Correspondance de Napoléon Ier – Avril-Mai-Juin 1808

Saint-Cloud, 1er avril 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures

Vous remettrez, le 3 avril, la note ci-jointe au cardinal Caprara. Vous ferez connaître au ministre des cultes que je ne reconnais plus le cardinal Caprara comme légat. Vous ferez en sorte qu’avant trois jours tous les employés de la légation romaine qui ne sont pas mes sujets quittent la France; s’ils sont sujets de mon royaume d’Italie, ils se rendront à Milan. Quant au cardinal Caprara, j’écris à son sujet au sieur Aldini.

ANNEXE

NOTE

Le soussigné a mis sous les yeux de S. M. l’Empereur et Roi la note du cardinal Caprara, en date du 2 mars. Il a été chargé d’y faire la réponse suivante :

Sa Majesté ne saurait reconnaître le principe que les prêtres ne sont pas sujets du souverain sous la domination duquel ils sont nés.

Quant à la seconde question, le sine qua non de l’Empereur est que toute l’Italie, Rome, Naples et Milan, fassent une ligue offensive et défensive afin d’éloigner le désordre et la guerre de la presqu’île. Si le Saint-Père adhère à cette proposition, tout est terminé. S’il s’y refuse, il déclare par là la guerre à l’Empereur. Le premier résultat de la guerre est la conquête, et le premier résultat de la conquête, le changement de gouvernement. La conséquence de tout ceci sera que l’Empereur sera en guerre avec Rome, qu’il en fera facilement la conquête, qu’il en changera le gouvernement et en établira un autre qui fera cause commune avec les royaumes d’Italie et de Naples contre les ennemis communs. Ceci ne fera rien perdre aux droits spirituels du Pape; il sera évêque de Rome comme l’ont été ses prédécesseurs dans les huit premiers siècles et sous Charlemagne. Cependant ce sera un sujet de douleur, que l’Empereur partagera le premier, de voir la sotte vanité, l’obstination et l’ignorance détruire l’ouvrage du génie, de la politique et des lumières.

Au moment même où le soussigné recevait l’ordre de faire cette réponse à Votre Eminence, sa note du 30 mars lui était remise. Cette note a deux objets :

Le premier, la cessation des pouvoirs de Votre Éminence, qu’elle notifie contre l’usage et les formes ordinaires et à la veille de la semaine sainte, trois circonstances qui expliquent assez l’esprit charitable et tout à fait évangélique du Saint-Père. N’importe, Sa Majesté ne reconnaît plus Votre Éminence comme légat. L’Église gallicane rentre, dès ce moment, dans toute l’intégrité de sa doctrine. Plus instruite, plus véritablement religieuse que l’Église de Rome, elle n’a pas besoin d’elle.

Le second objet de la note de Votre Éminence est la demande de ses passeports comme ambassadeur. Elle les trouvera ci-joints. Cette demande formelle de passeports suppose la résolution de sa cour de soutenir la guerre contre la France. Nous sommes donc en guerre, et Sa Majesté vient de donner des ordres en conséquence. Sa Sainteté sera contente ; elle aura le bonheur de déclarer la guerre pendant la semaine sainte; les foudres du Vatican seront plus formidables. Sa Majesté les redoute moins que celles du château Saint-Ange. Celui qui maudit les rois est maudit par Dieu.

La minute de cette note est corrigée de la main de l’Empereur. On croit devoir reproduire ici la note, un peu modifiée, qui a été envoyée au légat.

 

Paris, 3 avril 1808.

Le soussigné, ministre des relations extérieures de S. M. l’Empereur des Français, Roi d’Italie, a mis sous les yeux de Sa Majesté la note de Son Eminence M. le cardinal Caprara.

L’Empereur ne saurait reconnaître le principe que les prélats ne sont pas sujets du souverain sous la domination duquel ils sont nés.

Quant à la seconde question, la proposition dont l’Empercur ne se départira point est que toute l’Italie, Rome, Naples, Milan, fassent une ligne offensive et défensive afin d’éloigner de la presqu’île le désordre et la guerre.

Si le Saint-Père adhère à cette proposition, tout est terminé. S’il s’y refuse, il annonce par cette détermination qu’il ne veut aucun arrangement, aucune paix avec l’Empereur, et qu’il lui déclare la guerre. Le premier résultat de la guerre est la conquête, et le premier résultat de la conquête est le changement de gouvernement; car, si l’Empereur est forcé d’être en guerre avec Rome, ne l’est-il pas aussi d’en faire la conquête, d’en changer le gouvernement, d’en établir un autre qui fasse cause commune avec les royaumes d’Italie et de Naples contre les ennemis communs ? Quelle autre garantie aurait-il de la tranquillité et de la sûreté de l’Italie, quand ces deux royaumes seraient séparés par un Etat où leurs ennemis continueraient de compter sur un accueil assuré ?

Ces changements devenus nécessaires, si le Saint-Père persiste dans ses refus, ne lui feront rien perdre de ses droits spirituels. Il continuera d’être évêque de Rome et chef de l’Eglise comme l’ont été ses prédécesseurs pendant les huit premiers siècles et sous Charlemagne. Cependant ce sera pour Sa Majesté un sujet de douleur de voir l’imprudence, l’obstination, l’aveuglement détruire l’ouvrage du génie, de la politique et des lumières.

Au moment même où le soussigné recevait de Sa Majesté l’ordre de faire cette réponse à M. le cardinal Caprara, il recevait la note que Son Éminence lui a fait l’honneur de lui adresser le 30 mars. Cette note a deux objets : le premier d’annoncer la cessation des pouvoirs du légat du Saint-Siège, de la notifier contre ]’usage et les formes ordinaires, et à la veille de la semaine sainte, temps où la cour de Rome, si elle était encore animée d’un véritable esprit évangélique, croirait devoir multiplier les secours spirituels et prêcher par son exemple l’union entre les fidèles. Quoi qu’il en soit, le Saint-Père ayant retiré ses pouvoirs à Son Eminence M le Cardinal, l’Empereur ne le reconnaîtra plus comme légat. L’Église gallicane rentre dans toute l’intégrité de sa doctrine; ses lumières, sa piété continueront de conserver en France la religion catholique, que l’Empereur mettra toujours sa gloire à faire respecter et à défendre.

Le second objet de la note de Son Éminence M. le cardinal Caprara est de demander ses passeports comme ambassadeur. Le soussigné, ministre des relations extérieures, a l’honneur de les lui adresser. Sa Majesté voit avec regret cette demande formelle de passeports, dont l’usage de nos temps modernes a fait une véritable déclaration de guerre. Rome est donc en guerre avec la France, et, dans cet état de choses, Sa Majesté a dû donner les ordres que la tranquillité de l’Italie rendait nécessaires. Le parti qu’a pris la cour de Rome de choisir pour cette rupture un temps où elle pouvait croire ses armes plus puissantes, peut faire prévoir de sa part d’autres extrémités – mais les lumières du siècle en arrêteraient l’effet; le temporel, le spirituel ne sont plus confondus, et la dignité royale, consacrée par Dieu même, est au-dessus de toute atteinte.

Le soussigné désire que les observations qu’il a reçu ordre de transmettre à Son Eminence M. le cardinal Caprara puissent déterminer le Saint-Siège à accéder aux propositions de Sa Majesté.

 

Saint-Cloud, ler avril 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures

Monsieur de Champagny, le dey d’Alger ayant reconnu les Gênois comme Français et les peuples de mon royaume d’Italie comme mes sujets et rendu les 123 esclaves qui étaient détenus dans ses bagnes, la bonne intelligence se trouve rétablie entre nous. Mon intention est donc que l’ordre qui avait été à mes bâtiments de guerre et de course de courir sur les bâtiments algériens soit rapporté et que l’embargo mis sur les bâtiments et sur les marchandises de cette régence soit levé, soit en France, soit dans mes états d’Italie.

 

Saint-Cloud, 1er avril 1808

A M. Aldini, ministre secrétaire d’état du royaume d’Italie, à Paris

Le cardinal Caprara n’est plus légat, la cour de Rome ayant rapporté ses pouvoirs; il a également été rappelé et a demandé ses passeports, qui lui ont été donnés par les relations extérieures, Mais, comme Caprara est mon sujet, mon intention est qu’il soit maître de rester dans une partie quelconque de mon royaume de France ou d’Italie, sans qu’il en puisse passer les limites.

 

Saint-Cloud, 1er avril 1808 

Au Grand-Duc de Berg, lieutenant de l’Empereur en Espagne, à Madrid

Je reçois votre lettre du 25 mars. Je serai le 4 avril à Bordeaux, probablement le 6 à Bayonne. Je vous ai écrit hier. Je vois avec plaisir, par votre lettre du 25, que la tranquillité régnait à Madrid, que le prince de la Paix n’aura point de mal. Il conviendrait que vous pussiez l’envoyer à Bayonne. Quand, vous feriez semblant de l’envoyer comme prisonnier, c’est égal; le principal est qu’il sorte d’Espagne.

Je vois avec plaisir que vous ayez fait occuper Aranjuez; mais il faut l’occuper en force. Le maréchal Bessières est actuellement suffisamment fort pour la Galice. Appelez à vous tout le corps du général Dupont. Le général Dupont peut porter son quartier général et son parc à Tolède. Il se trouvera là en position d’avant-garde, sur le chemin de Cadix et de Badajoz; il peut avoir là avec lui une de ses divisions. Placez la 2e à Aranjuez et la 3e à l’Escurial.

Ma Garde doit être en marche depuis longtemps sur Madrid. Je suppose qu’elle sera arrivée avant le 10 avril. Mes chevaux, les détachements de ma Maison, de ma Bouche, doivent être également partis pour Madrid. Il faut placer tout cela où je dois loger. Je ne sais pas si le Prado, qui est une maison de campagne du roi d’Espagne, est assez grand pour moi ; s’il n’est pas assez grand, peut-être serait-il convenable que j’allasse à l’Escurial.

Ainsi donc gardez les trois divisions de Moncey à Madrid. Je désire qu’elles soient campées, et qu’elles complètent tous les jours leur instruction. Placez le quartier général du général Dupont à Tolède; gardez les cuirassiers avec vous à Madrid, et donnez au général Dupont un régiment de dragons et un de hussards; cela, avec sa 1e division et douze ou dix-huit pièces d’artillerie, fera plus de 8,000 hommes. Il sera ainsi à même d’éclairer la route de Cadix et de Badajoz. La 2e division du général Dupont sera à Aranjuez ou à Madrid même, avec les trois divisions du maréchal Moncey; la 3e, à l’Escurial ; ma Garde à pied et à cheval, au lieu où je dois loger; au Prado, si cela est possible; à l’Escurial, si le Prado n’est pas logeable; enfin dans une maison de campagne près Madrid. Il faut cependant que ce soit une maison royale ou une maison de prince. Enfin je m’en rapporte pour mon logement à ce que vous ferez. Il suffit que ma Garde se trouve où je dois loger, et que, si je vais à Madrid, je puisse sortir sans traverser toute la ville.

 

Saint-Cloud, 1er avril 1808

A Joseph Napoléon, roi de Naples

Mon Frère, je ne conçois rien à votre lettre du 23. Je suppose que la lettre de Champagny est antérieure à la querelle relative aux lettres de créance de M. d’Aubusson; j’en témoigne mon mécontentement à Champagny. Tout cela est l’ouvrage d’un comité de protocole composé de trois vieilles ganaches d’une immense réputation, qui ne font que des bêtises. Je viens de les chasser. L’Angleterre elle-même avait si bien senti que vous étiez roi de Naples et de Sicile, qu’elle avait renoncé à ce que cette île ne fit pas partie de vos États. Faites attention au protocole qu’on vous envoie, car il est possible qu’il y ait d’autres inconvenances.

 

Palais de Saint-Cloud, 1er avril 1808

ORDRE DU SERVICE PENDANT L’ABSENCE DE S. M. L’EMPEREUR ET ROI

Étant dans l’intention de visiter plusieurs départements de notre Empire et de nous rendre à Bordeaux et à Bayonne, nous avons réglé l’ordre du service pour le temps de notre absence de la manière suivante.

Nos ministres se réuniront le mercredi de chaque semaine, dans une salle de notre palais des Tuileries, sous la présidence de notre cousin l’archichancelier de l’Empire. Ils porteront à ce conseil le travail de leurs départements respectifs, qui nous sera transmis, et qui sera porté à cet effet à notre ministre secrétaire d’Etat par un auditeur, qui se rendra chez les princes et les ministres pour prendre leurs ordres et partir dans les vingt-quatre heures.

Tous nos ministres correspondront avec nous pour les affaires de leur département.

Les dépêches télégraphiques, transmises à Paris ou à transmettre, seront portées à l’archichancelier, avant qu’il puisse leur être donné cours.

 

Saint-Cloud, 2 avril 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures

Aussitôt que vous aurez remis la note au cardinal-légat, vous en enverrez copie à mon chargé d’affaires à Rome, qui pourra avoir une conférence avec le Pape ou avec son ministre. Si le Pape adhère aux conditions portées dans ma note, mon chargé d’affaires restera à Rome et le fera connaître au vice-roi par un exprès, S’il n’y adhère pas, il laissera finir le carême, et, avant le 20 avril, il remettra une note où il dira que, le légat ayant demandé ses passeports à Paris et les ayant reçus, il ne reste plus au soussigné qu’à demander les siens. Et, en effet, avant la journée du 20 avril, il aura quitté Rome et se rendra à Ancône. Vous direz bien à mon chargé d’affaires qu’il doit suivre strictement mes instructions, et que, quelque chose qui arrive, il doit prendre ses passeports si le Pape ne consent pas à entrer dans une ligue offensive et défensive avec les royaumes d’Italie et de Naples pour la défense de la presqu’île italienne. Tout autre biais ou mezzo-termine ne serait pas adopté.

 

Saint-Cloud, 2 avril 1808

A M. Cretet, ministre de l’Intérieur

Monsieur, Sa Majesté a été informée des bruits qui ont été répandus sur l’Histoire de l’anarchie de Pologne, par Rulhière. Pendant la campagne de Pologne, le ministre des relations extérieures avait mis sous ses yeux deux volumes manuscrits d’un ouvrage sur le même sujet, ayant le même titre et portant la date de 1764. Cet ouvrage était attribué au Père Maubert, ex-capucin. En le comparant avec le premier volume de l’Hisloire de Rulhière, il était impossible de ne pas reconnaître que c’était le même ouvrage et qu’il appartenait au même auteur. La discussion qui s’est élevée récemment dans les journaux a rappelé cette circonstance au souvenir de l’Empereur, qui m’a chargé d’adresser à Votre Excellence le manuscrit attribué au Père Maubert. Sa Majesté désire que vous le fassiez remettre à la troisième classe de l’Institut, qui sera invitée à faire connaître son opinion et à juger entre le Père Maubert et Rulhière.

 

Saint-Cloud, 2 avril 1808

A Eugène de Beauharnais, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, Aldini vous a envoyé un décret relatif aux quatre Légations. Au lieu de le mettre à exécution le 20 avril, je désire qu’il ne le soit que le 30, et que jusque-là vous le teniez très-secret. Si, d’ici à ce temps, le Pape adhère à mon ultimatum, qui est d’entrer dans une ligne offensive et défensive avec les royaumes d’Italie et de Naples pour la défense de l’Italie, mon chargé d’affaires vous en préviendrait. Ces dix jours de plus vous mettront à même de prendre mieux vos mesures, de mieux régler tout, de manière que tout cela se fasse comme un coup de théâtre.

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P.S. Je pars à l’instant pour Bayonne

 

Orléans, 2 avril 1808 

Au Grand-Duc de Berg, lieutenant de l’Empereur en Espagne, à Madrid

Je suis arrivé ce soir à Orléans. Je serai le 4 ou le 5 à Bordeaux, où j’aurai reçu de nouvelles lettres de vous et d’où je vous répondrai en détail.

 

Château de Marrac, 3 avril 1808

A Louis Napoléon, roi de Hollande

Monsieur mon Frère, l’auditeur D …. m’a remis il y a une heure votre dépêche du 22 mars. Je fais partir un courrier qui vous portera cette lettre en Hollande.

L’usage que vous venez de faire du droit de faire grâce ne peut qu’être d’un très-mauvais effet. Le droit de grâce est un des plus beaux et des plus nobles attributs de la souveraineté. Pour ne pas le discréditer, il ne faut l’exercer que dans le cas où la clémence royale ne peut déconsidérer l’oeuvre de la justice, que dans le cas où la clémence royale doit laisser après les actes qui émanent d’elle l’idée de sentiments généreux. Il s’agit ici d’un rassemblement de bandits qui vont attaquer et égorger un parti de douaniers pour ensuite faire la contrebande. Ces gens sont condamnés à mort; Votre Majesté leur fait grâce ! Elle fait grâce à des meurtriers, à des assassins, à des individus auxquels la société ne peut accorder aucune pitié ! Si ces individus avaient été pris faisant la contrebande, si même, en se défendant, ils avaient tué des employés, alors vous auriez pu peut-être considérer la position de leurs familles, leur position particulière, et donner à votre gouvernement une couleur de paternité, en modifiant par une commutation de peine la rigueur des lois. C’est dans les condamnations pour contravention aux lois de fiscalité, c’est plus particulièrement encore dans celles qui ont lieu pour des délits politiques, que la clémence est bien placée. En ces matières, il est de principe que, si c’est le souverain qui est attaqué, il y a de la grandeur dans le pardon. Au premier bruit d’un délit de ce genre, l’intérêt public se range du côté du coupable et point de celui d’où doit partir la punition. Si le prince fait la remise de la peine, les peuples le placent au-dessus de l’offense, et la clameur s’élève contre ceux qui l’ont offensé. S’il suit le système opposé, on le répute haineux et tyran. S’il fait grâce à des crimes horribles, on le répute faible ou mal intentionné.

Ne croyez pas que le droit de faire grâce puisse être exercé impunément, et que la société applaudisse toujours à l’usage qu’en peut faire le monarque : elle le blâme lorsqu’il l’applique à des scélérats, à des meurtriers, parce que ce droit devient nuisible à la famille sociale. Vous avez trop souvent et en trop de circonstances usé du droit de grâce. La bonté de votre coeur ne doit point être écouté, lorsqu’elle peut nuire à vos peuples. Dans l’affaire des Juifs, j’aurai fait comme vous; dans celle des contrebandiers de Middelburg, je me serais bien gardé de faire grâce.

Mille raisons devaient vous porter à laisser la justice faire une exécution exemplaire, qui aurait eu l’excellent effet de prévenir beaucoup de crimes par la terreur qu’elle aurait inspirée. Des gens du Roi sont égorgés au milieu de la nuit; les assassins sont condamnés; Votre Majesté commue la peine de mort en quelques années de prison : quel découragement n’en résultera-t-il point parmi les gens qui font rentrer vos impôts ! L’effet politique est très-mauvais ; je m’explique.

La Hollande était le canal par lequel, depuis plusieurs années, l’Angleterre introduisait sur le continent ses marchandises. Les marchands hollandais ont gagné à ce trafic des sommes immenses ; voilà pourquoi les Hollandais aiment la contrebande et les Anglais, et voilà les raisons pour lesquelles ils n’aiment point la France, qui défend la contrebande et qui combat les Anglais. La grâce que vous avez accordée à ces contrebandiers assassins est une espèce d’hommage que vous rendez au goût des Hollandais pour la contrebande. Vous paraissez faire cause commune avec eux, et contre qui ?… contre moi. Les Hollandais vous aiment; vous avez de la simplicité dans les manières, de la douceur dans le caractère; vous les gouvernez selon eux; si vous vous montriez fermement résolu à réprimer la contrebande, si vous les éclairiez sur leur position, vous useriez sagement de votre influence; ils croiraient que le système prohibitif est bon, puisque le Roi en est le propagateur. Je ne vois pas quel parti pourrait tirer Votre Majesté d’un genre de popularité qu’elle acquerrait à mes dépens. Assurément la Hollande n’est point au temps de Ryswick, et la France aux dernières années, de Louis XIV. Si la Hollande ne peut suivre un système politique indépendant de celui de la France, il faut qu’elle remplisse les conditions de l’alliance.

Ce n’est point au jour la journée que doivent travailler les princes; mon Frère, c’est sur l’avenir qu’il faut jeter les yeux. Quel est aujourd’hui l’état de l’Europe ? L’Angleterre, d’un côté; elle possède par elle-même une domination à laquelle jusqu’à présent le monde entier a dû se soumettre ; de l’autre, l’Empire français et les puissances continentales qui, avec toutes les forces de leur union, ne peuvent s’accommoder du genre de suprématie qu’exerce l’Angleterre. Ces puissances avaient aussi des colonies, un commerce maritime; elles possèdent, en étendue de côtes, bien plus que l’Angleterre. Elles se sont désunies; l’Angleterre a combattu séparément leur marine; elle a triomphé sur toutes les mers; toutes les marines ont été détruites. La Russie, la Suède, la France, l’Espagne, qui ont tant de moyens d’avoir des vaisseaux et des matelots, n’osent hasarder une escadre hors de leurs rades. Ce n’est donc plus d’une confédération des puissances maritimes, confédération, d’ailleurs, qu’il serait impossible de faire subsister à cause des distances et des croisements d’intérêts, que l’Europe peut attendre sa libération maritime et un système de paix qui ne pourra s’établir que par la volonté de l’Angleterre.

Cette paix, je la veux par tous les moyens conciliables avec la dignité et la puissance de la France; je la veux au prix de tous les sacrifices que peut permettre l’honneur national. Chaque jour, je sens qu’elle devient plus nécessaire; les princes du continent la désirent autant que moi; je n’ai contre l’Angleterre ni prévention passionnée, ni haine invincible. Les Anglais ont suivi contre moi un système de répulsion: j’ai adopté le système continental beaucoup moins, comme le supposent mes adversaires, par jalousie d’ambition, que pour amener le cabinet anglais à en finir avec nous. Que l’Angleterre soit riche et prospère, peu m’importe, pourvu que la France et ses alliés le soient comme elle.

Le système continental n’a donc d’autre but que d’avancer l’époque où le droit public sera définitivement assis pour l’Empire français et pour l’Europe. Les souverains du Nord maintiennent sévèrement le régime prohibitif; leur commerce y a singulièrement gagné : les fabriques de la Prusse peuvent rivaliser avec les nôtres. Vous savez que la France et le littoral qui fait aujourd’hui partie de l’Empire, depuis le golfe. de Lion jusqu’aux extrémités de l’Adriatique, sont absolument fermés aux produits de l’industrie étrangère. Je vais prendre un parti dans les affaires d’Espagne, qui aura pour résultat d’enlever le Portugal aux Anglais et de mettre au pouvoir de la politique française les côtes que l’Espagne a sur les deux mers. Le littoral entier de l’Europe sera fermé aux Anglais, à l’exception de celui de la Turquie; mais comme les Turcs ne trafiquent point en Europe, je ne m’en inquiète pas.

Voyez-vous, par cet aperçu, quelles seraient les funestes conséquences des facilités que la Hollande donnerait aux Anglais pour introduire leurs marchandises sur le continent ? Elle leur procurerait l’occasion de lever sur nous-mêmes les subsides qu’ils offriraient ensuite à certaines puissances pour nous combattre. Votre Majesté est plus intéressée que moi à se garantir de l’astuce de la politique anglaise. Encore quelques années de patience, et I’Angleterre voudra la paix autant que nous la voulons nous-mêmes.

Considérez la position de vos États; vous remarquerez que ce système vous est plus utile qu’à moi. La Hollande est une puissance maritime commerçante; elle a des ports magnifiques, des flottes, des matelots, des chefs habiles, et des colonies qui ne coûtent rien à la métropole; ses habitants ont le génie du commerce comme les Anglais. N’a-t-elle pas tout cela à défendre aujourd’hui ? La paix ne peut-elle pas la remettre en possession de son ancien état ? Sa situation peut être pénible pendant quelques années : n’est-elle pas préférable à faire du monarque hollandais un gouverneur pour l’Angleterre, de la Hollande et de ses colonies un fief de la Grande-Bretagne. L’encouragement que vous donneriez au commerce anglais vous conduirait à cela. Vous avez sous les yeux l’exemple de la Sicile et du Portugal. Laissez marcher le temps. Si vous avez besoin de vendre vos genièvres, les Anglais ont besoin de les acheter. Désignez les points où les smogleurs anglais viendront les prendre; mais qu’ils les payent avec de l’argent, et jamais avec des marchandises. Jamais, entendez-vous ? Il faudra bien enfin que la paix se fasse ; vous signerez en son lieu un traité de commerce avec l’Angleterre; j’en signerai peut-être un aussi; mais les intérêts réciproques seront garantis. Si nous devons laisser exercer à l’Angleterre une sorte de suprématie sur les mers, qu’elle aura achetée au prix de ses trésors et de son sang, une prépondérance qui tient à sa position géographique et à ses occupations territoriales dans les trois parties du monde, au moins nos pavillons pourront se montrer sur l’Océan sans craindre l’insulte; notre commerce maritime cessera d’être ruineux. C’est à empêcher l’Angleterre de se mêler des affaires du continent qu’il faut travailler aujourd’hui.

Votre affaire de grâce m’a entraîné dans ces détails; je m’y suis livré parce que j’ai craint que vos ministres hollandais n’aient fait entrer de fausses idées dans l’esprit de Votre Majesté.

Je désire que vous réfléchissiez sur cette lettre, et que vous fassiez des sujets qu’elle traite l’objet des délibérations de vos conseils; enfin que vos ministres impriment à l’administration le mouvement qui lui convient.

Sous aucun prétexte la France ne souffrira que la Hollande se sépare de la cause continentale.

Quant à ces contrebandiers, puisque la faute a été commise, il n’y a plus à revenir sur le passé; je vous conseille seulement de ne pas les laisser dans les prisons de Middelburg ; c’est trop près du lieu où le crime a été commis; renvoyez-les dans le fond de la Hollande.

 

Barbezieux, 4 avril 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre

Monsieur le Général Clarke, j’ai passé, en route, la revue du bataillon du 13e léger et du 72e, faisant partie du 14e provisoire. J’ai observé qu’il n’y avait que trois ou quatre officiers pour chacun de ces bataillons, tandis qu’il devrait y en avoir quatorze. J’en ai demandé la raison, et l’on m’a dit qu’il y avait de vieux officiers qui restaient au dépôt et ne marchaient pas ; faites-en passer la revue de rigueur et donnez-leur leur retraite. Mon armée ne doit pas être l’armée prussienne. Il n’y avait pas de chefs de bataillon; il est vrai qu’ils étaient commandés par deux excellents capitaines que j’ai nommés sur-le-champ chefs de bataillon. Berthier vous enverra la nomination de ces deux chefs de bataillon, pour que vous les fassiez compter au corps.

J’aurai besoin de beaucoup d’officiers en Espagne. D’après ce que j’ai vu et ce que l’on m’a dit, le plus court est de commencer par en faire. Vous ferez partir, en conséquence, vingt-quatre heures après la réception de cette lettre, par la diligence pour Bayonne, et de manière à être arrivés à Bayonne du 13 au 15 : 1° 25 vélites de ma Garde, pris dans les chasseurs à pied , et 25 vélites grenadiers ; ces 50 vélites devront être pris parmi les plus instruits , les plus âgés et les plus forts, et qui se soient trouvés ou à la campagne d’Austerlitz ou à celle de Pologne; 2° 15 sergents, caporaux ou soldats, tirés des grenadiers, et 15 tirés des chasseurs de ma Garde, pris parmi les vieux soldats, lettrés, vigoureux, et dans le cas d’être faits officiers. Vous donnerez à ces 80 individus leurs frais de poste jusqu’à Bayonne, leur gratification d’entrée en campagne ; vous les ferez partir et vous en enverrez l’état au major général. Arrivés à Bayonne, je les placerai dans différents régiments. Vous aurez soin de les munir, avant de partir, de leur hausse-col, épée et épaulettes. Vous en nommerez également 5 dans les vélites des chasseurs à cheval, 5 dans les grenadiers à cheval et 5 dans les dragons; vous en nommerez 10 parmi les grenadiers et 10 parmi les chasseurs, en prenant ces 35 hommes parmi les anciens soldats capables, pour leur intelligence, d’être officiers. Ce sera 35 officiers que me fournira ma Garde à cheval. Vous ferez prendre aux grenadiers l’uniforme de cuirassiers, et aux chasseurs l’uniforme de chasseurs et de hussards, aux dragons l’uniforme de dragons. Ces 35 officiers se rendront également à Bayonne : ce sera un secours de 115 officiers pour l’armée. Je vous recommande faire donner la retraite à tous ceux qui n’auront point marché.

J’ai remarqué dans les bataillons que j’ai vus, et l’on m’assure que cela est commun à tous, que le dépôt avait gardé la masse de linge et de chaussure ; de sorte que, me faisant présenter les livrets de chaque homme, j’ai vu qu’il manquait 12 francs, 6 francs, 8 francs. Les commandants disaient que cet argent était à la caisse à Anvers. Ordonnez que les états des sommes appartenant à la masse de linge et de chaussure des dépôts qui ont des détachements aux corps qui sont en Espagne soient envoyés à ces détachements. A cet effet, l’inspecteur portera au compte des dépôts, sur les premières sommes qu’il livrera, tout ce qu’ils auraient à ce titre. Le payeur, en Espagne, payera à chaque compagnie ce qui lui revient de ladite masse. Les états seront comparés, dans vos bureaux, pour s’assurer qu’ils sont les mêmes et que le trésor n’y perd rien. Donnez les ordres les plus immédiats sur cet objet.

