Correspondance de Napoléon Ier – Octobre-Novembre-Décembre 1808

Erfurt, le 1er octobre 1808

Sire, S. M. l’empereur Alexandre vient de m’envoyer le grand cordon de l’Ordre de Saint-André. Je pense que c’est à Votre Majesté Impériale que je dois cet honneur, et je demande à Votre Majesté la permission de le porter. Vous l’avez mérité aux champs de Friedland comme à ceux Pultusk.L’estime d’un des anciens ennemis, aujourd’hui notre intime allié, vous honore et me plaît.

Tout à vous, mon cher Lannes.

 

Erfurt, 1er octobre 1808

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Je vois dans votre dernier rapport un article de Lyon sur les Pères de la Foi. Le remède est bien simple. Ordonnez que de Lyon tous les Pères de la Foi ou Jésuites soient tenus de retourner dans les villages où ils ont pris naissance. Par ce moyen il n’en restera plus à Lyon.

 

Erfurt, 2 octobre 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre á Paris

Vous trouverez dans le Moniteur les conventions de Portugal. Il est probable que le duc d’Abrantès est arrivé à Lorient ou à Rochefort. Comme ses troupes viennent par mer, elles seront sans doute en bon état. Mais il paraît qu’elles n’ont que 600 chevaux d’artillerie; il y a donc là un emploi à faire de 1,200 chevaux. Si vous dirigiez de ce côté les chevaux des Espagnols, qui ont l’avantage d’être acclimatés , ces 1,200 hommes seraient montés sur-le-champ.

Je pense que, si ces troupes arrivent à Rochefort, il faut diriger sur-le-champ l’infanterie sur Saintes, l’artillerie sur la Rochelle, et la cavalerie sur Niort et les environs. Les troupes pourront, sur ces points, se reformer et se réorganiser. Les bataillons des 26e, 66e et 82e seront à portée de leurs dépôts pour recevoir promptement des secours.

Les régiments dont l’armée de Portugal était composée sont les mêmes que ceux qui ont des bataillons à l’armée d’Espagne, et, quoique ces bataillons soient très-nombreux, les régiments auront probablement besoin de renforts pour se compléter.

Du moment où le duc d’Abrantès ou d’autres officiers de son armée seront débarqués , vous leur écrirez que j’ai appris la convention ; que je ne sais si je dois l’approuver, mais qu’en attendant la relation que je dois recevoir je ne vois rien dans cet acte qui soit contraire à l’honneur, puisque les troupes n’ont pas posé les armes, qu’elles reviennent avec leurs drapeaux, qu’elles ne sont pas prisonnières, et qu’elles arrivent, non par une capitulation, mais par une convention plutôt politique que militaire. J’attends du duc d’Abrantès une relation de tous les evénements, qui m’apprenne ce qui s’est opposé à ce que, voyant venir depuis six semaines, il ait fait un camp retranché à l’embouchure du Tage, ou dans toute autre position, avec des approvisionnements suffisants pour attendre qu’il soit secouru. Voilà ce que l’art de la guerre voulait qu’il fît dans une pareille situation.

 

Erfurt, 2 octobre 1808.

Au général Clarke, minstre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, donnez l’ordre que le général de division Walther parte à la tête de ma Garde pour se rendre à Bayonne.

Ce qu’il mènera avec lui sera composé d’un régiment de chasseurs à cheval, d’un régiment de grenadiers à cheval et d’un régiment de dragons, formant en tout au moins 1,500 chevaux, d’un régiment de chasseurs à pied, formé de deux bataillons de quatre compagnies chacun, chaque compagnie de 140 hommes, officiers, sous-officiers non compris, formant par bataillon 520 hommes et par régiment 1.040 hommes, et d’un régiment de grenadiers à pied, composé de même.

Les 2e régiments de chasseurs et de grenadiers à cheval et de dragons resteront à Paris jusqu’à nouvel ordre.

Vous ferez partir avec la colonne ci-dessus 24 pièces de canon, des caissons d’ambulance, de vivres, des caissons d’infanterie, et tout ce qui peut être utile à l’artillerie.

Ainsi la colonne qui partira sera composée de 12 à 1500 hommes de cavalerie, de 24 pièces d’artillerie, dont 12 servies par l’artillerie légère, de 1,000 à 1,100 chasseurs à pied et de 1,000 à 1,100 grenadiers à pied; ce qui fera une force de plus de 4,000 hommes .

Vous donnerez ordre que le reste se tienne également prêt à marcher. On prendra des mesures pour atteler les 12 autres pièces d’artillerie qui restent, et pour mettre en état de partir le reste de la cavalerie et de l’infanterie. Vous m’enverrez l’état de ce qui part et l’état de ce qui reste, et je donnerai des ordres ultérieurs.

Le général de division Lefebvre restera à Paris pour commander le reste de la Garde en remplacement du général Walther, et pour conduire le second convoi, si je donne des ordres pour son départ.

Faites marcher la colonne qui part, de manière qu’une partie de la cavalerie soit arrivée à Bayonne avant le 30 octobre.

 

Erfurt, 2 octobre 1808.

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, je suppose que vous êtes certain d’avoir au ler octobre, à Bayonne, le nombre de cartouches demandé, et les fusils nécessaires pour armer les conscrits. Dans ces opérations, il ne faut point de si ni de mais, il faut être sûr de réussir. Obligez les chefs de bureau à venir vous rendre compte tous les matins, et levez les difficultés.

Je vous ai écrit pour accélérer la marche de plusieurs compalnies de sapeurs et de mineurs ; faites-leur doubler quelques étapes, et qu’elles puissent arriver du 15 au 20 à Bayonne.

Le 5e corps se dirige décidément sur Strasbourg avec la 2e division de dragons ; la 5e division de dragons se dirige sur Mayence; prenez vos précautions et donnez vos ordres en conséquence.

Jetez un coup d’oeil sur l’état des dépôts, et faites-leur fournir de forts détachements. Je suppose en cela que les corps ne sont pas leur effectif.

 

Erfurt, 2 octobre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de la Grande Armée, à Erfurt

Mon Cousin, vous donnerez l’ordre au général Sebastiani d’être rendu avec tout son état-major à Bayonne le 10 octobre. Sa division entrera le 15 en Espagne, en se dirigeant par Vitoria. Elle marchera par brigade, chaque brigade ayant avec elle six pièces d’artillerie. En passant à Bayonne, il lui sera donné cinquante cartouches par homme. En passant à la hauteur de Saint-Sébastien, le 39e et le 58e recevront l’incorporation des détachements de leur corps qui font partie des bataillons provisoires de Portugal. L’état-major de 1e division marchera avec la 1e brigade ; il ne partira cependant que le 16, mais il ira droit de Bayonne à Ernani, où il joindra la le brigade. Vous donnerez l’ordre au général de division Leval d’être rendu le 8 à Bayonne avec son état-major. Il formera sa division en deux brigades : la 1e sera composée du régiment de Nassau et de celui de Bade; la 2e brigade sera composée des troupes de Hesse-Darmstadt et du prince primat. La 1e brigade entrera le 13 en Espagne et se rendra à Vitoria; la 2e entrera le 17. Je suppose qu’il y a à cette division deux généraux de brigade parlant allemand. Le général Vonderweidt serait bon pour commander une de ces brigades; donnez-lui l’ordre de s’y rendre en poste.

Le duc de Danzig sera rendu le 10 octobre à Bayonne, afin d’avoir son quartier général le 18 à Vitoria, et d’y réunir les divisions Sebastiani et Leval; ce qui lui fera 12,000 hommes, 24 pièces de canon et 30 caissons. Je suppose qu’il a été pris des mesures pour organiser l’état-major et les ambulances de ce corps. Donnez ordre qu’il soit donné à la division Sebastiani une compagnie du train , de celles nouvellement formées, et à la division Leval une autre, et que les caissons soient chargés de biscuit à Bayonne ; ce qui fera cinq jours de biscuit pour chaque division, qu’elles garderont en réserve pour des cas urgents et qu’elles ne consomineront pas inutilement.

 

Erfurt, 2 octobre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de la grande Armée, à Erfurt

Mon Cousin, donnez ordre au général Drouet de former du 86e autant de compagnies qu’il y a de fois 140 hommes, et de les diriger sur le corps du maréchal Bessières, pour, avec les grenadiers et les voltigeurs, compléter ce régiment. S’il ne peut former que deux compagnies, il les fera d’abord partir; avec les grenadiers et voltigeurs, cela formera un petit bataillon. Quand il pourra, il enverra la 3e et, après, la 4e. Prévenez le général Belliard que les cinq divisions de dragons se rendent en Espagne et qu’il doit considérer les régiments provisoires de dragons comme dissous, et que chaque détachement doit rejoindre son régiment; que plusieurs régiments de chasseurs et de hussards se rendent en Espagne, et que les détachements qu’ils ont dans les régiments provisoires de leur arme doivent les rejoindre, qu’au lieu de deux régiments provisoires de hussards qui sont en Espagne, on n’en fera qu’un, composé des détachements des 5e, 7e, 8e et 9e, vu que les autres régiments viennent en Espagne; que, pour la grosse cavalerie, il doit être formé un régiment définitif des régiments provisoires qui sont en Espagne, vu qu’il n’y vient aucun cuirassier. Prescrivez-lui de vous envoyer un état, au présent et non à l’effectif, de tout ce qui compose les régiments provisoires et de marche, afin que, comparant ce qui existe en Espagne avec ce qui doit arriver, je prenne une mesure définitive.

 

Erfurt, 3 octobre 1808.

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, vous trouverez ci-joint une pièce que vous joindrez aux autres pièces sur cette honteuse affaire.

1)Extrait de la Gazette de Madrid, du 9 septembre, contenant l’état des sommes prises au général Dupont et versées à la trésorerie. (Note de la minute.)

 

Erfurt, 3 octobre 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le général Clarke , vous trouverez ci-joint une note que m’envoie le ministre de la marine (liste des généraux débarqués à Toulon sur un parlementaire sarde – note de la minute). Le général Dupont sera mis en arrestation, et le scellé sera mis sur ses papiers. Comme la capitulation n’a pas été suivie, aucun des généraux ne sera considéré comme prisonnier de guerre, et ils attendront tous, à Marseille, des ordres pour reprendre du service. Vous me ferez connaître les désir là-dessus, soit pour être employés à l’armée d’Espagne , soit pour être employés aux autres armées.

 

Erfurt, 3 octobre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, vice-connétable de l’Empire, à Erfurt

Mon Cousin, donnez l’ordre au prince de Ponte-Corvo de faire saisir les deux cents gardes de hesse-Cassel, de les faire désarmer et de les faire conduire en france sous bonne et sûre garde en laissant les Danois chez eux s’il s’en trouve parmi eux; mais la plupart ne sont pas Danois, ce sont des déserteurs des troupes de Hesse-Cassel.

 

Erfurt, 4 octobre 1808

NOTES POUR M. DARU, INTENDANT GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMÉE, A ERFURT.

PREMIÈRE NOTE

M. Daru verra M. Champagny pour lui faire connaître que je céderai volontiers le pays de Baireuth par un traité avec M. de Mongelas, aujourd’hui ou demain.

Le pays de Baireuth sera cédé à la Bavière pour faire partie intégrante de la monarchie. Moyennant cela , la force militaire de la Bavière sera augmentée de deux régiments d’infanterie. Elle sera de34,000 hommes.

Les domaines que je m’étais réservés appartiendront à la Bavière qui, en échange, versera le capital à la caisse d’amortissement. Le capital consistera en 1,500 bons de 10,000 francs chacun , formant quinze séries de 100 bons, total 1,500 bons. Chaque bon portera intérêt de 5 pour 100, payable à Paris, chez un banquier choisi par la Bavière, au 1er juillet et au 1er janvier, à raison de six mois. L’intérêt courra du ler janvier 1809, et, dès lors, le premier payement aura lieu le 1er juillet 1809. L’intérêt sera payé au porteur. Il y aura, à cet effet, un livre chez le banquier, qui inscrira le porteur. Ces bons passeront d’une main à l’autre, et les transferts seront faits conformément aux lois de France.

Ces bons seront remboursables à raison d’une série par an . La première série, l’année qui suivra la signature de la paix maritime, et ainsi de suite jusqu’à la quinzième. Chaque série sera remboursée, à raison de 25 bons ou 250,000 francs, en mars de la première année, les autres 25 bons, en juin; idem, pour septembre et décembre.

Moyennant ce, le Roi disposera de tous les domaines comme il voudra. Pendant toute l’année 1809, il sera donné à un corps de troupes françaises de 15,000 hommes, qui restera dans cette principauté, le logement, lumière, bois, plus une fourniture de denrées équivalente à 2 millions dans l’année.

Le Roi serait mis en possession avant le 15 décembre, afin de commencer son administration avec l’année; et tous les revenus du passé jusqu’au ler janvier seraient à la caisse française; les revenus, passé le 1er janvier, au Roi.

Hanau sera cédé au prince Primat pour être joint à l’Électorat, qui par ce moyen aura près de 1,500,000 francs de rente. On lui laissera tous les domaines, mais il cédera, en place, son droit sur l’octroi du Rhin, et, outre ce, je me réserverai sur les domaines une somme de 300,000 francs. En évaluant l’octroi du Rhin à 700,000 francs, les 300,000 francs que je me réserve, le prince Primat y gagnera environ 500,000 francs de rente; il gagnera encore sur les frais d’exploitation ou d’administration 300,000 francs.

Pour le prince Primat, il serait imposé l’obligation de ne vendre aucuns domaines qui sont inamovibles, ou de les remplacer par d’autres.

Il y serait aussi stipulé la séparation de Ratisbonne, qui serait donné à la Bavière, avec la charge à la Bavière de donner des domaines pour la somme de 3 ou 400,000 francs de rente nette , à titre de fief, à M. de Dalberg, neveu du prince Primat, pour être possédés à perpétuité par son aîné et avec la faculté de pouvoir servir en France ou dans tous les pays de la Confédération.

Outre cela, la Bavière serait aussi obligée de donner, pour arrondir le roi de Wurtemberg, une population de 40,000 âmes.

Je donnerai Fulde avec ses domaines au roi de Westphalie. Par ce moyen, l’armée du roi de Westphalie serait augmentée de ce que comporte la population de Fulde.

Les domaines se montent à 900,000 francs; je me contenterais de 500,000 francs, répondant à un capital de 10 millions, arrangés de la même manière que ceux de Baireuth.

Donner toutes les enclaves de Hanau à Hesse-Darmstadt, celles qui lui conviennent.

Mais tout ceci ne peut pas se traiter ici ; je ne vois d’urgent que dans ce qui est relatif à la Bavière, afin qu’il n’y ait point d’incertitude sur le sort d’un pays qui va se trouver frontière de l’Autriche. Il faut aussi mettre Ratisbonne dans ce même traité, afin de finir ce qui est relatif à la Bavière et au Wurtemberg.

Enfin Erfurt serait donné au roi de Saxe, hormis quelques petites enclaves qui seraient données à Gotha, à Weimar et à la Westphalie.

En partant du principe que je me réserve les domaines, qui s’élèvent à 400.000 francs, on exigerait du roi de Saxe 6 millions. Ce qui ferait que je retirerais de l’Allemagne : 15 millions de la Bavière, 10 de la Westphalie, 6 de la Saxe, 6 du prince Primat; total : 37 millions. Ce qui me ferait près de 2 millions de rente à donner en France, d’une manière sûre et sans discussion, ou à garder juqu’à nouvel ordre en cas de besoins de l’État. Il ne restera plus alors entre mes mains que le Hanovre et la Poméranie suédoise.

 

DEUXIÈME NOTE.

M. Daru me fera connaître s’il a, par ses propres transports, moyen de faire passer 150,000 paires de souliers à Bayonne, et, s’il n’y a pas moyen, qu’est-ce que cela me coûterait par les chemins.

S’arranger de manière que tous les souliers qui restent soient distribués aux divers corps qui doivent composer l’armée du Rhin, un prix raisonnable. Par ce moyen, il n’y aura pas lieu à envoyer des souliers de France. Les matières resteront à Magdeburg.

 

TROISIÈME NOTE.

DISPOSITIONS POUR VIVRES d’ALLEMAGNE

Mes troupes doivent évacuer du premier moment que la ratification aura eu lieu; ce qui doit être dans la semaine.

Mon intention est d’évacuer réellement toute l’Allemagne et derepasser l’Elbe. Glogau, Küstrin et Stettin doivent avoir chacune pour leur garnison respective pendant un an. Les garnisons doivent être calculées suivant le traité. Les vivres journaliers doivent être fournis par la Prusse; mais, si la Prusse se refroidissait, la garnison aurait un an pendant lequel elle pourrait vivre.

Mon intention est de démolir Stralsund. Mon intention est également de démolir Danzig, où je laisserai cependant la garnison actuelle avec un gouverneur français.

Il y a en Poméranie, en Silésie et en Prusse, sans comprendre la Pologne, 180,000 quintaux. Il faut, ou faire refluer tout cela à Magdeburg, ou le vendre, en laissant à Küstrin, Glogau et Stettin ce qui est dit ci-dessus.

Il n’y a que 40 ou 50,000 quintaux à Magdeburg, c’est-à-dire pour 50,000 hommes pendant six mois; il faut en faire davantage.

Les 700,000 rations de biscuit qui sont en Prusse, ainsi que le biscuit qui est à Posen et à Thorn, pourraient être dirigées sur Magdeburg, en laissant le biscuit nécessaire dans les places qu’on doit garder.

Toute l’avoine qui est en Prusse, hormis ce qui est nécessaire dans les places, sera dirigée sur Magdeburg, où il n’y en a que 80,000 boisseaux.

Tout ce qui est à Hameln servira à la nourriture des troupes qui sont à Hameln, ainsi que ce qu’il y a à Erfurt, Würzburg, etc.

Mon intention est de laisser en Allemagne une armée, sous le titre d’armée du Rhin, et composée de 10,000 hommes environ, pour garder les trois places de l’Oder, d’une division pour garder la Poméranie, de 12,500 hommes à Magdeburg, de deux autres corps placés dans les villes anséatiques et le Hanovre, de 23,000 chevaux, dont 10,000 cuirassiers; ce qui fera à peu près une armée de 70 à 80,000 hommes.

Je compte nommer Villemanzy intendant général de cette armée, et le charger du gouvernement du Hanovre et des pays que je n’aurai pas distribués ; le major général en remettra l’état à l’intendant. Il est évident que les garnisons ont leurs subsistances. La Poméranie doit nourrir sa division; les villes anséatiques peuvent nourrir la leur. 12,500 hommes à Magdeburg, nourris par la Westphalie. Le Hanovre ne pourra probablement pas nourrir ce qu’on voudrait lui mettre; mais les magasins de Magdeburg, qu’on ne saurait trop approvisionner, et tous ceux d’Erfurt, Würzburg et Hameln, doivent être destinés à soulager le pays.

Aussitôt que M. Daru aura l’état de cette armée, il m’en fera le budget pour les six premiers mois de 1809 : d’où on tirera le pain, ce que je devrai payer, la solde; tous les revenus des pays qui me restent, et les magasins que j’ai sont destinés pour cet objet.

S’il y a guerre, Magdeburg doit être considéré comme la place de dépôt.

Mon but est de connaître, pour l’année prochaine, le budget de cette armée du Rhin, que je ne comprendrai point l’année prochaine dans le budget de l’État.

Si les ressources du pays étaient insuffisantes, j’y fournirais par les recettes de la Prusse. Je réglerai les ressources par le budget, jusqu’au ler juillet.

L’habitant ne devra point nourrir. Si l’on cantonne les troupes, il faudra leur assurer une indemnité équivalente.

Me faire l’état de ce qui me revient pour les contributions non rentrées, de ce qui me restera des bons de la Saxe, de ce qui rentrera des impositions ordinaires du pays.

 

QUATRIÈME NOTE.

M. Daru me fera un état qui me fasse connaître ma situation. Voici comment il faut me le faire : les recettes qui ont dû avoir lieu pour les impositions ordinaires de tous les pays jusqu’au 1er janvier 1809; celles qui ont eu lieu au ler octobre 1808; celles qui auront lieu après. Ainsi, par exemple, je verrai sortir les 20 millions de la Saxe, tout ce que doit la Westphalie, tout ce qu’on doit à un titre quelconque.

Je verrai par là ce qu’a rendu la Prusse. Je n’entends pas ce que le pays devait rendre en temps de paix. De là résultera un total d’une colonne, ce que j’ai dû recevoir, ce que j’ai reçu ce que j’ai à recevoir, ce qui est annulé. On portera, par exemple, à annulé, soit les pertes, soit les différences des contributions, telles qu’elles ont été frappées, la dépense de cet argent. On me fera connaître ce que payeur a recu du receveur des contributions, ce qu’il lui faut pour compléter la solde, au 1er janvier 1809, à deux corps qui restent en Allemagne, et enfin ce qu’il faut pour compléter tous les payements jusqu’au ler janvier 1809.

D’où il sera facile de voir ce que j’ai déjà à la caisse d’amortissement, ce que j’ai à la caisse actuelle, ce que j’ai à dépenser, ce que j’ai de net.

M. Daru, en même temps, me proposera les moyens pour que cet argent arrive à la caisse d’amortissement.

Pourquoi il y a des corps qui rentrent en France avec des créances, et d’autres alignés pour la solde, et pourquoi le payeur est assez inconsidéré pour donner à des corps des mandats sur Mayence payables en monnaie de Prusse.

Donner l’ordre à M. Roguin de venir à Erfurt.

La récapitulation de ces 150 millions, que je crois avoir en espèce de monnaies ou valeurs.

 

Erfurt, 4 octobre 1808

A M. Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur Mollien, on m’assure que les régiments qui passent à Paris pour se rendre en Espagne sont arriérés dans leur solde. Le payeur général de la Grande Armée a eu la maladresse de leur donner des bons payables à Mayence en monnaie de Prusse. Le soldat n’est pas si dupe que de perdre 25 pour 100 sur cette monnaie. Prenez des mesures pour qu’ils soient payés exactement, et que le soldat entre en Espagne sans qu’il lui soit rien dû.

On se plaint aussi que la solde n’est pas payée à bord des escadres; faites-moi connaître si cela est vrai.

 

Erfurt, 4 octobre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, vice-connétable de l’Empire

Mon Cousin, témoignez mon mécontentement au prince de Ponte-Corvo de ce qu’il a donné des passeports à l’ancien Électeur de Hesse. Faîtes-lui connaître que ce prince semant partout le désordre et fomentant des troubles dans le pays, il faut qu’il prenne des mesures pour se saisir de sa personne, se cela est possible.

 

Erfurt, 6 octobre 1808, Au comte de Fouché, ministre de la police générale

Qu’est-ce qu’un nommé Margarin et un nommé Sarrat, à Paris ? Tâchez de les faire arrêter et saisir leurs papiers. Ce sont des Espagnols.

 

Erfurt, 8 octobre 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Erfurt

Monsieur de Champagny, je vous envoie des observations que vous communiquerez à M. de Romanzof. Je tiens à la rédaction de l’article 6 telle que je l’ai faite, puisque je ne peux pas céder ce qui ne m’appartient pas, et que vouloir me faire adopter l’article qu’ils proposent est une pure fantaisie. Vous verrez le parti que j’ai pris pour l’article en discussion. Voyez si cela peut s’arranger comme cela.

OBSERVATIONS SUR LE PROJET DE TRAITÉ.

Il a été fait des objections sur l’article 4. Le plénipotentiaire français adopte le contre-projet.

Le contre-projet ne dit pas davantage que l’article, et il a l’inconvénient de compromettre la dignité de la France en pure perte.

Le contre-projet, article 7, peut être adopté en y ajoutant cette seule phrase : ” Il ne sera donné aucun éveil à la Porte sur les intentions de la Russie, que l’on n’ait connu l’effet des propositions faites par les puissances à l’Angleterre.”

On supprime, comme on le désire, l’article 11 comme sous- entendu, et l’on adopte l’article du contre-projet.

Toute la discussion ne peut donc tomber que sur la seule phrase ajoutée à l’article 7. Elle est cependant une conséquence immédiate de la démarche qui est faite. Car, si l’Angleterre est portée à entrer en négociation , il est évident que, la nouvelle lui survenant qu’une puissance d’une masse aussi considérable entre dans ses intérêt cela la rendra plus exigeante dans les négociations. A quoi bon lui rouvrir sans raison les portes de la Syrie, de l’Égypte, de l’Afrique et de la Morée? Les comptoirs français seraient pillés, plusieurs milliers d’hommes empoisonnés et égorgés, le commerce interrompu, et tout cela en pure perte pour la Russie. Et si la paix était faite entre la Russie et la Porte, pendant que les négociations auraient lieu avec l’Angleterre , ce serait un incident qui aurait plus d’inconvénients que d’avantages, puisque l’Angleterre verrait plus clair dans les affaires qui seraient traitées à Erfurt; et le traité fait avec la Porte lui ferait comprendre que les idées de partage sont éloignées, et l’effrayerait moins. Tout porte donc à exécuter scrupuleusement l’article proposé.

 

Erfurt, 8 octobre 1808

NOTE POUR M. DARU, INTENDANT GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMÉE, À ERFURT

La Westphalie doit 20,047,666 francs 24 centimes. M. Daru proposera .

Que les 20,047,666 francs 24 centimes soient payés à raison de 500,000 francs par mois à compter du 20 novembre prochain. Ainsi les 20,047,666 francs 24 centimes seront payés en quarante mois. Ainsi le dernier payement sera pour le 20 mars 1812.

Les 500,000 francs payables en novembre et décembre ne porteront aucun intérêt, non plus que les payements de janvier, février, mars, avril, mai, juin 1809, jusqu’au 1er juillet. Le payement du ler juillet portera 5 pour 100 d’intérêt depuis le 1er janvier 1809.

Le payement sera fait en bons numérotés. Les deux numéros de novembre et de décembre ne seront pas compris. La première série comprendra tous les numéros payables en 1809, l’autre en 1811 Chaque bon sera de 10,000 francs.

La date du payement sera faite, sur la caisse de Cassel, à raison de dix bons le ler de chaque mois, les 5, 10, etc. Chaque bon portera le jour de son échéance et le compte tout fait des intérêts.

Les bons de la série qui échoit en 1810 et 1811 porteront 6 pour 100 d’intérêt, afin que toutes aient la même valeur.

Les bons seront confectionnés sur un papier particulier, d’une manière très-soignée, et versés à la caisse d’amortissement.

Pour ceux de 1809, l’intérêt sera payable avec le capital. Pour 1810, on payera l’intérêt au ler janvier 1810, pour 1809; 1811 et 1812 également.

 

Erfurt, 9 octobre 1808

A l’impératrice Joséphine, à Saint-Cloud

J’ai recu, mon amie, ta lettre. Je vois avec plaisir que tu te portes ,bien. Je viens de chasser sur le champ de bataille d’Iéna. Nous avons déjeuné dans l’endroit où j’avais passé la nuit au bivouac.

J’ai assisté au bal de Weimar. L’empereur Alexandre danse, mais moi non; quarante ans sont quarante ans.

Ma santé est bonne au fond, malgré quelques petits maux.

Adieu, mon amie. Tout à toi. J’espère te voir bientôt.

 

A l’impératrice Joséphine, à Saint-Cloud

Mon amie, je t’écris peu. Je suis fort occupé. Des conversations de journées entières !Cela n’arrange pas mon rhume. Cependant tout va bien. Je suis content d’Alexandre, il doit l’être de moi. S’il était femme, je crois que j’en ferais mon amoureuse.

Je serai chez toi dans peu, porte-toi bien et que je te trouve grasse et fraîche.

Adieu, mon amie.

 

Erfurt, 9 octobre 1808

A Monsieur de Champagny, ministre des relations extérieurs, à Erfurt

Monsieur de Champagny, donnez des pleins pouvoirs au maréchal Davout et à l’intendant général Daru, pour régler tout ce qui est relatif à l’exécution de la convention qui a été échangée hier et à l’évacuation. En conséquence, le sieur Daru sera chargé de s’entendre avec M. de Golz pour l’exécution de l’article relatif aux contributions. Il sera donné pour instruction au sieur Daru de tâcher d’avoir quatre millions par mois au lieu de trois qu’on propose. On facilitera, pour le surplus, un emprunt en Hollande ou en France. Il prendra toutes les précautions nécessaires pour les billets de la banque territoriale qu’on veut donner.

 

Erfurt, 9 octobre 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale

Puisque l’officier qui est à Valencay ne convient pas, comme il résulte de votre bulletin du 30, il faut le changer. Il faut faire arrêter le dentiste Gallet, qui a voulu parler au prince des Asturies. Je trouve ridicule que vous n’ayez pas pris vous même ces mesures. Si on laisse ainsi rôder autour du palais des gens arrivant de Madrid, il faudra s’attendre à quelque évènement.

 

Erfurt, 9 octobre 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine

Monsieur Decrès, j’ai reçu votre lettre relative à l’amiral Ganteaume. Il me semble que j’ai nommé cet amiral inspecteur-général de la marine. Si le décret pour cette nomination n’a pas été pris, présentez-le à ma signature. Quant aux titres, l’amiral Ganteaume a ceux auxquels il a droit comme conseiller d’État; les ministres n’en ont pas davantage. Je ne comprends pas ce qu’il peut désirer.

 

Erfurt, 10 octobre 1808

Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de la grande Armée, à Erfurt

Mon Cousin, donnez ordre au prince de Ponte-Corvo de concentrer toutes ses troupes françaises et hollandaises dans les villes hanséatiques, afin de ne pas molester le Danemark et de ménager les habitants, ce pays n’ayant aucune espèce de dangers à craindre puisque toutes les forces anglaises sont occupées en Espagne; Ce corps devant, d’ailleurs, recevoir incessamment une nouvelle destination.

 

Erfurt, 10 octobre 1808

NOTE POUR M. DARU, INTENDANT GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMÉE, À ERFURT

Je vous prie de me faire une petite note sur les questions suivantes.

1e Question. Je suis obligé de laisser en Allemagne une quarantaine de mille hommes d’infanterie et 12,000 chevaux. Je puis faire rentrer en France une quarantaine de mille hommes et 12.000 chevaux. Si je fais rentrer en France ces 40,000 hommes et ces 20.000 chevaux, et s’ils devaient être nourris par moi en Allemagne, j’aurais l’avantage d’éviter l’exportation du numéraire et de favoriser la consommation des denrées qui sont abondantes en France. L’avantage qu’il y aurait à laisser ces troupes en Allemagne serait-il compensé par les autres avantages de leur rappel en France ? Sous ces divers points de vue, vaut-il mieux pour le trésor laisser ces 40,000 hommes et ces 12,000 chevaux en Allemagne que de les faire venir en France ?

2e Question. La Prusse doit nourrir 10,000 hommes, et la Poméranie suédoise en nourrira, je crois, 6,000. Ainsi je puis avoir là un corps de 16,000 hommes qui ne me coûtera rien. Comment doit-il, à cet effet, être composé en infanterie, cavalerie et artillerie ?

Le roi de Westphalie doit nourrir 12,500 hommes. Comment ce corps doit-il être composé en infanterie, cavalerie et artillerie ?

Que peuvent nourrir le Hanovre , Hambourg, Brême et Baireuth en infanterie, cavalerie et artillerie ?

La solution de cette question doit faire connaître comment doivent être composées mes troupes en Allemagne, en infanterie, cavalerie et artillerie, pour qu’elles ne coûtent rien à la caisse des contributions ni au trésor. On affecterait à l’intendant qui serait chargé de ce service les revenus du Hanovre, des villes hanséatiques, de Baireuth et de la Poméranie suédoise.

 

Erfurt, 11 octobre 1808

A la princesse Cunégonde, ancienne princesse d’Essex, à Augsburg

Ma Cousine, les dispositions que je vous ai témoignées à Augsburg, et que vous me rappelez, étaient une marque de l’intérêt que je prends à votre position. Il sera constamment le même. J’examinerai avec attention l’objet dont vous m’entretenez, et les circonstances où je pourrai vous donner des témoignages de ma considération et de mon estime seront toujours agréables pour moi.

 

Erfurt, 11 octobre 1808

DÉCISION.

Le major général propose à l’Empereur de décider que le 5e corps de la Grande Armée, commandé par le maréchal Mortier, et qui se rend à l’armée d’Espagne, conservera son numéro, et que le corps du qénéral Saint-Cyr, à qui le décret d’organisation de l’armée d’Espagne avait attribué, le no 5, deviendra le 7e corps de cette armée. Approuvé. Communiquer cette décision au ministre de la guerre.

 

Erfurt, 12 octobre 1808

CONVENTION D’ALLIANCE.

Sa Majesté l’Empereur des Français, Roi d’Italie, et Sa Majesté l’empereur de toutes les Russies, voulant rendre de plus en plus étroite et à jamais durable l’alliance qui les unit, et se réservant de s’entendre ultérieurement, s’il y a lieu, sur les nouvelles déterminations à prendre et les nouveaux moyens d’attaque à diriger contre l’Angleterre, leur ennemie commune et l’ennemie du continent, ont résolu d’établir, dans une convention spéciale, les principes qu’ils sont déterminés à suivre invariablement dans toutes leurs démarches, pour parvenir au rétablissement de la paix. Ils ont, à cet effet, nommé pour leurs plénipotentiaires respectifs, savoir :

AERICLE 1er. – Sa Majesté l’Empereur des Français, le comte de Champagny, et Sa Majesté l’Empereur de toutes les Russies, le comte de Romanzof, lesquels sont convenus de ce qui suit :

Leurs Majestés l’Empereur des Francais et l’Empereur de Russie confirment, et, en tant que besoin est , renouvelle l’alliance conclue entre eux à Tilsit; s’engagent non-seulement à faire avec l’ennemi commun aucune paix séparée, mais encore à n’entrer avec lui dans aucune négociation et à n’écouter aucune de ses propositions que d’un commun accord.

ART. 2. – Ainsi résolues de rester inséparablement unies pour la paix comme pour la guerre, les hautes parties contractantes conviennent de nommer des plénipotentiaires pour traiter de la paix avec l’Angleterre, et de les envoyer, à cet effet, dans la ville du continent que l’Angleterre désignera.

ART. 3. – Dans tout le cours de la négociation, si elle a lieu, les plénipotentiaires respectifs des hautes parties contractantes agiront constamment avec le plus parfait accord, et il ne sera permis à aucun d’eux, non-seulement d’appuyer, mais même d’accueillir et d’approuver, contre les intérêts de l’autre partie contractante, aucune proposition ou demande des plénipotentiaires anglais qui, prises en elles-mêmes et favorables aux intérêts de l’Angleterre, pourraient aussi présenter quelque avantage à l’une des parties contractantes.

ART. 4. – La base du traité avec l’Angleterre sera l‘uti possidetis.

ART. 5. – Les hautes parties contractantes s’engagent à regarder comme condition absolue de la paix avec l’Angleterre qu’elle reconnaîtra la Finlande, la Valachie et la Moldavie comme faisant part de l’empire de Russie.

ART. 6. – Elles s’engagent à regarder comme condition absolue de la paix que l’Angleterre reconnaisse le nouvel ordre de chose établi par la France en Espagne.

ART. 7. – Les hautes parties contractantes s’engagent à ne recevoir de la part de l’ennemi, pendant la durée des négociations, aucune proposition, offre ou communication quelconque, sans en faire immédiatement part aux cours respectives ; et, si lesdites proposition sont faites au congrès réuni pour la paix, les plénipotentiaires devtonz respectivement se les communiquer.

ART. 8 – Sa Majesté l’Empereur de Russie, d’après les révolutions et changements qui agitent l’empire ottoman et qui ne laissera aucune possibilité de donner et, par conséquent, aucune espérance d’obtenir des garanties suffisantes pour les personnes et les biens des habitants de la Valachie et de la Moldavie, ayant déjà porté les limites de son empire jusqu’au Danube, de ce côté, et réuni la Valachie et la Moldavie à son empire, ne pouvant qu’à cette condition reconnaître l’intégrité de l’empire ottoman , Sa Majesté l’Empereur Napoléon reconnaît ladite réunion et les limites de l’empire russe de ce côté, portées jusqu’au Danube.

ART. 9. – Sa Majesté l’Empereur de Russie s’engage à garder dans le plus profond secret l’article précédent, et à entamer, soit à Constantinople, soit partout ailleurs , une négociation, afin d’obtenir à l’amiable, si cela se peut, la cession de ces deux provinces. La France renonce à sa médiation. Les plénipotentiaires ou agents des deux puissances s’entendront sur le langage à tenir, afin de ne pas compromettre l’amitié existant entre la France et la Porte, ainsi que la sûreté des Francais résidant dans les Échelles, pour empêcher la Porte de se jeter dans les bras de l’Angleterre.

ART. 10. – Dans le cas où, la Porte Ottomane se refusant à la cession des deux provinces, la guerre viendrait à se rallumer, l’Empereur Napoléon n’y prendra aucune part et se bornera à employer ses bons offices auprès de la Porte Ottomane ; mais, s’il arrivait que l’Autriche ou quelque autre puissance fit cause commune avec l’empire otomman dans ladite guerre, Sa Majesté l’Empereur Napoléon ferait immédiatement cause commune avec la Russie, devant regarder ce cas comme un de ceux de l’alliance générale qui unit les deux empires.

Dans le cas où l’Autriche se mettrait en guerre contre la France, l’Empereur de Russie s’engage à se déclarer contre l’Autriche et à faire cause commune avec la France, ce cas étant également un de ceux auxquels s’applique l’alliance qui unit les deux empires.

ART. 11. – Les hautes parties contractantes s’engagent d’ailleurs à maintenir l’intégrité des autres possessions de l’empire ottoman, ne voulant ni faire elles-mêmes ni souffrir qu’il soit fait aucune entreprise contre aucune partie de cet empire, sans qu’elles en soient préalablement prévenues.

ART. 12. – Si les démarches faites par les deux hautes parties contractantes pour ramener la paix sont infructueuses, soit que l’Angleterre élude la proposdition qui lui sera faite, soit que les négociations soient rompues, Leurs Majestés Impériales se réuniront de nouveau , dans le délai d’un an, pour s’entendre sur les opérations de la guerre commune et sur les moyens de la poursuivre avec toutes les forces et toutes les ressources des deux empires.

ART. 13. – Les deux hautes parties contractantes, voulant reconnaître la loyauté et la persévérance avec laquelle le roi de Danemark a soutenu la cause commune, s’engagent à lui procurer un dédommagement pour ses sacrifices, et à reconnaître les acquisitions qu’il aura été dans le cas de faire dans la présente guerre.

ART. 14. – La présente convention sera tenue secrète, au moins pendant l’espace de dix années.

N.B. Nompère de Champagny – Comte Nicolas de Romanzof.

 

Erfurt, 12 octobre 1808

A Georges III, roi d’Angleterre

(A la minute de cette dépêche, conservée parmi les papiers de l’ancienne secrétairerie d’État, se trouve jointe une pièce portant cette indication : Lettre à écrire par M. de Romanzof. C’est une lettre que le ministre russe a du adresser à M. Canning, en lui faisant parvenir la dépêche des deux Empereurs, et qui est ainsi concue :

Erfurt, 28 septembre 1808 (style russe).

J’envoie à Votre Excellence une lettre que les Empereurs écrivent au roi d’Angleterre. S. M. l’empereur de Russie se flatte que l’Angleterre appréciera la sincérité et la grandeur de cette démarche. Elle ne peut attribuer à faiblesse ce qui est le résultat de l’union intime des deux plus grands monarques du continent, unis pour la paix comme pour la guerre.

Sa Majesté m’a chargé de faire connaître à Votre Excellence qu’elle a nommé des plénipotentiaires, qui se dirigeront sur la ville du continent où S. M. le roi d’Angleterre dirigera ses plénipotentiaires; et, quant aux bases de la négociation, Leurs Majestés n’ont pas d’inconvénient d’adopter toutes celles précédemment proposées par l’Angleterre même, savoir 1’utipossidetis, en y comprenant les puissances alliées, et toute, autre base fondée sur la justice, et sur la réciprocité et l’égalité qui doivent régner entre toutes les grandes nations. )

Sire, les circonstances actuelles de l’Europe nous ont réunis à Erfurt. Notre première pensée est de céder au voeu et au besoin de tous les peuples, et de chercher par une prompte pacification avec Votre Majesté le remède le plus efficace aux malheurs qui pressent sur toutes les nations. Nous en faisons connaître notre sincère désir à Votre Majesté par cette présente lettre.

La guerre longue et sanglante qui a déchiré le continent est terminée, sans qu’elle puisse se renouveler. Beaucoup de changements ont eu lieu en Europe. Beaucoup d’États ont été bouleversés. La cause en est dans l’état d’agitation et de malheur où la cessation du commerce maritime a placé les plus grands penples. De plus grands changements encore peuvent avoir lieu, et tous contraires à la politique de la nation anglaise. La paix est donc à la fois, dans l’intérêt des peuples du continent comme dans l’intérêt des peuples de la Grande-Bretagne.

Nous nous réunissons pour prier Votre Majesté d’écouter la voix de l’humanité , en faisant taire celle des passions , de chercher, avec l’intention d’y parvenir, à concilier tous les intérêts, et, par là, garantir toutes les puissances qui existent, et assurer le bonheur de l’Europe et de cette génération à la tête de laquelle la Providence nous a placés.

NAPOLÉON. ALEXANDRE.

 

Erfurt, 12 octobre 1808

A Louis Napoléon, roi de Hollande, La Haye

Mon Frère, j’ai reçu vos lettres. J’ai changé le général Dupont-Chaumont sur votre demande. Je ne puis changer le sieur la Rochefoucault. Je n’ai pas d’Anglais à mon service , et un Anglais de la faction de Windham pourrait seul être bien accueilli en Hollande. Tous les Français, soit à votre service , soit commercants, se plaignant de votre ministère. Aucune des lois du blocus n’est observée; plus de cent bâtiments passent par mois de Hollande en Angleterre; tous les jours des particuliers en reviennent. Il n’est donc pas extraordinaire que le Conseil d’État ait rédigé un décret pour gêner les communications de la Hollande avec la France. Votre pays sera bien malheureux si ce ysstème s’accroît, et que le Rhin et l’Escaut soient fwrmés à la Hollande. Vous êtes trop raisonnable pour laisser venir les choses à ce point, et pour ne pas prendre les mesures nécessaires pour rétablir le blocus de l’Angleterre comme par le passé.

 

Erfurt, l2 octobre 1808

NOTE POUR M. PASQUIER, MAÎTRE DES REQUÊTES AU CONSEIL D’ÉTAT, À PARIS

M. Pasquier se rendra à Homburg et Kaiserslautern ; il y prendra toutes les informations nécessaires pour connaître les causes de la lenteur qui a été apportée à la confection de la route de Paris à Mayence, dans le département du Mont-Tonnerre. Il suivra cette route dans toute son étendue de Kaiserslautern à Mayence, en passant par Alzey. Il interrogera les maîtres de poste, recueillera les plaintes contre les ingénieurs et les entrepreneurs des travaux, et prendra des informations détaillées sur les malversations qui pourraient avoir existé, et sur l’emploi des fonds qui ont été affectés aux travaux de la route de Paris à Mayence par Alzey pendant les années 1807 et 1808.

 

Erfurt, 12 octobre 1808

DECRET PORTANT ORGANISATOIN DE L’ARMÉE DU RHIN

TITRE 1.

ARTICLE 1er. – A dater du 15 du présent mois, la Grande Armée sera dissoute.

Le corps de troupes qui restera en Allemagne prendra le nom d’Armée du Rhin.

ART. 2. – Le corps de troupes qui restera sous les ordres du maréchal prince de Ponte-Corvo, dans les villes hanséatiques, prendra le nom de corps de troupes du gouvernement des villes hanséatiques.

TITRE II.

DU GOUVERNEMENT DES VILLES HANSÉATIQUES.

ARTICLE 1er. – Le prince de Ponte-Corvo commandera en chef le corps de troupes du gouvernement des villes hanséatiques. Le général de brigade Gérard sera chef d’état-major dudit corps. Le général Mossel commandera l’artillerie. Le général Lazomski commandera le génie. Le sieur Duprat remplira les fonctions d’ordonnateur en chef. Le sieur . . . . . remplira les fonctions de payeur.

Troupes françaises . Division du général Dupas, composée du 5e régiment d’infanterie légère, du 19e régiment d’infanterie de ligne, du 13e et du 24e régiment de chasseurs à cheval.

Artillerie . Douze pièces d’artillerie servies par deux compagnies du ler régiment d’artillerie, attelées; les compagnies nécessaires du train d’artillerie, fournies par un même bataillon du train ; une compagnie de sapeurs; une compagnie d’équipages militaires.

Division de troupes hollandaises : quatre régiments d’infanterie, un régiment de cuirassiers, une compagnie d’artillerie à cheval, une compagnie de pontonniers, une compagnie du train d’artillerie.

ART. 2. – L’état-major sera composé de deux adjudants commandants et de six adjoints à l’état-major. Chaque division aura un adjudant commandant et deux adjoints. L’administration sera conforme aux règlements.

TITRE III.

ARMÉE DU RHIN

ARTICLE ler. – Le duc d’Auerstaedt commandera en chef l’armée du Rhin. Le général de division Compans sera chef d’état-major de ladite armée. Quatre adjudants commandants, seize adjoints seront attachés à l’état-major général. Un adjudant commandant et trois adjoints seront attachés à chacube des divisions.

Le général de division Hanicque commandera l’artillerie. Un général de brigade d’artillerie sera désigné pour commander le parc. Le nombre d’officiers d’artillerie nécessaire, tant pour le parc que pour chacune des divisions, sera déterminé.

Le général de brigade Tousard commandera le génie. Les officiers du génie nécessaires pour l’état-major, pour les places et pour les divisions, seront nommés.

L’inspecteur en chef aux revues Villemanzy sera l’intendant général de l’armée. Le commissaire ordonnateur Chambon sera ordonnateur en chef de l’armée. Le payeur actuel de la Grande Armée sera payeur général de l’armée du Rhin.

TITRE IV

COMPOSITION DE L’ARMÉE DU RHIN

ARTICLE 1er. – L’armée du Rhin sera composée de quatre divisions, une réserve d’infanterie, une de cavalerie, et du gouvernement de Danzig, savoir : 1e division, la division actuelle du général Morand; 2e division, la division actuelle du général Friant; 3e division, la division actuelle du général Gudin ; 4e division, la division actuelle du général Saint-Hilaire, augmentée du 57e de ligne. Réserve d’infanterie : corps du général Oudinot. Réserve de cavalerie : Quatorze régimants de grosse cavalerie, formant trois divisions.

Corps du gouvernement de Danzig

Le général Rapp, gouverneur, ayant à ses ordres quinze officiers français de différents grades, qui seront désignés de suite pour remplir les fonctions d’adjudant commandant, de commandant d’armes et de commandant de forts; un commissaire des guerres et les garde-magasins nécessaires.

Garnison . Le 105e régiment de ligne français; un régiment d’infanterie saxon ; deux régiments d’infanterie polonais; un régiment de cavalerie légère francais; un régiment de cavalerie polonais.

Artillerie et génie. Deux officiers supérieurs d’artillerie francais, quatre capitaines, résidents, d’artillerie francais; trois compagnies d’artillerie à pied françaises. Un officier supérieur du génie français, quatre officiers du génie français, résidents ; une compagnie de sapeurs francais.

ART. 2. La division du général Saint-Hilaire aura son quartier général à Stettin et fourmira les garnisons pour les places de Stralsund, Stettin, Küstrin et Glogau. Le reste des troupes de la division occupera la Poméranie suédoise.

ART. 3. – Il y aura à Glogau une compagnie d’artillerie à pied française, un escadron de cavalerie française, un régiment d’infanterie française, une compagnie de sapeurs, une escouade d’ouvriers.

État-major. L’état-major sera composé d’un commandant de place, quatre adjudants de place, un commissaire des guerres, et des garde magasins nécessaires.

Artillerie. Un officier supérieur d’artillerie, deux ofticiers d’artillerie en résidence, des garde-magasins.

 

PLACE DE KUSTRIN : Le même état-major et la même composition d’artillerie et du génie, qu’à Glogau. La garnison ne sera composée que de deux bataillons d’infanterie et d’une seule compagnie de cavalerie

PLACE DE STETTIN. Il y aura à Stettin deux compaqnies d’artillerie. Du reste, même composition d’état-major, d’artillerie et du génie que ci-dessus.

Tout ce qui restera de la division Saint-Hilaire, infanterie, cavalerie, artillerie et génie, tiendra garnison à Stralsund et occupera la Poméranie suédoise.

Cette division aura dix-huit pièces de canon, dont six servies par l’artillerie légère.

Il y aura au quartier général du général Saint-Hilaire un commissaire ordonnateur, qui correspondra avec tous les commissaire des places de Stettin, Küstin et Glogau, et même avec celui de la place de Danziq, afin de connaître la situation des magasins et à veiller à ce que les approvisionnements de siège soient en bon état, suffisants pour les besoins de la garnison pendant un an

ART. 4. – Les trois autres divisions seront placées, savoir : une à Magdeburg, laquelle sera complétée à 12,500 hommes et nourrie par le roi de Westphalie; l’autre division sera placée dans le Hanovre, la troisième, à Halle et à Halberstadt.

Une division de cuirassiers restera dans le pays de Baireuth. Les deux autres divisions de cuirassiers seront placées dans le Hanovre.

La division de réserve du corps du général Oudinot restera à Baireuth.

Ces troupes seront nourries des magasins de l’Empereur.

 

TITRE V.

ARTICLE ler. – Il y aura à l’armée du Rhin dix régiments de cavalerie légère, savoir : brigade du général Beaupré : ler, 2e et 12e régiment de chasseurs; brigade du général Pajol : 5e et 7e de hussards, 11e de chasseurs; brigade du général Bordesoulle : 9r régiment de hussards, 7e et 20e régiment de chasseurs. Le 8e de hussards et le 16e de chasseurs seront placés, l’un à Danzig, l’autre dans une des trois brigades ci-dessus.

ART. 2. – Indépendamment de cette cavalerie légère, la réserve de grosse cavalerie, comme il est dit ci-dessus, composée de quatorze régiments et formant trois divisions, fera partie de l’armée du Rhin.

La division du général Nansouty aura 12 pièces d’artillerie légère et chacune des deux autres divisions en aura 6 ; total, 24 pièces.

 

TITRE VI.

ARTICLE 1er. Le commandant de l’armée du Rhin aura soin de pourvoir à l’organisation de l’artillerie des places de Stralsund, Stettin, Küstrin, Glogau et Magdeburg. Il y aura dans ces places un officier supérieur, deux officiers en résidence, et des garde-magasins. Une compagnie d’ouvriers sera distribuée dans ces places.

Il y aura à Danzig quatre compagnies d’artillerie à pied fournies par un même régiment; trois à Magdeburg; cinq autres compagnies d’artillerie à pied seront également distribuées dans les places de Stettin, Küstrin et Glogau; ce qui fera douze compagnies d’artillerie à pied dans les places.

Dix compagnies d’artillerie à cheval seront employées au service des 60 pièces d’artillerie légère attachées aux divisions de l’armée du Rhin ; douze compagnies d’artillerie à pied seront aussi employées à l’artillerie de ces divisions ; six autres compagnies d’artillerie à pied seront employées au parc. Deux compagnies d’ouvriers seront employées aux divisions et au parc. Quatre compagnies de pontonniers auront la même destination.

ART. 2. — L’équipage de campagne sera de 130 pièces de canon et de 1,000 voitures, dont 7 à 800 attelées ; quatre bataillons du train et au moins 1,000 chevaux d’artillerie.

On aura soin que les dix compagnies d’artillerie légère et les trente compagnies d’artillerie à pied soient, s’il se peut, prises dans les mêmes régiments.

 

TITRE VII.

ARTICLE ler. – Le génie aura un officier supérieur et le nombre d’officiers du génie convenable dans chacune des places de Danzig, Glogau, Stettin, Küstrin, Stralsund et Magdeburg. Le minimum qu’on puisse y employer doit être de vingt-cinq à trente officiers.

Indépendamment du service des places, il y aura deux officiers du génie à chaque division près du commandant du génie.

Il y aura près de ce commandant un bataillon de sapeurs, une compagnie de mineurs, 15,000 outils chargés sur des fourgons attelés.

Le commandant du génie aura soin de se pourvoir, sous sa responsabilité, des plans des places dans lesquelles il reste des garnisons françaises, ainsi que de la carte du pays à 1.200 toises de la place, afin de pouvoir s’en servir si l’occasion s’en présente.

TITRE VIII.

ARTICLE 1er. – Il y aura deux bataillons entiers des équipages militaires, formant 228 voitures attelées, un médecin en chef, chirurgien en chef, un pharmacien en chef, un commissaire ordonnateur chargé des hôpitaux, six commissaires des guerres pour chacune des six places de Küstrin, Stettin , Stralsund, Magdeburg, Glogau et Danzig.

ART. 2. – Un commissaire ordonnateur sera chargé de tout ce qui tient à l’approvisionnement des magasins des places, de manière qu’ils soient approvisionnés pour un an pour la garnison.

ART. 3. – Tous les objets d’habillement et d’équipement qui se trouvent sur la rive droite de l’Elbe seront sans délai évacués et dirigés sur Magdeburg.

Tous les magasins et approvisionnements qui se trouvent su Vistule seront évacués et dirigés sur Danzig.

TITRE IX.

ARTICLE ler. – La division du général Boudet et celle du général Molitor, organisées et composées telles qu’elles l’étaient en venant d’Italie, artillerie, génie et administration, ainsi que les 19e, 3e, et 14e de chasseurs qui ont leurs dépôts en Italie, se réuniront d’abord à Francfort-sur-le-Main, où elles attendront de nouveaux ordres.

ART. 2. –La division du général Legrand et la division du général Saint-Cyr se réuniront d’abord à Würzburg, où elles attendront de nouveaux ordres.

ART. 3. – Les mouvements, en ce qui concerne l’armée du Rhin, ne se feront que par les ordres du duc d’Auerstaedt et par le plénipotentiaire qui sera chargé des dispositions relatives à l’évacuation de la Prusse. A cet effet, ce maréchal se rendra à Berlin, et, dès ce moment, c’est-à-dire du 15 octobre, le corps du maréchal Soult est sous ses ordres, ainsi que toutes les troupes en Allemagne, hormis le corps du prince de Ponte-Corvo.

ART. 4. – A cet effet, le major général donnera des états détaillés de tout ce qui doit rester à l’armée du Rhin et de ce qui doit en partir.

ART. 5. – Les officiers d’état-major, les commandants d’armes, les généraux, les inspecteurs aux revues, commissaires des guerres, agents et employés des différentes administrations, qui ne seront pas compris dans la présente organisation, se rendront à Mayence, où ils recevront des ordres du ministre de la guerre.

TITRE X.

GENDARMERIE.

ARTICLE ler. – Le corps du prince de Ponte-Corvo gardent le détachement de gendarmerie qui s’y trouve aujourd’hui et qui est fort de 3 officiers et de 78 gendarmes montés.

ART. 2. – Il y aura à l’armée du Rhin un colonel de gendarmerie et deux compagnies de 50 gendarmes chacune.

ART. 3. – Le surplus de la gendarmerie qui pourrait rester à la Grande Armée se retirera sur Mayence, d’où chaque brigade rentrera dans sa légion.

TITRE XI.

ROUTE DE l’ARMÉE

ARTICLE ler. – La route de l’armée pour les places de Glogau, Danzig, Küstrin et Stettin, sera tracée par Magdeburg et Wesel.

La route pour le corps du général Oudinot sera tracée, par le plus court chemin, sur Mayence.

ART. 2. – Nos ministres de la guerre, de l’administration de la guerre, notre major général et l’intendant général sont chargés de l’exécution du présent décret.

