Correspondance de Napoléon Ier – Août 1808

Bordeaux, 1er août 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Madrid

Mon Frère, je reçois votre lettre du 27. Le rapport de l’officier de cuirassiers me fait voir que le corps de Dupont va être attaqué et obligé de faire sa retraite. Cela ne peut se concevoir. Quelque revers que les circonstances vous puissent apprendre, n’ayez point d’inquiétude; vous aurez plus de 100,000 hommes dans peu. Tout est en mouvement; mais il faut du temps. Vous régnerez ; vous aurez conquis vos sujets pour en être le père : les bons rois ont passé à cette école.

Il y a plus de vingt jours que mes ordres sont partis. Surtout, santé, gaieté, c’est-à-dire force d’âme.

 

Bordeaux, 2 août 1808

NOTE SUR LA SITUATION ACTUELLE DE L’ESPAGNE.

1e Observation. – Le rapport circonstancié qu’on recevra du capitaine Villoutreys peut vous faire connaître la véritable situation des choses.

La bataille de Medina de Rio Seco a défait toute l’armée de Galice. La bataille d’Andalousie nous a enlevé un corps de 15,000 hommes. Sans doute que ces deux événements ne se font point équilibre; ils se compensent cependant jusqu’à un certain point.

2e Observation. – Les l5,000 hommes qu’on a perdus ont été remplacés à l’armée par les renforts qu’on a recus et qu’on reçoit à chaque instant, savoir : 2e, 4e et 12e d’infanterie légère, 14e, 15e, 43e, 44e et 51e de ligne (ce qui fait une augmentation de huit régiments), le 26e de chasseurs à cheval, les 12e, 13e, 14e et 15e escadrons de marche, 400 Polonais de la Garde arrivés depuis peu à Bayonne. Tout cela forme une force égale et sans doute, par sa composition, de beaucoup supérieure au corps du général Dupont; et, si on ajoute les trois régiments de la Vistule et le régiment de lanciers qui sont devant Saragosse, on verra que l’armée française se trouve encore beaucoup plus forte qu’à son entrée en Espagne.

3e Observation. – Il doit y avoir aujourd’hui à Madrid 20,000 hommes sous les armes prêts à combattre; le maréchal Bessières en a 24,000; le général Verdier en a 18,000; il y a donc encore à l’armée, indépendamment du corps de Catalogne, qui forme un système à part, plus de 60,000 hommes.

4e Observation. – Il n’est plus question que le maréchal Bessières prenne l’offensive et entre en Galice, ce qu’il allait exécuter. On peut le mettre en position entre Burgos et Valladolid, le charger d’observer le reste de l’armée de Galice, et, moyennant ce, on peut lui ôter 9,000 hommes, savoir : le 4e d’infanterie légère, le 15e de ligne, le bataillon de Paris, huit pièces de canon, le 96e de chasseurs, quatre escadrons de marche de dragons, la brigade du général Lefebvre qui, en dernier lieu, a été détachée de Madrid; ce qui augmentera l’armée de Madrid de 9,000 hommes.

On peut faire marcher en droite ligne sur Madrid les 43e et 5le de ligne, les deux bataillons de la réserve avec six pièces de canon; ce qui fera près de 4,000 hommes. On peut tirer de Saragosse le 14e et le 44e de ligne, 200 chevaux, huit pièces de canon; ce qui fera encore une augmentation de près de 3,000 hommes. Ce qui fera à Madrid un renfort de 16,000 hommes et de vingt-deux pièces de canon, parmi lesquels il y aurait six régiments de ligne.

On peut considérer les l2e et 22e, arrivés depuis peu à Madrid, également comme un renfort. Ainsi la perte du général Dupont serait donc remplacée par 18 à 20,000 hommes de troupes beaucoup meilleures. On pourrait ainsi réunir de 30 à 36,000 hommes sous Madrid, et conserver cette capitale.

L’armée aurait alors trois corps.

1° Le Corps principal de l’armée, à Madrid, de 36 à 40,000 hommes.

2° Le maréchal Bessières aurait 1,600 hommes de cavalerie, 8 à 9,000 hommes d’infanterie, à son corps mobile; le 118e (bataillon du dépôt faisant ensemble 800 hommes), du dépôt, 600 hommes, 3e bataillons des 14e et 44e bataillon, 2e provisoire du Portugal, ler bataillon de réserve, à peu près 4,000 hommes, sur les derrières, pour contenir Vitoria et Burgos; c’est-à-dire que le maréchal Bessières aurait en tout près de 14,000 hommes.

3° On aurait sous Saragosse les trois régiments de la Vistule, les lanciers, quatre escadrons de marche, trois bataillons de marche, un régiment supplémentaire, un bataillon des 15e, 47e et 70e; un bataillon du 118e, 1er bataillon de marche du Portugal; tout cela faisant encore 14 à 15,000 hommes devant cette place.

Saragosse pris, on augmentera de quelque chose les troupes de Madrid et du maréchal Bessières.

Dans le courant du mois, plus de 8,000 hommes seront arrivés à Bayonne et fortifieront d’autant le maréchal Bessières.

On pense donc, dans la situation actuelle de l’armée, qu’on peut réunir à Madrid, ou en échelons dans les environs, plus de 35,000 hommes, et qu’on peut ainsi attendre la diminution des chaleurs et l’arrivée successive des régiments qui sont en marche; que la perte du général Dupont est diminuée par le gain de la bataille de Medina de Rio Seco, par les secours arrivés depuis son entrée, par la perte que l’ennemi a dû éprouver dans le combat devant le général Dupont, et enfin par le plan adopté de se tenir réuni et de renoncer à toute opération offensive, c’est-à-dire à la conquête de Valence, de Grenade, de l’Andalousie, etc. Choisissant une bonne position à une ou deux journées de Madrid, il n’est pas probable que l’ennemi puisse rien présenter qui puisse remporter la victoire sur cette force-là; et, enfin, quand on en acquerra l’entière conviction, on se retirera selon les règles de l’art.

Chaque quinze jours porteront à l’armée des renforts considérables. La colonne de Saragosse peut se mettre en chemin et se trouvera en ligne.

Si Saragosse était pris, on pourrait envoyer à Madrid les deux régiments de ligne, trois bataillons de marche, et les incorporer dans leurs régiments.

EFFECTIF DES TROUPES FRANÇAISES EN ESPAGNE

GÉNÉRAL DUPONT
infanteriecavalerie
Brigade Dupré (chasseurs)1,000
Brigade Rouyer (Suisses)2,000
Division Barbou5,000
Division Vedel5,000
Brigade Privé (dragons)1,400
Division Gobert.6,000
18,0002.400

 

MADRID ET ENVIRONS.
infanteriecavalerie
Garde impériale7001,500
Brigade du général Rey2,000
Brigade Watier (hussards)1,000
A Ocana, division Musnier6,500
Division Morlot, non compris la brigade
Lefebvre
3,700
1er régiment provisoire de cuirassiers700
Division Frère.4,400
17,3003,200
20,500

 

MARÉCHAL BESSIÈRES
infanteriecavalerie
Garde impériale .1,600260
Brigade Lefebvre2,300
Division Merle .8,000
Division Mouton3,000
Mameluks1,500
Division Lasalle100
14,9001,860

 

COLONNES
infanteriecavalerie
D’Aranda1,000
De Burgos2,100360
Du major d’Ondenarde1,100390
26e de chasseurs460
Chevau-légers polonais150
Colonne de Vitoria1,180150
Garnison de Saint-Sébastien1,00060
Division de réserve de Bayonne6,000
12,3801,570
13,950

 

COLONNES
Verdier17,300
Duhesme11,700
Reille7,800

 

Bordeaux, 3 août 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Je vous envoie des pièces pour vous seul; lisez-les une carte à la main, et vous verrez si depuis que le monde existe, il y a eu rien de si bête, de si inepte, de si lâche. Voilà donc justifiés les Hohenlohe, etc. On voit parfaitement, par le propre récit du général Dupont, que tout ce qui est arrivé est le résultat de la plus inconcevable ineptie. Il avait paru bien faire à la tête d’une division ; il a fait horriblement en chef. Lorsque ce coup du sort est arrivé, tout prospérait en Espagne : le Roi, depuis son arrivée à Madrid, gagnait tous jes jours; le maréchal Bessières, après la mémorable victoire de Medina de Rio Seco, où avec 11,000 hommes il avait mis en fuite les armées de Galice et de Portugal et leur avait tué 8 ou 10,000 hommes, les avait chassés de Valladolid, de Palencia et du royaume de Léon; le siège de Saragosse avançait grand train, et tout nous portait à espérer une autre issue. Cette perte de 20,000 hommes d’élite et choisis, qui viennent à manquer, sans même avoir fait éprouver à l’ennemi aucune perte considérable, l’influence morale que nécessairement cela doit avoir sur cette nation, ont porté le Roi à prendre un grand parti en se rapprochant de France et en se reportant sur Aranda et sur le Duero.

Je ne suppose pas qu’il soit nécessaire de faire de grands préparatifs à Rochefort, parce que les Anglais ne laisseront sûrement pas passer ces imbéciles, et que les Espagnols ne rendront pas les armes à ceux qui ne se sont pas battus.

Communiquez les présentes nouvelles au ministre Dejean, mais à lui seulement. L’influence que cela va avoir sur les affaires générales m’empêche de me rendre moi-même en Espagne; j’y envoie le maréchal Ney. Je continue ma route par la Vendée. Je ne vais point directement à Paris, parce que j’ai promis de passer par la Vendée, et que je paraîtrais me défier de ces peuples; mais j’achèverai mon voyage que possible.

Je désire savoir quels tribunaux doivent juger ces généraux, et peine les lois infligent à un pareil délit.

Faites avec le ministre Dejean un mémoire sur ce qu’il est nécessaire, d’envoyer, soit artillerie, soit autres objets, sur Bayonne et Perpignan.

 

Bordeaux, 3 août 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Bussaco

Mon Frère, la connaissance que j’ai que vous êtes aux prises, mon ami, avec des événements au-dessus de votre habitude autant qu’au-dessus de votre caractère naturel, me peine. Dupont a flétri nos drapeaux. Quelle ineptie ! quelle bassesse ! Ces hommes seront pris par les Anglais. Des événements d’une telle nature exigent ma présence à Paris. L’Allemagne, la Pologne, l’Italie, etc. , tout se lie. Ma douleur est vraiment forte lorsque je pense que je ne puis être en ce moment avec vous et au milieu de mes soldats. J’ai donné l’ordre à Ney de s’y rendre. C’est un homme brave, zélé et tout de coeur. Si vous vous accoutumez à Ney, il pourrait être bon pour commander l’armée. Vous aurez 100,000 hommes, et l’Espagne sera conquise dans l’automne. Une suspension d’armes, faite par Savary, peut-être pourrait amener à commander et diriger les insurgés ; on écoutera ce qu’ils diront. Je crois que, pour votre goût particulier, voulu vous souciez peu de régner sur les Espagnols.

Je me porte mieux que jamais. Je dis à Maret de vous envoyer un chiffre pour correspondre sur les choses secrètes. Berthier vous envoie quelques notes sur la situation de l’armée d’Espagne.

Dites-moi que vous êtes gai, bien portant et vous faisant au métier de soldat ; voilà une belle occasion pour l’étudier. J’ai écrit à la Reine de se rendre à Paris.

 

 Rochefort, 5 août 1808.

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, je vous ai fait connaître hier l’horrible catastrophe du général Dupont. Le Roi a jugé convenable d’évacuer Madrid pour se rapprocher de l’armée ; il a dû partir le @1 août. Un événement aussi extraordinaire a culbuté de ce côté toute espèce de mesures. Le maréchal Bessières, qui avait eu le plus grand succès, s’était approché des débouchés de la Galice; il a dû recevoir dans les premiers jours du mois l’ordre de se rapprocher. J’espère qu’à l’heure qu’il est il a opéré sa jonction avec le Roi. Ce nouvel état de choses exige, l° de mettre en état de guerre et d’approvisionner toutes les places des Pyrénées; 2° d’avoir à Perpignan et à Bayonne de grands magasins de vivres, de biscuit , de farine et de grands dépôts d’habillement; 3° d’organiser parfaitement la direction d’artillerie de Perpignan et de Bayonne, en y envoyant des officiers. Donnez des ordres pour que le tout s’établisse ainsi et concertez-vous avec Dejean; tout cela est de la plus grande importance. Qu’il y ait des armes, des fusils, des shakos dans chacune de ces places , et un bon ordonnateur.

J’ai donné l’ordre pour la rentrée, sur Mayence, du 1er corps de la Grande Armée, du 6e corps et de deux divisions de dragons. Tout cela arrivera vers les premiers jours de septembre à Mayence. Il est convenable que vous preniez vos mesures en conséquence, et que vous me fassiez un rapport pour diriger sur cette place, ou sur toute autre de la route de Mayence à Bayonne, ce que les dépôts et les 4e bataillons de ces corps peuvent fournir pour les renforcer; enfin que vous fassiez toutes les dispositions nécessaires pour avoir à Bayonne des vivres de la poudre, des cartouches, des munitions d’artillerie, et tout ce qui est nécessaire. Cela est très-urgent, car je vois plus de rapidité dans l’évacuation que je ne l’aurais cru. Un événement comme celui-là a sans doute beaucoup de pouvoir sur les imaginations ; cependant il me semble qu’il en a un peu plus qu’il ne faudrait.

Je crois vous avoir déjà écrit pour que le 36e fût dirigé sur Rennes, et le 55e, qui est à Rennes , sur Bayonne. Faites tout ce qui est nécessaire, et agissez de concert avec Dejean, en gardant le secret le plus possible.

 

Rochefort, 5 août 1808

NOTE SUR LA SITUATION ACTUELLE DE L’ESPAGNE

1° Les événements inattendus du général Dupont sont une preuve de plus que le succès de la guerre dépend de la prudence, de la bonne conduite et de l’expérience du général.

2° A la seule lecture du rapport du colonel d’Affry, on avait deviné tous les événements.

Après une perte aussi considérable, on ne peut être surpris que le Roi et les généraux jugent convenable de concentrer l’armée et d’évacuer Madrid.

En examinant avec attention, non les rapports mensongers des individus qui parlent dans leur sens, mais les faits tels qu’ils se sont passés, on est convaincu, l° que le général Castanos n’avait pas plus de 25,000 hommes de troupes de ligne et de 15,000 paysans; un jour on sera à même de vérifier ce qui est avancé ici ; 2° que, si le général Dupont les eût attaqués ou se fût battu avec tout son corps réuni, il les eût complètement défaits.

3° On pense qu’on aura tout le temps d’évacuer les blessés de Madrid; qu’arrivé à Aranda il faudra occuper, aussi longtemps qu’il sera possible, les hauteurs de Buitrago, afin de donner le temps au maréchal Bessières de revenir de son mouvement de Galice ; qu’il faut réorganiser la province de Burgos, les trois Biscayes et celle de Navarre. Elles comprendront facilement qu’en ce moment plus que jamais elles doivent rester fidèles et se bien conduire, sous peine d’être traitées avec toute la rigueur de la guerre.

4° On pense que l’armée doit être divisée en trois corps : le corps principal ou du centre, où commande le Roi, qu’on porterait à 3,0,000 hommes, campé à Aranda; le corps de droite du maréchal Bessières, d’environ 15,000 hommes, faisant face à ce qui pourrait arriver de Galice ou d’Estrémadure, occupant Valladolid par une division, ayant une autre division intermédiaire avec le corps du centre et une troisième division plus sur la droite, selon les circonstances ; enfin le corps de gauche ou d’Aragon, destiné à maintenir la Navarre et le pays environnant, occupant Logrono et Tudela et liant sa droite au corps du centre par une division qui, au besoin , renforcerait ce corps et devra maintenir Soria par un corps volant. Les corps du centre et le corps de droite doivent s’appuyer sur Burgos, et le corps d’Aragon doit avoir son point d’appui sur Pampelune.

5° Pour organiser le corps du centre dans ce but, on croit qu’on doit le renforcer de la brigade du 14e et du 44e de ligne, 200 chevaux et huit pièces de canon qu’on tirerait du corps devant Saragosse ; de la brigade du général Mouton, composée des 4e léger, 15e de ligne, du bataillon de Paris et huit pièces de canon ; de la brigade commandés par le maréchal et qui est déjà à une marche en avant de Bayonne, composée des 43e et 51e de ligne, 26e de chasseurs, et six pièces de canon ; enfin de quatre escadrons de marche de dragons et d’un régiment polonais de la Garde. On réunirait les 3e bataillons aux deux premiers de tous les régiments d’infanterie, et on mêlerait les jeunes soldats aux anciens.

On évalue à environ 10,000 hommes le renfort que recevrait le corps du centre, qui serait alors composé des 18,000 hommes qui le forment à présent, des renforts évalués à 10,000 hommes. Les détachements des dépôts, des 4e léger, 15e de ligne, 14e et 44e, 43e et 51e de ligne, 2e et 12e légers, rejoindront insensiblement et porteront ce corps à 30,000 hommes. Ces 30,000 hommes ne sauraient être en meilleures mains que sous les ordres du maréchal Ney, hormis une réserve de 4 à 5,000 hommes destinés à la garde du Roi, et que le Roi conserverait auprès de sa personne et ferait marcher avec le général Salligny ou avec Savary, quand il le jugerait nécessaire.

Le corps du centre se tiendrait à la hauteur d’Aranda, les communications bien assurées avec le maréchal Bessières à Valladolid, des têtes de pont bien établies à Aranda et Valladolid.

Ce corps se nourrira par Burgos et devra non-seulement maintenir la tranquillité dans cette province, mais encore assurer ses communications avec le corps de Saragosse qui occupera Tudela et Logrono.

Le corps du maréchal Bessières, fort de 15,000 hommes, devra occuper Valladolid, en faisant face à ce qui arrivera d’Estrémadure ou de Castille, ayant ses trois divisions en échelons et se nourrissant des provinces de Valladolid, Valencia et Léon.

