Correspondance de Napoléon Ier – Juillet 1808

Bayonne, ler juillet 1808.

A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris.

Je reçois votre lettre du 28 juin. J’attends de savoir s’il est vrai que le 28 juin les chefs chouans aient débarqué dans l’anse de Paul.

 

Bayonne, ler juillet 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée, à Bayonne.

Mon Cousin, écrivez au sieur Daru et au maréchal Davout d’envoyer des agents en Bohême pour connaître les mouvements réels des Autrichiens.

 

Bayonne, 1er juillet 1808, onze heures du soir.

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée, à Bayonne.

Je vous envoie la lettre de l’estafette. Écrivez au maréchal Bessières qu’il me paraît nécessaire de repousser le rassemblement de Benavente; mais, pour cet effet, il faut que le général Lassalle soit appuyé des troupes du général Merle et de celles de Burgos.

Ecrivez au général Savary que nous n’avons pas de nouvelles de Saragosse aujourd’hui ; qu’il paraît qu’il s’est formé un rassemblement assez considérable à Benavente ; qu’il faut avoir à Madrid une colonne prête à réprimer ce qui pourrait se détacher de Benavente; que le général Vedel peut avoir besoin d`être soutenu par le général Frère; que, si le maréchal Moncey ne soumet pas Valence avec la force qu’il a, la force du général Frère n’y fera rien ; que, s’il était vrai que le général Castanos fût tué et que le camp de Gibraltar eût marché sur Cordoue, il serait à craindre que le général Vedel fût trop faible pour débloquer le général Dupont ; qu’il est nécessaire, si le général Frère apprenait que le maréchal Moncey fût à Valence, qu’il retournât dans la direction d’Albacete; qu’il faut avoir des troupes disponibles pour les envoyer au général Vedel et pour observer les troupes de Galicie; qu’il paraît que les troupes espagnoles qui étaient dans la province de Porto se sont jointes aux révoltés de la Galice; qu’on attend que les relais soient placés pour que le Roi parle, et que toutes les observations des membres de la junte sur la constitution doivent être remises demain à l’Empereur.

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P- S- Dites-lui bien que les Catalans ont été battus, à douze lieues tout autour de Barcelone , par le général Duhesme, qui en a tué 2 ou 3,000 et a brûlé quelques villages; que mes dernières nouvelles sont du 24; que le général Reille s’est rendu à Bellegarde pour entrer avec 6,000 hommes en Catalogne dans la première semaine du mois.

 

Bayonne, ler juillet 1808

Au maréchal Bessières, commandant la garde impériale, etc., à Burgos.

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 29 à midi. Témoignez ma satisfaction aux troupes des généraux Merle et Ducos. Faites conaître que j’accorde six décorations de la Légion d’honneur pour les sous-officiers et soldats et six pour les officiers de la colonne du général Ducos, et le double pour la colonne du général Merle. Envoyez-moi les procès-verbaux de propositions.

Le major général vous a instruit que la division du général Mouton sera le 2 à Vitoria : ce sont des troupes superbes, tous vieux soldats; elles sont composées du 4e régiment d’infanterie légère, du 15e de ligne et d’un bataillon de Paris. Si quelque événement vous rendait ce renfort nécessaire, vous pourriez lui envoyer des ordres; mais, si le cas n’est pas pressant, il faut les laisser reposer quelques jours à Vitoria. Vous pouvez envoyer l’ordre au bataillon faisant partie de la division Verdier, qui est resté à Vitoria, d’en partir le 2 juillet, à la pointe du jour, pour vous joindre.

Je viens de recevoir des nouvelles de Saragosse du 28. Le général Verdier commandait. La ville est cernée de tous côtés; on a établi des batteries de mortiers et d’obusiers, et, sous deux on trois jours, on espérait être maître de la ville. On a enlevé un poste important que l’ennemi occupait; on lui a tué beaucoup de monde, et on lui a pris six pièces de canon. Vous ne devez ajouter confiance à aucun des bruits que les rebelles font courir. Les Aragonais ont fait une proclamation où ils disent qu’ils ont gagné, le 16, sous les murs de Saragosse, une victoire plus célèbre que celles de Marengo, d’Austerlitz et d’Iéna. Le fait est qu’ils s’étaient sauvés de Saragosse, qu’ils ont été atteints dans leur poursuite et dispersés.

Il me semble que vous pourriez déjà établir une partie de votre monde à mi-chemin de Palencia à Burgos, afin d’être à Palencia en une petite marche.

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P. S. Faites multiplier les partis et ne laissez faire aucun mouvement à l’ennemi sur la route de Madrid.

 

Bayonne, 1er juillet 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Bayonne

Monsieur de Champagny, Berlin ne trouve point de blé et en a un pressant besoin. Écrivez au sieur Bourgoing, à Dresde, pour qu’il en laisse exporter de Pologne et à Cassel pour qu’on en laisse exporter de Magdebourg

 

Bayonne, 2 juillet 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée, à Bayonne

Envoyez l’ordre au général Cervoni, commandant la 8e division militaire, de faire partir sur-le-champ pour Perpignan une compagnie de 140 hommes, bien armés et bien habillés, de chacun des 1er et 62e de ligne et du 22e léger. Donnez l’ordre au général commandant la 18e division militaire de faire embarquer sur la Saône et sur le Rhône une compagnie du 16e léger de 140 hommes. Donnez ordre au général commandant à Lyon de faire embarquer sur le Rhône une compagnie du 24e de ligne de 140 hommes. Donnez ordre au commandant de la 7e division militaire de faire partir également une compagnie du 5e de ligne forte de 140 hommes. Ces six compagnies se réuniront à Perpignan, et formeront là un bataillon de 840 hommes. Vous enverrez un des chefs de bataillon à la suite pour commander ce bataillon. Vous donnerez l’ordre au commandant de la 7e division militaire de faire partir une compagnie de 140 hommes de chacun des 8e et 18e légers, et des 23e, 60e, 79e et 81e de ligne. Ces détachements se dirigeront sur Perpignan, et formeront un bataillon de six compagnies de 840 hommes. Ces troupes profiteront du Rhône pour arriver promptement à leur destination. Vous appellerez le ler bataillon, 1er bataillon provisoire de Perpignan, et l’autre, 2e bataillon provisoire de Perpignan. Enfin vous donnerez des ordres à Valence, en Dauphiné, pour qu’on fasse partir deux escouades, chacune de trente canonniers à pied on à cheval, lesquelles se rendront à Perpignan avec ou sans chevaux.

 

Bayonne, 2 juillet 1808

Au général Reilhe, aide-de-camp de l’Empereur, à Bellegarde

Je vous suppose arrivé à Bellegarde. Vous devez avoir le 2e bataillon du régiment toscan, un bataillon de gardes nationales et un bataillon des compagnies de réserve départementale, deux escadrons de dragons toscans et un détachement suisse de 150 hommes; tout cela doit faire au moins 2,500 hommes. Un bataillon du 32e léger, fort de 600 hommes, est parti de Toulon ainsi que trois compagnies du 16e de ligne et deux compagnies du 2e régiment suisse, faisant ensemble 500 hommes; ce 2e bataillon de 1,100 hommes doit être arrivé le 6 juillet à Perpignan. Il est parti de Grenoble un bataillon de la 5e légion de réserve de 500 hommes, qui arrivera le 11 juillet à Perpignan; le bataillon valaisan qui est parti de Port-Maurice, doit arriver le 12 juillet à Perpignan; ce qui fera un renfort de 2,400 hommes. Indépendamment de ces 2,400 hommes, il est parti deux bataillons et deux escadrons d’Italie, formant en tout 1,500 hommes, qui arriveront vers le 13 ou le 14. Cela complétera donc insensiblement votre corps à 6 ou 7,000 hommes. Six pièces de canon doivent y avoir été organisées.

Aussitôt qu’il vous sera possible, faites lever le blocus de Figuières, pour que cette place ne se rende pas par défaut de vivres. Il doit y avoir à Bellegarde 200,000 rations de biscuit ; faites-en faire à Bellegarde et à Perpignan, afin d’approvisionner cette forteresse pour six mois. Prenez position dans cette forteresse du moment que vous serez en force, et réunissez là tout votre corps pour pouvoir, aussitôt qu’il sera tout réuni, vous porter sur Girone. Du moment que vous serez maître de Figuières, il faut vous rendre maître de Rosas. Le général Duhesme a plusieurs fois battu les rebelles à quinze lieues autour de lui. Il s’est même porté le 20 juin sur Girone, et, après une légère fusillade, il n’a pas jugé à propos de tenter sérieusement l’assaut; mais il mande que, dès qu’il apprendra qu’il y a une colonne du côté de Figuières, il pourra aussi envoyer une colonne sur Girone.

Cette lettre vous sera portée par le petit de Salm; faites-le servir activement et ferme près de vous.

 

Bayonne, 3 juillet 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grand Armée, à Bayonne

Répondez au général Savary que la mesure de faire tirer du canon pour les victoires qu’on remporterait en Espagne est inutile, et qu’ainsi il peut s’en dispenser; que des ordres du jour en français, qu’on lira à la tête des compagnies, sont suffisants, indépendamment d’articles de gazettes espagnoles bien faits; que je suis fâché qu’on ait envoyé au général Dupont du biscuit; qu’il fallait le garder à Madrid pour des circonstances plus importantes; qu’il était facile au général Dupont de s’en procurer dans la Manche et dans le royaume de Grenade; que le général Dupont, ayant emmené seize pièces d’artillerie, doit en avoir suffisamment; que, quant au bruit répandu à Madrid sur la duchesse d’Ossuna, il faut qu’il leur parle et leur fasse parler; que je suis fâché que tous les aides de camp du grand-duc ne soient pas restés à Madrid; vous enverrez l’ordre au commandant de Vitoria de leur signifier d’y retourner, hormis un, qui accompagnera le grand-duc.

Vous ferez remarquer au général Savary qu’il est contre l’usage de la France de faire tirer le canon, à moins que ce ne soit pour de grandes victoires, comme celles de Marengo, d’Austerlitz, d’Iéna, de Friedland; qu’il serait ridicule d’en tirer pour la prise de Saragosse, de Valence, ou pour d’autres événements de cette nature.

Il faut employer M. Laforest pour parler et faire parler aux maisons qui se comportent mal, en leur donnant quelques avertissements et leur recommandant de la circonspection.

Monsieur Cretet, je donne ordre au ministre de la guerre de faire diriger les 1,200 prisonniers qui sont à Troyes sur le canal de l’Ourcq, sur le canal de Bourgogne, ou sur celui de Saint-Quentin. Entendez-vous avec ce ministre et prenez des mesures pour cela. Mon intention est que le canal de Troyes soit commencé sans délai, pour donner du travail au peuple. Il me semble que tout cela va plus lentement que cela ne devrait aller. Faites exécuter tous ces travaux sans attendre mes ordres. S’il est nécessaire, il faut que, sur les 800,000 francs de fonds non répartis, affectés à la navigation, vous preniez 3 ou 400,000 francs pour dépenser à Troyes.

 

Bayonne, 4 juillet 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je recois votre lettre du 30 juin. Je ne sais ce que c’est que cet homme arrivé le 26 du mois, seul, à Boulogne; probablement la police me l’apprendra dans ses bulletins.

 

Bayonne, 4 juillet 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Les habitants de Troyes ont besoin de travail. Je désire que les 1,200 prisonniers de guerre qui s’y trouvent soient dirigés soit sur le canal de l’Ourcq, soit sur le canal de Bourgogne, et que les travaux du canal de Troyes soient commencés sans délai, pour donner de l’occupation au peuple. Veillez à ce que cela soit exécuté, et assurez- vous que les travaux sont commencés. Faites-moi connaître les différents points où, par défaut de travail, le peuple éprouverait des besoins, et quelle espèce de travaux on pourrait faire faire.

 

Bayonne, 4 juillet 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Communiquez au ministre de la marine le rapport de Prégent et faîtes-lui connaître où il faudrait établir des bureaux pour surprendre les communications de l’ennemi sur ces points

 

Bayonne, 4 juillet 1808

A Eugène Napoléon, vice-Roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, vous devez faire partir les régiments napolitains à pied et à cheval pour se rendre par le par plus court chemin à Avignon. Faites-les suivre par tous les détachements de napolitains qui sont à Mantoue; ils serviront a recruter leurs premiers bataillons. Faites partir également un millier d’hommes bien organisés d’infanterie italienne, pour recruter les régiments qui sont à Barcelone. Faites former de ces mille hommes deux petits bataillons, que vous dirigerez sur Avignon; cette force m’est nécessaire. Faites-les partir de Milan et de Novare, pour qu’ils arrivent le plus tôt possible.

 

Bayonne, 5 juillet 1808

NOTE POUR M. CRETET, MINISTRE DE L’INTÉRIEUR, A PARIS.
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Le ministre de l’intérieur trouvera ci-joint , une expédition du décret sur la mendicité. Sa Majesté a pour l’établissement des maisons de mendicité le même principe qu’elle a eu pour rétablissement des lycées, c’est-à-dire que l’exécution doit en être successive. Avec des règles générales on n’arrive à rien ; il faut agir comme les siècles. Les collèges, les hôpitaux, les maisons de force, etc., ont été des institutions partielles; un grand seigneur, une princesse, un archevêque, ont fait les frais; c’est avec le temps que ces établissements se sont multipliés et qu’on est parvenu à un système général. Sa Majesté aurait voulu que l’on prit un parti depuis six mois, et déjà les dépôts de mendicité seraient établis. Le ministre peut causer avec les préfets de Paris, de Versailles, de Beauvais et de Melun; ces quatre départements, qui sont sous sa main, serviront d’exemple. Rien n’empêche qu’avant huit jours on présente à l’approbation de Sa Majesté la constitution des dépôts de mendicité de ces quatre départements; qu’au ler du mois d’août la mendicité y soit défendue, et que ces quatre maisons soient remplies de mendiants. On ne dira pas que tous les mendiants de France accourront dans ces maisons, puisque ces établissements n’ont pas d’attrait pour les mendiants, et que les mendiants vagabonds en sont exclus. En organisant ainsi trois ou quatre maisons tous les mois, on arrivera bientôt au moment où tous
les dépôts de mendicité de la France seront organisés.

Quant à la dépense, il y a des ressources immenses. Les villes qui ont eu à établir leur lycée ont fait pour cet objet des dépenses considérables avec des moyens qui, ces dépenses terminées, deviennent disponibles.

Sa Majesté désire que le ministre lui fasse connaître :

1° Quelles sont les villes qui ont fait des dépenses pour leur lycée, et quel est le montant de ces dépenses qu’elles n’ont plus à faire et dont on peut disposer;

2° Ce que peut produire, pour les dépôts de mendicité, le quart du revenu des bois communaux;

3° A combien s’élève le montant disponible des fonds de non- valeurs non employé dans les divers départements ;

4° Ce dont on peut disposer sur le tiers des fonds de non-valeurs mis à la disposition du ministre.

Ces ressources offriront des moyens suffisants pour pousser vivement cette organisation. Il y a à peu près cent dépôts de mendicité à organiser. En supposant que l’établissement de ces maisons coûtera ‘l’un dans l’autre 100,000 francs, cela ne fera qu’un capital de 10 millions; et déjà le ministre a à sa disposition, 1°sur les budgets des communes, 11 ou 1200,000 francs ; 2° sur le quart de réserve les bois communaux, une somme encore plus considérable; ce qui fait à peu près 3 millions. Le ministre a sur les fonds de non-valeurs 1,500,000 francs. L’on voit que les fonds ne manqueront pas. En administration, ce ne sont pas seulement des principes généraux qu’il faut poser : l’administration est une affaire d’exécution. Dans huit jours, le ministre peut proposer à Sa Majesté l’établissement de quatre dépôts de mendicité avec les moyens qui existent déjà et ceux qui se trouvent dans les localités.

Quant aux fonds communs du produit des bois communaux et des excédants des revenus des communes, le principe de la propriété est facile à maintenir, en déclarant que ce ne sont que des prêts, qui seront rendus aux communes par les départements.

 

Bayonne, 6 juillet 1808

A M. de Montalivet, directeur général des ponts et chaussées, à Paris

Monsieur de Montalivet, j’ai reçu les trois états que vous m’avez envoyés, le premier intitulé, Répartition des fonds du service des ponts et chaussées, exercice 1808, contenant proprement les routes et les ponts; le second intitulé, Répartition générale des fonds du service de la navigation intérieure, canaux, quais et dessèchements; le troisième intitulé, Répartition générale des fonds du service des ports maritimes. Il faudrait, pour l’année prochaine, que ces états fussent arrêtés au ler février par le ministre de l’intérieur, afin qu’on puisse travailler pendant toute la campagne.

Je vois qu’au canal du Nord, c’est-à-dire au canal qui doit joindre l’Escaut au Rhin, vous dépensez 600,000 francs provenant des centimes additionnels, et deux millions provenant du produit de la vente des canaux; qu’au canal de Bourgogne vous dépensez 75,000 francs sur les centimes et un million sur la vente du canal du Midi, et qu’au canal Napoléon vous dépensez 365,000 francs sur les centimes et deux millions sur les fonds provenant de la vente des canaux. Les renseignements que j’ai sur les localités me font penser que ces fonds ne pourront être dépensés, parce qu’il n’y a pas assez d’activité dans ces travaux. Ce n’est cependant pas faute de bras, car j’ai à Troyes 1,900 prisonniers de guerre qui absorbent le travail de la ville; et qu’il faut placer ailleurs, soit au canal de Bourgogne, soit au canal Napoléon. Le canal de Saint-Quentin n’est point porté dans cet état. Je n’y vois pas non plus la Marne; du moins, elle n’y est portée que pour une dépense de 10,000 francs. Il me semble que j’avais destiné deux millions sur un fonds extraordinaire pour cet objet. Je vois bien peu d’argent dépensé cette année à l’écluse de la Somme depuis Saint-Valery. Je désire que vous me fassiez connaître quelle est la partie de ces sommes qui est attribuée aux canaux sur les fonds extraordinaires ; quelle sera la partie qui sera dépensée au mois de novembre, c’est-à-dire à la fin de la campagne, et la partie qui ne pourra pas être dépensée et qui sera renvoyée à la campagne prochaine. Faites-moi connaître également le nombre d’ouvriers qui travaillent aux canaux de Saint-Quentin, du Nord, au canal Napoléon et au canal de Bourgogne. J’ai ordonné beaucoup de travaux pour la Seine et la Marne sur des fonds extraordinaires.

 

Bayonne, 6 juillet 1808

A M. Gaudin, ministre des finances, à Paris

Je reçois votre lettre du ler juillet avec toutes les pièces relatives à la Toscane. J’approuve que la junte fasse payer provisoirement les rentes portées dans l’état n° 4, se montant à un intérêt annuel de 648,000 francs. Quant au n° 5, on peut encore l’ajourner jusqu’à ce qu’on ait de plus grands renseignements. L’état n° 6 sera définitivement supprimé. Ainsi je vois que, sur 105 millions de capital, 18 millions appartiennent à des particuliers et 21 millions aux hôpitaux, séminaires, collèges et autres établissements publics. La dette de la Toscane se réduirait donc à 40 millions ou à 1,300,000 francs de rente. Les 21 millions qui appartiennent à des collèges, hôpitaux, séminaires, etc., entrent dans notre budget, vu qu’il sera facile, en établissant des octrois, d’arriver à l’extinction des rentes de ces différents établissements. Ce ne sera donc réellement que 600,000 fr. de rente que nous devrons à à la Toscane, sur lesquels il faut ôter ce que nous devons à des étrangers, Anglais, Autrichiens, etc., et il sera nécessaire d’acquitter cette dette en rescriptions payables en domaines. Il sera nécessaire également de se défaire de la dette du Piémont, de celles de Gènes et de Parme, en les restreignant en dettes de Toscane et de Piémont. Cela est nécessaire pour vendre les domaines que les idées ecclésiastiques pourront empêcher de vendre, et pour produire un déplacement dans les propriétés. Je pense qu’entre Gênes, Parme, la Toscane et ce qui reste à payer au Piémont, la dette peut se monter à une soixantaine de millions. Il faudrait y affecter une soixantaine de millions des biens des moines. Faites-vous faire un rapport là-dessus et préparez ce travail. Vous savez que je voulais faire cette opération en Piémont cette année; vous avez voulu attendre encore un an; mais je pense qu’il faut la préparer dès à présent pour la faire entrer dans le budget de l’année prochaine. C’est une opération qui n’est pas seulement financière, mais qui est aussi politique.

 

Bayonne, 6 juillet 1808

A Eugène Napoléon, vice-Roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, un nommé Curti, oncle du podestat de Venise, est un mauvais sujet. Faites-lui connaître que, s’il se mêle de colporter les notes de la cour de Rome, il pourra bien se faire arrêter et passer quelques années de sa vie dans une bonne tour. C’est une espèce d’intriguant qui a séjourné quelque temps, à Bruxelles; il se rend en Italie, et a tenu beaucoup de mauvais propos dans sa route.

 

Bayonne, 6 juillet 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale

Je reçois votre lettre du 2 juillet. Est-ce qu’il ne serait pas possible de savoir ce que le roi de Westphalie a de commun avec Mme H* ? Répondez-moi sur cette question.

 

Bayonne, 7 juillet 1808

A M. Cretet, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur Cretet, on me mande de Turin, en date du ler juillet, que tous les projets de travaux pour la campagne ont été envoyés au conseil des ponts et chaussées; que quelques-uns ont été renvoyés pour être réformés; que d’autres sont restés sans réponse, entre autres ceux qui sont relatifs aux établissements des casernes et autres travaux du mont Cenis, et que, si l’ordre n’arrive pas dans peu de jours, la campagne sera perdue.

 

Bayonne, 7 juillet 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Je reçois les états de situation du 1er au 15 juin. J’ai parcouru l’état rouge intitulé : Situation des corps. J’espérais y trouver bien détaillée la situation de chaque corps. J’ai trouvé, à l’ouverture du livre, le 1er d’infanterie légère porté comme ayant les ler, 2e et 3e bataillons à l’armée d’Italie, sans dire où est le dépôt. Au 6e léger, les 1er et 2e bataillons sont portés à la Grande Armée: mais le 3e bataillon doit s’y trouver aussi porté. Ensuite il est dit que les grenadiers et voltigeurs du 3e bataillon sont à la division du général Oudinot, et quatre compagnies au corps des côtes de l’Océan :cela est faux ; ce sont les grenadiers et voltigeurs du 4e qui sont à la division Oudinot, et les quatre compagnies de fusiliers qui sont en Espagne. Même observation pour le 9e léger. Aux régiments de ligne, vous portez que le 2e a son 1er et son 2e bataillon à la Grande Armée, et le 3e bataillon au corps des Pyrénées orientales : cela n’est pas exact; ce régiment n’a que six compagnies aux Pyrénées orientales.

En général, cet état est plein de fautes. Faites-m’en faire un autre où tous les bataillons de guerre et bataillons de dépôt soient bien spécifiés, en mettant en marge les conscrits reçus et à recevoir encore cette année, afin que je connaisse bien la situation de l’armée. Il est bien important que je puisse savoir, non-seulement où sont les bataillons de dépôt, mais encore où sont les compagnies. Toutes les fois qu’il n’y a pas les neuf compagnies, s’il est question de l’ancienne organisation, ou les six, s’il est question de la nouvelle, il faut mettre où sont les autres compagnies. J’aurais désiré trouver aussi, dans cet état, quelles sont les compagnies de cuirassiers et carabiniers, détachées aujourd’hui, qui sont à la suite du régiment.

Ne perdez pas de temps à me faire envoyer un de ces états.

 

Bayonne, 7 juillet 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je pense qu’il serait convenable d’armer le Jean-Bart en guerre, ce qui, je crois, porterait l’escadre de Brest à sept vaisseaux armés.
Je vous ai déjà mandé que, les affaires d’Espagne ayant pris, depuis un mois, une tournure assez sérieuse, il ne sera peut-être plus dans mon projet de hasarder une si grande quantité de forces sur les mers, même de terre; mais mon parti ne sera pris que dans le courant de juillet. Dans tout état de choses, quelques expéditions sont nécessaires; mais des expéditions si considérables devront être ajournées, si l’arrivée du Roi en Espagne n’améliore pas promptement l’état des insurrections. Je ne suis pas sans quelque inquiétude sur l’escadre de Cadix.

 

Bayonne, 7 juillet 1808

A M. Maret, ministre secrétaire d’État, à Bayonne.

Monsieur Maret, voyez M. d’Azanza et signez avec lui un petit écrit où il sera convenu, 1° qu’il lui sera remis à Madrid 2 millions de francs de la caisse de l’armée, y compris celui qui aurait été remis au ministère des finances, 500,000 francs à Burgos, et 3,500,000 francs aujourd’hui à Bayonne, total 6 millions, et que le trésor de France retiendra ces 6 millions sur l’emprunt que le sieur Baguenault est chargé de négocier; 2° que, la Banque ne voulant prêter que sur une hypothèque, le ministre des finances d’Espagne enverra à Paris, avant la fin de juillet, 5 millions de diamants à son banquier; que l’Empereur fera remettre en dépôt à la Banque pour 20 millions de ses effets publics, et que le roi d’Espagne, avant le mois de mars prochain, y fera mettre en dépôt, pour que l’Empereur puisse retirer ses effets, des vales, pagares, ou toute autre espèce d’effets ayant cette valeur. Dès que vous aurez signé cette petite convention, vous m’apporterez à signer des ordres pour autoriser le payeur de l’armée, à Madrid, à remettre au ministère des finances d’Espagne les 2 millions qu’il a à ma disposition, pour autoriser le payeur de ma liste civile, à Burgos, à remettre les 500,000 francs, pour autoriser le payeur qui est ici à remettre les 3,500,000 francs. Vous rendrez compte de tout cela au ministre du trésor public pour qu’il en tienne compte, et fasse rembourser au trésorier général Estève les 500,000 francs que le payeur de Burgos aura avancés. Finissez cette affaire sans délai.