 

Erfurt, 12 octobre 1808

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie

Les assurances données par la cour de Vienne que les milices étaient renvoyées chez elles et ne seraient plus rassemblées, qu’aucun armement ne donnerait plus d’inquiétude pour les frontières de Confédération, la lettre ci-jointe que je reçois de l’empereur d’Autriche, les protestations réitérées que m’a faites M. le baron de Vincent, et, plus que cela, le commencement de l’exécution, qui a lieu en ce moment en Autriche, des différentes promesses qui ont été faites, me portent à écrire à Votre Majesté que je crois que la tranquillité des États de la Confédération n’est d’aucune manière menacée, et que Votre Majesté est maîtresse de lever ses camps et de remettre ses troupes dans leurs quartiers de la manière qu’elle est accoutumée de le faire. Je pense qu’il est convenable que son ministre à Vienne reçoive pour instruction de tenir ce langage, que les camps seront reformés et que les troupes de la Confédération et du Protecteur seront remises en situation hostile, toutes les fois que l’Autriche ferait des armements extraordinaires et inusités que nous voulons enfin la tranquillité et la sûreté.

 

Erfurt, 12 octobre 1808

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Faîtes arrêter à Bayonne le nommé Gosse ou Gasse qui est en correspondance avec Geoffroy. Faîtes mettre le scellé sur ses papiers et fa1ites-le conduire sous bonne et sûre garde à paris

 

Erfurt, 13 octobre 1808

A M. Daru, intendant général de la grande Armée, à Erfurt

M. Daru me remettra une note qui me fera connaître ce qu’il ordonne qu’on verse à la caisse d’amortissement. Il me semble qu 81 millions ont été versés à la caisse d’amortissement; 42 sont en caisse ; 96 sont à percevoir. Ainsi on pourrait faire verser la plus grande partie de ces 42 millions à la caisse d’amortissement,vu que ce qui reste à percevoir sera suffisant pour les besoins à venir. Je voudrais donc que le résultat de M. Daru me présentât 110, 120 ou 130 millions existant à la caisse d’amortissement, en argent , en billets de Saxe et en billets de Danzig, ainsi qu’en ceux de Westphalie.

Je prie aussi M. Daru de faire faire sans délai les bons de Westphalie, ainsi que je l’ai ordonné.

Les bons de la Prusse seront aussi versés à la caisse d’amortissement, qui en poursuivra le remboursement.

Et comme tous ces objets deviennent très-considérables, M. Daru proposera au ministre des finances de nommer quelqu’un qui soit uniquement chargé des produits de la Grande Armée à la caisse d’amortissement. On pourrait y placer quelqu’un attaché à M. la Bouillerie. M. la Bouillerie reviendra à l’armée y encaisser les 140 millions, y prendre tous les papiers, et fermera sa comptabilité de la manière suivante : pour la Prusse, ce qui a été reçu jusqu’au moment du traité; pour la Westphalie, ce qui a été reçu ; pour les pays encore occupés, ce qui revient au 1er janvier 1809. Passé cette époque, la caisse sera confondue avec la caisse d’amortissement, laquelle poursuivra ce qui reste dû, par raison des traités, en obligations. Dès 1er janvier 1809, un autre individu aura le titre de receveur des contributions de l’armée du Rhin au lieu de la Grande Armée, et percevra ce qui reviendra des revenus du pays qui m’appartiennent. Ce sera une autre comptabilité, et un individu moins important que M. la Bouillerie, qui présentera ses comptes au Conseil d’État pour être soumis à mon approbation.

M. la Bouillerie ira à ses fonctions à la trésorerie, et il me sea proposé par l’intendant général la récompense dont il sera susceptible.

 

Erfurt, 13 octobre 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Vitoria

Mon Frère, j’ai fait toutes mes affaires avec l’empereur de Russie. Je pars demain pour Paris, et je serai avant un mois à Bayonne. Envoyez-moi un état de situation exact de l’armée, afin que je puisse y calquer une organisation définitive, en faisant le moins de déplacements possible. Dans cette situation de choses, la présomption de l’ennemi porte à penser qu’il restera dans les positions où il se trouve. Plus il restera près de nous, mieux cela vaudra. La guerre pourrait être terminée d’un seul coup par une maumoeuvre habilement combinée, et pour cela il faut que j’y sois.

P. S. Je me mets en route aussitôt que j’aurai mis en mouvement le Corps législatif.

 

Erfurt, 14 octobre 1808

A Alexandre 1er, empereur de Russie, à Erfurt

Monsieur mon Frère, désirant donner à Votre Majesté Impériale une preuve bien convaincante de mon amitié pour elle , et combien me sont précieuses les occasions de lui être agréable, je lui fais part que j’ai diminué de vingt millions la contribution que devait la Prusse, et que les termes de payement et autres conditions dont les plénipotentiaires francais et prussiens sont convenus seront spécifiés et arrêtés de manière que chacun sache à quoi s’en tenir. Je désire que Votre Majesté voie dans la présente lettre une nouvelle preuve du cas que je fais de son amitié.

Le même jour Alexandre écrivait à l’empereur N’apoléon la lettre suivante :

 

Erfurt, le 14 octobre 1808

Monsieur mon Frère, touché de toute l’amitié que Sa Majesté ne cesse de me témoigner en toute occasion, pour lui donner une marque évidente de toute celle que je lui porte, je m’empresse de déclarer à Votre Majesté que je ne prends aucun intérêt à l’exécution de l’article éventuel du traité de Tilsit relatif au Hanovre, et , que je veux reconnaître tout ce qu’elle aura décidé sur le sort du royaume d’Étrurie et celui des autres états d’Italie. J’espère qu’elle y reconnaîtra une nouvelle preuve de mes sentiments pour elle.

 

Erfurt, 14 octobre 1808

A François 1er, empereur d’Autriche, à Vienne

Monsieur mon Frère, je remercie Votre Majesté de la lettre qu’elle a bien voulu m’écrire et que M. le baron de Vincent m’a remise (voir ci-dessous) Je n’ai jamais douté des intentions droites de Votre Majesté,; mais je n’en ai pas moins craint, un moment, de voir les hostilités se renouveler entre nous. Il est à Vienne une faction qui affecte la peur pour précipiter votre cabinet dans des mesures violentes, qui seraient l’origine de malheurs plus grands que ceux qui ont précédé. J’ai été maître de démembrer la monarchie de Votre Majesté, ou du moins la laisser moins puissante; je ne l’ai pas voulu. Ce qu’elle est, elle de mon voeu : c’est la plus évidente preuve que nos comptes sont soldés et que je ne veux rien d’elle. Je suis toujours prêt à garantir l’intégrité de sa monarchie. Je ne ferai jamais rien contre les principaux intérêts de ses États. Mais Votre Majesté ne doit pas remettre en discussion ce que quinze ans de guerre ont terminé. Elle doit défendre toute proclamation ou démarche provoquant la guerre. La dernière levée en masse aurait produit infailliblement la guerre si j’avais pu craindre que cette levée et ces préparatifs fussent combinés avec la Russie. Je viens de licencier les camps de la Confédéraration.

Cent mille hommes de mes troupes vont à Boulogne pour renouveler mes projets sur l’Angleterre : que Votre Majesté s’abstienne de tout armement qui puisse me donner de l’inquiétude et faire une diversion en faveur de cette puissance. J’ai dû croire, lorsque j’ai eu le bonheur de voir Votre Majesté et que j’ai conclu le traité de Presburg, que mes affaires étaient terminées pour toujours et que je pouvais me livrer à la guerre maritime sans être inquiété ni distrait. Que Votre Majesté se méfie de ceux qui lui parlent des dangers de sa monarchie et troublent ainsi son bonheur, celui de sa famille et de ses peuples. Ceux-là seuls sont dangereux; ceux-là seuls appellent les dangers qu’ils feignent de craindre. Avec une conduite droite, franche et simple, Votre Majesté rendra ses peuples heureux, jouira elle-même du bonheur dont elle doit sentir le besoin après tant de troubles, et sera sûre d’avoir en moi un homme décidé à ne jamais rien faire contre ses principaux intérêts. Que ses démarches montrent de la confiance ; elles en inspireront. La meilleure politique aujourd’hui, c’est la simplicité et la vérité. Qu’elle me confie ses inquiétudes, lorsqu’on parviendra à lui en donner; je les dissiperai sur-le-champ. Que Votre Majesté me permette un dernier mot : qu’elle écoute son opinion , son sentiment, il est bien supérieur à celui de ses conseils. Je prie Votre Majesté de lire ma lettre dans un bon sens, et de n’y rien voir qui ne soit pour le bien et la tranquillité de l’Europe et de Votre Majesté.

Voici la lettre de l’empereur d’Autriche :

Monsieur mon Frère, mon ambassadeur à Paris m’apprend que Sa Majesté Impériale se rend à Erfurt, où elle se rencontrera avec l’empereur Alexandre. Je saisis avec empressement l’occasion qui la rapproche de ma frontière pour lui renouveler les témoignages de l’amitié et de la haute estime queje lui ai vouées, et j’envoie auprès d’elle mon lieutenant général le baron Vincent, pour vous porter, Monsieur mon Frère, l’assurance de ces sentiments inviolables. Je me flatte, que Votre Majesté n’a jamais cessé d’en être convaincue et que, si de fausses représentations qu’on avait répandues sur des institutions intérieures et organiques que j’ai établies dans ma monarchie lui ont laissé pendant un moment des doutes sur la persévérance de mes intentions, les entretiens que le comte Metternich a présentées à ce sujet à son ministre auront entièrement dissipées. Le baron de Vincent se trouve à même d’affirmer à Votre Majesté ces détails et d’y ajouter tous les éclaircissements qu’elle pourra désirer. Je la prie de lui accorder la même bienveillance avec laquelle elle a déjà bien voulu le recevoir à Paris et à Varsovie. Les nouvelles marques qu’lle lui donnera me seront un gage non équivoque de l’entière réciprocité de ses sentiments, et elles mettront le sceau à cette entière confiance qui ne laissera rien à ajouter à la satisfaction mutuelle.

Veuillez agréer l’assurance de l’inaliénable attachement et de la haut considération avec lesquels je suis, etc.,

 

Erfurt, 14 octobre 1808

Au contre-amiral Lacrosse, commandant la marine à Boulogne

Monsieur le Contre-Amiral, vous voudrez bien faire partir sur un de mes bâtiments les courriers français et russe qui vous sont adressés par le ministre des relations extérieures. Ce bâtiment se dirigera sur la rade la plus sûre d’Angleterre, sans rencontrer la croisière anglaise, s’il le peut, ou en parlementant avec elle, mais sans remettre les courriers qu’il a à bord, qui doivent être portés par le même bâtiment à Douvres. Le bâtiment attendra à Douvres le retour des courriers, qui ont ordre de ne pas se dessaisir de leurs dcpêches et de ne les remettre qu’au ministre en main propre. Dans la lettre que vous écrirez aux commandants anglais, vous leur ferez connaître que le bâtiment que vous envoyez a ordre de mouiller sur la côte; que les courriers qui sont à bord sont partis d’Erfurt, porteurs de dépêches des empereurs de France et de Russie, de la plus grande importance qu’ils ont ordre de ne remettre qu’au ministre.

Plusieurs divisions de l’armée se sont mises en marche pour Boulogne, afin d’y rétablir le camp.

 

Erfurt, 14 octobre 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures

Je vous envoie la lettre pour le commandant de la marine à Boulogne. Il faut que les courriers russes et français aient ordre de ne remettre leurs dépêches à qui que ce soit, mais en mains propres au ministre. Ils montreront leurs lettres pour faire voir qu’ells sont des empereurs de France et de Russie. Vous ferez sceller les enveloppes des sceaux de France et de Russie, et vous y ferez mettre le contre-seing : Empereurs de France et de Russie.

 

Erfurt, octobre 1808

LETTRE AUX PRINCES DE LA CONFÉDÉRATION

2)Cette lettre fut adressée à des dates différentes, du 12 au 14 octobre, aux rois de Bavière, de Saxe, de Westphalie, de Wurtemberg, au qrand-duc de Bade et au prince Primat.

Monsieur mon Frère, les assurances données par la cour de Vienne, que les milices étaient renvoyées chez elles et ne seraient plus rassemblées, qu’aucun armement ne donnerait plus d’inquiétude pour les frontières de la Confédération, la lettre ci-jointe (référence à la lettre à François 1er) que je reçois de l’empereur d’Autriche, les protestations réitérées que m’a faites M. le baron de Vincent, et, plus que cela, le commencement d’exécution qui a déjà lieu en ce moment en Autriche des différentes promesses qui ont été faites, me portent à écrire à Votre Majesté que je crois que la tranquillité des États de la Confédération n’est d’aucune manière menacée, et que Votre Majesté est maîtresse de lever ses camps et de remettre ses troupes dans leurs quartiers, de la manière qu’elle est accoutumée de le faire. Je pense qu’il est convenable que son ministre à Vienne recoive pour instruction de tenir ce langage, que les champs seront reformés et que les troupes de la Confédération et du Protecteur seront remises en situation hostile, toutes les fois que l’Autriche ferait des armements extraordinaires et inusités; que nous voulons enfin tranquillité et sûreté.

 

Saint-Cloud, 19 octobre 1808.

Au général Clarke, minsitre de la guerre, à Paris.

Le Vice-Roi comme commandant mon armée d’Italie, le général Marmont comme commandant mon armée de Dalmatie, le roi de Naples comme commandant mon armée de Naples, le duc d’Auerstaedt comme commandant mon armée du Rhin, le prince de Ponte-Corvo comme commandant le corps d’armée des villes hanséatiques, vous écriront directement, et non par le canal de leur chef d’état-major, pour tous les objets relatifs au service; ce qui ne doit pas empêcher l’état-major de vous donner des explications sur les détails et de vous envoyer des rapports. Mais faites connaître aux commandants en chef que la responsabilité n’est à couvert qu’autant qu’ils ont écrit au ministre de la guerre, sans que quoi qu’ils puissent écrire directement à l’Empereur puisse couvrir leur responsabilité.

 

Saint-Cloud, 19 octobre 1808.

Au général Clarke, minsitre de la guerre, à Paris.

Monsieur le Général Clarke, écrivez au général Junot qu’il place sa première division à Angoulême, sa seconde à Saintes et sa troisième à la Rochelle, en les laissant organisées comme elles étaient. Il placera sa cavalerie à Niort et à Saint-Jean-d’Angely.

Donnez ordre au bataillon du train d’artillerie venant de la Grande Armée, en route sur Bayonne, qui est sans destination et sans voitures, de se rendre à la Rochelle pour y atteler l’artillerie du général Junot. Faites acheter 800 mulets pour compléter le bataillon du train de ce corps d’armée. Enfin donnez l’ordre pour qu’on achète dans le Poitou 600 chevaux pour monter les dragons. Il faudrait diriger des différents dépôts de dragons 600 chevaux, de ceux déjà achetés. Faites-moi connaître de quels dépôts on pourrait faire venir ces chevaux. Par ce moyen, les dragons qui se trotivent là pourraient être promptement montés. Je suppose qu’ils ont leurs selles.

Il doit manquer beaucoup de caissons d’artillerie et du génie ; il faut y pourvoir. Donnez ordre aux officiers d’artillerie et du génie qui se trouvent là de rester à leur poste, et que tout soit prêt à marcher au 1er novembre.

 

Saint-Cloud, 19 octobre 1808

Au général Clarke, minsitre de la guerre, à Paris.

Monsieur, le Général Clarke, présentez-moi un projet de décret pour régulariser la levée de tous les bataillons de miquelets, que l’on appellera bataillons de chasseurs des montagnes, et pour leur donner des numéros.

 

Saint-Cloud, 19 octobre 1808,

Au général Junot, commandant le 8e corps de l’armée d’Espagne, à La Rochelle

Le ministre de la guerre m’a mis sous les yeux tous vos mémoires et, notamment, votre lettre du 15 octobre. Vous n’avez rien fait de déshonorant ; vous ramenez mes troupes, mes aigles et mes canons. J’avais cependant espéré que vous feriez mieux. Dès les premiers motuents de votre entrée en Portugal, je vous avais prévenu de la nécessité d’être maître des Portugais, de n’avoir aucune confiance en eux, de former un camp retranché. Ce camp retranché ne devait pas avoir pour but spécial de couvrir Lisbonne et l’embouchure du Tage : Almeida et Elvas pouvaient même servir de centre et de réduit, si l’embouchure du Tage n’y était pas propre. Dans la saison où nous sommes, il était facile d’y réunir des vivres, sauf à laisser manquer Lisbonne. Vous auriez défendu vos chevaux ; manquant de vivres, vous les auriez mangés ; et vous eussiez pu attendre, dans cette position, des secours pendant six mois. Durant ce temps vous auriez été secouru, ou, si vous ne l’aviez pas été, vous eussiez alors mérité la convention que vous avez faite. Cette convention, vous l’avez gagnée par votre courage, mais non par vos dispositions ; et c’est avec raison que les Anglais se plaignent que leur général l’ait signée. Vous l’auriez méritée si vous l’eussiez signée dans un camp retranché, six semaines plus tard. Enfin il est dans votre traité une circonstance qui peut difficilement se justifier , c’est d’avoir abandonné Elvas : pourquoi, au contraire, n’en avoir pas renforcé la garnison et ne lui avoir pas dit de tenir jusqu’à son dernier morceau de pain ? Nous serons à Elvas avant la fin de décembre ; quel avantage si nous avions trouvé cette place ! Et à tout événement, 1,500 à 2,000 hommes auraient obtenu de rentrer en France. Je vous avais ordonné depuis longtemps de démolir Almeida et la plupart des autres places. Aujourd’hui, j’ai publiquement approuvé votre conduite; ce que je vous écris confidentiellement est pour vous seul.

Restez où vous êtes. J’ai donné ordre au ministre Dejean de vous fournir 800 mulets et chevaux. Je passerai la revue de votre corps avant dix jours; il forme désormais le 8e corps de l’armée d’Espagne que je commande en personne. Avant la fin de l’année, je veux vous replacer moi-même à Lisbonne. Retenez près de vous les officier qui connaissent le mieux le pays. Envoyez-moi la meilleure carte que vous ayez ; faites-y tracer les routes , et joignez-y tous les renseignements sur la manière dont on peut rentrer à Lisbonne sans faire aucun siège.

Placez la division Delaborde à Angoulême. Faites-lui foumi douze pièces de canon avec les caissons, afin que cette division soit en état d’entrer la première en Espagne. Chacune sera portée 6,000 hommes. Tous les détachements de dragons que vous avez rejoindront leurs corps , et je vous donnerai une division complète. Déjà j’ai ordonné que de nombreux détachements des 47e, 70e, 86e partissent de Bretagne; d’autres vont partir de Paris.

Le ministre Dejean a dû vous envoyer l’ordre d’acheter 800 mules pour votre bataillon du train, et d’autres pour vos équipages militaires ; 600 chevaux espagnols sont dirigés sur vous, 600 chevaux s’y rendent des dépôts de dragons, et vous êtes autorisé à en acheter en Poitou.

Envoyez-moi l’état de situation de votre artillerie, de vos équipages militaires, de votre train, de votre cavalerie, de votre sellerie remonte, enfin tout ce qui peut me mettre à même de bien connaître la situation de votre corps. Ayez soin, en parlant de vos bataillons, de faire mettre le nombre de compagnies dont ils sont formés. Vous porterez désormais le nom de 8e corps de l’armée d’Espagne.

Sur les 600 chevaux que vous avez amenés, je désire savoir combien il y en a qui appartiennent à la troupe

Un homme comme vous doit mourir ou ne rentrer à Paris que maître de Lisbonne. Du reste, vous serez l’avant-garde et je serai derrière vous. Ne perdez pas un moment; activez l’organisation des administrations; passez par-dessus les difficultés. D’ailleurs j’ordonne qu’un nouveau bataillon vous soit envoyé.

 

Saint-Cloud, 19 octobre 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Vitoria

Je suis arrivé cette nuit à Paris, étant parti le 14 d’Erfurt. Tout s’est arrangé dans cette ville comme je le désirais, et, après dix-huit jours de séjour, nous nous sommes séparés au mieux possible avec l’empereur.

Le maréchal Jourdan n’écrit pas au prince de Neuchàtel , de manière que je n’ai aucun détail de la situation des armées. Tout ce que j’en puis voir, c’est que vous avez évacué toute la rive droite : dès lors votre position est mauvaise ; l’ennemi, ne craignant plus que vous preniez l’offensive à Burgos, peut se porter sur Bilbao sans inquiétude et établir le théâtre de la guerre dans les montagnes; tout comme, ne craignant plus que vous débouchiez par la rive droite sur Saragosse, il est maître également de se porter sur l’extrémité de votre gauche. Rien de tout cela n’était possible si vous aviez ccupé en force Burgos et Tudela, et d’une manière offensive.

L’ennemi est-il à Burgos ? Avez-vous laissé quelques troupes dans la citadelle, ou détruite ? Je ne sais absolument rien de ce que vous avez fait, sinon que c’est fàcheux. Je ne puis pas comprendre pourquoi l’état-major n’écrit pas dans le plus grand détail tous les événements, comme cela doit être, et ne m’envoie pas le rapport des généraux , afin que je comprenne l’état de la question. A chaque escarmouche, je dois savoir combien de blessés et de tués, enfin le moindre détail. On me manque doublement en tenant une conduite si inexplicable. L’état-major doit écrire tous les jours trois pages.

 

Saint-Cloud, 20 octobre 1808

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, j’ai reçu votre lettre du 13. Je vois avec peine que votre santé n’est pas rétablie ; il vous faut du ménagement et de la tranquillité. Votre régiment est indiscipliné et a fait du tapage eu France; écrivez-lui que cela est mal. Aussitôt que vous aurez un régiment de 1,600 hommes de bonne volonté, je verrai avec plaisir que vous le fassiez partir. Au reste, les affaires seront bientôt décidées de ce côté.

 

Saint-Cloud, 21 octobre 1808

A M. Gaudin, ministre des finances, à Paris

Il faut, avant de me remettre le travail du grand-duché de Berg, que vous prépariez et m’en facilitiez la lecture.

Envoyez un courrier à Düsseldorf, avec l’ordre de vous rapporter le budget de l’arriéré jusqu’au 1er janvier 1808, le budget de 1808 et celui de 1809. 1° Que le résultat de ces états soit ce que j’ai, que je dois, ce que je recevrai l’année prochaine, ce qu’il me faut de dépenses. Donnez des instructions détaillées au sieur Beugnot là-dessus. 2° Que le même courrier vous rapporte la division du pays en départements ou en cercles, au nombre de trois ou de cinq. 3° Que l’on ôte tous les employés prussiens. 4° Que l’on ne réagisse pas; Beugnot réagit trop; cela n’est pas dans ma politique ; il ne doit pas blâmer ce qu’a fait le grand-duc. 5° Que l’on m’envoie l’état de situation des troupes et les lieux où elles se trouvent. 6° Que l’on m’envoie à signer ce qui est relatif à la princesse grand’mère de lavice-reine d’Italie. 7° Que l’on distingue bien les revenus du prince de ceux du pays. 8° Que l’on assigne les biens pour les 250.000 francs de rente destinés pour l’armée. 9° Que l’on paye les pensions que l’on doit par l’article secret du traité de Tilsit.

 

Saint-Cloud, 21 octobre 1808

Au général Lacuée, directeur des revues et de la conscription, à Paris

J’ai lu, avec le plus grand intérêt, le bel état que vous m’avez envoyé sur l’armée de Naples. Il m’a paru d’une clarté parfaite. Je l’ai parcouru avec autant de plaisir qu’un bon roman. Je désirerais fort avoir de cette manière l’état de mes autres armées, en les classant par, 1° armée du Rhin; 2° gouvernement des villes hanséatiques; 3° divisions Boudet et Molitor, qui retournent en Italie; 4° divisions qui se réunissent à Würzburg pour retourner en France; 5° armée d’Espagne; 6° dans l’intérieur; 7° armée d’Italie ; 8° armée de Dalmatie; 9° armée de Naples; 10° de Corfou. Faites-moi d’abord 1’infanterie; vous ferez faire après la cavalerie. Ainsi j’aurai une connaissance parfaite de mon armée. Veillez à ce qu’il ne s’y . . . . . .(lacune dans la minute) vois cependant dans votre état une erreur, c’est que vous portez le 23e léger à trois bataillons, à l’armée de Naples; il n’en a que deux. Ce qui fait quelque différence dans les chiffres.

Le résultat de ce travail me fera connaître l’effectif de chaque corps et ce qu’il faudra pour porter au grand complet toute l’armée.

Ajoutez à l’état de mettre à côté de chaque 5e bataillon le lieu où il est.

 

Saint-Cloud, 21 octobre 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Vitoria

Mon Frère, Berthier est parti aujourd’hui pour Bayonne; j’y serai dans peu de jours. Il est nécessaire que j’aie des plans et reconnaissances sur le cours de l’Èbre, depuis Tudela jusqu’à Frias, et sur les routes de Vitoria à Loqrono. A-t-on gardé le fort de Burgos, ou l’a-t-on démoli ? Il y a des officiers de cavalerie intelligents qui ont parcouru le pays entre l’Èbre et Soria, Tudela et Logrono; envoyez-en un ou deux des plus intelligents à Bayonne, pour me donner des renseignements sur la nature des routes et du pays. Si, parmi les Espagnols qui vous sont attachés , il y en a qui connaissent bien les provinces de Soria, de la Montana où est Santander, je serais bien aise que, sous un prétexte quelconque, vous les adressiez à Bayonne, où, du reste, je ne compte rester que très-peu de jours, et me mettre sur-le-champ à la tête de l’armée.

 

Saint-Cloud, 21 octobre 1808

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Qu’est-ce que Gautier de Gemute, du Mans, qui parait avoir des relations à Berlin ?

 

Saint-Cloud, 22 octobre 1808

A M. Bigot de Préameneu, ministre des Cultes, à Paris

Donnez l’ordre le plus positif à l’agent de Rome de n’écrire à aucun évêque de France, sans envoyer ses lettres ouvertes au ministre des cultes, par le canal duquel elles doivent passer.

 

Saint-Cloud, 22 octobre 1808

NOTES POUR L’EXPOSÉ DE LA SITUATION DE L’EMPIRE

Le début du discours paraît susceptible de changements. On peut entrer plus promptement en matière et venir, sans détour, au principal objet de ce travail. On peut aussi adopter un plan plus régulier, et, pour rendre ce plan plus sensible, diviser l’exposé par chapitres et classer ainsi les idées.

Il paraîtrait convenable de se borner, dans l’exorde, au développement des phrases suivantes :

“Messieurs, le tableau de la situation de l’Empire, au moment de l’ouverture de votre session, excitera sans doute dans vos coeurs les mêmes sentiments dont vous avez été frappés à l’ouverture des sessions précédentes. Toutes les branches de l’administration publique ont été ravivées et raffermies; tous les projets d’amélioration que le Gouverriement avait couçus ont été suivis avec persévérance ; des efforts continuels ont été faits pour réaliser les espérances que la sollicitude du Gouvernement et ses succès dans les années antérieures avaient permis de concevoir, et il n’est aucune des institutions qu’il avait créées, aucune des branches de l’administration publique qui n’ait acquis quelques nouveaux degrés de perfection.

L’ordre judiciaire réclamait une attention toute particulière; il fallait concilier la nécessité de son indépendance et de l’inamovibilité des emplois avec les précautions qui devaient mettre à l’abri de la surprise des premiers choix, etc. ” Le sénatus-consulte du 16 octobre 1807, etc.

Le Culte. Il faut dire ce qu’on a fait, et faire sentir qu’on veut maintenir dans toute leur intégrité les principes du Concordat et lois organiques; que la tolérance est la première obligation comme le premier bienfait qui doivent résulter du système actuel, etc.

Après l’article du Culte, il faut parler des sciences et des lettres et, à cette occasion, des comptes qui ont été rendus par l’Institut et de l’époque prochaine, fixée par les décrets, pour la distribution des grands prix.

On parlera ensuite des différents muséum enrichis et agrandis.

La marche naturelle des idées conduit à développer les dispositions qui ont été prises pour l’organisation et la mise en activité de l’université.

Les développements relatifs à l’administration intérieure, d’où l’on doit écarter tout ce qui tient aux considérations politiques, mèneront à parler des nouveaux départements réunis.

On sera naturellement conduit à faire mention des voyages de l’Empereur, soit en Italie en novembre 1807, soit dans l’intérieur à la fin de l’été 1808, soit, et tout récemment, à Erfurt. Ce voyage ne doit être considéré que sous les rapports de l’influence qu’il peut avoir eue sur les affaires de l’intérieur, et tout développement relatif à la politique doit être écarté.

On arrivera naturellement à ce qui concerne l’administration proprement dite, les travaux publics, les routes, les canaux de navigation, les ports, les ponts et autres objets de même nature.

On dira, au sujet de la législation importante des mines, que les principes seront posés dans cette session.

On parviendra enfin à ce qui est relatif au commerce, et cela conduira, par une transition naturelle, en parlant des privations qu’il a éprouvées, à dire ce qu’il a souffert par la tyrannie anglaise et par la législation du mois de novembre (référence à la déclaration du roi d’Angleterre du 11 novembre 1807), si contraire à l’indépendance des mers. On évitera soigneusement de parler, d’une manière directe, du gouvernement anglais, et l’on parlera seulement de la législation commerciale adoptée en Angleterre. On ne pourra se dispenser de traiter des lois du blocus, de la nécessité des représailles, de l’impossibilité où l’on a été de se refuser à de telles mesures; mais on ne mêlera jamais la politique à ces développements, que l’on rapportera toujours et uniquement à l’influence que cette position des choses a sur le commerce.

L’article de la chambre des comptes doit être une suite de l’article sur les finances.

On passera sous silence ce qui concerne la translation de l’Imprimerie impériale; il faut éviter de tomber dans de trop petits détails.

La partie relative à la situation militaire et à la situation politique terminera le tableau. Les idées en seront données par l’Empereur.

 

Saint-Cloud, 22 octobre 1808

AUTRES NOTES POUR L’EXPOSÉ DE LA SITUATION DE L’EMPIRE.

Dans le discours de l’Empereur au Corps législatif, il y a trois choses qu’il faut développer.

Les codes civil, judiciaire et de commerce ont réussi. Le code criminel va être soumis dans cette session au Corps législatif. Le code civil est le code du siècle; la tolérance y est non-seulernent prêchée, mais organisée, la tolérance, ce premier bien de l’homme.

La sévérité déployée dans le code de commerce contre les banqueroutiers en a diminué le nombre et a été applaudie dans toute l’Europe.

Le code criminel, qui sera présenté cette année au Corps législatif est spécialement fondé sur ce principe, que le jury d’accusation est inutile, que la poursuite des délits ne saurait être placée dans de mains trop fortes contre des délits qui s’étayeraient de protections etchercheraient l’impunité.

Quant au système de finances dont parle le discours de Sa Majesté il se compose non d’une seule imposition, comme le voulaient les économistes, mais de différentes impositions. Il consiste à mettre en temps de paix les impositions à un tarif très-modéré, afin de pouvoir les hausser en temps de guerre selon les circonstances. Nos impositions actuelles sont de plus de 800 millions; en temps de paix les tarifs pourraient obtenir l’énorme diminution d’un quart; 600 millions pourront suffire en temps de paix. Dans l’état de guerre continentale, 850 à 900 millions sont jugés nécessaires. Nous les obtiendrions par un accroissement de 25 centimes sur tous les tarifs des impositions actuelles. Dans ce cas, on supporterait de fortes charges; mais on subviendrait à bien des besoins, et même l’imposition foncière ne serait pas plus forte qu’elle ne l’a été dans des circonstances de guerre. Voilà le système fondé par l’Empereur. Une nation n’a de finances que lorsqu’elle peut subvenir à tous ses besoins en paix comme en guerre, lorsqu’elle peut faire la guerre sans avoir recours à des emprunts, qui ne sont qu’un jeu d’anticipation ruineuse.

Quant à la politique, il faut s’étendre beaucoup sur le système vexatoire de l’Angleterre; dire que nous n’usons que de représailles; louer la conduite de l’Amérique; louer les mesures prises par une juste représaille; enfin dire que l’Europe présente aujourd’hui le spectacle de l’Angleterre en guerre contre tout le monde et n’ayant trouver d’alliés que dans les suppôts de l’inquisition et dans les plus barbares préjugés. Dire que l’Autriche a rappelé de Londres son ambassadeur et a cessé toute communication politique avec cette puissance; que cependant les armements de l’Autriche ont nécessité nos armements ; que la conscription est déjà en marche ; que les armées du Rhin et d’Italie vont se fortifier de toutes les nouvelles levées; que 100,000 hommes sont en marche des États de Prusse pour occuper le camp de Boulogne; que nous voulons la paix avec tout le monde, mais que nous sommes dans une position telle que nous ne craignons la guerre avec personne; que les régiments qui avaient été retirés d’Italie, il y a un an, retournent renforcer cette armée; que les troupes de la Confédération du Rhin sont bien organisées et instruites ; que le Danemark, désormais à l’abri de toute incursion anglaise, est évacué par nos troupes, qui se concentrent et se centralisent, et que, avant la fin de janvier, le nombre des bataillons retirés pour l’Espagne sera remplacé sur les bords de l’Elbe et du Rhin.

Parler de l’expédition de l’amiral Ganteaume et la louer.

Faire sentir le peu de chances qu’ont les Anglais de réussir dans une expédition continentale; dire que pour envahir le Portugal, ils affaiblissent la Sicile et d’autres points où il n’y a que très-peu d’Anglais , et que cette île se trouve exposée aux entreprises et à l’audace du roi actuel, qui, en même temps, commande mon armée.

 

Saint-Cloud, 23 octobre 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Donnez ordre à mon escadre de Flessingue de partir et de gagner un des ports de l’Océan ou de la Méditerranée, soit en doublant l’Irlande, soit en passant le détroit. Cette escadre mènera avec elle les trois frégates ou corvettes hollandaises.

 

Saint-Cloud, 23 octobre 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris

On dit que le sel vaut 50 centimes; faites-moi connaître ce qui en est.

 

Saint-Cloud, 23 octobre 1808

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, j’ai donné à des étrangers le grand aigle de la Légion d’honneur; cela vous était agréable, cela m’a suffi. Les étrangers n’ont aucun parallèle en France. Vouloir que je le donne au comte de ….. je vous laisse à juger si cela est convenable; vous avez l’esprit trop juste pour le penser. Le ministre de l’intérieur Cretet, qui m’a rendu tant de services dans la place de directeur général des ponts et chaussées et au Conseil d’état, le ministre du trésor public Mollien, un des premiers financiers de l’Europe, le ministre de la guerre Clarke, qui a été gouverneur de Vienne et de Berlin, avec qui j’ai négocié le traité de Campo-Forrnio, le ministre des cultes Bigot Préameneu, qui a été président de la section de législation de mon Conseil d’état, les ministres d’État Lacuée, Regnaud, Deermon, qui m’ont constamment rendu tant de services, n’ont pas le grand aigle de la Légion. Je ne parle pas des généraux; excepté les maréchaux, il n’y en a que quelques-uns qui l’aient pour leur conduite à Austerlitz et Friedland. Après cela j’attends votre réponse. On ne peut pas dire que le comte de ….. ne soit pas Français; cela est ridicule. Quand il vous aura servi fidèlement vingt-cinq ans, ou qu’il aura déployé de grands talents dans quelques circonstances, je ne me refuserai pas à lui donner ce que vous me demandez pour lui; il l’aura sans doute alors mérité.

 

Saint-Cloud, 24 octobre 1808.

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Dans une note que je recois sur le département de la Haute-Loire, je lis cette phrase : Le chef militaire du département est le général Beaufort, inspecteur dans les droits réunis. Je ne comprends pas trop cela. Comment un inspecteur des droits réunis peut-il être chef militaire d’un département ?

 

Saint-Cloud, 24 octobre 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, faites connaître au duc d’Auerstaedt, qui commande l’armée du Rhin et qui doit être à Berlin, que les chevau-légers polonais de ma Garde ont besoin d’une centaine d’homnies, et qu’il peut s’entendre avec le ministre de la guerre du grand-duché pour pourvoir aux moyens de les fournir; qu’il a dû recevoir les ordres pour les divisions Boudet et Molitor et pour les divisions Saint-Cyr et Legrand; que je suppose qu’elles sont en mouvement, et qu’il vous fasse connaître leur itinéraire de bonne heure, afin que vous puissiez prendre mes ordres avant leur arrivée; que comme je juge convenable de placer le corps du général Oudinot avec sa brigade de cavalerie légère à Hanau, il pourra dès lors placer à Baireuth une de ses trois divisions, ce qui empêchera l’encombrement; que je désire donc qu’il donne au général Oudinot l’ordre de se rendre à Hanau et de répartir sa division dans cette principauté.

 

Saint-Cloud, 24 octobre 1808.

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, il sera fourni 1,000 hommes à la disposition du ministre de la marine à l’île d’Aix, savoir : une compagnie du 66e composée de 1 capitaine, 1 lieutenant, 1 sous-lieutenant, 1 sergent-major, 4 sergents, 8 caporaux, 2 tambours et 240 soldats; une compagnie du 882e organisée de même; 300 hommes du bataillon colonial et 200 hommes du dépôt de conscrits réfractaires le plus voisin ; total, 1,000 hommes.

Vous mettrez également 900 hommes à la disposition du ministre de la marine à Lorient, savoir : 400 hommes du bataillon colonial qui est à Belle-Île; 200 hommes tirés du dépôt de conscrits réfractaires le plus voisin ; enfin une compagnie composée de 1 capitaine, 1 lieutenant, 1 sergent-major, 4 sergents, 8 caporaux, 2 tambours et 300 soldats, tirés du bataillon de la légion de réserve qui est au camp de Rennes. Ce bataillon, qui est actuellement de 900 hommes, restera fort de 600, et, comme il n’a que trois compagnies, la force sera encore de 200 hommes par compagnie. A cet effet, vous ordonnerez au général Heudelet de regarder comme déracinés les officiers et sous-officiers qui vont être envoyés à Lorient, et de les remplacer aux cadres des compagnies.

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P. S. Vous prescrirez aux capitaines généraux des colonies de faire charger les flûtes et frégates qui seraient laissées aux colonies de denrées coloniales, et de profiter des occasions favorables pour les renvoyer en France.

 

Saint-Cloud, 24 octobre 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur Decrès, vous trouverez ci-joint des ordres pour mes escadres de Rochefort et de Lorient. Faites-les partir par des courriers extraordinaires , qui porteront aussi vos instructions.

Ordonnez qu’avant le 10 novembre ces escadres soient sans communication avec la terre , et que leur départ ne dépende plus que du temps et des circonstances favorables. Je donne des ordres au ministre de la guerre pour les troupes d’embarquement qui sont nécessaires ; ces troupes sont déjà rendues à portée de l’une et de l’autre escadre. Ces deux expéditions jointes à toutes les autres déjà méditées, car celles-ci ne doivent empêcher aucune des anciennes, doivent pourvoir aux vivres des colonies pendant un an ou quinze mois. Si cela ne devait pas être suffisant, il faudrait faire partir mon escadre de Brest. Quand elle n’appareillerait qu’en décembre ou en janvier, elle serait toujours à temps pour faire son retour en mars. J’attends donc, pour me décider à cet égard, votre rapport, et que vous me présentiez l’état de ce que les bâtiments des deux escadres vont emporter. Dans les instructions que vous donnerez aux deux commandants, je vous recommande d’ordonner que, s’il y a séparation, le point de réunion ne soit pas sur la Martinique, mais sur Cayenne. Toutes leurs prises doivent y être envoyées. Espagnols, Portugais, Américains, Suédois, Brésiliens, tous sont de bonne prise.

P.S. Vous prescrirez aux capitaines généraux des colonies de faire charger les flûtes et frégates qui seraient laissées aux colonies de denrées coloniales, et de profiter des occasions favorables pour les renvoyer en France.

 

Saint-Cloud, 24 octobre 1808

INSTRUCTIONS AU CONTRE-AMIRAL LHERMITTE, COMMANDANT L’ESCADRE DE ROCHEFORT

Monsieur le Contre-Amirai Lhermitte, vous mettrez à la voile le plus tôt possible avec la Ville-de-Varsovie, le Patriote et le Jemmapes, armés en guerre, et le Calcutta, armé en flûte, de manière cependant à porter sa première batterie et à tenir tête à une frégate. Vous embarquerez sur chaque vaisseau les munitions de guerre dont notre ministre de la mairine vous enverra l’état, et 250 soldats environ par bâtiment, y compris la flûte, en tout de 800 à 1,000 soldats. Vos vaisseaux seront approvisionnés pour six mois de vivres, et la flûte sera chargée d’autant de farines, salaisons et vin que possible. Vos vaisseaux seront aussi chargés de farines, mais sans vous encombrer. Vous vous rendrez droit à la Martinique, où vous ferez entrer la flûte. Vous y débarquerez 5 à 600 hommes et les farines que vous aurez à bord. Vous ne resterez pas plus de quatre jours à la Martinique. Après cela, vous reprendrez le large avec vos trois vaisseaux et les bricks que la colonie voudra renvoyer. Vous paraîtrez devant la Guadeloupe, où vous jetterez 3 ou 400 hommes.

Ces deux missions remplies, je vous laisse maître de vos manmoevres. Pour achever l’emploi de vos vivres, vous pourrez croiser dans tels parages où vous présumerez devoir faire le plus de mal à l’ennemi. Vous pourrez prendre sous votre croisière ceux de nos bricks ou frégates que vous trouverez dans nos colonies. Vous opérerez votre retour de préférence dans la Méditerranée, soit à la Spezia, soit à Gênes, soit à Toulon.

Je vous préviens qu’une expédition part en même temps que la vôtre de Lorient. Si vous vous rencontriez, je verrais avec plaisir que mes deux escadres se réunissent sous vos ordres. Je désire aussi que vous prévoyiez le cas d’une séparation, afin qu’aucun de mes vaisseaux ne soit exposé à arriver seul devant Fort-Royal de la Martinique, où je présume que l’ennemi tient un ou deux vaisseaux. Notre ministre de la marine est chargé de vous transmettre les instructions de détail relatives à votre mission. Nous comptons que vous ne négligerez rien pour la bien remplir et pour faire le plus de mal possible à nos ennemis; et nous nous reposons pour cela sur votre courage, vos talents et votre zèle pour notre service.

 

Saint-Cloud, 24 octobre 1808

INSTRUCTIONS AU CAPITAINE TROUDE, COMMANDANT LA DIVISION NAVALE DE LORIENT

Monsieur le Capitaine Troude, vous partirez le plus tôt possible avec le Courageux, le d’Hautpoul, le Polonais, et avec trois frégates armées en guerre, des meilleures qui sont à Lorient et que mon ministre de la marine désignera. Vous partirez avec six mois de vivres. Vous aurez deux flûtes de la force des frégates, chargées de vin, farines et salaisons. Vous placerez également des vivres sur vos vaisseaux et frégates, mais de manière à ne pas vous encombrer. Vous embarquerez de 8 à 900 soldats et les munitions de guerre que notre ministre de la marine vous désignera. Vous vous porterez d’abord sur la Martinique; vous y ferez entrer une de vos flûtes et une de vos frégates, et vous y laisserez les 2 à 300 soldats embarqués à bord de ces deux bâtiments. Les vivres apportés par la flûte serviront à ravitailler la colonie, et les hommes qui seront sur la frégate et sur la flûte serviront à recruter la garnison. Et, de suite, sans mouiller, vous vous rendrez , avec le reste de votre escadre, à la Guadeloupe; vous y débarquerez tous les vivres que vous aurez à bord et le reste de vos soldats. Après cela, vous croiserez où vous jugerez convenable, pour consommer vos vivres, et vous chercherez à opérer votre retour dans la Méditerranée, soit à la Spezia, soit à Gênes, soit à Toulon. Le capitaine général de la Guadeloupe profitera sans doute des cinq jours que vous serez là pour reprendre les Saintes et Marie-Galante. Vous pourrez prendre sous votre croisière ceux de nos bricks ou frégates que vous trouverez dans la colonie.

Je vous préviens qu’une expédition part en même temps de Rochefort, sous les ordres du contre-amiral Lhermitte. Si vous vous rencontriez je verrais avec plaisir que mes deux escadres se réunissent. Je désire aussi que vous prévoyiez le cas d’une séparation, afin qu’aucun de mes vaisseaux ne soit exposé à arriver seul devant Fort-Royal de la Martinique, où je présume que l’ennemi tient au moins un ou deux vaisseaux. Notre ministre de la marine est chargé de vous transmettre les instructions de détail relatives à votre mission. Nous comptons que vous ne négligerez rien pour la bien remplir et pour faire le plus de mal possible à nos ennemis; et nous nous reposons, pour cela, sur votre courage, vos talents et votre zèle pour notre service.

 

Saint-Cloud, 24 octobre 1808.

A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Je donne ordre à un général de brigade et à un bataillon de 1,000 hommes , qui part de Rennes, de séjourner à Beaupreau , ainsi qu’à 400 dragons qui partent demain de Versailles. Faites venir le général Buquet, pour qu’il envoie de ce côté quelques brigades de gendarmerie tirées, soit de l’armée, soit des pays les plus tranquilles. Prenez des mesures efficaces pour faire arrêter Bourmont.

 

Saint-Cloud, 24 octobre 1808

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Bourmont a débarqué à Lorient. Il faut le faire arrêter sans délai.

 

Saint-Cloud, 24 octobre 1808

Au général Lacuée, directeur des revues et de la conscription, à Paris

Je vous renvoie l’état de situation des légions de réserve. Il n’est pas exact, de sorte que je ne puis me reconnaître. La 2e légion a trois bataillons de huit compagnies qui ont été formées d’abord , un 4e bataillon aux régiments supplémentaires, et, outre cela, un 5e bataillon se trouve à Saint-Jean-Pied-de-Port. La 3e légion a un 4e batataillon aux régiments supplémentaires, un 3e à Bilbao, et un 5e, indépendamment du dépôt, à Belle-Ile. Également, la 4e légion a un 4e bataillon aux régiments supplémentaires et un 5e qui est parti depuis pour Saint-Sébastien. Même chose pour la 5e légion : le 3e bataillon est aux régiments supplémentaires et le 5e sur le derrière de l’armée.

Je pense me souvenir, ce que vous serez à même de vérifier, que les quatre premiers bataillons des légions n’ont été envoyés qu’à cinq compagnies et qu’il a été demandé ensuite un 5e bataillon également à cinq compagnies ; éclaircissez cela.

Fain joindra cela à la formation des régiments supplémentaires, et fera des recherches pour trouver la situation des légions de réserve, indépendamment des 5e bataillons, qui sont dans les régiments supplémentaires.

 

Saint-Cloud, 24 octobre 1808.

Au général Lacuée, directeur des revues et de la conscription, à Paris

Vous m’avez envoyé deux livrets rouges sur la levée des 80,000 conscrits de 1806, 1807, 1808 et 1809. Je n’y ai pas trouvé le renseignement qui fait connaître sur quel lieu se dirigent les conscrits. Par exemple : le 8e de ligne reçoit 850 hommes , mais une partie se rend à Bayonne; sur l’état, rien n’indique la partie qui se rend à Bayonne et la partie qui va au dépôt. Faites-moi des états où cela soit indiqué ; ce renseignement m’est très-nécessaire. Faites-moi faire un petit état qui fasse connaître quels sont les départements où je n’ai pas fait lever la conscription.

 

Saint-Cloud, 24 octobre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général, à Bayonne

Mon Cousin, j’envoie par cette estafette au sieur Tournon un travail sur les effets d’habillement, armement, approvisionnement, qui sont arrivés à Bayonne. Vous pourrez consulter ce travail, si vous en avez besoin.

Il est nécessaire de désencombrer un peu Bayonne ; vous devez donc diriger sur Saint-Sébastien les compagnies des 4e bataillons, à mesure qu’elles seront complètes. Ainsi, par exemple, du moment qu’on pourra compléter à 140 hommes la le compagnie du 43e, on peut la diriger sur Saint-Sébastien , où elle sera casernée, s’instruira et en même temps gardera la place. Du moment que la 2e compagnie pourra être également complétée au même nombre, elle suivra la le. Par ce moyen, les conscrits, à peine arrivés, seront habillés, équipés et dirigés sur Saint-Sébastien. On en placera également à Tolosa et sur tous les lieux de la route où il sera nécessaire pour garder les communications, en ayant bien soin de réunir toujours le bataillon dans le même lieu.

 

Paris. 25 octobre 1808.

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, donnez ordre aux maréchaux Soult et Lannes de partir demain pour se rendre à Bayonne, pour être employés à l’armée d’Espagne. Donnez ordre à la dernière division du parc de ma Garde, composée de onze pièces d’artillerie, de partir de la Fère pour se rendre, par Rambouillet et Tours, à Bayonne. Faites partir également 200 chasseurs à cheval de ma Garde , 100 dragons, 100 grenadiers, 60 chevau-légers polonais, 50 gendarmes d’élite; total, 510 hommes à cheval. Ils se mettront en route le 27 et suivront la même route.

 

Paris, 25 octobre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général, à Bayonne

Mon Cousin, il résulte de la lettre ci-jointe du ministre de la guerre que, le 25 octobre, il a dû arriver à Bayonne douze compagnies de sapeurs et trois de mineurs. Faites diriger huit compagnies de sapeurs avec leurs outils sur Pampelune pour servir au siège de Saragosse; et quant aux compagnies de mineurs, dirigez-en deux sur Saragosse et une sur le quartier général à Vitoria. Dirigez également sur Pampelune, pour servir au siége de Saragosse, trois des compagnies d’artillerie qui sont à Bayonne.

 

Paris, 25 octobre 1808

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant l’armée du Rhin, à Berlin

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 16 octobre. En vous faisant connaître que l’armée polonaise devait occuper Praga, Thorn, Modlin et Sierock, j’ai voulu dire qu’elle devait garder tous les postes, mon intention étant de retirer insensiblement toutes mes troupes sur la gauche de l’Elbe. Si vous craignez que les Polonais ne vivent mal avec les Russes, vous pourriez placer aux avant-postes un régiment saxon. Il n’y a rien à craindre pour la Pologne ; d’ailleurs cela regarde le roi de Saxe, qui enverra autant de troupes saxonnes qu’il sera nécessaire. J’ai entendu que vous commandiez en chef de ce côté-là, afin d’avoir fréquemment des rapports de Danzig et de Varsovie. Danzig doit être en état; cependant on doit éviter de rétrograder l’artillerie, et de faire aucun mouvement qui puisse faire penser aux Russes que nous nous méfions d’eux. Je suis au mieux avec la Russie, je n’ai rien à craindre des Autrichiens ; mais, dans tout état de cause, mon intention est de concentrer de plus en plus mes troupes. Je suppose que cette lettre vous trouvera de votre personne à Berlin.

Dans peu de jours je pars pour l’Espagne. Il est nécessaire que vous correspondiez fréquemment avec le ministre de la guerre.

 

Paris, 25 octobre 1808

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples

J’ai recu votre lettre du 14 octobre. J’attends avec impatience d’apprendre que le fort de Capri soit pris (la place est tombée le 16 octobre). Je vois avec plaisir le secours que vous avez fait passer. Seize vaisseaux de ligne, dix frégates et quatre gros transports pourraient facilement, cet hiver, partir de Toulon, se rendre près de Reggio, et, là, protéger le passage de 12 à 15,000 hommes sur la Sicile. Faites-moi un projet là-dessus. Combien de petites chaloupes canonnières ou spéronares aurez-vous , qui pourraient favoriser le débarquement ? Je suppose que les batteries de Tarente sont toujours en état de protéger mon escadre. Je pars dans peu de jours pour l’Espagne, où mes troupes arrivent.

 

Paris, 25 octobre 1808

NOTE DICTÉE EN CONSEIL D’ADMINISTRATION DE L’INTÉRIEUR

Sa Majesté, après avoir réglé le budget de la ville de Paris et celui des Pontsl et chaussées pour 1809, dicte la note suivante, destinée au ministre de l’intérieur.

Le budget des ponts et chaussées pour 1809 est arrêté. Sa Majesté y a compris deux nouveaux travauy, savoir : le pont de Choisy sur la Seine et le pont de l’Arsenal à Lyon. Elle désire que, pour ces deux ponts, ainsi que pour le pont de Serin à Lyon, les dispositions soient faites de manière à ce que les travaux soient en activité au mois de mars prochain.

La commune de Paris est fort riche, et il est nécessaire d’avoir ses comptes en règle avec elle. C’est pour cet objet que Sa Majesté a mis un article relatif à la rentrée des deux millions prêtés.

Sa Majesté désire savoir, si l’eau de l’Ourcq rendra de l’argent, soit en la vendant aux particuliers, soit en concédant l’usage d’une certaine quantité pour les usines.

N’ayant pas eu le temps de discuter la proposition d’employer le nouveaux fonds prêtés à la commune de Paris à conduire les eaux de l’Ourcq au faubourg du Temple et à la place des Vosges, Sa Majesté a fait mettre dans le décret l’alternative de la conduite des eaux, soit à la place des Vosges, soit dans le quartier des Tuileries. Elle désire que le ministre lui fasse un rapport sur les motifs du parti qu’il croira devoir adopter. La discussion de cet objet est remise au mois de janvier.

Aucun marché n’est couvert; la halle n’est pas commencée ; l’entrepôt du sel n’est point établi; il n’y a rien de fait pour la halle aux vins, objet d’une grande importance ; Sa Majesté désire que le ministre donne une nouvelle impulsion à ces travaux.

La nouvelle évaluation du canal du Midi le porte à un capital de 11 millions. Il faut mettre cette affaire en règle le plus tôt possible , afin d’avoir ces 11 millions disponibles.

Il y a encore des fonds pour les abords du pont d’Austerlitz ; Sa Majesté a visité ces travaux et a trouvé qu’il n’y avait rien de fait.

Les travaux de la Bourse lui ont paru marcher bien lentement.

Sa Majesté a mis dans le budget de l’année dernière 200.000 francs pour le palais des Arts. Elle a demandé qu’un projet lui fût présenté et il ne l’a point encore été; c’est cependant un objet fort important. L’emplacement des Petits-Pères paraîtrait fort convenable. Il faut prendre un parti sans délai. On ne doit pas oublier que le Louvre était le palais des Arts; que les artistes y trouvaient des ateliers et des magasins qui leur manquent et qu’il est indispensable de leur rendre, dans le moment surtout où il ne faut pas laisser se refroidir l’émulation qu’ils ont manifestée.

Le projet d’une promenade d’hiver est une des choses qui a le plus frappé en Europe; on attend, avec une sorte d’impatience, le parti qui sera pris en France. Toutes les grandes villes sentent que cette commodité leur manque, et que, si l’on peut la leur procurer avec un million, il n’y a pas à balancer à faire pour elles une chose aussi agréable. Sa Majesté désire que le ministre fixe ses idées sur le parti qu’il y a à prendre pour arriver enfin à l’exécution de ce projet.

 

Palais des Tuileries, 25 octobre 1808

DISCOURS PRONONCÉ A L’OUVERTURE DU CORPS LÉGISLATIF.

Messieurs les Députés des départements au Corps législatif, les codes qui fixent les principes de la propriété et de la liberté civile, qui sont l’objet de vos travaux, obtiennent l’opinion de l’Europe. Les peuples en éprouvent déjà les plus salutaires effets.

Les dernières lois ont posé les bases de notre système de finances. C’est un monument de la puissance et de la grandeur de la France. Nous pourrons désormais subvenir, par nos seules recettes annuelles, aux dépenses que nécessiterait même une coalition générale de l’Europe. Nous ne serons jamais contraints d’avoir recours aux mesures désastreuses du papier-monnaie, des emprunts et des arriérés.

J’ai fait, cette année, plus de mille lieues dans l’intérieur de mon Empire. Le système des travaux que j’ai arrêtés pour l’amélioration du territoire se poursuit avec activité.

La vue de cette grande famille française, naguère déchirée par les opinions et les haines intestines, aujourd’hui prospère, tranquille et finie, a sensiblement ému mon âme. J’ai senti que, pour être heureux, il me fallait d’abord l’assurance que la France fût heureuse.

Le traité de paix de Presbourg, celui de Tilsit, l’attaque de Copenhague, l’attentat de l’Angleterre contre toutes les nations maritimes, les différentes révolutions de Constantinople, les affaires de Portugal et d’Espagne, ont diversement influé sur les affaires du monde. La Russie et le Danemark se sont unis à moi contre l’Angleterre. Les États-Unis d’Amérique ont préféré renoncer an commerce et à la mer plutôt que d’en reconnaître l’esclavage.

