Journal de la division de grenadiers d’Oudinot – Major Dumas

La bataille d’Austerlitz – François Gérard

Jérôme Dumas (1767 – 1841) était le fils d’un chirurgien. Il est pris d’une vocation pour cette profession, mais il choisi la voix militaire. Il entre donc, en 1786, comme soldat dans le régiment Foix-infanterie. Il est déjà chirurgien de 3e classe en 1792, puis interne de l’hôpital militaire de Lyon. En 1801, il entre comme chirurgien major de 2e classe au 1er bataillon de la 28e demi-brigade légère. En février 1804, il devient chirurgien major en titre. C’est à ce titre qu’il fait la campagne de 1805. Dans le Journal qu’il nous a laissé, il a noté les haltes, les lieux de passage, indiquant les dates dans les deux calendriers, grégorien et républicain. Ses notes sont d’un très grand intérêt du point de vue militaire et leur coté anecdotique.


Brünn, le 29  (20), (cantonnement). Nous sommes arrivés devant Brünn à 10 heures du matin avec la division Suchet, nous nous sommes mis en bataille devant la place dans une vaste plaine et avons été passés en revue par l’Empereur qui est descendu dans beaucoup de détails, relatifs aux bataillons, avec les chefs de corps, nous sommes entrés dans la ville à trois-heures après-midi, notre bataillon logea à la citadelle et les officiers logèrent en ville.

Séjour le 30 (21) (cantonnement). Le matin, la division sortit par la porte d’Olmutz, nous nous sommes mis en bataille dans une plaine à une lieue de là, après, nous sommes rentrés en ville et avons repris nos quartiers respectifs.

Séjour le 1er frimaire (ou 22 novembre 1805), (cantonnement). Notre bataillon passa la revue, à la citadelle, du général Dupas; on échangea une quantité de vieux fusils contre des fusils neufs autrichiens , pris à l’arsenal de la citadelle.

Rotzikovitz le 2 (23), (cantonnement). La brigade du général Dupas quitta Brünn pour aller occuper les villages de Carthaus et de Rotzikovitz, les deux autres brigades  restèrent en ville. Je fus logé avec le capitaine Gerrain chez un polacre ne parlant ni français, ni allemand, ni italien, ni latin.

Séjour le 3 (24); le 4 (25); le 5 (26). – Pendant ces trois jours, rien de particulier.

Séjour le 6 (27) (cantonnement). – La division réunie en avant de la porte d’Olmütz, dans la plus grande tenue, a été passée en revue par le maréchal Lannes ainsi que la division Suchet. On a manoeuvré pendant 4 heures; le temps était superbe, comme un des beaux jours d’automne. Le général Junot y est venu, il a témoigné à tous les officiers et grenadiers le plaisir qu’il éprouvait de les revoir.

Au bivouac, le soir près de bois du village de Schlapanitz, le 7 (28), (bivouac). – A quatre heures du soir, une canonnade se, fait entendre sur la route de Brünn à Wischau; la division réunie à 5 heures à Brünn s’est portée à deux lieues en avant et a bivouaqué le reste de la nuit. La 3e brigade à gauche de la route, la 2e sur la droite et la 1e au-dessus de Schlapanitz près le bois. Cette soirée nous vîmes très distinctement les feux des bivouacs russes.

Au camp du Mamelon de l’Empereur, au-dessus de Schlapanitz, le 8 (29), (bivouac). – Le matin, nous abandonnâmes le bois de Schlapanitz, nous vînmes prendre position, notre droite au mamelon de l’Empereur, le camp fut établi ainsi. La 3e brigade à la gauche de la route, nous étions dans un espèce d’amphithéâtre adossé au mamelon que l’Empereur choisit pour son quartier général et qu’il fit fortifier de 6 pièces de canon dont deux du calibre de 12.

Canonnade réciproque toute la journée.

Même position le 9 (30), (bivouac). – L’armée ennemie, rendue audacieuse par le petit succès qu’elle avait obtenu à Wischau, vint établir ses bivouacs en présence de notre campement à portée du canon; on voyait parfois dans la plaine l’irruption de ses cosaques.