 

Bayonne, 7 juillet 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée, à Bayonne

Il faut donner ordre à 100 hommes de l’escadron du grand-duc de Berg de partir, aujourd’hui 7, pour se rendre à Irun. Les 50 hommes restant partiront demain. Les 100 hommes qui partent aujourd’hui se rendront demain 8 à Tolosa; de sorte que le Roi, qui partira le 9, trouvera 50 hommes à Irun, qui l’accompagneront jusqu’à Saint-Sébastien, où il couchera; le lendemain 10, ils l’accompagneront jusqu’à Tolosa, où il couchera, et le surlendemain 11, ils l’accompagneront jusqu’à Mondragon, où il en trouvera 50 autres qui l’accompagneront jusqu’à Vitoria, où il couchera, et à Vitoria il en trouvera 50 autres, qui y seront rendus le 10; de manière que le Roi ait les 150 hommes réunis avec lui à Vitoria.

Pendant le séjour qu’il fera à Vitoria, le ler détachement arrivé à Vitoria se mettra en marche pour Miranda, en calculant de manière que le Roi arrive à Burgos avec ses 150 hommes réunis. Les détachements qui l’auront escorté la veille coucheront toujours où aura couché le Roi, et iront au pas au lieu d’aller comme escorte. Le Roi sera escorté, de Bayonne à Irun, par 50 Polonais de ma Garde. Vous donnerez ordre au 12e léger, qui arrive le 8 à Tolosa, de continuer sa marche le 9, de manière à être le 10 ou le 11 à Vitoria; au
2e léger, d’attendre le Roi à Tolosa, où il sera le 9.

Vous donnerez ces détails au général Salligny, et vous ferez connaître au général Rey qu’il ait à prendre les ordres de ce général, qui lui transmettra ceux du Roi, afin que ces 150 hommes de cavalerie et les deux régiments d’infanterie, avec leurs six pièces de canon, soient, à partir de Vitoria, toujours avec le Roi, et que, lorsque le Roi arrivera à Burgos, ces troupes soient arrivées ou arrivent avec le Roi.

Je pense que le Roi doit partir le 9, et, au lieu de coucher à Irun, coucher à Saint-Sébastien. On pourrait lui fournir mes relais ici pour le conduire jusqu’à Irun.

Remettez au Roi un état de situation de l’armée, et le lieu où se trouvent les différents corps : il faut le lui faire tracer sur une carte d’Espagne et connaître bien son itinéraire. Voyez-le à cet effet ce matin.

Ainsi je pense qu’il doit partir le 9, aller coucher à Saint-Sébastien ; le 10, se rendre à Tolosa ; le 11, à Vitoria ; y séjourner le 12 ; aller le 13 à Miranda; le 14, à Burgos. Par ce moyen, le 2e léger, qui sera le 9 à Tolosa, en partira le 10 au matin et sera le 11 au soir à Vitoria. Le 12e, qui sera le 10 à Vitoria, pourra en partir le 11 et arriver le 13 à Burgos. Enfin arrêtez un projet là-dessus avec le Roi. En attendant, envoyez l’ordre aux détachements de se mettre en marche.

 

Bayonne, 7 juillet 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée, à Bayonne

Mon Cousin, expédiez sur-le-champ le décret ci-joint (Décret du 7 juillet 1808 pour organiser les quinze régiments provisoires en huit régiments définitifs portant les n° 114e, 115e, 116e, 117e, 118e, 119e, 120e de ligne, et 33e léger) à l’état- major à Madrid. Les colonels seront choisis parmi les majors les plus capables, et le plus possible dans la même division ; s’il y a des chefs de bataillon de trop, il faut en affecter aux 5e bataillons, jusqu’à ce qu’il y ait des places vacantes. Vous chargerez l’intendant général de choisir les quartiers-maîtres. Il ne sera pas formé, quant à présent, de compagnies de grenadiers et de voltigeurs; les unes et les autres ne le seront qu’à la fin de la campagne. Ce sera un moyen de récompenser les officiers et soldats qui se seront distingués. Vous donnerez pour instruction que ceux qui seront désignés pour grenadiers et voltigeurs ne recevront de haute paye qu’à partir du 15 août.

Le ler bataillon du dépôt général des régiments provisoires, qui est à Pampelune, formera le 3e bataillon du 118e. Le 2e bataillon du dépôt, qui est à Burgos, formera le 4e bataillon. Il faudra porter ces deux bataillons à six compagnies. Quant au 3e bataillon du dépôt général des régiments provisoires, on le laissera subsister comme il est, pour être incorporé, sqit dans les régiments définitifs qui en auront le plus besoin, soit dans le 15, de ligne.

 

Bayonne, 7 juillet 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Bayonne

Mon Frère, j’ai nommé les généraux Salligny et Maurice-Mathieu comtes de l’Empire, et le général Merlin, baron. J’ai donné l’aigle de la Légion d’honneur au duc de Noya; j’ai nommé aussi comte de l’empire Stanislas Girardin; j’ai accordé au marquis de Gallo 5,000 ducats de rente.

Quant au maréchal Jourdan, je crains qu’en lui donnant un titre aussi élevé que celui de duc de Fleurus et une fortune assurée, il ne veuille revenir à Paris. Il faut le laisser venir à Madrid, lui dire que je lui destine un des dix duchés auxquels j’ai encore à nommer, et gagner ainsi quelques mois. Il vous servira en Espagne et s’y accoutumera.

 

Bayonne, 7 juillet 1808

Au prince Cambacérès, Archichanceleir de l’Empire

Je reçois votre lettre du 3 juillet. Je vois avec plaisir ce que vous mandez du sénateur Chaptal et de l’intention où il est d’éviter d’accréditer, autant qu’il dépend de lui, tous les bruits des malveillants.

 

Bayonne, 8 juillet 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, demandez au gouvernement hollandais que les conscrits qui sont sur la rive droite de l’Escaut soient livrés; que les smogleurs qui ont des communications avec les Anglais, et qui leur servent d’espions et les instruisent de ce qui se passe à Flessingue et dans l’Escaut, soient arrêtés, et qu’enfin on ne se relâche point des principes du blocus.

 

Bayonne, 8 juillet 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée, à Bayonne

Mon Cousin, faites partir la 5e compagnie du dépôt des régiments provisoires, forte de 136 hommes, avec 140 hommes des dépôts des trois régiments de la Vistule. Ces 300 hommes partiront demain avec les 600 qui composent le bataillon de marche du Portugal, ce qui fera une colonne de 900 hommes. Le grand maréchal Duroc avait proposé deux pièces de canon pour cette colonne; s’il n’y en a pas de prêtes, le général commandant à Pampelune pourra en fournir. Ces 900 hommes resteront à Pampelune à la disposition du général d’Agoult, pour assurer les communications avec Tudela et contenir la Navarre. Ces troupes seront demain à cinq heures du matin sur les glacis de la place, où je les verrai; elles seront en bataille au moment où le Roi partira. Quant au 12e escadron de marche, faites-moi connaître de quels régiments et de quelles armes il est composé.

 

Bayonne, 8 juillet 1808

Au général Reille, aide de camp de l’Empereur, à Bellegarde

Le 1erbataillon de marche de Catalogue composé de trois compagnies du 7e de ligne et de trois compagnies du 93e, le 1er bataillon de marche de Catalogne composé de deux compagnies du 37e, de deux compagnies du 93e de ligne et de deux compagnies du 56e, le 3e bataillon de marche de Catalogne composé de deux compagnies suisses et de deux compagnies du 16e de ligne, le 2e bataillon de la 5e légion de réserve, le bataillon du 32e léger et le bataillon valaisan, formant ensemble environ 3,500 hommes, doivent être arrivés à l’heure qu’il est à Perpignan; ce qui, joint à vos 1,300 Toscans, à vos bataillons de gardes nationales, aux neuf compagnies de la réserve et aux deux escadrons toscans, doit vous faire une force de 6,000 hommes, avec laquelle vous êtes en mesure de dissiper tout rassemblement, de débloquer Figuières et de prendre là position, pour être en mesure de vous porter partout.

Le ler bataillon provisoire de Perpignan composé de six compagnies des ler, 62e, 5e et 24e de ligne, et des 16e et 22e légers, formant 840 hommes, le 2e bataillon provisoire de Perpignan composé de six compagnies des 8e et 18e légers et des 23e, 60e, 79e et 8le de ligne, ces deux bataillons formant 1,600 hommes, doivent se trouver réunis du 20 au 29 à Perpignan. Ces deux bataillons arrivent de différents points. Chargez le commandant de la place de les former. Le major général a dû nommer les chefs de bataillon et adjudants-majors pour les commander. Pour la même époque, un escadron composé des détachements des 3e, 14e et 24e de chasseurs, et des 4e, 7e et 8e de cuirassiers, formant 250 chevaux, doit être arrivé à Perpignan; ce qui portera votre division à près de 8,000 hommes. Deux escouades d’artillerie légère, formant 60 hommes, sont parties de Valence et doivent arriver à Perpignan à la même époque.

Il n’y a qu’une opération pressée, c’est de débloquer Figuières. Une fois maître de cette place, il faut vous occuper de bien organiser votre artillerie, de bien former vos troupes et de vous mettre en mesure d’agir à coup sûr. Vous devez avoir deux généraux de brigade, les généraux Guillot et Ritay. Vous avez également un adjudant commandant. Employez le temps que vous séjournerez à Figuières à mettre cette place en bon état de défense. Vous prendrez avec vous le bataillon qui s’y trouve, et vous laisserez à sa place vos troupes les plus nouvelles. L’opération la plus importante, après le déblocus de Figuières, est de désarmer Rosas.

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P. S. Tout ce qui vous arrive de Barcelone, soit dépêches adressées au major général, soit dépêches adressées au ministre des relations extérieures ou à tout autre, doit être adressé au major général. Le commandant d’armes de Collioure, le chef de bataillon Allègre, annonce, en date du 29 juin, une valise contenant des dépêches de Barcelone, partie de Collioure la veille, qui n’est pas encore arrivée.

 

Bayonne, 8 juillet 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Bayonne

Chargez le général Merlin de prendre le commandement de la cavalerie qui vous escorte, composée, de 150 hommes de la Garde du grand-duc de Berg et du 9e escadron de marche, qui arrive demain et qui est composé de 2 ou 300 chevaux. Il peut partir demain pour prendre la tête de cette cavalerie; il vous écrira par toutes les estafettes. Chargez-le de se concerter avec le général Rey, qui commande l’infanterie. Le général Salligny lui donnera toutes les instructions et votre itinéraire. Il sera avantageux qu’il arrive un jour ou deux avant vous à Vitoria.

Il faut qu’un de vos aides de camp, indépendamment de l’écuyer, soit à la portière pour commander votre escorte et avoir l’oeil sur tout.

 

Bayonne, 8 juillet 1808

A Alexandre Ier, Empereur de Russie, à Saint-Pétersbourg

Monsieur mon Frère, j’envoie à Votre Majesté la constitution que la junte espagnole vient d’arrêter. Les désordres de ce pays étaient arrivés à un degré difficile à concevoir. Obligé de me mêler de ses affaires, j’ai été, par la pente irrésistible des événements, conduit à un système qui, en assurant le bonheur de l’Espagne, assure la tranquillité de Mes États. Dans cette nouvelle situation, l’Espagne sera en réalité plus indépendante de moi qu’elle ne l’a jamais été; mais j’aurai l’avantage que, se trouvant dans une position naturelle et n’ayant aucun sujet de méfiance du côté de terre, elle emploiera tous ses moyens au rétablissement de sa marine. J’ai lieu d’être très-satisfait de toutes les personnes de rang, de fortune ou d’éducation. Les moines seuls, qui occupent la moitié du territoire, prévoyant dans le nouvel ordre de choses la destruction des abus, et les nombreux agents de l’Inquisition, qui entrevoient la fin de leur existence, agitent le pays. Je sens bien que cet événement ouvrira un des plus vastes champs pour disserter. On ne voudra pas apprécier les circonstances et les événements ; on voudra que tout ait été suscité et prémédité. Cependant, si je n’eusse considéré que l’intérêt de la France, j’aurais eu un moyen plus simple, qui eût été d’étendre mes frontières de ce côté et d’amoindrir l’Espagne; car qui ne sait que les liens de parenté entrent pour peu de chose dans les calculs de la politique et deviendraient nuls au bout de vingt ans ? Philippe V a fait la guerre à son grand-père. Une province, comme la Catalogue ou la Navarre, ajoutée à la France, eût été plus pour sa puissance que le changement qui vient d’avoir lieu, qui en réalité n’est utile qu’à l’Espagne.

Je n’ai rien de commun avec l’Angleterre. Je n’ai rien de commun avec l’Autriche. Les Anglais escortent de prétendus bàtiments américains jusqu’à Trieste. D’un autre côté, l’Autriche arme de toutes ses forces, et paraît concentrer ses troupes sur les confins de la Servie et en Hongrie; on m’assure qu’elle a évacué presque toute la Galicie. Ces armements lui sont funestes, puisqu’ils ruinent ses finances; mais ils entretiennent merveilleusement sur l’avenir un nuage qui plaît à l’Angleterre. Je lui ai fait demander légèrement ce que ces armements voulaient dire : elle m’a répondu qu’il était faux qu’elle armât. Il ne me reste plus qu’à prier Votre Majesté de croire mes sentiments pour elle inaltérables; et je ressens une vive satisfaction de l’espérance de la voir cette année.

 

Bayonne, 9 juillet 1808

Au prince de Cambacérès, Archichancelier de l’Empire, à Paris

Mon Cousin, je vous envoie une copie de la constitution de l’Espagne. Faites-la imprimer dans le Moniteur, en espagnol. Faites attention qu’il y a, à la fin, une acceptation signée de tous les membres de la junte; ayez soin que cela y soit également mis.

 

Bayonne, 9 juillet 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée, à Bayonne

Vous donnerez l’ordre, par estafette, au gouverneur général au delà des Alpes, de faire partir de la garnison la plus voisine une compagnie d’artillerie complétée à 120 hommes et une compagnie de sapeurs avec leurs outils, lesquelles se rendront à Perpignan par le plus court chemin et en toute diligence. Mandez au ministre de la guerre qu’il fasse partir de Besançon une escouade d’artillerie à cheval, composée de 30 hommes, une de pareil nombre, de Metz, qui se dirigeront également sur Perpignan. On aura soin que les officiers, sous-officiers et quelques canonniers soient anciens. Ces compagnies gagneront la Saône et le Rhône pour s’embarquer et pouvoir arriver plus tôt.

Vous manderez au ministre de la guerre que j’ai mandé deux escouades de Valence; qu’aussitôt que Valence pourra fournir une troisième escouade pour former une compagnie, il la fasse partir de Valence. Par ce moyen, il y aura à Perpignan cinq escouades à 30 hommes, 150 hommes, et bientôt la compagnie de Piémont à 130 hommes ; ce qui fera 270 hommes nécessaires pour tenir garnison à Figuières, Rosas, et organiser la division du général Reille. Vous manderez également au ministre de la guerre qu’il fasse remplacer aux îles Saint-Marcouf la compagnie de canonniers qui s’y trouve par de jeunes canonniers, et qu’il retire cette compagnie pour la diriger d’abord sur Rennes. Faire connaître le jour où elle arrivera. Qu’on fasse remplacer la compagnie qui est à Belle-Ile par une escouade de jeunes canonniers, et qu’on fasse revenir celle-ci sur le continent, en la dirigeant sur Bordeaux. Qu’on dirige sur Bordeaux la compagnie qui est à Granville. Qu’on dirige une compagnie de sapeurs qui est à Kehl, d’abord sur Lyon. Enfin qu’on dirige deux des six compagnies du 7e régiment d’artillerie qui sont à Mayence , savoir, une sur Lyon et une sur Bordeaux, en leur donnant d’abord un point à mi-chemin, afin qu’on puisse les arrêter en route et changer leur destination si elle devenait inutile.

Envoyez au payeur de Perpignan l’ordre de tenir à la disposition du général Reille 100,000 francs, pour employer 80,000 francs en dépenses imprévues et 20,000 francs en dépenses secrètes. Les 80,000 francs devront être employés, soit pour activer les transports des subsistances de la place de Figuières et pour les dépenses de l’artillerie et du génie, soit pour faire payer la gratification de campagne aux officiers qui en auront besoin.

Donnez ordre au commissaire ordonnateur de Perpignan de faire faire 300,000 rations de biscuit, compris les 100,000 qu’il a déjà commencé à faire fabriquer, et les envoyer à Figuières, à mesure qu’ils seront confectionnés. Ordonnez-lui de payer la solde.

Écrivez au général Cervoni d’envoyer à Perpignan, sous les ordres du général Reille, des officiers du génie du grade de lieutenant, capitaine ou chef de bataillon.

Écrire au général Lacombe Saint-Michel de tirer des compagnies garde-côtes deux escouades de 30 hommes, c’est-à-dire 60 hommes, qui seront à la disposition du général Reille pour les garnisons de Figuières et de Rosas. Qu’il donne un officier supérieur d’artillerie au général Reille, pour commander l’artillerie de sa division; qu’il envoie un officier du grade de capitaine pour commander l’artillerie de la place de Figuières, avec deux ou trois sous-officiers ayant l’habitude de faire le service de gardes. Il peut, s’il est nécessaire, en retirer de Perpignan et de Collioure. Lui mander que deux escouades d’artillerie se dirigent de Valence sur Perpignan ; qu’une compagnie d’artillerie est partie d’Alexandrie; qu’une escouade est partie de Metz, une de Besançon , une compagnie à pied de Mayence ; que le général Reille va avoir bientôt une division de 7 à 8,000 hommes , qui va se former à Figuières. Il faut qu’il pourvoie d’abord à l’armement. A cet effet, il peut garder tous les fusils qui étaient destinés à Bayonne, où on n’en a plus besoin. Nous avons 30,000 fusils espagnols à Saint-Sébastien. Il doit hâter la réparation et l’arrivage des fusils. La division d’artillerie du général Reille doit être organisée de la manière suivante : trois pièces de canon de petit calibre à la 1e brigade, trois à la 2e, deux à la 3e; de plus, quatre obusiers et quatre pièces de 12 ayant un approvisionnement attelé avec elles et un double approvisionnement dans le fort de Bellegarde. Ces huit grosses pièces, ou obusiers, sont nécessaires pour chasser les rebelles des villages et des couvents. Quant aux moyens d’attelage, il doit, ou faire conclure un marché pour avoir dans quinze jours le nombre d’attelages nécessaire, ou faire requérir dans le département, en ayant soin de faire payer très-exactement; et, comme du temps serait perdu avant que le ministre de la guerre puisse lui envoyer de l’argent, il faut l’autoriser à toucher 50,000 francs chez le payeur général de Perpignan, et lui faire connaître que ce n’est qu’une avance et qu’il faudra la rembourser sur les premiers fonds que le ministre de la guerre mettra à sa disposition.

Le général Ritay pourra être remplacé par le général Augier, qui a reçu l’ordre de se rendre à Perpignan.

Si le général Viala ne peut pas servir dans les montagnes, il pourrait commander la place de Figuières. Il faudrait alors lui donner l’ordre de se rendre à Perpignan.

 

Bayonne, 9juillet 1808

Au général Caulaincourt, Ambassadeur à Saint-Pétersbourg

Vous trouverez ci-joint la nouvelle constitution d’Espagne et le bulletin de la dernière séance de la junte, avec le serment qui a été prêté. Le roi part demain à cinq heures du matin pour Madrid. Voici les ministres que le roi a nommés : aux relations extérieures, Cevallos, le même qui l’était déjà; secrétaire d’Etat, Urquijo, qui a été premier ministre il y a six ans; .à l’intérieur, Jovellanos, ancien ministre de grâce et justice, qui avait été exilé à Minorque; à la marine, Mazzaredo; à la guerre, O’Farill; au ministère des Indes, Azanza; aux finances, Cabarrus.

Je reçois votre lettre du 17. Je suis fâché que cet article de l’Angleterre ait fait un mauvais effet sur l’empereur. Je réitère l’ordre au ministre de la police de veiller à ce qu’il ne soit imprimé rien de contraire à notre alliance avec la Russie.

Je vous ai écrit relativement aux acteurs et actrices francais qui sont à Saint-Pétersbourg. On peut les garder et s’en amuser aussi longtemps que l’on voudra. Cependant l’empereur, a eu raison de trouver mauvais que ses agents débauchassent nos acteurs. C’est M. de Benckendorf qui a favorisé la fuite de ces gens-là. Si la circonstance se présentait d’en parler, dites pour ma part, que je suis charmé que tout ce que nous avons à Paris puisse amuser l’empereur. Vous trouverez ci-joint deux lettres pour l’empereur, dont l’une, relative à la mort de la grande-duchesse, est d’une date ancienne. Je ne sais comment on a oublié de vous l’envoyer.

Vous devez partir du principe que je ne saisis pas ce que veut l’Autriche; qu’elle arme beaucoup; qu’elle excite beaucoup les services; qu’elle fait des places en Hongrie; qu’elle démolit dit-on les murs de Cracovie, et qu’elle retire ses troupes de Galicie. Lorsqu’on leur demande des explications sur les armements, ils répondent qu’ils n’arment point. Cependant, cela est trop évident. Jusqu’ici j’ai regardé cela en pitié; je compte même ne rien dire.

Cependant, si cela ennuyait l’empereur, nous pourrions de concert, leur faire dire par Andréossy et par le prince Nourakine de désarmer et de laisser le monde tranquille. Je n’ai aucune discussion avec eux; nous sommes sur le pied le plus aimable; et, dans le fait, ces armements ne sont nuisibles qu’à eux, parce qu’ils désorganisent leurs finances.

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P. S. – Le roi est parti ce matin. Je l’ai reconduit jusqu’à la frontière. Toute la junte dans près de cent voitures l’accompagnait; mais c’étaient des voitures équipées un peu à la hâte.

Les Anglais ont des expéditions nombreuses devant Cadix et le Ferrol, afin de fomenter les insurrections. Je suis certain que la seconde expédition, qui était destinée pour la Suède, a été employée à Cadix et sur les autres points. Ainsi cela a fait diversion aux affaires de Russie.

 

Au château de Marracq, 9 juillet 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée, à Bayonne.

Mon Cousin, je vous envoie vos dépêches arrivées au moment même par l’estafette d’Espagne. Expédiez un courrier au général Merlin pour qu’il dirige la marche de sa cavalerie selon les circonstances, de manière que le Roi soit toujours environné par une force suffisante, et pour qu’il se concerte avec le commandant de Tolosa et des autres endroits par lesquels le Roi doit passer , pour diriger la marche de sa colonne selon la tournure de l’esprit public.

 

Bayonne, 10 juillet 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Le grand-duc de Berg et le prince de Neuchâtel ne doivent plus être portés sur la liste des maréchaux de l’Empire , puisqu’ils sont tous deux grands dignitaires. En général, les grands dignitaires ne doivent jouir d’aucun autre traitement que du leur, sous quelque prétexte que ce soit.

 

Bayonne, 10 juillet 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Tolosa

Mon Frère, l’officier d’ordonnance que j’avais envoyé hier à Saint-Sébastien m’a appris votre arrivée. A l’heure qu’il est, vous devez être à Tolosa. J’espère que vous m’avez écrit de cette ville; s’il en était autrement, écrivez-moi par le retour du page que je vous envoie. Je désire que vous m’écriviez tous les jours, dans votre voyage.

Le général de division Reille a pris possession de Figuières avec une division. Ily restera quelques jours pour s’y réunir; après quoi il marchera sur les différents points de la Catalogne.

Je pense que vous devez écrire tous les jours au général Savary , à Madrid, et au maréchal Bessières, à Burgos, afin de vous faire mettre au fait de tout ce qui se passe.

Azanza et Urquijo écrivent sans doute tous les jours à la junte de Madrid. Il est nécessaire que Cevallos écrive de Vitoria une dépêche à tous les ministres à l’étranger et à Madrid, pour leur annoncer votre entrée en Espagne, votre arrivée à Vitoria, etc. Il faut que celle dépêche soit bien faite. S’il ne veut pas expédier de courriers, il peut envoyer ses dépêches à M. de Champagny, qui les fera partir. Il devra écrire une seconde circulaire de Burgos, en traçant aux agents diplomatiques le langage qu’ils doivent tenir sur les événements et sur la constitution.

 

Bayonne, 10 juillet 1808, six heures du soir

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne

Mon Frère, je reçois votre lettre d’aujourd’hui. Vous pouvez faire ce que vous voulez. J’avais sur la contribution imposée à Santander, ordonné au maréchal Bessières de la frapper au même moment que je faisais marcher les troupes ; ils ont traité avec tant d’indignité le consul et les Français qui se trouvaient là, qu’ils méritaient bien cette punition. Quelque parti que vous preniez, ce qui m’importe , c’est que les Français qu’ils ont arrêtés et dont ils ont pillé les propriétés soient indemnisés, ce qui n’est pas un objet considérable.

Je vous prie de m’écrire un peu plus en détail.

J’ai eu des nouvelles de Russie. On y connaissait toute l’affaire d’Espagne ; on la reconnaissait.

 

Bayonne, 10 juillet 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Je reçois votre lettre du 7. J’ai lu avec intérêt le mémoire de Prégent. Il y a là une centaine de noms cités. Je suis instruit qu’un grand nombre de ces individus possèdent de petits biens en France. Il serait convenable d’en faire faire un état, de l’envoyer aux préfets et à l’enregistrement, de faire mettre le séquestre sur ces biens et sur ceux de leurs femmes et de soumettre leurs parents à une surveillance spéciale.

 

Bayonne, 11 juillet 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Bayonne

Monsieur de Champagny, écrivez au sieur Andréossy d’insister pour que les bâtiments américains ou autres bâtiments neutres ne soient pas reçus à Trieste chargés de marchandises coloniales, parce qu’ils viennent évidemment d’Angleterre et ont de faux papiers. Quant aux Américains, l’embargo qu’ils ont mis chez eux répond à tout. Donnez l’ordre à mon consul à Trieste et dans les autres ports de ne donner aucun certificat d’origine aux marchandises coloniales venant de Trieste, ces marchandises arrivant toutes sous pavillon soi-disant neutre, mais au compte des Anglais.

Écrivez au sieur Ver Huell et à mon ministre en Hollande pour empêcher toute communication entre la Hollande et l’Angleterre.

Écrivez de nouveau au sieur Andréossy pour qu’il fasse entrevoir à M. de Stadion qu’il n’a pas l’instruction précise de demander que la levée des milices soit contremandée, mais qu’il ne tardera pas à la recevoir; qu’il n’est pas probable que l’empereur souffre ces armements sans faire lever toute la Confédération du Rhin ; et qu’il n’est pas possible que les grands États de l’Europe se mettent sur pied sans qu’il arrive des événements.