J’ai remarqué également que les détachements étaient mal habillés. Le 13e a 300 hommes qui n’ont que des capotes et point d’habits. Ce serait une folie que de leur en faire donner. Il faudrait que le ministre Dejean écrivît au corps pour savoir pourquoi l’on n’a pas habillé les conscrits, puisqu’on a touché la première mise.

Ayez soin que de la Garde, tant à pied qu’à cheval, on n’envoie que des hommes qui soient utiles et qui lui fassent honneur. Fait moi connaître également si l’on ne pourrait pas envoyer de Saint-Cyr une douzaine de jeunes gens, pour en faire des sergents-majors et des fourriers, et de l’École polytechnique 15 ou 20. Mais il faudrait s’assurer avant s’ils savent commander ; s’ils ne le savent pas, qu’ils l’apprennent avant d’être employés; autrement ils ne seraient d’aucune utilité aux corps. Envoyez également 50 tambours et 20 trompettes. Il y a aux Invalides une école de tambours, et à Versailles une école de trompettes; si ces écoles ne pouvaient envoyer ce nombre, qu’elles envoient ce qu’elles pourront. Vous pouvez charger ces enfants, avec leurs caisses et leurs trompettes, sur trois ou quatre vélocifères pour Bayonne. Envoyez au major général l’état nominatif de tout cela le jour où cela doit arriver à Bayonne.

S’il y avait, parmi les officiers en réforme, 30 capitaines, 8 ou 10 chefs de bataillon, quelques colonels de quelque valeur, vous pourriez les tirer de la réforme et les diriger sur Bayonne, où je trouverai moyen de les employer.

 

Bordeaux, 5 avril 1808

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’Empire

Mon Cousin, je suis arrivé à Bordeaux au moment où l’on m’attendait le moins, j’étais couché que peu de monde le savait encore. Je vais recevoir dans une heure les autorités et passer la revue de quelques troupes; je visiterai ensuite le port. Il n’y a du reste rien de nouveau. J’ai eu le plus beau temps dans ma route. Je joins ici une note, bonne à insérer dans le Journal de l’Empire, et une autre pour le Moniteur.

 

Bordeaux, 5 avril 1808

Au Grand-Duc de Berg, lieutenant de l’Empereur en Espagne, à Madrid

J’arrive à Bordeaux. J’ai reçu toutes vos lettres, celles du 30 comprises. J’attends dans la journée celles du 31 mars et du ler avril. Dès que j’aurai reçu celle du 1er avril, je partirai pour Bayonne, où j’attendrai celles du 2 et du 3.

La division Chabran, toute composée de Français, a dû entrer le ler avril en Espagne par Perpignan, et devra être rendue le 8 à Barcelone, ce qui rendra le général Duhesme très-fort.

En changeant de chevaux à Tours, j’ai rencontré le duc de Fernan Nunez, qui a remis à Duroc une lettre du prince des Asturies, Je n’ai pas pu le voir, puisque j’ai toujours marché.

Je sais que deux autres grands d’Espagne sont arrivés à Bayonne. Le prince Masserano avait à Paris des pouvoirs du nouveau roi : j’ai éludé. Je suis encore en mesure d’éluder; dans des affaires de cette importance, il faut voir clair.

J’ai ici trois régiments provisoires qui se mettent en marche pour Bayonne, pour joindre la division Verdier, qui alors sera tout à fait respectable.

Je vous ai mandé d’envoyer la division Dupont à Tolède, en la plaçant sur le chemin de Madrid à Badajoz. Je vous ai dit de faire venir à l’Escurial l’ancien roi, et de vous en rendre toutefois parfaitement le maître; de faire venir le prince de la Paix à Bayonne. Une voiture de poste et des escortes doivent l’y amener promptement. Je désire fort voir ce prince à Bayonne avant de prendre un parti sur rien. Je suppose que ces différents ordres ont été exécutés. Quant au nouveau roi, vous me mandez qu’il devait venir à Bayonne. Je pense que cela ne pourrait être qu’utile. Je n’ai point d’autres ordres à vous donner. Si mes troupes manquent de paille pour camper, il faut les faire cantonner dans des couvents et casernes, à raison d’un bataillon par couvent. Le principal est qu’elles soient bien.

Vous pourriez appeler même le régiment de Paris, qui est accoutumé à faire le service des grandes villes, et qui pourrait servir pour faire la police de Madrid.

Savary doit être arrivé depuis longtemps.

 

Bordeaux, 5 avril 1808

Au maréchal Bessières, commandant la Garde impériale en Espagne, à Burgos

Mon Cousin, je suis arrivé à Bordeaux, Si les deux régiments de fusiliers, formant la seconde colonne de ma Garde, sont fatigués, vous pouvez les garder quelques jours à Burgos. Vous devez occuper en force Aranda. Vous pouvez y envoyer les escadrons et les bataillons provisoires; ils se trouveraient là sur le chemin de rejoindre à Madrid leurs corps. Donnez à un bon général le commandement de ce détachement; joignez-y trois pièces de canon. Les 13e, 14e et 15e régiments provisoires , qui doivent compléter à 9,000 hommes la division Verdier, sont à la hauteur de Bordeaux et se mettent en marche demain pour rejoindre successivement.

Hédouville doit être à Burgos ; il serait nécessaire qu’il se rendit à ma rencontre à Vittoria. Vous vous assurerez d’abord qu’il sait l’espagnol assez bien pour traduire, avec fidélité et élégance, mes différents discours. Il est nécessaire que vous réunissiez à Vittoria toute la division Verdier, afin que, dans une heure de temps, je puisse voir ce qui lui manque, les promotions qu’il y aurait à l’aire dans les différents corps , etc.

 

Bordeaux, 6 avril 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, j’ai reçu votre lettre du 29 mars, par laquelle vous m’annonciez que la journée d’hôpital a été réduite à 1 franc dans les hôpitaux civils, et à 1 franc 30 centimes dans les hôpitaux militaires; cela commence à devenir raisonnable; l’année prochaine, il faut la réduire encore de 5 centimes.

La joie du Pape de l’arrivée de son courrier à Paris est ridicule, comme tout ce qui se fait à Rome. Ils font bien voir que cette cour de Rome est composée de méchantes gens; heureusement qu’ils n’ont aucun pouvoir. Le courrier portait un ordre au cardinal-légat de demander ses passeports, chose que je lui ai accordée sur-le-champ, car je n’ai pas besoin de lui. Il est impossible de perdre plus bêtement ces États temporels que le génie et la politique de tant de Papes avaient formés. Quel triste effet produit le placement d’un sot sur le trône !

Je vous renvoie vos décrets. Par le décret que j’ai pris, vous aurez vu que je vous ai chargé des premières nominations. Nommez des hommes qui connaissent l’administration, qui aient du caractère, et accoutumés à lutter contre les prêtres.

Je vous envoie une lettre du colonel du 24e de dragons; voyez ce que c’est, et rendez justice à tout le monde. Je ne sais pas s’il existe des plaintes contre ce colonel; il me semble que j’en avais toujours eu bonne opinion.

J’ai signé le décret de nomination du colonel des chasseurs.

 

Bordeaux, 6 avril 1808

Au Grand-Duc de Berg, lieutenant de l’Empereur en Espagne, à Madrid

L’épée de François 1er, ne valait pas la peine qu’on en fit de l’éclat dans cette circonstance. François ler était roi de France, mais il était Bourbon. Il n’a pas été pris d’ ailleurs par les Espagnols, mais par les Italiens.

Je suppose qu’après ma dernière lettre vous aurez été voir le roi Charles et la reine.

Faites exécuter tous mes ordres. Approvisionnez mes troupes de vivres et de cartouches.

Vous dites que je suis le maître de tout, et vous ne l’êtes pas du roi Charles ; car qu’est-ce qu’une brigade dans une ville comme Aranjuez ? Vous ne me parlez pas de la situation et de la force des troupes espagnoles à Madrid et à Aranjuez, et vous me laissez dans l’obscur sur tout. J’espère que Monthion me donnera quelques explications.

Je pense que vous pouvez envoyer le sieur Beauharnais à ma rencontre, à Bayonne; je vous en laisse cependant le maître. Je crois qu’indépendamment des renseignements que je pourrai en tirer, son éloignement de Madrid ne peut être qu’utile. Il laissera son secrétaire comme chargé d’affaires pendant son absence.

Je suppose que vous avez dit à tout le monde que je suis arrivé à Bordeaux, Faites-le mettre dans les journaux, ainsi que l’article du Moniteur qui en fait mention.

J’espère qu’après avoir reçu cette lettre vous recevrez des nouvelles de Barcelone, qui vous annonceront l’arrivée de mes troupes.

 

Bordeaux, 6 avril 1808

Au Grand-Duc de Berg, lieutenant de l’Empereur en Espagne, à Madrid

Je reçois votre lettre du 31 mars. Le général Belliard envoie au prince de Neuchâtel un état qui est plein d’erreurs. Il porte 3,300 chevaux au corps de la Gironde, comme il ne porte à la division des Pyrénées occidentales que 2,000 hommes; il n’y porte pas le général Verdier. Je ne songe pas à convertir les régiments provisoires en régiments définitifs. Chaque régiment provisoire est composé de quatre bataillons à quatre compagnies; ces quatre compagnies sont toutes d’un même régiment. Je crois qu’il n’y a que quatre bataillons qui aient leurs compagnies formées de deux régiments différents, ce qui est une exception. Par la nouvelle organisation que j’ai donnée à l’armée, les bataillons sont composés de six compagnies, et presque toutes les quatre compagnies qui sont aux régiments provisoires feront partie des 4e bataillons. Aussitôt que les dépôts pourront le faire, ils expédieront les deux compagnies de grenadiers et de voltigeurs, et alors les régiments provisoires seront composés de quatre bataillons, chaque bataillon fort de six compagnies et ayant un effectif de 840 hommes. Dans tous les temps, dans l’organisation militaire, un bataillon a été détaché; ainsi, si toutes les fois que cela arrive, on devait culbuter l’organisation, où en serions-nous ? D’ailleurs les dépôts fourniront aux régiments, au lieu qu’ils n’auraient pas de dépôts d’où je pusse diriger sur les armées d’Espagne et sur la Grande Armée.

Chaque bataillon doit être commandé par un chef de bataillon. Je sais qu’il en manque beaucoup; mais, quand je serai à l’armée, les bons capitaines, je les ferai chefs de bataillon. Je sais qu’il manque beaucoup d’officiers. J’en ai fait venir cent, tirés des vélites de ma Garde, qui ne tarderont pas à se rendre à Madrid, et seront placés dans les régiments. Vous pouvez demander au général Lepic vingt vélites ou vieux soldats, capables d’être faits sous-lieutenants, pris dans les bataillons de ma Garde qui ont du arriver le 6 à Madrid. Vous en enverrez l’état au major général, ainsi que des corps où ils seront attachés, en les donnant aux corps qui en ont le plus besoin. Je suppose que chaque régiment provisoire a un guidon en forme de drapeau. S’ils n’en ont pas, faites-en faire. Un simple guidon, comme les grenadiers en avaient, est suffisant. Ayez bien soin de recommander que, dans la manoeuvre, chaque compagnie forme une division, et chaque demi-compagnie un peloton. Il faut le mettre à l’ordre, le dire et le redire, afin que les officiers le comprennent bien; dire que, dans l’organisation des bataillons à quatre compagnies, une compagnie forme toujours une division.

Vous devez avoir des souliers. Dites à l’intendant général d’en écrire au major général, et de lui faire connaître la quantité que le maréchal Moncey a fait faire, celle que le ministre Dejean a envoyée, et celle distribuée. J’ai donné, je crois, une gratification de souliers. Les corps doivent en sus s’en fournir sur la masse de linge et de chaussure. Ils peuvent s’en faire faire à Madrid, car, enfin, on porte des souliers en Espagne.

J’ai donné une gratification à la masse de linge et de chaussure. Il faut mettre tout cela en règle. Les corps, à ce qu’il parait, n’ont point emporté de leur régiment la masse de linge et de chaussure ; ils ont porté leurs livrets; mais on a laissé la caisse au régiment. Je viens d’ordonner qu’à Paris on fasse la retenue de cette masse aux conseils d’administration des régiments, et qu’en même temps on réintègre les mêmes sommes dans les compagnies des régiments provisoires. Vous pouvez faire exécuter cette disposition sans délai, et ordonner qu’un relevé soit fait des livrets, par compagnie, qui constate ce que chaque individu a dans la masse de linge et de chaussure. L’intendant général arrêtera l’état définitif, qui sera envoyé à la guerre. Le payeur enverra ce même état au trésor public. Cela mettra quelque aisance dans la masse de linge et de chaussure.

Il est nécessaire que l’administration des régiments reste séparée par bataillon, puisque c’est le moyen le plus simple de la rattacher à l’administration générale du corps. Les majors peuvent avoir la surveillance sur les quatre bataillons des régiments.

Je suppose que les troupes s’exercent deux ou trois fois par jour; qu’on fait faire l’exercice à feu et tirer à la cible. Si l’on tire à la cible, il ne faut pas le faire en public, mais de bonne heure et sans qu’il y ait d’Espagnols.

Tous les caissons d’infanterie qui étaient destinés an corps du maréchal Moncey doivent être partis. Le général Dupont doit en avoir beaucoup, de manière que vous devez être muni de cartouches d’infanterie. Comme vous le dites, le parti que vous prenez d’en faire faire est le meilleur. Les soldats doivent, indépendamment de ce qu’ils ont dans le sac, avoir leurs cinquante cartouches; je suppose que le général la Riboisière s’occupe sérieusement de cet objet. Il faut avoir un dépôt de cartouches à Burgos, à Aranda, à Vittoria, à Pampelune, à Saint-Sébastien ; Pampelune doit vous en fournir. Faites-vous remettre par le général la Riboisière un mémoire qui fasse connaître votre situation dans cette partie. J’avais ordonné la réunion de cent voitures à Bayonne; cela devrait être prêt à présent. Il y a dans le nombre beaucoup de caissons d’infanterie.

 

Bordeaux, 7 avril 1808

Au prince de Neuchâtel, major général de la Grande Armée

Mon Cousin, j’approuve l’organisation de l’artillerie que le général Songis présente dans son rapport du 5 mars, avec les changements suivants. Dix obusiers sont de trop pour le 1er corps; huit suffisent. On portera alors au parc six pièces de 6, au lieu de quatre. Six pièces ne suffisent pas an 3e corps. Quoique ce corps ne soit composé que de trois divisions, il y a cependant un plus grand nombre de régiments que dans les autres divisions. Je pense donc qu’il faut porter au parc quatre pièces de plus, ce qui ferait dix pièces au lieu de six; des pièces peuvent être détachées avec les régiments qui seraient extraits des divisions. Cela porterait le nombre de pièces du 3e corps à cinquante-deux. La réserve du 4e corps n’est pas suffisante à six pièces, il faut également l’augmenter de quatre; ce qui porterait le nombre des pièces de ce corps à soixante-quatre. La réserve du 5e corps est trop forte à six pièces, quatre suffisent; ce qui fera monter le nombre des pièces de ce corps à trente-quatre. Même observation pour le 6e corps. Le total des pièces nécessaires serait donc de trois cent quatre, au lieu de trois cents. Il faut avoir, indépendamment de cela, au parc général, seize pièces; ce qui ferait trois cent vingt pièces de canon. Je pense que le général Songis doit se procurer ces trois cent vingt pièces sans délai, et qu’il en a les moyens avec la quantité du personnel du train qu’il a ; qu’il doit supprimer tout ce qui serait luxe de parc inutile, et recruter avec activité les chevaux. Il y a une partie de l’approvisionnement qu’on se procurerait plus tard, qui, nécessairement, serait traîné de Küstrin, de Stettin , de Varsovie, par réquisitions ou par des moyens de transport qu’on trouvera alors. Cet équipage serait composé de trente-six pièces de 12, de deux cent dix de 3 , de 4, de 6 et de 8, et de soixante et douze obusiers. Ce qui fait, pour un approvisionnement complet, 630 caissons, 320 pièces, 150 forges, caissons de parc, prolonges, affûts de rechange, c’est-à-dire 1,100 attelages, 600 caissons d’infanterie, en tout 1,700 attelages; et, pour un approvisionnement et demi, 945 caissons, 320 pièces, 150 forges, caissons de parc, etc., c’est-à-dire 1,415 voitures et 600 caissons d’infanterie, en tout 2,015 attelages, qui, à 5 chevaux l’un portant l’autre, en comprenant les voitures qui doivent être attelées de 6 chevaux , ne forment que 10,000 chevaux. Or vous en avez 13,000 : il reste donc 3,000 chevaux pour le parc et pour les autres besoins. Ces 3,000 chevaux peuvent atteler 600 caissons (c’est-à-dire porter, comme parc général, un demi-approvisionnement de toute l’artillerie) , 100 caissons de parc, forges, prolonges, etc. , et 200 caissons d’infanterie. Vous devez observer au général Songis que l’artillerie, telle qu’il l’organise, coûte trop de chevaux d’attelage, et qu’il faut que les effets soient proportionnés aux moyens.

 

Bordeaux, 7 avril 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon Fils, un nommé Thienson, peintre, doit arriver à Milan, se dirigeant sur Rome de Milan, il doit se rendre à Florence, et de 1à à Rome, où il a le projet d’être rendu le 25 avril. Au reçu de cette lettre, vous le ferez arrêter, vous ferez saisir ses papiers, que vous m’enverrez tout cacheté; et lui, vous le dirigerez sur Paris. S’il était parti de Milan, vous enverriez cet ordre au commandant français à Florence. Il est possible qu’il ait dans ses papiers des lettres pour Lucien, pour le roi de Naples. Tout doit être mis indistinctement sous le scellé et doit m’être envoyé.

(Propre main) S’il est parti de Florence et qu’il soit à Rome, vous le laisserez, mais vous le ferez arrêter à son retour.

 

Bordeaux, 7 avril 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures

Monsieur de Champagny, répondez au sieur Beauharnais que je suis étonné qu’il n’ait pas su faire la réponse à cette note : “que ce n’est pas dans un moment où le peuple fait la loi au gouvernement qu’on peut être indifférent à la circulation d’une si grande quantité d’armes et qu’il semble que le gouvernement espagnol doit être bien aise de voir les armes en sûreté et hors du pouvoir des hommes qui paraissent vouloir agiter la monarchie”

 

Bordeaux, 8 avril 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Les 3,000 matelots des villes hanséatiques se lèvent. Il faut correspondre avec le sieur Bourrienne ou avec l’officier que vous en avez chargé, pour les dépenses. D’un autre côté, l’ordonnateur de ce port me mande qu’il en a envoyé plus de 500 à Flessingue, et qu’il en attend plus de 1,500 venant d’Espagne, qu’il dirige également sur Flessingue.

Le commandant de la marine ici m’assure que la frégate la Comète, qui est au Passage, est susceptible d’être réparée; qu’il ne s’est pas vérifié qu’elle faisait eau, et que les premiers rapports sont controuvés. Donnez les ordres nécessaires pour réarmer cette frégate et pour la faire monter avec les matelots qui viennent d’Espagne et avec les Français qui se trouvent là. Elle sera utile pour éloigner les les croisières ennemies de ces parages ou pour être envoyée en mission.

Il parait qu’on pourrait construire des vaisseaux à Bordeaux, mais que cela ne serait d’aucune utilité, puisque les bois se transportent facilement à Rochefort; mais qu’il serait utile d’avoir, dans une anse entre Bordeaux et Rochefort, deux ou trois péniches et autant de chaloupes canonnières, parce que les Anglais interceptent cette communication avec des péniches. Donnez des ordres efficaces pour la station de ce petit armement entre Rochefort et la Gironde. On emploie ici à des frégates du bois qui pourrait être utile à des vaisseaux de ligne. Il parait que l’on marque, dans le bassin de la Gironde et de la Dordogne, pour 100 milliers de pieds cubes de bois, mais que les fournisseurs n’en marquent que 50,000 et que les 50 autres milliers rentrent aux adjudicataires. D’un autre côté l’on ne marque point dans des forêts où l’on pourrait marquer du très-beau bois.

Il faudrait mettre deux frégates en construction à Bordeaux. Il y a vingt ans qu’on y construit quatre vaisseaux de 60. Faut-il admettre dans les escadres des vaisseaux de 50 ? C’est une question sur laquelle je sais que les officiers de marine se sont prononcés. Cependant l’exemple des Anglais prouve qu’ils y sont nécessaires. Ils ont l’avantage d’être plus forts qu’une frégate dans un combat de ligne, et ils ont l’avantage encore de pouvoir s’approcher des côtes et d’entrer dans beaucoup de ports où un vaisseau de 74 ne peut entrer. A Aboukir et dans d’autres circonstances, des vaisseaux de 50 ont rendu aux Anglais plus de services que n’auraient pu en rendre des vaisseaux de 74. Comme il paraît que nous ne manquerons pas de vaisseaux à Flessingue, activez les constructions d’Anvers, afin d’avoir en mer trois ou quatre vaisseaux à la fin de l’année. Comme il parait que nous allons aussi avoir des matelots à Rochefort, le vaisseau 1e Calcutta, étant en bon état, si ce vaisseau marche, on pourrait l’armer. Il serait pris sans déshonneur par un vaisseau de 74, et il ne le sera jamais par une frégate; dès lors, il nous rendrait à peu près le même service; car 74 contre 74, avec les équipages qu’ont aujourd’hui nos vaisseaux, il y a bien des probabilités qu’ils seront pris. Le principal est de s’assurer si le Calcutta marche; on m’assure qu’il est susceptible de bien marcher.

Il faudrait beaucoup que les frégates la Pallas, l’Elbe et la Renommée fussent armées et à l’eau, lorsque je passerai dans cette ville; d’ici à six semaines.

Je désirerais qu’on mit à l’eau, à la même époque, l’Amphitrite à Cherbourg et la Bellone à Saint-Malo.

 

Bordeaux, 8 avril 1808, 5 heures après midi

Au Grand-Duc de Berg, lieutenant de l’Empereur en Espagne, à Madrid

Je reçois votre lettre du 2 au soir. Je n’approuve pas votre ordre du jour. Qu’est-ce que les Suédois et les Russes ont de commun avec mon armée ? Pourquoi annoncer que je vais en Espagne ? Je ne vous y avais pas autorisé. Je n’ai jamais dit que j’irais à Madrid. Vous pouviez le dire et non l’écrire. Le moins que vous écrirez sera le mieux. Il serait fâcheux que tout cela et votre discours pour la réception de l’épée de François ler fussent imprimés.

Vous aurez reçu dans la journée du 3 ma lettre du 27 mars, qui vous aura fait connaître mes intentions. Savary aura dû vous en dire le fond. J’attends cette nuit votre réponse.

Le général Reille va se rendre immédiatement près de vous. Vous ne devez pas être inquiet sur vos subsistances; tous les couvents sont remplis de vivres.

Je suis fâché que mes généraux se soient enfournés dans les plus belles maisons de Madrid. Ils devaient se cantonner aux portes de la ville ou dans les faubourgs. S’il arrive quelque malheur, ce sera leur faute. La scène arrivée à mes soldats. est très-fâcheuse, et, si je vais à Madrid, je ne pourrai que donner des marques de mon improbation à l’officier qui commandait la caserne. Il y a dans tout cela de la faiblesse. J’attends avec impatience de vos nouvelles.

 

Bordeaux, 9 avril 1808

A M. Daru, intendant général de la Grande Armée

Monsieur Daru, je ne conçois rien à votre dépêche du 9 mars. Il me semble que le sieur Jollivet avait assez bien arrangé les choses ; il fallait le laisser signer; d’autant plus que, ayant calculé sur ce que vous m’aviez dit que le traité était signé , j’avais disposé de 6,500,000 francs. Tout cela traîne en longueur sans raison. Il était bon d’arrêter le principe, mais vous aviez le temps de discuter les détails. Mes troupes resteront le temps nécessaire et ne rentreront que lorsque les 30 millions seront payés; ainsi j’avais bien le temps de me faire payer de 6 millions. La direction que vous avez donnée à cette affaire est très-préjudiciable à mes intérêts. Le sieur Jolivet l’avait mieux terminée.

 

Bordeaux, 9 avril 1808, 8 heures du matin

Au Grand-Duc de Berg, lieutenant de l’Empereur en Espagne, à Madrid

Je reçois votre lettre du 3, à minuit, par laquelle je vois que avez reçu ma lettre du 27 mars. Celle du 30 et Savary, qui doit être arrivé, vous auront fait connaître encore mieux mes intentions. Le général Reille part à l’instant pour se rendre près de vous.

Je vois en général que vous attachez trop d’importance à l’opinion de la ville de Madrid. Je n’ai pas réuni de si grandes armées en Espagne pour suivre les fantaisies de la populace de Madrid. Le principal est que vous soyez bien le maître du roi Charles, qu’il n’ai pas autour de lui des gens importuns, et qu’une bonne division le rassure contre les événements populaires; ensuite qu’il n’y ait aucune intelligence des nouveaux faiseurs avec l’Angleterre, ni aucune tendance à s’en aller; que l’armée ne se constitue pas habitante de Madrid ; que les hôpitaux et les magasins soient resserrés dans les faubourgs; qu’on maintienne une bonne discipline et qu’on ne tienne aucun mauvais propos. On dit que les officiers chassent dans les chasses de l’Escurial : cela serait très-mal fait. Il est à désirer que le prince des Asturies soit à Madrid ou vienne à ma rencontre. Dans ce dernier cas, je l’attendrai à Bayonne. Il serait fâcheux qu’il prit un troisième parti. Savary connaît tous mes projets et a dû vous faire part de mes intentions. Quand on connaît le but où l’on doit marcher, avec un peu de réflexion, les moyens viennent facilement.

Je vous ai fait connaître que je faisais arriver un grand nombre d’officiers en Espagne, et je vous ai autorisé à en nommer. Demandez à l’intendant général de vous faire connaître où sont tous les souliers qu’a envoyés le ministre Dejean et ceux que le maréchal Moncey fait fabriquer. Les états du général Belliard sont toujours inexactes. Il porte à la division des Pyrénées occidentales le 1er régiment provisoire : c’est un régiment de marche ; le 1er régiment provisoire est au corps du maréchal Moncey. Il n’y porte d’ailleurs ni les cinq bataillons des légions de réserve, ni la division Verdier.

 

Bordeaux, 10 avril 1808

A M. Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur Mollien, je vous envoie copie d’une lettre que j’écris au sieur Daru. Je pense qu’il est nécessaire que vous envoyiez un homme du trésor, très-fort, que vous recommanderez à l’intendant général et au receveur général, pour rédiger sur tout cela un travail clair et bien fait. L’objet de sa mission sera de porter une grande surveillance sur le payeur. Les abus de la solde doivent être énormes; il y a au moins 20 millions de trop, ou par la faute du payeur, ou par le grand nombre d’abus qui se sont glissés. Le rapport que vous enverra l’agent du trésor, qui doit être considérable dans cette partie, aura pour but de bien faire connaître tout ce qui était entré, au 1er janvier 1808, dans la caisse des contributions, ou reçu par les administrateurs du pays, ce qui, selon les comptes de l’intendant général, doit se monter à 199 millions avoués par le receveur, et à 22 millions qu’il a dû recevoir depuis, et de constater l’emploi de ces sommes, ce qui doit conduire au résultat de 88 millions disponibles, acquis à la caisse d’amortissement. Cette opération faite, l’agent du trésor assistera, avec l’intendant général, à la formation du budget de 1808, en recettes et en dépenses. Combien le receveur général croit-il recevoir, indépendamment des 222 millions qu’il est censé avoir reçus ? Combien est-il dû encore sur la contribution extraordinaire ? Combien est-il dû au ler avril ? Combien croit-on pouvoir en percevoir dans l’année ? Quels sont les revenus ordinaires présumés de tous les états pour l’année 1808 ? Combien avaient-ils rendu au ler avril ? L’agent du trésor vous répondra sur ces questions. On verra par là les rentrées qu’on peut espérer dans l’année. Les dépenses, en les portant exagérées, ne peuvent dépasser 70 millions.

 

Bordeaux, 10 avril 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre

Je ne conçois pas comment vous n’avez pas pu m’envoyer les vélites que je demandais. Vous m’envoyez des officiers d’ordonnance c’est bien différent; ils porteront dans les corps un faux esprit.

 

Bordeaux, 10 avril 1808, à midi

Au Grand-Duc de Berg, lieutenant de l’Empereur en Espagne, à Madrid

Je reçois votre lettre du 6, à quatre heures après midi. J’y vois que le prince des Asturies s’est rendu à Aranjuez pour de là se rendre Burgos. Il est fâcheux que vous ne soyez pas plus fort à Aranjuez. Si vous aviez là 6,000 hommes d’infanterie, tout serait bien. Mai tout ce que je pourrais dire là-dessus actuellement est inutile.

Savary doit être arrivé le 7, et vous aura fait connaître mes intentions. Reille est parti d’ici hier matin avec des instructions dans le sens de celles de Savary. Je fais partir aujourd’hui Monthion avec de instructions dans le même sens pour Bessières, pour Verdier et pour vous. Mais avant tout il est nécessaire de connaître le parti que prendra le prince des Asturies. S’i1 se rend à Burgos et à Bayonne il aura tenu sa parole. S’il reste à Aranjuez, ou s’il allait à Séville et qu’il eût enlevé le roi Charles, alors cela signifierait qu’il est en pleine disposition hostile. Lorsque le but que je me propose et que vous aura fait connaître Savary sera rempli, vous pourrez déclarer verbalement, et dans toutes les conversations, que moi intention est non-seulement de conserver l’intégrité des provinces et l’indépendance du pays, mais aussi les privilèges de toutes les classes et que j’en prendrai l’engagement ; que j’ai le désir de voir l’Espagne heureuse et dans un système tel que je ne puisse jamais la voir redoutable pour la France.