On enverra le maréchal Moncey pour commander le corps du général Verdier, et on chargera ce maréchal du commandement de la Biscaye et de tous les derrières.

On estime qu’on peut retirer du camp sous Saragosse les 11e, 14e, 44e de ligne, 200 chevaux et huit pièces de canon. Le reste doit être formé en trois divisions et destiné à maintenir la Navarre.

La position de Logrono est trop près ; il faut occuper au moins jusqu’à Tudela, pour soumettre la Navarre et tout ce qui bougerait.

Dans l’ordre offensif, deux divisions peuvent se porter à marches forcées sur l’armée.

6° Il faut ne point faire une guerre timide et ne point souffrir aucun rassemblement ennemi à deux marches d’aucun corps d’armée. Si l’ennemi s’approche, il faut ne point se laisser décourager par ce qui s’est passé, se confier dans sa supériorité, marcher à lui et le battre. L’ennemi prendra lui-même probablement une marche très-circonspecte; il y sera réduit du moment qu’il aura en quelques exemples.

Dans cette situation de choses, toutes les fois qu’on serait sérieusement attaqué par l’ennemi, on pourra lui opposer le corps du Roi, qui doit toujours être ensemble, et les deux tiers du corps du maréchal Bessières. Ce maréchal doit toujours tenir un tiers de son corps à une demi-journée, un tiers à une journée du corps du centre, et un tiers sur la droite, suivant les circonstances. Egalement, un tiers du corps du général Verdier doit se tenir à la gauche du Roi pour le joindre, si cela était nécessaire, de sorte que, dans un jour, le Roi puisse réunir plus de 40,000 hommes.

7° Il faut débuter par des coups d’éclat qui relèvent le moral du soldat et fassent comprendre à l’habitant qu’il doit rester tranquille. Un des premiers coups les plus importants à porter, et qui serait utile pour relever l’opinion et compenser l’évacuation de Madrid , serait que la brigade des 14e et 44e qu’on rappelle de Saragosse, aidée d’un détachement du corps du centre , soumette Soria , le désarme et le fasse rester tranquille.

Attaquer et culbuter tout ce qui se présentera doit être l’instruction générale donnée au maréchal Bessières, au maréchal Ney et au général Verdier; de sorte qu’à une marche ou à une marche et demie du corps français il n’y ait aucun rassemblement des insurgés.

On est d’opinion que, si l’avant-garde du général Castanos s’avance sur Aranda et dépasse les montagnes de Buitrago, il faut, avec tout ce qu’on peut réunir dans un jour, marcher à lui sans lui donner le temps de s’y établir sérieusement, le culbuter et le jeter au delà des montagnes, et, si l’affaire est décisive, se reporter sur Madrid.

L’ennemi doit essayer de déloger l’armée française de cette position par trois points, par la Galice et l’Estremadure, par la route d’Aranda, et enfin par les rassemblements des provinces d’Aragon, de Valence et autres de Castille.

Toutes ces combinaisons sont difficiles à l’ennemi, et, si on dissipe ces rassemblements, à mesure qu’ils se forment, sur tous les points, et qu’on les tienne à distance d’une ou deux marches des cantonnements français ; si alternativement les Français prennent l’offensive, tantôt à leur droite en renforcent le maréchal Bessières, pendant que le centre se tiendra dans une bonne position derrière la rivière et à l’abri de toute attaque , tantôt au centre avec le corps du Roi, les deux tiers du corps de droite et un tiers du corps de gauche, l’ennemi sera bientôt obligé à la plus grande circonspection.

8° On aurait pu aussi conserver Madrid , en renforçant le corps qui s’y trouve des 12j’el et 4i, de ligne, de la brigade du général Mouton, de celle du général Lefebvre, qui en dernier lieu a été envoyée au maréchal Bessières, et enfin des renforts quatrième le maréchal Ney. On aurait ainsi renforcé le corps de Madrid de plus de 14,000 hommes, et il est douteux que l’ennemi eût voulu se mesurer avec des forces aussi considérables et s’exposer à une perte certaine.

9° Si de fortes raisons obligeaient d’évacuer Aranda, on perdrait l’espoir de rétablir ses communications avec le Portugal- Dans le cas où un événement quelconque porterait à évacuer le Duero, et à se concentrer sur Burgos pour se réunir là avec le maréchal Bessières, le corps du général Verdier peut communiquer par l’Èbre et avoir toujours son mouvement isolé pour maintenir la Navarre, contenir l’Aragon, tous les rassemblements de ce côté, et protéger la route principale. Pendant cet intervalle, des renforts journaliers arriveront à l’armée, jusqu’à ce qu’enfin les divisions de la Grande Armée qui sont en marche soient sur les Pyrénées.

On a recommandé de tout temps le petit fort de Pancorbo ; il est nécessaire de l’occuper, même quand on ne garderait pas la ligne de l’Èbre. C’est une vedette d’autant plus utile, qu’elle domine la plaine et serait un obstacle si jamais l’ennemi s’en emparait.

10° La troisième position qui se présente à l’armée, c’est la gauche à Pampelune et la droite sur Vitoria, maintenant ainsi ses communications avec les places importantes de Saint-Sébastien et de Pampelune.

Au reste, toutes ces notes peuvent difficilement être de quelque utilité. Les événements modifient nécessairement les dispositions. Tout dépend d’ailleurs de saisir le moment.

11° Résumé. Le premier but est de se maintenir à Madrid, si cela est possible ; le second, de maintenir ses communications avec le Portugal, en occupant la ligne du Duero ; le troisième, de conserver l’Ebre; le quatrième, de conserver ses communications avec Pampelune et Saint-Sébastien, afin que la Grande Armée arrivant, on puisse en peu de temps culbuter et anéantir tous les révoltés.

 

Rochefort, 6 août 1808

A M. Daru, intendant général de la Grande Armée, à Berlin

Monsieur Daru, vous trouverez ci-joint une lettre pour le général Caulaincourt, que vous ferez partir par un nouveau courrier. Voyez le maréchal Victor pour la marche du ler et du 6e corps. S’il est possible que toute mon infanterie marche en poste, de manière à faire trois journées d’étapes dans un jour (il faudrait payer tout comptant), cela me ferait grand plaisir, car j’ai grand besoin de mes troupes.

La cavalerie et l’artillerie pourraient avoir quelques séjours de moins et brûler quelques étapes. Concertez-vous avec le maréchal Victor pour tout cela. Pour faire le moins de sensation possible à Berlin , on pourrait faire le premier rassemblement pour aller en poste , à deux ou trois jours de cette ville.

 

Nantes, 8 août 1808

DÉCISION

On prie S.M. de décider si une colonne de 550 Russes (1) venant de Hollande et qui traversera le territoire français de Clèves à Mayence sera défrayée aux frais de Sa Majesté.

Le comte d’Hunebourg

Je n’ai point de connaissance qu’il doive passer aucune troupe étrangère sur mon territoire Je rendrai le ministre responsable si mon territoire est violé. Le maréchal Kellermann a eu tort de se mêler de ce qui ne le regarde pas. Je suppose que les commandants des frontières auront assez d’esprit pour ne point laisser violer le territoire. Il ne faut point accoutumer les troupes étrangères à passer ainsi légèrement sur le territoire français. Quand on sera en règle sur le principal de la question, l’accessoire est de peu d’importance.

(1) Commandée par le major Korff. Deux mois plus tard, à Erfurt, Napoléon autorisa ces Russes à traverser le territoire français et à suivre l’itinéraire fixé par le tsar, son nouvel allié.

 

Nantes, 9 août 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Burgos

Je reçois votre lettre du 3 août. Je vous envoie une lettre que je reçois du maréchal Jourdan. Je suis extrêmement satisfait de l’esprit des départements de la Vendée, que je viens de traverser.

Je ne puis que vous répéter, une fois pour toutes, que presque toute la Grande Armée est en marche, et que, d’ici à l’automne, l’Espagne sera inondée de troupes. Il faut tâcher de conserver la ligne du Duero, pour maintenir la communication avec le Portugal. Les Anglais sont peu de chose; ils n’ont jamais que le quart des troupes qu’ils annoncent. Lord Wellesley n’a pas 4,000 hommes. D’ailleurs, ils se dirigent, je crois, sur le Portugal.

 

Nantes, 10 août 1808

Au prince Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon fils, le major général a dû vous écrire pour diriger sur Perpignan 10,000 Italiens, infanterie, cavalerie, artillerie, sous les ordres du général Pino et de deux généraux de brigade. Il est nécessaire que cette division ait ses douze pièces d’artillerie attelées, ses cartouches, ses caissons, et soit même généralement munie de tout ce qu’il faut pour faire la guerre. Il veut aussi des officiers de génie, des sapeurs, enfin un extrait de l’armée italienne dans le cas de se faire honneur. Vous formerez également une division française qui sera commandée par le généra1 Souham, et composée des trois premiers bataillons du 42e de ligne, portés au grand complet de 2,400 hommes; des trois premiers bataillons du 2e d’infanterie légère, également porté au grand complet ; de 22 pièces d’artillerie, d’une compagnie de sapeurs, et à cette division sera joint un bataillon du 67e, un bataillon du 7e de ligne, un du 112e, et d’un du 3e qui partent des 27e et 28e divisions militaires. Le général Souham pourra se rendre auprès du prince Borghèse pour prendre le commandement de ces troupes et connaître leur marche. Donnez-lui deux bons généraux de brigade, ce qui formera une bonne division française de 8,000 hommes, qui, jointe à la division italienne, fera une force de 16 à 17,000 hommes, qui se rendra sans délai à Perpignan pour pousser vigoureusement la guerre d’Espagne. Donnez à la division française une compagnie de sapeurs, des officiers du génie, et tout ce qu’il faut pour faire la guerre. Il n’y a rien en réalité à craindre de l’Autriche, puisque, si ce cas arrivait, je fais cause commune avec la Russie et que cette puissance courrait à sa perte. II est évident que les mouvements sont plutôt dirigés par la peur que par toute autre cause. D’ailleurs, un pareil nombre de troupes va se rendre du royaume de Naples dans le royaume d’Italie.

 

Nantes, 10 août 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, je reçois vos lettres. Je suis arrivé cette nuit à Nantes. J’ai été extrêmement content de l’esprit du peuple de la Vendée. Vous voyez que j’approche de Paris, où je serai rendu très incessamment.

J’ai reçu un courrier extraordinaire de Caulaincourt, avec une lettre du 20 juillet, où l’empereur Alexandre me fait connaître que, si j’ai la guerre avec l’Autriche, il fera cause commune avec moi, et me montre beaucoup de sollicitude sur les affaires d’Espagne, dont les nouvelles commencent à lui arriver. Cette démarche de la part de ce prince est pleine de bons sentiments. Je vous envoie les lettres de Caulaincourt.

 

Nantes, 10 août 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, le major général a dû vous écrire pour diriger sur Perpignan 10,000 Italiens, infanterie, cavalerie, artillerie, sous les ordres du général Pino et de deux généraux de brigade. Il est nécessaire que cette division ait ses douze pièces d’artillerie attelées, ses cartouches, ses caissons, et soit munie généralement de tout ce qu’il faut pour faire la guerre. Il faut aussi des officiers du génie, des sapeurs, enfin un extrait de l’armée italienne dans le cas de se faire honneur.

Vous formerez également une division française, qui sera commandée par le général Souham, et composée des trois premiers bataillons du 42e de ligne portés au grand complet de 2,400 hommes, des trois premiers bataillons du ler d’infanterie légère, également portés au grand complet, de douze pièces d’artillerie, d’une compagnie de sapeurs. A cette division sera joint un bataillon du 67e, un bataillon du 7e de ligne, un du 112e et un du 3e d’infanterie légère, qui partent des 27e et 28e divisions militaires. Le général Souham pourra se rendre auprès du prince Borghèse, pour prendre le commandement de ces troupes et connaître leur marche. Donnez-lui deux bons généraux de brigade. Cela formera une bonne division française de 8,000 hommes, qui, jointe à la division italienne, fera une force de 16 à 17,000 hommes, qui se rendra sans délai à Perpignan pour pousser vigoureusement la guerre d’Espagne. Donnez à la division française une compagnie de sapeurs, des officiers du génie
et tout ce qu’il faut pour faire la guerre.

Il n’y a rien en réalité à craindre de l’Autriche, puisque, le cas arrivant, je fais cause commune avec la Russie; et que cette puissance courrait à sa perte. Il est évident que ses mouvements sont plutôt dirigés par la peur que par toute autre cause. D’ailleurs, un pareil nombre de troupes va se rendre du royaume de Naples dans le royaume d’Italie.

 

Nantes, 11 août 1808

NOTE POUR PRONY ET SGANZIN, INSPECTEURS GÉNÉRAUX DES PONTS ET CHAUSSÉES.

Sa Majesté désire que MM. les inspecteurs généraux des ponts et chaussées s’occupent des objets ci-après :

La navigation de la Loire depuis Nantes jusqu’à la mer;
L’établissement du port projeté pour la construction des vaisseaux de guerre;
Les réparations à faire à l’écluse et à la digue de Vertoux à l’embouchure de la Sèvre;
Les dessèchements les plus importants à faire dans le département de la Loire-Inférieure, notamment le lac de Grandlieu
Les demandes faites dans le département de la Vendée pour rendre navigables trois ou quatre rivières ; savoir quelles sont celles dont il convient de s’occuper, soit à raison de l’utilité et de la facilité de la navigation, soit à raison des travaux déjà faits ;
Le système de dessèchement des marais à établir, soit pour rendre des terrains à la culture, soit pour améliorer les parties déjà conquises sur les eaux; l’île de Bouin doit être l’objet d’une attention particulière;
Les travaux à faire à l’île de Noirmoutier;
La situation dés travaux du port des Sables et les nouveaux travaux qui peuvent être nécessaires dans ce port.

Sa Majesté désire sur les deux derniers objets des rapports particuliers.

 

Saint-Cloud, 15 août 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée, à Paris

Mon Cousin, vous trouverez ci-joint copie de deux lettres d’officiers espagnols, qui ont été interceptées. Envoyez-les au prince de Ponte Corvo, et faites-lui connaître que je suppose qu’il aura fait toutes ses dispositions, soit pour diviser le corps de troupes espagnoles, soit pour l’éloigner entièrement des côtes; que, s’il ne l’a pas fait, il le fasse sans délai, car les publications vont avoir lieu en France, et cette division se portera à quelques excès sans cette précaution. Il ne faut pas se reposer sur ce que dira le général; la division s’insurgera malgré lui, et lui-même n’y pourra rien.

 

Saint-Cloud, 15 août 1808

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris.

Je lis dans votre bulletin du 10 que vous avez envoyé un Russe prévenu d’avoir volé à Francfort, pour de là l’envoyer en Russie. Donnez-moi des nouvelles de cette affaire.

Envoyez-moi l’ouvrage de Fauché-Borel ainsi que tous ls ouvrages imprimés de Puisaye.

 

16 – 31 août 1808

Saint-Cloud, 16 août 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de la Grande Armée, à Paris

Mon Cousin, vous donnerez l’ordre, au reçu de la présente, que la division Oudinot, infanterie, cavalerie et artillerie, se dirige sur Glogau, où elle tiendra garnison et fera partie du corps du maréchal Davout. La ville de Danzig sera gardée, 1° par un bataillon de dépôt de la division Oudinot, par les hommes éclopés qui ne pourront pas partir; 2° par un régiment de cavalerie et un d’infanterie que le maréchal Soult a sur la Vistule. Vous ordonnerez de plus que deux régiments d’infanterie polonaise, un régiment de Saxons et un régiment de cavalerie polonaise ou saxonne partent sans délai du duché de Varsovie pour se rendre à Danzig, dont ils formeront la garnison définitive. Après l’entrée à Danzig d’un régiment du maréchal Soult, la division Oudinot devra en partir sans délai. Vous donnerez l’ordre au maréchal Davout de porter son quartier général à Breslau. Vous lui ferez connaître qu’indépendamment de la Pologne son commandement s’étend à toute la Silésie, mais que Küstrin cesse d’en faire partie; que mon intention est, en conséquence, que ses trois divisions entrent toutes les trois en Silésie, ce qui, avec le corps du général Oudinot, portera son corps d’armée à quatre divisions. Il pourra cependant laisser un régiment de cavalerie et un régiment d’infanterie française à Varsovie. Les troupes saxonnes et polonaises formeront la garde de Thorn et de Praga. Il tiendra toujours deux divisions polonaises prêtes à le joindre, si cela était nécessaire, ou à entrer en Galicie. Lorsqu’une partie du corps du maréchal Davout sera arrivée, le 5e corps se dirigera sur Bayreuth. On laissera le maréchal Davout maître de diriger ce mouvement.

Vous ferez connaître au maréchal Soult qu’il doit porter son quartier général à Berlin ; que son commandement est augmenté de toute la Prusse, y compris Küstrin, ou il faut qu’il fasse mettre garnison, le corps du maréchal Davout se concentrant tout en Silésie. Vous ferez connaître à ces deux maréchaux que jusqu’à cette heure je suis au mieux avec la Russie ; que l’Autriche proteste qu’elle veut rester en paix; que cependant il faut avoir les yeux ouverts; qu’à présent ces deux maréchaux ont entre eux deux tout le pays conquis au delà de l’Elbe, qu’ainsi ils peuvent facilement se concerter.

——

P. S. Donnez l’ordre à la division de dragons de Lahoussaye, qui est à Berlin, de se rendre à Mayence, où elle sera dirigée sur Bayonne: ce qui fera trois divisions de dragons.

 

Saint-Cloud, 16 août 1808

NOTE POUR LE PRINCE DE NEUCHATEI, MAJOR GÉNÉRAL , A PARIS.

