faîtes arrêter un nommé Navailles, élève en chirurgie, qui tient toutes sortes de propos. Interrogez-le sur les propos qu’il dit tenir du sieur Pelletan. C’est un mauvais sujet qu’il ne faut laisser à Paris.

 

Saint-Cloud, 21 septembre 1808

A M. Cretet, minstre de l’intérieur, à Paris

L’école de Châlons-sur-Marne est destinée à recevoir des élèves, fils de soldats, de gendarmes, etc. C’est à cet effet qu’on a accordé une pension dont le maximum a été fixé à 400 francs, et l’école a été fondée sur le principe que l’enfant sortant doit savoir un métier.

Sa Majesté voudrait un autre genre d’école qu’on pourrait établir à Beaupreau, attendu que Châlons paraît suffire à sa destination.

Les élèves de cette école ne devraient pas coûter plus de 200 francs, et moins, si cela était possible. On n’a pas l’intention d’y placer des enfants d’hommes ayant bien mérité, mais des enfants trouvés de l’âge de treize ans. On leur apprendra des métiers. On les fera ensuite sortir pour le service de l’armée, de la marine et même des colonies, qui ont essentiellement besoin d’ouvriers.

Faire un rapport et établir ce que cela coûtera.

 

Saint-Cloud, 21 septembre 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, le 6e corps a montré peu de discipline en Allemagne, et a fait crier tout le pays; témoignez-en mon mécontentement à ce corps. Faites-vous donner le compte des voitures et autres réquisitions qu’ils ont exigées à Dresde. On se plaint qu’il y a des lieux où ils ont payé et d’autres où ils n’ont pas payé. Ordonnez aux généraux de prendre des mesures pour réprimer les vexations et établir une meilleure discipline. Donnez ordre que la sentence du soldat du 76e qui a tué un homme en Saxe soit publiée et affichée.

 

Saint-Cloud, 21 septembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée, à Paris

Mon Cousin, je vous renvoie les lettres du général Duhesme témoignez-lui ma satisfaction. Rernettez-moi la liste des officiers qu’il cite, et proposez-moi des récompenses. Envoyez copie de ces dépêches au général Saint-Cyr, dans le cas qu’il ne les ait pas reçues Donnez au ministre de la marine vos lettres pour le général Duhesme en triplicata; il les fera partir par trois bâtiments. Vous y mettrez des Moniteur d’un mois, et surtout un grand nombre de ceux où il est question des affaires politiques et militaires d’Espagne. Vous ferez connaître au général Duhesme qu’à la fin de septembre le général Saint-Cyr aura 30,000 hommes de vieilles troupes réunies à Perpignan ; que les divisions Souham et Pino doivent, à l’heure qu’il est, être déjà arrivées; que près de 200,000 hommes de la Grande Armé ont déjà dépassé Paris et Orléans et marchent par trois routes sur Bayonne; que l’Espagne sera soumise avant la fin de l’année et les Anglais rejetés dans l’Océan; qu’il est cependant nécessaire qu’il se tienne prêt à tout événement, même à soutenir un siège; que, par sa lettre et au moyen de mesures qu’il prendra, vous le suppose z approvisionné jusqu’au 1er janvier, quoique l’Empereur doive être entré à Barcelone avant ce terme; que je compte entièrement sur son zèle pour la garde du poste important qu’il occupe. Recommandez au général Saint-Cyr de faire partir de petites barques aussi souvent qu’il pourra pour porter au général Duhesme des Moniteur et des nouvelles, et de lui écrire dans le même sens.

Il faut répondre au maréchal Bessières que, des sous-ofuciers pour les légions de réserve, il peut en fournir du 47e ou des fusiliers de la Garde; que, des officiers, il en a été nommé; que j’apprends avec plaisir ce qu’il dit du général Bouet.

 

Saint-Cloud, 21 septembre 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Donnez ordre que la dame de Dave sur laquelle on a trouvé des piéces coupables à Namur soit enfermée dans une maison de force, du côté du Dauphiné. Envoyez l’ordre au préfet des Hautes-Pyrénées, s’il en est encore temps, d’arrêter le duc d’Ossuna.

 

Saint-Cloud, 21 septembre 1808

Au prince Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Aldini me paraît être fort besogneux. Je désire que vous lu fassiez prêter, soit sur les fonds de la couronne, soit sur tout autre fonds, sauf à régulariser, 300,000 francs, en prenant toutes le sûretés pour que cet argent ne soit pas perdu. Je verrai à mon retour à régulariser ce prêt.