Le sieur Beauharnais me mande qu’il serait possible que le duc de l’Infantado fût à la tête d’un mouvement à Madrid. Si cela est, vous le réprimerez à coups de canon, et vous en ferez une sévère justice Vous devez vous souvenir des circonstances où, sous mes ordres, vous avez fait la guerre dans de grandes villes. On ne s’engage point dans les rues ; on occupe les maisons des têtes de rues et on établi de bonnes batteries.

Vous devez, dans tous les cas, trouver dans la bonté et l’utilité de mes projets sur l’Espagne des arguments propres à concilier tous les partis. Ceux qui veulent un gouvernement libéral et la régénération de l’Espagne les trouveront dans mon système ; ceux qui craignent le retour de la Reine et du prince de la Paix peuvent être rassurés, puisque ces deux individus seront sans influence et sans crédit. Les grands qui voudront de la considération, et des honneurs, qu’ils n’avaient pas dans l’administration passée, la retrouveront. Les bons Espagnols qui veulent la tranquillité et une bonne administration trouveront ces avantages dans un système qui maintiendra l’intégrité et l’indépendance de la monarchie espagnole.

 

Bordeaux, 11 avril 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, je crois vous avoir donné l’ordre d’envoyer le bataillon de Neuchâtel au Havre. Je désire qu’à mesure que la légion de la Vistule arrivera vous en fassiez passer la revue par un inspecteur, et que vous fassiez mettre sa comptabilité en bon état. Mon intention est que vous placiez son dépôt à Sedan. Vous composerez ce dépôt du fond d’une compagnie de chaque régiment, ce qui fera trois compagnies, et d’une du régiment à cheval, ce qui fera quatre compagnies. Vous mettrez à ce dépôt un quartier-maitre, un conseil d’administration et un major. Les recrues venant de Pologne s’arrêteront là pour être habillées. Vous sentez que cette légion a besoin d’une autre organisation, et que trois régiments d’infanterie de 1,800 hommes chacun et un régiment de cavalerie de 1,2200 hommes ne peuvent rester sous un seul chef. Il faut donc avoir, d’abord , un régiment de lanciers organisé, comme nos régiments de chasseurs, à 4 escadrons de 1250 hommes chacun, plus une compagnie de dépôt de 125 hommes, ce qui ferait un effectif de 11 à 1,200 hommes; secondement, des trois régiments d’infanterie, je prendrai le parti d’en faire un seul, ayant son administration à part et composé de 6 bataillons de 6 compagnies chacun et d’un bataillon de dépôt de 4 compagnies, ce qui ferait 40 compagnies, chacune à l’effectif de 140 hommes. En attendant, vous pouvez placer la cavalerie, immédiatement après en avoir passé la revue, à Paris, le long de l’Eure ou de la Seine, en choisissant les pays où le fourrage est le plus abondant et à meilleur marché, et de manière qu’elle soit à portée de marcher au secours d’un débarquement qui aurait lieu à Cherbourg et au Havre. Jetez-la cependant un peu à gauche, afin que si, après avoir reçu votre rapport, je me décidais à la faire venir en Espagne, il n’y eût aucune fausse marche de faite. Vous cantonnerez l’infanterie dans l’arrondissement de deux ou trois marches de Paris, toujours du côté de la mer, en plaçant chaque régiment dans une localité, pour qu’il puisse s’occuper de son instruction et être à même de marcher où il serait nécessaire. Pendant ce temps, vous méditerez l’organisation de la légion d’après les nouvelles bases que je viens d’indiquer, et, sur la connaissance que vous aurez prise de la situation en hommes et en officiers, vous me présenterez un rapport et un projet de décret.

 

Bordeaux, 12 avril 1808

NOTE POUR M. CRETET, MINISTRE DE L’NTÉRIEUR, A PARIS.

Sa Majesté n’approuve pas les principes énoncés dans la note du ministre (1).

(1) Le ministre de l’intérieur se proposait de faire la réponse suivante à l’abbé Halma, demandant à publier, aux frais de l’État, une continuation de l’Histoire  de France, de Velly, Villaret et Garnier :

“….. Le ministre a consulté à cet égard les hommes les plus éclairés ; ils ont pensé que cette demande ne pouvait être accueillie. Il ne saurait y avoir aucun motif pour faire intervenir le Gouvernement dans cette continuation et en faire une dépense publique… Cette opération ne sort point de la classe des entreprises que le Gouvernement petit laisser à l’industrie particulière, et ses secours doivent être réservés à l’exécution des grands travaux et des collections qui sont au-dessus des forces des simples particuliers” (Note pour Sa Majesté , en date du 6 avril 1808.)

Ils étaient vrais il y a vingt ans, ils le seront dans soixante, mais ils ne le sont pas aujourd’hui. Velly est le seul auteur un peu détaillé qui ait écrit sur l’histoire de France. L’Abrégé chronologique du président Hénault est un bon livre classique. Il est très-utile de les continuer l’un et l’autre. Velly finit à Henri IV, et les autres historiens ne vont pas au delà de Louis XIV. Il est de la plus grand importance de s’assurer de l’esprit dans lequel écriront les continuateurs. La jeunesse ne peut bien juger les faits que d’après la manière dont ils lui sont présentés. La tromper en lui retraçant des souvenirs c’est lui préparer des erreurs pour l’avenir. Sa Majesté a chargé le ministre de la police de veiller à la continuation de Millot; elle désir que les deux ministres se concertent pour faire continuer Velly et le président Hénault. Il faut que ce travail soit confié non-seulement à des auteurs d’un vrai talent, mais encore à des hommes attachés, qui présentent les faits sous leur véritable point de,vue, et qui préparent une instruction saine, en prenant ces historiens au moment où ils s’arrêtent, et en conduisant l’histoire jusqu’en l’an VIII.

Sa Majesté est bien loin de compter la dépense pour quelque chose. Il est même dans son intention que le ministre fasse comprendre qu’il n’est aucun travail qui puisse mériter davantage la protection de l’Empereur.

Il faut faire sentir à chaque ligne les effets de l’influence de la cour de Rome, des billets de confession, de la révocation de l’édit de Nantes, du ridicule mariage de Louis XIV avec madame de Maintenon, etc. Il faut que la faiblesse qui a précipité les Valois du trône, et celle des Bourbons, qui ont laissé échapper de leurs mains les rênes du gouvernement, excitent les mêmes sentiments. On doit être juste envers Henri IV, Louis XIII , Louis XIV, Louis XV, mais sans être adulateur. On doit peindre les massacres de septembre et les horreurs de la Révolution du même pinceau que l’Inquisition et les massacres des Seize. Il faut avoir soin d’éviter toute réaction en parlant de la Révolution. Aucun homme ne pouvait s’y opposer. Le blâme n’appartient ni à ceux qui ont péri, ni à ceux qui ont survécu. Il n’était pas de force individuelle capable de changer les éléments et de prévenir les événements qui naissaient de la nature des choses et des circonstances.

Il faut faire remarquer le désordre perpétuel des finances, le chaos des assemblées provinciales, les prétentions des parlements, le défaut de règle et de ressort dans l’administration, cette France bigarrée, sans unité de lois et d’administration, étant plutôt une réunion de vingt royaumes qu’un seul État; de sorte qu’on respire en arrivant à l’époque où l’on a joui des bienfaits dus à l’unité de lois, d’administration et de territoire. Il faut que la faiblesse constante du gouvernement sous Louis XIV même, sous Louis XV et sous Louis XVI, inspire le besoin de soutenir l’ouvrage nouvellement accompli et la prépondérance acquise. Il faut que le rétablissement du culte et des autels inspire la crainte de l’influence d’un prêtre étranger ou d’un confesseur ambitieux qui pourraient parvenir à détruire le repos de la France.

Il n’y a pas de travail plus important. Chaque passion, chaque parti peut produire de longs écrits pour égarer l’opinion ; mais un ouvrage tel que Velly, tel que 1’Abrégé chronologique du président Hénault, ne doit avoir qu’un seul continuateur. Lorsque cet ouvrage bien fait et écrit dans une bonne direction aura paru, personne n’aura la volonté et la patience d’en faire un autre, surtout quand, loin d’être encouragé par la police, on sera découragé par elle. L’opinion exprimée par le ministre dans sa note, et qui, si elle était suivie, abandonnerait un tel travail à l’industrie particulière et aux spéculations de quelques libraires, n’est pas bonne et ne pourrait produire que des résultats fâcheux.

Quant à l’individu qui se présente, la seule question à examiner consiste à savoir s’il a le talent nécessaire, s’il a un bon esprit, et si l’on peut compter sur les sentiments qui guideraient ses recherches, conduiraient sa plume.

 

Bordeaux, 12 avril 1808  

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

L’empereur de Russie a mis toutes ses escadres à ma disposition. Il est, en conséquence, nécessaire que vous envoyiez un ordre au préfet maritime de Toulon, pour les deux vaisseaux russes qui sont à l’île d’Elbe, de se rendre à Toulon, soit en profitant du passage de l’amiral Ganteaume, s’ils le peuvent, soit en profitant de la première occasion favorable. Vous ne mettrez point de date à votre lettre au commandant de l’escadre russe, et vous laisserez au préfet maritime la faculté de la mettre. Votre ordre sera ainsi conçu :

“Monsieur le Commandant, en conséquence des ordres de S. M. l’Empereur Alexandre, qui met ses escadres à la disposition de S. M. l’Empereur Napoléon, mon auguste maître, Sa Majesté me charge de vous faire connaître que son intention est que vous vous rendiez avec les deux vaisseaux que vous commandez dans le port de Toulon, pour immédiatement vous mettre en état de suivre le mouvement général de ses escadres.”

Vous enverrez le même ordre au commissaire général de la marine à Venise, et vous lui prescrirez d’envoyer un ingénieur à Trieste pour prendre connaissance de la situation des vaisseaux russes qui sont dans ce port, afin que je leur fasse passer les ordres nécessaires. Vous ajouterez qu’il est nécessaire qu’une partie de ces vaisseaux soit toujours en appareillage, afin d’obliger les Anglais ou à abandonner ces mers, ou à y tenir une division; ce qui les affaiblira d’autant sur d’autres points. Vous chargerez l’ingénieur de vous rendre compte de la situation des vaisseaux russes et de ce que je puis en espérer.

 

Bordeaux, 12 avril 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur Decrès, j’ai 10 vaisseaux à Toulon. Je vous réitère de prendre les mesures nécessaires pour que le vaisseau qui est à Gênes soit mis à l’eau dans le plus court délai, ainsi que les deux qui sont à Toulon; ce qui portera le nombre de mes vaisseaux dans ce port à 13, qui, avec les 2 vaisseaux russes de l’île d’Elbe et les 6 vaisseaux espagnols de Mahon, formeront une escadre de 21 vaisseaux de ligne, avec une douzaine de frégates, corvettes ou gros bricks. J’ai à Toulon 2 flûtes de 800 tonneaux, 2 flûtes de 450 et 1 de 350. Le Frontin doit être tenu en bon état; il peut servir comme flûte. Ces 6 flûtes doivent facilement porter 3,500 hommes, et l’escadre dont je viens de parler doit facilement porter 16,000 hommes; ce qui ferait près de 20,000 hommes. Je désire que vous fassiez construire à la Ciotat, à Marseille, etc. , 8 flûtes de 800 tonneaux ou de 450, selon que vous le jugerez plus utile. Celles de 800 tonneaux ont l’avantage d’employer moins de bâtiments; celles de 450 ont l’avantage de n’exiger que des bois d’un petit échantillon et d’être plus faciles à manoeuvrer. Vous me ferez connaître également le nombre de bâtiments suédois, prussiens, portugais, qui sont à Toulon ou à Marseille, appartenant à la marine, et les ressources qu’ils pourraient offrir. S’il y avait quelques flûtes danoises, vous me rendrez compte s’il est convenable de les acheter. Mon intention est d’avoir toujours à Toulon un nombre de flûtes suffisant pour porter 6,000 hommes d’infanterie, 1,000 chevaux et 1,000 hommes avec les chevaux. Je désirerais que, s’il n’y a pas d’inconvénient, il y eût sur chaque flûte des chevaux, et que le nombre des flûtes pour porter ces 7,000 hommes et 1,000 chevaux ne dépassât pas 20. Je compte le Frontin comme flûte, de sorte que 28 à 30,000 hommes et 1,000 chevaux seraient portés sur 50 bâtiments au moins, sur 60 au plus, ce qui ne serait pas un immense convoi. Le transport serait pour une expédition dans la Méditerranée, et demanderait trois mois de vivres et deux mois d’eau pour les chevaux. Faites-moi un mémoire très- sérieux là-dessus. Mon intention est de tenter une grande opération au mois d’octobre, pour laquelle j’ai besoin de 30,000 hommes et de 1,000 chevaux. Activez toutes les constructions de Toulon. Proposez-moi la construction des flûtes que je vous demande. Si je puis les avoir en septembre, bien; sans quoi elles serviront pour l’année prochaine. Proposez-moi un projet d’expédition en septembre avec les moyens actuels, si nous ne pouvons pas compter sur les nouvelles flûtes. Je vois dans ce pays une grande quantité de bâtiments danois qu’on aurait à bon marché, et qui paraissent être de beaux bâtiments.

 

Bordeaux, 12 avril 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur Decrès, j’ai dans ce moment 8 vaisseaux et 2 frégates à Flessingue. Je désire que les travaux d’Anvers soient poussés avec plus grande activité. Je compte les aller voir dans le courant de l’été. Je désirerais mettre à l’eau avant le mois de novembre 2 ou 3 vaisseaux, et, au mois de mars prochain , les autres. Je pourrais donc espérer d’avoir dans la campagne prochaine 18 vaisseaux de guerre dans le temps que les Hollandais en auraient 10. Ces 18 vaisseaux, s’ils étaient toute l’année prochaine sans sortir, pourraient-ils tous entrer à Flessingue ? Il me semble avoir entendu dire que ce port ne pouvait en contenir que 14; mais il doit y avoir moyen d’en placer 3 ou 4 dans un lieu à l’abri des glaces. Il serait en général à désirer que 25 vaisseaux pussent être réunis à Flessingue, puisque les chantiers d’Anvers sont les seuls où nous puissions vraiment construire et que la guerre actuelle peut être longue. En y mettant toute l’activité convenable, nous pouvons en 1810 avoir 27 à 28 vaisseaux dans la rade de Flessingue, accroissement progressif effrayant pour l’Angleterre. Je crois avoir ouï dire qu’il était facile d’augmenter les bassins. J’attends le rapport que vous me ferez là-dessus.

Je ne puis espérer d’avoir à Brest que 6 vaisseaux capables de faire campagne, lesquels ne porteraient que 3,000 hommes. Je pourrais y avoir 6 frégates ou grosses corvettes portant 1,200 homme Je désirerais savoir si l’on ne pourrait pas disposer de 7 ou 8 de nos anciens vaisseaux, qu’on armerait en flûte, qui pourraient porter 7 à 8,000 hommes, et qui seraient capables d’aller en Irlande ou en Amérique. Enfin il y a les flûtes qui sont à Brest.

Puis-je avoir l’année prochaine à Lorient 3 vaisseaux de guerre, à Rochefort 5 ? J’espère en avoir 8 à Cadix, parce que je réunirai à mon escadre 3 vaisseaux espagnols, 4 à Lisbonne, combinés avec flotte russe, 15 à Toulon et 3 à Ancône ; ce qui me ferait 64 vaisseaux de guerre français. J’aurai de plus 25 vaisseaux espagnols, 12 russes et 10 hollandais, total 111 vaisseaux de guerre; situation qui ne laisserait pas de donner lieu à toute espèce de combinaisons, surtout appuyés à la flottille. L’Irlande, les possessions d’Amérique, Surinam, le Brésil, Alger, Tunis, l’Égypte, la Sicile, sont des points vulnérables. Mais le port où il faut construire avec le plus d’activité, c’est Anvers,

Pourquoi n’y a-t-il pas un autre vaisseau à Gênes ? Si le local vous paraît défavorable, faites-le mettre à Sestri ou à la Spezia.

 

Bordeaux, 12 avril 1808

NOTES POUR M. LE COLONEL LACOSTE, AIDE DE CAMP DE L’EMPEREUR , EN MISSION

Qu’est-ce qu’on me construit de frégates à Bayonne ? Quelle est la plus grosse frégate qu’on ait construite ? Combien y a-t-il de pieds cubes de bois en magasin ou sur les chantiers ? Combien peut-on s’en procurer par an ? Combien y a-t-il d’eau dans la rade ? A quelle distance de la côte peut mouiller un vaisseau de 74 ? Est-il là sur un bon fond, à l’abri du mauvais temps ? Combien la marée monte-t-elle en vive eau à l’équinoxe sur la barre ? Si, au lieu où l’on construit une frégate, on construisait un vaisseau de 74, combien faudrait-il l’alléger pour le faire passer sur la barre aux plus vives eaux du printemps ? Qu’est-ce qui empêche de faire cet allégement par le moyen d’un chameau ? Prendre les mêmes renseignements sur le port du Passage.

 

Bordeaux, 12 avril 1808, à midi

Au Grand-Duc de Berg, lieutenant de l’Empereur en Espagne, à Madrid

Je reçois votre lettre du 7 à minuit. Je pars à l’instant pour Bayonne, où je recevrai vos lettres des 9, 10, 11 et du 12. J’ai vu avec plaisir que Savary était arrivé. Mes instructions étaient absolument conformes à ce que vous vouliez entreprendre. J’attends d’apprendre que le roi Charles soit entièrement en sûreté et arrivé à l’Escurial. J’espère que Reille est arrivé à cette heure, puisqu’il est parti le 9 au matin d’ici. Ainsi vous serez parfaitement éclairé sur le parti que vous avez à prendre. Vous avez vingt fois plus de troupes qu’il ne vous faut pour mettre à la raison quiconque ne marcherait pas droit.

Je viens de passer la revue des 10e et 22e de chasseurs et d’autre corps qui font partie de la division Lasalle. J’ai passé la revue de plusieurs régiments provisoires, qui sont très-beaux. Quand je jugerai le moment arrivé, j’arriverai à Madrid comme une bombe. Mai remplissez le but que je me propose et que vous aura fait connaître le général Reille.

 

Bordeaux, 12 avril 1808

DÉCISION

M. Mollien, ministre du trésor public, expose que M. de Champagny, ministre des relations extérieures, prétend appliquer à des dépenses antérieures à l’an VIII une somme allouée seulement pour des dépenses de l’an IX à l’an XIII. M. Mollien ne croit pas pouvoir consentir à cette mesure sans l’autorisation spéciale de l’Empereur. Le ministre du trésor a raison, il faut ne rien payer que sur 1es exercices courants.

 

Bordeaux, 13 avril 1808

Au prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée

Mon Cousin, répondez au prince de Ponte-Corvo que vous avez mis sa lettre sous mes yeux; que je ne suis pas étonné de tout ce qui est arrivé, et que c’est parce que je l’avais prévu que j’avais ordonné que la première colonne qu’on ferait passer en Seeland serait une colonne espagnole; qu’il faut donner à la Seeland tous les secours qui sont en notre pouvoir, y faire passer deux régiment espagnols et tous les officiers d’artillerie, du génie et d’état-major dont pourrait avoir besoin le roi de Danemark; qu’il doit se servir des Espagnols pour la défense des îles ; que lui, prince de Ponte-Corvo, doit prendre le commandement général du Holstein , et veiller, avec les deux divisions espagnoles, une division hollandaise et la division française, non-seulement à la garde du Holstein, mais aussi à la défense des villes hanséatiques et de Cuxhaven; qu’une division hollandaise est nécessaire pour défendre l’île de Walcheren, Flessingen et le Texel, où nous avons des escadres considérables. En résumé le prince de Ponte-Corvo doit faire passer deux régiments espagnols en Seeland, avec tous les officiers d’état-major, d’artillerie et du génie, que peut désirer le roi de Danemark; tenir réunies la division francaise et une division hollandaise, l’une dans le Holstein, et l’autre dans les villes hanséatiques; dès que le mois de juin sera arrivé , faire camper toutes les troupes françaises par division dans des lieux très-sains, afin d’entretenir la discipline et les tenir toujours en haleine; disperser la cavalerie pour la défense des côtes; disperser les Espagnols dans les îles pour la défense de la Fionie et des autres points ; tenir la seconde division hollandaise réunie et prête à retourner en Hollande, où les Anglais pourraient bien tenter quelque chose s’ils s’aperçoivent qu’elle est dégarnie. Je ne crois pas que, du reste, les Anglais entreprennent rien contre les Danois , chez lesquels ils n’ont rien à faire. Le roi de Danemark a 18 ou 20,000 hommes de troupes en Seeland. Il faut, d’ailleurs, lui renvoyer tous les Danois qui seraient sur le continent.

Vous ferez connaître au prince de Ponte-Corvo que les troupes espagnoles méritent quelque surveillance; qu’il est nécessaire de les isoler, de manière que, dans aucun cas, elles ne puissent rien faire; que le prince des Asturies est monté sur le trône, que le roi Charles a protesté et s’est rendu à l’Escurial; que, dans cette situation des choses, 50,000 Français sont à Madrid , 30,000 en Catalogne, 30,000 à Burgos et 30,000 en Portugal ; que l’Empereur part pour se rendre à Bayonne, et que vous lui écrirez lorsqu’il y aura quelque chose de plus décidé. En attendant, il peut en causer avec le général de la Romana, et lui dire que je désire l’avantage de l’Espagne et relever ce pays de manière qu’il soit utile à la cause commune contre l’Angleterre. Il m’expédiera un officier qui viendra me joindre partout où je me trouverai, tant pour me porter des nouvelles de ce qui se passe dans le Nord que pour rapporter des nouvelles de ce qui se sera passé ici. Il doit se concerter avec le roi de Hollande pour que, dans tout événement extraordinaire, il puisse lui porter des secours. A cet effet, il faut que son quartier général soit central au milieu du Holstein, à portée de Copenhague, d’Amsterdam et de Hambourg.

 

Mont-de-Marsan, 13 avril 1808, 10 heures du soir

Au Grand-Duc de Berg, lieutenant de l’Empereur en Espagne, à Madrid

Je reçois vos lettres du 8 et du 9. Vos lettres ne sont pas assez claires. Vous me dites que le roi Charles est à l’Escurial, et vous ne me dites pas comment il y est arrivé, comment il y est gardé, et quelle sensation cela a fait sur les meneurs de Madrid. En général , il faut toujours faire une exposition claire et franche des choses.

Il ne faut pas chercher ni espérer d’obtenir un grand succès d’opinion, mais se tenir dans une excellente position militaire. Reille, qui doit être arrivé depuis longtemps, vous aura dit tout ce que je pense là-dessus. Monthion a dû vous arriver depuis. Je serai demain à Bayonne.

 

Mont-de-Marsan, 13 avril 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures

Monsieur de Champagny, vous trouverez ci-joint les dépêches qui étaient pour vous dans les deux estafettes. J’ai ouvert les dépêches adressées au cardinal Caprara. Il n’y a rien. C’est une nouvelle preuve de l’extravagance de ce pauvre pape.

Je pense qu’il serait convenable que vous écriviez à M. de Beauharnais de se rendre à Bayonne en voyageant, jour et nuit, de manière à y arriver le plus tôt possible. Mon projet est d’arriver demain à Bayonne, sur les 8 ou 9 heures du soir, pour ne voir personne qu’après-demain. Il est nécessaire que vous donniez des ordres pour qu’on ne laisse passer aucun courrier et que vous fassiez venir le directeur des postes, afin de vous assurer qu’il n’y a pas d’autres lettres que pour les généraux français

 

Mont-de-Marsan, 13 avril 1808, 10 heures du soir

Au maréchal Bessières, commandant la Garde, etc. à Burgos

Mon Cousin, j’arriverai demain à Bayonne. Vous aurez du voir Reille et l’adjudant-commandant Monthion à leur passage; ils vous auront fait connaître la nécessité de vous tenir en règle, vos troupes bien reposées et en situation d’exécuter, en tout état de choses, ce qu’ils vous auront fait connaître être mon intention.

Le général Savary a dû passer, venant de Madrid, puisqu’il en est parti le 10, et le prince des Asturies avec plusieurs grands d’Espagne a dû dépasser Burgos. Vous devez en instruire le grand-duc de Berg, et vous devez savoir à quoi vous en tenir sur tout , puisque je suis toujours dans la même intention qui vous a été manifestée par le général Reille.

—————–

P.S. Écrivez au général Verdier et au général commandant à Pampelune de se tenir en mesure, comme doivent se trouver tous militaires. Prenez vos mesures pour avoir le moins d’hommes isolés et de convois.

 

Bayonne, 15 avril 1808,

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon fils, je suis ici depuis hier. L’infant don Carlos est venu ici pour attraper la rougeole, de manière que je n’ai pas pu le voir. J’attends le roi Charles et le prince des Asturies. Ma santé est fort bonne, 1’Impératrice est restée à Bordeaux.

 

Bayonne, 15 avril 1808

A M. Cretet, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur Cretet, je désire encourager le commerce des places maritimes avec les colonies françaises et espagnoles, rendre de l’activité à nos ports, faire arriver en France des denrées coloniales, et aux colonies les deux objets de première nécessité pour elles, c’est-à-dire le pain et le vin. Voici le mode que j’ai jugé le plus convenable pour obtenir ces résultats. Je désirerais qu’il se formât à Bordeaux, la Rochelle, Nantes, Saint-Malo, Granville et le Havre, des compagnies dont les actions seraient de 5, de 10 ou de 15,000 francs, et qui feraient des expéditions soit avec des bâtiments tout construits, soit avec des bâtiments que l’on construirait à cet effet, les uns et les autres bons marcheurs et de 150 à 300 tonneaux. Leurs cargaisons seraient composées ainsi que la compagnie le jugerait à propos. Pour former de telles compagnies l’emploi de mon autorité est inutile; mais voici comment elle peut intervenir, et quels sont les encouragements que je veux donner : 1° je prendrai, pour chaque armement, le tiers des actions; 2°  la marine payera, sur chaque bâtiment, le passage de 10 à 20 conscrits, qui iront renforcer les corps qui sont aux colonies, et qui renforceront en même temps l’équipage des bâtiments pour le service des canons qu’ils auront, afin de n’avoir rien à craindre des petits corsaires ; 3° la marine prendra depuis 20 jusqu’à 50 tonneaux de chaque chargement; elle les emploiera à envoyer des farines ou des objets d’artillerie. Elle payera le fret au moment du départ, de sorte que, si le bâtiment est pris, elle perdra sa marchandise et le fret qu’elle aura payé. La proportion des tonneaux que prendra la marine ne pourra excéder le sixième du tonnage de ces bâtiments. Ces encouragements sont tels que j’ai lieu d’espérer qu’ils engageront à faire beaucoup d’expéditions. La chambre de commerce de Bordeaux, à qui j’ai parlé de ce projet, va créer des actions pour deux millions, et chercher dans son port ou faire construire dans ses chantiers quinze goélettes capables de porter 3 ou 4,000 tonneaux ; elle les expédiera pour la Guadeloupe, la Martinique et Cayenne. Il est bien entendu que les expéditions ne partiront que dans le temps des longues nuits, qu’on les préparera pendant l’été, et qu’elles ne mettront à la voile qu’à la fin de septembre ou au commencement d’octobre, pour être de retour avant la fin de mars. Je pense que la Rochelle, Saint-Malo et Granville pourront expédier chacun trois bâtiments; Nantes et le Havre, chacun cinq ; ce qui fera une trentaine de bâtiments, ou 6 à 7,000 tonneaux , et une valeur d’armement de quatre à cinq millions. Il est probable que je ne perdrai rien à cette opération, puisque je m’intéresserai à tous ces armements. Si la moitié seulement des navires réussissait et rentrait dans les ports, je retrouverais les capitaux que j’y aurais mis. Pour les expéditions à faire au Havre, parlez à Begouen; lui et Foache peuvent se mettre à la tête de cette opération. Écrivez aussi aux négociants les plus accrédités de Nantes, de la Rochelle, de Saint-Malo et de Granville. Ayez soin de leur recommander le secret. Engagez-les à mettre en construction de bons marcheurs, s’ils n’en ont pas. On peut porter l’opération jusqu’à soixante bâtiments, c’est-à-dire 12,000 tonneaux, s’il y a des facilités pour cela. Il est bien entendu que je ne veux être pour rien dans la direction et l’administration de ces expéditions. Conférez avec le ministre de la marine, afin qu’il sache ce qu’il peut donner en chargement dans les différents ports. Il expédiera probablement du vin et des farines, de Bordeaux; des ancres et des objets d’artillerie, du Havre, etc. Je n’ai nommé ni Anvers ni Dunkerque, qui me paraissent trop immédiatement sous le canon de l’Angleterre.