Vous me rendrez compte qui a autorisé le sieur Bourrienne à signer un traité pour le grand-duc de Berg. Si c’est vous qui l’y avez autorisé, je n’ai rien à dire; dans le cas contraire, vous lui témoignerez mon mécontentement de ce que, sans votre ordre, il signe des traités pour des princes étrangers.

Écrivez à mon chargé d’affaires à Scutari de réitérer la demande de satisfaction pour les quatre officiers assassinés, et, à défaut de l’obtenir sous cinq jours, de quitter Scutari.

 

Bayonne, 11 juillet 1808

A M. Bigot de Preameneu, ministre des Cultes, à Paris

NOTE SUR UN PROJET DE RÈGLEMENT DES CONGRÉGATIONS RELIGIEUSES DE FEMMES.

Au lieu d’établir des principes sur les maisons des femmes, il serait préférable d’instituer ces maisons et de dire : Telle congrégation, soit hospitalière, soit enseignante, existera pour tel objet, dans tel lieu, avec tel nombre de religieuses.

On n’a pas besoin de renouveler des défenses existantes, mais on doit, au contraire, permettre ce que les lois ne permettent pas.

Comment se sont fondées les maisons religieuses ? Par des arrêts du conseil enregistrés au Parlement. C’est de là sans doute qu’il convient de procéder. Ainsi le nom des maisons, leur nombre, la maison qu’elles occuperont, etc. , doivent être déterminés par l’édit de leur institution.

La police a le droit d’aller partout, mais il y a quelque chose de choquant à ce qu’elle puisse entrer dans la maison d’une congrégation de femmes. Il serait préférable de mettre ces maisons sous la police des procureurs généraux des cours d’appel. Ces magistrats feraient une visite tous les ans, recueilleraient les plaintes, s’assureraient de la liberté des voeux et de l’exécution des édits d’institution; ils seraient les juges des réclamations, et ce seraient eux qui pourraient ordonner qu’une religieuse sortît de la maison, etc.

Il y a, dans le projet de décret, des choses qui pourraient faire supposer qu’une religieuse meurt civilement en prenant le voile, tandis que rien ne paraît empêcher qu’une religieuse, qui ne fait pas de voeux à vie, possède des biens, acquière par héritage et dispose par testament.

Le droit des supérieurs ecclésiastiques est une chose importante à régler. Quelles peines peuvent-ils infliger aux religieuses ? Peuvent-ils les mettre en prison ? L’autorité ecclésiastique est-elle une chose suffisante pour les choses graves de discipline ? Il ne s’agit pas seulement d’établir une autorité contre les religieuses, il faut aussi établir une garantie en leur faveur. Il semble que, n’étant pas mortes au monde, elles ne cessent pas d’appartenir à la société, et que la société leur doit défense et protection.

Il convient de donner au règlement par lequel l’autorité publique intervient une couleur d’institution et de protection. On doit ensuite renvoyer à l’évêque ce qui regarde la distribution du temps et toutes choses spirituelles.

 

Bayonne, 11 juillet 1808

Au général Dejean, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur Dejean, il me semble que, s’il y a un corps qui ne doive pas être habillé de blanc, c’est le corps des vétérans. En habillant les vétérans avec les draps de couleur, cela vous mettrait dans le cas d’habiller vingt régiments de plus. La couleur bleue est la meilleure de toutes les couleurs ; d’ailleurs, c’est celle sous laquelle nous sommes connus en Europe. S’il y a impossibilité de conserver le bleu, vu la rareté de l’indigo, je préfère le blanc à toute autre couleur. Pour les vétérans, invalides et autres corps qu’on ne devrait pas habiller de blanc, il faut se servir de drap brun ou de toute autre couleur où il n’entre pas d’indigo.

 

Bayonne, 11 juillet 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je reçois votre lettre du 7 juillet. L’Uranie, l’Écureuil, le Mercure, le Cyclope et la flûte le Var doivent être entretenus par vos soins; les bâtiments appartenant à la colonie de Corfou, de même. Vous devez en régler le nombre et l’espèce. Vous voudrez bien vous concerter à cet effet avec le ministre de la guerre. Vous devez payer les équipages et les officiers et contenir tout dans les limites que vous ordonnerez.

Quant au moyen de ravitaillement que vous proposez, il ne me paraît point efficace. D’Ancône à Corfou, cela n’arrivera jamais et cela sera pris en route. Je ne conçois pas pourquoi vous ne feriez pas faire des vivres à Corfou même; il y a du blé, et l’Albanie en fournit beaucoup; il y a aussi beaucoup de viande en Albanie. Je désire donc que les approvisionnements de bouche soient faits à Corfou même. Mais je ne sais pas pourquoi les bâtiments n’ont pas leurs vivres de guerre. Pourquoi n’ont-ils pas conservé les leurs ? Ils doivent être nourris du journalier par la place. Cela ne doit être autre chose qu’une affaire d’argent. Ayez un commissaire de marine à Corfou, et tenez une correspondance avec lui parle canal de mon vice-Consul à Otrante. Pourvoyez à la nourriture de vos hommes à Corfou même, et faites qu’il y ait toujours à Corfou de quoi compléter les vivres à six mois. Tous les vivres, ensuite, que vous fournirez aux bâtiments italiens, le trésor italien vous les payera.

Indépendamment de ce que je crois ce moyen plus efficace, j’ai une autre intention : c’est de commencer de former un établissement à Corfou, de sorte que, si l’on voulait donner là deux ou trois mois de vivres à une escadre, on sût à quoi s’en tenir. Écrivez au gouverneur que ces dépenses seront supportées par la marine.

Faites-moi connaître quelle est la saison la plus favorable pour faire revenir à Toulon la flûte le Var.

Mon intention serait aussi, lorsque le temps sera arrivé, que les équipages français de l’Uranie et de deux bricks formassent l’équipage d’un des vaisseaux de 74 que j’ai à Venise et que je voudrais avoir à Ancône, et que la frégate et les deux bricks fussent montés par les matelots des Sept Îles avec une bonne garnison, des officiers et une maistrance française.

 

Bayonne, 11 juillet 1808

A M. Cretet, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur Cretet, j’ai reçu le rapport que vous me faites sur la situation des différents travaux. Je désire que cet état me soit remis tous les mois dans la forme suivante, faites-en imprimer les modèles; cet état contiendra, 1° le nombre des ouvriers employés dans le mois à chaque espèce de travaux, en distinguant les ouvriers d’art et les ouvriers terrassiers, etc. ; 2° l’argent qui a été dépensé dans le mois; 3° l’argent qui a été affecté pour l’année; 4°, ce qui reste à dépenser, avec une colonne d’observations où l’on fera connaître les ouvriers qu’il sera nécessaire d’augmenter ou de diminuer, l’argent qu’on pourrait dépenser en plus ou en moins selon les différents travaux. Par ce moyen, j’aurai une idée du nombre d’ouvriers qui sont employés sur les différents points, et de la manière dont les travaux sont exécutés.

 

Bayonne, 11 juillet 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Faîtes-moi connaître ce que c’est que Bastian, magistrat de sûreté à Bonneville (Léman), qui passe pour un des hommes de la clique Malet et consorts.

 

Bayonne, 12 juillet 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Je vous ai renvoyé, il y a longtemps, un projet de règlement du grand-duc de Berg pour la cavalerie. Entre autres changements qu’il proposait, les suivants me paraissaient très-nécessaires : réduire les portemanteaux (il est prouvé que les soldats ont toujours les moyens de les remplir) ; placer le manteau sur le devant de la selle, surtout pour les dragons et les cuirassiers, et enfin ne laisser à la cavalerie qu’un seul habit; la Garde même, à la Grande Armée, n’a jamais porté que son surtout. Il est important de faire ces petits changements, surtout pour les dragons, qui ont d’énormes portemanteaux et deux habits. Faites-moi connaître où en est ce travail.

 

Bayonne, 12 juillet 1808, huit heures du matin

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Vitoria

Mon Frère, je fais partir un escadron de 200 dragons pour Vitoria. J’en ai donné le commandement à votre aide de camp Tascher. J’ai eu en cela deux buts : le premier, de former ce jeune homme, qui n’a jamais commandé de troupes; le second, d’avoir un oeil sur vos derrières. Vous l’autoriserez à correspondre directement avec vous.

Cet escadron arrivera le 14 ou le 15 au matin à Vitoria, où il tiendra garnison. J’ai également ordonné au 3e bataillon du dépôt des régiments provisoires, fort de 400 hommes, de se rendre à Vitoria; ce qui, avec l’escadron de dragons, formera là une garnison suffisante. Je désire que vous laissiez Tascher avec cet escadron, afin qu’il s’exerce, se forme et devienne bon à quelque chose. Lorsque je quitterai Bayonne, il faudra que vous ayez dans cette ville un de vos aides de camp, pour vous instruire de tous les mouvements et avoir une correspondance directe avec vous.

Je vous suppose arrivé, à l’heure qu’il est, à Vitoria. L’escadron que j’envoie à Vitoria couchera aujourd’hui l2 à Irun, demain 13 à Tolosa, et sera au plus tard le 15 au matin à Vitoria. Le bataillon du dépôt des régiments provisoires qui couche demain à Tolosa sera également le 15 à Vitoria. En attendant que cette troupe y soit arrivée, laissez à Vitoria un bataillon du 2e d’infanterie légère, qui en partira, après que la tête de la garnison y sera arrivée, pour rejoindre à Burgos.

J’ai à Burgos, indépendamment des 500,000 francs que je vous ai prêtés, à peu près 300,000 francs. Vous trouverez ci-joint un bon pour les prendre, et vous m’enverrez un bon sur votre trésorier pour me rembourser de ces 300,000 francs sur ce qui reste à vous être payé de votre apanage de prince français pour 1808. Ayant été porté sur le budget, vous devez jouir de ce traitement jusqu’au 1er janvier prochain.

 

Bayonne, 12 juillet 1808, quatre heures après midi

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne

Mon Frère, je reçois votre lettre du 11. Je suppose que vous êtes aujourd’hui à Vitoria. Il n’y a plus aucunes troupes à Burgos, si ci n’est des dépôts et une garnison dans le château. Je ne pense donc pas qu’il soit prudent que vous arriviez dans cette ville avant que le 12e régiment d’infanterie légère y soit arrivé, c’est-à-dire avant le 15. Vous apprendrez là des nouvelles importantes et vous vous
déciderez.

Le maréchal Bessières a dû entrer en opération ce matin 12 ; il est probable que le 14 il en sera venu aux mains. Une fois qu’il aura battu la Cuesta à Benavente ou à Léon, je crois que le moment sera opportun pour entrer en pourparler avec les troupes de ligne. O’Farrill assure qu’elles ne demandent pas mieux que de se soumettre, et qu’elles comprennent que tout cela est un mauvais jeu. Si vous parvenez à ramener les troupes de ligne de Galice, le plus fort serait fait. On a combiné les choses de manière que le maréchal Bessières pût avoir battu les rebelles au moment de votre arrivée. Faites-leur porter alors des paroles de paix par quelques-uns des Espagnols qui sont auprès de vous, en ayant soin de ne pas envoyer des ministres, ni des personnes en place, de peur qu’ils ne les retiennent. Si de Burgos vous vous décidez à aller à Madrid en poste, vous pouvez y aller eu trente heures par la route d’Aranda.

Je viens de faire demander quand partaient les trois millions que vous avez ici; votre agent a répondu qu’ils ne pouvaient partir que jeudi. J’ai ordonné qu’un million partît ce soir; il arrivera à Vitoria sous l’escorte de Tascher.

 

Bayonne, 12 juillet 1808

A Frédéric VI, roi de Danemark, à Copenhague

Monsieur mon Frère, M. de Rosenkranz, chambellan de Votre Majesté, m’a remis la décoration de l’Ordre de l’Éléphant qu’elle m’envoie. Je la remercie de ce témoignage de son amitié. Tout ce qui me rappelle ses sentiments, tout ce qui est entre nous un nouveau gage d’union aura toujours beaucoup de prix pour moi, et je désire les occasions de la convaincre de l’estime particulière que je lui porte et de l’intérêt que je prends à elle et à sa prospérité.

 

Bayonne, 12 juillet 1808

DÉCISION

Le général Clarke, ministre de la guerre, propose à l’Empereur d’adopter, pour l’uniforme de la légion portugaise, un drap bleu de ciel, cette couleur exigeant moins d’indigo que le bleu ordinaire. Le major général avait indiqué le gris de fer brun, et le ministre Dejean, le brun marron.Je ne comprends rien à toutes ces décisions sur l’habillement. On m’ôte le bleu parce qu’il n’y a pas d’indigo, et l’on me propose de mettre les troupes étrangères en bleu. Une couleur brune serait convenable.

 

Bayonne, 12 juillet 1808

DÉCRET.

Napoléon, Empereur des Français, Roi d’Italie, Protecteur de la Confédération du Rhin,
Avons décrété et décrétons ce qui suit :

TITRE Ier. – ETABLISSEMENTS PUBLICS.

CHAPITRE ler. PRÉFECTURE.

Article 1er. – L’hôtel de la préfecture du département des Landes, les bureaux et les archives seront transférés dans les bâtiments et dépendances du ci-devant couvent de Sainte-Claire, à Mont-de-Marsan. Il y sera fait les constructions et dispositions nécessaires.

ART. 2. – Il sera pourvu aux dépenses de translation et construction de la préfecture au moyen de la perception des six centimes supplémentaires votés, pour trois années consécutives, par la délibération du conseil général du département, en date du 24 octobre 1807.

ART. 3. – La perception en sera faite dans les délais fixés pour les contributions directes. Elle aura lieu, pour 1808, au marc le franc des contributions foncières , personnelle et mobilière , par addition
aux rôles de l’exercice courant.

CHAPITRE II. – HOSPICES.

ART. 4. – La somme de 187,771 francs restant due aux hospices du département des Landes, pour solde de leur arriéré des années V, VI et VII, leur sera payée en capitaux de rentes nationales disponibles dans le département de la Roër.

ART. 5. – La portion, dont jouissait la sénatorerie de Pau, des biens de la succession Gontaut-Biron situés dans le département des Landes est déclarée faire partie de la concession faite aux hospices de Dax, Tartas et Villeneuve, par la loi du 7 septembre 1807.

ART. 6. – Des biens nationaux seront concédés à la sénatorerie de Pau, en remplacement de la portion qui lui était attribuée sur ceux de la succession Gontaut-Biron.

TITRE II. – TRAVAUX PUBLICS

Chapitre 1er. Canal des Landes.

ART. 7. – Il sera ouvert et construit un canal de petite navigation et à point de partage, pour établir une communication entre la Garonne et l’Adour.

ART. 8. – Ce point de partage sera situé dans la commune de Saint-Cricq, département du Gers, sur le chemin de Gabarret à Eauze.

ART. 9. – Le canal portera le nom de canal des Landes. Il partira de l’embouchure de la Baise dans la Garonne et passera à Roquefort et Mont-de-Marsan.

ART. 10. – Les projets de ce canal seront faits par un ingénieur en chef, sous la direction de celui du département des Landes, et seront présentés à notre approbation avant le 1er janvier prochain.

CHAPITRE II. – PORT DE PEYREHORADE.

ART. 11. – La commune de Peyreborade est autorisée à faire rétablir à ses frais le port de Peyrehorade, situé sur la rive droite du Gave, et à y faire les changements et améliorations nécessaires, sous la direction et surveillance de l’ingénieur en chef du département des Landes, et conformément aux plans et projets estimatifs qui en portent la dépense à 35,000 francs.

ART. 12. – Les constructions seront entièrement achevées au ler avril 1809.

ART. 13. – Pour pourvoir aux dépenses de construction, la commune de Peyrehorade est autorisée à percevoir, pendant sept années, sur tous les objets d’importation et d’exportation audit port, un droit dont le tarif est fixé ainsi qu’il suit :

Pour chaque quintal métrique de marchandises débarquantes. 0 fr. 10

Pour chaque personne qui s’embarquera sur les bateaux. . . . 0 fr. 5

Pour chaque personne débarquante . . . . . . . . . . . . . .0 fr. 5

ART. 14. – Le transport de la pierre est modéré à 4 francs par bateau, quelle que soit la quantité embarquée.

ART. 15. – Les objets, soit d’importation, soit d’exportation, appartenant directement au gouvernement, jouiront d’une entière franchise, sans cependant qu’elle puisse s’étendre au bénéfice des compagnies qui auraient traité avec lui.

Les conducteurs des bateaux et matelots nécessaires à la conduite des bateaux jouiront également d’une entière franchise.

ART. 16. – La commune de Peyrehorade sera tenue d’entretenir le port en bon état, et de se conformer, à cet égard , aux avis et instructions qui seront donnés par l’ingénieur en chef et approuvés par le préfet du département.

 

CHAPITRE III. – PORT DE SAINT-ESPRIT

ART. 17. – Il sera construit un port, en forme de cale, à l’extrémité de la grande place e saint-Esprit, avec deux terrasses élevées à la hauteur des plus hautes marées. Ces terrasses seront plantées d’arbres.

ART. 18. – A cet effet, les deux corps de garde et fossés placés à l’entrée du pont sont concédés à la ville. Ils seront remplacés à ses frais par deux guérites construites en pierre.

ART. 19. – Le produit de la démolition des deux corps de garde sera employé à l’établissement de la cale et des deux terrasses. Il sera pourvu au surplus des dépenses sur les revenus de la commune.

 

CHAPITRE IV. – PONT DE MONT-DE-MARSAN.

ART. 20. – Le pont de Mont-de-Marsan sur la Midouze sera reconstruit dans l’emplacement porté au plan approuvé par notre directeur des ponts et chaussées.

Cette reconstruction sera le premier des ouvrages d’art qui seront entrepris sur la route des Landes.

 

CHAPITRE V. – DESSÉCHEMENTS.

ART. 21. – Les plans et projets de dessèchement des marais d’Orx, de la contenance d’environ 3,000 arpents, seront dressés sans délai.

A cet effet, une somme de 3,000 francs sera mise à la disposition du préfet des Landes par le ministre de l’intérieur, et sera prise sur le fonds de réserve de son ministère, chapitre IX du budget.

 

CHAPITRE VI. – PLAINTATION DES DUNES.

ART. 22. – Il sera établi dans le département des Landes une commission pour la plantation des dunes.

Cette commission sera organisée de la même manière que celle qui a été établie à Bordeaux en exécution de notre décret du 13 messidor an IX.

ART. 23. – Il sera nommé par le préfet un inspecteur et un garde forestier, qui résideront à la proximité des travaux. Le traitement de l’inspecteur sera de 800 francs, et celui du garde de 400 francs.

ART. 24. – L’état des dépenses sera dressé par la commission et acquitté sur les ordonnances du préfet.

ART 25. – Chaque année, au mois de décembre, la commission des Landes se réunira à celle de Bordeaux, sous la présidence du préfet de la Gironde.

Le compte général des dépenses sera dressé. L’état des travaux de la campagne, ceux projetés pour la campagne suivante, et les observations des commissions réunies, seront transmis, ainsi que ledit compte général, à nos ministres de l’intérieur et des finances.

ART. 26. – Toutes demandes en concession de dunes, qui viendraient à être faites par des communes ou particuliers, seront adressées à l’une ou à l’autre commission, lesquelles donneront leur avis, qui sera remis au préfet et transmis au ministre des finances.

ART. 27. – La demande en concession adressée au préfet des Landes par le sieur Bourgeois, enseigne de nos vaisseaux et pilote-major de la barre de Bayonne, est accueillie.

En conséquence, nous lui avons concédé et concédons gratuitement 50 hectares de dunes situées au territoire de Tarnos, et désignées au plan annexé au présent décret, à la charge par le sieur Bourgeois d’en faire le semis à ses frais dans le délai de deux années, suivant les procédés du sieur Bremontier, inspecteur divisionnaire des ponts et chaussées, et d’en entretenir les plantations en bon état.

Ladite concession ne sera assujettie qu’au droit fixe d’un franc.

 

TITRE III. – SOCIETE DES ASSURANCES CONTRE LA GRÊLE.

ART. 28. -Le règlement de la société d’assurances contre la grêle, établie à Mont-de-Marsan depuis le 10 avril 1807, est approuvé.

ART. 29. – Les billets déposés par les actionnaires entre les mains du directeur, les registres contenant leurs déclarations et tous registres de comptabilité, ne sont point assujettis aux droits du timbre. Lesdits registres seront visés,et parafés par le préfet.

ART. 30. – A défaut de paiement, lesdits billets seront visés pour valoir timbre, assujettis au droit de 25 centimes et soumis à l’enregistrement.

Les contraintes seront décernées et les poursuites faites comme pour le recouvrement des contributions directes.

 

TITRE IV. – DONATIONS.

ART. 31. – Nous faisons donation au département des Landes, 1° des bâtiments et dépendances du ci-devant couvent de Sainte-Claire, à Mont-de-Marsan, pour rétablissement d’un hôtel de préfecture, des bureaux et des archives; 2° des bâtiments et jardins de l’ancien couvent des Capucins de Dax, affectés par notre décret du 29 janvier dernier à l’établissement d’un dépôt de mendicité.

ART. 32. – Nous faisons donation à la ville de Dax, pour la perception de ses octrois et pour l’établissement d’une place de marché, des remparts de ladite ville, le château excepté, et du bastion dit de la Marguerite, depuis et y compris la portion de mur qui ferme la place Poyane, et en suivant la ligne tracée en noir sur le plan annexé au présent décret.

Il ne pourra être fait aucun changement notable auxdits remparts que de l’avis du préfet, et avec l’approbation de notre ministre de l’intérieur.

ART. 33. – Nous faisons donation à la commune de Saint-Sever du terrain d’Augreilh , situé au territoire de ladite commune, et sur lequel plusieurs de ses habitants ont fait des constructions et améliorations. Remise est pareillement faite de tous loyers et fermages qui seraient échus jusqu’à ce jour.

ART. 34. – Les fabriques des églises de Souprosse, Orthevielle , Josse, Saint-Girons, Saint-Martin-de-Seignaux et Magescq, seront remises en possession des biens qui leur avaient appartenu, et qui, par suite de déchéance, seront redevenus disponibles.

ART. 35. -La place publique de Sainte-Ursule, commune de Saint- Esprit, cessera de faire partie de la dotation de la sénatorerie de Pau.

ART. 36. – Nous faisons donation à la Société d’agriculture du département des Landes du terrain appelé la Vignole, situé à Mont-de-Marsan, provenant de la succession en déshérence de Jeanne Darricau, à la charge par le département des Landes, dans le cas où les héritiers viendraient à se présenter, de leur payer la valeur capitale dudit terrain sur estimation faite d’après les derniers baux antérieurs au présent décret.

ART. 37. – Toutes donations et concessions faites par nous aux département ou arrondissements des Landes et aux établissements publics du même département ne seront assujetties qu’au droit fixe d’un franc.

 

TITRE V. – DISPOSITIONS DIVERSES.

ART. 38. – A dater du Ier janvier 1809, l’abonnement des frais d’administration de la préfecture est fixé à 37,000 francs.

ART. 39. – La municipalité de Mont-de-Marsan fera désormais partie de celles dont les membres sont nommés par nous.

ART. 40. – Les curés des villes de Mont-de-Marsan, Dax, Roquefort, Tartas et Saint-Esprit sont élevés au rang de curés de première classe.

ART. 41. – L’exercice de la police municipale de Mont-de-Marsan aura lieu sur le territoire des communes de Nonères, Saint-Jean-d’Août, Saint-Pierre et Saint-Médard.

ART. 42. – Nos ministres de l’intérieur, des finances, de la guerre, et des cultes, sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l’exécution du présent décret.

 

Bayonne, 13 juillet 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Le roi de Hollande, quand il commandait mon armée en Hollande, a, de son propre chef, pris un grand nombre de mes soldats pour incorporer dans sa garde. Il y a des régiments dont il a pris des compagnies entières de grenadiers; depuis, il les licencie sans leur donner ni traitement ni pension; ce qui a le double inconvénient que plusieurs corps de mon armée se trouvent affaiblis de leurs meilleurs soldats, et que de braves soldats, qui ont longtemps servi, restent sans récompense. Parlez-en au ministre hollandais à Paris, et écrivez au ministre de la guerre de Hollande et à mon ambassadeur pour que le nombre des individus français que le Roi a fait entrer dans sa garde soit constaté, pour que le gouvernement ne les licencie que sur mon autorisation, et qu’en les licenciant il leur assure une retraite équivalente à celle qu’ils auraient eue dans ma Garde. Donnez ordre que les 120 déjà licenciés soient retenus à Anvers, et demandez qu’aucun homme ne soit plus licencié qu’il ne lui ait été accordé une pension. Aucun Français ne doit sortir de la garde du roi de Hollande sans une pension. Vous ferez sentir, dans une lettre particulière au ministre de la guerre hollandais, combien il est indécent qu’après avoir pris mes soldats dans mes cadres, et avoir ainsi affaibli mon armée, on les renvoie sans récompense. Vous ferez connaître à ce ministre que je viens d’ordonner qu’une liquidation soit faite pour tous ceux qui sont sortis, et qu’une sommation de ma part sera faite ensuite au gouvernement hollandais pour leur payement. Vous attendrez, avant, sa réponse. J’espère qu’il sera assez juste pour ne pas m’obliger à cette extrémité. Il est injuste qu’un soldat qui a eu l’honneur de garder le souverain soit renvoyé sans pension. Si le Roi eût laissé ces soldats dans leurs régiments, peut-être auraient-ils été appelés dans ma Garde.

 

Bayonne, 13 juillet 1808, six heures du soir.

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Les officiers réformés, en général, ne l’ont point été sans un motif; je vois avec peine que vous en mettez un grand nombre dans l’armée. Cependant vous n’avez sur ces officiers que des notes vagues. Vous placez seize officiers réformés dans le 24e de ligne ; introduire seize officiers étrangers dans un corps, c’est s’exposer à changer l’esprit d’un corps. D’ailleurs, la plupart des officiers réformés qui ont été envoyés ici sont très mauvais, et, si les corps se remplissent de pareils sujets , je cours risque de n’avoir plus d’armée.

Voici le principe que je désire que vous suiviez : vous ne me présenterez, à chaque travail, que deux officiers réformés au plus par régiment; et quand, dans un nouveau travail, vous me présenterez des officiers réformés pour les régiments qui en ont déjà recu , vous joindrez les originaux des lettres par lesquels les colonels vous feront connaître quels sont les officiers que vous avez envoyés , si ce sont des hommes bons et sur lesquels on puisse compter, ou si ce sont des hommes médiocres ou mauvais. Par ce moyen je n’aurai à craindre de me tromper que sur deux ou trois officiers dans un régiment.