 

Saint-Cloud, 21 septembre 1808

Au prince Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon Fils, je pars à cinq heures du matin pour Erfurth, où je resterai une quinzaine de jours avec l’empereur de Russie, si vous avez quelque chose de pressé, vous pourrez me l’adresser par un courier extraordinaire qui passerait par Augsbourg

 

Châlons-sur-Marne, 22 septembre 1808

NOTE POUR LE ROI D’ESPAGNE

(Le roi Joseph avait adressé à l’Empereur, le 16 septembre, un mémoire dont la lettre suivante fait connaître les points principaux.

Sire, je reçois la lettre de Votre Majesté du 7. Je vais me rapprocher du maréchal Moncey; je lui ai donné l’ordre de tenir Tudela, je vais réunir de ce côté une grande partie de l’armée. Il paraît que c’est de ce côté que l’ennemi prépare tous ses moyens et tentera tout ce qu’il pourra.

Je suis convaincu que, si je quittais la ligne de l’Èbre en laissant seulement garnison à Pampelune, Saint-Sébastien, Pancorbo et Burgos, et réunissant tout mon monde, c’est-à-dire 50,000 hommes organisés aujourd’hui, reposés et en bon état, je dissiperais l’ennemi , et que j’arriverais à Madrid, où le gouvernement que l’on tente de former se dissiperait aussi. Je me porterais toujours en masse partout où il y aurait un corps à combattre et des moyens de vivre; je porterais tout avec moi; je me rapprocherais de Burgos lors de l’arrivée de la Grande Armée. Jusque-là je serais en Espagne comme vous étiez en Égypte; et, semblable à un 74, j’évirerais les atterrages, et serais sûr de n’avoir rien à craindre dans le plat pays, et d’y être toujours maître. Les défilés, les montagnes de la Biscaye, les communications avec la France seraient interrompus jusqu’à ce que les premières troupes de la Grande Armée, se réunissant à Bayonne, arriveraient en Espaqne par masses de 20 à 25,000 hommes. Je suis convaincu qu’un projet semblable, qui paraît audacieux, réussirait mieux que la défensive tâtonneuse à laquelle je suis condamné sur une ligne de plus de soixante lieues. Il est possible qu’un parti semblable empêche la grande réunion des corps militaires ennemis, qu’il disperse les éléments qui vont se réunir à Madrid, et que toutes ces formations, surprises avant d’être achevées, rendent plus facile la soumission totale du pays lors de l’arrivée des grandes forces que Votre Majesté dirige sur ce pays : Sire, c’est là mon opinion. Si Votre Majesté veut y réfléchir et me donner ses ordres, je les exécuterai avec confiance d’un plein succès; je laisserai derrière moi Saragosse et les insurrections partielles; je battrai les masses, et je jetterai l’épouvante dans l’âme des projetistes de Madrid. Les armes tomberont de la main des uns, et la plume de la main des autres, dès qu’ils sauront que 50,000 Français marchent sur eux. Mais, jusqu’à l’arrivée de la Grande Armée, vous n’aurez pas de nouvelles de nous, je n’en aurai pas de vous. Si cela vous convient, Sire, donnez-moi votre approbation, et je crois pouvoir répondre de l’exécution. J’ai beaucoup réfléchi à ma position, et c’est ce qu’il y a de mieux à faire. Je suis sûr que, dès que j’aurai expliqué tout cela aux maréchaux Jourdan, Ney, Bessières, ils seront de mon avis.”)

le Observation. – On propose de marcher avec 50,000 hommes sur Madrid en se trouvant réunis et abandonnant les communications avec la France.

L’art militaire est un art qui a des principes qu’il n’est jamais permis de violer. Changer sa ligne d’opération est une opération de génie ; la perdre est une opération tellement grave, qu’elle rend criminel le général qui s’en rend coupable. Ainsi, garder sa ligne d’opération est nécessaire pour arriver à un point de dépôt où l’on puisse évacuer les prisonniers que l’on fait, les blessés et les malades qu’on a, trouver des vivres et s’y rallier.

Si, étant à Madrid, on eût réuni ses forces sur la ville, qu’on eût considéré le Retiro comme un point de réunion des hôpitaux, des prisonniers, et comme moyen de contenir une grande ville et de se conserver les ressources qu’elle offre, cela eût été perdre ses communications avec la France, mais assurer sa ligne d’opération, si, surtout, on profitait du temps pour réunir une grande quantité de vivres et de munitions, et qu’on eût organisé à une ou deux marches sur les principaux débouchés, comme la citadelle de Ségovie, etc., des points faits pour servir de points d’appui et de vedettes aux divisions.