 

Bayonne, 15 avril 1808

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant de l’Empereur en Espagne, à Madrid

Je reçois votre lettre du 11 avril à onze heures du soir. Le général Reille doit être arrivé. Le prince des Asturies était le 14 à Vittoria, Monthion, que je vous ai expédié, l’ayant rencontré, l’a vu ; il était douteux s’il se rendrait ou non à Tolosa. Cependant il devait s’y rendre samedi. Laissez à Bessières les fusiliers de la Garde. Reposez bien vos troupes. Demain je vous expédierai un officier. Savary est ici depuis hier.

La division du général Lasalle, ayant plusieurs régiments de très belle cavalerie, va arriver ici. Vous connaissez mes intentions ; elles sont immuables. Il est inutile que j’entre dans d’autres détails.

Je vois avec plaisir qu’à mon arrivée il n’y aura plus de gale, que les différents détachements seront réunis , et que vous aurez vos vivres assurés pour deux mois.

J’ai ici 100 caissons chargés de munitions à canon et d’infanterie; je les ferai escorter par la division Lasalle et 4,000 hommes d’infanterie.

J’ai ici réunis 500 mulets embrigadés; on va les charger de cartouches, et les faire partir à fur et mesure.

Il parait que vous avez à Madrid beaucoup de fusils ; vous devez vous en servir pour armer vos troupes, ainsi que des munitions que vous avez à Ségovie.

Il faut que vous teniez en règle votre magasin de deux millions de cartouches à Madrid, afin que vous puissiez en distribuer cinquante à chaque homme.

S’il y avait des mouvements en Espagne, ils ressembleraient à ceux que nous avons vus en Égypte. Ainsi donc il faut tenir vos troupes réunies, et faire marcher les convois en grande force.

Je vous ai fait connaître que les points importants étaient Aranda, Buitrago, où il fallait avoir des magasins de cartouches et de vivres.

J’ai appris avec plaisir que les officiers se tenaient resserrés dans les mêmes quartiers et bien en mesure. Tenez la main à ce qu’aucun homme isolé ne marche, et réitérez l’ordre à Aranda qu’on les retienne tous et qu’on ne les fasse marcher que par colonne de 500 hommes. Vous ne sauriez trop veiller à cela.

 

Bayonne, 15 avril 1808

A Joseph Napoléon, roi de Naples, à Naples

J’ai reçu votre lettre, celles de la reine de Naples, de Charlotte et de Zénaïde.

Vous ne me parlez plus de l’amiral Ganteaume. Il y a cependant longtemps qu’il a dû partir. Il est vrai que les vents du nord-est règnent dans cette saison.

Je suis à Bayonne depuis hier. L’infant don Carlos y est aussi. Je n’ai pas pu le voir, ce prince étant tombé malade la veille de mon arrivée. J’attends le prince des Asturies, qui a pris le nom de Ferdinand VII ; il est sur la frontière. J’attends aussi l’infortuné Charles IV et la reine.

Le grand-duc de Berg est à Madrid. Le général Dupont est à Tolède.

J’ai des divisions à l’Escurial et à Aranjuez.

 

Bayonne, 16 avril 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur Decrès, j’ai vu en grand détail le port de Bayonne. Les vaisseaux de 74, comme ceux d’Anvers, pourraient y être construits et conduits jusqu’à la barre. Le passage de la barre dépendrait des événements. Il y a des exemples de vaisseaux suédois, tirant 18 pieds d’eau, qui y ont passé : cette barre est très-mobile. Cependant, s’il était possible d’alléger le vaisseau avec un chameau, le passage serait facile. Il peut y avoir de l’avantage à ces constructions, puisque les bois ne peuvent être transportés à Rochefort. Mais cela est, d’ailleurs, une circonstance très-secondaire. Je désire que vous me fassiez un rapport là-dessus. Je ne sais par quelle bizarrerie les travaux du port sont dans les mains des ingénieurs militaires, que cela ne regarde pas. Je ne pense pas qu’il soit de mon honneur d’abandonner les grands travaux qu’on a faits depuis quatre-vingts ans, lorsque avec une somme de 4 à 500,000 francs je puis me promettre de grands avantages de ces travaux. Jusqu’où le prolongement des jetées doit-il être fait ? Cela détruira-t-il la barre ?

J’ai trouvé à Bayonne deux gabares de 2 à 300 tonneaux, tirant 12 pieds d’eau, chargées. Elles ne trouvent pas tous les jours la facilité de sortir. Rien n’est plus mal entendu que ce service, et, en jetant un coup d’oeil sur ces détails, je ne suis pas étonné que la marine me dépense cent millions et que rien ne réussisse dans mes arsenaux. La Moselle est une gabare de 2 à 300 tonneaux; elle porte 3,200 pieds cubes de bois, et fait un voyage par an de Bayonne à la Rochelle.

Ainsi donc, pour avoir 3,200 pieds cubes de bois, qui valent 12,000 francs, transportés de Bayonne à Rochefort, j’entretiens un bâtiment qui, en agrès, réparations, me coûte au moins 3,000 francs par an, qui exige quatre officiers et cent seize marins, qui doivent me coûter au moins 80,000 francs pour vivres, solde et habillement. Pour avoir donc 3,200 pieds cubes de bois, je dépense 83,000 francs par an, c’est-à-dire 24 francs par pied cube, et je n’ai pas même la consolation de former des marins, car ces bâtiments, comme vous voyez, ne naviguent pas et ne font qu’un voyage par an. A cette perte il faut ajouter que les 100,000 pieds cubes de bois que produisent le bassin de l’Adour et les Landes ne trouvent point d’écoulement par les mauvais moyens qu’on prend. Si, au lieu de cela, on laissait les gabares désarmées dans le port de Rochefort, afin d’être employées en temps de paix pour le service des colonies, et qu’on se servît des alléges de Nantes, qui ne tirent que 7 à 8 pieds d’eau, on transporterait le quadruple de bois. Enfin on transporterait la quantité qu’on voudrait par les caboteurs, même les bois longs, de Bayonne à Rochefort, en leur donnant une légère indemnité. J’ai remarqué qu’il
avait sur ces gabares d’anciens matelots; leurs équipages suffiraient pour armer un vaisseau. Quand j’ai évalué 83,000 francs la dépense que me coûtent ces gabares, je n’ai pas calculé le danger qu’elle courent d’être prises. L’année passée, j’en ai perdu trois. Je n’ai pas compté non plus le renouvellement des agrès, coûtant 150,000 francs qui, étant usés en dix ans, forment encore 15,000 francs. Mais, dira-t-on, on faisait cela en 1782 : sans doute; mais les circonstances étaient bien différentes ; on était en paix , on sortait comme on voulait. Quand on voit ces bâtiments, il n’y a qu’une seule chose qui reste, c’est l’idée qu’ils puissent faire un voyage sans être pris. De Bayonne à Rochefort ils n’ont pas de protection. Ils sont énormes , marchent d’autant plus mal qu’on y a mis des pièces de 6 au lieu de pièces de 4. Ils marchent mal, parce qu’ils sont mal construits, parce qu’ils n’ont pas assez de bau. Les marins sont toujours étonnés qu’on ne construise pas les gabares sur le modèle de la Lionne, qui sert d’amiral à Rochefort. Elle portait 6,000 pieds cubes de bois au lieu de 3,000, tirait 6 pieds d’eau, et marchait comme une frégate. En général, je vois que dans tous les ports on fait les mêmes plaintes. Les bâtiments se comportent mal à la mer, parce qu’ils n’ont pas assez de bau. Je demande que les ingénieurs mettent leurs plans dans leur poche, et que l’on construise des gabares sur le modèle de la Lionne; qu’elles soient réservées pour le Nord, et pour s’en servir en temps de paix, et pour des ports où il n’y a pas de barre ; que les transports de Bayonne à Rochefort surtout ne se fassent que par des alléges comme celles de Nantes, tirant 7 à 8 pieds d’eau, ayant peu d’équipage et portant une grande quantité de bois ; et qu’enfin on livre, s’il le faut, ces transports à l’industrie particulière.

Le port de Bayonne n’est presque jamais bloqué. Des corvettes et des avisos pourraient en partir pour les îles sans danger; cependant il n’y en a pas un. Il devrait toujours y avoir trois ou quatre corvettes ou bricks pour expédier des troupes et des avis aux colonies.

De là j’ai été à l’arsenal; j’y ai vu une assez grande quantité de bois, et ce qu’on avait fait de deux vaisseaux de guerre. Les pièces du Vénitien sont prêtes depuis un an. J’ai vu en construction deux très-muvaises gabares, à la place desquelles on aurait pu mettre deux frégates ou au moins deux corvettes ou bricks, qui, sortant de Bayonne et ayant les ports d’Espagne pour refuge, pourraient croiser avec succès ou se porter partout où il serait nécessaire. J’ai vu 15 à 20,000 pieds cubes de bois pourri, parce qu’il est là depuis un temps immémorial, Il faut achever ces deux mauvaises gabares ou les ôter du chantier, et mettre deux corvettes tirant 11 ou 12 pieds d’eau, et quatre ou cinq bricks, qu’on pourra facilement mettre en armement pour voyager aux colonies. Il serait aussi à propos d’y construire deux frégates pour utiliser ces bois qui coûtent si cher à transporter, et qui, ne l’étant pas, se pourrissent.

Le commerce de Bayonne demande, avec raison, que son cabotage avec le Portugal soit protégé. Si ce cabotage était protégé au passage des trois caps, il irait alimenter le Portugal en vins et en blés, et rapporterait en retour des sucres et autres denrées à Bayonne. Je désire donc que vous chargiez un capitaine de frégate intelligent de se rendre à Bayonne; que vous mettiez sous ses ordres quatre ou cinq bâtiments d’une force supérieure aux péniches et goélettes , avec lesquels il ira prendre station pour favoriser le passage des caps de Bayonne à Lisbonne. Cet officier pourrait prendre langue à Bayonne, aller visiter les lieux par terre, et revenir prendre le commandement de ces bâtiments. Vous pourriez, pendant ce temps, lui préparer son armement à Bordeaux, Bayonne ou Rochefort. Vous devez sentir l’immense avantage qui résulterait pour la France et pour le Portugal de cet établissement de cabotage. Si l’on peut tenir des frégates sur les points où le cabotage peut être protégé, il faut y en diriger trois, en attachant à chaque frégate un brick et trois ou quatre péniches. Je crois vous avoir écrit que le cabotage de Bordeaux ne dépendait que du passage des caps, où il avait besoin d’être protégé. Je dois ajouter qu’il faut à l’embouchure de la Gironde deux frégates et deux bricks, qui feraient une division de quatre bâtiments de guerre, commandés par un officier qui aurait l’autorisation de les faire sortir quand il le jugerait nécessaire. Cela aurait l’avantage de maintenir libre l’embouchure de la Gironde et de favoriser le commerce. Avec l’argent que coûte le transport des bois de Bayonne à Rochefort, on en aurait une grande quantité dans la Garonne, et on approvisionnerait Rochefort comme on voudrait.

La marine a beaucoup de choses à faire. Il faut tout voir par vous même, et raisonner dans le sens de notre situation. On pourrait avoir de grandes économies, faire beaucoup de travaux, et donner du soulagement au commerce.

 

Bayonne, 16 avril 1808

NOTES POUR LE PRINCE DE NEUCHATEL, MAJOR GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMÉE

Demander un mémoire sur les trois provinces de la Biscaye. Qui est le capitaine général ? où se tient-il ? Quels sont les commandants sous ses ordres ? où se tiennent-ils ? Quelle est l’organisation civile ce pays ? Où est l’intendant général ? qui est-il ? Ses subdélégués ? se tiennent-ils ? L’organisation des états ? ou s’assemblent-ils ? leur nombre ? lorsqu’ils ne sont pas réunis, qui les représente ? Où se tient la députation ?

Recommander au général Verdier de ne point laisser isolé aucun détachement, infanterie ou cavalerie; de s’organiser bien fortement à Vitoria avec sa 1e brigade, d’où pourront, au besoin, partir des colonnes mobiles. Sa 2e brigade viendra prendre de suite position à Hernani, où, au besoin, elle pourra être renforcée d’une partie de la garnison de Saint-Sébastien. Il laissera seulement au poste un gendarme et deux hommes de cavalerie sous la responsabilité de l’alcade, pour lui prêter main-forte ainsi qu’aux maîtres de poste, et avoir la police des hommes isolés. On fera comprendre au gouverneur général de la province et aux alcades que ces hommes ne sont que pour protéger et avoir la police sur les derrières.

A M. le maréchal Bessières : que les seuls points où il doit avoir des Français sont Vitoria, Aranda, Burgos et Hernani; qu’il placera des détachements avec quinze jours de vivres dans les postes (tels Pancorbo) à l’abri d’un coup de main; qu’il concentrera toutes troupes ; qu’il retirera les hommes de l’hôpital de Valladolid pour porter sur ceux de Burgos, Aranda, etc., à l’exception d’une centaine qu’on ne pourrait transporter, et qu’on y laissera sous la responsablité espagnole; qu’à Valladolid continuera à rester le commandant de la place avec 12 hommes et un piquet de cavalerie (lui recommander les hommes isolés, surtout de la Garde impériale) ; qu’à Burgos se porteront ceux depuis Vitoria à Burgos ; à Madrid, tous ceux depuis Lerma à Madrid. Que l’Empereur approuve la nomination du général Frère au commandement de la division à Aranda, poste important et qu’il faut garder soigneusement. Réunir sous ses ordres les divers bataillons de marche. Avoir au moins à Aranda 1,200 hommes d’infanterie, 5 à 600 hommes de cavalerie et quatre pièces de canon de la division Merle.

Que le général Verdier continuera à être sous les ordres du maréchal Bessières, mais ayant la police de la province de Biscaye, composée de Guipuzcoa, Alava et Biscaye proprement dite; il n’y a que la seule place de Saint-Sébastien. Que le général Verdier prenne connaissance de l’organisation de la province, des hommes en place ou qui ont de l’influence, afin d’agir au besoin en conséquence. Sa le brigade, à Vitoria; sa 2e, à Hernani, comme il a été dit. Faire connaître ces dispositions au maréchal Bessières.

C’est le moyen d’être partout, puisque en deux marches on peut se porter sur tous les points avec des forces imposantes. Point de garnisons; point de petits paquets. Quant au chemin d’Aranda à Madrid, il y aura le point de Buitrago, où sont des magasins et un hôpital ; le grand-duc y tiendra 1,000 hommes en infanterie et cavalerie avec deux pièces de canon pour tenir les communications.

Les hôpitaux à Saint-Sébastien, Burgos, Aranda et Vitoria; aucun homme souffert entre ces points; les soldats isolés seront sur-le-champ dirigés sur le plus près. Rendre les généraux responsables des hommes isolés, les retenir dans les corps et les y mettre en subsistance.

Que le maréchal Bessières, les généraux Verdier et Frère se portent sur le pays ou village qui pourrait s’insurger ou qui aura maltraité des soldats et des courriers; y faire un grand exemple. Une fois dans une campagne un terrible exemple, comme j’ai fait à Bignasco en Italie, suffira.

Le maréchal Bessières jugera s’il ne serait pas à propos de réunir les escadrons provisoires dans les quatre régiments provisoires. Ces escadrons, mal organisés, rendent peu de services, d’autant que 1,000 hommes du général Lasalle arrivent à Bayonne. L’intention de l’Empereur est que le maréchal Bessières ait le commandement des trois provinces, Navarre, Biscaye et Vieille-Castille. Dans la province de la Navarre, il y a le général d’Agoult avec sa brigade; on tiendra bonne garnison dans la citadelle de Pampelune, qui, dominant la ville, en rend toujours maître; dans celle de la Biscaye, le
général Thouvenot est chargé de Saint-Sébastien.

Tous les hommes isolés seront retenus à Bayonne. Après trois jours de repos, avec des cartouches et bien armés, ces hommes seront dirigés sur Saint-Sébastien, de manière à porter les bataillons de la réserve à 1,000 hommes chacun, et avoir une colonne mobile, commandée par le colonel Pepin, de 1,200 hommes d’infanterie, 50 hommes de cavalerie et quatre pièces de canon.

A Hernani, la 2e brigade du général Verdier, composée du 3e escadron de marche des cuirassiers, du 13e provisoire d’infanterie et de trois pièces de canon. A la tête de cette colonne sera le général Ducos, qui partira de Bayonne le 18; le 17, au soir, le major général prendra là-dessus mes ordres. Cette brigade sera renforcée du 14e régiment provisoire (qui doit arriver le 14 à Bayonne, y rester un jour et prendre mes ordres avant le départ), et d’une compagnie de 100 Basques, s’il est possible de la former. Le général Verdier, avec sa 1e brigade et douze pièces de canon, 3 à 400 hommes de cavalerie qui forment à présent les postes dans les relais depuis Irun, se tiendra à Vitoria; sa 2e brigade, ainsi que la garnison de Saint-Sébastien, sera spécialement chargée de la Biscaye.

Enfin M. le maréchal Bessières se tiendra à Burgos avec les deux régiments de fusiliers de la Garde, huit pièces de canon de la Garde, la 1e brigade du général Merle avec huit pièces de cette division, le 1er régiment de marche, la brigade Gaulois. Toute la cavalerie de la Garde, entre Vitoria et Burgos. Enfin le général Frère se tiendra à Lerma avec trois bataillons de marche, différents escadrons de marche et les quatre régiments de marche du général Lagrange. Le maréchal Bessières est maître d’établir des troupes dans ces quatre points, Hernani, Burgos, Aranda et Vitoria ; il n’y aura point de Français ailleurs, à l’exception d’un poste à l’abri d’un coup de main, que l’on pourra occuper. On pourra laisser quelques capitaines ou lieutenants pour commander les points importants, avec ordre de se replier vers la masse en cas d’insurrection générale.

On fera connaître à M. le maréchal Bessières et au général Verdier que j’irai en Espagne à la tête de la division Lasalle, composée de quelques milliers d’hommes. On laissera les chevaux aux relais. Dans tous les pays quelconques, en tenant les principales villes ou postes, on les contient facilement, en ayant sous sa main les évêques, les magistrats, les principaux propriétaires, qui sont intéressés à maintenir l’ordre sous leur responsabilité.

Au maréchal Bessières : tenir à Madrid des corps nombreux de la Garde; c’est là que les événements se passeront. C’est là le centre des Espagnols. Autour de cette capitale se trouvent les grandes plaines.

Dépôts de cartouches à Burgos, Aranda, Vitoria et Buitralo, et y faire venir des vivres et du biscuit. 300,000 rations de biscuit à Vitoria, autant à Burgos, Aranda et Buitrago. Ces mesures doivent s’exécuter sous dix jours, par gradation et sans secousses , rien n’est pressé; mais cependant plus tôt si des insurrections se manifestaient.

 

Bayonne, 16 avril 1808

A Ferdinand, prince des Asturies, à Vitoria

Mon Frère, j’ai reçu la lettre de Votre Altesse Royale. Elle doit avoir acquis la preuve, dans les papiers qu’elle a eus du Roi son père, de l’intérêt que je lui ai toujours porté. Elle me permettra, dans la circonstance actuelle, de lui parler avec franchise et loyauté. En arrivant à Madrid, j’espérais porter mon illustre ami à quelques réformes nécessaires dans ses États et à donner quelque satisfaction à l’opinion publique. Le renvoi du prince de la Paix me paraissait nécessaire pour son bonheur et celui de ses sujets. Les affaires du Nord ont retardé mon voyage. Les événements d’Aranjuez ont eu lieu. Je ne suis point juge de ce qui s’est passé et de la conduite du prince de la Paix; mais ce que je sais bien, c’est qu’il est dangereux pour les rois d’accoutumer les peuples à répandre du sang et à se faire justice eux-mêmes ; je prie Dieu que Votre Altesse Royale n’en fasse pas elle-même un jour l’expérience. Il n’est pas de l’intérêt de l’Espagne de faire du mal à un prince qui a épousé une princesse du sang royal et qui a si longtemps régi le royaume. Il n’a plus d’amis : Votre Altesse n’en aura plus, si jamais elle est malheureuse. Les peuples se vengent volontiers des hommages qu’ils nous rendent. Comment, d’ailleurs, pourrait-on faire le procès au prince de la Paix sans le faire à la Reine et au Roi votre père ? Ce procès alimentera les haines et les passions factieuses : le résultat en sera funeste pour votre couronne. Votre Altesse Royale n’y a de droits que ceux que lui a transmis sa mère; si le procès la déshonore, Votre Altesse déchire par là ses droits. Qu’elle ferme l’oreille à des conseils faibles et perfides. Elle n’a pas le droit de juger le prince de la Paix; ses crimes, si on lui en reproche, se perdent dans les droits du trône. J’ai souvent manifesté le désir que le prince de la Paix fût éloigné des affaires ; l’amitié du roi Charles m’a porté souvent à me taire et à détourner les yeux des faiblesses de son attachement. Misérables hommes que nous sommes ! faiblesse et erreur, c’est notre devise ! Mais tout cela peut se concilier. Que le prince de la Paix soit exilé d’Espagne, et je lui offre un refuge en France. Quant à l’abdication de Charles IV, elle a eu lieu dans un moment où mes armées couvraient les Espagnes, et, aux yeux de l’Europe et de la postérité, je paraîtrais n’avoir envoyé tant de troupes que pour précipiter du trône mon allié et mon ami. Comme souverain voisin, il m’est permis de vouloir connaître, avant de reconnaître cette abdication. Je le dis à Votre Altesse Royale, aux Espagnols, au monde entier : Si l’abdication du roi Charles est de pur mouvement, s’il n’y a pas été forcé par l’insurrection et l’émeute d’Aranjuez, je ne fais aucune difficulté de l’admettre, et je reconnais Votre Altesse Royale comme roi d’Espagne. Je désire donc causer avec elle sur cet objet. La circonspection que je porte depuis un mois dans ces affaires doit lui être garant de l’appui qu’elle trouvera en moi , si, à son tour, des factions de quelque nature qu’elles soient venaient à l’inquiéter sur son trône. Quand le roi Charles me fit part de l’événement du mois d’octobre dernier, j’en fus douloureusement affecté, et je pense avoir contribué, par les insinuations que j’ai faites, à la bonne issue de l’affaire de l’Escurial. Votre Altesse Royale avait bien des torts, je n’en veux pour preuve que la lettre qu’elle m’a écrite, et que j’ai toujours voulu ignorer. Roi à son tour, elle saura combien les droits du trône sont sacrés : toute démarche près d’un souverain étranger de la part d’un prince héréditaire est criminelle. Le mariage d’une princesse française avec Votre Altesse Royale, je le tiens conforme aux intérêts de mes peuples, et surtout comme une circonstance qui m’attacherait par de nouveaux liens à une Maison dont je n’ai eu qu’à me louer depuis que je suis monté sur le trône. Votre Altesse Royale doit se défier des écarts des émotions populaires. On pourra commettre quelques meurtres sur mes soldats isolés, mais la ruine des Espagnes en serait le résultat. J’ai déjà vu avec peine qu’à Madrid on ait répandu des lettres du capitaine général de la Catalogne et fait tout ce qui pouvait donner du mouvement aux têtes. Votre Altesse Royale connaît ma pensée tout entière. Elle voit que je flotte entre diverses idées qui ont besoin d’être fixées. Elle petit être certaine que, dans tous les cas, je me comporterai avec elle comme envers le Roi son père. Qu’elle croie à mon désir de tout concilier et de trouver des occasions de lui donner des preuves de mon affection et de ma parfaite estime.

 

Bayonne, 16 avril 1808

Au maréchal Bessières, commandant de la Garde impériale, en Espagne, etc. à Burgos

Mon Cousin, le major général vous aura fait connaître mes intentions. Je désire que mes troupes soient centralisées dans les quatre points de Hernani, Vitoria, Burgos et Aranda. J’envoie à Hernani le général Ducos avec le 3e escadron de marche de cavalerie, une brigade de régiments provisoires et six pièces de canon que j’ai fait organiser à Bayonne; ce qui compose une fort belle brigade, qui sera la seconde de la division Verdier. Il ne sera fait aucun établissement à Hernani ; les hôpitaux et les magasins seront établis dans la place de Saint-Sébastien. Cette brigade du général Ducos sera augmentée, si l’occasion l’exige, d’une colonne mobile tirée de Saint-Sébastien, que commandera le colonel Pépin. Cette colonne serait de 1.200 hommes et de deux pièces d’artillerie. Le général Verdier avec ses douze pièces d’artillerie, sa 1e brigade et 2 ou 300 chevaux, gardera Vitoria; il aura le commandement de la Biscaye et prendra des mesures pour assurer la tranquillité de cette province. Tous les hommes isolés se rendront à Saint-Sébastien, pour être mis en subsistance dans les bataillons ; aucun ne passera Vitoria ni Burgos. Recommandez bien aux commandants de place d’y porter la plus grande surveillance et mettez en subsistance les hommes isolés dans les bataillons de marche que vous avez.

Entre Hernani et Vitoria il n’y aura aucun hôpital ni dépôt; tout sera évacué sur Saint-Sébastien. Entre Vitoria et Burgos il n’y aura aucun hôpital, ni établissement, ni poste français; tout sera à Vitoria ou à Burgos. Vous réunirez à Burgos toutes vos troupes, en laissant à Aranda 1,800 hommes d’infanterie, de cavalerie et d’artillerie. Il y aura aussi à Saint-Sébastien, Vitoria, Burgos et Aranda, des magasins de vivres, de biscuit, de cartouches, et des hôpitaux. Tenant ainsi les capitales, le pays restera tranquille, et, s’il était agité, quelques colonnes mobiles tombant sur le lieu, et y faisant des exemples sévères, y rétabliraient la tranquillité. Vous pouvez laisser entre les différents points de réunion quelques gendarmes avec des soldats espagnols, en faisant connaître qu’ils sont là pour faire respecter les alcades et maintenir la police. Laissez également des commandants de place dans les lieux où ils seraient nécessaires pour faire respecter les alcades.

Faites évacuer tout ce qui est à Valladolid sur Burgos et l’Escurial, en y laissant un commandant d’armes qui puisse avoir l’oeil sur tout ce qui s’y passe.

Vous laisserez mes relais, en employant mes escortes, sur les routes de Vitoria, Burgos et Aranda. Je vous recommande de ne laisser aucun homme de ma Garde isolé, pour n’avoir, dans aucun cas, à regretter l’assassinat ni la perte d’aucun. Lorsque toutes les mesures que je prescris seront exécutées, le général Verdier aura 10,000 hommes pour la police de la Biscaye; vous en aurez autant pour la police de la Castille. Je pense que la cavalerie ne vous sera pas utile dans les lieux où vous êtes ; ainsi vous pouvez envoyer à Madrid les 2e et 3e escadrons de marche, pour être incorporés dans les régiments provisoires ; ce qui aura l’avantage de mettre de l’ordre et de fortifier mon armée de Madrid. Je vous laisse le maître de garder les quatre régiments de cavalerie du général Lagrange, ou de n’en garder que ce que vous jugerez vous être nécessaire, et d’envoyer le reste à Madrid, car c’est là surtout qu’il faut de la cavalerie.

Quant à la cavalerie de ma Garde, il faut qu’elle soit forte à Madrid. Je suppose que vous avez en Espagne 1,500 chevaux de ma Garde; il faut qu’il y en ait 1,000 à Madrid et 500 à Burgos, sans cependant faire faire aucun mouvement rétrograde. Il faut que vous ayez en main ces 500 chevaux à Burgos , et, si vous y joignez les 5 600 hommes d’autre cavalerie, cette force sera suffisante. Le reste de la cavalerie de ma Garde, il faut l’envoyer à Madrid.

D’après ce que j’apprends d’Espagne, mon intention est d’y venir à la tête d’une division, en m’arrangeant de manière à faire double marche. Je vous préviendrai d’ailleurs pour que vous puissiez envoyer de Burgos à ma rencontre des détachements convenables. J’attends après-demain ici la division Lasalle, qui a les 10e et 22e régiments de chasseurs, deux très-beaux régiments que j’ai vus Bordeaux. Votre artillerie doit être distribuée de la manière suivante: trois à Aranda, quatorze à Burgos, douze à Vitoria, et six à Hernani. En cas de grands mouvements militaires, ces corps peuvent se réunir pour livrer bataille, et vous auriez alors une armée respectable. Vous êtes aussi chargé de la garde de la Navarre; je me borne à faire occuper la citadelle. Les 100,000 rations de biscuit doivent y être arrivées. Aussitôt que d’autres troupes arriveront dans la position de Hernani on renforcera Vitoria. Je pense que vous devez réunir sous les ordres du général Frère, à Aranda, les bataillons de marche, en gardant avec vous à Burgos le ler régiment de marche. Tout ce qui porte le nom de régiment ou d’escadron de marche est destiné à être incorporé dans les régiments provisoires qui sont à Madrid. Ainsi, du moment que la cavalerie du général Lasalle sera arrivée à Burgos, mon intention est que les quatre régiments du général Lagrange et les autres escadrons de marche se rendent à Madrid pour être incorporés. Cela est nécessaire pour donner de la force à ces cadres. Il est nécessaire que vous gardiez les deux régiments de fusiliers. Vous pouvez toujours envoyer les cuirassiers des régiments de marche du général Lagrange et des autres escadrons de marche à Madrid. Vous savez que les cuirassiers sont plus utiles que toute autre cavalerie. La cavalerie n’est d’aucun usage d’ici à Burgos; elle est, au contraire, nécessaire à Madrid. En deux mots, renvoyez tout ce qui porte le titre de régiment, escadron et bataillon de marche, à Madrid, hormis ce qui vous est nécessaire pour compléter 300 chevaux à Vitoria, 1,000 chevaux à Burgos et 300 chevaux à Aranda; ce qui fera 1,600 chevaux; et du moment que la division Lasalle sera à Burgos, cette division vous fournira de bonne et belle cavalerie. Vous pourrez donc renvoyer tout ce qui est escadron ou régiment de marche à Madrid.

