Correspondance de Napoléon Ier – Novembre-Décembre 1808

 

Bayonne, 3 novembre 1808, trois heures du matin

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Vittoria

Mon Frère, j’arrive au moment même à Bayonne. Toutes vos troupes sont disséminées. Je vous recommande de nous écrire au moins une ou deux fois par jour, pour que je sache où sont les corps.

Ayant couru à franc étrier une partie des Landes, je suis un peu fatigué.

Bayonne, 4 novembre 1808, quatre heures du matin

Au général Walther, commandant la Garde Impériale, à Bayonne

J’ai donné l’ordre au général Lefebvre de se rendre sur-le-champ à Saint-Jean-de-Luz avec son réogiment. Faites partir les grenadiers à six heures du matin, afin qu’ils puissent se trouver avant onze heures à Irun et pousser alors quelques escortes entre Irun et Hernani.

Les dragons devront se reposer aujourd’hui et partiront demain. Faites partir sur-le-champ les deux compagnies de fusiliers qui sont au camp, de manière qu’ils soient vers dix heures à Irun.

Je suppose que vous avez fait distribuer quatre jours de vivres à la Garde. Faites mettre en marche, à six heures du matin, les régiments de la Garde. Ils continueront leur route et iront aussi loin qu’ils pourront. Les grenadiers et chasseurs de la Garde partiront à six heures environ et iront aussi loin qu’ils pourront. Le régiment qui est à Hernani ira plus loin.

 

Bayonne, 4 novembre 1808

Au général Junot, duc d’Abrantès, commandant le 8e corps de l’armée d’Espagne, à la Rochelle

Vous trouverez ci-joint une lettre du ministre de la guerre. Je vois avec plaisir que le régiment provisoire de Rennes sera arrivé à l’heure qu’il est à Saintes et incorporé dans les régiments dont il fait partie. Quant au régiment provisoire que Dufour a laissé à Beaupreau, faites-le revenir, et seulement désignez, pour rester à Beaupreau , une compagnie de voltigeurs et une de grenadiers, des corps qui sont arrivés des plus entiers.

Le maréchal Lefebvre a attaqué les Espagnols en avant de Bilbao , les a battus et poursuivis l’épée dans les reins. Sur la gauche on les a battus et poursuivis également. Les prisonniers sont dirigés sur Bordeaux.

Vous devez avoir déjà reçu l’ordre de faire partir pour cette ville la 1e brigade de la division Laborde. Je vous écris, par la présente, que je désire que vous y envoyiez toute la division Laborde; elle sera bien à Bordeaux. Vous ferez occuper Saintes par les troupes qui sont plus éloignées. J’ai promu les colonels Foy, de l’artillerie, et Maransin, de la légion du Midi, au grade de général de brigade.

Envoyez-moi l’état des récompensés que vous croyez avoir été méritées par votre corps d’armée.

Je porte ce soir mon quartier général à Tolosa, et de là je continuerai. Je vous manderai bientôt de porter votre quartier général à Bordeaux. Je désire également que le général Dufresse se dirige sur Bayonne; il fera toujours partie de votre corps d’armée, mais , en attendant, il pourra être utile à Bayonne.

Deux compagnies du 6e régiment d’artillerie, appartenant au corps de la Gironde, étaient, à Bayonne, un effectif de 120 hommes environ pour les deux compagnies. J’ai ordonné qu’une des deux fùt complétée par l’autre à 120 et dirigée sur Pampelune. Vous ne devez plus compter sur cette compagnie. Le cadre de l’autre est dirigé sur la Rochelle, où il sera complété. On vous fournira une autre compagnie d’artillerie.

Mandez-moi si les officiers réformés vous arrivent.

 

Bayonne, 4 novembre 1808

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Sicles, à Naples

Mon Frère, je suis arrivé à Bayonne. Je porte demain mon quartier général à Vitoria.

Les prisonniers que vous faites à Capri ne doivent pas être échangés. Il est nécessaire que vous en envoyiez l’état au ministre de la guerre et que vous placiez ces prisonniers dans un lieu sûr de votre royaume. Ils doivent être considérés comme prisonniers français, l’armée française étant la principale dans cette expédition. Une note de votre ministre des relations extérieures m’a appris la prise de Capri officiellement; cela est ridicule. Capri ayant été prise par mes troupes, je dois apprendre cet événement par mon ministre de la guerre, à qui vous devez en rendre compte. Il faut avoir soin de ne rien faire qui puisse, sous ce point de vue, blesser moi et l’armée française.

 

Bayonne, 4 novembre 1808.

Au maréchal Lefebvre, duc de Dantzig, commandant le 4e corps de l’armée d’Espagne, à Bilbao

L’Empereur, Monsieur le Maréchal, a vu avec peine que, sans ordre, vous aviez engagé une affaire avec le corps du général Blake qui , s’il fût encore quarante-huit heures dans cette position était dans le cas d’être pris ou du moins d’être attaqué plus avantageusement.

 

Bayonne 4 novembre 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, donnez l’ordre à tout ce qu’il y a de disponible dans le dépôt du régiment hollandais à Saint-Denis de partir pour Bayonne; il doit y avoir une centaine d’hommes.

Les subsistances ne manquent pas ici, mais ce qui concerne les objets d’habillement va très-mal. Je ne découvre que vols et dilapidations. M. Dejean est horriblement trompé.

Différents événements ont eu lieu. Le maréchal duc de Danzig avec son corps a attaqué le général la Romana, qui, avec les meilleures troupes de ligne espagnoles, avait poussé jusqu’à trois lieues en avant de Bilbao, les a battues le 31, les a poussées l’épée dans les reins, est entré dans Bilbao et a continué sa poursuite. Le 26, le maréchal Moncey avait attaqué tout ce que l’ennemi avait sur la gauche de l’Ebre, leur a fait 1.200 prisonniers de ligne, parmi lesquels on compte 40 officiers.

Je porte aujourd’hui mon quartier général à Tolosa.

 

Bayonne, 4 novembre 1808

A M. Gaudin, ministre des finances, à Paris

Le service des postes va horriblement mal. Ma suite n’est pas arrivée; j’ai été moi-même obligé de courir à franc étrier. Il faut que le directeur général des postes ne distribue pas les gratifications à tort et à travers, mais donne aux fonds une destination mieux raisonnée. Tout le monde se plaint de ce que cette administration des postes ne prend jamais aucune mesure appropriée aux circonstances. Il faudrait vingt-cinq chevaux à chaque relais sur la route de Bayonne, surtout pendant tout le temps que les affaires d’Espagne peuvent durer. Donnez donc un ordre positif pour que ces vingt-cinq chevaux existent à chaque relais, et que le service marche avec activité.

 

Bayonne, 4 novembre 1808

A M. de Montalivet, directeur des ponts et chaussées, à Paris

Monsieur Montalivet, la route depuis Vendôme jusqu’auprès de Château-Renault, c’est-à-dire aux confins du département d’Indre-et-Loire, est horrible. Les convois d’artillerie y ont perdu plusieurs chevaux. Je vous avais prévenu, l’année dernière, que le préfet de Loir-et-Cher, par esprit de localité, ne faisait pas réparer cette route, mon intention est que vous reteniez tous les fonds de 1808 et 1809 affectés aux routes du département de Loir-et-Cher, et que vous les employiez à la route de Vendôme à Chàteau-Renault, enfin que dans le budget de l’année prochaine vous me proposiez ce qui sera nécessaire pour l’achever. Cette dépense ne peut pas être considérable. En même temps, vous témoignerez mon mécontentement au préfet sur cette vexation publique.

 

Bayonne, 4 novembre 1808

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’Empire, à Paris

Mon Cousin , je suis arrivé à Bayonne le 3, à deux heures après minuit. Je pars dans ce moment pour porter mon quartier général à Tolosa. Les opérations sont commencées; l’ennemi est déjà battu de tous côtés; les prisonniers arrivent. Le temps est assez mauvais.

 

Bayonne, 4 novembre 1808

DÉCISION

Le major général, prince de Neuchâtel, met sous les yeux de l’Empereur un rapport du sous-inspecteur aux revues sur la confection de capotes et de 20,000 habils militaires, à Bordeaux. Il résulte de ce rapport que, par suite de l’extrême avidité de l’entrepreneur et de ses sous-traitants, 1° les salaires des ouvriers sont insuffisants ; 2° les capotes sont trop étroites, l’entrepreneur ne livrant pas aux ouvriers la quantité de drap accordée par le gouvernement, 3° l’installation des atetiers de confection est défectueuse; 4° qu’enfin une tentative de corruption, faite auprès des fabricants de drap de Lodève, a été rejetée par eux et portée à la connaissance de l’administration.Renvoyé au grand juge, pour faire arrêter, traduire devant les tribunaux et poursuivre selon la rigueur des lois les coupables, non-seulement comme voleurs et dilapidateurs des fonds publics, mais encore comme compromettant le service de l’armée. Le major général cassera, comme frauduleux, tous les marchés faits avec ces individus. Il chargera le préfet de la Gironde et le commissaire ordonnateur à Bordeaux de se concerter pour que le service n’en souffre pas et qu’il y soit pourvu.

 

Bayonne, 4 novembre 1808

Mon fils, j’arrive à Bayonne, je porte aujourd’hui mon quartier général à Tolosa. Les Espagnols ont été battus par le maréchal duc de Dantzig en avant de Bilbao; on les a mis en déroute, on a pris cette ville, et on les a poursuivis l’épée dans les reins. Cette action a eu lieu le 31 ; le 26, on a fait 1,260 prisonniers dans différents combats, qui ont eu lieu dans la Navarre. J’ai envoyé chercher par deux frégates le 6e régiment italien, qui était à l’ile d’Elbe ; il doit être actuellement à Perpignan.

 

Tolosa, 4 novembre 1808, minuit.

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Vitoria

Mon Frère, je suis arrivé à six heures du soir à Tolosa. Je partirai demain à cinq heures, et j’arriverai à Vitoria dans la nuit. Je désire être logé hors la ville. Je pense que vous m’avez envoyé des escortes et surtout des relais de chevaux de selle jusqu’à mi-chemin de Mondragon à Villafranca. Je ferai sans doute toute la route à cheval; cependant des relais, chacun de quatre chevaux de voiture, peuvent m’être utiles. Je désire ne pas faire plus de quatre à cinq lieues sur le même cheval. Je désire arriver à Vitoria incognito et sans qu’on s’en doute. C’est pourquoi j’arriverai la nuit; on ne le saura que le lendemain. A neuf heures du natin, on pourra tirer soixante coups de canon.

Je viens de dicter tous les ordres de l’armée pour le maréchal Moncey, le maréchal Ney, au prince de Neuchâtel, qui les expédie; ce qui ne sera probablement fait que dans deux heures. C’est pourquoi je vous expédie un courrier dès à présent , de crainte qu’il n’éprouve un retard de deux heures.

 

Tolosa, 5 novembre 1808

A l’impératrice Joséphine, à Paris

Je suis à Tolosa; je pars pour Vitoria , où je serai dans peu d’heures. Je me porte assez bien , et j’espère que tout cela sera bientôt fini.

 

Tolosa, 5 novembre 1808

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny,je reçois votre lettre. J’approuve le parti que vous avez pris de renvoyer le courrier anglais. Je monte à cheval pour me rendre à Vitoria où je coucherai ce soir. Demain ou après, je vous enverrai ma réponse au monistère anglais. L’ennemi est poussé de tous côtés.

 

Vitoria, 6 novembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général, à Vitoria

Mon Cousin, la route de Saint-Jean-Pied-de-Port à Pampelune sera organisée; il sera placé à l’étape un commandant d’armes, une garnison de 2 ou 300 hommes et un magasin de subsistances pour le passage; la route sera tenue en bon état et ouverte toute l’année; les mesures seront prises pour que les neiges soient déblayées Un des officiers du génie qui sont à Pampelune parcourra cette route, en fera le croquis, fera connaître les travaux qu’il sera utile de faire pour la facilité des transports d’artillerie, et les différentes mesures à prendre pour que, pendant l’hiver, les neiges n’en empêchent pas la communication. Le préfet des Basses-Pyrénées donnera des ordres et proposera spécialement un ingénieur des ponts et chaussées pour tenir en état la route de Saint-Jean-Pied-de-Port à Bayonne. Vous prendrez toutes les mesures pour l’exécution du présent ordre. Mon intention est, aussitôt que faire se pourra, d’établir la communication de l’armée par Saint-Jean-Pied-de-Port et Pampelune.

 

Vitoria, 6 novembre 1808

Au maréchal Bessières, duc d’Istrie, commandant le 2e corps de l’armée d’Espagne, à Pancorro.

Mon Cousin, le major général m’a mis sous les yeux vos dépêches du 5 novembre sur l’existence d’un corps de 24.000 hommes à Burgos. Si cela est, ce ne peut être que 12,000 hommes de l’armée de Castille qui ont évacué Logrono, et qui ne sont pas dans le cas de faire tête à 3 ou 4,000 de vos gens.

Je suppose que vous avez 5,000 hommes de cavalerie , 15,000 hommes d’infanterie et 40 pièces de canon. Le général Lapisse, avec 5,000 hommes d’infanterie, 12 pièces d’artillerie, deux régiments de cavalerie du corps du maréchal Victor formant 1,000 hommes, doit se trouver avec son infanterie à Miranda, avec sa cavalerie au débouché de la plaine. Le maréchal Victor occupe Orduna. J’attends de nouveaux renseignements pour lui envoyer des ordres.

Je suppose que, demain, vous aurez fait battre toute la plaine de Burgos, culbuté l’infanterie qui s’y trouve, occupé cette ville, et que vous m’aurez envoyé des renseignements sur toute l’Espagne.

Je désire que vous envoyiez de forts partis de cavalerie et d’infanterie sur Villarcayo pour avoir des nouvelles de ce qui se passe sur les derrières du général Blake.

Immédiatement après que vous aurez fini la mission que je vous ai donnée, en occupant Burgos, j’enverrai le maréchal Soult pour prendre le commandement de votre corps, et je vous donnerai celui de la cavalerie.


P. S. – Mon intention est de rappeler près de moi les chevau-légers polonais de ma Garde. Cependant je les laisserai encore pour quatre ou cinq jours.

 

Vitoria, 6 novembre 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Vitoria

Je désire que vous me fassiez donner des renseignements, le plus tôt possible, sur les routes: 1° de Bilbao à Valmaseda; 2° de Valmaseda à Villarcayo; quelles sont les villes qu’on rencontre; quelle espèce de hauteurs l’artillerie peut-elle passer ? 3° de Villarcayo à Burgos; 4° de Villarcayo à Orduna; 5° de Villarcayo à Miranda ou tout autre point longeant l’Èbre; 6° de Villarcayo à Santander; 7° de Villarcayo à Reinosa. Dans chacune de ces sept routes, l’artillerie peut-elle passer ? Des détails sur chacune de ces sept routes.

Faites faire ces notes soit par le ministre de la guerre espagnol, soit par des gens pratiques du pays, et aussi par des officiers français qui aient vu et qui aient été dans le pays.

Faites-moi tracer sur une carte la grande route de Tolosa à Pampelune, la grande route de Vitoria à Pampelune. J’aurais besoin de ces renseignements avant dix heures du matin. J’ai besoin aussi des renseignements suivants, mais pourvu que je les aie demain, cela est suffisant ; déterminer les routes, depuis Pampelune jusqu’à Madrid; est-ce une chaussée faite ? On fera connaître quelles villes on trouve leur population; quelles rivières, quelles gorges, quels obstacles naturels. Même description pour la route de Saragosse à Madrid par Daroca. Ces trois routes doivent être faites très en détail. On pourra y mettre le temps; pourvu qu’on les ait demain, dans la journée, c’est suffisant. Recommandez, pour toutes ces routes, qu’on établisse les distances en lieues de France, ou du moins qu’on fasse connaître combien de toises contiennent les lieues dont on parlera.

 

Vitoria, 6 novembre 1808, minuit

Au maréchal Victor, duc de Bellune, commandant le 1er corps de l’armée d’Espagne, à Osma.

J’ai mis sous les yeux de l’Empereur votre lettre du 6, que votre aide de camp a dit avoir été écrite à midi. Sa Majesté, Monsieur le Maréchal, a été de ce que, au lieu d’avoir soutenu le général Villatte, vous l’ayez laissé aux prises avec l’ennemi, faute d’autant plus grave que vous saviez que le maréchal Lefebvre avait commis celle de laisser exposée une division de votre corps d’armée en reployant ses deux autres divisions sur Bilbao. Vous saviez, Monsieur le Maréchal, que cette division était exposée à Valinaseda, puisque le général la Bruyère avait communiqué avec elle le 5 au matin. Comment, au lieu de vous porter en personne, à la tête de vos troupes, secourir une de vos divisions, avez-vous laissé cette opération importante à un général de brigade, qui n’avait pas votre confiance et qui n’avait avec lui que le tiers de vos forces ? Comment, après que vous avez eu la nouvelle que pendant la journée du 5 la division Villatte se fusillait, avez-vous pu, au lieu de marcher à son secours, supposer gratuitement que ce général était victorieux ? Sa Majesté demande depuis quand la fusillade et l’attaque sont une preuve de la retraite de l’ennemi. Cependant, Monsieur le Duc , les instructions de M. le maréchal Jourdan étaient précises, de ne vous porter sur Miranda que quand vous seriez assuré que l’ennemi était en retraite; au lieu de cela, Monsieur le Maréchal , vous êtes parti lorsque vous aviez la preuve certaine que l’ennemi se battait. Vous savez que le premier principe de la guerre veut que dans le doute du succès on se porte au secours d’un de ses corps attaqués, puisque de là peut dépendre son salut. Dans l’autre supposition , votre mouvement ne pouvait avoir d’inconvénient, puisque votre instruction de vous porter sur Miranda n’était qu’hypothétique, et qu’ainsi sa non-exécution ne pouvait influer sur aucun projet du général en chef. Voici ce qui est arrivé , Monsieur le Maréchal : la colonne devant laquelle le général la Bruyère s’est ployé a trouvé le général Villatte, qui, attaqué de front et en queue, n’a dù son salut qu’à son intrépidité et après avoir fait un grand carnage de l’ennemi; de son côté , il a peu perdu , et s’est retiré sur Bilbao, deux lieues en avant de cette ville, le 5 au soir.

La volonté de l’Empereur, Monsieur le Maréchal, est que vous partiez sans délai pour vous porter sur Orduna, que vous marchiez à la tête de vos troupes, que vous teniez votre corps d’armée réuni et que vous manoeuvriez pour vous mettre en communication avec la gauche du maréchal Lefebvre, qui doit être à Bilbao. N’ayant aucune connaissance ici de ce que l’ennemi peut avoir fait dans la journée du 6, ni de ce qu’il fera dans la journée du 7, vous devez vous conduire selon les circonstances. Dans tous les évènements, les débouchés d’Orduna, d’Amurrio et d’Areta assureront vos communications avec Vitoria. Je donne ordre au général Lapisse de se porter sur les hauteurs d’Orduna pour assurer votre mouvement. Vous pourrez le réunir à votre corps d’armée, aussitôt qu’il sera remplacé sur les hauteurs d’Orduna par les troupes du maréchal Bessières. Si cependant vous acquériez la certitude que l’ennemi ait évacué Valmaseda et Nava, et se fût, comme cela est possible, mis en retraite, vous pouvez arrêter votre mouvement, toutefois après vous être mis en communication, par vos coureurs, avec le maréchal Lefebvre, et avoir concerté ensemble vos mouvements.

 

Vitoria, 7 novembre 1808

A l’impératrice Joséphine, à Paris

Mon amie , je suis depuis deux jours à Vitoria; je me porte bien. Mes troupes arrivent tous les jours; la Garde est arrivée aujourd’hui. Le Roi est fort bien portant. Ma vie est fort occupée. Je sais que tu es à Paris. Ne doute pas de mes sentiments.

 

Vitoria, 7 notembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchatel, major général, à Vitoria

Mon Cousin, mon intention est que tous les hôpitaux entre Tolosa et Vitoria soient évacués, afin de donner place aux blessés qui seront le résultat des batailles qui vont avoir lieu. A cet effet , l’hôpital d’Escoriaza et celui de Vergara seront évacués sur Tolosa et, de là, sur Saint-Sébastien, et ces deux hôpitaux seront mis en état de recevoir chacun 300 blessés. L’hôpital de Vitoria sera évacué sur Pampelune, et cet hôpital sera mis en état de recevoir 1,500 blessés. Il sera établi un hôpital dans le fort de Pancorbo, ainsi qu’un magasin de vivres et d’effets militaires; on y transportera tout ce qui serait inutile à Vitoria.

J’ai fait réitérer les défenses les plus positives qu’aucun caisson des équipages militaires soit employés à porter des bagages. Faites-moi connaître ce qu’il y en a ici. Ils doivent tous être employés à transporter le biscuit à la suite de l’armée et, après les affaires, à aider à évacuer les blessées. Le magasin de 300,000 rations de biscuit, qui avait été ordonné pour Vitoria, sera transféré dans le fort de Pancorbo , à mesure que les envois arriveront de Bayonne. On accélérera la fabrique de pain à Vitoria, de manière à avoir toujours 40,000 rations de confectionnées, d’en avoir sous peu de jours 80,000 rations confectionnées, et de pouvoir donner quatre jours à tous les corps.

 

Tolosa, 5 novembre 1808

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, je reçois votre lettre du 1er. Je pense qu’il est convenable que vous restiez encore quelque temps à Paris

 

Vitoria, 8 novembre 1808, trois heures du matin

Monsieur le maréchal Bessièress, duc d’Istrie, commandant le 2e corps de l’armée d’Espagne, en marche sur Burgos

Mon Cousin, je n’ai point de nouvelles de vous depuis le 7, à midi. J’attends avec impatience toutes les nouvelles de la plaine. Si vous pouvez occuper Burgos et sa citadelle sans une grande affaire d’infanterie, vous pouvez l’occuper. La division de dragons Latour- Maubourg est prête à déboucher dans la plaine, ainsi que les deux autres régiments de cavalerie légère du général Beaumont , qui se rend aujourd’hui à Miranda ; ce qui vous fera un renfort de 6,000 hommes de cavalerie. Le général Mermet, avec le 3le d’infanterie légère, sera ce soir à Miranda.

Toute la Garde à pied et à cheval est arrivée hier ici. La division Marchand y arrive aujourd’hui. La division Bisson arrive aujourd’hui à Logrono. Ainsi voilà l’armée qui arrive tout entière.

 

Vitoria, 8 novembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchatel, major-général, à Vitoria

Mon Cousin, le général Bisson prendra le commandement de toute la Navarre et portera son quartier général à Pampelune. Le général de division Lagrange se portera sur-le-champ à Logrono pour prendre le commandement de la division Bisson. Le général de division Verdier se portera sur-le-champ au quartier général du maréchal Bessières pour prendre le commandement de la division Mouton. Le général Mouton reprendra son service près de moi. Le général Frère prendra à Vitoria le commandement de la province , en remplacement du général Lagrange. Le maréchal Soult partira demain pour Burgos et ira prendre le commandement du corps du maréchal Bessières. Aussitôt que le général Ricard, son chef d’état-major, sera arrivé , le général Guilleminot rejoindra le quartier général.

Quand le 118e sera réuni à Vitoria et aura été passé en revue, il se rendra à la division Bouet, à laquelle mon intention est qu’il soit attaché. Donnez ordre que le détachement du 15e de ligne qui est à Bilbao rejoigne son corps à Burgos. Le général Darmagnac se rendra à Burgos pour prendre le commandement de la Vieille-Castille.

 

Vitoria, 8 novembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchatel, major-général, à Vitoria.

Le général Lery se rendra ce soir au quartier général du maréchal Bessières pour entrer avec lui dans Burgos, faire armer sur-le-champ la citadelle. On doit commencer dès demain, pour faire tout ce qui est nécessaire pour la mettre à l’abri d’un coup de main, et me présenter un plan pour la mettre dans une situation où elle puisse être abandonnée deux mois à ses propres forces.

Le général la Riboisière enverra aujourd’hui un chef de bataillon d’artillerie au quartier général du maréchal Bessières, avec une compagnie d’artillerie. Il pourra prendre la compagnie d’artillerie qui est à Pancorbo, qu’il fera remplacer par une autre. Il donnera des ordres pour que cette compagnie entre dans la citadelle de Burgos, s’occupe sans relâche à la mettre dans le meilleur état de défense. Il dirigera sur cette citadelle dix pièces de campagne, de celles qui ne sont pas attelées, qui resteront là en dépôt, et qui, en attendant, serviront à la défense de la citadelle. On relèvera toutes les pièces, et on fera partir de Pancorbo des pièces en fonte de 16, pour les placer à la citadelle. Il fera venir sur-le-champ de Bayonne douze pièces de 24 légères, qui seront transportées par des boeufs et qui seront déposées à Burgos, si, au moment de leur arrivée, elles ne sont pas déjà nécessaires pour marcher sur Madrid ou toute autre place. Il est nécessaire que toutes les grosses pièces qui sont à Pancorbo soient mises en état. Le général la Riboisièie fera transporter à Burgos 500,000 cartouches et 2,000 coups de canon. La citadelle de Burgos doit être armée, approvisionnée et en état de se défendre le 11 au soir. Les pièces de 24 courtes qui sont à Bayonne, destinées pour le siège de Saragosse, sont inutiles pour ce siège : c’est ce qui me porte à donner l’ordre de les faire venir sur Burgos. Il faudrait faire également venir de Bayonne six mortiers avec les bombes nécessaires, tant pour armer Burgos que pour servir par la suite pour la prise ou l’armement de toute autre place, de sorte qu’on aura deux équipages de siège, l’un à Burgos, et l’autre servira contre Saragosse.

Il y a à Saint-Jean-Pied-de-Port 20,000 kilogrammes de poudres; donnez des ordres pour qu’ils soient expédiés sur-le-champ à Pampelune; ils seront remplacés par l’intérieur.

 

Vitoria, 8 novembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchatel, major-général, à Vitoria

Donnez des ordres et ordonnez les mesures que j’ai prises dans différentes circonstances pour que les armes des malades soient soignées et ne soient point perdues. Rendez-moi compte si les armes des 3,000 malades qui sont à Pampelune et des 1,100 qui sont ici sont soignées et déposées en lieu sûr. Il faut qu’il soit établi des salles d’armes et des garde-magasins dans chaque hôpital, pour que le commandant puisse visiter si les armes sont en bon état.

 

Vitoria, 8 novembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchatel, major-général, à Vitoria

Donnez l’ordre au général Marchand de faire partir la 1e brigade de son infanterie, aujourd’hui 8, pour arriver dans les villages près Vitoria. Elle prendra position dans les villages au débouché de la plaine, à une lieue de Vitoria. La moitié de son artillerie suivra le même mouvement, ainsi que l’artillerie de la division Bisson.

 

Vitoria, 8 novembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchatel, major-général, à Vitoria

Les régiments de cavalerie légère du général Beaumont se sont rendus à Miranda. Ils sont passés ici sans prendre mes ordres. Je ne puis qu’être mécontent de la manière dont se fait le service depuis que je suis arrivé. Vous prendrez des mesures pour que cela cesse. Aucun corps ne doit passer dans l’endroit où je suis, sans que vous donniez des ordres sur son placement. Il me semble que rien de tout cela ne se fait. Il y a des ordres donnés par d’autres généraux, cela ne doit pas être. Je vous rends responsable désormais de tout ce qui arrivera contre le service.

On a dissous le corps du maréchal Ney, on a fait différents changements sans mes ordres.

Mettez-moi sous les yeux les états de situation des commandants de place. Donnez enfin au service la direction qu’il doit avoir.

 

Vitoria, 8 novembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchatel, major-général, à Vitoria

Mon Cousin, je désirerais que tout ce que l’adjudant commandant Loinet et le général Wouillemont peuvent réunir, soit des chasseurs de la montagne, soit des troupes qui composent leurs colonnes, désormais inutiles pour la garde du département des Hautes-Pyrénées, de la Haute-Garonne, du Tarn et du Gers, pouvant former 3 à 4,000 hommes, se réunît et, sous les ordres de ces deux généraux, se portât sur Jaca, pour soumettre la vallée et se mettre en communication avec le corps qui fera le siège de Saragosse. Écrivez au général Wouillemont et à l’adjudant commandant Lomet pour savoir ce qu’ils peuvent fournir.

 

Vitoria , 8 novembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchatel, major-général, à Vitoria

Écrivez au maréchal Victor la lettre suivante :

L’Empereur suppose que, hier 7, le maréchal Lefebvre, à quatre heures après midi, a dû occuper Guenes, marchant sur Valmaseda. Par ce moyen, vos reconnaissances le rencontreront probablement dans la journée du 8. Vous pourrez concerter vos opérations.

Le général Merlin, qui est parti hier 7 , à midi , de chez le maréchal Lefebvre, y retourne et y sera le 8 , à deux heures après midi.

Aussitôt qu’on aura occupé Valmaseda et Nava, et que les forces de l’ennemi ne seront plus de ce côté, il est à désirer que vous reveniez , soit sur Miranda, soit sur Villarcayo.

Vous pourrez correspondre fréquemment par Amurrio et recevoir des ordres. Douze heures de retard, qui sont douze heures de repos pour la troupe, vous donnent plus de sûreté d’aller juste où veut l’Empereur.

Si vous rencontrez l’ennemi , de concert avec le maréchal Lefebvre, frappez-le ferme.

Faîtes désarmer les villages et casser les armes partout où vous passerez.

 

Vitoria, 8 novembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchatel, major-général, à Vitoria

Mon Cousin, envoyez l’ordre au maréchal Moncey de placer les deux bataillons du 116e dans la division Morlot, afin de porter cette division à 4,000 hommes. La division du général Mathieu doit être diminuée du ler régiment de la Vistule; ce régiment fait partie de la division Musnier. Par ce moyen, la division Mathieu sera diminuée de 1,000 hommes, qui lui sont compensés par le nouveau bataillon du 44e qu’elle a reçu; d’ailleurs, cette division sera toujours de 7,000 hommes, sans compter la cavalerie, et cela portera la division Musuier à 5,500 hommes. La division Morlot , augmentée du 116e, sera de plus de 4,000 hommes, et celle du général Grandjean, augmentée d’un bataillon de réserve et d’un bataillon supplémentaire, sera de 5,000 hommes. Ainsi le maréchal Moncey aura de disponibles, 1° la division Mathieu, avec les généraux de brigade Duget et Habert, 7,000 hommes d’infanterie; 2° la division Musnier, avec les généraux Brun et Razout, 5,500 hommes; 3° la division Morlot, avec le général Augereau, 4,000 hommes; 4° la division Grandjean , avec les généraux Laval et Rostollant, 5,000 hommes ; total de l’infanterie du corps du maréchal Moncey, 21,500 hommes.

La cavalerie commandée par le général Watier forme 1,600 hommes. Le général d’artillerie Couin reprendra le commandement de l’artillerie de la Garde; mais il ne quittera le corps du maréchal Moncey que quand il aura été remplacé par un autre général de brigade que désignera le général la Riboisière.

Une compagnie de sapeurs sera attachée au corps du maréchal Moncey, et, s’il est possible, une autre compagnie de pontonniers.

Quant à l’artillerie, chacune de ces divisions doit avoir 10 pièces de canon : il me semble qu’il n’y en a aujourd’hui que 36, c’est donc 4 pièces de canon qu’il faut tâcher de fournir. Il faut également fournir à ce corps trois compagnies d’un bataillon d’équipages militaires formant 108 voitures, dont 12 serviront pour le service de l’ambulance et le reste pour le transport du pain.

Vous donnerez des ordres positifs pour que le 119e et le 47e aillent rejoindre le corps du maréchal Bessières. La garnison de Pampelune restera forte du 7e bataillon de marche (jusqu’à ce que vous m’ayez présenté le travail d’incorporation), d’un bataillon irlandais, du ler bataillon de marche de Portugal, des grenadiers et des chasseurs des gardes nationales, des sapeurs et artilleurs destinés au siège de Saragosse et du dépôt, formé en quatre compagnies, des hommes écloppés et convalescents de tout le corps d’armée, qui sera réuni dans la citadelle; chaque compagnie se composera des hommes de la même division; elles seront spécialement chargées de la garde de la citadelle, et ne peuvent pas être évaluées à moins de 800 hommes ; ce qui portera la force de cette garnison à plus de 3,000 hommes. Ainsi le maréchal Moncey doit être prêt , avec 21,000 hommes d’infanterie, 36 ou 40 pièces de canon et 1,500 hommes de cavalerie, formant un corps de 24,000 hommes , à agir offensivement. Le général Bisson aura pour Pampelune et la Navarre ce que j’ai désigné pour la place de Pampelune, et la garnison de cette place dépendra de l’état-major et sera portée comme place. Donnez des ordres à Bayonne pour que tous les hommes des trois régiments de la Vistule, des lanciers polonais, et tous les hommes écloppés du corps du maréchal Moncey, soient dirigés sur-le-champ sur Pampelune. Faites-moi connaître de combien de compagnies se trouve composé le 70e, qui est de la division Mathieu. Il doit y avoir des détachements de ce corps à Bayonne et des conscrits qui ont été destinés pour compléter ses bataillons. Recommandez au général Drouet de faire faire des visites dans les hôpitaux de la 10e et de la 11e division pour rassembler les hommes en état de servir, les faire armer et habiller, et d’envoyer à Pampelune ceux qui appartiennent au corps du maréchal Moncey, à Saint-Sébastien ceux qui appartiennent aux autres corps, et à raison de 150 hommes par compagnie.

Le corps du maréchal Bessières sera composé de la division Merle, ayant les généraux de brigade Lefebvre et Gaulois, augmentée de quatre compagnies du 86e, du 1e bataillon du 119e et d’un bataillon supplémentaire, et formant 6,000 hommes ; de la division Bonet, augmentée du 118e, qui se trouvera être de 4,500 hommes, et de la division Verdier de 7,000 hommes; total , 18,000 hommes d’infanterie; de la division Lasalle composée du 10e et du 22e de chasseurs et du 9e de dragons , formant avec les Polonais de la Garde 3,000 hommes. Les Polonais resteront jusqu’à nouvel ordre. La division de dragons du général Milhaud, formant 9,500 hommes, sera attachée au même corps jusqu’à nouvel ordre. Ce corps aura donc 5,500 hommes de cavalerie. Chaque division devra avoir 12 pièces de canon ; la division Milhaud doit en avoir 6; ce qui portera sa force à 42 pièces de canon. Il doit y avoir une compagnie de pontonniers et une de sapeurs avec une division d’outils. Ainsi le maréchal Soult, qui va commander ce corps, aura 24,000 hommes.

Le maréchal Ney gardera jusqu’à nouvel ordre la division Dessolle, ce qui lui fera 23,000 hommes d’infanterie, 2,500 de cavalerie et 40 pièces de canon.

Le corps du maréchal Lefebvre restera comme il est.

La division Latour-Maubourg sera attachée à la réserve, ainsi que la division Milhaud, pour en être disposé selon les événements.

 

Vitoria, 9 novembre 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Moinieur le Général Clarke, je reçois l’état de situation de l’armée de Portugal au 26 octobre. J’ai vu avec plaisir que 14,300 hommes étaient déjà débarqués. Je suppose qu’il y a dans ces hommes des malades, des blessés et des hommes à réformer. Je vois qu’il y en aura encore 11,000 à débarquer; je suppose qu’ils le sont dans ce moment-ci.

Le 15e de ligne n’avait qu’un bataillon en Portugal; ce bataillon ne doit être que de six compagnies. S’il a 600 hommes présents, avec les hommes qu’il a au régiment provisoire de Rennes, il sera facilement porté au grand complet.

Le 70e doit avoir trois bataillons ; ce qui existe, avec ce qu’il y a au régiment provisoire de Rennes, formera 2,400 hommes. Il faut voir quand son dépôt pourra lui envoyer 200 hommes de renfort ; mais il faut que ce soient des conscrits bien habillés, bien armés et déjà décrassés. Il reste toujours au dépôt une centaine de vieux soldats sortant des hôpitaux qu’on peut envoyer.

Le 47e, je crois, un bataillon et demi ; 1,200 hommes qu’il aura présents et 200 du régiment provisoire de Rennes feront 1,400 hommes; il lui manquera peu de chose pour le compléter.

Le 86e, qui a trois bataillons, a perdu 300 hommes par le naufrage; il n’aura que 1,600 hommes et, avec les 200 hommes du régiment provisoire de Rennes, 1,800 hommes. Il faudra, si son dépôt ne peut compléter ses trois bataillons, n’en garder que deux et envoyer au dépôt le cadre du 3e, en ôtant les sous-officiers et soldats pour compléter les deux premiers. Pour le bataillon suisse, il faut faire partir de son dépôt tout ce qu’il y a de disponible pour le compléter.

Ainsi je vois que la 1e division sera forte de plus de 9,000 hommes. Le général Laborde la commandera. Le général Foy et un autre général que vous me proposerez , en choisissant des hommes de guerre, seront employés dans cette division.

La 2e division n’est composée que de 4e bataillons. Il faut envoyer aux 2e, 4e, 12e, 15e, 39e et 58e des détachements des dépôts de Paris pour compléter chaque bataillon à 840 hommes. Passez vous-même la revue de ces dépôts, et ayez soin que ces hommes partent habillés, armés et avec de bonnes capotes. Ainsi cette 2e division sera portée au moins à 5,000 hommes.

La 38 division, en y incorporant la brigade Dufresse et le ler bataillon de l’armée de Portugal et ce que les dépôts de ces régiments peuvent encore fournir, sera facilement portée à 6,000 hommes.

Ce corps d’armée sera donc promptement porté à 20,000 hommes d’infanterie.

Quant à la cavalerie, toutes les mesures ont été prises pour la monter. Faites-y envoyer des officiers des dépôts. Je vois qu’il y a 118 hommes du bataillon du train et 107 du bataillon des équipages. Le reste aura sûrement débarqué.

Donnez des ordres pour que la 1e division soit rendue à Bordeaux le 20 novembre, qu’elle ait ses douze pièces d’artillerie, que les soldats aient leurs capotes et leurs souliers, et se trouvent en état.

Faites-moi connaître si la 2e et la 3e division pourront être rendues à Bordeaux le ler décembre.

Le général Loison commandera la 2e division; le général Heudelet la 3e. Le général Travot commandera la 13e division militaire. Le général Fuzier sera employé dans une division militaire. Vous me présenterez deux généraux de brigade pour chacune des deux dernières divisions.