Une partie de mon armée marche contre celles que l’Angleterre a formées ou débarquées dans les Espagnes. C’est un bienfait particulier de cette Providence qui a constamment protégé nos armes, que les passions aient assez aveuglé les conseils anglais pour qu’ils renoncent à la protection des mers et présentent enfin leurs armées sur le continent.

Je pars dans peu de jours pour me mettre moi-même à la tête de mon armée, et, avec l’aide de Dieu, couronner dans Madrid le roi d’Espagne, et planter mes aigles sur les forts de Lisbonne.

Je ne puis que me louer des sentiments des princes de la Confédération du Rhin. La Suisse sent tous les jours davantage les bienfaits de l’acte de médiation. Les peuples d’Italie ne me donnent que des sujets de contentement.

L’empereur de Russie et moi , nous nous sommes vus à Erfurt. Notre première pensée a été une pensée de paix. Nous avons même résolu de faire quelques sacrifices pour faire jouir plus tôt, s’il se peut, les cent millions d’hommes que nous représentons de tous les bienfaits du commerce maritime. Nous sommes d’accord, et invariablement unis, pour la paix comme pour la guerre.

Messieurs les Députés, des départements au Corps législatif, j’ai ordonné à mes ministres des finances et du trésor public de mettre sous vos yeux les comptes des recettes et des dépenses de cette année. Vous y verrez avec satisfaction que je n’ai besoin de hausser le tarif d’aucune imposition. Les peuples n’éprouveront aucune nouvelle charge.

Les orateurs de mon Conseil d’État vous présenteront différents projets de lois, et, entre autres, tous ceux relatifs au Code criminel.

Je compte constamment sur toute votre assistance.

 

Saint-Cloud, 26 octobre 1808

NOTE POUR M. CRETET, MINISTRE DE L’INTÉRIEUR, A PARIS.

1° Que le ministre de l’intérieur rende compte de l’exécution du décret du 21 mars 1808, relatif à la vente des canaux, et fasse connaître par quel motif il ne lui a pas soumis avant le 10 avril l’emploi des trois millions affectés par l’article 7 de ce décret;

2° Qu’il fasse connaître par quel acte il a été autorisé à emprunter, sur les deux millions pour les travaux de Paris, article 7 dudit décret, une somme d’un million pour la conduite des eaux de l’Ourcq à la fontaine des Innocents ;

3° Qu’il fasse connaître si ce million est suffisant pour cet objet;

4° Qu’il propose un projet de décret pour emprunter un nouveau million sur les mêmes fonds, pour conduire l’eau de l’Ourcq sur une autre place de Paris que le décret désignera ; le même décret déterminera le versement des actions pour faire face à cet emprunt ;

5° Qu’il mette une note sur l’emploi de l’emprunt de la ville de Paris, et qu’il propose de modifier cet emploi et d’annuler la disposition relative aux bains publics, pour en reporter les fonds sur les tueries : au lieu de quatre tueries, on en construira six, chacune ne devant pas coûter plus d’un million ; on commencera sans délai celle qui doit désencombrer le plus beau quartier de Paris ;

6° Qu’il fasse dresser sans délai les plans , dessins et devis de la construction d’une fontaine sur la place de la Bastille ; cette fontaine représentera un éléphant portant une tour à la manière des anciens; on aura la liberté de faire ce monument en bronze ou de toute autre manière; on y emploiera les fonds destinés aux fontaines publiques;

7° Que la première pierre de cette fontaine et celle de la première tuerie soient posées le 2 décembre, jour anniversaire du couronnement , et que le même jour on célèbre l’arrivée de l’eau de l’Ourcq à Paris ;

8° Que le ministre porte dans son budget, comme fonds spéciaux, les fonds qui ont été retenus sur les budgets des villes pour les maisons de mendicité et tous autres fonds spéciaux affectés à la même dépense ;

9° Qu’il se fasse remettre par M. Montalivet une note explicative sur ce qu’il entend par le contingent du trésor public, 1° pour les routes , montant à 667,276 francs , 2° pour les projets soumis à Sa Majesté, montant à 663,750 francs ; il parait que M. Montalivet doit fournir à cette dépense, ou par les fonds généraux , ou par les fonds spéciaux.

 

Paris, 26 octobre 1808

A M. de Talleyrand, prince de Bénévent

Mon intention est que, pendant que durera la session du Corps Législatif, vous ayez au moins quatre fois par semaine un dîner de 36 couverts composé en grande partie de législateurs, de conseillers d’État et de mes ministres, afin de les mettre à même de se voir, et que vous puissiez ainsi connaître les principaux et cultiver leurs dispositions.

 

Paris, 26 octobre 1808

Au général comte Dejean, ministre-directeur de l’administration de la guerre

Monsieur le général Dejean, il faut envoyer de l’argent pour les hôpitaux du corps du général Junot et un autre ordonnateur que l’ordonnateur Trousset dont ce général continue à se plaindre, comme n’ayant pas l’activité nécessaire. Les régiments auront besoin de plusieurs effets d’habillements et il serait convenable de diriger sur La Rochelle de quoi équiper d’abord jusqu’à ce qu’on sache ce qui est nécessaire pour mettre le corps en état d’entrer en campagne.

 

 Paris, 27 octobre 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale

Veillez à ce qu’on ne mette pas trop de détails sur (la cour de] Vienne dans les journaux. Il y a trop d’affectation à la louer; il faut, au contraire, tourner en ridicule la levée hongroise et la Gazette de la cour, qui copie la Gazette de Séville et les autres nouvelles débitées par les insurgés. Il faut se moquer de la circonspection de la Gazette de Vienne.

 

Paris, 26 octobre 1808

Au général Junot, duc d’Abrantès, commandant le 8e corps de l’Espagne, à La Rochelle

J’ai reçu vos lettres. J’ai donné ordre à votre chef d’état-major, qui est débarqué dans le Morbihan , de se rendre près de vous. On changera votre ordonnateur, mais les bons ordonnateurs sont difficiles à trouver. Il ne s’agit plus d’y penser, il faut songer à l’avenir.

Je suppose que dans le courant de mai la tête de votre corps d’armée pourra se mettre en marche. On changera, comme vous le désirez, toute votre cavalerie.

 

Paris, 27 octobre 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Le comte d’Ega, ministre portugais débarqué à Nantes, demande à venir à Paris. Il sera le commissaire des Portugais qui sont en France. Les militaires, les employer dans les corps portugais ; les autres, m’en présenter un état pour leur donner des secours.

 

Palais des Tuileries, 27 octobre 1808

RÉPONSE DE L’EMPEREUR À LA DÉPUTATION DU CORPS LÉGISLATIF

Messieurs les Président et Députcs du Corps législatif, mon devoir et mes inclinations me portent à partager les dangers de mes soldats; nous nous sommes mutuellement nécessaires. Mon retour dans ma capitale sera prompt. Je compte pour peu les fatigues , lorsqu’elles peuvent contribuer à assurer la gloire et la grandeur de la France. Je reconnais dans la sollicitude que vous m’exprimez l’amour que vous me portez ; je vous en remercie.

 

Palais des Tuileries, 27 octobre 1808

RÉPONSE DE L’EMPEREUR A LA DÉPUTATION DES TROIS NOUVEAUX DÉPARTEMENTS D’ITALIE

J’agrée les sentiments que vous m’exprimez au nom de mes peuples du Musone, du Metauro et du Tronto. Je suis bien aise de les voir heureux dans leur nouvelle situation. J’ai été témoin des vices de votre ancienne administration. Les ecclésiastiques doivent se renfermer dans le gouvernement des affaires du ciel. La théologie qu’ils apprennent dans leur enfance leur donne des règles sûres pour gouvernement spirituel , mais ne leur en donne aucune pour le gouvernement des armées et pour l’administration.

Nos conciles ont voulu que les prêtres ne fussent pas mariés, pour que les soins de la famille ne les détournassent pas du soin des affaires spirituelles, auxquelles ils doivent être exclusivement livrés.

La décadence de l’Italie date du moment où les prêtres ont voulu gouverner et les finances et la police et l’armée.

Après de grandes révolutions, j’ai relevé les autels en France et en Italie. Je leur ai donné un nouvel éclat dans plusieurs parties de l’Allemagne et de la Pologne. J’en protégerai constamment les ministres.

Je n’ai qu’à me louer de mon clergé de France et d’Italie. Il sait que les trônes émanent de Dieu , et que le crime le plus grand à ses yeux, parce que c’est celui qui fait le plus de mal aux hommes, c’est d’ébranler le respect et l’amour que l’on doit aux souverains. Je fais un cas particulier de votre archevêque d’Urbino. Ce prélat, animé d’une véritable foi, a repoussé avec indignation les conseils, comme il a bravé les menaces, de ceux qui veulent confondre les affaires du ciel, qui ne changent jamais, avec les affaires de la terre, qui se modifient selon les circonstances de la force et de la politique.

Je saurai faire respecter en Italie comme en France les droits des nations et de ma couronne, et réprimer ceux qui voudraient se servir de l’influence spirituelle pour troubler mes peuples et leur prêcher le désordre et la rébellion. Ma couronne de fer est entière et indépendante comme ma couronne de France ; je ne veux aucun assujettissement qui en altère l’indépendance.

Les sentiments que vous m’exprimez et qui animent mes peuples du Musone, du Metauro et du Tronto me sont connus. Assurez-les que constamment ils peuvent compter sur les effets de ma protection, et que, la première fois que je passerai les Alpes, j’irai jusqu’à eux.

 

Paris, 27 octobre 1808

Au maréchal Bernadotte, prince de Ponte-Corvo, à Hambourg

J’ai recu votre lettre du 17 octobre. Si les circonstances me mettent à même de vous prouver l’estime que je vous porte, soyez sûr que je le ferai avec plaisir.

 

Paris, 27 octobre 1808

Au général Lacuée, ministre d’État, à paris

Je reçois votre lettre. Un homme qui travaille autant que vous a besoin d’un intérieur. Je verrai avec plaisir votre mariage avec mademoiselle Bianco de Brantès, et je désire que vous ne tardiez pas à avoir des enfants qui soient dignes de vous.

 

Paris, 28 octobre 1808.

Au général Clarke, ministre de la guerre

Sur 747 conscrits de l’Aube, 485 ont déserté. Donnez des ordres pour qu’ils soient arrêtés et envoyés à l’armée.

 

Saint-Cloud, 28 octobre 1808

Au comte Gaudin, ministre des finances, á Paris

Faîtes donner 100.000 francs à madame de Montmorency, en a-compte sur ses bois.

 

Paris, 28 octobre 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur Decrès , je vous envoie les ordres pour les frégates la Vénus et la Bellone.

Faites connaître au général Decaen (capitaine général des îles de France et de la Réunion) mes relations avec la Perse, et l’utilité de communiquer avec mon ambassadeur dans ce pays, par le moyen d’une frégate, s’il n’y a pas trop d’inconvénients. L’envoi d’un millier de fusils en Perse, même par cette frégate, ne pourrait être que d’un bon effet. Quant aux expéditions, il faut que le Jemmapes soit armé sans délai par une presse générale, et que les trois bâtiments partent en chargeant le plus de farines qu’ils pourront.

 

Paris, 28 octobre 1808

DÉCISION.

Le qénéral Clarke, ministre de la guerre, soumet à l’Empereur le projet d’un sieur L’Homond, ex-chef de bataillon d’aérostiers, qui propose d’opérer une descente en Angleterre au moyen de cent montgolfières de 100 mètres de diamètre, dont la nacelle pourrait contenir 1,000 hommes, avec des vivres pour quinze jours, deux pièces de canon avec caissons, 25 chevaux et le bois nécessaire pour alimenter les montgolfières. Renvoyé à M. Monge pour savoir si cela vaut la peine de faire une expérience en grand.

 

Paris, 29 octobre 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, le plan présenté pour Peschiera peut être adopté; mais comme on ne peut pas dépenser pour cette place plus de 200.000 francs par an, il faut faire la distribution de ce que l’on doit dépenser cette année et l’année prochaine, à raison de 200,000 francs par an. On fera successivement, chaque année, les dépenses les plus pressées. On emploiera donc huit ans pour exécuter tout le projet. Il faut rédiger le devis et faire connaître, année par année, ce qui doit être fait. On attend le projet pour le signer.

 

Paris, 29 octobre 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, j’approuve le projet présenté pour Saint-Georges. Il faut commencer par exécuter la lunette centrale; on emploiera à la masser les fonds que j’ai destinés, cette année, pour l’ouvrage Saint-Georges. Les mouvements de terre doivent être étudiés avec beaucoup de soin, pour éviter les trop grandes dépenses.

 

Palais des Tuileries, 29 octobre 1808

ORDRE DE SERVICE PENDANT L’ABSENCE DE S.M. L’EMPEREUR ET ROI

Nous avons réglé, pour être exécutées pendant la durée de notre absence, les dispositions suivantes :

L’archichancelier présidera le Conseil d’État; il signera les affaires des divers départements du ministère qui seront de nature à être délibérées au Conseil; il désignera les membres du Conseil d’État qui porteront au Corps législatif les projets de lois auxquels nous donnerons notre approbation pendant notre absence; il signera les pouvoirs des orateurs ; il désignera le jour de la présentation et le jour de la discussion.

Les lois délibérées au Corps législatif seront promulguées le dixième jour de leur adoption, dans les formes ordinaires; l’acte de promulgation sera dressé et signé par le grand juge; notre signature y sera relatée comme si elle avait été apposée de notre main.

Tous les ministres correspondront avec nous pour les affaires de leurs départements.

Néanmoins ils se rassembleront, le mercredi de chaque semaine, dans une des salles des Tuileries et sous la présidence de l’archichancelier; ils porteront au Conseil les objets de détail et du contentieux de leur administration, lesquels seront remis à l’archichancelier pour nous être transmis dans la forme ordinaire. Il y joindra une courte analyse de ce qu’il y aura de plus pressant à expédier, et des notes sur les affaires qui lui en paraîtront susceptibles.

Nous entendons, en général, que toutes les affaires qui, dans l’ordre ordinaire du gouvernement et de fadministration, ont besoin, de notre signature, continuent à nous être présentées à cet effet.

Toutes les fois que le grand juge pensera qu’uue demande en grâce est dans le cas d’être admise et que des circonstances urgentes exigent une prompte décision, l’archichancelier pourra, sur la demande de ce ministre, convoquer un conseil privé, dont nous désignerons les membres. Il nous adressera le procès-verbal de ce conseil dressé par l’un des ministres appelés, et, en cas de diversité d’opinions, il y joindra le résumé de celles qui auront été énoncées de part et d’autre.

Toutes les fois qu’un ministre jugera nécessaire une conférence avec d’autres ministres pour traiter une affaire de son département , il en fera la demande à l’archichancelier, qui convoquera à cet effet les ministres dont le concours sera nécessaire.

S’il survient des événements extraordinaires de police, sur lesquels nous ne puissions pas statuer à temps à raison de notre éloignement, et qui exigent le concours de plusieurs ministres , l’archichancelier, auquel se réuniront les grands dignitaires qui se trouveront à Paris, convoquera les ministres dont la présence sera nécessaire. Si l’exécution des mesures que l’archichancelier aura approuvées excède les bornes de l’autorité ministérielle, et qu’il ne soit pas possible d’attendre notre décision, il sera tenu de cette conférence un procès-verbal dressé par le ministre du département que l’affaire concerne et signé par l’archichancelier. En conséquence dudit procès-verbal, ledit ministre se trouvera autorisé à exécuter les dispositions telles que les aura prescrites l’archichancelier, après avoir entendu l’opinion des ministres.

Dans tous les cas d’événements militaires extraordinaires , l’archicliancelier, auquel se réuniront les grands dignitaires qui se trouveront à Paris, sur la demande du ministre de la guerre, convoquera les ministres dont le concours sera jugé nécessaire, et il sera procédé ultérieurement comme il est dit ci-dessus.

Le ministre de la police nous écrira tous les jours par l’estafette dont nous avons ordonné l’établissement.

Les ministres de la guerre et de la marine nous écriront sur tous les objets importants, et au moins deux fois par semaine.

Les autres ministres nous écriront tout aussi souvent qu’ils auront à nous entretenir des affaires de leur département.

Toutes les lettres nous seront adressées directement.

Les dépêches télégraphiques transmises à Paris, ou à transmettre de Paris, seront portées à l’archichancelier avant qu’il puisse y être donné cours.

 

Rambouillet, 29 octobre 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, vous donnerez deux jours de séjour aux 4e, 7e et 9e régiments polonais qui se rendent à Bordeaux, pour qu’ils aient le temps d’y former leur dépôt, et d’y recevoir les effets d’habillement qui vont être envoyés à Bordeaux.

Dans le décret de ce jour, vous verrez l’organisation que je donne au dépôt et à la nouvelle administration de ces régiments.

Le 4e régiment polonais, qui a aujourd’hui une grande marche à faire, n’est parti de Versailles qu’à neuf heures, tandis qu’il aurait dû partir à six heures du matin. Le commandant m’a dit que cela provenait du retard de la distribution du pain. Tirez cela au clair, et punissez qui mérite de l’être. Le pain devait être distribué la veille.

 

Rambouillet, 29 octobre 1808.

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

C’est précisément parce qu’on ne veut pas occuper la hauteur du Hartenberg qu’on veut occuper Mombach, car, si on voulait occuper le Hartenberg, l’ancienne redoute de Mombach suffirait.

Voici la différence des ouvrages du Hartenberg et de Mombach , c’est que, Mombach pris, la place n’a plus qu’une simple ligne magistrale, au lieu que, sur les hauteurs du Hartenberg, quand on serait à 100 toises du fort Meusnier et quand même on aurait pris ce fort, la place serait encore dans son entier. Ce côté peut être considéré comme la partie la plus forte de la place. C’est tellement la partie la plus forte de Mayence, que personne ne propose de l’attaquer par ce côté. Cela étant, pourquoi propose-t-on de la renforcer ?

Pour Mombach, j’approuve le projet no 1 ; il faut commencer par faire le réduit A. Cet ouvrage fait me garantit de tout. Je veux le réduit en maconnerie, pour être à l’abri des glaces, et pour que, dans aucun cas, tous les autres ouvrages ne puissent être tournés.

Il faut faire attention que, cette année et l’année prochaine, on fait des sacrifices pour Kastel; que j’ai ordonné que, cette année, l’argent fut employé aux points les plus importants, et qu’il ne faut pas distraire les fonds de leur destination.

 

Rambouillet, 29 octobire 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, l’idée d’avoir, avec 50,000 francs, un point dans la vallée, à la Chiusa-Veneta, dans lequel 50 ou 80 hommes, avec cinq ou six pièces de canon, puissent tenir pendant plusieurs jours, et dont l’ennemi ne puisse s’emparer sans calibre supérieur à celui de 12, est une idée qui peut être admise toutes les fois qu’il y a une vallée propre à cela, c’est-à-dire, 1° lorsque de la hauteur on ne peut point facilement détruire les maconneries, 2° lorsque la vallée est assez étroite pour être bien fermée, 3° lorsque ce résultat peut être obtenu avec la simple dépense de 50,000 francs.

Quant à l’idée de former des lignes depuis Osoppo jusqu’à Gemona, c’est une idée inadmissible. On désire que 800 hommes puissent conserver à Osoppo les magasins de vivres et à poudre, l’hôpital, les dépôts pendant quelque temps. On désire qu’une division étant promptement rappelée de devant Osoppo, pour livrer bataille sous Palmanova, ses bagages, ses blessés, ses malades, puissent être renfermés dans Osoppo. Enfin on désire que la division qui défendrait le haut Tagliamento, étant battue, tronvât un camp retranché pour se reformer et, de là, prendre toute autre délibération. Osoppo, dans la situation actuelle, ne m’offre point cet avantage; c’est un rocher trop élevé; je ne saurais où mettre 2 ou 300 voitures d’artillerie ou de bagages. Je crois même que la défense du rocher sera plus assurée quand il y aura des flèches au pied, sous l’immense protection des hautes batteries.

Ce que je désire à présent est donc ce que j’ai toujours demandé, un camp retranché qui soit le long des 400 toises qui forment le grand côté du fort, lequel s’appuie de droite et de gauche au rocher, et dont l’ouvrage le plus éloigné du centre ne soit pas à plus de 170 toises des hautes batteries du rocher; que les trois flèches du centre soient un peu mieux soignées; enfin que, dans le cas où il n’y aurait que 6 ou 800 hommes à Osoppo, on puisse, dans ces ouvrages du centre, laisser une soixantaine d’hommes pour servir les pièces qui y resteraient; et, s’il y a 7 ou 8,000 hommes, ils se tiendront dans le camp retranché et dans l’espace entre le fort et le fleuve.

La facilité qu’on a d’avoir de l’eau rend cet ouvrage très-facile, et certes personne n’imaginera pouvoir enlever de vive force un simple redan couvert d’un fossé plein d’eau, défendu par des pièces, comme cela se pratique dans la fortification de campagne, et soumis à toute l’artillerie de la hauteur. Encore moins osera-t-on ouvrir la tranchée sous une semblable domination , car on verra bien que, quand on aura le camp retranché, on n’aura rien. On se contentera donc de bloquer cette place ou de la bombarder.

Résumé : Osoppo est suffisant. Un simple camp retranché protégé par un filet d’eau est tout ce qui est nécessaire; deux ou trois flèches servant de point d’appui au camp retranché; le tout sous la domination du rocher : voilà ce que j’ai désiré pour cette année , et c’est pour cela que j’ai fait les fonds. Cela ne doit pas coûter plus de 115,000 francs. Quant à la hauteur de l’autre côté de la ville, je ne m’oppose point à ce qu’on l’occupe, mais je veux d’abord que mon camp retranché soit fait, parce que c’est là mon premier besoin, parce que c’est de là que doivent partir toutes les sorties et tous les convois.

 

…….. novembre 1808

NOTE POUR M. CRETET, MINISTRE DE L’INTÉRIEUR, À PARIS

Sa Majesté a visité les Enfants de la Patrie, et elle a été peu satisfaite de cet établissement. Elle a vu un vaste et beau bâtiment occupé par 2 ou 300 enfants de mauvaise mine, sales et couverts de haillons; elle n’a aperçu aucun costume et n’a rien vu qui respirât l’ordre et la décence. Elle a été assez contente de la distribution des ateliers; mais elle n’a pu concevoir comment chaque enfant pouvait coûter 23 sous dans un établissement où l’instruction ne coûte rien, puisqu’il n’y a qu’un seul maître d’école qui enseigne à lire; où les métiers, au lieu de coûter, rendent à l’école et aux enfants travailleurs. 23 sous par jour font une dépense annuelle de près de 400 francs; 12 à 15 sous par jour feraient une dépense de 200 à 220 francs , encore beaucoup trop forte, surtout si l’on considère qu’il y a des enfants de trois ans. Il y en a aussi beaucoup au-dessus de douze et même quelques-uns de seize à dix-huit ans, et c’est un abus. On comprend que les chefs d’atelier peuvent avoir un intérêt à conserver des jeunes gens, mais ce n’est pas une raison pour tolérer une chose qui ne convient pas et qui est dispendieuse.

Il faudrait que la ville de Paris fût difficile sur les réceptions. Est-il dans la justice générale qu’un enfant trouvé de trois ans ou le fils d’un mendiant coûte 400 francs à la ville, tandis qu’un secours de 400 francs arracherait à la misère un père, une mère et trois autres enfants ? Lorsque des établissements de cette nature ont pour objet de récompenser les services rendus (l’École de Chàlons), on doit les juger sur d’autres principes. Il y a dans l’institution des Enfants de la Patrie quelque chose que la raison n’approuve point et à quoi il faut remédier. Que la ville de Paris emploie 120 ou 130 francs au plus à soutenir de enfants malheureux, c’est là tout ce que sa munificence doit faire; il y a tant d’infortunés, qu’on ravit aux uns ce qu’on donne de trop aux autres.

Si l’administration est décidée à mettre des enfants en apprentissage, il faudra prendre un message plus modeste et s’arranger de façon à fixer la dépense à un taux raisonnable. Le local actuel serait excellent pour un lyçée.

En voyant un pareil établissement, la premiére idée qui se présente, c’est qu’il serait beaucoup mieux à deux ou trois lieues de Paris, où l’on aurait les vivres à beaucoup meilleur marché. Quoi qu’il en soit, les bâtiments actuels pouvant contenir 15 à 1800 individus, il faut rendre cet établissement plus utile.

Sa Majesté se propose de le visiter de nouveau à son retour; elle désire qu’à cette époque le ministre lui présente un rapport dans lequel il ait posé d’une manière claire les principes à suivre sur cette matière.

Bayonne, 3 novembre 1808, trois heures du matin

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Vittoria

Mon Frère, j’arrive au moment même à Bayonne. Toutes vos troupes sont disséminées. Je vous recommande de nous écrire au moins une ou deux fois par jour, pour que je sache où sont les corps.

Ayant couru à franc étrier une partie des Landes, je suis un peu fatigué.

Bayonne, 4 novembre 1808, quatre heures du matin

Au général Walther, commandant la Garde Impériale, à Bayonne

J’ai donné l’ordre au général Lefebvre de se rendre sur-le-champ à Saint-Jean-de-Luz avec son réogiment. Faites partir les grenadiers à six heures du matin, afin qu’ils puissent se trouver avant onze heures à Irun et pousser alors quelques escortes entre Irun et Hernani.

Les dragons devront se reposer aujourd’hui et partiront demain. Faites partir sur-le-champ les deux compagnies de fusiliers qui sont au camp, de manière qu’ils soient vers dix heures à Irun.

Je suppose que vous avez fait distribuer quatre jours de vivres à la Garde. Faites mettre en marche, à six heures du matin, les régiments de la Garde. Ils continueront leur route et iront aussi loin qu’ils pourront. Les grenadiers et chasseurs de la Garde partiront à six heures environ et iront aussi loin qu’ils pourront. Le régiment qui est à Hernani ira plus loin.

 

Bayonne, 4 novembre 1808

Au général Junot, duc d’Abrantès, commandant le 8e corps de l’armée d’Espagne, à la Rochelle

Vous trouverez ci-joint une lettre du ministre de la guerre. Je vois avec plaisir que le régiment provisoire de Rennes sera arrivé à l’heure qu’il est à Saintes et incorporé dans les régiments dont il fait partie. Quant au régiment provisoire que Dufour a laissé à Beaupreau, faites-le revenir, et seulement désignez, pour rester à Beaupreau , une compagnie de voltigeurs et une de grenadiers, des corps qui sont arrivés des plus entiers.

Le maréchal Lefebvre a attaqué les Espagnols en avant de Bilbao , les a battus et poursuivis l’épée dans les reins. Sur la gauche on les a battus et poursuivis également. Les prisonniers sont dirigés sur Bordeaux.

Vous devez avoir déjà reçu l’ordre de faire partir pour cette ville la 1e brigade de la division Laborde. Je vous écris, par la présente, que je désire que vous y envoyiez toute la division Laborde; elle sera bien à Bordeaux. Vous ferez occuper Saintes par les troupes qui sont plus éloignées. J’ai promu les colonels Foy, de l’artillerie, et Maransin, de la légion du Midi, au grade de général de brigade.

Envoyez-moi l’état des récompensés que vous croyez avoir été méritées par votre corps d’armée.

Je porte ce soir mon quartier général à Tolosa, et de là je continuerai. Je vous manderai bientôt de porter votre quartier général à Bordeaux. Je désire également que le général Dufresse se dirige sur Bayonne; il fera toujours partie de votre corps d’armée, mais , en attendant, il pourra être utile à Bayonne.

Deux compagnies du 6e régiment d’artillerie, appartenant au corps de la Gironde, étaient, à Bayonne, un effectif de 120 hommes environ pour les deux compagnies. J’ai ordonné qu’une des deux fùt complétée par l’autre à 120 et dirigée sur Pampelune. Vous ne devez plus compter sur cette compagnie. Le cadre de l’autre est dirigé sur la Rochelle, où il sera complété. On vous fournira une autre compagnie d’artillerie.

Mandez-moi si les officiers réformés vous arrivent.

 

Bayonne, 4 novembre 1808

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Sicles, à Naples

Mon Frère, je suis arrivé à Bayonne. Je porte demain mon quartier général à Vitoria.

Les prisonniers que vous faites à Capri ne doivent pas être échangés. Il est nécessaire que vous en envoyiez l’état au ministre de la guerre et que vous placiez ces prisonniers dans un lieu sûr de votre royaume. Ils doivent être considérés comme prisonniers français, l’armée française étant la principale dans cette expédition. Une note de votre ministre des relations extérieures m’a appris la prise de Capri officiellement; cela est ridicule. Capri ayant été prise par mes troupes, je dois apprendre cet événement par mon ministre de la guerre, à qui vous devez en rendre compte. Il faut avoir soin de ne rien faire qui puisse, sous ce point de vue, blesser moi et l’armée française.

 

Bayonne, 4 novembre 1808.

Au maréchal Lefebvre, duc de Dantzig, commandant le 4e corps de l’armée d’Espagne, à Bilbao

L’Empereur, Monsieur le Maréchal, a vu avec peine que, sans ordre, vous aviez engagé une affaire avec le corps du général Blake qui , s’il fût encore quarante-huit heures dans cette position était dans le cas d’être pris ou du moins d’être attaqué plus avantageusement.

 

Bayonne 4 novembre 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, donnez l’ordre à tout ce qu’il y a de disponible dans le dépôt du régiment hollandais à Saint-Denis de partir pour Bayonne; il doit y avoir une centaine d’hommes.

Les subsistances ne manquent pas ici, mais ce qui concerne les objets d’habillement va très-mal. Je ne découvre que vols et dilapidations. M. Dejean est horriblement trompé.

Différents événements ont eu lieu. Le maréchal duc de Danzig avec son corps a attaqué le général la Romana, qui, avec les meilleures troupes de ligne espagnoles, avait poussé jusqu’à trois lieues en avant de Bilbao, les a battues le 31, les a poussées l’épée dans les reins, est entré dans Bilbao et a continué sa poursuite. Le 26, le maréchal Moncey avait attaqué tout ce que l’ennemi avait sur la gauche de l’Ebre, leur a fait 1.200 prisonniers de ligne, parmi lesquels on compte 40 officiers.

Je porte aujourd’hui mon quartier général à Tolosa.

 

Bayonne, 4 novembre 1808

A M. Gaudin, ministre des finances, à Paris

Le service des postes va horriblement mal. Ma suite n’est pas arrivée; j’ai été moi-même obligé de courir à franc étrier. Il faut que le directeur général des postes ne distribue pas les gratifications à tort et à travers, mais donne aux fonds une destination mieux raisonnée. Tout le monde se plaint de ce que cette administration des postes ne prend jamais aucune mesure appropriée aux circonstances. Il faudrait vingt-cinq chevaux à chaque relais sur la route de Bayonne, surtout pendant tout le temps que les affaires d’Espagne peuvent durer. Donnez donc un ordre positif pour que ces vingt-cinq chevaux existent à chaque relais, et que le service marche avec activité.

 

Bayonne, 4 novembre 1808

A M. de Montalivet, directeur des ponts et chaussées, à Paris

Monsieur Montalivet, la route depuis Vendôme jusqu’auprès de Château-Renault, c’est-à-dire aux confins du département d’Indre-et-Loire, est horrible. Les convois d’artillerie y ont perdu plusieurs chevaux. Je vous avais prévenu, l’année dernière, que le préfet de Loir-et-Cher, par esprit de localité, ne faisait pas réparer cette route, mon intention est que vous reteniez tous les fonds de 1808 et 1809 affectés aux routes du département de Loir-et-Cher, et que vous les employiez à la route de Vendôme à Chàteau-Renault, enfin que dans le budget de l’année prochaine vous me proposiez ce qui sera nécessaire pour l’achever. Cette dépense ne peut pas être considérable. En même temps, vous témoignerez mon mécontentement au préfet sur cette vexation publique.

 

Bayonne, 4 novembre 1808

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’Empire, à Paris

Mon Cousin , je suis arrivé à Bayonne le 3, à deux heures après minuit. Je pars dans ce moment pour porter mon quartier général à Tolosa. Les opérations sont commencées; l’ennemi est déjà battu de tous côtés; les prisonniers arrivent. Le temps est assez mauvais.

 

Bayonne, 4 novembre 1808

DÉCISION

Le major général, prince de Neuchâtel, met sous les yeux de l’Empereur un rapport du sous-inspecteur aux revues sur la confection de capotes et de 20,000 habils militaires, à Bordeaux. Il résulte de ce rapport que, par suite de l’extrême avidité de l’entrepreneur et de ses sous-traitants, 1° les salaires des ouvriers sont insuffisants ; 2° les capotes sont trop étroites, l’entrepreneur ne livrant pas aux ouvriers la quantité de drap accordée par le gouvernement, 3° l’installation des atetiers de confection est défectueuse; 4° qu’enfin une tentative de corruption, faite auprès des fabricants de drap de Lodève, a été rejetée par eux et portée à la connaissance de l’administration. Renvoyé au grand juge, pour faire arrêter, traduire devant les tribunaux et poursuivre selon la rigueur des lois les coupables, non-seulement comme voleurs et dilapidateurs des fonds publics, mais encore comme compromettant le service de l’armée. Le major général cassera, comme frauduleux, tous les marchés faits avec ces individus. Il chargera le préfet de la Gironde et le commissaire ordonnateur à Bordeaux de se concerter pour que le service n’en souffre pas et qu’il y soit pourvu.

 

Bayonne, 4 novembre 1808

Mon fils, j’arrive à Bayonne, je porte aujourd’hui mon quartier général à Tolosa. Les Espagnols ont été battus par le maréchal duc de Dantzig en avant de Bilbao; on les a mis en déroute, on a pris cette ville, et on les a poursuivis l’épée dans les reins. Cette action a eu lieu le 31 ; le 26, on a fait 1,260 prisonniers dans différents combats, qui ont eu lieu dans la Navarre. J’ai envoyé chercher par deux frégates le 6e régiment italien, qui était à l’ile d’Elbe ; il doit être actuellement à Perpignan.

 

Tolosa, 4 novembre 1808, minuit.

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Vitoria

Mon Frère, je suis arrivé à six heures du soir à Tolosa. Je partirai demain à cinq heures, et j’arriverai à Vitoria dans la nuit. Je désire être logé hors la ville. Je pense que vous m’avez envoyé des escortes et surtout des relais de chevaux de selle jusqu’à mi-chemin de Mondragon à Villafranca. Je ferai sans doute toute la route à cheval; cependant des relais, chacun de quatre chevaux de voiture, peuvent m’être utiles. Je désire ne pas faire plus de quatre à cinq lieues sur le même cheval. Je désire arriver à Vitoria incognito et sans qu’on s’en doute. C’est pourquoi j’arriverai la nuit; on ne le saura que le lendemain. A neuf heures du natin, on pourra tirer soixante coups de canon.

Je viens de dicter tous les ordres de l’armée pour le maréchal Moncey, le maréchal Ney, au prince de Neuchâtel, qui les expédie; ce qui ne sera probablement fait que dans deux heures. C’est pourquoi je vous expédie un courrier dès à présent , de crainte qu’il n’éprouve un retard de deux heures.

 

Tolosa, 5 novembre 1808

A l’impératrice Joséphine, à Paris

Je suis à Tolosa; je pars pour Vitoria , où je serai dans peu d’heures. Je me porte assez bien , et j’espère que tout cela sera bientôt fini.

 

Tolosa, 5 novembre 1808

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny,je reçois votre lettre. J’approuve le parti que vous avez pris de renvoyer le courrier anglais. Je monte à cheval pour me rendre à Vitoria où je coucherai ce soir. Demain ou après, je vous enverrai ma réponse au monistère anglais. L’ennemi est poussé de tous côtés.

 

Vitoria, 6 novembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général, à Vitoria

Mon Cousin, la route de Saint-Jean-Pied-de-Port à Pampelune sera organisée; il sera placé à l’étape un commandant d’armes, une garnison de 2 ou 300 hommes et un magasin de subsistances pour le passage; la route sera tenue en bon état et ouverte toute l’année; les mesures seront prises pour que les neiges soient déblayées Un des officiers du génie qui sont à Pampelune parcourra cette route, en fera le croquis, fera connaître les travaux qu’il sera utile de faire pour la facilité des transports d’artillerie, et les différentes mesures à prendre pour que, pendant l’hiver, les neiges n’en empêchent pas la communication. Le préfet des Basses-Pyrénées donnera des ordres et proposera spécialement un ingénieur des ponts et chaussées pour tenir en état la route de Saint-Jean-Pied-de-Port à Bayonne. Vous prendrez toutes les mesures pour l’exécution du présent ordre. Mon intention est, aussitôt que faire se pourra, d’établir la communication de l’armée par Saint-Jean-Pied-de-Port et Pampelune.

 

Vitoria, 6 novembre 1808

Au maréchal Bessières, duc d’Istrie, commandant le 2e corps de l’armée d’Espagne, à Pancorro.

Mon Cousin, le major général m’a mis sous les yeux vos dépêches du 5 novembre sur l’existence d’un corps de 24.000 hommes à Burgos. Si cela est, ce ne peut être que 12,000 hommes de l’armée de Castille qui ont évacué Logrono, et qui ne sont pas dans le cas de faire tête à 3 ou 4,000 de vos gens.

Je suppose que vous avez 5,000 hommes de cavalerie , 15,000 hommes d’infanterie et 40 pièces de canon. Le général Lapisse, avec 5,000 hommes d’infanterie, 12 pièces d’artillerie, deux régiments de cavalerie du corps du maréchal Victor formant 1,000 hommes, doit se trouver avec son infanterie à Miranda, avec sa cavalerie au débouché de la plaine. Le maréchal Victor occupe Orduna. J’attends de nouveaux renseignements pour lui envoyer des ordres.

Je suppose que, demain, vous aurez fait battre toute la plaine de Burgos, culbuté l’infanterie qui s’y trouve, occupé cette ville, et que vous m’aurez envoyé des renseignements sur toute l’Espagne.

Je désire que vous envoyiez de forts partis de cavalerie et d’infanterie sur Villarcayo pour avoir des nouvelles de ce qui se passe sur les derrières du général Blake.

Immédiatement après que vous aurez fini la mission que je vous ai donnée, en occupant Burgos, j’enverrai le maréchal Soult pour prendre le commandement de votre corps, et je vous donnerai celui de la cavalerie.

—-

P. S. – Mon intention est de rappeler près de moi les chevau-légers polonais de ma Garde. Cependant je les laisserai encore pour quatre ou cinq jours.

 

Vitoria, 6 novembre 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Vitoria

Je désire que vous me fassiez donner des renseignements, le plus tôt possible, sur les routes: 1° de Bilbao à Valmaseda; 2° de Valmaseda à Villarcayo; quelles sont les villes qu’on rencontre; quelle espèce de hauteurs l’artillerie peut-elle passer ? 3° de Villarcayo à Burgos; 4° de Villarcayo à Orduna; 5° de Villarcayo à Miranda ou tout autre point longeant l’Èbre; 6° de Villarcayo à Santander; 7° de Villarcayo à Reinosa. Dans chacune de ces sept routes, l’artillerie peut-elle passer ? Des détails sur chacune de ces sept routes.

Faites faire ces notes soit par le ministre de la guerre espagnol, soit par des gens pratiques du pays, et aussi par des officiers français qui aient vu et qui aient été dans le pays.

Faites-moi tracer sur une carte la grande route de Tolosa à Pampelune, la grande route de Vitoria à Pampelune. J’aurais besoin de ces renseignements avant dix heures du matin. J’ai besoin aussi des renseignements suivants, mais pourvu que je les aie demain, cela est suffisant ; déterminer les routes, depuis Pampelune jusqu’à Madrid; est-ce une chaussée faite ? On fera connaître quelles villes on trouve leur population; quelles rivières, quelles gorges, quels obstacles naturels. Même description pour la route de Saragosse à Madrid par Daroca. Ces trois routes doivent être faites très en détail. On pourra y mettre le temps; pourvu qu’on les ait demain, dans la journée, c’est suffisant. Recommandez, pour toutes ces routes, qu’on établisse les distances en lieues de France, ou du moins qu’on fasse connaître combien de toises contiennent les lieues dont on parlera.

 

Vitoria, 6 novembre 1808, minuit

Au maréchal Victor, duc de Bellune, commandant le 1er corps de l’armée d’Espagne, à Osma.

J’ai mis sous les yeux de l’Empereur votre lettre du 6, que votre aide de camp a dit avoir été écrite à midi. Sa Majesté, Monsieur le Maréchal, a été de ce que, au lieu d’avoir soutenu le général Villatte, vous l’ayez laissé aux prises avec l’ennemi, faute d’autant plus grave que vous saviez que le maréchal Lefebvre avait commis celle de laisser exposée une division de votre corps d’armée en reployant ses deux autres divisions sur Bilbao. Vous saviez, Monsieur le Maréchal, que cette division était exposée à Valinaseda, puisque le général la Bruyère avait communiqué avec elle le 5 au matin. Comment, au lieu de vous porter en personne, à la tête de vos troupes, secourir une de vos divisions, avez-vous laissé cette opération importante à un général de brigade, qui n’avait pas votre confiance et qui n’avait avec lui que le tiers de vos forces ? Comment, après que vous avez eu la nouvelle que pendant la journée du 5 la division Villatte se fusillait, avez-vous pu, au lieu de marcher à son secours, supposer gratuitement que ce général était victorieux ? Sa Majesté demande depuis quand la fusillade et l’attaque sont une preuve de la retraite de l’ennemi. Cependant, Monsieur le Duc , les instructions de M. le maréchal Jourdan étaient précises, de ne vous porter sur Miranda que quand vous seriez assuré que l’ennemi était en retraite; au lieu de cela, Monsieur le Maréchal , vous êtes parti lorsque vous aviez la preuve certaine que l’ennemi se battait. Vous savez que le premier principe de la guerre veut que dans le doute du succès on se porte au secours d’un de ses corps attaqués, puisque de là peut dépendre son salut. Dans l’autre supposition , votre mouvement ne pouvait avoir d’inconvénient, puisque votre instruction de vous porter sur Miranda n’était qu’hypothétique, et qu’ainsi sa non-exécution ne pouvait influer sur aucun projet du général en chef. Voici ce qui est arrivé , Monsieur le Maréchal : la colonne devant laquelle le général la Bruyère s’est ployé a trouvé le général Villatte, qui, attaqué de front et en queue, n’a dù son salut qu’à son intrépidité et après avoir fait un grand carnage de l’ennemi; de son côté , il a peu perdu , et s’est retiré sur Bilbao, deux lieues en avant de cette ville, le 5 au soir.

La volonté de l’Empereur, Monsieur le Maréchal, est que vous partiez sans délai pour vous porter sur Orduna, que vous marchiez à la tête de vos troupes, que vous teniez votre corps d’armée réuni et que vous manoeuvriez pour vous mettre en communication avec la gauche du maréchal Lefebvre, qui doit être à Bilbao. N’ayant aucune connaissance ici de ce que l’ennemi peut avoir fait dans la journée du 6, ni de ce qu’il fera dans la journée du 7, vous devez vous conduire selon les circonstances. Dans tous les évènements, les débouchés d’Orduna, d’Amurrio et d’Areta assureront vos communications avec Vitoria. Je donne ordre au général Lapisse de se porter sur les hauteurs d’Orduna pour assurer votre mouvement. Vous pourrez le réunir à votre corps d’armée, aussitôt qu’il sera remplacé sur les hauteurs d’Orduna par les troupes du maréchal Bessières. Si cependant vous acquériez la certitude que l’ennemi ait évacué Valmaseda et Nava, et se fût, comme cela est possible, mis en retraite, vous pouvez arrêter votre mouvement, toutefois après vous être mis en communication, par vos coureurs, avec le maréchal Lefebvre, et avoir concerté ensemble vos mouvements.

 

Vitoria, 7 novembre 1808

A l’impératrice Joséphine, à Paris

Mon amie , je suis depuis deux jours à Vitoria; je me porte bien. Mes troupes arrivent tous les jours; la Garde est arrivée aujourd’hui. Le Roi est fort bien portant. Ma vie est fort occupée. Je sais que tu es à Paris. Ne doute pas de mes sentiments.

 

Vitoria, 7 notembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchatel, major général, à Vitoria

Mon Cousin, mon intention est que tous les hôpitaux entre Tolosa et Vitoria soient évacués, afin de donner place aux blessés qui seront le résultat des batailles qui vont avoir lieu. A cet effet , l’hôpital d’Escoriaza et celui de Vergara seront évacués sur Tolosa et, de là, sur Saint-Sébastien, et ces deux hôpitaux seront mis en état de recevoir chacun 300 blessés. L’hôpital de Vitoria sera évacué sur Pampelune, et cet hôpital sera mis en état de recevoir 1,500 blessés. Il sera établi un hôpital dans le fort de Pancorbo, ainsi qu’un magasin de vivres et d’effets militaires; on y transportera tout ce qui serait inutile à Vitoria.

J’ai fait réitérer les défenses les plus positives qu’aucun caisson des équipages militaires soit employés à porter des bagages. Faites-moi connaître ce qu’il y en a ici. Ils doivent tous être employés à transporter le biscuit à la suite de l’armée et, après les affaires, à aider à évacuer les blessées. Le magasin de 300,000 rations de biscuit, qui avait été ordonné pour Vitoria, sera transféré dans le fort de Pancorbo , à mesure que les envois arriveront de Bayonne. On accélérera la fabrique de pain à Vitoria, de manière à avoir toujours 40,000 rations de confectionnées, d’en avoir sous peu de jours 80,000 rations confectionnées, et de pouvoir donner quatre jours à tous les corps.

 

Tolosa, 5 novembre 1808

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, je reçois votre lettre du 1er. Je pense qu’il est convenable que vous restiez encore quelque temps à Paris

 

Vitoria, 8 novembre 1808, trois heures du matin

Monsieur le maréchal Bessièress, duc d’Istrie, commandant le 2e corps de l’armée d’Espagne, en marche sur Burgos

Mon Cousin, je n’ai point de nouvelles de vous depuis le 7, à midi. J’attends avec impatience toutes les nouvelles de la plaine. Si vous pouvez occuper Burgos et sa citadelle sans une grande affaire d’infanterie, vous pouvez l’occuper. La division de dragons Latour- Maubourg est prête à déboucher dans la plaine, ainsi que les deux autres régiments de cavalerie légère du général Beaumont , qui se rend aujourd’hui à Miranda ; ce qui vous fera un renfort de 6,000 hommes de cavalerie. Le général Mermet, avec le 3le d’infanterie légère, sera ce soir à Miranda.

Toute la Garde à pied et à cheval est arrivée hier ici. La division Marchand y arrive aujourd’hui. La division Bisson arrive aujourd’hui à Logrono. Ainsi voilà l’armée qui arrive tout entière.

 

Vitoria, 8 novembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchatel, major-général, à Vitoria

Mon Cousin, le général Bisson prendra le commandement de toute la Navarre et portera son quartier général à Pampelune. Le général de division Lagrange se portera sur-le-champ à Logrono pour prendre le commandement de la division Bisson. Le général de division Verdier se portera sur-le-champ au quartier général du maréchal Bessières pour prendre le commandement de la division Mouton. Le général Mouton reprendra son service près de moi. Le général Frère prendra à Vitoria le commandement de la province , en remplacement du général Lagrange. Le maréchal Soult partira demain pour Burgos et ira prendre le commandement du corps du maréchal Bessières. Aussitôt que le général Ricard, son chef d’état-major, sera arrivé , le général Guilleminot rejoindra le quartier général.

Quand le 118e sera réuni à Vitoria et aura été passé en revue, il se rendra à la division Bouet, à laquelle mon intention est qu’il soit attaché. Donnez ordre que le détachement du 15e de ligne qui est à Bilbao rejoigne son corps à Burgos. Le général Darmagnac se rendra à Burgos pour prendre le commandement de la Vieille-Castille.

 

Vitoria, 8 novembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchatel, major-général, à Vitoria.

Le général Lery se rendra ce soir au quartier général du maréchal Bessières pour entrer avec lui dans Burgos, faire armer sur-le-champ la citadelle. On doit commencer dès demain, pour faire tout ce qui est nécessaire pour la mettre à l’abri d’un coup de main, et me présenter un plan pour la mettre dans une situation où elle puisse être abandonnée deux mois à ses propres forces.

Le général la Riboisière enverra aujourd’hui un chef de bataillon d’artillerie au quartier général du maréchal Bessières, avec une compagnie d’artillerie. Il pourra prendre la compagnie d’artillerie qui est à Pancorbo, qu’il fera remplacer par une autre. Il donnera des ordres pour que cette compagnie entre dans la citadelle de Burgos, s’occupe sans relâche à la mettre dans le meilleur état de défense. Il dirigera sur cette citadelle dix pièces de campagne, de celles qui ne sont pas attelées, qui resteront là en dépôt, et qui, en attendant, serviront à la défense de la citadelle. On relèvera toutes les pièces, et on fera partir de Pancorbo des pièces en fonte de 16, pour les placer à la citadelle. Il fera venir sur-le-champ de Bayonne douze pièces de 24 légères, qui seront transportées par des boeufs et qui seront déposées à Burgos, si, au moment de leur arrivée, elles ne sont pas déjà nécessaires pour marcher sur Madrid ou toute autre place. Il est nécessaire que toutes les grosses pièces qui sont à Pancorbo soient mises en état. Le général la Riboisièie fera transporter à Burgos 500,000 cartouches et 2,000 coups de canon. La citadelle de Burgos doit être armée, approvisionnée et en état de se défendre le 11 au soir. Les pièces de 24 courtes qui sont à Bayonne, destinées pour le siège de Saragosse, sont inutiles pour ce siège : c’est ce qui me porte à donner l’ordre de les faire venir sur Burgos. Il faudrait faire également venir de Bayonne six mortiers avec les bombes nécessaires, tant pour armer Burgos que pour servir par la suite pour la prise ou l’armement de toute autre place, de sorte qu’on aura deux équipages de siège, l’un à Burgos, et l’autre servira contre Saragosse.

Il y a à Saint-Jean-Pied-de-Port 20,000 kilogrammes de poudres; donnez des ordres pour qu’ils soient expédiés sur-le-champ à Pampelune; ils seront remplacés par l’intérieur.

 

Vitoria, 8 novembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchatel, major-général, à Vitoria

Donnez des ordres et ordonnez les mesures que j’ai prises dans différentes circonstances pour que les armes des malades soient soignées et ne soient point perdues. Rendez-moi compte si les armes des 3,000 malades qui sont à Pampelune et des 1,100 qui sont ici sont soignées et déposées en lieu sûr. Il faut qu’il soit établi des salles d’armes et des garde-magasins dans chaque hôpital, pour que le commandant puisse visiter si les armes sont en bon état.

 

Vitoria, 8 novembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchatel, major-général, à Vitoria

Donnez l’ordre au général Marchand de faire partir la 1e brigade de son infanterie, aujourd’hui 8, pour arriver dans les villages près Vitoria. Elle prendra position dans les villages au débouché de la plaine, à une lieue de Vitoria. La moitié de son artillerie suivra le même mouvement, ainsi que l’artillerie de la division Bisson.

 

Vitoria, 8 novembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchatel, major-général, à Vitoria

Les régiments de cavalerie légère du général Beaumont se sont rendus à Miranda. Ils sont passés ici sans prendre mes ordres. Je ne puis qu’être mécontent de la manière dont se fait le service depuis que je suis arrivé. Vous prendrez des mesures pour que cela cesse. Aucun corps ne doit passer dans l’endroit où je suis, sans que vous donniez des ordres sur son placement. Il me semble que rien de tout cela ne se fait. Il y a des ordres donnés par d’autres généraux, cela ne doit pas être. Je vous rends responsable désormais de tout ce qui arrivera contre le service.

On a dissous le corps du maréchal Ney, on a fait différents changements sans mes ordres.

Mettez-moi sous les yeux les états de situation des commandants de place. Donnez enfin au service la direction qu’il doit avoir.

 

Vitoria, 8 novembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchatel, major-général, à Vitoria

Mon Cousin, je désirerais que tout ce que l’adjudant commandant Loinet et le général Wouillemont peuvent réunir, soit des chasseurs de la montagne, soit des troupes qui composent leurs colonnes, désormais inutiles pour la garde du département des Hautes-Pyrénées, de la Haute-Garonne, du Tarn et du Gers, pouvant former 3 à 4,000 hommes, se réunît et, sous les ordres de ces deux généraux, se portât sur Jaca, pour soumettre la vallée et se mettre en communication avec le corps qui fera le siège de Saragosse. Écrivez au général Wouillemont et à l’adjudant commandant Lomet pour savoir ce qu’ils peuvent fournir.

 

Vitoria , 8 novembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchatel, major-général, à Vitoria

Écrivez au maréchal Victor la lettre suivante :

L’Empereur suppose que, hier 7, le maréchal Lefebvre, à quatre heures après midi, a dû occuper Guenes, marchant sur Valmaseda. Par ce moyen, vos reconnaissances le rencontreront probablement dans la journée du 8. Vous pourrez concerter vos opérations.

Le général Merlin, qui est parti hier 7 , à midi , de chez le maréchal Lefebvre, y retourne et y sera le 8 , à deux heures après midi.

Aussitôt qu’on aura occupé Valmaseda et Nava, et que les forces de l’ennemi ne seront plus de ce côté, il est à désirer que vous reveniez , soit sur Miranda, soit sur Villarcayo.

Vous pourrez correspondre fréquemment par Amurrio et recevoir des ordres. Douze heures de retard, qui sont douze heures de repos pour la troupe, vous donnent plus de sûreté d’aller juste où veut l’Empereur.

Si vous rencontrez l’ennemi , de concert avec le maréchal Lefebvre, frappez-le ferme.

Faîtes désarmer les villages et casser les armes partout où vous passerez.

 

Vitoria, 8 novembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchatel, major-général, à Vitoria

Mon Cousin, envoyez l’ordre au maréchal Moncey de placer les deux bataillons du 116e dans la division Morlot, afin de porter cette division à 4,000 hommes. La division du général Mathieu doit être diminuée du ler régiment de la Vistule; ce régiment fait partie de la division Musnier. Par ce moyen, la division Mathieu sera diminuée de 1,000 hommes, qui lui sont compensés par le nouveau bataillon du 44e qu’elle a reçu; d’ailleurs, cette division sera toujours de 7,000 hommes, sans compter la cavalerie, et cela portera la division Musuier à 5,500 hommes. La division Morlot , augmentée du 116e, sera de plus de 4,000 hommes, et celle du général Grandjean, augmentée d’un bataillon de réserve et d’un bataillon supplémentaire, sera de 5,000 hommes. Ainsi le maréchal Moncey aura de disponibles, 1° la division Mathieu, avec les généraux de brigade Duget et Habert, 7,000 hommes d’infanterie; 2° la division Musnier, avec les généraux Brun et Razout, 5,500 hommes; 3° la division Morlot, avec le général Augereau, 4,000 hommes; 4° la division Grandjean , avec les généraux Laval et Rostollant, 5,000 hommes ; total de l’infanterie du corps du maréchal Moncey, 21,500 hommes.

La cavalerie commandée par le général Watier forme 1,600 hommes. Le général d’artillerie Couin reprendra le commandement de l’artillerie de la Garde; mais il ne quittera le corps du maréchal Moncey que quand il aura été remplacé par un autre général de brigade que désignera le général la Riboisière.

Une compagnie de sapeurs sera attachée au corps du maréchal Moncey, et, s’il est possible, une autre compagnie de pontonniers.

Quant à l’artillerie, chacune de ces divisions doit avoir 10 pièces de canon : il me semble qu’il n’y en a aujourd’hui que 36, c’est donc 4 pièces de canon qu’il faut tâcher de fournir. Il faut également fournir à ce corps trois compagnies d’un bataillon d’équipages militaires formant 108 voitures, dont 12 serviront pour le service de l’ambulance et le reste pour le transport du pain.