Le major général écrira au général Belliard que je ne conçois pas ce qui peut obliger à évacuer ainsi l’Espagne, sans avoir vu l’ennemi, sans essayer de le battre; qu’il y a une ignorance complète de la guerre à faire sans motif une retraite aussi précipitée; qu’après avoir donné légèrement l’ordre au générai Verdier d’évacuer Saragosse, ce qui a empêché de prendre cette place, on lui ordonne de continuer le siège lorsqu’il n’a plus de moyens , et on le laisse actuellement sans ordres. On finira par compromettre ce corps, si nécessaire pour conserver Pampelune et la Navarre.

Comment peut-on parler d’évacuer Burgos, quand on ne sait pas encore si l’ennemi est entré à Madrid ? et quel est le militaire, qui a fait six mois la Bizerte, qui ne sente que dans une position pareille on doit se prémunir contre les rapports qui voient l’ennemi partout et avec une grosse loupe ? C’est avec le corps du maréchal Bessières renforcé, c’est avec une armée de 30 à 40,000 hommes, qu’on évacue ainsi, à marches précipitées, sans savoir où est l’ennemi ! Si on se laisse acculer dans les défilés de la Biscaye, on choisira pour faire la guerre le terrain le plus avantageux à l’ennemi et le plus défavorable à l’armée.

Pourquoi dit-on au Roi que le général Castanos est à Valladolid, lorsqu’on n’a pas de preuve qu’il soit encore à Madrid ? Pourquoi dit-on qu’il y a 40,000 insurgés qui pressent le général Verdier à Saragosse, quand des lettres du 10, de ce général, annoncent qu’il est dans la place, et qu’il n’a que 5 à 6,000 hommes autour de lui ? Qu’est-ce que c’est que ce projet de faire marcher le maréchal Bessières sur Frias, en étendant sa droite sur Bilbao ou Santander ? Est-ce qu’on a adopté le système des cordons ? Est-ce qu’on veut empêcher la contrebande de passer ou l’ennemi ? Ne sait-on pas que de Frias à Bilbao et Santander il y a quatre ou cinq jours de marche ? Qui est-ce qui peut conseiller au Roi de faire des cordons ? Après dix années de guerre doit-on revenir à ces bêtises-là ?

Il faut que la lettre du major général porte sur les cordons, et sur la timidité qui parait diriger toutes les opérations, très-propre à enhardir l’ennemi et à décourager entièrement l’armée.

 

Paris, 16 août 1808

EXTRAIT D’UNE DÉPÊCHE DE M. DE CHAMPAGNY AU GÉNÉRAL ANDRÉOSSY.
AMBASSADEUR A VIENNE.

1)L’importance de la conversation reproduite par ce document a déterminé la Commission à le comprendre dans son recueil. il est d’ailleurs probable que l’Empereur a revu lui-même la dépêche envoyée à Vienne par son ministre des relations extérieures.

L’audience que l’Empereur a donnée hier au corps diplomatique a été remarquable par un très-long entretien de Sa Majesté avec l’ambassadeur d’Autriche, dont je voudrais pouvoir vous faire connaître au moins la substance.

“L’Autriche veut donc nous faire la guerre , ou elle veut nous faire peur ? , M. de Metternich a protesté des intentions pacifiques de son gouvernement.

Si cela est ainsi , pourquoi vos immenses préparatifs ? – Ils sont purement défensifs, a répondu M. de Metternich.

Mais qui vous attaque, pour songer ainsi à vous en défendre ? Qui vous menace, pour vous faire penser que vous serez bientôt attaqués ? Tout n’est-il pas paisible autour de vous ? Depuis la paix de Presbourg y a-t-il entre vous et moi le plus léger différend ? Ai-je élevé quelque prétention alarmante pour vous ? Toutes nos relations n’ont-elles pas été extrêmement amicales ? Et cependant vous avez jeté tout d’un coup un cri d’alarme; vous avez mis en mouvement toute votre population; vos princes ont parcouru vos provinces ; vos proclamations ont appelé le peuple à la défense de la patrie. Vos proclamations, vos mesures, sont celles que vous avez employées lorsque j’étais à Leoben. Si ce n’avait été qu’une organisation nouvelle, vous l’auriez exécutée avec plus de lenteur, sans bruit, sans dépenses, sans exciter au dedans une si prodigieuse fermentation, au dehors une si vive alarme. Et vos mesures ne sont pas purement défensives. Vous ajoutez à chacun de vos régiments 1,300 hommes. Votre milice vous donnera 400,000 hommes disponibles. Ces hommes sont enrégimentés et exercés ; une partie est habillée ; vos places sont approvisionnées. Enfin, ce qui est pour moi l’indice sûr d’une guerre qu’on prépare, vous avez fait acheter des chevaux : vous avez maintenant 14,000 chevaux d’artillerie. Au sein de la paix on ne fait pas cette énorme dépense; elle s’est accrue de tout ce que vous a coûté votre organisation militaire. Les hommes que vous exercez, vous leur donnez une indemnité pécuniaire; vous en habillez une partie; vous avez fourni des armes. Rien de tout cela n’a pu être fait sans de très-grands frais ; et cependant vous-même vous convenez du mauvais état de vos finances, votre change, déjà si bas, a encore baissé; les opérations de votre commerce en ont souffert. Serait-ce donc sans but que vous auriez bravé ces inconvénients ?

Ne dires pas que vous avez été obligés de pourvoir à votre sûreté. Vous convenez que toutes nos relations ont été amicales ; vous savez que je ne vous demande rien, que je ne prétends rien de vous, et que même je regarde la conservation de votre puissance dans l’état actuel comme utile au système de l’Europe et aux intérêts de la France. J’ai fait camper mes troupes pour les tenir en haleine. Elles ne campent point en France, parce que cela est trop cher; elles campent en pays étranger, où cela est moins dispendieux. Les camps ont été disséminés ; aucun ne vous menaçait. Je n’aurais pas campé si j’avais en des vues contre vous. Dans l’excès de ma sécurité, j’ai démantelé toutes les places de la Silésie. Certes, je n’aurais pas eu de camps, si j’avais prévu qu’ils puissent vous alarmer. Un seul mot de vous aurait suffi pour les faire dissoudre. Je suis prêt à les lever, si cela est nécessaire à votre sécurité.”

M. de Metternich ayant observé qu’on n’avait fait en Autriche aucun mouvement de troupes, l’Empereur a repris :

“Vous vous trompez; vous avez retiré vos troupes des lieux où elles pouvaient vivre avec moins de frais ; vous les avez concentrées sur Cracovie pour être en état de menacer au besoin la Silésie. Votre armée est toute réunie et elle a pris une position militaire. Cependant que prétendez-vous ? Voulez-vous me faire peur ? Vous n’y réussirez pas. Croyez-vous la circonstance favorable pour vous ? Vous vous trompez. Ma politique est à découvert parce qu’elle est loyale et que j’ai le sentiment de mes forces. Je vais tirer 100,000 hommes de mes troupes d’Allemagne pour les envoyer en Espagne, et je serai encore en mesure avec vous. Vous armez, j’armerai. Je lèverai, s’il le faut, 900,000 hommes ; vous n’aurez pour vous aucune puissance du continent. L’empereur de Russie, j’oserais presque vous le déclarer en son nom, vous engagera à rester tranquilles; déjà il est peu satisfait de vos relations avec les Serviens, et, comme moi aussi, il peut se croire menacé par vos préparatifs.

Cependant votre empereur ne veut pas la guerre, je le crois; je compte sur la parole qu’il m’a donnée lors de notre entrevue. Il ne peut avoir de ressentiment contre moi. J’ai occupé sa capitale, la plus grande partie de ses provinces, et presque tout lui a été rendu. Je n’ai même conservé Venise que pour laisser moins de sujets de discorde, moins de prétextes à la guerre. Croyez-vous que le vainqueur des armées françaises, qui aurait été maître de Paris, en eût agi avec cette modération ? Non, votre empereur ne veut pas la guerre; votre ministère ne la veut pas ; les hommes distingués de votre monarchie ne la veulent pas; et cependant le mouvement que vous avez imprimé est tel que la guerre aura lieu malgré vous et malgré moi. Vous avez laissé croire que je vous demandais des provinces, et votre peuple, par l’effet d’un mouvement national et généreux que je suis loin de blâmer, est indigné; il s’est porté à des excès; il a couru aux armes. Vous avez fait une proclamation pour défendre de parler de guerre ; mais votre proclamation était vaque; on a pensé qu’elle était commandée par la politique ; et, comme vos mesures étaient en opposition avec votre proclamation, on a cru à vos mesures et non à votre proclamation. De là, l’insulte faite à mon consul à Trieste par un rassemblement de votre nouvelle milice; de là, l’assassinat de trois de mes courriers se rendant en Dalmatie. Encore des insultes semblables, et la guerre est inévitable ; car on peut nous tuer, mais non nous insulter impunément. C’est ainsi que les instigateurs des troubles de toute l’Europe poussent sans cesse à la guerre ; c’est ainsi qu’ils ont amené la guerre par l’insulte faite au général Bernadotte. Des intrigues particulières vous entraînent là où vous ne voulez pas aller. Les Anglais et leurs partisans dictent toutes ces fausses mesures; déjà ils s’applaudissent de l’espérance de voir de nouveau l’Europe en feu ; leurs actions ont gagné cinquante pour cent par le mouvement que vous venez de donner à l’Europe; ce sont eux que j’en accuse; ce sont eux qui font qu’un Français ne peut paraître aux eaux de Bohême sans y être insulté. Comment tolérez-vous cette licence ? Vous donne-t-on en France de pareils exemples ? Vos consuls, vos voyageurs ne sont-ils pas accueillis et respectés ? La plus légère insulte qui leur serait faite serait punie d’une manière éclatante. Je vous le répète, vous êtes entraînés, et, malgré vous, la fermentation de votre peuple, imprudemment excitée, et les intrigues des partisans des Anglais et de quelques membres de l’ordre équestre qui ont porté chez vous l’amertume de leurs regrets, vous mèneront à la guerre. L’empereur de Russie peut-être l’empêchera en vous déclarant d’une manière ferme qu’il ne la veut pas et qu’il sera contre vous ; mais, si ce n’est qu’à son intervention que l’Europe doit la continuation de la paix, ni l’Europe ni moi ne vous en aurons l’obligation; et, ne pouvant vous regarder comme mes amis, je serai certainement dispensé de vous appeler à concourir avec moi aux arrangements que peut exiger l’état de l’Europe.

En attendant, qu’arrivera-t-il ? Vous avez levé 400,000 hommes : je vais en lever 900,000. La Confédération, qui avait renvoyé ses troupes, va les réunir et faire des levées. L’Allemagne, qui commençait à respirer après tant de guerres ruineuses, va voir de nouveau ouvrir toutes ses blessures. Je rétablirai les places de Silésie au lieu d’évacuer cette province et les États prussiens, comme je me le proposais. L’Europe sera sur pied. Les armées seront en présence, et le plus léger incident amènera le commencement des hostilités.

Vous dites que vous avez une armée de 400,000 hommes, ce qui est plus considérable que dans aucun temps de votre monarchie. Vous voulez la doubler : on suivra cet exemple. Bientôt il faudra armer jusqu’aux femmes. Dans un tel état de choses, lorsque tous les ressorts seront aussi tendus, la guerre deviendra désirable pour amener un dénouement. C’est ainsi que, dans le monde physique, l’état de souffrance où est la nature à l’approche d’un orage fait désirer que l’orage crève pour défendre les fibres crispées et rendre au ciel et à la terre une douce sérénité. Un mal vif, mais court, vaut mieux qu’une souffrance prolongée.

Cependant, toutes les espérances de paix maritime s’évanouissent. Les mesures fortes prises pour l’obtenir deviennent sans effet. Les Anglais sourient à la pensée de la discorde rallumée e nouveau sur le continent, et se reposent sur elle de la défense de leurs intérêts.

Voilà les maux que vous avez produits; et, je crois, sans en avoir l’intention. Mais, si vos dispositions sont aussi pacifiques que vous le dites, il faut vous prononcer; il faut contrernander des mesures qui ont excité une si dangereuse fermentation; il faut, à ce mouvement involontairement excité, opposer un mouvement contraire, et, lorsque, depuis Pétersbourg jusqu’à Naples, il n’a été question que de la guerre, que l’Autriche allait faire, que tous vos négociants l’annonçaient comme certaine, il faut, dis-je, que toute l’Europe soit convaincue que vous voulez la paix. Il faut que toutes les bouches proclament vos dispositions pacifiques justifiées par vos actes comme par vos discours. De mon côté, je vous donnerai toute la sécurité que vous pouvez désirer.”

 

Saint-Cloud, 17 août 1808

NOTE POUR LE MINISTRE DES FINANCES.

Sa Majesté désire que le ministre fasse faire par des hommes pratiques un travail sur les moyens à prendre pour régulariser ses voyages dans l’intérieur de l’Empire. La méthode actuelle, c’est-à-dire celle de la poste et de l’appel des chevaux de tournée, est vicieuse sous plusieurs rapports : 1° on désorganise le service public des routes où passe Sa Majesté et de toutes les routes voisines; 2° il y a des chevaux de tournée dont le déplacement est de 80 et même de 100 lieues; 3° le service se fait mal; les voitures de Sa Majesté sont menées lentement, parce que les chevaux, lorsqu’ils arrivent aux relais, sont déjà harassés; 4° dans le dernier voyage de Sa Majesté, il fallait à chaque relais de 50 à 55 chevaux; il n’en aurait pas fallu 40 si les postes n’avaient pas été désorganisées, parce que, plusieurs routes se dirigeant vers le même point, elles auraient pu être suivies par les accessoires de son service.

Sa Majesté désire savoir si elle aurait pu faire demander aux préfets 40 chevaux par relais sur la route de Paris à Bordeaux; à combien se serait élevée là dépense en payant ces chevaux au taux du pays, et enfin, dans les localités où on n’aurait pu avoir 40 chevaux, quelles précautions on aurait pu prendre pour y suppléer, et quelle aurait été l’augmentation de la dépense.

La difficulté que l’on pourrait trouver à avoir de bons postillons et assez de harnais pour que Sa Majesté n’attendît point aux relais serait facilement levée, attendu que les écuries de Sa Majesté fourniraient facilement les postillons et les harnais nécessaires.

 

Saint-Cloud, 17 août 1808

NOTE POUR LES MINISTRES DE LA GUERRE ET DE L’ADMINISTRATION DE LA GUERRE.

Le ler corps de la Grande Armée, le 5e et le 6e corps, la 3e division de dragons du général Milhaud, la 11e division de dragons commandée par le général Latour-Maubourg, la 4e division de dragons du général Lahoussaye, ont l’ordre de se diriger sur Mayence, excepté la 3e division de dragons, qui se dirige sur Wesel. Faire connaître les directions.

Ces corps d’armée et ces divisions de cavalerie marcheront avec leurs états-majors, leur artillerie, le génie, sapeurs, administrations, équipages militaires , commissaires des guerres, inspecteurs aux revues, officiers de santé, ambulances, et enfin tout ce qui compose leur organisation complète.

Faire connaître à l’Empereur les routes que ces corps tiendront en partant de Mayence pour se rendre à Bayonne. Faire connaître quelles sont les villes sur cette route où l’on peut faire diriger ce qui est aux dépôts des régiments composant les corps d’armée et les divisions de dragons ci-dessus désignées, afin que ces corps en passant trouvent tout ce qui leur serait envoyé de leurs dépôts pour les compléter autant qu’il sera possible.

Indépendamment de ces trois corps d’armée, quatre régiments d’infanterie et un régiment de dragons ont ordre de se diriger sur Wesel et de là sur Paris, savoir : les 32e, 58e, 28e, 75e de ligne et 5e de dragons.

On fera par avance les dispositions pour que ces troupes, arrivées à Paris, forment une division; on préparera à l’avance ce qui lui est nécessaire; on désignera un général de division , deux généraux de brigade, un adjudant-commandant, trois capitaines adjoints à l’état-major, un commissaire des guerres, un inspecteur aux revues, des ambulances, des administrations, et enfin tout ce qui est nécessaire pour l’entière organisation d’une division de l’armée, douze pièces d’artillerie attelées, les caissons , le personnel d’artillerie et celui du génie.

On fera des dispositions pour activer la marche des quatre régiments d’infanterie qui viennent de Wesel, de manière qu’ils arrivent à Paris à peu près le même jour; en conséquence, la marche des derniers régiments se fera en poste, d’après les distances calculées, afin qu’ils puissent atteindre les premiers régiments et arriver à peu près en même temps qu’eux à Paris.

On préviendra le maréchal Kellermann qu’un régiment de Nassau, un régiment de Hesse-Darmstadt , un régiment de Baden , un régiment du prince Primat, formant environ 6,000 hommes, doivent être dirigés sur Mayence et Strasbourg; on lui donnera l’ordre de les diriger sans délai sur Metz , aussitôt leur arrivée. Le maréchal Kellermann ne réexpédiera le courrier porteur de la dépêche qu’en faisant connaître le jour de l’arrivée de ces corps, leur situation, l’état de leur armement, habillement, équipement et le présent les armes.

On préviendra le maréchal Kellermann de l’arrivée à Mayence de la division polonaise, forte d’environ 10,000 hommes, venant du duché de Varsovie. On lui fera connaître que cette division manque de fusils, qu’il faut la réarmer complètement à son passage à Mayence; qu’en conséquence il doit envoyer au-devant de ces troupes un officier pour connaître leurs besoins en armement et leurs autres besoins, afin que les moyens d’y pourvoir soient préparés à l’avance à Mayence, qu’ils y reçoivent des fusils et tous autres objets d’armement et d’équipement, en sorte que rien ne les retarde.

On prendra des mesures pour presser la marche de ces divisions, allemande et polonaise, sur Metz, où elles recevront de nouveaux ordres.

On ne perdra pas de vue la marche de la division allemande ni celle de la division polonaise, afin de prendre les ordres de l’Empereur. On s’informera du personnel et du matériel de l’artillerie qu’elles mènent avec elles, afin qu’à Metz on “puisse leur envoyer des ordres pour se diriger sur Bayonne. On désigne d’avance un général français, parlant allemand, pour commander la division allemande. On préparera à Metz tout ce qui est nécessaire en administration pour organiser parfaitement ces divisions.