 

Vitoria, 9 novembre 1808, à neuf heures du matin

Au maréchal Bessières, duc d’Istrie, commandant le 2e corps de l’armée d’Espagne

J’ai vu avec peine qu’au lieu d’ambitionner la gloire d’entrer à Burgos, vous préfériez la céder à un autre. Votre résultat du 8 n’a pas rempli mon attente. Vous ne me donnez aucun renseignement; et comment pourriez-vous m’en donner ? Vous étiez à dix lieues de votre avant-garde; le général Lasalle, qui la commande, était à cinq lieues de Burgos, de sorte que tout finissait par un colonel qui ne sait pas ce que l’on veut faire. Est-ce ainsi, monsieur le maréchal, que vous m’avez vu faire la guerre ? Si vous aviez été à trois heures du matin aux avant-postes avec votre infanterie en échelons pour tenter une affaire d’avant-garde, votre cavalerie pour pousser des reconnaissances dans toute la plaine, vous auriez su positivement ce qu’il y avait à Burgos, et vous auriez rempli mon but. Tout me porte à penser qu’il n’y a dans Burgos que 8 à 10,000 coquins de l’armée de Castille, qui ne sont pas dignes d’être nommés et qui osent faire des sorties de 3 à 4000 hommes dans la plaine devant mes troupes. Il faut plus d’activité et de vigueur que cela. Est-il possible, qu’avec 5,000 hommes de cavalerie vous n’ayez pas pu inonder la plaine de Burgos de tous côtés, et savoir ce qu’il y a ?

Vous restez avec le maréchal Soult pour commander la cavalerie. J’ai besoin de renseignements précis pour régler mon mouvement et former mon plan. Si vous commandez ma cavalerie et que vous suiviez la même méthode, je ne saurai jamais rien. Avec une pareille manière de se conduire, il est impossible que les troupes gardent du moral. Quant au général Lasalle, il est inconcevable qu’il ne couche pas à ses avant-postes ? Comment les deux bataillons de Zalduendo ne devaient-ils pas être enlevés ?

 

Arminon, 10 novembre 1808

Au général Lauriston, aide de camp de l’Empereur

Le général Lauriston prendra le commandement de l’artillerie de la Garde. Il y a ici 14 pièces de canon, mon intention est qu’il y en ait 36; il en manque donc 22. Il prendra donc ces 22 pièces dans l’artillerie du ler corps, dont l’infanterie est dans les montagnes.

L’artillerie du ler corps est composée de trois divisions dont un parc; le parc est près de Vitoria; les deux autres sont dans les environs de Miranda.

Vous prendrez 22 pièces, de préférence l’artillerie à cheval, et, s’il y en a, quatre pièces de 12, afin qu’en les réunissant à celles de . . . . . il y ait une batterie de six pièces de 12.

Les 36 pièces de la Garde seront distribuées de la manière suivante : 6 pièces avec les dragons et 6 pièces avec les grenadiers, 12 pièces avec les fusiliers, 12 pièces avec les chasseurs à cheval. Des 12 pièces avec les fusiliers, 6 pièces seront à chaque régiment.

Il fera en sorte qu’à la suite de l’artillerie de la Garde il y ait 400,000 cartouches d’infanterie.

 

Cubo, 10 novembre 1808

NOTE POUR LE SERVICE DU GÉNIE

L’Espagne est grande; l’Empereur ne veut point disséminer ses troupes. Il veut donc avoir tous ses magasins dans des points fortifiés. Saint-Sébastien est si près de Bayonne qu’à peine est-il de quelque avantage. Pampelune est extrêmement utile. Il n’y a rien à faire pour cette place; tout y est fait. Miranda est extrêmement important; il l’est tellement que l’Empereur veut le fortifier et y avoir une place ; de sorte que, depuis Bayonne et Pampelune, il soit le premier entrepôt où il puisse avoir ses magasins d’artillerie, de vivres, d’habillement ou autres objets précieux. La hauteur de Miranda est faite exprès pour cela. Il faut d’abord tracer une enceinte de 5 à 600 toises sur la hauteur même, en bonnes fortifications de campagne avec fortes et belles palissades. Cet ouvrage ne demande que des bras et de l’argent, et doit être fait en quinze jours. Mais 600 hommes ne pourront pas être en sûreté dans un si faible ouvrage; il faut, sur la hauteur, établir un deuxième rang de feux ou un réduit. En Pologne, un réduit eût été fait en bois, et l’opinion générale de l’armée a été qu’un tel réduit exigeait les procédés d’un siège. Ici, il est plus court d’employer la maçonnerie; une contrescarpe en pierres sèches, ou même en maçonnerie; un réduit qui n’aurait pas 120 toises de développement, en forme de redoute, ne peut être un grand ouvrage.

Sous la protection de ce réduit, on établira trois baraques en bois, une pour l’artillerie, une pour le service des vivres et l’autre pour la garnison. Il faut que Bertrand aille sur les lieux avec un ingénieur et trace un ouvrage comme je l’entends. Les pierres sont rendues sur les lieux.

A Pancorbo, je désire qu’on achève des barrières et plusieurs ouvrages qui sont indispensables, et surtout qu’on ferme la gorge, qu’on achève la communication du fort avec la batterie basse. Tout se réduit à achever cette batterie, ou on peut placer quatre pièces de canon, et à fermer la gorge.

L’intention de l’Empereur est qu’on travaille à Miranda avec activité et dans peu de jours. Ce fort doit servir en même temps de tête de pont; mais ce ne doit pas être le but principal. Une tête de pont est nulle quand on a passé la rivière. Il faut qu’il batte la route de Vitoria, et se défende contre l’ennemi qui viendrait de Vitoria et contre celui qui viendrait de Burgos. Il faut que tous les paysans d’Espagne réunis ne puissent pas le prendre en plusieurs mois ; il faut même qu’une division de troupes de ligne ne puisse pas le prendre avec du canon de campagne.

Il serait à désirer que , de la citadelle établie sur la hauteur, on pût s’appuyer de droite et de gauche à l’Èbre, de manière à fermer entièrement Miranda et en former une place. Peut-être pourrait-on avoir de l’eau dans la partie basse. Il faut aussi savoir si, dans l’été, il y a suffisamment de l’eau dans l’Èbre, si c’est une barrière, et si on peut facilement se fermer le long du fleuve.

Après Miranda, il faudra voir quel parti on pourra tirer du château de Burgos , et ainsi de suite. Toutes les trente lieues , c’est-à-dire toutes les trois marches, il faut qu’il y ait un pareil fort, où 4 à 500 hommes puissent être à l’abri de l’insulte et où on puisse renfermer les effets les plus précieux de l’administration, vivres, habillement et surtout des milliers de cartouches et de coups de canon, tout cela dans des baraques, quand on ne peut pas trouver des églises et des bâtiments déjà faits.

 

Cubo, 10 novembre 1808, trois heures du soir

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Briviesca

Mon Frère, je partirai à une heure du matin pour être rendu avant le jour à Burgos, où je ferai mes dispositions pour la journée, car vaincre n’est rien, il faut profiter du succès

Je crois que vous devez vous rendre à Briviesca demain.

Autant je pense devoir faire peu de cérémonies pour moi, autant je crois qu’il faut en faire pour vous. Pour moi, cela ne marche pas avec le métier de la guerre; d’ailleurs je n’en veux pas. Il me semble que des députations de Burgos doivent venir au-devant de vous et vous recevoir au mieux.

A mon arrivée, je donnerai tous les ordres pour le désarmement et pour brûler l’étendard qui a servi à la publication de Ferdinand. Donnez l’impulsion pour j’aime sentir que cela n’est pas pour rire.

On me mande que l’armée de l’Estramadure est détruite.

Si vous savez quelque chose du côté d’Orduna ou des maréchaux Lefebvre ou Victor, écrivez-le-moi. J’ai besoin de quelques nouvelles de ce côté-là pour agir.

Le général Dejean, qui commande 1,000 chevaux, est à Miranda pour protéger le passage des Espagnols qui vous accompagnent, celui du trésor, etc. , et des parcs que je dirige sur Burgos.

 

Burgos, 11 novembre 1808

Au général Dejean, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur le général Dejean, j’ai passé aujourd’hui la revue du 118e et du 119e régiment d’infanterie. Ces régiments, qui ont leurs dépôts près de Bayonne, n’ont aucune comptabilité. Accordez-leur les fonds nécessaires pour confectionner des souliers, et des draps pour faire des habits et des capotes, qu’on enverra à Bayonne. Ordonnez aux majors de former en France la musique et tout ce qui est nécessaire à ces régiments, et de le leur envoyer. Tous les sept nouveaux corps sont dans ce cas.

Nous avons trouvé à Burgos des magasins de vivres de toute espèce; jamais je n’ai vu l’armée mieux nourrie. M. Denniée est un alarmiste lorsqu’il donne des craintes sur la subsistance. Mais les capotes et souliers vont mal; les caissons et les transports militaires sont restés en arrière. Il faudrait le major Thévenin, ou que vous envoyassiez un autre major à Bordeaux et, de là, à Bayonne, pour faire avancer tous ces équipages. Je vous recommande surtout le corps du duc d’Abrantès. Mon intention est qu’il vienne à Bayonne à la fin de novembre, et qu’il entre en Espagne immédiatement. Il est urgent que vous envoyiez aux corps ce qui leur est nécessaire pour qu’ils se fournissent de souliers, de capotes, et pour qu’ils entrent en bon état.

 

Burgos, 11 novembre 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon Fils, j’ai ordonné que les deux bataillons de ma garde italienne qui sont en Dalmatie rentrassent dans le royaume. J’ai reçu également votre lettre du . Le parti qu’a pris le général Saint-Cyr de mettre les dragons à pied n’a pas le sens commun. Je lui ai fait donner l’ordre de les faire remonter sur-le-champ.

 

Burgos, 12 novembre 1808

Au comte de Fontanes, président du corps législatif, à Paris

Monsieur le Président du Corps législatif, mes troupes ayant, au combat de Burgos, pris 12 drapeaux de l’armée d’Estramadure, parmi lesquels se trouvent ceux des gardes wallonnes et espagnoles, j’ai voulu profiter de cette circonstance et donner une marque de ma considération aux députés des départements au Corps législatif, en leur envoyant les drapeaux pris dans la même quinzaine où j’ai présidé à l’ouverture de leur session. Que les députés des départements et des colléges électoraux dont ils font partie y voient le désir que j’ai de leur donner une preuve de mon estime.

 

Burgos, 12 novembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général, à Burgos

Mon Cousin, donnez l’ordre au général Junot, commandant le 8e corps de l’armée d’Espagne, de faire partir sa 1e division, le 20, de Bordeaux pour Bayonne, où elle sera le 27, et à la 2e et à la 3e d’être rendues à Bordeaux le 22. Donnez l’ordre au quartier général de ce corps d’être rendu à Bordeaux le 20. Faites connaître au duc d’Abrantès que je lui enverrai probablement l’ordre de porter son quartier général à Bayonne le 25, et de là en Espagne, sinon pour entrer en ligne, au moins pour garder mes derrières; qu’il accélère donc l’organisation de son corps d’armée. Je crois vous avoir mandé que le général Heudelet commanderait la 3e division de ce corps. Vous donnerez l’ordre au colonel du génie Vincent, qui doit être arrivé à Bayonne, de se rendre au quartier général, ainsi qu’au colonel espagnol qui est envoyé par le duc d’Abrantès.

 

Burgos, 12 novembre 1808

NOTE SUR LE FORT DE BURGOS

Le fort de Burgos consiste positivement dans le réduit. Le réduit n’est vraiment attaquable que du côté de la hauteur. Je voudrais contre cette hauteur deux cavaliers, l’un, de la hauteur actuelle du rempart, qu’on arme de huit pièces de canon, l’autre, de tours qu’on remplirait ou qu’on armerait, ou qu’on arrangerait de manière à pouvoir contenir deux petites pièces de canon. Ces tours, quoi qu’on en dise, ne s’abattent pas si vite qu’on croit; je me souviens qu’au siège de Milan on ne put abattre celles du réduit.

Que fera l’ennemi ? Il placera six pièces de 24 sur la hauteur pour battre en brèche, et emploiera six pièces de 12 pour répondre au feu du fort. En 48 ou 72 heures il culbutera les murailles; il fera deux effets : il détruira les batteries et fera la brèche, sans ouvrir de tranchée, sans sape. Mais il faut, après cela, monter à l’assaut en descendant un vallon et en le remontant. Si on lui présente un obstacle quelconque, et qu’on donne au fort une autre fermeture de ce côté, il est évident qu’il faudra qu’il détruise cette nouvelle enceinte avant que de monter à l’assaut. Je propose donc de fermer le fort, du côté dont il est question, par une contrescarpe, un fossé, un rempart et un glacis et un chemin couvert. Tout cela n’aura pas 50 toises de long. L’escarpe ni la contrescarpe ne seraient point apercues des batteries de 24 placées sur la hauteur. Il faudra que l’ennemi chemine et vienne se placer sur le glacis pour abattre cette escarpe, ce qui alors est un siège, et assez considérable. Cela doit-il être, en ligne droite, une espèce de flèche ou de demi-lune ? C’est le détail de l’ingénieur.

Le tout est d’avoir un point de fortification permanente que l’ennemi ne puisse pas détruire de la hauteur. Il doit être facile de défiler cette pièce de la hauteur. Il ne m’a pas paru qu’elle dominât à un point que cela fût difficile. On pourrait placer huit pièces de canon ; ce qui serait très-redoutable. On convient cependant que l’ennemi finira par renverser le cavalier, mais il n’aura rien fait.

Partout où on suppose que l’ennemi peut faire brèche, on fera un second fossé , de manière que je ne considère l’ouvrage actuel que comme un cavalier. Il n’a pas 200 toises de tour; c’est donc un fossé de 200 toises, un chemin couvert et une escarpe de 200 toises revêtue en maçonnerie dans les parties les plus importantes et saillantes, dans les autres renforcée par des palissades et les moyens ordinaires. On raserait ensuite tout ce qui s’élève inutilement, et, hormis le cavalier du côté de la hauteur, tout le reste serait rasé à 20 pieds d’escarpe ; et même on découvrirait avec prudence les parties enterrées, de sorte que, quand on supposerait que d’un coup de baguette on culbuterait tout le réduit maçonné, il resterait tout autour une enceinte, en partie de campagne, qui ne serait dominée que d’un seul côté.

Quant à la hauteur de l’église devant le fort, il y a beaucoup de choses à faire; d’abord un nouveau rang de palissades; ensuite il faut construire quelques redans qui flanquent tout et découvrent mieux le pied du côté opposé à la hauteur. Il ne peut y avoir aucune objection du côté de la hauteur.

Quant à l’eau, s’il y en a dans le fond, ce n’est pas une objection. On fera une caponnière bien couverte, un bon puits, et le diable n’attaquera pas cette redoute lorsqu’on sera maître de la hauteur. S’il est nécessaire de faire quelques blindages ou ouvrages de cette espèce, rien n’empêcherait de le faire.

Si dans le bâtiment neuf de la citadelle, ou pouvait faire en blindage un grand hangar couvert, ce serait suffisant. Cela ne doit pas coûter 300,000 francs, en prenant les bois dans le pays. Si, au contraire, on veut finir le bâtiment, c’est un ouvrage long, inutile pour nous.

Il faudra voir si, en mettant l’église à l’abri de la bombe, ce qui est nécessaire, on pourrait sur la plate-forme avoir un cavalier contre la hauteur, ce qui ferait deux cavaliers. Il serait possible que de la hauteur on ne pût pas voir le pied de ce deuxième cavalier, qui flanquerait l’ouvrage bas.

Tout cela en forme de fortifications permanentes, qui puissent soutenir un siège, mais cependant en ouvrages de campagne, en ce sens que cela ne durerait que trois ou quatre ans, ce qui suffit pour les circonstances et ce qui permet de faire plus vite.

 

Burgos, 12 novembre 1808

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples

J’ai vu des décrets de votre part qui n’ont pas de sens. Vous ne cherchez qu’à réagir. Pourquoi rappeler des exilés et rendre les biens à des hommes qui ont les armes à la main et conspirent contre moi ? Je vous déclare qu’il faut prendre des mesures pour rapporter ce décret, parce que je ne puis souffrir que ceux qui ourdissent des complots contre mes troupes soient accueillis et protégés dans vos États.

La mesure pour les pêcheurs n’est pas plus prudente. C’est un moyen que les Anglai sachent plus tôt ce qui se passe.

Vous sacrifiez à une fausse popularité. Le moyen de la perdre est de mal marcher. Il est ridicule de lever le séquestre de dessus les biens, pour que cela aille alimenter ceux qui sont en Sicile. Il faut, en vérité, que vous ayez perdu la tête !

 

Burgos, 12 novembre 1808

ORDRE

Le colonel et les grenadiers à pied de ma Garde sont chargés de la garde de ma grosse voiture. Un officier et trois sentinelles seront tous les jours commandés pour la garder. Cette voiture, contenant les portefeuilles d’État, ne doit jamais tomber entre les mains de l’ennemi; et, en cas d’événement, le colonel doit y faire mettre le feu, en brûlant tout ce qui est dedans, sans permettre que quoi que ce soit en soit retiré.

 

Burgos, 13 novembre 1808, deux heures du matin

Au maréchal Bessières, duc d’Istrie, commandant la réserve de cavalerie, à Burgos

Mon Cousin, écrivez au général Milhaud que je crois qu’il sera arrivé à midi à Palencia; que j’attends avec impatience des nouvelles de ce qui se sera passé de ce côté-là, et surtout des renseignements sur ce qui se passe à Valladolid et dans le reste de la plaine; que je désire qu’il intercepte les courriers que le général Blake envoie en Galice et en recoit; que j’espère qu’il aura arrêté la poste qui va en Galice; qu’il faudra envoyer des partis au point où le chemin de Reinosa entre dans la plaine, parce qu’il est probable que les bagages et le parc du général Blake, sur la marche du maréchal Soult, auront évacué et se seront dirigés sur la Galice. S’il a de l’activité et du savoir-faire, il doit prendre tout cela. Recommandez-lui de nouveau une bonne discipline, et faites-lui comprendre qu’il serait fâcheux que la terreur précédât de huit jours la marche de l’armée.

Faites, dans la nuit, une proclamation aux habitants de Palencia et Valladolid; annoncez-leur que les habitants des villages qui ne seront pas évacués seront bien traités; qu’il n’est pas possible d’empêcher le désordre dans ceux qui ne sont pas habités.

 

Burgos, 13 novembre 1808, deux heures du matin

Au maréchal Bessières, duc d’Istrie, commandant la réserve de cavalerie, à Burgos

Mon Cousin, vous trouverez ci-joint une lettre du général Lasalle, que votre ordonnance a apportée au quartier général. Répondez-lui sur-le-champ que j’ai lu avec plaisir le rapport et les renseignements qu’il a donnés; que je suis fâché que les 400 hommes qui étaient égarés sur la droite n’aient pas été faits prisonniers; de maintenir la meilleure discipline et de faire réorganiser la poste de Lerma; d’avoir des renseignements sur les 24,000 hommes qui arrivent de Madrid; comment étaient-ils à Madrid ? Qu’il tâche de savoir ce que fait l’armée de Castanos. Qu’il envoie de petites patrouilles sur les chemins de traverse pour arrêter les courriers. J’espère aussi qu’il m’enverra plus de prisonniers; je n’en ai pas encore reçu. Cependant, en fouillant les villages, envoyant beaucoup de patrouilles sur les traverses, on aurait trouvé beaucoup d’hommes égarés. Il est bien fâcheux que le courrier expédié par le général de l’Estremadure au général Blake n’ait pas été pris.

 

Burgos, 13 novembre 1808

Au général Dejean, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Dejean, renvoyez la réserve de boeufs et proposez-moi des mesures pour réduire la dépense à Bayonne. Je n’ai pas besoin de vivres ; je suis dans l’abondance de tout. Il ne manque que les caissons et transports militaires, qui sont bien derrière, des capotes et des souliers. L’intendant est un homme inepte. Je n’ai jamais vu un pays où l’armée fût mieux et plus abondamment nourrie. Mais des souliers et capotes, voilà ce qui nous a manqué. Aucune des dispositions que j’avais ordonnées n’a été exécutée.

 

Burgos, 13 novembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchatel, major-général, à Burgos

J’avais ordonné que le 118e fût réuni à Tolosa; cependant je vois encore des détachements dans l’état de Tolosa, du 8.

Avez-vous nommé des commandants d’armes, et organisé les routes et les postes d’ici à Miranda ? Que font 9 hommes du 119e dans la place de Vergara ? Avez-vous donné des ordres pour que les dépôts de cavalerie soient réunis à Vitoria ? Que font 21 hommes d’infanterie légère à Mondragon ? Que font 82 hommes du 118e à lrun ?

Écrivez au général Drouet de compléter le plus possible le 43e et le 5le à Saint-Sébastien, de manière que ces bataillons aient 800 hommes.

Pourquoi le bataillon du 86e n’est-il pas déjà ici ?

Donnez ordre, à Bayonne, que les détachements du 10e et du 22e de chasseurs, en état de faire la guerre, soient dirigés sur Burgos.

Je ne trouve pas dans l’état de Bayonne la situation des dépôts de conscrits, dépôt par dépôt. Il est nécessaire que cela me soit remis tous les jours.

Il doit être arrivé à Vitoria un bataillon de marche pour le 1er corps; faites-le diriger sur Burgos.

Donnez ordre, à Bayonne, que tout officier dirigé sur Burgos, soit d’état-major, d’artillerie et du génie, se rende au quartier général.

Dirigez toutes les compagnies de sapeurs arrivées à Bayonne sur Burgos, hormis six compagnies de sapeurs et trois compagnies de mineurs que vous dirigerez sur Pampelune, pour le siège de Saragosse.

Je trouve que vous avez, en général , peu de renseignements; mettez à l’ordre qu’ils soient plus exacts.

Présentez-moi les décrets pour la formation du 46e et du régiment supplémentaire.

 

Burgos, 13 novembre 1808, huit heures du matin

Au maréchal Soult, duc de Dalmatie, commandant le 2e coorps d’armée d’Espagne, à Huermeces

Mon Cousin, le major général me met sous les yeux votre lettre d’aujourd’hui, à minuit. La canonnade de Villarcayo est évidemment une attaque du maréchal Lefebvre contre le corps ennemi qui s’est porté là, dans le dessein de protéger Burgos.   Tâchez de communiquer, à l’Escudo, avec le maréchal Victor. Portez-vous hardiment sur Reinosa, avec la seule précaution de tenir votre corps réuni.

Le général Milhaud est arrivé à Palencia hier, à midi. Je lui ai ordonné d’envoyer un fort détachement sur Reinosa, en passant par Torquemeida, Melgar de Yuso, Herrera, Aguitar de Campo. Nous serons bien malheureux si nous n’avons pas un morceau de tout cela.

P. S. Quand je dis Reinosa, j’entends s’emparer de la ville, pousser des reconnaissances sur Santander, sur le chemin de Léon, à la rencontre des patrouilles du général Milhaud, et marcher à la rencontre de l’ennemi, s’il se retirait par Villarcayo.

 

Burgos, 13 novembre 1808

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à paris

Monsieur de Champagny, je reçois votre lettre du 6. J’emploierai volontiers le régiment de Wurtzbourg. Demandez à ce qu’il soit à cet effete dirigé sur Metz.

 

Burgos, 13 novembre 1808

ORDRE

La lettre ci-jointe du général Belliard et les pièces qu’elle renferme sont de nature à être soumises à Votre Majesté. Il est impossible de tolérer une telle absence de formes et d’égards. Je prie Votre Majesté de m’indiquer la conduite qu’elle veut que je tienne dans cette occasion.

Le comte d’Hunebourg, 29 octobre 1808.

Le major général me fera un rapport sur cette lettre et me fera connaître les raisons du général Belliart pour prendre ce ton avec le ministre.

 

Burgos, 13 novembre 1808.

Au prince Cambacérès, Archichancelier de l’Empire, à Paris

Je vous envoie une lettre pour le président du Corps législatif. Vous pourriez insinuer l’idée que le Corps législatif décrétât un monument sur les hauteurs de Mars (Montmartre), dans lequel serait conservée la mémoire de cette preuve d’estime que je donne au Corps législatif. Les collèges électoraux feraient les frais de ce monument. Tous les membres feraient à cet effet, une somme de 1,000 francs chacun dans l’espace de dix ans, c’est-à-dire de 100 francs par an : ce qui ferait 15 millions, on 1,500,000 francs par an. Une députation du Corps législatif serait chargée de me porter le voeu que le monument fût décrété avant la fin de la présente session. Il sera nommé une commission du Corps législatif, pour suivre les plans et devis et les détails de l’exécution. Qu’on mêle dans tout cela des idées du code de commerce, du code Napoléon, du code criminel, etc. C’est un moyen d’avoir un beau monument que la position de Paris réclame, et de le faire faire aux frais de personnes que cela ne gênera pas.

 

Burgos, 14 novembre 1808.

A M. Gaudin, ministre des finances, à Paris

J’ai signé le décret sur la division du territoire du grand-duché de Berg. Je vous renvoie le tableau des communes , ne sachant pas s’il marche avec le décret. J’ai gardé la division en trois départements.

Je vous renvoie le décret relatif à l’administration. Vous le discuterez dans un conseil composé des sieurs Regnaud, Pelet et Treilhard. Vous y ferez les changements convenables, et vous le presenterez à ma signature.

Quant aux affaires militaires, il y a une erreur dans les régiments de chasseurs. Les hommes qui sont en Espagne ne doivent plus être considérés comme faisant partie de la Garde, ce qui serait un abus. Je les payerai sur mon trésor de France à dater du 1er décembre. Il faut qu’on les remplace aux régiments , et qu’ils n’y comptent pas plus que ceux qui sont à Naples.

Il faut faire marcher les deux premiers régiments d’infanterie, ce qui fera 3,200 hommes. Un troisième régiment restera à Düsseldorf pour se former. Je vois que le régiment de chasseurs, a déjà 800 hommes et seulement 300 chevaux; qu’on se dépêche de l’organiser. Ces deux régiments se rendront à Paris, avec des capotes, deux paires de souliers dans le sac, une aux pieds, des chirurgiens-majors, des ambulances; enfin qu’ils soient en règle. Écrivez pour qu’on fasse partir avec ces régiments une escouade d’artillerie de 30 hommes. S’il n’y a pas de canons dans le duché, on enverra seulement des chevaux, les canons seront fournis à Paris. Il faut faire former à Maestricht un escadron de 250 hommes. De sorte que j’aurai à Paris, au 1er décembre, deux régiments d’infanterie de 3,200 hommes, à 800 hommes par bataillon, un escadron de 250 chevaux et une escouade d’artillerie de 30 hommes total, 3,500 hommes.

Envoyez à la vice-reine le décret qui concerne la landgrave de Hesse-Darmstadt. Mettez dans votre lettre que c’est un décret de faveur, car cela n’était pas dû.

Témoignez mon extrême mécontentement au sieur Beugnot de ce qu’il a signé une convention avec le sieur Agar sans mon ordre et sans avoir un plein pouvoir. Je n’entends pas payer les meubles que le roi des Deux-Siciles a laissés à Düsseldorf, et donner 600, 000 francs pour cela. J’espère que je lui ai donné un assez bel équivalent. L’arriéré m’appartient, et, sous la responsabilité du sieur Beugnot, pas un sou de l’arriéré ne doit aller à Naples. Il ne faut pas qu’il fasse de tapage contre le grand-duc; mon intention, comme je le lui ai exprimé plusieurs fois, n’est pas de réagir, mais qu’il soigne mieux mes intérêts.

Je ne trouve pas le décret pour la levée de la conscription de 1809. Il faut me l’envoyer tout rédigé; je n’ai pas le temps de le faire.

J’ai mis des décisions en marge de différentes demandes du ministre de la guerre. Entendez-vous là-dessus avec le général Clarke.

 

Burgos, 14 novembre 1808

Au général Dejean, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Je recois votre rapport du 2 novembre avec l’état qui y était joint. Il en résulte que j’aurais à Bayonne 83,000 paires de souliers, 140,000 chemises, 23,000 havre-sacs, 39,000 shakos, et des capotes en quantité. Tout cela sont des contes pour les enfants. Je n’ai rien, je suis nu; mon armée est dans le besoin, et vos bureaux se moquent de moi. Les fournisseurs sont des voleurs qui seront payés, et je n’aurai rien. Tout votre service habillement va mal. Ceux qui sont à la tête sont des sots ou des fripons. Jamais on n’a été plus indignement servi et trahi.

 

Burgos, 14 notembre 1808

A Alexandre, prince de neuchatel, major-général, à Burgos

Mon Cousin, donnez ordre au maréchal Bessières de partir demain à quatre heures du matin pour avoir de bonne heure son quartier général à Lerma et prendre le commandement de la cavalerie de l’armée. Vous chargerez le maréchal Bessières de donner les ordres suivants. Il ordonnera à la brigade de dragons de Latour-Maubourg, qui est sur le chemin de Lerma, de continuer sa marche sur cette ville; il donnera le même ordre au général Latour-Maubourg, à son artillerie et à la brigade qui est avec ce général; il donnera le même ordre à la 3e brigade, qui est à Miranda. Le maréchal Bessières donnera également l’ordre au général Beaumont de se rendre sur Lerma. Donnez-lui deux commandants d’armes et deux commissaires des guerres, les uns pour Lerma, les autres pour Aranda, pour organiser le service dans ces deux points. Le maréchal Bessières mènera avec lui un escadron de ma Garde, qui ne sera employé à aucun service et qui marchera toujours avec un service de ma maison.

Le maréchal Bessières laissera à Lerma mes chevau-légers polonais, désirant les réunir à ma Garde en passant.

Le ministre de l’intérieur d’Espagne a fait une proclamation ; vous chargerez le maréchal Bessières d’en emporter quelques milliers pour les répandre partout.

 

Burgos, 14 novembre 18ß8

A Joachim Napoléon, Roi des Deux-Siciles

Je reçois votre lettre. Je vois avec plaisir ce que vous dites de la disposition des esprits à Rome. Il faut de votre côté y contribuer et ne pas répandre de bruits aussi ridicules que ceux accrédités par la lettre de Gallo où il déclare que vous n’étiez pour rien dans ce que je faisais. On sent bien que vous n’avez pas d’influence dans un pays qui n’est pas sous votre domination. Ce désaveu n’a pas de sens.

J’ai appris avec peine que vous aviez fait des singeries pour Saint-Janvier. Faire trop de ces choses là n’en impose à personne et fait du mal.

 

Burgos, 14 novembre 18ß8

Au comte Marescalchi, ministre des affaires étrangères du royaume d’Italie, réisdant à Paris

Il faut dire aux députés des trois départements que j’ai reçu leurs lettres, que j’agrée leurs sentiments, qu’ils peuvent retourner dans leurs départements. Vous leur ferez des cadeaux de portraits, de la valeur de 600 francs. Je crois leur avoir donné la couronne de fer.

 

Burgos, 16 novembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchatel, major-général, à Burgos

Mon Cousin, donnez ordre au général Frère de diminuer les postes qui sont sur les derrières. Par exemple, le poste de Salinas n’a plus besoin de 200 hommes, une compagnie de 80 hommes suffit; même chose pour les places de Mondragon et de Villareal. Donnez ordre que les chasseurs de Nassau qui sont à Vitoria se rendent à Burgos. Mon intention est que huit compagnies de sapeurs soient destinées pour le siège de Saragosse, et que les sept autres soient destinées pour l’armée, savoir, une compagnie pour chaque corps et deux pour le quartier général. Les compagnies de mineurs doivent être destinées: trois pour le siège de Saragosse et trois pour le quartier général; donnez des ordres en conséquence.

Je vois que, le 5 novembre, le bataillon de chasseurs de la montagne des Hautes-Pyrénées, employé à la défense des frontières, et celui de l’Ariége, étaient sur les frontières de ces départements. Les neiges qui sont tombées dans ces montagnes rendent ces bataillons inutiles; dirigez-les sur Pau, où ils seront sous les ordres de l’adjudant commandant Lomet. Quant aux bataillons de la Haute-Garonne et des Pyrénées orientales, ils seront réunis au 7e corps et seront sous les ordres du général Saint-Cyr. Par ce moyen, l’adjudant commandant Lomet aura les bataillons de trois départements ; ce qui doit faire, je crois, six bataillons et près de 4,000 hommes.

 

Burgos, 16 novembre 1808, trois heures du matin

Au maréchal Soult, duc de Dalmatie, commandant le 2e corps de l’armée d’Espagne

Le major général vous a expédié des ordres pour entrer à Santander, où je compte que vous serez arrivé aujourd’hui. C’est un grand point pour l’Europe et pour nos opérations. Je vous ai fait soutenir par le maréchal Lefebvre, qui est lui-même soutenu par le général Milhaud, qui est à Palencia et Valladolid.

Il n’y a aucune nouvelle de l’ennemi de la plaine. Le maréchal Ney attaque aujourd’hui Aranda , et le maréchal Bessières , qui s’y porte, inondera sur-le-champ la plaine de cavalerie jusqu’aux montagnes de Madrid.

Il me tarde d’apprendre que vous êtes entré à Santander. Tàchez de confisquer ce qui appartient aux Anglais. Faites mettre le séquestre sur toutes les laines et sur les marchandises anglaises et coloniales.

On prend de tous côtés des hommes de l’armée de Galice ; il paraît qu’ils sont débandés dans tous les sens.

 

Burgos, 16 novembre 1808, trois heures du matin

A M. de Savoie-Carignan. officier d’ordonnance de l’Empereur, à Burgos

L’officier d’ordonnance Carignan, se rendra à Palencia. Il préviendra le général Milhaud, qui commande les dragons, que, le 13, un parc d’artillerie et des bagages très-peu escortés sont partis de Reinosa pour descendre dans la plaine; que l’armée de Blake, forte de 45,000 hommes, a été défaite aux combats d’Espinosa et de Reinosa; que 15,000 hommes ont été tués ou pris et le reste éparpillé; que les routes sont couvertes de détachements de 2, 3 et 400 hommes qui gagnent la plaine; qu’il est donc essentiel qu’il dirige de fortes patrouilles pour ramasser tout ce qu’elles trouveront.

Il fera connaître au général Milhaud que Bessières est à Lerma et à Aranda avec le maréchal Ney; que le quartier général est ici, et qu’il faut qu’il écrive fréquemment au major général. De là, il poussera jusqu’aux avant-postes, s’ils sont encore à Valladolid, pour savoir des nouvelles de la position de l’ennemi et si les habitants rentrent.

Il prendra note des convois de pain envoyés de Palencia sur Burgos.

 

Burgos, 16 novembre 1808

Au général Durosnel, écuyer de l’Empereur, à Burgos

Monsieur le Général Durosnel, vous partirez avec l’escadron du grand-duc de Berg, les mameluks et un détachement des dragons de ma Garde, de manière à avoir 150 chevaux en tout, et vous vous dirigerez sur la route de Logrono pour l’éclairer jusqu’à Belorado. Vous saurez là ce qu’on dit de nouveau à la Calzada, où vous enverrez quelques coureurs, et tout ce qu’on dira qui pourrait s’être passé de nouveau du côté de Logrono, du maréchal Moncey et du général Castafios. Prenez avec vous un homme qui parle espagnol. Placez des postes intermédiaires pour la correspondance.

Écrivez au général Lagrange comme si votre lettre devait être interceptée. Vous lui parlerez des succès que nous avons eus, de la destruction de l’armée de Blake, des 60 pièces de canon et des magasins qu’on lui a pris à Espinosa et Reinosa, de l’entrée de nos troupes à Valladolid et à Aranda, de la destruction de l’armée de l’Estrémadure à Durgos, où nous lui avons pris 25 pièces de canon. Vous enverrez un homme du pays en lui proinettant récompense s’il rapporte une réponse. Si les lettres sont prises, cela n’aura pas d’inconvénient. Quand la réponse du général Lagrange dirait seulement qu’il n’y a rien de nouveau , ou des choses qui peuvent être sues, cela serait avantageux ; ce serait une manière prompte de correspondre. Vous mènerez avec vous un ingénieur géographe qui tracera parfaitement la route de Burgos à Belorado.

Si vous n’y voyez pas d’inconvénient, vous enverrez des partis jusqu’à la Calzada et Santo-Domingo, mais sans compromettre les troupes que je vous confie. Vous laisserez des postes sur vos derrières pour correspondre promptement. Enfin vous aurez soin de vous informer si l’on peut tirer de là des vivres pour Burgos, soit pain , soit farine; commandez-en.

 

Burgos, 16 novembre 1808

Au capitaine Gillot, officier d’ordonnance de l’Empereur, à Burgos

M. Gillot partira pour se rendre à Santander par Reinosa; il portera la lettre ci-jointe au maréchal Soult. Le but de sa mission est de reconnaître Santander et Reinosa et toute la ligne des montagnes de Reinosa à Santander qui sépare des Asturies.

2 ou 3,000 homnies qu’on laisserait pour garder ce pays peuvent-ils trouver protection dans un fort quelconque à Santander, existant ou qu’il serait facile de faire ?

Reinosa étant la clef de toute cette position, y a-t-il beaucoup de bois aux environs, au moyen desquels on puisse faire un fort en bois comme celui de Praga, où 4 ou 500 hommes puissent garder un plus grand ouvrage de campagne contenant 1,000 hommes ?

On suppose que de Reinosa il y a comme une muraille de montagnes qui sépare des Asturies; combien d’épaisseur a cette chaîne ? Y a-t-il des chemins pour venir à Reinosa ou à Santander ? quelle espèce de chemins ? où aboutissent-ils ? Où faudrait-il se placer pour surveiller tous les mouvements quand on serait sur la défensive, et être certain de tous les mouvements de ce côté ?

Quels sont les chemins qui aboutissent à Bilbao, soit de Santander, soit de Reisiosa ? Quelle espèce de chemins, quelle nature de pays et de montagnes ?

 

Burgos, 17 novembre 1808.

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Écrivez au roi des Deux-Siciles qu’il continue tous les préparatifs de l’expédition de Sicile; que les moyens ne lui manqueront pas; que le véritable moment est la fin de décembre ou le commencement de janvier ; qu’il vous fasse connaître son plan, combien de bâtirnents il a réunis , dans quel port il les réunira; que cela ne doit pas l’empêcher de diriger sur Borne, où je les crois arrivés, le 52e et le 102e; s’il en était, autrement, envoyez-lui un ordre de route pour qu’ils s’y rendent directement.

Vous ferez connaître au roi des Deux-Siciles que j’ai incorporé dans ma Garde l’escadron de chevau-légers de Berg, qui est en Espagne; qu’ainsi il ne doit plus y compter.

 

Burgos, 17 novembre 1808

Au général Dejean, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Dejean, je ne compte sur aucun des envois que vous m’annoncez. Je vous avais prévenu que rien n’arriverait si vous ne faisiez pas accompagner ces envois par un maréchal des logis ayant une feuille de route où les journées de route fussent bien déterminées. Vous n’en avez tenu aucun compte, et mon armée manque de tout. Je suis obligé d’avoir recours à des moyens extraordinaires, ce qui produit toujours un mauvais effet. Votre bureau d’habillement est composé d’imbéciles. Vos fournisseurs de Paris sont des fripons comme ceux de Bordeaux; il y en a qui ont vendu des effets qui étaient partis pour vous. Cela est votre faute de n’avoir pas organisé vos transports. Je dépense beaucoup d’argent pour être très-mal servi. Le fait est qu’il y a beaucoup de dilapidation.