Vous donnerez des ordres positifs pour que le 119e et le 47e aillent rejoindre le corps du maréchal Bessières. La garnison de Pampelune restera forte du 7e bataillon de marche (jusqu’à ce que vous m’ayez présenté le travail d’incorporation), d’un bataillon irlandais, du ler bataillon de marche de Portugal, des grenadiers et des chasseurs des gardes nationales, des sapeurs et artilleurs destinés au siège de Saragosse et du dépôt, formé en quatre compagnies, des hommes écloppés et convalescents de tout le corps d’armée, qui sera réuni dans la citadelle; chaque compagnie se composera des hommes de la même division; elles seront spécialement chargées de la garde de la citadelle, et ne peuvent pas être évaluées à moins de 800 hommes ; ce qui portera la force de cette garnison à plus de 3,000 hommes. Ainsi le maréchal Moncey doit être prêt , avec 21,000 hommes d’infanterie, 36 ou 40 pièces de canon et 1,500 hommes de cavalerie, formant un corps de 24,000 hommes , à agir offensivement. Le général Bisson aura pour Pampelune et la Navarre ce que j’ai désigné pour la place de Pampelune, et la garnison de cette place dépendra de l’état-major et sera portée comme place. Donnez des ordres à Bayonne pour que tous les hommes des trois régiments de la Vistule, des lanciers polonais, et tous les hommes écloppés du corps du maréchal Moncey, soient dirigés sur-le-champ sur Pampelune. Faites-moi connaître de combien de compagnies se trouve composé le 70e, qui est de la division Mathieu. Il doit y avoir des détachements de ce corps à Bayonne et des conscrits qui ont été destinés pour compléter ses bataillons. Recommandez au général Drouet de faire faire des visites dans les hôpitaux de la 10e et de la 11e division pour rassembler les hommes en état de servir, les faire armer et habiller, et d’envoyer à Pampelune ceux qui appartiennent au corps du maréchal Moncey, à Saint-Sébastien ceux qui appartiennent aux autres corps, et à raison de 150 hommes par compagnie.

Le corps du maréchal Bessières sera composé de la division Merle, ayant les généraux de brigade Lefebvre et Gaulois, augmentée de quatre compagnies du 86e, du 1e bataillon du 119e et d’un bataillon supplémentaire, et formant 6,000 hommes ; de la division Bonet, augmentée du 118e, qui se trouvera être de 4,500 hommes, et de la division Verdier de 7,000 hommes; total , 18,000 hommes d’infanterie; de la division Lasalle composée du 10e et du 22e de chasseurs et du 9e de dragons , formant avec les Polonais de la Garde 3,000 hommes. Les Polonais resteront jusqu’à nouvel ordre. La division de dragons du général Milhaud, formant 9,500 hommes, sera attachée au même corps jusqu’à nouvel ordre. Ce corps aura donc 5,500 hommes de cavalerie. Chaque division devra avoir 12 pièces de canon ; la division Milhaud doit en avoir 6; ce qui portera sa force à 42 pièces de canon. Il doit y avoir une compagnie de pontonniers et une de sapeurs avec une division d’outils. Ainsi le maréchal Soult, qui va commander ce corps, aura 24,000 hommes.

Le maréchal Ney gardera jusqu’à nouvel ordre la division Dessolle, ce qui lui fera 23,000 hommes d’infanterie, 2,500 de cavalerie et 40 pièces de canon.

Le corps du maréchal Lefebvre restera comme il est.

La division Latour-Maubourg sera attachée à la réserve, ainsi que la division Milhaud, pour en être disposé selon les événements.

 

Vitoria, 9 novembre 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Moinieur le Général Clarke, je reçois l’état de situation de l’armée de Portugal au 26 octobre. J’ai vu avec plaisir que 14,300 hommes étaient déjà débarqués. Je suppose qu’il y a dans ces hommes des malades, des blessés et des hommes à réformer. Je vois qu’il y en aura encore 11,000 à débarquer; je suppose qu’ils le sont dans ce moment-ci.

Le 15e de ligne n’avait qu’un bataillon en Portugal; ce bataillon ne doit être que de six compagnies. S’il a 600 hommes présents, avec les hommes qu’il a au régiment provisoire de Rennes, il sera facilement porté au grand complet.

Le 70e doit avoir trois bataillons ; ce qui existe, avec ce qu’il y a au régiment provisoire de Rennes, formera 2,400 hommes. Il faut voir quand son dépôt pourra lui envoyer 200 hommes de renfort ; mais il faut que ce soient des conscrits bien habillés, bien armés et déjà décrassés. Il reste toujours au dépôt une centaine de vieux soldats sortant des hôpitaux qu’on peut envoyer.

Le 47e, je crois, un bataillon et demi ; 1,200 hommes qu’il aura présents et 200 du régiment provisoire de Rennes feront 1,400 hommes; il lui manquera peu de chose pour le compléter.

Le 86e, qui a trois bataillons, a perdu 300 hommes par le naufrage; il n’aura que 1,600 hommes et, avec les 200 hommes du régiment provisoire de Rennes, 1,800 hommes. Il faudra, si son dépôt ne peut compléter ses trois bataillons, n’en garder que deux et envoyer au dépôt le cadre du 3e, en ôtant les sous-officiers et soldats pour compléter les deux premiers. Pour le bataillon suisse, il faut faire partir de son dépôt tout ce qu’il y a de disponible pour le compléter.

Ainsi je vois que la 1e division sera forte de plus de 9,000 hommes. Le général Laborde la commandera. Le général Foy et un autre général que vous me proposerez , en choisissant des hommes de guerre, seront employés dans cette division.

La 2e division n’est composée que de 4e bataillons. Il faut envoyer aux 2e, 4e, 12e, 15e, 39e et 58e des détachements des dépôts de Paris pour compléter chaque bataillon à 840 hommes. Passez vous-même la revue de ces dépôts, et ayez soin que ces hommes partent habillés, armés et avec de bonnes capotes. Ainsi cette 2e division sera portée au moins à 5,000 hommes.

La 38 division, en y incorporant la brigade Dufresse et le ler bataillon de l’armée de Portugal et ce que les dépôts de ces régiments peuvent encore fournir, sera facilement portée à 6,000 hommes.

Ce corps d’armée sera donc promptement porté à 20,000 hommes d’infanterie.

Quant à la cavalerie, toutes les mesures ont été prises pour la monter. Faites-y envoyer des officiers des dépôts. Je vois qu’il y a 118 hommes du bataillon du train et 107 du bataillon des équipages. Le reste aura sûrement débarqué.

Donnez des ordres pour que la 1e division soit rendue à Bordeaux le 20 novembre, qu’elle ait ses douze pièces d’artillerie, que les soldats aient leurs capotes et leurs souliers, et se trouvent en état.

Faites-moi connaître si la 2e et la 3e division pourront être rendues à Bordeaux le ler décembre.

Le général Loison commandera la 2e division; le général Heudelet la 3e. Le général Travot commandera la 13e division militaire. Le général Fuzier sera employé dans une division militaire. Vous me présenterez deux généraux de brigade pour chacune des deux dernières divisions.

 

Vitoria, 9 novembre 1808, à neuf heures du matin

Au maréchal Bessières, duc d’Istrie, commandant le 2e corps de l’armée d’Espagne

J’ai vu avec peine qu’au lieu d’ambitionner la gloire d’entrer à Burgos, vous préfériez la céder à un autre. Votre résultat du 8 n’a pas rempli mon attente. Vous ne me donnez aucun renseignement; et comment pourriez-vous m’en donner ? Vous étiez à dix lieues de votre avant-garde; le général Lasalle, qui la commande, était à cinq lieues de Burgos, de sorte que tout finissait par un colonel qui ne sait pas ce que l’on veut faire. Est-ce ainsi, monsieur le maréchal, que vous m’avez vu faire la guerre ? Si vous aviez été à trois heures du matin aux avant-postes avec votre infanterie en échelons pour tenter une affaire d’avant-garde, votre cavalerie pour pousser des reconnaissances dans toute la plaine, vous auriez su positivement ce qu’il y avait à Burgos, et vous auriez rempli mon but. Tout me porte à penser qu’il n’y a dans Burgos que 8 à 10,000 coquins de l’armée de Castille, qui ne sont pas dignes d’être nommés et qui osent faire des sorties de 3 à 4000 hommes dans la plaine devant mes troupes. Il faut plus d’activité et de vigueur que cela. Est-il possible, qu’avec 5,000 hommes de cavalerie vous n’ayez pas pu inonder la plaine de Burgos de tous côtés, et savoir ce qu’il y a ?

Vous restez avec le maréchal Soult pour commander la cavalerie. J’ai besoin de renseignements précis pour régler mon mouvement et former mon plan. Si vous commandez ma cavalerie et que vous suiviez la même méthode, je ne saurai jamais rien. Avec une pareille manière de se conduire, il est impossible que les troupes gardent du moral. Quant au général Lasalle, il est inconcevable qu’il ne couche pas à ses avant-postes ? Comment les deux bataillons de Zalduendo ne devaient-ils pas être enlevés ?

 

Arminon, 10 novembre 1808

Au général Lauriston, aide de camp de l’Empereur

Le général Lauriston prendra le commandement de l’artillerie de la Garde. Il y a ici 14 pièces de canon, mon intention est qu’il y en ait 36; il en manque donc 22. Il prendra donc ces 22 pièces dans l’artillerie du ler corps, dont l’infanterie est dans les montagnes.

L’artillerie du ler corps est composée de trois divisions dont un parc; le parc est près de Vitoria; les deux autres sont dans les environs de Miranda.

Vous prendrez 22 pièces, de préférence l’artillerie à cheval, et, s’il y en a, quatre pièces de 12, afin qu’en les réunissant à celles de . . . . . il y ait une batterie de six pièces de 12.

Les 36 pièces de la Garde seront distribuées de la manière suivante : 6 pièces avec les dragons et 6 pièces avec les grenadiers, 12 pièces avec les fusiliers, 12 pièces avec les chasseurs à cheval. Des 12 pièces avec les fusiliers, 6 pièces seront à chaque régiment.

Il fera en sorte qu’à la suite de l’artillerie de la Garde il y ait 400,000 cartouches d’infanterie.

 

Cubo, 10 novembre 1808

NOTE POUR LE SERVICE DU GÉNIE

L’Espagne est grande; l’Empereur ne veut point disséminer ses troupes. Il veut donc avoir tous ses magasins dans des points fortifiés. Saint-Sébastien est si près de Bayonne qu’à peine est-il de quelque avantage. Pampelune est extrêmement utile. Il n’y a rien à faire pour cette place; tout y est fait. Miranda est extrêmement important; il l’est tellement que l’Empereur veut le fortifier et y avoir une place ; de sorte que, depuis Bayonne et Pampelune, il soit le premier entrepôt où il puisse avoir ses magasins d’artillerie, de vivres, d’habillement ou autres objets précieux. La hauteur de Miranda est faite exprès pour cela. Il faut d’abord tracer une enceinte de 5 à 600 toises sur la hauteur même, en bonnes fortifications de campagne avec fortes et belles palissades. Cet ouvrage ne demande que des bras et de l’argent, et doit être fait en quinze jours. Mais 600 hommes ne pourront pas être en sûreté dans un si faible ouvrage; il faut, sur la hauteur, établir un deuxième rang de feux ou un réduit. En Pologne, un réduit eût été fait en bois, et l’opinion générale de l’armée a été qu’un tel réduit exigeait les procédés d’un siège. Ici, il est plus court d’employer la maçonnerie; une contrescarpe en pierres sèches, ou même en maçonnerie; un réduit qui n’aurait pas 120 toises de développement, en forme de redoute, ne peut être un grand ouvrage.

Sous la protection de ce réduit, on établira trois baraques en bois, une pour l’artillerie, une pour le service des vivres et l’autre pour la garnison. Il faut que Bertrand aille sur les lieux avec un ingénieur et trace un ouvrage comme je l’entends. Les pierres sont rendues sur les lieux.

A Pancorbo, je désire qu’on achève des barrières et plusieurs ouvrages qui sont indispensables, et surtout qu’on ferme la gorge, qu’on achève la communication du fort avec la batterie basse. Tout se réduit à achever cette batterie, ou on peut placer quatre pièces de canon, et à fermer la gorge.

L’intention de l’Empereur est qu’on travaille à Miranda avec activité et dans peu de jours. Ce fort doit servir en même temps de tête de pont; mais ce ne doit pas être le but principal. Une tête de pont est nulle quand on a passé la rivière. Il faut qu’il batte la route de Vitoria, et se défende contre l’ennemi qui viendrait de Vitoria et contre celui qui viendrait de Burgos. Il faut que tous les paysans d’Espagne réunis ne puissent pas le prendre en plusieurs mois ; il faut même qu’une division de troupes de ligne ne puisse pas le prendre avec du canon de campagne.

Il serait à désirer que , de la citadelle établie sur la hauteur, on pût s’appuyer de droite et de gauche à l’Èbre, de manière à fermer entièrement Miranda et en former une place. Peut-être pourrait-on avoir de l’eau dans la partie basse. Il faut aussi savoir si, dans l’été, il y a suffisamment de l’eau dans l’Èbre, si c’est une barrière, et si on peut facilement se fermer le long du fleuve.

Après Miranda, il faudra voir quel parti on pourra tirer du château de Burgos , et ainsi de suite. Toutes les trente lieues , c’est-à-dire toutes les trois marches, il faut qu’il y ait un pareil fort, où 4 à 500 hommes puissent être à l’abri de l’insulte et où on puisse renfermer les effets les plus précieux de l’administration, vivres, habillement et surtout des milliers de cartouches et de coups de canon, tout cela dans des baraques, quand on ne peut pas trouver des églises et des bâtiments déjà faits.

 

Cubo, 10 novembre 1808, trois heures du soir

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Briviesca

Mon Frère, je partirai à une heure du matin pour être rendu avant le jour à Burgos, où je ferai mes dispositions pour la journée, car vaincre n’est rien, il faut profiter du succès

Je crois que vous devez vous rendre à Briviesca demain.

Autant je pense devoir faire peu de cérémonies pour moi, autant je crois qu’il faut en faire pour vous. Pour moi, cela ne marche pas avec le métier de la guerre; d’ailleurs je n’en veux pas. Il me semble que des députations de Burgos doivent venir au-devant de vous et vous recevoir au mieux.

A mon arrivée, je donnerai tous les ordres pour le désarmement et pour brûler l’étendard qui a servi à la publication de Ferdinand. Donnez l’impulsion pour j’aime sentir que cela n’est pas pour rire.

On me mande que l’armée de l’Estramadure est détruite.

Si vous savez quelque chose du côté d’Orduna ou des maréchaux Lefebvre ou Victor, écrivez-le-moi. J’ai besoin de quelques nouvelles de ce côté-là pour agir.

Le général Dejean, qui commande 1,000 chevaux, est à Miranda pour protéger le passage des Espagnols qui vous accompagnent, celui du trésor, etc. , et des parcs que je dirige sur Burgos.

 

Burgos, 11 novembre 1808

Au général Dejean, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur le général Dejean, j’ai passé aujourd’hui la revue du 118e et du 119e régiment d’infanterie. Ces régiments, qui ont leurs dépôts près de Bayonne, n’ont aucune comptabilité. Accordez-leur les fonds nécessaires pour confectionner des souliers, et des draps pour faire des habits et des capotes, qu’on enverra à Bayonne. Ordonnez aux majors de former en France la musique et tout ce qui est nécessaire à ces régiments, et de le leur envoyer. Tous les sept nouveaux corps sont dans ce cas.

Nous avons trouvé à Burgos des magasins de vivres de toute espèce; jamais je n’ai vu l’armée mieux nourrie. M. Denniée est un alarmiste lorsqu’il donne des craintes sur la subsistance. Mais les capotes et souliers vont mal; les caissons et les transports militaires sont restés en arrière. Il faudrait le major Thévenin, ou que vous envoyassiez un autre major à Bordeaux et, de là, à Bayonne, pour faire avancer tous ces équipages. Je vous recommande surtout le corps du duc d’Abrantès. Mon intention est qu’il vienne à Bayonne à la fin de novembre, et qu’il entre en Espagne immédiatement. Il est urgent que vous envoyiez aux corps ce qui leur est nécessaire pour qu’ils se fournissent de souliers, de capotes, et pour qu’ils entrent en bon état.

 

Burgos, 11 novembre 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon Fils, j’ai ordonné que les deux bataillons de ma garde italienne qui sont en Dalmatie rentrassent dans le royaume. J’ai reçu également votre lettre du . Le parti qu’a pris le général Saint-Cyr de mettre les dragons à pied n’a pas le sens commun. Je lui ai fait donner l’ordre de les faire remonter sur-le-champ.

 

Burgos, 12 novembre 1808

Au comte de Fontanes, président du corps législatif, à Paris

Monsieur le Président du Corps législatif, mes troupes ayant, au combat de Burgos, pris 12 drapeaux de l’armée d’Estramadure, parmi lesquels se trouvent ceux des gardes wallonnes et espagnoles, j’ai voulu profiter de cette circonstance et donner une marque de ma considération aux députés des départements au Corps législatif, en leur envoyant les drapeaux pris dans la même quinzaine où j’ai présidé à l’ouverture de leur session. Que les députés des départements et des colléges électoraux dont ils font partie y voient le désir que j’ai de leur donner une preuve de mon estime.

 

Burgos, 12 novembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général, à Burgos

Mon Cousin, donnez l’ordre au général Junot, commandant le 8e corps de l’armée d’Espagne, de faire partir sa 1e division, le 20, de Bordeaux pour Bayonne, où elle sera le 27, et à la 2e et à la 3e d’être rendues à Bordeaux le 22. Donnez l’ordre au quartier général de ce corps d’être rendu à Bordeaux le 20. Faites connaître au duc d’Abrantès que je lui enverrai probablement l’ordre de porter son quartier général à Bayonne le 25, et de là en Espagne, sinon pour entrer en ligne, au moins pour garder mes derrières; qu’il accélère donc l’organisation de son corps d’armée. Je crois vous avoir mandé que le général Heudelet commanderait la 3e division de ce corps. Vous donnerez l’ordre au colonel du génie Vincent, qui doit être arrivé à Bayonne, de se rendre au quartier général, ainsi qu’au colonel espagnol qui est envoyé par le duc d’Abrantès.

 

Burgos, 12 novembre 1808

NOTE SUR LE FORT DE BURGOS

Le fort de Burgos consiste positivement dans le réduit. Le réduit n’est vraiment attaquable que du côté de la hauteur. Je voudrais contre cette hauteur deux cavaliers, l’un, de la hauteur actuelle du rempart, qu’on arme de huit pièces de canon, l’autre, de tours qu’on remplirait ou qu’on armerait, ou qu’on arrangerait de manière à pouvoir contenir deux petites pièces de canon. Ces tours, quoi qu’on en dise, ne s’abattent pas si vite qu’on croit; je me souviens qu’au siège de Milan on ne put abattre celles du réduit.

Que fera l’ennemi ? Il placera six pièces de 24 sur la hauteur pour battre en brèche, et emploiera six pièces de 12 pour répondre au feu du fort. En 48 ou 72 heures il culbutera les murailles; il fera deux effets : il détruira les batteries et fera la brèche, sans ouvrir de tranchée, sans sape. Mais il faut, après cela, monter à l’assaut en descendant un vallon et en le remontant. Si on lui présente un obstacle quelconque, et qu’on donne au fort une autre fermeture de ce côté, il est évident qu’il faudra qu’il détruise cette nouvelle enceinte avant que de monter à l’assaut. Je propose donc de fermer le fort, du côté dont il est question, par une contrescarpe, un fossé, un rempart et un glacis et un chemin couvert. Tout cela n’aura pas 50 toises de long. L’escarpe ni la contrescarpe ne seraient point apercues des batteries de 24 placées sur la hauteur. Il faudra que l’ennemi chemine et vienne se placer sur le glacis pour abattre cette escarpe, ce qui alors est un siège, et assez considérable. Cela doit-il être, en ligne droite, une espèce de flèche ou de demi-lune ? C’est le détail de l’ingénieur.

Le tout est d’avoir un point de fortification permanente que l’ennemi ne puisse pas détruire de la hauteur. Il doit être facile de défiler cette pièce de la hauteur. Il ne m’a pas paru qu’elle dominât à un point que cela fût difficile. On pourrait placer huit pièces de canon ; ce qui serait très-redoutable. On convient cependant que l’ennemi finira par renverser le cavalier, mais il n’aura rien fait.

Partout où on suppose que l’ennemi peut faire brèche, on fera un second fossé , de manière que je ne considère l’ouvrage actuel que comme un cavalier. Il n’a pas 200 toises de tour; c’est donc un fossé de 200 toises, un chemin couvert et une escarpe de 200 toises revêtue en maçonnerie dans les parties les plus importantes et saillantes, dans les autres renforcée par des palissades et les moyens ordinaires. On raserait ensuite tout ce qui s’élève inutilement, et, hormis le cavalier du côté de la hauteur, tout le reste serait rasé à 20 pieds d’escarpe ; et même on découvrirait avec prudence les parties enterrées, de sorte que, quand on supposerait que d’un coup de baguette on culbuterait tout le réduit maçonné, il resterait tout autour une enceinte, en partie de campagne, qui ne serait dominée que d’un seul côté.

Quant à la hauteur de l’église devant le fort, il y a beaucoup de choses à faire; d’abord un nouveau rang de palissades; ensuite il faut construire quelques redans qui flanquent tout et découvrent mieux le pied du côté opposé à la hauteur. Il ne peut y avoir aucune objection du côté de la hauteur.

Quant à l’eau, s’il y en a dans le fond, ce n’est pas une objection. On fera une caponnière bien couverte, un bon puits, et le diable n’attaquera pas cette redoute lorsqu’on sera maître de la hauteur. S’il est nécessaire de faire quelques blindages ou ouvrages de cette espèce, rien n’empêcherait de le faire.

Si dans le bâtiment neuf de la citadelle, ou pouvait faire en blindage un grand hangar couvert, ce serait suffisant. Cela ne doit pas coûter 300,000 francs, en prenant les bois dans le pays. Si, au contraire, on veut finir le bâtiment, c’est un ouvrage long, inutile pour nous.

Il faudra voir si, en mettant l’église à l’abri de la bombe, ce qui est nécessaire, on pourrait sur la plate-forme avoir un cavalier contre la hauteur, ce qui ferait deux cavaliers. Il serait possible que de la hauteur on ne pût pas voir le pied de ce deuxième cavalier, qui flanquerait l’ouvrage bas.

Tout cela en forme de fortifications permanentes, qui puissent soutenir un siège, mais cependant en ouvrages de campagne, en ce sens que cela ne durerait que trois ou quatre ans, ce qui suffit pour les circonstances et ce qui permet de faire plus vite.

 

Burgos, 12 novembre 1808

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples

J’ai vu des décrets de votre part qui n’ont pas de sens. Vous ne cherchez qu’à réagir. Pourquoi rappeler des exilés et rendre les biens à des hommes qui ont les armes à la main et conspirent contre moi ? Je vous déclare qu’il faut prendre des mesures pour rapporter ce décret, parce que je ne puis souffrir que ceux qui ourdissent des complots contre mes troupes soient accueillis et protégés dans vos États.

La mesure pour les pêcheurs n’est pas plus prudente. C’est un moyen que les Anglai sachent plus tôt ce qui se passe.

Vous sacrifiez à une fausse popularité. Le moyen de la perdre est de mal marcher. Il est ridicule de lever le séquestre de dessus les biens, pour que cela aille alimenter ceux qui sont en Sicile. Il faut, en vérité, que vous ayez perdu la tête !

 

Burgos, 12 novembre 1808

ORDRE

Le colonel et les grenadiers à pied de ma Garde sont chargés de la garde de ma grosse voiture. Un officier et trois sentinelles seront tous les jours commandés pour la garder. Cette voiture, contenant les portefeuilles d’État, ne doit jamais tomber entre les mains de l’ennemi; et, en cas d’événement, le colonel doit y faire mettre le feu, en brûlant tout ce qui est dedans, sans permettre que quoi que ce soit en soit retiré.

 

Burgos, 13 novembre 1808, deux heures du matin

Au maréchal Bessières, duc d’Istrie, commandant la réserve de cavalerie, à Burgos

Mon Cousin, écrivez au général Milhaud que je crois qu’il sera arrivé à midi à Palencia; que j’attends avec impatience des nouvelles de ce qui se sera passé de ce côté-là, et surtout des renseignements sur ce qui se passe à Valladolid et dans le reste de la plaine; que je désire qu’il intercepte les courriers que le général Blake envoie en Galice et en recoit; que j’espère qu’il aura arrêté la poste qui va en Galice; qu’il faudra envoyer des partis au point où le chemin de Reinosa entre dans la plaine, parce qu’il est probable que les bagages et le parc du général Blake, sur la marche du maréchal Soult, auront évacué et se seront dirigés sur la Galice. S’il a de l’activité et du savoir-faire, il doit prendre tout cela. Recommandez-lui de nouveau une bonne discipline, et faites-lui comprendre qu’il serait fâcheux que la terreur précédât de huit jours la marche de l’armée.

Faites, dans la nuit, une proclamation aux habitants de Palencia et Valladolid; annoncez-leur que les habitants des villages qui ne seront pas évacués seront bien traités; qu’il n’est pas possible d’empêcher le désordre dans ceux qui ne sont pas habités.

 

Burgos, 13 novembre 1808, deux heures du matin

Au maréchal Bessières, duc d’Istrie, commandant la réserve de cavalerie, à Burgos

Mon Cousin, vous trouverez ci-joint une lettre du général Lasalle, que votre ordonnance a apportée au quartier général. Répondez-lui sur-le-champ que j’ai lu avec plaisir le rapport et les renseignements qu’il a donnés; que je suis fâché que les 400 hommes qui étaient égarés sur la droite n’aient pas été faits prisonniers; de maintenir la meilleure discipline et de faire réorganiser la poste de Lerma; d’avoir des renseignements sur les 24,000 hommes qui arrivent de Madrid; comment étaient-ils à Madrid ? Qu’il tâche de savoir ce que fait l’armée de Castanos. Qu’il envoie de petites patrouilles sur les chemins de traverse pour arrêter les courriers. J’espère aussi qu’il m’enverra plus de prisonniers; je n’en ai pas encore reçu. Cependant, en fouillant les villages, envoyant beaucoup de patrouilles sur les traverses, on aurait trouvé beaucoup d’hommes égarés. Il est bien fâcheux que le courrier expédié par le général de l’Estremadure au général Blake n’ait pas été pris.

 

Burgos, 13 novembre 1808

Au général Dejean, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Dejean, renvoyez la réserve de boeufs et proposez-moi des mesures pour réduire la dépense à Bayonne. Je n’ai pas besoin de vivres ; je suis dans l’abondance de tout. Il ne manque que les caissons et transports militaires, qui sont bien derrière, des capotes et des souliers. L’intendant est un homme inepte. Je n’ai jamais vu un pays où l’armée fût mieux et plus abondamment nourrie. Mais des souliers et capotes, voilà ce qui nous a manqué. Aucune des dispositions que j’avais ordonnées n’a été exécutée.

 

Burgos, 13 novembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchatel, major-général, à Burgos

J’avais ordonné que le 118e fût réuni à Tolosa; cependant je vois encore des détachements dans l’état de Tolosa, du 8.

Avez-vous nommé des commandants d’armes, et organisé les routes et les postes d’ici à Miranda ? Que font 9 hommes du 119e dans la place de Vergara ? Avez-vous donné des ordres pour que les dépôts de cavalerie soient réunis à Vitoria ? Que font 21 hommes d’infanterie légère à Mondragon ? Que font 82 hommes du 118e à lrun ?

Écrivez au général Drouet de compléter le plus possible le 43e et le 5le à Saint-Sébastien, de manière que ces bataillons aient 800 hommes.

Pourquoi le bataillon du 86e n’est-il pas déjà ici ?

Donnez ordre, à Bayonne, que les détachements du 10e et du 22e de chasseurs, en état de faire la guerre, soient dirigés sur Burgos.

Je ne trouve pas dans l’état de Bayonne la situation des dépôts de conscrits, dépôt par dépôt. Il est nécessaire que cela me soit remis tous les jours.

Il doit être arrivé à Vitoria un bataillon de marche pour le 1er corps; faites-le diriger sur Burgos.

Donnez ordre, à Bayonne, que tout officier dirigé sur Burgos, soit d’état-major, d’artillerie et du génie, se rende au quartier général.

Dirigez toutes les compagnies de sapeurs arrivées à Bayonne sur Burgos, hormis six compagnies de sapeurs et trois compagnies de mineurs que vous dirigerez sur Pampelune, pour le siège de Saragosse.

Je trouve que vous avez, en général , peu de renseignements; mettez à l’ordre qu’ils soient plus exacts.

Présentez-moi les décrets pour la formation du 46e et du régiment supplémentaire.

 

Burgos, 13 novembre 1808, huit heures du matin

Au maréchal Soult, duc de Dalmatie, commandant le 2e coorps d’armée d’Espagne, à Huermeces

Mon Cousin, le major général me met sous les yeux votre lettre d’aujourd’hui, à minuit. La canonnade de Villarcayo est évidemment une attaque du maréchal Lefebvre contre le corps ennemi qui s’est porté là, dans le dessein de protéger Burgos.   Tâchez de communiquer, à l’Escudo, avec le maréchal Victor. Portez-vous hardiment sur Reinosa, avec la seule précaution de tenir votre corps réuni.

Le général Milhaud est arrivé à Palencia hier, à midi. Je lui ai ordonné d’envoyer un fort détachement sur Reinosa, en passant par Torquemeida, Melgar de Yuso, Herrera, Aguitar de Campo. Nous serons bien malheureux si nous n’avons pas un morceau de tout cela.

P. S. Quand je dis Reinosa, j’entends s’emparer de la ville, pousser des reconnaissances sur Santander, sur le chemin de Léon, à la rencontre des patrouilles du général Milhaud, et marcher à la rencontre de l’ennemi, s’il se retirait par Villarcayo.

 

Burgos, 13 novembre 1808

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à paris

Monsieur de Champagny, je reçois votre lettre du 6. J’emploierai volontiers le régiment de Wurtzbourg. Demandez à ce qu’il soit à cet effete dirigé sur Metz.

 

Burgos, 13 novembre 1808

ORDRE

La lettre ci-jointe du général Belliard et les pièces qu’elle renferme sont de nature à être soumises à Votre Majesté. Il est impossible de tolérer une telle absence de formes et d’égards. Je prie Votre Majesté de m’indiquer la conduite qu’elle veut que je tienne dans cette occasion.

Le comte d’Hunebourg, 29 octobre 1808.

Le major général me fera un rapport sur cette lettre et me fera connaître les raisons du général Belliart pour prendre ce ton avec le ministre.

 

Burgos, 13 novembre 1808.

Au prince Cambacérès, Archichancelier de l’Empire, à Paris

Je vous envoie une lettre pour le président du Corps législatif. Vous pourriez insinuer l’idée que le Corps législatif décrétât un monument sur les hauteurs de Mars (Montmartre), dans lequel serait conservée la mémoire de cette preuve d’estime que je donne au Corps législatif. Les collèges électoraux feraient les frais de ce monument. Tous les membres feraient à cet effet, une somme de 1,000 francs chacun dans l’espace de dix ans, c’est-à-dire de 100 francs par an : ce qui ferait 15 millions, on 1,500,000 francs par an. Une députation du Corps législatif serait chargée de me porter le voeu que le monument fût décrété avant la fin de la présente session. Il sera nommé une commission du Corps législatif, pour suivre les plans et devis et les détails de l’exécution. Qu’on mêle dans tout cela des idées du code de commerce, du code Napoléon, du code criminel, etc. C’est un moyen d’avoir un beau monument que la position de Paris réclame, et de le faire faire aux frais de personnes que cela ne gênera pas.

 

Burgos, 14 novembre 1808.

A M. Gaudin, ministre des finances, à Paris

J’ai signé le décret sur la division du territoire du grand-duché de Berg. Je vous renvoie le tableau des communes , ne sachant pas s’il marche avec le décret. J’ai gardé la division en trois départements.

Je vous renvoie le décret relatif à l’administration. Vous le discuterez dans un conseil composé des sieurs Regnaud, Pelet et Treilhard. Vous y ferez les changements convenables, et vous le presenterez à ma signature.

Quant aux affaires militaires, il y a une erreur dans les régiments de chasseurs. Les hommes qui sont en Espagne ne doivent plus être considérés comme faisant partie de la Garde, ce qui serait un abus. Je les payerai sur mon trésor de France à dater du 1er décembre. Il faut qu’on les remplace aux régiments , et qu’ils n’y comptent pas plus que ceux qui sont à Naples.

Il faut faire marcher les deux premiers régiments d’infanterie, ce qui fera 3,200 hommes. Un troisième régiment restera à Düsseldorf pour se former. Je vois que le régiment de chasseurs, a déjà 800 hommes et seulement 300 chevaux; qu’on se dépêche de l’organiser. Ces deux régiments se rendront à Paris, avec des capotes, deux paires de souliers dans le sac, une aux pieds, des chirurgiens-majors, des ambulances; enfin qu’ils soient en règle. Écrivez pour qu’on fasse partir avec ces régiments une escouade d’artillerie de 30 hommes. S’il n’y a pas de canons dans le duché, on enverra seulement des chevaux, les canons seront fournis à Paris. Il faut faire former à Maestricht un escadron de 250 hommes. De sorte que j’aurai à Paris, au 1er décembre, deux régiments d’infanterie de 3,200 hommes, à 800 hommes par bataillon, un escadron de 250 chevaux et une escouade d’artillerie de 30 hommes total, 3,500 hommes.

Envoyez à la vice-reine le décret qui concerne la landgrave de Hesse-Darmstadt. Mettez dans votre lettre que c’est un décret de faveur, car cela n’était pas dû.

Témoignez mon extrême mécontentement au sieur Beugnot de ce qu’il a signé une convention avec le sieur Agar sans mon ordre et sans avoir un plein pouvoir. Je n’entends pas payer les meubles que le roi des Deux-Siciles a laissés à Düsseldorf, et donner 600, 000 francs pour cela. J’espère que je lui ai donné un assez bel équivalent. L’arriéré m’appartient, et, sous la responsabilité du sieur Beugnot, pas un sou de l’arriéré ne doit aller à Naples. Il ne faut pas qu’il fasse de tapage contre le grand-duc; mon intention, comme je le lui ai exprimé plusieurs fois, n’est pas de réagir, mais qu’il soigne mieux mes intérêts.

Je ne trouve pas le décret pour la levée de la conscription de 1809. Il faut me l’envoyer tout rédigé; je n’ai pas le temps de le faire.

J’ai mis des décisions en marge de différentes demandes du ministre de la guerre. Entendez-vous là-dessus avec le général Clarke.

 

Burgos, 14 novembre 1808

Au général Dejean, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Je recois votre rapport du 2 novembre avec l’état qui y était joint. Il en résulte que j’aurais à Bayonne 83,000 paires de souliers, 140,000 chemises, 23,000 havre-sacs, 39,000 shakos, et des capotes en quantité. Tout cela sont des contes pour les enfants. Je n’ai rien, je suis nu; mon armée est dans le besoin, et vos bureaux se moquent de moi. Les fournisseurs sont des voleurs qui seront payés, et je n’aurai rien. Tout votre service habillement va mal. Ceux qui sont à la tête sont des sots ou des fripons. Jamais on n’a été plus indignement servi et trahi.

 

Burgos, 14 notembre 1808

A Alexandre, prince de neuchatel, major-général, à Burgos

Mon Cousin, donnez ordre au maréchal Bessières de partir demain à quatre heures du matin pour avoir de bonne heure son quartier général à Lerma et prendre le commandement de la cavalerie de l’armée. Vous chargerez le maréchal Bessières de donner les ordres suivants. Il ordonnera à la brigade de dragons de Latour-Maubourg, qui est sur le chemin de Lerma, de continuer sa marche sur cette ville; il donnera le même ordre au général Latour-Maubourg, à son artillerie et à la brigade qui est avec ce général; il donnera le même ordre à la 3e brigade, qui est à Miranda. Le maréchal Bessières donnera également l’ordre au général Beaumont de se rendre sur Lerma. Donnez-lui deux commandants d’armes et deux commissaires des guerres, les uns pour Lerma, les autres pour Aranda, pour organiser le service dans ces deux points. Le maréchal Bessières mènera avec lui un escadron de ma Garde, qui ne sera employé à aucun service et qui marchera toujours avec un service de ma maison.

Le maréchal Bessières laissera à Lerma mes chevau-légers polonais, désirant les réunir à ma Garde en passant.

Le ministre de l’intérieur d’Espagne a fait une proclamation ; vous chargerez le maréchal Bessières d’en emporter quelques milliers pour les répandre partout.

 

Burgos, 14 novembre 18ß8

A Joachim Napoléon, Roi des Deux-Siciles

Je reçois votre lettre. Je vois avec plaisir ce que vous dites de la disposition des esprits à Rome. Il faut de votre côté y contribuer et ne pas répandre de bruits aussi ridicules que ceux accrédités par la lettre de Gallo où il déclare que vous n’étiez pour rien dans ce que je faisais. On sent bien que vous n’avez pas d’influence dans un pays qui n’est pas sous votre domination. Ce désaveu n’a pas de sens.

J’ai appris avec peine que vous aviez fait des singeries pour Saint-Janvier. Faire trop de ces choses là n’en impose à personne et fait du mal.

 

Burgos, 14 novembre 18ß8

Au comte Marescalchi, ministre des affaires étrangères du royaume d’Italie, réisdant à Paris

Il faut dire aux députés des trois départements que j’ai reçu leurs lettres, que j’agrée leurs sentiments, qu’ils peuvent retourner dans leurs départements. Vous leur ferez des cadeaux de portraits, de la valeur de 600 francs. Je crois leur avoir donné la couronne de fer.

 

Burgos, 16 novembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchatel, major-général, à Burgos

Mon Cousin, donnez ordre au général Frère de diminuer les postes qui sont sur les derrières. Par exemple, le poste de Salinas n’a plus besoin de 200 hommes, une compagnie de 80 hommes suffit; même chose pour les places de Mondragon et de Villareal. Donnez ordre que les chasseurs de Nassau qui sont à Vitoria se rendent à Burgos. Mon intention est que huit compagnies de sapeurs soient destinées pour le siège de Saragosse, et que les sept autres soient destinées pour l’armée, savoir, une compagnie pour chaque corps et deux pour le quartier général. Les compagnies de mineurs doivent être destinées: trois pour le siège de Saragosse et trois pour le quartier général; donnez des ordres en conséquence.

Je vois que, le 5 novembre, le bataillon de chasseurs de la montagne des Hautes-Pyrénées, employé à la défense des frontières, et celui de l’Ariége, étaient sur les frontières de ces départements. Les neiges qui sont tombées dans ces montagnes rendent ces bataillons inutiles; dirigez-les sur Pau, où ils seront sous les ordres de l’adjudant commandant Lomet. Quant aux bataillons de la Haute-Garonne et des Pyrénées orientales, ils seront réunis au 7e corps et seront sous les ordres du général Saint-Cyr. Par ce moyen, l’adjudant commandant Lomet aura les bataillons de trois départements ; ce qui doit faire, je crois, six bataillons et près de 4,000 hommes.

 

Burgos, 16 novembre 1808, trois heures du matin

Au maréchal Soult, duc de Dalmatie, commandant le 2e corps de l’armée d’Espagne

Le major général vous a expédié des ordres pour entrer à Santander, où je compte que vous serez arrivé aujourd’hui. C’est un grand point pour l’Europe et pour nos opérations. Je vous ai fait soutenir par le maréchal Lefebvre, qui est lui-même soutenu par le général Milhaud, qui est à Palencia et Valladolid.

Il n’y a aucune nouvelle de l’ennemi de la plaine. Le maréchal Ney attaque aujourd’hui Aranda , et le maréchal Bessières , qui s’y porte, inondera sur-le-champ la plaine de cavalerie jusqu’aux montagnes de Madrid.

Il me tarde d’apprendre que vous êtes entré à Santander. Tàchez de confisquer ce qui appartient aux Anglais. Faites mettre le séquestre sur toutes les laines et sur les marchandises anglaises et coloniales.

On prend de tous côtés des hommes de l’armée de Galice ; il paraît qu’ils sont débandés dans tous les sens.

 

Burgos, 16 novembre 1808, trois heures du matin

A M. de Savoie-Carignan. officier d’ordonnance de l’Empereur, à Burgos

L’officier d’ordonnance Carignan, se rendra à Palencia. Il préviendra le général Milhaud, qui commande les dragons, que, le 13, un parc d’artillerie et des bagages très-peu escortés sont partis de Reinosa pour descendre dans la plaine; que l’armée de Blake, forte de 45,000 hommes, a été défaite aux combats d’Espinosa et de Reinosa; que 15,000 hommes ont été tués ou pris et le reste éparpillé; que les routes sont couvertes de détachements de 2, 3 et 400 hommes qui gagnent la plaine; qu’il est donc essentiel qu’il dirige de fortes patrouilles pour ramasser tout ce qu’elles trouveront.

Il fera connaître au général Milhaud que Bessières est à Lerma et à Aranda avec le maréchal Ney; que le quartier général est ici, et qu’il faut qu’il écrive fréquemment au major général. De là, il poussera jusqu’aux avant-postes, s’ils sont encore à Valladolid, pour savoir des nouvelles de la position de l’ennemi et si les habitants rentrent.

Il prendra note des convois de pain envoyés de Palencia sur Burgos.

 

Burgos, 16 novembre 1808

Au général Durosnel, écuyer de l’Empereur, à Burgos

Monsieur le Général Durosnel, vous partirez avec l’escadron du grand-duc de Berg, les mameluks et un détachement des dragons de ma Garde, de manière à avoir 150 chevaux en tout, et vous vous dirigerez sur la route de Logrono pour l’éclairer jusqu’à Belorado. Vous saurez là ce qu’on dit de nouveau à la Calzada, où vous enverrez quelques coureurs, et tout ce qu’on dira qui pourrait s’être passé de nouveau du côté de Logrono, du maréchal Moncey et du général Castafios. Prenez avec vous un homme qui parle espagnol. Placez des postes intermédiaires pour la correspondance.

Écrivez au général Lagrange comme si votre lettre devait être interceptée. Vous lui parlerez des succès que nous avons eus, de la destruction de l’armée de Blake, des 60 pièces de canon et des magasins qu’on lui a pris à Espinosa et Reinosa, de l’entrée de nos troupes à Valladolid et à Aranda, de la destruction de l’armée de l’Estrémadure à Durgos, où nous lui avons pris 25 pièces de canon. Vous enverrez un homme du pays en lui proinettant récompense s’il rapporte une réponse. Si les lettres sont prises, cela n’aura pas d’inconvénient. Quand la réponse du général Lagrange dirait seulement qu’il n’y a rien de nouveau , ou des choses qui peuvent être sues, cela serait avantageux ; ce serait une manière prompte de correspondre. Vous mènerez avec vous un ingénieur géographe qui tracera parfaitement la route de Burgos à Belorado.

Si vous n’y voyez pas d’inconvénient, vous enverrez des partis jusqu’à la Calzada et Santo-Domingo, mais sans compromettre les troupes que je vous confie. Vous laisserez des postes sur vos derrières pour correspondre promptement. Enfin vous aurez soin de vous informer si l’on peut tirer de là des vivres pour Burgos, soit pain , soit farine; commandez-en.

 

Burgos, 16 novembre 1808

Au capitaine Gillot, officier d’ordonnance de l’Empereur, à Burgos

M. Gillot partira pour se rendre à Santander par Reinosa; il portera la lettre ci-jointe au maréchal Soult. Le but de sa mission est de reconnaître Santander et Reinosa et toute la ligne des montagnes de Reinosa à Santander qui sépare des Asturies.

2 ou 3,000 homnies qu’on laisserait pour garder ce pays peuvent-ils trouver protection dans un fort quelconque à Santander, existant ou qu’il serait facile de faire ?

Reinosa étant la clef de toute cette position, y a-t-il beaucoup de bois aux environs, au moyen desquels on puisse faire un fort en bois comme celui de Praga, où 4 ou 500 hommes puissent garder un plus grand ouvrage de campagne contenant 1,000 hommes ?

On suppose que de Reinosa il y a comme une muraille de montagnes qui sépare des Asturies; combien d’épaisseur a cette chaîne ? Y a-t-il des chemins pour venir à Reinosa ou à Santander ? quelle espèce de chemins ? où aboutissent-ils ? Où faudrait-il se placer pour surveiller tous les mouvements quand on serait sur la défensive, et être certain de tous les mouvements de ce côté ?

Quels sont les chemins qui aboutissent à Bilbao, soit de Santander, soit de Reisiosa ? Quelle espèce de chemins, quelle nature de pays et de montagnes ?

 

Burgos, 17 novembre 1808.

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Écrivez au roi des Deux-Siciles qu’il continue tous les préparatifs de l’expédition de Sicile; que les moyens ne lui manqueront pas; que le véritable moment est la fin de décembre ou le commencement de janvier ; qu’il vous fasse connaître son plan, combien de bâtirnents il a réunis , dans quel port il les réunira; que cela ne doit pas l’empêcher de diriger sur Borne, où je les crois arrivés, le 52e et le 102e; s’il en était, autrement, envoyez-lui un ordre de route pour qu’ils s’y rendent directement.

Vous ferez connaître au roi des Deux-Siciles que j’ai incorporé dans ma Garde l’escadron de chevau-légers de Berg, qui est en Espagne; qu’ainsi il ne doit plus y compter.

 

Burgos, 17 novembre 1808

Au général Dejean, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Dejean, je ne compte sur aucun des envois que vous m’annoncez. Je vous avais prévenu que rien n’arriverait si vous ne faisiez pas accompagner ces envois par un maréchal des logis ayant une feuille de route où les journées de route fussent bien déterminées. Vous n’en avez tenu aucun compte, et mon armée manque de tout. Je suis obligé d’avoir recours à des moyens extraordinaires, ce qui produit toujours un mauvais effet. Votre bureau d’habillement est composé d’imbéciles. Vos fournisseurs de Paris sont des fripons comme ceux de Bordeaux; il y en a qui ont vendu des effets qui étaient partis pour vous. Cela est votre faute de n’avoir pas organisé vos transports. Je dépense beaucoup d’argent pour être très-mal servi. Le fait est qu’il y a beaucoup de dilapidation.

 

Burgos, 17 novembre 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Vice-Amiral Decrès, j’ordonne à la division Molitor et à la division Boudet de se rendre à Lyon. Peut-être les dirigerai-je sur Toulon. Mon intention est que mou escadre et ses transports soient approvisionnés et prêts à tenter l’expédition de Sicile. Le roi des Deux-Siciles réunit 20,000 hommes à Scilla, et prétend avoir les chaloupes canonnières, felouques et petits bâtiments propres au passage de ces troupes. Établissez une correspondance avec ce prince, et faites-moi connaître ce que je dois penser du succès de cette expédition. Dans tous les cas, tenez mon escadre de Toulon en situation de mettre à la voile.

 

Burgos, 17 novembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchatel, major-général, à Burgos

Mon Cousin, faites connaître au commandant de Miranda qu’il est responsable de la tranquillité de la ville, qu’il doit faire fusiller sur place le premier soldat qui pille, et qu’il ait à prendre des mesures pour le prompt rétablissement de l’ordre. Donnez ordre à l’intendant général d’établir un magasin de farine de 100,000 rations, ce qui peut se faire par des réquisitions provenant de tout l’arrondissement.

Burgos, 17 novembre 1808

Au maréchal Bessières, duc d’Istrie, commandant la réserve de la cavalerie de l’armée d’Espagne, à Aranda

Mon Cousin, il est une heure, et je n’ai encore que les nouvelles d’hier à midi, de votre entrée à Aranda. Je suppose cependant qu’hier au soir vous m’avez écrit, et je suis surpris que vos dépêches, qui doivent contenir les renseignements que vous aurez recueillis, ne me soient pas encore arrivées.

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P. S. Il est quatre heures, et je n’ai pas de vos nouvelles.

 

Burgos, 17 novembre 1808

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples

Avant de faire des maisons d’éducation et autres établissements de cette espèce qu’on peut faire avec le temps, faites donc payer à mes troupes l’arriéré qui leur est dû.

 

Burgos, 17 novembre 1808

A M. Gaudin, ministre des finances

Le sieur Lavallette fait des contes. Il ne prend pas des mesure efficaces pour assurer le service des postes. Le passage de la grande armée rendait nécessaires, à chaque poste des Landes, 20 ou 30 chevaux. Mais les administrateurs des postes sont des ganaches accoutumées à d’anciennes routines, dont on ne peut les faire sortir. Il faut que le million de gratification soit employé en grand partie à faire le service des postes dans les Landes. En général, le commissaire des postes marche mal et n’a ni tact ni prévoyance; ses rapports ne contiennent que des babioles. On me fait voyager plus lentement qu’un autre; j’ai fait huit lieues avec les mêmes chevaux. Cependant mon temps et ma santé sont assez précieux. J’ai fait la moitié du chemin à franc étrier; sans cela j’aurais éprouver six jours de retard.

 

Burgos, 17 novembre 1808

A Joachim Napoléon, roi de Naples

Je suppose que vous avez fait confisquer les biens que le duc del Infantado et les autres grands d’Espagne possèdent dans votre royaume. Mes sujets français et italiens ont été pillés en Espagne, et je veux les indemniser sur ces biens. Ne perdez pas un moment à faire mettre le séquestre sur ces biens, si vous ne l’avez déjà fait. On m’assure que la moitié du royaume de Naples appartient à ces grands d’Espagne. Faites faire l’inventaire de toutes ces possessions, et ne levez pas le séquestre sans ma permission. Je perds assez à ces affaires d’Espagne.

 

Burgos, 18 novembre 1808

Au prince Cambacérès, Archichancelier de l’Empire, à Paris

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 12. Les bulletins vous feront connaître que les affaires vont grand train.

Mon intention est de donner le titre de comte au sieur Isolé, préfet du département de la Côte-d’Or. Il établira en conséquence un majorat. Vous me présenterez ses lettres patentes à signer.

 

Burgos, 18 novembre 1808

Au comte Régnier, Grand-Juge, ministre de la Justice, à Paris

Monsieur le Comte Régnier, nous avons résolu de faire placer dans la salle de notre Conseil d’état les statues en marbre des sieurs Tronchet et Portalis, rédacteurs du premier projet du Code Napoléon, et dont nous avons été à même d’apprécier les grands talents dans les conférences qui ont eu lieu lors de la rédaction dudit code. Notre intention est que nos ministres, conseillers d’état et magistrats de toutes nos cours, voient dans cette résolution le désir que nous avons d’illustrer leurs talents et de récompenser leurs services, la seule récompense du génie étant l’immortalité et la gloire. Nous avons fait connaître nos volontés à notre grand maréchal du palais et à l’intendant de notre Maison; mais nous vous chargeons spécialement de porter tous vos soins à ce que les statues soient promptement faites et ressemblantes. Nous désirons que vous fassiez connaître ces dispositions à nos différentes cours.

 

Burgos, 18 novembre 1808

Au comte de Romanzof, ministre des affaires étrangères de Russie, à Paris

Monsieur le Comte de Romanzof, j’ai reçu votre lettre du 7 novembre; je l’ai lue avec le plus grand plaisir. Elle m’a trouvé au milieu des camps et des mouvements militaires. J’ai fait connaître à Champagny de quelle manière il doit répondre à la note anglaise. Je suis parfaitement de votre opinion , que la proposition d’admettre au congrès les insurgés espagnols n’est pas une condition sine qua non, puisque les Anglais eux-mêmes déclarent qu’ils ne sont pas leurs alliés. Je prends la confiance de vous envoyer mes idées sur la manière dont je pense que vous pourriez répondre; je m’y crois autorisé par l’amitié qui m’unit à l’Empereur, par l’estime particulière que j’ai pour vous, et par l’intérêt commun que nous avons. Vous ferez à cette note les modifications que vous jugerez convenables. J’insiste seulement pour que vous disiez d’une manière ou d’autre que l’empereur Alexandre a reconnu le roi Joseph et que nos intérêts sont communs et irrévocablement unis. Cela bien dit sera, je crois, un fort argument. J’espère être à Paris plus tôt qu’on ne le pense généralement, et, dans ce cas, j’aurai un vrai plaisir à vous revoir et à vous donner des preuves plus particulières de l’estime que je vous porte.

NOTE.

Le soussigné, ministre des affaires étrangères de Sa Majesté l’empereur de toutes les Russies, a l’honneur de répondre à la note de M. Canning, que l’admission des rois alliés de l’Angleterre au congrès ne peut être l’objet d’aucune discussion, et que la Russie et la France y consentent; que la proposition d’y admettre les insurgés espagnols est contraire aux engagements de Sa Majesté l’empereur de Russie, qui a reconnu le roi Joseph Napoléon; que, si l’Angleterre veut la paix, elle ne peut exiger que ce qu’elle a la puissance de réaliser; que certes elle ne peut se flatter de dominer la France sur terre; que le continent, après quinze ans de guerre, a besoin de repos; que l’alliance de l’empereur Alexandre avec l’empereur Napoléon est à l’abri de tout événement; que l’Angleterre, autant qu’aucune autre puissance, a besoin de la paix; que la Russie et la France sont résolues à ne faire qu’une paix juste et égale, et dans aucun cas ne sépareront leurs intérêts.

Le soussigné réitère la proposition déjà faite d’envoyer des plénipotentiaires dans la ville du continent qu’il plaira à Sa Majesté Britannique de désigner, d’admettre les plénipotentiaires des rois alliés de l’Angleterre; consent de traiter sur la base de l’uti possidelis, et surtout sur la base de la puissance respective des parties belligérantes, et accepte toute base qui aurait pour but de conclure une paix juste, honorable et égale pour tous les partis.

 

Burgos, 18 novembre 1808, midi

Au maréchal Bessières, duc d’Istrie, commandant la réserve de cavalerie de l’armée d’Espagne, à Aranda.

Mon Cousin, le major général vous envoie vos ordres de mouvement. Le maréchal Ney se rend sur Almazan et Soria, soit pour couper la retraite de Castafios, soit pour soumettre Soria, ce qui est important. Vous devez lui donner la brigade du général Beaumont, et vous mettre en mesure de lui donner une brigade de dragons, si cela est nécessaire. Il faut, si les localités le permettent, qu’une forte partie de votre cavalerie éclaire sa droite sur la rive gauche du Duero, d’abord jusqu’à Puente de Gormas, et même plus loin.

La 3e brigade de Latour-Maubourg est à la Chartreuse. Je vais la voir à midi, et je la mettrai immédiatement en marche pour Lerma, afin qu’elle puisse vous joindre demain, ou après-demain de bonne heure. Vous aurez ainsi six régiments de dragons qu’il est bon de tenir dans la main. Envoyez le général Lasalle à moitié chemin de Somo-Sierra, et que tout soit éclairé jusq’au pied de cette montagne.

Le maréchal Lannes est parti pour prendre le commandement du corps du maréchal Moncey et de la division Lagrange, marcher droit sur Tudela et attaquer l’ennemi. J’attends demain ici le corps du maréchal Victor.

Le corps du maréchal Soult doit être entré aujourd’hui à Santander. Le général Milhaud poursuit les débris de tout ce qui s’est échappé de la Montana.

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P. S. Si le porteur d’ordres n’était pas encore arrivé, prévenez-en le maréchal Ney, afin qu’il prépare son mouvement. Faites préparer, à Aranda, du biscuit et des vivres pour 40,000 hommes, pour après-demain. L’ennemi occupe-t-il la citadelle de Ségovie ?

 

Burgos, 18 novembre 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Je suis aussi étonné qu’indigné de ce que je lis dans la dépêche de Carlsruhe du 8 novembre. Écrivez au ministre de la police pour l’inviter à envoyer à Bade un officier de gendarmerie pour arrêter ces individus et les amener à Parîs; entendez-vous avec lui pour cela. Vit-on jamais pareille extravagance ? Vous auriez dû me faire connaître davantage ce que c’est que ces messieurs. On dit que ce Rayneval a la décoration de la Légion d’honneur. Faites- moi connaître ce que cela veut dire.