Le travail des nominations des 4e chefs de bataillon ne peut être fait comme vous le proposez, vu que cela occasionnerait des déplacements trop considérables, qui, indépendamment de la dépense, porteraient trop de retard. Il faut donc nommer aux places des 4e chefs de bataillon pour tous les corps de la Grande Armée entre eux , et pour tous les corps de la Dalmatie, du royaume d’Italie et du royaume de Naples, entre eux. Par ce moyen, on sera sûr que les hommes seront promptement à leur poste.

 

Bayonne, 13 juillet 1808.

A M. Fouché, ministre de la police générale, à paris

Monsieur Fouché, je reçois votre lettre du 9 juillet. Je ne conçois plus rien à votre tête. Est-ce qu’il fait trop chaud cette année à Paris ? Je mande à l’archichancelier de m’expliquer tous ces logogriphes. Tout ce que j’en vois est bien pitoyable : c’est encore pis que les scènes de l’automne passé. Soyez donc ministre de la police; réprimez les brouillons et ne le soyez pas. Tranquillisez l’opinion au lieu d’y jeter des brandons de discorde. Soyez le supérieur et non le rival de vos subordonnés. En deux mots , ne me donnez pas, à vous seul, autant d’occupation que toute la police de l’Empire. Imitez tous vos collègues, qui m’aident au lieu de me fatiguer, et qui font marcher le gouvernement, bien loin de le gêner de leurs passions privées.

 

Bayonne, 13 juillet 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Vitoria

Mon Frère, je reçois votre lettre du 12 juillet, de Salinas. Un des quatre millions que vous avez ici est parti hier au soir sous l’escorte de Tascher. Les trois autres partiront demain, avec une escorte d’infanterie. Ainsi, le 16, vous aurez à Vitoria quatre millions, 3 ou 400 hommes de cavalerie et un millier d’hommes d’infanterie. Cette cavalerie et cette infanterie sont nécessaires à Vitoria.

Le maréchal Bessières est aujourd’hui, avec toutes ses fortes réunies, à Medina de Rio Seco. Il est probable que le 15 il en sera venu aux mains avec la Cuesta. Dans la journée du 16 vous saurez donc à quoi vous en tenir.

Vous vous trouverez le 16 à Burgos, avec six pièces de canon, quatre bataillons d’élite et un escadron de cavalerie, indépendamment d’un millier d’hommes qui occupent la citadelle de Burgos.

Envoyez au camp du maréchal Bessières un aide de camp qui puisse vous rapporter des nouvelles. Gardez près de vous Merlin. Dans cette situation des choses, vous vous conduirez selon les circonstances : ou vous marcherez avec votre réserve au camp du maréchal Bessières pour le renforcer et présider vous-même à la première victoire, en annonçant à l’Espagne votre arrivée par un événement marquant et en faisant suivre la bataille par des paroles de paix et des moyens de conciliation, ou vous enverrez votre réserve d’infanterie au maréchal Bessières et vous vous dirigerez en poste par Aranda sur Madrid.

La position des armées françaises en Espagne était excellente. Dans le métier de la guerre, une fausse disposition change les choses. Elle est cependant toujours très-bonne; mais, contre mon avis, Savary a disséminé les divisions Frère et Gobert. J’avais destiné la division Gobert à renforcer le corps du maréchal Bessières, avec un régiment de cuirassiers; le maréchal Bessières étant ainsi fort de 6,000 hommes de plus, il n’y avait plus aucune chance contre lui.

Vous trouverez ci-joint les notes que je viens de dicter au général Bertrand pour le général Savary, où la position de l’armée est décrite dans toutes les hypothèses. Gardez cette copie. Lorsque vous saurez que le général Bessières a battu la Cuesta, votre position sera meilleure que jamais.

Il y a, dans la situation de l’armée, deux points principaux : le premier de tous est celui où se trouve le maréchal Bessières, et c’est pour cela que je suis fâché que Savary n’ait pas senti la faute qu’il faisait en hésitant à renforcer le maréchal Bessières; le deuxième point est celui où se trouve le général Dupont; il y a là plus de forces qu’il ne faut.

Quant à Saragosse et à Valence, ce sont des points peu importants : Saragosse est utile pour la pacification, pour achever l’ouvrage, mais est nul dans le système offensif; Valence, si l’on n’avait pas fait la faute d’y envoyer le général Frère, est d’un ordre inférieur.

Dans trois jours arrivent trois beaux régiments de ligne que je destine à contenir la Biscaye et à vous renforcer.

Le maréchal Bessières a donné ordre au général Gaulois, qui avait deux bataillons à Santander, de le joindre. Comme ce général n’est parti que le 12, il n’arrivera que tard au corps du maréchal Bessières. Faites demander l’itinéraire de cette brigade à ce maréchal, afin que, si les circonstances devenaient majeures, vous sachiez où la trouver.

—-

P. S. Soyez sans inquiétude, rien ne vous manquera. Le général Reille, mon aide de camp, envoie demain 10,000 hommes à Figuières en Catalogne. Soyez gai, et surtout portez-vous bien. Arrivez à Madrid.

 

Bayonne, 13 juillet 1808

NOTES POUR LE GÉNÉRAL SAVARY, AIDE DE CAMP DE L’EMPEREUR, EN MISSION A MADRID. (Notes envoyées par le général Bertrand, et dictées par l’Empereur.)

Je vous envoie quelques notes sur les affaires d’Espagne, telles que j’en ai entendu raisonner.

1e Observation. Les affaires des Français en Espagne seraient dans une excellente position si la division Gobert avait marché sur Valladolid et si la division Frère eût occupé San-Clemente, ayant une colonne mobile à trois ou quatre journées sur la route du général Dupont.

Le général Gobert ayant été dirigé sur le général Dupont, le général Frère étant avec le maréchal Moncey, harassé et affaibli par des marches et des contremarches, la position de l’armée française est devenue moins belle.

2e Observation. Le maréchal Bessières est aujourd’hui à Medina de Rio Seco avec 15,000 hommes, infanterie, cavalerie, artillerie. Le 15 ou le 16 , il attaquera Benavente, se mettra en communication avec le Portugal, jettera les rebelles en Galice et s’emparera de Léon. Si toutes ces opérations réussissent ainsi et d’une manière brillante, la position de l’armée française redeviendra ce qu’elle était.

Si le général la Cuesta se retire de Benavente sans combattre, il peut se retirer sur Zamora, Salamanque, pour venir gagner Avilla et Ségovie, certain qu’alors le maréchal Bessières ne pourrait point le poursuivre, puisque, dans cette supposition, il serait menacé par l’armée de Galice, dont l’avant-garde est réunie à Léon. Alors il faut que le général qui commande à Madrid puisse promptement réunir 6 à 7,000 hommes, pour marcher sur le général la Cuesta. Il faut que la citadelle de Ségovie soit occupée par quelques pièces de canon, 3 à 400 convalescents avec six semaines de biscuit. C’est une grande faute de ne l’avoir pas occupée quand le major général l’a ordonné. De toutes les positions possibles, Ségovie est la plus dangereuse pour l’armée. Capitale d’une province assise entre les deux routes, elle ôterait à l’armée toutes ses communications, et l’ennemi une fois posté dans cette citadelle, l’armée française ne pourrait plus l’en déloger. 3 à 400 convalescents et un bon chef de bataillon, une escouade d’artillerie, rendront le château de Ségovie imprenable pendant bien du temps, et assureront à l’armée l’importante position de Ségovie.

Si le général la Cuesta se jette en Galice sans combattre , sans éprouver de défaite, la position de l’armée devient toujours meilleure ; à plus forte raison, s’il est jeté en Galice après avoir éprouvé une forte défaite.

3e observation. Si le maréchal Bessières, arrivé devant Benavente, reste en présence sans attaquer le général la Cuesta, ou s’il est repoussé, son but sera toujours de couvrir Burgos, en tenant le plus possible l’ennemi en échec. Il peut être renforcé de 3,000 hommes de troupes de ligne qui accompagnent le Roi ; mais alors il n’y a point à hésiter. Si le maréchal Bessières a fait une marche rétrograde sans bataille, il faut sur-le-champ lui envoyer 6,000 hommes de renfort. S’il a fait son mouvement après une bataille où il ait éprouvé de grandes pertes, il faudra faire de grandes dispositions, rappeler à marches forcées sur Madrid le général Frère , le général Caulaincourt, le général Gobert, le général Vedel, et laisser le général Dupont sur les montagnes de la Sierra-Morena, ou se rapprocher même de Madrid, en le tenant toujours cependant à sept ou huit marches, afin de pouvoir écraser le général la Cuesta et toute l’armée de Galice, pendant que le général Dupont servira d’avant-garde pour tenir l’armée d’Andalousie en échec.

4e observation. Si le général Dupont éprouvait un échec, cela serait de peu de conséquence. Il n’aurait d’autre résultat que de lui faire repasser les montagnes; mais le coup qui serait porté au maréchal Bessières serait un coup porté au coeur de l’armée, qui donnerait le tétanos et qui se ferait sentir à toutes les pointes extrêmes de l’armée. Voilà pourquoi il est très-malheureux que toutes les dispositions ordonnées n’aient pas été suivies. L’armée du maréchal Bessières devrait se trouver avoir au moins 8,000 hommes de plus, afin qu’il n’y eût aucune espèce de chance contre lui.

La vraie manière de renforcer le général Dupont, ce n’est pas de lui envoyer des troupes, mais c’est d’envoyer des troupes au maréchal Bessières. Le général Dupont et le général Vedel sont suffisants pour se maintenir dans les positions qu’ils ont retranchées , et, si le maréchal Bessières avait été renforcé et l’armée de Galice écrasée, le général Dupont, immédiatement après, se trouvait dans la meilleure position, non-seulement par des forces qu’on pouvait alors lui envoyer, mais encore par la situation morale des affaires. Il n’y a pas un habitant de Madrid, pas un paysan des vallées qui ne sente que toutes les affaires d’Espagne aujourd’hui sont dans l’affaire du maréchal Bessières. Combien n’est-il pas malheureux que, dans cette grande affaire, on se soit donné volontairement vingt chances contre soi !

5° Observation. L’affaire de Valence n’a jamais été d’aucune considération. Le maréchal Moncey seul était suffisant. C’était une folie que de songer à le secourir. Si le maréchal Moncey ne pouvait pas prendre Valence, 20,000 hommes de plus ne le lui auraient pas fait prendre, parce qu’alors c’était une affaire d’artillerie et non une affaire d’hommes; car on ne prend pas, d’un coup de collier, une ville de 80 ou 100,000 âmes, qui a barricadé ses rues, mis de l’artillerie à toutes les portes et dans toutes les maisons. Or, dans cette hypothèse, le maréchal Moncey était suffisant pour former une colonne mobile, faire face à l’armée de Valence et faire sentir, dans toute leur force, les horreurs de la guerre. Le général Frère ne pouvait donc rien pour faire prendre Valence, et le général Frère pouvait beaucoup, posté à San-Clemente, soit qu’il dùt revenir à Madrid , soit qu’il dût  prendre une position intermédiaire, pour secourir le général Dupont.

C’était une autre erreur que de songer à faire aller le maréchal Moncey à Valence, pour ensuite le faire marcher en Murcie et sur Grenade. C’était vouloir fondre ce corps d’armée en détail et sans fruit. Comme le dit fort bien le général Dupont, il valait mieux lui envoyer directement un régiment que de lui en envoyer trois dans cette direction-là.

Dans les guerres civiles, ce sont les points importants qu’il faut garder; il ne faut pas aller partout. Si, cependant, on a dirigé le maréchal Moncey sur Valence, c’était à une époque où la situation des affaires n’était pas la même; c’était lorsque l’armée de Valence pouvait envoyer en Catalogue ou à Saragosse , comme elle en menaçait.

6e observation. Le but de tous les efforts de l’armée doit être de conserver Madrid. C’est là qu’est tout. Madrid ne peut être menacée que par l’armée de Galice ; elle peut l’être aussi par l’armée de l’Andalousie, mais d’une manière beaucoup moins dangereuse, parce qu’elle est simple et directe, et que, par toutes les marches que fait le général Dupont sur ses derrières, il se renforce. Les généraux Dupont et Vedel étaient suffisants, ayant plus de 20,000 hommes ; le maréchal Bessières ne l’est pas proportionnellement, vu que sa position est plus dangereuse ; un échec que recevrait le général Dupont serait peu de chose; un échec que recevrait le maréchal Bessières serait plus considérable et se ferait sentir à l’extrémité de la ligne.

Résumé. Faire reposer et rapprocher de Madrid le général Frère, le général Caulaincourt, le général Gobert, afin qu’ils puissent arriver à Madrid avant le général la Cuesta, si celui-ci battait le maréchal Bessières. Immédiatement après l’événement qui aura lieu le 15 ou le 16, prendre un parti selon les événements qui auront eu lieu, et dans le but d’écraser l’armée ennemie en Galice.

Si le maréchal Bessières a un grand succès sans éprouver de grandes pertes, tout sera bien dans la direction actuelle. S’il a un succès après avoir éprouvé beaucoup de pertes, il faut se mettre en mesure de le renforcer. S’il se tient en observation sans attaquer, il faut le renforcer. S’il a été défait et bien battu, il faut se concentrer et rassembler toutes les troupes dans le cercle de sept à huit journées de Madrid, et étudier les dispositions dans les différentes directions, pour savoir où placer les avant-gardes, afin de profiter de l’avantage qu’on a d’être au milieu , pour écraser successivement avec toutes ses forces les divers corps de l’ennemi.

Si on n’ordonne pas sur-le-champ au général Dupont de repasser les montagnes, c’est qu’on espère que, malgré la faute faite, le maréchal Bessières a la confiance, qu’on partage, qu’à la rigueur il est assez fort pour écraser l’ennemi.

Le maréchal[ Bessières a eu le bon esprit de tellement réunir toutes ses forces, qu’il n’a pas même laissé un seul homme à Santander, quelque avantage qu’il y eût à laisser là un millier d’hommes. Il a senti qu’un millier d’hommes pouvait décider la victoire.

Quant à la division du général Verdier devant Saragosse, elle a rempli aux trois quarts son but. Elle a désorganisé tous les Aragonais, a porté le découragement parmi eux, les a réduits à défendre les maisons de leur capitale, a soumis tous les environs, a bloqué la ville et réuni tous les moyens pour s’en emparer sans que cela devienne trop coûteux.

Voilà l’esprit général de la guerre d’Espagne. Peu de jours après que vous recevrez cette note, beaucoup de choses seront éclaircies ; mais, quoiqu’on puisse espérer que le maréchal Bessières battra l’ennemi dans la plaine, ces observations n’en doivent pas moins être lues avec attention, pour servir à se déterminer à l’avenir.

——

P. S. Comme le général Frère n’indique point la source où il a puisé les nouvelles du maréchal Moncey, on n’ajoute pas une foi entière à des bruits répandus dans un pays où les esprits sont mal disposés.

 

Bayonne, 13 juillet 1808.

Au prince de Cambacérès, Archichancelier de l’Empire, à Paris

Faites venir M. Fouché. Demandez-lui ce qu’il veut dire dans sa lettre du 10, que je vous envoie. Pourquoi pense-t-il que je doive décimer le Sénat ? Ne connaît-il pas la constitution ? Ne sait-il pas que je n’ai à me plaindre de personne dans ce corps, qui n’a cessé de me donner des preuves de son attachement ? Est-ce folie, ou ironie de la part de ce ministre ? Demandez-lui les preuves qu’il a que le préfet [de police] ait tenu ce langage. Faites venir celui-ci en présence de M. Fouché, et tirez cette affaire au clair. Pourquoi le ministre a-t-il ôté au conseil de police la connaissance de cette affaire ? Envoyez-moi le rapport et le travail que le conseil a faits. J’ai blâmé qu’il ait ôté la plume au secrétaire légal du conseil; mais je n’ai pas ordonné que l’on revînt sur cette mesure, et vous ne lui avez pas dit cela. Enfin expliquez-moi ce qu’a Fouché dans tout cela. Est-il fou ? A qui en veut-il ? Personne ne l’attaque; personne n’attaque le Sénat. Qu’est-ce que cela veut dire ? Je commence à ne plus rien comprendre à la conduite de ce ministre, Que dîsent Réal et Pelet de la Lozère ? Que pensez-vous de tout cfela ? Sa jalousie contre le préfet de police peut-elle le porter à de pareils excès ?

 

Bayonne, 14 juillet 1808

A M. Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur Mollien, les évènements d’Espagne interrompent la communication avec Lisbonne. Il ne faut donc pas faire grand fond sur l’argent de Lisbonne. Il faut cependant faire entrer dans ces fonds dans vos calculs, mais les mettre en sus. Le sieur Maret a du vous écrire que les deux millions que j’avais à Madrid ont été donnés; que 500,000 francs de la liste civile que j’avais á Burgos, et 3,500,000 francs qui étaient ici, ont été mis également à la disposition du ministre des finances d’Espagne. Il y a donc déjà six millions de payés sur l’emprunt. Faites mettre cela en règle. Il faut, avant la fin de juillet, préparer ce qui est nécessaire pour compléter dix millions et pour payer dans le courant d’août cinq millions. Le sieur Baguenault n’a pas encore écrit. Il est cependant instant que tout soit réglé promptement et avec l’intervention de la Banque; car, si l’Espagne croit n’avoir affaire qu’à moi, elle ne se pressera pas de rembourser. Quant aux diamants , comme gage, il ne faut pas trop y compter.

Vous devez avoir connaissance d’une petite convention signée par le sieur Moret avec le ministre d’Espagne, par laquelle vous aurez vu que j’engorgeais des obligations jusqu’au mois d’août. Prenez des mesures pour que l’argent arrive, que le traité soit conclu et ratifié, les coupons d’intérêt signés et mis en règle, afin que je puisse, si je le jugeais convenable, me servir de ces coupons.

 

Bayonne, 14 juillet 1808

Au général Dejean, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur Dejean, j’ai reçu votre rapport du 30 juin avec le budget des dépenses des Sept-Îles. Faites connaître au gouverneur général que je n’approuve pas qu’il ait doublé l’indemnité de logement ; qu’il doit se tenir dans les lois de l’État; que mon intention est que les habitants logent les troupes; que le traitement de table et tout traitement extraordinaire sont supprimés. On n’accorde cela que lorsque les contributions levées dans le pays surpassent les dépenses ; mais, lorsque l’argent se tire de France, cela est contre la loi. Il ne faut donner de pain ni aux Albanais ni aux Corfiotes. Il ne faut pas, jusqu’à nouvel ordre, remonter les chasseurs; il faut tenir les harnachements en état, et se contenter d’avoir 25 chevaux pour entretenir les détachements dans l’habitude du cheval.

L’idée de se procurer 6,000 fournitures est une idée absurde. J’autorise simplement l’achat de 1,000 fournitures , c’est-à-dire de quoi caserner 2,000 hommes; le reste des troupes sera logé en ville. Il ne doit y avoir de fournitures que dans la seule ville de Corfou.

Les transports par mer à 20,000 francs par mois, cela est trop considérable; d’ailleurs cette dépense entre dans le budget de la marine. Il ne faut pas qu’on s’écarte, à Corfou, de la plus stricte règle ; je rends l’ordonnateur responsable.

On se contentera de ce qui existe en approvisionnements de siège. J’accorde seulement 30,000 francs pour le riz.

Les dépenses pour le génie à 200,000 francs par mois, cela est absurde. Alexandrie ne me coûte pas plus, et c’est une place neuve. Le général Donzelot ignore-t-il que 200,000 francs par mois font 2,400,000 francs par an ? Les dépenses du génie ne doivent pas passer, pour l’année, 100,000 francs. Mon intention est de n’augmenter en rien les fortifications de la ville.

L’artillerie ne doit pas coûter dans l’année plus de 30 ou 40,000 francs. Mon intention est de n’accorder aucuns subsides aux pachas de Roumélie; mon usage est de ne payer personne.

Je vois dans le budget du général Donzelot 120,000 francs par mois pour la marine, et 20,000 francs pour les transports par mer, ce qui fait 140,000 francs par mois; mon intention est que cela ne coûte pas cela par an; c’est la marine, au reste, que cela regarde.

Écrivez au général Donzelot que Corfou n’est pas le seul point auquel j’aie à penser; qu’il faut changer ses principes d’administration et prendre pour base la plus sévère économie, et ne s’écarter en rien des règles ; que les dépenses de la guerre, de l’administration de la guerre et de la marine doivent coûter moins de 500,000 francs.

Je désire que le ministre de la guerre, le ministre de la marine, le ministre du trésor public et vous, vous vous réunissiez pour arrêter le budget des trois ministères et celui de la guerre et de la marine italienne. La réunion aura lieu chez le plus ancien des quatre ministres, qui donnera son heure. Vous arrêterez le budget complet, à dater du 1er juillet. Vous le ferez ensuite expédier, en le raisonnant et en ordonnant l’exécution scrupuleuse, au général Donzelot, qui suppose que Corfou est Paris, et qui, ne voyant que le point où il est, ne sait pas que ce pays est le moindre de ma pensée. Dans le deuxième titre du projet de décret que vous rédigerez, vous mettrez que les 500,000 francs qui seront envoyés par mois à Corfou seront affectés entre tels ministères et entre tels chapitres, de sorte que le ministre du trésor public fera passer chaque mois ces 500,000 francs pour la partie pour laquelle contribue chaque ministre. Il faut beaucoup diminuer les chevaux d’état-major; il y a besoin à Corfou de peu de cavalerie. Pour l’artillerie, les boeufs du pays et quelques chevaux suffisent. Vous manderez au commissaire général Bessières que le détail de son budget n’a pas de sens. Comme il paraît qu’il n’entend rien en administration, s’il y a là un bon administrateur, il faut l’en charger. Le sieur Bessières n’aurait à s’occuper que des affaires générales et de prélever les revenus. Vous aurez soin que le budget soit divisé en ordinaire et extraordinaire. L’ordinaire comprendra les dépenses affectées par le budget pour chaque mois; l’extraordinaire sera les 1,000 fournitures dont j’autorise l’achat, les médicaments et effets indispensables pour les hôpitaux, le riz pour l’approvisionnement de siège.

Quant aux transports sur mer, le meilleur est de n’en pas avoir, et que la marine ait des bâtiments pour les transports, concurremment avec les bâtiments de guerre. Voyez quel est le plus ancien des quatre ministres nommés, et réunissez-vous chez lui. Mettez de l’ordre dans tout cela ; je ne vois à Corfou que des administrateurs peu habiles et pour qui l’économie n’est rien. Vous enverrez ensuite ce budget par un officier d’état-major, afin d’être sûr de sa prompte arrivée à Corfou.

 

Bayonne, le 14 juillet 1808

A Joseph Napoléon, Roi d’Espagne

Sans une de vos dernières lettres, vous me parlez de la guerre continentale. Je croyais vous avoir dit que j’étais très bien avec la Russie. Quant à l’Autriche, tout ce tapage qu’elle fait est le résultat d’une peur panique; tout cela est de nulle importance. Une note que vous trouverez ci-jointe vous fera conna1itre comment Vitoria, Burgos, vos derrières sont gardés, et vous donnera un aperçu de la situation de mon armée en Espagne.

 

Bayonne, 14 juillet 1808, onze heures du soir

A Joseph Napoléon, Roi d’Espagne

Mon Frère, je reçois votre lettre du 13, de Vitoria. Vous recevrez cette lettre à Burgos, où j’apprends, par une dépêche du maréchal Bessières, qu’indépendamment de la brigade du général Rey, vous aurez trouvé la brigade du général Gaulois et un bataillon de Paris. Ces troupes doivent partir le 17 pour le rejoindre. Ainsi le général Rey, sera en mesure aussi d’appuyer le maréchal Bessières.

Ne vous inquiétez pas de la Biscaye; il y aura de l’infanterie, de la cavalerie et de l’artillerie en suffisance pour la contenir. Santander a été évacué, parce que le maréchal Bessières a voulu réunir toutes ses forces. Si vous pouviez y envoyer un colonel espagnol, ou quelqu’un pour y commander en votre nom, ce serait très-avantageux. Il est possible qu’ils viennent vous demander des troupes : vous leur direz qu’on leur en envoie.

Le maréchal Bessières a dû se trouver en présence aujourd’hui; ainsi, le 16, jour où vous recevrez cette lettre, vous aurez des rapports de l’aide de camp que vous avez envoyé, qui vous feront connaître en quoi consistant les forces de la Cuesta et ce que le maréchal Bessières a fait. L’idée de vous diriger sur Madrid, immédiatement après la prise de Benavente et l’avantage du maréchal Bessières, ne peut qu’être très-bonne. En vous rendant à Palencia avec les brigades Rey et Gaulois, le bataillon de Paris et votre garde à cheval, cela vous fournira une division de près de 5,000 hommes et de dix pièces de canon, ce qui est une bonne réserve pour appuyer le maréchal Bessières

Tascher, avec le l2e escadron de marche, a dû arriver ce soir à Vitoria. Du moment que le 13e escadron de marche, qui couche ce soir à Irun, sera arrivé à Vitoria, l’escadron que commande Tascher partira pour Burgos.

Je suppose que vous avez écrit tous les jours au maréchal Bessières et au général Savary, cela est nécessaire pour qu’ils vous rendent compte. Ainsi vous prendrez réellement le commandement de l’armée.

Soyez gai et content; soignez votre santé. L’affaire du maréchal Bessières va tirer le rideau de toute cette affaire d’Espagne. Des troupes arrivent ici de tous côtés.

 

Marracq, 14 juillet 1808

NOTE POUR LE ROI D’ESPAGNE.

L’armée d’Espagne a son quartier général à Madrid. Voici sa composition :

1° CORPS DES PYRÉNÉES OCCIDENTALES.

Le maréchal Bessières commande le corps des Pyrénées occidentales, qui est fort de 23,000 hommes, infanterie, cavalerie, artillerie, occupe la place de Saint-Sébastien, les trois Biscayes, les montagnes de Santander, la place de Burgos, et est chargé de combattre l’armée ennemie des Asturies et de Galice.

Toutes les troupes sont en mouvement pour composer l’armée de la manière suivante.

