Correspondance de Napoléon Ier – Juin 1808

Bayonne, 1er juin 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Bayonne

Monsieur de Champagny, l’armée de Portugal a besoin de vivres. Il paraît que la communication de Saint-Sébastien avec le Ferrol, sous l’escorte de chaloupes canonnières espagnoles, est fréquente, et que la communication du Ferrol avec Porto est également très-fréquente. Il serait donc convenable d’essayer cette voie pour faire passer du blé en Portugal. Il faudrait le faire par le commerce, qui comprendra facilement l’avantage immense qu’il y trouvera, puisqu’il a cent pour cent à gagner. Voyez pour cela la chambre de commerce. On pourrait expédier, soit par des chasse-marée, soit pour les bâtiments qui servent au cabotage, 1,000 tonneaux de blé, qui feraient cent jours de vivres pour 20,000 hommes. Il me semble qu’on emploie au cabotage ici des bâtiments qui peuvent porter quarante à cinquante tonneaux ; or une trentaine de ces bâtiments porteraient tout cela. L’achat ne serait pas ici un objet de 300,000 francs, et la vente produirait 900,000 francs à Lisbonne. Je désire que vous vous occupiez de cela. Je voudrais aussi faire transporter pour mon compte 200,000 rations de biscuit; mes gabares seraient-elles propres à cette expédition ? Mais , d’ailleurs , ne pourrait-on pas porter ces 200,000 rations sur deux goélettes ou chasse-marée ? Je les destine à l’approvisionnement de trois vaisseaux et de trois frégates que j’ai à Lisbonne. Je ne serais pas éloigné non plus de diriger sur ce point dix milliers de quintaux de blé pour l’armée, ce qui ferait 500 tonneaux. Faites-moi, je vous prie, un rapport sur tout cela.

Il est bon de mettre dans les journaux une note sur les foires de Leipzig et de Francfort, en la rédigeant dans les termes les plus favorables à notre commerce, et en donnant des renseignements aux commerçants.

 

Bayonne,  1er juin 1808

A M. Cretet, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur Cretet, je n’entends plus parler des maisons destinées à l’extinction de la mendicité. Les travaux des trois grands canaux sont-ils en activité ? Y dépense-t-on tout l’argent que j’ai accordé ? Les travaux de Paris ne vont plus; on n’a encore pris aucun argent à la caisse d’amortissement. Les prêts sur les vins faits au commerce  de Bordeaux ne marchent pas davantage, puisqu’il n’a encore été rien pris.

Le ministre des finances me mande que les vingt et une portions deux tiers du canal du Midi ne rendent que 450 à 500,000 francs par an, et que, dès lors, le prix demandé est trop fort de deux cinquièmes.

 

Bayonne, 1er juin 1808

A M. Cretet, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur Cretet, il entend dire souvent qu’on manque de laines en France et qu’elles sont fort chères ; cependant il y a en Espagne trois récoltes de laines dont on ne sait que faire ; écrivez-moi un moi là-dessus.

Il m’est revenu des foires de Leipzig et de Francfort que Lyon ne fournissait pas assez, et que les négociants chargés de fournir à la Saxe, à la Pologne, au Danemark, à la Russie, se plaignent que les commandes qu’ils font à Lyon ne se remplissent pas, quoique cependant ils fassent les avances.

 

Bayonne, 1er juin 1808.

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

La batterie du cap Camarat, à Saint-Tropez, n’a pu protéger la pinque la Vierge-de-Miséricorde, qui a été prise par l’ennemi. On dit qu’au premier coup de canon le terre-plein s’est enfoncé. Ordonnez au directeur d’artillerie de faire une visite extraordinaire des batteries de la côte; donnez le même ordre au général Cervoni; qu’ils partent à cheval de la tour de Bouc et suivent la côte jusqu’à San-Remo; qu’ils inspectent les batteries et présentent un rapport sur chacune; qu’ils voient les canonniers garde-côtes, et s’assurent 
qu’elles sont propres à faire un bon service.

 

Bayonne, ler juin 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Est-ce que les sept flûtes et gabares neuves qui sont au Havre ne pourraient pas aller à Brest pour l’expédition projetée ? Elles font près de 3,500 tonneaux. Les trois de 350 tonneaux, de Saint-Malo, ne peuvent-elles pas également aller à Brest pour le même objet ?

Si le lieutenant Guiné n’est pas membre de la Légion d’honneur, proposez-moi un décret pour le nommer. Faites-moi un rapport sur les deux enseignes qui ont monté à l’abordage. Ce corsaire, s’il est bon marcheur, pourrait être armé comme mouche.

La corvette la Baleine a quitté Rosas ; elle sera probablement arrivée à Marseille.

J’approuve que les ouvriers de Flessingue remontent au milieu d’août pour rester à Anvers jusqu’en octobre. Je désire que le Royal-Hollandais puisse être mis à l’eau avant la fin d’octobre, afin que sa cale soit remplie par un autre vaisseau. Serait-il possible d’avoir la frégate ? Je me contenterai d’avoir trois vaisseaux de plus à Anvers ; ce qui, avec les huit à Flessingue, me fera onze vaisseaux. On mettra trois autres vaisseaux sur la cale; ce qui me mettra à même d’avoir quatorze vaisseaux au mois de septembre 1809 ; ce qui, avec le Royal-Hollandais et les cinq autres d’Anvers, me ferait vingt-deux vaisseaux de guerre dans la rade de Flessingue.

 

Bayonne, ler juin 1808

Au vice-amiral Decrès. ministre de la marine, à Paris

Je désirerais faire construire un vaisseau de 74 à Bayonne, parce que le coeur me saigne de voir les bois se pourrir, et que je dépense 500,000 francs pour faire transporter 100,000 pieds cubes de bois dans la Garonne et davantage pour les transporter jusqu’à Rochefort.

Il y a sur la barre 14 pieds d’eau; il y a 36 à 40 pieds d’eau en dehors de la barre; le tout est donc de passer la barre. Je ne sais pas pourquoi un vaisseau de 74, qui tire 16 pieds, ne passerait pas, étant allégé par les chameaux, qui allégent de 6 à 7 pieds.

Je désire que vous fassiez venir de Hollande l’officier hollandais qui a déjà été à Venise; qu’il se rende en poste ici; car si, après avoir causé avec le pilote et vu lui-même la barre, il juge possible de la faire franchir à un vaisseau de 74, je le ferai mettre sur-le-champ en construction. Jadis, un vaisseau de 50 canons a passé la barre avec beaucoup de peine, mais sans chameaux. L’autre jour j’ai vu la mer calme à la barre, et cependant nous ne sommes pas dans les mois calmes ; les bâtiments qui y passaient n’éprouvaient aucun mouvement.

On ne devrait jamais construire à Rochefort, qui n’est qu’un port de réparation; Lorient, le Havre, Anvers, voilà les ports de construction de la France.

 

Bayonne, 1er juin 1808

A M. de la Cuesta, capitaine-général de la Castille-Vieille, à Valladolid

J’ai reçu votre lettre du 29 mai. Je vous prie de me faire connaître qui, dans l’armée espagnole, n’ayant que cinquante ans, est assez fort et assez bien dans l’opinion pour occuper le poste important que j’aurais désiré que votre santé vous eût permis d’accepter.

 

Bayonne, 1er juin 1808

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Donnez ordre au général Morand de faire conduire à la citadelle de Toulon les Colonna père et fils, de faire mettre le séquestre sur leurs biens. Arrivés à Toulon, vous donnerez ordre que ces individus, agents de l’Angleterre, soient conduis dans un château fort avec les plus grandes précautions.

Faites arrêter le sieur Patey, prêtre de la Manche, dont il est question dans votre bulletin du 24 et faites le enfermer dans un château fort.

(Brotonne)

 

Bayonne, 2 juin 1808

A M. Cretet, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur Cretet, faites-moi un petit rapport sur les travaux que j’ai ordonnés. Où en est la Bourse ? Le couvent des Filles Saint-Thomas est-il démoli ? Le bâtiment s’élève-t-il ? Qu’a-t-on fait à l’Arc-de-Triomphe ? Où en est-on de la gare aux vins ? Où en sont les magasins d’abondance ? la Madeleine ? Tout cela marche-t-il ? Passerai-je sur le pont d’Iéna à mon retour ? Voilà pour Paris.

Je vous ai demandé déjà des renseignements sur les trois grands canaux. Dépensera-t-on, cette année, trois millions au canal de l’Escaut au Rhin, trois millions au canal de Bourgogne, trois millions au canal Napoléon ?

Les travaux que j’avais ordonnés à Paris sur l’emprunt de huit millions marchent-ils ?

Faites aussi exécuter mon décret sur Bordeaux ; je pensais que cela était en mouvement; lorsque j’y repasserai, rien ne sera commencé.

 

Bayonne, 2 juin 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Dans l’état des croisières anglaises que vous m’avez envoyé, je ne vois point de croisière devant Dunkerque. Pourquoi donc les deux frégates que j’ai dans ce port ne partent-elles point pour Flessingue, où on en a besoin ?

Au Havre, la croisière ennemie ne se compose que d’une frégate et d’un brick, et j’ai dans ce port deux frégates en armement, une qui est tout armée et bientôt une quatrième. Pourquoi ces quatre frégates ne partiraient-elles pas ?

Je ne vois pas de croisière devant Rochefort, ce qui doit permettre à mes bricks et aux autres petits bâtiments de partir.

 

Bayonne, 2 juin 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur Decrès, l’escadre russe n’a rien à craindre à Trieste, puisqu’elle est en dedans des jetées. Les Anglais ont bien autre chose
à faire que d’aller insulter les quatre cadavres qui sont là.

On vient de me rendre compte qu’un petit paquebot anglais appartenant à un armateur de Bordeaux se trouve au Passage. Il est doublé en cuivre et bon marcheur. Je viens d’ordonner au capitaine Beaulieu de le visiter, et je l’achèterai s’il est bon. J’attends le brick l’Oreste ici demain. La frégate la Comète s’allége pour passer la barre de Bayonne. Cette frégate est une vieille carcasse toute déliée, et qui ne peut même pas marcher; il faut en faire un ponton et une machine à mâter pour ce port. Les ingénieurs m’ont fait un rapport sur ce port; ils me proposent d’y dépenser un million, et en espèrent de bons effets. Je vais y dépenser 400,000 francs en plusieurs années, et, si je m’aperçois qu’ils produisent quelques bons résultats, je les ferai continuer.

J’ai écrit au ministre d’État Lacuée pour qu’il vous fournisse 500 conscrits, qu’il dirigera sur Bayonne, pour former les cinq équipages qui se réunissent à Lisbonne.

Une des mouches qui sont ici pourra partir avant le 10 août; envoyez des ordres ici pour l’expédier sur Cayenne. Il faut la charger de dix ou douze tonneaux de farine; cela fait toujours deux cents quintaux, c’est-à-dire de quoi nourrir 200 hommes pendant cent jours, ce qui fait toute ma garnison de Cayenne. Il faut expédier la seconde, qui sera prête avant le 20 juin, sur la Martinique; elle portera des dépêches, des nouvelles et de la farine pour mes troupes de la Martinique pendant dix jours. Recommandez qu’elles reviennent chargées de marchandises coloniales. Je vous ai déjà écrit pour ce  grand objet.

Je viens d’avoir des renseignements et des plans sur la Spezia. J’ai pris un décret pour en augmenter les batteries, qui me paraissent déjà très-formidables. Le lazaret me parait propre à contenir tous les magasins. La localité me paraît extrêmement favorable pour la défense du côté de terre, puisqu’en défendant un isthme de cinq à six cents toises, on défend toute la presqu’île, qui a six milles de tour. Le Porto-Venere, la cale des Corses et les autres petites cales, chacune de trois à quatre cents toises de profondeur sur deux à trois cents toises de largeur, seront à l’abri de toute attaque. Il est nécessaire d’avoir un commissaire de marine à Livourne pour correspondre avec le préfet maritime de la Spezia et organiser tout cela.

Qui doit désigner l’emplacement de chaque établissement à la Spezia ? Est-ce un seul individu ou une commission ? J’ai besoin de le savoir pour la direction à suivre pour centraliser tout dans le seul point que je veuille défendre. Je désire qu’on ne perde pas un moment, On m’assure que les cales pour des vaisseaux ne coûteront pas plus de 20, 000 francs . La côte de la Spezia à Livourne, qui n’avait aucune importance, va en avoir. Il n’y a sans doute pas de batterie; jetez un coup d’oeil sur la carte, et entendez-vous avec le ministre de la guerre pour établir des batteries où elles sont nécessaires. Écrivez à mon chargé d’affaires à Lucques et au général Menou pour ce qui les regarde. Il me semble, après ce que l’on me dit, qu’on peut faire au lazaret des magasins pour tout. Il n’y aura donc à s’occuper sérieusement que de la machine à mâter et de la corderie. Comme nous n’aurons pas de vaisseau à la mer avant un an, nous avons le temps de penser à la machine à mâter. Quant à la corderie, c’est un objet d’une grande dépense. Je ne sais pas s’il y en a une à Gènes ou à Livourne. Donnez vos ordres au préfet maritime, et tracez vos directions sur tout. Il faut pour cela avoir un grand plan sous les yeux. Il me semble que tous les objets d’artillerie seraient fort bien placés au fort Saint-Barthélémy.

 

Bayonne, 2 juin 1808

Au prince Borghèse, gouverneur général des départements au delà des alpes, à Turin

L’établissement qui va avoir lieu à la Spezia va rendre plus intéressante la côte de Gênes à la Spezia. Donnez ordre au général Montchoisy et au directeur d’artillerie de la parcourir à cheval, et de prendre des notes sur les batteries qui existent et sur les points où il en faudrait. Vous m’en rendrez compte pour que j’ordonne tout ce qui sera nécessaire.

Faites venir l’ingénieur des ponts et chaussées et demandez-lui un rapport sur les communications de Parme et de Plaisance avec la Spezia. Si les plans de ces deux routes sont faits, envoyez-les-moi; s’ils ne sont pas faits, faites-les faire.

Faites répondre à cette question : Quelle est la communication la plus facile et la moins coûteuse de Plaisance ou de Parme à la Spezia ? Combien l’une ou l’autre coûterait-elle ?

Assurez-vous à la Spezia si l’île de Palmaria et les deux îles en avant sont gardées. Vous donnerez des ordres pour qu’on y mette des troupes et qu’elles s’y placent de manière à se mettre à l’abri d’être enlevées.

 

Bayonne, 2 juin 1808.

A la princesse Pauline Borghèse, à Stupinigi

J’ai reçu votre lettre. Ce que vous éprouvez est une suite nécessaire du printemps. Stupinigi est peut-être un peu humide; Turin est préférable. Je ne vois pas pourquoi vous n’iriez pas aux eaux de Lucques. Je ne vois pas d’inconvénient que vous alliez aux eaux de Saint-Didier, puisqu’elles sont dans le gouvernement; mais il ne faut point quitter le gouvernement sans mon ordre.

 

Bayonne, 2 juin 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon fils, il faut pourvoir à toutes les dépenses de la division du général Miollis, comme à celles des troupes en Toscane et d’Ancône, par le Trésor d’Italie.

Le nouveau régiment d’Ancône, composé de troupes du pape, sera payé par le Trésor d’Italie également.

 

Bayonne, 2 juin 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, j’attends des mémoires sur les travaux que j’ai ordonnés en Italie, et je ne reçois rien. Je désire beaucoup avoir des renseignements sur tout cela. J’ai reçu le mémoire sur Mantoue; je vais y répondre. Je vous ai demandé des renseignements sur l’escadre russe, qui est à Trieste et à Venise, vous ne m’avez rien envoyé. Vos lettres deviennent plus rares et moins significatives.

 

Bayonne, 2 juin 1808

Au général Menou, gouverneur général de la Toscane, à Florence

Le préfet maritime se rend à la Spezia, et tout va se mettre en mouvement pour organiser ce port important. Les côtes de la Spezia à Livourne, qui n’avaient que peu d’intérêt, vont en acquérir beaucoup aujourd’hui. Envoyez les officiers du génie les visiter jusqu’à la Spezia et reconnaître les points où il faut établir des batteries, s’il n’y en a pas, afin que le cabotage se fasse librement et soit protégé. Voyez quels moyens Livourne peut fournir à l’arsenal de la Spezia.

 

Bayonne, 2 juin 1808

Au général Menou, gouverneur général de la Toscane, à Florence

Je vais bientôt avoir besoin de beaucoup de bois pour l’arsenal de la Spezia. Voyez ce qu’on pourrait couper, non-seulement en Toscane, mais encore dans les pays de Piombino, de Lucques et dans les portions du territoire d’Italie qui ont le versant des eaux sur la Méditerranée. Je désire bien en avoir dès ce moment une centaine de milliers de pieds cubes, afin de commencer les travaux de l’arsenal; sur quoi peut-on compter  ?

 

Bayonne, 2 juin 1808

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant-général du royaume d’Espagne, à Madrid

Faites imprimer sans délai dans la Gazette de Madrid les deux lettres du 11 et du 13 mai que m’a écrites la junte d’État. Par la dernière, elle me demande pour roi le roi de Naples. Faites imprimer aussi l’adresse de la ville de Madrid.

Vous ferez faire un article qui dira que l’Empereur ayant reçu des lettres de la junte, du conseil de Castille, de la ville de Madrid et de plusieurs autres corps de l’État, a expédié un courrier au roi de Naples, qui vient de répondre à son illustre frère qu’il s’est mis sur-le-champ en route; qu’il est arrivé le 3 juin à Bayonne, et qu’incontinent il va se rendre à Madrid.

Faites tout préparer pour que le Roi soit bien reçu à Madrid, à Burgos et sur toute la route. Faites écrire aux provinces de Navarre, de Biscaye, etc., par les différents ministres, pour que tout soit préparé sur la route pour le recevoir avec le plus d’éclat possible.

Il suffit de citer l’adresse du conseil de Castille, sans l’imprimer, vu qu’elle est trop entortillée. Le conseil de Castille profitera de l’acte que je ferai pour nommer le Roi, pour faire une espèce de proclamation et la répandre partout.

 

Bayonne, 3 juin 1808

A M. Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur Mollien, j’ai besoin de venir au secours de l’Espagne. Le ministre des finances d’Espagne envoie des pouvoirs au banquier Baguenault, qui fait les affaires d’Espagne. Ce banquier viendra vous trouver. Voici mes intentions : La banque de France fera avec lui un traité dont voici les conditions. La Banque prêtera au trésor d’Espagne vingt-cinq millions de francs ou environ cent millions de réaux. Cet argent sera transporté par terre à Bayonne, moyennant une commission de tant ; vous ferez vos calculs. Le versement sera fait à compter du présent mois de juin, à raison de cinq millions par mois pour les mois de juin, juillet, août et septembre, et de cinq millions pour le mois d’octobre. L’intérêt en sera payé entre 5 et 6 pour 100. Il sera versé à la banque de France, pour garantie du prêt, des diamants de la Couronne pour une égale valeur, conformément à la loi générale de la Banque, qui s’oppose à ce qu’elle fasse aucun prêt sans nantissement. Ce prêt devra être remboursé en dix ans, et plus tôt, si faire se peut; il devra l’être nécessairement un an après la paix maritime. Vous ferez mettre dans le considérant que ce n’est que pour obliger l’Espagne et après mon autorisation, etc. Si la Banque veut faire cette opération à ses frais, je ne m’y oppose pas; mais, comme je pense qu’elle ne le voudra pas, je ferai moi-même ces avances ; et, comme il ne me convient pas de prêter sur gages , la Banque prêtera pour moi sous son nom, et la caisse d’amortissement fera les fonds. Vous ferez ajouter, pour une des conditions de l’acte, que la restitution se fera en francs et à Paris. Arrangez cette affaire le plus tôt possible.

 

Bayonne, 3 juin 1808

Au général Junot, commandant l’armée de Portugal, à Lisbonne

Monsieur le Général Junot, je reçois votre lettre du 27 mai et celles des 24 et 25 en même temps. Les vaisseaux espagnols doivent mettre en mer avec des équipages portugais, conformément au décret que vous avez reçu. Je vois par l’état de vos marins que vous avez un capitaine de vaisseau; il vous en faut trois : ce sont deux qui vous manquent; que vous avez trois capitaines de frégate; il vous en faut trois pour les frégates et trois pour les vaisseaux : il vous en manque trois; que vous n’avez que cinq lieutenants de vaisseaux; il vous en faut vingt-quatre. Je croyais que vous aviez beaucoup de maistrance, et je vois que vous n’en avez pas du tout; j’écris au ministre de la marine pour qu’il vous en envoie.

Je ne suis pas fâché que l’amiral russe n’ait pas voulu de mon vaisseau. Peut-être préférera-t-il une frégate; il aura alors assez de monde pour l’armer sans affaiblir ses équipages. Quant à la demande qu’il fait de pouvoir réunir deux vaisseaux français à son escadre, je n’y vois pas d’inconvénient; je vais en faire armer trois.

Si Almeida est dans une position malsaine, les troupes pourront être placées à Branco, où elles seront à portée de se réunir aux troupes du maréchal Bessières et seront dans un pays plus sain; je leur fais donner cet ordre.

J’approuve la mesure que vous me proposez de faire payer les cinquante millions que je me suis réservés, partie en biens appartenant aux émigrés, partie en domaines de la Couronne et partie en biens de l’Ordre de Malte.

Je vais vous envoyer un commissaire de justice, qui sera un jurisconsulte versé et qui pourra vous être utile.

Je verrai avec plaisir que le code Napoléon soit imprimé et publié.

Il faut laisser passer l’été et arriver au mois de novembre avant de remuer l’affaire des couvents; les affaires d’Espagne seront finies, et l’hiver est une bonne saison pour nous.

Je vous réitère de mettre des matelots français sur votre escadre avec quelques matelots portugais et danois, des officiers de marine français et les trois quarts de la maistrance français. Il ne faut pas envoyer un matelot français pour porter des nouvelles en Amérique. Douze Portugais donnant caution, un patron sûr, dont la femme soit a Lisbonne, un contre-maitre français sachant bien la manoeuvre, et dix ou douze soldats français sont bons pour les expéditions dans les colonies, sans y employer les matelots français que vous avez.

Le marquis d’Alorna, qui commande les troupes portugaises, va se rendre ici; je le garderai deux jours et je le renverrai en Portugal pour présider au recrutement. Ne violentez pas les Portugais pour ce motif; je désire sans doute renforcer ces régiments de quelques milliers d’hommes, mais je veux,que votre tranquillité ne soit pas troublée avant tout. Il faut employer principalement des moyens de persuasion.

 

Bayonne, 3 juin 1808, une heure après midi

Au maréchal Bessières, commandant la Garde impériale, etc., à Burgos.

Mon Cousin, le major général vous écrit sur l’insurrection de Santander. Il parait que l’aide de camp que vous y avez envoyé y a été arrêté, ainsi que des officiers espagnols partis de Madrid, et même, dit-on, un officier du grand-duc de Berg. Dans tous les cas, la place de Santander est nécessaire à occuper. La Biscaye paraît d’un bon esprit. D’ailleurs, j’ai ordonné que les trois régiments portugais fissent halte à Tolosa, Vitoria et Irun, et j’aurai bientôt ici d’autres forces à y envoyer, si cela devenait nécessaire. Vous devez donc ordonner au général Verdier de partir avec les 13e et 14e provisoires, ses deux escadrons de cavalerie et son artillerie, et de se diriger sur Santander. Donnez l’ordre au général Lasalle de partir avec un régiment de cavalerie, le général Sabatier et sa brigade, et son artillerie, et de se diriger de Burgos sur Santander. Si l’insurrection est grave, comme on le dit, mon intention est que ces 6,000 hommes séjournent à Santander et envoient des détachements dans les Asturies ; si l’insurrection n’était pas aussi grave, le général Verdier se rendrait toujours à Santander, mais le général Sabatier s’approcherait seulement à moitié chemin de Santander à Burgos, c’est-à-dire en joignant l’Èbre à Villarcayo. Par ce moyen, il protégerait la marche du général Verdier et lui servirait de réserve. Le général Lasalle peut prendre deux routes : l’une, la route de poste qui passe par Reinosa, et l’autre, en suivant la grande route jusqu’à Castrojeriz, passe l’Èbre et se dirige par Villarcayo sur Espinosa. Cette dernière route est plus courte d’un quart, et elle offre surtout l’important avantage de se rapprocher de celle du général Verdier, de sorte que, si les événements étaient sérieux, ce général pourrait facilement réunir les deux colonnes à Espinosa et même en avant, si cela était nécessaire. Vous sentez donc combien cette route-ci est préférable.

Le général Verdier peut prendre deux routes, l’une par Orduna et de là à Santander, et l’autre en rétrogradant sur Miranda, venant à Frias et de là à Medina et à Espinosa. Étant sur les lieux, vous pouvez prendre des renseignements à ce sujet. Les routes qui tendent à rapprocher la marche de mes colonnes sont les meilleures. Pour ne pas agglomérer une aussi grande quantité de troupes à Santander, le général Lasalle pourra s’arrêter à Espinosa, Medina et Villarcayo, et, en une marche forcée ou deux marches, se porter de là au secours du général Verdier.

De la célérité et de la vigueur. Commencez par ordonner ces mouvements. Que le général Lasalle se mette en marche et qu’il commence toujours à occuper l’Ébre et Villarcayo jusqu’à ce que la division du général Verdier arrive. Ayez soin que le général Lasalle ait avec lui pour dix jours de biscuit, ses huit pièces de canon approvisionnées, que les hommes aient leurs cartouches et qu’il y ait un bon nombre de caissons à la suite de cette troupe. Veillez à la même chose pour la division Verdier. Recommandez à ces deux généraux de faire prompte et sévère justice. On m’assure que les révoltés occupent déjà Reinosa au nombre de 400 ou 500. Il est très-nécessaire d’arriver promptement, car déjà les Anglais tâchent de jeter des émissaires et vont bientôt jeter des armes. Faites-moi connaître la population de Reinosa. Aussitôt que toutes les troupes seront en mouvement, et quand elles se trouveront à mi-chemin de Santander, envoyez-y en avant deux ou trois bons prêtres de Burgos pour faire connaître aux habitants combien est grand leur aveuglement d’avoir des intelligences avec les Anglais et qu’ils courent à leur ruine totale. Une fois arrivé à Santander, qu’on désarme les habitants, et, si on y entre les armes à la main, que l’on fasse un exemple. Lorsque les troupes seront en marche, vous écrirez au capitaine général de la Cuesla pour que ce brave homme envoie un de ses officiers dans les Asturies, qui fasse connaître aux habitants de cette province les malheurs que la révolte attirerait sur toute l’Espagne et sur eux-mêmes.

 

Bayonne, 3 juin 1808

Au maréchal Bessières, commandant la Garde impériale, à Burgos

Mon Cousin, j’ai reçu votre lettre du 1er juin à six heures du soir. Si le sieur Balbiani, qui arrive de Buenos-Ayres, veut y retourner ou quelques-uns des siens, cela serait bien; j’aurai bientôt ici un brick prêt à partir. S’il préfère se rendre à Madrid, d’où le gouvernement le ferait partir par Cadix ou par d’autres ports, il en est le maître.

Je vous ai écrit il y a une heure , et j’ai dicté des ordres au major général pour agir vigoureusement sur Santander et pour donner aux deux colonnes qui partent, l’une de Vitoria et l’autre de Burgos, une marche concentrique. Cette ville de Santander paraît avoir besoin d’un exemple. Je ne pense pas que des forces plus considérables soient nécessaires ; si cela était, vous feriez soutenir le général Verdier par le général Merle.