Quant aux cartouches, un parc de 100 caissons chargés de 600,000 cartouches partira demain pour Saint-Jean-de-Luz; il est tout attelé par le 6e bis; il continuera sa marche sur Madrid pour compléter le parc de l’armée. J’en fais partir 500,000 autres pour Burgos, pour mettre en magasin, à Burgos. Après-demain il en partira 500,000 autres pour Aranda, et le 19 il en partira 500,000 autres pour Burgos. Si vous n’avez pas de besoins urgents, vous pouvez diriger le premier convoi sur Aranda et garder le second pour Burgos.

Je vous ai déjà, je crois, recommandé d’établir une grande distinction entre les régiments de marche et les régiments provisoires qui sont en Espagne. Un régiment provisoire de cavalerie ou d’infanterie est organisé et ne doit subir aucun changement tant qu’il restera en Espagne; un régiment, bataillon ou escadron de marche est une organisation provisoire pour conduire les troupes à Madrid, c’est-à-dire aux régiments provisoires. Cette intelligence est très-nécessaire pour bien comprendre les ordres que vous recevrez. Ainsi, tous les hommes isolés qui vous arriveront, vous pouvez les incorporer, soit à Aranda, soit à Burgos, dans les régiments ou bataillons de marche; puisque alors naturellement ces régiments se dirigeront sur Madrid, pour être incorporés dans les régiments provisoires, les hommes que vous y aurez mis en subsistance sauront y retrouver leurs corps. Pour les hommes isolés appartenant aux corps du Portugal ou de la division du général Dupont, tous ceux qui vous arriveront à Aranda, vous les mettrez en subsistance dans les corps comme vous l’entendrez, même dans les régiments de fusiliers, où ils seront mieux, et mieux dressés; et quand vous en aurez réuni 6 à 800 de l’un ou de l’autre corps vous en formerez un bataillon de marche, que vous appellerez bataillon de marche de l’armée du Portugal ou du corps de la Gironde et vous les garderez à Burgos jusqu’à ce que je vous envoie des ordres pour leur destination. Le général Verdier, qui a des régiments provisoires et aucun bataillon de marche, mettra en subsistance dans ses corps les hommes isolés qui lui arriveront, vous en enverra l’état exact, et, lorsque vous verrez qu’il a un millier d’hommes, si les circonstances le permettent, vous lui donnerez l’ordre de les diriger sur Burgos pour être incorporés dans les bataillons de marche, ou dans ceux de l’armée de Portugal ou du corps de la Gironde. Ces précautions sont nécessaires; cette armée ne s’est formée que par des soin perpétuels : il ne faut point s’en départir.

Vous devez avoir des souliers à Burgos. Il n’y a pas d’inconvénient que vous fassiez faire un millier de culottes, un millier d’habits et un millier de shakos, si on peut le faire à un marché convenable, à Burgos. Vous distribuerez ces effets d’habillement aux hommes isolés ou sortant des hôpitaux.

Il ne doit y avoir aucun magasin, aucun hôpital intermédiaire entre Saint-Sébastien et Vitoria, entre Vitoria et Burgos ; il ne doit y avoir aucun poste isolé, voilà le principal.

Du reste, ces dispositions ne sont pas pressantes ; il faut les faire avec adresse, faire le moins de mouvements possible de Valladolid sur Burgos. La majeure partie de ce qui est à Valladolid est en guérison ; il faut les envoyer au corps. Le grand-duc de Berg donnera l’ordre au maréchal Moncey de tenir à Buitrigo 500 hommes d’infanterie et de cavalerie et trois pièces de canon, et d’y avoir un hôpital et un magasin de cartouches. Par ce moyen , avec ces cinq grands dépôts, l’armée peut faire ses mouvements sur Madrid sans inconvénient. En prenant ces mesures, on ne craindra plus le mauvais esprit qu’on cherche à répandre en Espagne, et la division de Galice ou un mouvement insurrectionnel dans le pays seront réprimés. Les évêques, les intendants, les états, les notables des capitales doivent répondre de la tranquillité des villages et de la sûreté des communications. Pour tout cela il faut avoir un système bien entendu.

 

Bayonne, 17 avril 1808

A l’Impératrice, à Bordeaux

Je reçois ta lettre du 15 avril. Ce que tu me dis du propriétaire de la campagne me fait plaisir; vas-y passer la journée quelquefois.

Je donne ordre qu’il soit fait un supplément de 20,000 francs par mois à ta cassette, pendant ton voyage, à compter du 1er avril.

Je suis horriblement logé. Je vais dans une heure changer et me mettre à une demi-lieue, dans une bastide. L’infant don Charles et cinq ou six grands d’Espagne sont ici; le prince des Asturies est à vingt lieues. Le roi Charles et la reine arrivent. Je ne sais où je logerai tout ce monde-là. Tout est encore à l’auberge. Mes troupes se portent bien en Espagne.

J’ai été un moment à comprendre tes gentillesses. J’ai ri de tes souvenirs. Vous autres femmes, vous avez de la mémoire.

Ma santé est assez bonne, et je t’aime de bien bonne amitié. Je désire que tu fasses des amitiés à tout le monde à Bordeaux ; mes occupations ne m’ont permis d’en faire à personne.

 

Bayonne, 17 avril 1808

A M. Gaudin, ministre des finances, à Paris

Les États-Unis d’Amérique ont mis un embargo sur leurs bâtiments, et ont pris la résolution de ne plus faire de commerce que la guerre actuelle ne soit terminée. Il est donc évident que tous les bâtiments qui se disent venir d’Amérique viennent d’Angleterre, et que leurs papiers sont fabriqués. Donnez donc ordre que ceux qui viendraient dans les ports de France, de Hollande et dans ceux des villes hanséatiques et d’Italie soient mis sous le séquestre et d’abord suspectés de venir d’Angleterre. Parlez de cela avec M. Collin et sachez s’il y en a beaucoup de venus, soit en Hollande, soit en France, depuis le 1er janvier.

 

Bayonne, 17 avril 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

J’ai ordonné qu’on armât la frégate, la Comète; j’y ai destiné l’équipage d’une des gabares que l’on allait armer, et je l’ai complété avec la conscription. Cette frégate protégera la côte et pourra être quelque utilité. Envoyez un bon capitaine de frégate pour la commander. Je n’ai trouvé ici que des lieutenants. Rien n’eût été facile comme de faire entrer cette frégate dans le port de Bayonne ou même dans la Gironde. On l’aurait mise là en état, et j’aurais un bâtiment de plus, propre à tout. Il paraît que les réparations qu’on y a faites l’ont mise en état de faire une bonne mission.

 

Bayonne, 17 avril 1808

Au maréchal Davout, chargé du commandement de la Grande Armée, à Varsovie.

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 30 mars. Les Polonais sont légers, actifs. Les grandes villes en général ont ce caractère. Varsovie plus que toute autre ; elles sont comme la surface de la mer, qui n’est jamais la même deux jours de suite. Mais les Polonais sont au fond, attachés à la France. Vous sentez qu’en prenant des Polonais à mon service j’ai consulté l’intérêt de la Pologne. J’ai des soldats en France autant que j’en veux. J’ai même consenti que, dans la capitulation. qui a été faite pour cet objet, on insérât la clause que les Polonais ne pourront pas être embarqués pour un service de mer pour les colonies. Écrivez au sieur Bourgoing pour qu’il accélère le départ de ces troupes et pour qu’on ne fasse pas partir de compagnies à moins qu’elles ne soient à 140 hommes effectifs. Ce n’est pas une nuée d’officiers que je veux, mais des corps dont je puisse me servir.

 

Bayonne, 17 avril 1808

Au maréchal Bessières, commandant de la Garde impériale en Espagne, etc., à Burgos

Mon Cousin, le roi Charles et la reine sont partis de l’Escurial le 14. Ils doivent être arrivés à Burgos le 17 ou le 18. Je suppose que vous leur aurez rendu tous les honneurs imaginables. Vous les escorterez avec toute votre division, si cela est nécessaire, ou du moins avec la meilleure partie, pour franchir Vitoria et les mettre sur la route de Bayonne.

Vous trouverez ci-joint la copie d’une lettre (lettre à Ferdinand, du 16 avril) que Savary porte au prince des Asturies ; si le prince des Asturies vient à Bayonne, c’est fort bien; s’il rétrograde sur Burgos, vous le ferez arrêter et conduire à Bayonne. Vous instruirez de cet événement le grand-duc de Berg, et vous ferez connaître à Burgos que le roi Charles a protesté et que le prince des Asturies n’est pas roi, que, d’ailleurs, il faut attendre les communications de Madrid.

Vous devez maintenir libres les communications avec Vitoria, et envoyer des officiers à Savary, pour bien connaître l’état des choses. Si le prince des Asturies quitte Vitoria et a dépassé Burgos pour se rendre à Madrid , vous enverrez après lui et vous le ferez arrêter partout où il se trouvera, car, s’il refuse l’entrevue que je lui propose, c’est signe qu’il est du parti des Anglais, et alors il n’y a plus rien à ménager. Ces événements extrêmes arrivant, ce qui , je l’espère, ne sera pas, si vous jugiez que ce soit convenable, vingt-quatre heures après avoir arrêté le prince des Asturies, vous ferez imprimer ma lettre au prince et la protestation du roi Charles, dont je vous envoie copie, au cas que vous en ayez besoin. Vous sentez que ces pièces sont pour vous seul, et que, dans aucun cas autre que ceux  précités, elles ne doivent paraître.
Je vous recommande fermeté, activité et prudence, mais surtout de l’activité. Si vous étiez obligé, soit pour escorter le Roi et la Reine, soit pour dissiper des rassemblements, de marcher sur Vitoria, vous donnerez ordre aux troupes qui sont à Lerma et à Valladolid de marcher sur Burgos pour garder cette ville. Le grand-duc de Berg enverrait également de l’autre côté.

Il ne s’agit pas de tâtonner, il faut marcher avec énergie. Ou le prince des Asturies vient à Bayonne, et alors tout peut s’arranger; ou il s’y refuse, et alors il s’entend avec les Anglais, et d’un coup il faut le prévenir.

 

Bayonne, 17 avril 1808

Au maréchal Bessières, commandant de la Garde impériale en Espagne, etc., à Burgos

Mon Cousin, il a été expédié de Bayonne sur Burgos 300,000 rations de biscuit d’un premier envoi, 100,000 sur Pampelune et 100,000 d’un troisième envoi sur Burgos; faites-moi connaître si cela est arrivé. 9,400 paires de souliers ont été expédiées sur Burgos, venant, de Paris, et 3,000 venant également de Paris sur Saint-Sébastien. 13,000 paires de souliers, provenant du marché fait par ordre du grand-duc de Berg, et 14,000 paires, provenant du marché du maréchal Moncey, ont été également expédiées. 6,000 paires de souliers, complément du marché de 120,000 paires fait par le grand-duc de Berg, sont également parties de Bayonne. Ainsi il a été expédié d’ici sur Burgos 44,000 paires de souliers, et sur Saint-Sébastien 3,000 paires. 5,000 autres paires vont être expédiées sur Burgos, ce qui complétera le marché du maréchal Moncey. Ainsi les troupes ne doivent point manquer de souliers.

 

Bayonne, 18 avril 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Vous trouverez un décret que j’ai pris sur un officier que vous avez nommé chef de bataillon dans le 13e régiment provisoire. C’est une chose désespérante pour l’armée que j’aie des capitaines depuis 1792, qui m’ont constamment rendu tant de services, et que vous me proposiez pour chef de bataillon un officier qui était lieutenant ou capitaine en 1794, et qui n’a pas servi depuis. Ce sont de singuliers principes qu’on a là aux bureaux de la guerre; avec ces principes, l’espoir de mon armée va être perdu. Les nominations que peuvent avoir faites le maréchal Kellermann ou tout autre général, dans des moments pressants, ne sont d’aucune valeur. Si vous m’avez fait confirmer toutes les nominations faites dans la légion du Nord, je ne vois pas pourquoi je n’ai pas nommé colonels des officiers qui n’étaient que lieutenants. Faites-moi un rapport sur les nominations faites par le maréchal Kellermann et sur toutes celles de ce genre que j’aurais confirmées depuis le mois d’octobre 1806. Cela me désole plus et fait plus de tort à l’armée que la perte de plusieurs bataillons.

N’adressez plus aucun officier aux régiments provisoires, mais envoyez-en l’état au major général, qui prendra mes ordres. Il était d’usage qu’un officier ne passât pas d’un corps dans un autre sans mon autorisation, au moins depuis le grade de chef de bataillon. Le prince de Neuchâtel et les ministres qui l’ont précédé ne s’écartaient pas de cet usage, et cependant le sieur Bleterin vient commander un bataillon, et je n’en sais rien. Il serait bien injuste que des officiers qui ont quitté l’armée au moment du danger soient récompensés à l’exclusion des officiers qui n’ont point mis d’interruption dans leurs services; ce serait trahir les règles de la politique et les devoirs les plus sacrés. Je dois tout à ceux qui m’ont fait gagner des batailles. Je ne passe pas la revue d’un dépôt sans trouver matière à faire quatre chefs de bataillon. Ce ne sont pas de beaux diseurs ni de belles jambes qu’il me faut, mais de bons soldats.

 

Bayonne, 18 avril 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Il est nécessaire que vous me fassiez un rapport sur la gendarmerie. Je viens de voir la citadelle de Bayonne, dans laquelle se trouve un dépôt de conscrits; à mon grand étonnement, je l’ai trouvé gardé par une brigade de gendarmerie à cheval, ce qui paralyse six chevaux; une brigade de gendarmerie à pied aurait mieux valu. Il y a ainsi plusieurs dépôts, prisons et autres établissements, où l’on fait la même sottise. Faites-vous rendre compte des postes de toute espèce que garde la gendarmerie, et faites-m’en un rapport général. La gendarmerie à cheval ne doit être chargée d’aucun service que la gendarmerie à pied peut faire. Un gendarme à cheval me coûte une fois plus qu’un gendarme à pied , et un gendarme à pied fait le service de deux gendarmes à cheval près d’un dépôt ou d’une prison, parce qu’il n’a point de cheval à soigner. Parlez-en à l’inspecteur pour qu’il tienne la main à cela, et témoignez-lui mon mécontentement de ce que j’ai trouvé le dépôt de conscrits de Bayonne gardé par des gendarmes à cheval. Faites-moi faire un livret de la gendarmerie, compagnie par compagnie, et faites-y noter le service que fait
chaque brigade près des prisons, dépôts, préfectures, etc., soit à pied, soit à cheval. Ce livret me sera remis tous les mois , et je pourrai m’assurer que cela n’existe plus.

 

Bayonne, 18 avril 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur Decrès, méditez l’expédition d’Alger (Napoléon songe alors à une expédition purement française contre Alger, dans le but d’inquiéter les Anglais), tant sous le point de vue de mer que sous celui de terre. Un pied sur cette Afrique donnera à penser à l’Angleterre. Y a-t-il sur cette côte un port où une escadre soit à l’abri d’une force supérieure ? Quels seraient les ports par où l’armée, une fois débarquée, pourrait être ravitaillée et combien l’ennemi pourrait-il bloquer de ports différents ? Il n’y avait guère en Égypte que le port d’Alexandrie. Rosette était un port très-dangereux; cependant on le comptait. Ici, je crois qu’il y en a une douzaine. Combien peuvent-ils contenir de frégates, de bricks et de gabares ? L’escadre de l’amiral Ganteaume entrerait-elle à Alger et y serait-elle à l’abri d’une force supérieure ? Quelle est la saison où la peste n’est plus à craindre et où l’air est bon ? Je suppose que ce doit être en octobre.

Après avoir étudié l’expédition d’Alger, étudiez bien celle de Tunis. Écrivez-en confidentiellement à Ganteaume, qui, avant de venir à Paris, peut prendre des renseignements ; ils peuvent s’étendre jusqu’à Oran et s’appliquer à la terre et à la mer. Les renseignements à prendre par terre sont s’il y a des chemins et de l’eau. Je suppose que cette expédition demande 20,000 hommes. Vous sentez bien que cette expédition, l’ennemi la supposerait pour la Sicile, et qu’il serait bien déjoué si, au lieu de cela, elle se rendait à Alger.

Je ne vous demande une réponse que dans un mois ; mais , pendant ce temps, recueillez des matériaux tels qu’il n’y ait pas de mais, de si, de car. Envoyez un de vos ingénieurs discrets sur un brick, qui puisse causer avec le sieur Thainville (Charles François Dubois-Thainville, 1758-1818, consul à Alger); mais il faut que ce soit un homme de tact et de talent (Ce sera le chef de bataillon Vincent-Yves Boutin, 1772-1815. Les notes qu’il ramènera de sa mission – parfois rocambolesque – et le rapport qu’il en fit, serviront  pour l’établissement de l’expédition de 1830). Il faudrait que cet ingénieur fût un peu officier de marine et un peu ingénieur de terre. Il faut qu’il se promène lui-même en dedans et en dehors des murs, et que, rentré chez lui, il écrive ses observations, afin qu’il ne nous rapporte pas de rêveries. Vous pourriez même vous concerter avec Sanson Nicolas Antoine Sanson, 1756-1824. Responsable du service topographique) pour avoir un homme capable. Vous devez trouver des renseignements dans les archives des relations extérieures et de la guerre. Faites faire des recherches dans ces archives et dans les vôtres. De tout temps on a demandé en France des renseignements sur ces pays.

 

Bayonne, 18 avril 1808

Au vice-amiral Ganteaume, commandant l’escadre de la méditerranée, à Toulon.

Monsieur le Vice-Amiral Ganteaume, je reçois voire lettre de Toulon, du 10. Les contrariétés de temps que vous avez éprouvées sont inouïes. Mais c’est une nouvelle obligation que j’ai à mon escadre d’avoir si bien rempli mes instructions. Au 5 avril, les mers de Corfou se trouvaient libres. Cette place avait 10,000 hommes de garnison. 300 milliers de poudre, 2 millions de cartouches et des vivres pour deux ans; et au moment où l’on m’écrivait, tout filait encore. Je charge mon ministre de la marine de témoigner mon mécontentement au contre-amiral Cosmao (Julien-Marie, baron Cosmao-Kerjulen, 1761-1825, contre-amiral) de la fausse interprétation qu’il a donnée à vos instructions; il a, par cette malhabileté, compromis mon escadre. Il ne devait pas non plus laisser la Baleine, puisque le but de l’expédition était de ravitailler Corfou : puisqu’il n’y avait que deux flûtes chargées, il était absurde d’en abandonner une. Mon ministre vous fera connaître la marque éclatante de ma satisfaction que j’ai voulu vous donner, et j’attends son rapport pour accorder des distinctions aux officiers de votre escadre dont vous avez particulièrement à vous louer.

 

Bayonne, 18 avril 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois votre lettre, et celle du général Miollis, du 8. Je suis immensément occupé, c’est pour cela que je désire que les affaires de Rome soient remises au (propre main) au 10 mai. En attendant, faites, gouvernez temporellement les quatre légations, comme je l’ai ordonné, et conformément à l’intérêt de mon royaume. Il ne faut pas se mettre tout sur les bras à la fois. Veillez sur Florence, on dit qu’il y a un mauvais esprit, et qu’on y est peu content des changements actuels. Faites-moi connaître ce que vous pensez là-dessus. J’ai ici l’infant don Carlos. C’est un jeune homme de vingt ans, qui a pris ici la rougeole. Il est accompagné de plusieurs grands d’Espagne. J’attends le prince des Asturies, qui se fait nommer Ferdinand IV, et le roi Charles IV dans peu de jours. Il y a beaucoup de mouvements en Espagne. Le grand duc est à Madrid, Bessières à Burgos, et Duhesme à Barcelone. Le roi Charles a protesté contre son abdication, et a eu recours à moi. Le temps décidera ce que tout cela deviendra. En attendant, empêchez que l’opinion n’en prenne une idée décisive; mais laissez en dire assez dans les gazettes pour faire voir qu’il y a incertitude dans les affaires et division dans la famille d’Espagne.

 

Bayonne, 18 avril 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, j’ai reçu votre lettre du 6 avril. Le 6e bataillon du train va se rendre à l’armée d’Italie. Il doit être recruté insensiblement en Italie. Il n’a pas besoin de chevaux du train pour porter les équipages de pont : les moyens du pays les charrieront facilement.

J’ai vu dans votre projet d’organisation de l’armée que vous portez le 7e de ligne; il n’y faut plus penser : ce régiment est en Espagne. Vous pouvez seulement compter sur le 4e bataillon; mais il serait bientôt remplacé par un régiment que, le cas arrivant, je tirerais de Naples.

La dépense de 600,000 francs que vous me proposez de faire pour le camp m’effraye un peu. Il me semblerait qu’en faisant des coupes vers le haut Tagliamento le soldat pourrait se faire lui-même ses baraques, comme au camp de Boulogne; on lui donnerait les bois, il ferait le reste. Cela ne coûterait pas plus de 100,000 francs. Toutefois je pense que c’est de cette manière que vous devez faire votre camp. Il ne durera pas deux ans, mais huit ou dix ans. Il y a cinq ans que celui de Boulogne est fait, et il endurera encore plus de cinq ; il n’a pas coûté plus de 100,000 écus, et le bois est précieux dans le nord. S’il y avait trop de difficulté, vous commenceriez par le faire ainsi pour deux régiments, dans les environs d’Udine et d’Osoppo, et on ferait cantonner le reste. On aurait l’avantage de pouvoir les faire manoeuvrer successivement par brigade. Il me semble qu’il y a des bois nationaux au delà d’Udine, où l’on pourrait faire une coupe extraordinaire que l’on charrierait par le Tagliamento. Il ne faut pas charger de ces baraques des ingénieurs; le soldat les construira lui-même. Une partie des troupes serait campée, et le reste cantonné dans les villages et environs, de manière à se réunir une fois par semaine pour manoeuvrer par brigade, c’est-à-dire par six bataillons. Les troupes resteront ainsi cantonnées pendant les mois de juin, juillet, août et septembre.

Il ne faut pas penser aux tentes ; cela n’est bon à rien qu’à donner des maladies ; il pleut souvent en Italie. Si vous commencez à disposer votre camp ainsi, faites-le tracer en carré à Osoppo, et même, s’il est possible, dans les lignes que j’ai ordonnées. Mon premier but est de mettre les troupes dans un pays sain ; camper, qui est aussi très-utile, n’est que mon second but.

——

P. S. J’ai donné des ordres au ministre de la marine, à Paris, de faire restituer au consul de Russie tout ce qui lui appartient sur le bâtiment autrichien le Bizarre. Donnez de votre côté les mêmes ordres.

 

Bayonne, 18 avril 1808

A Joseph Napoléon, roi de Naples, à Naples

Je reçois votre lettre du 7 avril. Je vois avec plaisir ce que vous me dites de Corfou. Je suis fort aise de voir cette île dans une si bonne situation. J’apprends également avec plaisir que vous fortifiez Scilla. Vous connaissez assez le pays pour savoir comment vous devez placer vos troupes pendant cette saison pour conserver surtout le poste important de Scilla. Ce que je désire par-dessus tout, c’est qu’elles soient placées dans des lieux sains et à l’abri des maladies.

Vous faites fort bien de diriger des recrues sur Barcelone. J’ai monté vos chasseurs. Toutes ces troupes prennent une habitude d’exercice et un esprit qui seront fort avantageux à votre royaume. Envoyez-moi des régiments napolitains tant que vous voudrez, pourvu qu’ils soient forts de 140 hommes par compagnie.

Remerciez Julie et Zénaïde des lettres qu’elles m’ont écrites; je leur répondrai, mais j’ai à présent trop d’affaires. Vous avez dû être heureux de recevoir vos enfants bien portants et qui m’intéressent sous tous les rapports.

L’Infant don Carlos est ici. Ce jeune prince, quia vingt ans, est tombé malade à son arrivée, de sorte que je n’ai pas pu le voir. Il a avec lui plusieurs grands d’Espagne. Le prince des Asturies, qui s’intitule Ferdinand VII, est à vingt lieues de la frontière avec une grande suite. Le roi Charles et la reine sont en route pour venir. Il a protesté et en a appelé à mon arbitrage. Mes troupes sont à Madrid, Barcelone, Figuières, Saint-Sébastien , Burgos. L’armée espagnole n’est pas redoutable. Le peuple est en fermentation. Le grand-duc de Berg et le maréchal Moncey sont à Madrid. Le général Dupont est à Tolède, et le maréchal Bessières, à Burgos.

J’ai ici près de 100,000 hommes de régiments provisoires. Ils gagnent tous les jours par l’exercice et le mouvement. Ce sont tous de gros enfants de vingt ans, dont j’ai lieu d’être satisfait. Pas un homme de ma Grande Armée n’a augmenté ces corps en infanterie, cavalerie, artillerie.

Renvoyez en Italie un régiment de cavalerie et le 6e bataillon du train que je vous ai demandé plusieurs fois. Vous avez acquis assez d’habitude à présent à Naples pour trouver des charretiers napolitains; les hommes français du train me sont nécessaires, et il faut que ma Grande Armée soit prête à me seconder, s’il le faut, dans le courant de l’été.

Mon escadre est rentrée à Toulon en bon état. La flûte la Baleine est arrivée à Minorque. Je n’ai rien perdu, et j’ai fait naviguer cette escadre, ce qui forme d’autant mes matelots.

Une escadre sort tout armée de l’Escaut. J’ai déjà huit vaisseaux en rade à Flessingue, qui ont été construits à Anvers. J’en aurai autant dans le courant de l’été. Veillez et faites exécuter mes mesures sur le blocus. Tout bâtiment américain qui se présente dans vos ports vient d’Angleterre; partez de ce principe.

Jusqu’à cette heure toute mon armée d’Espagne est à mes frais et me coûte des sommes énormes. La conscription que je lève, celle que je vais peut-être bientôt lever, mes régiments de cavalerie que je porte à 1,200 chevaux, tout cela m’entraîne dans d’immenses dépenses; mais les circonstances veulent que je couvre l’Europe de mes troupes. L’Angleterre commence à souffrir. La paix seule avec cette puissance me fera remettre le glaive dans le fourreau et rendre à l’Europe la tranquillité.

Il ne serait pas impossible que je vous écrivisse dans cinq ou six jours de vous rendre à Bayonne. Vous laisseriez le commandement des troupes au maréchal Jourdan, et la régence de votre royaume à qui vous voudrez. Votre femme resterait à Naples. Les relais seront préparés, dans ce cas, sur votre route. Cependant, jusqu’à présent, cela est encore incertain.

 

Bayonne, 18 avril 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures

Monsieur de Champagny, en conséquences des nouvelles de Cagliari, vous donnerez ordre à mon chargé d’affaires de quitter la Sardaigne. Vous me présenterez un projet de décret pour mettre un embargo sur tous les bâtiments sardes. Vous le motiverez sur ce que ce gouvernement n’a pas exécuté la convention qu’il a faite. Ecrivez à mon chargé d’affaires à Madrid de demander que les bâtiments des États-Unis : la Suzanna, capitaine John Tosa, et Morning ster, capitaine Michel Ashley, qui sont entrés à Cadix, chargés de denrées coloniales, et prétendant venir de Norvège, mais dans le fait venant de Londres, soient confisqués.

 

Bayonne, 19 avril 1808

Au général Junot, commandant de l’armée du Portugal, à Lisbonne

Vous violez la loi du blocus contre l’Angleterre en Portugal et vous recevez des navires neutres chargés de denrées coloniales censée venir d’Amérique, et que tout le monde sait venir de Londres. Donnez des ordres pour que tous vaisseaux américains ou autres arrivant à Porto chargés de marchandises coloniales soient mis sous le séquestre. Vous laissez également expédier des vins de Porto sur des bâtiments de Kniphausen et hambourgeois ; cela va en Angleterre. Si mes corsaires les prennent, ils seront de bonne prise. Tout bâtiment portant pavillon de Kniphausen est au compte des Anglais et doit être confisqué. Il serait absurde que, lorsque Bordeaux ne peut exporter un tonneau de vin, que la Hollande ne peut faire sortir un navire, le Portugal eût la liberté de faire le commerce avec l’Angleterre. Cette affaire est de la plus grande importance; veillez-y sérieusement. L’Angleterre est aux abois, et, si on lui ouvre des débouchés en Portugal, elle nous fera un mal immense.

 

Bayonne, 19 avril 1808

NOTE POUR LE GÉNÉRAL CLARKE, MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

Le projet sur Mayence n’est pas adopté; cependant rien n’est plus urgent, ni plus important que de travailler, cette année, à fortifier Kastel (Kastel sur le Main). Si, dans la situation actuelle de cette place, l’ennemi se portait devant Kastel, soit pendant que l’armée se trouverait en Pologne, soit parce qu’elle aurait été battue, soit que ses efforts se fussent tournés autre part, dans toutes ces hypothèses, il y aurait grand inconvénient à avoir Kastel dans son état actuel.

Partant de l’hypothèse d’aujourd’hui, si une division de 20,000 hommes se portait devant Kastel pendant le temps que l’armée est éloignée, le mauvais état des fortifications exigerait que le commandant de Mayence tint là au moins 2,000 hommes, qui seraient probablement de nouvelles levées et faiblement organisés. En ouvrant la tranchée et en supposant un peu de vigueur de la part de l’assiégeant, il serait possible que Kastel fût pris, ce qui serait un très-grand malheur.