DIVISION MOUTON, 5,1 00 hommes

le brigade, général Reynaud : 4e régiment d’infanterie légère, 15e régiment d’infanterie de ligne, 1er bataillon de Paris en marche; total, 3,000 hommes présents sous les armes et six pièces de canon

Cette brigade marche sur Benavente.

2e brigade, général Rey : 2e et l2e régiment d’infanterie légère; total, 2,100 hommes et six pièces de canon.

Cette brigade est à Burgos avec le Roi et doit joindre sa division.

Division Merle : 8,400 hommes.

Brigade Darmagnac, 1,800 hommes; brigade Gaulois, 1,800; brigade Sabatier, 2,800; brigade Ducos, 2,000; total, 8,400 hommes et seize pièces de canon.

Garde, infanterie : 1,900 hommes, six pièces de canon.

Toutes ces troupes marchent sur Benavente.

Cavalerie : l0e Chasseurs, 450 hommes; 22e chasseurs, 450; Garde, 300.

Ces troupes marchent sur Benavente.

Escadrons de dragons, 300 hommes. Ces escadrons sont en marche et ont dépassé la frontière

26e chasseurs, 450 hommes ; ils arrivent à Barcelone sous peu de jours.

Total de la cavalerie, 1,950.

Les forces actives du maréchal Bessières sont donc de 17,000 hommes; il n’en a guère que 15,000 pour l’affaire de Benavente.

S’il obtenait, à Benavente et à Léon, un grand succès contre l’armée de Galice, peut-être serait-il convenable, pour profiter de la victoire et de la terreur des premiers moments, de se jeter dans la Galice. Toutefois il devrait d’abord prendre position à Léon en s’emparant de la plaine, jetant l’ennemi dans les montagnes et interceptant au moins à Astorga la communication de la grande route.

Il y a, dans le château de Burgos, un dépôt de 600 hommes en garnison, faisant partie du corps du maréchal Bessières. Il y a encore à Burgos le général de division Bonnet, qui va avoir une colonne mobile de 1,200 hommes, pour maintenir la tranquillité dans la ville et les environs. Cette colonne est composée comme il suit : 4e bataillon du 118e, formant 450 hommes, actuellement existant à Burgos; 3e bataillon du dépôt général, actuellement à Vitoria, 450 hommes; deux compagnies du 4e d’infanterie légère, formant un petit bataillon, 400 hommes; en marche, passé la frontière, 1,300 hommes; un escadron de dragons en marche, 200 hommes; deux pièces de canon en marche. Ainsi, avant que le maréchal Bessières soit dans le cas de partir de Léon, cette colonne, forte de 1,300 hommes d’infanterie, 200 chevaux et deux pièces de canon, sera disponible.

La colonne d’Aranda, formée du 1er bataillon de marche, fort de 1,000 hommes et de quatre pièces de canon, peut se réunir, au besoin, avec la colonne du général Bonnet. Elles doivent assurer la communication jusqu’aux montagnes en avant d’Aranda.

Le général de brigade Monthion et le colonel Barrère occupent Vitoria avec une colonne composée comme il suit : deux compagnies du 15e de ligne, formant un petit bataillon, 300 hommes ; 2e bataillon du 12e d’infanterie légère, 600; 2e bataillon du 2e d’infanterie légère, 600 ; ce qui fait 1,500 hommes d’infanterie; un escadron de dragons en marche, 200 chevaux ; deux pièces de canon. Tous ces corps sont en marche.

Le général Thouvenot commande à Saint-Sébastien avec 1,000 hommes de garnison.

RECAPITULATION – Le corps du. maréchal Bessières est de 23,000 hommes et 36 pièces de canon.

Les détachements et 3e bataillons des corps qui sont aux divisions actives du maréchal Bessières pourront sous quinze jours le rejoindre, vu qu’ils seront remplacés, à Vitoria et à Burgos, par d’autres corps.

2° Aragon

Jusqu’à cette heure les troupes qui sont en Aragon faisaient partie du corps des Pyrénées occidentales ; mais, le corps des Pyrénées occidentales se portant sur la Galice , il devient indispensable d’en faire une division à part. Aujourd’hui ce commandement comprend Pampelune, la Navarre et les troupes qui forment le siège de Saragosse sous les ordres du général Verdier. Ces troupes sont divisées en quatre brigades et sont composées ainsi qu’il suit : trois régiments d’infanterie de ligne de la Vistule, ayant 3,600 hommes sous les armes; 4e, 6e et 7e bataillon de marche, 1,500 hommes ; 3e bataillon du 14e provisoire, 1,300; 1er régiment supplémentaire, 900 hommes ; 47e, 15e et 71e, 1,600 ; un bataillon des gardes nationales d’élite, 600; total, 9,500 hommes. La cavalerie consiste dans un régiment de lanciers polonais, 700 chevaux, plus un escadron de marche, 400; total, 1,100 chevaux.

A Pampelune, le général d’Agoult commande. Indépendamment d’un dépôt de 800 hommes formant la garnison de la citadelle, il a une colonne mobile composée du 1er bataillon de marche du Portugal, du 3e bataillon du 118e, fort de 600 hommes, et d’un escadron de dragons; ce qui forme un total de 1,400 hommes disponibles pour se porter sur tous les points de la Navarre et sur les communications de Saragosse, pour y mettre l’ordre.

Il y a, dans ce moment, en Aragon et Navarre, savoir : camp de Saragosse, 10,600 hommes; garnison de Pampelune, 800; colonne mobile de Pampelune, 1,400; artillerie, 200; total, 13,000 hommes.

Aussitôt que Saragosse sera pris, et que le corps de l’Aragon sera constitué; il sera nécessaire de faire rentrer au corps du maréchal Bessières le bataillon du 47e, celui du 15e et les trois bataillons du 14e provisoire, ce qui augmentera le maréchal Bessières de 2,000 hommes, afin de tenir les corps réunis.

Il est possible qu’on fasse partir, le 19, de Bayonne 3,000 hommes de bonnes troupes de ligne, pour se diriger sur Saragosse et accélérer la prise de cette place, si toutefois elle n’est pas alors prise. Si Saragosse était pris, le corps du maréchal Bessières pourrait être renforcé de ces 3,000 hommes d’élite et des 2,000 hommes de Saragosse; ce qui lui ferait un corps nombreux pour la campagne de Galice.

Observation. – Indépendamment de Saragosse, les rebelles occupent la ville de Jaca et plusieurs points dans les vallées. A tous les débouchés des vallées en France, il y a un général de brigade avec une colonne mobile. On attendra la prise de Saragosse pour entrer dans ces vallées et y marcher dans les deux sens. En général, l’esprit des vallées est bon, mais des troupes de contrebandiers, que les chefs des rebelles ont enrégimentés, les vexent.

 

3° CATALOGNE

Le général Duhesme occupe Barcelone, qui est une place qui a deux très-belles forteresses qui la dominent; c’est la plus grande ville de la monarchie. Le général Duhesme a deux divisions, la division Chabran et la division Lechi, formant 11,000 hommes d’infanterie, 1,600 hommes de cavalerie et 18 pièces de canon.

Le général Duhesme a eu plusieurs événements, a brûlé un grand nombre de villages et maintenu en respect à quinze lieues à la ronde.

La ville de Girone n’ayant pas été occupée, les insurgés de la Catalogne ont établi là leur junte, d’où ils donnent le mouvement au reste de la province. 2,000 insurgés assiégeaient le fort de Figuières; on y avait heureusement laissé 300 Français; ils ont été obligés de tirer beaucoup de coups de canon et de brûler le village.

Le général de division Reille, avec deux bataillons toscans, a marché sur Figuières, l’a débloqué le 6 du mois, y a fait entrer une grande quantité de vivres, dont on manquait. Le 10, il réunissait sa division, qui arrivait des divers points de la France; il avait déjà 6,000 hommes, et il doit avoir aujourd’hui 9,000 hommes. Il doit s’assurer de Rosas et marcher sur Girone, établir sa communication avec le général Duhesme, et, ensemble, pacifier la Catalogue. Les forces réunies des généraux Duhesme et Reille s’élèvent donc à 22,000 hommes.

Ainsi le corps des Pyrénées occidentales est fort de 23,000 hommes; celui d’Aragon, de 13,000; celui de Catalogne, de total, 58,000 hommes.

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Nous venons de faire connaître la situation de l’armée dans les provinces de la Biscaye, de Santander, de la Castille, de la Navarre, de l’Aragon et de la Catalogne, c’est-à-dire sur toute la frontière de France; voici actuellement la situation dans les autres points.

Les deux corps qui se sont rendus à Madrid, sous les ordres du général Dupont et du maréchal Moncey, portaient et portent encore, le premier, le nom de Corps d’observation de la Gironde, commandé par le général Dupont; le second, le nom de Corps d’observation des côtes de l’Océan, commandé par le maréchal Moncey.

Le corps d’observation de la Gironde est composé de trois divisions : deux sont en Andalousie avec le général Dupont; la 3e, avec le général Frère, doit être à présent à San-Clemente.

Le corps d’observation des côtes de l’océan est composé également de trois divisions : la première est, avec le maréchal Moncey, sous Valence; les deux autres sont à Madrid et disséminées en différentes colonnes pour maintenir la communication avec le général Dupont. Les états de situation vous feront connaître la force de ces divisions; mais on peut en général les considérer, les unes dans les autres, comme fortes de 10,000 hommes présents sous les armes.

Il y a à Madrid deux bataillons de la Garde, formant 1,000 hommes, et à peu près 900 hommes de cavalerie de la Garde.

Ainsi il y a à Madrid, et du côté de Valence et de l’Andalousie, la valeur de 40,000 hommes d’infanterie, 9,000 hommes de cavalerie et 80 pièces de canon attelées.

Le général Junot a, en Portugal, trois divisions formant, présents sous les armes, compris son artillerie, sa cavalerie, 23,000 hommes.

Telle est la situation de l’armée en Espagne et en Portugal.

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1e Observation. – Les événements qui se passent aujourd’hui et demain amélioreront beaucoup la situation toutes les affaires, en jetant dans la Galice le général la Cuesta., eu lui étant sa communication avec l’Estramadure, Madrid et l’Andalousie, en assurant notre communication avec le Portugal et en assurant la soumission des provinces de Salamanca, Zamora, Toro. La manière dont ces événements auront lieu décideront à entrer sur-le-champ en Galice, à soumettre les Asturies, ou à différer encore quelques jours.

2e Observation. – La Navarre et la Biscaye se sont maintenues tranquilles. En Aragon, le plat pays a été soumis; les rebelles ont été battus plusieurs fois. Avec deux seuls bataillons, 8 à l0, 000 insurgés ont été détruits ou dispersés; le découragement est au dernier point parmi eux. Ils se sont défendus dans leurs maisons à Saragosse, on les a bombardés. On leur a fait beaucoup de mal. On achève aujourd’hui de bloquer la ville en jetant un pont sur l’Èbre. Une fois cette ville soumise, il n’y a pas de doute que tout l’Aragon ne devienne tranquille. Une partie des troupes sera cependant nécessaire pour maintenir la province ; une petite partie pourra aider à la soumission de la Catalogne; la partie qui est nécessaire pour le bien du service du corps du maréchal Bessières ira le rejoindre. Ainsi cet événement équivaudra à un secours considérable.

3e Observation. – La première opération du général Reille a débloqué Figuières; il soumet à présent tous les environs. Il ne tardera pas sans doute à s’emparer de Girone et à établir sa communication par terre avec le général Duhesme. La réduction de Girone entraînera probablement celle de Lerida. On pourra avoir alors une colonne de 2 ou 3,000 hommes qu’on dirigera par Tortose sur Valence.

4° Observation. – On n’a point de nouvelles de l’expédition de Valence, et le général Moncey a 8,000 hommes. Avec ces forces, il n’a rien à craindre. Il peut ne pas prendre la ville, qui est très-grande, si les paysans s’y sont renfermés et ne craignent point de la ruiner. Mais le maréchal Moncey se maintiendra dans le plat pays, occupera les révoltés du pays, qu’il empêchera de se porter ailleurs, et fera porter au pays tout le poids de la guerre.

5° Observation. – On compte que le général Dupont a aujourd’hui près de 90,000 hommes. Si les opérations du maréchal Bessières réussissent bien, il n’y aura pas d’inconvénient à appuyer encore le général Dupont et à lui permettre de reprendre l’offensive. Ainsi les deux points importants et où on fera une véritable guerre réglée sont la Galice et l’Andalousie, parce que les troupes du camp de Saint-Roch, de Cadix, des Algarves, font près de 25,000 hommes; qu’elles ont pris parti pour la sédition de Séville en Andalousie, et que tout ce qui était à Porto a pris parti pour les rebelles de Galice.

Le point le plus important de tous est celui du maréchal Bessières, comme on l’a déjà vu dans la note qu’on a envoyée. On doit tout faire pour que ce corps n’éprouve aucun mouvement rétrograde, aucun échec ; celui du général Dupont vient après. Les affaires de Saragosse sont en troisième ordre; celles de Valence ne sont qu’en quatrième. Voilà la véritable situation des affaires militaires du royaume.

Il paraît convenable de former dans l’Aragon une division de 10 à 12,000 hommes, que pourra commander le général Verdier. Il devra correspondre directement avec l’état-major du Roi, avec le maréchal Bessières, pour s’entendre avec le général Duhesme, pour se concerter avec le général de la 11 division militaire, qui se tiendra à Bayonne afin de connaître toujours la situation de ma frontière. Son commandement doit embrasser la Navarre et tout l’Aragon. Alors l’armée sera composée du corps des Pyrénées occidentales, de la division de l’Aragon (il est inutile d’en faire un corps), du corps de la Catalogne, composé de 3 divisions, y compris celle du général Reille, et des 6 divisions que forment les corps d’observation de la Gironde et des côtes de l’Océan. Cela fera à peu près 12 divisions réunies, et, en outre, un certain nombre de petites colonnes mobiles et de garnisons.

 

Bayonne, 15 juillet 1808

Au Roi Charles, à Compiègne

Je reçois la lettre de Votre Majesté du 5 juillet. Je vois avec peine que l’espérance qu’elle avait conçue que l’air de Compiègne lui serait bon ne se soit pas réalisée, et qu’elle éprouve le besoin de passer dans les provinces méridionales. Je prends un intérêt trop grand à tout ce qui la regarde pour ne pas m’empresser de satisfaire son désir. Je me flatte que l’air de Nice, réputé un des plus tempérés de l’Europe, rétablirai la santé de Votre Majesté. J’ai donné tous les ordres pour qu’elle puisse faire tout ce qui lui conviendra et diriger son voyage comme cela lui paraîtra le plus convenable. Dans toutes les provinces de France et d’Italie, Votre Majesté trouvera, comme à Compiègne, tout le monde empresse de lui plaire et de faire ce qui pourra lui être agréable.

 

Bayonne, 15 juillet 1808

A la Reine Louise, à Compiègne

Je reçois la lettre de Votre Majesté du 5. J’ai donné tous les ordres pour les voyages du Roi, comme Votre Majesté le désire. Si effectivement, dans la saison actuelle, qui est la meilleure de Compiègne, le séjour de ce pays ne lui réussit pas, il faut espérer, comme les médecins le pensent, que l’air du Midi lui sera plus favorable. Le climat de Nice est doux et bon. Je suis bien aise d’apprendre que Votre Majesté ait été satisfaite de tout à Fontainebleau et à Compiègne. Elle trouvera partout le même accueil et les mêmes sentiments.

 

Bayonne, 15 juillet 1808

A M. Cretet, ministre de l’intérieur, à Paris

Je lis dans le Publiciste que ce n’est que le 7 juillet qu’a été affiché à Maëstricht le projet d’adjudication pour la première section du canal de l’Escaut à la Meuse. Prenez des mesures pour que, l’année prochaine, ces travaux préparatoires puissent commencer en avril et qu’on puisse faire de bonnes campagnes.

 

Bayonne, 15 juillet 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

J’apprends que les canons du Havre ont laissé approcher un parlementaire anglais sans le prendre. Témoignez-en mon mécontentement au capitaine Hamelin. Je ne puis souffrir aucun parlementage avec les Anglais, surtout pendant le temps qu’ils font une guerre barbare aux pêcheurs.

 

Bayonne, 15 juillet 1808, neuf heures du soir

A Joseph Napoléon, Roi d’Espagne, à Burgos

Mon Frère, je reçois votre lettre du 14 à huit heures du soir, que me remet le page que je vous ai envoyé. Vous avez dû recevoir, depuis, un courrier avec des notes qui vous feront connaître la situation de l’armée. Vous me dites dans votre lettre que vous n’avez pas de nouvelles de Madrid depuis quarante-huit lieues. Jusqu’à ce moment il ne me manque rien de Madrid, l’estafette que j’ai reçue hier était partie de Madrid le 11 , à minuit. J’attends ce soir, avant minuit, celle du 12.

Au moment même, je reçois des nouvelles de Saragosse du 13. Les choses y vont bien. On avait fait des sottises et des fautes militaires qui avaient gâté les affaires; elles sont rétablies. Un pont a été jeté sur l’Èbre, à mille toises de la ville, et une tête de pont y a été établie. Les rebelles, sentant l’importance de cette position, sont venus l’attaquer; ils ont été coupés, ont eu beaucoup de morts et de prisonniers, et ont perdu leurs pièces de 8. Il y a parmi les morts plusieurs officiers de la ligne. Je vous envoie le rapport du général Verdier.

D’un autre côté, les tranchées et boyaux avancent sur deux points d’attaque, sur le fort et sur un autre point. L’artillerie s’approvisionne. On s’est emparé d’un couvent à soixante toises des murailles, que l’ennemi avait un grand intérêt à défendre. La situation des troupes devant Saragosse est de 19,000 hommes d’infanterie, 1,300 hommes de cavalerie, avec une grande quantité de pièces de campagne attelées par 600 chevaux du train.

J’ai envoyé à Pampelune une garnison de 2,000 hommes, afin d’avoir une colonne de 12 à 1500 hommes à envoyer pour contenir la Navarre.

 

Bayonne, 15 juillet 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Mon Cousin, vous enverrez chercher l’intendant de la princesse Pauline. Qu’elle n’aille pas loger au Raincy, ne lui appartenant pas et d#ailleurs la maison n’étant pas convenable pour elle. La princesse descendra à Paris, à son hôtel

 

Bayonne, 15 juillet 1808

Au général Duroc, grand maréchal du palais

Voici deux lettres que vous enverrez au sieur Rémusat pour qu’il les remette au roi et à la reine d’Espagne. Le roi désire aller à Nice. Il peut partir aussitôt qu’il voudra. Il voyagera incognito ou omme moi. Il sera libre de se diriger comme il l’entendra. S’il ne veut pas voyager incognito, on lui rendra tous les honneurs dus à son rang. On lui donnera les escortes qu’il désirera; bien entendu qu’il voyagera à ses frais et qu’il s’établira à Nice à ses frais. Un de ses officiers pourra se rendre à Nice avec une lettre du ministre de l’intérieur, pour arranger sa maison. Je suppose qu’il prendra une des maisons du faubourg; il y en a, je crois, d’assez grandes. S’il voulait aller à Menton, je ne sais pas si le château du prince de Monaco est en état de le recevoir. Il pourra au reste s’y aller promener, et verra s’il peut s’y fixer. Je désire que la reine d’Étrurie suive le roi, à moins qu’elle ne préfère aller à Colorno, dans l’Etat de Parme. Je lui donnerai alors la jouissance de ce château. Je ne désire point qu’elle aille à Paris, non à cause d’elle, mais à cause de son fils. Mais ma volonté ne doit paraître dans cela d’aucune manière. Le sieur Rémusat, auquel vous écrirez pour tous ces arrangements doit agir que par insinuation. A tout prendre, je pense que Colorno conviendrait le mieux. Il me semble que la manière la plus commode et la meilleure de voyager pour le roi serait de l’embarquer sur la Seine et de lui faire gagner Avignon par la Saône. Je vois ces arrangements avec plaisir, parce que je rentrerai dans la jouissance de Compiègne. Au lieu de retarder ce départ, il faut donc que Rémusat l’accélère.

Quant au prince de la Paix, comme c’est un homme de peu de conséquence, il peut vivre à Paris et où il voudra. Rémusat
qu’il est chargé de donner tous les ordres.

 

Bayonne, 16 juillet 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Je désire que les noms suivants soient donnés aux différents ouvrages de la place d’Alexandrie: la demi-couronne du Tanaro s’appellera la demi-couronne de Saorgio; la demi-couronne de Gênes s’appellera la demi-couronne de Montenotte; la couronne de la haute Bormida s’appellera la couronne de Dego; la demi-couronne de Marengo conservera son nom ; la demi-couronne de la basse Bormida s’appellera la demi-couronne de Mondovi; la demi-couronne du bas Tanaro s’appellera la demi-couronne de Lodi.

 

Bayonne, 16 juillet 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Il existait à Bayonne une mouche; six ont été construites dernièrement; ce qui fait sept. Je désire en faire construire une huitième, qui serait prête à partir avant le 15 septembre. J’ai ordonné que le n° 6 fût armé de manière à pouvoir aller à l’île de Frauce. Ces bâtiments peuvent seulement porter douze hommes, trois mois d’eau et quatre mois de vivres. Le n° 8 serait également destiné à aller à l’île de France, nommez les enseignes pour les commander et choisissez des hommes qui connaissent les îles de France et de la Réunio, et faites préparer les paquets que ces bâtiments doivent porter. Mettez en construction à Rochefort les n° 9 et 10, pour servir d’avisos à l’escadre de l’ile d’Aix, et aussi pour expédier, si cela était nécessaire.

Faites mettre le n° 11 en construction à Nantes, pour le même service; le n° 12 à Lorient, le n° 13 à Brest, pour le même objet. Faites mettre les n° 14 et 15 à Boulogne, pour servir d’éclaireurs à la flottille, faire des sorties et observer les côtes. Faites mettre le n° 16 en construction à Dunkerque, pour le même objet. Faites mettre les n° 17 et 18 en construction à Flessingue ou à Anvers, pour servir d’éclaireurs et d’avisos à l’escadre de Flessingue, et pour expédier selon les circonstances. Mettez les n° 19 et 20 en construction à Toulon , pour servir d’éclaireurs à mon escadre, et, selon, les circonstances, porter des nouvelles en Corse et partout ailleurs. Donnez des ordres pour que ces petits bâtiments soient mis à l’eau avant le 15 septembre. On a l’habitude de se servir, pour leur armement, d’une pièce de 6 et de quatre pierrers. Je désirerais qu’au lieu de la pièce de 6 on pût y mettre une caronade de 24 ou de 36. Ces petits bâtiments réunissent tous les avantages; ils se manoeuvrent facilement, exigent peu d’équipage, dix hommes à la rigueur suffiraient. Je désire beaucoup en avoir à Boulogne. A la ligne d’embossage, un ou deux de ces bâtiments détachés en observation peuvent être d’une grande utilité.

Le n° 5, qui est à Bayonne, a ses quatre mois de vivres et trois mois d’eau et est prêt à partir. Le n° 6 est également prêt à partir pour l’île de France. Le n° 7 sera prêt dans cinq jours. Le n° 8 pourra être prêt à partir pour l’île de France au mois de septembre. Je désire qu’il y ait toujours à Bayonne une de ces mouches en appareillage, prête à partir vingt-quatre heures après avoir recu votre courrier. Par ce moyen, j’enverrai beaucoup plus souvent des nouvelles à mes colonies. Ce port a d’immenses avantages pour les petites expéditions. Voilà dix bâtiments que j’expédie en vue des Anglais, tandis que leurs croisières sont sur Saint-Sébastien et Santander, et que la connaissance qu’ils ont de mon séjour à Bayonne les porte à observer plus spécialement ce port. Quatre pièces de canon et 12 ou 15 hommes d’équipage rendent ces bâtiments plus forts qu’un aviso ordinaire, sans nuire à sa vitesse, et ils ont de plus l’avantage d’un bâtiment-mouche, qui voit de loin et n’est pas aperçu. Je crois qu’il sera très-utile d’attacher trois ou quatre de ces petits bâtiments à chacune de mes escadres. Cela m’épargnera des bricks, qui sont déjà des bâtiments assez considérables , et cela porte des ordres avec une grande rapidité. Ces bâtiments ne sont, dans le fait, que des doubles péniches. La mouche qui est sortie avec l’Oreste a surpris tout le monde par la vitesse avec laquelle elle l’a gagné, et l’Oreste est cependant fin marcheur et réparé à neuf. Un brick me coûte 200,000 francs et m’occupe 100 hommes pour son équipage. Une mouche me coûte 15,000 francs et 12 hommes d’équipage. Je puis donc avoir plus de douze mouches pour un brick. On sent que c’est d’un avantage considérable pour faire parvenir des nouvelles aux colonies.

La simplicité est le premier élément d’un bon service. Si ces bâtiments sont reconnus bons, il ne faut pas en avoir d’autres sur la Méditerranée ou sur l’océan, et les préférer aux louqres, aux chasse- marée, aux tartanes, etc. Envoyez au vice-roi un profit de ces mouches pour qu’il en fasse construire à Venise. Envoyez-en à Gênes, afin que je réunisse, de plusieurs points, des renseignements sur leurs qualités, et que je me décide à leur donner la préférence, s’ils la méritent, sur toute espèce de petits bâtiments destinés à porter des lettres ou paquets. Je verrai avec plaisir les observations que votre expérience de la mer vous suggérera pour ou contre ces bâtiments.

 

Bayonne, 16 juillet 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée, à Bayonne

Mon Cousin, il faut donner l’ordre au général Miquel, qui commande dans le département de l’Ariége, d’avoir soin de garnir le poste de la Claire et de Saint-Béat, afin de couvrir le département de la Haute-Garonne. Il faut donner l’ordre au général qui commande à Perpignan, et au préfet de Perpignan, de placer deux compagnies, chacune de 140 hommes de gardes nationales, à Mont-Louis, et de placer une compagnie de 80 hommes au fort de la Garde et une de même nombre au fort des Bains, afin d’assurer la possession de ces villes. Il faut également ordonner à la compagnie de vétérans qui est à Cette, et qui est forte de 100 hommes, de se rendre à Mont-Louis. Il faut ordonner que les compagnies de vétérans qui sont à Perpignan et Toulouse se rendent également à Mont-Louis; il y a à Perpignan une compaguie de 118 hommes, à Toulouse une de 50 hommes; ce qui augmentera la garnison de cette place. Enfin il faut ordonner que Mont-Louis, Bellegarde et les trois petits forts de Villefranche soient approvisionnés de la manière suivante, savoir : à Mont-Louis, 30,000 rations de biscuit; au fort des Bains, 10,000; au fort de la Garde, 10,000; à Bellegarde, 30,000; à Villefranche, 20,000; total, 100,000 rations, ce qui servira d’approvisionnement de siége en cas d’événement.