 

Burgos, 18 novembre 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

J’ai lu la lettre de Mlle Patterson. Répondez à Turreau qu’il lui fasse connaître que je recevrai avec plaisir son enfant, et que je m’en chargerai, si elle veut l’envoyer en France; que, quant à elle, tout ce qu’elle peut désirer lui sera accordé; qu’elle peut compter sur mon estime et sur mon désir de lui être agréable; que, lorsque je me suis refusé à la reconnaître, j’y ai été conduit par des considérations de haute politique; que, à cela près, je suis résolu à assurer à son fils un sort tel qu’elle peut le désirer. Il faut du reste traiter cette affaire doucement et secrètement.

 

Burgos, 18 novembre 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Je reçois votre lettre du 11. Faites mettre à l’École militair Saint-Cyr le jeune Saint-Aignan. Vous ferez connaître que c’est ma volonté. Vous lui ferez connaître également que mon intention n’est pas qu’il se marie qu’il n’ait fait deux campagnes. Vous ferez effectivement conduire. Cette méthode, il faut la prendre pour plusieurs de même espèce.

 

Burgos, 18 novembre 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon Fils, les biens que possèdent les Espagnols en Italie doivent être confisqués et les revenus versés dans une caisse pour en être disposés selon ce qui sera jugé convenable. Les Espagnols ont beaucoup de biens en Italie. Faites mettre le séquestre sur tous ces biens, et faites-en dresser l’inventaire. On a pillé en Espagne mes sujets français et italiens; il faut qu’ils soient indemnisés.

 

Burgos, 19 novembre 1808

Au prince Cambacérès, Archichancelier de l’Empire, à Paris

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 14 novembre. J’approuve que l’on ne mette le code criminel à exécution que le 1er janvier 1810, si telle est l’opinion du Conseil. Pour le reste des lois, lorsqu’elles auront été portées au Corps législatif, je pense comme vous que , le 15 décembre, ce corps pourrait être dissous.

 

Burgos, 19 novembre 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Vous trouverez ci-joint un projet de note en réponse à celle de M. Canning. Vous pourrez laisser passer deux ou trois jours à vous consulter avec M. de Romanzof. Ensuite vous ferez partir un courrier intelligent, qui répandra que l’Espagne est soumise ou sur le point de l’être entièrement; que déjà 80,000 insurgés espagnols sont détruits, et qu’un grand nombre arrivent prisonniers en France.

NOTE

Le soussigné a mis sous les yeux de l’Empereur son maître, la note de M. Canning.

Si la guerre ne produisait aucun inconvénient pour l’Angleterre, le soussigné concevrait peu d’espoir d’arriver à la paix.

Les deux Empereurs s’étaient flattés qu’on ne se serait point mépris à Londres sur le but de leur démarche. Le ministère anglais paraît l’attribuer à faiblesse, impuissance et besoin; les vrais hommes d’État y verront de la magnanimité et l’expression de la puissance. La France et la Russie peuvent et sont résolues à soutenir la guerre aussi longtemps qu’on ne sera pas revenu, à Londres, à des dispositions justes et égales.

La proposition d’admettre à la négociation les insurgés espagnols ne peut être considérée, de la part du Gouvernement francais, que comme une insulte qui ne devait point trouver sa place dans une note qui doit avoir pour but, non d’irriter, mais de chercher à se concilier et à s’entendre. Qu’aurait dit le Gouvernement anglais si le Gouvernement francais eût proposé d’admettre les insurgés catholiques d’Irlande ? La France, sans avoir de traité avec eux, a eu aussi avec eux des rapports, leur a fait des promesses et souvent envoyé des secours.

L’Angleterre serait dans une étrange erreur si, contre l’expérience du passé, elle avait encore l’idée de lutter avec avantage sur le continent contre les armées françaises. Quel espoir atirait-elle aujourd’hui surtout que la France est irrévocablement unie à la Russie ?

Le soussigné est chargé de réitérer la proposition d’admettre tous les alliés du roi d’Angleterre à la négociation, soit le roi qui règne au Brésil, soit le roi qui règne en Suède, soit le roi qui règne en Sicile, de prendre pour base l’uti possidetis, surtout de n’oublier jamais ce qui résulte de la puissance respective des États; et qu’enfin une paix, pour être solide, doit être en même temps honorable et égale entre toutes les grandes puissances.

 

Burgos , 19 novembre 1808.

A M. Cretet, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur le Ministre Cretet, j’ai nommé une commission de négociants, qui doit se réunir à Bayonne, pour recevoir les réclamations des Francais qui ont essuyé des pertes en Espagne par suite de pillages, confiscations, etc. , dans les provinces insurgées. Mon intention est véritablement de les indemniser; indépendamment de la confiscation des laines que j’ai ordonnée pour cet objet, j’ai les moyens de le faire moi-même. Le duc de l’Infantado et les grands d’Espagne possèdent à eux seuls la moitié du royaume de Naples; évaluer leurs propriétés dans ce royaume à 200 millions n’est pas trop. Ils ont en outre des possessions en Belgique, en Piémont et en Italie, que mon intention est de séquestrer. Cela n’est qu’une première idée. Je désire que vous rédigiez un règlement et que vous le fassiez passer au Conseil d’État, s’il y a lieu; que vous prévoyiez tout, et fassiez en sorte que tous ceux qui ont fait des pertes soient indemnisés.

 

Burgos, 19 novembre 1808.

A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Je désire que vous fassiez mettre dans les journaux de Hollande, d’Allemagne et même dans ceux de Paris, mais par des voies indirectes et sous divers indices, des articles qui donnent l’éveil sur, l’expédition de Sicile. Par exemple, dans l’un on peut dire qu’il n’y a en Sicile que quatre régiments anglais, ou émigrés , ou à la solde de l’Angleterre, faisant à peine 4,000 hommes ; dans un autre, on peut mettre que la première nouvelle des préparatifs a porté l’alarme en Sicile, que l’on a embarqué du canon de bronze et que la cour fait emballer ses effêts les plus précieux; dans un autre, que le roi Joachim se rend à Reggio; dans un autre, que deux divisions françaises, chacune de 9,000 hommes, se réunissent dans la Calabre. Enfin, lorsque pendant l’espace de huit jours ces nouvelles auront circulé, faites connaître dans les journaux de Hollande que le roi Joachim est débarqué en Sicile avec 30,000 hommes, Francais, Italiens et Napolitains. Mettez pour détail qu’il est débarqué au Phare, que le général Reynier commande une division, le général Partouneaux une autre, le général Lamarque une troisième. Faites répéter dans d’autres journaux, et avec d’autres indices, qu’en s’embarquant le Roi a laissé la régence à la Reine. Enfin soutenez de toutes les manières l’attention publique sur l’expédition de Sicile, afin que l’on puisse y croire à Londres et que cela puisse les alarmer. Ceci doit être bien mené, être le résultat de l’opinion venant de tous côtés et l’ouvrage d’une douzaine d’articles bien combinés dans différents journaux.

 

Burgos, 19 novembre 1808

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, j’accepte votre division d’infanterie, si ces troupes viennent volontiers. Il faut que ces troupes soient munies d’une capote, de deux paires de souliers dans le sac, et qu’elles soient en bon état; que les compagnies soient de 140 hommes et les bataillons de six compagnies ; ce qui fait 800 hommes par bataillon. Il faut que les régiments de cavalerie soient de trois escadrons, de 250 hommes chacun, et que le 4e escadron reste en Westphalie pour recruter les trois premiers. Il est nécessaire également que les régiments d’infanterie laissent un bataillon en Westphalie, pour recruter et tenir au complet les bataillons de guerre. Mais il ne faut faire cela qu’autant que vos soldats viendraient volontiers, et ne les faire partir qu’avec de bonnes capotes. Il faut aussi qu’elles soient commandées par un homme ferme. Le régiment de chevau-légers a donné lieu à beaucoup de plaintes sur la route.

 

Burgos, 19 novembre 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne

J’ai fait donner l’ordre au payeur de remettre à votre ministre des finances 300,000 francs sur les 6 millions qu’il y a ici, qui sont retenus sur le produit de la vente des laines. Cela ne doit pas empêcher votre ministre des finances de se procurer des ressources sur le cinquième qui vous est déjà acquis pour droit d’extraction de ces laines. Je ferai donner aux personnes avec lesquelles il traitera toutes les assurances qu’elles voudront.

 

Burgos, 19 novembre 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon Fils, je reçois votre lettre du 9; fgaîtes reconnaître les ouvrages qu’on fait à Tarvis, ce lieux m’en parait (propre main) peu susceptible. Avant de s’expliquer là-dessus, il est nécessaire d’avoir des renseignements plus précis.

 

Burgos, 20 novembre 1808

A M. Cretet, minsitre de l’intérieur, à Paris

Monsieur Cretet, les hôpitaux de Parme et de Plaisance ont besoin d’une organisation particulière. Faites-vous rendre compte, et proposez-moi les mesures nécessaires.

 

Burgos, 20 novembre 1808

A M. Cretet, minsitre de l’intérieur

20,000 balles de laine, valant 15 à 20 millions, sont transiportées de Burgos à Bayonne. Une grande quantité a été trouvée à Santander et sera également transportée. Cela doit alimenter nos manufactures pour deux ans. Faites annoncer dans la journée la vente de ces laines aux enchères publiques. On m’assure qu’il y a à Valladolid et à Santander de grands dépôts de coton. Tout cela sera envoyé en France. Le prix en sera restitué aux propriétaires qui reviendront; le reste, appartenant, aux Anglais ou aux individus qui les auront suivis, sera séquestré et confisqué.

 

Burgos, 20 novembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchatel, major-général, à Burgos

Écrivez au maréchal duc de Dalmatie:

“L’Empereur a donné ordre au maréchal duc de Danzig de se porter sur Carrion (Carrion de los Condes). Il sera là dans un excellent pays, à deux bonnes journées de Reinosa, et à portée de menacer Léon, Toro, de se porter sur Valladolid et de couvrir Burgos. Le général Mermet se rend en toute diligence à Reinosa ; il est nécessaire que vous mettiez des postes entre Carrion et Reinosa pour pouvoir correspondre. Il paraît qu’il y a un corps anglais à Toro; que l’armée de Blake, qui a longé les montagnes, cherche à se réunir à Léon; qu’un autre rassemblement existe à Benavente. La cavalerie qui inonde la plaine s’est déjà rapprochée de ces points, et le maréchal duc de Danzig sera bien placé à Carrion pour éclairer tout le pays. Il faut que vous lui renvoyiez tout ce que vous avez de son corps, soit cavalerie, infanterie ou artillerie.”

Quant à vous, l’Empereur attend que vous lui fassiez connaître tout ce que vous avez fait pour dégager la montagne, et les mémoires qui vous ont été demandés sur les moyens de protéger la situation de Santander, pour vous envoyer des ordres définitifs.

 

Burgos, 20 novembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchatel, major-général, à Burgos

Donnez ordre au général Mermet de se rendre à Reinosa, où il sera sous les ordres du maréchal duc de Dalmatie. Vous lui ferez connaître que le 31e doit faire partie de la division Merle (ce qui la porte à plus de 6,000 hommes), dont il doit prendre le commandement, le général Merle étant employé ailleurs.

 

Burgos, 20 novembre 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je recois l’état des travaux faits dans le mois de septembre. Je vois qu’on n’a pas fait grand’chose. Les travaux publics marchent bien lentement en Italie; cela pourrait aller plus vite.

 

Burgos, 20 novembre 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Burgos

Mon Frère, les provinces de Santander, de la Biscaye , de Soria et, probablement demain ou après, toute celle de la Castille, sont entièrement soumises. Mais, pour qu’un pays soit bien soumis, il faut que les intendants, corrégidors et magistrats supérieurs auxquels les peuples ont l’habitude d’obéir, soient nommés par vous et se rendent dans ces provinces, fassent des proclamations, pardonnent aux révoltés qui rentrent et portent leurs armes, et surtout fassent des circulaires aux alcades et curés, et que par là ceux-ci comprennent qu’ils sont sous votre gouvernement. Cette mesure aura l’avantage de réorganiser la police, les finances, et de donner une direction à ces peuples. Il est aussi nécessaire que les intendants et corrégidors communiquent avec vos ministres, et leur fassent connaître les différents renseignements qui arrivent à leur connaissance. Je crois qu’il y avait six ou sept intendants dans la Vieille-Castille. Je pense qu’il est très-important que vous preniez des mesures sur tout cela; dans les circonstances présentes, elles sont plus fractueuses que les proclamations. Je pense donc qu’il serait bon de faire beaucoup de circulaires aux alcades et aux curés.

Mes troupes sont entrées à Santander, et l’on m’assure qu’une grande quantité de personnes de la Biscaye, qui étaient insurgées, rentrent et ne demandent pas mieux que de poser les armes, si elles ont l’assurance d’être pardonnées et de n’être pas recherchées.

 

Burgos, 21 novembre 1808

Au prince Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Écrivez au général Miollis pour que tous les revenus du Pape soient employés à payer la dette publique. Cette manigance des prêtres est dirigée contre nous. Il faut que l’arriéré de la dette publique soit mis au courant. Il faut également que le pain soit à bon marché à Rome. Le général Miollis est autorisé à prendre toutes les mesures en conséquence.

3)Note : Dans (prince Eugène) la lettre commence par : Mon Fils, donnez des ordres au général Miollis.

 

Burgos, 21 novembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchatel, major-général, à Burgos

Donnez l’ordre au convoi des 50 voitures de vivres qui sont parties hier et aux 50 caissons partis aujourd’hui de se réunir à Lerma, où ils attendront de nouveaux ordres, leurs papiers en règle. Donnez ordre également aux fusiliers de la Garde de partir demain de Lerma pour Aranda, où ils prendront des ordres du maréchal Bessières. Donnez ordre aux caissons de la Garde partis aujourd’hui de se rendre à Lerma; ce qui fera demain à Lerma 150 caissons de vivres.

Donnez l’ordre à l’administration du petit quartier général de se rendre demain à Lerma; au chirurgien en chef avec son ambulance légère, à l’ordonnateur Faviers, de se rendre demain à Lerma, ainsi qu’à la moitié de vos officiers d’état-major. L’intendant général continuera à rester ici.

Donnez l’ordre au général hollandais qui commande à Bilbao de garder simplement les deux bataillons hollandais, et de diriger sur Burgos les autres troupes d’infanterie qu’il aurait.

Donnez l’ordre au général Thouvenot, à Saint-Sébastien, de réunir en entier un des deux bataillons qu’il a, et de l’envoyer à Bilbao pour y tenir garnison. Donnez-lui l’ordre de compléter à six compagnies chacun des deux bataillons qu’il a.

 

Burgos, 21 novembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchatel, major-général

Mon Cousin, donnez l’ordre sur-le-champ au général Lahoussaye de faire partir pour Burgos, demain matin, pour venir coucher à Lerma, la brigade de sa division qui est arrivée hier à Burgos. Vous lui ordonnerez de laisser un petit dépôt de tous ses hommes écloppés, qui se joindra à celui de la Chartreuse. La brigade qui arrive aujourd’hui à Burgos se reposera demain.

 

Burgos, 21 novembre 1808, cinq heures après midi

A Alexandre, prince de Neuchatel, major-général

Mon Cousin, je passerai, demain matin à neuf heures du matin, la revue des divisions Lapisse et Ruffin, dans la position où elles se trouvent ce soir à Villa de Buniel et à Tardajos. Tous les hommes isolés de ces corps partiront ce soir de Burgos pour rejoindre leurs corps dans ces deux endroits, afin que demain à ma revue ces corps soient aussi complets que possible. L’artillerie enverra ce soir 250,000 cartouches à ces deux divisions. L’intendant général fera partir ce soir tout le pain qui est ici sur des caissons, afin que la distribution leur en soit faite dans la nuit. Aussitôt après que j’en aurai passé la revue, ces divisions se rendront par la traverse qui conduit à Sarracin sur la route de Lerma, de manière à pouvoir aller demain, une division à Madrigalejo, et l’autre à Gogollos. Le général Senarmont, avec l’artillerie et le parc, se rendra directement à Cogollos ; également les ambulances, fourgons et bagages des corps qui sont à Burgos; et chacun rejoindra son corps à mesure qu’il passera.

La division Villatte ira en avant de Lerma aussi loin qu’elle pourra sur la route d’Aranda.

 

Burgos, 21 novembre 1808

A M. Prina, ministre des finances du royaume d’Italie, à Milan

NOTE SUR L’UNIVERSITÉ DE PISE.

On voit, par le rapport, que 122,000 francs suffisent pour la dépense de l’université de Pise; qu’au moyen du produit des examens il y aurait un excédant de la recette sur la dépense, et qu’ainsi 100,000 francs doivent suffire.

Le pensionnat et les établissements de Florence sont une chose à part. Les établissements de Florence doivent être portés sur le budget de cette ville. Au lieu de pensionnats, il doit être formé trois lycées organisés comme ceux de France et établis, l’un à Florence, l’autre à Pise,l’autre à Sienne.

L’intention de Sa Majesté est, en conséquence, qu’à dater de l’année prochaine l’université de Pise jouisse d’une dotation de 100,000 francs en domaines, sauf, par la suite, à convertir cette dotation en une rente.

Quant à la question de savoir si cette université doit être placée sous la dépendance de l’université impériale, l’afrirmative ne peut faire aucun doute.

 

Burgos, 21 novembre 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le vice-amiral Decrès, je vous envoie un projet bien raisonné et fait par un homme qui paraît être du métier. Je ne compte pas sur la réalité, mais la promesse de faire un vaisseau qui ne tire que dix pieds, qui navigue mieux et soit plus fort que nos vaisseaux à trois ponts, est séduisante. Il faut examiner ce projet avec attention, et si vous pensez que cela en mérite la peine, vous pourriez en faire le modèle, afin de bien comprendre en quoi consiste le jeu de la dérive.

 

Aranda, 24 novembre 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Burgos

Mon Frère, M. le maréchal Ney est entré à Soria le 22 à midi. Quelques coups de fusil ont été tirés et quelques paysans sabrés. Ses forces sont à Siguenza sur la route de Madrid, à Agreda sur la route de Pampelune, et à Medina-Celi sur la route de Saragosse et de Madrid. Il serait nécessaire que vous envoyassiez sur-le-champ quelqu’un à Soria pour organiser le pays. Un gouvernement provisoire y a été nommé, mais ce chef-lieu de province est important.

 

Aranda, 25 novembre 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, je suis fâché de l’événement de l’officier de gendarmerie de Leipzig. J’ai du reste ordonné que toute la gendarmerie qui est en Allemagne rentrât en France, hormis une compagnie, qui reste attachée au duc d’Auerstaedt. Je trouve très-convenable que le roi de Westphalie ait fait un arrangement avec les Russes pour les déserteurs ; c’est un moyen d’éviter tous les inconvénients. Je trouve cette mesure fort sage.

J’ai nommé un ministre à Bade, mais, en le nommant, j’ai supposé qu’il n’était pas marié avec Mlle ……… et mon intention a été qu’elle n’approchât pas de quarante lieues de Bade. S’il en était autrement, prévenez ce ministre de donner sa démission; je l’emploierai d’une autre manière dans l’intérieur. Cette femme est trop déshonorée, et, s’il la faisait venir en cachette, il s’exposerait à un affront.

 

Aranda, 25 novembre 1808.

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, les camps de Blankenberghe et d’Ecloo et le camp de Pontivy sont dissous. Donnez ordre aux détachements et dépôts qui en faisaient partie de rejoindre leurs bataillons.

Le 3e régiment provisoire de hussards est dissous; tous les détachements qui appartiendraient à des régiments qui sont en Espagne les rejoindront. Les autres détachements rejoindront leurs dépôts.

 

Aranda, 25 novembre 1808.

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Aussitôt que Berlin sera évacué, vous pourrez renvoyer les officiers, sous-officiers et soldats prussiens. Vous en garderez le plus que vous pourrez soit comme ouvriers, soit comme voulant s’établir en france, soit comme soldats.

 

Aranda, 25 novembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchatel, major-général

Mon Cousin, donnez l’ordre au duc d’Abrantès de porter son quartier général à Bayonne et d’y centraliser tout son corps d’armée. Il est convenable que son quartier général soit porté à Bayonne le 5 décembre, et que son corps y soit centralisé avant le 10.

 

Aranda, 25 novembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchatel, major-général

Mon Cousin, le bataillon du 86e peut se reposer quelques jours à Burgos. Faites passer la revue de son habillement et de son armement, afin qu’il parte en bon état.

Le parc du 4e corps restera jusqu’à nouvel ordre à Burgos, ainsi que tout ce qui appartiendrait à ce corps. Le général Mathieu Dumas l’enverra à Castrojeriz, lorsqu’on saura que le maréchal Lefebvre est descendu dans la plaine.

 

Aranda, 25 novembre 1808

DÉCISION

Le général Clarke, ministre de la guerre, prend les ordres de l’Empereur au sujet d’une demande du roi des Deux-Siciles pour être autorisé à échanger les prisonniers d’après un cartel proposé par le général anglais Stuart. Défendre tout cartel d’échange et toute communication avec l’Angleterre.

 

Aranda, 25 novembre 1808.

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Je reçois votre lettre du 19. Empêchez les journaux de donner des nuvelles ridicules. C’est toujours le même homme de Bayonne qui hier écrivait en mal et qui aujourd’hui écrit des absurdités. Ne serait-il pas concevable que les journaux attendent les nouvelles officielles ?

 

Aranda, 25 novembre 1808.

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Lancez un mandat d’arrestation contre les sieurs Rayneval, de Pons et de Villaines. Faîtes-les mettre à Vincennes et que les scellés soient apposés sur leurs papiers. Votre mandat sur ces individus sera conçu en ces termes : comme s’étant permis des intrigues à l’étranger dans la cour de Bade, sans l’aveu de leur gouvernement.

 

Aranda, 25 novembre 1808.

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, je désirerais avoir des détails sur ce que le parlementaire venu de Cadix a appris à Barcelone.

 

Aranda, 26 novembre 1808

Au prince de Cambacérès, Archichancelier de l’Empire, à Paris

Mon Cousin , je reçois votre lettre du 20 novembre. Voici mon opinion sur le monument à faire élever.

A la Madeleine, j’ai fait élever un Monument à la gloire de la Grande Armée. Il faut que le Corps législatif fasse ériger sur le haut de Montmartre une espèce de temple de Janus qui porte pour titre :

Les députés des départements au Corps législatif et les membres des colléges électoraux de l’Empire francais ont fait élever ce temple, etc. Dans ce temple se feraient les premières publications solennelles de la paix et la distribution des prix décennaux. Ce sera une espèce de temple de Janus. Il ne peut coûter moins de trente ou quarante millions. Le Corps législatif doit me présenter une pétition pour solliciter une loi par laquelle chaque membre des colléges électoraux (et ils sont au nombre de 30 ou 40,000) soit invité à verser 1,000 ou 3,000 francs, selon sa fortune, et chacun payera cette somme par cinquième chaque année. Par ce moyen on aura en cinq ans trente ou quarante millions, qui seront employés à pousser vivement les travaux, et on fera de ce temple un des plus beaux monuments de l’univers. Cela ne gênera pas les électeurs, qui sont riches, qui d’ailleurs pourront faire ce payement en cinq ans , et qui auront la faculté de donner ou 3,000 francs ou seulement 1,000 francs, selon l’état de leur fortune. Je mettrai sur cette pétition un renvoi au Conseil d’état, qui présentera un projet de loi. Le concours sera ouvert immédiatement, et les travaux commenceront en 1809.

 

Aranda, 26 novembre 1808

Au prince Cambacérès, Archichancelier de l’Empire, à Paris

Je suis choqué et indigné de tout ce que j’entends dire de la caisse Lafarge. Je désire qu’avant huit jours le Conseil d’état ait prononcé et que bonne justice soit faite à ces 100,000 actionnaires.

 

Aranda, 26 novembre 1808.

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

La bataille de Tudela fait le pendant de celle d’Espinosa. L’armée d’Andalousie que commande Castanos, celle d’Aragon que commande Palafox, celles de Valence et de la Nouvelle-Castille, sont détruites et éparpillées. On leur a pris canons, bagages et grand nombre de prisonniers; les ducs d’Elchingen et de Bellune coupent, pendant ce temps, les communications de cette armée avec Madrid.

J’ai reçu de Barcelone des états d’où il résulte que cette place est approvisionnée pour longtemps. Tout porte à penser qu’on ne tardera pas à y arriver.

 

Aranda, 26 novembre 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le général Clarke, je désire que vous ordonniez les dispositions suivantes :

  1. Tenez la main à l’exécution de l’ordre que j’ai donné pour que le 52e et le 102e, qui étaient à l’armée de Naples, rentrassent en Italie et fussent remplacés par les détachements que j’ai prescrits dans mon ordre.

2° Donnez l’ordre que les cadres des 3e bataillons du 8e et du 18e léger rejoignent leurs 4e bataillons à l’armée d’Italie. Donnez le même ordre pour les 3e, bataillons des 5e, 23e, 79e et 60e; de sorte qu’il restera en Dalmatie quatorze bataillons de ces régiments et du 81e, et trois bataillons du 11e, ce qui fera dix-sept bataillons, et que, des huit régiments de l’armée de Dalmatie, il y aura en Italie quinze bataillons, savoir les 3e, et 4e, des 8e et 18e légers, des 5e, 23e, 79e, 81e et 60e, et le 4e bataillon du 11e. Vous donnerez l’ordre que ces six cadres, formant ensemble près de 1,000 hommes, marchent ensemble sous les ordres d’un officier supérieur de l’armée de Dalmatie, et avec le plus grand ordre. Le reste des 3e bataillons sera incorporé dans les deux premiers pour porter les compagnies à 140 hommes effectifs. On emploiera une partie des compagnies de grenadiers et voltigeurs des 3e bataillons pour compléter les compagnies de grenadiers et voltigeurs des deux premiers bataillons à l’effectif de 140 hommes par compagnie; mais le surplus restera avec ces compagnies en Italie. Vous donnerez l’ordre au vice-roi, comme commandant de mon armée, qu’aussitôt que les cadres de ces six nouveaux bataillons seront arrivés, il les fasse compléter. J’ai mis un soin particulier à avantager dans la conscription ces régiments. Il n’y en aura aucun qui ne recoive au moins 800 conscrits; et, comme les 3e bataillons sont généralement complets, il s’ensuit que ces quinze bataillons seront au grand complet et auront un effectif de l2,000 hommes. S’il manquait quelque chose pour former ce nombre , on le prendrait sur la conscription de 1810. A cette occasion, je ne puis trop vous recommander de réitérer l’ordre que tout ce qu’il y a de disponible aux dépôts, en France, des régiments qui appartiennent à l’armée d’italie, sur les anciennes conscriptions , en parte au 1er janvier pour rejoindre ces corps. Cette saison est favorable parce qu’elle permet aux soldats de s’aclimater, et l’on ne saurait croire quelle influence le passage en Italie au mois de janvier ou au mois de juin a sur la santé du soldat. Il faut que les dépôts de la 7e division militaire et du Piémont soient épuisés pour compléter les bataillons de guerre à l’armée d’Italie.

Faites partir pour le Hanovre le régiment de marche qui est à Louvain, mais seulement les détachements appartenant aux régiments qui composent l’armée du Rhin; n’en laissez partir aucun de ceux appartenant aux régiments des divisions Legrand et Carra-Saint-Cyr, qui sont en situation de rentrer en France. Ceux de ces détachements compris dans le régiment de marche de Louvain doivent retourner à leurs dépôts.

Faites dissoudre les régiments de marche de cavalerie, et que tous les détachements appartenant à l’armée du Rhin rejoignent ces régiments. Il me semble qu’il faut diriger tout cela sur le Hanovre.

Ne formez point de nouveaux régiments de marche, ni d’infanterie, ni de cavalerie. Il est préférable que les soldats passent l’hiver à se former aux dépôts, afin qu’on puisse, au printemps, réaliser le projet de porter l’armée du Rhin au grand complet, conformément à l’état que je vous ai envoyé.

Vous donnerez également l’ordre que les cadres des 3e bataillons du 61e de ligne et du 14e léger, qui sont à Corfou, rentrent à l’armée d’Italie. A cet effet, tous les soldats disponibles de ces 3e bataillons seront incorporés dans les deux premiers, en ayant soin de ne retirer des compagnies de grenadiers et de voltigeurs du 3e bataillon que ce qui est nécessaire pour compléter l’effectif de ces compagnies des deux premiers bataillons à 140 hommes chacune. Comme j’ai donné près de 600 hommes à ces deux régiments dans la distribution de la conscription, et que j’ai déjà donné en Italie 800 hommes à chacun des 4e bataillons, ce sera encore deux bataillons d’augmentation pour l’armée d’Italie, sans diminuer sensiblement la force de la garnison de Corfou.

Donnez des ordres précis pour qu’il ne soit ôté aucun officier ou sous-officier des cadres des six bataillons venant de Dalmatie, non plus que des deux bataillons de Corfou.

Quant à la conscription levée tout nouvellement, faites-moi connaître le nombre d’hommes qu’on pourrait demander à chaque dépôt d’envoyer à l’armée d’Italie avant le ler février. Il serait fort utile que ces recrues arrivassent avant le mois de mars, pour s’acclimater avant les chaleurs.

 

Aranda, 26 novembre 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Nous sommes entrés à Bilbao et à Santander. Mon intention est que tous les officiers, sous-officiers et soldats des marins de ma Garde, revenus d’Andalousie en différents temps, se réunissent à Bayonne pour reformer le bataillon. Ils ne sont pas prisonniers de guerre. Donnez l’ordre également qu’une partie des officiers de marine qui étaient en Portugal se préparent à y retourner pour réorganiser le port de Lisbonne, entre autres le capitaine Magendie et les principaux.

Dirigez sur Santander et Bilbao deux ou trois bricks, des avisos , de petits bâtiments et même de grasses péniches. Ces bâtiments-là nous seront très-utiles.

Puisque vous avez des bâtiments en mer, il en entrera à Barcelone. Cette ville a pour deux mois de vivres, mais elle sera secourue avant le 15 décembre. Faites-y toujours passer du blé; il se vendra, même après que tout sera calmé, au poids de l’or; ainsi c’est toujours une bonne spéculation.

Envoyez un grand nombre de bulletins dans nos colonies, pour qu’elles les fassent passer dans les colonies espagnoles.

Envoyez ici le capitaine Baste.

 

Aranda, 26 novembre 1808

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, je reçois votre lettre du 20 octobre. Puisque les domaines dont vous me parlez sont donnés, ils ne m’appartiennent plus, et mon droit de souveraineté ne s’étend pas sur la propriété. Si, sur ces six objets de discussion, il y en a qui ne soient point donnés, il n’y a pas de difficulté à ce que vous les repreniez et que vous les remplaciez par des biens d’égale valeur. Autrement, voue devez traiter de gré à gré, avec les propriétaires. C’est là la loi civile.

 

Aranda, 26 novembre 1808.

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, je suppose que vous envoyez au moins une fois par semaine un courrier à Saint-Pétersbourg porter les bulletins de l’armée. Vous avez annoncé la bataille d’Espinosa, vous annoncerez celle de Tudela.

 

Aranda, 27 novembre 1808

A M. de Talleyrand, prince de Bénévent, vice Grand-Électeur, à Paris

Mon Cousin, le Corps législatif est composé de beaucoup d’individus qui voudraient se rendre importants, qui sont blessés de n’avoir point de titres, et qui, ayant essuyé la révolution, se supposent encore en assemblée nationale. Aucune loi n’est parfaite; le code Napoléon lui-même, qui cependant produit tant de bien, est loin de l’être. Pourquoi, au lieu de donner leur voix par scrutin contre la loi, ne demandent-ils pas un comité secret dans lequel chacun donnerait son opinion ? On saurait par le procès-verbal s’ils ont tort ou raison. Mais rejeter une loi sans donner ses motifs, c’est montrer peu de zèle, peu d’amour du bien et peu de considération pour moi. Trouvent-ils à cette loi de grands inconvénients ? La commission du Corps législatif, qui est composée d’hommes graves, l’a cependant trouvée bonne. Mais si cela est, il me semble qu’au lieu de donner une boule noire ils doivent demander à la discuter dans un comité secret, comme le permettent nos constitutions, et faire connaître ce qu’ils lui reprochent.

 

Aranda, 27 novembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchatel, major-général, à Aranda

Mon Cousin, donnez l’ordre au maréchal Mortier de se diriger avec son corps d’armée sur Burgos, et faites-lui savoir que je compte que la tête y sera arrivée le 11. Ces troupes ne prendront de séjour qu’à Vitoria.

Donnez ordre au général Thouvenot de faire bon logis et de bien établir la division Delaborde, qui se rend à Saint-Sébastien pour s’y établir, et de faire diriger de suite sur Bilbao les quatre bataillons qui étaient à Saint-Sébastien. Donnez l’ordre au général Delaborde de prendre dans sa division le 4e bataillon du 47e. Ainsi il aura dans sa division deux bataillons de ce régiment. Ce bataillon est composé du cadre des compagnies qui étaient à Bayonne et des quatre compagnies qui étaient en Portugal. Il faut qu’il soit complété avec les conscrits qui étaient à Bayonne et ce que le 2e bataillon a de trop, la force du bataillon ne devant pas être de plus de 840 hommes. Ces deux bataillons seront commandés par le major, auquel il faut donner l’ordre de rejoindre.

 

Aranda, 27 novembre 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Burgos

Mon Frère, vous pouvez vous mettre en marche avec votre garde, pour venir coucher à Lerma et être le 29 à Aranda.

Les affaires d’Espinosa, mais surtout celle de Tudela, font voir ce que c’est que ces troupes espagnoles. Il y avait cependant à Tudela 30,000 hommes de troupes d’élite, 60 pièces de canon : 6,000 hommes des nôtres ont à peine pu donner. Castafios et Palafox ont commencé la déroute.

Envoyez à Pampelune un officier espagnol intelligent pour causer avec les 3 ou 4,000 prisonniers qu’on a faits, et connaître bien les noms des régiments qui se trouvaient là.

Si le maréchal Ney ne s’en était pas laissé imposer par les habitants, et ne fût pas resté le 22 et le 23 à Soria, parce qu’il s’imaginait que les Espagnols avaient 80,000 hommes, et autres bêtises, il devait être arrivé le 23, d’après mon ordre, à Agreda, et pas un homme n’eût échappé.

——

P. S. Si cette lettre vous arrivait trop tard, il suffirait que vous soyez ici le 30 au soir, en ne partant que le 29.

 

Aranda, 27 novembre 180

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples

J’ai lu avec attention le mémoire remis, par votre ministre secrétaire d’état de la justice, sur le code Napoléon. La considération la plus importante dans ce code est celle du divorce; elle en est le fondement. Vous ne devez y toucher d’aucune manière; c’est la loi de l’État. Je préférerais que Naples fût à l’ancien roi de Sicile plutôt que de laisser ainsi châtrer le code Napoléon. Le divorce n’est point contraire à la religion ; les dispositions en sont d’ailleurs extrêmement modérées. Ceux qui, au reste, en ont la conscience blessée, ne le mettront point en usage. Je ne puis consentir, en ma qualité de garant de la Constitution, à des modifications au code Napoléon. Il est adopté dans tout la royaume d’Italie; Florence l’a, Rome l’aura bientôt, et il faut bien que les prêtres cessent de caresser les préjugés et se mêlent de leurs affaires.

Mettez-vous dans un juste milieu. Ce n’est point en cajolant le prêtres que vous en ferez quelque chose ; s’ils croient que vous avez très-grand besoin d’eux, ils vous manqueront.

Il est ridicule, par exemple, que vous ayez donné la décoration des Deux-Siciles aux archevêques et évêques, en masse cela n’a pa de sens et convertit cette décoration en espèce d’uniforme; c’est l’avilir et manquer votre but. Vous pouviez, si vous êtes content de tous vos archevêques et évêques, les nommer individuellement; mais dire dans un décret : “Tous les archevêques de notre royaume, qui ont prêté ou qui ont été appelés à prêter le serment de fidélité entre nos mains, sont nommés commandants de notre Ordre royal des Deux-Siciles, etc.”, faire pareille chose, c’est n’avoir pas d’idée de gouvernement.

 

Aranda de Ducro, 27 novembre 1808

Au général Caulaincourt, ambassadeur à Saint-Pétersbourg

Je reçois votre lettre sans date que je suppose être du 5 novembre. J’imagine que M. de Champagny vous aura fait connaître par des courriers tout ce qui se passe d’important dans ce pays, tel que le combat de Burgos, les affaires d’Espinosa, celle de Tudela, où les armées de Galice, des Asturies, d’Estrémadure, d’Aragon, d’Andalousie, de Valence et de Castille ont été détruites. Le général Saint-Cyr, aussitôt que Rosas sera pris, ce qui n’est pas éloigné, marchera en Catalogne, pour faire sa jonction avec le général Duhesme, qui a 15,000 hommes à Barcelone, bien approvisionnés et dans le meilleur état. Vous pouvez dire à l’empereur que je serai dans six jours à Madrid, d’où je lui écrirai un mot. Il n y a rien de mauvais comme les troupes espagnoles : 6,000 de nos gens en bataille en chargent 20, 30 et jusqu’à 36,000. C’est véritablement de la canaille; même les troupes de La Romana, que nous avions formées en Allemagne, n’ont pas tenu. Au reste, les régiment Zamora et de la Princesse ont subi le sort des traîtres; ils ont péri. Les Anglais se concentrent en Portugal. Ils ont fait avancer des divisions en Espagne; mais, à mesure que nous approchons, ils reculent.

J’ai envoyé il y a peu de jours à Champagny mes ordres pour répondre à la note de l’Angleterre. Quant à l’Autriche, sa contenance n’est que ridicule. Je laisse en Allemagne 100,000 hommes; j’en ai 150,000 en Italie, et la moitié de ma conscription marche. D’ailleurs ici la grosse besogne est déjà faite.

Le ministre de Russie à Madrid a été insulté par la canaille, qui s’est amusée à pendre et à traîner dans les rues deux Français qui étaient à son service; mais, dans peu de jours, il sera délivré.

 

Aranda, 28 novembre 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Je recois votre lettre du 21. Mon intention est que toute l’artillerie qui est à Magdeburg, soit évacuée sur France, ne laissant dans cet place que ce qui est nécessaire pour l’armée, et s’arrangeant de manière qu’on puisse, selon l’occasion, tirer de l’armement de la place un équipage de siège suffise pour prendre Küstrin et Stettin. Mais les 1,500 pièces d’artillerie et cette grande quantité de boulets qui sont dans Magdeburg doivent rentrer en France. A cet effet, il faudrait voir si, par Hambourg, on ne pourrait pas faire arriver tout cela à Anvers. Il faut, au reste, prendre vos mesures de manière que si, d’ici à trois mois, Magdeburg était pris, on ne prît que l’artillerie de la place. Par suite de ce principe, je désire qu’il y ait peu d’artillerie à Strasbourg, Mayence et Wesel, et que les grands dépôts soient à Metz et à Maestricht, qui sont des places du second ordre. Ainsi, il ne faut pas évacuer de Mayence sur Strasbourg, mais sur Metz. Metz doit être considéré comme le grand dépôt de l’artillerie de France. Cette place est éloignée de la frontière, est très-forte et a l’avantase de communiquer avec la frontière du Rhin par la Moselle.

 

Aranda, 28 novembre 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je suis étonné que les communications par Calais aient lieu. Elles ne doivent avoir lieu que pour les courriers du cabinet, et les parlementaires doivent aller à Morlaix. Tenez la main à l’exécution du présent ordre.

Mon escadre ne sort donc pas de l’Escaut ? Si vous m’aviez mis là Allemand, elle serait déjà en pleine mer; mais Missiessy ne veut rien faire. Mes escadres de Rochefort et de Lorient sont-elles enfin sorties ? Il ne faut pas se dissimuler que les négociants sont insuffisants pour approvisionner mes colonies. L’arrivée de ces deux escadres seules les mettra dans l’état que je dois désirer.

Il faut que de Toulon on fasse sortir des bâtiments pour nettoyer la côte; il n’y a qu’une seule frégate, de Livourne à l’ile d’Elbe, pour maintenir la communication.

Je vous ai mandé que je désirais que deux frégates sortissent. Faites-les croiser au large de la Corogne et du Mexique; elles feraient des prises par milliards.

 

(sans lieu), 28 novembre 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le vice-amiral Decrès, l’escadre de Toulon doit tenter la conquête de la Sicile. Elle se compose de 15 vaisseaux de ligne, dont trois à 3 ponts, 8 frégates, plusieurs corvettes et transports; elle peut porter 17 à 18,000 hommes. Les chevaux seraient embarqués de la campagne de Naples, ce qui économiserait l’espace, l’eau, etc. Murat réunirait 20,000 hommes à Scylla avec des felouques canonnières etc. D. C. a toujours pensé que la Sicile peut être abordée par une expédition de la flotille qui, préparée à terre sur les plages de Scylla, Fafacuma, s’emparerait par un coup de main imprévu, dans une de ces occasions fréquentes où l’ennemi repoussé du détroit par un vent du nord, qui empêche même de sortir de Messine, au besoin de trois ou quatre jours, pour remonter jusqu’au phare.

 

Aranda, 28 novembre 1808

Au prince Cambacérès, Archichancelier de l’Empire, à Paris

Mon Cousin, les bulletins ne sont pas des piéces avouées. Ils doivent paraître dans le Moniteur sans qu’on sache d’où ils viennent. Vous devez seul en prendre connaissance et ne les montrer à qui que ce soit. En agir autrement, ce serait alors leur donner une signature qu’ils n’ont pas.

 

Aranda, 28 novembre 1808

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, faîtes faire des instances pour que j’aie satisfaction sur les bâtiments américains. Causez avec le grand juge pour savoir s’il est vrai qu’il ne soit entremêlé dans cette affaire qui ne le regarde pas. Demandez un inventaire de tous les biens que les Espagnols ont dans le royaume de Naples.

 

Aranda, 28 novembre 1808

Au général Menou, gouverneur du Grand-Duché de Toscane

Maret vous envoie un décret qui ne doit être publié qu’après l’exécution. Faites désarmer la vallée; faites arrêter 30 ou 40 individus, les plus connus pour avoir dans tous les temps pris part aux insurrections, quelle que soit leur conduite actuelle. L’exécution de cet ordre ne comporte aucun délai : que quarante-huit heures après la réception de ma lettre, ces 30 ou 40 individus soient arrêtés. Faites-moi connaître en même temps leurs noms, leur famille, leur fortune, le rôle qu’ils ont joué en différents temps. Ceux qui échaperaient, faites séquestrer leurs propriétés. Vous les ferez tous conduire dans la citadelle de Fénestrelle. Il est nécessaire, pour la tranquillité de l’Italie, de donner un exemple à cette ville d’Arezzo, qui en a besoin.

 

Aranda, 28 novembre 1808

Au général Menou, gouverneur général du Grand-Duché de Toscane

Je reçois de Paris une proclamation signée de vous, du 3 novembre, qui ne signifie rien.A quoi bon menacer ? Il faut plut1ot frapper. Que répondra la ville de Sienne, qui n’est pas organisée ? Toutes les proclamations ne servent qu’à réjouir nos ennemis et à leur faire croire que la Toscane est en feu. N’était-il pas plus simple de marcher avec deux ou trois colonnes de 3 à 400 voltigeurs, de nommer une commission militaire, de faire fusiller les principaux mutins, de prendre des otages dans les villes qui se comportent mal, et de désarmer les plus mauvais cantons ? C’était le moyen de tout finir. Il faut d’ailleurs rendre des comptes aux ministres de la guerre et de la police, et vous ne leur dîtes rien.

 

Aranda, 28 novembre 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon Fils, le 52e ct lc 102e qui sont à l’armée de Naplcs, doivent déjà être rendus à Rome, et les 4e bataillons du 10e et du 62e doivent être en marche pour remplacer ces régiements à l’armée dc Naples. Si ce mouvement n’avait pas eu lieu, écrivez-en au ministre de la guerre, car c’est ma volonté. Vous ferez passer la revue de ces régiments, et les préparerez à rendre un bon service. Le ministre de la guerre vous fera connaître les ordres que j’ai donnés pour que les cadrcs de six bataillons des régimcnts de l’armée de Dalmatie, ainsi que les 3e bataillons des deux régiments qui sont à Corfou, rentrent en Italie. Ainsi, avec les conscrits que vous recevrez, vous aurez a l’armée d’Italie une augmentation de huit bataillons; et il n’y aura plus de régiments provisoircs. Les 3e et 4e bataillons seront commandés par les majors, comme les 1e et 2e bataillons seront commandés par les colonels à l’armée de Dalmatie et à Corfou. J’ai réitéré l’ordre que l’on vous envoyât tous les hommes qui sont disponibles aux dépôts provenant des conscriptions antérieures, l’hiver étant la saison la plus favorable pour acclimater les recrues en Italie. Causez avec les colonels, et s’il y avait aux dcpôts en France des hommes des anciennes conscriptions pour porter vos 4e bataillons au complet de guerre, faîtes-les demander.

 

Aranda, 28 novembre 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon Fils, les troupes qui se trouvent en Toscane font partie de l’armée d’Italie. S’il y avait de grands mouvements qui troublassent la tranquillité de ce pays, vous devez vous en occuper. Je vois une proclamation du général Menou, qui n’a pas de sens. Envoyez quelqu’un en Toscane, pour savoir ce qui se passe.

 

Buitrago, 30 novembre 1808, six heures du soir

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Aranda

Mon Frère, nous avons eu une affaire. Un corps de 9,000 hommes occupait la Somo-Sierra ; 4,000 hommes étaien en position à Sepulveda. Celui de Somo-Sierra a été battu, son canon pris, une cinquantaine de voitures de bagages, un grand nombre de prisonniers, et le reste s’est disséminé dans les montagnes, à un tel point qu’à Buitrago on a appris cette affaire par une cinquantaine d’officiers qui se sauvaient au grand galop, suivis par nos hussards, qui sont arrivés quelques moments après. Ma cavalerie est ce soir à Saint-Augustin.

L’autre corps s’est jeté dans les montagnes. La cavalerie le poursuit. Il se retirera probablement sur Ségovie.

Notre perte est presque rien. Nous n’avons eu qu’une dizaine d’hommes d’infanterie tués ou blessés et une quinzaine de Polonais de la Garde, qui ont fait une charge brillante.

Venez aussi vite que vous pourrez; mais venez avec votre garde de peur de quelques brigands qui errent dans les montagnes.

Vous trouverez ci-joint la Gazette de Madrid du 29.

 

Buitrago, 39 novembre 1808, au soir

Au général Lery, commandant le génie à l’armée d’Espagne, à Buitrago

Il faut faire le projet de retrancher le plateau de Somo-Sierra. Le fossé, une bonne double palissade, deux ou trois batteries, mettront 2 ou 300 hommes à l’abri d’un coup de main, surtout de la part de paysans. Comme on va y mettre un bataillon en garnison, ce bataillon servira à travailler aux retranchements. Le général d’artillerie laissera six pièces de celles qui ont été prises à l’ennemi. On établi dans l’église (la chapelle) un magasin de biscuit, de riz et de toutes les choses nécessaires.

 

Quartier général de Chamartin, près Madrid, 2 décembre 1808

BULLETIN DE L’ARMÉE D’ESPAGNE

Le 29, le quartier général de l’Empereur a été porté au village Boceguillas. Le 30, à la pointe du jour, le duc de Bellune s’est présenté au pied du Somo-Sierra. Une division de 13,000 hommes de l’armée de réserve espagnole défendait le passage de cette montagne. L’ennemi se croyait inexpugnable dans cette position ; il avait retranché le col, que les Espagnols appellent Puerto, et y avait placé soixante pièces de canon. Le 9e d’infanterie légère couronna la droite, le 96e

Quartier général de Chamartin, près Madrid, 2 décembre 1808

BULLETIN DE L’ARMÉE D’ESPAGNE

Le 29, le quartier général de l’Empereur a été porté au village Boceguillas. Le 30, à la pointe du jour, le duc de Bellune s’est présenté au pied du Somo-Sierra. Une division de 13,000 hommes de l’armée de réserve espagnole défendait le passage de cette montagne. L’ennemi se croyait inexpugnable dans cette position ; il avait retranché le col, que les Espagnols appellent Puerto, et y avait placé soixante pièces de canon. Le 9e d’infanterie légère couronna la droite, le 96e marcha sur la chaussée, et le 24e suivit à mi-côte les hauteurs de gauche. Le général Senarmont, avec six pièces d’artillerie, avanca par la chaussée. La fusillade et la canonnade s’engagèrent. Une charge que fit le général Montbrun, à la tête des chevau-légers polonais de la Garde, décida l’affaire, charge brillante s’il en fut, où ce régiment s’est couvert de gloire et a montré qu’il était digne de faire partie de la Garde impériale. Canons, drapeaux, soldats, fusils, tout fut enlevé, coupé ou pris. Huit chevau-légers polonais ont été tués sur les pièces et seize ont été blessés. Parmi ces derniers, le capitaine I)ziewanovski a été si grièvement blessé qu’il est presque sans espérance. Le major Ségur, maréchal des logis de la Maison de l’Empereur, chargeant parmi les Polonais , a reçu plusieurs blessures dont une assez grave. Les seize pièces de canon, dix drapeaux, une trentaine de caissons, deux cents chariots de toute espèce de bagages, les caisses des régiments, sont les fruits de cette brillante affaire. Parmi les prisonniers, qui sont très-nombreux, se trouvent tous les colonels et lieutenants-colonels des corps de la division espagnole. Tous les soldats auraient été pris s’ils n’avaient pas jeté leurs armes et ne s’étaient pas éparpillés dans les montagnes. Le ler décembre, le quartier général de l’Empereur était à Saint-Augustin; et le 9, le duc d’Istrie, avec la cavalerie, est venu couronner les hauteurs de Madrid. L’infanterie ne pourra arriver que le 3. Les renseignements que l’on a jusqu’à cette heure portent à penser que la ville est livrée à toute espèce de désordres, et que les portes sont barricadées. Le temps est très-beau.

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L’officier parlementaire que vous m’avez envoyé a été voir sa famille; je le renverrai demain.

 

Camp impérial de Madrid, 4 décembre 1808

Au maréchal Bessières, duc d’Istrie, commandant la réserve de la cavalerie de l’armée d’Espagne

Mon Cousin, je vous ai fait connaître que Madrid s’est rendu et que nous en avons pris possession à midi ; que nous sommes entrés à l’Escurial, que le général Dorsenne, avec les fusiliers, a pris position au pont de Rojas, entre Al’eala et Madrid; que le maréchal Victor se rend à ce pont avec une division; que mes dragons, mes grenadiers et chasseurs sont en route pour se rendre à ce pont; qu’une deuxième division du maréchal Victor est disponible, et qu’il faut manoeuvrer de manière à pouvoir promptement attaquer le général la Pefia et à en avoir une aile.

 

Camp impérial de Madrid, 4 décembre 1808

DÉCRET.

Article 1. – A dater de la publication du présent décret, les droits féodaux sont abolis en Espagne.

ART. 2. – Toute redevance personnelle , tous droits exclusifs de pêche, de madrague, ou autres droits de même nature sur les côtes, fleuves et rivières, toutes banalités de four, moulin, hôtellerie, sont supprimés. Il sera permis à chacun, en se conformant aux lois, de donner un libre essor à son industrie.

ART. 3 – Le présent décret sera publié et enregistré dans tous les conseils, cours et tribunaux, pour être exécuté comme loi de l’État.

NAPOLÉON

 

 

Camp impérial de Madrid, 4décembre 1808

DÉCRET

ARTICLE 1er. – Le tribunal de l’inquisition est aboli, comme attentatoire à la souveraineté et à l’autorité civile.

ART. 2. – Les biens appartenant à l’inquisition seront mis sous le séquestre et réunis au domaine d’Espagne pour servir de garantie aux vales et à tous autres effets de la dette publique.

ART. 3. – Le présent décret sera publié et enregistré dans tous les conseils, cours et tribunaux, pour être exécuté comnie loi de l’État.

NAPOLÉON.

 

Camp impérial de Madrid, 4 décembre 1808

DÉCRET.

Considérant que les religieux des divers ordres monastiques en Espagne sont trop multipliés ; Que, si un certain nombre est utile pour aider les ministres des autels dans l’administration des sacrements, l’existence d’un nombre trop considérable est nuisible à la prospérité de l’état ; Nous avons décrété et décrétons ce qui suit :

ARTICLE ler. – Le nombre des couvents existant actuellement en Espagne sera réduit au tiers. Cette réduction s’opérera en réunissant les religieux de plusieurs couvents du même ordre dans une seule maison.

ART. 2. – A dater de la publication du présent décret, aucune admission au noviciat, aucune profession religieuse ne seront permises jusqu’à ce que le nombre des religieux de l’un et de l’autre sexe ait été réduit au tiers du nombre desdits religieux existants. En conséquence, et dans un délai de quinze jours, tous les novices sortiront des couvents dans lesquels ils avaient été admis.

ART. 3. – Tous les ecclésiastiques réguliers qui voudront renoncer à la vie commune et vivre en ecclésiastiques séculiers seront libres de sortir de leurs maisons.

ART. 4. – Les religieux qui renonceront à la vie commune conformément à l’article précédent seront admis à jouir d’une pension dont la quotité sera fixée à raison de leur âge, et qui ne pourra être moindre de 3,000 réaux, ni excéder le maximum de 4,000 réaux.

ART. 5. – Sur le montant des biens des couvents qui se trouveront supprimés en exécution de l’article ler du présent décret, sera d’abord prélevée la somme nécessaire pour augmenter la portion congrue des cures, de manière que le minimum du traitement des curés soit élevé à 900 réaux.

ART. 6. – Les biens des couvents supprimés, qui se trouveront disponibles après le prélèvement ordonné par l’article ci-dessus, seront réunis au domaine de l’Espagne et employés, savoir – 1° la moitié desdits biens à garantir les vales et autres effets de la dette publique; 2° l’autre moitié à rembourser aux provinces et aux villes les dépenses occasionnées par la nourriture des armées françaises et des armées insurrectionnelles, et à indemniser les villes et les campagnes des dégâts, des pertes de maisons, et toutes autres pertes occasionnées par la guerre.

ART. 7. – Le présent décret sera publié et enregistré dans tous les conseils, cours et tribunaux, pour être exécuté comme loi de l’État.

 

Camp impérial de Madrid, 4 décembre 1808

DÉCRET.

Considérant qu’un des établissements qui s’opposent le plus à la prospérité intérieure de l’Espagne est celui des barrières existant entre les provinces, nous avons décrété et décrétons ce qui suit :

ARTICLE 1er. – A dater du 1er janvier prochain, les barrières existant de province à province seront supprimées – Les douanes seront transportées et établies aux frontières.

ART. 2. – Le présent décret sera publié et enregistré dans tous les conseils, cours et tribunaux, pour être exécuté comnie loi de l’état.

 

Quartier général devant Madrid, 4 décembre 1808

BULLETIN DE L’ARMÉE D’ESPAGNE.

Le 2, à midi, Sa Majesté arriva de sa personne sur les hauteurs qui couronnent Madrid et où étaient placées les divisions de dragons des généraux Latour-Mlaubourg et Lahoussaye et la Garde impériale à cheval. L’anniversaire du couronnement, cette époque qui a signalé tant de jours à jamais heureux pour la France, réveilla dans tous les eoeurs les plus doux souvenirs et inspira à toutes les troupes un enthousiasme qui se manifesta par mille acclamations. Le temps était superbe et semblable à celui dont on jouit en France dans les plus belles journées du mois de mai.

Le maréchal duc d’Istrie envoya sommer la ville, où s’était formée une junte militaire sous la présidence du général Castellar, qui avait sous ses ordres le général Moria, capitaine qénéral de l’Andalousie et inspecteur général de l’artillerie. La ville renfermait un grand nombre de paysans armés qui s’y étaient rendus de tous côtés, 6,000 hommes de troupes de ligne et cent pièces de canon. Depuis huit jours, on barricadait les rues et les portes de la ville; 60,000 hommes étaient en armes; des cris se faisaient entendre de toutes parts, les cloches de deux cents églises sonnaient à la fois, et tout présentait l’image du désordre et du délire.