Il y eut une canonnade réciproque presque toute la journée.

Ce fut cette soirée que l’Empereur eut une entrevue avec le prince Dolgoroucki, aide de camp d’Alexandre ler, à la poste en avant du Santon.

Le prince Dolgorouki

Même position le 10 (1 décembre 1805), (bivouac). – Notre corps d’armée, composé de la division de grenadiers, de la Garde de l’Empereur, de la division Suchet et de la cavalerie du prince Murat, fut renforcé le matin par l’arrivée des trois divisions du maréchal Soult, de celle des maréchaux Davout et Bernadotte. L’Empereur passa une partie de la journée sur son mamelon pour observer les mouvements de l’armée ennemie et faire les dispositions. Il monta à cheval très souvent pour visiter les divers points occupés par son armée et pour donner les ordres nécessaires. L’ennemi ne cessa de manoeuvrer toute la journée en se dirigeant vers notre aile droite.

Je visitai avec plusieurs officiers du régiment, MM. Camus et Sigrail, le Santon, position que l’Empereur avait confiée au 17e régiment d’infanterie légère; il l’avait fortifiée de 13 pièces de canon, on voyait de dessus cette éminence parfaitement les mouvements des cosaques.

Vue de la colline du Santon
Vue de la colline du Santon

Le général Oudinot rétabli, non d’une manière parfaite, arriva au camp ce jour-là et reprit le commandement de la division conjointement avec le général Duroc qui resta avec la 1e brigade jusques après la bataille d’Austerlitz. Toutes les dispositions [furent] prises par l’Empereur pour la bataille qu’il se proposait de livrer le lendemain.

Toute la ligne fut établie à 7 heures du soir.

A 10 heures, par un mouvement spontané, tous les camps célèbrent l’anniversaire de la veille du couronnement de l’Empereur par des brandons de paille allumée aux cris mille fois répétés de “Vive l’Empereur” et les musiques des régiments faisaient retentir les airs de marches triomphales et guerrières. Ce spectacle était beau et attendrissant. L’Empereur a couché cette nuit dans son bivouac établi dans l’anfractuosité d’un rocher, très près du Mamelon, ayant derrière lui sa Garde et en avant les grenadiers de la division.Les feux de Girzikowice

A minuit, il est monté à cheval pour visiter ses avant-postes, de retour à 2 heures, il a reparu sur le Mamelon à 5 heures.

Bataille d’Austerlitz; le soir, à 9 heures, arrivés au bivouac d’Hollubitz le 11 (2 décembre). – A 5 heures du matin, l’Empereur Napoléon fit donner l’ordre au maréchal Soult de faire attaquer l’aile gauche de l’armée ennemie par la division Legrand; ce dernier, par une ruse de guerre, au moment où le combat fut engagé, effectua une retraite jusque près le terrain occupé par la division Friant, du corps d’armée du maréchal Davout; l’ennemi, beaucoup étendu et disséminé par cette petite apparence de succès, était loin de prévoir ce qui se passerait sur son centre déjà affaibli par une fausse manoeuvre, puisqu’il avait abandonné les hauteurs du village de Pratzen (position extrêmement importante).

Jean de Dieu Soult
Le maréchal Jean de Dieu Soult

À 7 heures, les trois divisions du maréchal Soult avaient engagé le combat, et Pratzen avec ses hauteurs furent attaqués avec tant d’impétuosité et de courage par la division Saint-Hilaire, que cette dernière s’empara des monts et de dix pièces de canon en position. L’Empereur fit attaquer alors l’aile droite des ennemis par le maréchal Lannes et la cavalerie du prince Murat, pour les empêcher de se porter au secours de leur aile gauche et de leur centre qu’il avait le projet de faire attaquer et enfoncer par les divisions Drouet et Rivaud du corps d’armée du maréchal Bernadotte.