 

Burgos, 17 novembre 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Vice-Amiral Decrès, j’ordonne à la division Molitor et à la division Boudet de se rendre à Lyon. Peut-être les dirigerai-je sur Toulon. Mon intention est que mou escadre et ses transports soient approvisionnés et prêts à tenter l’expédition de Sicile. Le roi des Deux-Siciles réunit 20,000 hommes à Scilla, et prétend avoir les chaloupes canonnières, felouques et petits bâtiments propres au passage de ces troupes. Établissez une correspondance avec ce prince, et faites-moi connaître ce que je dois penser du succès de cette expédition. Dans tous les cas, tenez mon escadre de Toulon en situation de mettre à la voile.

 

Burgos, 17 novembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchatel, major-général, à Burgos

Mon Cousin, faites connaître au commandant de Miranda qu’il est responsable de la tranquillité de la ville, qu’il doit faire fusiller sur place le premier soldat qui pille, et qu’il ait à prendre des mesures pour le prompt rétablissement de l’ordre. Donnez ordre à l’intendant général d’établir un magasin de farine de 100,000 rations, ce qui peut se faire par des réquisitions provenant de tout l’arrondissement.

Burgos, 17 novembre 1808

Au maréchal Bessières, duc d’Istrie, commandant la réserve de la cavalerie de l’armée d’Espagne, à Aranda

Mon Cousin, il est une heure, et je n’ai encore que les nouvelles d’hier à midi, de votre entrée à Aranda. Je suppose cependant qu’hier au soir vous m’avez écrit, et je suis surpris que vos dépêches, qui doivent contenir les renseignements que vous aurez recueillis, ne me soient pas encore arrivées.


P. S. Il est quatre heures, et je n’ai pas de vos nouvelles.

 

Burgos, 17 novembre 1808

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples

Avant de faire des maisons d’éducation et autres établissements de cette espèce qu’on peut faire avec le temps, faites donc payer à mes troupes l’arriéré qui leur est dû.

 

Burgos, 17 novembre 1808

A M. Gaudin, ministre des finances

Le sieur Lavallette fait des contes. Il ne prend pas des mesure efficaces pour assurer le service des postes. Le passage de la grande armée rendait nécessaires, à chaque poste des Landes, 20 ou 30 chevaux. Mais les administrateurs des postes sont des ganaches accoutumées à d’anciennes routines, dont on ne peut les faire sortir. Il faut que le million de gratification soit employé en grand partie à faire le service des postes dans les Landes. En général, le commissaire des postes marche mal et n’a ni tact ni prévoyance; ses rapports ne contiennent que des babioles. On me fait voyager plus lentement qu’un autre; j’ai fait huit lieues avec les mêmes chevaux. Cependant mon temps et ma santé sont assez précieux. J’ai fait la moitié du chemin à franc étrier; sans cela j’aurais éprouver six jours de retard.

 

Burgos, 17 novembre 1808

A Joachim Napoléon, roi de Naples

Je suppose que vous avez fait confisquer les biens que le duc del Infantado et les autres grands d’Espagne possèdent dans votre royaume. Mes sujets français et italiens ont été pillés en Espagne, et je veux les indemniser sur ces biens. Ne perdez pas un moment à faire mettre le séquestre sur ces biens, si vous ne l’avez déjà fait. On m’assure que la moitié du royaume de Naples appartient à ces grands d’Espagne. Faites faire l’inventaire de toutes ces possessions, et ne levez pas le séquestre sans ma permission. Je perds assez à ces affaires d’Espagne.

 

Burgos, 18 novembre 1808

Au prince Cambacérès, Archichancelier de l’Empire, à Paris

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 12. Les bulletins vous feront connaître que les affaires vont grand train.

Mon intention est de donner le titre de comte au sieur Isolé, préfet du département de la Côte-d’Or. Il établira en conséquence un majorat. Vous me présenterez ses lettres patentes à signer.

 

Burgos, 18 novembre 1808

Au comte Régnier, Grand-Juge, ministre de la Justice, à Paris

Monsieur le Comte Régnier, nous avons résolu de faire placer dans la salle de notre Conseil d’état les statues en marbre des sieurs Tronchet et Portalis, rédacteurs du premier projet du Code Napoléon, et dont nous avons été à même d’apprécier les grands talents dans les conférences qui ont eu lieu lors de la rédaction dudit code. Notre intention est que nos ministres, conseillers d’état et magistrats de toutes nos cours, voient dans cette résolution le désir que nous avons d’illustrer leurs talents et de récompenser leurs services, la seule récompense du génie étant l’immortalité et la gloire. Nous avons fait connaître nos volontés à notre grand maréchal du palais et à l’intendant de notre Maison; mais nous vous chargeons spécialement de porter tous vos soins à ce que les statues soient promptement faites et ressemblantes. Nous désirons que vous fassiez connaître ces dispositions à nos différentes cours.

 

Burgos, 18 novembre 1808

Au comte de Romanzof, ministre des affaires étrangères de Russie, à Paris

Monsieur le Comte de Romanzof, j’ai reçu votre lettre du 7 novembre; je l’ai lue avec le plus grand plaisir. Elle m’a trouvé au milieu des camps et des mouvements militaires. J’ai fait connaître à Champagny de quelle manière il doit répondre à la note anglaise. Je suis parfaitement de votre opinion , que la proposition d’admettre au congrès les insurgés espagnols n’est pas une condition sine qua non, puisque les Anglais eux-mêmes déclarent qu’ils ne sont pas leurs alliés. Je prends la confiance de vous envoyer mes idées sur la manière dont je pense que vous pourriez répondre; je m’y crois autorisé par l’amitié qui m’unit à l’Empereur, par l’estime particulière que j’ai pour vous, et par l’intérêt commun que nous avons. Vous ferez à cette note les modifications que vous jugerez convenables. J’insiste seulement pour que vous disiez d’une manière ou d’autre que l’empereur Alexandre a reconnu le roi Joseph et que nos intérêts sont communs et irrévocablement unis. Cela bien dit sera, je crois, un fort argument. J’espère être à Paris plus tôt qu’on ne le pense généralement, et, dans ce cas, j’aurai un vrai plaisir à vous revoir et à vous donner des preuves plus particulières de l’estime que je vous porte.

NOTE.

Le soussigné, ministre des affaires étrangères de Sa Majesté l’empereur de toutes les Russies, a l’honneur de répondre à la note de M. Canning, que l’admission des rois alliés de l’Angleterre au congrès ne peut être l’objet d’aucune discussion, et que la Russie et la France y consentent; que la proposition d’y admettre les insurgés espagnols est contraire aux engagements de Sa Majesté l’empereur de Russie, qui a reconnu le roi Joseph Napoléon; que, si l’Angleterre veut la paix, elle ne peut exiger que ce qu’elle a la puissance de réaliser; que certes elle ne peut se flatter de dominer la France sur terre; que le continent, après quinze ans de guerre, a besoin de repos; que l’alliance de l’empereur Alexandre avec l’empereur Napoléon est à l’abri de tout événement; que l’Angleterre, autant qu’aucune autre puissance, a besoin de la paix; que la Russie et la France sont résolues à ne faire qu’une paix juste et égale, et dans aucun cas ne sépareront leurs intérêts.

Le soussigné réitère la proposition déjà faite d’envoyer des plénipotentiaires dans la ville du continent qu’il plaira à Sa Majesté Britannique de désigner, d’admettre les plénipotentiaires des rois alliés de l’Angleterre; consent de traiter sur la base de l’uti possidelis, et surtout sur la base de la puissance respective des parties belligérantes, et accepte toute base qui aurait pour but de conclure une paix juste, honorable et égale pour tous les partis.

 

Burgos, 18 novembre 1808, midi

Au maréchal Bessières, duc d’Istrie, commandant la réserve de cavalerie de l’armée d’Espagne, à Aranda.

Mon Cousin, le major général vous envoie vos ordres de mouvement. Le maréchal Ney se rend sur Almazan et Soria, soit pour couper la retraite de Castafios, soit pour soumettre Soria, ce qui est important. Vous devez lui donner la brigade du général Beaumont, et vous mettre en mesure de lui donner une brigade de dragons, si cela est nécessaire. Il faut, si les localités le permettent, qu’une forte partie de votre cavalerie éclaire sa droite sur la rive gauche du Duero, d’abord jusqu’à Puente de Gormas, et même plus loin.

La 3e brigade de Latour-Maubourg est à la Chartreuse. Je vais la voir à midi, et je la mettrai immédiatement en marche pour Lerma, afin qu’elle puisse vous joindre demain, ou après-demain de bonne heure. Vous aurez ainsi six régiments de dragons qu’il est bon de tenir dans la main. Envoyez le général Lasalle à moitié chemin de Somo-Sierra, et que tout soit éclairé jusq’au pied de cette montagne.

Le maréchal Lannes est parti pour prendre le commandement du corps du maréchal Moncey et de la division Lagrange, marcher droit sur Tudela et attaquer l’ennemi. J’attends demain ici le corps du maréchal Victor.

Le corps du maréchal Soult doit être entré aujourd’hui à Santander. Le général Milhaud poursuit les débris de tout ce qui s’est échappé de la Montana.


P. S. Si le porteur d’ordres n’était pas encore arrivé, prévenez-en le maréchal Ney, afin qu’il prépare son mouvement. Faites préparer, à Aranda, du biscuit et des vivres pour 40,000 hommes, pour après-demain. L’ennemi occupe-t-il la citadelle de Ségovie ?

 

Burgos, 18 novembre 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Je suis aussi étonné qu’indigné de ce que je lis dans la dépêche de Carlsruhe du 8 novembre. Écrivez au ministre de la police pour l’inviter à envoyer à Bade un officier de gendarmerie pour arrêter ces individus et les amener à Parîs; entendez-vous avec lui pour cela. Vit-on jamais pareille extravagance ? Vous auriez dû me faire connaître davantage ce que c’est que ces messieurs. On dit que ce Rayneval a la décoration de la Légion d’honneur. Faites- moi connaître ce que cela veut dire.

 

Burgos, 18 novembre 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

J’ai lu la lettre de Mlle Patterson. Répondez à Turreau qu’il lui fasse connaître que je recevrai avec plaisir son enfant, et que je m’en chargerai, si elle veut l’envoyer en France; que, quant à elle, tout ce qu’elle peut désirer lui sera accordé; qu’elle peut compter sur mon estime et sur mon désir de lui être agréable; que, lorsque je me suis refusé à la reconnaître, j’y ai été conduit par des considérations de haute politique; que, à cela près, je suis résolu à assurer à son fils un sort tel qu’elle peut le désirer. Il faut du reste traiter cette affaire doucement et secrètement.

 

Burgos, 18 novembre 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Je reçois votre lettre du 11. Faites mettre à l’École militair Saint-Cyr le jeune Saint-Aignan. Vous ferez connaître que c’est ma volonté. Vous lui ferez connaître également que mon intention n’est pas qu’il se marie qu’il n’ait fait deux campagnes. Vous ferez effectivement conduire. Cette méthode, il faut la prendre pour plusieurs de même espèce.

 

Burgos, 18 novembre 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon Fils, les biens que possèdent les Espagnols en Italie doivent être confisqués et les revenus versés dans une caisse pour en être disposés selon ce qui sera jugé convenable. Les Espagnols ont beaucoup de biens en Italie. Faites mettre le séquestre sur tous ces biens, et faites-en dresser l’inventaire. On a pillé en Espagne mes sujets français et italiens; il faut qu’ils soient indemnisés.

 

Burgos, 19 novembre 1808

Au prince Cambacérès, Archichancelier de l’Empire, à Paris

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 14 novembre. J’approuve que l’on ne mette le code criminel à exécution que le 1er janvier 1810, si telle est l’opinion du Conseil. Pour le reste des lois, lorsqu’elles auront été portées au Corps législatif, je pense comme vous que , le 15 décembre, ce corps pourrait être dissous.

 

Burgos, 19 novembre 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Vous trouverez ci-joint un projet de note en réponse à celle de M. Canning. Vous pourrez laisser passer deux ou trois jours à vous consulter avec M. de Romanzof. Ensuite vous ferez partir un courrier intelligent, qui répandra que l’Espagne est soumise ou sur le point de l’être entièrement; que déjà 80,000 insurgés espagnols sont détruits, et qu’un grand nombre arrivent prisonniers en France.

NOTE

Le soussigné a mis sous les yeux de l’Empereur son maître, la note de M. Canning.

Si la guerre ne produisait aucun inconvénient pour l’Angleterre, le soussigné concevrait peu d’espoir d’arriver à la paix.

Les deux Empereurs s’étaient flattés qu’on ne se serait point mépris à Londres sur le but de leur démarche. Le ministère anglais paraît l’attribuer à faiblesse, impuissance et besoin; les vrais hommes d’État y verront de la magnanimité et l’expression de la puissance. La France et la Russie peuvent et sont résolues à soutenir la guerre aussi longtemps qu’on ne sera pas revenu, à Londres, à des dispositions justes et égales.

La proposition d’admettre à la négociation les insurgés espagnols ne peut être considérée, de la part du Gouvernement francais, que comme une insulte qui ne devait point trouver sa place dans une note qui doit avoir pour but, non d’irriter, mais de chercher à se concilier et à s’entendre. Qu’aurait dit le Gouvernement anglais si le Gouvernement francais eût proposé d’admettre les insurgés catholiques d’Irlande ? La France, sans avoir de traité avec eux, a eu aussi avec eux des rapports, leur a fait des promesses et souvent envoyé des secours.

L’Angleterre serait dans une étrange erreur si, contre l’expérience du passé, elle avait encore l’idée de lutter avec avantage sur le continent contre les armées françaises. Quel espoir atirait-elle aujourd’hui surtout que la France est irrévocablement unie à la Russie ?

Le soussigné est chargé de réitérer la proposition d’admettre tous les alliés du roi d’Angleterre à la négociation, soit le roi qui règne au Brésil, soit le roi qui règne en Suède, soit le roi qui règne en Sicile, de prendre pour base l’uti possidetis, surtout de n’oublier jamais ce qui résulte de la puissance respective des États; et qu’enfin une paix, pour être solide, doit être en même temps honorable et égale entre toutes les grandes puissances.

 

Burgos , 19 novembre 1808.

A M. Cretet, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur le Ministre Cretet, j’ai nommé une commission de négociants, qui doit se réunir à Bayonne, pour recevoir les réclamations des Francais qui ont essuyé des pertes en Espagne par suite de pillages, confiscations, etc. , dans les provinces insurgées. Mon intention est véritablement de les indemniser; indépendamment de la confiscation des laines que j’ai ordonnée pour cet objet, j’ai les moyens de le faire moi-même. Le duc de l’Infantado et les grands d’Espagne possèdent à eux seuls la moitié du royaume de Naples; évaluer leurs propriétés dans ce royaume à 200 millions n’est pas trop. Ils ont en outre des possessions en Belgique, en Piémont et en Italie, que mon intention est de séquestrer. Cela n’est qu’une première idée. Je désire que vous rédigiez un règlement et que vous le fassiez passer au Conseil d’État, s’il y a lieu; que vous prévoyiez tout, et fassiez en sorte que tous ceux qui ont fait des pertes soient indemnisés.

 

Burgos, 19 novembre 1808.

A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Je désire que vous fassiez mettre dans les journaux de Hollande, d’Allemagne et même dans ceux de Paris, mais par des voies indirectes et sous divers indices, des articles qui donnent l’éveil sur, l’expédition de Sicile. Par exemple, dans l’un on peut dire qu’il n’y a en Sicile que quatre régiments anglais, ou émigrés , ou à la solde de l’Angleterre, faisant à peine 4,000 hommes ; dans un autre, on peut mettre que la première nouvelle des préparatifs a porté l’alarme en Sicile, que l’on a embarqué du canon de bronze et que la cour fait emballer ses effêts les plus précieux; dans un autre, que le roi Joachim se rend à Reggio; dans un autre, que deux divisions françaises, chacune de 9,000 hommes, se réunissent dans la Calabre. Enfin, lorsque pendant l’espace de huit jours ces nouvelles auront circulé, faites connaître dans les journaux de Hollande que le roi Joachim est débarqué en Sicile avec 30,000 hommes, Francais, Italiens et Napolitains. Mettez pour détail qu’il est débarqué au Phare, que le général Reynier commande une division, le général Partouneaux une autre, le général Lamarque une troisième. Faites répéter dans d’autres journaux, et avec d’autres indices, qu’en s’embarquant le Roi a laissé la régence à la Reine. Enfin soutenez de toutes les manières l’attention publique sur l’expédition de Sicile, afin que l’on puisse y croire à Londres et que cela puisse les alarmer. Ceci doit être bien mené, être le résultat de l’opinion venant de tous côtés et l’ouvrage d’une douzaine d’articles bien combinés dans différents journaux.

 

Burgos, 19 novembre 1808

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, j’accepte votre division d’infanterie, si ces troupes viennent volontiers. Il faut que ces troupes soient munies d’une capote, de deux paires de souliers dans le sac, et qu’elles soient en bon état; que les compagnies soient de 140 hommes et les bataillons de six compagnies ; ce qui fait 800 hommes par bataillon. Il faut que les régiments de cavalerie soient de trois escadrons, de 250 hommes chacun, et que le 4e escadron reste en Westphalie pour recruter les trois premiers. Il est nécessaire également que les régiments d’infanterie laissent un bataillon en Westphalie, pour recruter et tenir au complet les bataillons de guerre. Mais il ne faut faire cela qu’autant que vos soldats viendraient volontiers, et ne les faire partir qu’avec de bonnes capotes. Il faut aussi qu’elles soient commandées par un homme ferme. Le régiment de chevau-légers a donné lieu à beaucoup de plaintes sur la route.

 

Burgos, 19 novembre 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne

J’ai fait donner l’ordre au payeur de remettre à votre ministre des finances 300,000 francs sur les 6 millions qu’il y a ici, qui sont retenus sur le produit de la vente des laines. Cela ne doit pas empêcher votre ministre des finances de se procurer des ressources sur le cinquième qui vous est déjà acquis pour droit d’extraction de ces laines. Je ferai donner aux personnes avec lesquelles il traitera toutes les assurances qu’elles voudront.

 

Burgos, 19 novembre 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon Fils, je reçois votre lettre du 9; fgaîtes reconnaître les ouvrages qu’on fait à Tarvis, ce lieux m’en parait (propre main) peu susceptible. Avant de s’expliquer là-dessus, il est nécessaire d’avoir des renseignements plus précis.

 

Burgos, 20 novembre 1808

A M. Cretet, minsitre de l’intérieur, à Paris

Monsieur Cretet, les hôpitaux de Parme et de Plaisance ont besoin d’une organisation particulière. Faites-vous rendre compte, et proposez-moi les mesures nécessaires.

 

Burgos, 20 novembre 1808

A M. Cretet, minsitre de l’intérieur

20,000 balles de laine, valant 15 à 20 millions, sont transiportées de Burgos à Bayonne. Une grande quantité a été trouvée à Santander et sera également transportée. Cela doit alimenter nos manufactures pour deux ans. Faites annoncer dans la journée la vente de ces laines aux enchères publiques. On m’assure qu’il y a à Valladolid et à Santander de grands dépôts de coton. Tout cela sera envoyé en France. Le prix en sera restitué aux propriétaires qui reviendront; le reste, appartenant, aux Anglais ou aux individus qui les auront suivis, sera séquestré et confisqué.

 

Burgos, 20 novembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchatel, major-général, à Burgos

Écrivez au maréchal duc de Dalmatie:

“L’Empereur a donné ordre au maréchal duc de Danzig de se porter sur Carrion (Carrion de los Condes). Il sera là dans un excellent pays, à deux bonnes journées de Reinosa, et à portée de menacer Léon, Toro, de se porter sur Valladolid et de couvrir Burgos. Le général Mermet se rend en toute diligence à Reinosa ; il est nécessaire que vous mettiez des postes entre Carrion et Reinosa pour pouvoir correspondre. Il paraît qu’il y a un corps anglais à Toro; que l’armée de Blake, qui a longé les montagnes, cherche à se réunir à Léon; qu’un autre rassemblement existe à Benavente. La cavalerie qui inonde la plaine s’est déjà rapprochée de ces points, et le maréchal duc de Danzig sera bien placé à Carrion pour éclairer tout le pays. Il faut que vous lui renvoyiez tout ce que vous avez de son corps, soit cavalerie, infanterie ou artillerie.”

Quant à vous, l’Empereur attend que vous lui fassiez connaître tout ce que vous avez fait pour dégager la montagne, et les mémoires qui vous ont été demandés sur les moyens de protéger la situation de Santander, pour vous envoyer des ordres définitifs.

 

Burgos, 20 novembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchatel, major-général, à Burgos

Donnez ordre au général Mermet de se rendre à Reinosa, où il sera sous les ordres du maréchal duc de Dalmatie. Vous lui ferez connaître que le 31e doit faire partie de la division Merle (ce qui la porte à plus de 6,000 hommes), dont il doit prendre le commandement, le général Merle étant employé ailleurs.

 

Burgos, 20 novembre 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je recois l’état des travaux faits dans le mois de septembre. Je vois qu’on n’a pas fait grand’chose. Les travaux publics marchent bien lentement en Italie; cela pourrait aller plus vite.

 

Burgos, 20 novembre 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Burgos

Mon Frère, les provinces de Santander, de la Biscaye , de Soria et, probablement demain ou après, toute celle de la Castille, sont entièrement soumises. Mais, pour qu’un pays soit bien soumis, il faut que les intendants, corrégidors et magistrats supérieurs auxquels les peuples ont l’habitude d’obéir, soient nommés par vous et se rendent dans ces provinces, fassent des proclamations, pardonnent aux révoltés qui rentrent et portent leurs armes, et surtout fassent des circulaires aux alcades et curés, et que par là ceux-ci comprennent qu’ils sont sous votre gouvernement. Cette mesure aura l’avantage de réorganiser la police, les finances, et de donner une direction à ces peuples. Il est aussi nécessaire que les intendants et corrégidors communiquent avec vos ministres, et leur fassent connaître les différents renseignements qui arrivent à leur connaissance. Je crois qu’il y avait six ou sept intendants dans la Vieille-Castille. Je pense qu’il est très-important que vous preniez des mesures sur tout cela; dans les circonstances présentes, elles sont plus fractueuses que les proclamations. Je pense donc qu’il serait bon de faire beaucoup de circulaires aux alcades et aux curés.

Mes troupes sont entrées à Santander, et l’on m’assure qu’une grande quantité de personnes de la Biscaye, qui étaient insurgées, rentrent et ne demandent pas mieux que de poser les armes, si elles ont l’assurance d’être pardonnées et de n’être pas recherchées.

 

Burgos, 21 novembre 1808

Au prince Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Écrivez au général Miollis pour que tous les revenus du Pape soient employés à payer la dette publique. Cette manigance des prêtres est dirigée contre nous. Il faut que l’arriéré de la dette publique soit mis au courant. Il faut également que le pain soit à bon marché à Rome. Le général Miollis est autorisé à prendre toutes les mesures en conséquence.

1)Note : Dans (prince Eugène) la lettre commence par : Mon Fils, donnez des ordres au général Miollis.

 

Burgos, 21 novembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchatel, major-général, à Burgos

Donnez l’ordre au convoi des 50 voitures de vivres qui sont parties hier et aux 50 caissons partis aujourd’hui de se réunir à Lerma, où ils attendront de nouveaux ordres, leurs papiers en règle. Donnez ordre également aux fusiliers de la Garde de partir demain de Lerma pour Aranda, où ils prendront des ordres du maréchal Bessières. Donnez ordre aux caissons de la Garde partis aujourd’hui de se rendre à Lerma; ce qui fera demain à Lerma 150 caissons de vivres.

Donnez l’ordre à l’administration du petit quartier général de se rendre demain à Lerma; au chirurgien en chef avec son ambulance légère, à l’ordonnateur Faviers, de se rendre demain à Lerma, ainsi qu’à la moitié de vos officiers d’état-major. L’intendant général continuera à rester ici.

Donnez l’ordre au général hollandais qui commande à Bilbao de garder simplement les deux bataillons hollandais, et de diriger sur Burgos les autres troupes d’infanterie qu’il aurait.

Donnez l’ordre au général Thouvenot, à Saint-Sébastien, de réunir en entier un des deux bataillons qu’il a, et de l’envoyer à Bilbao pour y tenir garnison. Donnez-lui l’ordre de compléter à six compagnies chacun des deux bataillons qu’il a.

 

Burgos, 21 novembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchatel, major-général

Mon Cousin, donnez l’ordre sur-le-champ au général Lahoussaye de faire partir pour Burgos, demain matin, pour venir coucher à Lerma, la brigade de sa division qui est arrivée hier à Burgos. Vous lui ordonnerez de laisser un petit dépôt de tous ses hommes écloppés, qui se joindra à celui de la Chartreuse. La brigade qui arrive aujourd’hui à Burgos se reposera demain.

 

Burgos, 21 novembre 1808, cinq heures après midi

A Alexandre, prince de Neuchatel, major-général

Mon Cousin, je passerai, demain matin à neuf heures du matin, la revue des divisions Lapisse et Ruffin, dans la position où elles se trouvent ce soir à Villa de Buniel et à Tardajos. Tous les hommes isolés de ces corps partiront ce soir de Burgos pour rejoindre leurs corps dans ces deux endroits, afin que demain à ma revue ces corps soient aussi complets que possible. L’artillerie enverra ce soir 250,000 cartouches à ces deux divisions. L’intendant général fera partir ce soir tout le pain qui est ici sur des caissons, afin que la distribution leur en soit faite dans la nuit. Aussitôt après que j’en aurai passé la revue, ces divisions se rendront par la traverse qui conduit à Sarracin sur la route de Lerma, de manière à pouvoir aller demain, une division à Madrigalejo, et l’autre à Gogollos. Le général Senarmont, avec l’artillerie et le parc, se rendra directement à Cogollos ; également les ambulances, fourgons et bagages des corps qui sont à Burgos; et chacun rejoindra son corps à mesure qu’il passera.

La division Villatte ira en avant de Lerma aussi loin qu’elle pourra sur la route d’Aranda.

 

Burgos, 21 novembre 1808

A M. Prina, ministre des finances du royaume d’Italie, à Milan

NOTE SUR L’UNIVERSITÉ DE PISE.

On voit, par le rapport, que 122,000 francs suffisent pour la dépense de l’université de Pise; qu’au moyen du produit des examens il y aurait un excédant de la recette sur la dépense, et qu’ainsi 100,000 francs doivent suffire.

Le pensionnat et les établissements de Florence sont une chose à part. Les établissements de Florence doivent être portés sur le budget de cette ville. Au lieu de pensionnats, il doit être formé trois lycées organisés comme ceux de France et établis, l’un à Florence, l’autre à Pise,l’autre à Sienne.

L’intention de Sa Majesté est, en conséquence, qu’à dater de l’année prochaine l’université de Pise jouisse d’une dotation de 100,000 francs en domaines, sauf, par la suite, à convertir cette dotation en une rente.

Quant à la question de savoir si cette université doit être placée sous la dépendance de l’université impériale, l’afrirmative ne peut faire aucun doute.

 

Burgos, 21 novembre 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le vice-amiral Decrès, je vous envoie un projet bien raisonné et fait par un homme qui paraît être du métier. Je ne compte pas sur la réalité, mais la promesse de faire un vaisseau qui ne tire que dix pieds, qui navigue mieux et soit plus fort que nos vaisseaux à trois ponts, est séduisante. Il faut examiner ce projet avec attention, et si vous pensez que cela en mérite la peine, vous pourriez en faire le modèle, afin de bien comprendre en quoi consiste le jeu de la dérive.

 

Aranda, 24 novembre 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Burgos

Mon Frère, M. le maréchal Ney est entré à Soria le 22 à midi. Quelques coups de fusil ont été tirés et quelques paysans sabrés. Ses forces sont à Siguenza sur la route de Madrid, à Agreda sur la route de Pampelune, et à Medina-Celi sur la route de Saragosse et de Madrid. Il serait nécessaire que vous envoyassiez sur-le-champ quelqu’un à Soria pour organiser le pays. Un gouvernement provisoire y a été nommé, mais ce chef-lieu de province est important.

 

Aranda, 25 novembre 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, je suis fâché de l’événement de l’officier de gendarmerie de Leipzig. J’ai du reste ordonné que toute la gendarmerie qui est en Allemagne rentrât en France, hormis une compagnie, qui reste attachée au duc d’Auerstaedt. Je trouve très-convenable que le roi de Westphalie ait fait un arrangement avec les Russes pour les déserteurs ; c’est un moyen d’éviter tous les inconvénients. Je trouve cette mesure fort sage.

J’ai nommé un ministre à Bade, mais, en le nommant, j’ai supposé qu’il n’était pas marié avec Mlle ……… et mon intention a été qu’elle n’approchât pas de quarante lieues de Bade. S’il en était autrement, prévenez ce ministre de donner sa démission; je l’emploierai d’une autre manière dans l’intérieur. Cette femme est trop déshonorée, et, s’il la faisait venir en cachette, il s’exposerait à un affront.

 

Aranda, 25 novembre 1808.

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, les camps de Blankenberghe et d’Ecloo et le camp de Pontivy sont dissous. Donnez ordre aux détachements et dépôts qui en faisaient partie de rejoindre leurs bataillons.

Le 3e régiment provisoire de hussards est dissous; tous les détachements qui appartiendraient à des régiments qui sont en Espagne les rejoindront. Les autres détachements rejoindront leurs dépôts.

 

Aranda, 25 novembre 1808.

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Aussitôt que Berlin sera évacué, vous pourrez renvoyer les officiers, sous-officiers et soldats prussiens. Vous en garderez le plus que vous pourrez soit comme ouvriers, soit comme voulant s’établir en france, soit comme soldats.

 

Aranda, 25 novembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchatel, major-général

Mon Cousin, donnez l’ordre au duc d’Abrantès de porter son quartier général à Bayonne et d’y centraliser tout son corps d’armée. Il est convenable que son quartier général soit porté à Bayonne le 5 décembre, et que son corps y soit centralisé avant le 10.

 

Aranda, 25 novembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchatel, major-général

Mon Cousin, le bataillon du 86e peut se reposer quelques jours à Burgos. Faites passer la revue de son habillement et de son armement, afin qu’il parte en bon état.

Le parc du 4e corps restera jusqu’à nouvel ordre à Burgos, ainsi que tout ce qui appartiendrait à ce corps. Le général Mathieu Dumas l’enverra à Castrojeriz, lorsqu’on saura que le maréchal Lefebvre est descendu dans la plaine.

 

Aranda, 25 novembre 1808

DÉCISION

Le général Clarke, ministre de la guerre, prend les ordres de l’Empereur au sujet d’une demande du roi des Deux-Siciles pour être autorisé à échanger les prisonniers d’après un cartel proposé par le général anglais Stuart.Défendre tout cartel d’échange et toute communication avec l’Angleterre.

 

Aranda, 25 novembre 1808.

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Je reçois votre lettre du 19. Empêchez les journaux de donner des nuvelles ridicules. C’est toujours le même homme de Bayonne qui hier écrivait en mal et qui aujourd’hui écrit des absurdités. Ne serait-il pas concevable que les journaux attendent les nouvelles officielles ?

 

Aranda, 25 novembre 1808.

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Lancez un mandat d’arrestation contre les sieurs Rayneval, de Pons et de Villaines. Faîtes-les mettre à Vincennes et que les scellés soient apposés sur leurs papiers. Votre mandat sur ces individus sera conçu en ces termes : comme s’étant permis des intrigues à l’étranger dans la cour de Bade, sans l’aveu de leur gouvernement.

 

Aranda, 25 novembre 1808.

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, je désirerais avoir des détails sur ce que le parlementaire venu de Cadix a appris à Barcelone.

 

Aranda, 26 novembre 1808

Au prince de Cambacérès, Archichancelier de l’Empire, à Paris

Mon Cousin , je reçois votre lettre du 20 novembre. Voici mon opinion sur le monument à faire élever.

A la Madeleine, j’ai fait élever un Monument à la gloire de la Grande Armée. Il faut que le Corps législatif fasse ériger sur le haut de Montmartre une espèce de temple de Janus qui porte pour titre :

Les députés des départements au Corps législatif et les membres des colléges électoraux de l’Empire francais ont fait élever ce temple, etc. Dans ce temple se feraient les premières publications solennelles de la paix et la distribution des prix décennaux. Ce sera une espèce de temple de Janus. Il ne peut coûter moins de trente ou quarante millions. Le Corps législatif doit me présenter une pétition pour solliciter une loi par laquelle chaque membre des colléges électoraux (et ils sont au nombre de 30 ou 40,000) soit invité à verser 1,000 ou 3,000 francs, selon sa fortune, et chacun payera cette somme par cinquième chaque année. Par ce moyen on aura en cinq ans trente ou quarante millions, qui seront employés à pousser vivement les travaux, et on fera de ce temple un des plus beaux monuments de l’univers. Cela ne gênera pas les électeurs, qui sont riches, qui d’ailleurs pourront faire ce payement en cinq ans , et qui auront la faculté de donner ou 3,000 francs ou seulement 1,000 francs, selon l’état de leur fortune. Je mettrai sur cette pétition un renvoi au Conseil d’état, qui présentera un projet de loi. Le concours sera ouvert immédiatement, et les travaux commenceront en 1809.

 

Aranda, 26 novembre 1808

Au prince Cambacérès, Archichancelier de l’Empire, à Paris

Je suis choqué et indigné de tout ce que j’entends dire de la caisse Lafarge. Je désire qu’avant huit jours le Conseil d’état ait prononcé et que bonne justice soit faite à ces 100,000 actionnaires.

 

Aranda, 26 novembre 1808.

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

La bataille de Tudela fait le pendant de celle d’Espinosa. L’armée d’Andalousie que commande Castanos, celle d’Aragon que commande Palafox, celles de Valence et de la Nouvelle-Castille, sont détruites et éparpillées. On leur a pris canons, bagages et grand nombre de prisonniers; les ducs d’Elchingen et de Bellune coupent, pendant ce temps, les communications de cette armée avec Madrid.

J’ai reçu de Barcelone des états d’où il résulte que cette place est approvisionnée pour longtemps. Tout porte à penser qu’on ne tardera pas à y arriver.

 

Aranda, 26 novembre 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le général Clarke, je désire que vous ordonniez les dispositions suivantes :

  1. Tenez la main à l’exécution de l’ordre que j’ai donné pour que le 52e et le 102e, qui étaient à l’armée de Naples, rentrassent en Italie et fussent remplacés par les détachements que j’ai prescrits dans mon ordre.

2° Donnez l’ordre que les cadres des 3e bataillons du 8e et du 18e léger rejoignent leurs 4e bataillons à l’armée d’Italie. Donnez le même ordre pour les 3e, bataillons des 5e, 23e, 79e et 60e; de sorte qu’il restera en Dalmatie quatorze bataillons de ces régiments et du 81e, et trois bataillons du 11e, ce qui fera dix-sept bataillons, et que, des huit régiments de l’armée de Dalmatie, il y aura en Italie quinze bataillons, savoir les 3e, et 4e, des 8e et 18e légers, des 5e, 23e, 79e, 81e et 60e, et le 4e bataillon du 11e. Vous donnerez l’ordre que ces six cadres, formant ensemble près de 1,000 hommes, marchent ensemble sous les ordres d’un officier supérieur de l’armée de Dalmatie, et avec le plus grand ordre. Le reste des 3e bataillons sera incorporé dans les deux premiers pour porter les compagnies à 140 hommes effectifs. On emploiera une partie des compagnies de grenadiers et voltigeurs des 3e bataillons pour compléter les compagnies de grenadiers et voltigeurs des deux premiers bataillons à l’effectif de 140 hommes par compagnie; mais le surplus restera avec ces compagnies en Italie. Vous donnerez l’ordre au vice-roi, comme commandant de mon armée, qu’aussitôt que les cadres de ces six nouveaux bataillons seront arrivés, il les fasse compléter. J’ai mis un soin particulier à avantager dans la conscription ces régiments. Il n’y en aura aucun qui ne recoive au moins 800 conscrits; et, comme les 3e bataillons sont généralement complets, il s’ensuit que ces quinze bataillons seront au grand complet et auront un effectif de l2,000 hommes. S’il manquait quelque chose pour former ce nombre , on le prendrait sur la conscription de 1810. A cette occasion, je ne puis trop vous recommander de réitérer l’ordre que tout ce qu’il y a de disponible aux dépôts, en France, des régiments qui appartiennent à l’armée d’italie, sur les anciennes conscriptions , en parte au 1er janvier pour rejoindre ces corps. Cette saison est favorable parce qu’elle permet aux soldats de s’aclimater, et l’on ne saurait croire quelle influence le passage en Italie au mois de janvier ou au mois de juin a sur la santé du soldat. Il faut que les dépôts de la 7e division militaire et du Piémont soient épuisés pour compléter les bataillons de guerre à l’armée d’Italie.

Faites partir pour le Hanovre le régiment de marche qui est à Louvain, mais seulement les détachements appartenant aux régiments qui composent l’armée du Rhin; n’en laissez partir aucun de ceux appartenant aux régiments des divisions Legrand et Carra-Saint-Cyr, qui sont en situation de rentrer en France. Ceux de ces détachements compris dans le régiment de marche de Louvain doivent retourner à leurs dépôts.

Faites dissoudre les régiments de marche de cavalerie, et que tous les détachements appartenant à l’armée du Rhin rejoignent ces régiments. Il me semble qu’il faut diriger tout cela sur le Hanovre.

Ne formez point de nouveaux régiments de marche, ni d’infanterie, ni de cavalerie. Il est préférable que les soldats passent l’hiver à se former aux dépôts, afin qu’on puisse, au printemps, réaliser le projet de porter l’armée du Rhin au grand complet, conformément à l’état que je vous ai envoyé.

Vous donnerez également l’ordre que les cadres des 3e bataillons du 61e de ligne et du 14e léger, qui sont à Corfou, rentrent à l’armée d’Italie. A cet effet, tous les soldats disponibles de ces 3e bataillons seront incorporés dans les deux premiers, en ayant soin de ne retirer des compagnies de grenadiers et de voltigeurs du 3e bataillon que ce qui est nécessaire pour compléter l’effectif de ces compagnies des deux premiers bataillons à 140 hommes chacune. Comme j’ai donné près de 600 hommes à ces deux régiments dans la distribution de la conscription, et que j’ai déjà donné en Italie 800 hommes à chacun des 4e bataillons, ce sera encore deux bataillons d’augmentation pour l’armée d’Italie, sans diminuer sensiblement la force de la garnison de Corfou.

Donnez des ordres précis pour qu’il ne soit ôté aucun officier ou sous-officier des cadres des six bataillons venant de Dalmatie, non plus que des deux bataillons de Corfou.

Quant à la conscription levée tout nouvellement, faites-moi connaître le nombre d’hommes qu’on pourrait demander à chaque dépôt d’envoyer à l’armée d’Italie avant le ler février. Il serait fort utile que ces recrues arrivassent avant le mois de mars, pour s’acclimater avant les chaleurs.