Les généraux Lefebvre et Bazancourt doivent être partis pour Pampelune. Je compte avoir là demain près de 5,000 hommes, tant infanterie que cavalerie et artillerie ; et, si les affaires d’Aragon ne se calmaient pas, cette force pourrait se diriger sur Saragosse, de concert avec une colonne de 6,000 hommes que le général Chabran amènerait de Tortose. Le maréchal Moncey marche avec 12,000 hommes sur Valence; le général Dupont, avec 10,000 hommes de ses troupes et 5,000 Français tirés du Portugal, sur Cadix. Je vous ai mandé d’envoyer l’ordre au général Loison de venir prendre position à Miranda sur le Duero. Cette division de 4,000 hommes avec les divisions Verdier et Merle et, s’il était nécessaire, votre réserve, pourraient se porter de concert pour mettre à la raison le royaume de Léon et les Asturies. Comme la montagne de Santander est du gouvernement de la Castille-Vieille, dont M. de la Cuesta est capitaine général, il sera bon que ce général imprime une proclamation pour faire connaître au peuple les malheurs dont la révolte sera suivie. Il serait aussi convenable que de semblables proclamations fussent faites par le tribunal d’appel et le métropolitain d’où ressortit Santander ; l’évêque métropolitain est, je crois, celui de Burgos. Toutefois ces mesures ne devront être prises qu’après que mes troupes auront deux jours de marche. On me suppose que l’évêque de Santander, un Santa-Cruz et son beau-frère Miranda sont à la tête de cette révolte; il me paraît extraordinaire que des hommes de sens veuillent ainsi compromettre leur état ; si cela est, il n’y aura pas à les épargner.

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P. S. Je reçois votre lettre du 2 juin. Vous avez fait marcher la division Merle, ainsi il n’y a plus lieu à faire marcher le général Lasalle; mais je ne trouve pas que la division Merle soit suffisante. J’envoie directement au général Verdier l’ordre de se mettre en marche. Il se mettra probablement en marche demain, 4. Faites partir la brigade Sabatier pour soutenir le général Merle et rester en réserve sur l’Èbre. Vous ne dites pas par quelle route vous faites marcher le général Merle. L’insurrection paraissant sérieuse, il faut se montrer en force, et ce n’est pas de trop que la colonne du général Verdier, qui est de 4,000 hommes, celle du général Sabatier et celle du général Merle; cela, fera 9 à 10,000 hommes sur ce point, et il n’y a pas d’inconvénient à cela. Vous resterez à Burgos avec ma Garde, ce qui est suffisant pour maintenir la ville. Il y a un rassemblement à Oviedo , et la moindre incertitude dans la marche de mes troupes serait dangereuse ; j’estime donc que vous avez fait marcher trop peu de monde.

 

Bayonne, 3 juin 1808

Au maréchal Bessières, commandant la Garde impériale, à Burgos

Mon Cousin, donnez ordre au général Loison, qui est avec sa colonne à Almeida, de faire un mouvement sur sa gauche et de prendre position à Miranda sur le Duero et à Bragance. Par ce moyen, il sera à portée de se diriger sur les Asturies, sur le royaume de Léon ou sur la Galice, selon les circonstances. L’officier que vous enverrez à Almeida vous rapportera l’état de situation du général Loison, et vous fera connaître le jour précis où il sera arrivé à sa nouvelle position. Par ce mouvement, ce général se trouvera bien plus près de Valladolid que dans sa position actuelle, et vous vous trouverez bien plus rapproché de lui. Vous pourrez concerter vos opérations ensemble, si les circonstances l’exigent. Il doit y avoir un bataillon de gardes wallones ou de gardes espagnoles arrivé dans votre commandement ;- s’il en est ainsi, vous pouvez écrire au capitaine général de la Cuesta, qui prendra ce bataillon sous ses ordres et le dirigera partout où il sera nécessaire pour la tranquillité du pays.

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Trois heures après midi.

Il est trois heures après midi. Je reçois votre lettre du 2. Je trouve que le général Merle est trop faible. J’ordonne à Verdier de doubler de marche afin de soutenir ce général. Si Merle a pris la route qui passe par Pesadas, Puente-Arenas, Villarcayo, Espinosa, le général Verdier sera en mesure de le soutenir; si, au contraire, Merle a pris la route de poste qui passe par Reinosa, il est urgent de faire partir Lasalle avec la brigade Sabatier, 200 chevaux et six pièces de canon pour se porter en réserve à Villarcayo. Reliez les deux colonnes. Il faut beaucoup de force pour frapper un coup de tonnerre.

Vous pouvez disposer de Loison selon les circonstances ; mais il faut écraser Santander, soumettre les Asturies.

 

Bayonne, 3 juin 1808

Au général Verdier, commandant la 2e division des Pyrénées occidentales, à Vitoria

Il est trois heures après midi. Je reçois un courrier du maréchal Bessières qui m’apprend que, le 2, il a fait partir le général Merle avec 3,700 hommes pour Santander, sans me dire par quelle route. Cette force n’est pas suffisante; il est donc instant de ne pas perdre un moment; mon intention est que vous vous mettiez vous-même en marche sur-le-champ sur Santander, en vous mettant en mesure de vous réunir au général Merle. Mandez votre route au maréchal Bessières, et tâchez de prévenir le général Merle du lieu où vous serez, afin que vous puissiez le soutenir. Je mande au maréchal Bessières d’envoyer la brigade du général Sabatier à mi-chemin de Burgos à Santander. Il faut écraser les rebelles, en forces. Si le maréchal Bessières a fait partir le général Merle par la route de gauche, c’est-à-dire par Reinosa, il fera partir le général Sabatier par la route du centre qui passe par Villarcayo et Espinosa.

 

Bayonne, 3 juin 1808

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, je reçois votre lettre. Je vois avec plaisir ce que vous me dites du bon esprit qui anime vos peuples. Les dépenses immenses auxquelles je suis obligé pour recréer mes flottes et entretenir mes armées m’empêchent d’adhérer à votre demande. La province de Magdeburg est la plus riche; la contribution qui a été frappée est ancienne; il faut qu’elle paye comme les autres provinces m’ont payé.

On se plaint que les Français qui sont dans vos hôpitaux sont mal traités par vos agents; cela n’est bien sous aucun point de vue. J’attends demain le roi de Naples.

 

Bayonne, 3 juin 1808

A Alexandre Ier, Empereur de Russie

Monsieur mon Frère, j’ai reçu la lettre de Votre Majesté du 28 avril. J’ai appris avec plaisir les succès que ses armes ont obtenu ! La prise de la flottille suédoise est bien importante et bien précieuse pour Votre Majesté.

Les affaires d’Espagne me retiendront ici encore le mois; après quoi, je pourrai me rendre où Votre Majesté le jugera nécessaire pour l’entrevue, afin de concilier les différents intérêts de nos empires.

L’Espagne change de souverain. Je ne garde rien pour moi. La grandeur de la France n’y gagnera rien, si ce n’est plus de sûre pour l’avenir. Je me réserve d’écrire dans peu de jours à Votre Majesté sur toutes ces affaires. Je la prie, en attendant, de ne pas douter
mes inaltérables sentiments pour elle.

 

Bayonne, 4 juin 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée, á Bayonne

Mon Cousin, le dépôt du 12e bataillon du train, principal et bis, a près de 200 hommes, et cependant rien n’est encore arrivé; donnez ordre que 25 hommes de chaque bataillon soient laissés dans ce dépôt, et que le reste soit incorporé dans le dépôt du 15e régiment provisoire. Il faut que ces 50 hommes soient habillés. Informez-vous quand le dépôt arrive. Il y avait aujourd’hui près de 100 hommes du dépôt des  régiments provisoires ; vous y allez incorporer 150 hommes, ce qui fera 250 hommes. Il faut former avec cela les cadres des quatre premières compagnies du ler bataillon et des quatre premières du 2e, ce qui fera à peu près une trentaine d’hommes par compagnie. Remettez-m’en l’état de situation, qui me fasse connaître ce qui manque de chefs de bataillon, de capitaines, de lieutenants, de sous-lieutenants, de sergents-majors, sergents et caporaux. Faites-moi connaître où les sergents et les caporaux doivent être pris, selon mon décret; je crois que les fusiliers de ma Garde doivent en fournir ; on pourrait en prendre quelques-uns dans les fusiliers qui sont ici. Remettez-moi sous les yeux mon décret. Je désire que, dans la journée de demain, les cadres soient formés , et que, dans la journée de lundi, au plus tard, ces 250 hommes soient habillés. Les hommes qui arriveront désormais seront partagés en huit et attachés à chacune des huit compagnies des deux premiers bataillons. Vous savez que la première compagnie doit porter le nom de compagnie du ler régiment provisoire, la deuxième, du 2e, etc. Aussitôt que ces deux premiers bataillons seront formés et seront à un complet de 100 hommes par compagnie , c’est-à-dire qu’ils auront plus de 800 hommes, on formera le 3e bataillon.

 

Bayonne, 4 juin 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée, à Bayonne

Vous donnerez l’ordre que demain, à sept heures du matin, le régiment polonais parte pour se rendre à Pampelune. Il escortera trois pièces de 8, sept caissons, un obusier, quatre caissons ; total , quinze voitures.

Vous aurez soin que chaque homme prenne cinquante cartouches. Ce régiment se trouvera arrivé à Pampelune le 8 au soir. Vous ordonnerez qu’il tienne garnison dans la ville et citadelle de Pampelune , et que, immédiatement après, les deux bataillons de marche qui y sont rejoignent la colonne du général Lefebvre, qui se trouvera ainsi avoir deux escadrons français formant 300 hommes ; quatre escadrons de lanciers polonais , 700 hommes ; un bataillon du 47e, un bataillon du 15e, un bataillon du 70e, 1,300 hommes ; la réserve, sous les ordres du général de brigade Bazancourt; un régiment supplémentaire, 1,100 hommes; deux bataillons de marche, 1,000 hommes; total, 3,400 hommes d’infanterie, 1,000 hommes de cavalerie, 600 hommes d’artillerie; en tout, 5,000.

Il restera à Pampelune 500 hommes isolés, 900 hommes du régiment polonais; total, 1,400 hommes.

Le général Lefebvre doit avoir avec lui quatorze pièces de canon, savoir : huit pièces de 4, dont quatre de Vitoria, deux d’ici, du 31 mai, deux parties hier; cinq pièces de 8, dont deux parties hier, trois partant demain; un obusier partant demain; treize caissons d’infanterie, dont six de Vitoria, un d’ici, du 31 mai, six partis hier.

Vous ferez connaître de nouveau au général Lefebvre qu’il doit concentrer ses forces à Tudela et surtout son artillerie; qu’il doit reposer son infanterie; avoir à son camp pour dix jours de biscuit; ramasser des vivres, des farines et eau-de-vie pour dix autres jours, et s’attendre à recevoir des ordres de marcher le 10 sur Saragosse, si tout n’est pas soumis; et que, avant ce temps-là, il sera renforcé de trois autres mille hommes; qu’il peut, cependant, faire voltiger des patrouilles de cavalerie dans la plaine pour savoir ce qui se passe, sans commettre d’hostilités, à moins que ce ne soit pour représailles.

Vous donnerez l’ordre au général Ritay, qui est à Toulouse, de se rendre à Tarbes pour y prendre le commandement des Hautes-Pyrénées, de réunir, dans tous les départements de là 10e division militaire 60 gendarmes à pied et toutes les compagnies de réserve qui font partie de cette division. Avec ces 200 hommes et 300 Portugais qu’il prendra dans le régiment qui est à Tarbes, formant 500 hommes, il arrivera dans la journée du 9, au plus lard, sur les cols et confins de l’Aragon, et fera des reconnaissances dans les vallées, en annonçant qu’un corps nombreux de Français doit entrer dans l’Aragon pour apaiser les troubles.

Vous écrirez au général de la 10e division de faire marcher les compagnies départementales. Vous ferez former les piquets de Portugais en complétant les compagnies de grenadiers et de chasseurs. Il aura soin de ne se servir des Portugais que pour faire nombre et soutenir.

Vous écrirez au préfet de Tarbes que, s’il peut fournir 2 ou 300 hommes de gardes nationales pour joindre cette colonne dans la journée du 9 ou du 10, je l’autorise à le faire.

Vous nommerez un général ou un colonel pour prendre le commandement des Basses-Pyrénées, qui réunisse également 300 Portugais et 200 hommes des compagnies des départements et quelques gendarmes. Ces 500 hommes se porteront sur les confins de l’Aragon dans la journée du 9, en annonçant l’entrée d’une colonne française pour se porter sur Saragosse.

La colonne partant de Tarbes et celle de Pau, faisant un corps de 1,000 hommes, s’entendront pour se soutenir.

 

Bayonne, 4 juin 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée, à Bayonne.

Mon Cousin, donnez ordre, que les six premières compagnies du 1er bataillon et les six premières du 2e bataillon du régiment polonais, avec les chefs de bataillon, adjudants-majors et autres officiers, se tiennent prêtes à partir. Les compagnies de grenadiers et de voltigeurs seront comprises dans les six premières. Faites compléter ces six compagnies par tous les hommes habillés, de manière qu’elles aient au moins 80 hommes chaque. Les hommes non habillés seront mis dans les trois compagnies restant de chaque bataillon. Le major restera à Bayonne avec ses six compagnies d’hommes non habillés. Vous passerez la revue de ces deux bataillons, ainsi formés à six compagnies, demain à neuf heures du matin.

 

Bayonne, 4 juin 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée, à Bayonne.

Je vous prie de me faire connaître l’ordre donné aux différents régiments portugais qui sont passés ici, et le lieu où ils sont aujourd’hui. Vous étiez autrefois dans l’usage de me rendre compte de ces mouvements; vous avez cessé cette habitude, qui était fort bonne.

 

Bayonne, 3 juin 1808

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, vous trouverez ci-joint une lettre de l’amiral Siniawin, vous l’enverrez au général Caulaincourt. Puisque l’escadre russe de Lisbonne n’a pas assez de matelots pour équiper un vaisseau, faites-lui offrir une frégate dans l’Adriatique. Caulaincourt pourra traiter cette affaire.

 

Bayonne, 4 juin 1808

A Joachim , Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d’Espagne, à Madrid

J’ai reçu aujourd’hui la députation du conseil de Castille, qui est enfin arrivée. Dans ce moment, tous les grands et députés qui sont à Bayonne sont réunis; on leur communique la proclamation du chef des rebelles de l’Aragon. Ils vont en rédiger une qui sera portée par une députation, qui partira probablement demain matin; elle peut être arrivée le 6 ou le 7.

1,000 hommes et six pièces de canon sont partis ce matin pour Pampelune; 1,000 hommes et six autres pièces de canon partent demain. Le général Lefebvre aura le 8, à Tudela, 1,000 hommes de cavalerie, quatorze pièces de canon et 3,500 hommes d’infanterie.

Le général Merle aura, d’ici à ce temps, dissipé l’insurrection de Santander. Je compte qu’il est aujourd’hui aux prises avec les rebelles. Aussitôt que ce point sera soumis, je renforcerai le général Lefebvre de 3,000 hommes.

Je désire que vous fassiez marcher 1,000 ou 1,500 hommes de cavalerie , douze pièces d’artillerie de ligne et quatre d’artillerie légère avec 4 ou 5,000 hommes d’infanterie , faisant un total de 6 à 7,000 hommes, dans la direction de Saragosse. Vous recevrez cette lettre le 7. Peut-être aurez-vous déjà fait marcher des troupes de votre propre mouvement. Toutefois cette colonne petit être à mi-chemin de Saragosse le 12 au soir. Ayant une fois gagné la plaine, la cavalerie et l’artillerie légère peuvent prendre les devants. Vous instruirez de la marche de cette colonne le général Lefebvre.

Si le général Chabran était à Tortose, et qu’il fût inutile à Valence, vous pourriez l’envoyer à Saragosse. Deux petites colonnes marchent par la France et entrent par Pau et par Tarbes.

Mais il est indispensable que du 10 au 15 on ait fait un exemple à Saragosse. Faites marcher des obusiers et des pièces de 12; lorsqu’il s’agit d’aller contre des maisons et des villes, il faut beaucoup d’artillerie. Si vous pouvez mettre six pièces d’artillerie de plus,mettez-les. Vous pouvez charger de cette expédition la division qui est à l’Escurial. Saragosse est au milieu d’une plaine immense. Mettez à la tête de la cavalerie un général intelligent et ferme. Que les hommes portent avec eux leurs cartouches et leurs souliers, dix jours de biscuit.

Je suppose que le général Verdier aura donné une bonne leçon à la petite ville de Logrono.

Vous trouverez ci-joint une proclamation des Biscayens, qui leur fait honneur.

 

Bayonne, 4 juin 1809    

A M. d’Azanza, ministre des finances d’Espagne, à Bayonne

Tous les droits que nous avons acquis sur la couronne d’Espagne par les traités faits avec les princes de cette Maison , nous avons résolu de les céder à notre bien-aimé frère Joseph Napoléon , roi actuel de Naples et de Sicile, afin qu’il jouisse de la couronne d’Espagne dans toute son intégrité et son indépendance. Notre première idée était d’attendre la réunion entière de l’assemblée des Notables ; mais les adresses que nous avons reçues de la junte de gouvernement, du conseil de Castille, de la ville de Madrid et d’un grand nombre de corps civils et militaires, nous ont porté à ne plus différer d’un seul moment à rassurer entièrement sur leur avenir toutes les provinces des Espagnes. Nous avons adressé au lieutenant général du royaume, aux ministres, au conseil de Castille, au conseil des Indes et aux autres autorités les lettres patentes qui constatent ladite renonciation. Niais nous avons cru devoir vous en écrire, pour que vous en donniez communication aux députés venus des différents points de la monarchie pour travailler à la restauration de la patrie espagnole.

Nous nous flattons qu’ils éprouveront du contentement de voir un si grand oeuvre si promptement achevé, et qu’ils réuniront leurs efforts aux nôtres pour que le roi d’Espagne soit environné de la puissance et de l’assentiment de tous les hommes qui aiment leur patrie, afin que les trames de nos éternels ennemis, qui voudraient semer le désordre en Espagne pour faciliter l’exécution de leurs projets ambitieux sur les Amériques, soient entièrement déjouées.

 

Bayonne, 5 juin 1808, six heures du soir

A Joachim Murat, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d’Espagne, à Madrid

Les députés de l’assemblée qui se trouvent ici se sont réunis. Ils ont rédigé, en espagnol, une proclamation dont je vous envoie la traduction. Ils l’ont d’abord envoyée par un courrier à Saragosse, et, ce matin, sont partis, avec l’original, le prince de Castel-Franco qui a commandé en Aragon, l’alcade de cour et un membre du conseil de Castille, pour leur représenter les malheurs qui allaient fondre sur eux et combien leur conduite était insensée. Je suppose que vous avez fait marcher des troupes. Il est possible que j’envoie Savary à Tudela pour commander tout cela; car, s’il est absolument nécessaire d’en finir, il faut que cela soit vigoureusement mené.

Le général Lefebvre sera à Tudela le 7, avec 6,000 hommes, dont beaucoup de cavalerie. Du moment que j’aurai des nouvelles de Logrono, où le général Verdier a dû arriver hier 4, pour punir cette ville, qui a mis en prison son alcade, et des nouvelles de Santander, où le général Merle a dû arriver aujourd’hui avec 4,000 hommes, je ferai renforcer le corps du général Lefebvre.

Il serait convenable que la junte, le conseil de Castille et le conseil des Indes écrivissent aux députés qui sont ici pour faire une adresse au Roi, que j’attends demain. Je fais ma proclamation qui le nomme, que je vous enverrai avant de me coucher. Vous la ferez publier et expédier partout par courriers extraordinaires. Je dis que j’attends le Roi demain, parce qu’il est parti de Turin le 30 mai au soir; il y aura donc, ce soir, six jours qu’il est en route.

Il pourrait être convenable que les grandes charges de la Couronne et un détachement de la Maison du Roi vinssent jusqu’à Burgos, pour l’y attendre. Je vous ai déjà écrit, il y a plusieurs jours , pour cela.

PROCLAMATION.

La junte d’Etat, le conseil de Castille, la ville de Madrid, etc., nous ayant par
des adresses fait connaître que le bien de l’Espagne voulait que l’on mît promptement un terme à l’interrègne, nous avons résolu de proclamer, comme nous proclamons par la présente, notre bien-aimé Frère, Joseph Napoléon, actuellement roi de Naples et de Sicile, roi des Espagnes et des Indes.

Nous garantissons au roi des Espagnes l’indépendance et l’intégrité de ses Etats, soit d’Europe, soit d’Afrique, soit d’Asie, soit d’Amérique.

Enjoignons au lieutenant général du royaume, aux ministres et au conseil général de Castille, de faire expédier et publier la présente proclamation dans les formes accoutumées, afin que personne n’en puisse prétendre cause d’ignorance.

Donné en notre palais impérial de Bayonne, le 6 juin 1808.

NAPOLÉON.

 

Bayonne, 6 juin 1808

Au cardinal Louis de Bourbon, archevêque de Tolède

Mon Cousin, j’ai reçu votre lettre du 1. J’ai vu avec plaisir les sentiments que vous m’exprimez. Vous, la princesse votre soeur et toute votre famille, pouvez avoir recours à moi avec confiance.

Vous me trouverez toujours disposé à vous donner des preuves de l’intérêt que je vous porte.

 

Bayonne, 7 juin 1808

A M. Gaudin, ministre des finances, à Paris

Il n’y a pas de doute qu’il ne faille s’emparer de tous les biens de l’Ordre de Malte dans la Toscane. Quant aux biens de l’Ordre de Saint-Étienne, avoir l’oeil dessuss, en faire faire un état, mais tarder encore à prendre un parti. Demandez à la junte un rapport sur cette question.

 

Bayonne, 7 juin 1808.

A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Je reçois votre lettre du 3 juin. Nul doute que vous ne devez point laisser entrer en France M. Saint-Priest, par la seule raison qu’il est à un service étranger sans ma permission, et qu’il est inscrit sur une liste d’exception. Vous le préviendrez que, quinze jours après la réception de votre lettre, il ait à s’être éloigné des pays occupés par les troupes françaises, parce qu’il pourra être arrêté.

J’apprends que vous avez suspendu la vente du commentaire de Racine, par Geoffroy. C’est un acte arbitraire bien gratuit. Je suis étonné que vous ayez donné cet ordre sans avoir demandé mon autorisation et sans même m’en avoir rendu compte. Ce sont des actes qui affligent plus les hommes de sens que des choses sérieuses. On dit que c’est en conséquence de quelques querelles de littérateurs; cela est bien pitoyable. Mon intention est que rien de cet ouvrage ne soit cartonné, à moins qu’il ne contienne quelque chose de contraire au Gouvernement. Si quelques particuliers ont à s’en plaindre, il y a des tribunaux. Un acte comme celui que vous avez fait n’est tolérable que lorsqu’il y va de l’intérêt de l’État.

 

Bayonne, 7 juin 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, il est nécessaire de prendre des mesures pour que le Pape ne manque de rien. Voici donc ce que je désire : A dater du ler juillet prochain, les troupes françaises et italiennes qui sont dans l’État de Rome et dans la marche d’Ancône seront soldées, nourries et habillées par la France et par le royaume d’Italie; il ne sera fourni par le pays que ce qui peut être nécessaire pour les casernes, le bois, les lumières. Tout ce que produira le pays sera employé à payer les rentes, l’intérêt de la dette et les employés, en donnant au moins 150,000 francs par mois au Pape, pour l’entretien de sa maison.

J’attendrai, avant de prendre un décret général sur ces affaires, un rapport du général Miollis, qui me fasse connaître quel est l’intérêt de la dette, quelles sont les dépenses d’administration actuelles, et quel est le revenu net.

 

Bayonne, 7 juin 1808, huit heures du soir

A Joachim Murat, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d’Espagne, à Madrid

Je reçois votre lettre du 4. Le roi d’Espagne arrive dans une heure. Les députés, ici, ont fait une proclamation. Celle de la junte me parait parfaitement faite; c’est la première pièce bonne que je vois. Il est malheureux qu’elle n’ait pas été publiée il y a quelques jours.

Je vous ai déjà fait mander que le maréchal Bessières avait fait marcher sur Valladolid; que le général Merle avait marché sur Santander; le général Verdier, sur Logrone; que le général Lefebvre marchait sur Tudela, d’où ses coureurs inondent la plaine de Saragosse. J’attends le résultat de tous ces évènements.

Je vous ai envoyé hier la proclamation qui nomme le Roi. Je vous la renvoie aujourd’hui, de peur qu’elle n’ait été interceptée.

Je vois, par la lettre du général Dupont, qu’il a dû entrer aujourd’hui à Cordoue; il est probable qu’à l’heure qu’il est il se sera passé des événements sur quatre points.

J’ai trouvé la marche de Moncey bien lente et bien ridicule. Je vous ai déjà mandé que, si Cuenca n’a pas une grande route qui conduise à Valence, il est nécessaire que le maréchal Moncey se dirige sur cette ville directement. J’avais envoyé directement l’ordre au général Chabran de se porter sur Tortose.

 

Bayonne, 8 juin 1808, quatre heures après midi

A Joachim Murat, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d’Espagne, à Madrid

Lebrun arrive à l’instant même ; il m’apporte votre lettre du 5 juin à onze heures du soir. J’attends avec intérêt d’apprendre l’événement qui aura lieu le 7 à Cordoue. Je vois que vous avez envoyé le général Frère sur Ségovie; peut-être serait-il nécessaire de le diriger sur Valladolid. Cette force est nécessaire pour contenir le royaume de Léon et protéger le Ferrol, que les Anglais essayeront sans cela d’enlever.

Voici les événements qui se sont passés, que vous saurez probablement déjà. Le général Lasalle est arrivé 1e 6 au soir à Torquemada, où il a trouvé le pont gardé par 1,200 rebelles. Son piquet d’avant-garde, composé de 100 hommes d’infanterie et de 50 chasseurs à cheval, a dissipé ce rassemblement, a enlevé le pont et sabré une cinquantaine de rebelles. Le général Lasalle a continué sa marche sur Palencia, où il a dû arriver le 7 et avoir une affaire.

Le maréchal Bessières a jugé convenable de se porter sur Valladolid pour appuyer le général Lasalle; je suppose qu’il arrivera le 9 dans cette ville. Aussitôt que Palencia et Valladolid auront été mis à
la raison, il devra marcher sur Santander. Il est donc utile que, l’affaire de Ségovie terminée, le général Frère continue sans délai sa marche dans la direction de Valladolid.

Le général Verdier s’est porté le 6 sur Logroño, et y a trouvé 2,000 révoltés ayant sept pièces de canon. Il les a chargés, en a tué 3 ou 400, leur a pris les sept pièces de canon et est entré dans la
ville, où il a trouvé 80,000 cartouches. Logroño est entièrement rentré dans l’ordre. Nous n’avons en dans ces affaires que trois ou quatre hommes blessés.

J’attends des nouvelles du général Lefebvre, de Tudela, des courses de ses patrouilles dans la plaine de Saragosse. Il a dû arriver à Tudela le 6.

Je vous ai mandé que je désirais que vous fissiez marcher une colonne de Madrid sur Saragosse, composée de 3 à 4,000 hommes d’infanterie et de 500 chevaux avec du canon. Celte force, se joignant au général Lefebvre, pourra être suffisante pour rétablir l’ordre de ce côté. C’est un point bien important à calmer.