Mais aujourd’hui, qu’on s’enferme dans l’intérieur de l’Espagne sans avoir aucun centre organisé, aucun magasin de formé, étant dans le cas d’avoir des armées ennemies sur les flancs et les derrières, ce serait une folie si grande, qu’elle serait sans exemple dans l’histoire du monde.

Si, avant de prendre Madrid, d’y organiser l’armée, des magasins de huit à dix jours, d’avoir des munitions en suffisance , on venait à être battu, que deviendrait cette armée ? Où se rallierait-elle ? Où évacuerait-elle ses blessés ? D’où tirerait-elle bien ses munitions de guerre, puisqu’on n’a qu’un simple approvisionnement ? Nous n’en dirons pas davantage. Ceux qui osent conseiller une telle mesure seraient les premiers à perdre la tête aussitôt que l’événement aurait mis au clair la folie de leur opération.

Quand on est dans une place assiégée, on a perdu sa ligne de communication, mais non sa ligne d’opération, parce que la ligne d’opération est du glacis au centre de la place où sont les hôpitaux , les magasins et les moyens de subsistance. Est-on battu au dehors ? On se rallie sur les glacis, et on a trois ou quatre jours pour réparer les troupes et réorganiser leur moral.

Avec une armée composée toute d’hommes comme ceux de la Garde, et commandés par le général le plus habile, Alexandre ou César, s’ils pouvaient faire de telles sottises, on ne pourrait répondre de rien, à plus forte raison dans les circonstances où est l’armée d’Espagne.

Il faut renoncer à ce parti que réprouvent les lois de la guerre. Le général qui entreprendrait une telle opération militaire serait criminel.

2e Obserralion. Que faut-il donc faire ? On ne peut que répéter ce qu’on a dit : avoir sa gauche concentrée à Tudela, sans cordon, à cheval sur l’Ébre, et prête à repasser l’Èbre si cela est nécessaire, et conservant sa communication sur Pampelune ; la droite sur Burgos, interceptant la route de Madrid à Reinosa; la réserve en seconde ligne et prête à se porter sur l’un ou l’autre point.

Dans cette situation des choses, on peut réunir la réserve, le corps du maréchal Ney, celui du maréchal Bessières, et tomber sur l’ennemi qui s’approcherait par la route de Madrid et celle de Palencia. On peut très bien, avec ces 30 ou 40,000 hommes, faire trois ou quatre marches dans une direction ou dans une autre.

Il serait possible sans doute que l’ennemi, voyant de telles forces s’approcher, ne tînt pas, et, pendant qu’il s’éloignerait de cinq ou six marches, on en profiterait pour enlever Reinosa et Santander, opération très-importante à faire. Ce qui encourage l’ennemi à tenir à Reinosa, c’est qu’on n’occupe Burgos que par de la cavalerie, et qu’on manifeste l’intention de se retirer. Tout est opinion à la guerre, opinion sur l’ennemi, opinion sur ses propres soldats. Après toute bataille perdue, la différence du vaincu au vainqueur est peu de chose, c’est (minute : cependant incommensurable par l’opinion) puisque deux ou trois escadrons suffisent alors pour produire un grand effet. On n’a rien fait pour donner de la confiance aux Francais; il n’y a pas de soldat qui ne voie que tout respire la timidité, et il se forme en conséquence l’opinion de l’ennemi. Il n’a pas d’autre élément, pour savoir ce qui lui est opposé, que ce qu’on lui dit et la contenance qu’on lui fait prendre.

3e Observation. – Il n’y a pas de doute qu’avec le nombre de troupes qui sont à l’armée d’Espagne l’on peut et l’on devrait aller à Madrid, mais après avoir détruit tous les corps de l’ennemi par des mouvements combinés sur Palencia et Saragosse, si l’ennemi fait la faute de s’approcher et de se mettre en ligne. Mais, pour cela, il faut prendre un parti sur le moment, avoir son armée à la main et la connaissance de son art.

On ne peut donc que répéter ce qu’on a dit et redit : attaquer l’ennemi s’il approche de deux marches. Si l’on obtient une victoire décisive contre toutes ses forces réunies ou plusieurs victoires contre ses corps isolés, ces victoires doivent conseiller le parti qu’il faut prendre. Mais tous ces combats doivent être livrés suivant les règles de la guerre, c’est-à-dire ayant sa ligne de communication assurée.