 

Aranda, 26 novembre 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Nous sommes entrés à Bilbao et à Santander. Mon intention est que tous les officiers, sous-officiers et soldats des marins de ma Garde, revenus d’Andalousie en différents temps, se réunissent à Bayonne pour reformer le bataillon. Ils ne sont pas prisonniers de guerre. Donnez l’ordre également qu’une partie des officiers de marine qui étaient en Portugal se préparent à y retourner pour réorganiser le port de Lisbonne, entre autres le capitaine Magendie et les principaux.

Dirigez sur Santander et Bilbao deux ou trois bricks, des avisos , de petits bâtiments et même de grasses péniches. Ces bâtiments-là nous seront très-utiles.

Puisque vous avez des bâtiments en mer, il en entrera à Barcelone. Cette ville a pour deux mois de vivres, mais elle sera secourue avant le 15 décembre. Faites-y toujours passer du blé; il se vendra, même après que tout sera calmé, au poids de l’or; ainsi c’est toujours une bonne spéculation.

Envoyez un grand nombre de bulletins dans nos colonies, pour qu’elles les fassent passer dans les colonies espagnoles.

Envoyez ici le capitaine Baste.

 

Aranda, 26 novembre 1808

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, je reçois votre lettre du 20 octobre. Puisque les domaines dont vous me parlez sont donnés, ils ne m’appartiennent plus, et mon droit de souveraineté ne s’étend pas sur la propriété. Si, sur ces six objets de discussion, il y en a qui ne soient point donnés, il n’y a pas de difficulté à ce que vous les repreniez et que vous les remplaciez par des biens d’égale valeur. Autrement, voue devez traiter de gré à gré, avec les propriétaires. C’est là la loi civile.

 

Aranda, 26 novembre 1808.

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, je suppose que vous envoyez au moins une fois par semaine un courrier à Saint-Pétersbourg porter les bulletins de l’armée. Vous avez annoncé la bataille d’Espinosa, vous annoncerez celle de Tudela.

 

Aranda, 27 novembre 1808

A M. de Talleyrand, prince de Bénévent, vice Grand-Électeur, à Paris

Mon Cousin, le Corps législatif est composé de beaucoup d’individus qui voudraient se rendre importants, qui sont blessés de n’avoir point de titres, et qui, ayant essuyé la révolution, se supposent encore en assemblée nationale. Aucune loi n’est parfaite; le code Napoléon lui-même, qui cependant produit tant de bien, est loin de l’être. Pourquoi, au lieu de donner leur voix par scrutin contre la loi, ne demandent-ils pas un comité secret dans lequel chacun donnerait son opinion ? On saurait par le procès-verbal s’ils ont tort ou raison. Mais rejeter une loi sans donner ses motifs, c’est montrer peu de zèle, peu d’amour du bien et peu de considération pour moi. Trouvent-ils à cette loi de grands inconvénients ? La commission du Corps législatif, qui est composée d’hommes graves, l’a cependant trouvée bonne. Mais si cela est, il me semble qu’au lieu de donner une boule noire ils doivent demander à la discuter dans un comité secret, comme le permettent nos constitutions, et faire connaître ce qu’ils lui reprochent.

 

Aranda, 27 novembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchatel, major-général, à Aranda

Mon Cousin, donnez l’ordre au maréchal Mortier de se diriger avec son corps d’armée sur Burgos, et faites-lui savoir que je compte que la tête y sera arrivée le 11. Ces troupes ne prendront de séjour qu’à Vitoria.

Donnez ordre au général Thouvenot de faire bon logis et de bien établir la division Delaborde, qui se rend à Saint-Sébastien pour s’y établir, et de faire diriger de suite sur Bilbao les quatre bataillons qui étaient à Saint-Sébastien. Donnez l’ordre au général Delaborde de prendre dans sa division le 4e bataillon du 47e. Ainsi il aura dans sa division deux bataillons de ce régiment. Ce bataillon est composé du cadre des compagnies qui étaient à Bayonne et des quatre compagnies qui étaient en Portugal. Il faut qu’il soit complété avec les conscrits qui étaient à Bayonne et ce que le 2e bataillon a de trop, la force du bataillon ne devant pas être de plus de 840 hommes. Ces deux bataillons seront commandés par le major, auquel il faut donner l’ordre de rejoindre.

 

Aranda, 27 novembre 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Burgos

Mon Frère, vous pouvez vous mettre en marche avec votre garde, pour venir coucher à Lerma et être le 29 à Aranda.

Les affaires d’Espinosa, mais surtout celle de Tudela, font voir ce que c’est que ces troupes espagnoles. Il y avait cependant à Tudela 30,000 hommes de troupes d’élite, 60 pièces de canon : 6,000 hommes des nôtres ont à peine pu donner. Castafios et Palafox ont commencé la déroute.

Envoyez à Pampelune un officier espagnol intelligent pour causer avec les 3 ou 4,000 prisonniers qu’on a faits, et connaître bien les noms des régiments qui se trouvaient là.

Si le maréchal Ney ne s’en était pas laissé imposer par les habitants, et ne fût pas resté le 22 et le 23 à Soria, parce qu’il s’imaginait que les Espagnols avaient 80,000 hommes, et autres bêtises, il devait être arrivé le 23, d’après mon ordre, à Agreda, et pas un homme n’eût échappé.


P. S. Si cette lettre vous arrivait trop tard, il suffirait que vous soyez ici le 30 au soir, en ne partant que le 29.

 

Aranda, 27 novembre 180

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples

J’ai lu avec attention le mémoire remis, par votre ministre secrétaire d’état de la justice, sur le code Napoléon. La considération la plus importante dans ce code est celle du divorce; elle en est le fondement. Vous ne devez y toucher d’aucune manière; c’est la loi de l’État. Je préférerais que Naples fût à l’ancien roi de Sicile plutôt que de laisser ainsi châtrer le code Napoléon. Le divorce n’est point contraire à la religion ; les dispositions en sont d’ailleurs extrêmement modérées. Ceux qui, au reste, en ont la conscience blessée, ne le mettront point en usage. Je ne puis consentir, en ma qualité de garant de la Constitution, à des modifications au code Napoléon. Il est adopté dans tout la royaume d’Italie; Florence l’a, Rome l’aura bientôt, et il faut bien que les prêtres cessent de caresser les préjugés et se mêlent de leurs affaires.

Mettez-vous dans un juste milieu. Ce n’est point en cajolant le prêtres que vous en ferez quelque chose ; s’ils croient que vous avez très-grand besoin d’eux, ils vous manqueront.

Il est ridicule, par exemple, que vous ayez donné la décoration des Deux-Siciles aux archevêques et évêques, en masse cela n’a pa de sens et convertit cette décoration en espèce d’uniforme; c’est l’avilir et manquer votre but. Vous pouviez, si vous êtes content de tous vos archevêques et évêques, les nommer individuellement; mais dire dans un décret : “Tous les archevêques de notre royaume, qui ont prêté ou qui ont été appelés à prêter le serment de fidélité entre nos mains, sont nommés commandants de notre Ordre royal des Deux-Siciles, etc.”, faire pareille chose, c’est n’avoir pas d’idée de gouvernement.

 

Aranda de Ducro, 27 novembre 1808

Au général Caulaincourt, ambassadeur à Saint-Pétersbourg

Je reçois votre lettre sans date que je suppose être du 5 novembre. J’imagine que M. de Champagny vous aura fait connaître par des courriers tout ce qui se passe d’important dans ce pays, tel que le combat de Burgos, les affaires d’Espinosa, celle de Tudela, où les armées de Galice, des Asturies, d’Estrémadure, d’Aragon, d’Andalousie, de Valence et de Castille ont été détruites. Le général Saint-Cyr, aussitôt que Rosas sera pris, ce qui n’est pas éloigné, marchera en Catalogne, pour faire sa jonction avec le général Duhesme, qui a 15,000 hommes à Barcelone, bien approvisionnés et dans le meilleur état. Vous pouvez dire à l’empereur que je serai dans six jours à Madrid, d’où je lui écrirai un mot. Il n y a rien de mauvais comme les troupes espagnoles : 6,000 de nos gens en bataille en chargent 20, 30 et jusqu’à 36,000. C’est véritablement de la canaille; même les troupes de La Romana, que nous avions formées en Allemagne, n’ont pas tenu. Au reste, les régiment Zamora et de la Princesse ont subi le sort des traîtres; ils ont péri. Les Anglais se concentrent en Portugal. Ils ont fait avancer des divisions en Espagne; mais, à mesure que nous approchons, ils reculent.

J’ai envoyé il y a peu de jours à Champagny mes ordres pour répondre à la note de l’Angleterre. Quant à l’Autriche, sa contenance n’est que ridicule. Je laisse en Allemagne 100,000 hommes; j’en ai 150,000 en Italie, et la moitié de ma conscription marche. D’ailleurs ici la grosse besogne est déjà faite.

Le ministre de Russie à Madrid a été insulté par la canaille, qui s’est amusée à pendre et à traîner dans les rues deux Français qui étaient à son service; mais, dans peu de jours, il sera délivré.

 

Aranda, 28 novembre 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Je recois votre lettre du 21. Mon intention est que toute l’artillerie qui est à Magdeburg, soit évacuée sur France, ne laissant dans cet place que ce qui est nécessaire pour l’armée, et s’arrangeant de manière qu’on puisse, selon l’occasion, tirer de l’armement de la place un équipage de siège suffise pour prendre Küstrin et Stettin. Mais les 1,500 pièces d’artillerie et cette grande quantité de boulets qui sont dans Magdeburg doivent rentrer en France. A cet effet, il faudrait voir si, par Hambourg, on ne pourrait pas faire arriver tout cela à Anvers. Il faut, au reste, prendre vos mesures de manière que si, d’ici à trois mois, Magdeburg était pris, on ne prît que l’artillerie de la place. Par suite de ce principe, je désire qu’il y ait peu d’artillerie à Strasbourg, Mayence et Wesel, et que les grands dépôts soient à Metz et à Maestricht, qui sont des places du second ordre. Ainsi, il ne faut pas évacuer de Mayence sur Strasbourg, mais sur Metz. Metz doit être considéré comme le grand dépôt de l’artillerie de France. Cette place est éloignée de la frontière, est très-forte et a l’avantase de communiquer avec la frontière du Rhin par la Moselle.

 

Aranda, 28 novembre 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je suis étonné que les communications par Calais aient lieu. Elles ne doivent avoir lieu que pour les courriers du cabinet, et les parlementaires doivent aller à Morlaix. Tenez la main à l’exécution du présent ordre.

Mon escadre ne sort donc pas de l’Escaut ? Si vous m’aviez mis là Allemand, elle serait déjà en pleine mer; mais Missiessy ne veut rien faire. Mes escadres de Rochefort et de Lorient sont-elles enfin sorties ? Il ne faut pas se dissimuler que les négociants sont insuffisants pour approvisionner mes colonies. L’arrivée de ces deux escadres seules les mettra dans l’état que je dois désirer.

Il faut que de Toulon on fasse sortir des bâtiments pour nettoyer la côte; il n’y a qu’une seule frégate, de Livourne à l’ile d’Elbe, pour maintenir la communication.

Je vous ai mandé que je désirais que deux frégates sortissent. Faites-les croiser au large de la Corogne et du Mexique; elles feraient des prises par milliards.

 

(sans lieu), 28 novembre 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le vice-amiral Decrès, l’escadre de Toulon doit tenter la conquête de la Sicile. Elle se compose de 15 vaisseaux de ligne, dont trois à 3 ponts, 8 frégates, plusieurs corvettes et transports; elle peut porter 17 à 18,000 hommes. Les chevaux seraient embarqués de la campagne de Naples, ce qui économiserait l’espace, l’eau, etc. Murat réunirait 20,000 hommes à Scylla avec des felouques canonnières etc. D. C. a toujours pensé que la Sicile peut être abordée par une expédition de la flotille qui, préparée à terre sur les plages de Scylla, Fafacuma, s’emparerait par un coup de main imprévu, dans une de ces occasions fréquentes où l’ennemi repoussé du détroit par un vent du nord, qui empêche même de sortir de Messine, au besoin de trois ou quatre jours, pour remonter jusqu’au phare.

 

Aranda, 28 novembre 1808

Au prince Cambacérès, Archichancelier de l’Empire, à Paris

Mon Cousin, les bulletins ne sont pas des piéces avouées. Ils doivent paraître dans le Moniteur sans qu’on sache d’où ils viennent. Vous devez seul en prendre connaissance et ne les montrer à qui que ce soit. En agir autrement, ce serait alors leur donner une signature qu’ils n’ont pas.

 

Aranda, 28 novembre 1808

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, faîtes faire des instances pour que j’aie satisfaction sur les bâtiments américains. Causez avec le grand juge pour savoir s’il est vrai qu’il ne soit entremêlé dans cette affaire qui ne le regarde pas. Demandez un inventaire de tous les biens que les Espagnols ont dans le royaume de Naples.

 

Aranda, 28 novembre 1808

Au général Menou, gouverneur du Grand-Duché de Toscane

Maret vous envoie un décret qui ne doit être publié qu’après l’exécution. Faites désarmer la vallée; faites arrêter 30 ou 40 individus, les plus connus pour avoir dans tous les temps pris part aux insurrections, quelle que soit leur conduite actuelle. L’exécution de cet ordre ne comporte aucun délai : que quarante-huit heures après la réception de ma lettre, ces 30 ou 40 individus soient arrêtés. Faites-moi connaître en même temps leurs noms, leur famille, leur fortune, le rôle qu’ils ont joué en différents temps. Ceux qui échaperaient, faites séquestrer leurs propriétés. Vous les ferez tous conduire dans la citadelle de Fénestrelle. Il est nécessaire, pour la tranquillité de l’Italie, de donner un exemple à cette ville d’Arezzo, qui en a besoin.

 

Aranda, 28 novembre 1808

Au général Menou, gouverneur général du Grand-Duché de Toscane

Je reçois de Paris une proclamation signée de vous, du 3 novembre, qui ne signifie rien.A quoi bon menacer ? Il faut plut1ot frapper. Que répondra la ville de Sienne, qui n’est pas organisée ? Toutes les proclamations ne servent qu’à réjouir nos ennemis et à leur faire croire que la Toscane est en feu. N’était-il pas plus simple de marcher avec deux ou trois colonnes de 3 à 400 voltigeurs, de nommer une commission militaire, de faire fusiller les principaux mutins, de prendre des otages dans les villes qui se comportent mal, et de désarmer les plus mauvais cantons ? C’était le moyen de tout finir. Il faut d’ailleurs rendre des comptes aux ministres de la guerre et de la police, et vous ne leur dîtes rien.

 

Aranda, 28 novembre 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon Fils, le 52e ct lc 102e qui sont à l’armée de Naplcs, doivent déjà être rendus à Rome, et les 4e bataillons du 10e et du 62e doivent être en marche pour remplacer ces régiements à l’armée dc Naples. Si ce mouvement n’avait pas eu lieu, écrivez-en au ministre de la guerre, car c’est ma volonté. Vous ferez passer la revue de ces régiments, et les préparerez à rendre un bon service. Le ministre de la guerre vous fera connaître les ordres que j’ai donnés pour que les cadrcs de six bataillons des régimcnts de l’armée de Dalmatie, ainsi que les 3e bataillons des deux régiments qui sont à Corfou, rentrent en Italie. Ainsi, avec les conscrits que vous recevrez, vous aurez a l’armée d’Italie une augmentation de huit bataillons; et il n’y aura plus de régiments provisoircs. Les 3e et 4e bataillons seront commandés par les majors, comme les 1e et 2e bataillons seront commandés par les colonels à l’armée de Dalmatie et à Corfou. J’ai réitéré l’ordre que l’on vous envoyât tous les hommes qui sont disponibles aux dépôts provenant des conscriptions antérieures, l’hiver étant la saison la plus favorable pour acclimater les recrues en Italie. Causez avec les colonels, et s’il y avait aux dcpôts en France des hommes des anciennes conscriptions pour porter vos 4e bataillons au complet de guerre, faîtes-les demander.

 

Aranda, 28 novembre 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon Fils, les troupes qui se trouvent en Toscane font partie de l’armée d’Italie. S’il y avait de grands mouvements qui troublassent la tranquillité de ce pays, vous devez vous en occuper. Je vois une proclamation du général Menou, qui n’a pas de sens. Envoyez quelqu’un en Toscane, pour savoir ce qui se passe.

 

Buitrago, 30 novembre 1808, six heures du soir

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Aranda

Mon Frère, nous avons eu une affaire. Un corps de 9,000 hommes occupait la Somo-Sierra ; 4,000 hommes étaien en position à Sepulveda. Celui de Somo-Sierra a été battu, son canon pris, une cinquantaine de voitures de bagages, un grand nombre de prisonniers, et le reste s’est disséminé dans les montagnes, à un tel point qu’à Buitrago on a appris cette affaire par une cinquantaine d’officiers qui se sauvaient au grand galop, suivis par nos hussards, qui sont arrivés quelques moments après. Ma cavalerie est ce soir à Saint-Augustin.

L’autre corps s’est jeté dans les montagnes. La cavalerie le poursuit. Il se retirera probablement sur Ségovie.

Notre perte est presque rien. Nous n’avons eu qu’une dizaine d’hommes d’infanterie tués ou blessés et une quinzaine de Polonais de la Garde, qui ont fait une charge brillante.

Venez aussi vite que vous pourrez; mais venez avec votre garde de peur de quelques brigands qui errent dans les montagnes.

Vous trouverez ci-joint la Gazette de Madrid du 29.

 

Buitrago, 29 novembre 1808, au soir

Au général Lery, commandant le génie à l’armée d’Espagne, à Buitrago

Il faut faire le projet de retrancher le plateau de Somo-Sierra. Le fossé, une bonne double palissade, deux ou trois batteries, mettront 2 ou 300 hommes à l’abri d’un coup de main, surtout de la part de paysans. Comme on va y mettre un bataillon en garnison, ce bataillon servira à travailler aux retranchements. Le général d’artillerie laissera six pièces de celles qui ont été prises à l’ennemi. On établi dans l’église (la chapelle) un magasin de biscuit, de riz et de toutes les choses nécessaires.

 

Quartier général de Chamartin, près Madrid, 2 décembre 1808

BULLETIN DE L’ARMÉE D’ESPAGNE

Le 29, le quartier général de l’Empereur a été porté au village Boceguillas. Le 30, à la pointe du jour, le duc de Bellune s’est présenté au pied du Somo-Sierra. Une division de 13,000 hommes de l’armée de réserve espagnole défendait le passage de cette montagne. L’ennemi se croyait inexpugnable dans cette position ; il avait retranché le col, que les Espagnols appellent Puerto, et y avait placé soixante pièces de canon. Le 9e d’infanterie légère couronna la droite, le 96e

Quartier général de Chamartin, près Madrid, 2 décembre 1808

BULLETIN DE L’ARMÉE D’ESPAGNE

Le 29, le quartier général de l’Empereur a été porté au village Boceguillas. Le 30, à la pointe du jour, le duc de Bellune s’est présenté au pied du Somo-Sierra. Une division de 13,000 hommes de l’armée de réserve espagnole défendait le passage de cette montagne. L’ennemi se croyait inexpugnable dans cette position ; il avait retranché le col, que les Espagnols appellent Puerto, et y avait placé soixante pièces de canon. Le 9e d’infanterie légère couronna la droite, le 96e marcha sur la chaussée, et le 24e suivit à mi-côte les hauteurs de gauche. Le général Senarmont, avec six pièces d’artillerie, avanca par la chaussée. La fusillade et la canonnade s’engagèrent. Une charge que fit le général Montbrun, à la tête des chevau-légers polonais de la Garde, décida l’affaire, charge brillante s’il en fut, où ce régiment s’est couvert de gloire et a montré qu’il était digne de faire partie de la Garde impériale. Canons, drapeaux, soldats, fusils, tout fut enlevé, coupé ou pris. Huit chevau-légers polonais ont été tués sur les pièces et seize ont été blessés. Parmi ces derniers, le capitaine I)ziewanovski a été si grièvement blessé qu’il est presque sans espérance. Le major Ségur, maréchal des logis de la Maison de l’Empereur, chargeant parmi les Polonais , a reçu plusieurs blessures dont une assez grave. Les seize pièces de canon, dix drapeaux, une trentaine de caissons, deux cents chariots de toute espèce de bagages, les caisses des régiments, sont les fruits de cette brillante affaire. Parmi les prisonniers, qui sont très-nombreux, se trouvent tous les colonels et lieutenants-colonels des corps de la division espagnole. Tous les soldats auraient été pris s’ils n’avaient pas jeté leurs armes et ne s’étaient pas éparpillés dans les montagnes. Le ler décembre, le quartier général de l’Empereur était à Saint-Augustin; et le 9, le duc d’Istrie, avec la cavalerie, est venu couronner les hauteurs de Madrid. L’infanterie ne pourra arriver que le 3. Les renseignements que l’on a jusqu’à cette heure portent à penser que la ville est livrée à toute espèce de désordres, et que les portes sont barricadées. Le temps est très-beau.


L’officier parlementaire que vous m’avez envoyé a été voir sa famille; je le renverrai demain.

 

Camp impérial de Madrid, 4 décembre 1808

Au maréchal Bessières, duc d’Istrie, commandant la réserve de la cavalerie de l’armée d’Espagne

Mon Cousin, je vous ai fait connaître que Madrid s’est rendu et que nous en avons pris possession à midi ; que nous sommes entrés à l’Escurial, que le général Dorsenne, avec les fusiliers, a pris position au pont de Rojas, entre Al’eala et Madrid; que le maréchal Victor se rend à ce pont avec une division; que mes dragons, mes grenadiers et chasseurs sont en route pour se rendre à ce pont; qu’une deuxième division du maréchal Victor est disponible, et qu’il faut manoeuvrer de manière à pouvoir promptement attaquer le général la Pefia et à en avoir une aile.

 

Camp impérial de Madrid, 4 décembre 1808

DÉCRET.

Article 1. – A dater de la publication du présent décret, les droits féodaux sont abolis en Espagne.

ART. 2. – Toute redevance personnelle , tous droits exclusifs de pêche, de madrague, ou autres droits de même nature sur les côtes, fleuves et rivières, toutes banalités de four, moulin, hôtellerie, sont supprimés. Il sera permis à chacun, en se conformant aux lois, de donner un libre essor à son industrie.

ART. 3 – Le présent décret sera publié et enregistré dans tous les conseils, cours et tribunaux, pour être exécuté comme loi de l’État.

NAPOLÉON

 

 

Camp impérial de Madrid, 4décembre 1808

DÉCRET

ARTICLE 1er. – Le tribunal de l’inquisition est aboli, comme attentatoire à la souveraineté et à l’autorité civile.

ART. 2. – Les biens appartenant à l’inquisition seront mis sous le séquestre et réunis au domaine d’Espagne pour servir de garantie aux vales et à tous autres effets de la dette publique.

ART. 3. – Le présent décret sera publié et enregistré dans tous les conseils, cours et tribunaux, pour être exécuté comnie loi de l’État.

NAPOLÉON.

 

Camp impérial de Madrid, 4 décembre 1808

DÉCRET.

Considérant que les religieux des divers ordres monastiques en Espagne sont trop multipliés ; Que, si un certain nombre est utile pour aider les ministres des autels dans l’administration des sacrements, l’existence d’un nombre trop considérable est nuisible à la prospérité de l’état ; Nous avons décrété et décrétons ce qui suit :

ARTICLE ler. – Le nombre des couvents existant actuellement en Espagne sera réduit au tiers. Cette réduction s’opérera en réunissant les religieux de plusieurs couvents du même ordre dans une seule maison.

ART. 2. – A dater de la publication du présent décret, aucune admission au noviciat, aucune profession religieuse ne seront permises jusqu’à ce que le nombre des religieux de l’un et de l’autre sexe ait été réduit au tiers du nombre desdits religieux existants. En conséquence, et dans un délai de quinze jours, tous les novices sortiront des couvents dans lesquels ils avaient été admis.

ART. 3. – Tous les ecclésiastiques réguliers qui voudront renoncer à la vie commune et vivre en ecclésiastiques séculiers seront libres de sortir de leurs maisons.

ART. 4. – Les religieux qui renonceront à la vie commune conformément à l’article précédent seront admis à jouir d’une pension dont la quotité sera fixée à raison de leur âge, et qui ne pourra être moindre de 3,000 réaux, ni excéder le maximum de 4,000 réaux.

ART. 5. – Sur le montant des biens des couvents qui se trouveront supprimés en exécution de l’article ler du présent décret, sera d’abord prélevée la somme nécessaire pour augmenter la portion congrue des cures, de manière que le minimum du traitement des curés soit élevé à 900 réaux.

ART. 6. – Les biens des couvents supprimés, qui se trouveront disponibles après le prélèvement ordonné par l’article ci-dessus, seront réunis au domaine de l’Espagne et employés, savoir – 1° la moitié desdits biens à garantir les vales et autres effets de la dette publique; 2° l’autre moitié à rembourser aux provinces et aux villes les dépenses occasionnées par la nourriture des armées françaises et des armées insurrectionnelles, et à indemniser les villes et les campagnes des dégâts, des pertes de maisons, et toutes autres pertes occasionnées par la guerre.

ART. 7. – Le présent décret sera publié et enregistré dans tous les conseils, cours et tribunaux, pour être exécuté comme loi de l’État.

 

Camp impérial de Madrid, 4 décembre 1808

DÉCRET.

Considérant qu’un des établissements qui s’opposent le plus à la prospérité intérieure de l’Espagne est celui des barrières existant entre les provinces, nous avons décrété et décrétons ce qui suit :

ARTICLE 1er. – A dater du 1er janvier prochain, les barrières existant de province à province seront supprimées – Les douanes seront transportées et établies aux frontières.

ART. 2. – Le présent décret sera publié et enregistré dans tous les conseils, cours et tribunaux, pour être exécuté comnie loi de l’état.

 

Quartier général devant Madrid, 4 décembre 1808

BULLETIN DE L’ARMÉE D’ESPAGNE.

Le 2, à midi, Sa Majesté arriva de sa personne sur les hauteurs qui couronnent Madrid et où étaient placées les divisions de dragons des généraux Latour-Mlaubourg et Lahoussaye et la Garde impériale à cheval. L’anniversaire du couronnement, cette époque qui a signalé tant de jours à jamais heureux pour la France, réveilla dans tous les eoeurs les plus doux souvenirs et inspira à toutes les troupes un enthousiasme qui se manifesta par mille acclamations. Le temps était superbe et semblable à celui dont on jouit en France dans les plus belles journées du mois de mai.

Le maréchal duc d’Istrie envoya sommer la ville, où s’était formée une junte militaire sous la présidence du général Castellar, qui avait sous ses ordres le général Moria, capitaine qénéral de l’Andalousie et inspecteur général de l’artillerie. La ville renfermait un grand nombre de paysans armés qui s’y étaient rendus de tous côtés, 6,000 hommes de troupes de ligne et cent pièces de canon. Depuis huit jours, on barricadait les rues et les portes de la ville; 60,000 hommes étaient en armes; des cris se faisaient entendre de toutes parts, les cloches de deux cents églises sonnaient à la fois, et tout présentait l’image du désordre et du délire.

Un général de troupes de ligne parut aux avant-postes pour répondre à la sommation du duc d’Istrie; il était accompagné et surveillé par trente hommes du peuple dont le costume, les regards et le farouche langage rappelaient les assassins de septembre. Lorsqu’on demandait au général espagnol s’il voulait exposer des femmes, des enfants, des vieillards aux horreurs d’un assaut, il manifestait à la dérobée la douleur dont il était pénétré; il faisait connaître par des signes qu’il gémissait sous l’oppression ainsi que tous les honnêtes gens de Madrid, et, lorsqu’il élevait la voix, ses paroles étaient dictées par les misérables qui le surveillaient. On ne put avoir aucun doute de l’excès auquel était portée la tyrannie de la multitude, lorsqu’on le vit dresser procès-verbal de ses propres discours et les faire attester par la signature des spadassins qui l’environnaient.

L’aide de camp du duc d’Istrie qui avait été envoyé dans la ville, saisi par des hommes de la dernière classe du peuple, allait être massacré, lorsque les troupes de ligne, indignées, le prirent sous leur sauvegarde et le firent remettre à son général.

Un garcon boucher de l’Estrémadure, qui commandait une des portes, osa demander que le duc d’Istrie vînt lui-même dans la ville les yeux bandés. Le général Montbrun repoussa cette audace avec indignation ; il fut aussitôt entouré, et il ne s’échappa qu’en tirant son sabre. Il faillit être victime de l’imprudence avec laquelle il avait oublié qu’il n’avait point affaire à des ennemis civilisés.

Peu de temps après, des déserteurs, des gardes wallones se rendirent au camp. Leurs dépositions donnèrent la conviction que les propriétaires, les hommes honnêtes, étaient sans influence, et l’on dut croire que toute conciliation était impossible.

La veille, le marquis de Perales, homme respectable, qui avait paru jouir jusqu’alors de la confiance du peuple, fut accusé d’avoir fait mettre du sable dans les cartouches. Il fut aussitôt étranglé, et ses membres déchirés furent envoyés comme des trophées dans tous les quartiers de la ville. On arrêta que toutes les cartouches seraient refaites et trois ou quatre mille moines furent conduits au Retiro et employés à ce travail. Il avait été ordonné que tous les palais, toutes les maisons seraient constamment ouvertes aux paysans des environs, qui devaient y trouver de la soupe et des aliments à discrétion.

L’infanterie française était encore à trois lieues de Madrid. L’Empereur employa la soirée à reconnaître la ville et à arrêter un plan d’attaque qui se conciliàt avec les ménagements que mérite le grand nombre d’hommes honnêtes qui se trouvent toujours dans une grande capitale.

Prendre Madrid d’assaut pouvait être une opération militaire de peu de difficulté ; mais amener cette grande ville à se soumettre, en employant tour à tour la force et lapersuasion, et en arrachant les propriétaires et les véritables hommes de bien à l’oppression sous laquelle ils gémissaient, c’est là ce qui était difficile. Tous les efforts de l’Empereur, dans ces deux journées, n’eurent pas d’autre but : ils ont été couronnés du plus grand succès.

A sept heures, la division Lapisse, du corps du maréchal duc de Bellune, arriva. La lune donnait une clarté qui semblait prolonger celle du jour. L’Empereur ordonna au général de brigade iNI@tison de s’emparer des faubourgs , et chargea le général de division Lauriston de protéger cette occupation par le feu de quatre pièces d’artillerie de la Garde. Les voltigeurs du 1 61 régiment s’emparèrent des maisons et notamment d’un grand cimetière. Au premier feu, l’ennemi montra autant de lâcheté qu’il avait montré d’arrogance pendant toute la journée.

Le duc de Bellune employa toute la nuit à placer son artillerie dans les lieux désignés pour l’attaque.

A minuit, le prince de Neuchâtel envoya à Madrid un lieutenant-colonel d’artillerie espagnol, qui avait été pris à Somo-Sierra et qui voyait avec effroi la folle obstination de ses concitoyens. Il se chargea de la lettre ci-jointe, no 1 1.

Le 3, à neuf heures du matin, le même parlementaire revint au quartier général avec la lettre ci-jointe, no 2.

Mais déjà le général de brigade d’artillerie Senarmont, officier d’un grand mérite, avait placé ses trente pièces d’artillerie et avait commencé un feu très-vif qui avait fait brèche au mur du Retiro. Des voltigeurs de la division Villatte ayant passé la brèche, leur bataillon les suivit, et en moins d’une heure les hommes qui défendaient le Retiro furent culbutés. Le palais du Retiro, les postes importants de l’observatoire, de la manufacture de porcelaine, de la grande caserne et de l’hôtel de Medina Celi, et tous les débouchés qui avaient été mis en défense, furent emportés par nos troupes.

D’un autre côté, vingt pièces de canon de la Garde jetaient des obus et attiraient l’attention de l’ennemi sur une fausse attaque.

On se serait peint difficilement le désordre qui régnait dans Madrid, si un grand nombre de prisonniers arrivant successivement n’avaient rendu compte des scènes épouvantables et de tout genre dont cette capitale offrait le spectacle. On avait coupé les rues , crénelé les maisons des barricades de balles de coton et de laine avaient été formées les fenêtres étaient matelassées. Ceux des habitants qui désespéraient du succès d’une aveugle résistance fuyaient dans les campagnes. D’autres, qui avaient conservé quelque raison, et qui aimaient mieux se montrer au sein de leurs propriétés devant un ennemi généreux que de les abandonner au pillage de leurs propres concitoyens, demandaient qu’on ne s’exposa point à un assaut. Ceux qui étaient étrangers à la ville ou qui n’avaient rien à perdre voulaient qu’on se défendît à toute outrance, accusaient les troupes de ligne de trahison et les obligeaient à continuer le feu.

L’ennemi avait plus de cent pièces de canon en batterie ; un nombre plus considérable de pièces de 2 et de 3 avaient été déterrées, tirées des caves et ficelées sur des charrettes, équipage grotesque qui seul aurait prouvé le délire d’un peuple abandonné à lui-même. Mais tous moyens de défense étaient devenus inutiles. Étant maître du Retiro , on l’est de Madrid. L’Empereur mit tous ses soins à empêcher qu’on entrât de maison en maison. C’en était fait de la ville si beaucoup de troupes avaient été employées. On ne laissa avancer que quelques compagnies de voltigeurs, que l’Empereur se refusa toujours à faire soutenir.

A onze heures, le prince de Neuchâtel écrivit la lettre ci-jointe; Sa Majesté ordonna aussitôt que le feu cessât sur tous les points.

A cinq heures, le général Moria, l’un des membres de la junte militaire, et don Bernardo Yriarte, envoyé de la ville, se rendirent dans la tente de Son Altesse Sérénissime le major général. Ils firent connaître que tous les hommes bien pensants ne doutaient pas que la ville ne fût sans ressources, et que la continuation de la défense était un véritable délire, mais que les dernières classes du peuple et que la foule des hommes étrangers à Madrid voulaient se défendre et croyaient le pouvoir. Ils demandaient la journée du 4 pour faire entendre raison au peuple. Le prince major général les présenta à Sa Majesté l’Empereur et Roi, qui leur dit :

“Vous employez en vain le nom du peuple. Si vous ne pouvez parvenir à le calmer, c’est parce que vous-mêmes vous l’avez excité, vous l’avez égaré par des mensonges. Rassemblez les curés, les chefs des couvents, les alcades, les principaux propriétaires, et que, d’ici à six heures du matin, la ville se rende, ou elle aura cessé d’exister. Je ne veux ni ne dois retirer mes troupes. Vous avez massacré les malheureux prisonniers francais qui étaient tombés entre vos mains. Vous avez, il y a peu de jours, laissé trainer et mettre à mort , dans les rues , deux domestiques de l’ambassadeur de Russie, parce qu’ils étaient nés Francais. L’inhabileté et la lâcheté d’un général avaient mis en vos mains des troupes qui avaient capitulé sur le champ de bataille, et la capitulation a été violée. Vous, Monsieur Moria, quelle lettre avez-vous écrite à ce général ? Il vous convenait bien de parler de pillage, vous qui, étant entré en Roussillon, avez enlevé toutes les femmes et les avez partagées comme un butin entre vos soldats ! Quel droit aviez-vous d’ailleurs de tenir un pareil langage ? La capitulation vous l’interdisait. Voyez quelle a été la conduite des Anglais, qui sont bien loin de se piquer d’être rigides observateurs du droit des nations ; ils se sont plaints de la convention du Portugal, mais ils l’ont exécutée. Violer les traités militaires, c’est renoncer à toute civilisation , c’est se mettre sur la même ligne que les Bédouins du désert. Comment donc osez-vous demander une capitulation, vous qui avez violé celle de Bailen ? Voilà comme l’injustice et la mauvaise foi tournent toujours au préjudice de ceux qui s’en sont rendus coupables. J’avais une flotte à Cadix ; elle était l’alliée de l’Espagne, et vous avez dirigé contre elle les mortiers de la ville où vous commandiez. J’avais une armée espagnole dans mes rangs ; j’ai mieux aimé la voir passer sur les vaisseaux anglais et être obligé de la précipiter du haut des rochers d’Espinosa, que de la désarmer. J’ai préféré avoir 1,000 ennemis de plus à combattre que de manquer à la bonne foi et à l’honneur. Retournez à Madrid. Je vous donne jusqu’à demain six heures du matin. Revenez alors si vous n’avez à me parler du peuple que pour m’apprendre qu’il s’est soumis. Sinon, vous et vos troupes, vous serez tous passés par les armes.”

Le 4, à six heures du matin, le général Moria et le général don Fernando de la Verki, gouverneur de la ville, se présentèrent à la tente du prince major général. Les discours de l’Empereur, répétés au milieu des notables, la certitude qu’il commandait en personne, les pertes éprouvées pendant la journée précédente, avaient porté le repentir et la terreur dans tous les esprits. Pendant la nuit, les plus mutins s’étaient soustraits au danger par la fuite, et une partie des troupes s’étaient débandées.

A dix heures, le général Belliard prit le commandement de Madrid; tous les postes furent remis aux Francais, et un pardon général fut proclamé.

A dater de ce moment, les hommes, les femmes, les enfants se répandirent dans les rues avec sécurité. Jusqu’à onze heures du soir les boutiques furent ouvertes. Tous les citoyens se prirent à détruire les barricades et à repaver les rues; les moines rentrèrent dans leurs couvents, et, en peu d’heures, Madrid présenta le contraste le plus extraordinaire, contraste inexplicable pour qui ne connaît pas les moeurs des grandes villes. Tant d’hommes qui ne pouvaient se dissimuler à eux-mêmes ce qu’ils auraient fait en pareille circonstance s’étonnent de la générosité des Francais. 50,000 armes ont été rendues, et cent pièces de canon sont réunies au Retiro. Au reste, les angoisses dans lesquelles les habitants de cette malheureuse ville ont vécu depuis quatre mois ne peuvent se dépeindre ; la junte était sans puissance ; les hommes les plus ignorants et les plus forcenés exerçaient le pouvoir, et le peuple, à chaque instant, massacrait on menaçait de la potence ses militaires et ses généraux.

Le général de brigade Maison a été blessé. Le général la Bruyère, qui s’était avancé imprudemment dans le moment où l’on avait cessé le feu, a été tué; douze soldats ont été tués ; cinquante ont été blessés. Cette perte, si faible pour un évènement aussi mémorable, est due, au peu de troupes qu’on a engagées ; on la doit aussi , il faut le dire, à l’extrême lâcheté de tout ce qui avait les armes à la main. L’artillerie a, comme à son ordinaire, rendu les plus grands services.

10,000 fuyards, échappés de Burgos et de Somo-Sierra, et la division de l’armée de réserve, se trouvaient, le 3, à trois lieues de Madrid; mais, chargés par un piquet de dragons , ils se sont sauvés en abandonnant quarante pièces de canon et soixante caissons.

Un trait mérite d’être cité. Un vieux général, retiré du service et âgé de quatre-vingts ans, était dans sa maison, à Madrid, près de la rue d’Alcala ; un officier francais y entre et s’y loge avec sa troupe. Ce respectable vieillard parait devant cet officier, tenant une jeune fille par la main, et dit : “Je suis un vieux soldat, je connais les droits et la licence de la guerre; voilà ma Fille, je lui donne 900,000 livres de dot; sauvez-lui l’honneur, et soyez son époux.”