Artillerie. – L’artillerie attachée au corps d’armée et aux divisions de dragons marche avec ces corps, personnel et matériel. Il serait peut-être d’une bonne administration de faire aller à Bayonne le plus de chevaux haut-le-pied qu’il serait possible, c’est-à-dire tous ceux des caissons que l’on pourrait laisser à Mayence, mais pour cela il faudrait être sûr de trouver à Bayonne le remplacement de ces caissons, qui auraient l’avantage d’être tous en bon état, au lieu de ceux venant de la Grande Armée, qui seraient fatigués par la longueur de la route.

Donner des ordres pour avoir à Bayonne 4 millions de cartouches, 200 milliers de poudre, 20,000 coups de canon, 20,000 outils de pionniers, des affûts de rechange et des roues en quantité raisonnable.

Former à Bayonne un équipage de siège composé ainsi qu’il sui : douze pièces de 24, courtes, approvisionnées à 500 coups par pièce, dont 250 coups seront portés sur des voiturés attelées; douze obusiers de 6 pouces, indépendamment de ceux de l’équipage de campagne, approvisionnés également à 500 coups; six mortiers à la Gomer de 8 pouces avec 500 bombes par mortier; y réunir aussi de la roche à feu et autres moyens incendiaires. On ne parle pas d’envoyer des fusils à Bayonne, parce qu’il s’y trouve une grande quantité de bons fusils espagnols. Toute cette artillerie doit être attelée; on présentera à l’Empereur les mesures d’exécution.

On réunira à Perpignan et Bellegarde 2 millions de cartouches, 10,000 coups de canon, 5 à 6,000 outils, 6,000 fusils, indépendamment de ce qui appartient déjà au corps d’armée du général Reille et de ce qui arrive avec les divisions Souham et Pino.

Génie. – Le personnel et le matériel du génie des corps de la Grande Armée marchent avec eux. On donnera des ordres pour réunir à Bayonne sans délai deux compagnies de mineurs avec des équipages de mineurs. On enverra également à Bayonne la valeur d’un bataillon de sapeurs, et enfin une quantité d’officiers du génie suffisante, y compris ceux venant avec les corps de la Grande Armée. On réunira à Perpignan et Bellegarde le cinquième de ce qui est dit ci-dessus pour Bayonne.

Corps d’armée de Catalogne. – Il existe en Catalogne la division italienne du général Lecci, la division du général Chabran, la division aux ordres du général Reille.

Donner l’ordre au général Saint-Cyr de se rendre en Catalogne pour prendre le commandement de la division du général Pino, venant d’Italie, et de celle du général Souham.

Les deux divisions du corps du général Duhesme ont déjà leur artillerie.

Le général Reille doit avoir douze pièces attelées. Les fonds étaient faits au général Lacombe Saint-Michel pour l’achat des chevaux nécessaires.

La division du général Pino et celle du général Souham ont amené avec elles leur artillerie, ainsi que leurs sapeurs.

On nommera pour le corps du général Saint-Cyr un commandant de l’artillerie et un commandant du génie.

Transports militaires. – Les trois corps de la Grande Armée arrivent avec leurs bataillons des équipages militaires. M. Daru a reçu l’ordre de les faire partir au complet, et, si ces bataillons avaient des détachements au parc général de l’armée, il a été ordonné de les faire rejoindre.

Deux autres bataillons de transports militaires se trouvent à Sampigny; l’intention de l’Empereur est qu’on les dirige sur Poitiers, et que là on achète 1,200 mulets. Ces 300 voitures, qui porteront 300,000 rations de vivres, seront attachées au parc général de l’armée d’Espagne. Ces caissons attelés seront en conséquence dirigés sur Bayonne.

Vivres. – On donnera des ordres pour avoir à Bayonne, et pour y maintenir successivement à mesure des consommations, 500,000 rations de biscuit.

On fera un approvisionnement d’une quantité de farine suffisante. On fera acheter dans la Vendée les avoines, les blés et les boeufs qui y sont en abondance et à un très-bas prix.

On observe qu’il faut à Bayonne une grande quantité d’avoine en calculant les chevaux d’artillerie et les corps de cavalerie qui y passent.

Habillement. – Les troupes arrivant de la Grande Armée sont habillées; mais on donnera des ordres pour que les effets d’habillement et les souliers qui sont aux dépôts des régiments de ces corps d’armée soient envoyés dans une ville sur la route de Mayance à Bayonne, afin que les différents corps prennent ces effets à leur passage.

Indépendamment de ce qui sera fourni par les dépôts des corps, on fera confectionner de suite, tant à Bayonne qu’à Bordeaux, ou l’on y enverra de Paris, 10,000 gibernes, 10,000 shakos, 10,000 paires de guêtres, 60,000 capotes, 60,000 paires de souliers , 60,000 chemises. Tous ces effets devront exister en magasin à Bayonne le ler octobre.

On fera des dispositions pour que le quart des objets ci-dessus soit également en magasin à Perpignan.

Il va arriver à Bayonne environ 1,000 à 1,200 hommes de troupes à cheval, démontés et presque nus. On donnera des ordres pour qu’ils soient réunis à Pau, où il sera formé un dépôt. Ce dépôt sera sous les ordres du général Trelliard, qui recevra à cet effet l’ordre de se rendre à Bayonne et à Pau, pour y remonter et organiser ces hommes démontés. A cet effet, le général Trelliard sera autorisé à acheter 200 chevaux de cuirassiers, 200 chevaux de dragons, 400 chevaux de classeurs ou hussards. On enverra de Paris à Pau les selles, et on fera confectionner à Pau ou dans les environs les bottes et autres objets. On enverra à Bayonne les armes nécessaires pour réarmer ces hommes. Ces hommes de cavalerie doivent être remontés, habillés et armés en octobre.

On donnera l’ordre au général Belliard d’envoyer les hommes de cavalerie à pied à Bayonne et de là à Pau.

Les dépôts d’infanterie de l’armée d’Espagne seront à Bayonne sous les ordres du général Drouet, qui prendra toutes les mesures pour les faire promptement habiller, équiper et réarmer.

Il sera également formé un petit dépôt de cavalerie à Perpignan, ,comme celui de Pau, pour remonter et réarmer les hommes de cavalerie des corps d’armée qui sont en Catalogne.

Dispositions générales. – L’intention de l’Empereur est que les régiments d’infanterie et de cavalerie du corps du maréchal Davout, du corps du maréchal Soult et enfin des corps de la Grande Armée qui rentrent en France, tant infanterie que cavalerie, soient complétés autant qu’il sera possible et dans le moindre délai.

On fera dresser un état qui fasse connaître tout ce que ces différents corps peuvent avoir de disponible dans les dépôts , afin que Sa Majesté détermine la force des détachements qu’il sera dans son intention de faire partir des dépôts pour renforcer les bataillons et escadrons de guerre.

En résumé, le corps du maréchal Davout restera composé de 63 bataillons et 56 escadrons de troupes françaises , indépendamment des troupes polonaises et saxonnes; celui du maréchal Soult, de 47 bataillons et 68 escadrons de troupes françaises; total des deux corps au delà du Rhin, 110 bataillons et 124 escadrons de troupes françaises , non compris le corps du prince de Ponte-Corvo, composé de 13 bataillons et 10 escadrons de troupes françaises, indépendamment des troupes espagnoles et hollandaises.

On fera un nouvel état de l’armée d’Espagne en deux parties, la première de ce qui y reste dans ce moment, la deuxième de toutes les troupes qui la composeront au 15 octobre.   

 

Saint-Cloud, 17 août 1808        

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je désire rappeler Lauriston près de moi ; qu’il parte sous huit ou dix jours et vienne à Paris. Faites-moi connaître qui doit le remplacer dans son gouvernement.

Le ministre de la guerre vous envoie l’ordre d’envoyer sur Perpignan un des bataillons du train qui sont à l’armée d’Italie, complété à 1,100 chevaux avec leurs harnais. J’autorise l’achat de 1,000 chevaux pour qu’il ait toujours à cette armée le même nombre de 2,400 chevaux. Dirigez ce bataillon par la route la plus courte sur Perpignan. Je suppose que la division Pino, la division Souham, bien outillées et en bon état, sont parties ; ajoutez-y trois bons escadrons français, complétés à 800 hommes.

Les affaires d’Espagne deviennent sérieuses; les Anglais ont débarqué dans ce pays plus de 40,000 hommes. J’ai ordonné que deux régiments français se rendissent de Naples à Rome ; ils y tiendront garnison et remplaceront les troupes qui y sont. 500 chevaux se rendent également de Naples à Rome. La Russie ayant reconnu le roi d’Espagne, et ayant déclaré qu’elle ferait cause commune avec moi si l’Autriche faisait la guerre, il y a peu de probabilité que cette dernière puissance bouge. Vous verrez incessamment les publications au Sénat, par lesquelles j’appelle 200,000 hommes.

J’autorise Sorbier à se rendre près de vous pour être employé comme vous le jugerez convenable; écrivez-lui à cet effet. Redoublez d’activité pour la police ; si vous n’êtes pas content de votre directeur de police, nommez-en un autre. Il faut user de beaucoup de sévérité, car les Anglais jettent du trouble partout.

Vous verrez ces jours-ci dans le Moniteur les pièces relatives aux affaires d’Espagne. Mes troupes y ont été victorieuses partout, hormis dans un malheureux endroit, où Dupont a fait de grandes fautes et gâté mes affaires dans ce pays.

 

Saint-Cloud, 17 août 1808

A Louis Napoléon, roi de Hollande, à La Haye

Je reçois votre lettre relative à l’ouverture qu’a faite le sieur la Rochefoucauld. Il n’a été autorisé à la faire qu’indirectement. Puisque cet échange ne vous plaît pas, il n’y faut plus penser. Il était inutile de me faire un étalage de principes, puisque je n’ai point dit que vous ne deviez pas consulter la nation. Des Hollandais instruits m’avaient fait connaître qu’il serait indifférent à la Hollande de perdre le Brabant, semé de places fortes qui coûtent beaucoup, qui a plus d’affinité avec la France qu’avec la Hollande, en l’échangeant contre des provinces du nord, riches et à votre convenance. Encore une fois, puisque cet arrangement ne vous plaît pas, c’est une affaire finie. Il était inutile de m’en parler, puisque le sieur la Rochefoucauld n’a eu ordre que de sonder le terrain.

NAPOLÉON.

 

Saint-Cloud, 17 août 1808

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, les Anglais débarquent près de 40,000 hommes en Espagne et en Portugal. Des fautes multipliées du général Dupont m’y ont fait essuyer un échec. J’y marcherai bientôt moi-même. Une partie de la Grande Armée est en marche pour s’y rendre. Je désire qu’au reçu de la présente vous fassiez partir 500 chevaux et un bataillon d’un millier d’hommes d’infanterie commandés par un bon officier supérieur, lesquels se dirigeront en droite ligne de Cassel sur Metz, où ils recevront de nouveaux ordres. Vous continuerez à être chargé de la solde et de la masse d’entretien de ces troupes; je me charge de leur nourriture. J’attache une grande importance au prompt envoi de ces troupes ; mais composez-les de bons soldats.

Vous me ferez connaître le jour si elles passeront le Rhin.

 

Saint-Cloud, 18 août 1808

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles

Je vous ai donné le commandement de mon armée de Naples. Je ne vois pas d’inconvénient que le général Reynier soit ministre de la guerre, si cela vous convient. Vous pouvez passer par Milan.

Vous ne pouvez voir le Pape que lorsqu’il vous aura reconnu. Avant de lever de nouvelles troupes, il faut savoir si vous avez de l’argent.

Il n’y a rien à faire pour l’Archipel, où nous sommes en paix avec la Porte.

Je verrai avec plaisir que vous partiez le plus tôt possible.

 

Saint-Cloud, 18 août 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de la Grande Armée, à Paris

Mon Cousin, la nouvelle garnison qui va occuper Danzig étant composée de Saxons et de Polonais ne sera pas aux frais de la ville; elle sera payée par le gouvernement auquel elle appartient.

 

Saint-Cloud, 19 août 1808

A M. Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur Mollien, il est nécessaire qu’à compter du ler août vous ne payiez plus au grand-duc de Berg ni traitement de grand amiral, ni traitement de maréchal, ni aucun autre traitement, sous quelque prétexte que ce soit.

 

Saint-Cloud, 19 août 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

J’ai reçu votre rapport du 8 août. Indépendamment du 1er et du 6e corps de la Grande Armée, le 5e doit également venir à Mayence, et de là à Bayonne. Je désirerais que ces trois corps suivissent tous trois la route la plus courte, c’est-à-dire celle de Metz; je ne pense pas qu’il y ait d’inconvénient, puisque ces corps marcheront à plusieurs jours de distance l’un de l’autre. Le 6e arrivera au moins six jours après le ler et le 5e six ou huit jours après le 6e.

Le 1er régiment de marche, appartenant au ler corps, qui est à Wesel et qui forme 1,500 hommes, pourra se diriger sur Orléans, où il sera dissous, et chaque détachement entrera dans son régiment à mesure qu’il passera. Le régiment de marche appartenant au 5e corps et formant 1,800 hommes se dirigera également sur Orléans. Ainsi la première brigade, formant 3,300 hommes, pourra marcher tout entière sur Orléans. Vous me préviendrez du jour où ces deux corps y arriveront, afin que la brigade de Wesel y arrive au moins six jours avant eux.

Ne faites rien mettre en mouvement qu’au préalable vous ne m’en ayez fait un rapport. Le 3e régiment de marche, qui appartient au 3e corps, peut se mettre en marche sans délai pour se rendre à Dresde. Présentez-moi un projet de route pour ce régiment, afin qu’il ne se rencontre pas avec les régiments qui viennent de Dresde; ce régiment se rendra en Silésie, où il sera incorporé dans le corps du maréchal Davout. Le 6e régiment de marche, qui est à Mayence, y attendra le passage du 6e corps, dans lequel il sera incorporé. Le 4e régiment de marche, qui est à Strasbourg et qui appartient au 4e corps, peut se mettre en marche pour Berlin, où il sera incorporé dans ce corps. Ainsi, de cinq régiments de marche, deux se rendront à Orléans, un attendra à Mayence, et deux se dirigeront l’un sur Dresde et l’autre sur Berlin. Tous les détachements appartenant à la division du général Oudinot doivent se diriger sur Dresde, et de là rejoindront la division à Glogau pour y être incorporés; ce qui fera un mouvement de 5 à 6,000 hommes en avant.

Je désire deux choses : l° que vous me fassiez connaître le jour où commenceront ces mouvements, et où chaque corps se trouvera chaque jour; ne faites rien mettre en mouvement que vous ne m’en ayez soumis un rapport, de manière que les troupes ne se croisent pas en route; 2° que vous me fassiez connaître comment doivent se trouver formés les corps des maréchaux Davout et Soult et les trois corps qui viennent à Bayonne. Je désirerais, s’il était possible, que les corps des maréchaux Davout et Soult eussent chacun leurs quatre bataillons par régiment, et que les corps qui arrivent à Bayonne eussent les cadres de leurs 4e bataillons. Faîtes-moi connaître ce qui manque au complet de 840 hommes par bataillon, tant aux corps qui se rendent à Bayonne qu’aux corps des maréchaux Soult et Davout.

Je vois, par les rapports que vous m’avez envoyés, que les régiments appartenant au Ier corps seront à Bayonne, l’un portant l’autre, à 2,300 hommes présents, ce qui fait un effectif de 2,580; et dès lors les trois bataillons de ces régiments, lorsqu’ils entreront en Espagne, seront à leur grand complet; mais, comme je voudrais avoir les quatre bataillons, mon intention est que les cadres des 4e bataillons soient réunis à Bayonne. S’il est impossible de réunir les soldats, j’y enverrai des conscrits pour les porter à 840 hommes. Je désire que les 11 régiments du Ier corps, les 9 régiments du 6e et les 9 régiments du 5e corps , c’est-à-dire 29 régiments, entrent en Espagne dans le courant d’octobre, avec chacun trois bataillons complets , c’est-à-dire 77 bataillons , qui, en les supposant à 750 présents, feraient un présent sous les armes de 58,000 et un effectif de 66,000 hommes; qu’indépendamment chaque régiment ait le cadre de son 4e bataillon bien formé à Bayonne , qui recevrait chacun 800 conscrits; ce qui formerait une vingtaine de mille hommes qui alimenteraient les bataillons qui seront en Espagne. Ces 20,000 hommes seront fournis par la levée que je vais faire et que j’enverrai droit à Bayonne. Tous ces régiments, étant ainsi à quatre bataillons, formeront un effectif de 80 à 90,000 hommes. Même observations pour les 11 régiments qui formeront la division Sébastiani; même observation pour les 11 régiments qui se trouvent déjà à l’armée d’Espagne.

Il est des régiments qui, par la formation des nouveaux régiments en Espagne, ont quatre compagnies de moins ; cela ne doit pas empêcher de former le 4e bataillon, vu qu’alors le dépôt serait réduit aux ouvriers, au capitaine d’habillement et à quelques officiers et sous-officiers , sauf à reformer les quatre compagnies de dépôt, si je le juge nécessaire.

Ainsi donc mon intention est que les 4e régiments de ligne qui vont former l’armée d’Espagne aient leurs trois premiers bataillons en Espagne et le 4e à Bayonne pour recevoir des conscrits; le 5e bataillon au dépôt. Ceux qui n’ont que quatre bataillons n’auront à leur dépôt que des ouvriers et la valeur d’une compagnie.