Il était près de 8 h. et 1/2, l’Empereur se disposant de quitter son quartier général du Mamelon fit avancer le corps d’armée du maréchal Bernadotte à 30 pas du Mamelon en avant du front de la division de grenadiers et faisant former le cercle aux officiers et sous-officiers des régiments qui le composaient les harangua en ces termes (J’ai très distinctement entendu cette harangue puisque j’entrai dans le cercle): « Soldats du 5e régiment, 35e, etc., etc., vous avez déjà battu les Russes dans le Nord-Hollande. Sachez conserver la gloire que vous vous êtes acquise; dans une heure au plus tard vous serez aux prises avec l’ennemi. Recevez-le avec de bons feux et chargez le à la baïonnette. Vous, 27e régiment d’infanterie légère, 8e et 45e de ligne, etc., soutenez la réputation que vous vous êtes méritée en Italie. Allez, marchez, la gloire vous appelle. »

Maréchal Jean Bernadotte.
Maréchal Jean Bernadotte.

Aussitôt la colonne de Bernadotte se met en marche, traverse le village de Girzikovitz, gagne les hauteurs un peu à gauche de Pratzen et se répand dans la plaine, c’est là où le 4e de ligne (le 4e de ligne perdit une aigle dans une charge), de la division Vandamme, venait d’être culbuté et entamé. La division Drouet attaque avec impétuosité le centre ennemi qui, dans un instant, est coupé et séparé de ses deux ailes, deux régiments de cette division soutinrent et neutralisèrent deux charges de la cavalerie ennemie. Notre division qui suivait immédiatement les mouvements de Bernadotte arrivée sur les hauteurs de Pratzen; sa 1e brigade, général Dupas, reçut l’ordre verbal de l’Empereur ci-joint :

“Dupas porte la brigade au pas de course vers ces bougres-là et qu’il n’en réchappe pas un.”

L’exécution suivit l’ordre. Les deux autres brigades suivirent le même mouvement (sur la droite).

C’était une colonne russe de 5.000 hommes poursuivie et tournée de position en position par le général de brigade Morand, sur notre droite. Ils furent tous pris et prisonniers et conduits à Brünn par la 6e compagnie de notre bataillon, capitaine Pagès, une compagnie du 31e et une du 15e, il était alors 3 h. 1/2 après- midi. Notre aile droite, le centre et l’aile gauche avaient obtenus des succès étonnants. L’ennemi en pleine déroute, abandonnant son artillerie, fut coupé sur tous les points. Son aile gauche repoussée vers 4 heures de positions en positions et, acculée vers les lacs de Satczan, croyant pouvoir les traverser, s’engage sur la glace, mais 24 pièces de l’artillerie de la Garde tirent à boulets sur elle et creusent le précipice sous ses pas. Plusieurs milliers de Russes se sont noyés. – À 4 h. et demie tout fut perdu pour l’ennemi, cette bataille qui, dès son commencement n’avait point paru incertaine pour l’armée française.. présentait ce résultat à 5 heures du soir.

2.500 morts tués sur le champ de bataille, 6.800 blessés et 20.000 prisonniers, 15 généraux, 115 pièces de canon, 75 étendards on drapeaux.

L’armée française, sans exagérer et avec la plus scrupuleuse impartialité, peut avoir eu 1.500 morts, 6.000 blessés et 170 prisonniers, une aigle de perdue pour le 4e régiment de ligne et point de canons; pendant la canonnade de l’artillerie de la Garde sur les lacs de Satczan, la division de grenadiers avait resté en bataille près de l’endroit où elle fit 5.000 prisonniers. Sur les hauteurs parait un troupeau considérable de moutons. Le général Oudinot dit au maréchal (sic) Duroc :

“Monsieur le maréchal, si nous faisions charger ces manteaux blancs, qu’en pensez-vous? – Je le veux bien, répondit Monsieur le maréchal.”

Alors une nuée de tirailleurs sortis des bataillons cernent le troupeau et le ramènent près [de] la division; dans un moment, les grenadiers fondent sur le troupeau et chaque soldat prend un mouton.