Dans le cas ordinaire où une armée de 100,000 hommes serait devant Mayence, c’est-à-dire devant une place qui a besoin de 12,000 hommes à la rigueur et où, avec ce nombre de troupes, on sera faible partout, on sera cependant obligé d’en tenir 2,000 à Kas tel. Ces 2,000 hommes seront fort embarrassés pour le passage. Quel malheur pour un commandant de voir ces 2,000 hommes inutiles au reste de la garnison et de ne pouvoir pas les porter au point de l’attaque ! Si au contraire Kastel était revêtu, avec le relief convenable, à vingt-quatre pieds, avec ses contrescarpes, ses demi-lunes, ses chemins couverts, selon le tracé ordinaire, dans l’un et l’autre cas, une compagnie d’artillerie, 2 ou 100 gardes nationaux pour aider au service des pièces et deux ou trois compagnies d’infanterie assureraient la tranquillité de ce point important.

Dans le premier cas, on n’aurait pas le moyen de le prendre, parce qu’on n’aurait pas celui de faire un siège. Dans le second, on n’irait pas s’amuser à faire un siège si considérable et qui n’aboutirait à rien; car, quand on aurait Kastel après un long siège, on n’aurait encore rien ; tandis que la même attaque donnerait le fort Meusnier ou l’autre fort du côté de l’ouvrage à corne, c’est-à-dire avancerait de beaucoup la reddition de la place. Il est donc urgent de mettre en bon état Kastel.

Dès cette année, avec les 1,300,000 francs destinés par l’Empereur à Kastel, on peut commencer à achever trois demi-lunes qui sont construites en avant de la place, les environner d’un chemin couvert, outre celui qui est autour de Kastel, chemin couvert utile parce qu’il peut servir d’une espèce de camp retranché et contenir l’arrière-garde et les bagages pendant qu’ ils défileraient. Mais il est vrai de dire que, pour commencer à travailler d’une manière permanente, il faut un projet approuvé. En attendant, on peut faire connaître à l’ingénieur que les fonds sont faits pour Kastel, qu’il peut faire un grand approvisionnement de matériaux. 1,300,000 francs sont une somme qu’on peut employer en cinq ou six mois, surtout quand on en a employé trois à faire les approvisionnements. Enfin, s’il reste 2 ou 300,000 francs à dépenser, on les emploiera la campagne suivante.

On avait eu le projet de ne rien faire à Kastel et d’inonder tout le terrain sur la rive droite du Rhin , en se servant du Main; on l’a raisonnait ainsi : pour revêtir Kastel, il faut trois ou quatre millions; avec les trois ou quatre millions, on peut détourner le Main, fait un pont éclusé et inonder à volonté tout le terrain jusque vis-à-vis l’île Saint-Pierre. Dès lors, ce côté n’est plus attaquable ; dès lors l’ennemi ne s’y présentera pas. Deux redoutes en terre et noyées par l’inondation, une vis-à-vis l’île Saint-Pierre, l’autre sur le haut Rhin, construites à un millier de toises de Kastel, éloigneraient l’ennemi de ce point. Alors le passage ne pourrait plus être inquiété d’aucune manière , l’ennemi ne pouvant approcher du pont qu’à une grande distance, parce que l’inondation l’en empêcherait. Cette idée, je désire qu’on me la présente sur un huilé et qu’on me dise si cela est impossible d’après le nivellement, où du moins si la dépense pour creuser ou aplanir le terrain serait assez forte pour qu’il fallût y renoncer.

Alors il n’y aurait besoin de rien faire à Kastel. On aurait sur 1a droite du Rhin un camp d’une étendue immense, puisqu’on se conserverait, au moyen des glacis, autant de terrain qu’on voudrait à l’abri de l’inondation. Le Rhin ne serait plus rien ; on le passerait comme on voudrait; l’ennemi serait si éloigné qu’il ne pourrait empêcher le passage, ni même voir les mouvements. D’ailleurs, ayant trois ponts, les mouvements seraient très-rapides, et le gouvernur oserait, à la pointe du jour, avec les trois quarts de la garnison, déboucher par Kastel, culbuter tout ce qu’il trouverait , fourrager plusieurs lieues sans inquiétude et, avant la moitié du jour, rentrer dans la place et se porter sur un autre point d’attaque, à Mayence, si l’ennemi s’était dégarni de ce côté, car on ne suppose pas que ce puisse être Kastel qui soit attaqué.

Quand il sera prouvé que ce Projet ne peut se réaliser et qu’on ne peut tirer parti de l’inondation du Main , il faudra donner successivement aux fortifications de Kastel un bon tracé et un bon relief. Il faudra tâcher de se procurer le plus d’espace que l’on pourra, afin que les troupes puissent déboucher et repasser le Rhin sans confusion. Mais on n’aura encore rempli qu’une partie du but.

L’autre but à remplir, c’est de mettre le pont à l’abri de tout insulte. L’ennemi ne doit pouvoir établir aucune espèce de batterie sur le bord du fleuve, à mille toises du pont. Du côté du bas Rhin, il semble que cela est facile à cause de l’île Saint-Pierre; du côté du haut Rhin, cela est plus difficile. Si ce qui existe à Kastel n’était d’aucune valeur, la première question à examiner sera celle-ci : où convient-il de placer le pont ? et peut-être trouverait-on qu’il convient de placer le pont plusieurs cent toises plus bas que Kastel.

Il faudrait donc dans le projet, indépendamment de Kastel, conserver une tête de pont à l’île Saint-Pierre, qui tirât sa défense de cette île. Le canal n’a là que cent toises de largeur. On passerait de la rive gauche à l’île Saint-Pierre, comme on voudrait, par un pont qui ne serait vu d’aucun côté, et de l’île Saint-Pierre au fort, par un petit pont de peu d’importance, parce qu’il aurait moins de cent toises, et que ce n’est pas là le principal courant. Ce point occupé sur la rive gauche aurait le grand avantage d’empêcher l’ennemi de voir le pont de Kastel de ce côté-là.

Il ne faut pas compter sur les ouvrages de campagne. Ils ont l’inconvénient d’affaiblir une garnison qui, quelle qu’elle soit, sera trop faible dans une place qui a tant d’étendue. Il ne faut point citer l’exemple du dernier siège : on sait trop bien qu’il y avait alors, non une garnison, mais une armée dont une grande partie n’avait pas pu sortir. Sans doute, quand on ne peut pas faire autrement, il faut faire des ouvrages de campagne; mais en organisant une place, il faut tâcher de n’en pas avoir besoin, afin d’avoir économie d’hommes et sûreté, ce qui est la propriété de la fortification permanente.

 

Bayonne, 19 avril 1808.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, il ne faut pas envoyer les troupes du Pape à Mantoue, ce serait leur perte. Il faut les placer à Ancône, Rimini ou Bologne; les bien traiter et organiser; mais ne leur faire faire aucun mouvement rétrograde. Si elles sont à Ancône, il faut les y laisser. Envoyez un inspecteur pour voir leur comptabilité et la mettre dans le meilleur état. Il faut en former un beau régiment.  

 

Bayonne, 19 avril 1808.

A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Vous trouverez ci-joint une lettre du ministre de la marine avec un paquet de lettres qu’il m’envoie. Comment ces lettres se sont-elles trouvées sur le paquebot le Bristol qui se rendait à New-York ? quel était l’individu porteur de ces papiers `à qui étaient-ils adressés ? tout cela est fort important. Interrogez tous les hommes de ce bâtiment; il doit y avoir là de ces brigands qu’on cherche. Il me semble qu’il y a là dedans des choses à éclaircir et quelques individus à arrêter. Faites-moi une petite note qui me fasse connaître tout ce que cela dit.

 

Bayonne, 19 avril 1808.

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Bayonne

Monsieur de Champagny, faites mettre un article dans le Moniteur sur l’expédition de Finlande et faîtes connaître en même temps la mauvaise foi de l’Angleterre

 

Bayonne, 19 avril 1808.

A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Le sieur Alexandre, de Berne, dont il est question dans votre rapport du 12 avril est français et au service de Russie. Vous le renverrez en Russie; je ne veux point de français naturalisés russes en France. Cela ne souffre point d’exception. Il faut avoir une explication avec le bureau des passeports des relations extérieures qui donnent de pareils passeports. Il ne doit donner de passeports qu’aux ministres étrangers et s’il continue ainsi, il finira par avoir des désagréments.

Faites venir à Bicêtre comme fou,le nommé Dubois-Dutié qui est à Rennes et ne le laissez pas dans une ville.

 

Bayonne, 19 avril 1808

DÉCISION

Le prince de Neuchâtel, major général , demande les ordres de l’Empereur sur la destination à donner au 14e régiment provisoire d’infanterie qui arrive à Bayonne. Demain ce régiment fera l’exercice à feu : le matin, il tirera à la cible; le soir, on passera la revue de ses souliers et de son armement; après-demain , 21, je le passerai en revue. Il se tiendra prêt à partir le 22.

 

Bayonne, 20 avril 1808

DÉCRET

Napoléon, Empereur des Français, Roi d’Italie et Protecteur de la Confédération du Rhin.

Considérant que les navires français ne trouvent depuis longtemps sur les côtes de Sardaigne ni sûreté, ni protection ; que plusieurs ont été enlevés par les vaisseaux de guerre et les corsaires anglais, à la vue du rivage de cette île et sans que le Gouvernement sarde ait cherché à faire respecter aux ennemis sa neutralité; que les corsaires anglais arment publiquement en Sardaigne; qu’on y permet de nombreux approvisionnements pour Malte et pour Gibraltar; que le Gouvernement sarde, après s’être engagé envers la France, par une convention conclue le 19 novembre 1807, à réparer ces violations et à en prévenir le retour, s’est ensuite formellement refusé à remplir ses engagements;

Nous avons décrété ce qui suit

Il sera mis un embargo sur les bâtiments sardes dans tous les ports de nos États et des pays occupés par nos armées.

os ministres de la marine, de la guerre, et des finances sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l’exécution du présent décret.

 

Bayonne, 21 avril 1808

A l’Impératrice, à Bordeaux

Je reçois ta lettre du 19 avril.

J’ai eu hier le prince des Asturies et sa cour à dîner : cela m’a donné bien des embarras. J’attends Charles IV et la reine.

Ma santé est bonne. Je suis assez bien établi actuellement à la campagne.

Adieu, mon amie; je reçois toujours avec bien du plaisir de tes nouvelles.

Napoléon

 

Bayonne, 21 avril 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, faites rédiger pour le Moniteur un article qui fasse bien connaître les horreurs que commet le gouvernement d’Alger, et les vexations qu’il fait peser sur toute l’Europe. Un simple narré, extrait de la dépêche du sieur Thainville, remplira ce but.

Faites connaître à M. de Dreyer que j’ai donné l’ordre au prince de Ponte-Corvo de faire passer des troupes en Seeland, coûte que coûte, pour la défense de cette île.

 

Bayonne, 21 avril 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures

Monsieur de Champagny, il n’y a pas de difficulté à permettre au ministre de Saxe de se rendre à Bayonne avec les députés polonais.

 

Bayonne, 21 avril 1808

A M. Daru, Intendant général de la Grande Armée, à Berlin

Monsieur Daru, je reçois votre état de situation des sept bataillons des équipages militaires, d’où il résulte qu’il y a 2,600 hommes présents sous les armes, et 4,500 chevaux, plus de 1,000 voitures, c’est-à-dire de quoi porter un million de rations de pain. Cet état est satisfaisant, si les voitures sont en bon état, et si les chevaux et les harnais sont d’un bon service. Je vois qu’il leur manque quelques objets de détail, que vous vous empresserez sans doute de leur faire fournir. Faites mettre tous ces équipages en état, afin qu’avant le 1er juillet les sept bataillons soient susceptibles de rendre tous les services possibles. Il faut donner à ces bataillons des carabines prussiennes; quoiqu’elles ne soient pas de calibre, c’est égal. Ces bataillons, ne devant pas se battre en ligne, peuvent avoir leurs cartouches particulières. J’approuve fort qu’il y ait à chaque bataillon un moule pour faire les cartouches. J’approuve la répartition que vous me proposez. Vous pouvez laisser en Silésie les 4e et 6e bataillons, sauf, lorsqu’il le faudrait, à en tirer une compagnie pour attacher à l’administration générale.

J’attends la situation des caissons d’ambulance que doit avoir chaque corps. Les 19e, 65e, 72e, 105e et les 5e, 7e et 16e légers n’ont pas eu leur première mise; il faut la leur faire donner, et qu’ils se procurent leurs caissons d’ambulance. Je ne suis point de l’avis de former un bataillon uniquement destiné au service de l’ambulance. Il faut qu’il y ait, sur les trente-quatre caissons de chaque compagnie, quatre caissons pour le pain et quatre caissons pour l’ambulance. Vous savez vous-même que, le lendemain d’une bataille, on est obligé de se servir des caissons du pain pour évacuer les malades, et vice versa. Mais il semble que chaque division d’infanterie a déjà ses quatre caissons d’ambulance appartenant aux régiments, et quatre caissons pris dans ceux des transports militaires qui lui sont attachés; elle en a alors suffisamment.

Quand je vous ai donné l’ordre de faire fournir aux corps les capotes, souliers et autres effets dont ils auraient besoin, je n’ai pas seulement entendu que vous les leur fissiez fournir des magasins de l’armée, mais encore que vous eussiez à m’éclairer sur les ordres qui auraient été donnés aux dépôts de ne rien laisser passer, pour contremander ces ordres, s’ils existaient, afin que les corps soient pourvus de tout avant le 1er juillet.

 

Bayonnc, 22 avril 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Bayonne

Monsieur de Champagny, il parait à Bayonne une gazette espagnole. Il est nécessaire de veiller à la manière dont elle parlera du prince des Asturies, et à ce qu’elle ne l’appelle pas Roi. Il n’y a pas un moment à perdre puisqu’elle parait aujourd’hui. Envoyez donc sur-le-champ chercher le rédacteur.

 

Bayonne, 22 avril 1808

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant de l’Empereur en Espagne, à Madrid

Je reçois votre lettre du 19 à une heure du matin. J’approuve votre marche et tout ce que vous faites. Ici, j’ai fait connaître mes intentions aux cinq ou six Grands qui accompagnent le prince, et tous conviennent des avantages qui résulteront pour l’Espagne de la consolidation de son indépendance et de son intégrité sous la domination d’un prince de ma dynastie.

Ne laissez rien imprimer à Madrid sur le prince des Asturies. Vous pouvez faire parler de la manière distinguée dont je l’ai reçu, dire que, quoique je ne l’aie pas reconnu roi, j’ai voulu témoigner dans sa personne et dans celle des Grands de sa suite la considération que je porte à l’Espagne.

Je vous ai déjà écrit qu’il fallait envoyer ici le roi Charles et la reine.

Il faut laisser percer que je ne veux rien de l’Espagne; que le royaume conservera son indépendance et son intégrité, mais que je veux une dynastie qui réunisse davantage les deux nations.

 

Bayonne, 22 avril 1808

Au maréchal Bessières, commandant la Garde impériale en Espagne, etc., à Burgos

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 20 avril, Je vous ai écrit hier par d’Hanneucourt que j’avais très-bien reçu le prince des Asturies, voulant honorer l’Espagne en sa personne. Je ne l’ai pas reconnu roi, et je ne pense pas que je le reconnaisse. Toutefois vous devez dire que je ne veux rien des Espagnes, qu’elles resteront dans leur intégrité et leur indépendance.

Vous devez faire filer les régiments portugais sur Saint-Jean-de-Luz, en me prévenant de leur arrivée, afin que je connaisse leur direction et que je les envoie se reposer dans les meilleurs pays du Languedoc. S’il était vrai qu’il y eût plus de chevaux que d’hommes, vous pourriez en prendre pour monter ma cavalerie.

J’ai donné l’ordre au général Ducos (Nicolas, baron Ducos, 1756-1823. C’est le frère du directeur Roger Ducos. Il vient d’être mis à la suite de l’état-major général de l’armée d’Espagne) de se rendre avec sa brigade à Tolosa. Le 14e régiment provisoire est toujours ici avec la division du général Lasalle. Le 4e escadron de marche part demain et va prendre position à Hernani. Lorsque le général Ducos sera à Tolosa, vous pourrez attirer toute la cavalerie à vous. Le général Ducos est sous les ordres du général Verdier, qui lui donnera des ordres en cas d’événement.

 

Bayonne, 23 avril 1808

A l’Impératrice, à Bordeaux

Mon amie, Hortense est accouchée d’un fils (Charles-Louis Napoléon, troisième fils d’Hortense, le futur Napoléon III, né le 20 avril 1808) ; j’en ai éprouvé une vive joie. Je ne suis pas surpris que tu ne m’en dises rien, puisque ta lettre est du 21, et qu’elle est accouchée le 20, dans la nuit.

Tu peux partir le 26, aller coucher à Mont-de-Marsan, et arriver ici le 27. Fais partir ton premier service le 25 au soir. Je te fais arranger ici une petite campagne, à côté de celle que j’occupe. Ma santé est bonne.

J’attends le roi Charles IV et sa femme.

Adieu, mon amie.

 

Bayonne, 23 avril 1808

A Hortense, reine de Hollande, à Paris

Ma Fille, j’apprends que vous êtes heureusement accouchée d’un garçon. J’en ai éprouvé la plus grande joie. Il ne me reste plus qu’à être tranquillisé et à savoir que vous vous portez bien. Je suis étonné que dans une lettre du 20, que m’écrit l’archichancelier, il ne m’en dise rien.

 

Bayonne, 24 avril 1808

RAPPORT A L’EMPEREUR

(Ce rapport du ministre des relations extérieures a été placé ici, parce que l’on croit y trouver les idées de Napoléon sur la politique de la France envers l’Espagne. La minute de ce document porte, au reste, les traces d’un travail personnel de l’Empereur : ce sont de nombreuses corrections, presque toutes de sa main. Note de la Commission)

Sire, la sûreté de votre empire, l’affermissement de sa puissance, la nécessité d’employer tous les moyens pour forcer à la paix un gouvernement qui, se faisant un jeu du sang des hommes et de la violation de tout ce qu’il y a de plus sacré parmi eux, a mis en principe la guerre perpétuelle, imposent à Votre Majesté l’obligation de mettre un terme à l’anarchie qui menace l’Espagne et aux dissensions qui la déchirent. La circonstance est grave, le choix du parti à prendre extrêmement important; il tient à des considérations qui intéressent au plus haut degré et la France et l’Europe.

De tous les États de l’Europe, il n’en est aucun dont le sort soit plus nécessairement lié à celui de la France que l’Espagne. L’Espagne est pour la France ou une amie utile ou une ennemie dangereuse. Une alliance intime doit unir les deux nations, ou une inimitié implacable les séparer.

Malheureusement la jalousie et la défiance qui existent entre deux nations voisines ont fait de cette inimitié l’état le plus habituel des choses. C’est ce qu’attestent les pages sanglantes de l’histoire. La rivalité de Charles V et de François 1er, n’était pas moins la rivalité des deux nations que celle de leurs souverains ; elle fut continuée sous leurs successeurs. Les troubles de la Ligue furent suscités et fomentés par l’Espagne ; elle ne fut point étrangère aux désordres de la Fronde, et la puissance de Louis XIV ne commença à s’élever que lorsque, après avoir vaincu l’Espagne, il forma, avec la Maison alors régnante dans ce royaume, une alliance qui, dans la suite, fit passer cette couronne sur la tête de son petit-fils. Cet acte de sa prévoyante politique a valu aux deux contrées un siècle de paix après trois siècles de guerre.

Mais cet état de choses a cessé avec la cause qui l’avait fait naître.

La révolution française a brisé le lien permanent qui unissait les deux nations.
Lors de la troisième coalition, lorsque l’Espagne prodiguait à la France des protestations d’amitié, elle promettait secrètement son assistance aux coalisés, comme l’ont fait connaître les pièces communiquées au parlement d’Angleterre. Le ministère anglais se détermina, par ce motif, à ne rien entreprendre contre l’Amérique espagnole, regardant déjà l’Espagne comme son alliée, et l’Espagne, ainsi que l’Angleterre, présageant la défaite de vos armées. Les événements trompèrent cette attente, et l’Espagne resta amie.

Lors de la quatrième coalition, l’Espagne montra plus ouvertement ses dispositions hostiles et trahit, par un acte public, le secret de ses engagements avec l’Angleterre. On ne peut oublier cette fameuse proclamation qui précéda de neuf jours la bataille d’Iéna, par laquelle toute l’Espagne était appelée aux armes, lorsque aucun ennemi ne la menaçait, et qui fut suivie de mesures promptement effectuées, puisque l’établissement militaire de ce royaume fut porté de 118,000 hommes à 140,000. Alors le bruit s’était répandu que l’armée de Votre Majesté était cernée, que l’Autriche allait se déclarer contre elle, et l’Espagne crut pouvoir aussi se déclarer impunément. La victoire d’Iéna vint confondre ces projets.

Le moment est arrivé de donner à la France, du côté des Pyrénées, une sécurité invariable. Il faut que, si jamais elle se trouve exposée à de nouveaux dangers, elle puisse, loin d’avoir à craindre l’Espagne, attendre d’elle des secours, et que, au besoin, les armées espagnoles marchent pour la défendre.

Dans son état actuel, l’Espagne, mal gouvernée, sert mal ou plutôt ne sert pas du tout la cause de la France contre l’Angleterre. Sa marine est négligée; à peine compte-t-on quelques vaisseaux dans ses ports, et ils sont dans le plus mauvais état. Les magasins manquent d’approvisionnements; les ouvriers et les matelots ne sont pas payés ; il ne se fait dans ses ports ni radoubs, ni constructions, ni armements. Il règne dans toutes les branches de l’administration le plus horrible désordre; toutes les ressources de la monarchie sont dilapidées. L’État, chargé d’une dette énorme, est sans crédit. Les produits de la vente des biens du clergé, destinés à diminuer cette
dette, ont une autre destination. Mais enfin, dans la pénurie de ses
moyens, l’Espagne, en abandonnant totalement sa marine, s’occupe cependant de l’augmentation de ses troupes de terre. De si grands maux ne peuvent être guéris que par de grands changements.

L’objet le plus pressant des sollicitudes de Votre Majesté est la guerre contre l’Angleterre. L’Angleterre annonce ne vouloir se prêter à aucun accommodement. Toutes les ouvertures de Votre Majesté ont été repoussées ou négligées. L’impuissance de faire la guerre la déterminera seule à conclure la paix. La guerre contre elle ne peut donc être poussée avec trop de vigueur. L’Espagne a des ressources maritimes qui sont perdues pour elle et pour la France. Il faut qu’un bon gouvernement les fasse renaître, les améliore par une judicieuse organisation, et que Votre Majesté les dirige contre l’ennemi commun, pour arriver enfin à cette paix que l’humanité réclame, dont l’Europe entière a si grand besoin. Tout ce qui conduit à ce but est légitime. L’intérêt de la France, celui de l’Europe continentale ne permettent pas à Votre Majesté de négliger les seuls moyens par lesquels la guerre contre l’Angleterre peut être poursuivie avec succès.

La situation de l’Espagne compromet la sûreté de la France et le sort de la guerre contre l’Angleterre. Le pays de l’Europe qui offre le plus de moyens maritimes est celui qui en a le moins.

Sire, l’Espagne ne sera pour la France une amie sincère et fidèle, la guerre avec l’Angleterre ne pourra être continuée avec l’espérance d’arriver à la paix, que lorsqu’un intérêt commun unira les deux Maisons régnant sur la France et sur l’Espagne. La dynastie qui gouverne l’Espagne sera toujours, par ses affections, ses souvenirs, ses craintes, l’ennemie cachée de la France, l’ennemie d’autant plus perfide qu’elle se présente comme amie, cédant tout à la France victorieuse, prête à l’accabler du moment où sa destinée deviendrait incertaine.

Il faut pour l’intérêt de l’Espagne, comme pour celui de la France, qu’une main ferme vienne rétablir l’ordre dans son administration et prévenir la ruine vers laquelle elle marche à grands pas. Il faut qu’un prince, ami de la France par sentiment, par intérêt, n’ayant point à la craindre et ne pouvant être un objet de défiance pour elle, consacre toutes les ressources de l’Espagne à sa prospérité intérieure, au rétablissement de sa marine, au succès de la cause qui lie l’Espagne à la France et au continent. C’est l’ouvrage de Louis XIV qu’il faut recommencer.

Ce que la politique conseille, la justice l’autorise. L’Espagne s’est réellement mise en guerre avec Votre Majesté. Ses intelligences avec l’Angleterre étaient un acte hostile; sa proclamation du 5 octobre, une véritable déclaration de guerre, qui aurait été suivie d’une agression, si Votre Majesté n’avait pas vaincu à Iéna. Alors, le midi de la France était envahi, et les départements de la gauche de la Loire, que Votre Majesté avait laissés sans troupes, auraient été obligés d’accourir pour repousser ce prétendu allié de la France, devenu son plus dangereux ennemi. Votre Majesté a dissimulé ses justes ressentiments. Les commerçants français en Espagne ont perdu leurs anciens privilèges. Les lois de douanes ont été dirigées principalement contre le commerce français. Elles étaient remarquables par leur arbitraire et leurs perpétuelles variations; ces variations ne pouvaient être connues ; elles n’avaient aucune publicité; ce n’était que dans les bureaux de douanes que l’on apprenait que la loi de la veille n’était plus celle du lendemain. Les marchandises confisquées, souvent sans prétexte, n’étaient jamais rendues. Toutes les réclamations faites par des Français ou pour des intérêts français étaient repoussées. Pendant que l’Espagne faisait ainsi la guerre en détail aux Français et à leur commerce, tous ses ports, et principalement ceux du golfe de Gascogne, étaient ouverts au commerce anglais. Les lois de blocus, proclamées en Espagne comme en France, n’étaient qu’un moyen de plus de favoriser cette contrebande des Anglais, dont les marchandises se répandaient de l’Espagne dans le reste de l’Europe. D’ailleurs, les circonstances actuelles ne permettent pas à Votre Majesté de ne point intervenir dans les affaires dé ce royaume. Le roi d’Espagne a été précipité de son trône. Votre Majesté est appelée à juger entre le père et le fils; quel parti prendra-t-elle ? Voudrait-elle sacrifier la cause des souverains, celle de tous les pères, et permettre un outrage fait à la majesté du trône ? Voudrait-elle laisser sur le trône d’Espagne un prince qui ne pourra se soustraire au joug des Anglais qu’autant que Votre Majesté entretiendra constamment une armée puissante en Espagne ? Si, au contraire, Votre Majesté se détermine à replacer Charles IV sur son trône, elle sait qu’elle ne peut le faire sans avoir à vaincre une grande résistance et sans faire couler le sang français. Ce sang, que la nation prodigue pour ses propres intérêts, peut-il être versé pour l’intérêt d’un roi étranger dont le sort n’importe nullement à la France ? Enfin Votre Majesté peut-elle, ne prenant aucun intérêt sur ces grands différends, abandonner la nation espagnole à son sort, lorsque déjà une extrême fermentation l’agite et que l’Angleterre y sème le trouble et l’anarchie ? Votre Majesté doit-elle laisser cette nouvelle proie à dévorer pour l’Angleterre ? Non, sans doute. Ainsi Votre Majesté, obligée de s’occuper de la régénération de l’Espagne d’une manière utile pour elle, utile pour la France, ne doit donc ni rétablir, au prix de beaucoup de sang, un roi détrôné, ni sanctionner la révolte de son fils, ni abandonner l’Espagne à elle-même; car, dans ces deux dernières hypothèses, ce serait la livrer aux Anglais, dont l’argent et les intrigues ont amené les déchirements de ce pays, et assurer leur triomphe.

J’ai exposé à Votre Majesté les circonstances qui l’obligent à prendre une grande détermination. La politique la conseille, la justice l’autorise, les troubles de l’Espagne en imposent la nécessité. Votre Majesté doit pourvoir à la sûreté de son empire et sauver l’Espagne de l’influence de l’Angleterre.

 

Bayonne, 24 avril 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée, à Bayonne.