Je désire la même chose pour les 16 régiments qui forment le corps du maréchal Soult, pour les 15 régiments qui forment le corps du maréchal Davout et pour les 5 régiments qui forment celui du prince de Ponte-Corvo, c’est-à-dire pour les 36 régiments qui composent l’armée d’Allemagne. Je désire qu’ils aient, à quelques exceptions près, leurs quatre bataillons en Allemagne et leurs dépôts en France, c’est-à-dire un effectif de 3,360 hommes en Allemagne, ce qui ferait un effectif de 118,000 hommes et un présent sous les armes de 110,000 hommes; ce qui, joint à la division Oudinot, ferait près de 120,000 hommes présents en Allemagne. Ce nombre ne peut être aussi complet, vu qu’il y a des dépôts qui sont en Italie, qui ont fait des détachements à l’armée de Catalogne, mais cela ne doit faire une différence que de 4 à 5 bataillons. Ces bases doivent servir de principe pour la levée de la conscription que je vais faire.

Quant à la cavalerie, la cavalerie légère des Ier, 5e et 6e Corps doit suivre; les divisions de dragons de Milhaud, de Latour-Maubourg et de Lahoussaye doivent également suivre. Les détachements de cavalerie légère et de dragons dont les régiments se rendent en Espagne rejoindront leur régiment au fur et à mesure qu’ils pourront le rencontrer. les détachements que ces mêmes régiments auraient soit aux régiments de marche de cavalerie que je viens de former , soit aux dépôts, se joindront en route, de manière à porter les régiments le plus haut possible, à 1,000 hommes si cela se peut. Enfin les régiments provisoires de cuirassiers qui sont en Espagne formeront deux régiments définitifs et recevront des numéros; ils resteront en Espagne. Tous les régiments de marche formés des détachements des régiments de cuirassiers, dragons, chasseurs, qui restent à la Grande Armée, se mettront en marche pour les rejoindre, mais de manière à ne pas se croiser avec les corps qui arrivent, et renforceront leurs régiments.

Il faudra également préparer en septembre ce qu’il y a de disponible, dans les dépôts en France, des régiments qui sont à la Grande Armée, pour la fortifier.

Faites-moi un rapport sur cette lettre, dimanche, au conseil.

 

Paris, 19 août 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Avant le système du blocus, les croisières avaient moins de succès. Aujourd’hui que nous sommes en guerre avec le Brésil, probablement avec les colonies espagnoles et avec tout ce qui vient d’Angleterre, je désirerais que vingt frégates partissent, deux à deux, pour aller établir des croisières dans tous les coins de l’univers. Je désirerais qu’il en partît deux pour l’île de France, une en novembre et l’autre en février; elles y porteraient des nouvelles et des vivres. Le Calcutta serait envoyé à la Martinique, armé de manière à ne rien redouter d’une frégate. Les corvettes et bricks seraient envoyés à la Martinique et à la Guadeloupe. Enfin les deux flûtes qui sont au Havre seraient envoyées chargées de farine à la Guadeloupe et à la Martinique, en les armant de manière à être plus fortes qu’un brick et à pouvoir résister à une corvette. J’ai d’autres flûtes au Havre, qu’on pourrait essayer de faire partir. De telles expéditions pourraient faire beaucoup de mal à l’ennemi. En les dirigeant sur Cayenne, sur Saint-Domingue, sur la Guadeloupe et la Martinique, cela ne peut présenter que des chances de succès. On concilierait ainsi le double but à atteindre, de former des croisières et d’approvisionner les colonies.

On pourrait se proposer un troisième but, celui de reprendre les Saintes et Marie-Galante. Il faudrait pour cela une escadre supérieure à l’escadre anglaise qui est sur la Guadeloupe. Cette escadre porterait 1,500 à 2,000 hommes, prendrait ces deux îles, et, tout en suivant les croisières, reviendrait à Toulon. Faites-moi un petit rapport là-dessus. Si l’escadre de Flessingue pouvait faire ce coup, ce serait un beau début. Les huit vaisseaux, chargés chacun de 200 hommes, transporteraient 1,600 hommes; arrivés à la Guadeloupe, ils reprendraient les deux petites îles, feraient une croisière raisonnée et reviendraient à Toulon. Cela faudrait beaucoup mieux que de désarmer devant Flessingue. Les deux frégates hollandaises y seraient jointes.

 

Saint-Cloud, 19 août 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée

Mon Cousin, il faut avoir soin que les trois corps de la Grande Armée qui viennent à l’armée d’Espagne aient chacun une compagnie de pontonniers.

 

Saint-Cloud, 21 août 1808

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, je vous renvoie le portefeuille aujourd’hui. Il est peut-être convenable d’envoyer à Caulaincourt les nouvelles de Cattaro. Quelque extravagant que ce soit, ce mouvement me paraît extraordinaire. Peut-être n’est-ce rien, peut-être cela se rattache-t-il à des projets ourdis de tous côtés pour troubler

 

Saint-Cloud, 22 août 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

J’ai la votre rapport du 19 août. Je pense qu’il est nécessaire de faire passer sans délai à Bayonne l150 caissons d’artillerie , chargés partie des différents calibres et de cartouches d’infanterie. Deuxièmement, il est nécessaire d’y faire passer 100 affûts de rechange et des roues et pièces de rechange de toute espèce, pour y organiser 200 voitures. Rien ne doit être changé aux corps qui viennent de la Grande Armée; l’artillerie doit suivre la marche de l’infanterie, et l’on ne doit se permettre aucune opération qui tendrait à retarder d’un jour la marche d’une seule voiture. L’artillerie qui vient de la Grande Armée devant suivre les corps auxquels elle appartient, on ne doit se permettre de changements qu’autant qu’ils pourraient se faire du matin au soir. Ces changements peuvent se faire très-facilement quand les corps passeront à Mayence, Metz et Orléans, si on y fait rendre d’avance les pièces et autres objets qu’on veut faire échanger. Les corps pourraient prendre dans ces villes des pièces françaises en échange des pièces étrangères ; cela serait d’autant meilleur que le calibre espagnol est pareil au calibre français. Cette mesure peut être ordonnée par vous, sans que cela cause aucun retard ; car je préfère que les corps gardent leur artillerie étrangère, si ce changement doit retarder la marche d’un seul jour. Ainsi donc, comme Strasbourg ne se trouve pas sur le passage, il faudrait que les canons ou les caissons que l’armée doit échanger fussent rendus à Metz à l’époque du passage des corps d’armée, ce qui est faisable. Si le changement, que vous proposez, des dix-sept compagnies du train contre trois bataillons complets peut se faire, il faut l’opérer sans perdre un jour. Je n’approuve pas la composition de l’artillerie de la division de Paris. En Espagne, il faut du petit et du gros calibre; il faut donc quatre pièces de 12, quatre obusiers et quatre pièces de 4, total douze pièces. Je préfère qu’on fasse venir de Mayence deux compagnies du 7e régiment; mais il faut qu’elles viennent en toute diligence. J’approuve qu’on fasse venir de Metz la compagnie du bataillon du train; mais, à cet effet, il faut lui en envoyer l’ordre sans perte de temps, pour qu’elle marche le plus vite qu’elle pourra. Il faut organiser à Metz pour la division allemande, quatre pièces de canon, caissons, etc. , ce qui, joint à l’artillerie de Hesse-Darmstadt et de Bade, formera une division de douze pièces d’artillerie.

La Garde, c’est-à-dire l’artillerie de la Garde qui est à Paris, servira 36 bouches à feu, dont 18 pièces seront servies par l’artillerie à pied et 18 par l’artillerie à cheval. A cet effet, faites organiser sur-le-champ les deux compagnies d’artillerie à pied. Vous ferez acheter des chevaux pour monter les canonniers d’artillerie à cheval démontés qui se trouvent à la Fère. Vous ferez organiser le bataillon du train qui est à la Fère sous la dénomination de bataillon bis de la Garde; le bataillon du train qui est en Espagne continuera à être le bataillon principal. Ce bataillon sera porté au grand complet, et vous prescrirez les mesures nécessaires pour lui faire fournir 1,200 chevaux et 1,200 harnais ; la Garde attelant ses voitures de 4 chevaux, cela fera 300 voitures. Il faut que ces dispositions soient exécutées pour le 1er octobre, afin qu’on puisse disposer de ce train de la Garde, soit pour l’Espagne, soit pour le Rhin.

J’approuve fort qu’il soit acheté 600 mulets dans le Poitou, qui seront donnés aux corps de la Grande Armée pour remplacer les pertes qu’ils auront faites en route, de manière que leur artillerie arrive en Espagne en bon état.

Je n’approuve pas les observations que vous faites. Je veux douze pièces de 24, courtes, et je suis fâché que vous ayez perdu huit jours pour ne pas faire transporter des affûts à Toulouse pour les pièces qui doivent y arriver. Il faut qu’au 11 octobre les vingt-quatre pièces de 24, courtes, soient prêtes à partir de Bayonne ; les pièces de 16 ne rempliraient pas le même but. Vous ne parlez pas des attelages pour ces vingt-quatre pièces. J’approuve que vous tiriez en toute diligence de Turin une compagnie d’ouvriers pour Toulouse.

Dans votre rapport, vous ne parlez pas des approvisionnements d’artillerie. Je veux avoir à Bayonne 30,000 fusils, 4 millions de cartouches, 90,000 coups de canon de réserve, 10,000 obus, 20,000 outils de pionniers, de la roche à feu, des fascines goudronnées, enfin 100,000 épinglettes pour les fusils et 10,000 tournevis. Je demande une aussi grande quantité d’obus à cause du grand nombre de projectiles dont on est obligé de faire usage dans une guerre d’insurrection. Mon intention est qu’il y ait à Bayonne, indépendamment de la compagnie d’artillerie qui est à Toulouse, une autre compagnie d’artillerie que vous pouvez tirer de la Grande Armée, et, en attendant qu’elle y arrive, vous dirigerez sur Bayonne une ou deux escouades que vous tirerez des arsenaux les plus à proximité. Mon intention est qu’on ne fasse aucun transport par mer; il ne faut pas en charger la marine; cela n’assurerait pas le service. Mais on peut embarquer à la Rochelle des poudres et autres objets, les faire entrer dans la rivière de Bordeaux jusqu’à Langon, d’où les transports militaires les prendraient pour les conduire à l’Adour, où ils seraient embarqués jusqu’à Bayonne. Vous chargerez les transports de l’artillerie de toutes les dispositions. Prenez bien vos mesures pour que l’artillerie prenne des moyens sûrs. On peut charger des sergents de surveiller les transports pour s’assurer qu’ils arrivent.

Quant à Perpignan, le quart de ce qu’on demande pour Bayonne est suffisant.

Je viens de vous parler de l’artillerie de ma Garde; mon intention est que tout le matériel et l’administration de la Garde impériale soient réorganisés ici, ambulances, chirurgiens, transports, caissons, boulangers, commissaires des guerres, inspecteurs aux revues, de manière à remplacer ce qui est en Espagne. De sorte que si, au lieu de se diriger en Espagne, la partie de ma Garde qui est ici se dirigeait en Allemagne, cette nouvelle administration pût être complètement organisée pour rendre les mêmes services qu’elle a rendus dans les campagnes dernières. Vous ferez connaître à ma Garde à Paris qu’elle doit être, au 20 septembre, prête à partir, savoir : deux régiments de chasseurs de 400 hommes chacun ; deux régiments de dragons, idem; deux régiments de grenadiers, idem; total, six régiments, 2,400 hommes ; secondement, deux régiments de chasseurs à pied, forts de 800 hommes chacun; deux régiments de grenadiers, idem ; total, 3,200 hommes ; 36 pièces d’artillerie, servies comme je l’ai dit par des détachements d’artillerie à cheval, faisant la valeur de deux compagnies ; deux compagnies d’artillerie à pied, un bataillon du train de 600 hommes et 1,200 chevaux, ce qui fera un corps de ma Garde de 6 à 7,000 hommes prêts à partir, ayant la même quantité de transports, caissons et toutes les parties d’administration telles qu’elle les avait la campagne dernière. Mon intention est que, sans perdre un seul jour et sans me demander de nouveaux ordres, vous donniez ceux d’exécution et d’achat, et que vous me remettiez ensuite un état de ma Garde, telle qu’elle sera organisée d’après les dispositions ci-dessus.

 

Saint-Cloud, 22 août 1808 2)date probable – la lettre n’est pas datée

A la princesse Pauline Napoléon, duchesse de Guastalla, à Paris

Comment vous portez-vous belle princesse, êtes-vous bien fatiguée ? Que faîtes-vous aujourd’hui ?

Napoléon

 

Saint-Cloud, 22 août 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Ministre de la guerre, mon intention est que les troupes qui viennent de la Grande Armée, et qui se dirigent sur Mayence, en partent sur deux routes : l’une, colonne de droite; l’autre, colonne de gauche.

La route de droite passera par Orléans, Poitiers, Bordeaux; la route de gauche passera par Gien, Châteauroux, Limoges, Périgueux, Langon.

Il faut arranger les journées d’étape de ces routes de manière que les petites étapes soient doublées, s’il est nécessaire, pour égaliser les marches de ces deux colonnes, sinon en distance, au moins en nombre de jours. Vous me soumettrez ces deux projets de route sur une petite carte.

Vous pouvez donner l’ordre, dès ce moment, au ler régiment de marche, qui est à Wesel, de se diriger sur Paris ; à la division de dragons du général Milhaud, de se diriger également sur Paris.

Donnez le même ordre à tous les détachements que les dépôts des régiments du Ier corps peuvent fournir, soit aux onze régiments d’infanterie, soit aux trois régiments de cavalerie légère qui le composent, pour se diriger sur Versailles, d’où l’on donnera des ordres pour que ces détachements rejoignent leurs corps; même ordre aux détachements que les dépôts des quatre régiments de dragons de la division Milhaud peuvent fournir de se diriger sur Versailles.

Tous les détachements de cavalerie appartenant aux deux autres divisions de dragons, qui sont en marche de la Grande Armée sur Mayence, seront également dirigés de leurs dépôts sur Versailles.

Le 6e régiment de marche attendra le 6e corps à Mayence.

Quant aux détachements des deux régiments de cavalerie légère du 6e corps, qui ne se trouveront pas à portée de la route que suivront ces deux régiments, vous donnerez des ordres pour qu’ils soient dirigés sur Paris.

Quant au 5e corps, il sera fait un travail particulier à son égard, lorsque ce corps aura reçu l’ordre de se diriger sur le Rhin.

Étapes de l’armée en marche. – Une si grande quantité de troupes fera renchérir la viande; mon intention est donc de la donner en nature aux troupes. Les soldats auront donc l’indemnité de route, comme à l’ordinaire, hormis que sur cette indemnité il sera retenu trois sous par homme, pour la demi-livre de viande de bonne espèce qui lui sera fournie en nature. Le ministre de l’administration de la guerre prendra les mesures pour que, dans les lieux d’étape, les préfets et les commissaires des guerres passent des marchés qui seront payés par la retenue des trois sous par homme, et le surplus du prix de la viande, dans les localités où cela aura lieu, sera payé sur les fonds de l’administration vivres-viande.

Le 3e régiment de marche sera dirigé sur Dresde, pour de là rejoindre l’armée du maréchal Davout. Le 4e régiment de marche sera dirigé sur Berlin, et de là rejoindra le corps du maréchal Soult. On fera partir les trois régiments réunis à Wesel, à Mayence et à Strasbourg, pour les diriger sur Dresde, d’où ils rejoindront la division du général Oudinot. Vous chargerez le général Oudinot de visiter ou faire visiter les dépôts des autres corps, afin de choisir dans chacun 25 grenadiers et voltigeurs, pour compléter sa division de grenadiers.

Vous aurez soin que tous les détachements des trois divisions de dragons qui rentrent en France, ainsi que ceux des cinq régiments de cavalerie légère appartenant aux ler et 5e corps, et qui font partie des régiments de cavalerie de marche réunis sur le Rhin, en soient distraits, et soient réunis à Francfort pour le régiment qui est à Mayence à Metz pour le régiment qui est à Strasbourg, et à Versailles pour le régiment qui est à Wesel, de sorte que ces détachements rejoignent leurs régiments, en passant, soit à Francfort, Metz, ou Paris et Versailles.

Quant aux détachements des deux régiments de cavalerie légère qui appartiennent au 5e corps, ils resteront dans les lieux où ils se trouvent, jusqu’à ce que le mouvement du 5e corps ait été décidé.

Tous les autres détachements, soit des divisions de cuirassiers, soit des deux divisions de dragons, qui restent en Allemagne, soit des régiments de cavalerie légère qui y restent également, tous ces détachements, dis-je, se réuniront à Strasbourg et à Mayence, pour pouvoir former des escadrons de marche et être dirigés en Allemagne à leurs divisions respectives. A cet effet, les détachements de carabiniers et des cuirassiers de la division Nansouty formeront le premier escadron de marche de cuirassiers, qui se réunira à Mayence ; les détachements de cuirassiers de la division Saint-Sulpice formeront un second escadron de marche, qui se réunira aussi à Mayence. De celle ville, le ler escadron de marche sera dirigé sur Berlin, pour la division Nansouty; le 2e escadron sera dirigé sur Hanau, pour la division Saint-Sulpice.

On ne parle pas des détachements de la division Espagne, dont les dépôts sont en Italie.

Dragons. – Le ler escadron de marche de dragons sera composé des détachements des régiments des deux divisions de dragons restés en Allemagne.

Quant à la cavalerie légère restée au delà du Rhin, on formera, des détachements destinés à ces régiments, trois escadrons de marche.

Un escadron formé des détachements des régiments du corps du maréchal Bernadotte se dirigera sur Hanau.

L’escadron de marche formé des détachements des régiments du corps du maréchal Soult se dirigera sur Berlin.

Enfin l’escadron de marche des détachements du corps du maréchal Davout se dirigera sur Dresde.

Comme le départ de tous ces escadrons de marche de cavalerie n’est pas pressé, le maréchal Kellermann peut les réunir tous dans le comté de Hanau, et, quand tout ce que les dépôts auront fourni sera arrivé, vous m’en rendrez compte, afin que je donne des ordres de départ.