Le jeune officier prend le vieillard, sa famille et sa maison sous sa protection. Qu’ils sont coupables ceux qui exposent tant de citoyens paisibles, tant d’infortunés habitants d’une grande capitale à tant de malheurs !

Le duc de Danzig est arrivé le 3 à Ségovie. Le duc d’Istrie, avec 4,000 hommes de cavalerie , s’est mis à la poursuite de la division la Pena, qui, s’étant échappée de la bataille de Tudela, s’était dirigée sur Guadalajara.

Florida Blanca et la junte s’étaient enfuis d’Aranjuez et s’étaient sauvés à Tolède; ils ne se sont pas crus en sûreté dans cette ville et se sont réfugiés auprès des Anglais.

La conduite des Anglais est honteuse ! Dès le 20, ils étaient à l’Escurial au nombre de 6,000 ; ils y ont passé quelques jours. Ils ne prétendaient pas moins que franchir les Pyrénées et venir sur la Garonne. Leurs troupes sont superbes et bien disciplinées. La confiance qu’elles avaient inspirée aux Espagnols était inconcevable. Les uns espéraient que cette division irait à Somo-Sierra, les autres qu’elle viendrait défendre la capitale d’un allié si cher. Mais tous connaissaient mal les Anglais. A peine eut-on avis que l’Empereur était à Somo-Sierra, que les troupes anglaises battirent en retraite sur l’Escurial. De là, combinant leur marche avec la division de Salamanque, elles se dirigèrent sur la mer. Des armes, de la poudre, des habits, ils nous en ont donné, disait un Espagnol; mais leurs soldats ne sont venus que pour nous exciter; nous égarer et nous abandonner au milieu de la crise. Mais, répondit un officier francais, ignorez-vous donc les faits les plus récents de notre histoire ? Qu’ont-ils fait pour le Stathouder, pour la Sardaigne, pour l’Autriche ? Qu’ont-ils fait récemment pour la Russie ? Qu’ont- ils fait plus récemment encore pour la Suède ? Ils fomentent partout la guerre; ils distribuent des armes comme du poison; mais ils ne versent leur sang que pour leurs intérêts directs et personnels. N’attendez pas autre chose de leur égoïsme. “Cependant, répliqua l’Espagnol, leur cause était la nôtre. 40,000 Anglais ajoutés à nos forces à Tudela et à Espinosa pouvaient balancer les destins et sauver le Portugal. Mais à présent que notre armée de Blake à la gauche, que celle du centre, que celle d’Aragon à la droite , sont détruites, que les Espagnes sont presque conquises, et que la raison va achever de les soumettre, que deviendra le Portugal ? ” Ce n’est pas à Lisbonne que les Anglais devaient le défendre, c’est à Espinosa, à Burgos, à Tudela , à Somo-Sierra et devant Madrid.

 

Chamartin, 5 décembre 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, au Prado

Mon Frère, il est nécessaire que vous preniez, dans la nuit, un décret pour organiser un régiment étranger, sous le titre de Royal- Étranger d’Espagne. Dans ce régiment seront compris tous les Autrichiens, Prussiens, Italiens, servant depuis dix ans en Espagne. Commencez par en former un bataillon. Nommez pour colonel un des principaux étrangers de votre garde , le général Saitigny, ou un de vos aides de camp. Nommez-y un chef de bataillon et six capitaines tirés de votre garde, ainsi que les sergents nécessaires. Le cadre pourra contenir 1,200 hommes; il y a dans Madrid assez de monde pour cela. Le bataillon pourra se former demain, à midi , dans la cour du palais; on l’armera avec les armes provenant du désarmement; on lui donnera des cartouches et on l’enverra à l’Escurial pour achever de l’organiser. Après que le premier bataillon sera formé, on en formera un second, puis un troisième, puis le quatrième. Ce régiment de Royal-étranger d’Espagne sera ainsi composé de quatre bataillons, de six compagnies chacun. Chaque compagnie sera de 200 hommes et chaque bataillon de 1,200 hommes, le tout formant 4,800 hommes. Cela aura l’avantage de débarrasser Madrid de ce tas d’étrangers, qui seront très-utiles lorsqu’ils auront des officiers et sous-officiers français de votre garde.

Donnez sur-le-champ une nouvelle organisation à votre garde. Composez chaque régiment de quatre bataillons , chaque bataillon de quatre compagnies, chaque compagnie de 200 hommes; les cadres en existent déjà ; cela ferait 3,200 hommes pour votre garde. N’y recevez que des conscrits français, de ceux que j’ai donné l’ordre de faire venir de Paris et de Bayonne, et des Français faits prisonniers avec Dupont, ayant pris le service d’Espagne depuis moins d’un an. On peut être sûr de ceux-là; il y en a déjà plusieurs centaines ici. Cherchez aux environs de Madrid une caserne pour les réunir. Qu’ils ne viennent à Madrid que lorsqu’ils seront habillés. On ignorera ainsi comment votre garde se forme; autrement les Espagnols pourraient en concevoir une mauvaise opinion. Je pense que vous pourrez réunir 2,000 de ces déserteurs français du corps de Dupont.

Donnez refuge à tous les Suisses, mais n’accueillez que de véritables Suisses. Les cinq régiments suisses au service d’Espagne n’en contenaient guère chacun que 400, ce qui ne ferait que 2,000; le reste est autrichien, allemand , etc. Formez-en un régiment que vous appellerez Régiment de Reding le jeune, puisque cet officier s’est bien comporté. Nommez un officier supérieur de votre garde pour colonel provisoire de ce régiment, jusqu’à ce que Reding soit arrivé. Vous enverrez le ler bataillon sur l’Escurial. Que votre ministre de la guerre prenne des mesures pour habiller, équiper et armer tout cela. Avant un mois vous pouvez avoir 12,000 hommes, qui feront la police de Madrid et du royaume.

Quant aux Espagnols, vous avez des militaires qui se sont bien comportés. Il y en a du corps de la Romana à l’armée du Nord, auxquels on doit de la reconnaissance, entre autres un général et plusieurs colonels. Faites venir ce général, qui est en France, et mettez-le à la tête d’un régiment espagnol. Je crois qu’il faudrait appeler ce régiment Royal-Napoléon d’Espagne, afin que ce titre leur fasse sentir leurs obligations. Supprimez le nom de gardes wallones, qui est un nom déshonoré et qui est ridicule aujourd’hui.

Votre armée doit donc se composer, 1° d’un régiment de votre garde composé de 3,200 hommes, 2° d’un régiment Royal-Étranger d’Espagne composé de 4,800 hommes, 3° d’un régiment suisse de Reding composé de 4,800 hommes, 4° d’un régiment Royal-Napoléon d’Espagne composé de 4,800 hommes.

Quant à la cavalerie, j’ignore quelle est sa composition. Je pense que le régirnent de cavalerie de votre garde doit être de 800 hommes. Complétez les escadrons à 200 hommes; incorporez-y tous les prisonniers faits avec Dupont. Je connais une trentaine de cavaliers de ce corps qui ont déjà déserté. Vous formerez ce régiment à l’Escurial ou à Aranjuez.

Formez ensuite un régiment de cavalerie des déserteurs des régiments. Nommez-lui un colonel espagnol, parmi les officiers espagnols dont vous êtes sûr, en y mettant un adjudant-major et des officiers français.

 

Chamartin, 5 décembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général, à Chamartin

Mon Cousin, la tête de la division polonaise doit être arrivée le ler au soir à Burgos. Je dois avoir donné des ordres pour la faire continuer sa route; si je ne l’avais pas fait, donnez-lui des ordres en conséquence. Le ler régiment de cette division devrait être aujourd’hui à Somo-Sierra. Donnez l’ordre au général Valence de laisser en passant à Somo-Sierra un bataillon, qui y sera retranché avec une compagnie de sapeurs qu’ont les Polonais. Ce bataillon relèvera celui du 54e, qui, moyennant cela, rejoindra son régiment à Madrid Envoyez l’ordre que tout le reste de la division, infanterie et cavalerie, continue sa route sur Madrid.

La tête du 5e corps doit être déjà à Vitoria. Donnez-lui l’ordre de continuer à filer jusqu’à Burgos, où elle attendra de nouveaux ordres.

Donnez l’ordre à la division Delaborde, qui est à Saint-Sébastien de se diriger sur Vitoria, où elle attendra de nouveaux ordres, et à la division Loison de la remplacer à Saint-Sébastien. Donnez l’ordre au duc d’Abrantès de porter son quartier général à Vitoria

 

Chamartin, 5 décembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général, à Chamartin

Mon Cousin, le plateau de Somo-Sierra sera retranché de manière que 300 hommes puissent s’y défendre contre les paysans des montagnes ; on y mettra en batterie les pièces de canon qui ont été prises. Le bâtiment de la Porcelaine sera fortifié; le plan m’en sera soumis aujourd’hui, et on commencera à y travailler demain. L’Observatoire devra y être compris. Le bâtiment de la Porcelaine sera divisé en quatre : une face pour l’hôpital, une face pour l’artillerie, une face pour les vivres et une face pour le magasin d’habillemeint. A dater d’après-demain, tous les malades seront établis dans la Porcelaine. Donnez des ordres là-dessus à l’entendant et aux commandants de l’artillerie et du génie.

 

Chamartin, 5 décembre 1808

Au général Belliard, gouverneur de Madrid

Monsieur le Général Belliard, rien ne s’est encore fait à Madrid. Ce n’est pas avec de la mollesse et des cajoleries que l’on peut remettre l’ordre dans les premiers moments, mais avec de la fermeté, et de la vigueur.

1° – Donnez l’ordre à tous les officiers et soldats de naissance espagnole de se réunir en un lieu, et, lorsqu’il y en aura 500, faites-les conduire au quartier général.

2° Donnez ordre aux étrangers au service d’Espagne, Français, Suisses, etc., de se réunir dans un lieu que vous leur désignerez , où le Roi enverra quelqu’un pour les organiser.

3° Donnez l’ordre que tous les généraux espagnols qui se trouvent dans Madrid viennent donner leur adresse, âge et qualités. Ils sont tous prisonniers de guerre et doivent répondre des prisonniers qui sont en Andalousie. Quand j’en aurai la liste, je statuerai sur ce qu’ils deviendront. Ils doivent jurer sur leur parole d’honneur de se regarder comme prisonniers de guerre et de se représenter quand je l’exigerai.

Donnez l’ordre de mettre les scellés sur les biens de l’infantado d’Ossuna, de Medina-Celi, Santa-Cruz, Hijar, Cevallos, et sur ceux des autres éinigrés.

Donnez l’ordre à la junte militaire de ne plus se réunir; il ne doit y avoir que les corrégidors et les alcades qui soient chargés de la police. Que chaque alcade ait, demain avant midi, fait enlever les barricades, repaver les rues et enlever les cadavres, soit d’hommes, soit de chevaux. Donnez ordre que les fusils soient demain transportés dans un seul lieu, au Retiro, et faites après-demain matin une proclamation pour donner encore quarante-huit heures, passé lequel délai, tout habitant qui sera trouvé avoir des armes sera condamné à mort. Donnez l’ordre aux alcades de dénoncer les mulets et chevaux, effets d’équipement et de harnachement, etc., appartenant à l’armée espagnole ou au train , et donnez-les au train de la Garde et à celui du ler corps.

Il faut que demain les trois régiments destinés à former la garnison soient casernés et aient des effets de casernement. Les officiers seront logés, dans les maisons des émigrés, comme pavillons, en ayant soin de réserver le plus bel appartement pour un officier général. La division Ruffin sera également casernée demain , mais dans des couvents où elle sera nourrie et bien traitée par les moines. Elle sera répartie de manière qu’il y ait un demi-bataillon dans chaque couvent et que le bataillon soit à portée de se réunir. Il faut donc qu’il y ait à Madrid des logements dans les casernes pour 6,000 hommes de garnison, et dans les couvents pour 12 à 18,000 hommes ; par ce moyen, hormis les cas extraordinaires, les habitants ne logeront pas.

Donnez l’ordre au général Senarmont de réunir toute son artillerie au Retiro, de retirer toutes ses pièces et d’éviter cet appareil de guerre; seulement les six pièces du roi seront placées près de son palais , où elles se trouveront sous la surveillance de sa garde. Faites également préparer des écuries dans les couvents et maisons d’émigrés pour 1,000 chevaux de cavalerie et 1,000 chevaux du train. Il faut absolument que demain personne ne bivouaque plus.

Faites ôter de partout la capitulation qui, n’ayant pas été tenue par les habitants, est nulle. Je vous avais fait dire de ne pas la faire imprimer , et cependant aujourd’hui on l’affiche partout dans Madrid.

 

Chamartin, 5 décembre 1808.

Au général Lacuée, directeur des revues et de la conscription militaire, à Paris

Mon intention est de renvoyer les compagnies de grenadiers et de voltigeurs des 4e bataillons des régiments qui font partie de l’armée du Rhin à leurs régiments, pour former le cadre des 4e bataillons, et d’augmenter insensiblement ces 4e bataillons des quatre autres compagnies, de manière que l’armée du Rhin, qui est composée de vingt et un régiments, le soit de quatre-vingt-quatre bataillons; ce qui, avec les huit bataillons qui forment le corps des villes hanséatiques, fera quatre-vingt-douze bataillons, ou un effectif de près de 78,000 hommes , et, avec la cavalerie et l’artillerie, près de 110,000 hommes. Le corps d’Oudinot ne serait plus alors composé que des compagnies de grenadiers et voltigeurs des régiments ci- après, savoir : 6e, 9e, 16e, 25e, 27e, 17e, 21e, 24e, 26e, 28e d’infanterie légère; 8e, 95e, 96e, 4e, 18e, 40e, 64e, 88e, 27e, 39e, 45e, 69e, 76e, 24e, 54e, 63e, 94e d’infanterie de ligne. Mon intention serait que les compagnies restant des 4e bataillons de ces corps y fussent réunies ; ce qui compléterait vingt-huit bataillons. J’y joindrais les 4e bataillons des 46e, 28e, 50e, 75e, 100e et 103e; ce qui porterait ce corps à trente-quatre bataillons, qui, à 840 hommes chacun, feraient près de 30,000 hommes. Pour compléter le nombre de 30,000 hommes, j’y réunrais les bataillons des tirailleurs du Pô et des tirailleurs corses; j’en formerais trois divisions de douze bataillons chacune; ce qui ferait un beau corps qui pourrait, si cela était nécessaire, renforcer l’armée du Rhin et la porter à 140,000 hommes, laissant les 4e, 46e, 18e de ligne, 24e et 26e légers , ce qui fait cinq régiments, pour la défense du port de Boulogne et de la Bretagne, et me laissant ainsi la faculté de diriger sur l’Allemagne les 4e bataillons des 48e, 13e, 108e.

Enfin mon intention serait de réunir au corps d’Oudinot les 1er bataillons des régiments qui ne font partie ni de l’armée du Rhin , ni de l’armée d’Italie, ces bataillons ne pouvant se compléter que par la conscription de 1810 ; et, dans ce cas, je pense qu’il serait nécessaire de former les 5e bataillons de tous les régiments qui n’en ont plus, afin de pouvoir, quelque temps après, disposer des six régiments laissés dans l’intérieur, en les remplacent par des extraits des 5e bataillons.

 

Madrid, 5 décembre 1808

Au général Caulaincourt, ambassadeur à Saint-Pétersbourg

Nous sommes à Madrid depuis hier. Les bulletins vous feront connaître les événements qui se sont passés depuis le combat de Burgos, la bataille d’Espinosa et de Tudela, et les combats de Soma-Sierra et du Retiro. Les Anglais ont eu la lâcheté de venir jusqu’à l’Escurial, d’y rester plusieurs jours, et, à la première nouvelle que j’approchais du (sic) Somo-Sierra, de se retirer, abandonnant la réserve espagnole. On me dit que l’ambassadeur de Russie est parti, il y a trois semaines, pour Carthagène, où il a dû s’embarquer pour Trieste et pour la France. Le temps ici est superbe; c’est absolument le mois de mai. Nos colonnes se dirigent sur Lisbonne.

 

Chamartin, 6 décembre 1808

A M. de la Valette, directeur général des Postes

Votre service va mal. Vous n’envoyez autour de moi que des imbéciles, et mon estafette de Bayonne vient d’être prise parce que le directeur des postes de Bayonne a donné au courier deux porte-manteaux au lieu d’un, et de plus l’a chargé de deux bouteilles de vin. Le courrier a sauvé le porte-manteau où était le vin, et a laissé prendre celui qui renfermait la correspondance de M. de Champagny. Je viens de destituer ce directeur. Faites connaître sa destitution à tous les directeurs des postes. Il y a longtemps que j’ai ordonné qque les estafettes ne devaient pas porter plus de 25 livres. L’estafette d’Espagne ne doit pas porter d’autres lettres que les miennes, et ls paquets ne doivent être faits que par M. Meneval. Cela avait été ainsi constamment exécuté. M. Meneval a la clef, et les lettres ne doivent être remises que quand je le juge à propos, au lieu qu’il arrive souvent que, contre mon intention, on reçoit les nouvelles de Paris avant que je les aie.

 

Chamartin, 7 décembre 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Il n’y a pas de difficultés à relâcher l’adjudant commandant Martial Thomas; je croyais vous en avoir donné l’ordre. Je pense que vous continuez les interrogatoires de Vedel, Chabert, Dupont, etc.

Les détails que nous apprenons ici des prisonniers qui appartiennent au coprs de Dupont le rendent plus coupable encore, et même il est à concevoir comment un pareil événement a pu arriver. Dupont a laissé 19,000 prisonniers. Vedel avait pris deux régiments avec leur artillerie, et les Espagnols se croyaient perdus. Si Dupont eûl donné f ordre à Vedel de poursuivre ses avantages, et que, de son côté , il eût fait la rnême attaque, les Espagnols étaient en pleine déroute.

 

Chamartin, 7 décembre 1808

Au général comte Dejean, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur Dejean, au 1er décembre il n’y avait à Bayonne ni capotes, ni souliers. Vous m’envoyez tous les jours des états qui sont des choses ridicules.

 

Chamartin, 7 décembre 1808.

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples.

Je reçois votre lettre. Je ne conçois rien à ces intrigailleries italinnes ni à ces menaces d’expéditions d’Anglais en Italie. Cela est par trop bête. Mais ce qui m’étonne, c’est que vous vous croyez autorisé par ces bruits ridicules à ne pas exécuter mes ordres. Que le 72e et le 102e se rendent sans délai à Rome et ne retardez pas plus longtemps l’exécution des ordres que j’ai donnés à mon armée.

 

Madrid, 7 décembre 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale

J’ai reçu vos lettres des 28 et 29. Vous avez tord de craindre pour moi. Les Espagnols ne sont pas plus méchants qu’une autre nation. Nous avons ici un temps aussi beau que les plus beaux temps de mai en France. Nous en avons bien profité, puisque nous avons battu tous les ennemis et que nous sommes bien établis à Madrid.

Envoyez-moi un bon chef pour la police pour Madrid et Lisbonne. Il ne me faut pas de bavards, mais des hommes impartiaux et probes, qui ne profitent pas des circonstances pour voler et se déshonorer.

 

Camp impérial de Madrid, 7 décembre 1808

PROCLAMATION AUX ESPAGNOLS

Espagnols !

Vous avez été égarés par des hommes perfides. lls vous ont engagés dans une lutte insensée et vous ont fait courir aux armes. Est-il quelqu’un parmi vous qui, réfléchissant un moment sur tout ce qui s’est passé, ne soit aussitôt convaincu que vous avez été le jouet des perpétuels ennemis du continent, qui se réjouissaient en voyant répandre le sang espagnol et le sang français b? Quel pouvait être le résultat du succès même de quelques campagnes ? Une guerre de terre sans fin et une longue incertitude sur le sort de vos propriétés et de votre existence. Dans peu de mois vous avez été livrés à toutes les angoisses des factions populaires. La défaite de vos armées a fait l’affaire de quelques marches. Je suis entré dans Madrid. Les droits de la guerre m’autorisaient à donner un grand exemple et à laver dans le sang les outrages faits à moi et à ma nation : je n’ai écouté que la clémence. Quelques hommes, auteurs de tous vos maux, sont seuls frappés. Je chasserai bientôt de la Péninsule cette armée anglaise qui a été envoyée en Espagne, non pour vous secourir, mais pour vous inspirer une fausse confiance et vous égarer.

Je vous avais dit, dans ma proclamation du 2 juin, que je voulais être votre régénérateur. Aux droits qui m’ont été cédés par les princes de la dernière dynastie, vous avez voulu que j’ajoutasse le droit de conquête. Cela ne changera rien à mes dispositions. Je veux même loi ce qu’il peut y avoir de généreux dans vos efforts; je veux reconnaître que l’on vous a caché vos vrais intérêts, qu’on vous a dissimulé le véritable état des choses. Espagnols, votre destinée est entre vos mains. Rejetez les poisons que les Anglais ont répandus parmi voi que votre Roi soit certain de votre amour et de votre confiance, et vous serez plus puissants, plus heureux que vous n’avez jamais été. Tout ce qui s’opposait à votre prospérité et à votre grandeur, je l’ai détruit; les entraves qui pesaient sur le peuple, je les ai brisées; une constitution libérale vous donne, au lieu d’une monarchie absolue, une monarchie tempérée et constitutionnelle. Il dépend de vous que cette constitution soit encore votre loi. Mais si tous mes efforts sont inutiles , et si vous ne répondez pas à ma confiance, il ne me restera plus qu’à vous traiter en provinces conquises et à placer mon frère sur un autre trône. Je nietirai alors la couronne d’Espagne sur ma tête, et je saurai la faire respecter des méchants, car Dieu m’a donné la force et la volonté nécessaires pour surmonter tous les obstacles.

 

Camp impérial de Madrid, 7 décembre 1808

A l’Impératrice, à Paris

Je reçois ta lettre du 28. Je vois avec plaisir que tu te portes bien.

Tu as vu que le jeune Tascher se comporte bien; cela m’a fait plaisir. Ma santé est bonne.

Il fait ici le temps de la dernière quinzaine de mai, à Paris; nous avons chaud, et point de feu, si ce n’est la nuit qui est assez fraîche.

Madrid est tranquille. Toutes mes affaires vont bien.

Adieu, mon amie.

Tout à toi.

Napoléon

Bien des choses à Hortense et à M. Napoléon.

 

Chamartin, 8 décembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel

Mon Cousin, donnez ordre que le 5e de chasseurs se rende à la division Lasalle, de sorte que ce général aura trois régiments : le 10e de chasseurs, le 5e de chasseurs et le 9e de dragons. Le général Milliaud aura également trois régiments de dragons. Ces deux divisions se porteront sur Talavera de la freina.

Envoyez un général de brigade et un commissaire des guerres pour commander à Talavera, mettre de l’ordre et faire sur-le-champ du pain, car c’est sur cette direction que se rendra l’armée.

 

Chamartin, 8 décembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, à Chamartin

Mon Cousin , en donnant l’ordre au maréchal Mortier de se diriger sur Saragosse, j’entends qu’il ne mène que les divisions Gazan et Suchet et la brigade de cavalerie légère. Mais la brigade que commande le général Lorge doit se diriger sur Burgos, où elle attendra de nouveaux ordres. Faites-moi connaître quand elle y arrivera.

 

Chamartin, 8 décembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, à Chamartin

Écrivez ce qui suit au général Ruffin à Aranjuez :

« J’ai mis vos lettres du 7 décembre sous les yeux de l’Empereur.

Dans la position où vous vous trouvez , il faut attendre des nouvelles du maréchal Victor. Jusqu’à ce moment, il faut battre la campagne et éclairer la route de Tolède. D’après ce que vous dites, je crois que l’ennemi pourrait s’être retiré par Mondejar sur Huetc, ou par Tarancon sur San-Clemente; s’il s’est retiré sur ce dernier point, vous devez en avoir des nouvelles. En attendant, faites reposer vos troupes, occupez-vous de leur faire distribuer des vivres, et maintenez une exacte discipline. Le Roi a envoyé un détachement à Aranjuez ; donnez-lui main-forte s’il est nécessaire. Voyez ce que l’ennemi fait sur Tolède.

 

Madrid, 9 décembre 1808.

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke , vous témoignerez mon mécontentement au roi de Naples de ce qu’il donne des distinctions à mes soldats sans ma participation; qu’il n’a pas ce droit, et qu’en conséquence aucun de ceux auxquels il en a donné ne les auront; que tout Français qui porte une décoration ne doit la tenir que de moi; que je maintiendrai rigoureusement ce principe , et que cela ne se renouvelle plus désormais.

 

Madrid, 9 décembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, à Chamartin

Mon Cousin, mon intention est que l’on profite du moment où le 4e corps est à Madrid pour l’organiser convenablement. Ce corps est composé de trois divisions, la division Sebastiani , la division Levai et la division Valence. Il n’y a rien à faire pour l’infanterie de la divi- sion Sebastiani. Donnez ordre que le bataillon du prinet- Primat, la brigade hollandaise qui est à Bilbao, les détachements de Hesse- Darnastadt qui sont restés dans la Biscaye, rejoignent à NIadrid par Aranda. Par ce moyen , la division Levai sera composée ainsi qu’il suit – deux généraux de brigade, le prince d’Isembourg et un généi-al hollandais; un régiment d’infanterie hollandais de 1,600 hommes, un régiment de Bade, un régiment de Nassau, un régiment de Hesse-Darmstadt, un bataillon du prince Primat et un bataillon de Paris, ce qui fera plus de 6,000 hommes. La division Valence est composée de trois régiments polonais qui arrivent ces jours-ci à Madrid.

ADMINISTRATION. Il faut au 4e corps un ordonnateur, un payeur (ce dernier existe) et un chef de chaque service d’administration , trois commissaires des guerres et trois adjoints pour être attachés à chaque division. Je crois qu’il n’y a que deux commissaires des guerres. La division Valence n’a probablement point de commissaires des guerres.

ARTILLERIE. Il faut un général ou au moins un colonel d’artillerie, un chef de bataillon d’artillerie pour chaque division , et au moins trente pièces de canon avec au moins quinze caissons d’infanterie. Il n’existe aujourd’hui que six pièces hollandaises, quatre pièces badoises, huit françaises de la division Sebastiani et trois qui sont à Ségovie , de l’ancienne armée, ce qui fait vingt et une pièces. Il manque donc neuf pièces; mais elles existent, puisqu’il y en a six de Darmstadt et quatre de Bade détachées avec la division Lagrange. Il faut écrire au maréchal Ney que, si ces pièces sont encore à la division Lagrange , il les dirige sur Madrid; si elles n’y sont pas , elles seront restées devant Saragosse. Il faut alors les faire venir; mais comme cela tardera, donnez ordre au général la Riboisière de fournir le matériel et les équipages pour les pièces qui manquent. Quant au personnel, les Polonais ont deux compagnies. Chaque division doit avoir huit pièces de canon et l’avant-garde six pièces d’artillerie légère. Il serait même convenable qu’on pût porter le nombre de pièces à trente-six. Il est à observer que les pièces n’ont qu’un caisson pour deux. Il faut que le général la Riboisière pourvoie à ces détails , car, avec deux obusiers par caisson, il n’y a pas de quoi faire feu une heure. Il est aussi convenable que le général la Riboisière dispose le matériel de manière qu’il n’y ait pas de calibre différent dans le corps d’armée; que les obusiers soient du même calibre et les pièces de 12 , de 8 et de 6. Le génie doit donner un chef de bataillon du génie, trois officiers , une compagnie de sapeurs et un caisson d’outils. Chaque division doit avoir un adjudant commandant et deux adjoints. La division Sebastiani manque d’un général de brigade; si le général Pouzet arrive, on pourra le désigner. Réitérez l’ordre que tous les détachements de hussards hollandais, partout où ils se trouvent, rejoignent à Madrid.

AMBULANCE. Chaque division doit avoir quatre caissons d’ambulance, et le corps d’armée, deux compagnies de transports militaires , savoir : douze voitures pour les ambulances et soixante pour les vivres; ce qui fait soixante et douze, y compris les prolonges et les forges. On donnera deux compagnies entières du 1er bataillon.

 

Chamartin, 8 décembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel

Mon Cousin, donnez ordre que le àe de chasseurs se rende à la division Lasalle, de sorte que ce général aura trois régiments : le 1er de chasseurs, le 5e de chasseurs et le 9e de dragons. Le général Milliaud aura également trois régiments de dragons. Ces deux divisions se porteront sur Talavera de la freina.

Envoyez un général de brigade et un commissaire des guerres pour commander à Talavera, mettre de l’ordre et faire sur-le-champ du pain, car c’est sur cette direction que se rendra l’armée.

 

Madrid, 9 décembre 1808.

ALLOCUTIOLN DE L’EMPEREUR
EN RÉPONSE AUX FÉLICITATIONS DU CORRÉGIDOR DE MADRID.

J’agrée les sentiments de la ville de Madrid. Je regrette le mal qu’elle a essuyé, et je tiens à bonheur particulier d’avoir pu, dans ces circonstances, la sauver et lui épargner de plus grands maux.

Je me suis empressé de prendre des mesures qui tranquillisent toutes les classes des citoyens, sachant combien l’incertitude est pénible pour tous les peuples et pour tous les hommes.

J’ai conservé les ordres religieux, en restreignant le nombre des moines. Il n’est pas un homme sensé qui ne jugeât qu’ils étaient trop nombreux. Ceux qui sont appelés par une vocation qui vient de Dieu resteront dans leurs couvents. Quant à ceux dont la vocation était peu solide et déterminée par des considérations mondaines, j’ai assuré leur existence dans l’ordre des ecclésiastiques séculiers. Du surplus des biens des couvents, j’ai pourvu aux besoins des curés, de cette classe la plus intéressante et la plus utile parmi le clergé.

J’ai aboli ce tribunal contre lequel le siècle et l’Europe réclamaient. Les prêtres doivent guider les consciences, mais ne doivent exercer aucune juridiction extérieure et corporelle sur les citoyens.

J’ai satisfait à ce que je devais à moi et à ma nation. La part de la vengeance est faite; elle est tombée sur dix des principaux coupables. Le pardon est entier et absolu pour tous les autres.

J’ai supprimé des droits usurpés par les seigneurs dans le temps des guerres civiles, où les rois ont trop souvent été obligés d’abandonner leurs droits pour acheter leur tranquillité et le repos des peuples. J’ai supprimé les droits féodaux, et chacun pourra établir des hôtelleries, des fours, des moulins, des madragues, des pêcheries, et donner un libre cours à son industrie en observant les lois et les règlements de la police. L’égoïsme, la richesse et la prospérité d’un petit nombre d’hommes nuisaient plus à votre agriculture que les chaleurs de la canicule.

Comme il n’y a qu’un Dieu , il ne doit y avoir dans un état qu’une justice. Toutes les justices particulières avaient été usurpées et étaient contraires aux droits de la nation : je les ai détruites.

J’ai aussi fait connaître à chacun ce qu’il pouvait avoir à craindre, ce qu’il avait à espérer.

Les armées anglaises, je les chasserai de la Péninsule. Saragosse, Valence, Séville seront soumises, ou par la persuasion, on par la force de mes armes. Il n’est aucun obstacle capable de retarder longtemps l’exécution de mes volontés.

Mais ce qui est au-dessus de mon pouvoir, c’est de constituer les Espagnols en nation sous les ordres du Roi, s’ils continuent à être imbus des principes de scission et de haine envers la France que les partisans des Anglais et les ennemis du continent ont répandus au sein de l’Espagne. Je ne puis établir une nation, un roi et l’indépendance des Espagnols, si ce roi n’est pas sûr de leur affection et de leur fidélité.

Les Bourbons ne peuvent plus régner en Europe. Les divisions dans la famille royale avaient été tramées par les Anglais. Ce n’était pas le roi Charles et son favori que le duc de l’Infantado, instrument de l’Angleterre, comme le prouvent les papiers récemment trouvés dans sa maison, voulait renverser du trône : c’était la prépondérance de l’Angleterre qu’on voulait établir en Espagne, projet insensé dont le résultat aurait été une guerre de terre sans fin et qui aurait fait couler des flots de sang. Aucune puissance ne peut exister sur le continent influencée par l’Angleterre; s’il en est qui le désirent, leur désir est insensé et produira tôt ou tard leur haine.

Il me serait facile, et je serais obligé de gouverner l’Espagne en y établissant autant de vice-rois qu’il y a de provinces. Cependant je ne refuse point à céder mes droits de conquête au Roi et à l’établir dans Madrid, lorsque les 30,000 citoyens que renferme cette capitale, ecclésiastiques, nobles, négociants, hommes de loi, auront manifesté leurs sentiments et leur fidélité, donné l’exemple aux provinces, éclairé le peuple et fait connaître à la nation que son existence et son bonheur dépendent d’un roi et d’une constitution libérale, favorable aux peuples et contraire seulement à l’égoïsme et aux passions orgueilleuses des grands.

Si tels sont les sentiments des habitants de la ville de Madrid, que ses concitoyens se rassemblent dans les églises, qu’ils prêtent devant le saint sacrement un serment qui sorte, non-seulement de la bouche, mais du coeur, et qui soit sans restriction jésuitique; qu’ils jurent appui, amour et fidélité au Roi; que les prêtres au confessionnal et dans la chaire, les négociants dans leurs correspondances, les hommes de loi dans leurs écrits et leurs discours, inculquent ces sentiments au peuple : alors je me dessaisirai du droit de conquête, je placerai le Roi sur le trône, et je me ferai une douce tâche de me conduire envers les Espagnols en ami fidèle. La génération présente pourra varier dans ses opinions, trop de passions ont été mises en jeu; mais vos neveux me béniront comme votre régénérateur. Ils placeront au nombre des jours mémorables ceux où j’ai paru parmi vous, et de ces jours datera la prospérité de l’Espagne.

Voilà, Monsieur le corrégidor, ma pensée tout entière. Consultez vos concitoyens et voyez le parti que vous avez à prendre ; mais, quel qu’il soit, prenez-le franchement et ne me montrez que des dispositions vraies.

 

Madrid, 10 décembre 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, je vous renvoie vos portefeuilles. Répondez à la lettre de l’empereur d’Autriche. J’approuve que vous fassiez une convention pour régler les limites entre les États de Nassau et le grand-duché de Berg ; mais , dans cette fixation de limites , il serait bon que vous cherchassiez à m’agrandir du côté de Mayence, car je désirerais pouvoir aller de Mayence à Francfort sur mes propres terres. Vous cacherez que l’intention réelle de cet échange est de réunir ce territoire à la France pour en faire un cercle de Mayence. Mais, quant à présent, il suffirait d’avoir ces pays à ma disposition.

Faites connaître au grand-duc de Hesse-Darmstadt que je suis très- mécontent des troupes qu’il m’a données; que celles qu’il avait fait marcher dans les dernières campagnes étaient très-bonnes , mais que celles-ci sont détestables ; tandis que celles de Bade et de Nassau sont généralement estimées.

 

Madrid, 10 décembre 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Vous recevrez un décret qui déclare dix personnages espagnols ennemis de la france et de l’Espagne et traîtres aux deux couronnes. Vous ferez connaître ce décret à la Hollande et à Naples. Tous les biens de ces individus m’appartiennent pour répondre des frais de la guerre. Ils doivent être confisqués et séquestrés partout. Dans le royaume d’Italie, cela ne fera aucune difficulté; mais cela pourrait en faire à naples. Parlez-en au duc de Monteleone; faîtes-lui entendre que rien ne doit empêcher mes intentions d’être remplies.

 

Madrid , 10 décembre 1808.

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Les fortifications de Kehl, Kastel , de Juliers et de Weset m’importent moins que celles d’Alexandrie ; la France est moins attaquable sur ces points que sur la frontière d’Italie. Portez vos soins à ce qu’Alexandrie ne manque point de fonds et que les travaux soient poussés avec activité.

 

Madrid , 10 décembre 1808.

A l’Impératrice, à Paris

Mon Amie, je reçois ta lettre; tu me dis qu’il fait mauvais à Paris; il fait ici le plus beau temps du monde.

Dis-moi, je te prie, ce que veulent dire les réformes que fait Hortense; l’on dit qu’elle renvoie ses domestiques ? Est-ce qu’on lui refuserait ce qui leui est nécessaire ? Dis-moi un mot là-dessus : les réformes ne sont pas convenables.

Adieu, mon amie; il fait ici le plus beau temps du monde. Tout va fort bien, et je te prie de te bien parler.

Napoléon

 

Chamartin, 11 décembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, à Chamartin

Mon Cousin, envoyez un de vos aides de camp à Talavera de la Reina, afin qu’il apporte sur-le-champ des nouvelles de ce qui se passe et de ce qu’on sait des Anglais, ainsi que les lettres de Talavera. Donnez ordre qu’aussitôt que le général Milhaud sera arrivé à Talavera, le général Lasalle pousse en avant et se place à l’embranchement des routes de Talavera à Badajoz et de Talavera à Alcantara. Donnez ordre au général Milhaud de désarmer la ville de Talavera et de faire une grande quantité de pain. Mandez également au général Victor que, dès qu’il sera maître de Tolède, il fasse désarmer cette ville. Envoyez des exemplaires des pièces imprimées à Madrid, savoir : au maréchal Victor, 500 pour Talavera et 500 pour Tolède; au maréchal Soult, 500; à Burgos, 100; à Vitoria, 100; à Perpignan, 100, pour quelles soient sur-le-champ répandues partout.

 

Chamartin, 11 décembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, à Chamartin

Mon Cousin, j’ai été aujourd’hui au Retiro. Les dépôts que j’ai ordonnés pour recevoir les hommes des quatre corps ne sont pas encore formés. Prenez des mesures et assurez-vous de leur exécution pour que j’aie là quatre compagnies de marche de 200 hommes chacune; ce qui fera 800 hommes. On prendra les appartements, hormis les pièces dorées. Vous ferez mettre 1,9@00 fournitures dans ce local, et les hommes isolés ou sortant des hôpitaux s’y rendront. On les armera et équipera, et même on pourra les y laisser comme dans un hôpital de convalescents. Qu’il y ait toujours là un commissaire des guerres qui ne s’absente pas. Rendez-vous-y vous-même tous les jours. Je vous rends responsable de l’entière exécution de ces dispositions. Sans dépôts il n’y a pas d’armée. Vous ordonnerez qu’un cinquième dépôt, composé de 400 hommes, commandé par un officier, ce qui fera 1,200 hommes, soit chargé de recevoir les hommes qui ont été faits prisonniers avec le corps de Dupont, mais seulement les Francais, et qui s’échapperaient ou ne voudraient point entrer dans la garde du Roi. Ils seront mis là en subsistance; la plupart sont malades et ont besoin d’être soignés. Il m’en sera rendu compte. On les habillera, on les armera et on les placera dans des corps. J’ai vu un grand nombre de ces malheureux, qui ne veulent point entrer dans la garde du Roi, qui sortent des hôpitaux de San-Fernando, et qui ne savent à quel saint se vouer. Veillez à ce que le dépôt de cavalerie établi dans la caserne à une lieue de Madrid soit organisé.