Un général de troupes de ligne parut aux avant-postes pour répondre à la sommation du duc d’Istrie; il était accompagné et surveillé par trente hommes du peuple dont le costume, les regards et le farouche langage rappelaient les assassins de septembre. Lorsqu’on demandait au général espagnol s’il voulait exposer des femmes, des enfants, des vieillards aux horreurs d’un assaut, il manifestait à la dérobée la douleur dont il était pénétré; il faisait connaître par des signes qu’il gémissait sous l’oppression ainsi que tous les honnêtes gens de Madrid, et, lorsqu’il élevait la voix, ses paroles étaient dictées par les misérables qui le surveillaient. On ne put avoir aucun doute de l’excès auquel était portée la tyrannie de la multitude, lorsqu’on le vit dresser procès-verbal de ses propres discours et les faire attester par la signature des spadassins qui l’environnaient.

L’aide de camp du duc d’Istrie qui avait été envoyé dans la ville, saisi par des hommes de la dernière classe du peuple, allait être massacré, lorsque les troupes de ligne, indignées, le prirent sous leur sauvegarde et le firent remettre à son général.

Un garcon boucher de l’Estrémadure, qui commandait une des portes, osa demander que le duc d’Istrie vînt lui-même dans la ville les yeux bandés. Le général Montbrun repoussa cette audace avec indignation ; il fut aussitôt entouré, et il ne s’échappa qu’en tirant son sabre. Il faillit être victime de l’imprudence avec laquelle il avait oublié qu’il n’avait point affaire à des ennemis civilisés.

Peu de temps après, des déserteurs, des gardes wallones se rendirent au camp. Leurs dépositions donnèrent la conviction que les propriétaires, les hommes honnêtes, étaient sans influence, et l’on dut croire que toute conciliation était impossible.

La veille, le marquis de Perales, homme respectable, qui avait paru jouir jusqu’alors de la confiance du peuple, fut accusé d’avoir fait mettre du sable dans les cartouches. Il fut aussitôt étranglé, et ses membres déchirés furent envoyés comme des trophées dans tous les quartiers de la ville. On arrêta que toutes les cartouches seraient refaites et trois ou quatre mille moines furent conduits au Retiro et employés à ce travail. Il avait été ordonné que tous les palais, toutes les maisons seraient constamment ouvertes aux paysans des environs, qui devaient y trouver de la soupe et des aliments à discrétion.

L’infanterie française était encore à trois lieues de Madrid. L’Empereur employa la soirée à reconnaître la ville et à arrêter un plan d’attaque qui se conciliàt avec les ménagements que mérite le grand nombre d’hommes honnêtes qui se trouvent toujours dans une grande capitale.

Prendre Madrid d’assaut pouvait être une opération militaire de peu de difficulté ; mais amener cette grande ville à se soumettre, en employant tour à tour la force et lapersuasion, et en arrachant les propriétaires et les véritables hommes de bien à l’oppression sous laquelle ils gémissaient, c’est là ce qui était difficile. Tous les efforts de l’Empereur, dans ces deux journées, n’eurent pas d’autre but : ils ont été couronnés du plus grand succès.

A sept heures, la division Lapisse, du corps du maréchal duc de Bellune, arriva. La lune donnait une clarté qui semblait prolonger celle du jour. L’Empereur ordonna au général de brigade iNI@tison de s’emparer des faubourgs , et chargea le général de division Lauriston de protéger cette occupation par le feu de quatre pièces d’artillerie de la Garde. Les voltigeurs du 1 61 régiment s’emparèrent des maisons et notamment d’un grand cimetière. Au premier feu, l’ennemi montra autant de lâcheté qu’il avait montré d’arrogance pendant toute la journée.

Le duc de Bellune employa toute la nuit à placer son artillerie dans les lieux désignés pour l’attaque.

A minuit, le prince de Neuchâtel envoya à Madrid un lieutenant-colonel d’artillerie espagnol, qui avait été pris à Somo-Sierra et qui voyait avec effroi la folle obstination de ses concitoyens. Il se chargea de la lettre ci-jointe, no 1 1.

Le 3, à neuf heures du matin, le même parlementaire revint au quartier général avec la lettre ci-jointe, no 2.

Mais déjà le général de brigade d’artillerie Senarmont, officier d’un grand mérite, avait placé ses trente pièces d’artillerie et avait commencé un feu très-vif qui avait fait brèche au mur du Retiro. Des voltigeurs de la division Villatte ayant passé la brèche, leur bataillon les suivit, et en moins d’une heure les hommes qui défendaient le Retiro furent culbutés. Le palais du Retiro, les postes importants de l’observatoire, de la manufacture de porcelaine, de la grande caserne et de l’hôtel de Medina Celi, et tous les débouchés qui avaient été mis en défense, furent emportés par nos troupes.

D’un autre côté, vingt pièces de canon de la Garde jetaient des obus et attiraient l’attention de l’ennemi sur une fausse attaque.

On se serait peint difficilement le désordre qui régnait dans Madrid, si un grand nombre de prisonniers arrivant successivement n’avaient rendu compte des scènes épouvantables et de tout genre dont cette capitale offrait le spectacle. On avait coupé les rues , crénelé les maisons des barricades de balles de coton et de laine avaient été formées les fenêtres étaient matelassées. Ceux des habitants qui désespéraient du succès d’une aveugle résistance fuyaient dans les campagnes. D’autres, qui avaient conservé quelque raison, et qui aimaient mieux se montrer au sein de leurs propriétés devant un ennemi généreux que de les abandonner au pillage de leurs propres concitoyens, demandaient qu’on ne s’exposa point à un assaut. Ceux qui étaient étrangers à la ville ou qui n’avaient rien à perdre voulaient qu’on se défendît à toute outrance, accusaient les troupes de ligne de trahison et les obligeaient à continuer le feu.

L’ennemi avait plus de cent pièces de canon en batterie ; un nombre plus considérable de pièces de 2 et de 3 avaient été déterrées, tirées des caves et ficelées sur des charrettes, équipage grotesque qui seul aurait prouvé le délire d’un peuple abandonné à lui-même. Mais tous moyens de défense étaient devenus inutiles. Étant maître du Retiro , on l’est de Madrid. L’Empereur mit tous ses soins à empêcher qu’on entrât de maison en maison. C’en était fait de la ville si beaucoup de troupes avaient été employées. On ne laissa avancer que quelques compagnies de voltigeurs, que l’Empereur se refusa toujours à faire soutenir.

A onze heures, le prince de Neuchâtel écrivit la lettre ci-jointe; Sa Majesté ordonna aussitôt que le feu cessât sur tous les points.

A cinq heures, le général Moria, l’un des membres de la junte militaire, et don Bernardo Yriarte, envoyé de la ville, se rendirent dans la tente de Son Altesse Sérénissime le major général. Ils firent connaître que tous les hommes bien pensants ne doutaient pas que la ville ne fût sans ressources, et que la continuation de la défense était un véritable délire, mais que les dernières classes du peuple et que la foule des hommes étrangers à Madrid voulaient se défendre et croyaient le pouvoir. Ils demandaient la journée du 4 pour faire entendre raison au peuple. Le prince major général les présenta à Sa Majesté l’Empereur et Roi, qui leur dit :

“Vous employez en vain le nom du peuple. Si vous ne pouvez parvenir à le calmer, c’est parce que vous-mêmes vous l’avez excité, vous l’avez égaré par des mensonges. Rassemblez les curés, les chefs des couvents, les alcades, les principaux propriétaires, et que, d’ici à six heures du matin, la ville se rende, ou elle aura cessé d’exister. Je ne veux ni ne dois retirer mes troupes. Vous avez massacré les malheureux prisonniers francais qui étaient tombés entre vos mains. Vous avez, il y a peu de jours, laissé trainer et mettre à mort , dans les rues , deux domestiques de l’ambassadeur de Russie, parce qu’ils étaient nés Francais. L’inhabileté et la lâcheté d’un général avaient mis en vos mains des troupes qui avaient capitulé sur le champ de bataille, et la capitulation a été violée. Vous, Monsieur Moria, quelle lettre avez-vous écrite à ce général ? Il vous convenait bien de parler de pillage, vous qui, étant entré en Roussillon, avez enlevé toutes les femmes et les avez partagées comme un butin entre vos soldats ! Quel droit aviez-vous d’ailleurs de tenir un pareil langage ? La capitulation vous l’interdisait. Voyez quelle a été la conduite des Anglais, qui sont bien loin de se piquer d’être rigides observateurs du droit des nations ; ils se sont plaints de la convention du Portugal, mais ils l’ont exécutée. Violer les traités militaires, c’est renoncer à toute civilisation , c’est se mettre sur la même ligne que les Bédouins du désert. Comment donc osez-vous demander une capitulation, vous qui avez violé celle de Bailen ? Voilà comme l’injustice et la mauvaise foi tournent toujours au préjudice de ceux qui s’en sont rendus coupables. J’avais une flotte à Cadix ; elle était l’alliée de l’Espagne, et vous avez dirigé contre elle les mortiers de la ville où vous commandiez. J’avais une armée espagnole dans mes rangs ; j’ai mieux aimé la voir passer sur les vaisseaux anglais et être obligé de la précipiter du haut des rochers d’Espinosa, que de la désarmer. J’ai préféré avoir 1,000 ennemis de plus à combattre que de manquer à la bonne foi et à l’honneur. Retournez à Madrid. Je vous donne jusqu’à demain six heures du matin. Revenez alors si vous n’avez à me parler du peuple que pour m’apprendre qu’il s’est soumis. Sinon, vous et vos troupes, vous serez tous passés par les armes.”

Le 4, à six heures du matin, le général Moria et le général don Fernando de la Verki, gouverneur de la ville, se présentèrent à la tente du prince major général. Les discours de l’Empereur, répétés au milieu des notables, la certitude qu’il commandait en personne, les pertes éprouvées pendant la journée précédente, avaient porté le repentir et la terreur dans tous les esprits. Pendant la nuit, les plus mutins s’étaient soustraits au danger par la fuite, et une partie des troupes s’étaient débandées.

A dix heures, le général Belliard prit le commandement de Madrid; tous les postes furent remis aux Francais, et un pardon général fut proclamé.

A dater de ce moment, les hommes, les femmes, les enfants se répandirent dans les rues avec sécurité. Jusqu’à onze heures du soir les boutiques furent ouvertes. Tous les citoyens se prirent à détruire les barricades et à repaver les rues; les moines rentrèrent dans leurs couvents, et, en peu d’heures, Madrid présenta le contraste le plus extraordinaire, contraste inexplicable pour qui ne connaît pas les moeurs des grandes villes. Tant d’hommes qui ne pouvaient se dissimuler à eux-mêmes ce qu’ils auraient fait en pareille circonstance s’étonnent de la générosité des Francais. 50,000 armes ont été rendues, et cent pièces de canon sont réunies au Retiro. Au reste, les angoisses dans lesquelles les habitants de cette malheureuse ville ont vécu depuis quatre mois ne peuvent se dépeindre ; la junte était sans puissance ; les hommes les plus ignorants et les plus forcenés exerçaient le pouvoir, et le peuple, à chaque instant, massacrait on menaçait de la potence ses militaires et ses généraux.

Le général de brigade Maison a été blessé. Le général la Bruyère, qui s’était avancé imprudemment dans le moment où l’on avait cessé le feu, a été tué; douze soldats ont été tués ; cinquante ont été blessés. Cette perte, si faible pour un évènement aussi mémorable, est due, au peu de troupes qu’on a engagées ; on la doit aussi , il faut le dire, à l’extrême lâcheté de tout ce qui avait les armes à la main. L’artillerie a, comme à son ordinaire, rendu les plus grands services.

10,000 fuyards, échappés de Burgos et de Somo-Sierra, et la division de l’armée de réserve, se trouvaient, le 3, à trois lieues de Madrid; mais, chargés par un piquet de dragons , ils se sont sauvés en abandonnant quarante pièces de canon et soixante caissons.

Un trait mérite d’être cité. Un vieux général, retiré du service et âgé de quatre-vingts ans, était dans sa maison, à Madrid, près de la rue d’Alcala ; un officier francais y entre et s’y loge avec sa troupe. Ce respectable vieillard parait devant cet officier, tenant une jeune fille par la main, et dit : “Je suis un vieux soldat, je connais les droits et la licence de la guerre; voilà ma Fille, je lui donne 900,000 livres de dot; sauvez-lui l’honneur, et soyez son époux.”

Le jeune officier prend le vieillard, sa famille et sa maison sous sa protection. Qu’ils sont coupables ceux qui exposent tant de citoyens paisibles, tant d’infortunés habitants d’une grande capitale à tant de malheurs !

Le duc de Danzig est arrivé le 3 à Ségovie. Le duc d’Istrie, avec 4,000 hommes de cavalerie , s’est mis à la poursuite de la division la Pena, qui, s’étant échappée de la bataille de Tudela, s’était dirigée sur Guadalajara.

Florida Blanca et la junte s’étaient enfuis d’Aranjuez et s’étaient sauvés à Tolède; ils ne se sont pas crus en sûreté dans cette ville et se sont réfugiés auprès des Anglais.

La conduite des Anglais est honteuse ! Dès le 20, ils étaient à l’Escurial au nombre de 6,000 ; ils y ont passé quelques jours. Ils ne prétendaient pas moins que franchir les Pyrénées et venir sur la Garonne. Leurs troupes sont superbes et bien disciplinées. La confiance qu’elles avaient inspirée aux Espagnols était inconcevable. Les uns espéraient que cette division irait à Somo-Sierra, les autres qu’elle viendrait défendre la capitale d’un allié si cher. Mais tous connaissaient mal les Anglais. A peine eut-on avis que l’Empereur était à Somo-Sierra, que les troupes anglaises battirent en retraite sur l’Escurial. De là, combinant leur marche avec la division de Salamanque, elles se dirigèrent sur la mer. Des armes, de la poudre, des habits, ils nous en ont donné, disait un Espagnol; mais leurs soldats ne sont venus que pour nous exciter; nous égarer et nous abandonner au milieu de la crise. Mais, répondit un officier francais, ignorez-vous donc les faits les plus récents de notre histoire ? Qu’ont-ils fait pour le Stathouder, pour la Sardaigne, pour l’Autriche ? Qu’ont-ils fait récemment pour la Russie ? Qu’ont- ils fait plus récemment encore pour la Suède ? Ils fomentent partout la guerre; ils distribuent des armes comme du poison; mais ils ne versent leur sang que pour leurs intérêts directs et personnels. N’attendez pas autre chose de leur égoïsme. “Cependant, répliqua l’Espagnol, leur cause était la nôtre. 40,000 Anglais ajoutés à nos forces à Tudela et à Espinosa pouvaient balancer les destins et sauver le Portugal. Mais à présent que notre armée de Blake à la gauche, que celle du centre, que celle d’Aragon à la droite , sont détruites, que les Espagnes sont presque conquises, et que la raison va achever de les soumettre, que deviendra le Portugal ? ” Ce n’est pas à Lisbonne que les Anglais devaient le défendre, c’est à Espinosa, à Burgos, à Tudela , à Somo-Sierra et devant Madrid.

 

Chamartin, 5 décembre 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, au Prado

Mon Frère, il est nécessaire que vous preniez, dans la nuit, un décret pour organiser un régiment étranger, sous le titre de Royal- Étranger d’Espagne. Dans ce régiment seront compris tous les Autrichiens, Prussiens, Italiens, servant depuis dix ans en Espagne. Commencez par en former un bataillon. Nommez pour colonel un des principaux étrangers de votre garde , le général Saitigny, ou un de vos aides de camp. Nommez-y un chef de bataillon et six capitaines tirés de votre garde, ainsi que les sergents nécessaires. Le cadre pourra contenir 1,200 hommes; il y a dans Madrid assez de monde pour cela. Le bataillon pourra se former demain, à midi , dans la cour du palais; on l’armera avec les armes provenant du désarmement; on lui donnera des cartouches et on l’enverra à l’Escurial pour achever de l’organiser. Après que le premier bataillon sera formé, on en formera un second, puis un troisième, puis le quatrième. Ce régiment de Royal-étranger d’Espagne sera ainsi composé de quatre bataillons, de six compagnies chacun. Chaque compagnie sera de 200 hommes et chaque bataillon de 1,200 hommes, le tout formant 4,800 hommes. Cela aura l’avantage de débarrasser Madrid de ce tas d’étrangers, qui seront très-utiles lorsqu’ils auront des officiers et sous-officiers français de votre garde.

Donnez sur-le-champ une nouvelle organisation à votre garde. Composez chaque régiment de quatre bataillons , chaque bataillon de quatre compagnies, chaque compagnie de 200 hommes; les cadres en existent déjà ; cela ferait 3,200 hommes pour votre garde. N’y recevez que des conscrits français, de ceux que j’ai donné l’ordre de faire venir de Paris et de Bayonne, et des Français faits prisonniers avec Dupont, ayant pris le service d’Espagne depuis moins d’un an. On peut être sûr de ceux-là; il y en a déjà plusieurs centaines ici. Cherchez aux environs de Madrid une caserne pour les réunir. Qu’ils ne viennent à Madrid que lorsqu’ils seront habillés. On ignorera ainsi comment votre garde se forme; autrement les Espagnols pourraient en concevoir une mauvaise opinion. Je pense que vous pourrez réunir 2,000 de ces déserteurs français du corps de Dupont.

Donnez refuge à tous les Suisses, mais n’accueillez que de véritables Suisses. Les cinq régiments suisses au service d’Espagne n’en contenaient guère chacun que 400, ce qui ne ferait que 2,000; le reste est autrichien, allemand , etc. Formez-en un régiment que vous appellerez Régiment de Reding le jeune, puisque cet officier s’est bien comporté. Nommez un officier supérieur de votre garde pour colonel provisoire de ce régiment, jusqu’à ce que Reding soit arrivé. Vous enverrez le ler bataillon sur l’Escurial. Que votre ministre de la guerre prenne des mesures pour habiller, équiper et armer tout cela. Avant un mois vous pouvez avoir 12,000 hommes, qui feront la police de Madrid et du royaume.

Quant aux Espagnols, vous avez des militaires qui se sont bien comportés. Il y en a du corps de la Romana à l’armée du Nord, auxquels on doit de la reconnaissance, entre autres un général et plusieurs colonels. Faites venir ce général, qui est en France, et mettez-le à la tête d’un régiment espagnol. Je crois qu’il faudrait appeler ce régiment Royal-Napoléon d’Espagne, afin que ce titre leur fasse sentir leurs obligations. Supprimez le nom de gardes wallones, qui est un nom déshonoré et qui est ridicule aujourd’hui.

Votre armée doit donc se composer, 1° d’un régiment de votre garde composé de 3,200 hommes, 2° d’un régiment Royal-Étranger d’Espagne composé de 4,800 hommes, 3° d’un régiment suisse de Reding composé de 4,800 hommes, 4° d’un régiment Royal-Napoléon d’Espagne composé de 4,800 hommes.

Quant à la cavalerie, j’ignore quelle est sa composition. Je pense que le régirnent de cavalerie de votre garde doit être de 800 hommes. Complétez les escadrons à 200 hommes; incorporez-y tous les prisonniers faits avec Dupont. Je connais une trentaine de cavaliers de ce corps qui ont déjà déserté. Vous formerez ce régiment à l’Escurial ou à Aranjuez.

Formez ensuite un régiment de cavalerie des déserteurs des régiments. Nommez-lui un colonel espagnol, parmi les officiers espagnols dont vous êtes sûr, en y mettant un adjudant-major et des officiers français.

 

Chamartin, 5 décembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général, à Chamartin

Mon Cousin, la tête de la division polonaise doit être arrivée le ler au soir à Burgos. Je dois avoir donné des ordres pour la faire continuer sa route; si je ne l’avais pas fait, donnez-lui des ordres en conséquence. Le ler régiment de cette division devrait être aujourd’hui à Somo-Sierra. Donnez l’ordre au général Valence de laisser en passant à Somo-Sierra un bataillon, qui y sera retranché avec une compagnie de sapeurs qu’ont les Polonais. Ce bataillon relèvera celui du 54e, qui, moyennant cela, rejoindra son régiment à Madrid Envoyez l’ordre que tout le reste de la division, infanterie et cavalerie, continue sa route sur Madrid.

La tête du 5e corps doit être déjà à Vitoria. Donnez-lui l’ordre de continuer à filer jusqu’à Burgos, où elle attendra de nouveaux ordres.

Donnez l’ordre à la division Delaborde, qui est à Saint-Sébastien de se diriger sur Vitoria, où elle attendra de nouveaux ordres, et à la division Loison de la remplacer à Saint-Sébastien. Donnez l’ordre au duc d’Abrantès de porter son quartier général à Vitoria

 

Chamartin, 5 décembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général, à Chamartin

Mon Cousin, le plateau de Somo-Sierra sera retranché de manière que 300 hommes puissent s’y défendre contre les paysans des montagnes ; on y mettra en batterie les pièces de canon qui ont été prises. Le bâtiment de la Porcelaine sera fortifié; le plan m’en sera soumis aujourd’hui, et on commencera à y travailler demain. L’Observatoire devra y être compris. Le bâtiment de la Porcelaine sera divisé en quatre : une face pour l’hôpital, une face pour l’artillerie, une face pour les vivres et une face pour le magasin d’habillemeint. A dater d’après-demain, tous les malades seront établis dans la Porcelaine. Donnez des ordres là-dessus à l’entendant et aux commandants de l’artillerie et du génie.

 

Chamartin, 5 décembre 1808

Au général Belliard, gouverneur de Madrid

Monsieur le Général Belliard, rien ne s’est encore fait à Madrid. Ce n’est pas avec de la mollesse et des cajoleries que l’on peut remettre l’ordre dans les premiers moments, mais avec de la fermeté, et de la vigueur.

1° – Donnez l’ordre à tous les officiers et soldats de naissance espagnole de se réunir en un lieu, et, lorsqu’il y en aura 500, faites-les conduire au quartier général.

2° Donnez ordre aux étrangers au service d’Espagne, Français, Suisses, etc., de se réunir dans un lieu que vous leur désignerez , où le Roi enverra quelqu’un pour les organiser.

3° Donnez l’ordre que tous les généraux espagnols qui se trouvent dans Madrid viennent donner leur adresse, âge et qualités. Ils sont tous prisonniers de guerre et doivent répondre des prisonniers qui sont en Andalousie. Quand j’en aurai la liste, je statuerai sur ce qu’ils deviendront. Ils doivent jurer sur leur parole d’honneur de se regarder comme prisonniers de guerre et de se représenter quand je l’exigerai.

Donnez l’ordre de mettre les scellés sur les biens de l’infantado d’Ossuna, de Medina-Celi, Santa-Cruz, Hijar, Cevallos, et sur ceux des autres éinigrés.

Donnez l’ordre à la junte militaire de ne plus se réunir; il ne doit y avoir que les corrégidors et les alcades qui soient chargés de la police. Que chaque alcade ait, demain avant midi, fait enlever les barricades, repaver les rues et enlever les cadavres, soit d’hommes, soit de chevaux. Donnez ordre que les fusils soient demain transportés dans un seul lieu, au Retiro, et faites après-demain matin une proclamation pour donner encore quarante-huit heures, passé lequel délai, tout habitant qui sera trouvé avoir des armes sera condamné à mort. Donnez l’ordre aux alcades de dénoncer les mulets et chevaux, effets d’équipement et de harnachement, etc., appartenant à l’armée espagnole ou au train , et donnez-les au train de la Garde et à celui du ler corps.

Il faut que demain les trois régiments destinés à former la garnison soient casernés et aient des effets de casernement. Les officiers seront logés, dans les maisons des émigrés, comme pavillons, en ayant soin de réserver le plus bel appartement pour un officier général. La division Ruffin sera également casernée demain , mais dans des couvents où elle sera nourrie et bien traitée par les moines. Elle sera répartie de manière qu’il y ait un demi-bataillon dans chaque couvent et que le bataillon soit à portée de se réunir. Il faut donc qu’il y ait à Madrid des logements dans les casernes pour 6,000 hommes de garnison, et dans les couvents pour 12 à 18,000 hommes ; par ce moyen, hormis les cas extraordinaires, les habitants ne logeront pas.

Donnez l’ordre au général Senarmont de réunir toute son artillerie au Retiro, de retirer toutes ses pièces et d’éviter cet appareil de guerre; seulement les six pièces du roi seront placées près de son palais , où elles se trouveront sous la surveillance de sa garde. Faites également préparer des écuries dans les couvents et maisons d’émigrés pour 1,000 chevaux de cavalerie et 1,000 chevaux du train. Il faut absolument que demain personne ne bivouaque plus.

Faites ôter de partout la capitulation qui, n’ayant pas été tenue par les habitants, est nulle. Je vous avais fait dire de ne pas la faire imprimer , et cependant aujourd’hui on l’affiche partout dans Madrid.

 

Chamartin, 5 décembre 1808.

Au général Lacuée, directeur des revues et de la conscription militaire, à Paris

Mon intention est de renvoyer les compagnies de grenadiers et de voltigeurs des 4e bataillons des régiments qui font partie de l’armée du Rhin à leurs régiments, pour former le cadre des 4e bataillons, et d’augmenter insensiblement ces 4e bataillons des quatre autres compagnies, de manière que l’armée du Rhin, qui est composée de vingt et un régiments, le soit de quatre-vingt-quatre bataillons; ce qui, avec les huit bataillons qui forment le corps des villes hanséatiques, fera quatre-vingt-douze bataillons, ou un effectif de près de 78,000 hommes , et, avec la cavalerie et l’artillerie, près de 110,000 hommes. Le corps d’Oudinot ne serait plus alors composé que des compagnies de grenadiers et voltigeurs des régiments ci- après, savoir : 6e, 9e, 16e, 25e, 27e, 17e, 21e, 24e, 26e, 28e d’infanterie légère; 8e, 95e, 96e, 4e, 18e, 40e, 64e, 88e, 27e, 39e, 45e, 69e, 76e, 24e, 54e, 63e, 94e d’infanterie de ligne. Mon intention serait que les compagnies restant des 4e bataillons de ces corps y fussent réunies ; ce qui compléterait vingt-huit bataillons. J’y joindrais les 4e bataillons des 46e, 28e, 50e, 75e, 100e et 103e; ce qui porterait ce corps à trente-quatre bataillons, qui, à 840 hommes chacun, feraient près de 30,000 hommes. Pour compléter le nombre de 30,000 hommes, j’y réunrais les bataillons des tirailleurs du Pô et des tirailleurs corses; j’en formerais trois divisions de douze bataillons chacune; ce qui ferait un beau corps qui pourrait, si cela était nécessaire, renforcer l’armée du Rhin et la porter à 140,000 hommes, laissant les 4e, 46e, 18e de ligne, 24e et 26e légers , ce qui fait cinq régiments, pour la défense du port de Boulogne et de la Bretagne, et me laissant ainsi la faculté de diriger sur l’Allemagne les 4e bataillons des 48e, 13e, 108e.

Enfin mon intention serait de réunir au corps d’Oudinot les 1er bataillons des régiments qui ne font partie ni de l’armée du Rhin , ni de l’armée d’Italie, ces bataillons ne pouvant se compléter que par la conscription de 1810 ; et, dans ce cas, je pense qu’il serait nécessaire de former les 5e bataillons de tous les régiments qui n’en ont plus, afin de pouvoir, quelque temps après, disposer des six régiments laissés dans l’intérieur, en les remplacent par des extraits des 5e bataillons.

 

Madrid, 5 décembre 1808

Au général Caulaincourt, ambassadeur à Saint-Pétersbourg

Nous sommes à Madrid depuis hier. Les bulletins vous feront connaître les événements qui se sont passés depuis le combat de Burgos, la bataille d’Espinosa et de Tudela, et les combats de Soma-Sierra et du Retiro. Les Anglais ont eu la lâcheté de venir jusqu’à l’Escurial, d’y rester plusieurs jours, et, à la première nouvelle que j’approchais du (sic) Somo-Sierra, de se retirer, abandonnant la réserve espagnole. On me dit que l’ambassadeur de Russie est parti, il y a trois semaines, pour Carthagène, où il a dû s’embarquer pour Trieste et pour la France. Le temps ici est superbe; c’est absolument le mois de mai. Nos colonnes se dirigent sur Lisbonne.

 

Chamartin, 6 décembre 1808

A M. de la Valette, directeur général des Postes

Votre service va mal. Vous n’envoyez autour de moi que des imbéciles, et mon estafette de Bayonne vient d’être prise parce que le directeur des postes de Bayonne a donné au courier deux porte-manteaux au lieu d’un, et de plus l’a chargé de deux bouteilles de vin. Le courrier a sauvé le porte-manteau où était le vin, et a laissé prendre celui qui renfermait la correspondance de M. de Champagny. Je viens de destituer ce directeur. Faites connaître sa destitution à tous les directeurs des postes. Il y a longtemps que j’ai ordonné qque les estafettes ne devaient pas porter plus de 25 livres. L’estafette d’Espagne ne doit pas porter d’autres lettres que les miennes, et ls paquets ne doivent être faits que par M. Meneval. Cela avait été ainsi constamment exécuté. M. Meneval a la clef, et les lettres ne doivent être remises que quand je le juge à propos, au lieu qu’il arrive souvent que, contre mon intention, on reçoit les nouvelles de Paris avant que je les aie.

 

Chamartin, 7 décembre 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Il n’y a pas de difficultés à relâcher l’adjudant commandant Martial Thomas; je croyais vous en avoir donné l’ordre. Je pense que vous continuez les interrogatoires de Vedel, Chabert, Dupont, etc.

Les détails que nous apprenons ici des prisonniers qui appartiennent au coprs de Dupont le rendent plus coupable encore, et même il est à concevoir comment un pareil événement a pu arriver. Dupont a laissé 19,000 prisonniers. Vedel avait pris deux régiments avec leur artillerie, et les Espagnols se croyaient perdus. Si Dupont eûl donné f ordre à Vedel de poursuivre ses avantages, et que, de son côté , il eût fait la rnême attaque, les Espagnols étaient en pleine déroute.

 

Chamartin, 7 décembre 1808

Au général comte Dejean, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur Dejean, au 1er décembre il n’y avait à Bayonne ni capotes, ni souliers. Vous m’envoyez tous les jours des états qui sont des choses ridicules.

 

Chamartin, 7 décembre 1808.

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples.

Je reçois votre lettre. Je ne conçois rien à ces intrigailleries italinnes ni à ces menaces d’expéditions d’Anglais en Italie. Cela est par trop bête. Mais ce qui m’étonne, c’est que vous vous croyez autorisé par ces bruits ridicules à ne pas exécuter mes ordres. Que le 72e et le 102e se rendent sans délai à Rome et ne retardez pas plus longtemps l’exécution des ordres que j’ai donnés à mon armée.

 

Madrid, 7 décembre 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale

J’ai reçu vos lettres des 28 et 29. Vous avez tord de craindre pour moi. Les Espagnols ne sont pas plus méchants qu’une autre nation. Nous avons ici un temps aussi beau que les plus beaux temps de mai en France. Nous en avons bien profité, puisque nous avons battu tous les ennemis et que nous sommes bien établis à Madrid.

Envoyez-moi un bon chef pour la police pour Madrid et Lisbonne. Il ne me faut pas de bavards, mais des hommes impartiaux et probes, qui ne profitent pas des circonstances pour voler et se déshonorer.

 

Camp impérial de Madrid, 7 décembre 1808

PROCLAMATION AUX ESPAGNOLS

Espagnols !

Vous avez été égarés par des hommes perfides. lls vous ont engagés dans une lutte insensée et vous ont fait courir aux armes. Est-il quelqu’un parmi vous qui, réfléchissant un moment sur tout ce qui s’est passé, ne soit aussitôt convaincu que vous avez été le jouet des perpétuels ennemis du continent, qui se réjouissaient en voyant répandre le sang espagnol et le sang français b? Quel pouvait être le résultat du succès même de quelques campagnes ? Une guerre de terre sans fin et une longue incertitude sur le sort de vos propriétés et de votre existence. Dans peu de mois vous avez été livrés à toutes les angoisses des factions populaires. La défaite de vos armées a fait l’affaire de quelques marches. Je suis entré dans Madrid. Les droits de la guerre m’autorisaient à donner un grand exemple et à laver dans le sang les outrages faits à moi et à ma nation : je n’ai écouté que la clémence. Quelques hommes, auteurs de tous vos maux, sont seuls frappés. Je chasserai bientôt de la Péninsule cette armée anglaise qui a été envoyée en Espagne, non pour vous secourir, mais pour vous inspirer une fausse confiance et vous égarer.

Je vous avais dit, dans ma proclamation du 2 juin, que je voulais être votre régénérateur. Aux droits qui m’ont été cédés par les princes de la dernière dynastie, vous avez voulu que j’ajoutasse le droit de conquête. Cela ne changera rien à mes dispositions. Je veux même loi ce qu’il peut y avoir de généreux dans vos efforts; je veux reconnaître que l’on vous a caché vos vrais intérêts, qu’on vous a dissimulé le véritable état des choses. Espagnols, votre destinée est entre vos mains. Rejetez les poisons que les Anglais ont répandus parmi voi que votre Roi soit certain de votre amour et de votre confiance, et vous serez plus puissants, plus heureux que vous n’avez jamais été. Tout ce qui s’opposait à votre prospérité et à votre grandeur, je l’ai détruit; les entraves qui pesaient sur le peuple, je les ai brisées; une constitution libérale vous donne, au lieu d’une monarchie absolue, une monarchie tempérée et constitutionnelle. Il dépend de vous que cette constitution soit encore votre loi. Mais si tous mes efforts sont inutiles , et si vous ne répondez pas à ma confiance, il ne me restera plus qu’à vous traiter en provinces conquises et à placer mon frère sur un autre trône. Je nietirai alors la couronne d’Espagne sur ma tête, et je saurai la faire respecter des méchants, car Dieu m’a donné la force et la volonté nécessaires pour surmonter tous les obstacles.

 

Camp impérial de Madrid, 7 décembre 1808

A l’Impératrice, à Paris

Je reçois ta lettre du 28. Je vois avec plaisir que tu te portes bien.

Tu as vu que le jeune Tascher se comporte bien; cela m’a fait plaisir. Ma santé est bonne.

Il fait ici le temps de la dernière quinzaine de mai, à Paris; nous avons chaud, et point de feu, si ce n’est la nuit qui est assez fraîche.

Madrid est tranquille. Toutes mes affaires vont bien.

Adieu, mon amie.

Tout à toi.

Napoléon

Bien des choses à Hortense et à M. Napoléon.

 

Chamartin, 8 décembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel

Mon Cousin, donnez ordre que le 5e de chasseurs se rende à la division Lasalle, de sorte que ce général aura trois régiments : le 10e de chasseurs, le 5e de chasseurs et le 9e de dragons. Le général Milliaud aura également trois régiments de dragons. Ces deux divisions se porteront sur Talavera de la freina.

Envoyez un général de brigade et un commissaire des guerres pour commander à Talavera, mettre de l’ordre et faire sur-le-champ du pain, car c’est sur cette direction que se rendra l’armée.

 

Chamartin, 8 décembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, à Chamartin

Mon Cousin , en donnant l’ordre au maréchal Mortier de se diriger sur Saragosse, j’entends qu’il ne mène que les divisions Gazan et Suchet et la brigade de cavalerie légère. Mais la brigade que commande le général Lorge doit se diriger sur Burgos, où elle attendra de nouveaux ordres. Faites-moi connaître quand elle y arrivera.

 

Chamartin, 8 décembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, à Chamartin

Écrivez ce qui suit au général Ruffin à Aranjuez :

« J’ai mis vos lettres du 7 décembre sous les yeux de l’Empereur.

Dans la position où vous vous trouvez , il faut attendre des nouvelles du maréchal Victor. Jusqu’à ce moment, il faut battre la campagne et éclairer la route de Tolède. D’après ce que vous dites, je crois que l’ennemi pourrait s’être retiré par Mondejar sur Huetc, ou par Tarancon sur San-Clemente; s’il s’est retiré sur ce dernier point, vous devez en avoir des nouvelles. En attendant, faites reposer vos troupes, occupez-vous de leur faire distribuer des vivres, et maintenez une exacte discipline. Le Roi a envoyé un détachement à Aranjuez ; donnez-lui main-forte s’il est nécessaire. Voyez ce que l’ennemi fait sur Tolède.

 

Madrid, 9 décembre 1808.

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke , vous témoignerez mon mécontentement au roi de Naples de ce qu’il donne des distinctions à mes soldats sans ma participation; qu’il n’a pas ce droit, et qu’en conséquence aucun de ceux auxquels il en a donné ne les auront; que tout Français qui porte une décoration ne doit la tenir que de moi; que je maintiendrai rigoureusement ce principe , et que cela ne se renouvelle plus désormais.

 

Madrid, 9 décembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, à Chamartin

Mon Cousin, mon intention est que l’on profite du moment où le 4e corps est à Madrid pour l’organiser convenablement. Ce corps est composé de trois divisions, la division Sebastiani , la division Levai et la division Valence. Il n’y a rien à faire pour l’infanterie de la divi- sion Sebastiani. Donnez ordre que le bataillon du prinet- Primat, la brigade hollandaise qui est à Bilbao, les détachements de Hesse- Darnastadt qui sont restés dans la Biscaye, rejoignent à NIadrid par Aranda. Par ce moyen , la division Levai sera composée ainsi qu’il suit – deux généraux de brigade, le prince d’Isembourg et un généi-al hollandais; un régiment d’infanterie hollandais de 1,600 hommes, un régiment de Bade, un régiment de Nassau, un régiment de Hesse-Darmstadt, un bataillon du prince Primat et un bataillon de Paris, ce qui fera plus de 6,000 hommes. La division Valence est composée de trois régiments polonais qui arrivent ces jours-ci à Madrid.

ADMINISTRATION. Il faut au 4e corps un ordonnateur, un payeur (ce dernier existe) et un chef de chaque service d’administration , trois commissaires des guerres et trois adjoints pour être attachés à chaque division. Je crois qu’il n’y a que deux commissaires des guerres. La division Valence n’a probablement point de commissaires des guerres.

ARTILLERIE. Il faut un général ou au moins un colonel d’artillerie, un chef de bataillon d’artillerie pour chaque division , et au moins trente pièces de canon avec au moins quinze caissons d’infanterie. Il n’existe aujourd’hui que six pièces hollandaises, quatre pièces badoises, huit françaises de la division Sebastiani et trois qui sont à Ségovie , de l’ancienne armée, ce qui fait vingt et une pièces. Il manque donc neuf pièces; mais elles existent, puisqu’il y en a six de Darmstadt et quatre de Bade détachées avec la division Lagrange. Il faut écrire au maréchal Ney que, si ces pièces sont encore à la division Lagrange , il les dirige sur Madrid; si elles n’y sont pas , elles seront restées devant Saragosse. Il faut alors les faire venir; mais comme cela tardera, donnez ordre au général la Riboisière de fournir le matériel et les équipages pour les pièces qui manquent. Quant au personnel, les Polonais ont deux compagnies. Chaque division doit avoir huit pièces de canon et l’avant-garde six pièces d’artillerie légère. Il serait même convenable qu’on pût porter le nombre de pièces à trente-six. Il est à observer que les pièces n’ont qu’un caisson pour deux. Il faut que le général la Riboisière pourvoie à ces détails , car, avec deux obusiers par caisson, il n’y a pas de quoi faire feu une heure. Il est aussi convenable que le général la Riboisière dispose le matériel de manière qu’il n’y ait pas de calibre différent dans le corps d’armée; que les obusiers soient du même calibre et les pièces de 12 , de 8 et de 6. Le génie doit donner un chef de bataillon du génie, trois officiers , une compagnie de sapeurs et un caisson d’outils. Chaque division doit avoir un adjudant commandant et deux adjoints. La division Sebastiani manque d’un général de brigade; si le général Pouzet arrive, on pourra le désigner. Réitérez l’ordre que tous les détachements de hussards hollandais, partout où ils se trouvent, rejoignent à Madrid.

AMBULANCE. Chaque division doit avoir quatre caissons d’ambulance, et le corps d’armée, deux compagnies de transports militaires , savoir : douze voitures pour les ambulances et soixante pour les vivres; ce qui fait soixante et douze, y compris les prolonges et les forges. On donnera deux compagnies entières du 1er bataillon.

 

Chamartin, 8 décembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel

Mon Cousin, donnez ordre que le àe de chasseurs se rende à la division Lasalle, de sorte que ce général aura trois régiments : le 1er de chasseurs, le 5e de chasseurs et le 9e de dragons. Le général Milliaud aura également trois régiments de dragons. Ces deux divisions se porteront sur Talavera de la freina.

Envoyez un général de brigade et un commissaire des guerres pour commander à Talavera, mettre de l’ordre et faire sur-le-champ du pain, car c’est sur cette direction que se rendra l’armée.

 

Madrid, 9 décembre 1808.

ALLOCUTIOLN DE L’EMPEREUR
EN RÉPONSE AUX FÉLICITATIONS DU CORRÉGIDOR DE MADRID.

J’agrée les sentiments de la ville de Madrid. Je regrette le mal qu’elle a essuyé, et je tiens à bonheur particulier d’avoir pu, dans ces circonstances, la sauver et lui épargner de plus grands maux.

Je me suis empressé de prendre des mesures qui tranquillisent toutes les classes des citoyens, sachant combien l’incertitude est pénible pour tous les peuples et pour tous les hommes.

J’ai conservé les ordres religieux, en restreignant le nombre des moines. Il n’est pas un homme sensé qui ne jugeât qu’ils étaient trop nombreux. Ceux qui sont appelés par une vocation qui vient de Dieu resteront dans leurs couvents. Quant à ceux dont la vocation était peu solide et déterminée par des considérations mondaines, j’ai assuré leur existence dans l’ordre des ecclésiastiques séculiers. Du surplus des biens des couvents, j’ai pourvu aux besoins des curés, de cette classe la plus intéressante et la plus utile parmi le clergé.

J’ai aboli ce tribunal contre lequel le siècle et l’Europe réclamaient. Les prêtres doivent guider les consciences, mais ne doivent exercer aucune juridiction extérieure et corporelle sur les citoyens.

J’ai satisfait à ce que je devais à moi et à ma nation. La part de la vengeance est faite; elle est tombée sur dix des principaux coupables. Le pardon est entier et absolu pour tous les autres.

J’ai supprimé des droits usurpés par les seigneurs dans le temps des guerres civiles, où les rois ont trop souvent été obligés d’abandonner leurs droits pour acheter leur tranquillité et le repos des peuples. J’ai supprimé les droits féodaux, et chacun pourra établir des hôtelleries, des fours, des moulins, des madragues, des pêcheries, et donner un libre cours à son industrie en observant les lois et les règlements de la police. L’égoïsme, la richesse et la prospérité d’un petit nombre d’hommes nuisaient plus à votre agriculture que les chaleurs de la canicule.

Comme il n’y a qu’un Dieu , il ne doit y avoir dans un état qu’une justice. Toutes les justices particulières avaient été usurpées et étaient contraires aux droits de la nation : je les ai détruites.

J’ai aussi fait connaître à chacun ce qu’il pouvait avoir à craindre, ce qu’il avait à espérer.

Les armées anglaises, je les chasserai de la Péninsule. Saragosse, Valence, Séville seront soumises, ou par la persuasion, on par la force de mes armes. Il n’est aucun obstacle capable de retarder longtemps l’exécution de mes volontés.

Mais ce qui est au-dessus de mon pouvoir, c’est de constituer les Espagnols en nation sous les ordres du Roi, s’ils continuent à être imbus des principes de scission et de haine envers la France que les partisans des Anglais et les ennemis du continent ont répandus au sein de l’Espagne. Je ne puis établir une nation, un roi et l’indépendance des Espagnols, si ce roi n’est pas sûr de leur affection et de leur fidélité.

Les Bourbons ne peuvent plus régner en Europe. Les divisions dans la famille royale avaient été tramées par les Anglais. Ce n’était pas le roi Charles et son favori que le duc de l’Infantado, instrument de l’Angleterre, comme le prouvent les papiers récemment trouvés dans sa maison, voulait renverser du trône : c’était la prépondérance de l’Angleterre qu’on voulait établir en Espagne, projet insensé dont le résultat aurait été une guerre de terre sans fin et qui aurait fait couler des flots de sang. Aucune puissance ne peut exister sur le continent influencée par l’Angleterre; s’il en est qui le désirent, leur désir est insensé et produira tôt ou tard leur haine.

Il me serait facile, et je serais obligé de gouverner l’Espagne en y établissant autant de vice-rois qu’il y a de provinces. Cependant je ne refuse point à céder mes droits de conquête au Roi et à l’établir dans Madrid, lorsque les 30,000 citoyens que renferme cette capitale, ecclésiastiques, nobles, négociants, hommes de loi, auront manifesté leurs sentiments et leur fidélité, donné l’exemple aux provinces, éclairé le peuple et fait connaître à la nation que son existence et son bonheur dépendent d’un roi et d’une constitution libérale, favorable aux peuples et contraire seulement à l’égoïsme et aux passions orgueilleuses des grands.

Si tels sont les sentiments des habitants de la ville de Madrid, que ses concitoyens se rassemblent dans les églises, qu’ils prêtent devant le saint sacrement un serment qui sorte, non-seulement de la bouche, mais du coeur, et qui soit sans restriction jésuitique; qu’ils jurent appui, amour et fidélité au Roi; que les prêtres au confessionnal et dans la chaire, les négociants dans leurs correspondances, les hommes de loi dans leurs écrits et leurs discours, inculquent ces sentiments au peuple : alors je me dessaisirai du droit de conquête, je placerai le Roi sur le trône, et je me ferai une douce tâche de me conduire envers les Espagnols en ami fidèle. La génération présente pourra varier dans ses opinions, trop de passions ont été mises en jeu; mais vos neveux me béniront comme votre régénérateur. Ils placeront au nombre des jours mémorables ceux où j’ai paru parmi vous, et de ces jours datera la prospérité de l’Espagne.

Voilà, Monsieur le corrégidor, ma pensée tout entière. Consultez vos concitoyens et voyez le parti que vous avez à prendre ; mais, quel qu’il soit, prenez-le franchement et ne me montrez que des dispositions vraies.

 

Madrid, 10 décembre 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, je vous renvoie vos portefeuilles. Répondez à la lettre de l’empereur d’Autriche. J’approuve que vous fassiez une convention pour régler les limites entre les États de Nassau et le grand-duché de Berg ; mais , dans cette fixation de limites , il serait bon que vous cherchassiez à m’agrandir du côté de Mayence, car je désirerais pouvoir aller de Mayence à Francfort sur mes propres terres. Vous cacherez que l’intention réelle de cet échange est de réunir ce territoire à la France pour en faire un cercle de Mayence. Mais, quant à présent, il suffirait d’avoir ces pays à ma disposition.

Faites connaître au grand-duc de Hesse-Darmstadt que je suis très- mécontent des troupes qu’il m’a données; que celles qu’il avait fait marcher dans les dernières campagnes étaient très-bonnes , mais que celles-ci sont détestables ; tandis que celles de Bade et de Nassau sont généralement estimées.

 

Madrid, 10 décembre 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Vous recevrez un décret qui déclare dix personnages espagnols ennemis de la france et de l’Espagne et traîtres aux deux couronnes. Vous ferez connaître ce décret à la Hollande et à Naples. Tous les biens de ces individus m’appartiennent pour répondre des frais de la guerre. Ils doivent être confisqués et séquestrés partout. Dans le royaume d’Italie, cela ne fera aucune difficulté; mais cela pourrait en faire à naples. Parlez-en au duc de Monteleone; faîtes-lui entendre que rien ne doit empêcher mes intentions d’être remplies.

 

Madrid , 10 décembre 1808.

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Les fortifications de Kehl, Kastel , de Juliers et de Weset m’importent moins que celles d’Alexandrie ; la France est moins attaquable sur ces points que sur la frontière d’Italie. Portez vos soins à ce qu’Alexandrie ne manque point de fonds et que les travaux soient poussés avec activité.

 

Madrid , 10 décembre 1808.

A l’Impératrice, à Paris

Mon Amie, je reçois ta lettre; tu me dis qu’il fait mauvais à Paris; il fait ici le plus beau temps du monde.

Dis-moi, je te prie, ce que veulent dire les réformes que fait Hortense; l’on dit qu’elle renvoie ses domestiques ? Est-ce qu’on lui refuserait ce qui leui est nécessaire ? Dis-moi un mot là-dessus : les réformes ne sont pas convenables.

Adieu, mon amie; il fait ici le plus beau temps du monde. Tout va fort bien, et je te prie de te bien parler.

Napoléon

 

Chamartin, 11 décembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, à Chamartin

Mon Cousin, envoyez un de vos aides de camp à Talavera de la Reina, afin qu’il apporte sur-le-champ des nouvelles de ce qui se passe et de ce qu’on sait des Anglais, ainsi que les lettres de Talavera. Donnez ordre qu’aussitôt que le général Milhaud sera arrivé à Talavera, le général Lasalle pousse en avant et se place à l’embranchement des routes de Talavera à Badajoz et de Talavera à Alcantara. Donnez ordre au général Milhaud de désarmer la ville de Talavera et de faire une grande quantité de pain. Mandez également au général Victor que, dès qu’il sera maître de Tolède, il fasse désarmer cette ville. Envoyez des exemplaires des pièces imprimées à Madrid, savoir : au maréchal Victor, 500 pour Talavera et 500 pour Tolède; au maréchal Soult, 500; à Burgos, 100; à Vitoria, 100; à Perpignan, 100, pour quelles soient sur-le-champ répandues partout.

 

Chamartin, 11 décembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, à Chamartin

Mon Cousin, j’ai été aujourd’hui au Retiro. Les dépôts que j’ai ordonnés pour recevoir les hommes des quatre corps ne sont pas encore formés. Prenez des mesures et assurez-vous de leur exécution pour que j’aie là quatre compagnies de marche de 200 hommes chacune; ce qui fera 800 hommes. On prendra les appartements, hormis les pièces dorées. Vous ferez mettre 1,9@00 fournitures dans ce local, et les hommes isolés ou sortant des hôpitaux s’y rendront. On les armera et équipera, et même on pourra les y laisser comme dans un hôpital de convalescents. Qu’il y ait toujours là un commissaire des guerres qui ne s’absente pas. Rendez-vous-y vous-même tous les jours. Je vous rends responsable de l’entière exécution de ces dispositions. Sans dépôts il n’y a pas d’armée. Vous ordonnerez qu’un cinquième dépôt, composé de 400 hommes, commandé par un officier, ce qui fera 1,200 hommes, soit chargé de recevoir les hommes qui ont été faits prisonniers avec le corps de Dupont, mais seulement les Francais, et qui s’échapperaient ou ne voudraient point entrer dans la garde du Roi. Ils seront mis là en subsistance; la plupart sont malades et ont besoin d’être soignés. Il m’en sera rendu compte. On les habillera, on les armera et on les placera dans des corps. J’ai vu un grand nombre de ces malheureux, qui ne veulent point entrer dans la garde du Roi, qui sortent des hôpitaux de San-Fernando, et qui ne savent à quel saint se vouer. Veillez à ce que le dépôt de cavalerie établi dans la caserne à une lieue de Madrid soit organisé.

 

Madrid, 11 décembre 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, répondez à mon consul à Trieste qu’il faudrait être bien simple pour donner la moindre importance à la nouvelle que les Anglais voudraient tenter un coup de main sur Venise; que les Anglais répandent ces bruits justement pour qu’on les répète, et pour se donner un air de force et un crédit qu’ils n’ont pas.

 

Chamartin , 12 décembre 1808

Au général Clarke, minstre de la guerre, à Paris

Je reçois votre rapport du 30 novembre. Je ne puis croire que, malgré mes ordres, la marine ait fait construire une caserne en pierre, l’ayant plusieurs fois défendu. Si cela est, j’ordonne au ministre de la marine de suspendre M ……. de ses fonctions, et de le faire venir à Paris pour rendre compte de sa conduite devant une commission du Conseil d’État. Je désire que vous me fassiez un nouveau rapport, et que vous me proposiez des mesures pour que la marine ne commette plus de ces abus.

 

Chamartin , 12 décembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général, à Chamartin

Instruisez le maréchal Victor, qui doit être aujourd’hui à Tolède, que le général Lasalle est arrivé le 11 à Talavera de la Reina; qu’il a déjà pris huit Hanovriens; qu’il est question d’Anglais; qu’il est donc important que sur-le-champ il se mette en communication par sa cavalerie avec Talavera. Envoyez un officier intelligent au général Lasalle, afin d’avoir des nouvelles de ce qui se passe. Puisqu’il a pris des Hanovriens, cela sent la proximité des Anglais. Recommandez au général Lasalle de faire faire beaucoup de pain, et instruisez-le que le duc de Danzig fait demain une marche avec son infanterie sur Talavera.

Donnez ordre cette nuit au maréchal Ney de partir avec ses deux premières divisions pour se rendre en deux jours à Madrid. Il laissera la division Dessolle à Guadalajara, tant pour faire l’expédition de Siguenza que pour tranquilliser le pays. Cette division restera jusqu’à nouvel ordre.

 

Chamartin, 12 décembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général, à Chamartin

Mon Cousin, expédiez l’officier du génie qui est venu en parlementaire. Il se rendra à Salamanque et Zamora, et de là à l’armée qui est du côté de Léon. S’il le préfère, il passera chez le maréchal Soult. Il portera à Blake, la Romana et autres, les imprimée de Madrid, et les engagera à ne pas se compromettre et à ne pas nourrir davantage les malheurs de l’Espagne. Ayez soin de vous procurer tous les jours un millier d’exemplaires de la Gazette de Madrid, pour les répandre partout.

 

Chamartin, 12 décembre 1808

ORDRE DE L’ARMÉE.

L’Empereur est mécontent des désordres qui se commettent. Le pillage anéantit tout, même l’armée qui l’exerce. Les paysans désertent; cela a le double inconvénient d’en faire des ennemis irréconciliables qui se vengent sur le soldat isolé, et qui vont grossir les rangs ennemis à mesure que nous les détruisons; cela prive de tous renseignements, si nécessaires pour faire la guerre, et de tout moyen de subsistance. Les paysans qui venaient au marché en sont éloignés par les troupes, qui les arrêtent, qui pillent leurs denrées, et qui les battent.

L’Empereur ordonne à tous les maréchaux, généraux et officiers, de prendre les mesures les plus fermes, pour mettre enfin un terme à ces abus et à ces excès, qui compromettent la sûreté de l’armée. En conséquence, il est ordonné :

  1. Que tout individu qui arrêtera ou maltraitera un habitant ou paysan portant des denrées pour la ville de Madrid sera sur-le-champ conduit à une commission militaire et condamné à la peine de mort;
  2. Que tout individu qui se livrera au pillage et empêchera le rétablissement de l’ordre sera traduit devant une commission militaire et puni de mort.

L’Empereur ordonne à MM. les maréchaux, généraux et autres officiers, de donner une protection spéciale aux établissements des postes, soit des postes aux lettres, soit des postes aux chevaux ; il y sera mis des sauvegardes.

En conséquence, il est expressément défendu :

De loger aucun individu dans les maisons des postes aux lettres ou postes aux chevaux ;

D’enlever les fourrages ni aucunes subsistances des maisons des postes aux chevaux ; de prendre les chevaux, soit dans les écuries des postes, soit sur les routes ; de maltraiter les postillons et de leur occasionner du retard.

Tout soldat qui se rendra coupable du délit ci-dessus sera arrêté et traduit à une commission militaire pour être jugé, comme s’étant livré au pillage et ayant compromis la sûreté de l’armée.

 

Chamartin, 12 décembre 1808

Au maréchal Bessières, duc d’Istrie, commandant la cavalerie de l’armée d’Espagne

Mon Cousin, les généraux Lasalle et Milhaud sont arrivés à Talavera de la Reina le 11 au matin. Il paraît convenable que les lanciers polonais ne perdent pas de temps à s’y rendre. Expédiez un de vos officiers pour faire connaître au général Lasalle que j’attends les lettres de la poste et des nouvelles des Anglais. Il paraît qu’il a déjà pris huit Hanovriens, ce qui nous rapprocherait des Anglais. Si vous avez des chevaux ici, commencez par les faire filer sur Talavera, ainsi que vos bagages.