Ainsi donc les 3,000 hommes de cavalerie que le maréchal Kellermann a réunis à Maëstricht, à Mayence et Strasbourg, doivent attendre le passage de leurs corps pour se diriger sur Metz ou Versailles, ou se centraliser dans le comté de Hanau pour se former en escadrons de marche, et attendre l’arrivée des détachements que vous ferez diriger, des dépôts en France, sur Hanau, afin de former les sept escadrons de marche qui doivent renforcer la cavalerie au delà du Rhin.

Vous ordonnerez au maréchal Kellermann de placer à Hanau un général de cavalerie pour soigner et exercer ces escadrons de marche.

 

Saint-Cloud, 22 août 1808

Au général Dejean, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Dejean, mon intention est que vous preniez sur-le-champ les mesures nécessaires pour qu’il y ait à Bayonne, non en blé, mais en farine, trois à quatre millions de rations de vivres, des manutentions toutes montées pour cuire en un jour 30,000 rations, un million de rations de biscuit toujours en magasin, et enfin 1,000 boeufs pour le service et le passage de l’armée. Le sixième de cet approvisionnement sera suffisant à Perpignan. Tout cela doit être existant à Bayonne et à Perpignan au 10 octobre.

Transports. – Vous prendrez des mesures pour qu’au 10 octobre les 300 voitures de transport des 10e et 11e bataillons des équipages militaires soient parquées, sur les glacis de Bayonne et prêtes à partir pour le service général. Vous prendrez aussi des mesures pour que les bataillons des équipages militaires qui viennent avec le ler et le 6e corps, avec les trois divisions de dragons, arrivent à Bayonne en bon état; et, à cet effet, il faut qu’ils trouvent, à leur passage à Poitiers, au moins une remonte du dixième du nombre de leurs chevaux, en bons mulets du pays.

Hôpitaux. – Veillez à ce que tous les effets d’ambulance des ler et 6e corps arrivent de la Grande Armée avec ces corps, et, si quelque chose avait été oubliée, écrivez à l’intendant général pour le faire rejoindre sans délai. Dirigez sur Bayonne le nombre de chirurgiens, médecins et le personnel d’hôpitaux nécessaire. Donnez d’abord tous les ordres pour ne pas perdre un temps précieux. Faites-moi un rapport qui me fasse connaître l’organisation du service de santé de l’armée d’Espagne.

Passage de l’armée. – L’armée marchera sur deux routes que le ministre de la guerre fera connaître. Une si grande quantité de troupes fera renchérit la viande mon intention est donc de la donner en nature aux troupes. Les soldats auront l’indemnité de route, comme à l’ordinaire, hormis que, sur cette indemnité, il sera retenu trois sous par homme pour la demi-livre de viande de bonne espèce qui lui sera fournie en nature. Vous prendrez des mesures pour que, dans les lieux d’étape, les préfets et les commissaires des guerres passent des marchés qui seront payés par la retenue des trois sous par homme, et le surplus du prix de la viande, dans localités où cela aura lieu, sera payé sur les fonds de l’administration des vivres-viande.

Habillement. – Vous ferez donner les souliers que vous pouvez avoir à Mayence au 1e et au 6e corps, à leur passage, à raison de 1,000 paires par régiment; 1,000 paires seront données à chaque régiment à leur arrivée à Bayonne; tout cela en gratification. Vous donnerez l’ordre aux dépôts des corps de diriger promptement les effets des régiments venant de la Grande Armée sur Metz, Orléans et Bordeaux, ayant soin de calculer et de désigner les époques où ces corps passeront dans ces villes, afin qu’on puisse, là, distribuer les effets d’habillement.. Il n’y a pas de temps à perdre pour donner les-dits ordres ; cela doit être fait dans la journée de demain. Il faut à Bayonne, pour l’armée qui est actuellement en Espagne, 40,000 capotes, 40,000 chemises, 40,000 paires de souliers, 10,000 shakos, 10,000 paires de guêtres ; il faut de plus, pour les corps venant de la Grande Armée et pour les hommes isolés qui les rejoindront, 20,000 capotes, 30,000 paires de souliers, pour en donner 1,000 à chacun des régiments à leur passage à Bayonne. Ces 70,000 paires de souliers seront rendues à Bayonne avant le 15 octobre. Donnez vos ordres et veillez à ce que chaque dépôt dirige sur Bayonne une paire de souliers pour chaque homme de leur corps, rendue avant le 15 octobre. Ces souliers seront sur le compte de la masse de linge et chaussure, Les dépôts dirigeront une autre paire de souliers pour chaque homme dans le mois de novembre, enfin une autre paire en décembre; ce qui fera trois paires de souliers fournies par les dépôts. Indépendamment de ces trois paires de souliers, mon intention est que vous soyez en mesure de pouvoir avoir, au compte de l’administration générale, 100,000 paires au mois de novembre et 100,000 paires au mois de décembre; ce qui assurera cinq paires de souliers à chaque homme, et, avec les deux paires qu’ils portent dans le sac, ils se trouveront pourvus pour tout l’hiver. Écrivez à M. Daru qu’il envoie d’Allemagne 100,000 paires de souliers, qui seraient portées par les transports militaires. Donnez l’ordre à M. Mathieu Favier de se rendre à Paris, pour y prendre vos instructions, et de là à Bayonne.

Effets de campement. – Il faut qu’il y ait à Bayonne, le plus tôt possible, 6,000 marmites, 6,000 gros bidons, quelques haches et outils de campement; 30,000 petites bouteilles empaillées tenant demi-pinte. Pour le dépôt de cavalerie, il est nécessaire qu’il y ait à Bayonne un millier de selles et de brides et autres effets nécessaires aux troupes à cheval. Les capotes, les objets de campement ne sont nécessaires à Perpignan que dans le rapport d’un sixième.

Quant à la division polonaise, vous devez faire les dispositions pour réunir à Sedan le plus d’effets d’habillement que vous pourrez. Donnez l’ordre au dépôt de confectionner avec la plus grande célérité 1,000 habits, autant de shakos, vestes, culottes, guêtres.

Nouvelle levée. – Mon intention est de diriger 20,000 conscrits sur Bayonne, qui serviront à compléter les bataillons des 13 régiments de ligne qui sont en Espagne, des 4 régiments de la division Sébastiani, les 11 régiments du ler corps, les 9 régiments du 6e corps; total, 37 régiments, c’est-à-dire à raison de 500 hommes à peu près par régiment. Le surplus des conscrits sera destiné soit aux corps irréguliers, soit à l’artillerie, au train ou aux transports militaires. Mon intention est donc que vous ayez à Bayonne 5,000 habits d’infanterie légère, habillement et équipement complets, 15,000 habits d’infanterie de ligne, habillement et équipement complets, shakos, etc., de manière que, le lendemain de l’arrivée des conscrits à Bayonne, ils y soient complètement habillés et équipés, et en état de partir pour les places d’Espagne sur les derrières de l’armée, où, en gardant les communications, ils travailleront à leur instruction. Les conscrits ne devront pas se rendre aux dépôts des corps pour aller à Bayonne, vu qu’ils seront pris dans les départements du Midi; il faut donc que ces 20,000 habits soient confectionnés à Bordeaux ou aux environs, et y faire mettre les boutons des numéros des corps. Il faut cependant observer qu’il est des corps tels que les 2e, 4e et 12e d’infanterie légère, 32e et 58e de ligne qui, ayant leurs dépôts à Paris, pourraient être chargés de fournir à Bayonne les 500 habits sans avoir recours au magasin général. Je ne serais même pas éloigné de penser que les dépôts des 3e régiments ne pussent faire partir sur-le-champ pour Bayonne 500 habillements complets, partie vieux, partie neufs; ce qui alors serait un grand avantage et serait un grand soin de moins pour l’administration générale. Les conscrits ne seraient pas habillés à neuf et les corps conserveraient l’avantage qu’ils ont en administrant eux-mêmes. Consulter avant tout l’état de ce que les corps ont en magasin, alors rien ne serait dérangé de la règle ordinaire. L’administration des corps enverrait du dépôt les habits à Bayonne, en même temps que les conscrits partiraient des départements pour se rendre à Bayonne; ce qui paraîtrait d’autant meilleur que les corps venant de la Grande Armée doivent avoir à leurs dépôts une grande quantité d’habits confectionnés.

 

Saint-Cloud, 23 août 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée, à Paris

Mon Cousin, donnez au général Saint-Cyr, commandant le corps d’armée de Catalogne, l’instruction de conserver à Barcelone le général Duhesme avec ses deux divisions, pour maintenir cette ville; de prendre Girone avec la division du général Reille, si cela est possible; si cela n’est pas possible, avec les divisions Reille et Chabot; et si enfin ces troupes ne suffisent pas, de les placer à Figuières pour maintenir la communication avec Bellegarde, et de faire filer sur Figuières toute espèce de vivres, et ce , jusqu’à l’arrivée des 20,000 hommes qui arrivent d’Italie.

 

Saint-Cloud, 23 août 1808

Au maréchal Davout, commandant le 3e corps de la Grande Armée, à Varsovie.

Mon Cousin, les Anglais ayant débarqué des forces assez considérables en Espagne, j’ai rappelé le Ier et le 6e corps et trois divisions de dragons de la Grande Armée pour finir, cet hiver, de soumettre ce pays. Dupont a déshonoré nos armes; il a montré autant d’ineptie que de pusillanimité. Quand vous apprendrez cela un jour, les cheveux vous dresseront sur la tête. J’en ferai bonne justice, et, s’ils ont taché notre habit, il faudra qu’ils le lavent.

Je vous ai donné le commandement de la Pologne et de la Silésie; vous y avez le 3e corps, la division Oudinot, une division de dragons et la division de cuirassiers qui est à Bayreuth. Un régiment de marche de 3,000 hommes, formé de détachements de vos quinze régiments, va partir pour vous rejoindre; un autre régiment de marche, fort de 4,000 hommes, également tiré des dépôts de vos corps, va se mettre en mouvement pour porter votre corps d’armée à 39,000 hommes d’infanterie, et la division du général Oudinot à 11,000 hommes; ce qui vous formera un effectif de 50,000 hommes, et 20,000 Polonais ou Saxons, qui pourraient y être joints, vous feraient un effectif de 70,000 hommes d’infanterie. Des détachements de cavalerie partent également pour renforcer tous vos corps, de manière que vous ayez 13,000 chevaux; ce qui, avec 4 ou 5,000 Saxons ou Polonais, vous ferait 18,000 chevaux, et, avec 12,000 hommes d’artillerie français et étrangers, vous auriez à vous seul une armée de près de 100,000 hommes. Les Saxons et les Polonais valent bien les Autrichiens. Le maréchal Mortier, avec le 5e corps, se rend à Bayreuth. Je voudrais bien le faire venir en France, mais je ne me décide pas encore; si des événements imprévus arrivaient, vous pourriez vous en servir.

L’Autriche arme, mais elle arme par peur; nos relations sont au mieux avec cette puissance; mais enfin elle arme, et j’ai commencé par lui demander des explications assez vives. Je suis sûr de la Russie, ce qui m’empêche de rien craindre de l’Autriche; cependant il faut se tenir en règle et avoir les yeux ouverts. Mon intention est d’évacuer la Prusse et d’exécuter le traité de Tilsit. Je crois que la convention en sera signée demain ou après; et, avant le mois d’octobre, je vais rapprocher mes troupes du Rhin. Je garderai Stettin, Küstrin et Glogau jusqu’à ce que tout soit entièrement liquidé. Des régiments de marche se mettent aussi en mouvement pour renforcer le corps du maréchal Soult. Toutes les troupes de la Confédération sont sous les armes, et, au moindre signal de préparatifs menaçants que ferait l’Autriche, elles seraient en marche. Soyez rassurant dans votre langage, car je ne veux rien de l’Autriche.

 

Saint-Cloud, 24 août 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de la Grande Armée, à Paris

Mon Cousin, écrivez au général Drouet qu’il doit arrêter prisonnier et envoyer dans l’intérieur tout Espagnol qui viendrait de l’armée du nord à Bayonne, ainsi que tous ceux qui s’y présenteraient pour entrer en Portugal, puisque la communication est fermée.

 

Saint-Cloud, 24 août 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

J’ai lu avec attention l’état no 4, armée d’Espagne. Il me semble que j’y trouve des erreurs; faites-les corriger sur l’état que je vous renvoie, et donnez des ordres au général Belliard pour que les régiments soient réunis et pour que les conscrits soient exercés avec les anciens soldats. Le 14e régiment de ligne, par exemple, a ses quatre bataillons ou 24 compagnies à l’armée d’Espagne. Il doit avoir un effectif de 3,360 hommes ; cependant il n’a que 3,100 hommes : il faut donc y diriger 300 hommes pour le porter au grand complet, et bien recommandé au général Belliard que tous les quatre bataillons soient bien réunis avec leurs détachements. Le 15e de ligne, qui est à la division Mouton, est porté comme ayant deux bataillons; cela n’est pas exact; il a trois bataillons, ou 18 compagnies, et 6 compagnies devant Saragosse; il a donc 24 compagnies en Espagne; cependant il n’a que 2,200 hommes : il lui manque 300 hommes. Comme le dépôt peut les fournir, il faut les faire partir pour compléter les compagnies à 140 hommes.

Donnez des ordres pour que tous les détachements soient réunis et qu’on tienne les anciens soldats avec les nouveaux, pour que ces bataillons soient mis en bon état. Le 44e paraîtrait avoir 9,800 hommes (recommandez que les grenadiers et voltigeurs , dès le moment de leur arrivée, rejoignent le 4e bataillon) : il manquerait donc 500 hommes pour compléter ce régiment; le dépôt ne peut fournir que 200 hommes; il est à propos de faire partir ces 200 hommes de Valenciennes. Vous portez le 43e comme ayant ses quatre bataillons à Burgos: c’est une erreur; le 43e avait 4 compagnies aux régiments provisoires; mais lors de la formation, je ne l’ai pas excepté. Je ne sais comment vous lisez le 3e bataillon à Burgos : c’est une erreur; il faut lire à Bayonne; il ne peut être arrivé, puisque de Vittoria il a marché sur Bilbao. Faits faire des recherches pour connaître l’erreur qui a été commise sur ce régiment. Le 47e a son Ier bataillon à Burgos; c’est un bataillon de 9 compagnies; il a devant Saragosse 6 compagnies, ce qui fait 15, et 6 qui arrivent à Bayonne; ce régiment a donc 21 compagnies, c’est-à-dire trois bataillons et demi; il devait donc avoir près de 2,000 hommes; cependant il n’en a que 1,700; son dépôt peut fournir 100 hommes; faites-les partir. Occupez-vous particulièrement de ce régiment, pour lever cette difficulté. Il est probable que vous n’avez pas reçu le procès-verbal de sa formation. Le 51e est porté comme ayant son 3e bataillon à Pancorbo; vous portez son 4e bataillon également à Pancorbo; je pense que ce sont deux erreurs : ce régiment avait deux compagnies aux régiments provisoires, mais il n’a pas été excepté. Il faut faire partir le bataillon du 55e qui est à Boulogne, pour Bayonne, avec tous les conscrits disponibles au dépôt. Ce régiment aura donc quatre bataillons ou 24 compagnies; il devrait avoir 3,300 hommes, il n’en aura que 2.000; il lui en manquera 1,300. Le 70e a à son 3e bataillon, 458 hommes; il a besoin de 400 hommes; il faut les faire partir du dépôt, s’il peut les fournir. Le 4e bataillon du 86e n’a également que 600 hommes; il aura aussi besoin, pour les compléter, de 240 hommes qu’il faut faire partir du dépôt.

Je ne parle pas des huit nouveaux régiments, puisque vous n’avez pu avoir encore les procès-verbaux de leur formation. Le 2e léger n’a que 2,000 hommes : il doit avoir 9,500 hommes ; il lui faut donc 500 hommes; faites-les partir du dépôt, s’il y en a. Le 4e léger n’a que 1,800 hommes : il lui manque donc 700 hommes; le dépôt peut lui en fournir 120; faites-les partir. Le 12e n’a que 1,200 hommes : il lui en manque donc 1,300; le dépôt peut lui en fournir 500; faites- les partir.

Tout ce qui est relatif aux légions de la réserve est mal libellé. Il faut dire où est chaque légion et distinguer ce qui était au corps du général Dupont.

Donnez l’ordre, en Espagne, que le 1er régiment de marche et les 6e et 7e bataillons de marche soient dissous, et que chacun rejoigne son régiment primitif. Les bataillons de marche du Portugal resteront organisés. Enfin faites faire l’état de manière qu’on voie ce qui manque au complet des régiments de ligne et ce que chaque dépôt peut fournir.

 

Saint-Cloud, 24 août 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon fils, des haras du grand-duc de Berg, venant du duché de Berg, doivent traverser mon royaume d’Italie. Ces haras n’ont rien de commun avec les chevaux de selle et de trait de service du Grand- duc. Mon intention est que vous les reteniez dans un lieu bien sûr, jusqu’à ce que vous receviez de nouveaux ordres de moi. Vous ferez prendre l’inventaire de ces chevaux, voulant distinguer, dans ces haras, ce qui a été pris dans le Mecklenburg, ce qui appartient au duché, et les chevaux arabes achetés du général Belliard. Vous ferez connaître au roi de Naples que j’ai ordonné qu’on gardât ces chevaux en Italie, et que je suis fatigué de voir qu’on manque aux engagements qu’on prend avec moi.

 

Saint-Cloud, 25 août 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

 Je vous envoie des interrogatoires de Villoutreys, qui jettent des éclaircissements sur cette horrible affaire du général Dupont. Vous verrez que Vedel et Gobert (L’Empereur n’ignorait pas que ce général avait été tué six jours avant la capitulation; mais il continue à désigner la division Gobert par le nom de son ancien chef, ne sachant sans doute pas encore à qui le commandement était passé) étaient hors d’affaire, et que ces lâches (mot manquant) entrèrent dans la capitulation pour sauver leurs bagages. Bon Dieu ! Des Français coupables de tant de lâcheté !