 

Madrid, 11 décembre 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, répondez à mon consul à Trieste qu’il faudrait être bien simple pour donner la moindre importance à la nouvelle que les Anglais voudraient tenter un coup de main sur Venise; que les Anglais répandent ces bruits justement pour qu’on les répète, et pour se donner un air de force et un crédit qu’ils n’ont pas.

 

Chamartin , 12 décembre 1808

Au général Clarke, minstre de la guerre, à Paris

Je reçois votre rapport du 30 novembre. Je ne puis croire que, malgré mes ordres, la marine ait fait construire une caserne en pierre, l’ayant plusieurs fois défendu. Si cela est, j’ordonne au ministre de la marine de suspendre M ……. de ses fonctions, et de le faire venir à Paris pour rendre compte de sa conduite devant une commission du Conseil d’État. Je désire que vous me fassiez un nouveau rapport, et que vous me proposiez des mesures pour que la marine ne commette plus de ces abus.

 

Chamartin , 12 décembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général, à Chamartin

Instruisez le maréchal Victor, qui doit être aujourd’hui à Tolède, que le général Lasalle est arrivé le 11 à Talavera de la Reina; qu’il a déjà pris huit Hanovriens; qu’il est question d’Anglais; qu’il est donc important que sur-le-champ il se mette en communication par sa cavalerie avec Talavera. Envoyez un officier intelligent au général Lasalle, afin d’avoir des nouvelles de ce qui se passe. Puisqu’il a pris des Hanovriens, cela sent la proximité des Anglais. Recommandez au général Lasalle de faire faire beaucoup de pain, et instruisez-le que le duc de Danzig fait demain une marche avec son infanterie sur Talavera.

Donnez ordre cette nuit au maréchal Ney de partir avec ses deux premières divisions pour se rendre en deux jours à Madrid. Il laissera la division Dessolle à Guadalajara, tant pour faire l’expédition de Siguenza que pour tranquilliser le pays. Cette division restera jusqu’à nouvel ordre.

 

Chamartin, 12 décembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général, à Chamartin

Mon Cousin, expédiez l’officier du génie qui est venu en parlementaire. Il se rendra à Salamanque et Zamora, et de là à l’armée qui est du côté de Léon. S’il le préfère, il passera chez le maréchal Soult. Il portera à Blake, la Romana et autres, les imprimée de Madrid, et les engagera à ne pas se compromettre et à ne pas nourrir davantage les malheurs de l’Espagne. Ayez soin de vous procurer tous les jours un millier d’exemplaires de la Gazette de Madrid, pour les répandre partout.

 

Chamartin, 12 décembre 1808

ORDRE DE L’ARMÉE.

L’Empereur est mécontent des désordres qui se commettent. Le pillage anéantit tout, même l’armée qui l’exerce. Les paysans désertent; cela a le double inconvénient d’en faire des ennemis irréconciliables qui se vengent sur le soldat isolé, et qui vont grossir les rangs ennemis à mesure que nous les détruisons; cela prive de tous renseignements, si nécessaires pour faire la guerre, et de tout moyen de subsistance. Les paysans qui venaient au marché en sont éloignés par les troupes, qui les arrêtent, qui pillent leurs denrées, et qui les battent.

L’Empereur ordonne à tous les maréchaux, généraux et officiers, de prendre les mesures les plus fermes, pour mettre enfin un terme à ces abus et à ces excès, qui compromettent la sûreté de l’armée. En conséquence, il est ordonné :

  1. Que tout individu qui arrêtera ou maltraitera un habitant ou paysan portant des denrées pour la ville de Madrid sera sur-le-champ conduit à une commission militaire et condamné à la peine de mort;
  2. Que tout individu qui se livrera au pillage et empêchera le rétablissement de l’ordre sera traduit devant une commission militaire et puni de mort.

L’Empereur ordonne à MM. les maréchaux, généraux et autres officiers, de donner une protection spéciale aux établissements des postes, soit des postes aux lettres, soit des postes aux chevaux ; il y sera mis des sauvegardes.

En conséquence, il est expressément défendu :

De loger aucun individu dans les maisons des postes aux lettres ou postes aux chevaux ;

D’enlever les fourrages ni aucunes subsistances des maisons des postes aux chevaux ; de prendre les chevaux, soit dans les écuries des postes, soit sur les routes ; de maltraiter les postillons et de leur occasionner du retard.

Tout soldat qui se rendra coupable du délit ci-dessus sera arrêté et traduit à une commission militaire pour être jugé, comme s’étant livré au pillage et ayant compromis la sûreté de l’armée.

 

Chamartin, 12 décembre 1808

Au maréchal Bessières, duc d’Istrie, commandant la cavalerie de l’armée d’Espagne

Mon Cousin, les généraux Lasalle et Milhaud sont arrivés à Talavera de la Reina le 11 au matin. Il paraît convenable que les lanciers polonais ne perdent pas de temps à s’y rendre. Expédiez un de vos officiers pour faire connaître au général Lasalle que j’attends les lettres de la poste et des nouvelles des Anglais. Il paraît qu’il a déjà pris huit Hanovriens, ce qui nous rapprocherait des Anglais. Si vous avez des chevaux ici, commencez par les faire filer sur Talavera, ainsi que vos bagages.

 

Camp impérial de Madrid, 12 décembre 1808

DÉCRET

Considérant qu’un des plus grands abus qui se soient introduits dans les finances d’Espagne provient de l’aliénation des différentes branches des impositions, et que cependant l’imposition, de sa nature, est inaliénable,

Nous avons décrété et décrétons ce qui suit :

A dater de la publication du présent décret, les individus qui seraient en possession, soit par donation du roi, soit par vente ou par toute autre cause, d’une quotité quelconque des impositions civiles ou ecclésiastiques, cesseront d’en jouir, et les contribuables seront tenus de justifier du payement de leurs impositions aux agents du roi et du trésor. Le présent décret sera publié et enregistré dans tous les conseils, cours et tribunaux, pour être exécuté comme loi de l’État.

 

Camp impérial de Madrid, 12 décembre 1808

DÉCRET

ARTICLE ler. – Toute justice seigneuriale est abolie en Espagne.

ART. 2. -Il n’existe d’autre juridiction que la juridiction royale.

ART. 3. – Le présent décret sera publié et enregistré dans tous les conseils, cours et tribunaux, pour être exécuté comme loi de l’État.

NAPOLÉON.

 

Madrid, 12 décembre 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le vice-amiral Decrès, je vous envoie un rapport du ministre de la guerre; je ne puis y ajouter foi. Si ce qu’il contient est vrai, suspendez le sieur Malouet de ses fonctions, et donnez-lui ordre de venir á Paris pour rendre dompte de sa conduite, car je regarde dela comme une désobéissance formelle à mes ordres. J’attendrai votre rapport pour statuer définitivement

 

Chamartin , 12 décembre 1808

M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Tartarola et Guittera qui sont à Florence sont deux agents des Anglais. Il faut les faire arrêter, saisir leurs papiers et les traiter sévèrement; ce sont deux misérables.

 

Chamartin , 12 décembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général, à Chamartin

Mon Cousin, doneez ordre que le baron de Mortagne, Pierre Ignace Correa, François Fernandez, don Goule Dupre, don Carlos de Gregorio, muletier de Catalogne, et les 39 invidus compris dans la liste ci-jointe n°1 soient arrêtés dans la journée de demain et soient conduits prisonniers en France. Vous excepterez seulement l’ancien gouverneur de Madrid. Donnez l’ordre que les deux ou trois cents individus portés dans la liste n°2 soient également arrêtés dans la journée de demain et constitués prisonniers. Ayez soin de prescrire des mesures pour que ces arrestations soient faites simultanément. Les personnes âgées de plus de 62 ans pourront obtenir la permission de rester chez eux sur parole.

 

Madrid, 13 décembre 1808

Au maréchal Kellermann, duc de Valmy, commandant en chef l’armée de réserve

Mon Cousin, vous commandez à Bordeaux. Je désire que vous vous y arrêtiez deux jours pour prendre connaissance des confections que j’ai ordonnées dans cette place. Je devrais avoir 40 ou 50,000 capotes, autant d’habits, vestes et culottes, et je n’ai rien. J’ai à Bayonne 15,000 conscrits qui ne peuvent pas entrer en Espagne, parce qu’ils sont tout nus, et mon armée a de grands besoins. Veuillez prendre des mesures pour faire marcher tout cela.

Faites-vous rendre compte des dépôts de bataillons d’équipages militaires qui restent à Bordeaux; levez tous les obstacles. Les 4e, 7e, 10e, 1er et 3e bataillons, ce qui forme six bataillons, devraient me donner près de 900 caissons, et cependant je n’en ai pas 300.

Arrivé à Bayonne, prenez des mesures pour que le dépôt de Pau et le dépôt d’infanterie de Bayonne me fournissent, le premier en cavalerie, et le second en infanterie, le plus de monde possible, mais tous bien équipés, habillés et armés.

 

Camp impérial de Madrid, 13 décembre 1808

DÉCRET

ARTICLE 1er. – L’escadron de chasseurs ioniens qui a été provisoirement organisé à Corfou, le 25 novembre 1807, sera réduit à une compagnie, qui prendra la dénomination de Compagnie des chasseurs ioniens.

ART. Cette compagnie aura la même composition que celle des régiments de chassseurs à cheval français, et sera, en conséquence, organisée ainsi qu’il suit : 1 capitaine, 1 lieutenant, 2 sous-lieutenants, 1 maréchal des logis chef, 4 maréchaux des logis, 1 brigadier-fourrier, 8 brigadiers, 108 chasseurs, dont un maréchal ferrant, 9 trompettes; total 128.

ART. 3. – Les officiers et sous-officiers seront choisis parmi ceux qui existent actuellement dans l’escadron de chasseurs ioniens, d’après la désignation qui en sera faite par le gouverneur des Sept Iles. Ceux de ces officiers qui ne seront pas compris dans la nouvelle organisation rentreront dans la position où ils se trouvaient avant la formation provisoire de l’escadron, à moins qu’ils n’acceptent les grades inférieurs qui pourraient être vacants dans la compagnie lors de son organisation.

ART. 4. – La compagnie de chasseurs ioniens se recrutera par la voie d’enrôlements volontaires parmi les naturels des Sept Iles.

ART. 5. – Il sera établi dans cette compagnie un conseil d’administration de trois membres, composé du capitaine commandant, du lieutenant ou d’un sous-lieutenant et d’un sous-officier. Le maréchal des logis chef remplira les fonctions de quartier-maître.

ART. 6. – La solde et les masses de cette compagnie seront les mêmes que celles affectées aux régiments de chasseurs à cheval.

ART. Cette compagnie conservera l’uniforme du 25e régiment de chasseurs, en substituant au numéro partout où il se trouve, ces mots : chasseurs ioniens.

Nos ministres de la guerre, de l’administration de la guerre, et du trésor public, sont chargés de l’exécution du présent décret.

NAPOLÉON.

 

Madrid, 13 décembre 1808

BULLETIN DE L’ARMÉE D’ESPAGNE.

La place de Rosas s’est rendue le 6 ; 2,000 hommes ont été faits prisonniers; on a trouvé dans la place une artillerie considérable. Six vaisseaux de ligne anglais, qui étaient mouillés devant la rade, n’ont pu recevoir la garnison à leur bord. Le général Gouvion Saint-Cyr se loue beaucoup du général de division Beille et du général de division Pino. Les troupes du royaume d’Italie se sont distinguées pendant le siège.

L’Empereur a passé aujourd’hui en revue, au delà du pont de Ségovie, toutes les troupes réunies du corps du maréchal duc de Danzig.

La division du général Sebastiani s’est mise en marche pour Talavera de la Reina.

La division polonaise du général Valence est fort belle.

La dissolution des troupes espagnoles continue de tous côtés ; les nouvelles levées qu’on était occupé à faire se dispersent de toutes parts et retournent dans leurs foyers.

Les détails que l’on recueille de la bouche des Espagnols sur la junte centrale tendent tous à la couvrir de ridicule. Cette assemblée était devenue l’objet du mépris de toute l’Espagne. Ses membres, au -nombre de trente-six, s’étaient attribué eux-mêmes des titres, des cordons de toute espèce, et 60,000 livres de traitement. Florida Blanca était un véritable mannequin. Il rougit à présent du déshonneur qu’il a répandu sur sa vieillesse. Ainsi que cela arrive toujours
dans de pareilles assemblées, deux ou trois hommes dominaient tous les autres, et ces deux ou trois misérables étaient aux gages de l’Angleterre. L’opinion de la ville de Madrid est très-prononcée à l’égard de cette junte, qui est vouée au ridicule et au mépris, ainsi qu’à la haine de tous les habitants de la capitale.

La bourgeoisie, le clergé et la noblesse, convoqués par le corrégidor, se sont rassemblés deux fois; ils ont arrêté la délibération ci-jointe.

L’esprit de la capitale est fort différent de ce qu’il était avant le départ des Francais. Pendant le temps qui s’est écoulé depuis cette époque, cette ville a éprouvé tous les maux qui résultent de l’absence du gouvernement. Sa propre expérience lui a inspiré le dégoût des révolutions; elle a resserré les liens qui l’attachaient au Roi; pendant les scènes de désordre qui ont agité l’Espagne, les voeux et les regards des hommes sages se tournaient vers leur souverain.

Jamais on n’a vu, dans ce pays, un aussi beau mois de décembre; on se croirait au commencement du printemps.

L’Empereur profite de ce beau temps pour rester à la campagne, à une lieue de Madrid.

 

Madrid, 14 décembre 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, vous trouverez ci-joint un rapport du ministre des finances du royaume de Naples sur une réduction de la dette publique. Vous ferez connaître à mon ministre que je n’entends point que la dette publique subisse aucune diminution; que tout ce qui était inscrit sur le grand-livre de Naples à l’époque de la signature de la constitution doit être maintenu intégralement; que je blâme le principe mis en avant par le ministre des finances, et que je m’oppose formellement à la diminution qu’il propose de 5 à 3 sur l’intérêt de la dette ; que je n’ai accordé au roi le royaume de Naples qu’à trois conditions : l’inviolabilité de la constitution , la garantie de la dette publique et l’entretien de mon armée; qu’il faut que ces trois conditions soient strictement remplies.

Vous prescrirez à mon ministre de faire connaître , par une autre note, mon mécontentement de ce que le séquestre mis sur les biens des individus qui trament en Sicile des complots contre mon armée a été levé; que, si au 20 janvier prochain ces décrets ne sont pas rapportés, je prendrai un décret pour m’emparer de tous ces biens, comme indemnité de ce que m’a coûté le royaume de Naples; que je vois dans la mesure que prend ce gouvernement une preuve de la versatilité et de l’inconséquence qui dirigent les affaires de Naples.

Mon ministre demandera, par une troisième note, qu’avant de faire des chemins et des établissements d’éducation mes troupes soient payées, et leur solde au courant.

Dans une quatrième note, il demanderai que la constitution soit mise en activité dans le royaume, ainsi que le code Napoléon, sans aucune restriction, notamment en ce qui est relatif au divorce.

Vous donnerez pour instruction à mon ministre de suivre avec la plus grande activité ces démarches, et de bien faire songer à la cour de Naples que je n’ai donné ce royaume qu’à ces conditions et que j’entends qu’elles soient exécutées.

 

Chamartin, 14 décembre 1808

Au comte Régnier, Grand-Juge, ministre de la justice, à Paris

Mon intention est que les généraux Dupont, Marescol, Chabert et Vedel soient traduits à la haute cour. Je vous prie, en conséquence, de saisir de cette affaire mon procureur général près la haute cour, de conférer avec l’archichancelier sur cet objet, et de me présenter les papiers que je devrai signer. Ces généraux étant arrivés, c’est le moment de s’occuper sans délai de cette affaire.

 

Chamartin, 14 décembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général, à Chamartin

L’on envoie pour conduire les prisonniers des détachements de différents corps mal organisés ; on prend dans les bataillons de marche. Mon intention est que les prisonniers soient escortés jusqu’à Buitrago et Somo-Sierra par les troupes du prince Primat, et de là à Aranda par le bataillon polonais qui est à Somo-Sierra; d’Aranda à Burgos par les troupes qui sont à Aranda, et ainsi de suite de poste en poste. Donnez l’ordre au duc de Danzig de partir demain pour porter son quartier général à Talavera de la Reina. Il pourra amener avec lui les chevau-légers de Westphalie. Il dirigera sur Talavera la division Sebastiani et tout ce qui est parti hier.

La division polonaise commandés par le général Valence partira demain à midi, pour aller coucher au village de Mostoles. Vous veillerez à ce qu’il lui soit fourni ses ambulances et dix pièces d’artillerie, savoir : trois de celles qui sont au parc, trois de celles qui étaient à Ségovie, deux de Hesse-Darmstadt et deux que le général la Riboisière lui procurera, avec au moins six caissons de cartouches d’infanterie. Huit de ces pièces seront servies par la compagnie d’artillerie polonaise. Il y aura un chef de bataillon d’artillerie francais pour commander l’artillerie de cette division. Vous aurez soin que cette division ait du pain pour trois jours et qu’il lui soit donné ses souliers. Elle complétera le corps du duc de Danzig à Talavera à 10,000 hommes d’infanterie, 700 hommes de cavalerie, vingt-deux pièces de canon, une compagnie de sapeurs avec 500 outils, et indépendamment des divisions Lasalle, Milhaud et Lahoussaye qui se trouvent en avant de cette position.

Donnez l’ordre à la compagnie de sapeurs qui est à Somo-Sierra avec le bataillon polonais de se rendre à Madrid. La division Leval contribuera au service de la place de Madrid pour la moitié , et la division Lapisse pour l’autre moitié. Le corps du maréchal Ney ne fera aucun service. Ce corps sera caserné où étaient la division Sebastiani et les Polonais.

Écrivez au général Dessolle qu’il est nécessaire qu’il laisse des postes à Siguenza, de manière qu’il puisse communiquer avec ceux du maréchal Mortier, qui, arrivant le 17 à Saragosse, aura une division à Calatayud ; de manière que l’on pourra communiquer de Madrid à Saragosse par Alcala, Guadalajara, Sîguenza, Calatayud.

Comme le corps de Castanos s’est retiré du côté de Valence, il faut que l’on s’occupe à surveiller de ce côté les mouvements de l’ennemi.

 

Chamartin, 14 décembre 1803

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général, à Charmatin

Mon Cousin, présentez-moi les décrets pour accorder les récompenses demandées pour l’affaire de Bubierca. Écrivez à l’Escurial pour connaître à quoi se monte le trésor de l’Escurial en argenterie, en or et en pierreries. Demandez qu’il soit formé là un magasin ; qu’il soit envoyé tous les jours trois mille rations de pain au Pardo pour la maison du Roi, et deux cents quintaux de farine également tous les jours à Madrid. Recommandez au général Lahoussaye de tenir sa cavalerie reposée, mais d’envoyer des postes sur Villala, pour savoir s’il y a des troupes à Salamanque et à Zamora.

 

Chamartin, 14 décembre 1808

DÉCISION

Sire, les ordres de Votre Majesté relatifs au tribunal de l’Inquisition ont été mis à exécution.

Le tribunal est composé des membres suivants : don Ramon José de Arec , archevêque de Saragosse , inquisiteur général, Juan Tartinez Nubla, Francisco de la Cuerda, Gabriel de Hevia y Norriega, Fernando Garcia de la Prada, Antonio Gonzalez Yebra, Pedro de Orbe et Larretagui, Raymondo Ettenhard y Salinas, José Amarillas y Huertos Arias, Antonio Mon y Villarda, Ignacio Jimenez Iblusquiera, le comte de la Cimera, secrétaire du tribunal , Nicolas de los Heros, secrétaire secret, Mariano Gomez Ibar Navarro, fiscal, José Ramon de Arec, alguazil du tribunal de Corte. Il contient trois membres qui sont : don Antonio Maria de Galaza, Candido Toribio de Allarilla , Cayetano Rubin; ces membres sont arrêtés, les scellés posés sur leurs papiers.

Huit de ces membres seulement ont été arrêtés : don Gabriel de Hevia y Norriega, Juan Martinez Nubla, Antonio Gonzalez Yebra, Fernando Garcia de la Prada, Nicolas de los Heros , Candido Toribia de Allarilla, Raymundo Ettenhard y Salinas, Mariano Gomez Ibar Navarro ; ces membres sont arrêtés , gardés à vue, et les scellés posés sur tous leurs papiers. Ceux de don Fernando Garcia paraissent très-importants.

Les autres membres n’étant pas chez eux, les scellés ont été apposés, et deux soldats sont restés dans chacune des maisons.

Les membres suivants ne sont plus ici depuis fort longtemps, deux ne sont pas connus et n’ont pas d’habitation : don Ramon José Arec, inquisiteur général , archevêque de Saragosse (point de maison), lgnacio Jimenez (parti il y a six mois), José Ramon de Arec, alguazil, Pedro de Orbe et Lerretagui; ces deux derniers n’ont point de demeure.

L’on a apposé les scellés sur les deux chambres du tribunal; une garde de cinq hommes y est restée.

D’après les rapports des personnes arrêtées, les papiers se trouvent au tribunal.

Un seul membre, don Garcia de la Prada, a déclaré qu’il existait des papiers au bureau de la secrétairerie de Castille et d’Aragon.

Les scellés ont été apposés sur tous les papiers, dans toutes les maisons occupées par les membres ci-dessus désignnés; on y a laissé des gardes.

Les scellés ont été apposés sur tous les papiers de l’inquisition de Corte, rue de l’Inquisition , maison où siège le tribunal, no 8. Il paraît que beaucoup de papiers y ont été transportés , ainsi que tous les livres prohibés et défendus.

Trois membres du conseil et deux trésoriers du conseil de l’Inquisition , qui n’avaient pu être arrêtés hier, l’ont été aujourd’hui. Tous les papiers et registres des trésoriers ont été scellés , inventoriés et transportés chez le général commandant la place, en présence desdits trésoriers et des deux officiers d’état-major.

Le montant des sommes saisies est de deux millions quatre cent cinquante-trois mille neuf cent soixante-douze réaux vinqt-cinq vellions, donnant en argent de France une valeur de six cent treize mille quatre cent quatre-vingt-treize francs.

On est à la recherche d’autres sommes qui paraissent encore appartenir au tribunal de l’Inquisition ; on examine les différents registres de la trésorerie, qui donneront sûrement des renseignements sur tout ce qui peut appartenir au conseil.

J’ai l’honneur de demander à Sa Majesté ses ordres, 1° pour les membres du conseil qui sont en état d’arrestation, 2° pour les papiers et registres qui ont été saisis et mis sous le séquestre; 3° pour les fonds qui se trouvent déposés chez le commandant de la place, tant en argent qu’en effets.

L’aide-major général, gouverneur de Madrid

Auguste Belliard

Renvoyé au major général pour donner l’ordre que les fonds qui sont déposés chez le commandant de la place soient déposés sans délai chez le payeur, et qu’il soit fait recherche de tous les autres fonds qui appartiennent à l’Inquisition ; que les inquisiteurs resteront en prison jusqu’à ce que le scellé soit levé sur leurs papiers et qu’ils aient donné l’état de tous les biens et effets appartenant à l’Inquisition.

 

Madrid, 14 décembre 1808

Au général comte Dejean, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur Dejean, je suis fort surpris que tandis que je suis ici dans la plus grande pénurie de souliers, vous vouliez donner en france ceux destinés à l’armée d’Espagne. Il y a à cela de la folie. Il n’arrive ici pas une capote, pas une paire de souliers, enfin rien. Tout ce qui est chargé sur les bataillons du train qui arrivent de Prusse doit être dirigé sur madrid sans qu’on en retire une paire de souliers.

 

Chamartin, 15 décembre 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, je vous envoie la lettre du conseiller d’Etat Beugnot. Il ne faut pas prendre 3,000 mètres pour limites du territoire de Wesel, mais tout ce qui est nécessaire pour les fortifications, trois lieues, quatre lieues , cinq lieues , si cela est nécessaire. Ayez là-dessus une conférence avec M. Dejeau, qui s’en fera rendre compte.

 

Madrid, 15 décembre 1808.

A M. Gaudin, ministre des finances, à Paris

Monsieur Gaudin , j’ai fait connaître mon intention qu’au 1er janvier prochain la Toscane fût régie par la constitution. Mais pour cela il est nécessaire, 1° qu’elle ait des sénateurs, des colléges électoraux et des députés au Corps législatif; 2° que le système des impositions soit le même que pour le reste de la France ; 3° que le code Napoléon et le code criminel soient en activité, et que les tribunaux soient établis et en exercice. Où en est tout cela ?

 

Madrid, 15 décembre 1808

A M. Gaudin, ministre des finances, à Paris

Vous trouverez ci-joint un rapport du général Menou. Prenez les renseignements nécessaires pour me faire un rapport sur cet objet. Je pense qu’il faut supprimer l’Ordre de Saint-Etienne. 1° A quoi se montent les pensions et autres bénéfices que les particuliers et autres individus ont sur cet Ordre ? En avoir l’état. 2° Convient-il de continuer les mêmes pensions ou de les réduire ? 3° Les commanderies qui appartiennent aux familles, à qui faut-il en donner la jouissance ? aux commandeurs ou aux frères actuellement existants de la famille ? 4° Serait-ce trop prendre que de demander que le quart de la valeur fût remboursable au trésor, en le considérant comme domaines engagés ? Cela ferait une somme de 5 ou 6 millions qui pourraient être employés à des travaux publics dans la Toscane même, ou à éteindre la partie de la dette que ces provinces auraient sur les Luoghi. Enfin, à combien se monte le restant net des biens ? Ne pourrait-on point donner tous ces biens à la Légion d’honneur ?

 

Madrid, 15 décembre 1808.

A M. Mollien, minsitre du trésor public, à Paris

Monsieur Mollien, j’ai reçu votre rapport du 29 novembre. Je suis bien loin de consentir à la suppression de mon payeur à Naples. Recommandez-lui au contraire d’être ferme et sévère, et de vous rendre compte si mes troupes sont exactement payées. Vous ferez connaître au ministre de la guerre que je n’approuve pas cette mesure, et vous lui ferez voir ma lettre pour qu’il écrive dans ce sens au général qui commande mon armée à Naples.

Je n’approuve pas que le sieur Roguin revienne à Paris. Il restera à l’armée du Rhin jusqu’au 1er janvier 1809. A cette époque, vous le remplacerez par un autre payeur, mais il restera encore en Allemagne jusqu’au mois de mars pour être chargé du payement de l’arriéré de 1808, voulant, au ler janvier 1809, commencer là un nouvel exercice. Le sieur Poullain que vous proposez pour les villes hanséatiques ne commencera ses fonctions qu’au ler janvier 1809 ; le reste de l’année sera continué par le sieur Roguin.

 

Chamartin, 15 décembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général, à Charmartin

Mon Cousin, envoyez l’ingénieur Guilleminot pour faire un croquis de la route d’ici à Tolède, et, s’il y a plusieurs routes, pourlÎes tracer toutes, en indiquant la nature des chemins, les villages, la population, etc. Chargez d’autres ingénieurs de lever les environs de Madrid jusqu’à Buitrago, Ségovie, l’Escurial, Tolède, Aranjuez, sur une grande carte, avec les routes et les reconnaissances des différentes routes, en mettant le détail à cinq lieues aux environs de Madrid.

 

Chamartin, 15 décembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général, à Charmartin

Donnez ordre que le séquestre soit mis sur les biens du comte de Noblejas et qu’on le fasse prévenir que, si d’ici à un mois il n’est pas revenu, tout sera confisqué. Quant à la duchesse douairière d’Osune, non seulement on doit mettre le séquestre sur tous ses biens, mais encore faire prendre tous ses bijoux, argenterie, etc., et les faire porter au Trésor. Donnez connaissance de cette décision au gouverneur de Madrid et au général Savary.

 

Chamartin, 15 décembre 1808

A M. Mollien, ministre du trésor public

J’ai reçu votre lettre du 2. Je vois avec plaisir que le cours de 5 pour cent n’a pas été en-dessous de 80. Je ne regrette pas les 30 millions que vous y avez employés. Dût-il en coûter autant, je désire que vous teniez la main à ce que le cour soit maintenu. 6 fr. 25 pour 100, dans l’état de nos affaires, c’est de l’argent bien placé. La Banque peut prendre une bonne partie de ces rentes, ainsi que la caisse de service, et la caisse d’amortissement peut en prendre encore. Ce n’est qu’ainsi que mes 5 pour cent prendront de la valeur. Chacun sera sûr de ce qu’il a dans sa pochem, lorsqu’il ne craindra pas que les 5 pour cent baissent au-dessous de 80. Je ne vois pas d’inconvénient à ce que vous donniez 5 pour cent, si vous pensez que cela puisse les attirer; il ne peut y en avoir à donner un intérêt de 5 pour cent lorsque de la même main vous trouvez 6 fr. 25.

Je n’admets aucune excuse; que les 5 pour 100 ne tombent pas au-dessous de 80 francs.

 

Madrid, 15 décembre 1808

ORDRE

TITRE ler.

GARDE NATIONALE DE MADRID

ARTICLE ler. – Il sera formé à Madrid quatre bataillons de garde nationale. A cet effet , la ville sera divisée en quatre quartiers, dans chacun desquels un bataillon sera organisé.

ART. 2. – Chaque bataillon sera composé de quatre compagnies.

ART. 3. -Chaque bataillon sera commandé par un chef de batailon et un adjudant-major. Chaque compagnie sera composée de : 1 capitaine, 1 lieutenant, 1 sous-lieutenant, 1 sergent-major, 4 sergents, 1 caporal-fourrier, 8 caporaux, 2 tambours et 81 soldats ; total, 100. Ce qui fera 400 hommes par bataillon, et un total de 1,600 gardes nationaux pour Madrid.

ART. 4. – La municipalié désignera les volontaires gardes nationaux qui seront admis à entrer dans les compagnies , lesquelles ne seront composées que de propriétaires ayant maison, magasin ou boutique dans Madrid. Les individus désignés pour former chaque compagnie se réuniront dans une église et nommeront six candidats pour les trois places de capitaine, lieutenant et sous-lieutenant. Sur cette liste de six candidats , le gouverneur nommera les trois officiers de la compagnie. Les douze officiers du bataillon, ainsi nommés, se réuniront et présenteront deux candidats pour la place de chef de bataillon, et deux autres pour celle d’adjudant-major. Sur cette présentation , le gouverneur nommera également aux deux places.

ART. 5. – Immédiatement après la formation de ces bataillons, il leur sera donné un drapeau et des armes tirées de l’arsenal.

ART. 6. – Les volontaires s’habilleront à leurs frais. Les officiers porteront l’épaulette de leur grade.

ART. 7. – Chaque bataillon aura un aumônier.

ART. 8. – Ces bataillons fourniront des gardes à la municipalité , aux différents ministères, aux différents marchés et aux églises.

TITRE II.

VOLONTAIRES A CHEVAL A MADRID.

ART. 9.- Il sera formé à Madrid une compagnie de 100 hommes à cheval, composée ainsi qu’il suit : 1 chef d’escadron, 1 capitaine, 1 lieutenant, 1 sous-lieutenant, 1 maréchal des logis chef, 4 maréchaux des logis, 8 brigadiers et 100 cavaliers; total, 117 hommes à cheval.

ART. 10. – Ces volontaires à cheval, choisis par la municipalité et organisés ainsi qu’il a été dit ci-dessus pour l’infanterie, s’habilleront et se monteront à leurs frais.

ART. 11. – Cette troupe à cheval sera spécialement chargée de la police des routes, conjointement avec la cavalerie française, et de la protection des arrivages des subsistances.

TITRE III.

GARDES NATIONALES DAINS LES PROVINCES.

ART. 12. Il sera également formé pour Tolède un bataillon de garde nationale composé par un chef de bataillon et un adjudant-major, et composé de quatre compagnies organisées ainsi qu’il suit : 1 capitaine, 1 lieutenant, 1 sous-lieutenant, 1 sergent-major, 2 sergents, 4 caporaux, 2 tambours et 50 volontaires ; total, 62 hommes; pour le bataillon, 248 hommes.

ART. 13. – Il sera organisé un bataillon de même force à Ségovie, à Talavera de la Reina, à Alcala, à Guadalajara et à Valladolid.

ART. 14. – Une compagnie ainsi qu’il suit : 1 capitaine, 1 lieutenant, 1 sous-lieutenant, 1 sergent-major, 4 sergents, 1 caporal-fourrier, 8 caporaux, 2 tambours et 101 volontaires, total 120 hommes, sera formée dans les villes d’Aranjuez , d’Avila , Palencia, Castrojeriz, Reinosa, Santander, Aguilar de Campo, Aranda, Burgos, Vitoria, Bilbao, Logrono, Santo-Domingo de la Calzada, Soria , Sigueuza, Calatayud, Almanza, Orduùa, Calahorra, Tudela, Ciudad-Real, Manzanares, Ocana, Olita, Tafalla, Estella et Caparroso.

ART. 1 5. – Les commandants des provinces et les maréchaux commandant les corps d’armée , les corrégidors, intendants de provinces ou alcades de villes, qui croiront nécessaire de demander de semblables organisations pour la sûreté des villes de leur ressort, devront adresser leur demande à l’état-major général.

ART. 16. – Ces gardes nationales seront employées à la police des villes et à donner main-forte aux corrégidors et aux alcades ; elles fourniront les postes de garde qui seraient nécessaires aux églises et veilleront à la sûreté des routes.

 

Madrid, 15 décembre 1808

A Joachim Napoleon, roi des Deux-Siciles

Mon Frère, je recois votre lettre et les mémoires de vos ministres. J’ai garanti la dette publique, c’est-à-dire celle inscrite au moment de la constitution. J’entends que celle-là n’éprouve aucune diminution, et j’exige que vous rapportiez votre décret comme contraire aux stipulations dont je suis garant.

Vous ne me secondez pas dans la guerre contre l’Angleterre. Cette puissance fait chez vous un commerce public. Le résultat en sera que vous n’aurez pas la Sicile.

Je dois aussi vous observer que je suis extrêmement blessé des déclamations perpétuelles dont vos édits sont remplis contre le roi votre prédécesseur, qui a eu toutes les épines, tandis que vous recueillez les fruits, et auquel vous devez une reconnaissance éternelle. Je suis fàché de voir que vous sachiez si peu ce que vous me devez , et que vous manquiez ainsi aux convenances. Je désire que cette popularité que vous cherchez n’ait pas de résultats désagréables pour vous; la présence d’Agar et d’autres gens de cette espèce m’en fait douter. Quant aux individus qui sont à la cour de Sicile et qui me font la guerre, si vous ne confisquez pas leurs biens, je les prendrai à mon profit pour m’indemniser de ce que me coûte le royaume de Naples ; il me coûte déjà bien des millions. Il eût mieux valu affecter le produit de la vente de ces biens au payement de la dette publique que de réduire les rentes. Ce n’est pas avec des niaiseries et des phrases ridicules qu’on change la face des empires.

Je n’irai point scruter l’intérieur de vos finances; il me suffit que l’arriéré de mes troupes soit payé et qu’elles soient bien entretenues; que la constitution soit en activité, que les dispositions du code Napoléon soient exécutées sans aucune modifleation, et que la partie de la dette publique que j’ai garantie reste intégrale, je n’entrerai point dans le détail du reste. Si vous m’en croyez, vous fermerez l’oreille et fuirez comme la peste les conseillers qui tous portent à mettre de l’argent de côté.

 

Madrid, 15 décembre 1808

A Frédéric-Auguste, roi de Saxe, Grand-Duc de Varsovie, à Dresde

J’ai reçu la lettre de Votre Majesté, du. – – riovenibre. Je la remercie des détails qu’elle a voulu m’envoyer. J’ai appris avec intérêt tout ce qu’elle fait à Varsovie et l’amour qu’elle inspire à ses nouveaux sujets. Je la prie d’être persuadée de la constance de mes sentiments, et de ne jamais douter de mon estime et de ma sincère amitié.

 

Madrid, 16 décembre 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, vous préviendrez mon ministre à Naples qu’il ait à veiller à ce qu’aucun Français ne passe au service de Naples sans mon ordre, et que, toutes les fois que cela arriverait, il ait à s’y opposer par une note.

 

Madrid, 16 décembre 1808

A M. Cretet, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur Cretet, vous ne m’avez pas rendu compte si l’eau du canal de l’Ourcq est arrivée à Paris et si elle jaillit dans la fontaine des Innocents. Vous ne m’avez pas fait connaître si ce que j’ai désiré pour conduire l’eau de l’Ourcq sur les Tuileries peut s’entreprendre cette année. Autant que j’ai pu comprendre par les journaux, vous avez dû poser la première pierre de la première tuerie. Je suppose que les travaux de la Madeleine sont en train, et que vous vous préparez à pousser avec activité les travaux de la campagne prochaine. Il ne faut pas attendre au dernier moment pour lever les différents obstacles qui s’opposeraient à la marche des travaux. J’attache toujours la plus grande importance à la promenade couverte et d’hiver pour Paris. Faites-moi un rapport sur ce monument, et sur l’emplacement et le genre de bâtiment qui conviendraient à cet effet.

 

Chamartin, 16 décembre 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Vous trouverez ci-joint le budget de l’année (dépenses secrètes pour l’exercice 1809, décret du 15 décembre). Je n’ai accordé que 60,000 francs pour le gouverneur de Paris; plus, c’est de l’argent jeté par les fenêtres. Il est convenable que ce traitement soit donné à celui qui est à Paris; vous ferez donc payer cette somme au général Hulin, puisqu’il est à Paris; ce supplément lui est nécessaire pour ses frais de police, et aussi pour ses frais de représentation. Vous ferez payer de même au général Buquet le traitement extraordinaire que j’accorde à l’inspecteur général de la gendarmerie. Ayant assuré l’existence de mes principaux officiers, il faut revenir au principe de n’accorder pour dépenses secrètes que ce qui est seulement nécessaire pour cet objet. Je suppose que, moyennant cela, je pourrai disposer à peu près d’un million pour les travaux publics.

 

Chamartin, 16 décembre 1808

DÉCISION

Le général la Riboisière annonce que, d’après les ordres du maréchal Lefebvre, il a adjoint à la division polonaise des canonniers badois et hessois, et que les canonniers polonais restés à Madrid , seront attachés à la division Leval.Je n’approuve pas ces dispositions. Les Polonais doivent être avec les Polonais , etc. , les Allemands avec les Allemands.

 

Madrid, 16 décembre 1808.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, vous trouverez ci-joint une lettre que vous adresserez à tous les évêques de mon royaume d’Italie. Vous annoncerez par une salve de trente coups de canon la prise de Rosas , comme étant due particulièrement au courage et à la bonne conduite de mes troupes italiennes.