Le roi d’Espagne est ici depuis hier. Je vous envoie un article qu’il faut faire mettre dans la Gazette de Madrid, dans tous les autres journaux, et répandre partout. Vous y ajouterez que le projet de constitution a été remis à une députation de la junte qui le discute avec l’Empereur et le Roi; que toutes les villes et provinces auront des députés aux Cortès; et qu’après avoir conféré quelques jours avec l’Empereur pour arrêter les bases de la constitution, le Roi compte aller à Madrid.

 

Bayonne, 9 juin 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Bayonne

Je désire que vous me fassiez un rapport sur la proposition contenue dans la dépêche du sieur La Rochefoucauld de réunir à 1a France les pays hollandais jusqu’à la Meuse et de donner un indemnité au roi de Hollande.

 

Bayonne, 9 juin 1808

A M. de Talleyrand, prince de Bénévent, vice Grand-Electeur, à Valençay

Le roi de Naples est arrivé hier ici. Il est reconnu roi d’Espagne, et il va partir pour Madrid. Il a déjà reçu le serment de plusieurs grands d’Espagne qui sont ici, de la députation du conseil de Castille, du conseil des Indes, de l’Inquisition, etc.

Il y a eu des mouvements dans plusieurs provinces d’Espagne. Le général Dupont, avec 15,000 hommes, est entré à Séville, où l’étendard de la révolte a été arboré. Le capitaine général de l’Andalousie, le général Solano, le commandant du camp de Gibraltar, se sont bien conduits. L’entrée du général Dupont à Séville et les événements qui en ont été le résultat ont tranquillisé l’Andalousie.

Saragosse a levé aussi l’étendard de la révolte; mais une colonne de 10,000 hommes a passé l’Èbre à Tudela pour marcher sur cette ville.

Le maréchal Moncey est entré à Valence.

Le maréchal Bessières a envoyé le général Merle à Santander. Tous ces petits événements ont été calmés par le mouvement que se sont donné les principaux habitants des villes du royaume; et, plus que tout cela, l’arrivée du Roi achèvera de dissiper les troubles, d’éclairer les esprits et de rétablir partout la tranquillité.

Je vous écris tout cela pour votre gouverne; gardez-en le secret,  si l’on ne sait rien de cela à Valençay; mais vous pouvez vous servir de ces renseignements, si l’on avait reçu quelques lettres et que l’on conçût quelques folles espérances. Toutefois il faut que vous vous donniez de nouveaux soins pour faire surveiller autour des princes.

La mort du roi d’Angleterre, que le roi de Hollande m’a annoncée par une lettre du 2 juin, a répandu ici une vive joie; pourvu toutefois, que cette nouvelle soit sûre.

Ces raisons font qu’il n’est pas encore temps que vous quittiez votre campagne.

 

Bayonne, 9 juin 1808

NOTE POUR LE MINISTRE DU TRÉSOR PUBLIC

Sa Majesté ne se trouve pas assez éclairée pour prendre un parti. La cour des comptes doit juger tous les comptes. Pourquoi ne les juge-t-elle pas depuis 1791 jusqu’à l’an VI ? Pourquoi lui faut-il, à cet égard, un nouveau décret ?

Si un décret de l’an VIII a été rendu sur cette matière, il reste à demander pourquoi, en l’an VIII, on a soustrait ces comptes à la Comptabilité nationale. La question qui a été décidée alors était la même que celle qu’on propose de décider aujourd’hui. Il faut donc mettre sous les yeux de Sa Majesté le rapport qui lui a été fait en l’an VIII et le décret qui en a été la suite.

En raisonnant d’après les principes généraux, on ne comprend pas comment il a pu être question de choisir entre le trésor public et la Comptabilité pour donner le quitus à des comptables; on ne voit point de connexité entre le trésor et la cour des comptes. L’un ne peut jamais suppléer l’autre, et la cour des comptes doit vérifier ce qui a déjà été vérifié par le trésor. Ainsi tous les comptables sont vérifiés au trésor, qui représente le propriétaire. Si les receveurs et les payeurs n’étaient vérifiés par le trésor, le trésor ne connaîtrait point ses comptes et la situation de ses affaires. Lorsqu’ils cessent leurs fonctions , ils ont besoin d’un acquit de la cour des comptes.

C’est d’abord une vérification de chiffres dont la nécessité a été reconnue pour attirer une certaine crainte aux comptables et leur faire connaître que, quand bien même ils parviendraient à abuser le trésor en posant mal les chiffres, ils ne seraient point encore à couvert, puisque l’arrêté de leurs comptes n’est que conditionnel et qu’il est encore suivi d’une révision.

On a eu encore un autre objet; on a voulu être certain que les pièces justifiaient la dépense. Le trésor a peu d’intérêt à savoir si les pièces dont il a le bordereau sont d’une même nature que la dépense ; cela regarderait davantage le ministre du département par lequel la dépense a été ordonnancée. Aussi ce ministre s’est-il probablement assuré que la pièce était véritablement celle de la dépense ; mais, comme ses bureaux sont ordonnateurs et parties , qu’ils sont toujours pressés et commandés par le service courant , on a voulu, avant que le compte fût définitivement déchargé, s’assurer que la pièce était régulière, qu’elle n’était pas fausse, qu’elle était celle de la dépense et de même nature que la dépense portée dans le bordereau. On s’est enfin proposé un troisième objet, c’est d’être certain qu’aucun des crédits ministériels n’a été dépassé et que les règlements ont été suivis.

Ces trois vérifications attribuées à la Comptabilité n’empêchent pas le trésor public de veiller à l’exécution des budgets et de faire ses comptes avec la Comptabilité, ni les ministres d’avoir leur comptabilité particulière.

Si les choses sont ainsi, la trésorerie doit avoir vu et vérifié toutes les pièces de la comptabilité arriérée, comme celles des autres comptabilités. Si les pièces et comptes arriérés n’ont pas été vérifiés, ils n’auraient pu l’être que par une commission dépendante du trésor et agissant pour son compte; mais cette commission ne pourrait donner de quitus, et son travail fait pour l’intérêt du trésor aurait dû passer à la cour des comptes. Le trésor seul est apte à régler le compte d’un comptable, c’est-à-dire à admettre ce qu’admettrait un propriétaire réglant avec son caissier. La cour des comptes n’est point apte à cela ; elle n’a pas le droit de dire que dans tel mois et pour telle opération, on ne devait prendre que 2 pour 100; que tel escompte a été trop fort; que tel payement devait être fait en telle ou telle valeur; toutes ces choses regardent le propriétaire ou le trésor, et ne regardent point la cour des comptes. Quand le représentant du propriétaire a reconnu que la somme à la charge du comptable faisait 4, que la dépense faisait 4 , que les pièces de cette dépense étaient de la même nature que cette dépense , l’action de la cour des comptes commence. Il lui appartient de dire : la somme n fait pas 4, les pièces ne font pas 4, elles sont fausses, ou elles n sont pas de nature à être appliquées à la dépense classée dans 1 budget.
   On sent qu’en agissant ainsi, la cour des comptes non seulement juge le compte et la question de savoir si le comptable doit avoir son quitus, mais aussi elle n’agit en même temps que pour le profit de la trésorerie ; et cette dernière partie de son action a paru tellement délicate, qu’elle n’a pas le droit de décider sur autre chose que le quitus du comptable, et que, sur tout le reste, elle ne peut qu’informer le ministre des résultats qu’elle a obtenus, tels sont ses principes.

Si les comptes à réviser l’avaient déjà été par là trésorerie , et si l’on n’avait pour objet que d’arriver à déclarer que la somme fait 4, que la dépense fait 4, et que les pièces sont de même nature que la dépense, pourquoi, en l’an VIII, a-t-on fait prendre un décret pour soustraire cette opération à la Comptabilité ? Par ses attributions générales et antérieures, ne s’est-elle pas trouvée saisie de cette matière ? Mais si, au contraire, les comptes n’avaient pas été arrêtés à la trésorerie, que par l’effet du désordre du temps, les escomptes n’avaient pas été fixés et le dénominateur déterminé ; si enfin le compte du propriétaire avec son caissier n’avait pas été fait, la Comptabilité n’était pas propre à cette opération. Le trésor devait établir son jugement d’escompte avec la partie et donner une valeur à chaque objet. C’est alors seulement que la Comptabilité pourra il intervenir pour vérifier la somme , l’identité de la somme, des pièces, et la validité des pièces.

Sa Majesté est portée à croire que la comptabilité à laquelle on veut pourvoir est dans cette dernière hypothèse, puisque le conseil , à qui ces idées ne sont point étrangères , a pensé qu’il y avait lieu à l’établissement d’une commission. Cependant Sa Majesté n’est point assez éclairée. Elle désire un rapport sur les motifs, la nécessité, les convenances de la mesure proposée, et même sur les principes énoncés dans ces notes.

 

Bayonne, 10 juin 1808

A M. Cretet, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur Cretet , j’ai signé le décret que vous m’avez présenté pour la réunion de Pontremoli, Bagnone et Fivizzano au département des Apennins. Je n’ai pas jugé à propos de signer celui relatif à la cession de Pietra-Santa, Barga, etc. , à la principauté de Lucques, parce que je pense que cela doit être compris dans le décret qui déterminera les limites de cette principauté avec le royaume d’Italie et la France, et que ces pays peuvent servir dans le traité que fera le ministre des finances pour enfermer une partie du territoire de Lucques dans la nouvelle ligne des douanes, moyennant une indemnité. Voyez pour cela le ministre des finances.

Quant à la réunion au département des Apennins de Fosdinovo Villafranca, etc. , il n’y a pas de doute qu’il faut terminer cela le plus tôt possible. Présentez-moi le projet de convention.

 

Bayonne, 10 juin 1808

Au général Clarke, ministre de la marine, à Paris.

Faites partir en poste de Paris deux bataillons de la garde de Paris ; chaque bataillon de quatre compagnies; chaque compagnie de 140 hommes; et si cela n’est pas possible, n’en faites partir qu’un, composé de six compagnies, chacune de 140 hommes. Arrangez-vous de manière que ce bataillon arrive ici en dix ou douze jours.

Pour ne pas faire trop de bruit à Paris, ce régiment peut faire la première marche à pied, comme d’ordinaire, et ne prendre les voitures qu’à une journée de Paris. Ces forces, avec celles que je fais venir de Rennes, me feront ici une réserve de 3 à 4,000 hommes de vieilles troupes, qui peuvent me devenir utiles.

 

Bayonne, 10 juin 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

L’établissement du port militaire de la Spezia est un objet de grande importance. Ce que la guerre a à faire consiste en trois choses : 1° les batteries de côte; 2° les fortifications à faire pour mettre l’arsenal de la marine en état de défense; 3° les établissements militaires. J’ai déjà pris un décret pour les batteries de côte. Après les nouveaux renseignements que j’ai reçus, je me décide à faire placer une batterie sur le cap Maralunga. Quant aux établissements du côté de terre, il paraît que la nature se prête à tout dans cette excellente position , et que le tout se réduit à l’occupation de Castellana et à fermer la presqu’île sur le point culminant. Les établissements militaires, soit pour l’artillerie, soit pour le génie, pour les hôpitaux, les magasins à poudre, les casernes, la boulangerie, doivent être coordonnés avec les établissements de la marine de manière à ne pas les gêner, et aussi avec la population que doivent attirer les nouvelles destinées de la Spezia; il faut qu’il y ait des locaux pour la préfecture, les tribunaux, la prison, la halle, l’église , et pour les habitations de tous les particuliers, de sorte que, dans l’emplacement de la ville actuelle de la Spezia et autour du golfe, toute bâtisse soit défendue, et que les habitants soient tenus de bâtir dans les emplacements qui seront désignés dans l’intérieur des fortifications. La marine prenant pour elle les cales de l’anse des Grâces et de l’anse de Varignano, il restera pour la guerre et pour le civil la cale de Porto-Venere et l’anse de Castagna. Il est nécessaire que vous vous entendiez avec les ministres de l’intérieur et de la marine, et que vous chargiez un ingénieur militaire , le ministre de l’intérieur un ingénieur des ponts et chaussées, et le ministre de la marine un administrateur de la marine bien au fait des besoins de son service , de se concerter pour disposer le local de la manière la plus convenable.

 

Bayonne, 10 juin 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur Decrès , l’expédition de Nantes doit être composée de six frégates armées en guerre (il faut ordonner qu’elles soient toutes à l’eau avant le 15 juillet), de deux flûtes faisant 1,600 tonneaux, de deux gabares faisant 500 tonneaux (en construction, qui sont aux 14 vingt-quatrièmes et qu’il faut mettre à l’eau) , et enfin de deux ou trois transports faisant 1 000 tonneaux. L’expédition de Lorient doit être composée de trois vaisseaux, de quatre frégates, de deux corvettes, de deux frégates armées en flûte et de deux gabares ou bâtiments de transport faisant 600 tonneaux. Il y a deux transports à Lorient qui ont ce tonnage.

L’état ci-joint vous fera connaître comment je conçois l’opération. L’expédition de Nantes serait composée de 12 voiles ; celle de Lorient de 13; celle de Brest, de 31 ; total, 56 voiles. Ces trois expéditions porteraient 10,600 marins et 19,600 soldats; total, 30,000 bouches. Elles porteraient 4,800,000 rations complètes de vivres, et 280,000 rations seulement de biscuit , et enfin près de 40,000 quintaux de farine, ce qui ferait du pain pour toute l’expédition pendant trois cents jours ou dix mois, savoir : cent vingt jours de vivres de campagne pour tout le monde pour aller, cent jours pour revenir, vingt jours de biscuit pour débarquer avec l’armée, et 40,000 quintaux de farine à débarquer pour servir d’entrepôt pour pourvoir à tous les besoins. 4,800,000 rations de vivres de campagne à 20 sous feraient 4,800,000 francs; 300,000 rations de biscuit et d’eau-de-vie à 10 sous feraient 150,000 francs; 40,000 quintaux de farine à 15 francs feraient 600,000 francs ; ce qui ferait un total de 5,550,000 francs pour les vivres. Cette dépense doit être partagée partie sur l’ordinaire et partie sur l’extraordinaire. L’ordinaire peut payer la dépense des vivres pour 10, 000 matelots pendant deux cents jours, c’est-à-dire de deux millions de rations qui coûteraient deux millions de francs. La dépense qui serait supportée par l’extraordinaire pour les vivres serait donc de 3,550,000 francs. Il y aurait peu de bâtiments à acheter; mais en mettant, soit pour achats et réparations, soit pour activer la mise à l’eau des flûtes, transports ou gabares qui n’auraient pas dû être achevés cette année, 2,500,000 francs , l’extraordinaire de l’expédition serait de six millions.

 

Bayonne, 10 juin 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de la Grande Armée, à Bayonne

Mon Cousin , envoyez un courrier à Pampelune pour annoncer les différents envois de troupes et d’artillerie qui se sont faits sur cette place depuis dix jours. Vous réitérerez l’ordre que ces troupes soient envoyées à Tudela sous les ordres du général Lefebvre, eu gardant à Pampelune les 600 hommes faisant partie des deux derniers envois, composés d’hommes isolés, d’une compagnie du 1er régiment de la Vistule et des compagnies du dépôt des régiments provisoires. Il placera ces hommes dans la citadelle, en les consignant et les faisant travailler jour et nuit à leur instruction , pour les dégourdir. La colonne du général Lefebvre devra être forte, par ce moyen, de 5,000 hommes d’infanterie, de 1,000 hommes de cavalerie et de quatorze pièces d’artillerie. Avec cette force il doit avoir passé l’Èbre et dépassé Tudela, et s’approcher de Saragosse.

Nous sommes sans nouvelles de Pampelune ni du général Lefebvre depuis le 6. Le général Lefebvre a dû être le 7 à Tudela. Il est nécessaire que le général d’Agoult renforce son corps , afin qu’il se trouve en mesure, s’il est nécessaire qu’il occupe Saragosse, où, de son côté, le grand-duc de Berg a fait marcher des troupes de Madrid. Vous annoncerez au général d’Agoult que le général de division Grandjean , avec 2,000 hommes d’infanterie et une division d’artillerie, va se mettre en marche pour se rendre à Pampelune, et que, successivement, il va recevoir les 2e et 3e compagnies, du dépôt
des régiments provisoires ; que ce bataillon de 600 hommes dont 200 sont déjà à Pampelune, tout composé de jeunes soldats, ne doit point sortir de la citadelle, mais doit servir de fondation à sa garnison et y être constamment exercé. Des cartouches et de la poudre ont été envoyées à Pampelune ; il doit y avoir des obusiers. Demandez au général d’Agoult de vous faire connaître ce dont il a besoin

pour mettre en état la citadelle de Pampelune.

 

Bayonne, 10 juin 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Vous trouverez ci-joint un mémoire que je reçois sur la Spezia. Il paraît que l’opinion est unanime pour convertir le lazaret en magasin de la marine. J’ai pris un décret pour le mettre à votre disposition et pour placer au fort Sainte-Marie les établissements d’artillerie et du port. La construction du quai, que propose l’officier de marine pour l’établissement de six nouvelles cales, est un projet à méditer; mais les deux cales provisoires peuvent d’abord être établies. Vous enverrez copie de ce mémoire au ministre de la guerre, que j’en préviens, en lui donnant l’ordre de faire faire les travaux nécessaires pour l’occupation du point culminant de Castellana. Il parait que, moyennant une bonne occupation de ce point, on sera à l’abri de tout.

Ce golfe de La Spezia est en vérité merveilleux sous tous les points de vue.

 

Bayonne, 10 juin 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de la Grande Armé, à Bayonne

Mon Cousin, envoyez l’ordre au commandant de la 12e division militaire de diriger en toute diligence sur Bordeaux, pour y former un bataillon provisoire, une compagnie du 82e, une compagnie du 66e, une du 3le léger et une du 26e de ligne, chaque compagnie de 140 hommes, ce qui portera ce bataillon à 560 hommes. On nommera un des chefs de bataillon de ce corps pour commander ce bataillon provisoire. Donnez ordre au régiment toscan qui est à Avignon de se diriger sur Perpignan ; donnez de même ordre aux dragons toscans.

Donnez ordre au sénateur Lamartillière de partir de Bordeaux avec les gardes nationales qu’il a à sa disposition, et de se porter sur Pau pour garder les frontières des Pyrénées contre les incursions des bandes de miquelets ou de bandits qui se formeraient en Aragon. Le général Lamartillière fera comprendre aux gardes nationales que leur but est de défendre les vallées françaises des coups de main des bandes que l’absence de gouvernement en Espagne a mises dans le cas de se former. Le général Lamartillière arrivera à Pau sans retard et là vous fera connaître sa situation. Il aura soin de mener avec lui de Bordeaux 150,000 cartouches et les pierres à fusil nécessaires.

Faites-moi connaître ce qu’ont répondu les préfets des quatre départernents frontières sur la formation des quatre colonnes de gardes nationales destinées à défendre les frontières et à protéger les vallées
 françaises.

Envoyez au sous-préfet de Saint-Jean-Pied-de-Port, au préfet de Tarbes, au préfet de Foix et au préfet de Perpignan, cent exemplaires de chacune des proclamations de la junte de Madrid et de l’assemblée de Bayonne, pour qu’ils les répandent sur toute la frontière.

 

Bayonne, 10 juin 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je suppose que vous avez envoyé quelqu’un de confiance pour voir si ce rassemblement de troupes autrichiennes du côté de la Piave est vrai, et que, dans ce cas, vous en aurez écrit à mon ministre à Vienne. Cependant, je suis bien avec la cour de Vienne, et cette nouvelle me paraît si peu vraisemblable que ce n’est que parce que vous me citez un fait que je vous réponds.

 

Bayonne, 10 juin 1808, quatre heures du soir

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d’Espagne, à Madrid

Vous trouverez ci-joint des lettres du général Duhesme. Réitérez-lui l’ordre de faire marcher le général Chabran sur Valence. Je suppose que le général Moncey aura continué sa marche et sera enfin entré dans cette ville.

Je vous ai annoncé hier l’arrivée du roi d’Espagne. Votre garde fait le service auprès de lui. Ce prince a déjà fait sa proclamation et différents actes qui vous seront envoyés ce soir.

Je suppose que vous aurez fait marcher sur Saragosse et Valladolid. J’attends avec impatience des nouvelles des évènements de Cordoue. Le régiment de marche n’a pas pu être à Somo-Sierra, puisqu’il n’a pas bougé d’Aranda. La dernière lettre que j’ai reçue de vous est du 5 à onze heures du soir.

Voici l’adresse des députés qui sont ici.

Faites passer la lettre ci-jointe à l’archevêque de Tolède.

———–

P. S. Un de vos aides de camp arrive à l’instant et m’apprend que vous êtes retombé malade pour être sorti trop tôt; mais la consultation des médecins me rassure, et j’espère que vous êtes debout à l’heure qu’il est. Jamais les circonstances n’ont rendu cela si nécessaire.

La lettre du chef d’escadre Valdès vous fera sentir combien il est important d’arriver à Valence.

 

Bayonne, 11 juin 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée, à Bayonne

Mon Cousin, les gardes nationales dont je vous parlais dans ma lettre d’hier sont les 2 ou 300 hommes des compagnies départementales que le préfet des Hautes-Pyrénées doit joindre à la colonne du général Ritay; mais je désire que, indépendamment de ces gardes départementales, il soit formé un bataillon de gardes nationales, organisé en quatre compagnies composées d’un capitaine, d’un lieutenant, d’un sous-lieutenant, d’un sergent-major, de 4 sergents, d’un caporal-fourrier, de 8 caporaux, de 2 tambours et de 120 soldats, commandé par un chef de bataillon et un adjudant-major, ce qui ferait 560 hommes. Je charge le préfet de nommer les officiers et sous-officiers de ce bataillon ainsi que le commandant, provisoirement, en choisissant des hommes qui aient fait la guerre. Ce bataillon se rendra au quartier général du général Ritay, qui le fera sur-le-champ payer comme troupes de ligne. Par ce moyen, le général Ritay aura ce bataillon , une compagnie de gendarmes, 300 Portugais et 200 hommes de la réserve départementale, ce qui lui fera environ 1,900 hommes. Donnez des ordres pour qu’on organise à Toulouse deux pièces de 4 attelées, et qu’on les fasse partir pour Tarbes pour servir à la colonne du général Ritay.

Quant à la colonne de l’adjudant commandant Lomet, je désire également que, indépendamment des compagnies départementales, de la compagnie de gendarmerie et des 300 Portugais qui la composent, le préfet des Basses-Pyrénées forme un bataillon organisé de même que celui des Hautes-Pyrénées; ce qui portera la colonne de l’adjudant commandant Lomet à 1,200 hommes. Le préfet choisira également de préférence des hommes qui aient servi, et nommera sans délai les officiers de ce bataillon, qui sera payé en arrivant au quartier général de l’adjudant commandant Lomet. Vous ordonnerez que ces deux colonnes aient leurs vivres de campagne.

Recommandez à l’adjudant Lomet d’avoir au couvent de Roncevaux un poste commandé par un officier, qui correspondra avec lui pour lui faire connaître ce qu’il apprendrait de nouveau et veiller à assurer la route.

Recommandez à l’un et à l’autre des commandants de colonne de tenir les Portugais en seconde ligne, afin d’empêcher qu’ils ne communiquent avec les Espagnols, et d’avoir, indépendamment des cartouches que chaque homme doit avoir, une réserve suffisante pour donner une quarantaine de cartouches à chaque homme.

J’attendrai la réponse des préfets de Tarbes et des Basses-Pyrénées, et, si cela peut se faire sans difficulté , je prendrai les mêmes mesures pour les deux autres départements des Pyrénées et pour les quatre départements qui viennent en seconde ligne; ce qui est une force assez importante. Vous ferez connaître aux deux préfets de Tarbes et de Pau qu’il est nécessaire que les fusils soient procurés par les gardes nationales des villes, et que les hommes marchent avec leur uniforme, jusqu’à ce qu’on puisse leur en faire faire un. Vous demanderez à ces préfets si, en leur fournissant l’argent, ils pourraient les faire faire eux-mêmes, et combien il faudrait pour chaque homme. Il faudrait que cet uniforme consistât en casaques légères, propres à la guerre des montagnes. Ordonnez que l’on fasse à Pau 50,000 rations de biscuit et autant à Tarbes. La colonne des gardes nationales du sénateur Lamartillière va arriver à Pau ; elle est de 3,000 hommes. Il y aura donc entre Tarbes et Pau bientôt 6,000 hommes; il est nécessaire qu’il y ait des manutentions pour ce nombre d’hommes.

Faites-moi connaître où le général Ritay et l’adjudant commandant Lomet ont placé leur quartier général.

 

Bayonne, 11 juin 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Je vois un article sur le roi Charles dans le Journal de France, daté de Fontainebleau, qui me paraît fait dans un mauvais esprit de mille. En général, il est temps qu’on ne parle plus de cette famille. Faites-le dire aux journalistes, et tenez-y la main.

Je ne sais pas pourquoi je ne reçois plus de bulletin de police tous les jours. Faites en sorte que je le reçoive tous les jours.

La prise de Préjean et de ses quatre compagnons est une affaire d’une grande importance. J’espère qu’il ne s’échappera pas, et que vous profiterez de tous les renseignements qu’il pourra vous donner. Si l’on pouvait arrêter les agents anglais et ceux du comte Lille, qui sont certainement à Paris et dans le Morbihan, ce serait une grande affaire. Je vous prie de m’instruire exactement de toutes les dépositions de Préjean.

 

Bayonne, 11 juin 1808

NOTE SUR LA SPEZIA.
                                                   
L’Empereur a reçu le mémoire sur la Spezia avec le plan qui y était joint. Voici ce qu’il désire :

Il faut faire le projet pour occuper Maralunga par une batterie fermée à la gorge et défilée à la hauteur, de manière qu’une centaine d’hommes puissent se tenir là pendant le temps du blocus et ne céder qu’à la tranchée ouverte et après les premiers procédés d’un siège.

D’ailleurs l’Empereur ne croit pas qu’il faille occuper le fort Sainte-Thérèse autrement que par une batterie de côte. Il parait que le fort existant doit être à l’abri d’un coup de main. On en a déjà demandé le profil.

Il y a 1,500 toises du fort Sainte-Thérèse au fort Sainte-Marie. C’est une distance fort raisonnable. Il y en aurait 2,000 du fort Sainte-Thérèse à l’entrée de Porto-Venere. A quoi aboutirait la dépense d’un million du côté du fort Sainte-Thérèse ? L’ennemi établira ses batteries à 500 toises de ce fort et serait tout aussi près de l’anse des Grâces et enverrait des bombes et boulets perdus dans cette anse. Il faut donc reconnaître qu’il n’y a aucun moyen d’empêcher un ennemi très supérieur de placer des batteries à 15 ou 1600 toises du fond de l’anse des Grâces; mais , outre que cette distance est déjà considérable, on pourrait se retirer alors dans le Porto-Venere. Ainsi les choses sont satisfaisantes sous ce dernier point de vue.

A cette observation s’en joint une autre. Quand on occuperait la côte orientale par quatre ou cinq forts, empêcheraient-ils l’ennemi d’y établir des batteries sur la tour de Pitelli ou de San-Vito et de se trouver également à 1,500 toises de l’anse des Grâces ?

Il faudrait donc étendre les fortifications de manière à garder tout le pourtour du golfe, ce qui est une combinaison impossible, d’une dépense immense et qui annulerait la défense pour être trop étendue.

Ainsi, si le projet de fortification pour la Spezia est de 3,600, 000 francs, il faut d’abord supprimer cet article du projet.