Cette charge ou distribution terminée, arriva près la division le général Mouton, aide de camp de l’Empereur, porteur d’ordres pour le maréchal Duroc et le général Oudinot pour venir prendre position sur la route d’Olmütz et près la poste, s’il leur était possible d’y arriver. Après cet ordre, il demanda à ceux qui l’entouraient une goutte d’eau-de-vie, vin, bierre (sic), vinaigre ou eau à boire. Je lui remis ma gourde contenant de l’eau et du vin; il la but toute d’un seul trait, ce qui ne m’amusa pas, car j’avais bien soif; il me dit : “Je suis bien indiscret, mais j’avais trop soif.”

Nous nous mimes en route à 5 heures et demie et nous arrivâmes près le point indiqué dans l’ordre; au village d’Hollubitz où nous avons bivouaqué toute la nuit.

(20), (cantonnement). Nous sommes arrivés devant Brünn à 10 heures du matin avec la division Suchet, nous nous sommes mis en bataille devant la place dans une vaste plaine et avons été passés en revue par l’Empereur qui est descendu dans beaucoup de détails, relatifs aux bataillons, avec les chefs de corps, nous sommes entrés dans la ville à trois-heures après-midi, notre bataillon logea à la citadelle et les officiers logèrent en ville.

Séjour le 30 (21) (cantonnement). Le matin, la division sortit par la porte d’Olmutz, nous nous sommes mis en bataille dans une plaine à une lieue de là, après, nous sommes rentrés en ville et avons repris nos quartiers respectifs.

Séjour le 1er frimaire (ou 22 novembre 1805), (cantonnement). Notre bataillon passa la revue, à la citadelle, du général Dupas; on échangea une quantité de vieux fusils contre des fusils neufs autrichiens , pris à l’arsenal de la citadelle.

Rotzikovitz le 2 (23), (cantonnement). La brigade du général Dupas quitta Brünn pour aller occuper les villages de Carthaus et de Rotzikovitz, les deux autres brigades  restèrent en ville. Je fus logé avec le capitaine Gerrain chez un polacre ne parlant ni français, ni allemand, ni italien, ni latin.

Séjour le 3 (24); le 4 (25); le 5 (26). – Pendant ces trois jours, rien de particulier.

La maréchal Jean Lannes
Le maréchal Jean Lannes

Séjour le 6 (27) (cantonnement). – La division réunie en avant de la porte d’Olmütz, dans la plus grande tenue, a été passée en revue par le maréchal Lannes ainsi que la division Suchet. On a manoeuvré pendant 4 heures; le temps était superbe, comme un des beaux jours d’automne. Le général Junot y est venu, il a témoigné à tous les officiers et grenadiers le plaisir qu’il éprouvait de les revoir.

Au bivouac, le soir près de bois du village de Schlapanitz, le 7 (28), (bivouac). – A quatre heures du soir, une canonnade se, fait entendre sur la route de Brünn à Wischau; la division réunie à 5 heures à Brünn s’est portée à deux lieues en avant et a bivouaqué le reste de la nuit. La 3e brigade à gauche de la route, la 2e sur la droite et la 1e au-dessus de Schlapanitz près le bois. Cette soirée nous vîmes très distinctement les feux des bivouacs russes.

Au camp du Mamelon de l’Empereur, au-dessus de Schlapanitz, le 8 (29), (bivouac). – Le matin, nous abandonnâmes le bois de Schlapanitz, nous vînmes prendre position, notre droite au mamelon de l’Empereur, le camp fut établi ainsi. La 3e brigade à la gauche de la route, nous étions dans un espèce d’amphithéâtre adossé au mamelon que l’Empereur choisit pour son quartier général et qu’il fit fortifier de 6 pièces de canon dont deux du calibre de 12.

Canonnade réciproque toute la journée.

Même position le 9 (30), (bivouac). – L’armée ennemie, rendue audacieuse par le petit succès qu’elle avait obtenu à Wischau, vint établir ses bivouacs en présence de notre campement à portée du canon; on voyait parfois dans la plaine l’irruption de ses cosaques.

Il y eut une canonnade réciproque presque toute la journée.

Ce fut cette soirée que l’Empereur eut une entrevue avec le prince Dolgoroucki, aide de camp d’Alexandre ler, à la poste en avant du Santon.