AUX ÉVÊQUES D’ITALIE

Monsieur l’Évèque de. . les succès obtenu par nos armes au combat de Burgos, aux batailles d’Espinosa et de Tudela, au combat de Somo-Sierra, l’occupation de la ville de Madrid, et la Grâce spéciale que Dieu nous a faite de pouvoir sauver cette capitale de la fureur des factieux, la prise de Rosas, qui est due spécialement au courage et à la bonne conduite de nos troupes italiennes , nous portent à vous écrire cette lettre, pour que, immédiatement après que vous l’aurez reçue, nous reposant sur votre piété, qui nous est bien connue, vous appeliez nos peuples d’Italie dans les saintes églises pour y chanter le Te Deum et y faire les autres prières appropriées aux circonstances, et pour demander à Dieu, de qui tout émane , qu’il continue à bénir nos armes et écarte du continent la maligne influence des Anglais, aussi ennemis de toute religion que du repos et de la tranquillité de tous les peuples.

 

Madrid, 16 décembre 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Envoyez l’ordre ci-joint à tous mes ministres près les princes de la Confédération du Rhin, en leur faisant connaître que le sieur de Stein continuer à manigancer avec les Anglais de chimériques complots contre la Confédération du Rhin. Vous demanderez que les princes de Nassau fassent mettre le séquestre sur ses biens. Vous ferez connaître à la cour de Prusse que mon ministre n’ira pas à Berlin, si Steiin n’est pas éloigné de cette capitale et de toute la Prusse. Vous irez plus loin : vous demanderez, par une lettre au ministre de Prusse, que cet individu soit livré comme traître et employé par les Anglais pour brouiller les deux cours. Parlez-en fortement au ministre de la Prusse à Paris; écrivez à mon consul à Königsberg pour qu’il en parle au roi, et laissez entendre que, si mes troupes prennent Stein, il sera passé par les armes.

 

Chamartin, 17 décembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général, à Chamartin

Mon Cousin, écrivez au maréchal duc de Danzig que mon avant-garde est arrivée à Talavera de la Reina. Ordonnez au général de division Milhaud de se porter à Oropesa, et au général Lasalle de se porter à Almaraz et de tâcher de s’emparer du pont sur le Tage. Faites connaître au général Lasalle , au général Milhaud et au duc de Danzig que le général Lahoussaye est à Avila, et dites-leur que le conte fait que la Romana devait arriver sur Almaraz par Puerto del Pico est une absurdité. Que le général Lasalle envoie sur Plasencia pour délivrer des prisonniers que nous y avons et enlever les dépôts d’armes qui s’y trouvent. A Plasencia, il y aura des nouvelles plus positives des Anglais.

 

Chamartin, 17 décembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général, à Chamartin

Mon cousin, donnez ordre que l’estafette porteur de mes dépêches soit escortée désormais par un officier et au moins 25 hommes d’infanterie ou de cavalerie. Ainsi d’Irun à Hernani elle sera escortée par un détachement de 25 à 30 hommes; d’Hernani à Tolosa, par un détachement pareil, et ainsi de suite jusqu’à Burgos. Vous recommanderez aux commandants de place de retarder l’estafette le moins possible. Le postillon ou un homme de l’escorte précédera toujours le courrier, afin que le détachement soit prêt à l’arrivée de celui-ci. Vous donnerez les mêmes ordres pour l’escorte de Burgos à Madrid , et pour le retour sur Iruu. Vous ajouterez que je me repose sur le zèle des commandants de place, qui doivent sentir l’importance de ne pas exposer les dépêches de l’Empereur à être prises.

 

Chamartin, 17 décembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général, à Chamartin

Mon Cousin, envoyez l’ordre au général Dessolle de laisser un régiment et trois pièces de canon à Sigueriza. Faites-lui connaître qu’une division du corps du maréchal Mortier sera du 19 au 20 à Calatayud; que mon intention est que cette division mette une avant-garde à Medina Celi, de sorte que par ce moyen les officiers qui passeront de Madrid à Saragosse et de Saragosse à Madrid pourront faire cette route rapidement. De Madrid à Siguenza, il y aura des chevaux à tous les relais par les soins du général Dessolle, et de Medina Celi à Saragosse par les soins du général qui commande à Calatayud, et enfin, entre Sigueuza et Medina Ceti, il sera fourni des escortes, si cela est nécessaire. On arrangera les choses de manière qu’en trois jours je puisse envoyer des ordres à Saragosse. Envoyez ces dispositions à Calatayud par le général Dessolle, qui les fera passer, et envoyez le duplicata par la route ordinaire.

Écrivez au maréchal Mortier que le général Saint-Cyr, ayant pris Rosas le 6, est parti le 8 pour Barcelone, où il a dû arriver le 12 ou le 13 et se réunir au général Duhesme ; que cette réunion du général Saint-Cyr avec Duhesme lui fera plus de 30,000 hommes ; que sans doute ce général, après avoir dispersé tout ce qu’il aura devant lui, viendra à Lerida , pour se mettre en communication avec le corps qui assiège Saragosse, et que la division qui couvre le siége du côté de Barcelone aidera à cette communication.

Vous ferez également connaître au générai Dessolle que j’attache la plus grande importance à la communication de Madrid avec Saragosse, mais qu’il ne fasse pas de petits paquets; que le général Saint-Cyr, après la prise de Rosas, s’est mis en marche sur Barcelone, où il sera le 12 et ou le 13 réuni au général Duhesme, il aura sous ses ordres un corps de 35 à 40,000 hommes.

 

Chamartin, 17 décembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général, à Chamartin

Il y a des chevaux morts dans les rues et aux portes de Madrid. Donnez ordre que demain, tous les chevaux et cadavres qui se trouveraient dans la ville et à une lieue aux environs soient enterrés. Il sera commandé à cet effet un détachement d’habitants.

 

Chamartin, 17 décembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général, à Chamartin

Mon Cousin, écrivez au duc de Dalmatie qu’il commande depuis le Douero jusqu’à la mer; que la brigade Franceschi est sous ses ordres et doit avoir reçu l’autorisation de se porter sur Léon; qu’il ne doit avoir aucune difficulté d’attaquer avec les divisions Merle et Mermet; qu’aussitôt que la division de dragons Millet sera arrivée, je la lui enverrai ; mais qu’elle est encore beaucoup en arrière et tardera probablement plus de quinze jours à être à Burgos.

 

18 décembre 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, j’ai recu votre lettre du 9. Je suis fâché vous ne m’ayez pas envoyé les originaux des journaux anglais, puisqu’ils contiennent des renseignements sur leur position.

 

Chamartin, 18 décembre 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, je vous ai déjà mandé de ne plus m’envoyer le portefeuille et de m’écrire en chiffre ce qui’il y aurait d’important dans votre correspondance, en vous servant d’abord du chiffre du sieur Laforest. Le courrier porteur des lettres de Paris du 8 vient d’être pris; cela ne m’intéresse que pour votre portefeuille. Ainsi, désormais, je n’aurai plus de sollicitude à avoir, puisque les dépêches les plus importantes seront en chiffre. Cependant, lorsque vous aurez à me mander quelque chose d’une très haute importance, vous me rexpédierez par un commis de vos bureaux ou par un officier, et vous m’en préviendrez le maréchal Kellermann, pour qu’il fasse fournir à cet officier, sur toute sa route, une escorte de 30 ou 40 hommes d’infanterie.

 

Chamartin, 18 décembre 1808.

A M. Cretet, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur Cretet, vos lettres du 7 et du 8 me font connaître que vous avez nommé M. Le Roy pour présider à la vente des laines à Bayonne. Je ne sais pas si cet ancien consul général a les connaissances nécessaires pour cette opération importante; Coquebert-Montbret eût été préférable. Mais puisque M. Le Roy est nommé, faites-lui connaître que mon intention est qu’on ne mette en vente au ler janvier que mille et au plus deux mille quintaux. Mon intention est aussi que mon commissaire mette une mise à prix aux laines avant l’ouverture des enchères, sans quoi les gens de commerce s’entendront pour avoir les laines pour rien. La mise à prix doit être de la valeur des laines en ce moment et avant que mon décret fût connu. Comme mon commissaire n’aura pas le temps de recevoir vos instructions à cet égard, je lui fais donner l’ordre de suspendre la vente jusqu’au 15 janvier, c’est-à-dire jusqu’à l’époque où vos instructions sur la mise à prix et sur les ventes lui seront parvenues. A la réception de ma lettre, réunissez les gens experts en cette matière, et , après les avoir consultés, réglez la mise à prix et expédiez vos instructions pour mon commissaire. N’oubliez-pas que toutes les laines qui sortaient d’Espagne payaient 5 pour 100 au roi; que celles-ci n’ont pas payé ce droit, et que, sur la mise à prix, il faut compter les 5 pour 100. La première mise à prix réglée, mon intention est qu’on vende mille quintaux par mois. Je ne serais pas éloigné d’approuver qu’on acceptât en payement des traites, comme pour les douanes, de manière qu’on payât un douzième tous les mois, et que la totalité fût payée en un an. On prendrait les mêmes précautions que prennent les douanes, qui éprouvent, je crois, peu de pertes par cette méthode. Concertez encore ces mesures avec des gens experts dans cette partie.

 

Chamartin, 18 décembre 1808

A M. Gaudin, ministre des finances, à Paris

Je proroge le conseil de liquidation jusqu’au ler janvier 1810. Ce conseil n’a pas rempli mes intentions et n’a pas mis l’énergie nécessaire pour faire rentrer les deniers; qu’il en mette donc davantage, et qu’il emploie mieux l’année que je lui donne encore.

 

Chamartin, 18 décembre 1808.

A M. Fouché, ministre de police générale, à Paris

Je ne conçois pas trop pourquoi vous avez interdit le territoire français à la femme du commissaire de Bade, qui avait des réclamations à faire. Cela est contraire au droit des gens et à la franchise du territoire. Cette conduite me paraît extraordinaire.

 

Chamartin, 18 décembre 1808

NOTE POUR LE GÈNÉRAL MENOU, GOUVERNEUR GÉNÉRAL DE LA TOSCANE.

Il y a à statuer en Toscane sur quatre objets importants -. 1° la dette publique; 2° l’ordre de Saint-Etienne; 3° les moines ; 4° la liste civile.

1° La dette publique. Sa Majesté désirerait qu’on se mît dans le cas de n’avoir point à inscrire la dette publique de Toscane sur le grand-livre de la dette publique de France, et qu’à cet effet on remboursât en mandats territoriaux payables en domaines nationaux. Sa Majesté demande qu’on lui fasse connaître à combien s’élève la dette, quelle est la valeur des domaines nationaux, la marche à suivre pour opérer le remboursement de la dette en mandats territoriaux. Un projet de décret contenant l’organisation de toute cette opération doit être proposé par la junte, qui y joindra les états du domaine et de la dette.

L’Ordre de Saint-Étienne. Cet ordre doit être supprimé; mais il convient de combiner sa suppression de manière à faire le moins de tort possible aux membres existants. Combien y a-t-il de membres de l’Ordre de Saint-Étienne ayant des commanderies ou des pensions ? A combien s’élèvent ces commanderies ou pensions ? Ces commanderies ou pensions imposent-elles des obligations à ceux qui en sont pourvus ? Sont-elles susceptibles de réduction ? A combien se montent les commanderies patronales appartenant aux familles ? Qui y nomme ? Qui en jouit ? Les possesseurs actuels sont-ils célibataires ou gens mariés ? Convient-il de laisser la propriété des commanderies aux familles ? Dans ce cas, sur la tête de qui passeront-elles ? Quel sera l’ordre de succession ? Si ces commanderies sont possédées par des hommes non mariés, il n’est pas convenable de leur en laisser la propriété ; si les possesseurs sont pères de famille, il y aurait moins d’inconvénient. Mais il se pourrait qu’ils fussent des enfants de famille dont le père vit encore. Ne conviendrait-il pas qu’à la mort du père la commanderie fût considérée comme entrant dans la succession et précomptée à celui qui s’en trouverait possesseur ? Les commanderies ont des rentes sur les fonds publics ; ne serait-il pas possible de retenir le quart soit de ces rentes, soit même des propriétés, au profit de l’état ? On traiterait ainsi les possesseurs de commanderies comme on a traité en France les possessopns de domaines engagés. Les familles trouveraient-elles de l’avantage à faire ce sacrifice, au moyen duquel elles obtiendraient les trois quarts des biens des commanderies en toute propriété ? Sa Majesté, désire que la junte s’explique sur tous ces points, qu’elle propose un projet de décret en conséquence de son opinion, et qu’elle y jogne les états nécessaires.

3° Les moines. L’intention de Sa Majesté serait de mettre sur-le-champ les moines de la Toscane dans la même position où sont les moines du Piémont. Sa Majesté désire que la junte propose un projet de décret en conséquence. Elle désire aussi un mémoire qui fasse connaître quelle est la différence qui existe entre le sort des moines du Piémont et celui des moines qui étaient en France; quelle est la différence de la situation des moines du Piémont avec celle des moines de Gênes, avec celle des moines de Parme; quelle est la différence enfin de la situation des moines de Parme avec celle de ceux qui sont en Toscane, et de ceux-ci avec celle de ceux du royaume d’Italie. A ce mémoire doivent être joints tous les décrets qui ont réglé le sort des moines en Piémont, à Gênes, à Parme, dans le royaume d’Italie et même en France, ainsi que le détail de ce qui aurait été fait en Toscane sur cet objet. Ces renseignements feront connaître en même temps si les moines en Piémont (à supposer qu’il y en ait encore) , à Gênes, à Parme , à Plaisance et en Toscane, possèdent des biens, et quelle est la quantité de biens qu’ils possèdent.

La liste civile. Sa Majesté désire connaître quelles sont les maisons, les meubles et les revenus qui dépendent de la liste civile. Il faut attacher à la liste civile au moins douze cent mille livres de rente. La junte remettra des renseignements et rédigera un projet de constitution définitive de la liste civile.

La junte joindra à tous ces travaux des mémoires sur l’état actuel de l’administration, de la justice civile et criminelle et des contributions. Elle dressera et remettra l’état des pensions et des rentes viagères, avec les observations qu’elle jugera à propos de faire. Elle présentera un projet pour la constitution et la dotation d’une sénatorerie en Toscane. Un des membres de la junte sera chargé par elle de présenter tous ces travaux et renseignements à Sa Majesté. Il s’arrêtera à Parme, à Gênes et à Turin , pour y recueillir toutes les notions sur la situation des moines dans ces pays. Il se rendra ensuite à Bayonne. Il préviendra le ministre secrétaire d’État du moment où il pourra arriver dans cette ville, afin qu’il y reçoive les ordres de Sa Majesté.

 

Chamartin, 18 décembre 1808

ORDRE

Sa Majesté, instruite que dans les pays occupés par ses Troupes les caisses sont dilapidées par des autorités locales, ordonne aux commandants français de prévenir les corrégidors qu’ils en seront responsables envers le Roi ; ordonne pareillement que, partout où des agents nommés depuis peu par le Roi n’auraient pas dressé des Procès-verbaux de la situation des caisses, les commandants français prennent ces mesures et en rendent compte au major général.

 

Chamartin, 18 décembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général, à Chamartin

Mon Cousin, envoyez à Talavera de la Reina cinq cents exemplaires de mes proclamations, pour être distribués aux habitants et aux avant-postes.

Écrivez au duc de Danzig qu’il fasse construire à Talavera quatre fours.

 

Chamartin, 18 décembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général, à Chamartin

Mon Cousin , les membres du tribunal de l’inquisition peuvent sans inconvénient rester chez eux, dès l’instant qu’ils auront remis tous leurs papiers et renseignements sur leur administration.

Consultez le Roi pour savoir les couvents à supprimer et ceux à conserver. Il y en a un près du palais qu’il serait nécessaire de supprimer.

 

Chamartin, 18 décembre1808

Au maréchal Bessières, duc d’Istrie, commandant la cavalerie de l’armée d’Espagne

Mon Cousin, écrivez au général Latour-Maubourg que la ville d’Alcazar de San-Juan est composée de mauvaises têtes qui se conduisent mal. Ils doivent avoir au moins 500 fusils cachés. On y a égorgé trois Francais domiciliés depuis longtemps. Il faut qu’on y prenne des otages et des informations, pour arrêter, s’il est possible, une douzaine des meneurs de cette ville.

 

Chamartin, 18 décembre 1808

Au maréchal Bessières, duc d’Istrie, commandant la réserve de cavalerie de l’armée d’Espagne

Mon Cousin, donnez ordre au général Latour-Maubourg d’envoyer le général Perreimond se porter, avec sa brigade tout entière, s’il le faut, sur Huete, car il faut que cette ville soit occupée par nos troupes, et ne pas souffrir que l’ennemi s’y établisse. Donnez également l’ordre au général Latour-Maubourq d’envoyer la brigade d’Oullenbourg, qui est à Madridejos , à Mauzanares; elle battra le pays, désarmera les habitants et s’emparera des caisses, enfin prendra les mesures nécessaires pour soumettre le pays. Le général d’Oullenbourg restera, de sa personne, à Mauzanares, et enverra, après l’occupation de cette ville, deux escadrons à Madridejos; ou le général Latour-Maubourg laissera la brigade tout entière à Manzanares, et enverra à Madridejos un autre régiment pour maintenir la communication.

 

Chamartin, 18 décembre 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, au Pardo

Je vous envoie le mémoire de M ……… C’est un bavardage qui n’est que ridicule. Pour vivre dans un an, il faut vivre aujourd’hui; pour vivre aujourd’hui, il faut de l’argent; M ……… déclame et ne propose aucun moyen. Je ne vois que 13 millions dans les caisses publiques et 11 millions dans la caisse de consolidation, ce qui fait 24, millions, et 8 que vous avez rapportés, 32 millions. Il faut les réaliser, soit en les donnant comme nantissement à des capitalistes de la capitale, soit par tout autre moyen. C’est au ministre des finances à les proposer. Voilà déjà quinze jours de passés, et ce sont les moments les plus précieux, puisque ce sont ceux de la force. Il n’y a donc pas un moment à perdre pour se procurer une ressource d’une trentaine de millions de réaux en argent.

 

Chamartin, 19 décembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général, à Chamartin

Mon Cousin, je suis étonné que le 17e régiment de dragons soit à Tolède. Ce régiment fait probablement partie d’une brigade de la division Lahoussaye. Cette brigade doit continuer sa route sur Talavera de la Reina. Je suis surpris que le maréchal Victor l’ait retenue. Faites-lui connaître qu’il a eu tort de la diriger sur Ciudad-Real, etqu’il ait à l’envoyer sur-le-champ à Talavera de la Reina. Envoyez directement l’ordre au général qui commande cette brigade de partir sans délai pour Talavera.

 

Chamartin, 19 décembre 1808

Au maréchal Bessières, duc d’Istrie, commandant la réserve de cavalerie de l’armée d’Espagne

Mon Cousin, je vous avais mandé d’envoyer des proclamations ainsi que des journaux au général Latour-Maubourg, pour qu’il les répandît partout. Il paraît que vous ne l’avez point fait; il est indispensable que vous lui en envoyiez avant midi, pour qu’il les répande partout du côté de Cuenca, de Valence et d’Andalousie. Je suppose que vous avez donné des ordres pour qu’il pousse jusqu’à Manzanares.

 

Chamartin, 19 décembre 1808

Au général Junot, duc d’Abrantès, commandant le 8e corps de l’armée d’Espagne

Je vous prie de faire des recherches et de m’envoyer l’état des régiments anglais qui étaient en Portugal de votre temps

 

Chamartin, 21 décembre 1808

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’Empire, à Paris

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 11. J’attache une grande importance à l’affaire de la compagnie Lafarge, et j’attends la décision du Conseil d’Etat, qui, j’espère, sera juste et sévère.

 

Madrid, 21 décembre 1808

A M. Cretet, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur Cretet, nous avons ordonné que 300 quintaux de quinquina d’Espagne soient réunis à Bayonne et distribués à nos quarante-deux bonnes villes, conformément à l’état ci-joint. Notre volonté est que les officiers municipaux, les membres du conseil municipal et les citoyens desdites villes, voient dans ce souvenir de notre part un témoignage de notre satisfaction et de l’amour que nous leur portons.

ÉTAT DE DISTRINUTION DE 300 QUINTAUX OU 30.000 KILOGRAMMES DE QUINQUINA ENTRE LES 42 BONNES VILLES DE L’EMPIRE

NOMS DES VILLESPOPULATIONDISTRIBUTION
Alexandrie
Aix-la-Chapelle
Amiens
Angers
Anvers
Besançon
Bordeaux
Bourges
Bruxelles
Caen
Clermont
Dijon
Gand
Gênes
Genève
Grenoble
La Rochelle
Liège
Lille
Marseille
Mayenne
Metz
Montauban
Montpellier
Nancy
Nantes
Nice
Orléans
Paris
Reims
Rennes
Rouen
Strasbourg
Toulouse
Tours
Turin
Versailles
Parme
Plaisance
Florence
Livourne
Lyon
30.000
24.419
41.279
33.000
56.318
28.436
90.990
16.330
66.297
30.923
30.000
18.888
55.161
80.000
22.759
20.664
17.512
50.000
54-756
96.413
22.325
33.099
21.950
32.723
28.227
77.162
18.473
41.937
547.756
30.225
25.904
87.000
49.056
50.171
29.240
79.000
27.574
35.000
30.000
80.000
45.000
88.919
400
300
500
400
700
400
1.100
200
800
400
400
300
600
1.000
300
300
300
600
600
1.100
300
400
300
400
300
1.000
300
500
8.000
300
300
1.000
600
600
300
1.000
300
400
400
1.000
500
1.100
Total30.000

 

Madrid, 21 décembre 1808

A M. Cretet, ministre de l’intérieur, à paris

Monsieur Cretet, j’ai ordonné à mon architecte de faire faire un relief du plan des Tuileries et du Louvre, et de l’exposer en public. Mon intention est que vous nommiez une commission pour examiner et critiquer ce plan. Vous ferez tenir note, non-seulement de ses observations, mais encore de celles qui seront faites par le public, afin de m’en rendre compte.

 

Madrid, 21 décembre 1808.

A M. Cretet, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur Cretet, j’ai voit par les journaux que vous avez posé la première pierre de la fontaine de la Bastille. Je suppose que l’éléphant sera au milieu d’un vaste bassin rempli d’eau; qu’il sera très-beau et dans de telles dimensions qu’on puisse entrer dans la tour qu’il portera. Qu’on voie comme les anciens les placaient et de quelle manière ils se servaient des éléphants. Envoyez-moi le plan de cette fontaine. Faites faire le projet d’une fontaine qui représentera une belle galère trirème, celle de Dernetrius par exemple, qui aura les mêmes dimensions que les trirèmes des anciens. On la placerait au milieu d’une place publique ou dans tout autre endroit pour l’embellissement de la capitale; l’eau jaillirait tout autour. Vous sentez qu’il faut non-seulement que les architectes fassent des recherches pour la construction de ces deux fontaines, mais qu’ils se mettent d’accord avec les antiquaires et les savants, afin que l’éléphant et la galère donnent une représentation exacte de l’usage qu’en faisaient les anciens.

Mon intention est de me servir de l’eau de l’Ourcq pour embellir le jardin des Tuileries par des cours d’eau et des cascades, et les Champs-Élysées et leurs environs par d’immenses pièces d’eau, qui soient aussi grandes que le jardin des Tuileries, et sur lesquelles il puisse y avoir des bateaux de toutes les espèces.

 

Madrid, 21 décembre 1808.

A M. Gaudin, ministre des finances, à Paris

Mon intention est que le Louvre soit terminée et que toutes les maisons qui se trouvent entre le Louvre et les Tuileries soient démolies. Je désirerais qu’il y eût moyen de faire des arrangements avec les principaux propriétaires de ces maisons, dont je crois que l’estimation s’élève à 15 millions. Je voudrais que ces propriétaires reçussent en payement, ou des terres en Piérnont et en Toscane, ou des bons de la caisse d’amortissement portant intérêt à 5 pour 100 et remboursables chaque année, par quinzième, en billets de 10,000 francs. Les bons de la caisse d’amortissement seraient immobilisés, de manière que le payement dût être fait au propriétaire, ou à son représentant, selon les règles ordinaires du droit civil, et non au porteur.

Si vous pouvez parvenir à arranger ainsi les deux tiers des individus, ou faire tout autre arrangement qui donnerait des facilités pour le payement, cela pourrait me convenir; et alors, au lieu d’acheter et de démolir graduellement, je ferais acheter par une seule opération et en démolissant la totalité dans l’espace d’un ou deux ans. Ces propriétaires paraissent éprouver des pertes par l’effet de l’incertitude dans laquelle ils se trouvent; ces arrangements remédieraient à tout. Voyez ce qu’il y a moyen de faire. J’affecterais également à ce remboursement les terrains des Capucines et les autres terrains qui environnent la Bourse et qui sont à ma disposition. Je crois qu’ils sont estimés à 3 ou 4 millions. Enfin je puis aussi faire payer quelques-unes des maisons, jusqu’à concurrence de 3 ou 4 millions, avec l’emprunt que vient d’ouvrir la ville de Paris. Ces effets seraient également immobilisés.

 

Madrid, 21 décembre 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Il résulte d’un grand état que m’a envoyé M. Lacuée qu’il manque au grand complet de mon armée 148,000 hommes ; en ôtant les légions que mon intention n’est pas de compléter, c’est-à-dire 13,000 hommes, il restera un déficit de 135,000 hommes. Sur ces 135,000 hommes, 70,000 hommes ont été fournis des levées extraordinaires. Il faut donc appeler 63,000 hommes sur 1810, pour porter mon armée au grand complet. Je vais appeler à la Garde 6,000 conscrits de 1810; en y appelant encore dix fusiliers par département, ce qui ferait 1,000 hommes, total, 7,000 hommes conscrits pour la Garde, il faudrait donc 70,000 hommes. 10,000 hommes de plus me paraissent nécessaires pour équivaloir aux pertes qui auront lieu à toutes les armées par les réformes de cette année.

Je désire donc que vous me présentiez un projet de décret pour appeler 80,000 conscrits de 1810 sous mes drapeaux, les répartir entre tous les corps, selon les besoins, pour porter les cadres au complet.

L’état ci-joint vous fera connaître que, pour les armées d’Italie, de Naples, de Dalmatie, il faudra 13,000 hommes; il vous sera facile de faire un état pareil pour toutes les autres armées. Je vais faire des légions des régiments ; mais je pense qu’il y aura assez de quoi les recruter. Mon intention est que les régiments soient portés tous au complet de 3,900 hommes, c’est-à-dire de cinq bataillons.

Quant à la formation des 5e bataillons, pour ceux qui n’en ont pas, je serai toujours à temps de me décider dans le courant de mars. Mon intention est que les premières opérations pour la conscription commencent au 15 janvier, et que les conscrits soient en pleine marche au 15 février. On aura soin que tous les conscrits d’au-delà des Alpes soient envoyés dans le Nord, dans l’Ouest et sur le Rhin, et spécialement au 31e léger, au 111e de ligne, au 26e de chasseurs, au 21e de dragons et aux tirailleurs du Pô; que les Corses soient envoyés aux tirailleurs corses, les Belges au 112e. Du reste, vous ferez dresser des états pareils à celui que vous m’avez envoyé pour les armées d’Italie, de Dalmatie et de Naples. Parlez de cela à M. Lacuée, qui pourra préparer ses circulaires aux préfets, et au ministre Dejean, pour que l’habillement de 1810 soit de bonne heure envoyé aux corps.

Je suppose que, moyennant cette levée, l’armée du Rhin aura ses bataillons au complet; que le corps d’Oudinot aura ses 36 bataillons complets, comme je l’ai ordonné. Que les armées d’Italie, de Naples et de Dalmatie soient toutes à leur grand complet.

Les conscrits seront tous envoyés à leurs dépôts. Il ne sera dirigé sur Bayonne et Perpignan que ceux des régiments qui ont leur grand dépôt dans ces villes. On conçoit fuileinent pourquoi je désire que les conscrits aillent à leurs dépôts, au lieu d’aller tous à Bayonne, puisque Dion intention est de m’en servir de préférence pour garder mes places, par des combinaisons qti’il sera temps de faire an mois de mars. Comme j’ai un grand nombre de dépôts dans le Nord, il me semble qu’il serait facile d’en tirer une vingtaine de mille hommes pour mes camps de Boulogne et de Flessingue. La Bretagne est aussi un objet important. Les dépôts qui s’y trouvent fourniront aussi une ressource. Il s’agit aujourd’hui de fournir des hommes, et j’aurai le temps de les disposer pour la défense de rues côtes, au mois de mai. Il n’y a donc pas un moment à perdre pour rue présenter les étais de distribution entre les différents corps. Moyennant que je compte compléter tous les régiments à l’effectif de cinq bataillons, il me faudra les 80,000 hommes.

 

Madrid, 21 décembre 1808.

Au général Dejean, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur le général Dejean, le roi d’Espagne a expédié de Vitoria à Bayonne, il y a quatre mois, pour un million de francs de quinquina. Il en a été envoyé de Santander une quantité très-considérable ; il en a été envoyé un million de Madrid. Faites envoyer dans les hôpitaux la plus grande partie de ce quinquina, puisque nous en manquons en France.

 

Madrid, 21 décembre 1808

Au général Dejean, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Dejean, je reçois votre lettre du 10. Il est inutile d’employer des transports pour 419,000 rations de biscuit de Bordeaux à Bayonne; il faut les laisser en magasin où elles se trouvent : à Bayonne, les 350, 000 rations qui y sont, et à Bordeaux, les 58,000 rations qui y sont. Je vois avec peine que 200 boeufs aient été envoyés à l’armée; ils n’arrivent pas. D’ailleurs, ce n’est pas de viande que je manque, c’est de souliers, de capotes et de chemises, et c’est justement ce dont on ne m’envoie rien. Je n’ai reçu, en souliers, que 16,000 paires d’un convoi et 19,000 paires d’un autre, et ce sont ceux qui venaient de Berlin. Ceux de Paris et d’ailleurs , je n’en ai pas entendu parler. Si vous les aviez expédiés par convoi sous l’escorte d’un officier de gendarmerie, comme je vous l’ai mandé plusieurs fois, j’aurais de tout en abondance. Mes hôpitaux se remplissent de malades, parce que je n’ai ni capotes ni souliers. J’ai été cruellement trompé dans tout ceci. J’aurai des capotes au mois d’août, et c’est justement le temps où il faudrait les brûler.

Je vous ai donné des ordres pour que les six nouveaux régiments confectionnassent leur habillement pour 1809, pour que les cinq dépôts des légions expédiassent à l’armée ce qu’ils ont en magasin, et envoyassent autant de paires de souliers qu’ils ont d’hommes, aux bataillons de guerre. Réitérez l’ordre, à Bayonne, d’expédier tous les souliers que les dépôts y ont envoyés pour leurs corps.

 

Madrid, 21 décembre 1808

Au général Dejean, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur le général Dejean, voici ce que m’écrit M. de Tournon que j’ai laissé à Burgos pour presser l’envoi des objets nécessaires à l’armée. Vous verrz qu’on envoie de Bayonne du biscuit dont je n’ai pas besoin, parce qu’il n’y a pas d’effets d’habillement à charger sur les caissons. Envoyez donc sur Bayonne un chef de bureau de l’habillement pour surveiller et faire arriver tout cela. Entend-on me voler et me faire payer comme si l’on avait fourni ? C’est l’ordinaire des administrations en France.

 

Madrid, 21 décembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général, à Chamartin

Mon Cousin donnez ordre au commandant d’Aranda de retenir les premiers détachements de dragons qui passeront, et de placer, jusqu’à Somo-Sierra, trente hommes à chaque relais de poste; de faire connaître aux villages voisins que je ferai brûler le premier village où un courrier sera arrêté; que c’est aux habitants à dénoncer les partisans et à les faire arrêter. Donnez ordre au commandant de Buitrago de faire marcher une colonne mobile de 150 chevaux polonais sur Somo-Sierra. A Somo-Sierra 150 autres se réuniront à ceux-là, et ces 300 hommes, sous le commandement d’un chef d’escadron, se formeront en colonne mobile et éclaireront la route.

Un détachement de 400 dragons se rend à Madrid sous le commandement d’un général ; vous pouvez le réunir au premier détachement et charger ce général de cette opération. Faites-moi un rapport là-dessus , et faites-moi connaître où ce détachement de dragons sera demain soir.

 

Madrid, 21 décembre 1808

Au maréchal Kellermann, duc de Valmy, commandant la réserve de l’armée d’Espagne, à Bayonne

Mon Cousin, je suppose que vous êtes arrivé à Bayonne et que les choses vont prendre une autre tournure. Réunissez tous les petits dépôts dans la ville, et mettez dans tout cela votre activité ordinaire. Des magasins considérables ont été établis à Bayonne ; faites-en faire l’inventaire et faites-moi connaître ce qui reste. Je n’ai pas besoin de viande ni même de la plus grande partie de ces vivres. Veillez à ce que rien ne se gâte.

Équipages militaires. Il est resté à Bayonne ou Bordeaux des caissons des 4e, 7e, 8e, 10e, 11e, ler et 3e bataillons d’équipages militaires. Vous savez que chacun de ces bataillons est de quatre compagnies, chaque compagnie de 36 caissons, ce qui fait 144 caissons par bataillon. Je n’ai ici aucun de ces bataillons qui ait plus de 90 caissons ; le reste est à Bayonne. Portez votre oeil attentif sur cette partie ; prenez toutes les mesures pour lever les obstacles, et que tous ces caissons partent.

Habillement. Depuis le mois d’août, j’ai prescrit des mesures pour réunir à Bayonne des magasins considérables d’effets d’habillement.

Mes intentions ne sont pas remplies, et je n’ai rien. Faites-vous remettre sous les yeux les ordres qu’a donnés l’ordonnateur; faites-vous rendre compte de ce qui est arrivé, et sachez pourquoi le reste n’arrive pas. Pressez les ouvriers de Bordeaux, activez les confections, et concertez-vous avec le préfet des Landes et les préfets voisins sur les moyens de presser les arrivages. Je n’ai besoin de biscuit ni de vivres , mais de souliers , capotes, chemises.

Administration des corps. Les corps ont des souliers à Bayonne; ils en ont tous 3 ou 4,000 paires envoyées de leurs dépôts. Prenez les mesures nécessaires pour les faire arriver ici. Faites les partir par gros convois, en profitant des escortes et avec des feuilles de route des endroits où ils sont. Il faut que les escortes soient composées de compagnies de marche de 120 conscrits.

20,000 hommes doivent être réunis à Bayonne des dernières levées ; plus de 17,000 sont déjà présents. J’ai demandé qu’on fit partir, 1° cinq bataillons de marche composés de conscrits appartenant aux ler, 2e, 3e, 4e et 6e corps, formés de quatre compagnies chacun, ce qui fait près de 4,000 hommes; 2° trois bataillons de marche composés, le premier, de tous les conscrits habillés appartenant au 1er, au 6e et au 4e corps, et fort de 800 à 1,100 hommes; le deuxième, des conscrits disponibles des 3e et 5e corps, fort de 800 à 1,000 hommes; et le troisième, de conscrits disponibles des 2e et 8e corps, fort de 800 hommes; 3° un régiment provisoire de Bayonne formé de compagnies des 114e, 115e, 116e, 117e, 118e et 120e régiments d’infanterie de ligne, fort de 1,696 hommes. Il est fort important de diriger tous ces détachements, bien armés, bien habillés et bien équipés, sur les lieux que j’ai désignés. Il ne faut pas confondre avec ces bataillons de marche et ce régiment provisoire, les hommes isolés venant de la Grande Armée ou sortant des hôpitaux. Ces derniers devront être dirigés sur leurs régiments, à mesure qu’on en aura formé une compagnie de 120 hommes d’un même corps d’armée.

Dépôts de cavalerie. Le dépôt de cavalerie est à Pau, celui des équipages militaires est, je crois, à Auch. Le général Bourcier vient de passer la revue de celui de Pau. Prenez des mesures pour qu’il y ait des selles, et que tout ce qui est disponible parte. Profitez des estafettes pour écrire là-dessus aux ministres Dejean et Clarke.

Faites passer la revue des équipages du train. Ils ont laissé beaucoup de caissons à Bordeaux. Prenez des mesures pour que ces caissons soient attelés de mulets et qu’ils partent pour l’armée. J’ai assez de pièces ; indépendamment de celles que j’ai amenées de France , j’en ai pris un grand nombre à l’ennemi. J’ai besoin de boulets de 24 et, par-dessus tout, de caissons d’obus et de 12 ; s’il n’y a pas de caissons, envoyez-moi des munitions confectionnées d’obus et de 12. Expédiez-moi, par les premiers chevaux d’artillerie qui passeront, 3,000 obus et 3,000 coups de 12.

J’ai donné ordre qu’il fût mis 100,000 francs à votre disposition. Faites-moi connaître ce qu’il faut que j’ordonne pour lever tous les obstacles, et pour que je sois abondamment pourvu de souliers ; ce pays n’en fournit pas du tout. J’attends de votre zèle qu’avant le ler février les 16,000 conscrits qui sont à Bayonne seront en Espagne, où ils serviront merveilleusement sur mes derrières pour les garder; mais il faut qu’ils soient en bon état et qu’il ne leur manque rien.

 

Madrid, 21 décembre 1808

A l’Impératrice, à Paris

Tu dois être entrée aux Tuileries le 12. J’espère que tu auras été contente de ters appartements.

J’ai autorisé la présentation, à toi et à la famille, de Kourakine (Alexandre Kourakine – 1752-1818 – ambassadeur de Russie à Paris); reçois-le bien, et fais-le jouer avec toi.

Adieu mon amie; je me porte bien; le temps est pluvieux; il fait un peu froid.

Napoléon

 

 

Madrid, 22 décembre 1808.

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

On se plaint du sieur Herman qui tient des propos à Paris. Pourquoi cet individu a-t-il ´rt´r à Paris, puisqu’il faisait partie de l’armée de Portugal ? C’est votre faute.Donnez-lui l’ordre d’en partir sur-le-champ pour se rendre à Bayonne. Témoignz-lui mon mécontentement de ses déclamations. S’il avait des rapports à faire sur de prétendues voleries de généraux, il ne les devait qu’à vous et ne devait pas en étourdir la société.

 

Madrid, 22 décembre 1808

A l’impératrice Joséphine, à Paris

Je pars à l’instant pour manoeuvrer les Anglais, qui paraissent avoir reçu leurs renforts, et vouloir faire les crânes. Le temps est beau; ma santé parfaite; sois sans inquiétude.

 

Madrid, 22 décembre 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le général Clarke, vous donnerez l’ordre au prince de Ponte-Corvo d’évacuer tout le Danemark et de rendre les forteresses aux troupes du Roi. Je croyais avoir donné déjà cet ordre. Je l’autorise cependant à laisser garnison à Altona.

 

Madrid, 22 décembre 1808.

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, donnez ordre au régiment du grand-duc de Würzburg, qui est arrivé à Metz, de continuer sa route sur Bordeaux.

Aussitôt que la division de 5 à 6,000 hommes, composée des bataillons des 75e, 28e et 58e de ligne et des détachements des 2e, 12e, 4e et 15e légers, sera prête et fournie de ses capotes, de ses deux paires de souliers dans le sac, etc. , vous la ferez partir pour Bayonne. Chargez un général de brigade du commandement de cette colonne, et qu’elle ait un séjour au moins tous les quatre jours de marche.