Tout se réduit donc, pour la côte orientale, à envoyer des plans et profils qui fassent bien connaître la situation actuelle des forts Sainte-Thérèse, Lerici, Barthélemy et Maralmaga. Il faut que ces points importants soient occupés par des batteries fermées, de très-peu de dépense, et qui soient à l’abri d’un coup de main ; il faut qu’une centaine d’hommes puissent y résister longtemps à un millier d’hommes, jusqu’à ce qu’ils reçoivent des renforts, on jusqu’à ce qu’on envoie de la place pour les évacuer et retirer l’artillerie, si la supériorité de l’ennemi est trop décidée. Voilà les projets qu’il faut faire pour remplir les intentions de l’Empereur sur la côte orientale.

Quant à la côte occidentale, on a déjà demandé le plan sur une grande échelle de l’extrémité de la presqu’île. Il faut faire faire ce plan avec des cotes et y tracer le projet tel qu’on l’entend, après l’avoir médité de nouveau plusieurs jours sur le terrain.

Le projet doit remplir ces conditions, que cela soit capable de la plus grande résistance, telle qu’on doit l’attendre de toutes les ressources de l’art, afin qu’on puisse venir, soit par terre, soit par mer, au secours de la place , avant qu’on se soit emparé des ouvrages; quarante ou cinquante ou soixante jours de tranchée ouverte est la force qui paraît être nécessaire; ce qui donnera trois ou quatre mois de temps. Ce port est destiné à renfermer des approvisionnements considérables; il faut que la défense y soit proportionnée. On ne pense pas que, pour arriver au but de l’Empereur, un million ou les 1,500,000 francs proposés soient suffisants; mais qu’il faille deux, ou trois, ou quatre, ou cinq millions, cela est indifférent; il faut ce qu’il faut.

Mais, comme ce port ne doit avoir d’intérêt que progressivement, que les travaux ne doivent être faits que progressivement, l’art consiste à diviser le projet et la dépense par articles de 500,000 francs. Ainsi le projet doit faire connaître quel doit être l’emploi des 500,000 francs qu’on suppose devoir être l’emploi de la première campagne, et qu’était prévenu, un mois ou deux d’avance, qu’on serait attaqué et assiégé par une armée ennemie.

Le deuxième article du projet doit être l’emploi des seconds 500,000 francs; on aurait alors employé un million. Il faut faire connaître également dans quelle situation on se trouverait si on était prévenu qu’on serait attaqué.

Si le projet doit coûter cinq millions, il faut donc le diviser en dix articles. On n’a pas besoin de dire qu’après avoir dépensé ces premiers 500,000 francs on doit se trouver en situation telle que l’ennemi soit obligé à un siège régulier, c’est-à-dire que Castellana doit être occupée par des ouvrages de fortification permanente et l’isthme fermé.

On fera connaître la situation actuelle des forts Sainte-Marie et Pessino. Ces deux forts ne sont d’aucune importance; ils ne peuvent être considérés que comme des batteries de côte fermées à la gorge, ou comme de petites citadelles contre une émeute d’ouvriers ou de matelots d’une escadre.

Il faut pousser de front la défense de l’île de Palmaria. Cette île a près de 3,000 toises de tour; comme elle forme une espèce de trapèze, il faut trois ou quatre batteries, qui croisent leurs feux entre elles. Mais il est difficile de pouvoir espérer de défendre cette petite île sans beaucoup de monde. Il faut donc, dans un point culminant, un réduit qui appuie ces batteries de manière que l’ennemi, venant à débarquer entre elles, ne puisse se maintenir sans prendre le point culminant, qui peut se trouver à trois ou quatre cents toises de tous les points du rivage. Alors, avec 200 ou 300 hommes de réserve dans ce fort intérieur et de petits détachements d’infanterie, avec les canonniers dans chaque batterie, c’est-à-dire moins de 400 ou 500 hommes, on conservera un point si important, et qui, sans fortifications, ne serait point également garanti avec 3,000 hommes de bonnes troupes.

La défense des petites îles de Tino et Tinetto est également importante; il faut là un petit ouvrage de fortification qui, avec une poignée d’hommes, rende ces îles inattaquables.

L’idée d’avoir un fort au milieu du golfe est ridicule et sans aucune espèce de résultat. Les fortifications ne peuvent pas se défendre seules, il faut des hommes; et, s’il y a des hommes aux différentes batteries depuis l’île Palmaria jusqu’au fort Pessino, l’ennemi, qui pourra s’en approcher assez pour faire du mal aux établissements, ne le ferait pas impunément.

La batterie qu’ont démolie les Anglais dans l’île de la Scola ne doit être rétablie qu’autant qu’elle coûterait très-peu; elle n’est qu’à 100 toises de l’extrémité de l’île. Cependant, quoique cette position ne soit pas nécessaire, comme les matériaux doivent exister, six ou huit pièces de canon peuvent être établies à peu de frais.

L’emplacement de la machine à mâter , des établissements de l’arsenal, de la corderie, des établissements de l’artillerie qu’on peut placer au fort Sainte-Marie, se trouve déterminé. Mais un port où l’on aura sept ou huit vaisseaux sur les chantiers, huit à douze vaisseaux en désarmement ou en armement et des établissements aussi considérables, un fond d’état-major et de garnison de 3 à 4,000 hommes, un port qui va se trouver en communication avec le Pô par de grands chemins qu’il est indispensable de faire, est appelé à avoir, en peu d’années, une population de 8 à 10,000 âmes. Elle s’établirait insensiblement dans la ville actuelle de la Spezia, en dehors des fortifications, et serait pour l’ennemi un appui qui lui fournirait des moyens d’abri et de siège contre les fortifications de la Spezia. Il faut donc, soit dans l’anse de Castagna, soit dans celle de Porto-Venere, choisir un bel emplacement pour y tracer une ville de 10, 000 âmes.

On sent bien que la nature du terrain , la nature des choses veut peut-être que cette ville ne soit qu’une rue qui longe le rivage , à peu près comme le faubourg de San Pier d’Arena; et, en effet, l’espace, depuis Porto-Venere jusqu’à l’autre côté, a plus de 100 toises de développement. La cale de Castagna jusqu’au fort Sainte-Marie a près de 500 toises de développement. Il faut faire les projets de l’emplacement que doit occuper cette ville dans le lieu le plus favorable, et les faire de manière qu’il y ait de l’espace pour les quais qui pourraient être établis , et même pour des bastions et batteries destinés à se défendre, en supposant l’île de Palmaria enlevée par l’ennemi. Il faut à cette ville une église, un hôpital, une halle, un hôtel de ville, des logements pour le commandant, pour l’état-major, un petit arsenal pour l’artillerie de terre, des casernes pour l’infanterie, un hôpital de terre, une manutention de terre, des magasins, un théâtre, une préture pour les tribunaux, des prisons, un hôtel de préfecture, la Spezia devant être le chef-lieu du département; quelques établissements pour l’instruction publique. Il faut coordonner tout cela, de manière que tout soit prévu d’avance, et que tous les établissements puissent même être défendus par un mur crénelé, soit du côté de terre, soit du côté de mer.

Ce projet est important et doit être établi de suite, afin qu’on puisse défendre de bâtir aucune maison à la Spezia et tout autour du golfe, et obliger à bâtir dans les emplacements déterminés.

Un objet non moins important, c’est l’eau. Il semble, d’après le mémoire, qu’il y a des citernes assez considérables dans le lazaret. Mais il faudrait avoir, dans l’arsenal de la marine et dans la nouvelle ville, des eaux vives qui puissent jaillir en fontaines. Ces montagne ont-elles des sources ? Y a-t-il possibilité d’y faire venir des arbres et quel devrait être l’emplacement des promenades publiques, de l’esplanade des troupes ? Tous ces objets doivent être médités, prévu dans les plans. Si cela est possible, il faut que tout cela soit enfermé dans les fortifications, même les promenades.

On a déjà écrit pour les communications et les chemins. A qu appartient le terrain de l’île de Palmaria et celui compris dans l’enceinte des fortifications ? Le terrain est-il couvert d’oliviers, d’arbres ou sont-ce des montagnes pelées ? Dans l’établissement de la marine il faut désigner un emplacement pour y construire un bassin comme celui de Toulon.

 

Bayonne, 12 juin 1808.

Au général Dejean, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur Dejean, vous avez annoncé depuis un mois 3,000 shakos pour les troupes qui partent de Bayonne, et il n’est rien arrivé; plus de 600 hommes sont déjà partis, et on a été obligé d’en chercher de côté et d’autre. Vous aviez annoncé l’envoi de ces shakos par la diligence; ils arriveront quand on n’en aura plus besoin.

—————

P. S. Pourquoi donc n’exécute-t-on pas vos ordres ?

 

Bayonne, 12 mai 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée, à Bayonne

Mon cousin, écrivez au général Ritay, et donnez des ordres pour qu’il soit envoyé de l’argent pour payer les Portugais et la colonne mobile des Hautes-Pyrénées; écrivez au préfet, pour qu’il soit fourni la viande et les vivres de campagne à cette colonne. Ecrivez la même chose à l’adjudant commandant Lomet, et envoyez-leur, sans délai, des cartouches.

Écrivez au général Ritay de choisir une position entre Tarbes et Gavarnie pour établir son quartier général, et d’avoir toujours un officier et un détachement de 50 Français sur les cols, pour communiquer avec les vallées et savoir ce qui s’y fait. Vous lui écrirez également de vous faire connaître le lieu où il placera son quartier général. Toutes ses troupes doivent avoir les vivres de campagne. Sa présence est nécessaire pour inquiéter les vallées espagnoles et faire diversion, et aussi pour rassurer les vallées françaises et avoir des renseignements sur ce qui se passe. Tous les jours il doit vous envoyer un rapport. Vous l’instruirez que j’ai demandé au département des Hautes-Pyrénées un bataillon de 560 hommes pour renforcer sa colonne. Vous lui ferez connaître qu’il doit former un petit dépôt de cartouches et un dépôt de vivres suffisant pour pourvoir aux premiers besoins d’une colonne de 1,900 hommes, qu’il doit aller visiter les postes de l’adjudant commandant Lomet. Ecrivez la même chose à il adjudant commandant Lomet; qu’il doit avoir à Bedons un dépôt de vivres et de cartouches , et que j’ai demandé au département des Basses-Pyrénées un bataillon de 560 hommes, voulant réunir là une colonne de 1,200 hommes.

Vous enverrez au général Ritay et à l’adjudant commandant Lomet 150 exemplaires de chacune des proclamations, en espagnol, de la junte de Madrid et de l’assemblée de Bayonne, pour les répandre dans les campagnes, en les adressant aux curés et aux alcades.

Vous instruirez en même temps ces deux officiers supérieurs que le général Lefebvre a passé l’Èbre à Tudela et mis en déroute 12,000 Aragonais, dont 2,000 ont été tués et leurs canons pris.

 

Bayonne, 12 juin 1808

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Vous ne m’avez proposé aucune récompense pour ceux qui ont arrêté Prégent et ses compagnons. Ces hommes m’ont rendu un si grand service que je désire leur en témoigner ma reconnaissance.

 

Marracq, 12 juin 1808

NOTE POUR M. MARET

L’Empereur désire que M. Maret lui apporte demain, à midi, la note de toutes les pièces à faire imprimer dans le Moniteur sur les affaires d’Espagne, depuis les dernières qui y ont été déjà mises, afin qu’elles paraissent toutes dans le même numéro.

 

Bayonne, 13 juin 1808, une heure du matin.

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant-général du royaume d’Espagne, à Madrid

Le major général me remet une lettre de Belliard, du 8 à neuf heures du soir. Je vous envoie le général Savary pour vous aider, afin qu’on n’ait à vous parler que d’affaires importantes. Votre maladie m’afflige sous tous les points de vue. Cependant, après les rapports des médecins, j’espère que vous êtes à présent sur vos pieds.

J’ai causé longtemps avec Savary sur la situation militaire de l’Espagne. J’attends des nouvelles de Valladolid.

Je suis assez content de l’esprit qui anime les députés qui se trouvent ici .

Il part demain 12,000 hommes pour Pampelune, pour renforcer la division du général Lefebvre. Savary vous donnera toutes les autres nouvelles.

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P. S. Le 13, à neuf heures du matin, je reçois des nouvelles du général Lefebvre en date du 11 : il me mande que tous les villages, à dix lieues à la ronde, avaient arboré le drapeau blanc; on procédait au désarmement et on avait ramassé 20,000 fusils. Le 12, il attendait 3,000 hommes qui lui arrivaient de Pampelune , et se préparait à marcher sur Saragosse. Ses patrouilles avaient été à plusieurs lieues dans l’Aragon, et, partout où elles se présentaient, on se soumettait. Bessières me mande qu’il avait déjà réuni plus de 16,000 armes provenant du désarmement de la Castille et de Palencia.

 

Bayonne, 13 juin 1808

A M. Fouché,  ministre de la police générale, à Paris

Je lis avec intérêt dans le bulletin de police du 7 juin tout ce qui est relatif à Préjean. Je suis fâché de ne pas avoir reçu les bulletins des jours précédents et de ne recevoir qu’aujourd’hui celui du 7. Ayez soin qu’ils me soient envoyés exactement, comme si j’étais à Paris; je ne sais pas pourquoi on s’est relâché là-dessus. Il est nécessaire que je reçoive le lendemain le bulletin de la veille, cela m’importe beaucoup.

Vous ne me rendez pas un compte clair du complot anarchique.

Il est certain que Malet, Guillet et d’autres généraux qui étaient à Paris tramaient un complot; moi-même j’en suis instruit depuis un mois. Il est difficile qu’il y ait un plus mauvais sujet que ce Malet. Faites arrêter sans bruit et sans éclat tous ces tripotages. Quelques avoués se fient à ce même complot. Mais ces complots anarchiques ne sont rien auprès de la précieuse prise de Préjean, et de la disposition où il paraît être de rendre des services. S’il en rend réellement, je lui accorderai sa grâce. Je suis impatient de savoir ce que c’est que ce Mars. Serait-ce un ancien capitaine, grand et bel homme ? C’était un énergumène de salon en 1789. Tenez secrète l’arrestation de Préjean, et tâchez que la nouvelle n’en arrive pas à Londres, afin de pouvoir tendre des embuscades dans les endroits qu’il désignera.

 

Bayonne, 13 juin 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Les généraux Malet, Guillet, Dutertre et quelques anciens officiers de cette trempe paraissent avoir tramé un complot, que la police a déjoué et dont elle a fait arrêter les auteurs. Faites une enquête d’après la liste des officiers réformés qui sont payés à Paris et dans la première division militaire, et notez tous ceux qui seraient dans cet esprit. Il sera bon que vous montiez une petite police militaire, pour les suivre et les veiller. Il ne faut faire aucun éclat de ces misérables anarchistes; car rien que l’idée qu’ils existent encore suffirait pour inquiéter et troubler la tranquillité. Il faut descendre dans le rang de capitaine, chef de bataillon et autres officiers réformés, qui ont toujours passé pour être opposés au gouvernement. Je crois vous avoir déjà donné l’ordre de faire employer tous les aides de camp du maréchal Brune à l’armée. Envoyez également à l’armée les officiers en activité et qui, sans raison, seraient à Paris, qui sont connus pour être dans cet esprit d’opposition.  Vous aurez soin de ne pas les souffrir à Paris sous prétexte de service.

 

Bayonne, 13 juin 1808

A M. Gaudin, ministre des finances, à Paris

Envoyez le sieur Collin fils, directeur des douanes à Anvers, dans la Toscane, et le sieur Cochon, fils du préfet, qui est également employé dans les douanes d’Anvers, du côté des Pyrénées. Je n’aime point à voir des fils de préfet employés dans les douanes, il est inutile que j’en dise les raisons. Faites cela de la manière la moins sensible pour le conseiller d’État Collin. Je crois avoir lieu de me méfier de son fils; mais il me suffit que son éloignement et celui du sieur Cochon aient lieu sans délai. Envoyez à Anvers un homme sûr et de confiance. Faites cela vous-même, et ne laissez pas ce choix au directeur général. Vous sentez que cette lettre est pour vous seul.

 

Bayonne, 13 juin 1808.

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris.

Monsieur le général Clarke, il y a aux environs de Breskens trois batteries : une d’un mortier de 12 pouces, d’une pièce de 24 et de trois pièces de 18. Il y a une de ces pièces qui n’a point d’affût ; les autres sont sur de mauvais affûts. Envoyez-y sur-le-champ quatre affûts de côtes. Les épaulements de cette batterie sont détruits faites-les mettre en état.

La troisième de ces batteries a une pièce de 16 et deux de 12 en fer. Faites retirer ces pièces et remplacez-les par trois pièces de 24 ou de 36 ; les épaulements de cette batterie sont également détruits.

Quand j’ai donné au général Roguet le commandement de l’île de Cadzand, j’ai entendu que ce commandement s’étendît depuis l’embouchure de l’Escaut jusqu’à Terneuse et aux mouillages que pourrait prendre l’escadre française ou l’escadre ennemie. Quand j’ai ordonné qu’il y aurait 500 gardes nationales accoutumées à l’air de l’île de Cadzand, un bataillon de 500 hommes, un camp français à Blankenberghe, un à Ecloo, un camp hollandais près Berg-op-Zoom, j’ai bien entendu qu’on ne réunît pas tout mon monde dans l’île de Cadzand pour le faire mourir de la fièvre. Les expéditions ennemies ne peuvent être tentées sérieusement contre Flessingue que vers la fin d’août. Si mes troupes restent, en attendant, exposées à l’intempérie de l’île de Cadzand , je n’aurai que des fiévreux lorsqu’il faudra m’en servir. Faites-moi un rapport là-dessus , accompagné d’un huilé, indiquant la situation de l’escadre, des batteries, et l’emplacement des différents camps, afin que je connaisse bien la situation de ce point important.

 

Bayonne, 13 juin 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

J’approuve que le brick le Surveillant à Anvers, le brick l’Iris et la corvette le Génie à Dunkerque, les bricks le Cygne et le Pavillon à Cherbourg, les bricks le Nisus et le Fanfaron à Brest, la corvette la Diligente à Lorient, les bricks le Sylphe et l’Espiègle à Lorient, le brick le Colibri et la corvette la Diane au Havre, le brick le Pluvier à Rochefort, les corvettes l’Hébé et la Sapho à Bordeaux et le brick l’Oreste à Bayonne, portant 1,100 tonneaux, se dirigent tous sur la Martinique et la Guadeloupe; ce qui assurerait l’approvisionnement de ces îles pour six mois , si on y envoyait du boeuf et du lard ; mais, comme on n’y enverra ni boeuf ni lard , et que les garnison ne seront pas aussi considérables que vous les portez, cet approvisionnement pourra être de neuf mois. Enfin , comme l’on peut donner des patates et du blé de Turquie aux troupes, on peut mettre trois mois de rations de pain de plus et avoir ainsi des vivres pour un an. Quant à Cayenne, au Sénégal, à Santo-Domingo et aux îles de France et de la Réunion, je ne veux y expédier aucuns vivres.

Vous remarquez que la farine de Bordeaux est la meilleure. Mon intention est que tout ce que vous expédierez depuis la Loire jusqu’à l’Escaut, d’où vous ne pouvez expédier des farines de Bordeaux sans des frais énormes, vous l’expédiiez en biscuit. Faites-moi connaître quelles sont vos objections contre cette idée. Il me semble que le biscuit se conserve sept mois en mer, à l’humidité. Les secours que vous proposez , joints à ceux que les colonies peuvent tirer du commerce, joints à ceux que peuvent leur porter les aventuriers américains et les corsaires, conduisent à un résultat très-satisfaisant.

J’approuve , en outre, que les trois vaisseaux de Rochefort, le Niemen, le Calcutta et des flûtes prises à Bordeaux et à Rochefort , doublées en cuivre, du tonnage de 2,000 tonneaux, ce qui, avec le Calcutta, ferait 3,000 tonneaux, se préparent à Rochefort, chargés de farine, de biscuit, de vins, et soient organisés de manière à aller à l’île de France, à la Martinique, ou partout ailleurs. Cette expédition, ou fera partie de l’expédition générale, ou fera elle-même une expédition particulière.
Il y a de l’effervescence en Espagne. Peut-être se calmera-t-elle promptement. Si elle ne s’apaise pas bientôt, elle se propagera sans doute aux colonies, et alors j’aurai besoin d’expéditions toutes faites pour prendre possession de quelques colonies. Mais je ne désire pas que la Sapho et l’Hébé soient jointes à l’expédition de Rochefort ; je désire qu’elles soient envoyées en aventurières.

En dernière analyse, je veux me préparer trois moyens d’approvisionner mes colonies : 1° les douze expéditions séparées faites à mes frais ; 2° les expéditions que fera le commerce ; 3° l’expédition de
Rochefort.

Quant aux prétentions du commerce de Bordeaux, je ne sais pas assez bien cette question pour la juger. Si le commerce demande que vous preniez le cinquième des tonneaux , cela est juste ; je me sais engagé à le prendre. Le prix doit s’en régler à l’amiable et selon le prix de tous les temps. L’avantage que je fais au commerce est de le payer quand même le bâtiment se perdrait. Si, au contraire, le commerce veut tout expédier à ses frais, je ne m’y oppose pas. Quant aux conscrits passagers, c’est encore une faveur que je fais au commerce; toutes les fois qu’il n’en voudra point, je n’insisterai pas.

 

Bayonne, 14 juin 1808

ORDRES POUR LE MAJOR GENERAL
à Bayonne.

Donner les ordres suivants :

L’adjudant commandant Lomet aura son quartier général à Bedous, pour observer tous les cols qui de l’Aragon se rendent dans les Basses-Pyrénées. Il aura avec lui une colonne mobile de 1,900 hommes, composée d’un bataillon de 560 hommes des gardes nationales des Basses-Pyrénées, de 15 gendarmes, de la compagnie de réserve départementale des Basses-Pyrénées, de la compagnie de réserve des Landes et de 300 Portugais.

Le général de brigade Viala, qui est dans la 9e division militaire, recevra ordre de venir prendre le commandement du département des Hautes-Pyrénées. Il aura également avec lui une colonne d’environ 1,200 hommes, composée d’un bataillon de 560 hommes de gardes nationales des Hautes-Pyrénées, de gendarmes et de 300 Portugais. Il observera tous les cols qui protégent Barréges et qui des Hautes-Pyrénées se rendent dans l’Aragon.

Le général de brigade Miquel, qui est dans la 20e division militaire, recevra ordre de venir prendre le commandement du département de l’Ariège. Il aura avec lui la compagnie de réserve de l’Ariège et plusieurs brigades de gendarmerie.

Le général Ritay se rendra dans les Pyrénées-Orientales et portera son quartier général à Bellegarde. Il réunira les compagnies de réserve départementale du Gers, de la Haute-Garonne , de l’Aude, des Pyrénées-Orientales, du Tarn, de l’Hérault, de l’Aveyron, de la Lozère, de l’Ardèche, du Gard, du Lot et de Lot-et-Garonne. Il fera de tout cela un bataillon. Il formera deux bataillons, de douze compagnies, de ce qu’il y a de disponible du régiment d’infanterie toscan qui se rend à Perpignan, et un escadron des dragons toscans. Il aura un bataillon de 560 hommes des gardes nationales des Pyrénées-Orientales. Il réunira une compagnie de 60 gendarmes à pied et de 40 gendarmes à cheval des compagnies tirées des douze départements nommés ci-dessus, de manière à réunir à Bellegarde une force de 3,000 hommes.

Vous lui donnerez ordre de réunir ces forces sur Bellegarde, et de se mettre au courant de tout ce qui se passe, afin de lier sa communication avec le général Duhesme.

Le général de division Lacombe Saint-Michel se rendra i Toulouse pour y prendre le commandement de l’artillerie et de la 10e division militaire, jusqu’à ce qu’il soit remplacé. Il organisera six pièces de canon et quelques caissons d’infanterie pour la colonne du général Ritay.

Vous donnerez ordre, à Grenoble, qu’un bataillon de six compagnies de la légion de réserve, fortes le plus possible, et formant au moins 600 hommes, parte de cette ville pour se rendre à Perpignan.

Vous donnerez l’ordre au général commandant la 8e division militaire de faire partir, pour Perpignan , quatre compagnies , le plus fortes possible, du 32e léger, ce qui formera un petit bataillon. Donnez-lui également l’ordre qu’un petit bataillon provisoire formé de deux compagnies du régiment suisse, de 150 hommes chacune, et deux compagnies du 16e de ligne, de même force, se rendent à Perpignan, ce qui portera à sept bataillons la force de la colonne du général Ritay.

Donnez ordre que le bataillon valaisan qui est à Port-Maurice se rende à Perpignan.

Donnez ordre qu’il soit formé, dans la 27e division militaire, deux bataillons de marche composés, le premier bataillon, de trois compagnies du 3e bataillon du 7e de ligne et de trois compagnies du 93e; le deuxième bataillon, de deux compagnies du 37e de ligne, de deux compagnies du 56e et de deux compagnies du 2e de ligne. Chaque compagnie sera complétée à 140 hommes ou au moins à 100 hommes. Ecrivez par l’estafette d’Italie au gouverneur général à Turin pour qu’il fasse sur-le-champ former ces deux bataillons de marche, et qu’il les dirige sur Perpignan.

Il sera également formé un escadron de marche de cuirassiers, composé de détachements des 4e, 7e et 8e, formant 190 hommes.

Il sera formé un autre escadron de marche de chasseurs, de 200 chevaux, composé de détachements des 3e, 14e et 24e.

Ces 300 chevaux partiront sous le même commandement que les deux bataillons de marche, et sous les ordres d’un adjudant commandant, qui fera les fonctions de colonel de ce régiment de marche.

Il sera nommé un chef d’escadron pour commander les deux escadrons de marche.

 

Bayonne, 15 juin 1808

A M. Bigot de Préameneu, ministre des Cultes, à Paris

Vous trouverez ci-joint une lettre que vous communiquerez au chapitre métropolitain. Vous veillerez à ce que le cardinal de Belloy soit enterré avec la plus grande solennité, et que, dans l’éloge funèbre qui sera prononcé à cette occasion, on appuie sur les vertus qu’a déployées ce prélat, la conciliation, la charité et l’amour de la paix.

 

Bayonne, 15 juin 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre,à Paris

Monsieur le Général Clarke, l’île de Cadzand est un pays très-malsain. La circonstance d’une escadre dans l’Escaut m’oblige cependant à tenir dans l’île de Cadzand des forces considérables pour protéger mon escadre. Par mon décret, j’ai ordonné une batterie de trente bouches à feu près de Breskens. C’est à la marine à décider quel est l’emplacement qui convient le mieux pour cette batterie. Doit-elle être placée près Breskens ou au signal de Breskens, ou à mi-chemin entre ce signal et celui de Wulpen ? Qu’est-ce qui est le plus important pour la marine, que la batterie soit rapprochée de 500 toises du banc d’Elboog ou plus près de Flessingue ? C’est encore à la marine à décider quelle est la position la plus avantageuse. Une batterie de 30 bouches à feu suppose une garnison de 300 hommes. Si ces 300 hommes, au lieu d’être dans une batterie de côte ouverte, se trouvent dans un fort fermé à la gorge, on sera tranquille sur ce point ; et quand même l’ennemi se serait emparé de Cadzand, la batterie restant en notre pouvoir, on aura deux, quatre, cinq jours pour accourir de tous les points de la Belgique pour reprendre l’île. La question se réduit à savoir comment il faudra construire un fort sur cette dune ou sur une digue. Dans cette disposition, on a quatre côtés à défendre. Le côté de la mer peut être facilement garanti avec des pilotis qui s’élèveraient jusqu’au niveau des hautes mers, et qui, à basse mer, formeraient un obstacle naturel, et empêcheraient les troupes de débarquer sur la laisse de basse mer. Le côté du continent peut être retranché par des ouvrages en terre et des fossés pleins d’eau. Les côtés de droite et de gauche, dans la dune ou sur la digue, seront les plus difficiles à traiter. Deux ouvrages paraissent là nécessaires, comme des cavaliers dominant de tous côtés et prolongés dans la plaine par des ouvrages plus bas. On pourrait disposer dans ces flèches quelques-unes des pièces de la batterie. L’espace nécessaire pour renfermer 30 bouches à feu exigerait près de 100 toises, si on voulait les placer dans un cavalier en forme de redoute et le revêtir. Il aurait à peu près 100 toises de long sur 30 de large , ce qui ferait un réduit de 260 toises de développement. On n’aurait plus à craindre que de voir les fossés de ce réduit, comme ceux de tous les autres ouvrages, comblés par les sables; mais ne serait-il pas possible de paver toute la dune avec des piquets de deux ou trois pieds de longueur , ou mieux avec des planches contenues par des piquets ? Alors tous les glacis, les communications seraient couverts de planches, et la dune n’aurait plus de mouvement. On aurait soin de planter en hoyas les digues aussi loin qu’on pourrait. Mais la question peut se considérer sous un point de vue plus étendu. Le moment n’est pas loin où j’aurai vingt ou trente vaisseaux de guerre dans la rade de Flessingue , et où cette rade sera la principale menace contre l’Angleterre. Si je suis obligé de porter mes forces ailleurs, et que je laisse 12 à 15,000 hommes pour garder ce point, j’aurai des malades à l’infini.