 

Camp impérial de Madrid, 12 décembre 1808

DÉCRET

Considérant qu’un des plus grands abus qui se soient introduits dans les finances d’Espagne provient de l’aliénation des différentes branches des impositions, et que cependant l’imposition, de sa nature, est inaliénable,

Nous avons décrété et décrétons ce qui suit :

A dater de la publication du présent décret, les individus qui seraient en possession, soit par donation du roi, soit par vente ou par toute autre cause, d’une quotité quelconque des impositions civiles ou ecclésiastiques, cesseront d’en jouir, et les contribuables seront tenus de justifier du payement de leurs impositions aux agents du roi et du trésor. Le présent décret sera publié et enregistré dans tous les conseils, cours et tribunaux, pour être exécuté comme loi de l’État.

 

Camp impérial de Madrid, 12 décembre 1808

DÉCRET

ARTICLE ler. – Toute justice seigneuriale est abolie en Espagne.

ART. 2. -Il n’existe d’autre juridiction que la juridiction royale.

ART. 3. – Le présent décret sera publié et enregistré dans tous les conseils, cours et tribunaux, pour être exécuté comme loi de l’État.

NAPOLÉON.

 

Madrid, 12 décembre 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le vice-amiral Decrès, je vous envoie un rapport du ministre de la guerre; je ne puis y ajouter foi. Si ce qu’il contient est vrai, suspendez le sieur Malouet de ses fonctions, et donnez-lui ordre de venir á Paris pour rendre dompte de sa conduite, car je regarde dela comme une désobéissance formelle à mes ordres. J’attendrai votre rapport pour statuer définitivement

 

Chamartin , 12 décembre 1808

M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Tartarola et Guittera qui sont à Florence sont deux agents des Anglais. Il faut les faire arrêter, saisir leurs papiers et les traiter sévèrement; ce sont deux misérables.

 

Chamartin , 12 décembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général, à Chamartin

Mon Cousin, doneez ordre que le baron de Mortagne, Pierre Ignace Correa, François Fernandez, don Goule Dupre, don Carlos de Gregorio, muletier de Catalogne, et les 39 invidus compris dans la liste ci-jointe n°1 soient arrêtés dans la journée de demain et soient conduits prisonniers en France. Vous excepterez seulement l’ancien gouverneur de Madrid. Donnez l’ordre que les deux ou trois cents individus portés dans la liste n°2 soient également arrêtés dans la journée de demain et constitués prisonniers. Ayez soin de prescrire des mesures pour que ces arrestations soient faites simultanément. Les personnes âgées de plus de 62 ans pourront obtenir la permission de rester chez eux sur parole.

 

Madrid, 13 décembre 1808

Au maréchal Kellermann, duc de Valmy, commandant en chef l’armée de réserve

Mon Cousin, vous commandez à Bordeaux. Je désire que vous vous y arrêtiez deux jours pour prendre connaissance des confections que j’ai ordonnées dans cette place. Je devrais avoir 40 ou 50,000 capotes, autant d’habits, vestes et culottes, et je n’ai rien. J’ai à Bayonne 15,000 conscrits qui ne peuvent pas entrer en Espagne, parce qu’ils sont tout nus, et mon armée a de grands besoins. Veuillez prendre des mesures pour faire marcher tout cela.

Faites-vous rendre compte des dépôts de bataillons d’équipages militaires qui restent à Bordeaux; levez tous les obstacles. Les 4e, 7e, 10e, 1er et 3e bataillons, ce qui forme six bataillons, devraient me donner près de 900 caissons, et cependant je n’en ai pas 300.

Arrivé à Bayonne, prenez des mesures pour que le dépôt de Pau et le dépôt d’infanterie de Bayonne me fournissent, le premier en cavalerie, et le second en infanterie, le plus de monde possible, mais tous bien équipés, habillés et armés.

 

Camp impérial de Madrid, 13 décembre 1808

DÉCRET

ARTICLE 1er. – L’escadron de chasseurs ioniens qui a été provisoirement organisé à Corfou, le 25 novembre 1807, sera réduit à une compagnie, qui prendra la dénomination de Compagnie des chasseurs ioniens.

ART. Cette compagnie aura la même composition que celle des régiments de chassseurs à cheval français, et sera, en conséquence, organisée ainsi qu’il suit : 1 capitaine, 1 lieutenant, 2 sous-lieutenants, 1 maréchal des logis chef, 4 maréchaux des logis, 1 brigadier-fourrier, 8 brigadiers, 108 chasseurs, dont un maréchal ferrant, 9 trompettes; total 128.

ART. 3. – Les officiers et sous-officiers seront choisis parmi ceux qui existent actuellement dans l’escadron de chasseurs ioniens, d’après la désignation qui en sera faite par le gouverneur des Sept Iles. Ceux de ces officiers qui ne seront pas compris dans la nouvelle organisation rentreront dans la position où ils se trouvaient avant la formation provisoire de l’escadron, à moins qu’ils n’acceptent les grades inférieurs qui pourraient être vacants dans la compagnie lors de son organisation.

ART. 4. – La compagnie de chasseurs ioniens se recrutera par la voie d’enrôlements volontaires parmi les naturels des Sept Iles.

ART. 5. – Il sera établi dans cette compagnie un conseil d’administration de trois membres, composé du capitaine commandant, du lieutenant ou d’un sous-lieutenant et d’un sous-officier. Le maréchal des logis chef remplira les fonctions de quartier-maître.

ART. 6. – La solde et les masses de cette compagnie seront les mêmes que celles affectées aux régiments de chasseurs à cheval.

ART. Cette compagnie conservera l’uniforme du 25e régiment de chasseurs, en substituant au numéro partout où il se trouve, ces mots : chasseurs ioniens.

Nos ministres de la guerre, de l’administration de la guerre, et du trésor public, sont chargés de l’exécution du présent décret.

NAPOLÉON.

 

Madrid, 13 décembre 1808

BULLETIN DE L’ARMÉE D’ESPAGNE.

La place de Rosas s’est rendue le 6 ; 2,000 hommes ont été faits prisonniers; on a trouvé dans la place une artillerie considérable. Six vaisseaux de ligne anglais, qui étaient mouillés devant la rade, n’ont pu recevoir la garnison à leur bord. Le général Gouvion Saint-Cyr se loue beaucoup du général de division Beille et du général de division Pino. Les troupes du royaume d’Italie se sont distinguées pendant le siège.

L’Empereur a passé aujourd’hui en revue, au delà du pont de Ségovie, toutes les troupes réunies du corps du maréchal duc de Danzig.

La division du général Sebastiani s’est mise en marche pour Talavera de la Reina.

La division polonaise du général Valence est fort belle.

La dissolution des troupes espagnoles continue de tous côtés ; les nouvelles levées qu’on était occupé à faire se dispersent de toutes parts et retournent dans leurs foyers.

Les détails que l’on recueille de la bouche des Espagnols sur la junte centrale tendent tous à la couvrir de ridicule. Cette assemblée était devenue l’objet du mépris de toute l’Espagne. Ses membres, au -nombre de trente-six, s’étaient attribué eux-mêmes des titres, des cordons de toute espèce, et 60,000 livres de traitement. Florida Blanca était un véritable mannequin. Il rougit à présent du déshonneur qu’il a répandu sur sa vieillesse. Ainsi que cela arrive toujours
dans de pareilles assemblées, deux ou trois hommes dominaient tous les autres, et ces deux ou trois misérables étaient aux gages de l’Angleterre. L’opinion de la ville de Madrid est très-prononcée à l’égard de cette junte, qui est vouée au ridicule et au mépris, ainsi qu’à la haine de tous les habitants de la capitale.

La bourgeoisie, le clergé et la noblesse, convoqués par le corrégidor, se sont rassemblés deux fois; ils ont arrêté la délibération ci-jointe.

L’esprit de la capitale est fort différent de ce qu’il était avant le départ des Francais. Pendant le temps qui s’est écoulé depuis cette époque, cette ville a éprouvé tous les maux qui résultent de l’absence du gouvernement. Sa propre expérience lui a inspiré le dégoût des révolutions; elle a resserré les liens qui l’attachaient au Roi; pendant les scènes de désordre qui ont agité l’Espagne, les voeux et les regards des hommes sages se tournaient vers leur souverain.

Jamais on n’a vu, dans ce pays, un aussi beau mois de décembre; on se croirait au commencement du printemps.

L’Empereur profite de ce beau temps pour rester à la campagne, à une lieue de Madrid.

 

Madrid, 14 décembre 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, vous trouverez ci-joint un rapport du ministre des finances du royaume de Naples sur une réduction de la dette publique. Vous ferez connaître à mon ministre que je n’entends point que la dette publique subisse aucune diminution; que tout ce qui était inscrit sur le grand-livre de Naples à l’époque de la signature de la constitution doit être maintenu intégralement; que je blâme le principe mis en avant par le ministre des finances, et que je m’oppose formellement à la diminution qu’il propose de 5 à 3 sur l’intérêt de la dette ; que je n’ai accordé au roi le royaume de Naples qu’à trois conditions : l’inviolabilité de la constitution , la garantie de la dette publique et l’entretien de mon armée; qu’il faut que ces trois conditions soient strictement remplies.

Vous prescrirez à mon ministre de faire connaître , par une autre note, mon mécontentement de ce que le séquestre mis sur les biens des individus qui trament en Sicile des complots contre mon armée a été levé; que, si au 20 janvier prochain ces décrets ne sont pas rapportés, je prendrai un décret pour m’emparer de tous ces biens, comme indemnité de ce que m’a coûté le royaume de Naples; que je vois dans la mesure que prend ce gouvernement une preuve de la versatilité et de l’inconséquence qui dirigent les affaires de Naples.

Mon ministre demandera, par une troisième note, qu’avant de faire des chemins et des établissements d’éducation mes troupes soient payées, et leur solde au courant.

Dans une quatrième note, il demanderai que la constitution soit mise en activité dans le royaume, ainsi que le code Napoléon, sans aucune restriction, notamment en ce qui est relatif au divorce.

Vous donnerez pour instruction à mon ministre de suivre avec la plus grande activité ces démarches, et de bien faire songer à la cour de Naples que je n’ai donné ce royaume qu’à ces conditions et que j’entends qu’elles soient exécutées.

 

Chamartin, 14 décembre 1808

Au comte Régnier, Grand-Juge, ministre de la justice, à Paris

Mon intention est que les généraux Dupont, Marescol, Chabert et Vedel soient traduits à la haute cour. Je vous prie, en conséquence, de saisir de cette affaire mon procureur général près la haute cour, de conférer avec l’archichancelier sur cet objet, et de me présenter les papiers que je devrai signer. Ces généraux étant arrivés, c’est le moment de s’occuper sans délai de cette affaire.

 

Chamartin, 14 décembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général, à Chamartin

L’on envoie pour conduire les prisonniers des détachements de différents corps mal organisés ; on prend dans les bataillons de marche. Mon intention est que les prisonniers soient escortés jusqu’à Buitrago et Somo-Sierra par les troupes du prince Primat, et de là à Aranda par le bataillon polonais qui est à Somo-Sierra; d’Aranda à Burgos par les troupes qui sont à Aranda, et ainsi de suite de poste en poste. Donnez l’ordre au duc de Danzig de partir demain pour porter son quartier général à Talavera de la Reina. Il pourra amener avec lui les chevau-légers de Westphalie. Il dirigera sur Talavera la division Sebastiani et tout ce qui est parti hier.

La division polonaise commandés par le général Valence partira demain à midi, pour aller coucher au village de Mostoles. Vous veillerez à ce qu’il lui soit fourni ses ambulances et dix pièces d’artillerie, savoir : trois de celles qui sont au parc, trois de celles qui étaient à Ségovie, deux de Hesse-Darmstadt et deux que le général la Riboisière lui procurera, avec au moins six caissons de cartouches d’infanterie. Huit de ces pièces seront servies par la compagnie d’artillerie polonaise. Il y aura un chef de bataillon d’artillerie francais pour commander l’artillerie de cette division. Vous aurez soin que cette division ait du pain pour trois jours et qu’il lui soit donné ses souliers. Elle complétera le corps du duc de Danzig à Talavera à 10,000 hommes d’infanterie, 700 hommes de cavalerie, vingt-deux pièces de canon, une compagnie de sapeurs avec 500 outils, et indépendamment des divisions Lasalle, Milhaud et Lahoussaye qui se trouvent en avant de cette position.

Donnez l’ordre à la compagnie de sapeurs qui est à Somo-Sierra avec le bataillon polonais de se rendre à Madrid. La division Leval contribuera au service de la place de Madrid pour la moitié , et la division Lapisse pour l’autre moitié. Le corps du maréchal Ney ne fera aucun service. Ce corps sera caserné où étaient la division Sebastiani et les Polonais.

Écrivez au général Dessolle qu’il est nécessaire qu’il laisse des postes à Siguenza, de manière qu’il puisse communiquer avec ceux du maréchal Mortier, qui, arrivant le 17 à Saragosse, aura une division à Calatayud ; de manière que l’on pourra communiquer de Madrid à Saragosse par Alcala, Guadalajara, Sîguenza, Calatayud.

Comme le corps de Castanos s’est retiré du côté de Valence, il faut que l’on s’occupe à surveiller de ce côté les mouvements de l’ennemi.

 

Chamartin, 14 décembre 1803

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général, à Charmatin

Mon Cousin, présentez-moi les décrets pour accorder les récompenses demandées pour l’affaire de Bubierca. Écrivez à l’Escurial pour connaître à quoi se monte le trésor de l’Escurial en argenterie, en or et en pierreries. Demandez qu’il soit formé là un magasin ; qu’il soit envoyé tous les jours trois mille rations de pain au Pardo pour la maison du Roi, et deux cents quintaux de farine également tous les jours à Madrid. Recommandez au général Lahoussaye de tenir sa cavalerie reposée, mais d’envoyer des postes sur Villala, pour savoir s’il y a des troupes à Salamanque et à Zamora.

 

Chamartin, 14 décembre 1808

DÉCISION

Sire, les ordres de Votre Majesté relatifs au tribunal de l’Inquisition ont été mis à exécution.

Le tribunal est composé des membres suivants : don Ramon José de Arec , archevêque de Saragosse , inquisiteur général, Juan Tartinez Nubla, Francisco de la Cuerda, Gabriel de Hevia y Norriega, Fernando Garcia de la Prada, Antonio Gonzalez Yebra, Pedro de Orbe et Larretagui, Raymondo Ettenhard y Salinas, José Amarillas y Huertos Arias, Antonio Mon y Villarda, Ignacio Jimenez Iblusquiera, le comte de la Cimera, secrétaire du tribunal , Nicolas de los Heros, secrétaire secret, Mariano Gomez Ibar Navarro, fiscal, José Ramon de Arec, alguazil du tribunal de Corte. Il contient trois membres qui sont : don Antonio Maria de Galaza, Candido Toribio de Allarilla , Cayetano Rubin; ces membres sont arrêtés, les scellés posés sur leurs papiers.

Huit de ces membres seulement ont été arrêtés : don Gabriel de Hevia y Norriega, Juan Martinez Nubla, Antonio Gonzalez Yebra, Fernando Garcia de la Prada, Nicolas de los Heros , Candido Toribia de Allarilla, Raymundo Ettenhard y Salinas, Mariano Gomez Ibar Navarro ; ces membres sont arrêtés , gardés à vue, et les scellés posés sur tous leurs papiers. Ceux de don Fernando Garcia paraissent très-importants.

Les autres membres n’étant pas chez eux, les scellés ont été apposés, et deux soldats sont restés dans chacune des maisons.

Les membres suivants ne sont plus ici depuis fort longtemps, deux ne sont pas connus et n’ont pas d’habitation : don Ramon José Arec, inquisiteur général , archevêque de Saragosse (point de maison), lgnacio Jimenez (parti il y a six mois), José Ramon de Arec, alguazil, Pedro de Orbe et Lerretagui; ces deux derniers n’ont point de demeure.

L’on a apposé les scellés sur les deux chambres du tribunal; une garde de cinq hommes y est restée.

D’après les rapports des personnes arrêtées, les papiers se trouvent au tribunal.

Un seul membre, don Garcia de la Prada, a déclaré qu’il existait des papiers au bureau de la secrétairerie de Castille et d’Aragon.

Les scellés ont été apposés sur tous les papiers, dans toutes les maisons occupées par les membres ci-dessus désignnés; on y a laissé des gardes.

Les scellés ont été apposés sur tous les papiers de l’inquisition de Corte, rue de l’Inquisition , maison où siège le tribunal, no 8. Il paraît que beaucoup de papiers y ont été transportés , ainsi que tous les livres prohibés et défendus.

Trois membres du conseil et deux trésoriers du conseil de l’Inquisition , qui n’avaient pu être arrêtés hier, l’ont été aujourd’hui. Tous les papiers et registres des trésoriers ont été scellés , inventoriés et transportés chez le général commandant la place, en présence desdits trésoriers et des deux officiers d’état-major.

Le montant des sommes saisies est de deux millions quatre cent cinquante-trois mille neuf cent soixante-douze réaux vinqt-cinq vellions, donnant en argent de France une valeur de six cent treize mille quatre cent quatre-vingt-treize francs.

On est à la recherche d’autres sommes qui paraissent encore appartenir au tribunal de l’Inquisition ; on examine les différents registres de la trésorerie, qui donneront sûrement des renseignements sur tout ce qui peut appartenir au conseil.

J’ai l’honneur de demander à Sa Majesté ses ordres, 1° pour les membres du conseil qui sont en état d’arrestation, 2° pour les papiers et registres qui ont été saisis et mis sous le séquestre; 3° pour les fonds qui se trouvent déposés chez le commandant de la place, tant en argent qu’en effets.

L’aide-major général, gouverneur de Madrid

Auguste Belliard

Renvoyé au major général pour donner l’ordre que les fonds qui sont déposés chez le commandant de la place soient déposés sans délai chez le payeur, et qu’il soit fait recherche de tous les autres fonds qui appartiennent à l’Inquisition ; que les inquisiteurs resteront en prison jusqu’à ce que le scellé soit levé sur leurs papiers et qu’ils aient donné l’état de tous les biens et effets appartenant à l’Inquisition.

 

Madrid, 14 décembre 1808

Au général comte Dejean, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur Dejean, je suis fort surpris que tandis que je suis ici dans la plus grande pénurie de souliers, vous vouliez donner en france ceux destinés à l’armée d’Espagne. Il y a à cela de la folie. Il n’arrive ici pas une capote, pas une paire de souliers, enfin rien. Tout ce qui est chargé sur les bataillons du train qui arrivent de Prusse doit être dirigé sur madrid sans qu’on en retire une paire de souliers.

 

Chamartin, 15 décembre 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, je vous envoie la lettre du conseiller d’Etat Beugnot. Il ne faut pas prendre 3,000 mètres pour limites du territoire de Wesel, mais tout ce qui est nécessaire pour les fortifications, trois lieues, quatre lieues , cinq lieues , si cela est nécessaire. Ayez là-dessus une conférence avec M. Dejeau, qui s’en fera rendre compte.

 

Madrid, 15 décembre 1808.

A M. Gaudin, ministre des finances, à Paris

Monsieur Gaudin , j’ai fait connaître mon intention qu’au 1er janvier prochain la Toscane fût régie par la constitution. Mais pour cela il est nécessaire, 1° qu’elle ait des sénateurs, des colléges électoraux et des députés au Corps législatif; 2° que le système des impositions soit le même que pour le reste de la France ; 3° que le code Napoléon et le code criminel soient en activité, et que les tribunaux soient établis et en exercice. Où en est tout cela ?

 

Madrid, 15 décembre 1808

A M. Gaudin, ministre des finances, à Paris

Vous trouverez ci-joint un rapport du général Menou. Prenez les renseignements nécessaires pour me faire un rapport sur cet objet. Je pense qu’il faut supprimer l’Ordre de Saint-Etienne. 1° A quoi se montent les pensions et autres bénéfices que les particuliers et autres individus ont sur cet Ordre ? En avoir l’état. 2° Convient-il de continuer les mêmes pensions ou de les réduire ? 3° Les commanderies qui appartiennent aux familles, à qui faut-il en donner la jouissance ? aux commandeurs ou aux frères actuellement existants de la famille ? 4° Serait-ce trop prendre que de demander que le quart de la valeur fût remboursable au trésor, en le considérant comme domaines engagés ? Cela ferait une somme de 5 ou 6 millions qui pourraient être employés à des travaux publics dans la Toscane même, ou à éteindre la partie de la dette que ces provinces auraient sur les Luoghi. Enfin, à combien se monte le restant net des biens ? Ne pourrait-on point donner tous ces biens à la Légion d’honneur ?

 

Madrid, 15 décembre 1808.

A M. Mollien, minsitre du trésor public, à Paris

Monsieur Mollien, j’ai reçu votre rapport du 29 novembre. Je suis bien loin de consentir à la suppression de mon payeur à Naples. Recommandez-lui au contraire d’être ferme et sévère, et de vous rendre compte si mes troupes sont exactement payées. Vous ferez connaître au ministre de la guerre que je n’approuve pas cette mesure, et vous lui ferez voir ma lettre pour qu’il écrive dans ce sens au général qui commande mon armée à Naples.

Je n’approuve pas que le sieur Roguin revienne à Paris. Il restera à l’armée du Rhin jusqu’au 1er janvier 1809. A cette époque, vous le remplacerez par un autre payeur, mais il restera encore en Allemagne jusqu’au mois de mars pour être chargé du payement de l’arriéré de 1808, voulant, au ler janvier 1809, commencer là un nouvel exercice. Le sieur Poullain que vous proposez pour les villes hanséatiques ne commencera ses fonctions qu’au ler janvier 1809 ; le reste de l’année sera continué par le sieur Roguin.

 

Chamartin, 15 décembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général, à Charmartin

Mon Cousin, envoyez l’ingénieur Guilleminot pour faire un croquis de la route d’ici à Tolède, et, s’il y a plusieurs routes, pourlÎes tracer toutes, en indiquant la nature des chemins, les villages, la population, etc. Chargez d’autres ingénieurs de lever les environs de Madrid jusqu’à Buitrago, Ségovie, l’Escurial, Tolède, Aranjuez, sur une grande carte, avec les routes et les reconnaissances des différentes routes, en mettant le détail à cinq lieues aux environs de Madrid.

 

Chamartin, 15 décembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général, à Charmartin

Donnez ordre que le séquestre soit mis sur les biens du comte de Noblejas et qu’on le fasse prévenir que, si d’ici à un mois il n’est pas revenu, tout sera confisqué. Quant à la duchesse douairière d’Osune, non seulement on doit mettre le séquestre sur tous ses biens, mais encore faire prendre tous ses bijoux, argenterie, etc., et les faire porter au Trésor. Donnez connaissance de cette décision au gouverneur de Madrid et au général Savary.

 

Chamartin, 15 décembre 1808

A M. Mollien, ministre du trésor public

J’ai reçu votre lettre du 2. Je vois avec plaisir que le cours de 5 pour cent n’a pas été en-dessous de 80. Je ne regrette pas les 30 millions que vous y avez employés. Dût-il en coûter autant, je désire que vous teniez la main à ce que le cour soit maintenu. 6 fr. 25 pour 100, dans l’état de nos affaires, c’est de l’argent bien placé. La Banque peut prendre une bonne partie de ces rentes, ainsi que la caisse de service, et la caisse d’amortissement peut en prendre encore. Ce n’est qu’ainsi que mes 5 pour cent prendront de la valeur. Chacun sera sûr de ce qu’il a dans sa pochem, lorsqu’il ne craindra pas que les 5 pour cent baissent au-dessous de 80. Je ne vois pas d’inconvénient à ce que vous donniez 5 pour cent, si vous pensez que cela puisse les attirer; il ne peut y en avoir à donner un intérêt de 5 pour cent lorsque de la même main vous trouvez 6 fr. 25.

Je n’admets aucune excuse; que les 5 pour 100 ne tombent pas au-dessous de 80 francs.

 

Madrid, 15 décembre 1808

ORDRE

TITRE ler.

GARDE NATIONALE DE MADRID

ARTICLE ler. – Il sera formé à Madrid quatre bataillons de garde nationale. A cet effet , la ville sera divisée en quatre quartiers, dans chacun desquels un bataillon sera organisé.

ART. 2. – Chaque bataillon sera composé de quatre compagnies.

ART. 3. -Chaque bataillon sera commandé par un chef de batailon et un adjudant-major. Chaque compagnie sera composée de : 1 capitaine, 1 lieutenant, 1 sous-lieutenant, 1 sergent-major, 4 sergents, 1 caporal-fourrier, 8 caporaux, 2 tambours et 81 soldats ; total, 100. Ce qui fera 400 hommes par bataillon, et un total de 1,600 gardes nationaux pour Madrid.

ART. 4. – La municipalié désignera les volontaires gardes nationaux qui seront admis à entrer dans les compagnies , lesquelles ne seront composées que de propriétaires ayant maison, magasin ou boutique dans Madrid. Les individus désignés pour former chaque compagnie se réuniront dans une église et nommeront six candidats pour les trois places de capitaine, lieutenant et sous-lieutenant. Sur cette liste de six candidats , le gouverneur nommera les trois officiers de la compagnie. Les douze officiers du bataillon, ainsi nommés, se réuniront et présenteront deux candidats pour la place de chef de bataillon, et deux autres pour celle d’adjudant-major. Sur cette présentation , le gouverneur nommera également aux deux places.

ART. 5. – Immédiatement après la formation de ces bataillons, il leur sera donné un drapeau et des armes tirées de l’arsenal.

ART. 6. – Les volontaires s’habilleront à leurs frais. Les officiers porteront l’épaulette de leur grade.

ART. 7. – Chaque bataillon aura un aumônier.

ART. 8. – Ces bataillons fourniront des gardes à la municipalité , aux différents ministères, aux différents marchés et aux églises.

TITRE II.

VOLONTAIRES A CHEVAL A MADRID.

ART. 9.- Il sera formé à Madrid une compagnie de 100 hommes à cheval, composée ainsi qu’il suit : 1 chef d’escadron, 1 capitaine, 1 lieutenant, 1 sous-lieutenant, 1 maréchal des logis chef, 4 maréchaux des logis, 8 brigadiers et 100 cavaliers; total, 117 hommes à cheval.

ART. 10. – Ces volontaires à cheval, choisis par la municipalité et organisés ainsi qu’il a été dit ci-dessus pour l’infanterie, s’habilleront et se monteront à leurs frais.

ART. 11. – Cette troupe à cheval sera spécialement chargée de la police des routes, conjointement avec la cavalerie française, et de la protection des arrivages des subsistances.

TITRE III.

GARDES NATIONALES DAINS LES PROVINCES.

ART. 12. Il sera également formé pour Tolède un bataillon de garde nationale composé par un chef de bataillon et un adjudant-major, et composé de quatre compagnies organisées ainsi qu’il suit : 1 capitaine, 1 lieutenant, 1 sous-lieutenant, 1 sergent-major, 2 sergents, 4 caporaux, 2 tambours et 50 volontaires ; total, 62 hommes; pour le bataillon, 248 hommes.

ART. 13. – Il sera organisé un bataillon de même force à Ségovie, à Talavera de la Reina, à Alcala, à Guadalajara et à Valladolid.

ART. 14. – Une compagnie ainsi qu’il suit : 1 capitaine, 1 lieutenant, 1 sous-lieutenant, 1 sergent-major, 4 sergents, 1 caporal-fourrier, 8 caporaux, 2 tambours et 101 volontaires, total 120 hommes, sera formée dans les villes d’Aranjuez , d’Avila , Palencia, Castrojeriz, Reinosa, Santander, Aguilar de Campo, Aranda, Burgos, Vitoria, Bilbao, Logrono, Santo-Domingo de la Calzada, Soria , Sigueuza, Calatayud, Almanza, Orduùa, Calahorra, Tudela, Ciudad-Real, Manzanares, Ocana, Olita, Tafalla, Estella et Caparroso.

ART. 1 5. – Les commandants des provinces et les maréchaux commandant les corps d’armée , les corrégidors, intendants de provinces ou alcades de villes, qui croiront nécessaire de demander de semblables organisations pour la sûreté des villes de leur ressort, devront adresser leur demande à l’état-major général.

ART. 16. – Ces gardes nationales seront employées à la police des villes et à donner main-forte aux corrégidors et aux alcades ; elles fourniront les postes de garde qui seraient nécessaires aux églises et veilleront à la sûreté des routes.

 

Madrid, 15 décembre 1808

A Joachim Napoleon, roi des Deux-Siciles

Mon Frère, je recois votre lettre et les mémoires de vos ministres. J’ai garanti la dette publique, c’est-à-dire celle inscrite au moment de la constitution. J’entends que celle-là n’éprouve aucune diminution, et j’exige que vous rapportiez votre décret comme contraire aux stipulations dont je suis garant.

Vous ne me secondez pas dans la guerre contre l’Angleterre. Cette puissance fait chez vous un commerce public. Le résultat en sera que vous n’aurez pas la Sicile.

Je dois aussi vous observer que je suis extrêmement blessé des déclamations perpétuelles dont vos édits sont remplis contre le roi votre prédécesseur, qui a eu toutes les épines, tandis que vous recueillez les fruits, et auquel vous devez une reconnaissance éternelle. Je suis fàché de voir que vous sachiez si peu ce que vous me devez , et que vous manquiez ainsi aux convenances. Je désire que cette popularité que vous cherchez n’ait pas de résultats désagréables pour vous; la présence d’Agar et d’autres gens de cette espèce m’en fait douter. Quant aux individus qui sont à la cour de Sicile et qui me font la guerre, si vous ne confisquez pas leurs biens, je les prendrai à mon profit pour m’indemniser de ce que me coûte le royaume de Naples ; il me coûte déjà bien des millions. Il eût mieux valu affecter le produit de la vente de ces biens au payement de la dette publique que de réduire les rentes. Ce n’est pas avec des niaiseries et des phrases ridicules qu’on change la face des empires.

Je n’irai point scruter l’intérieur de vos finances; il me suffit que l’arriéré de mes troupes soit payé et qu’elles soient bien entretenues; que la constitution soit en activité, que les dispositions du code Napoléon soient exécutées sans aucune modifleation, et que la partie de la dette publique que j’ai garantie reste intégrale, je n’entrerai point dans le détail du reste. Si vous m’en croyez, vous fermerez l’oreille et fuirez comme la peste les conseillers qui tous portent à mettre de l’argent de côté.

 

Madrid, 15 décembre 1808

A Frédéric-Auguste, roi de Saxe, Grand-Duc de Varsovie, à Dresde

J’ai reçu la lettre de Votre Majesté, du. – – riovenibre. Je la remercie des détails qu’elle a voulu m’envoyer. J’ai appris avec intérêt tout ce qu’elle fait à Varsovie et l’amour qu’elle inspire à ses nouveaux sujets. Je la prie d’être persuadée de la constance de mes sentiments, et de ne jamais douter de mon estime et de ma sincère amitié.

 

Madrid, 16 décembre 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, vous préviendrez mon ministre à Naples qu’il ait à veiller à ce qu’aucun Français ne passe au service de Naples sans mon ordre, et que, toutes les fois que cela arriverait, il ait à s’y opposer par une note.

 

Madrid, 16 décembre 1808

A M. Cretet, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur Cretet, vous ne m’avez pas rendu compte si l’eau du canal de l’Ourcq est arrivée à Paris et si elle jaillit dans la fontaine des Innocents. Vous ne m’avez pas fait connaître si ce que j’ai désiré pour conduire l’eau de l’Ourcq sur les Tuileries peut s’entreprendre cette année. Autant que j’ai pu comprendre par les journaux, vous avez dû poser la première pierre de la première tuerie. Je suppose que les travaux de la Madeleine sont en train, et que vous vous préparez à pousser avec activité les travaux de la campagne prochaine. Il ne faut pas attendre au dernier moment pour lever les différents obstacles qui s’opposeraient à la marche des travaux. J’attache toujours la plus grande importance à la promenade couverte et d’hiver pour Paris. Faites-moi un rapport sur ce monument, et sur l’emplacement et le genre de bâtiment qui conviendraient à cet effet.

 

Chamartin, 16 décembre 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Vous trouverez ci-joint le budget de l’année (dépenses secrètes pour l’exercice 1809, décret du 15 décembre). Je n’ai accordé que 60,000 francs pour le gouverneur de Paris; plus, c’est de l’argent jeté par les fenêtres. Il est convenable que ce traitement soit donné à celui qui est à Paris; vous ferez donc payer cette somme au général Hulin, puisqu’il est à Paris; ce supplément lui est nécessaire pour ses frais de police, et aussi pour ses frais de représentation. Vous ferez payer de même au général Buquet le traitement extraordinaire que j’accorde à l’inspecteur général de la gendarmerie. Ayant assuré l’existence de mes principaux officiers, il faut revenir au principe de n’accorder pour dépenses secrètes que ce qui est seulement nécessaire pour cet objet. Je suppose que, moyennant cela, je pourrai disposer à peu près d’un million pour les travaux publics.

 

Chamartin, 16 décembre 1808

DÉCISION

Le général la Riboisière annonce que, d’après les ordres du maréchal Lefebvre, il a adjoint à la division polonaise des canonniers badois et hessois, et que les canonniers polonais restés à Madrid , seront attachés à la division Leval. Je n’approuve pas ces dispositions. Les Polonais doivent être avec les Polonais , etc. , les Allemands avec les Allemands.

 

Madrid, 16 décembre 1808.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, vous trouverez ci-joint une lettre que vous adresserez à tous les évêques de mon royaume d’Italie. Vous annoncerez par une salve de trente coups de canon la prise de Rosas , comme étant due particulièrement au courage et à la bonne conduite de mes troupes italiennes.

AUX ÉVÊQUES D’ITALIE

Monsieur l’Évèque de. . les succès obtenu par nos armes au combat de Burgos, aux batailles d’Espinosa et de Tudela, au combat de Somo-Sierra, l’occupation de la ville de Madrid, et la Grâce spéciale que Dieu nous a faite de pouvoir sauver cette capitale de la fureur des factieux, la prise de Rosas, qui est due spécialement au courage et à la bonne conduite de nos troupes italiennes , nous portent à vous écrire cette lettre, pour que, immédiatement après que vous l’aurez reçue, nous reposant sur votre piété, qui nous est bien connue, vous appeliez nos peuples d’Italie dans les saintes églises pour y chanter le Te Deum et y faire les autres prières appropriées aux circonstances, et pour demander à Dieu, de qui tout émane , qu’il continue à bénir nos armes et écarte du continent la maligne influence des Anglais, aussi ennemis de toute religion que du repos et de la tranquillité de tous les peuples.

 

Madrid, 16 décembre 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Envoyez l’ordre ci-joint à tous mes ministres près les princes de la Confédération du Rhin, en leur faisant connaître que le sieur de Stein continuer à manigancer avec les Anglais de chimériques complots contre la Confédération du Rhin. Vous demanderez que les princes de Nassau fassent mettre le séquestre sur ses biens. Vous ferez connaître à la cour de Prusse que mon ministre n’ira pas à Berlin, si Steiin n’est pas éloigné de cette capitale et de toute la Prusse. Vous irez plus loin : vous demanderez, par une lettre au ministre de Prusse, que cet individu soit livré comme traître et employé par les Anglais pour brouiller les deux cours. Parlez-en fortement au ministre de la Prusse à Paris; écrivez à mon consul à Königsberg pour qu’il en parle au roi, et laissez entendre que, si mes troupes prennent Stein, il sera passé par les armes.

 

Chamartin, 17 décembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général, à Chamartin

Mon Cousin, écrivez au maréchal duc de Danzig que mon avant-garde est arrivée à Talavera de la Reina. Ordonnez au général de division Milhaud de se porter à Oropesa, et au général Lasalle de se porter à Almaraz et de tâcher de s’emparer du pont sur le Tage. Faites connaître au général Lasalle , au général Milhaud et au duc de Danzig que le général Lahoussaye est à Avila, et dites-leur que le conte fait que la Romana devait arriver sur Almaraz par Puerto del Pico est une absurdité. Que le général Lasalle envoie sur Plasencia pour délivrer des prisonniers que nous y avons et enlever les dépôts d’armes qui s’y trouvent. A Plasencia, il y aura des nouvelles plus positives des Anglais.

 

Chamartin, 17 décembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général, à Chamartin

Mon cousin, donnez ordre que l’estafette porteur de mes dépêches soit escortée désormais par un officier et au moins 25 hommes d’infanterie ou de cavalerie. Ainsi d’Irun à Hernani elle sera escortée par un détachement de 25 à 30 hommes; d’Hernani à Tolosa, par un détachement pareil, et ainsi de suite jusqu’à Burgos. Vous recommanderez aux commandants de place de retarder l’estafette le moins possible. Le postillon ou un homme de l’escorte précédera toujours le courrier, afin que le détachement soit prêt à l’arrivée de celui-ci. Vous donnerez les mêmes ordres pour l’escorte de Burgos à Madrid , et pour le retour sur Iruu. Vous ajouterez que je me repose sur le zèle des commandants de place, qui doivent sentir l’importance de ne pas exposer les dépêches de l’Empereur à être prises.

 

Chamartin, 17 décembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général, à Chamartin

Mon Cousin, envoyez l’ordre au général Dessolle de laisser un régiment et trois pièces de canon à Sigueriza. Faites-lui connaître qu’une division du corps du maréchal Mortier sera du 19 au 20 à Calatayud; que mon intention est que cette division mette une avant-garde à Medina Celi, de sorte que par ce moyen les officiers qui passeront de Madrid à Saragosse et de Saragosse à Madrid pourront faire cette route rapidement. De Madrid à Siguenza, il y aura des chevaux à tous les relais par les soins du général Dessolle, et de Medina Celi à Saragosse par les soins du général qui commande à Calatayud, et enfin, entre Sigueuza et Medina Ceti, il sera fourni des escortes, si cela est nécessaire. On arrangera les choses de manière qu’en trois jours je puisse envoyer des ordres à Saragosse. Envoyez ces dispositions à Calatayud par le général Dessolle, qui les fera passer, et envoyez le duplicata par la route ordinaire.

Écrivez au maréchal Mortier que le général Saint-Cyr, ayant pris Rosas le 6, est parti le 8 pour Barcelone, où il a dû arriver le 12 ou le 13 et se réunir au général Duhesme ; que cette réunion du général Saint-Cyr avec Duhesme lui fera plus de 30,000 hommes ; que sans doute ce général, après avoir dispersé tout ce qu’il aura devant lui, viendra à Lerida , pour se mettre en communication avec le corps qui assiège Saragosse, et que la division qui couvre le siége du côté de Barcelone aidera à cette communication.

Vous ferez également connaître au générai Dessolle que j’attache la plus grande importance à la communication de Madrid avec Saragosse, mais qu’il ne fasse pas de petits paquets; que le général Saint-Cyr, après la prise de Rosas, s’est mis en marche sur Barcelone, où il sera le 12 et ou le 13 réuni au général Duhesme, il aura sous ses ordres un corps de 35 à 40,000 hommes.

 

Chamartin, 17 décembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général, à Chamartin

Il y a des chevaux morts dans les rues et aux portes de Madrid. Donnez ordre que demain, tous les chevaux et cadavres qui se trouveraient dans la ville et à une lieue aux environs soient enterrés. Il sera commandé à cet effet un détachement d’habitants.

 

Chamartin, 17 décembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général, à Chamartin

Mon Cousin, écrivez au duc de Dalmatie qu’il commande depuis le Douero jusqu’à la mer; que la brigade Franceschi est sous ses ordres et doit avoir reçu l’autorisation de se porter sur Léon; qu’il ne doit avoir aucune difficulté d’attaquer avec les divisions Merle et Mermet; qu’aussitôt que la division de dragons Millet sera arrivée, je la lui enverrai ; mais qu’elle est encore beaucoup en arrière et tardera probablement plus de quinze jours à être à Burgos.

 

18 décembre 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, j’ai recu votre lettre du 9. Je suis fâché vous ne m’ayez pas envoyé les originaux des journaux anglais, puisqu’ils contiennent des renseignements sur leur position.

 

Chamartin, 18 décembre 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, je vous ai déjà mandé de ne plus m’envoyer le portefeuille et de m’écrire en chiffre ce qui’il y aurait d’important dans votre correspondance, en vous servant d’abord du chiffre du sieur Laforest. Le courrier porteur des lettres de Paris du 8 vient d’être pris; cela ne m’intéresse que pour votre portefeuille. Ainsi, désormais, je n’aurai plus de sollicitude à avoir, puisque les dépêches les plus importantes seront en chiffre. Cependant, lorsque vous aurez à me mander quelque chose d’une très haute importance, vous me rexpédierez par un commis de vos bureaux ou par un officier, et vous m’en préviendrez le maréchal Kellermann, pour qu’il fasse fournir à cet officier, sur toute sa route, une escorte de 30 ou 40 hommes d’infanterie.

 

Chamartin, 18 décembre 1808.

A M. Cretet, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur Cretet, vos lettres du 7 et du 8 me font connaître que vous avez nommé M. Le Roy pour présider à la vente des laines à Bayonne. Je ne sais pas si cet ancien consul général a les connaissances nécessaires pour cette opération importante; Coquebert-Montbret eût été préférable. Mais puisque M. Le Roy est nommé, faites-lui connaître que mon intention est qu’on ne mette en vente au ler janvier que mille et au plus deux mille quintaux. Mon intention est aussi que mon commissaire mette une mise à prix aux laines avant l’ouverture des enchères, sans quoi les gens de commerce s’entendront pour avoir les laines pour rien. La mise à prix doit être de la valeur des laines en ce moment et avant que mon décret fût connu. Comme mon commissaire n’aura pas le temps de recevoir vos instructions à cet égard, je lui fais donner l’ordre de suspendre la vente jusqu’au 15 janvier, c’est-à-dire jusqu’à l’époque où vos instructions sur la mise à prix et sur les ventes lui seront parvenues. A la réception de ma lettre, réunissez les gens experts en cette matière, et , après les avoir consultés, réglez la mise à prix et expédiez vos instructions pour mon commissaire. N’oubliez-pas que toutes les laines qui sortaient d’Espagne payaient 5 pour 100 au roi; que celles-ci n’ont pas payé ce droit, et que, sur la mise à prix, il faut compter les 5 pour 100. La première mise à prix réglée, mon intention est qu’on vende mille quintaux par mois. Je ne serais pas éloigné d’approuver qu’on acceptât en payement des traites, comme pour les douanes, de manière qu’on payât un douzième tous les mois, et que la totalité fût payée en un an. On prendrait les mêmes précautions que prennent les douanes, qui éprouvent, je crois, peu de pertes par cette méthode. Concertez encore ces mesures avec des gens experts dans cette partie.

 

Chamartin, 18 décembre 1808

A M. Gaudin, ministre des finances, à Paris

Je proroge le conseil de liquidation jusqu’au ler janvier 1810. Ce conseil n’a pas rempli mes intentions et n’a pas mis l’énergie nécessaire pour faire rentrer les deniers; qu’il en mette donc davantage, et qu’il emploie mieux l’année que je lui donne encore.

 

Chamartin, 18 décembre 1808.

A M. Fouché, ministre de police générale, à Paris

Je ne conçois pas trop pourquoi vous avez interdit le territoire français à la femme du commissaire de Bade, qui avait des réclamations à faire. Cela est contraire au droit des gens et à la franchise du territoire. Cette conduite me paraît extraordinaire.

 

Chamartin, 18 décembre 1808

NOTE POUR LE GÈNÉRAL MENOU, GOUVERNEUR GÉNÉRAL DE LA TOSCANE.

Il y a à statuer en Toscane sur quatre objets importants -. 1° la dette publique; 2° l’ordre de Saint-Etienne; 3° les moines ; 4° la liste civile.

1° La dette publique. Sa Majesté désirerait qu’on se mît dans le cas de n’avoir point à inscrire la dette publique de Toscane sur le grand-livre de la dette publique de France, et qu’à cet effet on remboursât en mandats territoriaux payables en domaines nationaux. Sa Majesté demande qu’on lui fasse connaître à combien s’élève la dette, quelle est la valeur des domaines nationaux, la marche à suivre pour opérer le remboursement de la dette en mandats territoriaux. Un projet de décret contenant l’organisation de toute cette opération doit être proposé par la junte, qui y joindra les états du domaine et de la dette.

L’Ordre de Saint-Étienne. Cet ordre doit être supprimé; mais il convient de combiner sa suppression de manière à faire le moins de tort possible aux membres existants. Combien y a-t-il de membres de l’Ordre de Saint-Étienne ayant des commanderies ou des pensions ? A combien s’élèvent ces commanderies ou pensions ? Ces commanderies ou pensions imposent-elles des obligations à ceux qui en sont pourvus ? Sont-elles susceptibles de réduction ? A combien se montent les commanderies patronales appartenant aux familles ? Qui y nomme ? Qui en jouit ? Les possesseurs actuels sont-ils célibataires ou gens mariés ? Convient-il de laisser la propriété des commanderies aux familles ? Dans ce cas, sur la tête de qui passeront-elles ? Quel sera l’ordre de succession ? Si ces commanderies sont possédées par des hommes non mariés, il n’est pas convenable de leur en laisser la propriété ; si les possesseurs sont pères de famille, il y aurait moins d’inconvénient. Mais il se pourrait qu’ils fussent des enfants de famille dont le père vit encore. Ne conviendrait-il pas qu’à la mort du père la commanderie fût considérée comme entrant dans la succession et précomptée à celui qui s’en trouverait possesseur ? Les commanderies ont des rentes sur les fonds publics ; ne serait-il pas possible de retenir le quart soit de ces rentes, soit même des propriétés, au profit de l’état ? On traiterait ainsi les possesseurs de commanderies comme on a traité en France les possessopns de domaines engagés. Les familles trouveraient-elles de l’avantage à faire ce sacrifice, au moyen duquel elles obtiendraient les trois quarts des biens des commanderies en toute propriété ? Sa Majesté, désire que la junte s’explique sur tous ces points, qu’elle propose un projet de décret en conséquence de son opinion, et qu’elle y jogne les états nécessaires.

3° Les moines. L’intention de Sa Majesté serait de mettre sur-le-champ les moines de la Toscane dans la même position où sont les moines du Piémont. Sa Majesté désire que la junte propose un projet de décret en conséquence. Elle désire aussi un mémoire qui fasse connaître quelle est la différence qui existe entre le sort des moines du Piémont et celui des moines qui étaient en France; quelle est la différence de la situation des moines du Piémont avec celle des moines de Gênes, avec celle des moines de Parme; quelle est la différence enfin de la situation des moines de Parme avec celle de ceux qui sont en Toscane, et de ceux-ci avec celle de ceux du royaume d’Italie. A ce mémoire doivent être joints tous les décrets qui ont réglé le sort des moines en Piémont, à Gênes, à Parme, dans le royaume d’Italie et même en France, ainsi que le détail de ce qui aurait été fait en Toscane sur cet objet. Ces renseignements feront connaître en même temps si les moines en Piémont (à supposer qu’il y en ait encore) , à Gênes, à Parme , à Plaisance et en Toscane, possèdent des biens, et quelle est la quantité de biens qu’ils possèdent.

La liste civile. Sa Majesté désire connaître quelles sont les maisons, les meubles et les revenus qui dépendent de la liste civile. Il faut attacher à la liste civile au moins douze cent mille livres de rente. La junte remettra des renseignements et rédigera un projet de constitution définitive de la liste civile.

La junte joindra à tous ces travaux des mémoires sur l’état actuel de l’administration, de la justice civile et criminelle et des contributions. Elle dressera et remettra l’état des pensions et des rentes viagères, avec les observations qu’elle jugera à propos de faire. Elle présentera un projet pour la constitution et la dotation d’une sénatorerie en Toscane. Un des membres de la junte sera chargé par elle de présenter tous ces travaux et renseignements à Sa Majesté. Il s’arrêtera à Parme, à Gênes et à Turin , pour y recueillir toutes les notions sur la situation des moines dans ces pays. Il se rendra ensuite à Bayonne. Il préviendra le ministre secrétaire d’État du moment où il pourra arriver dans cette ville, afin qu’il y reçoive les ordres de Sa Majesté.

 

Chamartin, 18 décembre 1808

ORDRE

Sa Majesté, instruite que dans les pays occupés par ses Troupes les caisses sont dilapidées par des autorités locales, ordonne aux commandants français de prévenir les corrégidors qu’ils en seront responsables envers le Roi ; ordonne pareillement que, partout où des agents nommés depuis peu par le Roi n’auraient pas dressé des Procès-verbaux de la situation des caisses, les commandants français prennent ces mesures et en rendent compte au major général.

 

Chamartin, 18 décembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général, à Chamartin

Mon Cousin, envoyez à Talavera de la Reina cinq cents exemplaires de mes proclamations, pour être distribués aux habitants et aux avant-postes.

Écrivez au duc de Danzig qu’il fasse construire à Talavera quatre fours.

 

Chamartin, 18 décembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général, à Chamartin

Mon Cousin , les membres du tribunal de l’inquisition peuvent sans inconvénient rester chez eux, dès l’instant qu’ils auront remis tous leurs papiers et renseignements sur leur administration.

Consultez le Roi pour savoir les couvents à supprimer et ceux à conserver. Il y en a un près du palais qu’il serait nécessaire de supprimer.

 

Chamartin, 18 décembre1808

Au maréchal Bessières, duc d’Istrie, commandant la cavalerie de l’armée d’Espagne

Mon Cousin, écrivez au général Latour-Maubourg que la ville d’Alcazar de San-Juan est composée de mauvaises têtes qui se conduisent mal. Ils doivent avoir au moins 500 fusils cachés. On y a égorgé trois Francais domiciliés depuis longtemps. Il faut qu’on y prenne des otages et des informations, pour arrêter, s’il est possible, une douzaine des meneurs de cette ville.

 

Chamartin, 18 décembre 1808

Au maréchal Bessières, duc d’Istrie, commandant la réserve de cavalerie de l’armée d’Espagne

Mon Cousin, donnez ordre au général Latour-Maubourg d’envoyer le général Perreimond se porter, avec sa brigade tout entière, s’il le faut, sur Huete, car il faut que cette ville soit occupée par nos troupes, et ne pas souffrir que l’ennemi s’y établisse. Donnez également l’ordre au général Latour-Maubourq d’envoyer la brigade d’Oullenbourg, qui est à Madridejos , à Mauzanares; elle battra le pays, désarmera les habitants et s’emparera des caisses, enfin prendra les mesures nécessaires pour soumettre le pays. Le général d’Oullenbourg restera, de sa personne, à Mauzanares, et enverra, après l’occupation de cette ville, deux escadrons à Madridejos; ou le général Latour-Maubourg laissera la brigade tout entière à Manzanares, et enverra à Madridejos un autre régiment pour maintenir la communication.

 

Chamartin, 18 décembre 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, au Pardo

Je vous envoie le mémoire de M ……… C’est un bavardage qui n’est que ridicule. Pour vivre dans un an, il faut vivre aujourd’hui; pour vivre aujourd’hui, il faut de l’argent; M ……… déclame et ne propose aucun moyen. Je ne vois que 13 millions dans les caisses publiques et 11 millions dans la caisse de consolidation, ce qui fait 24, millions, et 8 que vous avez rapportés, 32 millions. Il faut les réaliser, soit en les donnant comme nantissement à des capitalistes de la capitale, soit par tout autre moyen. C’est au ministre des finances à les proposer. Voilà déjà quinze jours de passés, et ce sont les moments les plus précieux, puisque ce sont ceux de la force. Il n’y a donc pas un moment à perdre pour se procurer une ressource d’une trentaine de millions de réaux en argent.

 

Chamartin, 19 décembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général, à Chamartin

Mon Cousin, je suis étonné que le 17e régiment de dragons soit à Tolède. Ce régiment fait probablement partie d’une brigade de la division Lahoussaye. Cette brigade doit continuer sa route sur Talavera de la Reina. Je suis surpris que le maréchal Victor l’ait retenue. Faites-lui connaître qu’il a eu tort de la diriger sur Ciudad-Real, etqu’il ait à l’envoyer sur-le-champ à Talavera de la Reina. Envoyez directement l’ordre au général qui commande cette brigade de partir sans délai pour Talavera.

 

Chamartin, 19 décembre 1808

Au maréchal Bessières, duc d’Istrie, commandant la réserve de cavalerie de l’armée d’Espagne

Mon Cousin, je vous avais mandé d’envoyer des proclamations ainsi que des journaux au général Latour-Maubourg, pour qu’il les répandît partout. Il paraît que vous ne l’avez point fait; il est indispensable que vous lui en envoyiez avant midi, pour qu’il les répande partout du côté de Cuenca, de Valence et d’Andalousie. Je suppose que vous avez donné des ordres pour qu’il pousse jusqu’à Manzanares.

 

Chamartin, 19 décembre 1808

Au général Junot, duc d’Abrantès, commandant le 8e corps de l’armée d’Espagne

Je vous prie de faire des recherches et de m’envoyer l’état des régiments anglais qui étaient en Portugal de votre temps

 

Chamartin, 21 décembre 1808

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’Empire, à Paris

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 11. J’attache une grande importance à l’affaire de la compagnie Lafarge, et j’attends la décision du Conseil d’Etat, qui, j’espère, sera juste et sévère.

 

Madrid, 21 décembre 1808

A M. Cretet, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur Cretet, nous avons ordonné que 300 quintaux de quinquina d’Espagne soient réunis à Bayonne et distribués à nos quarante-deux bonnes villes, conformément à l’état ci-joint. Notre volonté est que les officiers municipaux, les membres du conseil municipal et les citoyens desdites villes, voient dans ce souvenir de notre part un témoignage de notre satisfaction et de l’amour que nous leur portons.

ÉTAT DE DISTRINUTION DE 300 QUINTAUX OU 30.000 KILOGRAMMES DE QUINQUINA ENTRE LES 42 BONNES VILLES DE L’EMPIRE

NOMS DES VILLES POPULATION DISTRIBUTION
Alexandrie
Aix-la-Chapelle
Amiens
Angers
Anvers
Besançon
Bordeaux
Bourges
Bruxelles
Caen
Clermont
Dijon
Gand
Gênes
Genève
Grenoble
La Rochelle
Liège
Lille
Marseille
Mayenne
Metz
Montauban
Montpellier
Nancy
Nantes
Nice
Orléans
Paris
Reims
Rennes
Rouen
Strasbourg
Toulouse
Tours
Turin
Versailles
Parme
Plaisance
Florence
Livourne
Lyon
30.000
24.419
41.279
33.000
56.318
28.436
90.990
16.330
66.297
30.923
30.000
18.888
55.161
80.000
22.759
20.664
17.512
50.000
54-756
96.413
22.325
33.099
21.950
32.723
28.227
77.162
18.473
41.937
547.756
30.225
25.904
87.000
49.056
50.171
29.240
79.000
27.574
35.000
30.000
80.000
45.000
88.919
400
300
500
400
700
400
1.100
200
800
400
400
300
600
1.000
300
300
300
600
600
1.100
300
400
300
400
300
1.000
300
500
8.000
300
300
1.000
600
600
300
1.000
300
400
400
1.000
500
1.100
Total 30.000

 

Madrid, 21 décembre 1808

A M. Cretet, ministre de l’intérieur, à paris

Monsieur Cretet, j’ai ordonné à mon architecte de faire faire un relief du plan des Tuileries et du Louvre, et de l’exposer en public. Mon intention est que vous nommiez une commission pour examiner et critiquer ce plan. Vous ferez tenir note, non-seulement de ses observations, mais encore de celles qui seront faites par le public, afin de m’en rendre compte.

 

Madrid, 21 décembre 1808.

A M. Cretet, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur Cretet, j’ai voit par les journaux que vous avez posé la première pierre de la fontaine de la Bastille. Je suppose que l’éléphant sera au milieu d’un vaste bassin rempli d’eau; qu’il sera très-beau et dans de telles dimensions qu’on puisse entrer dans la tour qu’il portera. Qu’on voie comme les anciens les placaient et de quelle manière ils se servaient des éléphants. Envoyez-moi le plan de cette fontaine. Faites faire le projet d’une fontaine qui représentera une belle galère trirème, celle de Dernetrius par exemple, qui aura les mêmes dimensions que les trirèmes des anciens. On la placerait au milieu d’une place publique ou dans tout autre endroit pour l’embellissement de la capitale; l’eau jaillirait tout autour. Vous sentez qu’il faut non-seulement que les architectes fassent des recherches pour la construction de ces deux fontaines, mais qu’ils se mettent d’accord avec les antiquaires et les savants, afin que l’éléphant et la galère donnent une représentation exacte de l’usage qu’en faisaient les anciens.