Vous me proposerez un général de brigade pour commander le département des Pyrénées-Orientales, le général Augier ayant eu l’ordre de se rendre à la division du général Reille. Il faut s’assurer également si le général Viala s’est rendu à Figuières pour prendre le commandement de cette place.

 

Bayonne, 16 juillet 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Défendez aux journaux de parler de l’entrée et de la sortie des bâtiments aventuriers. Cela ne peut avoir que des inconvénients. Les intéressés le savent assez.

Je reçois votre lettre du 13 avec les papiers de Prégent. Je ne sais pas trop ce que veulent les Anglais. Peut-être a-t-on blâmé en Angleterre la mesure d’arrêter les pêcheurs.

 

Bayonne, 16 juillet 1808

NOTE POUR LE COLONEL LACOSTE
devant Saragosse (Cette note, écrite au nom du général Bertrand, est placée parmi les minutes de la secrétairerie d’État.)

Il faut continuer à faire fortifier toujours la tête de pont, de manière que 200 hommes soient là inattaquables; faire mettre en batterie les pièces de canon de 4 et de 8, sans avant-train, qui sont au parc et qui ont été prises à l’ennemi. Il faut que la garnison même soit chargée d’améliorer les fortifications. Faire également fortifier, avec la plus grande activité, le pont du Gallego, du moment qu’on y sera établi.

Il serait peut-être utile de choisir un gué, à un quart de lieue de Saragosse sur le bas Èbre, et de faire, vis-à-vis, une redoute où une soixantaine d’hommes pussent être à l’abri de l’insulte avec deux pièces de canon; alors la cavalerie qui battrait la plaine sur la rive gauche ne serait pas obligée de repasser le Gallego, et pourrait se ranger sous la protection de cette redoute pour passer et repasser. Cela d’ailleurs donne la facilité aux troupes qui seraient de ce côté, sur la rive gauche, de secourir le pont. L’opinion des gens du pays est qu’il y a beaucoup de gués de ce côté-ci.

 

Bayonne, 16 juillet 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon fils, j’ai destiné cette année des fonds assez considérables pour les travaux de Venise et de la place qui est en avant. Les plans ne m’en ont pas encore été soumis; et, en attendant qu’ils soient présentés par le général Chasseloup et que je les aie approuvés, la campagne sera passée. Je désire donc que les 500,000 francs que j’y avais destinés soient employés à augmenter les travaux de Palmanova. On peut avec cet argent avancer trois lunettes de plus. Donnez des ordres en conséquence au général Chasseloup, et faites-vous remettre par lui un mémoire sur les augmentations qu’il proposera. Mais qu’il aille toujours de l’avant; cette place étant à l’extrême frontière, il ne pourrait être que très-heureux de la terminer promptement.

 

Bayonne, 16 juillet 1808

A Jérôme Napoléon, Roi de Westphalie

Vous devez à la caisse d’amortissement 2 millions. Vous laissé protester vos billets; ce n’est pas d’un homme d’honneur. Je ne souffre point qu’on me manque. Vendez vos diamants, votre vaisselle; ne faites pas de folles dépenses, qui vous rendent la risée de l’Europe et finiront par exciter l’indignation de vos peuples. Vendez vos meubles, vos chevaux, vos bijoux, et payez vos dettes. L’honneur passe avant tout. Vous avez mauvaise grâce à ne payer vos dettes, lorsqu’on voit les présents que vous faites, et ce luxe incongru chez vous, qui révolte vos peuples. Vous êtes jeune, léger, et ne tenez aucun compte de l’argent, surtout dans un temps où vos peuples souffrent par suite de la guerre.

 

Bayonne, 16 juillet 1808

A Jérôme Napoléon, Roi de Westphalie

Je reçois votre lettre que m’apporte votre aide de camp Girard.

Je vous recommande trois choses : respect, reconnaissance et attachement à moi et au peuple francais, à qui vous devez tout; – économie la plus sévère, pour ne pas faire contraster la misère des circonstances qui pèsent sur vos peuples avec un luxe et une dépense déréglés; économie nécessaire à tous les souverains, surtout au roi d’un peuple simple; économie nécessaire en tous temps, surtout au commencement d’un règne, où l’opinion se forme; économie telle que non seulement vous n’ayez pas de dettes, mais encore que, sur vos 6 millions de liste civile, vous en dépensiez trois pour votre maison, vous ayez 1,500,000 francs pour les accidents imprévus, tels que mariages, festins et bâtisses de palais, et 1,500,000 francs pour former en dix ans 15 millions de réserve, et, d’ici à ce temps-là, vous les prêtiez pour accélérer la formation de votre armée; enfin, employez votre temps de manière que vous appreniez ce que vous ne savez pas, la tactique des troupes à cheval, de l’infanterie, de l’artillerie, l’administration de la justice et des finances. Quand vous remplirez ces conditions, vous mériterez mon estime, celle de la France et de vos peuples. Pour remplir, tout cela, vous avez bien des réflexions à faire, des réformes à opérer et des choses à changer dans vos manières.

 

Bayonne, 16 juillet 1808.

A Jérôme Napoléon, Roi de Westphalie

Des courriers vont de la maison de campagne d’H** à Cassel. Je vous ai fait connaître que H” était un misérable souillé de toutes les dilapidations et coupable de choses que je ne puis écrire. Je suis indigné qu’après cela vous continuiez de correspondre avec lui. On me dit même qu’il est en Italie. Dans ce cas, attendez-vous à le voir renfermé dans un château fort. Je le ferai arrêter dans le palais même qu’il ose profaner. Je vous déclare que, la première fois que vous écrirez à H, vous désobéirez au chef de votre famille et que vous attirerez des malheurs sur ces gens-là.

 

Bayonne, 16 juillet 1808, à midi

A Joseph Napoléon, Roi d’Espagne

Je vous envoie des lettres que le général Lefebvre a pris à Catalayud, dans son expédition du 6. Vous y verrez que ce misérable Palafox s’était sauvé, lors du bombardement du 16 juin.

Au moment même arrive l’estafette du 12 à huit heures du soir. Il n’y a aucune espèce de doute que le maréchal Moncey n’ai des succès sur les insurgés de Valence; qu’il n’aura pas jugé à propos d’attaquer cette ville, qu’il aura trouvée barricadée, et qu’il est devant la ville en parlementage ou campé.

Je vous envoie une lettre du sieur Laforest. Il faut prendre garde que M. d’Urquijo ne commence par faire des sottises. Le secrétaire d’État doit tout envoyer aux ministres, et les ministres seuls doivent agir. Sans cela, il n’y aurait en Espagne qu’un seul ministre, ce serait le secrétaire d’Etat, et les ministres ne seraient rien. Le ministre secrétaire d’État a donc eu tort d’envoyer la constitution à l’assemblée; il devait l’envoyer au ministre de la justice.

La mesure que propose le sieur Laforest d’enlever les registres du conseil de Castille, au moment où il sera constitué tribunal de cassation, me paraît fort bonne. Je suis dans l’opinion que si vous ne pouvez pas avoir un meilleur ministre de la police que celui que je vous ai désigné, qui est décidé, qui a de l’esprit et l’intrigue.

 

Bayonne, 17 juillet 1808

A M. de Lacépède, Grand Chancelier de la Légion d’honneur, à Paris

Monsieur Lacépède, je suis informé que les demoiselles qui entrent à la maison d’Écouen n’apportent pas de trousseau. Le trousseau est évalué 400 francs. Cette dépense ne peut pas être supportée par la Légion d’honneur; cet établissement lui coûte déjà beaucoup trop. Prenez des mesures pour faire payer ce trousseau par les parents. Je vois, par les états, que la maison d’Écouen coûte déjà 440,000 francs pour frais d’établissement, et que 250,000 francs sont mis à la disposition de l’économe. Il est nécessaire que les frais de réparation de cette maison soient fixés; qu’on sache ce qu’elle coûtera désormais pour frais d’établissement. Il est indispensable que vous fassiez faire un budget des dépenses de cette maison pour l’année, en les divisant en ordinaires et extraordinaires; l’extraordinaire comprendra les dépenses faites pour l’établissement. Si l’on ne suit pas cette marche, il se fera des dépenses qui ne seront point proportionnées aux revenus de la Légion.

 

Bayonne, 17 juillet 1808

A M. Barbier, bibliothécaire de l’Empereur

L’Empereur désire se former une bibliothèque portative d’un millier de volumes, petit in-12, imprimés en beaux caractères. L’intention de Sa Majesté est de faire imprimer ces ouvrages pour son usage particulier, sans marges, pour ne point perdre de place. Les volumes seraient de cinq à six cents pages, reliés à dos brisé et détaché, et avec la couverture la plus mince possible. Cette bibliothèque serait composée d’à peu près 40 volumes de religion, 40 des épiques, 40 de théâtre, 60 de poésie, 100 de romans, 64 d’histoire. Le surplus, pour arriver à mille, serait rempli par des mémoires historiques de tous les temps.

Les ouvrages de religion seraient l’Ancien et le Nouveau Testament, en prenant les meilleures traductions; quelques Épîtres et autres ouvrages les plus importants des Pères de l’Église; le Coran; de la mythologie; quelques dissertations choisies sur les différentes sectes qui ont le plus influé dans l’histoire, telles que celles des Ariens, des Calvinistes, des Réformés, etc. ; une histoire de l’Église, si elle peut être comprise dans le nombre des volumes prescrit.

Les épiques seraient Homère, Lucain, le Tasse, Télémaque, la Henriade, etc.

Les tragédies : ne mettre de Corneille que ce qui est resté; ôter de Racine les Frères ennemis, l’Alexandre et les Plaideurs, ne mettre de Crébillon que Rhadamiste, Atrée et Thyesle; de Voltaire, que ce qui est resté.

L’histoire : mettre quelques-uns des bons ouvrages de chronologie, les principaux originaux anciens, ce qui peut faire connaître en détail l’histoire de France. On peut mettre, comme histoire, les Discours de Machiavel sur Tite-Live, l’Esprit des Lois, la Grandeur des Romains, ce qu’il est convenable de garder de l’histoire de Voltaire.

Les romans : La Nouvelle Héloïse et les Confessions de Rousseau. On ne parle pas des chefs-d’oeuvre de Fielding, Richardson, de Lesage, etc., qui trouvent naturellement leur place; les Contes de Voltaire.

Nota. Il ne faut mettre de Rousseau ni 1’Émile ni une foule de lettres, mémoires, discours et dissertations inutiles; même observation pour Voltaire.

L’Empereur désire avoir un catalogue raisonné, avec des notes qui fassent connaître l’élite des ouvrages, et un mémoire sur ce que ces mille volumes coûteraient de frais d’impression, de reliure; ce que chaque volume pourrait contenir des ouvrages de chaque auteur; ce que pèserait chaque volume; combien de caisses il faudrait, de quelles dimensions, et quel espace cela occuperait.

L’Empereur désirerait également que M. Barbier s’occupât du travail suivant avec un de nos meilleurs géographes : rédiger des mémoires sur les campagnes qui ont en lieu sur l’Euphrate et contre les Parthes, à partir de celle de Crassus jusqu’au huitième siècle, en y comprenant celles d’Antoine, de Trajan, de Julien, etc., tracer, sur des cartes d’une dimension convenable, le chemin qu’a suivi chaque, armée, avec les noms anciens et nouveaux des pays et des principales villes, des observations géographiques du territoire, et des relations historiques de chaque expédition, en les tirant des auteurs originaux.

 

Bayonne, 17 juillet 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de la Grande Armée, à Bayonne

Mon Cousin, envoyez un courrier extraordinaire au général Reille. Écrivez-lui que sa lettre du 10 n’est arrivée qu’aujourd’hui 17; qu’il est nécessaire qu’il envoie par le retour du courrier son état de situation qui fasse connaître les troupes qui l’ont joint. Il faut aussi qu’il donne des détails sur la position et le nombre de l’ennemi, les noms des lieux, etc. Cette manière de rendre compte ne laisse pas comprendre ce qui se fait.

Il sera nécessaire, lorsque le général Reille sera sûr de Rosas et que, par l’arrivée des troupes , il sera suffisamment renforcé, qu’il ouvre la communication avec le général Duhesme. Il ne recevra votre lettre que le 19 ou le 20. A cette époque je suppose qu’il aura près de 6,000 hommes sous ses ordres.

 

Bayonne, 17 juillet 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de la Grande Armée, à Bayonne

Mon Cousin, envoyez des ordres par l’estafette de ce soir au général Songis, à l’intendant général et au maréchal Mortier, pour que la place de Neisse en Silésie soit réarmée, pour qu’il y soit mis sans délai la moitié de l’artillerie de Glogau, et qu’il y soit formé un fond d’approvisionnements de siège. Il est nécessaire que cette place soit mise à l’abri d’un coup de main, soit pour les vivres, soit pour l’artillerie, avant le 15 août. Écrivez au maréchal Mortier d’envoyer des officiers du génie reconnaître les chemins qui de Neisse vont en Bavière, et les chemins transversaux qui iraient directement, en passant par Kosel, de Neisse sur Olmutz. Demandez au général Songis et à l’intendant général un mémoire secret, dans la supposition qu’il y eût une campagne en Autriche, en débouchant par Neisse ou par Eger. Du reste, il ne faut pas qu’on fasse de trop fortes dépenses.

 

Bayonne, 17 juillet 1808, dix heures du matin

Au maréchal Bessières, commandant la Garde Impériale, etc., à Burgos

Mon Cousin, je ne reçois qu’au moment même le courrier que vous m’avez expédié le 14 de Medina de Rio Seco. La bataille de Medina de Rio Seco sera un titre de plus à votre réputation militaire.

Jamais bataille ne fut gagnée dans des circonstances plus importantes : elle décide les affaires d’Espagne.

J’accorde le brevet de général de division au général Darmagnac et celui de colonel au major du 13e. Proposez-moi un colonel et deux chefs d’escadron pour le 22e. J’accorde cent décorations de la Légion d’honneur pour ceux qui étaient présents à la bataille, qui se sont le plus distingués, savoir : cinquante pour les officiers et cinquante pour les sous-officiers et soldats. Parmi ces derniers, vous en prendrez au moins dix de la conscription de 1808, en choisissant de bons sujets et des hommes qui se soient distingués. J’accorde vingt-cinq aigles d’or d’officier pour ceux qui sont déjà légionnaires et cinq de commandant pour ceux qui sont déjà officiers. Envoyez- moi sans délai les procès-verbaux de tout cela.

Je suppose que vous avez continué votre mouvement sur Benavente et Léon, et que vous vous êtes fait rejoindre par le bataillon de Paris, par la brigade du général Gaulois et par celle du général Rey, qui était avec le Roi, ce qui vous fait un renfort de près de 5,000 hommes, et que, avec cela, vous vous préparez à entrer en Galice et dans les Asturies. Vous n’avez rien à craindre pour vos derrières. J’attends des bataillons provisoires de conscrits et plusieurs vieux régiments, qui, successivement, seront envoyés à Burgos, à Vitoria, pour maintenir la tranquillité. Le général Savary vous a envoyé 2,500 hommes, qui arrivent le 20 à Valladolid. Je ne pense pas qu’il y ait de l’inconvénient que vous les gardiez; cela renforcera votre corps. Vous sentez l’importance de soumettre la Galice pour ôter tout débouché aux Anglais. Je suppose que vous avez été le 15 ou le 16 à Benavente, et que vous serez bientôt à Léon, et que le 20 vous aurez balayé toute la plaine.

Le maréchal Moncey a eu de grands succès contre Valence et a battu les insurgés dans six rencontres différentes, leur a pris trente pièces de canon et leur a tué un monde considérable; mais le défaut de munitions l’a empêché d’attaquer Valence.

 

Bayonne, 17 juillet 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, j’ai vu avec plaisir que vous avez fait venir à Milan le cardinal Gabrielli, évêque de Sinilaglia. Il faut le laisser là ; quand vous pourrez le voir, vous lui demanderez s’il veut ou non prêter le serment prescrit par le Concordat. S’il ne veut pas le prêter, vous l’enverrez dans un couvent du côté de Côme ou de Novare; vous ferez séquestrer son temporel, dont le revenu sera employé, moitié à secourir les hôpitaux de son diocèse et moitié à réparer les églises. On ne lui laissera qu’une pension alimentaire de 1,000 écus. Tout cela doit se faire sans bruit. Il ne faut imprimer aucun décret. Tout évêque et autre ecclésiastique qui ne prêtera pas le serment tel que le Concordat le prescrit, il faut ne lui laisser qu’une pension alimentaire et employer le reste de son bien en oeuvres de charité, moitié pour les hôpitaux et moitié pour les églises. Ayez soin, du reste, qu’il ne soit point question de cela dans aucune gazette, et que cela ne fasse aucune espèce de bruit.

 

Bayonne, 17 juillet 1808, midi.

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Vitoria

Mon Frère, je reçois à l’instant votre lettre qui m’annonce la victoire de Medina de Rio Seco. Cette victoire est très-glorieuse. Témoignez-en votre satisfaction au maréchal Bessières en lui envoyant la Toison d’or. Cet événement est le plus important de la guerre d’Espagne et donne une couleur décidée à toutes les affaires. Il faut actuellement appuyer le général Dupont. La division Gobert et celles qui sont placées en intermédiaires peuvent filer sur ce général. Il est bien important que le général Dupont mette en déroute l’armée d’Andalousie. Quand j’aurai des nouvelles plus claires du résultat des événements du maréchal Bessières, de ceux de Valence, je vous enverrai un plan de conduite. Les brigades Rey et Gaulois doivent rejoindre le maréchal Bessières, qui aura alors plus de 21,000 hommes dans ses divisions actives ; il aura de quoi conquérir toutes les Asturies et la Galice.

Le 14e et le 44e de ligne arrivent ici ce soir. Le 43e et le 51e seront ici dans cinq jours. Beaucoup d’autres bataillons de réserve arrivent. Ainsi vos derrières seront bien suffisamment gardés. Il faut donc spécialement penser au général Dupont.

 

Marracq, 17 juillet 1808

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles

Mon Frère, j’ai reçu votre lettre. Je vois avec plaisir que les eaux vous font du bien.

Je vais vous annoncer une bonne nouvelle. Le 14 juillet, le général Cuesta, à la tête de 35,000 hommes, a été rencontré à Medina de Rio Seco. Sur ces 35,000 hommes, il y en avait 25,000 de troupes de ligne, faisant toute l’armée de Galice et d’Oporto. Ils occupaient une superbe position, défendue par quarante pièces de canon. A six heures du matin , le maréchal Bessières a marché à eux avec 15,000 hommes, a enlevé toutes leurs positions, les a mis dans la plus complète déroute, a fait plusieurs milliers de prisonniers, en a tué 5 à 6,000, a pris toute leur artillerie et dispersé l’armée.

Les fuyards se sont retirés sur plusieurs points. Nous n’avons eu que 250 blessés et 30 tués. Parmi ces derniers est le colonel du 22e de chasseurs, officier d’un mérite distingué. Le général Darmagnac a été légèrement blessé; le général Merle a eu deux chevaux tués. Cette affaire va nous donner toute la Galice et décider les affaires d’Espagne. Cette affaire a eu lieu le 14 juillet. L’armée a chargé aux cris de Vive 1’Empereur ! et Plus de Bourbons en Europe !

Annoncez cette nouvelle, qui est très importante. Le Roi était à Burgos et est parti pour Madrid.

 

Bayonne, 17 juillet 1808

Au prince Cambacérès, Archichancelier de l’Empire

Je vous envoie le bulletin de police. Je vous prie de le lire avec attention et de le comparer aux pièces. J’ai cru longtemps que c’était la rivalité contre le préfet de police qui portait M. Fouché à   se conduire ainsi. Je commence à craindre que Fouché, qui a la tête gàtée, ne favorise les brouillons dont il espère se servir, et ne veuille point décourager des gens qui prévoient des circonstances de mort ou des événements extraordinaires, puisqu’il songe lui-même tant à l’avenir, témoin ses démarches pour un divorce. Dans cette situation des choses, je vous prie d’assemblrt le conseil de police et de vérifier les assertions suivantes savoir : 1° qu’il n’y a eu entre les accusés qu’une entrevue, tandis qu’il est constant par les interrogatoires qu’il y en a eu un grand nombre; 2° qu’elle a eu lieu par hasard, tandis qu’il est prouvé qu’elles ont été indiquées; 3° qu’il n’y a eu aucune proposition de faite de la part ou au nom de sénateurs, tandis que Servan et Jacquemont se disaient chargés de faire des propositions, sans que les sénateurs en sussent rien, comme c’est l’usage de la part des chefs de complot; 4° qu’ils n’ont adopté aucune espèce de résolution, tandis qu’ils ne pensaient qu’à cela et que le jour d’une émeute était déjà fixé, et que l’idée de la présence de la garde impériale à Paris les a seule arrêtés court; 5° qu’ils ne se soient donné aucun rendez-vous, tandis qu’ils se voyaient tous les jours.

Ces conclusions sont trop absurdes. Je n’y vois pas que Malet, Florent-Guyot, même Jacquemont soient compromis; c’est le préfet de police qui seul a conspiré. M. Fouché me prend pour trop imbécile.

Il vient, à la suite de cet article du bulletin, une note plus importante de la main même du ministre. Je désire que vous envoyiez chercher M. Regnaud pour lui demander s’il a tenu ce propos. S’il le nie, vous demanderez au ministre pourquoi il invente cela. Vous ferez également venir le préfet de police, et vous éclaircirez tout ce tripotage. D’une affaire de rien, qui montre quelques malveillants à punir et à réprimer, le bavardage de M. Fouché lui donne une immense importance. Il y a dans toute cette affaire un esprit et une conduite que je ne comprends pas. Pourquoi M. Fouché, au lieu de m’envoyer le travail du conseil de police, m’envoie-t-il cette analyse ? Où en serait-on si on ne réprimait les malveillants que lorsqu’ils ont une armée, et si, dans un État bien organisé, on n’arrêtait pas des essais qui ont pour but d’inquiéter et d’altérer la tranquillité publique ?

 

Bayonne, 17 juillet 1808

Au maréchal Jourdan, à Naples

Au reçu de cette lettre, vous laisserez le commandement de l’armée de Naples au plus ancien général de division, et vous partirez en poste pour vous rendre à Madrid, en passant par Bayonne. Vous prendrez le commandement de l’armée d’Espagne sous les ordres du Roi, avec le titre de major général; ce qui n’empêche pas que vous n’occupiez le poste de capitaine des gardes que le Roi vous destine. Vous emmènerez avec vous le général Dedon, que le Roi désire avoir en Espagne et qui commandera l’artillerie de cette armée.

 

Bayonne, 18 juillet 1808, dix heures du soir

A Joseph Napoléon, Roi d’Espagne, à Aranda

Je reçois votre lettre du 17. Je suppose que vous êtes parti aujourd’hui pour Madrid. J’aurais cru que vous auriez passé par Palencia et Valladolid. Dès que j’aurai reçu de nouveaux rapports du maréchal Bessières, et que j’aurai causé avec l’aide de camp du maréchal Moncey, je vous écrirai en détail sur la situation des affaires. 3,000 hommes partent demain pour se rendre devant Saragosse. Il est nécessaire d’avoir à Burgos un général de confiance pour réunir les troupes qui vont s’y rendre, et correspondre avec vous.

Quelques détails sur la manière dont vous avez été reçu à Burgos m’auraient fait plaisir.

Beaucoup de renseignements me porteraient à penser que le maréchal Bessières n’aurait battu que deux tiers de l’armée de Galice, et qu’un tiers n’aurait pas pris part à l’affaire de Rio Seco.

Ce que j’ai vu jusqu’à présent des opérations du maréchal Moncey me fait penser qu’il a fait ce qu’il a pu , qu’il a battu les rebelles dans toutes les rencontres, qu’il leur a fait un mal affreux, et qu’enfin il ne mérite que des louanges. Si la santé de ce maréchal n’était pas trop mauvaise, c’est un homme qui serait un bon gouverneur de Madrid.

Après la victoire de Medina de Rio Seco, le général Dupont peut sérieusement penser à dissiper et à détruire le général Castaños.

Je suppose que vous pourrez correspondre avec le maréchal Bessières par Valladolid.

 

Bayonne, 18 juillet 1808

A Joseph Napoléon, Roi d’Espagne

La lettre du général Reynier ne me plaît pas; il a l’air de faire des concessions. J’ai donné l’ordrc au maréchal Jourdan de partir en poste. Ilsera à Madrid vers le milieu d’août. Je lui ai mandé de laisser le commandement de l’armée de Naples au plus ancien général de division. Il réunira les deux places de commandandant de mon armée sous le titre de votre major général, et de capitaine de vos gardes, si vous voulez lui confier ces fonctions.

 

Bayonne, 18 juillet 1808

A Joseph Napoléon, Roi d’Espagne

Je reçois votre lettre d’Aranda du 17. Le prince de Neuchâtel m’a communiqué la lettre du général Savary. Savary est un homme très bon pour des opérations secondaires, mais qui n’a pas assez d’expérience et de calcul pour être à la tête d’une si grande machine. Il n’entend rien à cette guerre de marche. Je désire bien que Jourdan vous soit arrivé. L’habitude de commander en chef qui donne celle des calculs et des combinaisons, ne peut être suppléée par rien. Vous recevrez demain des notes sur la situation des affaires. La reine est partie le 15 de Stupinigi; ainsi je la suppose le 18 à Lyon. Je pars demain pour aller à Pau. Le général Drouet d’Erlon, qui commande la 11e division militaire, va rester à Bayonne.

A Barcelone, le général Duhesme a fait fouiller les couvents : on y a trouvé des cartouches, de manière que, comme de raison, il a fait tout prendre. Je vous mande ce qu’il a fait pour que cela vous serve de règle, et que vous ayez soin de faire fouiller les couvents.

Il ne faut pas laisser entrevoir à Savary l’opinion que j’ai de son incapacité. Du reste, c’est un homme d’énergie, de zèle et d’exécution, qu’il vous sera utile d’avoir.