Si , enfin, il se trouve constamment vingt ou trente vaisseaux en armement à Flessingue, l’ennemi peut concevoir l’espérance de s’emparer de l’île de Walcheren.

Maintenir la communication avec la place de Flessingue est chose de grande importance. Il faut, à Breskens, une place de guerre qui contienne une batterie de 30 pièces de canon , des approvisionnements et quelques moyens de passage, un port où l’on puisse faire entrer une division de la flottille, où douze ou quinze péniches et quatre à cinq chaloupes canonnières seraient à l’abri des glaces, du mauvais temps et de l’ennemi. Où cette place doit-elle être située ? C’est encore par des considérations maritimes que cette question doit être décidée.

 

Bayonne, 15 juin 1808

Au général comte Hulin, commandant la 1e division militaire, à Paris

Monsieur le Général Hulin, je reçois votre rapport du 10 juin. Approfondissez ce petit complot de ces officiers chassés et entendez-vous avec le ministre de la guerre pour lui signaler ceux dont le séjour à Paris ne peut être que d’un mauvais effet, soit pour leurs dilapidations, soit pour leur mauvaise conduite ou leur mauvais esprit (Il s’agit de la conspiration Malet, Guillaume, Guidal, Servan Florent Guyot et Jacquemont).

 

Bayonne, 15 juin 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée, à Bayonne

Mandez au maréchal Bessières que, immédiatement après qu’il se sera emparé de Benavente, qu’il aura soumis Zamora, Toro et Lion, je désire que son corps d’armée ait l’organisation suivante :

Division Merle, composée de quatre brigades : 1° brigade Darmagnac, Suisses et le 86e, 1,800 hommes; 2° brigade Gaulois , ler régiment supplémentaire, 1,600 hommes; 3° brigade Ducos, 13e régiment provisoire et un bataillon du 14°, 2,000 hommes ; après la prise de Saragosse , les  trois autres bataillons rejoindront; 4° brigade Sabatier, 17e et 18e provisoires, 2,800 hommes; total , 8,200 hommes ; six pièces de canon de l’ancienne division Verdier et douze pièces de canon de la division , faisant dix-huit pièces de canon.

Division Mouton, composée de deux brigades : 1° brigade Reynaud, 4e léger, 15e de ligne et un bataillon de Paris, 3,000 hommes; 2° brigade Rey, 2e et 12e légers, 2,100 hommes, 5,100 hommes et douze pièces de canon.

Garde impériale : 1,900 hommes et six pièces de canon.

Total de l’infanterie, 15,200 hommes.

Cavalerie : 10e de chasseurs, 450 hommes; 22e idem, 450. Garde impériale, 300; 26e de chasseurs qui arrive, 450; l’escadron de dragons commandé par le chef d’escadron Tascher, et l’escadron parti ce matin, 300 hommes ; total , 1,950. Ce qui porte le corps actuel du maréchal Bessières à 17,150 hommes, et l’artillerie à trente-six pièces de canon.

Le maréchal Bessières pourrait porter son quartier général à Léon, pour contenir l’ennemi à tous les débouchés des montagnes.

Le général Bonnet occupe Burgos avec 600 hommes de convalescents dans la citadelle.

Il aurait, de plus, disponibles en forme de colonne mobile pour se porter partout où il serait nécessaire : le 4e bataillon du 118e, 450 hommes; le 3e bataillon du dépôt qui est aujourd’hui à Vitoria, 450 hommes ; le petit bataillon du 4e léger, 380 hommes, et un escadron de dragons, 150 hommes ; deux pièces de canon. Ce qui ferait une force de 2,030 hommes, disponibles pour maintenir la communication avec Léon et la colonne d’Aranda, composée du 1e de marche de 1,000 hommes et de quatre pièces de canon, également sous les ordres du général Bonnet.

Le général de brigade Monthion restera à Vitoria ayant avec lui un escadron de 150 chevaux, qui sera formé du 7e régiment de marche de dragons qui vient de Rennes et qui arrive après-demain , deux compagnies du 15e de ligne formant un petit bataillon de 300 hommes; le 3e bataillon du 2e léger, 600 hommes ; le 30 bataillon du 12e léger, 600 hommes ; ce qui ferait 1,650 hommes. Le colonel Barrère commandera cette colonne et aura deux pièces de canon.

Le corps du maréchal Bessières se trouverait donc composé de 17,000 hommes en mouvement sur les Asturies et la Galice ; de deux colonnes mobiles à Burgos et à Aranda, sous les ordres du général Bonnet , 2,500 hommes ; d’une colonne mobile sous les ordres du général Monthion et du colonel Barrère, à Vitoria, et, si cela était nécessaire , à Santander, 1,700 hommes ; total , 91,200 hommes, indépendamment de 600 hommes qui sont dans la citadelle de Burgos, et de 1,000 hommes de garnison à Saint- Sébastien ; total du corps du maréchal Bessières, près de 22,800 hommes ; les colonnes mobiles du général Bonnet à Burgos, du général Monthion à Vitoria, ayant l’une et l’autre deux pièces de canon des quatre qui ont été commandées.

Indépendamment de cela, une division de réserve se réunit à Bayonne.

Le maréchal Bessières, immédiatement après les premiers événements, peut organiser les divisions Merle et Mouton. S’il avait un avantage marquant sur la force des troupes du général Cuesta, peut-être serait-il utile qu’il enlevât les Asturies et la Galice, en profitant de la terreur d’une première victoire.

Vous lui ferez connaître qu’il doit être sans inquiétude sur la formation des colonnes de Burgos et de Vitoria; que tout est en mouvement, et qu’il part du monde d’ici tous les jours; qu’il n’a qu’à penser à former son corps d’armée de Léon. Le général Verdier aura le commandement de l’Aragon et de la Navarre. Il correspondra avec l’état-major du Roi à Madrid, se concertera avec le maréchal Bessières et avec le général Duhesme, qui commandent sur sa droite et sur sa gauche, et correspondra directement avec le major général à Bayonne.

On peut attendre la prise de Saragosse ou le dernier moment que je serai ici pour notifier cette dernière disposition.

 

Bayonne, 15 juin 1808

Au prince Ferdinand, à Valençay

J’ai reçu la lettre de Votre Altesse Royale, du 31 mai. Je vais prendre en considération la demande du duc de San-Carlos. Elle ne doit pas douter du désir que j’ai de faire tout ce qui peut lui être agréable. Je vais donner des ordres pour faire terminer l’affaire de Navarre, et , au commencement du mois prochain , Votre Altesse Royale pourra envoyer pour cet objet son chargé d’affaires auprès du ministre des finances à Paris.

 

Bayonne, 15 juin 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris

J’ai lu avec la plus grande attention les deux mémoires que vous m’avez envoyés. Il est nécessaire que Préjean, s’il veut sauver sa vie, nomme tous les numéros; il y en a, je crois, une trentaine; surtout ce numéro auquel on fait des propositions si tentantes. Comment ces instructions secrètes se trouvent-elles dans les papiers de Préjean ? Comme ces pièces sont très importantes, je vous les renvoie. Entretenez-moi tous les jours de cette affaire, à laquelle je prends un très grand et très vif intérêt. Ce que je vois de plus clair, c’est que ce misérable ne croit pas un mot de ce qu’il dit, et que, sous un prétexte pompeux, il venait organiser un espionnage pour l’Angleterre; car comment un homme qui a de l’esprit et de l’éducation, peut-il croire qu’il réunira à Paris un député par commune, c’est-à-dire 120,000 personnes, sans qu’on en sache rien. ‘Je recommande la suite de cette affaire à votre zèle. Il faut étudier tout, éclaircir pour connaître, et voilà, je crois, une belle occasion.

Je désire fort avoir l’inventaire de tout ce qu’on a trouvé dans les portefeuilles de Préjean et dans ses cache-papiers.

Ce général Malet qui a été arrêté est un des plus mauvais sujets qu’on puisse voir.

 

Bayonne, 15 juin 1808, à midi

Au général Caulaincourt, ambassadeur à Saint-Pétersbourg

Talleyrand (2) est resté malade à Berlin. Une estafette m’apporte vos lettres des 22 et 25 mai.

Vous trouverez ci-joint pour votre gouverne des pièces qui vous feront connaître ce qui s’est passé relativement aux affaires d’Espagne. La junte s’assemble ici demain; elle est assez nombreuse. Le roi d’Espagne est déjà reconnu et proclamé dans toute l’Espagne, et va se mettre en route pour Madrid. Je ne garde pas un village pour moi. La constitution d’Espagne est très libérale; les Cortès y sont maintenues dans tous leurs droits. Les Anglais agitent les Espagnes; quelques villes ont levé l’étendard de la rébellion; mais cela est très peu de chose, et lorsque vous lirez ceci, tout sera probablement calmé. Quelques colonnes mobiles ont déjà donné cinq ou six leçons.

Je consens à l’entrevue. Je vous laisse le maître d’en désigner l’époque. Vous ne recevrez pas cette lettre avant le ler juillet. L’empereur ne sera pas fixé avant le 15. Vous devez me prévenir de manière qu’il y ait seize ou dix-huit jours pour le temps que mettra votre lettre à arriver, dix jours pour me rendre au lieu du rendez-vous, et cinq ou six jours pour faire les préparatifs. Il faut donc que l’empereur ne soit rendu au lieu de l’entrevue que le trente-cinquième jour après le départ de votre lettre de Saint-Pétersbourg. Ce ne peut donc pas être avant le mois de septembre, et, à vous dire vrai, je préfère cette saison à toute autre, d’abord parce qu’il fera  moins chaud, et ensuite parce que mes affaires seront finies ici, e que j’aurai pu passer quelques jours à Paris.

Plusieurs régiments sont passés en Seeland. L’escadre de Flessingue se met en rade. On donne aux Anglais toutes les inquiétudes possibles. Deux vaisseaux russes sont à Toulon, où on va les mettre en état.

Vous ne manquerez pas d’observer que la France ne gagne rien au changement de dynastie en Espagne, que plus de sûreté en cas de guerre générale, et que cet État sera plus indépendant sous le gouvernement d’un de mes frères que sous celui d’un Bourbon; qu’il était d’ailleurs tellement mal gouverné, tellement livré aux intrigues, et qu’il régnait parmi le peuple une fermentation sans but déterminé telle, qu’une réforme était devenue indispensable.

Je crois que l’empereur a raison en laissant passer la première nouveauté des escadres anglaises; mais il n’a rien à craindre d’elles, comme je l’ai dit à l’officier russe qui est parti dernièrement. Le seul point sur lequel on pouvait avoir de l’inquiétude était les îles, si l’on n’avait pas eu le temps de les fortifier.

Faites-moi connaître ce que c’est que ce petit Montmorency. A-t-il justifié ce qu’on peut attendre de son âge ?

Dites à l’ambassadeur d’Espagne qu’il doit se bien comporter, que le nouveau roi le confirmera et lui enverra ses pouvoirs; qu’il doit parler dans le bon sens et qu’il doit toujours, pour cheval bataille, s’appuyer de la constitution qui réorganise son pays et va le porter à un degré de prospérité qu’il ne devait jamais attendre du gouvernement des Bourbons.

—-

P. S. – Vous trouverez ci-joint un petit bulletin en espagnol dont vous prendrez connaissance et que vous remettrez à l’ambassadeur d’Espagne. C’est le conseil de Castille qui a demandé le roi d’Espagne, comme vous le savez, par son adresse et celle de la ville de Madrid, et qui ont précédé de près d’un mois sa nomination. Au reste, tout cela est pour votre gouverne; moins on vous en parlera, moins il faut en parler.

 

 

Bayonne, 16 juin 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Bayonne

Mon Frère, j’écris à M. Laforest. Prenez des renseignements de votre côté auprès du. . . . . (mots illisibles) que vous voyez, sur l’individu dont je vous parle. C’est le chef de la justice criminelle de Madrid. S’il a autant de talents et de fermeté qu’on le dit, étant sûr de sa fidélité, on peut se servir avantageusement de lui.

La junte doit venir vous porter demain une adresse ; préparez votre réponse. Il faut que vous parliez de la douleur que vous éprouvez des troubles qui ont lieu en Espagne, de ce qu’on est obligé d’employer la force pour les réprimer et arriver à un résultat que la raison et la conviction auraient seules dû produire ; et laisser entrevoir le désir que vous avez de vous rendre bientôt au milieu de vos nouveaux sujets pour concilier tous les intérêts , et commencer votre règne par des actes de pardon et de clémence. Il sera bon que ce discours soit un peu étendu et soigné. Hédouville parle parfaitement espagnol : vous pourriez vous l’attacher comme secrétaire intime. Jusqu’à ce que vous vous le soyez définitivement attaché , je lui conserverai son rang de ministre plénipotentiaire. C’est un homme parfaitement sûr, sur le dévouement et la probité duquel vous pouvez compter.

Il faut vous occuper de nommer un grand maître de la maison, un grand chambellan et un grand écuyer. Causez de cela avec d’Azanza, d’Urquijo et le duc del Parque. Il serait nécessaire que, sous trois ou quatre jours, les grands officiers de la couronne fussent nommés, ainsi que les ministres. Ce sera la plus belle proclamation que vous puissiez faire, que ces nominations.

 

Bayonne, 16 juin 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Il faut faire faire un relevé de tous nos griefs contre Ali-Pacha, et l’envoyer à mon chargé d’affaires à Constantinople et à l’ambassadeur de la Porte à Paris, en demandant satisfaction contre le pacha, ou qu’il soit déclaré rebelle.

 

Bayonne, 16 juin 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Je reçois l’interrogatoire de Malet, que j’ai connu dans tous les temps pour un très mauvais sujet, voleur, peu brave. Il avait déjà
été compromis dans l’affaire d’Angoulême, il y a quatre ou cinq ans. Je ne donnai pas de suite à ce qui le regardait, parce que j’y reconnus beaucoup de bêtise; je continuai même à l’employer. Mais la récidive est un peu trop forte. En lisant votre dépêche, je vois que Florent-Guyot et Jacquemont y sont pour quelque chose. Quant aux sénateurs, si les accusés disaient avoir causé avec eux, ce ne serait pas une preuve; mais enfin ce serait un premier indice. Florent-Guyot passait pour un homme sage; ce n’est cependant pas la première fois, depuis l’an VIII, que j’ai à me plaindre de lui; c’est au moins la cinquième. Il m’est revenu qu’il était d’un fort mauvais esprit; cela ne m’étonne pas. Je lui avais, malgré ces sujets de mécontentement, donné une bonne place. Quant à l’autre, je n’en ai jamais entendu parler; on dit que c’est un ancien membre du Tribunat. Mon intention est que la reine d’Étrurie et son fils logent à Compiègne et non ailleurs; arrangez-vous là-dessus.

 

Bayonne, 16 juin 1808

Au comte Dubois, préfet de police, à Paris

J’ai reçu votre lettre du 11 avec les rapportages qui y étaient joints. Je les ai lus avec intérêt. La suite de la procédure et votre zèle pour mon service approfondiront cette affaire, de sorte que je sache à quoi m’en tenir.

 

Bayonne, 16 juin 1808

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Bayonne

Monsieur de Champagny, je vous envoie le rapport d’un corsaire entré hier dans le port. Faites voir à quoi il est bon; mon intention serait de l’expédier pour mon compte à la Guadeloupe ou à la Martinique

 

Bayonne, 16 juin 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée

Mon Cousin, témoignez mon mécontentement au commandant de Perpignan de ce qu’il a fait continuer aux Suisses leur marche. Réitérez-lui l’ordre de réunir tous les détachements à Bellegarde et de ne plus laisser personne.

 

Bayonne, 16 juin 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je vous renvoie vos lettres de la Guadeloupe. Je vois avec plaisir que les quatre expéditions y sont arrivées. Vous voulez expédier la Tactique pour la Guadeloupe; j’y consens, si elle marche bien; mais, si elle West pas bonne marcheuse, il est évident qu’elle sera prise. Si cela était, vous pourriez fréter un petit bâtiment, le meilleur marcheur du port de Bordeaux. L’Oreste peut également partir de Bayonne. A ma connaissance, le commerce de Bordeaux a déjà fait partir trois bâtiments pour la Guadeloupe. Moi-même, j’en ai fait partir un d’ici avec une centaine de tonneaux de farine. Enfin vous pouvez en faire partir de Nantes et d’autres ports.

 

Bayonne, 16 juin 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée, à Bayonne.

Renvoyez un nouveau courrier au général Duhesme avec un nouveau paquet, afin qu’il les fasse partir par deux occasions, ce qui fera quatre occasions; on lui dira que j’ai reçu sa lettre du 11, qu’il doit commencer par désarmer toute la ville de Barcelone, de manière à n’y pas laisser un seul fusil et les porter tous dans le château; qu’il approvisionne de vivres le château de Montjouy , en faisant convertir en farine et biscuit les 600 quintaux que j’ai envoyés; qu’il les approvisionne également en vin et en tout ce qui est nécessaire, en prenant chez les habitants. Il faut les mener très-militairement, la guerre justifie tout. Au moindre événement, il faut prendre des otages et les envoyer dans le fort.

Le général Lechi doit se rendre pour organiser un corps sur les hauteurs de Bellegarde.

Il faut lui recommander d’agir toujours en masse et jamais isolé. L’Empereur blâme l’attaque qu’a faite le général Duhesme le 9 avec quatre bataillons, quand il pouvait en mettre davantage. Les dépôts dans la citadelle et dans le fort Montjouy étaient suffisants. Qu’il perde cette habitude de disséminer ses troupes , sans quoi il fera plus de mal que de bien.

Lui envoyer les nouvelles de toutes les affaires de Saragosse et autres points. Il faut spécialement maintenir la communication avec Tarragone.

Le général Lefebvre ne tardera pas à être à Saragosse.

Envoyez au général Duhesme une copie de toutes les pièces et proclamations que vous avez, pour qu’il les fasse publier et afficher dans Barcelone.

 

Bayonne, 16 juin 1808, huit heures du matin.

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d’Espagne, à Madrid

Faites mettre dans les journaux que la junte réunie à Bayonne à tenu sa première séance hier à trois heures après midi, sous la présidence de M. d’Azanza, ministre des finances, M. d’Urquijo et un
membre du conseil de Castille, secrétaires; que la proclamation, faite par le conseil de Castille, du décret qui nomme le roi d’Espagne, a été lue ; que la junte a résolu de se porter en corps chez le Roi , pour lui présenter une adresse à ce sujet; que M. d’Azanza a prononcé un discours dont vous trouverez ci-joint copie; qu’un comité de membres du conseil de Castille s’occupe de rechercher, sur les lois, et que d’autres comités travaillent à des projets d’amélioration dans les différentes branches de l’administration.

 

Bayonne, 16 juin 1808, neuf heures du soir

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d’Espagne, à Madrid

Je reçois dans ce moment des nouvelles du général Duhesrne, du 12. Il avait envoyé le général Chabran à Tarragone pour réduire cette ville à l’obéissance, et, y laissant le régiment suisse pour la contenir sur un bon pied, il avait rappelé le général Chabran dont il avait besoin pour contenir la Catalogne. Une nuée de paysans était accourue autour de Barcelone de manière à l’investir à une demi-lieue. Ils avaient eu la folie de fortifier les bords de la rivière qui passe près de Barcelone, pour empêcher le retour du général Chabran. Le général Duhesme est parti le 10, à la pointe du jour, de Barcelone, a marché sur les rebelles, les a dispersés, a enlevé leurs canons, en a tué 15 ou 1800 et brûlé six gros villages, entre autres, ceux de San_Roy et Molins de Rey. Le lendemain, le général Chabran est arrivé lui-même sur la route et a brûlé trois villages. La rentrée triomphante des troupes et des canons pris sur l’ennemi, que les habitants regardaient du haut des remparts, a jeté la terreur parmi eux. Tout le monde blâme à présent les insurrections et déclare qu’il veut vivre tranquille. De tous côtés les villages reviennent à l’obéissance. Nous avons perdu peu de monde dans cette affaire de Barcelone : 6 tués et 12 blessés. Si l’on ne fait pas courir des nouvelles de la Catalogue à Madrid, il est inutile de parler de cela. On a trouvé parmi les morts un grand nombre d’officiers espagnols, de prêtres et de moines.

Je suppose que le maréchal Moncey aura marché sur Valence.

On envoie au général Duhesme les dernières pièces relatives à la nomination du Roi et aux affaires de Tudela, Valladolid. Il faut qu’il fasse imprimer à quatre mille exemplaires, et qu’il les répande partout.

 

Bayonne, 16 juin 1808, neuf heures du soir.

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant-général du royaume d’Espagne, à Madrid

Le combat de Tudela, qui a eu lieu le 8 juin a été suivi, le 13 du combat de Mallen. Le général Lefebvre a employé les journée des 9, 10 et 11 à désarmer les villages à dix lieues aux environs et à reconstruire le pont de l’Èbre. Le 12, il s’est mis en marche, et le 13, à la pointe du jour, il a découvert sur les hauteurs l’armée des rebelles de Saragosse, consistant en 12,000.hommes, deux régiments de ligne espagnols, un d’infanterie et un de cavalerie, commandés par Palafox. Le général Lefebvre a aussitôt marché à l’ennemi, avec les lanciers polonais et le 5e escadron de marche, est tombé sur son flanc et en a fait un grand carnage. Plus de 2,000 ont péri. Tous leurs canons, consistant en dix pièces, sont tombés en notre pouvoir. Le régiment de lanciers polonais a traversé l’Èbre à la nage pour poursuivre ce qui s’était échappé. Nous n’avons à regretter qu’un capitaine des lanciers polonais , qui s’est noyé, 4 hommes tués et 8 blessés. Hormis trois compagnies de voltigeurs, l’infanterie n’a pas tiré un coup de fusil. Le 13, le général Lefebvre a couché au village de Gallur; il a dû entrer le 15 à Saragosse.

Vous avez déjà reçu la nouvelle de la soumission de Valladolid.

Une colonne de 2,000 hommes serait utile pour nettoyer le pays entre Saragosse et Madrid , et pour rétablir la communication.

Je reçois votre lettre du 12 juin. J’espère que votre santé est meilleure. On me dit que vous êtes en convalescence et que vous pourrez recevoir le Roi à Madrid ; il s’y rendra immédiatement après la clôture de la junte.

———

P.S. J’espère que vous êtes bien portant actuellement. La princesse sera ici dans quinze jours.

 

Bayonne, 16 juin 1808

Au maréchal Bessières, commandant la Garde impériale, etc., à Burgos.

Mon Cousin, le major général vous a écrit la nouvelle du combat de Mallen, qui a eu lieu le 13 et qui doit entraîner la prise de Saragosse, où je suppose que le général Lefebvre est entré le 15. Si vous avez mandé au général Verdier de se rendre sur Saragosse, mandez- lui que, s’il apprend en route que le général Lefebvre y soit entré, il retourne sur Vitoria. Quant à la cavalerie, vous pouvez la laisser continuer, vu que l’Aragon est un pays favorable à la cavalerie.

Je ne comprends pas trop le mouvement du général Ducos pour se porter sur Santander. Cela dépend sans doute de la connaissance des localités, que vous avez étudiées. Cependant je désire que vous m’en disiez un mot et que vous m’envoyiez un croquis ; je ne trouve rien qui m’explique cela sur les grandes cartes. Une fois maître de Santander de vive force, il faut y imposer une contribution de deux millions, faire mettre le séquestre sur les biens de l’évêque, et, si on ne peut pas le saisir, désarmer la ville et les campagnes et faire quelques exemples sévères. Santander et Saragosse soumis, il faut faire marcher sur Léon et sur les Asturies. Le général Lassalle, que je fais renforcer d’un régiment de la division Frère, et le général Verdier pourront marcher sur le royaume de Léon ; le général Merle marcherait par les Asturies. Au reste, comme ce n’est que le 20 qu’on sera entré à Santander, il aurait le temps de vous donner mes dernières instructions. Santander devait être pris avant Valladolid. Dans cette espèce de guerre , un mouvement rétrograde ne vaut jamais rien. Votre marche de Santander sur Valladolid a manqué de faire soulever toute la Biscaye. La prise de Santander aurait rendu nulle l’insurrection de Valladolid. Le général Merle entrant à Santander le 8 et revenant ensuite à Valladolid, cette dernière ville eût été soumise deux jours plus tard , mais on aurait marché de là sur Léon et on aurait profité de la victoire. Ce que je vous dis là est pour votre gouverne. Les mouvements rétrogrades sont dangereux à la guerre ; ils ne doivent jamais être adoptés dans les guerres populaires : l’opinion fait plus que la réalité ; la connaissance d’un mouvement rétrograde que les meneurs attribuent à ce qu’ils veulent crée de nouvelles armées à l’ennemi. J’ai fait envoyer de nouveau à Santander un chanoine de Burgos, mais dont je n’attends aucun effet.

 

Bayonne, 16 juin 1808

A M. Daru, intendant général de la Grande Armée, à Berlin.

Monsieur Daru, votre lettre du 3 juin ne justifie pas les démarches que vous avez faites. Par sa lettre du 18 janvier, le major général vous dit : « Quant aux 500 hommes qui manquent, l’intention de Sa Majesté est qu’ils soient recrutés parmi les Polonais et Allemands, etc. “. Il est impossible de voir là dedans l’autorisation de s’adresser à la Confédération pour avoir ces hommes. Le mot recruter n’est pas synonyme de contingent. Dans sa lettre du 8 mars, il explique encore mieux son idée, puisqu’il dit que, si l’on ne peut pas lever ces hommes sans recourir aux princes de la Confédération, il s’adressera à moi pour que je leur fasse connaître directement mes intentions, etc. Par sa lettre du 4 mai , il s’est trompé en approuvant ce que vous avez fait. Au reste, c’est une affaire faite, il n’y a plus de remède.

 

Bayonne, 16 juin 1808

Au cardinal Fesch, Grand Aumônier, à Paris.

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 10 juin , dans laquelle vous me dites qu’on tremble à Paris sur le choix d’un constitutionnel pour succéder à l’archevêque de Paris. Il me semble qu’il n’ y a plus de constitutionnels, et que, selon les principes de l’Église, on ne doit plus se souvenir d’un péché qui est pardonné. Vous dites aussi qu’on tremble du lieu où ce prélat sera enterré : il me parait que les personnes dont vous me parlez tremblent facilement. J’ai du reste vivement regretté ce bon archevêque; je le remplacerai difficilement.