 

Chamartin, 22 décembre 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, au Pardo

Mon Frère, le major général a dû vous envoyer vos ordres et vous faire connaître l’emplacement et la force des différents corps qui restent dans votre commandement pour la ville de Madrid.

Je vous envoie différentes notes que je désire que vous lisiez avec attention pour vous servir de règle.

Envoyez un général de brigade de votre suite à Guadalajara, pour prendre le commandement du corps qui s’y trouve et vous instruire directement de ce qui se passe. Si la division Ruffin n’était pas arrivée ce soir, envoyez sur le chemin de Tolède pour savoir pourquoi elle n’arrive pas.

NOTES.

L’Empereur est parti avec une force égale à celle qu’il laisse sous le commandement du Roi, mais un peu inférieure en cavalerie, pour se porter sur Valladolid.

Les coureurs doivent être aujourd’hui à Medina del Campo , et le maréchal Ney doit avoir son quartier général à Arevalo.

L’Empereur sera probablement cette nuit à Villacastin.

La manoeuçre des Anglais est extraordinaire. Il est prouvé qu’ils ont évacué Salamanque. Il est probable qu’ils ont fait venir leurs bâtiments de transport au Ferrol, pensant qu’il n’y avait pas de sûreté pour eux à se retirer sur Lisbonne, vu que de Talavera nous pouvons nous porter sur la rive gauche du Tage et leur fermer ce fleuve. Peniche d’ailleurs n’a pas de rade. Avec toute la cavalerie qu’ils ont, ils pensent ne pouvoir s’embarquer que dans un bon port et sous la protection d’une place forte. Tout porte donc à penser qu’ils évacuent le Portugal et qu’ils portent leur ligne d’opération sur le Ferrol, qui leur offre ces avantages.

Mais, en faisant ce mouvement de retraite, ils peuvent espérer de faire essuyer un échec au corps du maréchal Soult, et ils ne se sont décidés que lorsqu’ils se sont assuré une bonne retraite et pris leur direction sur la droite du Duero. 1° Ils peuvent ainsi avoir fait ce raisonnement : si les Français s’engagent dans Lisbonne, nous évacuerons sur Oporto et nous serons encore dans notre ligne d’opération du Ferrol. 2° Ils peuvent avoir l’espoir de recevoir de nouveaux renforts. Mais, quel que soit le projet des Anglais, il va donner lieu à des événements qui auront une grande influence sur la finale de toutes les affaires.

Le seul but réel du Roi doit être de garder Madrid. Tout le reste est de peu d’importance. Tous les débris des armées espagnoles même ne peuvent faire face devant les 8,000 hommes de cavalerie qui sont laissés au Roi.

Dans la position qu’occupe l’armée qui couvre Madrid, elle garde le Tage, la droite appuyée à Talavera et la gauche du côté de sa source, en avant de Guadalajara. L’ennemi ne peut venir que par l’Estrémadure ; et le duc de Danzig a le double de forces qu’il lui faut contre lui. Si, selon l’ordre que j’ai donné, il le bat dans la journée du 24 et l’éparpille bien , son corps deviendra entièrement disponible. Après l’affaire, il doit faire une tête de pont à Aimaraz , y laisser la division Lasalle et quelques compagnies de voltigeurs, et revenir avec son infanterie sur Talavera, pour aider aux manoeuvres générales que commandera l’Empereur à Avila et Ciudad-Rodrigo, ou bien se porter sur Tolède et Madrid, par les ordres du Roi, pour venir au secours de la capitale.

L’ennemi peut venir d’Andalousie. Nos postes ont été au Manzanares. La plaine est nue, et tout peut se borner de ce côté à repasser la Sierra-Morena. Au pis aller, le maréchal Victor, avec la division Latour-Maubourg, les divisions Ruffin et Villatte, aurait de quoi faire face à ce qui pourrait venir, soit du côté de l’Andalousie, soit du côté de Tarancon par Cuenca. Il paraît y avoir de ce côté plus de troupes, et il y a là une division qui couvre Valence et qui est dans les montagnes de Cuenca. On pense que le maréchal Victor doit donner quelques compagnies de voltigeurs à la brigade de cavalerie qui est à Tarancon. La position d’Aranjuez est très-bonne. C’est le vrai point pour s’opposer à ce qui viendrait, soit du côté de Cuenca, soit du côté d’Andalousie.

Il ne serait pas prudent de laisser Madrid avec la division Leval et la division Ruffin se portant pour soutenir le maréchal Victor, il faudrait que le corps du duc de Danzig rétrogradât de deux marches sur Madrid; et même, après le combat qu’il va livrer, on lui aurait donné cet ordre, si d’un côté on n’avait pensé qu’on serait assez à temps et que les événements qui vont se passer d’ici à peu de jours changeraient la face des affaires, et de l’autre si un mouvement rétrograde n’était pas toujours d’un mauvais effet. Si Talavera était évacué et que l’ennemi y rentrât, ce serait sans doute d’un mauvais effet. Cependant cette considération ne devrait pas arrêter, s’il y avait nécessité, mais elle n’existera pas tant que l’Empereur laissera ces forces à Madrid.

Quant à Madrid, il y a cinq pièces courtes avec affût; il faut les mettre en batterie. On a travaillé aux fortifications ; il est essentiel d’y travailler avec activité. Il faut placer les établissements et magasins dans la Porcelaine, activer la confection de l’habillement et veiller à ce que le Retiro soit prêt pour 4 à 5,000 hommes pour un mois. Si le génie fait son devoir et est secondé, dans dix jours les 3,000 Allemands, avec un commandant ferme, doivent pouvoir s’enfermer dans la Porcelaine et être en état d’y tenir dix jours contre toutes les forces de l’Espagne réunies, jusqu’à ce qu’ils aient été dégagés.

Le Roi , en passant du Pardo par le dehors de la ville, fera bien d’aller voir les magasins ; et, dans deux ou trois jours, il pourra aller voir le palais, toujours en passant par le dehors de la ville.

Il faut faire continuer la signature du registre comme à l’ordinaire, poursuivre l’exécution des mesures ordonnées par l’Empereur avec la plus grande activité, telles que le placement des meubles provenant des maisons des condamnés, dans le Retiro, et la recherche de leurs biens, presser les confections d’habillements et organiser des magasins au Retiro.

Quant à l’habillement des troupes du Roi, l’Empereur a ordonné que 1,200 vestes et culottes rouges , chapeaux, etc., fussent mis à la disposition du général Salligny pour habiller le bataillon espagnol étranger ; que 400 vestes blanches, 400 culottes bleues, chapeaux, etc. , fussent remis à l’Escurial pour les recrues de la garde royale. On peut les prendre dès aujourd’hui et en habiller ces recrues, afin que ce corps de l’Escurial ait une tournure. On suppose qu’ils sont déjà habillés et armés. Si cela est ainsi, ils pourraient déjà rendre des services au moins pour les communications, surtout s’ils ont des officiers et des sous-officiers de la Garde. On pourrait donc mettre 150 hommes au Puerto de Guadarrama, 150 à la poste, où est le piquet de gendarmerie, 150 à moitié chemin de Guadarrama à Villacastin et 150 à Villacastin; ce qui ferait 600 hommes. Le Roi pourrait encore faire mettre 150 hommes et une demi-compagnie de cavalerie à mi-chemin entre Guadarrama et Ségovie, afin d’avoir fréquemment des nouvelles de cette ville, où doivent être conduits nos blessés et les prisonniers que nous ferons. Il y a dans ces différents postes 6 gendarmes d’élite auxquels ils prêteront main-forte. Il faudrait mettre dans leur uniforme un signe qui les distinguât des Espagnols, tel qu’une raie bleue au bras, par exemple. Le reste pourra garder l’Escurial, et, sur l’état de situation qui en sera envoyé au major général, on pourrait en faire venir 400 pour réunir à la garde du Roi. Il est nécessaire que le Roi ait au Pardo la moitié de sa garde à pied, sa cavalerie et son artillerie à pied; s’il peut y joindre 400 hommes du régiment dont il est fait mention ci-dessus, cela formera au Pardo une petite réserve de 2,000 hommes, qui ne peut qu’être utile.

Administration. Il faut prendre des mesures pour approvisionner les magasins de Madrid, y avoir 12,000 quintaux de farine, y diriger, lorsqu’on sera sur que nous sommes à Valladolid, 20,000 rations de pain, et après cela 20,000 rations de biscuit pour renfermer dans la Porcelaine. Le Roi enverra un de ses officiers à Ségovie, avec ordre de faire partir pour l’armée, en les dirigeant sur Villacastin, tous les jours, 5,000 rations de pain et 20,000 rations de vin ou d’eau-de-vie. Il sera nécessaire que demain le Roi envoie un de ses aides de camp au maréchal Victor à Aranjuez, et au général Latour-Maubourg, et un à Talavera au duc de Danzig. Il sera convenable de tenir un poste d’observation de 25 chevaux et de 50 hommes à pied entre Alcala et Madrid.

Il y a un dépôt de cavalerie à Leganes; il faut y réunir tous les détachements de cavalerie qui arrivent à l’armée. En moins de huit jours, il y arrivera plus de 1,000 chevaux, appartenant aux divisions Latour-Maubourg, Milhaud, Lasalle et Lahoussaye ; on les fera reposer, on en passera la revue, et on prendra mes ordres pour leur destination, sans en laisser partir aucun sans mon ordre. Si le Roi place là un de ses aides de camp pour les retenir et les réunir dans ce dépôt, il se procurera en peu de jours une ressource de 1,200 chevaux.

Quant aux hommes isolés, il y en a cinq dépôts au Retiro. Tout ce qui appartient au maréchal Soult, soit infanterie, soit cavalerie, sera dirigé sur Ségovie. Beaucoup de généraux arrivent, leur destination est ci-jointe.

Il faut avoir soin qu’aucun détachement ne parte, ni pour le corps du duc de Danzig, ni pour Aranjuez, ni pour aucun autre corps. On aura par ce moyen deux milliers d’hommes au Retiro en peu de temps. L’état en sera envoyé au major général, et, sur l’ordre de l’Empereur, on les fera partir, hormis ceux appartenant à la division Ruffin, en ayant soin qu’ils soient bien habillés, armés, équipés, et qu’ils aient leurs cinquante cartouches par homme.

 

Madrid, 22 décembre 1808

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’Empire, à Paris

Sa Majesté part, en ce moment, pour suivre la direction de Valladolid et se rapprocher du point où il peut y avoir encore des opérations intéressantes. Elle m’ordonne de vous écrire les détails ci-après, sans faire connaître cependant s’ils sont destinés à être rendus publics textuellement. Elle s’en remet à la prudence de Votre Altesse Sérénissime, qui jugera ce qu’il convient de dire pour satisfaire l’impatience du public et dissiper des inquiétudes qui seraient extrêmement mal fondées.

Les Anglais ont enfin donné signe de vie; il paraît qu’ils abandonnent le Portugal et qu’ils prennent une autre ligne d’opération. Ils ont marché sur Valladolid. On est en mouvement, depuis trois jours pour les manoeuvrer et se porter sur leurs derrières. Des événements intéressants peuvent bientôt avoir lieu. Si les Anglais ne se dirigent pas vers la mer et ne nous gagnent pas de vitesse, il sera difficile qu’ils échappent, et ils payeront cher l’entreprise qu’ils ont osé former sur le continent.

Le secrétaire d’État, H. B. Maret

 

Chamartin, 22 décembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général, à Chamartin

L’artillerie de la division Dessolle et sa 1e brigade se mettront en marche pour se rendre sur la route de Guadarrama; la 2e, aussitôt que la tête de la division Ruffin sera arrivée. Cette division couchera demain entre Guadarrama et Villacastin. Le général Dessolle fera connaître, par un aide de camp, l’endroit où il couchera ce soir, le lieu où sera sa 2e brigade, et où il couchera demain. S’il ne reçoit pas d’ordres, il continuera sa route à grandes marches sur l’armée qui se réunit à Medina del Campo, le général Dessolle pourra partir dès qu’il saura que la tête de la division Ruffin est à une lieue de Madrid.

Donnez ordre au régiment de hussards hollandais de partir avec tout ce qu’il a de disponible. Il fera partie de la brigade d’Avenay, ce qui fera 700 chevaux. Il joindra à las Rozas.

 

Chamartin, 22 décembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général, à Chamartin

Mon Cousin, donnez ordre au général d’Avenay de prendre le commandement de trois escadrons de dragons, savoir : un escadron du 12e de dragons, fort de 180 chevaux, un du 16e, fort de 116 chevaux, et un du 21e, fort de 130. Le général d’Avenay se rendra à cet effet au dépôt de Leganes. Il y a à ce dépôt d’assez forts détachernents des 15e et 22e de chasseurs et du 2e de hussards. S’il peut y réunir des chevaux en bon état et former une cinquantaine d’hommes, il les réunira sous son commandement; mais il faut que les chevaux soient en bon état et puissent marcher. Il passera la revue de cette troupe aujourd’hui et partira à quatre heures après midi, pour aller coucher au village de las Rozas sur la route de Guadarrama ; il aura soin que ses dragons aient du pain pour deux jours, qu’ils aient des cartouches et leurs fusils en bon état. Demain il partira à la pointe du jour pour passer la montagne, suivra la route de Villacastin et le mouvement de la Garde impériale.

Le général Paris aura le commandement supérieur du Retiro.

 

Chamartin, 22 décembre 1808

A Alexandrer, prince de Neuchâtel, major-général, à Chamartin

Mon Cousin, donnez ordre au général Dessolle qu’il donne ordre au bataillon du 43e, à l’obusier et à une pièce de canon, de rejoindre à marche forcée sa division, deux bataillons du 55e étant suffisants à Guadalajara. Ainsi le bataillon qu’il a avec lui suivra sa division. Par ce moyen, sa division sera entière, hormis deux bataillons du 55e.

 

Chamartin, 22 décembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général, à Chamartin

Mon Cousin, écrivez au général Mathieu Dumas que le maréchal Ney a eu son quartier général à Villacastin hier, qu’il sera demain à Medina, que moi-même j’y seri de ma personne; que toute la Garde est partie; que probablement le 24 ou le 25 au plus tard nous serons à Valladolid ; que le générai Tilly commande à Ségovie, où il a une forte garnison ; qu’il faut faire connaître ces nouvelles au maréchal Soult, pour qu’il se règle en conséquence; que, si le général Delaborde, qui doit avoir été rejoint par sa 2e division, a reçu des ordres du maréchal Soult et les a exécutés, il a bien fait; que s’il n’a pas reçu d’ordres de ce maréchal, il doit marcher sur Palencia, se réunir au général Lorge et faire sa jonction sur moi, soit par Valladolid, soit par la gauche, si les Anglais veulent tenir à Valladolid ; que le principal est que le général Delaborde ne reste pas à Burgos, point trop éloigné de l’ennemi et du théâtre des événements; il devinera par les mouvements de l’ennemi ce qui se passera. Nous serons probablement le 25 à Valladolid ; qu’il fasse faire du pain à Burgos; qu’il le se dirige sur Valladolid ; que, jusqu’à ce que les communications soient ouvertes avec Valladolid, il retienne à Burgos tout ce qui arriverait pour l’armée : estafettes, courriers, caissons, convois, officiers d’ordonnance des maréchaux Mortier, Moncey, etc. On n’écrit pas au maréchal Soult, ni au général Lorge, ni au général Delaborde; mais cette lettre leur est commune. En cas de réunion du général Lorge avec le général Delaborde, du général Millet, du général Loison avec le général Delaborde, c’est le général Delaborde qui commandera.

 

Chamartin, 22 décembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général, à Chamartin

Mon Cousin, faites connaître aux corps des maréchaux Victor et duc de Danzig, aux divisions Lasalle, Milhaud, Latour-Maubourg et à la garnison de Madrid, que j’ai nommé le roi d’Espagne mon lieutenant, et que, jusqu’à mon retour à Madrid, les corps désignés ci-dessus recevront ses ordres. Le maréchal Jourdan expédiera les ordres du Roi, comme chef de son état-major. Vous ferez connaître au Roi que le corps du duc de Danzig est à Talavera de la Reina; qu’il est composé de la division Sebastiani de quatre régiments francais, formant 6,000 hommes; de la division Valence de trois régiments polonais, formant 4,000 hommes; du 5e régiment de dragons et d’un régiment de chevau-légers westphaliens de 800 hommes, et de vingt-quatre pièces de canon; que la division Milhaud est en avant de Talavera, composée de trois régiments de dragons et de six pièces de canon; que la division Lasalle est à Almaraz (l’ennemi occupant le pont sur la rive gauche du Tage), composée du 10e régiment de chasseurs, du 9e de dragons, des lanciers polonais et du 5e de chasseurs, formant deux brigades; que j’ai donné l’ordre au duc de Danzig d’attaquer les 10 ou 12,000 hommes qui sont derrière Almaraz dans la journée du 24, de leur prendre leurs canons, de les faire poursuivre par sa cavalerie et de les éparpiller; ce qui produira deux effets : le premier, d’avoir des nouvelles positives de ce qui se passe en Portugal, ensuite d’être à même de marcher sur Madrid, Ciudad-Rodrigo ou Tolède, selon que les circonstances l’exigeront.

Vous ferez connaître au Roi que le corps du maréchal Victor est à Tolède composé des deux divisions Ruffin et Villatte; que la division Ruffin a eu ordre de se rendre à Madrid, où elle doit arriver ce soir; que le corps du maréchal Victor avec la division Villatte a ordre de se rendre le 24 à Aranjuez en laissant un bataillon, le 26e de chasseurs et deux pièces de canon à Tolède; que ce maréchal aura sous ses ordres la division Latour-Maubourg, composée de six régiments de dragons partagés en trois brigades, avec six pièces de canon; qu’une de ces brigades est à Madridejos, ayant des reconnaissances sur Manzanares; qu’une autre brigade est à Tarancon, et la 3e brigade à Aranjuez, observant la route de San-Clemente; que le 55e de ligne et deux pièces de canon se trouvent à Guadalajara; que ce régiment, qui est là en observation, est également sous les ordres du maréchal Victor; que le général Latour-Maubourg a dû lui envoyer 150 chevaux; qu’il est convenable que le Roi envoie le général Merlin ou un de ses généraux de brigade, intelligents, qui puisse sans difficulté commander, et un colonel pour éclairer les routes de Valence et de Saragosse, avec l’instruction de ne jamais se laisser couper de Madrid; que la ville de Madrid a pour garnison la division Leval, composée de deux régiments allemands, avec huit pièces de canon, un régiment de hussards hollandais, et la division Ruffin qui arrive ce soir; et que la division Dessolle laisse une brigade à Madrid, jusqu’à ce que la division Ruffin soit arrivée.

RÉCAPITULATION. Corps du duc de Danzig : 10,000 hommes d’infanterie, 700 de cavalerie, 24 pièces d’artillerie; division Milhaud, 1,300 hommes de cavalerie et 6 pièces d’artillerie; division Lasalle, 2,000 hommes de cavalerie; total, 10,000 hommes d’infanterie, 4,000 de cavalerie, 30 pièces d’artillerie.

Corps du maréchal Victor : division Villatte, 5,000 hommes; division Ruffin , 6,000 , 400 pièces d’artillerie; division Leval, 3,000 hommes et 8 pièces d’artillerie; 55e régiment, 3,000 hommes; total, 17,000 hommes et 48 pièces d’artillerie.

Division Latour-Maubourg : 3,000 hommes de cavalerie et 6 pièces de canon; 300 du 26e de chasseurs; 300 hommes des chevau-légers hollandais; total, 3,600 hommes de cavalerie et 6 pièces de canon.

Garde royale : infanterie, 2,000 hommes; cavalerie, 300; artillerie, 6 pièces.

Il y aura donc sous les ordres du Roi : infanterie, 28,000 hommes; cavalerie, 8,000; artillerie, avec les sapeurs , les dépôts, etc., 4,000 hommes; soit 40,000 hommes et 90 pièces de canon.

 

Villacastin, 23 décembre 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, au Pardo

Mon Frère, j’ai passé le Guadarrama avec une partie de ma Garde et par un temps assez désagréable. Ma Garde couchera ce soir à Villacastin. Le maréchal Ney est à Medina. Les Anglais paraissent être à Valladolid, probablement avec une avant-garde, et être en position à Zamora, Benavente avec le reste de leur armée. Il paraît qu’ils ont établi leur ligne d’opération sur la Coragne.

Dans vos instructions, vous aurez vu que la principale affaire est Madrid. La division Ruffin doit être arrivée. Faites mettre dans les journaux de Madrid que 20,000 Anglais sont cernés et perdus. Faites aussi mettre dans les journaux la lettre ci-jointe, qui fera voir aux Espagnols comment ils sont traités par leurs chers alliés, avec des observations sur ceux qui ont appelé les Anglais en Espagne, qui est ainsi dévastée par ses ennemis et ses alliés.

J’ai ordonné que, de Boceguillas, les hommes isolés, les convois et tout fût dirigé sur Ségovie, qui devient le centre des opérations de l’armée.

Je suppose que le maréchal duc de Danzig attaquera demain l’ennemi qui est devant lui, prendra son canon et le fera poursuivre par la cavalerie. Dès lors il deviendra disponible pour se porter sur quelque point que ce soit.

Le 2e de dragons doit être arrivé à Madrid. Les deux bataillons du 55e qui sont à Guadalajara ont besoin d’être conduits par un officier intelligent. S’ils étaient menacés d’être attaqués, ils pourraient se replier sur Alcala.

Le temps est assez froid.

Prenez des mesures pour que les postes de las Rozas et de Guadarrama soient bien organisés, afin de pouvoir communiquer.

Cette petite ville-ci s’est bien comportée; la plupart des habitants sont restés.

 

Arevalo, 24 décembre 1808

ORDRE POUR LE GÉNÉRAL LAHOUSSAYE.

Le général Lahoussaye se rendra avec sa brigade au premier village sur la route d’Olmedo. Il enverra 50 ou 60 hommes à Olmedo enlever les lettres de la poste et savoir des nouvelles de Valladolid. Il enverra ici un aide de camp prendre des ordres. Il fera faire du pain à Olmedo.

Tordesillas, 25 décembre 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, au Pardo

Sire, l’Empereur me charge d’expédier un homme du pays à Votre Majesté. Nous sommes à Toro, à Tordesillas où est le quartier général impérial, à Valladolid, et notre cavalerie légère à Medina de Rio Seco. Nous avons pris quelques Anglais égarés. Rien n’est encore clair sur leur position ; tout porte à croire qu’ils se retireront sur la Corogne.

Nous espérons les joindre. Tout va bien ; nous sommes dans un pays abondant en pain et en vin.

 

Tordesillas, 26 décembre 1808, trois heures après midi

Au maréchal Ney, duc d’Elchingen, commandant le 6e corps, à Medina de Rio Secp

Je reçois, au moment même, des lettres du maréchal Soult datées de Carrion, ce matin à trois heures. L’officier n’a mis que douze heures pour venir. Voici sa position : il est à Carrion avec deux de ses divisions; la division Delaborde est à Paredes; le général Lorge, avec sa division de cavalerie, est à Frechilla; le général Franceschi est à Cardefiosa. Les Anglais étaient la droite à Villalon, la gauche à Sahagun. La Romana, de Léon, marchait pour se réunir aux Anglais. Le maréchal Soult croyait être attaqué demain 27 , et , dans cette hypothèse, il était incertain s’il n’attaquerait pas. Je lui ai mandé de n’en rien faire ; mais il devient urgent de concentrer vos troupes sur Medina de Rio Seco, afin de pouvoir marcher par Villalon ou Valderas. Je lui ai donné l’ordre, dès qu’il verrait l’ennemi en retraite, de le poursuivre l’épée dans les reins. Le maréchal Soult a 20,000 hommes d’infanterie et 3,000 hommes de cavalerie. Si vous entendiez le feu demain matin, il faudrait marcher droit sur le feu. Nous nous mettrons tous en marche demain, à la pointe du jour, pour Medina de Rio Seco.

 

Tordesillas, 27 décembre 1808, trois heures de matin.

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, au Pardo

Mon Frère, je reçois votre lettre du 24. Berthier vous écrit. Si l’ennemi entreprend un mouvement, ce sera probablement par Cuenca. On peut l’arrêter autant de temps que l’on veut au passage du Tage, qui est sans pont dans sa partie supérieure. L’ennemi n’a rien qui puisse résister à la division Latour-Maubourg et aux divisions Villatte et Ruffin. Je pense que vous aurez bientôt 2,000 hommes isolés appartenant à différents corps arrivant à Madrid. Il faut les organiser en régiments provisoires, et vous en servir pour garder le Retiro. Je suppose que le duc de Danzig a battu l’ennerni le 24, et qu’il sera de retour le 26 à Talavera. Donnez-lui ordre de revenir avec la division Sebastiani et la division Milhaud à Tolède; alors, en cas de mouvement de l’ennemi, vous pouvez réunir à Aranjuez les divisions Sebastiani, Villatte et Ruffin, les divisions Latour-Maubourg et Milhaud, le 26e de chasseurs et le 2e de hussards : c’est plus qu’il ne faut. Pendant que ces troupes se réuniraient sur Aranjuez , en cas de besoin la division Valence s’approcherait de Madrid, et le général Lasalle, soutenu de quatre compagnies de voltigeurs, garderait le pont d’Almaraz. Je crois que c’est là la position la plus naturelle. Je pense que le général Lucotte doit avoir des postes d’observation le long du Tage, aux différents bacs.

Le général Lahoussaye est entré à Valladolid. L’ennemi n’y a pas paru depuis huit jours, qu’il y a envoyé un parti de 100 hommes pour enlever l’intendant et prendre 300,000 réaux; il y a depuis renvoyé l’intendant. Le maréchal Soult est à Carrion. Les Anglais sont vis-à-vis de lui. Je suis, avec ce qui arrive de Madrid, sur la droite des Anglais. Les Anglais paraissent être au nombre de 36,000. Aujourd’hui je serai à Medina de Rio Seco, et probablement qu’aujourd’hui ou demain de grands événements auront lieu. Si les Anglais n’ont pas déjà battu en retraite, ils sont perdus; et, s’ils se retirent, ils seront poursuivis jusqu’à leur embarquement, de manière que la moitié certainement ne se rembarquera pas. J’ai déjà mandé qu’on ne nous envoie plus de pain. Il faut faire un peu de biscuit et en charger les charrois pour les autres divisions. Surtout qu’on approvisionne la Porcelaine.

Faites mettre dans les journaux et répandre partout que 36,000 Anglais sont cernés; que je suis à Benavente, sur leurs derrières, tandis que le maréchal Soult est devant eux. Et, si l’ennemi faisait un mouvement sur Aranjuez, faites des cérémonies pour célébrer ces succès. Cette nouvelle ne tardera pas à vous arriver. Envoyez-moi un millier d’exemplaires de la proclamation que j’ai faite, et un millier de journaux qui ont paru à Madrid depuis votre entrée.

P. S. Donnez le commandement du corps d’observation du général Lucotte au maréchal Victor.

Medina de Rio Seco

Au maréchal Bessières, duc d’Istrie, commandant de la réserve de cavalerie

Le maréchal Bessières fera monter à cheval toute la cavalerie sous ses ordres, à six heures, et se portera à Aguilar de Campo, où se rend l’Ernpereur. Un aide de camp sera rendu à sept heures à Aguilar pour porter l’état de situation de toute la cavalerie; ne pas oublier si elle a son artillerie. Il enverra également un officier d’état-major pour faire avancer l’artillerie, si elle n’y est pas, et toute la cavalerie, soit celle du général d’Avenay, soit celle du général Maupetit.

 

Valderas, 29 décembre 1808

Au général Lefebvre-Desnouettes, commandant les chasseurs de la Garde impériale

Je reçois votre lettre. Je suppose que vous avez appelé à vous les Polonais qui étaient à Villafrechos. Le général Durosnel était arrivé ici. Il part à la pointe du jour pour vous rejoindre; il part pour vous rejoindre si l’ennemi occupe le pont avec l’infanterie. S’il n’est pas possible de le forcer, ne compromettez point ma Garde. Ce qu’il m’importe de savoir, c’est si l’ennemi prend sa retraite sur la route de Zamora ou sur celle d’Astorga. La route de Benavente à Zamora fait un angle très-aigu avec la route de Rio Seco à Benavente. Ainsi, en jetant des partis sur votre gauche, on devrait avoir des nouvelles, quoique je suppose que l’ennemi aura abandonné le pont, le maréchal Ney passant le gué à Villafer.

 

Benavente, 30 décembre 1808

Au général de Caulaincourt, duc de Vicence, ambassadeur de l’Empereur près l’Empereur de toutes les Russies, à Saint-Pétersbourg

J’ai partagé votre douleur de la mort d votre père. Vous savez que je lui étais sincèrement attaché. Il me semble qu’il était encore jeune. Ne doutez pas que je ne sois toujours le même pour votre famille.

 

Benavente, 31 décembre 1808

A l’Impératrice Joséphine, à Paris

Mon amie, je suis à la poursuite des Anglais depuis quelques jours mais ils fuient épouvantés. Ils ont abandonné les débris de l’armée de la Romana, pour ne pas retarder leur retraite d’une demi-journée. Plus de cent chariots de bagages sont déjà pris. Le temps est bien mauvais.

Lefebvre (Lefebvre-Desnouettes) a été pris. Il m’a fait une échauffourée avec 300 chasseurs; ces crânes ont passé une rivière à la nage , et ont été se jeter au milieu de la cavalerie anglaise. Ils en ont beaucoup tué; mais, au retour, Lefebvre a eu son cheval blessé : il se noyait; le courant l’a conduit sur la rive où étaient les Anglais, il a été pris. Console sa femme.

Adieu, mon amie. Bessières, avec 10,000 chevaux, est sur Astorga.

Bonne année à tout le monde.

 

Benavente, 31 décembre 1808

Au prince de Cambacérès, Archichancelier de l’Empire, à Paris

Mon Cousin, je reçois vos lettres des 20 et 21 décembre, où je vois qu’il a fait à Paris le même temps qu’en Espagne du 18 au 21. Les projets de lois auront sans doute été pris, car je ne les ai pas reçus. Vous aurez dû recevoir mon décret pour fermer le Corps législatif au 30 décembre.

 

Benavente, 31 décembre 1808.

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Vous recevrez un décret pour la levée de la conscription de 1809. Il est nécessaire que vous arrêtiez avec M. Dejean un projet qui me fasse connaître ce qu’il faut pour les remontes, selles, attelages d’artillerie et équipages militaires, pour que les deux armées ne manquent de rien. Il est indispensable que nous nous tenions prêts au mois de mars, si l’Autriche voulait bouger, et il paraît que cette puissance est vivement intriguée par l’Angleterre. Il sera difficile, si le ministère anglais dure et que la nouvelle de la soumission de l’Espagne n’amène pas de changement, que les Autrichiens ne fassent pas quelque sottise.

 

Benavente, 31 décembre 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, au Pardo

Mon Frère, mon avant-garde est sur Astorga. Les Anglais fuient, à toutes jambes et abandonnent munitions de guerre , caisses , bagages, etc. Il y a plus de deux cents voitures sur la route d’Astorga.

Le maréchal Soult a battu 3,000 hommes de la Romana à Mansilla, en a pris 1,500 et deux drapeaux. C’est Franceschi qui a battu ces 3,000 hommes avec sa cavalerie. Il doit être entré hier à Léon et marcher sur Astorga.

Les Anglais ont non-seulement coupé les ponts, mais même ils ont fait sauter les arches avec des mines, conduite barbare et inusitée à la guerre, et qui ruine le pays en pure perte. Aussi sont-ils en horreur à tout le pays. Ils ont tout enlevé, boeufs, matelas, couvertures, et, par-dessus cela, maltraité et bâtonné tout le monde. Il n’y avait pas de meilleur calmant pour l’Espagne que d’y envoyer une armée anglaise. Il faut faire relever cela dans les journaux. Urquijo peut y insérer des lettres écrites de Valderas, de Benavente, de Léon, etc., où ils ont chassé les moines, qui peindraient leurs brigandages. Leur force réelle est de 20 à 21,000 hommes d’infanterie et de 4 à 5,000 hommes de cavalerie, avec une quarantaine de pièces de canon. Ils doivent de la reconnaissance aux obstacles qu’a opposés le passage de la montagne de Guadarrama et aux infâmes boues que nous avons rencontrées.

La brigade hollandaise doit être à Madrid; si elle était encore à Aranda, envoyez-lui l’ordre de s’y rendre. Un bataillon hessois doit être à Ségovie : réitérez-lui l’ordre de s’y rendre. Vous avez bien fait de retenir le bataillon du 43e. Le commandant de Tolède a perdu la tête d’évacuer cette ville sans raison. Ce qu’il a vu sur ses derrières est un rassemblement de paysans, qui ont profité de la faute qu’a faite le duc de Danzig de ne pas laisser de postes à Talavera, pour faire une échauffourée.

La division Dessolle rentre à Madrid. Si vous n’êtes pas pressé de l’avoir, laissez-la deux on trois jours à Villacastin pour rallier son monde et se reposer un peu.

Je n’ai point de nouvelles de Saragosse.

Le général Lefebvre, commandant les chasseurs de ma Garde, s’est fait prendre. Je l’avais envoyé en reconnaissance avec un détachement de chasseurs de ma Garde, en lui recommandant de ne pas se compromettre. Il a passé la rivière vis-à-vis de Benavente et a rencontré 3,000 hommes de cavalerie anglaise qu’il a chargés ; il en a tué beaucoup; il a été obligé de céder au nombre; mais, en repassant la rivière, son cheval étant blessé, il se noyait, lorsque deux Anglais l’ont sauvé. Cette affaire m’a coûté une soixantaine de mes chasseurs, blessés, tués ou pris. Vous sentez combien cela m’a été désagréable. Le soir, j’avais 8,000 hommes de cavalerie au même endroit; mais les Anglais étaient déjà loin.

On s’aperçoit dans les campagnes que mes proclamations font du bien. Il faut en envoyer plusieurs milliers à Léon, à Salamanque, à Valladolid. Il faut faire faire des pamphlets espagnols qui peignent la mauvaise situation de l’Espagne, livrée à la mauvaise foi des Anglais. On peut en dire beaucoup de mal, car tout le monde en est mécontent. Il faut faire grand bruit des adresses de la ville de Madrid. Je pense que Madrid doit envoyer des députations à Valladolid, Salamanque, Léon, Guadalajara, Ségovie, Tolède, etc., pour inviter ces villes à faire la même chose. Il faut qu’elle fasse une adresse à toutes les provinces et qu’elle envoie des députations à Séville et à Valence, lorsque surtout cette première démarche des autres villes aura fait effet.

Vingt-deux compagnies de marche, faisant 3,000 hommes, doivent être arrivées à Madrid.

 

Benavente, 31 décembre 1808.

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Le bruit court à l’armée que j’ai nommé le sieur Coigny, aide de camp du général Sebastiani, capitaine, tandis qu’il n’est que lieutenant. Je suppose que vous n’aurez pas expédié mon décret, et que vous en aurez appelé de l’Empereur mal instruit à l’Empereur mieux informé; du moins tel était votre devoir. Vous me présenterez un décret pour le nommer lieutenant. J’ai voulu l’avancer d’un grade et non de deux. Si le décret disait : ” Le sieur Coigny, lieutenant., est nommé capitaine “, ce qui serait une erreur de copiste, vous ne devriez pas l’expédier; mais s’il dit : “Le sieur Coigny, sous-lieutenant, est nommé capitaine “, il est clair qu’il est fait sur une fausse supposition.

 

Benavente, 31 décembre 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Je crois vous avoir écrit qu’il n’y avait pas de difficulté à permettre aux généraux impliqués dans l’affaire de Bailen de voir leurs femmes et à mettre en liberté tous les officiers, hormis les quatre généraux qui ont eu la principale part dans cette affaire.

 

Benavente, 31 décembre 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Faites partir des mouches et autres bâtiments pour porter les bulletins d’Espagne à Santo-Domingo. Faites préparer à Brest neuf vaisseaux et quatre frégates, avec le plus de vivres possible, lesquels se rendront tous devant Santo-Domingo et porteront 3,000 hommes. Il faudra partir à la fin de janvier. Santo-Domingo tiendra probablement plusieurs mois, et ces hommes débarqueront. S’il est pris, ces hommes iront à la Martinique.

 

Benavente, 31 décembre 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Vous verrez que j’approuve les propositions que vous m’avez faites. L’opinion de tout le monde est que l’escadre de Flessingue pouvait sortir, surtout ayant la faculté de passer par le nord ; qu’elle pouvait même prendre des vaisseaux anglais. J’espère, moyennant ces dispositions, avoir bientôt à Toulon seize vaisseaux de ligne. Cette escadre de la Méditerranée m’intéresse au delà de ce que vous pouvez penser. C’est là surtout qu’une escadre peut m’être de la plus grande utilité.

 

Benavente, 31 décembre 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Faire partir deux frégates de Toulon pour Corfou, en les chargeant de poudre, de biscuit, de bombes et de boulets qu’on mettra en forme de lest. La guerre fournira ce qu’il sera nécessaire d’embarquer pour Corfou. Il ne faudra pas oublier une vingtaine d’affûts, des morceaux de fer et des rechanges. Ces frégates passeront l’été à Corfou ; cela est absolument nécessaire pour la défense de l’ile. Les bricks et la frégate qui sont à Corfou se rendront à Venise, où la frégate sera réparée, et l’équipage montera une frégate neuve que j’ai fait faire à Venise. Les bricks feront le service à Ancône et Venise, Si lafrégate ne pouvait pas entrer à Venise, elle pourrait aller à Venise.

 

Benavente, 31 décembre 1808

A M. Fouché, ministre de la polica générale, à Paris

J’ai lu avec intérêt l’Histoire du règne de Louis XV, par Lacretelle. Elle m’a paru, en général, bien écrite et faite dans un bon esprit.

Il n’y aurait pas de mal de tourner en ridicule le style pitoyable et larmoyant des ministres de Hollande. Cela demande à être fait avec un peu de tact.

 

Benavente, 31 décembre 1808

A M. Fouché, ministre de la polica générale, à Paris

Je suis instruit que des familles d’émigrés soustraient leurs enfants à la conscription et ls retiennent dans une fâcheuse et coupable oisiveté. Il est de fait que les familles anciennes et riches qui ne sont pas dans le système sont évidemment contre. Je d´sire que vous fassiez dresser une liste de dix de ces principales familles par département et de cinquante pour Paris, en faisant connaître l’âge, la fortune et la qualité de chaque membre. Mon intention est de prendre un décret pour envoyer à l’École militaire de Saint-Cyr tous les jeunes gens appartenant à ces familles, âgés de plus de seize ans et de moins de dix-huit. Si l’on fait quelque objection, il n’y a d’autre réponse à faire, sinon que cela est mon bon plaisir. La génération future ne doit point souffrir des haines et des petites passions de la génération présente. Si vous demandez aux préfets des renseignements, faîtes-le dans ce sens.

 


 

References   [ + ]

1.Note : Dans (prince Eugène) la lettre commence par : Mon Fils, donnez des ordres au général Miollis.