Mon Cousin, envoyez sur-le-champ l’ordre suivant au général de brigade Ducos, par un officier de votre état-major, de partir avec le 3e escadron de marche, tout le 13e régiment provisoire et ses deux pièces de canon, et de se rendre à Mondragon et à Placencia, de se saisir de 15,000 armes qui sont dans ces magasins et de les faire évacuer sur Saint-Sébastien. Vous lui ferez comprendre l’importance d’arracher le plus tôt possible ces armes à la révolte, et de veiller à ce qu’au fur et mesure qu’il y aurait des armes à Mondragon, elles soient évacuées sur Saint-Sébastien. Vous lui prescrirez de prendre des informations sur les armes qui pourraient exister dans d’autres parties de la province, et de les faire également évacuer sur Saint-Sébastien. Donnez l’ordre que les 200,000 cartouches, parties hier pour Vitoria, si elles ne sont pas utiles au général Verdier, il les fasse filer sur Madrid. Pour cela, il faut que le général Verdier fasse fournir 50 cartouches à chacun des hommes des deux régiments provisoires qui sont à Vitoria, et qu’il ait ses caissons remplis; le surplus, il le fera diriger sur Madrid. De la position de Mondragon, le général Ducos sera en mesure de recevoir les ordres du général Verdier. L’officier que vous enverrez continuera sa route sur Vitoria et portera le duplicata de ces ordres au général Verdier, auquel vous ferez sentir la nécessité de s’assurer des armes qui pourraient se trouver dans la province. Vous donnerez l’ordre au général de division Lasalle de partir avec le 14e provisoire, le 22e de chasseurs et deux pièces de canon de 4, et de prendre position à Tolosa. De là il correspondra avec le général de brigade Ducos, chargé de prendre à Mondragon le magasin de 15,000 armes qui s’y trouve et de l’évacuer sur Saint-Sébastien, Il se mettra en correspondance avec le général Thouvenot à Saint-Sébastien, qui pourrait lui fournir, en cas d’événement, une colonne de renfort; avec le général Verdier à Vitoria, qui lui enverra des ordres, comme son ancien. Il correspondra également avec vous pour vous informer de tout ce qui arriverait à sa connaissance. Il tiendra ses troupes le plus réunies possible, et aura soin de les faire exercer tous les jours, cavalerie et infanterie. Il aura soin qu’il y ait toujours à Tolosa des vivres pour huit jours. Ainsi, vous ferez connaître au général Verdier qu’une brigade sous ses ordres est réunie à Vitoria, que celle du général Ducos, composée d’un régiment d’infanterie, le 13e provisoire, d’un escadron de cavalerie, et de deux pièces de canon, et que le 14E provisoire, avec un autre régiment de cavalerie et deux pièces de canon, composant la division Lasalle, mais dont il ne pourra disposer qu’en cas des plus extrêmes événements, sont sous ses ordres. Le général Lasalle aura soin que ses chasseurs aient leurs 20 cartouches par homme, en partant de Bayonne et de Saint-Jean-de-Luz, et que toutes les armes soient continuellement chargées. Le 1er escadron du 10e de chasseurs partira demain avec le colonel pour se rendre à Saint-Jean-de-Luz. Le 2e escadron restera à Bayonne jusqu’à nouvel ordre, ayant soin que chaque homme ait ses cartouches. Les dépôts du 22e et du 10e régiment de chasseurs, ainsi que tous les hommes malades et éclopés, resteront à Bayonne ou aux environs, et le commandant de la place en aura toujours l’état.

 

Bayonne, 25 avril 1808

A M. de Talleyrand, prince de Bénévent, Vice-Grand Électeur, à Paris

Mon Cousin, j’ai reçu votre lettre du 21 avril. Je vous remercie de la part que vous prenez à l’heureux accouchement de la reine de Hollande.

J’ai reçu vos différentes lettres sur le langage des ambassadeurs à Paris. J’ai peine à croire que M. Tolstoï ait tenu le langage qu’on lui prête; c’est un quolibet parisien. Ou pourrait lui répondre que le premier courrier de M. Caulaincourt a apporté la nouvelle de la rupture de l’armistice de Moldavie; le second, la conquête de la Finlande; le troisième, l’envoi de nouvelles troupes en Moldavie. Mais les deux cours sont au mieux. Je puis avoir des démêlés avec Rome et avec l’Espagne, cela ne regarde pas la Russie , c’est pour moi les frontières de la Chine. Je suis bien avec tout le monde, et en mesure d’être mal avec qui voudra.

Il faut que mon système s’achève ; mon habitude n’est jamais de rester en chemin. Toutefois donnez à dîner quelquefois à M. de Tolstoï. Guérissez M. de Dreyer de sa peur; dites-lui que 25,000 hommes que le Danemark a en Seeland répondent à tout; que les Anglais ne sont pas hommes à envoyer en Suède autre chose que quelques flibustiers; que l’expédition de Scanie exigeait 40,000 hommes; que j’en ai 30,000, que les Danois devaient y joindre 10,000 hommes; mais que ces 40,000 hommes devaient débarquer à la fois et non en deux parties; car, si 20,000 hommes débarquaient, et que les 20,000 autres ne pussent pas passer, l’expédition était manquée et la moitié des troupes très-exposée; que le prince de Ponte-Corvo s’est rendu à Copenhague, qu’il s’est assuré par lui-même qu’il n’y avait de moyens de transport que pour 15,000 hommes à la fois, que dès lors rien n’était possible qu’en cas de gelée, mais qu’elle n’a pas eu lieu; que sans doute l’année prochaine les gelées auront lieu, ou que les moyens d’embarquement seront plus puissants. Vous comprenez bien que, dans le fait, je ne pouvais pas aussi légèrement porter mes soldats contre la Suède, et que ce n’est pas là que sont mes affaires.

Le prince des Asturies est ici ; je le traite fort bien. Je l’accompagne au haut de l’escalier, je le reçois de même, mais je ne le reconnais pas.

Le Roi et la Reine seront ici dans deux jours. Le prince de la Paix arrive ce soir. Ce malheureux homme fait pitié. Il a été un mois entre la vie et la mort, toujours menacé de périr. Diriez-vous que, dans cet intervalle, il n’a pas changé de chemise, et qu’il avait une barbe de sept pouces ? La nation espagnole a montré là une inhumanité sans exemple. On débite sur son compte les faits les plus absurdes. On dit qu’on lui a trouvé 500 millions, et hier encore les meneurs disaient : “Qu’a-t-il donc fait de son argent ? nous n’avons trouvé ” que le courant d’une grande maison.””  Faites faire des articles, non qui justifient le prince de la Paix, mais qui peignent en traits de feu le malheur des événements populaires, et attirent la pitié sur ce malheureux homme; aussi bien ne tardera-t-il pas à arriver à Paris.

Je continue mes dispositions militaires en Espagne. Cette tragédie, si je ne me trompe, est au cinquième acte; le dénouement va paraître.

Le roi de Prusse est un héros en comparaison du prince des Astu ries. Il ne m’a pas encore dit un mot; il est indifférent à tout, très- matériel, mange quatre fois par jour et n’a idée de rien.

 

Bayonne, 25 avril 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je suppose que vous avez envoyé différents agents au Mexique et à Montevideo. Il serait convenable d’en envoyer de nouveau.

Il serait bon que quelques bricks, goélettes et frégates pussent se rendre au fond du Mexique, à Cayenne, à Rio de la Plata et même qu’on fit passer des informations à la Guadeloupe, où le capitaine général a beaucoup de moyens de communication avec le continent d’Espagne. Occupez-vous de ces objets sans attendre mes ordres, et faites des expéditions. Les agents doivent s’étudier à faire connaître que les changements qui arrivent en Espagne sont avantageux aux colonies, puisque, dans les nouveaux rapports que l’Espagne va avoir avec la France, il y aura plus d’unité dans les mesures et plus de moyens de les secourir.

 

Bayonne, 25 avril 1808, minuit

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant de l’Empereur en Espagne, à Madrid

Mon Frère, je revois votre lettre du 23 à deux heures du matin, où je vois que le prince de la Paix est parti le 122 à dix heures u soir. Je suppose  aujourd’hui 25, le roi Charles à Burgos.

Il serait nécessaire que l’on connût à Madrid la protestation que le roi Charles a faite à la commission, et la résolution qu’a prise la commission de gouverner au nom de roi, sans désigner quel prince. Ce préalable me paraît indispensable pour faire marcher l’opinion. Immédiatement après la réception de cette lettre, faites donc imprimer dans la Gazette de Madrid l’une et l’autre de ces pièces. Prenez la haute main sur tout ce qui est imprimerie. Faites mettre dans les gazettes un extrait de ma lettre au prince des Asturies, à Vitoria; tout peut même en être imprimé, si cela est nécessaire. Il est essentiel de bien caractériser dans l’opinion qu’on se trouve sans roi.

Empêchez qu’il ne soit brûlé aucune maison, et contenez sévèrement le peuple. Quand vous aurez fait les publications ci-dessus, vous réunirez chez vous les principaux de la ville et vous leur déclarerez que je les rends responsables de la tranquillité du royaume; que j’attends l’arrivée du roi Charles à Bayonne, pour faire connaître ce qui aura été arrêté; mais que, dans tout état de choses, l’indépendance et l’intégrité des Espagnes seront maintenues ; que je n’en veux pas même un village. Cette déclaration, faite avec un peu d’art, pourra être imprimée le lendemain.

Faites ensuite imprimer dans les journaux des articles sur la mauvaise administration de l’Espagne depuis plusieurs années, et sur la nécessité, d’y porter remède pour recouvrer l’éclat et la gloire des anciens Espagnols, et de marcher constamment avec la France, qui est le seul pays par lequel l’Espagne communique avec le continent.

En résumé : 

l° après la réception de cette lettre, vous ferez imprimer dans la Gazette de Madrid la protestation de Charles IV et l’engagement qu’a pris la régence ; que le prince de la Paix s’est rendu à Bayonne, que mon intention n’est pas même de le voir, mais de l’envoyer en exil dans le fond d’un village, à cent lieues de l’Espagne.

2° Le lendemain, assemblée des principaux de la ville pour s’assurer du maintien de la tranquillité, et déclarer que, dans aucun état de choses, l’indépendance et l’intégrité de l’Espagne ne seront compromises. Le lendemain de cette réunion, faites mettre cette déclaration dans les journaux.

3° Le surlendemain, mettre un article sur la bonne réception que j’ai faite au prince des Asturies et aux Espagnols qui l’accompagnent, en lui déclarant que je ne pouvais le reconnaître s’il était vrai que le Roi son père eût protesté. Enfin , mettre tous les jours des articles sur la nécessité de marcher d’accord avec la France et de réformer plusieurs parties importantes du gouvernement. Pour cela, à quelque prix que ce soit, emparez-vous de l’administration.

 

Bayonne, 25 avril 1808

A Louis Napoléon, roi de Hollande, à La Haye

Je vous envoie la liste de toutes les personnes qui font la contrebande chez vous, et infestent mes frontières. C’est une véritable hostilité qu’ils me font. J’ai fait arrêter ceux qui sont sur la frontière de France; je vous engage à en faire autant sur la vôtre. Vous n’aurez pas par là à vous plaindre de méfaits de ma part; mais je ne peut souffrir ce scandale plus longtemps. Cela équivaut à un rassemblement de gens armés. Le tort qu’ils font au commerce est tel, qu’il y a des gens qui ont gagné une vingtaine de millions dans ces fraudes.

 

Bayonne, 25 avril 1808, minuit

Au maréchal Bessières, commandant la Garde impériale en Espagne, à Burgos

Mon Cousin, l’estafette qui m’arrive ne m’apporte point de lettre de vous. Il faudrait cependant vous arranger pour être instruit du passage de l’estafette et écrire à moi ou au major général; il y a tou jours quelque chose à dire.

Je suppose que le roi Charles et la reine ont dépassé Burgos. J’ai bien traité le prince des Asturies, mais je ne l’ai pas reconnu. Vous pouvez dire, dans la conversation , que je lui avais fait connaître depuis Vitoria que je ne le reconnaîtrais pas si le roi Charles avait protesté. Dites que je n’accorde un refuge au prince de la Paix que pour éviter tout scandale et empêcher l’effusion du sang.

Appelez à vous toute la cavalerie qui se trouve depuis Irun jusqu’à Burgos, hormis le 3e escadron de marche de cuirassiers qui est avec le général de brigade Ducos, et la division du général Lasalle, dont un régiment, le 22e de chasseurs, se rend avec un régiment provisoire d’infanterie à Tolosa. J’ai retenu ici le 10e régiment de chasseurs. J’attends, ces jours-ci, plusieurs escadrons de marche. Ainsi vous pouvez appeler à vous toute la cavalerie qui est sur la route de Burgos. Le pays où vous êtes est un pays de cavalerie, où l’on ne saurait en avoir trop. La cavalerie du général Lasalle et celle qui arrive sont suffisantes pour garder les derrières. Vous pouvez laisser les détachements de la Garde qui sont à Vitoria puisqu’ils pourraient me servir. Je suppose que vous me donnez de grands détails sur le passage du Roi.

 

Château de Marracq, 26 avril 1808 

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Bayonne

Monsieur de Champagny, faites faire un présent de ma part au chirurgien dont parle M. Clérambault. Faites mettre dans les petits journaux des articles sur la situation de Bucharest, sur l’éloignement du divan et sur l’espèce de prise de possession des Russes. Faites mettre les nouvelles d’Amérique dans les journaux et le message du Président, s’il n’y a pas déjà été mis.

 

Bayonne, 26 avril 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée, à Bayonne

Mon Cousin, témoignez mon mécontentement au grand-duc de Berg de ce qu’il s’est donné le droit de commuer la peine à laquelle un militaire a été condamné. Il n’a pas ce droit; faites-lui connaître que j’ai annulé sa décision. Cette demande de grâce doit être envoyée au grand juge, pour être examinée en conseil privé. Avant tout, le grand-duc de Berg doit connaître les lois du pays et ne pas usurper les droits de souveraineté. Je ne puis qu’être extrêmement mécontent de ce qu’il s’est permis de faire.

 

Bayonne, 26 avril 1808

NOTE EN MARGE D’UN RAPPORT DU MAJOR GÉNÉRAL

Réitérer les ordres pour que le territoire du grand-duché de Varsovie ne soit violé d’aucune manière.

 

Bayonne, 26 avril 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon fils, je vois dans votre projet d’organisation de l’armée d’Italie, que vous formez la 4e et la 2e division de l’armée de Dalmatie; que la 5e division est celle du général Séras, cantonnée à Udine; que la 3e est celle du général Broussier, cantonnée à Osopo; que la 5e est celle du général Souham, que vous placez au camp de Montéchiaro. Vous ne devez pas compter sur le 7e de ligne, qui est en Espagne; il faut donc y suppléer par quatre quatrièmes bataillons.

La 6e division que vous faites commander par le général Grenier se réunirait en cas d’événement. La 7e que vous faites commander par le général Lauriston, se réunirait à Trévise et Padoue. La 8e, que vous faites commander par le général Miollis, Se réunirait aussi en cas d’évènement dans le pays vénitien. Cela me paraît fort bien, et je compte que vous êtes assez fort pour tenir tête à qui que ce soit. Je vais probablement joindre à cette armée une bonne division portugaise, dont la tête commence à arriver en France.

 

Bayonne, 26 avril 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Je reçois votre lettre du 23 avril. Ce qui m’importe, c’est que j’aie des chefs de bataillons qui sachent bien leurs manoeuvres. On doit regarder les nominations qu’ont faites le maréchal Kellermann et le général Dejean dans des moments de presse comme des avancements à revoir. Ne me proposez pour majors et pour chefs de bataillons que des officiers qui n’aient point d’interruption dans leurs services et qui aient été en activité pendant toute la guerre.

 

Bayonne, 27 avril 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je reçois votre lettre du 23. Je vois avec plaisir que, moyennant les travaux que vous ordonnez et qu’il faut pousser avec la plus grande activité, le bassin de Flessingue pourra contenir vingt vaisseaux de guerre; ces vingt vaisseaux, nous pouvons les avoir l’année prochaine; quel immense résultat ! Et ce sera un grand objet de menace pour l’Angleterre.

Je pense qu’il est nécessaire de visiter et radouber le Tourville, l’Aquilon, le Républicain et le Wattignies. Ces quatre vaisseaux doivent pouvoir servir, soit comme vaisseaux de guerre , soit comme flûtes. Vous avez une partie de l’été pour ces opérations. Dans tous les cas, soit qu’ils servent comme vaisseaux ou comme flûtes, ils pourraient aller finir leurs destins dans les opérations qui auraient été méditées, soit au Brésil , soit dans l’Amérique espagnole.

 

Bayonne, 27 avril 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

J’accorde la Légion d’honneur au capitaine Grassin, commandant le corsaire le Généra1-Ernouf. Faites connaître dans le Moniteur les prises faites sur les Anglais par les corsaires de la Guadeloupe.

Je désapprouve l’incorporation du bataillon du 26e dans le 66e; vous le direz au capitaine général pour que cela n’arrive plus. Rendez compte de cela au ministre de la guerre, pour que ce bataillon soit reformé au 26e, qui est en France.

Présentez-moi un projet de décret pour destituer le général …… Prenez des mesures pour envoyer 800 hommes à la Guadeloupe. Les trois aventuriers qui viennent de la Guadeloupe, ainsi que ceux que Bordeaux, Bayonne et Nantes veulent expédier, pourraient porter chacun une vingtaine d’hommes.

Faites connaître dans le Moniteur le voyage de l’amiral Duckworth dans le golfe du Mexique.

Faites connaître le nom des soixante et onze prises qui ont été faites à la Guadeloupe.

Pourriez-vous envoyer des secours à la Martinique avant octobre ? Serait-il prudent de faire partir deux frégates de Lorient dans cette saison ? ou bien de Brest ?

 

Bayonne, 27 avril 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Le mémoire des sieurs Sganzin et Cachin sur l’Adour ne dit rien et ne répond pas à la question. Les travaux qui ont été faits ont considérablement amélioré la rade, et l’Adour, qui se jetait à deux ou trois lieues de Bayonne en suivant la mer, s’y jette aujourd’hui directement. Il est nécessaire que vous envoyiez le sieur Sganzin sur les lieux. Le raisonnement sur l’inutilité du prolongement de la digue ne me paraît point porter sur les faits; sans doute, la barre sera éloignée de 30 toises; mais, s’il y a 40 pieds de fond, comme le disent les marins, il faudra 150 ou 120 ans avant que la barre soi refaite. Cela est assez important pour que vous donniez ordre aux sieurs Prony et Sganzin de venir sur les lieux. Il est très-intéressant pour ces départements que des bâtiments de commerce entrent franchement à Bayonne. Il est également avantageux pour la marine de construire des frégates, des vaisseaux, pour employer des bois qu’on ne peut transporter ailleurs sans des frais immenses. Je suis d’autant plus étonné des conclusions du sieur Sganzin , qu’il me propose la même chose pour Venise, des travaux qui éloignent la barre et fondés sur les mêmes raisons.

 

Bayonne, 27 avril 1808

NOTE EN MARGE D’UN RAPPORT DU MINISTRE DE LA MARINE.

Quand on voit les côtes de l’Océan, on gémit sur l’abandon où elles sont. Point de chaloupes canonnières, point de péniches pour protéger le cabotage; cette incurie lui fait courir des risques, le rend difficile, et cela par la seule faute de la marine. Le cabotage serait aussi sûr qu’en temps de paix, s’il y avait la moindre organisation et si l’on prenait la moindre précaution.

 

Bayonne, 27 avril 1808

NOTE POUR LE MINISTRE DE LA MARINE

Le général Morand assure que la forêt de Libio, située dans le département de Limione, a fourni aux arsenaux de Toulon et de Gênes 250,000 pieds cubes de bois d’aussi bolonne qualité que celui du Nord. Ce fait est facile et important à vérifier. Le ministre demandera que, dans les comptes qui lui seront rendus, on divise les quantités par essence de chêne, de bois blanc et de sapin. Si le fait est constaté, il ordonnera que des essais soient faits à Toulon, et que l’on emploie des mâtures de Corse pour des bricks et pour des frégates. L’exploitation de la forêt de Libio mérite toute son attention. Cet objet aurait le double avantage de procurer des travaux à la Corse et des bois à notre marine.

 

Bayonne, 27 avril 1808

DÉCISION

Le prince de Neuchâtel, major général, rend compte, d’après le rapport du maréchal Davout, de la violation du territoire du duché de Varsovie par des hussards autrichiens. Le colonel Niepperg, commandant le cordon autrichien en Galicie, a fait de fausses déclarations pour éluder la satisfaction exigée. Le maréchal Davout a renvoyé au dépôt un officier de son corps d’armée qui, sans y être autorisé, a eu des relations avec l’officier russe mêlé à cette affaire. Il faut donner ordre pour que cet officier soit mis en prison. Il est ridicule que le maréchal Davout l’ait envoyé dans le 3e bataillon; le 3e bataillon a besoin de bons officiers comme les deux premiers. Il devait lui infliger une punition. Aujourd’hui M. de Niepperg est publiquement connu pour avoir été l’ennemi des Français; il faut donc lui fermer toute entrée à Varsovie. C’est lui qui a fait déserter un petit chirurgien, neveu de Precy, qui est aujourd’hui lieutenant-colonel au service de la Russie.

 

Bayonne, 29 avril 1808

A Alexandre Ier, Empereur de Russie, à Saint-Pétersbourg

Monsieur mon Frère, j’ai reçu par M. de Czernitchef la lettre de Votre Majesté, du 24 mars, avec les publications qu’elle a jugé à propos de faire sur l’occupation de la Finlande et sur la prohibition des marchandises anglaises. J’ai vu l’un et l’autre de ces actes avec le plaisir que j’éprouve à tout ce que fait Votre Majesté. La saison avance; le présence des Anglais, le peu de moyens des Danois me font craindre que l’expédition du maréchal Bernadotte n’éprouve des retards. Tout cependant est en mesure, les circonstances feront le reste. J’ai ici le prince des Asturies, qui s’est fait proclamer Ferdinand VII. J’attends demain le roi Charles IV, son père. Celui-ci proteste. Cette querelle de famille et les symptômes de révolution qui s’annoncent en Espagne me donnent quelque embarras; mais je serai bientôt libre pour concerter la grande affaire avec Votre Majesté. Le travail de M. de Romanzof est loin de pouvoir concilier les différents intérêts; c’est cependant là où il faut travailler à arriver. J’ignore tout ce que fait l’Autriche, et n’ai aucune liaison ni intelligence sur ses mouvements; Votre Majesté peut compter là-dessus. J’ai bien du tracas et des embarras avec la Porte et ses cent pachas, qui tous font à leur guise. Mes escadres ont eu le petit succès de ravitailler Corfou pour deux ans en munitions de toute espèce, de guerre et de bouche, et sont rentrées à Toulon. Je désire fort le moment de revoir Votre Majesté et de lui dire de vive voix tout ce qu’elle m’inspire. 

NAPOLÉON.

 

Château de Marracq, 29 avril 1808 

A Charles IV, roi d’Espagne

J’ai reçu toutes les lettres de Votre Majesté. Elle sera instruite à cette heure que j’en ai fait usage. Je n’ai pas reconnu et ne reconnaîtrai jamais le prince des Asturies comme roi d’Espagne; je le lui ai fait dire officiellement. Je me réjouis de voir Votre Majesté, mais je suis fâché de la savoir incommodée. Elle peut compter sur mon désir de lui être agréable et de lui donner des preuves de l’intérêt qu’elle m’inspire et de la véritable amitié que j’ai pour elle.

 

Bayonne, le 29 avril 1808

Au général Junot, commandant le 8e corps de l’armée d’Espagne.

Ce que vous proposez me paraît raisonnable de faire payer les gratifications de campagne et la gratification extraordinaire en papier et même les appointements, en payant 1/2 en papier et 1/2 en argent avec la bonification en papier.

Puisque vous avez pris le titre de duc d’Abrantès, il faut continuer à le porter; mais les titres ne se prennent pas sur la lettre de notification, mais sur les lettres patentes. Envoyez vos noms, prénoms, etc., à l’archichancelier, pour qu’iö vous expédie vos lettres patentes et faîtes-lui connaître aussi vos idées sur les armoiries et livrée.

 

Bayonne, 30 avril 1808 

Au général Duroc, Grand Maréchal du palais, à Bayonne

Donnez des ordres pour que les troupes soient sous les armes depuis la porte de la ville jusqu’au logement du roi Charles IV. Le commandant de la place le recevra à la porte de la ville au moment de son arrivée. La citadelle ainsi que tous les bâtiments qui sont en rade tireront soixante coups de canon. Vous recevrez le roi Charles à la porte de son palais. L’aide de camp Reille fera les fonctions de gouverneur du palais du Roi. Un de mes chambellans attendra également le Roi à la porte de son palais, ainsi que M. d’Oudenarde, écuyer, qui aura soin du service des voitures. Le sieur Dumanoir, chambellan, sera de service près de la Reine. Vous présenterez au Roi et à la Reine ceux de mes officiers qui sont de service près Leurs Majestés. Toutes les mesures seront prises pour qu’ils ne manquent de rien et qu’ils soient nourris à mes frais, par ma cuisine. Un de mes maîtres d’hôtel et un cuisinier seront affectés à ce service. Si le Roi a des cuisiniers, ils pourront assister les miens. Le gouverneur du palais du Roi prendra tous les jours ses ordres pour les consignes. Il y aura un piquet de cavalerie et de garde d’honneur. On mettra à la porté deux cuirassiers à cheval, et on retiendra pour ce service le détachement de cuirassiers qui est ici.

——–

P. S. Les autorités civiles de Bayonne se trouveront également à la porte de la ville pour recevoir le Roi, etc.

 

Bayonne, 30 avril 1808, huit heures du matin

Au maréchal Bessières, commandant la Garde impériale en Espagne, etc., à Burgos

Il arrive à l’instant une estafette partie le 28 de Burgos. Il n’y a aucune lettre de vous, ni de qui que ce soit, si ce n’est quelques lettres particulières insignifiantes. J’ignore si le roi Charles est parti le 27 ou non de Burgos. Il est nécessaire que vous écriviez tous les jours au major général, et plutôt deux fois qu’une. Il me semble qu’il faut peu de soin pour se faire instruire du passage de l’estafette, et lui faire remettre vos lettres. Je n’ai jamais vu si peu de rapports que ceux de Burgos. Écrivez tous les jours à moi ou au major général.

J’ai deux pages à Burgos; renvoyez-les-moi. Faites-moi connaître les officiers d’ordonnance qui s’y trouvent.

Il eût été très-intéressant pour moi de savoir si le roi Charles était arrivé à Burgos le 27, et ce qu’il faisait le 28.

Votre état-major remet sans précaution ses paquets pour Saint-Sébastien et Pampelune à l’estafette qui les apporte à Bayonne, au lieu d’adresser les dépêches pour Pampelune à Vitoria, au général Verdier qui les ferait passer, et à Hernani celles destinées pour Saint-Sébastien. Tout cela a l’air d’un état-major qui n’a jamais servi.

Vous devez ordonner au commandant de la place de Burgos de vous faire un rapport journalier que vous enverrez, tous les jours, par l’estafette. Donnez le même ordre à Vitoria.

 

Bayonne, 30 avril 1808

Au général Verdier, commandant la 1e division d’observation des Pyrénées-Orientales, à Vitoria

Vous trouverez ci-joints plusieurs exemplaires de la Gazette de Bayonne. Vous la communiquerez aux principaux de la province, et vous causerez avec eux de la situation actuelle des choses. J’ai chargé mon chambellan Tournon de parcourir les différents points de la Biscaye dans le même objet. Vous ferez sentir la nécessité qu’on se comporte bien ; qu’on gagnera à cela la conservation des privilèges, la tranquillité, d’avoir peu de troupes, car, dès que je serai sûr que la tranquillité ne sera point troublée, je ferai rentrer mes troupes en Espagne. Faites bien comprendre que, plus voisins de la France, ils sont plus intéressés que d’autres à se bien conduire; que la perte de leurs privilèges et leur ruine totale seraient le résultat de toute autre conduite. Engagez les États, les évêques, les alcades à faire des publications pour exhorter tout le monde à se tenir tranquille. Correspondez tous les jours avec le major général, et rendez-moi compte souvent de la direction de l’esprit public, et influez de manière à maintenir la tranquillité de la Biscaye. Si voisins de la France, la moindre imprudence les perdrait.

 

Marracq, 30 avril 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Bayonne

Monsieur de Champagny, je vous renvoie avec votre portefeuille la note de M. de Cevallos. Vous lui répondrez, en forme de billet, que toutes les lettres dont son courrier était porteur ont été remises à la poste française, qui les remettra à Madrid et à Burgos avec la plus grande exactitude, que toutes les personnes en Espagne, qui voudront écrire pourront le faire par la poste ordinaire ou même par l’estafette française, que l’empêchement qui a été mis au départ du courrier vient de ce que, en conséquence de la notification que Sa Majesté avait faite le matin qu’elle ne reconnaissait que le roi Charles IV, elle ne pouvait reconnaître sur son territoire aucun acte ou passeport au nom d’un autre roi d’Espagne.

Commencement de mai 1808

Au général Caulaincourt, ambassadeur à Saint-Pétersbourg

Je reçois votre lettre du 12 avril. Faites mon compliment à l’empereur sur la prise de Sveborg.

Vous avez reçu des explications sur les affaires de Copenhague. Le fait est qu’il faut pouvoir passer, et passer avec au moins 30,000 hommes à la fois. Car il n’est pas certain que le second convoi passe, et, si le premier convoi se trouvait séparé, il serait exposé à recevoir des échecs- Le prince de Ponte-Corvo avait marché à marches for5ées, espérant que les Belts gèleraient. Il s’est rendu de sa personne à Copenhague pour s’assurer des moyens de passage, et, voyant qu’il n’y avait de moyens que pour passer 15,000 hommes à la fois, il suspendit sa marche. Mais le mouvement continue, et plusieurs milliers d’hommes sont passés en Seeland. Mais enfin ces opérations ne peuvent se faire qu’avec prudence. Voilà la Finlande russe.

Les affaires de Turquie demandent de grandes discussions. Il est fâcheux que l’empereur ait ajourné l’entrevue – au lieu de venir en Espagne, j’aurais été à Erfurt. J’espère sous dix ou douze jours avoir terminé mes opérations ici. J’ai ici le roi Charles et la reine, le prince des Asturies, l’infant don Carlos, enfin toute la famille d’Espagne. Ils sont très animés les uns contre les autres; la division entre eux est poussée au dernier point. Tout cela pourrait bien se terminer par un changement de dynastie.