 

Bayonne, 16 juin 1808

Au général Caulaincourt, ambassadeur à Saint-Pétersbourg

Plusieurs artistes se sont sauvés de Paris pour se réfugier en Russie. Mon intention est que vous ignoriez cette mauvaise conduite. Ce n’est pas de danseuses et d’actrices que nous manquerons à Paris.

 

Bayonne, 17 juin 1808

NOTE POUR LE PRINCE DE NEUCHATEL, MAJOR GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMÉE, A BAYONNE.
                                                  .
Il faut écrire au général Lefebvre qu’immédiatement après être maître de la ville il doit désarmer les habitants, fortifier le château de Saragosse conformément au plan du colonel Lacoste, et faire mettre sur-le-champ la main à l’oeuvre.

Qu’il ordonne que tous les fonds qui auront été pris dans les caisses royales soient rétablis sur-le-champ.

Qu’il fasse imprimer les deux adresses de la junte de Bayonne, celle de la junte de Madrid, la proclamation de l’Empereur aux Espagnols, celle qui nomme le roi d’Espagne, telle que l’a fait publier le conseil de Castille; que toutes ces pièces soient remises à l’Audience de Saragosse, qui les enregistrera et publiera officiellement; qu’il veille que cela soit imprimé à 2 ou 3,000 exemplaires et répandu partout.

Qu’il fasse prendre des otages, arrêter tous les chefs et mettre le séquestre sur les biens des Palafox et tout ce qu’ils pourraient avoir.

Qu’il envoie dans les montagnes des députés pour qu’on apporte à Saragosse toutes les armes qu’on aura distribuées.

Qu’il fasse faire, par la municipalité, l’Audience (c’est-à-dire le tribunal d’appel) et le Chapitre , des proclamations imprimées à 4,000 exemplaires, dans lesquelles ils déclarent qu’ils reviennent de leur erreur, qu’ils voient le funeste effet des mauvais conseils, qu’ils doivent jurer obéissance à leur nouveau roi, dont l’avènement a été proclamé par le conseil de Castille.

Il fera en sorte que, dans une séance solennelle, l’évêque, les curés, le Chapitre, l’Audience, la municipalité, prêtent le serment de fidélité à leur nouveau Roi, et qu’une députation de l’Audience, de la municipalité et des principales villes se rende sur-le-champ à Bayonne, pour implorer le Roi, et demander leur grâce, pour qu’ils ne soient point traités comme pays de conquête.

Quoique toutes ces pièces aient déjà été envoyées au général Lefebvre, il faut envoyer encore une copie de chacune d’elles, et qu’il veille à ce que tout soit promptement imprimé.

Vous donnerez les mêmes ordres au maréchal Bessières pour l’Audience de Valladolid. La députation de la municipalité doit être en route. Mais il est nécessaire que les proclamations de la junte de Castille et du Roi soient imprimées à 2,000 exemplaires et répandues partout.

Que l’évêque, les curés, les couvents et l’Audience aient à prêter leur serment.

Il est nécessaire que vous fassiez partir également, en toute diligence, un officier d’artillerie pour prendre le commandement du fort de Saragosse, et le capitaine du génie Combes, employé à la place
de Bayonne, pour faire exécuter les fortifications qu’aura tracées le colonel Lacoste et faire mettre le château dans un état respectable.

Vous ordonnerez au général d’Agoult de tenir prêts trois des plus gros mortiers avec 600 bombes, pour envoyer au château de Saragosse, et pouvoir, par l’aspect de cette batterie, contenir la ville. Il n’enverra cet armement qu’autant que le colonel Lacoste le fera demander.

Expédiez sur-le-champ un officier au général Lefebvre.

 

Bayonne, 17 juin 1808

DÉCISION.

Le général Clarke, ministre de la   guerre, expose que plusieurs corps de l’armée de réserve ont, à la suite de leur 5e bataillon, des officiers qui, d’après la nouvelle organisation, appartiennent au 4e bataillon. Les laisser à la suite des dépôts pendant deux mois pour exercer les conscrits. En dresser, pendant ce temps, des états et me les envoyer. Je donnerai des ordres.

 

Bayonne, 17 juin 1808

Au prince de Cambacérès, archichancelier de l’Empire

Je reçois votre lettre du 13. L’interrogatoire de Florent-Guyot et de Jacquemont m’a frappé; prenez-en, je vous prie, connaissance Cette affaire mérite d’être suivie. Jacquemont nie tout, non seulement ce que dit Malet, mais encore ce que dit Florent-Guyot. Cet homme trempe visiblement dans un complot. Je suppose que vous n’aviez pas connaissance de ces interrogatoires avant votre lettre du 13. Je vous prie de faire une enquête sur les personnes que voyaient journellement ce Jacquemont. Faites venir le préfet de police et témoignez lui ma satisfaction de l’activité qu’il met dans la poursuite de ce complot. Recommandez-lui, indépendamment de ce qu’il m’écrit, de vous rendre compte tous les jours, et dirigez-le par vos conseils et votre prudence. Il est nécessaire que vous parliez de toutes ces affaires au conseiller d’État Pelet… (la suite est publiée dans la Correspondance – ci-après)

 

Bayonne, 17 juin 1808

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’empire, à Paris

Mon Cousin, on m’assure qu’on tient chez Fouché les propos les plus extravagants. Depuis les bruits sur le divorce, on dit qu’on en parle toujours dans son salon, quoique je lui aie fait connaître dix fois mon opinion là-dessus. Le résultat de tout cela est de déconsidérer le souverain , et de jeter du vague dans les esprits. Prenez des informations, et, si cela est, parlez-en à Fouché et dites-lui qu’il est temps qu’on finisse de s’occuper de cette matière-là , et qu’on est scandalisé de voir la suite qu’il y met. Est-il étonnant, après cela, que des hommes comme Florent Guyot, Jacquemont et autres, sur ces hypothèses , commencent à tramer des complots ? Ce n’est pas que j’aie le moindre doute sur la fidélité de Fouché, mais je redoute la légèreté de sa tête, qui, en propageant ces idées, en fait naître d’autres et des projets que, par métier, ensuite il est obligé de réprimer.

 

Bayonne, 17 juin 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale,à Paris

Je reçois votre lettre du 13 juin. Les interrogatoires de Jacquemont et de Florent-Guyot m’ont fort surpris. Je suis loin de n’y voir comme vous rien de nouveau : j’y vois évidemment un complot dont l’un et l’autre sont. Quelle est la société que fréquentent individus ? Benjamin Constant doit être là dedans. Cette canaille sera-t-elle toujours protégée à Paris ?

Dans vos derniers numéros, vous me parliez encore de divorce. Ce sont ces conversations qui alarment l’opinion et font naître le trouble dans le pays le plus tranquille du monde. Si chacun donnait l’exemple de faire son devoir et ne faisait que cela, beaucoup de choses n’arriveraient pas.

Je ne soupçonne pas Garat; mais c’est une tête si faible, et qui est mise à de si rudes épreuves dans les conversations que vous avez ensemble, qu’il ne serait pas étonnant qu’il se lançât dans de fausses démarches et qu’il finît par se trouver compromis.

Je sais gré au préfet de police de suivre vivement cette affaire. Vous me direz que tout cela n’est pas dangereux. Sans doute; mais dois-je donc m’attendre à ce que les personnes pour lesquelles j’ai témoigné le plus d’égards, soient les premières à ébranler la fidélité que me doit la nation ? Quels qu’ils soient, ils n’y réussiront pas, et ils n’entraîneront que leur ruine.

Au reste, quand il sera prouvé qu’ils sont coupables, je ne veux exercer d’autre vengeance que celle de les faire connaître à la nation pour les marquer du sceau d’un éternel opprobre. On ne peut pas regarder comme des conversations philosophiques ces conversations avec des hommes tarés et aussi peu philosophes que Malet, Guillet et autres généraux, tous gens d’exécution. Ce n’est plus de l’idéologie, mais une véritable conspiration.

Où est et que fait La Fayette ?

Je ne reçois pas de bulletins de police. C’est d’une négligence inexcusable. Vous ne me parlez pas d’un rassemblement de 30 individus armés, qui, dans le département de Maine-et-Loire, ont attaqué une caserne de gendarmerie et ont fait là une fusillade d’une heure. Comme affaire de police, cette affaire est pourtant d’une assez grande importance.

 

Bayonne, 18 juin 1808

DÉCISION

Le général Clarke, ministre de la guerre, rend compte de la formation, par le maréchal Kellerman, dans chaque dépôt de grenadiers ou carabiniers et voltigeurs, choisis parmi les plus beaux conscrits de 1809. Ces grenadiers et voltigeurs surnuméraires ne reçoivent aucune haute paye, continuent à faire partie de leurs compagnies respectives, mais ils sont réunis deux fois par semaine, par bataillon, pour être exercés. Le maréchal a fait donner provisoirement aux grenadiers des briquets étrangers, qui rentreront aux arsenaux au premier ordre. Cette mesure est mauvaise; surtout de leur donner des briquets; des briquets sont inutiles. Il ne s’agit pas d’avoir de beaux hommes, mais de les bien former. Si, pour cette fois, cela est fait, le laisser. Qu’il vous envoie l’état des détachements qui doivent renforcer les compagnies du général Oudinot. Jetez un coup d’oeil sur ce corps et proposez-moi des mesures pour porter chaque compagnie à 140 hommes

 

Bayonne, 18 juin 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre

Je reçois votre lettre du 13 juin, sur Flessingue. Vous m’interrogez sur sept questions. 

Vous me proposez d’augmenter de quarante bouches à feu l’armement de Flessingue; je ne le crois pas nécessaire. Il y a à Flessingue plus de canons qu’il n’en faut, puisqu’il y en a soixante et dix pièces d’un calibre supérieur à 12. Vous avez bien fait d’y envoyer cinq mortiers de 12 pouces. Il me paraît qu’il y a suffisamment de projectiles. 20,000 boulets pour trente-huit pièces sont suffisants. Il faudrait seulement envoyer quelques boulets de 12. Six cents milliers de poudre à Flessingue, c’est énorme; mais il me paraît qu’il n’y en a pas suffisamment, puisqu’il n’y en a que 72 milliers. Mettez-y 80,000 kilogrammes, ou 140 milliers, ce sera suffisant.

Une compagnie et demie d’artillerie à Flessingue suffit. L’infanterie doit fournir les hommes qui seraient nécessaires pour fournir les pièces. D’ailleurs, en cas de siège, une partie des canonniers de l’île de Cadzand doit y passer, comme, en cas de siège, il faudrait y diriger d’Anvers 50 milliers de poudre.

Quant à la proposition de former trois compagnies de canonniers stationnaires , il faut réunir à Flessingue une compagnie de vétérans et la compléter à 120 hommes, en la maintenant toujours à ce complet, avec des hommes étrangers à la Belgique. Ces gens se façonneront au climat. Il faut aussi lever une compagnie de canonniers gardes nationales, non payés comme cela est d’usage dans les villes de Hollande, qui sera forte de 140 hommes , qu’on fera exercer tous les dimanches, et qu’on fera venir en cas d’alerte. Il faut enfin organiser une compagnie des garde-côtes de 140 hommes dans l’île.

Quant à la demande d’élever des ouvrages en terre à Breskens , et à l’établissement d’une batterie près l’emplacement d’un des forts projetés à Flessingue, j’ai répondu à ces deux questions par le décret que j’ai pris et que vous devez avoir reçu.

 

Bayonne, 18 juin 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Je reçois votre lettre du 13, sur l’organisation des pontonniers. Il parait que vous me proposez d’augmenter les dépenses de l’état-major. Mais il y aurait un moyen qui pourrait remplir mon but sans nécessiter cette dépense. Les deux bataillons de pontonniers sont égaux, chacun de huit compagnies; il faudrait composer celui qui doit faire le service sur le Rhin de douze compagnies, et celui d’Italie de quatre. On n’augmenterait pas la dépense et on atteindrait le but que je me propose.

 

Bayonne, 18 juin 1808

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Je reçois votre lettre du 14 juin. J’attends avec impatience le premier interrogatoire de Prégent. J’ai vu avec plaisir l’arrestation de Lemée débarqué sur les côtes de Saint-Malo. Je n’ai pas encore reçu aujourd’hui le bulletin de police, je ne puis comprendre d’où vient ce changement.

 

Bayonne, 18 juin 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée, à Bayonne

Mon Cousin, donnez l’ordre au général Verdier de faire venir de Logrono à Vitoria le tailleur chef de l’émeute de cette ville. Il nommera une commission militaire pour le juger et le faire fusilier au milieu de la place. Il fera imprimer sa sentence.

 

Bayonne, 18 juin 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée, à Bayonne

Mon Cousin vous trouverez ci-joint un rapport du ministre Dejean. Je crois qu’il ne faut point faire venir les souliers de Paris, mais les faire faire à Bordeaux et à Bayonne. Il faut donc commander dans ces deux villes la quantité nécessaire pour compléter les deux paires de souliers que j’accorde en gratification et selon le rapport du ministre. Les chemises doivent être faites également à Bayonne et à Bordeaux. Il est inutile de rien faire venir de Paris. Faites-vous faire par l’ordonnateur un rapport de tout ce qui a été envoyé à l’armée et mettez tout en train pour faire fournir la paire de souliers que j’ai accordée.

 

Bayonne, 18 juin 1808.

Au général Dejean, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris.

Je ne comprends rien à cette lettre. Je me fais représenter mon ordre du 7 juin, et j’y vois que, par erreur, on a mis que la solde, vivres, etc. seraient payés par le Trésor d’Italie, au lieu de mettre par le payeur de l’armée d’Italie. Avec un peu d’attention, cette interprétation ne devait pas échapper , puisqu’il est dit plus bas que le bois, lumières, indemnité de logement, seraient payés par le pays ; il est donc évident que les premières dépenses ne devaient pas l’être. Votre lettre jettera une grande terreur en Italie. Hâtez-vous d’écrire dans ce sens. Pour mieux expliquer mon idée , j’ai pris un décret que vous recevrez.   

 

Bayonne, 18 juin 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Je reçois votre lettre du 15. Vous me dites que vous avez interrogé Préjean, et vous ne me dites rien de son interrogatoire. S’il est franc, il doit dire beaucoup de choses; s’il ne vous dit rien , c’est qu’il veut vous tromper et s’échapper. Il faut donc pousser vivement cette affaire et savoir les agents anglais qui sont à Paris et dans nos ports. Cet homme les connaît tous.

 

Bayonne, 18 juin 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée, à Bayonne

Donnez l’ordre de faire partir demain matin pour Pampelune 30 canonniers des 60 qui sont à Bayonne, commandés par un officier, ou par un sergent s’il n’y a pas d’officier; tous les hommes isolés qui se trouvent à Bayonne, tous les hommes du ler régiment de la Vistule, et une compagnie de 120 hommes, habillés ou non, mais bien armés et avec des cartouches, du 2e régiment de la légion de la Vistule, de manière à faire 250 à 300 hommes. Vous donnerez le commandement de cette colonne à un officier supérieur intelligent. Vous en passerez la revue à six heures du matin. Cette colonne marchera de manière à arriver en trois jours à Pampelune.

Vous donnerez ordre au général d’Agoult de tenir les hommes non habillés de la légion de la Vistule dans la citadelle, jusqu’à ce qu’ils aient leurs habits, qui leur seront envoyés dès qu’ils arriveront à Bayonne. Dirigez les 30 canonniers sur le corps du général Lefebvre , ainsi que les hommes isolés de l’artillerie dont il a besoin pour prendre Saragosse; et lorsque Saragosse sera pris , ces 30 hommes seront destinés à tenir garnison dans le château de Saragosse. Si vous pouvez joindre à cette colonne 30 hommes des différents dépôts qui sont ici, ce ne sera que bien. Si l’on peut charger, cette nuit, 25,000 rations et 50,000 cartouches sur des mulets à bât, on le fera; sans quoi, on préparera ce convoi pour après-demain.

 

Bayonne, 19 juin 1808

NOTE POUR LE GÉNÉRAL SAVARY, EN MISSION A MADRID.

L’Empereur a lu la longue lettre que vous avez écrite au major général. Les dispositions qui ont été faites par le grand-duc de Berg lui paraissent bonnes.

Vous avez dû recevoir des nouvelles de Saragosse. Nos troupes serrent la ville; mais on attend quelques mortiers qui sont partis de Pampelune, pour perdre moins de monde.

L’Empereur a écrit de faire activer la marche d’une colonne qui se dirigeait sur Saragosse, parce qu’il la croyait à mi-chemin. S’il y a une faible colonne déjà avancée sur la route de Saragosse, elle pourrait continuer; cela serait utile, ne fût-ce que pour ouvrir la comamnication; mais cela n’est pas indispensable. Au 25, il y aura plus de 12,000 hommes et vingt mortiers ou obusiers ou bouches à feu devant Saragosse.

S’il y a quelque colonne en chemin , tachez de lui donner quelques obusiers et deux ou trois pièces de 12. S’il n’y en a pas, vous ne devez pas trop vous occuper de Saragosse; on en viendra à bout sans les secours de Madrid.

Il faudrait que la colonne qu’on place à Madridejos fût placée plutôt à San Clemente. Elle serait là à porté de soutenir le maréchal Moncey et de couvrir Madrid de tout ce qui pourrait venir par Albacete, qui est la communication de la Murcie, de Carthagène et d’Alicante.

Cette colonne ayant pour but d’appuyer le général Vedel, qui est envoyé à Andujar, il vous sera facile de remarquer qu’il n’y a pas plus loin de San Clemente à Andujar que de Madridejos à Andujar. Ainsi, la colonne du général Frère, placée à San Clemente, fera un appui naturel au maréchal Moncey et protégera son flanc droit, puisqu’eIle se trouve à mi-chemin de Madrid à Valence. Secondement, elle couvrira Madrid de tout ce qui pourrait venir de Murcie, Carthagène et Alicante. Enfin elle est également en position de soutenir le général Dupont et le général Vedel. Il faut laisser le général Frère maître de se porter sur Albacete pour dissiper les rassemblements qui pourraient s’y former, et de marcher sur les rebelles de Murcie ou Carthagène qui voudraient inquiéter les derrières du maréchal Moncey.

Enfin, quand on aura des nouvelles satisfaisantes du général Dupont, et qu’on aura lieu de croire que le général Vedel lui suffise, le général Frère pourra se porter sur Valence ou bien servir d’avant-garde pour marcher sur Carthagène, pendant que le maréchal Moncey s’avancera par Alicante.

Le général Duhesme a gardé tous les corps qu’il avait en Catalogne , où il attaque les rebelles, les désarme et leur fait porter la faute de leur révolte.

L’Empereur juge que ce n’est pas assez de rendre les autorités responsables; il faut sans doute les rendre responsables, mais il faut leur en donner les moyens. Pour cela, il faut désarmer et former quatre compagnies des gardes nationales des plus recommandables du pays, pour appuyer les alcades et maintenir la tranquillité; ceux-là seront responsables s’ils ne la maintiennent pas. A cette responsabilité des plus considérables de chaque ville on joindra celle des évêques, des couvents. C’est ainsi qu’en France la tranquillité publique a pu être maintenue. Sans eux, la France fût tombée dès 1789 dans la plus horrible anarchie.

Voilà ce que l’Empereur eût désiré qu’on eût fait à Tolède, à Aranjuez, à Ségovie et partout ailleurs. Comme Aranjuez est une petite ville, on aurait pu former quatre compagnies de 50 hommes.

 

Bayonne, 19 juin 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, dans une lettre au directeur de l’administration de la guerre, dont je vous envoie copie, on a mis par erreur Trésor du royaume d’Italie, au lieu de mettre payeur de l’armée d’Italie; il était facile de remarquer que, puisque le bois, lumières, etc., doivent être payés par le pays, les premières dépenses ne doivent pas l’être. Quoi qu’il en soit, vous aurez eu une belle épouvante; je m’empresse de vous rassurer.

La solde, l’habillement et la nourriture de ces troupes doivent être payés par le trésor de France ; le casernement, le bois , les lumières seront seuls payés par les États de Rome et d’Ancône.

 

Bayonne, 19 juin 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois vos différents états de l’armée italienne au 31 mai. Le nouveau 70 régiment de ligne, ou le régiment du Pape, n’y est pas compris. Les trois départements d’Ancône y sont considérés comme étrangers, puisque les troupes qui s’y trouvent sont portées comme hors du royaume. Les six régiments de ligne sont portés pour un effectif de 15,200 hommes. Il faut me faire connaître combien il y a d’hommes à réformer et combien il y en a en état de faire la guerre. Comme le complet de guerre est de 19,400 hommes, il manquerait donc 4,200 hommes pour le complet. Les trois régiments d’infanterie légère ont 7,500 hommes ; ils devraient avoir, au complet, 9,600 hommes; il manquerait donc 2,100 hommes , et, pour compléter tous les régiments d’infanterie, 6,300 hommes.

Les quatre régiments de cavalerie font 2,900 hommes ; ils devraient avoir, au complet , 4,000 hommes; il manque donc 1,100 hommes. Ainsi c’est 7,400 hommes qu’il faut pour compléter l’armée italienne. Si vous y joignez ce qui manque pour compléter le régiment formé des troupes du Pape, il faut porter le nombre des hommes manquants à 10,000 hommes.

Dans la conscription que je vois que vous avez levée sont compris les hommes qui avaient vingt ans au 1er janvier 1808, c’est-à-dire nés dans l’année 1788. Ne pourrait-on pas appeler les 10,000 hommes nécessaires parmi les hommes nés en 1789 , et ayant vingt ans au 1er janvier 1809 ? Occupez-vous de ce projet; bien entendu que cet appel ne se fera qu’après la récolte. Si mon armée devait entrer en campagne au mois de septembre, voyons ce qu’elle pourra. fournir.

Garde royale. Infanterie : le 3e bataillon de vélites, 600 hommes; je ne compte ni celui qui est en Espagne, ni celui qui est à Zara; le ler bataillon de la Garde royale qui est à Milan, 600 hommes; total, 1,200 hommes d’infanterie. Cavalerie : dragons de la Garde , 400 hommes. Artillerie, 100; train d’artillerie, attelant huit pièces de canon , 100. Total de ce que peut fournir la Garde royale, infanterie, cavalerie, artillerie, 1,800 hommes.

Infanterie de ligne. Le ler régiment d’infanterie de ligne pourrait fournir quatre bataillons de six compagnies chacun, formant, présents sous les armes, 2,400 hommes; le 26 régiment pourrait fournir le 4e bataillon de six compagnies, formant 600 hommes; le reste est en Espagne et à Corfou; le 3e régiment pourrait fournir trois bataillons, chacun de 600 hommes, 1,800; le 4e pourrait fournir également trois bataillons, le reste étant en Espagne, 1,800; le 5e pourrait fournir un bataillon de 600 hommes; le 6e pourrait également fournir un bataillon de 600 hommes, qu’on ferait venir de l’île d’Elbe; le 7e pourrait fournir deux bataillons, 1,200 hommes; total, quinze bataillons ou 9,000 hommes d’infanterie.

Infanterie légère. Le ler d’infanterie légère pourrait fournir quatre bataillons, formant 2,400 hommes; le 2e, également, 2,400; le 3e, deux bataillons, 1,200 hommes; total, 6,000 hommes.

Total général de l’infanterie, 15,000 hommes.

La cavalerie pourrait fournir, savoir : les chasseurs royaux italiens , trois escadrons de 200 hommes chacun, 600 hommes; le 2e régiment de chasseurs, un escadron de 200 hommes; les dragons de la Reine, trois escadrons , 600 hommes; les dragons Napoléon, trois escadrons, 600 hommes; total, 2,000.

L’artillerie pourrait fournir à l’armée active, savoir : l’artillerie à pied, 800 hommes ; l’artillerie à cheval, 600 hommes ; total , 1,400 hommes.

Les sapeurs pourraient fournir …..

Le total de l’armée active italienne serait donc : infanterie, 16,200 hommes; cavalerie, 2,400 ; artillerie, 1,600; sapeurs ….. total, 20,200 hommes. Ce qui pourrait former une division de cavalerie de trois régiments et deux divisions d’infanterie; ce qui exigera trente-six pièces de canon.

Indépendamment de cela, les dépôts seront remplis de conscrits, pour garder les places fortes et réparer les pertes. de la campagne.

Faites-moi un rapport sur cela, car il faut avoir, outre l’armée active, 5 ou 6,000 conscrits des dépôts pour occuper les places.

Envoyez les régiments les moins instruits au camp de Montechiaro, pour les faire travailler et les exercer. Toute la conscription de cette année est déjà arrivée ; la 27e et la 28e division militaire sont remplies de troupes qu’on habille et qu’on exerce. Je ne me presse pas de les envoyer en Italie, pour laisser passer la mauvaise saison ; mais si les circonstances le rendaient nécessaire, je réunirais en août, à Chambéry et à Genève, de fortes colonnes pour les diriger sur l’Italie. Il n’y a pas d’inconvénients de demander, dans les 27e et 28e divisions militaires , qu’on vous envoie les dépôts des armées de Naples et de Dalmatie dont vous avez les corps, car il faut que tous le 4e bataillons des corps de ces deux armées soient complétés à 7 ou 800 hommes présents sous les armes. Pour arriver à ce résultat, il faut d’abord appliquer à mon armée italienne la nouvelle organisation des régiments à cinq bataillons ou vingt-huit compagnies, et assigner à chacun des dépôts, à poste fixe , un chef-lieu de département d’où il ne sortira pas.

 

Bayonne, 19 juin 1808

A Louis Napoléon, roi de Hollande

Je vois que vous avez pris le deuil de la duchesse de Brunswick-OEIs. Où diable avez-vous trouvé cela ? Vous ne considérez sans doute pas cette princesse comme souveraine de Brunswick; vous ne deviez donc pas en porter le deuil. Les gens qui sont autour de vous n’entendent rien aux convenances et vous font faire tous les jours de nouvelles gaucheries. Je ne sais pas si cela était en usage dans la cour du stathouder; mais l’exemple de la cour du stathouder ne peut faire loi pour la cour d’un roi, et d’un roi français.

 

Bayonne, 20 juin 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Je reçois votre lettre du 14 avec le bulletin du 11. J’avais espéré que Préjean donnerait quelques renseignements importants. Il faut lui faire faire son journal jour par jour, avec l’indication des endroit, où il a été dîner et coucher. J’ai peine à croire que les affaires soient si claires qu’il le dit. Il faut qu’il fasse des déclarations sincères, qui nous fassent connaître les agents anglais sur nos côtes et à Paris. S’il a vu ce Puisaye depuis son arrivée en France et que Puisaye n’en ait rien dit, il est très coupable, et il faut sévir contre lui. Ce sont des hommes toujours prêts à nous trahir. J’attends le rapport que vous me ferez.

 

Bayonne, 20 juin 1808

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Je reçois votre lettre du 14 avec le bulletin du 11. J’avais espéré que Prégent donnerait quelques renseignements importants. Lui faire faire son journal jour par jour et les endroits où il a été dîner et coucher. J’ai peine à croire que les affaires soient si claires qu’il le dit. Il faut qu’il nous fasse connaître les agents anglais sur nos côtes et à Paris. S’il a vu ce Puisaye depuis son arrivée en France et que Puisaye n’en ait rien dit, il est très coupable. Il faut sévir contre tous ces fous d’hommes toujours prêts à nous trahir. J’attends le rapport que vous me ferez (voir le texte un peu différent ci-dessus).