Suchet
Suchet

Même position le 10 (1 décembre 1805), (bivouac). – Notre corps d’armée, composé de la division de grenadiers, de la Garde de l’Empereur, de la division Suchet et de la cavalerie du prince Murat, fut renforcé le matin par l’arrivée des trois divisions du maréchal Soult, de celle des maréchaux Davout et Bernadotte. L’Empereur passa une partie de la journée sur son mamelon pour observer les mouvements de l’armée ennemie et faire les dispositions. Il monta à cheval très souvent pour visiter les divers points occupés par son armée et pour donner les ordres nécessaires. L’ennemi ne cessa de manoeuvrer toute la journée en se dirigeant vers notre aile droite.

Je visitai avec plusieurs officiers du régiment, MM. Camus et Sigrail, le Santon, position que l’Empereur avait confiée au 17e régiment d’infanterie légère; il l’avait fortifiée de 13 pièces de canon, on voyait de dessus cette éminence parfaitement les mouvements des cosaques.

Le maréchal Oudinot
Le maréchal Oudinot duc de Reggio

Le général Oudinot rétabli, non d’une manière parfaite, arriva au camp ce jour-là et reprit le commandement de la division conjointement avec le général Duroc qui resta avec la 1e brigade jusques après la bataille d’Austerlitz. Toutes les dispositions [furent] prises par l’Empereur pour la bataille qu’il se proposait de livrer le lendemain.

Toute la ligne fut établie à 7 heures du soir.

A 10 heures, par un mouvement spontané, tous les camps célèbrent l’anniversaire de la veille du couronnement de l’Empereur par des brandons de paille allumée aux cris mille fois répétés de “Vive l’Empereur” et les musiques des régiments faisaient retentir les airs de marches triomphales et guerrières. Ce spectacle était beau et attendrissant. L’Empereur a couché cette nuit dans son bivouac établi dans l’anfractuosité d’un rocher, très près du Mamelon, ayant derrière lui sa Garde et en avant les grenadiers de la division.

A minuit, il est monté à cheval pour visiter ses avant-postes, de retour à 2 heures, il a reparu sur le Mamelon à 5 heures.

Bataille d’Austerlitz; le soir, à 9 heures, arrivés au bivouac d’Hollubitz le 11 (2 décembre). – A 5 heures du matin, l’Empereur Napoléon fit donner l’ordre au maréchal Soult de faire attaquer l’aile gauche de l’armée ennemie par la division Legrand; ce dernier, par une ruse de guerre, au moment où le combat fut engagé, effectua une retraite jusque près le terrain occupé par la division Friant, du corps d’armée du maréchal Davout; l’ennemi, beaucoup étendu et disséminé par cette petite apparence de succès, était loin de prévoir ce qui se passerait sur son centre déjà affaibli par une fausse manoeuvre, puisqu’il avait abandonné les hauteurs du village de Pratzen (position extrêmement importante). À 7 heures, les trois divisions du maréchal Soult avaient engagé le combat, et Pratzen avec ses hauteurs furent attaqués avec tant d’impétuosité et de courage par la division Saint-Hilaire, que cette dernière s’empara des monts et de dix pièces de canon en position. L’Empereur fit attaquer alors l’aile droite des ennemis par le maréchal Lannes et la cavalerie du prince Murat, pour les empêcher de se porter au secours de leur aile gauche et de leur centre qu’il avait le projet de faire attaquer et enfoncer par les divisions Drouet et Rivaud du corps d’armée du maréchal Bernadotte.

Il était près de 8 h. et 1/2, l’Empereur se disposant de quitter son quartier général du Mamelon fit avancer le corps d’armée du maréchal Bernadotte à 30 pas du Mamelon en avant du front de la division de grenadiers et faisant former le cercle aux officiers et sous-officiers des régiments qui le composaient les harangua en ces termes (J’ai très distinctement entendu cette harangue puisque j’entrai dans le cercle): « Soldats du 5e régiment, 35e, etc., etc., vous avez déjà battu les Russes dans le Nord-Hollande. Sachez conserver la gloire que vous vous êtes acquise; dans une heure au plus tard vous serez aux prises avec l’ennemi. Recevez-le avec de bons feux et chargez le à la baïonnette. Vous, 27e régiment d’infanterie légère, 8e et 45e de ligne, etc., soutenez la réputation que vous vous êtes méritée en Italie. Allez, marchez, la gloire vous appelle. »