 

Saint-Cloud, 26 août 1808

Au général Clarke, comte d’Hunebourt, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le général Clarke, qu’est-ce que c’est que des détachements de troupes polonaises de la plus belle tenue qui ont passé par Augsbourg sur des voitures pour se rendre dans leur pays ?

 

Saint-Cloud, 27 août 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, donnez ordre que la 9e compagnie de mineurs qui est à Wesel, la 7e et la 8e qui sont à Hameln, en partent sur-le-champ pour se rendre à Bayonne. Qu’il y ait avec ces compagnies un officier supérieur des mines qui entende bien cette partie et qui soit abondamment pourvu de tout. La guerre d’Espagne est comme celle de Syrie; on fera autant par les mines que par le canon. Donnez ordre que la 5e compagnie de mineurs, qui est à Küstrin, soit dirigée sur Mayence, ainsi que la compagnie qui est à Glogau. Ainsi j’aurai 1 compagnie de mineurs à Palmanova, 3 qui resteront à la Grande Armée; des 5 autres, 3 seront à Bayonne et 2 à Mayence et Wesel, en réserve, pour se rendre à Bayonne, si je le juge nécessaire.

Quant aux sapeurs, faites marcher la 6e et la 7e compagnie du ler bataillon, les 1er, 3e et 4e du 2e bataillon, les 4e et 6e du 5e bataillon; ces sept compagnies sont à Fulde; donnez-leur l’ordre de se mettre en marche sur-le-champ. Faites également marcher la 2e compagnie du 5e bataillon, qui est à Hameln, la 3e et la 5e du 4e bataillon, qui sont à Spandau, et la 9e du 4e bataillon, qui est à Mayence; ce qui fait 11 compagnies qui se réuniront à Bayonne, Ayez soin qu’il s’y trouve des outils de toute espèce en abondance.

Dirigez sur Bayonne des détachements de tous les dépôts de ces bataillons pour compléter onze compagnies, de manière quelles soient chacune à 140 hommes, s’il est possible.

 

Saint-Cloud, 27 août 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Miranda

Mon Frère, les cours du Nord vous ont reconnu. 10,000 hommes de la Grande Armée sont déjà arrivés à Mayence; avant le mois de janvier, vous en aurez 100,000, et dans toute l’Espagne il n’y aura pas un seul village en insurrection.

Envoyez le duc de Frias comme votre ambassadeur à Paris ; je le recevrai avec la plus grande solennité. Envoyez des lettres de créance à Pardo, à Saint-Pétersbourg; l’empereur de Russie le désire beaucoup.

Envoyez un grand d’Espagne à Paris pour l’ambassade de Vienne; il attendra mes ordres pour partir. Nommez votre ministre en Danemark. N’ayez aucune inquiétude.

J’ai reçu votre lettre de Burgos, du 9, et un duplicata de la même lettre.

 

Saint-Cloud, 27 août 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Je vous envoie des journaux anglais qui contiennent la relation de Castanos sur l’affaire de Dupont; faites-les traduire pour les joindre aux pièces. Vous y verrez des lettres de Dupont à Savary; faites-les également traduire et joindre aux pièces. Vous y verrez, ce que Villoutreys n’a pas dit, que Vedel avait attaqué et s’était emparé d’un bataillon lorsqu’on lui avait envoyé l’ordre de cesser de combattre.

Il faut faire venir Villoutreys et l’interroger. Posez vos interrogatoires de manière qu’il raconte en détail ce qu’il a fait jour par jour, où il a été, ce dont il a été chargé, ce qu’il a vu et entendu. Il a dit qu’il ici qu’il y avait eu un moment où l’on avait consenti que Vedel s’en allât, et qu’on avait changé depuis. Faites cet interrogatoire dans le plus grand détail. Vous commencerez votre interrogatoire par lui demander ce qu’il était, et en quelle qualité il servait auprès du général Dupont. Vous me rendrez compte de son interrogatoire et de ce que vous aurez tiré de cet individu.

 

Saint-Cloud, 2l août 1808

OBSERVATIONS SUR LES AFFAIRES D’ESPAGNE

3)Ces observations et quelques-unes des notes suivantes sur les affaires d7Es- pagne ne se retrouvent pas dans les papiers du roi Joseph; on ignore si elles ont été envoyées, on si elles sont parvenues ail roi d’Espagne. On les reproduit ici d’après les minutes de la secrétairerie d’État.

1e Observation. – Tudela est important sous plusieurs points de vue. Il a un pont sur l’Èbre, et protège parfaitement la Navarre. C’est le point d’intersection du canal qui va à Saragosse.

Les convois d’artillerie et de vivres mettent, pour se rendre de Pampelune à Tudela, trois jours; de Tudela à Saragosse, trois jours; mais, en se servant du canal, on va de Tudela à Saragosse en quatorze heures. Lors donc que les vivres, les hôpitaux sont à Tudela, c’est comme s’ils étaient à Saragosse.

La première opération que doit faire l’armée lorsqu’elle reprendra son système d’offensive et qu’elle sera forte de tous ses moyens, ce doit être d’investir et de prendre Saragosse, et, si cette ville résiste, comme elle l’a fait la première fois, en donner un exemple qui retentisse dans toute l’Espagne. Une vingtaine de pièces de 12 de campagne, une vingtaine d’obusiers de 6 pouces de campagne, une douzaine de mortiers et une douzaine de pièces de 16 et de 24, parfaitement approvisionnés, seront nécessaires ainsi que des mineurs pour remplir ce but. Il n’est aucune de ces bouches à feu qui ne doive consommer son approvisionnement de campagne. Un approvisionnement extraordinaire de 80,000 coups de canon, bombes ou obus, paraît nécessaire pour prendre cette ville.

Il faudrait donc, pour ne pas retarder la marche de la Grande Armée, quinze jours avant qu’elle puisse arriver, commencer les transports de Pampelune à Tudela, et que, dans les quarante-huit heures après l’investissement de Saragosse, l’artillerie y arrivât sur des bateaux, de manière que, quatre jours après, on pût commencer trois attaques à la fois et avoir cette ville en peu de jours, ce qui serait une partie du succès, en y employant 25 à 30,000 hommes au plus, s’il est nécessaire.

On suppose que, si l’ennemi a pris position entre Madrid et Burgos, il sera battu.

Il faut donc occuper Tudela. Ce point est tellement important que je désire qu’on puisse employer un mois à le fortifier et à s’y retrancher, de manière qu’un millier d’hommes, avec huit à dix pièces de canon, s’y trouvent à l’abri de toutes les insurrections possibles. Il ne faut pas surtout souffrir que les révoltés s’y retranchent ; ce serait deux siéges au lieu d’un, et il serait impossible de prendre Saragosse avant d’avoir Tudela, à cause du canal. On trouvera ci-joint des observations du colonel Lacoste sur Tudela. Puisque la localité empêche de penser à le fortifier, il eût été utile de l’occuper au lieu de Milagro, qui n’aboutit à rien.

2e Observation. – Soria n’est, je crois, qu’à deux petites marches des positions actuelles de l’armée. Cette ville s’est constamment mal comportée. Une expédition qui se porterait sur Soria, la désarmerait, serait d’un bon effet

3e Observation. – Une troisième opération qui serait utile serait l’occupation de Santander; il serait avantageux qu’elle pût se faire par la route directe de Bilbao à Santander.

4e Observation. – Il faut s’occuper de désarmer la Biscaye et la Navarre ; c’est un point important. Il faut veiller sur les fabriques d’armes de Palencia et ne point laisser travailler les ouvriers pour les rebelles.

Le fort de Pancorbo doit être armé et fortifié avec la plus grande activité. Il doit y avoir dans ce fort des fours, des magasins de bouche et de guerre, situés presque à mi-chemin de Bayonne à Madrid; c’est un poste intermédiaire pour l’armée et un point d’appui pour les opérations de la Galice.

5e Observation. – On n’a point de renseignements sur ce que fait l’ennemi. On dit toujours qu’on ne peut pas avoir des nouvelles, comme si cette position était extraordinaire dans une armée, comme si on trouvait ordinairement des espions. Il faut en Espagne, comme partout ailleurs, envoyer des partis qui enlèvent tantôt le curé, l’alcade, tantôt un chef de couvent ou le maître de poste, et surtout toutes les lettres , quelquefois le maître de poste aux chevaux, ou celui qui en fait les fonctions. On les met aux arrêts jusqu’à ce qu’ils parlent, en les faisant interroger deux fois par jour ; on les garde en otage et on les charge d’envoyer des piétons et de donner des nouvelles. Quand on saura prendre des mesures de force et de rigueur, on aura des nouvelles. Il faut intercepter toutes les postes, toutes les lettres.

Le seul motif d’avoir des nouvelles peut déterminer à faire un gros détachement de 4 à 5,000 hommes qui, se portant dans une grande ville , prennent les lettres à la poste, se saisissent des citoyens les plus aisés, de leurs lettres, papiers, gazettes, etc.

Il est hors de doute que, même dans la ligne des Français, les habitants sont tous informés de ce qui se passe ; à plus forte raison hors de la ligne. Qui empêche donc qu’on prenne les hommes marquants, qu’on les amène et qu’on les renvoie ensuite sans les maltraiter ? Il est donc de fait, lorsqu’on n’est point dans un désert et qu’on est dans un pays peuplé, que , si le général n’est pas instruit, c’est qu’il n’a pas su prendre les mesures convenables pour l’être. Les services que les habitants rendent à un général ennemi ne le sont jamais par affection, ni même pour avoir de l’argent ; les plus réels qu’on obtient, c’est pour avoir des sauvegardes et des protections, c’est pour conserver ses biens , ses jours, sa ville, son monastère.

6e Observation. – Il y a dans l’armée plus de généraux qu’il ne faut. Deux seraient nécessaires au corps qui était sous Saragosse.

Les généraux de division Lagrange, Belliard et Grandjean sont sans emploi ; ce sont trois bons généraux. Il faut renvoyer, le plus promptement possible, le régiment et le général portugais pour joindre leur corps à Grenoble, où il doit se former.

7e Observation. – On ne discutera pas ici si la ligne de l’Èbre est bonne et a la configuration requise pour être défendue avec avantage. On discutera encore moins si on eût pu ne pas évacuer Madrid, conserver la ligne du Mero, on prendre une position qui eût couvert le siége de Saragosse et eût permis d’attendre que cette ville fût prise. Toutes ces questions sont oiseuses. Nous nous contenterons de dire, puisqu’on a pris la ligne de l’Èbre , que les troupes s’y refont et s’y reposent, qu’elle a au moins l’avantage que le pays est plus sain, étant plus élevé , et qu’on peut y attendre que les chaleurs soient passées. Il faut surtout ne point quitter cette ligne, sans avoir un projet déterminé, qui ne laisse aucune incertitude dans les opérations à suivre. Ce serait un grand malheur de quitter cette ligne pour être ensuite obligé de la reprendre.

A la guerre, les trois quarts sont des affaires morales ; la balance des forces réelles n’est que pour un autre quart.

8e Observation. – En gardant la ligne de l’Ebre, il faut que le général ait bien prévu tout ce que l’ennemi peut faire dans toutes les hypothèses.

L’ennemi peut se présenter devant Burgos, partir de Soria et se présenter devant Logrono, ou, en partant de Saragosse, se porter sur Estella et menacer ainsi Tolosa. Il faut, dans toutes ces hypothèses, qu’il n’y ait point un long temps perdu en délibérations, qu’on puisse se ployer de la droite à la gauche, ou de la gauche à la droite, sans faire aucun sacrifice, car, dans des manoeuvres combinées, les tâtonnements, l’irrésolution, qui naissent des nouvelles contradictoires, qui se succèdent rapidement, conduisent à des malheurs. Cette diversion de Saragosse sur Tolosa est une des raisons qui a longtemps fait penser que la position de Tudela, soit sur la rive droite, soit avec la faculté de repasser sur la rive gauche, devait être gardée. Elle est offensive sur Saragosse; elle prévient à temps de tous les mouvements qui pourraient se faire de ce côté.

9e Observation. – Une observation qu’il n’est pas hors de propos de faire ici, c’est que l’ennemi, qui a intérêt à masquer ses forces, en cachant le véritable point de son attaque, opère de manière que le coup qu’il veut porter n’est jamais indiqué d’une manière positive, et le général ne peut deviner que par la connaissance bien approfondie de la position et par la manière dont il fait entrer son système offensif pour protéger et garantir son système défensif.

 

Saint-Cloud, 28 août 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan.

Mon fils, je reçois votre lettre du 22 août, à onze heures du soir. Tous les nuages qu’on avait voulu répandre sur les dispositions de l’Autriche sont dissipés. Écrivez à Trieste et aux généraux pour qu’on ne parle pas de guerre contre l’Autriche mais qu’au contraire on parle de la bonne harmonie qui règne entre l’empereur et moi. Le général Baraguey d’Hilliers est gouverneur de Venise. Vous pouvez partir de là pour faire dire dans les journaux que j’ai dissous le 2e corps de la grande armée, et que j’ai mis ces deux divisions sur le pied de paix, parce qu’il n’y a aucune possibilité de guerre avec l’Autriche. Je n’ai pas besoin de vous ajouter qu’il faut employer le reste de l’automne, et l’hiver à bien compléter tous les cadres et à tenir tout en mesure.

 

Saint-Cloud, 28 août 1808

Au général Dejean, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur Dejean, j’ai reçu l’état des effets que vous avez expédiés sur Bayonne. Je vois 43,000 capotes, qui ont été commandées le 23 août; mais vous ne dites pas d’où elles doivent partir et quand elles arriveront, de désirerais avoir toutes les semaines un état de ce qui est parti pour Bayonne, en récapitulant tous les ordres de départ que vous avez donnés depuis le 1er juillet. Pour les effets de campement, il n’y a pas besoin de couvertures, vu qu’on ne saurait comment les transporter et qu’elles se perdraient en route. Il faut des marmites et des gamelles.

 

Saint-Cloud, 29 août 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, je vous renvoie tous vos portefeuilles. Il y a dans l’un d’eux une demande de la cour de Bade, sur laquelle il est nécessaire que vous causiez avec le ministre des finances, relativement à la monnaie. Du reste, présentez-moi au prochain travail une note des objets qui demanderaient une décision de ma part.

Faites mettre dans les journaux des extraits relatifs aux guerres des Barbaresques avec les Tares. Il faut écrire à Constantinople relativement à la conduite qu’on tient envers le consul en Bosnie.

Il y a dans la correspondance de Caulaincourt différentes demandes qu’il fait; vous me les rappellerez à mon premier travail. Il faut faire droit à toutes celles qui concernent des prisonniers prussiens auxquels s’intéresse l’empereur Alexandre.

 

Saint-Cloud, 29 août 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, écrivez au sieur Bourgoing qu’un régiment de marche de 3,000 hommes est dirigé sur Dresde, où il arrivera le 23 septembre, et de là se rendra à Glogau pour renforcer le corps du maréchal Davout. Comme il est possible que le roi de Saxe ne se soucie pas que des troupes étrangères traversent sa capitale, mon ministre s’entendra avec le ministre de Saxe pour les détourner le moins possible de leur route, et les faire arriver à leur destination sans les fatiguer 2,000 grenadiers, qui vont renforcer la division du général Oudinot, arriveront également à Dresde vers le 23. Ce régiment a ordre de se rendre à Glogau pour rejoindre la division. Il faut que mon ministre facilite son passage sans gêner le Roi.

 

Saint-Cloud, 29 août 1808

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, je reçois votre lettre du 23 août. Puisque vous n’avez pas d’infanterie, je me contenterai du régiment de cavalerie. Tâchez de le compléter à 600 hommes. Organisez vos régiments westphaliens. Vous ne devez pas compter sur le bataillon qui est en Espagne, qui y est détaché et n’est pas à votre service. J’ai des fusils prussiens à Magdeburg; demandez la quantité qui vous est nécessaire, je vous les ferai donner. Il est fâcheux que, cette année, vos troupes ne soient pas organisées. Il est bien nécessaire que vous puissiez fournir votre contingent.

L’armée d’Espagne m’emploie beaucoup de troupes, et il est incalculable ce qui peut se passer d’ici au mois d’avril. Aussitôt que vous pourrez m’envoyer un régiment d’infanterie, je le ferai camper à Boulogne, où il serait suffisamment instruit pour garder le camp, où il se formerait et se disciplinerait et me rendrait disponibles autant de troupes que j’y ai.

 

Saint-Cloud, 29 août 1808

A M. Gaudin, ministre des finances, à Paris

Vous trouverez ci-joint un décret sur l’organisation militaire du grand-duché de Berg; vous écrirez au sieur Beugnot que je le charge de son exécution. Le régiment d’infanterie de Berg est en marche pour Düsseldorf ; on le dédoublera aussitôt que possible et on le formera pour arriver à ce résultat. On peut laisser l’uniforme qui existe. On composera le corps d’officiers des officiers qui existent actuellement et de ce qu’il y a de mieux dans le pays. Je m’en rapporte à ce que les sieurs Beugnot et Damas feront, et je signerai ce qu’ils me présenteront. Je ne sais où est le régiment de cavalerie. La partie de la cavalerie que le Roi a emmenée à Naples doit être effacée des contrôles comme n’appartenant plus au duché.

 

Saint-Cloud, 29 août 1808                                               .