 

Bayonne, 20 juin 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée, à Bayonne

Mon Cousin, écrivez au roi de Westphalie pour demander que les hommes des 1er et 4e régiments westphaliens qui sont à Magdebourg, qui ont assassiné des Français, soient sévèrement punis. Faites lui connaître qu’il doit donner un meilleur esprit à ses troupes, et que s’il lève des troupes pour assassiner les Français, nous aurons fait là une belle emplette. Demandez un rapport sur le 

 

Bayonne, 20 juin 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée, à Bayonne

Mon Cousin, vous donnerez l’ordre au colonel Piré, votre aide de camp, de partir demain à trois heures du matin avec le 9e escadron de marche, le 3e régiment d’infanterie de la Vistule et deux pièces de canon. Lorsque sa colonne sera en marche, il prendra le devant et arrivera le même jour à Saint-Jean-Pied-de-Port. Il fera choisir là, de concert avec le général Lamartillière, les gardes nationales de bonne volonté, en supposant que toutes ne le soient pas, dont il formera un bataillon de six compagnies sous le commandement d’un chef de bataillon; si tous les 1,200 hommes sont de bonne volonté, il prendra ces 1,200 hommes sous son commandement et les fera partir le 22 pour Pampelune. Si les gardes nationales marchent tout entières, il en fera deux bataillons de 600 hommes chacun, ce qui lui fera quatre bataillons, 100 hommes de cavalerie et deux pièces de cation. Arrivé à Pampelune, il fera armer à neuf les gardes nationales avec des fusils espagnols. Avant qu’il soit arrivé à Pampelune , il recevra des ordres sur le lieu où il devra se porter.

Il aura soin qu’avant de partir de Bayonne les Polonais aient leurs cinquante cartouches par homme, de même que la garde nationale avant de partir de Saint-Jean-Pied-de-Port.

Vous écrirez au général Lamartillière que, si les 1,200 hommes de gardes nationales veulent partir, je le verrai avec plaisir; qu’il peut leur donner l’assurance qu’elles sont destinées à occuper Pampelune jusqu’à la prise de Saragosse, et que, lorsque Saragosse sera pris, elles reviendront en France par le plus court chemin, et que les remplaçants continueront à avoir leur haute paye comme à l’ordinaire. Quant au général Lamartillière, immédiatement après que cette colonne sera partie , il retournera à Pau pour y recevoir les autres colonnes.

 

Bayonne, 20 juin 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Faites partir de Mantoue les deux bataillons du 2e régiment napolitain. Dirigez-les par le plus court chemin sur Avignon. Chacun de ces bataillons laissera une compagnie au dépôt. Vous pourrez y joindre tout ce qu’il y a de disponible du 11e de ligne. Voyez si la route la plus courte est de les faire passer par la rivière de Gênes ou par Grenoble. Faites partir également un escadron du 9e régiment de chasseurs à cheval napolitain pour Avignon, en le complétant à 200 hommes. Je vois que vous avez beaucoup de troupes à Mestre et à Monselice. Je crains que ce pays ne soit malsain. Il faut placer les dépôts de l’armée de Dalmatie dans les lieux sains. Voilà le temps de la mauvaise saison ; éloignez les troupes françaises de tous les bas pays.

 

Bayonne, 21 juin 1808

A M. Dubois, préfet de police

J’ai reçu les interrogatoires du 16. Je suis loin de trouver que vous ayez fait arrêter le sieur Jacquemont légèrement. Il peut être innocent; mais son interrogatoire est celui d’un criminel. Continuez à suivre cette affaire avec la plus grande activité, en marchant toujours avec les indices et jamais avant.

 

Bayonne, 21 juin 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale

J’ai lu avec grande attention votre bulletin du 16 juin. Il me semble qu’il compromet Mme Janne (?) et M. et Mme Fortin.

Préjean doit vous donner des renseignements positifs sur ce qui se passe à Londres et sur les agents qu’on envoie. Qu’est-ce que le due d’Orléans a été faire du côté de Malte, et le duc d’Angoulême du côté de la Suède ?

Envoyez-moi tous les originaux des papiers saisis sur Préjean, avec des notes pour mon intelligence. Faites-moi connaître ce que c’est que Préjean; qu’est-il de son métier ?

 

Bayonne, 21 juin 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Bayonne

Monsieur de Champagny, répondez au ministre d’Amérique que vous ne savez pas ce qu’il veut dire sur l’occupation des Florides , et que les Américains, étant en paix avec les Espagnols, ne peuvent occuper les Florides sans la permission ou la demande du roi d’Espagne.

 

Bayonne, 21 juin 1808

A Frédéric-Auguste, roi de Saxe, à Dresde

J’ai reçu la lettre de Votre Majesté du 5 juin. J’ai vu avec plaisir qu’elle avait été satisfaite des derniers arrangements qui ont eu lieu ici. Je désire qu’elle reste intimement persuadée que mon désir est de lui donner, dans toutes les circonstances, des preuves de l’intérêt que je lui porte et de la singulière estime qu’elle m’a inspirée.

 

Bayonne, 21 juin 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon fils, je vous envoie une lettre que m’écrit le ministre de la marine. Vous devez en sentir l’importance. Accordez ce million, et faites transporter sur-le-champ ces bois à Venise; car ce serait une perte irréparable, que la perte d’un million de pieds cubes de bois.

 

Bayonne, 22 juin 1808

Au maréchal Berthier, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée

Le ministre du roi de Westphalie a fait une circulaire en date du 3 juin, qui est la chose la plus avilissante pour l’armée française. Écrivez au roi qu’il ait à la faire rapporter sur-le-champ, et que mon intention est que les commandants français jouissent de toute la dignité de leur rang dans ses États. Il est ridicule que les commandants français soient obligés de s’en rapporter aux commandants westphaliens, c’est-à-dire à des hommes qui étaient naguère nos ennemis et qui avaient les armes à la main contre nous, pour veiller au bien-être de nos soldats. Dites au roi que le colonel Morio, dans lequel je n’ai aucune confiance, ne saurait être le chef d’état-major de l’armée française; que cet officier n’a ni tête ni sens. Que veut dire cette subordination des militaires français envers les militaires westphaliens ? Ce serait tout au plus passable dans vingt ans d’ici. J’attends la réponse du roi pour savoir le parti que je dois prendre, pour maintenir la dignité due à mes troupes et à mes officiers.

 

Bayonne, 22 juin 1808

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

J’attends avec plaisir le mémoire de Prégent. Il faut lui demander quelles sont les lettres qu’il attendait de Londres pour décider les amis à l’aider.

Comment Prégent ne vous dit-il pas si Debar est ou non en Bretagne )

 

Bayonne, 23 juin 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, faites-moi une petite analyse du mémoire du sieur Mériage, pour voir si ce mémoire peut être bon à quelque chose.

Faites mettre dans les petits journaux, sous la rubrique de Vienne, beaucoup d’articles qui fassent connaître ce qui se passe chez les Serviens. Faites-moi un petit rapport sur toutes les pièces arrivées de Perse, et faites-les classer avec soin pour pouvoir les retrouver dans l’occasion.

 

Bayonne, 23 juin 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, le sieur Otto parle dans ses dernières dépêches d’une place forte que font construire les Autrichiens. Voilà la première fois que j’entends parler de cela. Informez-vous de l’endroit où est située cette place forte, depuis quand on y travaille. Demandez des renseignements là-dessus au sieur Andréossy.

 

Bayonne, 23 juin 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur Decrès, le contre-maître hollandais est arrivé. J’ai donné ordre qu’au lieu de construire 2 frégates, on travaillât à l’un des 2 vaisseaux de 74, dont on a déjà fait les membrures. Cela emploiera beaucoup de bois qui se pourrissent, et alors on pourra fournir au bassin des Pyrénées la quantité de bois qu’on marque pour ce port ordinairement. Il sera convenable alors de ne finir les 3 vaisseaux qu’en 3 ans, et en en mettant un successivement chaque année sur le chantier jusqu’au nombre de 3, sauf à
les mettre à l’eau dans un moment opportun. Personne ne met en discussion qu’Anvers, le Havre et Nantes doivent être les 3 chantiers de construction de l’empire; et que Brest, Lorient et Rochefort doivent être des ports de radoub, et aussi des ports de construction pour des vaisseaux à 3 ponts. Le problème est résolu pour Flessingue. Je mets en fait qu’il doit l’être facilement pour Lr Havre et Nantes, et je pose le principe que dans tout chantier où l’ on construit des frégates de 18, et d’où on les fait sortir sans le secours de l’art, on peut aussi faire construire un vaisseau et le faire sortir, mais avec le secours de l’art. J’entends par le secours de l’art des machines analogues aux chameaux. Les Hollandais ont imaginé les chameaux pour leur usage et pour la localité d’Amsterdam; il faut en faire construire pour la localité du Havre et pour celle de Nantes.

Une frégate construite au Havre sort, je crois, entièrement armée et tirant 18 pieds d’eau. Qui empêche donc de faire sortir un vaisseau qui peut être réduit à un tirant d’eau de 16 pieds ? et si le Havre ne pouvait offrir la sortie qu’à des bâtiments tirant 14 pieds d’eau, qui empêcherait qu’ils fussent allégés de 2 ou 3 pieds d’eau, en les élevant sur un chameau construit pour la localité ? Même observation pour Nantes. Depuis six ans j’ai cette idée. Si elle avait été réalisée, nous aurions aujourd’hui 6 vaisseaux de plus. Le bassin de la Loire peut alimenter Rochefort et Lorient de bois et donner le moyen de construire trois vaisseaux de 74 par an. Le bassin de la Seine également. Faites-moi un mémoire sur ces deux questions, et proposez aux ingénieurs, s’il est nécessaire d’alléger les vaisseaux pour les faire sortir du Havre et de Nantes d’imaginer la construction d’une espèce de chameau appropriée à la localité. Lorsque j’aurai fixé l’époque à laquelle j’irai à Rochefort et à Nantes, je vous y appellerai. Je vous prié d’occuper sérieusement de ces questions les officiers de génie qui ont le plus fait et lancé de vaisseaux; à ce sujet, il me semble que j’ai autorisé au Havre la construction d’écluses par où les frégates seules pourraient sortir. Je vous prie de me remettre cette décision sous les yeux. Je l’ai prise malgré moi, et je veux revenir sur cette décision. Mon intention est que les écluses aient une largeur telle que les vaisseaux puissent passer; car j’ai la conscience que je dois arriver à construire une espèce de chameau qui me permette, dans la belle saison et un temps calme, d’alléger un vaisseau et de le mettre en mer. Quant à Nantes, les frégates sortent tout armées. Je conçois difficilement ce qui peut s’opposer à la construction d’un vaisseau de 74 dans les chantiers de ce port. Mais je désire que vous stimuliez les hommes de l’art, et que l’on imagine ce qui est approprié à la localité de ces deux grandes rivières.

 

Bayonne, 23 juin 1808

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Bayonne

Monsieur de Champagny, voyez à faire partir un chasse-marée pour Santander avec 200 exemplaires de chaque proclamation en espagnol qui ont été imprimées en remontant à de qui a paru depuis quinze jours. Ce chasse-marée nous apportera, au retour, des nouvelles de cet endroit.  Il aura soin, comme de raison, de s’assurer, avant d’entrer à Santander, que nos troupes sont en possession des forts.

 

Bayonne, 24 juin 1808

NOTE SUR L’ETABLISSEMENT DU JURY EN WESTPHALIE.

On peut supprimer le jury d’accusation, niais il faut maintenir le jury de jugement dans son intégrité ; il le sera en France, parce que c’est une bonne chose et que la nation le désire. Je tiens à ce qu’il soit établi en Allemagne, parce que les gens éclairés le désirent aussi, et que j’ai eu mes raisons politiques pour prescrire l’établissement du jury en Westphalie. Les motifs exposés dans le mémoire de M. Siméon (ministre des cultes en Westphalie) me paraissent de nulle valeur. Je n’ai pas établi le jury en Italie, parce que je n’y ai vu aucun objet politique et que les Italiens sont trop passionnés ; mais aussitôt que le nouveau système français sera conçu, je l’adapterai de même à l’Italie…..(illisible) La discussion ni1a prouvé que ceux qui ne veulent pas du jury ne veulent pas non plus de la publicité ‘ ….. (illisible) Ce serait une grande erreur de croire qu’un jury d’accusation est une première instance ; il n’en est rien. Ceux qui veulent la publicité sans jury et sans appel disposent légèrement de la vie des hommes.

 

Bayonne, 23 juin 1808

A M. Crétet, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur Cretet, je reçois votre lettre du 18 juin. Il me paraît fort nécessaire que vous ordonniez qu’on travaille au canal de Troyes (il parait qu’il y a des fonds faits pour ces travaux) , et que vous ordonniez également la démolition de la porte de la ville, afin de donner de l’occupation aux ouvriers. Il faut aussi faire travailler à Marseille. Pourquoi garder 1,200 prisonniers à Troyes, où il n’y a pas d’ouvrage, taudis qu’on pourrait les employer bien plus utilement aux travaux des canaux de l’Escaut, Napoléon et de Bourgogne ? Je n’entends pas dire qu’on ait encore pris de l’argent à la caisse d’amortissement pour ces trois canaux. Les travaux des ponts et chaussées sont menés bien lentement. Quand j’ai accordé des fonds extraordinaires si considérables, j’ai eu en vue non-seulement de faire des travaux, mais aussi d’occuper tous les bras oisifs de l’Empire. Nous voilà au milieu de la campagne, et je vois avec peine qu’aucune des mesures q    ue j’ai prescrites n’aura été exécutée. Je voulais dépenser trois millions cette année à chacun des trois grands canaux, et l’on n’y aura pas dépensé 600,000 francs; j’ai accordé un million pour la route des Landes, et l’on n’y travaille pas ; il en sera de même sans doute de tous les autres travaux. Cependant nous voilà au mois de juillet, et le ler juillet est la moitié de l’année. Faites-moi un rapport qui me fasse connaître si toutes les mesures que j’ai ordonnées pour répartir des travaux dans tout l’Empire sont exécutées. 

Je désire également connaître ce qu’a produit la caisse que j’ai établie en Piémont pour les travaux extraordinaires, et que vous m’en présentiez la répartition.

 

Bayonne, 25 juin 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, envoyez par un courrier extraordinaire, au sieur Andréossy, l’extrait de la dépêche du sieur Otto, afin qu’il vérifie si l’on fait effectivement des magasins en Bohème, et qu’il soit alerte sur les démarches de l’Autriche. Il est également nécessaire que vous écriviez à mes ministres à Stuttgart et à Dresde, pour qu’ils envoient quelqu’un voir ce qui se passe en Bohème. Enfin il faut faire une note douce à M. de Metternich, dans laquelle vous lui ferez connaître que le commerce anglais est protégé dans les États d’Autriche; que, les Américains ayant mis l’embargo dans leurs ports, les bâtiments américains qui se présentent comme venant d’Amérique n’en viennent pas, mais qu’ils viennent de Londres et ont de faux papiers; qu’il est donc convenable que les trois bâtiments américains dernièrement arrivés à Trieste soient séquestrés; que la guerre avec l’Angleterre sera perpétuelle, si on ouvre un seul débouché à son commerce. Vous enverrez la copie de cette note au sieur Andréossy. Il paraît qu’il n’est point ferme sur ce principe, et qu’il ne sait pas qu’aucun bâtiment américain chargé de denrées coloniales ne peut être reçu, parce qu’il ignore qu’il ne peut venir que d’Angleterre. Vous connaissez le système; faites-lui deux pages là- dessus. Engagez le sieur Otto à parler des armements de l’Autriche au gouvernement bavarois, pour qu’il envoie de son côté des agents sûrs sur les lieux, vu qu’il est nécessaire que je sois instruit d’avance de ce qui se ferait, non que j’aie besoin de faire venir des troupes de France, car j’ai à la Grande Armée plus de 300,000 hommes, tous Français. Et il est bon que le sieur Otto sache, pour sa gouverne, qu’au lieu que l’armée ait été diminuée, elle a été au contraire réorganisée, et que j’ai en réserve sur le Rhin toute la levée de cette année, qui, au premier bruit, porterait la Grande Armée à un tiers de plus qu’elle n’a jamais eu. Dites au sieur Otto qu’il faut se tenir sur le qui-vive et se mettre en mesure d’être instruit d’avance, et que , si l’Autriche faisait des mouvements, la Bavière devrait armer ses forteresses et veiller à ce que le château de Passau ne fût pas surpris. Du reste, vous recommanderez au sieur Andréossy de veiller sur toutes ces intrigues des Russes et des Autrichiens au sujet de la Porte, mais de n’y prendre aucune part.

Écrivez au sieur Laforest que je ne suis pas content du traité qu’il a fait; que par ce tarif notre monnaie est dépréciée et regardée comme fausse, tandis qu’elle est la meilleure ; et qu’il ne faut point laisser accréditer, par de fausses mesures , des idées qui auraient de longues conséquences à notre détriment.

 

Bayonne, 25 juin 1808.

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, il faut que le bataillon de Neuchâtel ne soit plus chargé de fournir des détachements aux péniches. Les Suisses n’aiment pas à s’embarquer. Il faut faire fournir ces détachements par d’autres régiments.

 

Bayonne, 25 juin 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Il résulte d’un état, au ler mai, de la Grande Armée, que m’a envoyé M. Villemanzy, qu’il y a soixante et dix régiments d’infanterie légère ou de ligne qui, à un effectif de 2,520, font 176,000 hommes; qu’il y a huit régiments de grenadiers et voltigeurs de la division Oudinot qui, à un effectif de 1,680 hommes, feraient 13,400 hommes. Ainsi l’effectif de l’infanterie de la Grande Armée devrait être de 190,000 hommes ; cependant il n’est que de 156,000 hommes. Il faudrait donc 34,000 hommes pour compléter l’effectif de la Grande Armée à 140 hommes par compagnie , dont 5,000 hommes pour la division Oudinot.

Faites-moi un rapport là-dessus.

 

Bayonne, 25 juin 1808

NOTE POUR LE PRINCE DE NEUCHATEL, MAJOR GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMÉE, A BAYONNE.

Expédiez un courrier au camp de Saragosse

Vous ferez connaître au général d’Agoult à Pampelune, par un courrier , que les 600 hommes de la garde nationale d’élite sont partis ce matin de Saint-Jean-Pied-de-Port et doivent arriver demain soir à Pampelune; qu’il est très-nécessaire qu’il les laisse reposer la journée du 27 ; qu’il les passe en revue, rectifie leur organisation s’il y manque quelque chose, les arme à neuf et complètement, et qu’il les fasse partir pour rejoindre la colonne du colonel Piré, sur Saragosse.

Vous lui donnerez les nouvelles de Santander, et lui direz d’envoyer des convois pour alimenter le bombardement de Saragosse.

Vous ferez connaître à Saragosse les nouvelles de Santander, et au colonel Piré la marche de cette nouvelle colonne de gardes nationales.

Vous ferez connaître également à Saragosse qu’une colonne de 2,000 hommes, partie de Madrid, doit arriver le 29 près de Saragosse. Comme il y a déjà assez de monde, il est inutile de les laisser venir jusque-là; mais il faut se mettre en communication avec cette colonne, en faire venir les quatre obusiers qu’elle amène, pour aider au bombardement, et tenir cette colonne à trois ou quatre marches, afin qu’elle soit plus à portée de retourner à Madrid aussitôt qu’il n’en sera plus besoin. Cette colonne peut ainsi rester stationnaire un ou deux jours, prendre du repos et se tenir en communication avec Saragosse, afin de retourner à grandes marches sur Madrid du montent que Saragosse sera pris.

Vous manderez au général qui commande à Pampelune que 20 milliers de poudre partis de Saint-Sébastien ont dû déjà arriver à Pampelune; qu’un convoi de soixante voitures, parti hier, arrivera le 27, et que ces mêmes voitures pourront servir pour faire un voyage sur Saragosse et y porter des munitions de guerre.

 

Bayonne, 25 juin 1808, six heures du soir

Au maréchal Bessières, commandant la Garde Impériale, etc., à Burgos

Mon Cousin, j’ai appris avec un véritable intérêt le bon résultat de l’affaire de Santander. Vous aurez probablement appris par le major général ce qui s’y est passé le 23. Les Anglais ont dû perdre du monde, car on a vu leurs quatre frégates hisser beaucoup de blessés.

Il y a dans ce moment devant Saragosse 14,000 hommes. Le bombardement a dû commencer aujourd’hui , et j’attends demain la nouvelle de la reddition. Le 4e et le 15e de ligne arrivent ici; ils viennent de Rennes en dix jours. Deux autres régiments arrivent de Paris. Cela fera une réserve de 8,000 hommes à la tête desquels le Roi entrera.

Il y a à Santander beaucoup d’argent; ayez soin qu’on fasse payer la contribution que j’ai ordonné de mettre ; qu’on fasse mettre le séquestre sur les biens des membres de la junte, et surtout sur les biens de l’évêché, et ordonnez qu’une députation de vingt des principaux de la province se rende à Bayonne, et que le désarmement soit fait scrupuleusement dans tous les environs. Envoyez reconnaître s’il y aurait un petit fort où l’on pourrait mettre quelques troupes à l’abri de toute insulte, car il serait bon de laisser là 8 à 900 hommes pour empêcher les Anglais de tenter d’y pénétrer; mais il faudrait pour cela que cette poignée d’hommes pût se retirer dans un petit fort et y tenir cinq ou six jours. J’espère cependant que la leçon qu’ils viennent de recevoir leur ôtera l’envie de s’insurger de nouveau. J’imagine que vous faites travailler à force à votre château de Burgos. Cela est très-important ; n’y mettez que de grosses pièces , sans y employer nos pièces de campagne, qui sont toutes nécessaires ailleurs.

Faites-moi connaître les renseignements que vous avez sur les chemins de Palencia à Léon, et de Léon à Oviedo. Il faut marcher là en force. Aussitôt que Saragosse sera pris, non-seulement le général Verdier retournera avec ce qu’il a, mais je dirigerai encore sur Burgos beaucoup d’autres troupes. Je suppose que le major général vous envoie exactement les imprimés qui se font ici, et que vous avez soin de les faire réimprimer à Burgos.

 

Bayonne, 25 juin 1808

Au général Savary, aide-de-camp de l’Empereur, à Madrid

Monsieur le Général Savary, vous trouverez ci-joint le septième numéro des nouvelles d’Espagne. Ayez soin qu’il soit imprimé en espagnol et répandu partout. Nous savons que les Anglais qui étaient débarqués à Santander ont perdu du monde, et qu’en s’en allant ils ont tout brûlé sur la côte.

Douze cents hommes de gardes nationales viennent de partir pour Saragosse. Il y a une véritable armée française dans l’Aragon; les troupes qui y étaient sont suffisantes cependant. Ce dont on avait besoin, c’était de quelques mortiers, qui doivent y être arrivés. Je suppose qu’aujourd’hui ou demain dix-huit bouches à feu ou obus vont soumettre cette ville. Ce que l’on pourra tirer de l’Aragon après la prise de Saragosse sera envoyé à Bessières pour conquérir la Galice et les Asturies; mais il sera alors nécessaire, pour avoir une nouvelle division, qu’on renforce le général Dupont.

Le 4e et le 15e de ligne arrivent au moment même. Il n’y a que dix jours qu’ils sont partis de Rennes. Deux bataillons de la garde de Paris arrivent demain; deux autres arrivent dans deux jours. Je vais former une belle division de réserve de vieilles troupes que je ferai rentrer avec le Roi.

Faites appuyer Moncey et Dupont.

 

Bayonne, 26 juin 1808

Au cardinal Fesch, Grand-Aumonier

J’ai reçu votre longue lettre du 21. J’y ai vu trois choses 1° une lettre que vous avez écrite, et que vous n’aviez pas le droit d’écrire, au ministre des cultes, et à laquelle il n’eût pas dû répondre.
2° l’éloge de l’abbé Proyart, que je me suis contenté d’exiler à Arras, et que j’aurais dû tenir toute sa vie à Bicêtre pour le libelle séditieux contre la nation et le gouvernement qu’il a osé publier;
3° l’éloge de je ne sais quel missionnaire que la police a fait arrêter à à cause de son mauvais esprit. Je vous prie, lorsque vous m’écrirez, de prendre garde à ce que vous me dites, ou de vous dispenser de m’écrire, et de rester bien convaincu que tous les mauvais sujets je les ferai poursuivre, s’ils sont prêtres, avec plus de rigueur que les autres citoyens, parce qu’ils sont plus instruits et que leur caractère est plus saint. Quant au reste de votre lettre, je n’y ai vu que l’effet d’une imagination en délire, et je conseille, à vous et à tous ceux qui se créent ainsi des monstres qui n’existent que dans leur imagination, de prendre les bains froids. (cette dernière phrase est rayée sur la minute)

 

Bayonne, 26 juin 1808

A M. de Lavalette, directeur général des Postes.

Les princes d’Espagne ont reçu à Valençay beaucoup de lettres à leur adresse, venant de Bayonne, de Perpignan et de différents autres points de la frontière d’Espagne. Je vous avais cependant bien recommandé de prendre des mesures pour qu’il ne leur en arrivât pas.

 

Bayonne, 26 juin 1808

A M. Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur Bigot de Préameneu, il était autrefois d’usage que lorsque les légats terminaient leur mission, ils remissent les papiers de leur légation. Faites mettre cet usage à exécution. Les actes d’un légat n’ayant rapport qu’à des affaires intérieures, tous ses papiers doivent rester dans l’intérieur.

 

Bayonne, 26 juin 1808.

A M. Aldini, ministre Secrétaire d’État du royaume d’Italie, résidant à Paris

Étant informé que le cardinal Caprara ne quitte Paris que par les ordres du secrétaire d’État de Rome qui n’a aucun ordre à lui donner, vous lui ferez connaître que mon intention est qu’il ne quitte pas Paris et qu’il n’envoie aucun des papiers de la légation qu’il doit remettre au ministre des cultes, selon l’usage de tous les temps.

 

Bayonne, 26 juin 1808

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris.

Il n’y a pas d’inconvénient d’accorder à la femme du ministre anglais Adair la permission de se rendre à Reims

 

Bayonne, 26 juin 1808

NOTE POUR LE MAJOR GÉNÉRAL.
                                                  .
J’avais ordonné qu’il fût levé un bataillon de gardes nationales dans le département de l’Ariège, et que 500 fusils fussent dirigés sur Foix à cet effet. Faites partir sur-le-champ ces 500 fusils, et demandez au préfet pourquoi ce bataillon n’est pas levé. Écrire également dans le département de la Haute-Garonne qu’on envoie un bataillon de gardes nationales sur la frontière.

 

Bayonne, 27 juin 1808

Au prince Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon Fils, j’ai nommé le major que vous m’avez proposé pour commander les Dalmates. Je désirerais les faire venir à Venise, mais il faudrait profiter d’un temps qui permit de leur faire faire ce voyage par mer, car je crains qu’ils ne désertent si on les fait venir par terre.

 

Bayonne, 27 juin 1808

Au prince Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Je reçois votre lettre du 20 relative aux circulaires de la cour de Rome pour empêcher les évêques de prêter serment. La manière la plus simple dans ces matières, c’est de commencer par confisquer le temporel e tous ceux qui ne prêteront pas serment. Ainsi donnez ordres aux préfets que, si les évêques n’ont pas prêté le serment à telle époque, ils fassent percevoir les revenus de leurs biens au profit de la caisse publique. Il faut ensuite appeler les évêques à Milan et traiter avec eux.

Je vous autorise à faire une tournée d’une quinzaine de jours à Ancône, Macerata, etc. Votre présence ne peut qu’y faire du bien. On n’a pas encore commencé les travaux du port d’Ancône; il paraît que Caffarelli est extrêmement lent. D’un autre coté, les ingénieurs de la marine à Venise et les autres employés se plaignent de ne pas être payés depuis le mois de décembre.