Je vous prie de me parler quelquefois de la conduite de l’Infantado et de la plupart des personnes qui vous environnent. La renonciation des princes de la maison d’Espagne a été mise dans le Journal officiel de Saint-Pétersbourg, que je reçois aujourd’hui. N’ayez aucune crainte de la guerre, et n’ayez pas d’inquiétude sur le succès de mes armées en Espagne. Voici en deux mots le résumé de la note que vous recevrez demain : Laisser Moncey à San-Clemente ou aux environs, pour qu’il menace Valence. Garder 12,000 hommes, cavalerie, infanterie et artillerie, à Madrid, y compris la communication jusqu’à la Manche. Porter le corps du général Dupont à 22,000 hommes, infanterie, cavalerie et artillerie, et 3,000 hommes sur les défilés des montagnes et pour les communications de la Manche, et qu’il puisse appeler pour lui servir de réserve un jour d’action; lui fournir le supplément pour arriver à ce point le plus tôt possible, afin qu’il attaque et batte sans délai. Vous trouverez sur cette feuille la situation de votre armée.

 

Marracq, 19 juillet 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de la Grande Armée, à Bayonne

Faites partir aujourd’hui la compagnie basque pour se rendre à Barréges. Elle sera destinée pour assurer la sûreté des eaux. Elle prendra une position qui couvre parfaitement Barréges et mette les buveurs d’eau à l’abri de toute insulte de la part des miquelets.

Vous recommanderez également au général commandant les Hautes-Pyrénées de prendre des mesures pour garder Barréges et Bagnères de toute insulte.

Pendant le temps que le grand-duc de Berg sera aux eaux, la compagnie basque sera à ses ordres ; si l’impératrice y va, la compagnie prendra les ordres de son premier écuyer.

Il sera aussi nécessaire de disposer 300 hommes des gardes nationales du général Lamartillière pour se rendre à Barréges. Ils prendront position de manière à mettre les buveurs à l’abri de toute espèce d’insulte des miquelets. Ces 300 hommes seront commandés par un chef de bataillon des gardes nationales. Vous préviendrez le général qui commande les Hautes-Pyrénées pour qu’il fasse sans délai ses dispositions pour les lieux où il doit placer ses troupes.

 

Bayonne, 19 juillet 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de la Grande Armée, à Bayonne

Écrire au général Dupont une lettre pour faire connaître ma satisfaction sur les combats de Cordoue et sur les deux combats de Jaen.

J’accorde soixante décorations de la Légion d’honneur pour le combat de Cordoue, dont trente pour des officiers et trente pour des sous-officiers et soldats, dont au moins cinq à six seront données à des conscrits qui voyaient le feu pour la première fois et qui se seront le mieux emportés. J’accorde dix décorations d’officier de la Légion à ceux qui sont légionnaires et trois de commandant à ceux qui seront officiers. En portant des personnes qui lui ont été le plus utiles, le général Dupont dressera sans délai un procès-verbal de toutes ces nominations, et, quand il sera signé, il les fera connaître aux individus.

J’accorde cinq décorations pour les officiers et cinq pour les sous-officiers et soldats pour le premier combat de Jaen , que commandait le capitaine de frégate Baste ; quinze pour les officiers et quinze pour les sous-officiers et soldats pour le deuxième combat de Jaen, que commandait le général de brigade Cassaque.

J’accorde à la division du maréchal Moncey, pour les succès de ses cinq combats, vingt décorations pour les officiers et vingt pour les sous-officiers et soldats.

J’accorde dix décorations aux officiers et dix aux sous-officiers et soldats pour les troupes françaises qui se sont distinguées en Catalogue dans les différents combats.

J’accorde six décorations pour les officiers et six pour les sous-officiers et soldats pour les troupes qui ont donné au passage de la rivière. Je crois cependant que j’en ai déjà donné au 70e pour ce passage; il faudra y faire attention.

J’ai déjà accordé au maréchal Bessières cent décorations pour la bataille de Medina de Rio Seco.

En faisant mettre ces décorations à l’ordre de l’armée, on fera connaître ma satisfaction aux soldats.

Faites-moi connaître aussi dans la journée ceux qui se sont distingués à la bataille de Medina de Rio Seco, aux combats de Cordoue et du maréchal Moncey.

 

Bayonne, 19 juillet 1808, dix heures du soir

A Joseph Napoléon, Roi d’Espagne, à Butrago

Mon Frère, je reçois votre lettre du 18 à trois heures du matin. Je vois avec peine que vous vous affectiez. C’est le seul malheur que je craignais. Il entre des troupes de tous côtés et constamment. Vous avez un grand nombre de partisans en Espagne mais qui sont intimidés : ce sont tous les honnêtes gens. Je n’en conviens pas moins cependant que votre tâche est belle et glorieuse.

La victoire du maréchal Bessières, qui a entièrement défait Cuesta et l’armée de ligne de Galice, a apporté une grande amélioration dans toutes les affaires; elle vaut plus qu’un renfort de 30,000 hommes. Les divisions Gobert et Vedel ayant joint le général Dupont, il faut pousser vigoureusement l’offensive de ce côté. Le général Dupont a de bonnes troupes et en viendra à bout. J’aurais préféré que les 2e et 12e d’infanterie légère renforçassent le maréchal Bessières; mais, puisque vous avez jugé convenable de les mener à Madrid , gardez-les pour votre garde. 2,000 conscrits à l’école de bataillon vont les rejoindre, et ces deux beaux régiments avec ceux de votre garde vous feront un beau corps de réserve.

Vous ne devez pas trouver trop extraordinaire de conquérir votre royaume. Philippe V et Henri IV ont été obligés de conquérir le leur. Soyez gai, ne vous laissez point affecter, et ne doutez pas un instant que les choses finiront mieux et plus promptement que vous ne pensez.

Tout va très-bien à Saragosse.

 

Bayonne, 19 juillet 1808

Au prince Cambacérès, Archichancelier de l’Empire.

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 16 par laquelle vous m’informez que vous quittez votre hôtel au mois d’août, ce qui donnera le temps d’y établir le secrétaire d’État avant la fin de l’automne

 

Bayonne, 19 juillet 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures

Il est convenable de faire mettre dans les journaux quelques articles sur les affaires intérieures de la monarchie autrichienne, pour la discréditer davantage et faire sentir les vices et les malheurs de ses finances

 

Bayonne, 20 juillet 1808

Au prince Ferdinand, à Valençay

J’ai reçu la lettre de Votre Altesse Royale du 15 juillet. Je vais donner tous les ordres pour l’exécution du traité fait avec Votre Altesse. Tous ces objets ont été retardés, parce que je n’ai pas encore donné connaissance du traité, cela exigeant dans nos constitutions des formalités auxquelles il fallait suppléer. Je vais me rendre à Paris.

 

Bayonne, 21 juillet 1808

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’Empire, à Paris

Mon Cousin, je pars aujourd’hui pour Pau; j’irai voir Tarbes, Toulouse, Agen et Bordeaux, et probablement Saintes, Rochefort, Niort, Napoléon, Nantes et Angers.

 

Bayonne, 21 juillet 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur Decrès, je désire que vous soyez rendu le 1er août à Rochefort; j’y serai probablement le 2. Du moment de votre arrivée, vous m’enverrez un courrier sur Bordeaux, par lequel vous me ferez connaître ce que vous avez fait dans ce port. Vous préviendrez le commandant du département de mon arrivée imminente, pour qu’il accélère la marche des détachements qui doivent former la garnison de l’île d’Aix.

 

Bayonne, 21 juillet 1808

A Joseph Napoléon, Roi d’Espagne, à Madrid

Mon Frère, vous trouverez ci-joint des notes sur la situation des affaires, que je vous prie de lire avec attention. J’y ai tracé la situation du corps du maréchal Bessières, celle du corps de l’Aragon, que commande le général Verdier avec la seule qualité de général de division, et celle du corps de Catalogne, que commande le général Duhesme avec la simple qualité également de général de division. Vous verrez que ces trois corps forment 60,000 hommes présents sous les armes. Vous savez mieux que moi la situation des corps qui sont du côté de Madrid et qui forment les trois divisions du général Dupont, les trois divisions du maréchal Moncey et la réserve de la Garde. Le seul événement de la prise de Saragosse vous rendra, sur 18,000 hommes qui forment le corps de l’Aragon, l2,000 hommes disponibles.

Il faut que les communications avec le maréchal Bessières soient ouvertes ; je n’en ai pas de nouvelles depuis le 16.

Il faudrait tenir toujours à Burgos un général actif et intelligent. Je pars cette nuit pour Pau, où j’apprendrai votre arrivée à Madrid.

Je retarde depuis deux jours mon voyage, espérant recevoir des nouvelles de ce qui s’est passé à Benavente ou à Léon.

Le général Drouet, qui commande la 11e division militaire, va rester à Bayonne.

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P. S. Portez-vous bien. Ayez courage et gaieté, et ne doutez jamais d’un plein succès. Renvoyez-moi Tournon, lorsqu’il ne vous servira plus à rien.

 

Bayonne, 21 juillet 1808

NOTE SUR LA POSITION ACTUELLE DE L’ARMÉE EN ESPAGNE.

1° La bataille de Medina de Rio Seco a mis les affaires de l’armée dans la meilleure situation. Le maréchal Bessières ne donne plus aucune inquiétude, et toutes les sollicitudes doivent se tourner du côté du général Dupont.

2° Dans la position actuelle des affaires, l’armée française occupe le centre; l’ennemi, un grand nombre de points de la circonférence.

3° Dans une guerre de cette nature, il faut du sang-froid, de la patience et du calcul, et il ne faut pas épuiser les troupes en fausses marches et contre-marches. Il ne faut pas croire, quand on a fait une fausse marche de trois à quatre jours, qu’on l’ait réparée par une contre-marche; c’est ordinairement deux fautes au lieu d’une.

4° Toutes les opérations de l’armée ont réussi jusqu’à cette heure autant qu’elles devaient réussir. Le général Dupont s’est maintenu au delà des montagnes et dans les bassins de l’Andalousie. Trois fois il a défait les insurgés.

Le maréchal, Moncey a défait les insurgés à Valence. Il n’a pas pu prendre la ville, ce qui est une chose qui n’est pas extraordinaire. Peut-être eût-il été à désirer qu’il eût pu se camper à une journée de la ville, comme a fait le général Dupont; mais enfin, qu’il soit à une journée ou à cinq, comme à San-Clemente, la différence n’est pas très-grande.

En Aragon on a battu, sur tous les points et dans toutes les circonstances, l’ennemi, et porté le découragement partout. Saragosse n’a pas été pris. Il est aujourd’hui cerné, et une ville de 40 à 50,000 âmes défendue par un mouvement populaire ne se prend qu’avec du temps et de la patience. Les histoires des guerres sont pleines de catastrophes des plus considérables pour avoir brusqué et s’être enfourné dans les rues étroites des villes. L’exemple de Buenos-Ayres et des 12,000 Anglais d’élite qui y ont péri en est une preuve.

5° Ainsi la position de l’armée est bonne. Le maréchal Moncey étant à San-Clemente ou environs, les généraux Gobert et Vedel réunis au général Dupont en Andalousie, ce serait une faute, à moins d’incidents et d’un emploi immédiat à donner à ces troupes dans un autre point, que de concentrer toutes les troupes trop près de Madrid. L’incertitude des événements du maréchal Bessières et les vingt-cinq chances qu’il avait contre lui sur cent pouvaient déterminer à faire arrêter la marche de toutes les troupes qui s’éloignaient de la capitale, afin que les colonnes pussent être rappelées à Madrid, si le maréchal Bessières était battu, et pussent arriver dans cette ville avant l’ennemi. Mais ce serait une faute si on eût fait rétrograder ces colonnes et si on eût agi comme si le maréchal Bessières avait été battu, lorsque, quelques jours avant, on agissait comme si l’armée de Galice n’existait pas. 500 chevaux et 1,800 hommes d’infanterie, dirigés sur Valladolid, étaient tout ce qu’il fallait. Si cette colonne fût partie trois jours plus tôt, elle y serait arrivée le 17. Le maréchal Bessières a été vainqueur et avait, pour être vainqueur, soixante et quinze chances contre vingt-cinq. Mais la fatigue qu’on a donnée à l’armée et les mouvements rétrogrades qu’on a ordonnés inutilement, puisque, même le maréchal Bessières battu, on avait huit à dix jours pour réunir l’armée, ont fait un mal moral et physique. Il faut espérer que la nouvelle de sa victoire, arrivée à temps, aura mis l’état-major à même d’arrêter tout mouvement sur Madrid, et que chaque colonne se trouvera plus près du point où elle doit se trouver.

6° Dans la situation actuelle des affaires, le plus important de tout est le général Dupont; on doit lui envoyer le reste de la division Gobert et employer d’autres troupes pour maintenir la communication. Il faut tenir la tête de la division du maréchal Moncey sur San-Clemente et menacer toujours la province de Valence. Si le maréchal Bessières a battu, sans effort et avec peu de perte, l’armée de Galice, et a eu moins de 8,000 hommes engagés, il n’y a pas de doute qu’avec 20,000 le général Dupont ne culbute tout ce qu’il a devant lui.

7° La brigade du général Bey rend à l’armée plus qu’elle n’a perdu par le détachement qui a été fait sur Valladolid. Toutes les probabilités humaines sont que le maréchal Bessières n’a plus besoin d’aucun renfort, du moins pour être maître de toute la Castille et du royaume de Léon. Ce n’est que lorsqu’on aura reçu la nouvelle de ce qu’il aura fait à Benavente et à Léon, qu’on pourra décider s’il doit attaquer la Galice.

8° Le général Verdier, en Aragon, a cerné Saragosse. Le 14e et le 44e de ligne partent demain pour s’y rendre. Les partis francais vont jusqu’à moitié chemin de Lerida, de Barbastro et de Jaca. Dans dix jours, toute l’artillerie sera arrivée. Cette belle et bonne brigade de troupes de ligne porte à près de 15,000 hommes l’armée du général Verdier. Il est probable que Saragosse tombera bientôt, et que les deux tiers de ces 15,000 hommes deviendront disponibles.

9° Ainsi le corps du maréchal Bessières a pris l’offensive; il est, depuis sa victoire, renforcé de la brigade Lefebvre et de la brigade Gaulois. Il est donc dans le cas de conserver l’offensive.

Le corps du général Verdier, en Aragon, a battu partout les insurgés, a cerné la ville avec des forces beaucoup moindres. Il vient d’être considérablement renforcé; ainsi il peut donner une nouvelle activité aux opérations du siége, et conserver son activité offensive sur les deux rives de l’Èbre.

Le corps de Catalogne a agi isolement, ayant pour point d’appui Barcelone. La jonction sera faite aujourd’hui ou demain devant Girone avec le général Reille.

Voilà pour les trois corps d’armée situés du côté de la France.

10° La communication de Madrid avec la France est important sous tous les points de vue; il faut donc que les colonnes qui viennent d’être organisées à Burgos et à Vitoria, et qui seront renforcées et augmentées, soient laissées dans ces stations. Ci-joint la note de la formation de ces colonnes; elles sont presque toutes composées de 3e bataillons et de conscrits, mais avec de bons cadres. Quinze à vingt jours de station à Burgos et à Vitoria les mettront à peu près à l’école de bataillon. Ce serait une très-grande faute que de rappeler trop tôt ces troupes pour en renforcer les cadres principaux; il faut attendre jusqu’à ce qu’on ait pu les remplacer à Vitoria et à Burgos par de nouvelles troupes.

10° Il n’y a donc rien à craindre du côté du maréchal Bessières ni dans le nord de la Castille, ni dans le royaume de Léon.

Il n’y a rien à craindre en Aragon ; Saragosse tombera un jour plus tôt ou un jour plus tard.

Il n’y arien à craindre en Catalogne.

Il n’y a rien à craindre pour les communications de Burgos à Bayonne, moyennant les deux colonnes qui sont organisées dans ces deux villes et qui seront renforcées.

S’il y avait des événements en Biscaye, la force qui se réunit à Bayonne, formant réserve, serait suffisante pour mettre tout en ordre.

S’il arrive à Burgos quelque événement trop considérable pour que la colonne mobile qui est à Burgos puisse y mettre ordre, le maréchal Bessières ne sera pas assez loin pour ne pas pouvoir faire un détachement.

Le général Bonnet, à Burgos, est chargé de maintenir la communication de Vitoria avec le maréchal Bessières et avec Madrid. Il est nécessaire que ces deux généraux correspondent tous les jours entre eux et avec le général Drouet, qui est laissé en réserve à Bayonne, de même que le général Verdier, de Saragosse, et le général d’Agoult, de Pampelune, doivent correspondre tous les jours avec le général Drouet à Bayonne et avec Madrid par le canal de Bayonne et de Vitoria, jusqu’à ce que les communications directes soient rétablies. Un courrier, partant de Madrid, peut se rendre par Vitoria, Tolosa, Pampelune, devant Saragosse.

Le seul point donc important aujourd’hui est le général Dupont. Si l’ennemi parvenait jamais à s’emparer des défilés de la Sierra Morena, il serait difficile de l’en chasser ; il faut donc renforcer le général Dupont, de manière qu’il ait 25,000 hommes , compris ce qu’il faudra pour garder les passages des montagnes et une partie du chemin de la Manche. Il pourra disposer ses troupes de manière que, le jour où il voudra attaquer, la brigade de 2 ou 3,000 hommes destinée à garder les montagnes arrive au camp du général Dupont à marches forcées, et soit successivement remplacée par les colonnes qui seraient en arrière; de sorte que le général Dupont ait, pour le jour de la bataille, plus de 23,000 hommes à mettre en ligne.

Une fois qu’on aura battu l’ennemi, une partie des troupes de ligne se dissipera, et, selon que la victoire sera plus ou moins décidée, on pourra faire continuer le mouvement à d’autres troupes sur le général Dupont.

12° Saragosse pris, on aura des troupes disponibles, soit pour renforcer l’armée de Catalogue, soit pour marcher sur Valence de concert avec le maréchal Moncey, soit pour renforcer le maréchal Bessières et marcher en Galice, si, après la victoire qu’il a déjà remportée et celle qu’il remportera à Léon, il ne se croit pas assez fort pour s’y porter d’abord.

13° Il serait important de choisir deux points intermédiaires entre Andujar et Madrid pour pouvoir y laisser garnison permanente, un commandant, un dépôt de cartouches, munitions, canons, magasins de biscuit, des fours, des farines et un hôpital, de sorte que 3 ou 400 hommes défendent les magasins et l’hôpital contre toute une insurrection.

Il est difficile de croire qu’il n’y ait point quelque château, donjon pouvant être retranché promptement, propre à cela. C’est par ce seul moyen qu’on peut raccourcir la ligne d’opération et être sûr d’avoir, toutes les trois ou quatre marches, une manutention et un point de repos.

14° En résumé, le partage de l’armée parait devoir être celui-ci :

Corps de Catalogne, tel qu’il existe, à peu près 20,000 homme

Corps d’Aragon, tel qu’il existe, à peu près 15,000 hommes jusqu’à ce que Saragosse soit pris.

Corps du maréchal Bessières, ce qu’il a, à peu près 17,000 hommes; colonne de Burgos, 2,000; colonne de Vitoria, 2,000 ; garnison de Saint-Sébastien, 1,500 ; corps d’Aranda, 1,000 ; total du corps du maréchal Bessières, 24,000 hommes.

Après la prise de Saragosse, lorsque les affaires de Catalogne seront un peu apaisées, on pourra, selon les circonstances, ou renforcer le maréchal Bessières, ou renforcer le général Dupont, ou entreprendre l’opération de Valence.

Aujourd’hui, le seul point qui menace, où il faut promptement avoir un succès, c’est du côté du général Dupont. Avec 25,000 hommes, infanterie, cavalerie et artillerie comprises, il a beaucoup plus qu’il ne faut pour avoir de grands résultats. A la rigueur, avec 21, 000 hommes présents sur le champ de bataille, il peut hardiment prendre l’offensive ; il ne sera pas battu, et il aura pour lui plus de quatre-vingts chances.

 

Bayonne, 21 juillet 1808

A Eugène Napoléon, vice-Roi d’Italie, à Milan

Mon fils, je reçois votre lettre du 10, avec le projet de l’organisation de l’armée d’Italie, qui me paraît bien. Mais il ne faut faire aucun mouvement de cavalerie, ne pas faire marcher d’escadrons des dépôts, et ne rien déranger qu’au dernier moment. Accélérez l’instruction des dépots, et faites en sorte qu’ils soient le plus fort possible. Je ne vois pas pourquoi vous ne portez le 6e de hussards, les 6e et 8e de chasseurs, les 7e, 23e, 24e, 29e et 50e de dragons que pour 700 chevaux. Ces 8 régiments doivent avoir chacun 900 chevaux à l’armée, ce qui doit porter votre cavalerie, au lieu de 9,600 hommes, à 1l ou 12,000 hommes. Les deux régiments qui ont leurs dépôts en Piémont fourniront un escadron pour la 5e division. Dans les régiments qui ont 4 bataillons, on fera marcher les majors au dernier moment; quant aux chefs des 4e bataillons, il est nécessaire qu’ils y soient. Présentez-moi ce travail pour l’armée d’Italie, et proposez-moi les chefs de bataillon les plus en état de faire un bon service. Je remarque dans l’état que vous m’avez envoyé que le bataillon du 53e est bien faible. Je vois que le 4e bataillon du 35e est à Cranglio, ct celui du 106e à Serravalle, tout cela doit joindre le camp.

 

Bayonne, 21 juillet 1808

A Eugène Napoléon, vice-Roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je pars aujourd’hui pour voir Pau, Toulouse et le superbe bassin de la Garonne. Le roi d’Espagne est arrivé hier 20 à Madrid. Il y a quelques troubles en Espagne. Le maréchal Bessières a remporté le 14 une grande victoire à Médina del Rio-Secco, dans le royaume de Léon; avec 15,000 hommes, il a battu 45,000 hommes de troupes de ligne et d’insurgés, qui avaient pris parti, et auxquels les Anglais avaient fourni des armes. Comme je ne fais rien imprimer des affaires d’Espagne, cela est pour votre gouverne.

 

Bayonne, 21 juillet 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale

J’ai lu avec intérêt les papiers de Préjean. Vous me ferez connaître si tous les individus que Préjean dit avoir vus sont arrêtés.

Mme de Jarnac me paraît fortement compromise. Je vous prie de répondre sur cette question . Savait-elle que les lettres venaient par Préjean, oui ou non ? Si elle le savait, elle est coupable, quand même on la dirait innocente. La lettre n° 4, où vous avez mis en note : “Nouvelle imaginée par Préjean” , dit qu’un vaisseau anglais désarmé est entré dans le port de Brest, n’est pas imaginée, parce qu’elle est vraie. Tâchez de savoir quel est l’officier de marine qui a dit cela. J’attends le rapport général que vous me ferez sur cette affaire.

 

Bayonne, 21 juillet 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine

Vous trouverez ci-joint les papiers originaux saisis par la police sur Préjean. Lisez les seul et avec attention, et ne les communiquès à personne. Prenez les notions qui peuvent vous être utiles sur les lieux où débarquent les agents, et sur les mesures à prendre pour saisir leurs bâtiments. Vous renverrez ensuite le paquet à la police cacheté, et de manière qu’on ne sache pas même que vous l’avez lu. Il est dit dans une de ces pièces qu’un vaisseau anglais est entré à Brest en mars; je crois la nouvelle vraie. Sachez quel est l’officier de marine qui est arrivé à cette époque à Saint-Malo.

 

Bayonne, 21 juillet 1808

Au général Caulaincourt, ambassadeu à Saint-Pétersbourg

Vous devez remercier l’empereur de ce qu’il m’a fait dire relativement au roi d’Espagne. Il n’a pas affaire à un ingrat, et comme il n’a pas attendu que je le lui demande pour faire une chose qui m’est si agréable, vous pouvez lui dire que je viens de donner des ordres pour en finir avec la Prusse. Aussi bien la saison s’avance, et mes troupes ne pourraient évacuer l’hiver. Je voulais attendre l’issue de ma conférence avec l’empereur; mais, puisque cela tarde et que l’hiver approche, vous direz que les affaires avec la Prusse étant à peu près d’accord, au reçu de cette lettre, le traité avec cette puissance sera probablement signé.

Les affaires d’Espagne vont bien. Le maréchal Bessières a remporté le 14 une victoire signalée qui a soumis le royaume de Léon et les provinces du Nord. En racontant cela à l’empereur, vous lui direz que les Anglais mettent partout le feu en Espagne, qu’ils y répandent de l’argent et s’entendent avec les moines, et qu’il y a vraiment du trouble. Je pars cette nuit pour aller faire un tour dans mes provinces du Midi, et de là me rendre à Paris, où je serai avant le 15 août.

 

Pau, 23 juillet 1808

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’Empire

Mon Cousin, je suis arrivé à Pau. Je vais partir pour Tarbes. Le roi d’Espagne est arrivé le 20, à six heures du soir, à Madrid.

P. S. Je suis arrivé à Tarbes aujourd’hui, à dix heures du matin.

 

Tarbes, 23 juillet 1808

Au maréchal Pérignon, Paris

Mon Cousin, le secrétaire d’État vous envoie le décret par lequel je vous ai nommé gouverneur de Naples et commandant de mon armée dans ce royaume. Il est indispensable que vous soyez rendu à Naples le 5 août, ou plus tôt s’il est possible. Le maréchal Jourdan ayant été appelé à Madrid, vous recevrez le commandement de lui, s’il est encore à Naples, ou du plus ancien général de division auquel il l’aura laissé. La proclamation du grand-duc de Berg comme roi de Naples doit avoir été faite. Il ne pourra se rendre à Naples que d’ici à quinze ou vingt jours. Il est donc nécessaire que, d’ici à ce temps, vous preniez toutes les mesures convenables pour le bien du royaume et de mon armée. Je m’en fie entièrement à votre zèle pour mon service. Vous trouverez, à votre arrivée à Naples, des lettres patentes du Roi, qui vous confèrent le titre de son lieutenant général, afin que vous puissiez pourvoir à tous les besoins du royaume.