Au général Walther, commandant les grenadiers à cheval de la Garde, à Paris

Je viens de donner des ordres, 1° pour que chaque régiment de carabiniers et de cuirassiers fournisse 10 hommes aux grenadiers à cheval de ma Garde ; 2° pour que tous les régiments de hussards et de chasseurs fournissent chacun 5 hommes pour recruter les chasseurs à cheval ; 3° pour que les trente-six régiments d’infanterie qui sont en Italie fournissent chacun 10 hommes pour les chasseurs à pied et 10 hommes pour les grenadiers à pied; 4° Pour qu’il soit tiré des dépôts des bataillons du train le nombre d’hommes nécessaire pour compléter à 700 le bataillon du train de la Garde ; 400 hommes lui seront fournis par la conscription de l’année. J’approuve que l’administration soit organisée à 15 voitures suspendues, à 2 fourgons à quatre roues, à 2 fourgons à deux roues et à 50 chevaux de trait. Prenez des mesures pour qu’au 1er octobre, au plus tard, je puisse faire marcher quatre bataillons de chasseurs à pied de 400 hommes chacun; quatre bataillons de grenadiers à pied de 400 hommes chacun; deux régiments de chasseurs à cheval de 400 hommes chacun; deux régiments de grenadiers, idem; deux régiments de dragons; une artillerie de trente-six bouches à feu; une ambulance et une administration organisées comme vous le proposez dans votre mémoire; enfin un équipage militaire pouvant porter 48,000 rations ou huit jours de pain pour toute la Garde.

 

Saint-Cloud, 30 août 1808

NOTES SUR LES AFFAIRES D’ESPAGNE

1° Observation. – Dans la position de l’armée d’Espagne, on a à craindre d’être attaqué sur la droite par l’armée de Galice, sur le centre par l’armée venant de Madrid, sur la gauche par l’armée venant de Saragosse et Valence; ce serait une grande faute que de laisser l’armée de Saragosse et de Valence prendre position à Tudela.

Tudela doit être occupé, parce que c’est une position honorable, et Milagro une position obscure. Tudela est sur les communications de Pampelune, a un beau pont en pierre, est l’aboutissant d’un canal sur Saragosse. C’est une position offensive sur Saragosse telle, que l’ennemi ne peut pas la négliger. Cette position seule couvre la Navarre. En gardant Tudela, on garde une grande quantité de bateaux, qui nous seront bientôt nécessaires pour le siège de Saragosse. Si l’ennemi était maître de Tudela, toute la Navarre s’insurgerait. L’ennemi pourrait arriver à Éstella en négligeant la position de Milagro et en coupant la communication avec Pampelune. D’Estella, il serait sur Tolosa; il y serait sans donner le temps de faire les dispositions convenables. Il n’est pas à craindre, au contraire, que l’ennemi ne fasse aucune opération sur Pampelune tant que nous aurons Tudela; il serait lui-même coupé sur Saragosse. Le général qui commande à Tudela peut couvrir les hauteurs de redoutes; si c’est une armée d’insurgés, s’en approcher et la battre; la tenir constamment sur la défensive par ses reconnaissances et ses mouvements sur Saragosse. Et si, au milieu de cela, une partie de l’armée de ligne espagnole marchait sur Tudela, le général francais repassera l’Èbre s’il y est forcé, disputera le terrain sur Pampelune et donnera le temps au général en chef de l’armée française de prendre ses mesures. Ce corps d’observation remplira alors son but, et aucune opération prompte sur Tudela et Estella n’est à craindre. Au lieu qu’en occupant la position de Milagro, l’ennemi sera à Estella le même jour qu’on l’apprendra au quartier général. Si on occupe Tudela, il faut s’aider de redoutes et s’y établir, n’y conserver aucune espèce d’embarras et les tenir tous dans Pampelune; si l’ennemi l’occupe, il faut l’en chasser et s’y établir; car, dans l’ordre défensif, ce serait une grande faute qui entraînerait à de fâcheuses conséquences.

2e Observation. – La position de Burgos était également importante à tenir comme ville de haute réputation, comme centre de communications et de rapports. De là des partis, non-seulement de cavalerie, mais encore de 2 ou 3,000 hommes d’infanterie, et même de 4 on 5,000 hommes, en échelons, peuvent porter les premières patrouilles de hussards dans toutes les directions jusqu’à deux Marches, être parfaitement informés de tout ce qui se fait, en instruire le quartier général de manière que, si l’ennemi se présente en force sur Burgos, les différentes divisions puissent à temps s’y porter pour le soutenir et livrer la bataille; ou, si cela n’est pas jugé convenable, éclairer les mouvements de l’ennemi, lui laisser croire qu’on veut se porter sur Burgos, et pouvoir ensuite faire sa retraite pour se porter ailleurs.

Un corps de 12 à l5,000 hommes ne prend-il pas vingt positions dans une journée au seul commandement d’un adjudant-major, et nos troupes seraient-elles devenues des levées en masses qu’il faudrait placer quinze jours d’avance dans les positions où on voudrait qu’elles se battent ? Si cela eût été jugé ainsi, le corps du maréchal Bessières eût pris la position de Miranda ou de Briviesca. Mais lorsque l’ennemi est encore à Madrid , lorsqu’on ignore où est l’armée de Galice et qu’on a le soupçon que les rebelles pourront employer une partie de leurs efforts contre le Portugal, prendre, au lieu d’une position menaçante, offensive, honorable comme Burgos, une position honteuse, borgne comme Trevino, c’est dire à l’ennemi . Vous n’avez rien à craindre, portez-vous ailleurs, nous avons fait nos dispositions pour aller plus loin, où nous avons choisi un champ de bataille pour nous battre; vous, ici, ne craignez point d’être inquiétés.

Mais que fera le général français si l’on marche demain sur Burgos ? Laissera-t-il prendre par 6,000 insurgés la citadelle de cette ville ou, si les Français ont laissé garnison dans le château (car on ignore la position et la situation de l’armée) , comment une garnison de 4 , 6 ou 800 hommes se retirerait-elle dans une si vaste plaine ? Et, dès lors, c’est comme s’il n’y avait rien. L’ennemi maître de cette citadelle on ne la reprendra plus.

Si, au contraire, on veut garder la citadelle, on veut donc livrer bataille à l’ennemi, car cette citadelle ne peut pas tenir plus de trois jours ? Et, si on veut livrer bataille à l’ennemi, pourquoi le maréchal Bessières abandonne-t-il le terrain où on veut livrer bataille ? Ces dispositions paraissent mal raisonnées, et , quand l’ennemi marchera, on fera essuyer à l’armée un affront qui démoralisera les troupes, n’y eût-il que des corps légers ou des insurgés qui marchassent.

En résumé, la position de Burgos devait être gardée. Tous les jours on devait, à trois heures du matin, être sous les armes ; à une heure du matin, il devait partir des reconnaissances dans toutes les directions; on devait donner des nouvelles de huit à dix lieues, dans toutes les directions, pour qu’on pût prendre ensuite le parti que les circonstances indiqueraient.

C’est la première fois qu’il arrive à une armée de quitter toutes ses positions offensives pour se mettre dans de mauvaises positions défensives; d’avoir l’air de choisir des champs de bataille, lorsque l’éloignement de l’ennemi, les mille et une combinaisons différentes qui peuvent avoir lieu ne laissent point la probabilité de prévoir si la bataille aura lieu à Tudela, entre Tudela et Pampelune, entre Soria et l’Èbre ou entre Burgos et Miranda.

La position de Burgos, tenue en force et d’une manière offensive menace Palencia, Valladolid, Aranda, Madrid même.

Il faut avoir longtemps fait la guerre pour la concevoir; il faut avoir entrepris un grand nombre d’opérations offensives pour savoir comme le moindre événement ou indice encourage ou décourage, décide une opération ou une autre.

En deux mots, si 15,000 insurgés entrent, dans Burgos, se retranchent dans la ville et occupent le château, il faut calculer une marche de plusieurs jours pour pouvoir s’y porter et reprendre la ville; ce qui ne sera pas sans quelque inconvénient. Si, pendant ce temps-là, la véritable attaque est sur Logrono ou Pampelune, on aura fait des contre-marches inutiles qui auront fatigué l’armée ; et enfin, si l’ennemi occupe Tudela et Burgos, l’armée française serait dans une triste et mauvaise position.

Quand on tient à Burgos de la cavalerie sans infanterie, n’est-ce pas dire à l’ennemi qu’on ne veut pas y tenir ? N’est-ce pas l’engager à y venir ?

Burgos a une grande influence, dans le monde par son nom, dans la Castille parce que c’en est la capitale, dans les opérations parce qu’elle donne une communication directe avec Santander.

Il n’est pas permis, à 300 lieues, et n’ayant pas même un état de situation de l’armée, de prescrire ce qu’on doit faire; mais on doit dire que, si aucune force majeure ne l’empêche, il faut occuper Burgos et Tudela.

Le corps détaché de Tudela a son mouvement assuré sur Pampelune, a le rôle de garder la Navarre, a ses ennemis à tenir en échec, Saragosse et tous les insurgés. Il est plus que suffisant pour surveiller Tudela, l’Èbre et Pampelune, pour dissiper les rassemblements, s’il n’y avait que des insurgés, contenir l’ennemi, donner des renseignements, retarder la marche sur Pampelune, si, au lieu des insurgés, c’est l’armée ennemie qui marche de ce côté, donner le temps à l’armée de Burgos, à celle de Miranda , de marcher réunies avec 36,000 hommes, soit pour prendre l’offensive, soit pour prendre en flanc l’ennemi qui marche sur Pampelune, soit pour se replier et rentrer dans la Navarre si toute l’armée ennemie avait pris cette direction.

Si ces observations paraissent bonnes et qu’on les adopte, que l’ennemi n’ait encore montré aucun plan, il faut que le général qui commande le corps de Saragosse fasse construire quelques redoutes autour de Tudela pour favoriser son champ de bataille, réunisse des vivres de tous les côtés, et soit là dans une position offensive sur Saragosse, en maintenant sa communication avec Logrono par sa droite, mais au moins par la rive gauche de l’Èbre. Il faut que le maréchal Bessières, avec tout son corps , renforcé de la cavalerie légère, soit campé dans le bois près Burgos , la citadelle bien occupée; que tous les hôpitaux, les dépôts et les embarras soient au delà de l’Èbre; qu’il soit là en position de manoeuvre, tous les jours, à trois heures du matin , sous les armes jusqu’au retour de toutes les reconnaissances, et éclaire le pays dans la plus grande étendue; que le corps du maréchal Moncey soit à Miranda et à Briviesca, tous les hôpitaux et embarras derrière Vitoria, toujours en bataille avant le jour et envoyant des reconnaissances sur Soria et les autres directions de l’ennemi.

Il ne faut pas perdre de vue que les corps des maréchaux Bessières et Moncey doivent être réunis. Il faut se lier le mieux possible avec Logrono, et cependant considérer le corps du maréchal Lefebvre comme un corps détaché qui a une ligne particulière d’opérations sur Pampelune et un rôle séparé. Vouloir conserver Tudela comme une partie contiguë de la ligne, c’est se disséminer beaucoup.

Enfin il faut faire la guerre, c’est-à-dire avoir des nouvelles par les curés, les alcades, les chefs de couvents, les principaux propriétaires, les postes; on sera alors parfaitement informé.

Les reconnaissances qui, tous les jours, se dirigeront du côté de Soria, de Burgos sur Palencia et du côté Miranda, peuvent fournir tous les jours trois postes interceptés, trois rapports d’hommes arrêtés, qu’on traitera bien et qu’on relâchera quand ils auront donné les renseignements qu’on désire. On verra alors venir l’ennemi; on pourra réunir toutes ses forces, lui dérober des marches et tomber sur ses flancs au moment où il méditera un projet offensif.

3e observation. – L’armée espagnole d’Andalousie était peu nombreuse; toutes les gazettes anglaises et les rapports de l’officier anglais qui était au camp nous le prouvent. L’inconcevable ineptie du général Dupont, sa profonde ignorance des calculs d’un général en chef, son tâtonnement, l’ont perdu. 18,000 hommes ont posé les armes; 6,000 seulement se sont battus, et encore ces 6,000 hommes , que le général Dupont a fait battre à la pointe du jour après les avoir fait marcher toute la nuit, étaient un contre trois. Malgré tout cela, l’ennemi s’est si mal battu qu’il n’a pas fait un prisonnier, pris une pièce de canon, gagné un pouce de terrain; et l’armée de Dupont est restée intacte dans sa position, ce qui sans doute a été un malheur, car il eût mieux valu que cette division eût été mise en déroute, éparpillée et détruite, puisque les divisions Vedel et Dufour, au lieu de se rendre par la capitulation, auraient fait leur retraite. Comment ces deux divisions ont-elles été comprises dans la capitulation ? C’est par la lâcheté monstrueuse et l’imbécillité des hommes qui ont négocié , et qui porteront sur l’échafaud la peine de ce grand crime national.

Ce qu’on vient de dire prouve que les Espagnols ne sont pas à craindre. Toutes les forces espagnoles ne sont pas capables de culbuter 25,000 Français dans une position raisonnable.

Depuis le 12 jusqu’au 17, le général Dupont n’a fait que des bêtises, et, malgré tout cela, s’il n’avait pas fait la faute de se séparer de Vedel et qu’il eût marché avec lui, les Espagnols auraient été battus et culbutés.

A la guerre, les hommes ne sont rien, c’est un homme qui est tout. Jusqu’à cette heure nous n’avions trouvé ces exemples que dans l’histoire de nos ennemis; aujourd’hui il est fâcheux que nous puissions les trouver dans la nôtre.

Une rivière, fût-elle aussi large que la Vistule, aussi rapide que le Danube à son embouchure, n’est rien si on a des débouchés sur l’autre rive et une tête prompte à reprendre l’offensive. Quant à l’Ebre, c’est moins que rien, on ne le regarde que comme un tracé.

Dans toutes ces observations, on a parlé dans la position où se trouvait l’armée du 20 au 26, lorsqu’elle n’avait nulle nouvelle de l’ennemi.

Si on continue à ne prendre aucune mesure pour avoir des nouvelles, on n’apprendra que l’armée de ligne espagnole est arrivée sur Tudela, Pampelune, qu’elle est sur les communications, sur Tolosa, que lorsqu’elle y sera déjà rendue. On a fait connaître, dans la note précédente, comment on faisait à la guerre pour avoir des nouvelles. Si la position de Tudela est occupée par l’ennemi, on ne voit pas que l’Èbre soit tenable. Comment a-t-on évacué Tudela , lorsqu’on avait mandé, dans des notes précédentes , qu’il fallait garder ce point, et que l’opinion même des généraux qui venaient de Saragosse était d’occuper cette importante position ?

 

Saint-Cloud, 31 août 1808

Au maréchal Davout duc d’Auerstaedt, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, vous me parlez dans une de vos lettre du 17 août du nommé Pozzo di Borgo. C’est un intriguant tout dévoué aux Anglais. Si vous avez les moyens de le faire arrêter, ne le manquez pas.

 

Saint-Cloud, 31 août 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, je vous envoie votre interrogatoire. Il faut le communiquer au conseil que je je vous ai chargé d’assembler, et me faire connaître son opinion. Il faut lui communiquer aussi les relations anglaises et les relations espagnoles. Les Espagnols n’avaient pas 25,000 hommes. Quant à la question posée dans l’interrogatoire, si les divisions Vedel et Gobert faisaient partie du corps du général Dupont, il n’y a pas de doute. La division Gobert avait été envoyée à mi-chemin de Madrid à Andujar; elle avait été appelée à Andujar par le général Dupont, qui l’avait placée dans l’ordre définitif à la Carolina et à Sainte-Hélène. Quant aux instructions, le général Dupont était considéré comme général en chef commandant un gros corps. Il avait été envoyé dans des hypothèses différentes, pour occuper Cadix. Il avait occupé Andujar de sa propre volonté, et il avait une grande latitude de pouvoirs. On lui avait seulement recommandé, mais sans en faire une obligation sine qua non, de garder les défilés de la Sierra-Morena, et de n’engager aucune action sérieuse sans avoir les probabilités suffisantes pour battre l’ennemi.

 

Saint-Cloud, 31 août 1808, quatre heures du matin.

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Locrono

Mon Frère, je désire que vous me fassiez donner, tous les cinq jours, l’état de situation de l’armée d’Espagne par le maréchal Jourdan, major général , et que tous les jours il écrive trois ou quatre pages pour rendre compte de tout. Depuis que Belliard a été remplacé par lui, je ne sais rien de l’armée. Je n’en ai pas de situation depuis le mois de juillet. Conformez-vous au présent ordre et faites-le exécuter.

 

Saint-Cloud, 31 août 1808

NOTE EN MARGE D’UN RAPPORT SUR LA RÉGIE DES SELS DU DÉPARTEMENT DE MONTENOTTE.

Le ministre des finances témoignera le mécontentement de Sa Majesté à la régie pour avoir empêché le préfet ou son représentant de visiter les magasins. Les préfets sont intendants des finances et ont le droit de visiter les magasins des administrations.

Le ministre de l’intérieur écrira au gouverneur général des départements au delà des Alpes que l’intention de Sa Majesté est que les visites qui seraient faites par les préfets n’éprouvent aucun obstacle. Les procès-verbaux seront envoyés au contentieux du Conseil d’État, pour examiner s’il y a lieu de condamner la régie à des dommages- intérêts envers la commune, pour lui avoir donné de mauvais sels.

 

Saint-Cloud, 31 août 1808

M. Cretet, ministre de l’intérieur, propose à l’Empereur d’autoriser l’acquisition des terrains nécessaires pour isoler le Temple de la Gloire et déposer les matériaux provenant de la démolition de l’édifice actuel de la Madeleine.Tracer sur un plan de Paris le projet d’établir ce temple, sur la hauteur entre Montmartre et Monceaux.

 

References   [ + ]

1.L’importance de la conversation reproduite par ce document a déterminé la Commission à le comprendre dans son recueil. il est d’ailleurs probable que l’Empereur a revu lui-même la dépêche envoyée à Vienne par son ministre des relations extérieures.
2.date probable – la lettre n’est pas datée
3.Ces observations et quelques-unes des notes suivantes sur les affaires d7Es- pagne ne se retrouvent pas dans les papiers du roi Joseph; on ignore si elles ont été envoyées, on si elles sont parvenues ail roi d’Espagne. On les reproduit ici d’après les minutes de la secrétairerie d’État.