Aussitôt la colonne de Bernadotte se met en marche, traverse le village de Girzikovitz, gagne les hauteurs un peu à gauche de Pratzen et se répand dans la plaine, c’est là où le 4e de ligne (le 4e de ligne perdit une aigle dans une charge), de la division Vandamme, venait d’être culbuté et entamé. La division Drouet attaque avec impétuosité le centre ennemi qui, dans un instant, est coupé et séparé de ses deux ailes, deux régiments de cette division soutinrent et neutralisèrent deux charges de la cavalerie ennemie. Notre division qui suivait immédiatement les mouvements de Bernadotte arrivée sur les hauteurs de Pratzen; sa 1e brigade, général Dupas, reçut l’ordre verbal de l’Empereur ci-joint :

“Dupas porte la brigade au pas de course vers ces bougres-là et qu’il n’en réchappe pas un.”

L’exécution suivit l’ordre. Les deux autres brigades suivirent le même mouvement (sur la droite).

C’était une colonne russe de 5.000 hommes poursuivie et tournée de position en position par le général de brigade Morand, sur notre droite. Ils furent tous pris et prisonniers et conduits à Brünn par la 6e compagnie de notre bataillon, capitaine Pagès, une compagnie du 31e et une du 15e, il était alors 3 h. 1/2 après- midi. Notre aile droite, le centre et l’aile gauche avaient obtenus des succès étonnants. L’ennemi en pleine déroute, abandonnant son artillerie, fut coupé sur tous les points. Son aile gauche repoussée vers 4 heures de positions en positions et, acculée vers les lacs de Satczan, croyant pouvoir les traverser, s’engage sur la glace, mais 24 pièces de l’artillerie de la Garde tirent à boulets sur elle et creusent le précipice sous ses pas. Plusieurs milliers de Russes se sont noyés. – À 4 h. et demie tout fut perdu pour l’ennemi, cette bataille qui, dès son commencement n’avait point paru incertaine pour l’armée française.. présentait ce résultat à 5 heures du soir.

2.500 morts tués sur le champ de bataille, 6.800 blessés et 20.000 prisonniers, 15 généraux, 115 pièces de canon, 75 étendards on drapeaux.

L’armée française, sans exagérer et avec la plus scrupuleuse impartialité, peut avoir eu 1.500 morts, 6.000 blessés et 170 prisonniers, une aigle de perdue pour le 4e régiment de ligne et point de canons; pendant la canonnade de l’artillerie de la Garde sur les lacs de Satczan, la division de grenadiers avait resté en bataille près de l’endroit où elle fit 5.000 prisonniers. Sur les hauteurs parait un troupeau considérable de moutons. Le général Oudinot dit au maréchal (sic) Duroc :

“Monsieur le maréchal, si nous faisions charger ces manteaux blancs, qu’en pensez-vous? – Je le veux bien, répondit Monsieur le maréchal.”

Alors une nuée de tirailleurs sortis des bataillons cernent le troupeau et le ramènent près [de] la division; dans un moment, les grenadiers fondent sur le troupeau et chaque soldat prend un mouton.

Cette charge ou distribution terminée, arriva près la division le général Mouton, aide de camp de l’Empereur, porteur d’ordres pour le maréchal Duroc et le général Oudinot pour venir prendre position sur la route d’Olmütz et près la poste, s’il leur était possible d’y arriver. Après cet ordre, il demanda à ceux qui l’entouraient une goutte d’eau-de-vie, vin, bierre (sic), vinaigre ou eau à boire. Je lui remis ma gourde contenant de l’eau et du vin; il la but toute d’un seul trait, ce qui ne m’amusa pas, car j’avais bien soif; il me dit : “Je suis bien indiscret, mais j’avais trop soif.”

Nous nous mimes en route à 5 heures et demie et nous arrivâmes près le point indiqué dans l’ordre; au village d’Hollubitz où nous avons bivouaqué toute la nuit.