 

Metz, 23 septembre 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Vitoria

Mon Frère, je continue mon voyage sur Erfurt, où les conférences auront lieu le 27. La Grande Armée marche par trois routes, et la queue a déjà dépassé Paris.

 

Metz, 23 septembre 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Le Publiciste du 22 septembre agite des questions théologiques; cela n’est que d’un mauvais effet. Ne peut-on pas laisser les questions théologiques aux prédicateurs ? J’avais déjà fait connaître mon intention que les journaux cessassent de s’en occuper. Qu’est-ce que cela fait que les prêtres soient mariés ou non ? Il faut éviter de troubler l’Etat pour ces bêtises.

 

Kaiserslautern, 24 septembre 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Dîtes à MM. de San-Carlos et d’Esquiquiz que je n’ai pas pu les voir à paris, à cause de la grande quantité de mes affaires, mais que je serai fort aise de les voir à mon retour, qui aura lieu avant vingt jours; que, d’ici à ce temps, ils sont maîtres de prendre ou non possession de la terre de Navarre; que, dans le cas où ils désireraient en prendre possession, ils peuvent s’adresser au ministre des finances auquel j’ai écrit. De votre côté, il est bon que ces messieurs restent à Paris; je le préfèrent á ce qu’ils retournent à Valençay. Continuez à les faire surveiller.

 

Kaiseralautern, 24 septembre 1808

Au prince Cambacérès, Archichancelier de l’Empire, à Paris

Mon Cousin, je suis arrivé à Kaiserslautern. Donnez de mes nouvelles à l’impératrice. Je me porte fort bien. Le temps a été superbe. J’ai des nouvelles que toute la cour de Russie était déjà arrivée à Koenigsberg.

 

Kaiserslautern, 24 septembre 1808

A M. Cretet, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur Cretet, je ne suis pas plus content ici que dans les autres départements des ponts et chaussées. J’ai trouvé que dans la Sarre et la Moselle on avait travaillé pour avancer la route. Dans le département du Mont-Tonnerre on n’a rien fait. Ici, comme ailleurs, on a commencé la campagne au mois d’août; les beaux mois de l’été on été perdus en procès-verbaux, en chicanes et en inutiles paperasseries. L’ingénieur se plaint qu’on ne lui envoie point d’argent, de sorte qu’il est endetté. Cette route, la plus importante de la France, n’est point du tout avancée. Je sais qu’il en est de même en Piémont, où l’on a laissé passer la belle saison. Cette manière de faire est par trop ridicule. Faites-rnoi connaître quel parti il y a à prendre pour arriver à un résultat. J’ai accordé deux millions pour cette route; on ne fait point ce que je veux ; cet argent aura été employé à d’autres travaux ; les fonds cependant avaient été mis dès l’année passée. Cette route si importante ne sera jamais finie, si l’on marche comme cela. Soit la faute du comité, soit la faute de l’administration, on perd trois ou quatre mois avant de résoudre les difficultés qui se présentent dans les travaux.

 

Erfurt, 27 septembre 1808

Au prince Cambacérès, Archichancelier de l’Empire, à Paris

Mon Cousin, je suis arrivé ce matin à Erfurt à neuf heures. L’empereur de Russie était arrivé depuis le 25 à Weimar. L’entretien doit avoir lieu, ici, dans une heure. Le roi de Saxe est ici depuis hier, et un grand nombre de princes vont arriver aussi.

 

Erfurt, 27 septembre 1808

A Maximilien-Joseph, roi de Bavière, à Munich

Je recois la lettre de Votre Majesté, par laquelle elle me fait connaître son désir de se rendre à Erfurt. Je n’y vois aucun inconvénient, et, là comme ailleurs, je serai fort aise de lui renouveler les assurances des sentiments d’estime et d’amitié qu’elle me connaît.

 

Erfurt, 27 septembre 1808

A Frédéric, roi de Wurtemberg, à Stuttgart

Monsieur mon Frère, je reçois la lettre de Votre Majesté. J’ignore le nombre de jours que je resterai à Erfurt. Aussitôt que je serai fixé sur le moment de mon départ , je conviendrai avec elle d’un point où je puisse la rencontrer sur la route. Toutefois, Votre Majesté doit être persuadée du plaisir que j’aurai à la voir en quelque lieu que ce soit, soit à Erfurt, soit sur un point de la route.

 

Erfurt, 28 septembre 1808

A Catherine, reine de Westphalie, à Cassel

Je reçois la lettre de Votre Majesté du 23 septembre. Je verrai Votre Majesté avec plaisir et serai fort aise de lui donner des preuves de l’estime et de la parfaite amitié que je lui porte.