Mon intention est de me servir de l’eau de l’Ourcq pour embellir le jardin des Tuileries par des cours d’eau et des cascades, et les Champs-Élysées et leurs environs par d’immenses pièces d’eau, qui soient aussi grandes que le jardin des Tuileries, et sur lesquelles il puisse y avoir des bateaux de toutes les espèces.

 

Madrid, 21 décembre 1808.

A M. Gaudin, ministre des finances, à Paris

Mon intention est que le Louvre soit terminée et que toutes les maisons qui se trouvent entre le Louvre et les Tuileries soient démolies. Je désirerais qu’il y eût moyen de faire des arrangements avec les principaux propriétaires de ces maisons, dont je crois que l’estimation s’élève à 15 millions. Je voudrais que ces propriétaires reçussent en payement, ou des terres en Piérnont et en Toscane, ou des bons de la caisse d’amortissement portant intérêt à 5 pour 100 et remboursables chaque année, par quinzième, en billets de 10,000 francs. Les bons de la caisse d’amortissement seraient immobilisés, de manière que le payement dût être fait au propriétaire, ou à son représentant, selon les règles ordinaires du droit civil, et non au porteur.

Si vous pouvez parvenir à arranger ainsi les deux tiers des individus, ou faire tout autre arrangement qui donnerait des facilités pour le payement, cela pourrait me convenir; et alors, au lieu d’acheter et de démolir graduellement, je ferais acheter par une seule opération et en démolissant la totalité dans l’espace d’un ou deux ans. Ces propriétaires paraissent éprouver des pertes par l’effet de l’incertitude dans laquelle ils se trouvent; ces arrangements remédieraient à tout. Voyez ce qu’il y a moyen de faire. J’affecterais également à ce remboursement les terrains des Capucines et les autres terrains qui environnent la Bourse et qui sont à ma disposition. Je crois qu’ils sont estimés à 3 ou 4 millions. Enfin je puis aussi faire payer quelques-unes des maisons, jusqu’à concurrence de 3 ou 4 millions, avec l’emprunt que vient d’ouvrir la ville de Paris. Ces effets seraient également immobilisés.

 

Madrid, 21 décembre 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Il résulte d’un grand état que m’a envoyé M. Lacuée qu’il manque au grand complet de mon armée 148,000 hommes ; en ôtant les légions que mon intention n’est pas de compléter, c’est-à-dire 13,000 hommes, il restera un déficit de 135,000 hommes. Sur ces 135,000 hommes, 70,000 hommes ont été fournis des levées extraordinaires. Il faut donc appeler 63,000 hommes sur 1810, pour porter mon armée au grand complet. Je vais appeler à la Garde 6,000 conscrits de 1810; en y appelant encore dix fusiliers par département, ce qui ferait 1,000 hommes, total, 7,000 hommes conscrits pour la Garde, il faudrait donc 70,000 hommes. 10,000 hommes de plus me paraissent nécessaires pour équivaloir aux pertes qui auront lieu à toutes les armées par les réformes de cette année.

Je désire donc que vous me présentiez un projet de décret pour appeler 80,000 conscrits de 1810 sous mes drapeaux, les répartir entre tous les corps, selon les besoins, pour porter les cadres au complet.

L’état ci-joint vous fera connaître que, pour les armées d’Italie, de Naples, de Dalmatie, il faudra 13,000 hommes; il vous sera facile de faire un état pareil pour toutes les autres armées. Je vais faire des légions des régiments ; mais je pense qu’il y aura assez de quoi les recruter. Mon intention est que les régiments soient portés tous au complet de 3,900 hommes, c’est-à-dire de cinq bataillons.

Quant à la formation des 5e bataillons, pour ceux qui n’en ont pas, je serai toujours à temps de me décider dans le courant de mars. Mon intention est que les premières opérations pour la conscription commencent au 15 janvier, et que les conscrits soient en pleine marche au 15 février. On aura soin que tous les conscrits d’au-delà des Alpes soient envoyés dans le Nord, dans l’Ouest et sur le Rhin, et spécialement au 31e léger, au 111e de ligne, au 26e de chasseurs, au 21e de dragons et aux tirailleurs du Pô; que les Corses soient envoyés aux tirailleurs corses, les Belges au 112e. Du reste, vous ferez dresser des états pareils à celui que vous m’avez envoyé pour les armées d’Italie, de Dalmatie et de Naples. Parlez de cela à M. Lacuée, qui pourra préparer ses circulaires aux préfets, et au ministre Dejean, pour que l’habillement de 1810 soit de bonne heure envoyé aux corps.

Je suppose que, moyennant cette levée, l’armée du Rhin aura ses bataillons au complet; que le corps d’Oudinot aura ses 36 bataillons complets, comme je l’ai ordonné. Que les armées d’Italie, de Naples et de Dalmatie soient toutes à leur grand complet.

Les conscrits seront tous envoyés à leurs dépôts. Il ne sera dirigé sur Bayonne et Perpignan que ceux des régiments qui ont leur grand dépôt dans ces villes. On conçoit fuileinent pourquoi je désire que les conscrits aillent à leurs dépôts, au lieu d’aller tous à Bayonne, puisque Dion intention est de m’en servir de préférence pour garder mes places, par des combinaisons qti’il sera temps de faire an mois de mars. Comme j’ai un grand nombre de dépôts dans le Nord, il me semble qu’il serait facile d’en tirer une vingtaine de mille hommes pour mes camps de Boulogne et de Flessingue. La Bretagne est aussi un objet important. Les dépôts qui s’y trouvent fourniront aussi une ressource. Il s’agit aujourd’hui de fournir des hommes, et j’aurai le temps de les disposer pour la défense de rues côtes, au mois de mai. Il n’y a donc pas un moment à perdre pour rue présenter les étais de distribution entre les différents corps. Moyennant que je compte compléter tous les régiments à l’effectif de cinq bataillons, il me faudra les 80,000 hommes.

 

Madrid, 21 décembre 1808.

Au général Dejean, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur le général Dejean, le roi d’Espagne a expédié de Vitoria à Bayonne, il y a quatre mois, pour un million de francs de quinquina. Il en a été envoyé de Santander une quantité très-considérable ; il en a été envoyé un million de Madrid. Faites envoyer dans les hôpitaux la plus grande partie de ce quinquina, puisque nous en manquons en France.

 

Madrid, 21 décembre 1808

Au général Dejean, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Dejean, je reçois votre lettre du 10. Il est inutile d’employer des transports pour 419,000 rations de biscuit de Bordeaux à Bayonne; il faut les laisser en magasin où elles se trouvent : à Bayonne, les 350, 000 rations qui y sont, et à Bordeaux, les 58,000 rations qui y sont. Je vois avec peine que 200 boeufs aient été envoyés à l’armée; ils n’arrivent pas. D’ailleurs, ce n’est pas de viande que je manque, c’est de souliers, de capotes et de chemises, et c’est justement ce dont on ne m’envoie rien. Je n’ai reçu, en souliers, que 16,000 paires d’un convoi et 19,000 paires d’un autre, et ce sont ceux qui venaient de Berlin. Ceux de Paris et d’ailleurs , je n’en ai pas entendu parler. Si vous les aviez expédiés par convoi sous l’escorte d’un officier de gendarmerie, comme je vous l’ai mandé plusieurs fois, j’aurais de tout en abondance. Mes hôpitaux se remplissent de malades, parce que je n’ai ni capotes ni souliers. J’ai été cruellement trompé dans tout ceci. J’aurai des capotes au mois d’août, et c’est justement le temps où il faudrait les brûler.

Je vous ai donné des ordres pour que les six nouveaux régiments confectionnassent leur habillement pour 1809, pour que les cinq dépôts des légions expédiassent à l’armée ce qu’ils ont en magasin, et envoyassent autant de paires de souliers qu’ils ont d’hommes, aux bataillons de guerre. Réitérez l’ordre, à Bayonne, d’expédier tous les souliers que les dépôts y ont envoyés pour leurs corps.

 

Madrid, 21 décembre 1808

Au général Dejean, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur le général Dejean, voici ce que m’écrit M. de Tournon que j’ai laissé à Burgos pour presser l’envoi des objets nécessaires à l’armée. Vous verrz qu’on envoie de Bayonne du biscuit dont je n’ai pas besoin, parce qu’il n’y a pas d’effets d’habillement à charger sur les caissons. Envoyez donc sur Bayonne un chef de bureau de l’habillement pour surveiller et faire arriver tout cela. Entend-on me voler et me faire payer comme si l’on avait fourni ? C’est l’ordinaire des administrations en France.

 

Madrid, 21 décembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général, à Chamartin

Mon Cousin donnez ordre au commandant d’Aranda de retenir les premiers détachements de dragons qui passeront, et de placer, jusqu’à Somo-Sierra, trente hommes à chaque relais de poste; de faire connaître aux villages voisins que je ferai brûler le premier village où un courrier sera arrêté; que c’est aux habitants à dénoncer les partisans et à les faire arrêter. Donnez ordre au commandant de Buitrago de faire marcher une colonne mobile de 150 chevaux polonais sur Somo-Sierra. A Somo-Sierra 150 autres se réuniront à ceux-là, et ces 300 hommes, sous le commandement d’un chef d’escadron, se formeront en colonne mobile et éclaireront la route.

Un détachement de 400 dragons se rend à Madrid sous le commandement d’un général ; vous pouvez le réunir au premier détachement et charger ce général de cette opération. Faites-moi un rapport là-dessus , et faites-moi connaître où ce détachement de dragons sera demain soir.

 

Madrid, 21 décembre 1808

Au maréchal Kellermann, duc de Valmy, commandant la réserve de l’armée d’Espagne, à Bayonne

Mon Cousin, je suppose que vous êtes arrivé à Bayonne et que les choses vont prendre une autre tournure. Réunissez tous les petits dépôts dans la ville, et mettez dans tout cela votre activité ordinaire. Des magasins considérables ont été établis à Bayonne ; faites-en faire l’inventaire et faites-moi connaître ce qui reste. Je n’ai pas besoin de viande ni même de la plus grande partie de ces vivres. Veillez à ce que rien ne se gâte.

Équipages militaires. Il est resté à Bayonne ou Bordeaux des caissons des 4e, 7e, 8e, 10e, 11e, ler et 3e bataillons d’équipages militaires. Vous savez que chacun de ces bataillons est de quatre compagnies, chaque compagnie de 36 caissons, ce qui fait 144 caissons par bataillon. Je n’ai ici aucun de ces bataillons qui ait plus de 90 caissons ; le reste est à Bayonne. Portez votre oeil attentif sur cette partie ; prenez toutes les mesures pour lever les obstacles, et que tous ces caissons partent.

Habillement. Depuis le mois d’août, j’ai prescrit des mesures pour réunir à Bayonne des magasins considérables d’effets d’habillement.

Mes intentions ne sont pas remplies, et je n’ai rien. Faites-vous remettre sous les yeux les ordres qu’a donnés l’ordonnateur; faites-vous rendre compte de ce qui est arrivé, et sachez pourquoi le reste n’arrive pas. Pressez les ouvriers de Bordeaux, activez les confections, et concertez-vous avec le préfet des Landes et les préfets voisins sur les moyens de presser les arrivages. Je n’ai besoin de biscuit ni de vivres , mais de souliers , capotes, chemises.

Administration des corps. Les corps ont des souliers à Bayonne; ils en ont tous 3 ou 4,000 paires envoyées de leurs dépôts. Prenez les mesures nécessaires pour les faire arriver ici. Faites les partir par gros convois, en profitant des escortes et avec des feuilles de route des endroits où ils sont. Il faut que les escortes soient composées de compagnies de marche de 120 conscrits.

20,000 hommes doivent être réunis à Bayonne des dernières levées ; plus de 17,000 sont déjà présents. J’ai demandé qu’on fit partir, 1° cinq bataillons de marche composés de conscrits appartenant aux ler, 2e, 3e, 4e et 6e corps, formés de quatre compagnies chacun, ce qui fait près de 4,000 hommes; 2° trois bataillons de marche composés, le premier, de tous les conscrits habillés appartenant au 1er, au 6e et au 4e corps, et fort de 800 à 1,100 hommes; le deuxième, des conscrits disponibles des 3e et 5e corps, fort de 800 à 1,000 hommes; et le troisième, de conscrits disponibles des 2e et 8e corps, fort de 800 hommes; 3° un régiment provisoire de Bayonne formé de compagnies des 114e, 115e, 116e, 117e, 118e et 120e régiments d’infanterie de ligne, fort de 1,696 hommes. Il est fort important de diriger tous ces détachements, bien armés, bien habillés et bien équipés, sur les lieux que j’ai désignés. Il ne faut pas confondre avec ces bataillons de marche et ce régiment provisoire, les hommes isolés venant de la Grande Armée ou sortant des hôpitaux. Ces derniers devront être dirigés sur leurs régiments, à mesure qu’on en aura formé une compagnie de 120 hommes d’un même corps d’armée.

Dépôts de cavalerie. Le dépôt de cavalerie est à Pau, celui des équipages militaires est, je crois, à Auch. Le général Bourcier vient de passer la revue de celui de Pau. Prenez des mesures pour qu’il y ait des selles, et que tout ce qui est disponible parte. Profitez des estafettes pour écrire là-dessus aux ministres Dejean et Clarke.

Faites passer la revue des équipages du train. Ils ont laissé beaucoup de caissons à Bordeaux. Prenez des mesures pour que ces caissons soient attelés de mulets et qu’ils partent pour l’armée. J’ai assez de pièces ; indépendamment de celles que j’ai amenées de France , j’en ai pris un grand nombre à l’ennemi. J’ai besoin de boulets de 24 et, par-dessus tout, de caissons d’obus et de 12 ; s’il n’y a pas de caissons, envoyez-moi des munitions confectionnées d’obus et de 12. Expédiez-moi, par les premiers chevaux d’artillerie qui passeront, 3,000 obus et 3,000 coups de 12.

J’ai donné ordre qu’il fût mis 100,000 francs à votre disposition. Faites-moi connaître ce qu’il faut que j’ordonne pour lever tous les obstacles, et pour que je sois abondamment pourvu de souliers ; ce pays n’en fournit pas du tout. J’attends de votre zèle qu’avant le ler février les 16,000 conscrits qui sont à Bayonne seront en Espagne, où ils serviront merveilleusement sur mes derrières pour les garder; mais il faut qu’ils soient en bon état et qu’il ne leur manque rien.

 

Madrid, 21 décembre 1808

A l’Impératrice, à Paris

Tu dois être entrée aux Tuileries le 12. J’espère que tu auras été contente de ters appartements.

J’ai autorisé la présentation, à toi et à la famille, de Kourakine (Alexandre Kourakine – 1752-1818 – ambassadeur de Russie à Paris); reçois-le bien, et fais-le jouer avec toi.

Adieu mon amie; je me porte bien; le temps est pluvieux; il fait un peu froid.

Napoléon

 

 

Madrid, 22 décembre 1808.

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

On se plaint du sieur Herman qui tient des propos à Paris. Pourquoi cet individu a-t-il ´rt´r à Paris, puisqu’il faisait partie de l’armée de Portugal ? C’est votre faute.Donnez-lui l’ordre d’en partir sur-le-champ pour se rendre à Bayonne. Témoignz-lui mon mécontentement de ses déclamations. S’il avait des rapports à faire sur de prétendues voleries de généraux, il ne les devait qu’à vous et ne devait pas en étourdir la société.

 

Madrid, 22 décembre 1808

A l’impératrice Joséphine, à Paris

Je pars à l’instant pour manoeuvrer les Anglais, qui paraissent avoir reçu leurs renforts, et vouloir faire les crânes. Le temps est beau; ma santé parfaite; sois sans inquiétude.

 

Madrid, 22 décembre 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le général Clarke, vous donnerez l’ordre au prince de Ponte-Corvo d’évacuer tout le Danemark et de rendre les forteresses aux troupes du Roi. Je croyais avoir donné déjà cet ordre. Je l’autorise cependant à laisser garnison à Altona.

 

Madrid, 22 décembre 1808.

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, donnez ordre au régiment du grand-duc de Würzburg, qui est arrivé à Metz, de continuer sa route sur Bordeaux.

Aussitôt que la division de 5 à 6,000 hommes, composée des bataillons des 75e, 28e et 58e de ligne et des détachements des 2e, 12e, 4e et 15e légers, sera prête et fournie de ses capotes, de ses deux paires de souliers dans le sac, etc. , vous la ferez partir pour Bayonne. Chargez un général de brigade du commandement de cette colonne, et qu’elle ait un séjour au moins tous les quatre jours de marche.

 

Chamartin, 22 décembre 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, au Pardo

Mon Frère, le major général a dû vous envoyer vos ordres et vous faire connaître l’emplacement et la force des différents corps qui restent dans votre commandement pour la ville de Madrid.

Je vous envoie différentes notes que je désire que vous lisiez avec attention pour vous servir de règle.

Envoyez un général de brigade de votre suite à Guadalajara, pour prendre le commandement du corps qui s’y trouve et vous instruire directement de ce qui se passe. Si la division Ruffin n’était pas arrivée ce soir, envoyez sur le chemin de Tolède pour savoir pourquoi elle n’arrive pas.

NOTES.

L’Empereur est parti avec une force égale à celle qu’il laisse sous le commandement du Roi, mais un peu inférieure en cavalerie, pour se porter sur Valladolid.

Les coureurs doivent être aujourd’hui à Medina del Campo , et le maréchal Ney doit avoir son quartier général à Arevalo.

L’Empereur sera probablement cette nuit à Villacastin.

La manoeuçre des Anglais est extraordinaire. Il est prouvé qu’ils ont évacué Salamanque. Il est probable qu’ils ont fait venir leurs bâtiments de transport au Ferrol, pensant qu’il n’y avait pas de sûreté pour eux à se retirer sur Lisbonne, vu que de Talavera nous pouvons nous porter sur la rive gauche du Tage et leur fermer ce fleuve. Peniche d’ailleurs n’a pas de rade. Avec toute la cavalerie qu’ils ont, ils pensent ne pouvoir s’embarquer que dans un bon port et sous la protection d’une place forte. Tout porte donc à penser qu’ils évacuent le Portugal et qu’ils portent leur ligne d’opération sur le Ferrol, qui leur offre ces avantages.

Mais, en faisant ce mouvement de retraite, ils peuvent espérer de faire essuyer un échec au corps du maréchal Soult, et ils ne se sont décidés que lorsqu’ils se sont assuré une bonne retraite et pris leur direction sur la droite du Duero. 1° Ils peuvent ainsi avoir fait ce raisonnement : si les Français s’engagent dans Lisbonne, nous évacuerons sur Oporto et nous serons encore dans notre ligne d’opération du Ferrol. 2° Ils peuvent avoir l’espoir de recevoir de nouveaux renforts. Mais, quel que soit le projet des Anglais, il va donner lieu à des événements qui auront une grande influence sur la finale de toutes les affaires.

Le seul but réel du Roi doit être de garder Madrid. Tout le reste est de peu d’importance. Tous les débris des armées espagnoles même ne peuvent faire face devant les 8,000 hommes de cavalerie qui sont laissés au Roi.

Dans la position qu’occupe l’armée qui couvre Madrid, elle garde le Tage, la droite appuyée à Talavera et la gauche du côté de sa source, en avant de Guadalajara. L’ennemi ne peut venir que par l’Estrémadure ; et le duc de Danzig a le double de forces qu’il lui faut contre lui. Si, selon l’ordre que j’ai donné, il le bat dans la journée du 24 et l’éparpille bien , son corps deviendra entièrement disponible. Après l’affaire, il doit faire une tête de pont à Aimaraz , y laisser la division Lasalle et quelques compagnies de voltigeurs, et revenir avec son infanterie sur Talavera, pour aider aux manoeuvres générales que commandera l’Empereur à Avila et Ciudad-Rodrigo, ou bien se porter sur Tolède et Madrid, par les ordres du Roi, pour venir au secours de la capitale.

L’ennemi peut venir d’Andalousie. Nos postes ont été au Manzanares. La plaine est nue, et tout peut se borner de ce côté à repasser la Sierra-Morena. Au pis aller, le maréchal Victor, avec la division Latour-Maubourg, les divisions Ruffin et Villatte, aurait de quoi faire face à ce qui pourrait venir, soit du côté de l’Andalousie, soit du côté de Tarancon par Cuenca. Il paraît y avoir de ce côté plus de troupes, et il y a là une division qui couvre Valence et qui est dans les montagnes de Cuenca. On pense que le maréchal Victor doit donner quelques compagnies de voltigeurs à la brigade de cavalerie qui est à Tarancon. La position d’Aranjuez est très-bonne. C’est le vrai point pour s’opposer à ce qui viendrait, soit du côté de Cuenca, soit du côté d’Andalousie.

Il ne serait pas prudent de laisser Madrid avec la division Leval et la division Ruffin se portant pour soutenir le maréchal Victor, il faudrait que le corps du duc de Danzig rétrogradât de deux marches sur Madrid; et même, après le combat qu’il va livrer, on lui aurait donné cet ordre, si d’un côté on n’avait pensé qu’on serait assez à temps et que les événements qui vont se passer d’ici à peu de jours changeraient la face des affaires, et de l’autre si un mouvement rétrograde n’était pas toujours d’un mauvais effet. Si Talavera était évacué et que l’ennemi y rentrât, ce serait sans doute d’un mauvais effet. Cependant cette considération ne devrait pas arrêter, s’il y avait nécessité, mais elle n’existera pas tant que l’Empereur laissera ces forces à Madrid.

Quant à Madrid, il y a cinq pièces courtes avec affût; il faut les mettre en batterie. On a travaillé aux fortifications ; il est essentiel d’y travailler avec activité. Il faut placer les établissements et magasins dans la Porcelaine, activer la confection de l’habillement et veiller à ce que le Retiro soit prêt pour 4 à 5,000 hommes pour un mois. Si le génie fait son devoir et est secondé, dans dix jours les 3,000 Allemands, avec un commandant ferme, doivent pouvoir s’enfermer dans la Porcelaine et être en état d’y tenir dix jours contre toutes les forces de l’Espagne réunies, jusqu’à ce qu’ils aient été dégagés.

Le Roi , en passant du Pardo par le dehors de la ville, fera bien d’aller voir les magasins ; et, dans deux ou trois jours, il pourra aller voir le palais, toujours en passant par le dehors de la ville.

Il faut faire continuer la signature du registre comme à l’ordinaire, poursuivre l’exécution des mesures ordonnées par l’Empereur avec la plus grande activité, telles que le placement des meubles provenant des maisons des condamnés, dans le Retiro, et la recherche de leurs biens, presser les confections d’habillements et organiser des magasins au Retiro.

Quant à l’habillement des troupes du Roi, l’Empereur a ordonné que 1,200 vestes et culottes rouges , chapeaux, etc., fussent mis à la disposition du général Salligny pour habiller le bataillon espagnol étranger ; que 400 vestes blanches, 400 culottes bleues, chapeaux, etc. , fussent remis à l’Escurial pour les recrues de la garde royale. On peut les prendre dès aujourd’hui et en habiller ces recrues, afin que ce corps de l’Escurial ait une tournure. On suppose qu’ils sont déjà habillés et armés. Si cela est ainsi, ils pourraient déjà rendre des services au moins pour les communications, surtout s’ils ont des officiers et des sous-officiers de la Garde. On pourrait donc mettre 150 hommes au Puerto de Guadarrama, 150 à la poste, où est le piquet de gendarmerie, 150 à moitié chemin de Guadarrama à Villacastin et 150 à Villacastin; ce qui ferait 600 hommes. Le Roi pourrait encore faire mettre 150 hommes et une demi-compagnie de cavalerie à mi-chemin entre Guadarrama et Ségovie, afin d’avoir fréquemment des nouvelles de cette ville, où doivent être conduits nos blessés et les prisonniers que nous ferons. Il y a dans ces différents postes 6 gendarmes d’élite auxquels ils prêteront main-forte. Il faudrait mettre dans leur uniforme un signe qui les distinguât des Espagnols, tel qu’une raie bleue au bras, par exemple. Le reste pourra garder l’Escurial, et, sur l’état de situation qui en sera envoyé au major général, on pourrait en faire venir 400 pour réunir à la garde du Roi. Il est nécessaire que le Roi ait au Pardo la moitié de sa garde à pied, sa cavalerie et son artillerie à pied; s’il peut y joindre 400 hommes du régiment dont il est fait mention ci-dessus, cela formera au Pardo une petite réserve de 2,000 hommes, qui ne peut qu’être utile.

Administration. Il faut prendre des mesures pour approvisionner les magasins de Madrid, y avoir 12,000 quintaux de farine, y diriger, lorsqu’on sera sur que nous sommes à Valladolid, 20,000 rations de pain, et après cela 20,000 rations de biscuit pour renfermer dans la Porcelaine. Le Roi enverra un de ses officiers à Ségovie, avec ordre de faire partir pour l’armée, en les dirigeant sur Villacastin, tous les jours, 5,000 rations de pain et 20,000 rations de vin ou d’eau-de-vie. Il sera nécessaire que demain le Roi envoie un de ses aides de camp au maréchal Victor à Aranjuez, et au général Latour-Maubourg, et un à Talavera au duc de Danzig. Il sera convenable de tenir un poste d’observation de 25 chevaux et de 50 hommes à pied entre Alcala et Madrid.

Il y a un dépôt de cavalerie à Leganes; il faut y réunir tous les détachements de cavalerie qui arrivent à l’armée. En moins de huit jours, il y arrivera plus de 1,000 chevaux, appartenant aux divisions Latour-Maubourg, Milhaud, Lasalle et Lahoussaye ; on les fera reposer, on en passera la revue, et on prendra mes ordres pour leur destination, sans en laisser partir aucun sans mon ordre. Si le Roi place là un de ses aides de camp pour les retenir et les réunir dans ce dépôt, il se procurera en peu de jours une ressource de 1,200 chevaux.

Quant aux hommes isolés, il y en a cinq dépôts au Retiro. Tout ce qui appartient au maréchal Soult, soit infanterie, soit cavalerie, sera dirigé sur Ségovie. Beaucoup de généraux arrivent, leur destination est ci-jointe.

Il faut avoir soin qu’aucun détachement ne parte, ni pour le corps du duc de Danzig, ni pour Aranjuez, ni pour aucun autre corps. On aura par ce moyen deux milliers d’hommes au Retiro en peu de temps. L’état en sera envoyé au major général, et, sur l’ordre de l’Empereur, on les fera partir, hormis ceux appartenant à la division Ruffin, en ayant soin qu’ils soient bien habillés, armés, équipés, et qu’ils aient leurs cinquante cartouches par homme.

 

Madrid, 22 décembre 1808

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’Empire, à Paris

Sa Majesté part, en ce moment, pour suivre la direction de Valladolid et se rapprocher du point où il peut y avoir encore des opérations intéressantes. Elle m’ordonne de vous écrire les détails ci-après, sans faire connaître cependant s’ils sont destinés à être rendus publics textuellement. Elle s’en remet à la prudence de Votre Altesse Sérénissime, qui jugera ce qu’il convient de dire pour satisfaire l’impatience du public et dissiper des inquiétudes qui seraient extrêmement mal fondées.

Les Anglais ont enfin donné signe de vie; il paraît qu’ils abandonnent le Portugal et qu’ils prennent une autre ligne d’opération. Ils ont marché sur Valladolid. On est en mouvement, depuis trois jours pour les manoeuvrer et se porter sur leurs derrières. Des événements intéressants peuvent bientôt avoir lieu. Si les Anglais ne se dirigent pas vers la mer et ne nous gagnent pas de vitesse, il sera difficile qu’ils échappent, et ils payeront cher l’entreprise qu’ils ont osé former sur le continent.

Le secrétaire d’État, H. B. Maret

 

Chamartin, 22 décembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général, à Chamartin

L’artillerie de la division Dessolle et sa 1e brigade se mettront en marche pour se rendre sur la route de Guadarrama; la 2e, aussitôt que la tête de la division Ruffin sera arrivée. Cette division couchera demain entre Guadarrama et Villacastin. Le général Dessolle fera connaître, par un aide de camp, l’endroit où il couchera ce soir, le lieu où sera sa 2e brigade, et où il couchera demain. S’il ne reçoit pas d’ordres, il continuera sa route à grandes marches sur l’armée qui se réunit à Medina del Campo, le général Dessolle pourra partir dès qu’il saura que la tête de la division Ruffin est à une lieue de Madrid.

Donnez ordre au régiment de hussards hollandais de partir avec tout ce qu’il a de disponible. Il fera partie de la brigade d’Avenay, ce qui fera 700 chevaux. Il joindra à las Rozas.

 

Chamartin, 22 décembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général, à Chamartin

Mon Cousin, donnez ordre au général d’Avenay de prendre le commandement de trois escadrons de dragons, savoir : un escadron du 12e de dragons, fort de 180 chevaux, un du 16e, fort de 116 chevaux, et un du 21e, fort de 130. Le général d’Avenay se rendra à cet effet au dépôt de Leganes. Il y a à ce dépôt d’assez forts détachernents des 15e et 22e de chasseurs et du 2e de hussards. S’il peut y réunir des chevaux en bon état et former une cinquantaine d’hommes, il les réunira sous son commandement; mais il faut que les chevaux soient en bon état et puissent marcher. Il passera la revue de cette troupe aujourd’hui et partira à quatre heures après midi, pour aller coucher au village de las Rozas sur la route de Guadarrama ; il aura soin que ses dragons aient du pain pour deux jours, qu’ils aient des cartouches et leurs fusils en bon état. Demain il partira à la pointe du jour pour passer la montagne, suivra la route de Villacastin et le mouvement de la Garde impériale.

Le général Paris aura le commandement supérieur du Retiro.

 

Chamartin, 22 décembre 1808

A Alexandrer, prince de Neuchâtel, major-général, à Chamartin

Mon Cousin, donnez ordre au général Dessolle qu’il donne ordre au bataillon du 43e, à l’obusier et à une pièce de canon, de rejoindre à marche forcée sa division, deux bataillons du 55e étant suffisants à Guadalajara. Ainsi le bataillon qu’il a avec lui suivra sa division. Par ce moyen, sa division sera entière, hormis deux bataillons du 55e.

 

Chamartin, 22 décembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général, à Chamartin

Mon Cousin, écrivez au général Mathieu Dumas que le maréchal Ney a eu son quartier général à Villacastin hier, qu’il sera demain à Medina, que moi-même j’y seri de ma personne; que toute la Garde est partie; que probablement le 24 ou le 25 au plus tard nous serons à Valladolid ; que le générai Tilly commande à Ségovie, où il a une forte garnison ; qu’il faut faire connaître ces nouvelles au maréchal Soult, pour qu’il se règle en conséquence; que, si le général Delaborde, qui doit avoir été rejoint par sa 2e division, a reçu des ordres du maréchal Soult et les a exécutés, il a bien fait; que s’il n’a pas reçu d’ordres de ce maréchal, il doit marcher sur Palencia, se réunir au général Lorge et faire sa jonction sur moi, soit par Valladolid, soit par la gauche, si les Anglais veulent tenir à Valladolid ; que le principal est que le général Delaborde ne reste pas à Burgos, point trop éloigné de l’ennemi et du théâtre des événements; il devinera par les mouvements de l’ennemi ce qui se passera. Nous serons probablement le 25 à Valladolid ; qu’il fasse faire du pain à Burgos; qu’il le se dirige sur Valladolid ; que, jusqu’à ce que les communications soient ouvertes avec Valladolid, il retienne à Burgos tout ce qui arriverait pour l’armée : estafettes, courriers, caissons, convois, officiers d’ordonnance des maréchaux Mortier, Moncey, etc. On n’écrit pas au maréchal Soult, ni au général Lorge, ni au général Delaborde; mais cette lettre leur est commune. En cas de réunion du général Lorge avec le général Delaborde, du général Millet, du général Loison avec le général Delaborde, c’est le général Delaborde qui commandera.

 

Chamartin, 22 décembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général, à Chamartin

Mon Cousin, faites connaître aux corps des maréchaux Victor et duc de Danzig, aux divisions Lasalle, Milhaud, Latour-Maubourg et à la garnison de Madrid, que j’ai nommé le roi d’Espagne mon lieutenant, et que, jusqu’à mon retour à Madrid, les corps désignés ci-dessus recevront ses ordres. Le maréchal Jourdan expédiera les ordres du Roi, comme chef de son état-major. Vous ferez connaître au Roi que le corps du duc de Danzig est à Talavera de la Reina; qu’il est composé de la division Sebastiani de quatre régiments francais, formant 6,000 hommes; de la division Valence de trois régiments polonais, formant 4,000 hommes; du 5e régiment de dragons et d’un régiment de chevau-légers westphaliens de 800 hommes, et de vingt-quatre pièces de canon; que la division Milhaud est en avant de Talavera, composée de trois régiments de dragons et de six pièces de canon; que la division Lasalle est à Almaraz (l’ennemi occupant le pont sur la rive gauche du Tage), composée du 10e régiment de chasseurs, du 9e de dragons, des lanciers polonais et du 5e de chasseurs, formant deux brigades; que j’ai donné l’ordre au duc de Danzig d’attaquer les 10 ou 12,000 hommes qui sont derrière Almaraz dans la journée du 24, de leur prendre leurs canons, de les faire poursuivre par sa cavalerie et de les éparpiller; ce qui produira deux effets : le premier, d’avoir des nouvelles positives de ce qui se passe en Portugal, ensuite d’être à même de marcher sur Madrid, Ciudad-Rodrigo ou Tolède, selon que les circonstances l’exigeront.

Vous ferez connaître au Roi que le corps du maréchal Victor est à Tolède composé des deux divisions Ruffin et Villatte; que la division Ruffin a eu ordre de se rendre à Madrid, où elle doit arriver ce soir; que le corps du maréchal Victor avec la division Villatte a ordre de se rendre le 24 à Aranjuez en laissant un bataillon, le 26e de chasseurs et deux pièces de canon à Tolède; que ce maréchal aura sous ses ordres la division Latour-Maubourg, composée de six régiments de dragons partagés en trois brigades, avec six pièces de canon; qu’une de ces brigades est à Madridejos, ayant des reconnaissances sur Manzanares; qu’une autre brigade est à Tarancon, et la 3e brigade à Aranjuez, observant la route de San-Clemente; que le 55e de ligne et deux pièces de canon se trouvent à Guadalajara; que ce régiment, qui est là en observation, est également sous les ordres du maréchal Victor; que le général Latour-Maubourg a dû lui envoyer 150 chevaux; qu’il est convenable que le Roi envoie le général Merlin ou un de ses généraux de brigade, intelligents, qui puisse sans difficulté commander, et un colonel pour éclairer les routes de Valence et de Saragosse, avec l’instruction de ne jamais se laisser couper de Madrid; que la ville de Madrid a pour garnison la division Leval, composée de deux régiments allemands, avec huit pièces de canon, un régiment de hussards hollandais, et la division Ruffin qui arrive ce soir; et que la division Dessolle laisse une brigade à Madrid, jusqu’à ce que la division Ruffin soit arrivée.

RÉCAPITULATION. Corps du duc de Danzig : 10,000 hommes d’infanterie, 700 de cavalerie, 24 pièces d’artillerie; division Milhaud, 1,300 hommes de cavalerie et 6 pièces d’artillerie; division Lasalle, 2,000 hommes de cavalerie; total, 10,000 hommes d’infanterie, 4,000 de cavalerie, 30 pièces d’artillerie.

Corps du maréchal Victor : division Villatte, 5,000 hommes; division Ruffin , 6,000 , 400 pièces d’artillerie; division Leval, 3,000 hommes et 8 pièces d’artillerie; 55e régiment, 3,000 hommes; total, 17,000 hommes et 48 pièces d’artillerie.

Division Latour-Maubourg : 3,000 hommes de cavalerie et 6 pièces de canon; 300 du 26e de chasseurs; 300 hommes des chevau-légers hollandais; total, 3,600 hommes de cavalerie et 6 pièces de canon.

Garde royale : infanterie, 2,000 hommes; cavalerie, 300; artillerie, 6 pièces.

Il y aura donc sous les ordres du Roi : infanterie, 28,000 hommes; cavalerie, 8,000; artillerie, avec les sapeurs , les dépôts, etc., 4,000 hommes; soit 40,000 hommes et 90 pièces de canon.

 

Villacastin, 23 décembre 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, au Pardo

Mon Frère, j’ai passé le Guadarrama avec une partie de ma Garde et par un temps assez désagréable. Ma Garde couchera ce soir à Villacastin. Le maréchal Ney est à Medina. Les Anglais paraissent être à Valladolid, probablement avec une avant-garde, et être en position à Zamora, Benavente avec le reste de leur armée. Il paraît qu’ils ont établi leur ligne d’opération sur la Coragne.

Dans vos instructions, vous aurez vu que la principale affaire est Madrid. La division Ruffin doit être arrivée. Faites mettre dans les journaux de Madrid que 20,000 Anglais sont cernés et perdus. Faites aussi mettre dans les journaux la lettre ci-jointe, qui fera voir aux Espagnols comment ils sont traités par leurs chers alliés, avec des observations sur ceux qui ont appelé les Anglais en Espagne, qui est ainsi dévastée par ses ennemis et ses alliés.

J’ai ordonné que, de Boceguillas, les hommes isolés, les convois et tout fût dirigé sur Ségovie, qui devient le centre des opérations de l’armée.

Je suppose que le maréchal duc de Danzig attaquera demain l’ennemi qui est devant lui, prendra son canon et le fera poursuivre par la cavalerie. Dès lors il deviendra disponible pour se porter sur quelque point que ce soit.

Le 2e de dragons doit être arrivé à Madrid. Les deux bataillons du 55e qui sont à Guadalajara ont besoin d’être conduits par un officier intelligent. S’ils étaient menacés d’être attaqués, ils pourraient se replier sur Alcala.

Le temps est assez froid.

Prenez des mesures pour que les postes de las Rozas et de Guadarrama soient bien organisés, afin de pouvoir communiquer.

Cette petite ville-ci s’est bien comportée; la plupart des habitants sont restés.

 

Arevalo, 24 décembre 1808

ORDRE POUR LE GÉNÉRAL LAHOUSSAYE.

Le général Lahoussaye se rendra avec sa brigade au premier village sur la route d’Olmedo. Il enverra 50 ou 60 hommes à Olmedo enlever les lettres de la poste et savoir des nouvelles de Valladolid. Il enverra ici un aide de camp prendre des ordres. Il fera faire du pain à Olmedo.

Tordesillas, 25 décembre 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, au Pardo

Sire, l’Empereur me charge d’expédier un homme du pays à Votre Majesté. Nous sommes à Toro, à Tordesillas où est le quartier général impérial, à Valladolid, et notre cavalerie légère à Medina de Rio Seco. Nous avons pris quelques Anglais égarés. Rien n’est encore clair sur leur position ; tout porte à croire qu’ils se retireront sur la Corogne.

Nous espérons les joindre. Tout va bien ; nous sommes dans un pays abondant en pain et en vin.

 

Tordesillas, 26 décembre 1808, trois heures après midi

Au maréchal Ney, duc d’Elchingen, commandant le 6e corps, à Medina de Rio Secp

Je reçois, au moment même, des lettres du maréchal Soult datées de Carrion, ce matin à trois heures. L’officier n’a mis que douze heures pour venir. Voici sa position : il est à Carrion avec deux de ses divisions; la division Delaborde est à Paredes; le général Lorge, avec sa division de cavalerie, est à Frechilla; le général Franceschi est à Cardefiosa. Les Anglais étaient la droite à Villalon, la gauche à Sahagun. La Romana, de Léon, marchait pour se réunir aux Anglais. Le maréchal Soult croyait être attaqué demain 27 , et , dans cette hypothèse, il était incertain s’il n’attaquerait pas. Je lui ai mandé de n’en rien faire ; mais il devient urgent de concentrer vos troupes sur Medina de Rio Seco, afin de pouvoir marcher par Villalon ou Valderas. Je lui ai donné l’ordre, dès qu’il verrait l’ennemi en retraite, de le poursuivre l’épée dans les reins. Le maréchal Soult a 20,000 hommes d’infanterie et 3,000 hommes de cavalerie. Si vous entendiez le feu demain matin, il faudrait marcher droit sur le feu. Nous nous mettrons tous en marche demain, à la pointe du jour, pour Medina de Rio Seco.

 

Tordesillas, 27 décembre 1808, trois heures de matin.

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, au Pardo

Mon Frère, je reçois votre lettre du 24. Berthier vous écrit. Si l’ennemi entreprend un mouvement, ce sera probablement par Cuenca. On peut l’arrêter autant de temps que l’on veut au passage du Tage, qui est sans pont dans sa partie supérieure. L’ennemi n’a rien qui puisse résister à la division Latour-Maubourg et aux divisions Villatte et Ruffin. Je pense que vous aurez bientôt 2,000 hommes isolés appartenant à différents corps arrivant à Madrid. Il faut les organiser en régiments provisoires, et vous en servir pour garder le Retiro. Je suppose que le duc de Danzig a battu l’ennerni le 24, et qu’il sera de retour le 26 à Talavera. Donnez-lui ordre de revenir avec la division Sebastiani et la division Milhaud à Tolède; alors, en cas de mouvement de l’ennemi, vous pouvez réunir à Aranjuez les divisions Sebastiani, Villatte et Ruffin, les divisions Latour-Maubourg et Milhaud, le 26e de chasseurs et le 2e de hussards : c’est plus qu’il ne faut. Pendant que ces troupes se réuniraient sur Aranjuez , en cas de besoin la division Valence s’approcherait de Madrid, et le général Lasalle, soutenu de quatre compagnies de voltigeurs, garderait le pont d’Almaraz. Je crois que c’est là la position la plus naturelle. Je pense que le général Lucotte doit avoir des postes d’observation le long du Tage, aux différents bacs.

Le général Lahoussaye est entré à Valladolid. L’ennemi n’y a pas paru depuis huit jours, qu’il y a envoyé un parti de 100 hommes pour enlever l’intendant et prendre 300,000 réaux; il y a depuis renvoyé l’intendant. Le maréchal Soult est à Carrion. Les Anglais sont vis-à-vis de lui. Je suis, avec ce qui arrive de Madrid, sur la droite des Anglais. Les Anglais paraissent être au nombre de 36,000. Aujourd’hui je serai à Medina de Rio Seco, et probablement qu’aujourd’hui ou demain de grands événements auront lieu. Si les Anglais n’ont pas déjà battu en retraite, ils sont perdus; et, s’ils se retirent, ils seront poursuivis jusqu’à leur embarquement, de manière que la moitié certainement ne se rembarquera pas. J’ai déjà mandé qu’on ne nous envoie plus de pain. Il faut faire un peu de biscuit et en charger les charrois pour les autres divisions. Surtout qu’on approvisionne la Porcelaine.

Faites mettre dans les journaux et répandre partout que 36,000 Anglais sont cernés; que je suis à Benavente, sur leurs derrières, tandis que le maréchal Soult est devant eux. Et, si l’ennemi faisait un mouvement sur Aranjuez, faites des cérémonies pour célébrer ces succès. Cette nouvelle ne tardera pas à vous arriver. Envoyez-moi un millier d’exemplaires de la proclamation que j’ai faite, et un millier de journaux qui ont paru à Madrid depuis votre entrée.

P. S. Donnez le commandement du corps d’observation du général Lucotte au maréchal Victor.

Medina de Rio Seco

Au maréchal Bessières, duc d’Istrie, commandant de la réserve de cavalerie

Le maréchal Bessières fera monter à cheval toute la cavalerie sous ses ordres, à six heures, et se portera à Aguilar de Campo, où se rend l’Ernpereur. Un aide de camp sera rendu à sept heures à Aguilar pour porter l’état de situation de toute la cavalerie; ne pas oublier si elle a son artillerie. Il enverra également un officier d’état-major pour faire avancer l’artillerie, si elle n’y est pas, et toute la cavalerie, soit celle du général d’Avenay, soit celle du général Maupetit.

 

Valderas, 29 décembre 1808

Au général Lefebvre-Desnouettes, commandant les chasseurs de la Garde impériale

Je reçois votre lettre. Je suppose que vous avez appelé à vous les Polonais qui étaient à Villafrechos. Le général Durosnel était arrivé ici. Il part à la pointe du jour pour vous rejoindre; il part pour vous rejoindre si l’ennemi occupe le pont avec l’infanterie. S’il n’est pas possible de le forcer, ne compromettez point ma Garde. Ce qu’il m’importe de savoir, c’est si l’ennemi prend sa retraite sur la route de Zamora ou sur celle d’Astorga. La route de Benavente à Zamora fait un angle très-aigu avec la route de Rio Seco à Benavente. Ainsi, en jetant des partis sur votre gauche, on devrait avoir des nouvelles, quoique je suppose que l’ennemi aura abandonné le pont, le maréchal Ney passant le gué à Villafer.

 

Benavente, 30 décembre 1808

Au général de Caulaincourt, duc de Vicence, ambassadeur de l’Empereur près l’Empereur de toutes les Russies, à Saint-Pétersbourg

J’ai partagé votre douleur de la mort d votre père. Vous savez que je lui étais sincèrement attaché. Il me semble qu’il était encore jeune. Ne doutez pas que je ne sois toujours le même pour votre famille.

 

Benavente, 31 décembre 1808

A l’Impératrice Joséphine, à Paris

Mon amie, je suis à la poursuite des Anglais depuis quelques jours mais ils fuient épouvantés. Ils ont abandonné les débris de l’armée de la Romana, pour ne pas retarder leur retraite d’une demi-journée. Plus de cent chariots de bagages sont déjà pris. Le temps est bien mauvais.

Lefebvre (Lefebvre-Desnouettes) a été pris. Il m’a fait une échauffourée avec 300 chasseurs; ces crânes ont passé une rivière à la nage , et ont été se jeter au milieu de la cavalerie anglaise. Ils en ont beaucoup tué; mais, au retour, Lefebvre a eu son cheval blessé : il se noyait; le courant l’a conduit sur la rive où étaient les Anglais, il a été pris. Console sa femme.

Adieu, mon amie. Bessières, avec 10,000 chevaux, est sur Astorga.

Bonne année à tout le monde.

 

Benavente, 31 décembre 1808

Au prince de Cambacérès, Archichancelier de l’Empire, à Paris

Mon Cousin, je reçois vos lettres des 20 et 21 décembre, où je vois qu’il a fait à Paris le même temps qu’en Espagne du 18 au 21. Les projets de lois auront sans doute été pris, car je ne les ai pas reçus. Vous aurez dû recevoir mon décret pour fermer le Corps législatif au 30 décembre.

 

Benavente, 31 décembre 1808.

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Vous recevrez un décret pour la levée de la conscription de 1809. Il est nécessaire que vous arrêtiez avec M. Dejean un projet qui me fasse connaître ce qu’il faut pour les remontes, selles, attelages d’artillerie et équipages militaires, pour que les deux armées ne manquent de rien. Il est indispensable que nous nous tenions prêts au mois de mars, si l’Autriche voulait bouger, et il paraît que cette puissance est vivement intriguée par l’Angleterre. Il sera difficile, si le ministère anglais dure et que la nouvelle de la soumission de l’Espagne n’amène pas de changement, que les Autrichiens ne fassent pas quelque sottise.

 

Benavente, 31 décembre 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, au Pardo

Mon Frère, mon avant-garde est sur Astorga. Les Anglais fuient, à toutes jambes et abandonnent munitions de guerre , caisses , bagages, etc. Il y a plus de deux cents voitures sur la route d’Astorga.

Le maréchal Soult a battu 3,000 hommes de la Romana à Mansilla, en a pris 1,500 et deux drapeaux. C’est Franceschi qui a battu ces 3,000 hommes avec sa cavalerie. Il doit être entré hier à Léon et marcher sur Astorga.

Les Anglais ont non-seulement coupé les ponts, mais même ils ont fait sauter les arches avec des mines, conduite barbare et inusitée à la guerre, et qui ruine le pays en pure perte. Aussi sont-ils en horreur à tout le pays. Ils ont tout enlevé, boeufs, matelas, couvertures, et, par-dessus cela, maltraité et bâtonné tout le monde. Il n’y avait pas de meilleur calmant pour l’Espagne que d’y envoyer une armée anglaise. Il faut faire relever cela dans les journaux. Urquijo peut y insérer des lettres écrites de Valderas, de Benavente, de Léon, etc., où ils ont chassé les moines, qui peindraient leurs brigandages. Leur force réelle est de 20 à 21,000 hommes d’infanterie et de 4 à 5,000 hommes de cavalerie, avec une quarantaine de pièces de canon. Ils doivent de la reconnaissance aux obstacles qu’a opposés le passage de la montagne de Guadarrama et aux infâmes boues que nous avons rencontrées.

La brigade hollandaise doit être à Madrid; si elle était encore à Aranda, envoyez-lui l’ordre de s’y rendre. Un bataillon hessois doit être à Ségovie : réitérez-lui l’ordre de s’y rendre. Vous avez bien fait de retenir le bataillon du 43e. Le commandant de Tolède a perdu la tête d’évacuer cette ville sans raison. Ce qu’il a vu sur ses derrières est un rassemblement de paysans, qui ont profité de la faute qu’a faite le duc de Danzig de ne pas laisser de postes à Talavera, pour faire une échauffourée.

La division Dessolle rentre à Madrid. Si vous n’êtes pas pressé de l’avoir, laissez-la deux on trois jours à Villacastin pour rallier son monde et se reposer un peu.

Je n’ai point de nouvelles de Saragosse.

Le général Lefebvre, commandant les chasseurs de ma Garde, s’est fait prendre. Je l’avais envoyé en reconnaissance avec un détachement de chasseurs de ma Garde, en lui recommandant de ne pas se compromettre. Il a passé la rivière vis-à-vis de Benavente et a rencontré 3,000 hommes de cavalerie anglaise qu’il a chargés ; il en a tué beaucoup; il a été obligé de céder au nombre; mais, en repassant la rivière, son cheval étant blessé, il se noyait, lorsque deux Anglais l’ont sauvé. Cette affaire m’a coûté une soixantaine de mes chasseurs, blessés, tués ou pris. Vous sentez combien cela m’a été désagréable. Le soir, j’avais 8,000 hommes de cavalerie au même endroit; mais les Anglais étaient déjà loin.

On s’aperçoit dans les campagnes que mes proclamations font du bien. Il faut en envoyer plusieurs milliers à Léon, à Salamanque, à Valladolid. Il faut faire faire des pamphlets espagnols qui peignent la mauvaise situation de l’Espagne, livrée à la mauvaise foi des Anglais. On peut en dire beaucoup de mal, car tout le monde en est mécontent. Il faut faire grand bruit des adresses de la ville de Madrid. Je pense que Madrid doit envoyer des députations à Valladolid, Salamanque, Léon, Guadalajara, Ségovie, Tolède, etc., pour inviter ces villes à faire la même chose. Il faut qu’elle fasse une adresse à toutes les provinces et qu’elle envoie des députations à Séville et à Valence, lorsque surtout cette première démarche des autres villes aura fait effet.

Vingt-deux compagnies de marche, faisant 3,000 hommes, doivent être arrivées à Madrid.

 

Benavente, 31 décembre 1808.

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Le bruit court à l’armée que j’ai nommé le sieur Coigny, aide de camp du général Sebastiani, capitaine, tandis qu’il n’est que lieutenant. Je suppose que vous n’aurez pas expédié mon décret, et que vous en aurez appelé de l’Empereur mal instruit à l’Empereur mieux informé; du moins tel était votre devoir. Vous me présenterez un décret pour le nommer lieutenant. J’ai voulu l’avancer d’un grade et non de deux. Si le décret disait : ” Le sieur Coigny, lieutenant., est nommé capitaine “, ce qui serait une erreur de copiste, vous ne devriez pas l’expédier; mais s’il dit : “Le sieur Coigny, sous-lieutenant, est nommé capitaine “, il est clair qu’il est fait sur une fausse supposition.

 

Benavente, 31 décembre 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Je crois vous avoir écrit qu’il n’y avait pas de difficulté à permettre aux généraux impliqués dans l’affaire de Bailen de voir leurs femmes et à mettre en liberté tous les officiers, hormis les quatre généraux qui ont eu la principale part dans cette affaire.

 

Benavente, 31 décembre 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Faites partir des mouches et autres bâtiments pour porter les bulletins d’Espagne à Santo-Domingo. Faites préparer à Brest neuf vaisseaux et quatre frégates, avec le plus de vivres possible, lesquels se rendront tous devant Santo-Domingo et porteront 3,000 hommes. Il faudra partir à la fin de janvier. Santo-Domingo tiendra probablement plusieurs mois, et ces hommes débarqueront. S’il est pris, ces hommes iront à la Martinique.

 

Benavente, 31 décembre 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Vous verrez que j’approuve les propositions que vous m’avez faites. L’opinion de tout le monde est que l’escadre de Flessingue pouvait sortir, surtout ayant la faculté de passer par le nord ; qu’elle pouvait même prendre des vaisseaux anglais. J’espère, moyennant ces dispositions, avoir bientôt à Toulon seize vaisseaux de ligne. Cette escadre de la Méditerranée m’intéresse au delà de ce que vous pouvez penser. C’est là surtout qu’une escadre peut m’être de la plus grande utilité.

 

Benavente, 31 décembre 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Faire partir deux frégates de Toulon pour Corfou, en les chargeant de poudre, de biscuit, de bombes et de boulets qu’on mettra en forme de lest. La guerre fournira ce qu’il sera nécessaire d’embarquer pour Corfou. Il ne faudra pas oublier une vingtaine d’affûts, des morceaux de fer et des rechanges. Ces frégates passeront l’été à Corfou ; cela est absolument nécessaire pour la défense de l’ile. Les bricks et la frégate qui sont à Corfou se rendront à Venise, où la frégate sera réparée, et l’équipage montera une frégate neuve que j’ai fait faire à Venise. Les bricks feront le service à Ancône et Venise, Si lafrégate ne pouvait pas entrer à Venise, elle pourrait aller à Venise.

 

Benavente, 31 décembre 1808

A M. Fouché, ministre de la polica générale, à Paris

J’ai lu avec intérêt l’Histoire du règne de Louis XV, par Lacretelle. Elle m’a paru, en général, bien écrite et faite dans un bon esprit.

Il n’y aurait pas de mal de tourner en ridicule le style pitoyable et larmoyant des ministres de Hollande. Cela demande à être fait avec un peu de tact.

 

Benavente, 31 décembre 1808

A M. Fouché, ministre de la polica générale, à Paris

Je suis instruit que des familles d’émigrés soustraient leurs enfants à la conscription et ls retiennent dans une fâcheuse et coupable oisiveté. Il est de fait que les familles anciennes et riches qui ne sont pas dans le système sont évidemment contre. Je d´sire que vous fassiez dresser une liste de dix de ces principales familles par département et de cinquante pour Paris, en faisant connaître l’âge, la fortune et la qualité de chaque membre. Mon intention est de prendre un décret pour envoyer à l’École militaire de Saint-Cyr tous les jeunes gens appartenant à ces familles, âgés de plus de seize ans et de moins de dix-huit. Si l’on fait quelque objection, il n’y a d’autre réponse à faire, sinon que cela est mon bon plaisir. La génération future ne doit point souffrir des haines et des petites passions de la génération présente. Si vous demandez aux préfets des renseignements, faîtes-le dans ce sens.

 


 

References   [ + ]

1. Extrait de la Gazette de Madrid, du 9 septembre, contenant l’état des sommes prises au général Dupont et versées à la trésorerie. (Note de la minute.
2. Cette lettre fut adressée à des dates différentes, du 12 au 14 octobre, aux rois de Bavière, de Saxe, de Westphalie, de Wurtemberg, au qrand-duc de Bade et au prince Primat.
3. Note : Dans (prince Eugène) la lettre commence par : Mon Fils, donnez des ordres au général Miollis.