 

Bayonne, 27 juin 1808

Au comte de Lacépède, Grand Chancelier de la Légion d’honneur.

J’ai nommé membre de la Légion d’honneur le sieur Scosseri, maire d’Alassio, département de Montenotte. Faites connaître à ce maire que c’est en considération de la bonne conduite qu’il a tenue lorsque les Anglais ont attaqué dernièrement la baie d’Alassio.

 

Bayonne, 28 juin 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Du côté de Saint-Malo, une péniche qui débarquait des brigands, des chouans, a donné dans une embuscade que la police avait fait tendre. Je suis fâché que la police ne se soit pas entendue avec vous; on savait où elle devait  aborder et on aurait  pu la prendre avec tous les individus qu’elle avait à bord. Voilà où nous conduit la rivalité des ministres.

 

Bayonne, 28 juin 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Mme de Staël a une correspondance suivie avec le nommé Gentz, et s’est laissé engager avec la clique et tripoteurs de Londres. Je désire qu’elle soit surveillée à Coppet, et que vous fassiez donner des ordres en conséquence au préfet de Genève et au commandant de la gendarmerie. Cette liaison avec cet individu ne peut être qu’au détriment de la France. Vous ferez connaître que, jusqu’à cette heure, on ne l’avait regardée que comme une folle, mais que, aujourd’hui, elle commence à entrer dans une coterie contraire à la tranquillité publique. J’ai ordonné également au ministre des relations extérieures de faire connaître cela à tous mes agents dans les cours étrangères, et de la faire surveiller dans tous les lieux où elle passera.

 

Bayonne, 28 juin 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Bayonne.

Mme de Staël ayant une correspondance suivie avec l’écrivain Gentz, et cette liaison ne pouvant qu’être répréhensible, mon intention est que vous fassiez connaître à mes ministres et agents en Allemagne et particulièrement à Weimar, que, cette dame venant à passer dans les États où ils résident, ils s’abstiennent de la voir et la fassent surveiller.

 

Bayonne, 28 juin 1808

Au général Caulaincourt, ambassadeur à Saint-Pétersbourg

Je n’ai reçu qu’hier votre lettre du 4; il paraît que votre courrier est tombé malade à Kônigsberg. Vous aurez reçu ma lettre du 15. Vous trouverez ci-joint de nouvelles pièces relatives aux affaires d’Espagne; vous les aurez lues, au reste, dans le Moniteur. Plusieurs provinces ont levé l’étendard de la révolte; on les soumet. Cette expédition aura pour la Russie le résultat qu’une partie de l’expédition anglaise destinée pour la Baltique va en Amérique, et que l’autre partie va à Cadix.

J’ai vu avec peine que les Russes avaient essuyé quelques échecs dans le nord de la Finlande. Plusieurs régiments sont arrivés a Copenhague. L’expédition a été manquée pour le moment; mais tout peut facilement se faire au mois de novembre prochain. Il n’y a que quatre mois d’ici à cette époque; il n’y a donc pas de temps à perdre. Il faut que la Russie engage le Danemark à me demander de faire passer 40,000 hommes en Norvège, et que les Russes soient prêts à passer le détroit de Finlande, quand il sera gelé. On se rencontrerait en Suède, et dès lors les Anglais seraient obligés de s’en aller et déshonorés, et la Suède serait prise.

Dites à l’empereur que dans quinze jours je serai à Paris. Vous sentez qu’avant de lui parler des affaires d’Espagne, je désire savoir comment elles prendront à Saint-Pétersbourg. Vous avez dû recevoir du sieur Champagny des instructions sur le langage que vous avez à tenir. L’Espagne ne me vaudra pas plus qu’elle ne me valait. Le roi d’Espagne part après-demain d’ici pour Madrid.

Je vous envoie un article d’un journal de Vienne qui me paraît une extravagance. Montrez-le à Saint-Pétersbourg, et faites-moi  connaître ce qu’on en pense.

 

Bayonne, 28 juin 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

L’Oreste est en partance depuis trois jours. Il n’a pu charger que soixante-cinq tonneaux de farine, c’est-à-dire 1,300 quintaux. C’est toujours un mois de pain pour la colonie.

Je désire savoir combien une corvette comme la Diligente et une frégate peuvent porter de tonneaux. La . . . . . . . est prête à partir pour la Guadeloupe. La mouche n° 3 va se rendre à Cayenne. Les mouches n° 4 et 5 vont également être prêtes.

 

Bayonne, 27 juin 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, j’ai reçu votre lettre du 20. J’attendrai la reconnaissance que vous aurez faite de la Piave pour prendre un parti sur la ligne à fortifier en Italie. Je ne pense pas que la position de la place de l’Adige soit Albaredo, mais bien vis-à-vis de Ronco, de manière à garder les débouchés des marais, et en jetant un pont sur la petite rivière d’Alpone. Mes raisons sont les mêmes que celles qui m’ont porté, en l’an IV, à jeter un pont à Ronco au lieu de le jeter à Albaredo. Si le point était à Albaredo, l’ennemi intercepterait la communication de cette nouvelle place avec Vérone en jetant un peu de monde dans le marais. Cette place doit répondre aux données suivantes : 1° un pont sur l’Adige, le plus près possible du coude du grand chemin de Vérone à Vicence; 2° un point d’où l’on puisse communiquer avec Vérone sans rencontrer aucun obstacle.

 

Bayonne, 27 juin 1808

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’Empire, à Paris

Mon Cousin, l’opinion publique accuse . . . . . . . de faire des accaparements de sucre. Je ne pense pas qu’avec sa fortune et sa place il se livre à un trafic aussi odieux, mais je désire qu’il en ôte jusqu’à l’apparence, en rompant toute association avec des hommes connus pour accapareurs.

 

Bayonne, 28 juin 1808.

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je crois qu’il ne faut rien contremander des mouvements de l’escadre de Brest. Les Anglais n’ont rien à faire dans cette saison que de contrarier le passage de mes convois, et tout l’été ils ont fait la même chose; mais il faut protéger, par tous les moyens, l’arrivage  des convois.

Je désire qu’avant de vous jeter dans des dépenses qui seraient perdues si l’expédition de Brest n’avait pas lieu , vous me demandiez de nouveaux ordres. Je suppose que vous serez toujours à temps au 15 juillet. Les affaires d’Espagne s’étant fort gâtées depuis un mois, je ne déciderai qu’au 15 juillet si je dois détacher du continent de l’Europe des forces considérables. Je suppose que les préparatifs que vous êtes obligé de faire dès ce moment ne vous engagent point dans des dépenses perdues. Équipez des vaisseaux, terminez la construction des flûtes , faites faire des vivres pour le complément des vaisseaux, faites acheter même quelques belles flûtes; ces dépenses seront toujours utiles. Ce ne serait que la dépense d’une grande quantité de vivres que nous ne consommerions pas, qui serait sans fruit. Il me semble qu’il vous restera assez de temps, depuis le 15 juillet pour achever ces préparatifs, s’ils n’étaient pas contremandés.

Je ne suis pas sans quelque inquiétude sur l’escadre de Cadix, le général Solano ayant été assassiné par un parti autour de cette ville.

La frégate la Comète est entrée hier dans le port, tirant treize pieds et demi d’eau.

J’ai causé longtemps avec le contre-maître hollandais; voici ce qu’il m’a dit : En Hollande, les vaisseaux passent dans des endroits où il n’y a que huit pieds d’eau. S’il fallait faire passer ainsi la barre de Bayonne à un vaisseau , il ne le croit pas possible à cause de la difficulté de la manoeuvre ; mais, puisqu’une frégate l’a passée avec treize pieds et demi d’eau et qu’il ne s’agit que d’employer, pour un petit vaisseau, un petit chameau élevant d’un pied et demi, comme il y en avait en Hollande et comme il n’y en a plus aujourd’hui, il est dans l’opinion que cela est facile. Il est donc nécessaire que le sieur Sané s’abouche avec lui et que vous envoyiez des ingénieurs intelligents pour prendre les renseignements suivants auprès des constructeurs d’Amsterdam : Quelle est l’espèce de chameau la plus facile à manoeuvrer, qui tienne le moins de place ? Quel en est le plan et que devrait-il coûter, s’il ne devait avoir pour but que de faire gagner six pouces à un vaisseau de 74 ? Que devrait-il coûter s’il lui faisait gagner un pied ? Combien coûterait-il s’il en faisait gagner deux, trois, quatre et sept pieds ? Et quand tous ces plants seront faits , on pourra juger les cas où l’on peut se servir de ces moyens. Les vaisseaux tels que l’on en construit à Anvers peuvent, je crois, être allégés à seize pieds; il ne s’agirait donc que d’élever ces vaisseaux, par le moyen d’un chameau, de deux pieds et deux pieds et demi. Le contre-maître croit que ces chameaux ne déborderaient pas de plus de six pieds de chaque côté. Enfin il est un fait : si je demandais qu’on construisît à Bayonne un vaisseau de 74 qui ne tirât que dix-huit à dix-neuf pieds d’eau, c’est-à-dire qu’on pût alléger jusqu’à ne tirer que treize pieds et demi d’eau, il est clair que le vaisseau serait fort bon; il n’y aurait qu’un inconvénient, c’est qu’il ne tiendrait pas contre le vent. Ne pourrais-je pas par des moyens factices, comme, par exemple, en y adaptant une fausse quille, lui faire franchir la passe et lui ôter cette quille ou chameau lorsqu’il serait en mer ? Quant à la barre de Bayonne, nous avons éprouvé hier que, lorsque le temps est beau, on ne la sent pas, et lorsque la mer est agitée, les bateaux disparaissent tout à fait. Hier, les bateaux-pilotes ont passé la barre sans éprouver un mouvement, on ne la sentait qu’avec la sonde, et la frégate l’a passée sans que je m’aperçusse du moment où elle l’a passée.

Occupez-vous de résoudre ces questions. Faites venir de Hollande des constructeurs de chameaux, et faites faire le plan et prendre les dimensions d’un chameau pour un vaisseau de 74 à construire sur le modèle du Pluton, dans le chantier de Bayonne. Il y trouverait de grands avantages. Le bassin de l’Adour à une grande quantité de bois qui ne sont employés qu’à Rochefort; il en coûte trop pour les transporter dans ce port, et ils pourrissent. On pourrait construire à Bayonne deux ou trois vaisseaux avec les bois des Pyrénées, et il n’y a pas de doute qu’un chameau fait avec art et allégeance de deux pieds pourra mettre ces vaisseaux hors de la barre au milieu de l’été et dans un temps propice. On les chargera ensuite suffisamment pou les mettre en état de se rendre à Rochefort ou au Passage.

 

Bayonne, 29 juin 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur Decrès, je reçois votre lettre sur Flessingue, avec le plan de Flessingue qui y était joint. Si un convoi marchand portant 80 millions était mouillé où est mon escadre, une escadre anglaise de quatre ou cinq vaisseaux bons marcheurs ne se hasarderait pas à aller le prendre; mais, lorsqu’il y a une escadre, je ne conçois pas qu’il puisse rien y avoir à craindre. Le mouillage, où il n’y a qu’une seule ancre, n’a que 6 à 700 toises; on ne pourrait donc y mouiller qu’un petit nombre de vaisseaux, et, par conséquent, les miens auraient la supériorité, ou au moins l’égalité. Si toute l’escadre pouvait n’occuper que la place qu’occupe un seul vaisseau de ligne, au beau milieu du mouillage, elle ne pourrait pas y mouiller, car des mortiers qu’on placerait sur-le-champ sur les points du rivage le plus près n’en seraient qu’à 2,000 toises. Le nombre de ces mortiers augmenterait tous les jours, et il ne se passerait pas soixante et douze heures sans que plusieurs bombes ne tombassent à bord. Les mortiers à plaque, à grande portée, vont à 2,100 toises; avec des pièces de 36, on tirerait des obus et des boulets qui vont à 2,300 toises, et ce jeu, auquel on pourrait s’amuser continuellement pendant quinze à vingt jours ou un mois, ne serait probablement pas amusant pour les vaisseaux. Mais l’aile gauche de l’escadre devrait s’approcher de la côte de Flessingue à moins de 1,500 toises , et l’aile droite devrait s’approcher de la côte de France à 16 ou 1800 toises ; les deux ailes, à plus forte raison, souffriraient donc extrêmement. Ainsi il n’y a pas 4,000 toises d’une rive à l’autre ; par conséquent, le point milieu n’est pas éloigné de 2,000 toises. Si on place seulement trois vaisseaux, celui de droite et celui de gauche ne seront pas éloignés de plus de 18 à 1900 toises ; si on en place cinq, les vaisseaux des deux ailes ne seront plus éloignés de la côte que de 16 à 1700 toises. Je tiens pour impossible de mettre un vaisseau ; je tiens pour absurde d’en mettre cinq. Je me garderai donc bien d’employer mon argent à construire les forts que propose le général Missiessy : ils sont de toute inutilité. Enfin, si l’ennemi osait mouiller dans les positions indiquées, nous aurions pour nous les brûlots et tous les avantages d’une terre amie. Je crois donc fort inutile de s’occuper même de cette idée et de placer des mortiers sur la côte. Il suffit d’en avoir à Flessingue et à Breskens, pour les porter suivant les circonstances. Avec les batteries de Flessingue et la batterie,du signal de Breskens, il est impossible à une escadre d’entrer dans l’Escaut. L’escadre n’y entrerait pas si c’était un détroit de 2,000 toises, c’est-à-dire si, après avoir passé 2,000 toises, elle se trouvait de l’autre côté en pleine mer. Elle recevrait tant de coups de canon de la batterie placée au signal de Wulpen, de celle placée au signal de Breskens, d’une autre qui serait placée à la sortie du détroit, et de trois autres qui seraient vis-à-vis de l’île de Walcheren, que l’escadre serait désemparée , passerait cependant avec un beau temps , mais aurait des mâts cassés, aurait des avaries considérables et ne serait bonne, au sortir de là, qu’à aller dans une rade pour se raccommoder. Toute la défense de l’escadre se réduit donc à une batterie près le signal de Wulpen, et à une énorme batterie près Breskens, aux batteries de Flessingue et à celle de la maison de Nolle. Il faut voir le ministre de la guerre, et veiller vous-même à ce que cette batterie de Breskens existe avant la fin de juillet, et qu’elle existe dans la quantité que j’ai décidée. Il n’y a absolument que cela à faire.

Faites-moi aussi connaître quand l’escadre se rendra dans la rade de Flessingue. Elle est là en appareillage et menacera l’ennemi.

 

Bayonne, 29 juin 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale

Je reçois votre lettre du 26. Les changements faits au conseil de police sont irréguliers; vous ne deviez pas les faire sans mon ordre.

J’ai lu avec attention tous les interrogatoires que m’a envoyés le préfet de police; ils me paraissent importants. Mais on le calomnie, lorsqu’on dit qu’il attaque le Sénat. Il n’y a pas, dans ce qu’il m’a envoyé, un mot qui compromette un seul sénateur. Votre devoir est de soutenir le préfet de police, et de ne pas le désavouer en accréditant de fausses rumeurs contre ce magistrat.

 

Bayonne, 29 juin 1808

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’Empire

J’ai reçu votre lettre du 26. Le rapport du préfet de police et les interrogatoires et confrontations du général Guillaume et de Gariot me paraissent très importants.

On ne peut être plus mécontent que je ne le suis de ce ministre de la police, qui laisse éclater sa haine contre le préfet de police, au lieu de le soutenir, de l’encourager et de le diriger. Le ministre cherche à jeter du blâme sur le préfet de police, en disant qu’il jette de la défaveur sur le Sénat. Il n’y a pas un mot contre le Sénat dans tout ce que m’a envoyé le préfet de police. Parlez de ma part à Pelet et à Réal. Je désire que vous souteniez dans toutes les circonstances le sieur Dubois, et que vous lui donniez des témoignages d’estime. Prévenez bien ses ennemis et ses détracteurs que je lui en  donnerai moi-même des preuves d’autant plus éclatantes, qu’on voudra plus déprécier son zèle. Je juge par mon jugement et par ma raison, et non sur l’opinion des autres.

Il est certain que, depuis l’an VIII, le parti anarchiste n’a cessé de tramer en France une conspiration sourde. J’ai constamment  pardonné. Il faut faire aujourd’hui un exemple qui coupe court toutes ces machinations.

Vous qui êtes légiste, pourquoi n’avez-vous pas observé ministre de la police qu’il n’avait pas le droit de créer une nouvelle machine ? Il devait consulter les conseillers d’Etat réunis et le secrétaire général tenant la plume, mais non prendre un arrêté pour la création d’un conseil de police. Les conseillers d’État, qui connaissent les formes, eussent dû se refuser à ces fonctions, puisque cette nouvelle machine ne pouvait être créée que par mon autorisation.

 

Bayonne, 29 juin 1808

ORDRES DICTÉS AU PRINCE DE NEUCHATEL, MAJOR GÉNÉRAL, A BAYONNE.

Ordre au général de division Reille de partir sur-le-champ pour se rendre à Perpignan; porter de là son quartier général à Bellegarde, y prendre le commandement, réunir les régiments de lanciers avec sa cavalerie, tous les bataillons de la réserve de garde nationales de la Haute-Garonne, des Pyrénées-Orientales, et tâcher de communiquer avec Figuières pour ravitailler cette place et y faire entrer un convoi de biscuit. Lui donner l’état de toutes les troupe arrivées ou qui vont arriver. L’autoriser à lever un plus grand nombre de gardes nationales en se concertant avec le préfet.

Ordre au bataillon de Paris de partir à trois heures du matin pour aller coucher demain à Irun et rejoindre à Tolosa.

Ordre au 15e régiment d’aller coucher demain à Tolosa.

Ordre au 4e d’infanterie légère de marcher sur Vitoria.

Ordre, s’il est possible , que deux pièces de 4 partent avec le bataillon de Paris, de sorte que cette division, composée de cinq bataillons, aurait six pièces de canon.

 

Bayonne, 29 juin 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon fils, vous me demandez la réunion d’une partie de la Toscane au département du Rubicon. On désire en France la réunion d’une partie du département du Crostolo au territoire de la Spezzia.  Envoyez-moi un mémoire, avec une carte et un projet de décret, qui décide ces questions et me fasse connaître l’étendue et la population de chaque partie. Faites en sorte que le mémoire, la carte et le décret soient si clairs, que je n’aie qu’à signer.

 

Marracq, 30 juin 1808

ORDRES AU PRINCE DE NEUCHATEL, MAJOR GÉNÉRAL, A BAYONNE.

Le major général écrira au général Verdier qu’il a mis sous les yeux de l’Empereur sa lettre du 28. Sa Majesté a vu avec plaisir que l’ennemi était rejeté dans la place.

Il serait important d’établir une traille ou de transporter dans la rivière une ou deux barques , de manière à avoir un passage de la rive droite à la rive gauche, de faire alors construire sur la rive gauche une tête de pont ou redoute au lieu où cette traille sera établie, ou vis-à-vis un gué s’il y en a un, le plus près possible de la ville, hors cependant de la portée du canon. 4 ou 500 hommes et deux ou trois pièces de canon dans cette redoute seront maîtres de la rive gauche, seront protégés par la redoute et par trois ou quatre pièces de canon établies sur la rive droite. De là on pourra partir pour attaquer le faubourg et s’emparer du débouché du pont, et bloquer entièrement Saragosse.

On pourrait, au moment de l’attaque, affaiblir la colonne sur la rive gauche autant qu’on voudrait, parce que la redoute lui servirait de refuge et qu’on aurait eu soin de construire une redoute sur la
rive gauche du débouché du pont.

Il faut recommander au général Verdier de ne point disséminer ses moyens. Le projet de marcher sur un couvent pour s’y loger est le véritable projet. Plusieurs autres travaux peuvent être faits comme contre-attaque et pour partager’ l’attention de l’ennemi.

Il faut tirer les bombes et obusiers à très-grande distance, à 200 toises des remparts. Une fois qu’on sera bien logé dans un couvent, s’ils ne se rendent pas, il faudra profiter des circonstances pour mettre le feu et continuer alors un vigoureux bombardement.

Il est bien à désirer que la reddition de Saragosse soit prompte; il paraît que cet événement aura une très-grande influence sur la soumission de toute l’Espagne.

Ce qui doit contribuer davantage à faire rendre Saragosse, c’est de voir que leur retraite est coupée. Au défaut de pont , il est donc bien important d’établir une tête de pont sur la rive gauche et un moyen quelconque de passage; cela équivaut alors à un pont. En effet, si faible que soit la colonne qui sera sur la rive gauche, au moment qu’on attaquera sur la rive droite, elle n’a jamais rien à craindre si elle a quelques centaines de chevaux. En supposant même qu’elle soit forcée dans ses retranchements vis-à-vis du pont, elle peut toujours gagner la tête de pont ou la redoute qui couvre le gué; la cavalerie empêchera l’ennemi de l’inquiéter.

 

Bayonne, 30 juin 1808

Au général Walther, commandant les grenadiers à cheval de la Garde, à Paris

J’approuve que les hommes arrivant pour les dragons, qui seraient d’une taille propre aux grenadiers, leur habillement soit suspendu et que leur signalement me soit envoyé, pour que je donne l’ordre.

Faites réformer tous les hommes, dans les fusiliers de ma Garde, qui seraient hors de service, et faites partir les autres pour compléter le bataillon qui est à Bayonne.

Allez voir le roi d’Espagne à Compiègne, pour lui dire que vous avez ordre de lui donner des gardes tant qu’il voudra et entièrement à ses ordres. Effectivement, accordez-lui de l’infanterie, de la cavalerie, de la gendarmerie autant qu’il désirera.

 

Bayonne, 30 juin 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois votre rapport sur les affaires du royaume d’Italie. Comment est-il possible qu’on n’ait encore rien fait au canal de Pavie ? Cela ne fait pas honneur à l’administration italienne. Ici je ne me couche pas sans m’être fait rendre compte de l’état et de la progression des travaux , et l’on en fait d’immenses. Quoique tout soit organisé en France, rien ne va seul. Que voulez-vous que ce soit en Italie ? Comment n’a-t-on encore rien fait au canal du Pô ? Le projet du canal de Palmanova à la mer n’est pas encore fait. La digue de Mantoue n’a pas eu lieu. De quoi se mêle le général Chasseloup ? J’avais ordonné cette digue en arrêtant le projet. Faites-y travailler sur-le-champ. Il n’a encore été rien fait au chemin de Strà à Mestre. Tout cela n’est pas satisfaisant. D’un autre côté, on m’apprend qu’il n’y a rien de fait au port de Venise, rien au port d’Ancône. Que diable fait-on donc en Italie ? Ne vous couchez pas sans avoir vu vous-même ce que l’on a fait. Je reviendrai en Italie, en octobre ou en novembre, et je trouverai ces travaux au même point où ils étaient lorsque j’en suis parti. Témoignez-en mon mécontentement à Paradisi. Au reste, cela ne m’étonne pas en Italie, et, si vous ne
prenez pas le parti de pousser vous-même ces ouvrages, rien ne se fera jamais.

 

Bayonne, 30 juin 1808

Au général comte Dejean, ministre-directeur de l’administration de la guerre, à Paris.

Monsieur Dejean, j’ai renvoyé au conseil d’État la question relative aux couleurs à choisir pour l’habillement de l’armée. Si l’on est obligé d’abandonner le bleu, pourquoi ne reviendrait-on pas au blanc ? Au reste, allez au conseil d’État, assistez à cette discussion et faites-moi connaître si vous êtes d’accord du décret qui passera. 

Les effets d’équipements  que vous envoyez à Bayonne y arrivent trop tard. Les époques de l’arrivée sont retardées d’un mois, de sorte que c’est comme si vous n’envoyiez rien. On est obligé d’y pourvoir ici par des dépenses extraordinaires.

 

Bayonne, ……………..

NOTE POUR LE MINISTRE DES FINANCES D’ESPAGNE

l° Une partie de la créance du sieur Michel est payée en traites sur le Mexique; une autre partie est payée sur les caisses des provinces d’Espagne. Je crois être certain de ce fait; je désire que le ministre des finances me donne des explications là-dessus. Ce serait une des opérations les plus fausses , dans des circonstances aussi critiques, que d’employer ainsi les ressources de l’État à payer le sieur Michel,
qui a le temps d’attendre.

2° On ne m’a encore traduit que le mémoire du ministre. Je désire qu’il me le représente sous la forme d’un état, et que, pour me rendre cet état plus intelligible, il le divise en plusieurs chapitres :

Chapitre 1er. – comprenant tous les genres d’impositions quelconques, qui sont impositions personnelles ou sur les terres, telles que l’imposition de la Catalogne, etc. Chapitre IIe, toutes les impositions sur le clergé, telles que le neuvième de la dîme, etc. ; toutes les impositions diverses, telles que les croisades , etc. ; toutes les impositions indirectes, telles que les douanes , les tabacs, les sels. Ces distinctions me sont nécessaires pour que je comprenne bien la nature de chaque imposition.

Dans ce premier état , il faut comprendre toutes les impositions quelconques de l’Etat, soit qu’elles entrent au trésor, soit qu’elles entrent à la caisse de Consolidation ; mais je désire qu’il y ait à côté une colonne que vous intitulerez Cédé à la caisse de Consolidation, et qui me fasse connaître le montant de ce que chaque imposition verse à cette caisse.

Un second état récapitulera d’abord ce que la caisse de Consolidation retire des impositions, conformément à ce qui aura été établi dans l’état n° 1 dont il vient d’être parlé, et, de plus , l’énonciation de tous les autres revenus annuels qui lui sont donnés.

Je désire un troisième état qui me fasse connaître en quoi consiste la dette publique, ce que paye à ce titre, soit le trésor, soit la caisse de Consolidation, et qu’à cet état vous joigniez un raisonnement qui m’apprenne comment l’intérêt de la dette publique (soit vales on autres) est couvert par le produit des impositions versées à la caisse d’amortissement, et comment le fonds de la dette peut s’amortir par les dotations qui sont accordées comme fonds à la caisse d’amortissement. Il faut donc avoir bien soin de ne pas comprendre dans l’état précédent les fonds tels que les biens des pauvres, ceux des hôpitaux, etc., mais seulement les revenus ; ce ne serait que dans le cadre n° 4 qu’on mettrait l’indication des capitaux existant encore pour l’amortissement, tels que les biens des religieux, qui ont été remis précédemment à la disposition du trésor d’Espagne, les biens des communes, ceux des oeuvres pies, etc.

Je désire un mémoire qui me fasse connaître comment se vendent les domaines – Est-ce à l’enchère ? Quelle est la mise à prix ? Comment paye-t-on ?

Je désire enfin un cinquième état qui me fasse connaître la quantité de piastres entrées en Espagne ou dont on a disposé par traites en 1805, en 1806 et 1807, la quantité de piastres dont on a disposé pour 1808 et 1809, et ce qui reste de piastres disponibles dans les différents comptoirs des colonies pour les années antérieures, courantes et prochaines.

Comme, sans tous ces renseignements, il est impossible de proposer un bon plan de finances, il serait convenable, si le ministre ne les a pas tous par devers lui, d’écrire pour faire venir ici l’ancien ministre Spinosa et l’ancien directeur de la caisse de Consolidation, pour débrouiller ce chaos, s’assurer s’il n’y a pas eu de dilapidations de commises. Il faudrait aussi que l’administration qui a été chargée de la vente des domaines remît l’état de ce qui a été vendu , afin qu’on pût avoir le contrôle de la caisse de Consolidation et voir si son compte correspond avec ce qu’elle a réellement reçu.