 

Pau, 23 juillet 1808, trois heures du matin

A Eugène Napoléon, Roi d’Espagne

Vous commandez l’armée; je vous l’ai dit; je l’ai fait mettre à l’ordre. Savary, dans la lettre qu’il écrit au major général le dit, puisqu’il dit qu’il ne fera aucun mouvement sans votre ordre. Vous auriez donc pu vous épargner une page de bavardage. Actuellement écrivez-moi souvent et en détail, ce que vous ne faites pas; et ordonnez que votre état-major envoie des états de situation et écrive tous les jours en détail au major général. Les mouvements militaires de Savary font hausser les épaules; il n’a fait que de fausses marches. Gobert doit rester avec Dupont, puisqu’il y est; Moncey à San-Clemente ou environs, et Dupont doit être renforcé.

J’eusse voulu que la brigade Rey eût joint, le 20, le maréchal Bessières; mais, puisqu’elle est à Madrid, gardez-la deux mois sans bouger. Ces soldats sont fatigués et ont besoin de repos : ils viennent de Rennes à marches forcées. Si on les fait toujours aller, ils tomberont tous malades. Il me tarde d’avoir des nouvelles du maréchal Bessières; je n’en ai pas depuis le 15. Portez-vous bien et croyez à mon amitié.

 

Auch, 24 juillet 1808

NOTE.

A Auch, nommer trois curés de première classe; le vicaire général, évêque de Poitiers; Jaubert, ailleurs.

Il faut, pour entretenir 1a cathédrale, 12,000 francs. J’ai assigné 6,000 francs sur les cultes, 4,000 par le département, 2,000 par la ville. Il sera formé une fabrique pour administrer.

J’ai accordé 50,000 francs pour faire venir les eaux; ce fonds sera pris sur les ponts et chaussées, savoir : 25,000 francs cette année, 25,000 l’année prochaine; ceux de cette année, sur les fonds communs.

10,000 francs pour le pavé, également par les ponts et chaussées.

 

Auch, 24 juillet 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Madrid

Mon Frère, je suis arrivé aujourd’hui à Auch; je serai demain à Toulouse.

Je vous envoie votre courrier de Naples. J’ai ouvert tous les rapports de la police et de l’armée; je n’y ai rien trouvé d’intéressant.

La Reine est arrivée à Lyon. Si vous ne jugez pas à propos qu’elle aille à Madrid, peut-être feriez-vous bien de la laisser venir à Paris. Il ne faut, dans la position actuelle des choses, rien faire qui n’ait l’air d’être naturel.

Je n’ai point de nouvelles de votre entrée à Madrid; votre dernier courrier est de Buitrago, le 19, à onze heures du soir. Je n’en ai pas davantage du maréchal Bessières. Je crois vous avoir mandé d’avoir l’oeil sur Burgos et d’y tenir un général de confiance.

Les espèces sont parties de Paris pour former le second payement de l’emprunt. Je suppose que le ministre des finances aura fait la cédule royale et se sera occupé de déposer les effets, conformément à la demande qu’en a faite la Banque.

 

Toulouse, 25 juillet 1808

A M. Daru, intendant général d la Grande Armée, à Berlin

Monsieur Daru, les employés français en Saxe ne doivent rien coûter au pays, tout au plus le logement. Cela est contraire à mes intentions. Les employés, commissaires des guerres, gardes-magasins, etc., ont leur traitement de guerre et ne doivent rien demander, sous prétexte qu’ils sont dans un pays allié. Au lieu de cela, on a demandé au gouvernement saxon de donner en argent ce qu’il donnait en nature. Ces petites tracasseries font tort et sont tout à fait contraires à la dignité de la France. Écrivez au sieur Bourgoing pour qu’on laisse tranquille le roi de Saxe. Diminuez les trois quarts des employés, soit civils, soit militaires. Réitérez vos ordres et prenez des mesures telles que mes agents ne coûtent rien au roi de Saxe. Faites finir toutes ces misères. il est inutile d’avoir des manutentions, des commissaires des guerres, des gardes-magasins dans tous les lieux de passage. Les employés saxons peuvent tout aussi bien faire cela que des employés français. Laissez des employés français seulement dans les lieux où il y aurait des magasins français assez considérables; ces lieux sont extrêmement peu nombreux.

 

Toulouse, 25 juillet 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Madrid

Mon Frère, Tournon apporte votre lettre du 20, et celle du 21 au soir qui m’apprend votre entrée à Madrid.

Le maréchal Bessières mande de Benavente, en date du 20, qu’il marche sur Léon. Je reçois de Santander la nouvelle que 1,500 hommes des Asturies, qui s’y étaient rendus, en sont repartis, apprenant la défaite de Cuesta. L’officier d’ordonnance d’Estourmel, de chez le maréchal Bessières, raconte avoir donné dans une des colonnes de Cuesta, près de Benavente. Il paraît que Cuesta, avec un débris de 3 à 4,000 hommes, se dirigeait du côté de l’Estremadure.

Le major général a donné des ordres pour qu’il y eût à Burgos, dans les premiers jours d’août, 3 ou 4,000 hommes; ce qui assurera et maintiendra vos derrières. Comme ce sont en grande partie des conscrits, il faut les laisser s’exercer, et se trouver satisfait de voir les communications avec Madrid et avec le maréchal Bessières à l’abri de toute surprise. Il faudrait envoyer à Burgos un général pour avoir l’oeil sur Vitoria et sur Aranda, et qui correspondra avec Madrid et avec le maréchal Bessières, qui sera arrivé le 23 à Léon.

Vous aurez reçu des lettres du général Verdier devant Saragosse. Le major général vous a mandé l’expédition du colonel Pepin sur Villafeliche près Daroca, qui a dissipé 4,000 rebelles. On écrit de Saragosse que cette ville ne tardera pas à tomber. L’officier du maréchal Bessières dit que Zamora, Valladolid, Palencia, etc. , sont fatiguées d’être pillées par les deux partis, et que même les moines désirent fort la tranquillité. Le colonel Pepin, qui est devant Saragosse, écrit que tous les villages et petites villes qu’il a parcourus demandent à grands cris la paix.

J’approuve fort les mesures que vous avez prises pour renforcer le général Dupont.

 

Toulouse, 25 juillet 1809

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie (la même lettre a été adressée ait roi de Wurtemberg, et, avec quelques modifications, aux autres princes de la Confédération du Rhin)

Monsieur mon Frère, l’Autriche arme; elle nie ses armements : elle arme donc contre nous. Elle fait répandre le bruit que je lui demande des provinces : elle veut donc couvrir du voile d’une défense légitime une mesure aussi gratuitement offensive qu’insensée. Nos relations avec l’Autriche, depuis la paix de Presbourg, ont été constamment amicales ; un traité les a cimentées. Les notes, les communications importantes qui ont eu lieu depuis cette époque entre les deux gouvernements étaient le gage d’une parfaite harmonie. La Russie n’est pas moins que nous étonnée de ces armements de l’Autriche.

Sans doute il ne devrait pas être vraisemblable que l’Autriche voulût attaquer la France et la Confédération du Rhin. Mais n’avons-nous pas vu, il y a deux ans, la Prusse, par une démarche plus insensée encore, provoquer sa ruine entière ? Dans un gouvernement faible, le parti qui veut la guerre fait faire des armements sous un prétexte quelconque, et le prince trompé se trouve engagé dans la guerre sans l’avoir voulu.

Les hommes raisonnables verront avec pitié les armements de l’Autriche. Mais, s’ils étaient tolérés, ils ne seraient pas sans inconvénients; ils lui donneraient en Allemagne une force d’opinion qu’elle ne doit point avoir. Elle-même acquerrait une idée exagérée de sa propre puissance, et, se croyant forte parce qu’on aurait souffert ses préparatifs, elle se déciderait bientôt à la guerre, que d’abord elle ne voulait pas.

Puisque l’Autriche arme, il faut donc armer. Aussi j’ordonne que la Grande Armée soit renforcée. Mes troupes se réunissent à Strasbourg, Mayence, Wesel. J’engage Votre Majesté à tenir son contingent prêt. S’il est un moyen d’éviter la guerre, c’est de montrer à l’Autriche que nous ramassons le gant et que nous sommes prêts.

Je répète à Votre Majesté qu’il n’y a, entre l’Autriche et moi, aucun sujet de différend, que je ne lui demande rien, et que je n’arme que parce que je la vois armer.

 

Toulouse, 25 juillet 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Toulouse

Monsieur de Champagny, faîtes faire les expéditions des lettres ci-jointes et présentez-les ce soir à ma signature. Faîtes-moi connaître si l#article ci-joint du Journal de l’Empire daté de Belgrade est vrai ou controuvé. S’il est vrai, proposez-moi de faire défendre la Gazette de Bayreuth.

 

Toulouse, 25 juillet 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures

Je vous renvoie votre portefeuille. Je ne conçois rien à ce tripotage du sieur Bourgoing, il fait des choses qui compromettent la dignité de la France et sont contraires à mes intentions. J’ai donné il y a longtemps deux ordres : le premier, pour diminuer des deux tiers les officiers, commandants de place, commissaires des guerres et garde-magasins qui sont employés sur la route d’étapes en Saxe; 2° que le tiers restant fût soldé à mes frais et ne coutât au roi de Saxe, qui est tenu tout au plus de fournir le logement. Au lieu de cela, le sieur Bourgoing remercie le roi des ordres qu’il a donnés, démarche basse et ridicule; car, ou le roi doit nourrir ce qui passe de mes troupes sur ses États, comme membre de la Confédération du Rhin, et je ne lui dois pas alors de remerciements; ou il ne le doit pas, et il est ridicule que je remercie un petit prince de la Confédération du Rhin pour 30 ou 40,000 francs qu’il me donne; il était tout simple de ne pas les lui prendre. Écrivez au ministre de Saxe que j’ai blâmé la conduite du sieur Bourgoing; que mon intention est qu’il y ait en Saxe le plus petit nombre d’employés possible, et qu’ils ne coûtent rien au pays. Vous ferez connaître au sieur Bourgoing qu’il ne doit employer son ministère que pour des affaires graves, et que les employés qui sont en Saxe reçoivent des appointements et ne doivent rien demander.

 

Toulouse, 25 juillet 1808

A M. Daru, Intendant général de l’armée d’Espagne

Il est nécessaire que vous arrêtiez toutes les lettre du ministre de Russie ou de tout autre venant d’Espagne qui donneraient des détails sur les affaires de ce pays. Vous devez me renvoyer les originaux de toutes des lettres.

 

Toulouse, 26 juillet 1808

A M. de Lacépède, Grand Chancelier de la Légion d’honneur

J’ai reçu votre lettre. Je suis fâché que la lettre que je vous ai écrite vous ait affligé; ce n’était pas certainement mon intention. La maison d’Écouen ne peut être ainsi régie de clerc à maître et par le grand chancelier de la Légion. Il est nécessaire qu’il y ait un conseil d’administration de la maison sous la surveillance du grand chancelier, et que la Légion soit tenue de payer une masse par individu au dit conseil d’administration. Cette mesure doit calmer toute inquiétude. Si une élève, quelque économie qu’on y apportât d’ailleurs, devait coûter plus de 7 à 800 francs, il me semble que ce serait trop cher. Dites-moi un mot dans ce sens, et surtout croyez que personne ne désire plus que moi vous donner des preuves d’estime et de considération.

 

Toulouse, 26 juillet 1808

Au général Savary, duc de Rovigo, aide de camp de l’Empereur, à Madrid

Je reçois votre lettre du 21 de Madrid que m’apporte Faudoas. J’ai vu avec plaisir l’entrée du Roi. Aidez-le de tous vos moyens.

Tous les rapports que je reçois de l’Aragon, de Bessières et du théâtre de la guerre s’accordent à dire que tous les pays sont fameusement fatigués de cet état de révolte et que les prêtres, même les moines, commencent à s’apercevoir que, pillés de tous côtés, ils seront les victimes de tout ceci.

 

1)Pierre-Paul-Eugène, baron Faudoas-Séguenville (1788 – 1844), lieutenant de cavalerie, officier d’ordonnance de l’Empereur et frère de la duchesse de Rovigo

 

Toulouse, 26 juillet 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Toulouse

Monsieur de Champagny, je vous envoie une note qui m’est remise par le ministre de la police. Écrivez à cet effet à mon ministre en Hollande pour requérir l’arrestation des chefs de cette maison (La maison Schott, de Bréda, soupçonnée de faire du commerce avec l’Angleterre)

 

Toulouse, 26 juillet 1808

Au prince de Nauchâtel, major général de la Grande Armée

Donnez des ordres pour que la Gazette de Bayreuth soit suupprimée, et que la correspondance de ce gazetier soit mise sous le scellé, qui sera apposé par des officiers francais. On prendra le dépouillement de tous les papiers, et les pièces qui seraient relatives à sa correspondance avec les Anglais seront envoyées à Paris. Le journaliste sera retenu en prison et interrogé sur ses relations et sur les menées qu’il pratique depuis plusieurs années avec les Anglais

 

Toulouse, 27 juillet 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le général Clarke, la batterie du signal de Breskens, au lieu d’avoir sept côtés, doit être formée par une demi-ellipse devant contenir vingt-cinq pièces de canon. Comme les mortiers peuvent être mis derrière, 75 toises suffisent au côté elliptique. La batterie peut être ensuite fermée par trois côtés, en forme de trapèze, de manière qu’avec 200 toises de développement, avec escarpe et contrescarpe, une caserne, des magasins, une citerne, la batterie soit à l’abri de toute espèce de coup de main et puisse résister huit à dix jours de tranchée ouverte, sans avoir besoin d’avoir de l’eau dans les fossés. Cette batterie ou redoute ne serait, dans le fait, qu’un grand cavalier placé sur le milieu de la dune. On tracerait autour trois fronts de fortification en terre, de 180 toises, avec fossés pleins d’eau; ce serait la place qu’on défendrait par un siège en règle. Alors on sent que tous les avantages seraient réunis. On pourrait commencer d’abord par faire la redoute et avoir 300 hommes à l’abri de toute insulte. Il y aurait ensuite une belle enceinte bastionnée, capable de résister et de prolonger la défense fort loin, d’autant plus que cette place recevrait longtemps des secours de Flessingue par mer. On désirerait savoir ce que pourraient coûter quatre tourelles en maçonnerie, destinées à flanquer par un feu de mousqueterie les quatre côtés de la redoute. Ces tourelles ne devraient point masquer le feu de l’artillerie de la redoute. On y arriverait de l’intérieur de 1a batterie par une communication souterraine.

 

Toulouse, 27 juillet 1808

Au maréchal Davout, chargé du commandement d la Grande Armée, à Varsovie

Mon Cousin, faites partir le plus tôt possible les 8,000 Polonais qui doivent passer à ma solde, et dirigez-les sur Mayence par le plus court chemin.

 

Toulouse, 27 juillet 1808

Au comte Bigot de Preameneu, ministre des Cultes, à paris

Monsieur Bigot de Preameneu, le sieur Marchaix, prédicateur de l’église Bonne-Nouvelle et le sieur Cagny, curé idem, ont de mauvais principes. Faîtes vérifier les faits et interdisez ces deux individus.

 

Toulouse, 28 juillet 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Madrid

Mon Frère, le général Mathieu-Dumas vous remettra cette lettre. Il se rend à l’armée d’Espagne; on verra ensuite à le traiter comme il pourra le désirer; le principal est qu’il vous serve. Votre écuyer Filangieri vous a été expédié ce matin. Je serai le 31 à Bordeaux.

J’ai reçu, ce matin, des nouvelles de Russie, du 9, et des lettres de l’Empereur. L’affaire d’Espagne était déjà là une affaire fort ancienne, et tout y était arrangé.

L’Autriche est prise d’une terreur panique qui n’a pas de bon sens.

Le maréchal Bessières a dû arriver le 23 à Léon.

Une gazette anglaise dit que mon escadre de Cadix a été canonnée pendant trois jours par les insurgés, quelle a été obligée d’amener et qu’elle est dans le port de Cadix; ce sont les Anglais qui disent cela. Il paraît que tout va bien du côté de Lisbonne.

Du moment que le général Dupont aura appris la victoire du maréchal Bessières, j’espère qu’il ne sera pas resté en arrière.

Bessières, à ce qu’il parait, a trouvé beaucoup de fusils, de poudre et de cartouches à Benavente.

Dessolles m’a fait demander, à Auch, à être employé en Espagne; va s’y rendre.

J’ai nommé le maréchal Pérignon gouverneur de Naples et commandant de mon armée. Le grand-duc de Berg est toujours fort malade.

La Reine m’a écrit de Lyon. Je suppose que vous me parlerez d’elle dans votre première lettre. Je pense qu’il faut qu’elle aille pour le reste de l’été à Paris; il fait trop chaud pour aller en Espagne dans ce moment. Au reste j’attendrai ce que vous déciderez là-dessus.

 

Toulouse, 28 juillet 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Il est nécessaire que vous donniez des ordres pour que les ler, 2e, 3e et 4e bataillons des 14e, 43e, 44e, 5le de ligne, 9e, 12e et 14e légers, 15e, 47e, 70e et 86e de ligne, soient tout entiers à l’armée d’Espagne et de Portugal ; qu’il ne reste en France que les quatre compagnies du 5e bataillon de dépôt, et que les bataillons de guerre soient portés à leur grand complet.

—-

P. S. Si Lacuée pouvait diriger un millier de conscrits sur Bayonne, il doit le faire.

 

Toulouse, 28 juillet 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, donnez l’ordre que tout ce qu’il y a de disponible en France du 10e régiment de chasseurs à cheval complète le 4e escadron, de manière qu’il soit au moins à 200 chevaux. Vous le dirigerez sur Bayonne. Donnez le même ordre pour le 22e régiment de chasseurs. Donnez ordre que le 3e escadron du 26e de chasseurs soit complété à 200 hommes et se tienne prêt à entrer en campagne à la fin d’août.

J’ai blâmé le maréchal Kellermann d’avoir formé des grenadiers et les voltigeurs; cependant, puisque cette mesure a été prise, il faut en profiter. Vous voudrez donc bien donner l’ordre que 25 grenadiers et 12 voltigeurs, faisant 50 hommes de chacun des régiments qui ont des compagnies de grenadiers et de voltigeurs à la division Oudinot, se mettent en marche pour se rendre à Dantzig, bien armés et bien équipés. Comme il y a à la division Oudinot des détachements de 48 régiments, ou 96 compagnies, ce sera une augmentation de 2,400 hommes qu’elle rendra.

Ces 2,400 hommes seront formés en trois détachements, dont l’un se réunira à Strasbourg, l’un à Mayence et l’autre à Wesel. Vous me ferez connaître la situation et la composition de ces détachements au 15 août, afin que j’ordonne le mouvement. Écrivez au maréchal Kellermann de vous envoyer l’état de situation au 5 août des trois brigades de réserve qui doivent être formées à Strasbourg, Mayence et Wesel, afin que je connaisse le nombre d’officiers, de sous-officiers, l’état de l’habillement et de l’armement, etc. Ces revues seront passées au 5 août. Je désire les avoir avant le 15, afin que je voie si ces réserves sont dans le cas de marcher.

 

Toulouse, 28 juillet 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Toulouse

Monsieur de Champagny, la proposition du prince d’Anhalt-Coethoen n’est pas à rejeter. Je prendrais volontiers à mon service un régiment qu’il lèverait, dont il serait le propriétaire et qu’il composerait tout entier d’Allemands. Par le courrier que vous enverrez à Constantinople il est convenable que vous écriviez à Téhéran.

 

Agen, 30 juillet 1808

Au prince Cambacérès, Archichancelier de l’Empire

J’ai reçu votre lettre du 21. Je suis extrêmement content de l’esprit de ce pays-ci. La ville de Montauban m’a fort intéressé. Cette ville a été horriblement maltraitée. Je pars d’Agen ce soir à sept heures, pour ne plus m’arrêter qu’à Bordeaux, où j’arriverai demain matin à dix heures. J’y resterai probablement le ler d’août; après quoi, je partirai pour Rochefort.

 

Agen, 30 juillet 1808

A M. Cretet, ministre de l’intérieur, `Paris

J’ai l’honneur de transmettre à Votre Excellence une note que Sa Majesté a dictée relativement à la création d’un nouveau département qui aura Montauban pour chef-lieu.

MARET, ministre secrétaire d’État.

——–

Il est impossible de laisser Montauban dans l’état d’abandon où elle se trouve, et il convient de la créer chef-lieu d’un nouveau département dont le territoire serait pris sur les départements voisins.

Le Lot a 38,000 habitants; on lui ôtera l’arrondissement de Montauban et Moissac, avec 100,000 habitants. La Haute-Garonne a 433,000 habitants; on lui ôtera l’arrondissement de Castel-Sarrasin, avec près de 100,000 habitants. Le Lot-et-Garonne a 533,000 habitants; on lui ôtera Valence et 50,000 habitants. Le Tarn a 272,000 habitants; on lui ôtera un arrondissement de 30,000 habitants. On pourra aussi ôter au Gers 12 à 15,000 habitants. Le nouveau département, qui portera le nom de Tarn-et-Garonne, aura donc près de 300,000 habitants.

Sa Majesté désire que le ministre fasse faire la carte de ce nouveau département pour la lui présenter avant la fin du mois d’août, avec les projets de loi et de règlement, cette affaire devant être portée au prochain Corps législatif.

 

Agen, 30 juillet 1808

A Joseph Napoléon, Roi d’Espagne, à Madrid

Mon Frère, je reçois votre lettre du 23. Le major général reçoit des lettres du matin du même jour du maréchal Bessières, qui marque qu’il n’y a plus d’armée ennemie en Castille, que Cuesta avec 500 hommes de cavalerie se dirigeait du côté de Toro, et qu’il croit être certain que le point de sa retraite est Badajoz, dans l’Estremadure; que les villes et provinces de Léon, Zamora, se sont soumises, et que son intention était de se reposer le 25 et le 26 à Léon, et de marcher ensuite en Galice.

Le général Dessolles a reçu des lettres de service pour l’armée d’Espagne; il se rend à Burgos. Le major général vous instruit des ordres qu’il reçoit. Le général Dessolles aura, à son arrivée à Burgos, près de 5 à 6,000 hommes. 500 chevau-légers polonais de ma Garde se dirigent sur Burgos.

Il est inconcevable que le maréchal Moncey se soit retiré sur Ocana. La conduite de cet officier est fort extraordinaire; son mouvement est défavorable pour tout, mais particulièrement pour le général Dupont, puisque les provinces de Valence, de Murcie cessent d’être menacées. Il paraît que le général Dupont a déjà 20,000 hommes; s’il n’a pas fait de fautes, avec cela il n’a rien à craindre de l’ennemi.

J’ai reçu des nouvelles de Saragosse à peu près de la même époque que celles du maréchal Bessières, qui sont tout aussi satisfaisantes que ces dernières.

Le général Mathieu-Dumas vous aura joint. Il fait ici fort chaud. Je suis fort satisfait de l’esprit de ces provinces. Je serai à Rochefort le 3, et à Nantes probablement le 7 ou le 8.

 

Agen, 30 juillet 1808

A Joachim Napoléon, Roi de Naples

Je reçois votre lettre. Je vois avec plaisir que votre santé s’améliore.

Les nouvelles du duché de Berg ne sont pas satisfaisantes. Vos agents emballent et font tout passer sur la rive gauche; vos haras filent sur le Tyrol. Cela fait un détestable effet dans le pays et en Allemagne. Cela vaut-il la peine, pour des babioles, de montrer de l’avidité ? Dans tout état de choses, si vous tenez à vos haras, quinze ou vingt jours plus tard n’êtes-vous pas sûr de les avoir ? Cela est irréfléchi et fait mal dans l’opinion. Écrivez, et donnez des ordres qu’on n’emporte rien, et qu’on ne montre aucune avidité.

La chaleur est si forte que je crains que, si vous vous mettez en route trop promptement, vous ne puissiez la supporter. Soignez d’abord votre santé; c’est le principal.

 

Bordeaux, 31 juillet 1808, onze heures du soir

A Joseph Napoléon, Roi d’Espagne

J’ai reçu vos lettres des 24, 25 et 26. Le style de votre lettre du 24 ne me plaît point. Il ne s’agit pas de mourir, mais de se battre et d’être victorieux, et vous l’êtes et le serez. Je trouverai en Espagne les colonnes d’Hercule, mais non des limites à mon pouvoir. Depuis que je sers, ce que j’ai trouvé de plus lâche, ce sont ces rassemblements et ces troupes espagnoles. Au reste, des troupes et des secours de toute espèce se dirigent de votre côté.

Vous avez le tiers plus de forces qu’il ne vous faut, si cela est dirigé avec la précision convenable. Hormis Moncey et sa déshonorante retraite de San-Clemente sur Ocana et son lâche conseil guerre, je suis fort content de mes troupes. Savary est un homme de tête et de coeur qui a erré dans ses dispositions générales, parce qu’il n’a pas l’habitude de commander en chef, mais qui cependant est encore plus fort que ce que vous avez autour de vous. Caulaincourt a fait très bien à Cuenca. La ville a été pillée . c’est le droit de la guerre, puisqu’elle a été prise les armes à la main.

La Russie vous a reconnu; la lettre en a été envoyée à M. Strogonoff. A mon arrivée à Paris, j’apprendrai que l’Autriche a fait de même.

Votre position peut être pénible comme roi; mais elle est brillante comme général. Il n’y a qu’une chose à craindre : prendre garde de perdre l’esprit de l’armée et de la sacrifier aux Espagnols. Il n’y a point de ménagements à garder avec des brigands qui assassinent mes blessés et qui commettent toutes sortes d’horreurs. Il est fort naturel de les traiter comme on le fait; je vous l’ai déjà dit et je vous le répète. Depuis la belle victoire de Medina de Rio-Seco, qui à si promptement décidé les affaires d’Espagne, le maréchal Bessières est le maître absolu du Nord.

J’ai vu avec plaisir que vous n’avez pas envoyé la division Morlot au maréchal Bessières, comme on le proposait. Il faut soutenir Dupont. Soyez sans inquiétude sur l’issue de tout ceci. Je connais bien votre position; rien de ce qui est arrivé ne m’a surpris. Aurais-je sans cela envoyé 150,000 hommes en Espagne, levé deux conscriptions et dépensé 80 millions ? J’aurais mieux aimé perdre une bataille que de lire le procès-verbal de Moncey.


 

References   [ + ]

1.Pierre-Paul-Eugène, baron Faudoas-Séguenville (1788 – 1844), lieutenant de cavalerie, officier d’ordonnance de l’Empereur et frère de la duchesse de Rovigo