 

Kaiserslautern, 24 septembre 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Vitoria

Mon Frère, vous aurez reçu des notes sur le mémoire joint à votre lettre du 16. A la guerre, il faut des idées saines et précises. Ce que l’on vous propose n’est pas faisable. Il faut adopter pour principe général de ne pas souffrir que l’ennemi s’établisse à trois ou quatre marches de Burgos. Palencia n’est qu’à deux marches; l’ennemi ne serait probablement pas venu, si l’on avait occupé Burgos d’une manière offensive; et, l’ennemi battu et chassé au delà de Palencia, Santander tombe ou est emporté en peu de temps, ce qui est une chose importante. Quant à la gauche, le corps de Tudela doit toujours avoir sa retraite sur Pampelune, et, si 12 ou 15,000 hommes étaient poussés sur Pampelune, ils n’y seraient pas en danger dans la ville ou le camp retranché. Cela dépend de ce que fait l’ennemi. A la guerre, on prend son parti devant l’ennemi. On a toujours la nuit pour soi pour se préparer. L’ennemi ne se place pas sans qu’on le reconnaisse; mais il ne faut pas calculer théoriquement ce que l’on veut faire, puisque cela est subordonné à ce que fait et fera l’ennemi. Selon les lois de la guerre, tout général qui perd sa ligne de communication mérite la mort. J’entends par ligne de communication celle où sont les hôpitaux, les secours pour les malades, les munitions de guerre, les vivres, où l’armée peut se réorganiser, se refaire et reprendre, en deux jours de repos, son moral perdu quelquefois par un accident imprévu. On n’entend pas perdre sa ligne de communication, quand elle est inquiétée par des barbets, des miquelets, des paysans insurgés et, en général, par ce qu’on nomme à la guerre des partisans. Cela arrête des courtiers, quelques hommes isolés qui percent toujours, quelque parti que l’on prenne, mais n’est pas dans le cas de faire front à une avant-garde ou à une arrière-garde; alors cela n’est rien. La ligne de communication est organisée sur le principe que tout se reploierait sur Madvid. Pour cela, on devait tout réunir au Retiro, munitions de guerre, vivres, etc., et l’on aurait pu y réunir un plus grand nombre de troupes en peu de jours, dans un cas de nécessité. C’est bien différent d’opérer avec un système arrêté sur un centre organisé, ou d’aller au hasard perdre ses communications sans avoir un centre d’opération organisé.

 

Erfurt, 28 septembre 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le général Clarke, il faut placer les Espagnols dans une bonne forteresse, dans l’intérieur de la France, sous les ordres d’un commandant sûr et d’une bonne garnison, afin qu’ils ne puissent s’échapper. D’ailleurs, ils ne méritent aucun ménagement, ce sont des traîtres.

 

Erfurt, 29 septembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la grande Armée, à Paris

Mon Cousin, donnez l’ordre au parc du génie qui est à Fulde de faire partir les trois quarts de ses voitures, bien attelées et chargées d’outils, pour se rendre d’abord à Mayence et de là à Bayonne ; il fera marcher, avec, trois officiers du génie. Le commandant du parc vous enverra l’état de ce qui partira et de ce qui restera, soit en personnel, soit en matériel.

 

Erfurt, 30 septembre 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, je suppose que le général Valence est à Sedan pour passer en revue et mettre en bon état les régiments polonais. Après qu’ils se seront reposés trois ou quatre jours à Sedan, ils continueront leur route sur Bayonne. Il n’y a pas besoin de lui donner de nouvelle artillerie; il me semble que l’armée en a assez; on organisera facilement quelques pièces.

Un régiment de chevau-légers du roi de Westphalie est parti de Wesel; vous lui ferez continuer sa route sur Paris pour joindre cette division polonaise, qui fait partie du corps du duc de Danzig.


 

References   [ + ]

1. Pierre-Paul-Eugène, baron Faudoas-Séguenville (1788 – 1844), lieutenant de cavalerie, officier d’ordonnance de l’Empereur et frère de la duchesse de Rovigo
2. Commandée par le major Korff. Deux mois plus tard, à Erfurt, Napoléon autorisa ces Russes à traverser le territoire français et à suivre l’itinéraire fixé par le tsar, son nouvel allié.
3. Il s’ait de la lettre de Stein à Wittgenstein
4. Même lettre au roi de Wurtemberg, au roi de Bavière, au grand-duc de Bade, au prince Primat.