Pour votre gouverne, je vous dirai que, depuis l’arrivée de M. d’Alopéus, je n’ai pas entendu parler de l’Angleterre, et, au moindre mot que j’en aurais, la Russie en serait instruite; on doit compter là-dessus.

Je n’ai pas non plus entendu parler de l’Autriche, et je ne connais rien aux armements qu’elle fait. On me rend compte de tous côtés qu’une grande quantité de canons, de vivres, de troupes se rend en Hongrie. Il faut que la Russie sache bien cela, et que, même vis-à-vis de moi, les Autrichiens nient ces armements, ou du moins disent qu’ils ne sont pas considérables.

 

Bayonne, ler mai 1808

A M. de Talleyrand, prince de Bénévent, vice Grand-Électeur

J’ai reçu votre lettre du 27 avril. Le ministre d’Espagne a écrit une lettre assez ridicule à Champagny pour se plaindre que les journaux disaient que le roi Charles a été forcé d’abdiquer. Il faut que vous lui disiez qu’il doit avoir lu le Moniteur; que j’ai vu le roi Charles et la reine, qui ont fort mai reçu leurs fils; qu’ils ont été sous les poignards pendant plusieurs heures, et qu’ils auraient péri si le Roi n’avait signé son abdication. Vous direz cela au corps diplomatique, et vous ajouterez que le Roi a été très-surpris que les ministres étrangers, à Madrid, eussent reconnu le nouveau roi; que le ministre de la France, qui représentait la seule puissance qui pouvait influer sur ses affaires, ne l’avait pas reconnu; que, ce ministre lui ayant demandé si son abdication avait été volontaire, il lui avait répondu “Je me réserve d’en écrire à monsieur mon frère l’empereur des Français”; que ce seul indice avait suffi à M. de Beauharnais, qui avait eu le bon esprit de ne pas reconnaître Ferdinand VII; que sa vie et celle de la Reine n’avaient été rachetées qu’au prix de son abdication; que, le lendemain, il fit écrire par sa fille, la reine d’Étrurie, au grand-duc de Berg, ce qui donna lieu aux pièces qu’on a lues dans le Moniteur.

Le prince des Asturies est très-bête, très-méchant, très-ennemi de le France. Vous sentez bien qu’avec mon habitude de manier les hommes, son expérience de vingt-quatre ans n’a pu m’en imposer; et cela est si évident pour moi, qu’il faudrait une longue guerre pour m’amener à le reconnaître pour roi d’Espagne. Je lui ai de plus fait notifier que, le roi Charles étant sur mes frontières, je ne devais plus avoir de rapports avec lui. J’ai fait arrêter, en conséquence, ses courriers , sur lesquels on a trouvé des lettres pleines de fiel et de haine contre les Français, qu’il appelle à plusieurs reprises : ces maudits Français.

Le prince de la Paix est ici. Le roi Charles est un brave homme. Je ne sais si c’est sa position ou les circonstances, il a l’air d’un patriarche franc et bon. La reine a son coeur et son histoire sur sa physionomie; c’est vous en dire assez. Cela passe tout ce qu’il est permis de s’imaginer. L’un et l’autre dînent aujourd’hui avec moi. Le prince de la Paix a l’air d’un taureau; il a quelque chose de Daru. Il commence à reprendre ses sens; il a été traité avec une barbarie sans exemple. Il est bon qu’on le décharge de toute imputation mensongère, mais il faut le laisser couvert d’une légère teinte de mépris.

 

Bayonne, 1er mai 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Bayonne

Monsieur de Champagny, donnez ordre au sieur Lefebvre, mon chargé d’affaires à Rome, de rentrer, à Paris.

Bayonne, 1er mai 1808.

A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Je reçois, votre lettre du 28 avril. Vous aurez vu dans le Moniteur, la direction à donner aux journaux, d’après les pièces que j’y ai fait imprimer. Il ne faut cependant pas aller jusqu’à louer et dire du bien du prince de la Paix, dont l’administration a réellement révolté toute l’Espagne. Il faut repousser toutes les imputations calomnieuses qu’on répand sur son compte, et se récrier sur l’arbitraire et l’inhumanité des procédés à son égard; mais il faut désapprouver son administration honteuse et corrompue.

 

Bayonne, ler mai 1808

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant de l’Empereur en Espagne, à Madrid

Je reçois votre lettre du 27 à minuit. Je vous ai envoyé hier la lettre que le prince des Asturies écrivait à don Antonio. Vous aurez reçu la note que M. Champagny a remise avant-hier pour déclarer que je ne peux reconnaître Ferdinand VII. J’ai fait arrêter le courrier de la junte qui, après l’engagement qu’elle a pris de gouverner au nom du roi, sans le nommer, continuait à correspondre avec Ferdinand VII. Dans des lettres interceptées, du 25, on dit que l’opinion a changé en faveur des Français, et que cela est une nouvelle preuve de l’instabilité de 1’opinion.

Aujourd’hui je vous expédie votre aide de camp; il vous fera connaître comment le roi Charles a été reçu ici. Je l’ai vu, et il m’a confirmé de vive voix tout ce qu’il m’a écrit. Tout ce qui est ici, même l’Infantado et Escoïquiz, ont été baiser la main au Roi et à la Reine, le genou en terre. Cette scène a indigné le Roi et la Reine, qui, pendant tout ce temps, les regardaient avec mépris. Ils entraient dans leurs appartements que le maréchal Duroc leur montrait; les deux princes voulaient les suivre; mais le Roi, se retournant vers eux, leur dit : “Princes, c’est trop fort ! vous avez couvert de honte et d’amertume mes cheveux blancs; vous venez d’y ajouter la dérision; sortez ! que je ne vous revoie jamais !” Ils furent confondus et sortirent avec tout leur monde. Une demi-heure après je rue rendis chez le Roi pour m’enfermer deux heures avec Leurs Majestés, qui dînent aujourd’hui chez moi. Depuis ce temps, les princes paraissent fort étourdis et étonnés. Je ne sais pas encore à quoi ils se sont résolus.

Immédiatement après que d’Hanneucourt sera arrivé, je vous expédierai Exelmans. Je ne puis que vous répéter ce que je vous ai dit : Emparez-vous des journaux et du gouvernement. Envoyez ici Antonio et les autres princes de la Maison. Je pense que trois régiments de Solano se rendront à Cadix pour renforcer le camp de Saint-Roch. Vous pouvez, du reste, laisser les ministres qui existent.

J’ai donné ordre à Bessières de retenir à Burgos toutes les personnes que vous m’envoyez, jusqu’à ce que mon plan soit entièrement conçu ici.

J’attends avec impatience de connaître l’effet qu’aura produit la connaissance de la protestation du Roi et les autres pièces.

 

Bayonne, 2 mai 1808, onze heures du soir

A Joachim, Grand-Duc de Berg, , lieutenant de l’Empereur en Espagne, à Madrid

Je reçois votre lettre du 30 avril à une heure du matin. Je vous réponds sur-le-champ, en vous envoyant la réponse du roi d’Espagne, en espagnol et en français, à la lettre du prince des Asturies que je vous ai envoyée ce matin. Cette réponse a atterré le prince des Asturies.

Il est probable que demain je vous enverrai par Exelmans mon acte de médiation. Mais il est nécessaire que la reine d’Étrurie, l’infant don Francisco et surtout don Antonio , partent sans délai pour Bayonne; que les bijoux et diamants de la couronne ne soient pas détournés, et que quelqu’un soit chargé d’y veiller, soit qu’ils passent au nouveau roi, soit qu’ils restent au roi Charles; mais il est essentiel qu’ils ne tombent pas entre les mains de gens pour lesquels ils deviendront des moyens de guerre.

Tout ceci ne peut avoir lieu qu’en agitant les esprits et en les faisant passer par différentes situations. C’est pour cela que j’aurais voulu imprimer les pièces que je vous ai envoyées; je suis fâché que vous ne l’ayez pas fait. C’est lorsque l’Espagne se trouve dans une situation critique qu’elle se regardera comme heureuse d’un arrangement qui y mettra fin. Le but de l’estafette que je vous expédie est donc, 1° de vous envoyer la réponse du roi Charles que je vous laisse le maître de faire imprimer; 2° de vous assurer de don Antonio et de tous les princes de la famille ; 3° de veiller à ce qu’aucun bien de la couronne, diamants, joyaux, ne soient aliénés.

Je suis content du roi Charles et de la Reine. Ils sont ici fort heureux. Je leur destine Compiègne.

Je destine le roi de Naples à régner à Madrid. Je veux vous donner le royaume de Naples ou celui de Portugal. Répondez-moi sur-le-champ ce que vous en pensez, car il faut que cela soit fait dans un jour. Vous resteriez, en attendant, comme lieutenant général du royaume. Vous me direz que vous préférez rester près de moi : cela est impossible. Vous avez de nombreux enfants, et, d’ailleurs, avec
une femme comme la vôtre, vous pouvez vous absenter, si la guerre vous rappelait près de moi ; elle est très-capable d’être à la tête d’une régence. Je vous dirai, bien plus, que le royaume de Naples est plus beau que le Portugal, puisque la Sicile y sera jointe; vous aurez alors six millions d’habitants.

Si vous pouvez porter les habitants de Madrid à demander le roi de Naples, vous me ferez plaisir, et ce serait ménager l’amour-propre de ces gens-ci. Peut-être la junte pourrait-elle intervenir, et se fera-t-elle un mérite de se prononcer pour le nouveau roi. Il faut vous attacher O’Farrill. Si vous ne faites pas imprimer la lettre du roi Charles, montrez-la-lui, ainsi que la sotte lettre du prince des
Asturies.

Il arrive tous les jours des troupes à Bayonne. Je n’ai déjà pas mal d’infanterie et de cavalerie..

Si vous ne pouvez pas gagner les gardes du corps, il faut les licencier.

LETTRE DU ROI CHARLES A FERDINAND, PRINCE DES ASTURIES.

Mon Fils, les conseils perfides des hommes qui vous environnent ont placé l’Espagne dans une situation critique; elle ne peut plus être sauvée que par l’Empereur. Depuis la Paix de Bâle, j’ai senti que le premier intérêt de mes peuples était de vivre en bonne intelligence avec la France : il n’y a pas de sacrifices que je n’aie jugé devoir faire pour arriver à ce but important. Même quand la France était en proie à des gouvernements éphémères, j’ai fait taire mes inclinations particulières pour n’écouter que la politique et le bien de mes sujets. Lorsque l’Empereur des Français eut rétabli l’ordre en France, de grandes craintes se dissipèrent, et j’eus de nouvelles raisons de rester fidèle à mon système d’alliance. Lorsque l’Angleterre déclara la guerre à la France, j’eus le bonheur de rester neutre et de conserver à mes peuples les bienfaits de la paix. L’Angleterre, depuis, saisit quatre de mes frégates et me fit la guerre avant même de me l’avoir déclarée; il me fallut repousser la force par la force. Les malheurs de la guerre atteignirent mes sujets. L’Espagne environnée de côtes, devait une grande partie de sa prospérité à ses possessions d’outre-mer, et souffrit de la guerre plus qu’aucun autre Etat. La cessation du commerce et les calamités attachées à cet état de choses se firent sentir à mes sujets. Plusieurs furent assez injustes pour les attribuer à moi et à mes ministres. J’eus la consolation, du moins, d’être assuré du côté de la terre et de n’avoir aucune inquiétude sur l’intégrité de mes provinces, que, seul de tous les rois de l’Europe, j’avais maintenue au milieu des orages de ces derniers temps.

Cette tranquillité, j’en jouirais encore sans les conseils qui vous ont éloigné du droit chemin. Vous vous êtes laissé aller trop facilement à la haine que votre première femme portait à la France, et bientôt vous avez partagé ses injustes ressentiments contre mes ministres, contre votre mère, contre moi-même. J’ai dû me ressouvenir de mes droits de père et de roi; je vous fis arrêter. Je trouvai dans vos papiers la conviction de votre culpabilité; mais, sur la fin de ma carrière, en proie à la douleur de voir mon fils périr sur l’échafaud, je fus sensible aux larmes de votre mère, et je vous pardonnai. Cependant mes sujets étaient agités par les rapports mensongers de la faction à la tête de laquelle vous vous étiez placé. Dès ce moment je perdis la tranquillité de ma vie, et aux maux de mes sujets je dus joindre ceux que me causaient les dissensions de ma propre famille. On calomnia même mes ministres auprès de I’Empereur des Français, qui, croyant voir les Espagnes échapper à son alliance, et voyant les esprits agités même dans ma famille, couvrit, sous différents prétextes, mes Etats de ses troupes. Tant qu’elles restèrent sur la rive droite de I’Èbre et parurent destinées à maintenir la communication avec le Portugal, je dus espérer qu’il reviendrait aux sentiments d’estime et d’amitié qu’il m’avait toujours montrés. Quand j’appris que ses troupes s’avançaient sur ma capitale, je sentis la nécessité de réunir mon armée autour de moi, pour me présenter à mon auguste allié dans l’attitude qui convenait au roi des Espagnes. J’aurais éclairci ses doutes et concilié mes intérêts. J’ordonnai à mes troupes de quitter le Portugal et Madrid, et je les réunis de différents points de la monarchie, non pour quitter mes sujets, mais pour soutenir dignement la gloire du trône. Ma longue expérience me faisait comprendre d’ailleurs que l’Empereur des Français pouvait nourrir des désirs conformes à ses intérêts, à la politique du vaste système du continent, mais qui pouvaient blesser les intérêts de ma Maison. Quelle a été votre conduite ? Vous avez mis en rumeur tout mon palais; vous avez soulevé mes gardes du corps contre moi; votre père lui-même a été votre prisonnier. Mon premier ministre, que j’avais élevé et adopté dans ma famille, fat traîné sanglant de cachot en cachot. Vous avez flétri mes cheveux blancs; vous les avez dépouillés d’une couronne portée avec gloire par mes pères, et que j’avais conservée sans tache. Vous vous êtes assis sur mon trône. Vous avez été vous mettre à la disposition du peuple de Madrid, que vos partisans avaient ameuté, et de troupes étrangères qui, au même moment, faisaient leur entrée. La conspiration de l’Escurial était consommée, les actes de mon administration livrés au mépris public. Vieux et chargé d’infirmités, je n’ai pu supporter ce nouveau malheur. J’ai eu recours à l’Empereur des Français, non plus comme un roi à la tête de ses troupes et environné de l’éclat du trône, mais comme un roi malheureux et abandonné. J’ai trouvé protection et refuge au milieu de ses camps. Je lui dois la vie, celle de la Reine et de mon premier ministre.

Je vous ai suivi sur vos traces à Bayonne. Vous avez conduit les affaires de manière que tout dépend désormais de la médiation et de la protection de ce grand prince. Vouloir recourir à des agitations populaires, arborer l’étendard des factions, c’est ruiner les Espagnes et entraîner dans les plus horribles catastrophes vous, mon royaume, mes sujets et ma famille. Mon coeur s’est ouvert tout entier à l’Empereur; il connaît tous les outrages que j’ai reçus et les violences qu’on m’a faites. Il m’a déclaré qu’il ne vous reconnaîtrait jamais pour roi, et que l’ennemi de son père ne pouvait inspirer de la confiance aux étrangers. D’ailleurs, il m’a montré des lettres de vous qui font foi de votre haine pour la France. Dans cette situation, mes droits sont clairs, mes devoirs davantage encore : épargner le sang de mes sujets; ne rien faire, sur la fin de ma carrière, qui puisse porter le ravage et l’incendie dans les Espagnes et les réduire à la plus horrible misère. Ah certes ! si, fidèle à vos devoirs et aux sentiments de la nature, vous aviez repoussé des conseils perfides. Si, constamment assis à mes côtés pour ma défense, vous aviez attendu le cours ordinaire de la nature qui devait marquer votre place dans peu d’années, j’aurais pu concilier la politique et l’intérêt de l’Espagne avec l’intérêt de tous. Sans doute, depuis six mois les circonstances ont été critiques; mais, quelque critiques qu’elles fussent, j’aurais obtenu, de la contenance de mes sujets, des faibles moyens qui me restaient encore et surtout de cette force morale que j’aurais eue en me présentant dignement à la rencontre de mon allié, auquel je n’avais jamais donné de sujets de plainte, un arrangement qui eût concilié les intérêts de mes sujets et ceux de ma famille. En m’arrachant la couronne, c’est la vôtre que vous avez brisée; vous lui avez ôté ce qu’elle avait d’auguste, ce qui la rendait sacrée à tous les hommes. Votre conduite envers moi, vos lettres interceptées ont mis une barrière d’airain entre vous et le trône d’Espagne. Il n’est de votre intérêt ni de celui des Espagnes que vous y prétendiez. Gardez-vous d’allumer un feu dont votre raine totale et le malheur de l’Espagne seraient le seul et inévitable effet. Je suis roi du droit de mes pères; mon abdication est le résultat de la force et de la violence : je n’ai donc rien à recevoir de vous. Je ne puis adhérer à aucune réunion d’assemblée; c’est encore une faute des hommes sans expérience qui vous entourent. J’ai régné pour le bonheur de mes sujets; je ne veux point leur léguer la guerre civile, les émeutes, les assemblées populaires et la révolution. Tout doit être fait pour le peuple et rien par lui. Oublier cette maxime, c’est se rendre coupable de tous les crimes qui dérivent de cet oubli. Toute ma vie je me suis sacrifié pour mes peuples, et ce n’est pas à l’âge où je suis arrivé que je ferai rien de contraire à leur religion, à leur tranquillité et à leur bonheur. J’ai régné pour eux, j’agirai constamment pour eux. Tous mes sacrifices seront oubliés, et lorsque je serai assuré que la religion de l’Espagne, l’intégrité de mes provinces, leur indépendance et leurs privilèges sont maintenus, je descendrai dans le tombeau en vous pardonnant l’amertume de mes dernières années.

Donné à Bayonne , au palais impérial appelé le Gouvernement, le 2 de mai 1808.

CHARLES.

Extrait du Moniteur du 11 mai 1808

 

Bayonne, 2 mai 1808 onze heures du soir

Au maréchal Bessières, commandant la Garde Impériale, etc.

Mon Cousin, je vois avec plaisir que vous faites passer de la cavalerie à Madrid afin de détruire les régiments de marche, qui mettent de la confusion, et de renforcer les régiments provisoires. Je verrais avec plaisir que vous fissiez partir les bataillons de marche qui sont à Aranda et à Burgos. Envoyez l’ordre au 22e régiment de chasseurs de se rendre à Burgos; il est à Tolosa. Je donne ordre au ler escadron du 10e de chasseurs de se rendre à Tolosa, ainsi qu’au 2e escadron qui est ici; l’un et l’autre sont de 2200 hommes chacun. La division Verdier est très-belle; elle a seize pièces de canon et 7,000 hommes d’infanterie, avec un escadron de cavalerie composé de détachements qui appartiennent aux régiments de cuirassiers qui étaient en Italie et qui sont à présent à Barcelone ; ce sont les 4e, 6e, 7e et 8e de cuirassiers.

Je suis fort content du roi Charles. Nous approchons du dénouement. Envoyez un officier d’état-major auprès de l’officier qui commande le corps espagnol de Galice pour lui faire sentir la nécessité de marcher d’intelligence; que mon intention est de maintenir l’intégrité de l’Espagne; que je n’en veux pas un village.

Remuez-vous de toutes les manières. Influez sur l’opinion. Le moindre inconvénient de s’éloigner de moi est de s’attirer des malheurs de toute espèce, la guerre civile et la perte de l’Amérique. Mon acte de médiation va bientôt paraître. Dirigez l’opinion sur le roi de Naples. Voulant ménager la fierté de la nation, je voudrais qu’elle me le demandât pour roi. Vous recevrez demain une lettre du prince des Asturies à son père et la réponse de celui-ci. Envoyez auprès des autorités qui peuvent influer sur l’opinion. Faites imprimer à Burgos des ordres du jour, des notes et tout ce qui est nécessaire pour diriger l’opinion.

 

Bayonne, 3 mai 1808

DÉCISION

M. de Tournon, Chambellan, a fait connaître l’objet de sa mission et a reçu un refus formel. Ce refus est motivé sur ce qu’on ne croit pas pouvoir sortir  du royaume sans une permission du gouvernement, tant qu’il existera une ombre de ce dernier.

Si V. A. S. me dit que je puis me mêler de cette affaire, je tâcherai de renouer la proposition.

‘Tout est toujours parfaitement tranquille. Les esprits semblent attendre cependant avec inquiétude des changements dans le gouvernement. Une très grande partie des habitants restera tranquille, quoi qu’il arrive. Je ne saurais en dire de même de la canaille et des prêtres. Ces derniers surtout s’agitent en tous sens et se tiennent le plus éloignés possible de toute autorité française.

Gal J. A. VERDIER.
Au Prince de Neuchâtel.

Répondre au général Verdier que le principal est de faire circuler ces idées dans le pays, que j’attache peu d’importance à la députation, mais que j’en attache beaucoup à ce qu’on s’accoutume à l’idée d’un changement de dynastie.

 

Bayonne, 3 mai 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Je reçois votre lettre du 29 avril. Je vois, dans le bulletin du 27 avril, des bulletins de Rome qui n’ont pas le sens commun et qui ne mériteraient pas en vérité de m’être mis sous les yeux. Celui qui les a écrits n’a ni sens ni bon esprit. Vous devriez tâcher de mieux choisir vos agents.

 

Bayonne, 3 mai 1808, dix heures du soir.

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant de l’Empereur en Espagne, à Madrid

Je reçois votre lettre du 1er mai à trois heures du matin. Vous ne pouvez avoir le droit de commuer une peine imposée par un jugement d’un tribunal on d’une commission spéciale, comme mou lieutenant, puisque moi-même je n’ai pas ce droit, ou du moins que je ne l’ai qu’après avoir entendu le conseil privé, dont est membre M. le grand-duc de Berg. Vous autres militaires, vous ne voulez vous assujettir à aucunes formes. Vous avez donc tort de croire que j’aie fait une chose mauvaise pour vous en envoyant votre décision au grand juge; j’ai fait une chose de règle et qui doit être ainsi; vous êtes un enfant de vous en affliger. M. le grand-duc de Berg voudra bien me permettre de lui dire ma façon de penser. Quand il fera bien, je ne lui dirai rien; quand il fera quelque chose qui me déplaira, je le lui ferai connaître. C’est mon habitude.

Je crains que le général …… ne soit point capable de commander une division; j’aimerais mieux le général Frère; le général . . . . . . est un Suisse qui pourra commander une brigade de régiments suisses-espagnols.

Nos voeux sont remplis.

J’ai arrêté la correspondance avec ici. Les douanes ont ordre d’intercepter toute correspondance par les montagnes.

Vous avez dû voir, par la lettre du prince des Asturies et la réponse du Roi, qu’il n’y avait rien à faire avec le premier. Demain mon traité avec le roi Charles sera signé, et après-demain le prince des Asturies ne sera plus à Bayonne.

Je vous expédierai demain Exelmans.

 

Bayonne, 3 mai 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, retardez, s’il en est temps, de dix jours la publication de mon décret sur Ancône. Vous pouvez aller de l’avant, mais ne rien imprimer encore d’ici au 20 mai.

Le roi Charles, la Reine, les infants d’Espagne sont ici.

 

Bayonne, 3 mai 1808

A Louis Napoléon, roi de Hollande, à La Haye

Je vous fait mon compliment sur la naissance de votre fils. Je désire que ce prince appelle Charles Napoléon.

 

Bayonne, 4 mai 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, Major Général de la Grande Armée, à Bayonne

Mon Cousin, mon intention n’est pas que le corps du maréchal Victor campe, ses trois divisions réunies. La raison qu’il n’y a pas de manutentions est une raison ridicule. Il ne manque pas de manutentions à Spandau, et, presque dans toutes les villes, il y en a assez pour nourrir une division. Je désire également que le corps du maréchal Soult campe par division, une à Dirschau, et les autres dans d’autres endroits. Il est important que le cordon de Marienburg et de l’île de Nogat soit gardé.

 

Bayonne, 4 mai 1808, midi.

Au comte (dixit) Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Vous trouverez ci-joint l’extrait d’une lettre adressée à la légation russe. Faites épier cet individu et ceux qui favorisent la dite émigration.

 

Bayonne, 4 mai 1808, midi.

Au maréchal Bessières, commandant la Garde Impériale, etc., à Burgos

Mon Cousin, je trouve dans le paquet du grand-duc de Berg la lettre ci-jointe d’un officier de ma Garde. Je suis surpris que cet officier ose s’adresser à d’autre qu’à moi pour demander à recruter pour ma Garde. Je ne veux dans ma Garde aucun homme sortant des gardes wallones ou autres troupes espagnoles; s’il y en avait, qu’on les ôte sur-le-champ. Le corps de Mameluks est à 86 hommes; qu’il reste à ce nombre. J’ai créé ce corps pour récompenser des hommes qui m’ont servi en Egypte, et non pour en faire un ramas d’aventuriers. Je suis étonné que Daumesnil aille s’aviser d’une pareille idée.

 

Bayonne, 4 mai 1808, dix heures du soir

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant de l’Empereur en Espagne, à Madrid.

Je vous expédie Exelmans. Il vous porte la proclamation du roi Charles, que vous ferez imprimer, l’ordre à don Antonio de se rendre à Bayonne, et l’ordre aux trois conseils de vous considérer comme lieutenant général du royaume.

Vous donnerez le commandement de la brigade de Suisses-Espagnols au général Rouyer, et vous la réunirez au corps du général Dupont. Vous pourriez y joindre quelques escadrons de gardes wallones et de cavalerie dont vous seriez sûr.

Il faut que le conseil de Castille, le conseil de la guerre, s’ils ne l’ont déjà fait, fassent une proclamation, ainsi que la junte, et que vous preniez tous les moyens d’influence pour qu’on écrive dans toutes les provinces de rester tranquille.

Envoyez toutes les brochures qui paraissent à Madrid à Junot. Recommandez-lui d’agir selon les circonstances et d’influer sur les troupes espagnoles qui sont sous ses ordres.

Il y a à Tarragone un régiment suisse de 1,800 hommes. Envoyez un officier à ce régiment pour lui faire connaître que je pense que, dans toutes les circonstances, il se comportera bien. Le général Duhesme me mande que ce régiment est très bien disposé.

Il est nécessaire que la protestation du roi Charles soit imprimée à Madrid et envoyée partout par le gouvernement provisoire.

Proclamation du roi Charles aux Espagnols.

Espagnols, mes aîmés sujets,

Des hommes perfides cherchent à vous égarer. On voudrait vous mettre les armes à la main contre les troupes françaises, et réciproquement on cherche à animer les Français contre vous et vous contre les Français. Le saccage de toutes les Espagnes, des malheurs de toutes les espèces en seraient le résultat. L’esprit de faction, dont j’ai déjà ressenti les si fâcheux effets, s’agite encore. Dans des circonstances aussi importantes que critiques, je suis occupé de m’entendre avec mon allié l’Empereur des Français pour tout ce qui concerne votre bonheur; mais gardez-vous d’en écouter les ennemis.

Tous ceux qui vous parlent contre la France ont soif de votre sang; ce seul ou des ennemis de votre nation ou des agents de l’Angleterre, qui s’agitent dans ces circonstances, et dont les manoeuvres entraîneraient la perte de vos colonies, la division de vos provinces, ou une suite d’années de troubles et de malheurs pour votre patrie.

Espagnols, croyez-en mon expérience, et obéissez à cette autorité que je tiens de Dieu et de mes pères; suivez mon exemple, et songez bien que, dans la position où vous vous trouvez , il n’y a prospérité et salut pour les Espagnols que dans l’amitié du grand Empereur, notre allié.

Donné à Bayonne, au palais impérial dit du Gouvernement, le 4 mai 1808.

MOI, le Roi.

Extrait du Moniteur du 16 mai 1808.

LE ROI CHARLES A LA JUNTE SUPRÊME DU GOUVERNEMENT.

Ayant jugé convenable de donner une même direction à toutes les forces de notre royaume, afin de maintenir la sûreté des propriétés et la tranquillité publique contre les ennemis soit de l’intérieur, soit de l’extérieur, nous avons cru à propos de nommer lieutenant général du royaume notre cousin le grand-duc de Berg, qui commande en même temps les troupes de notre allié l’Empereur des Français.

Nous ordonnons au conseil de Castille, aux capitaines généraux et gouverneurs dans nos provinces d’obéir à ses ordres. En ladite qualité il présidera la junte du gouvernement.

Donné à Bayonne, au palais impérial dit du Gouvernement, le 4 mai 1808.

MOI, le ROI.

 

Bayonne, 5 mai 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Bayonne.

Monsieur de Champagny, je vous envoie une note (sur dix navires américains venant de Londres et demandant à être admis, comme neutres, dans les ports de Hollande, et prétendant être partis d’Amérique avant d’avoir pu connaître le décret du 17 décembre 1807), que vous communiquerez au sieur de La Rochefoucauld (Alexandre-François, comte de La Rochefoucauld, 1767-1841. Ministre de France en Hollande. En fait, il y a été envoyé pour surveiller Louis, d’avril 1808 à mai 1810), en lui prescrivant d’insister fortement pour que ces bâtiments ne soient pas reçus dans ces ports; de déclarer même, si les moyens ordinaires ne suffisaient pas, qu’il sera mis en embargo sur tous les bâtiments hollandais, et de menacer de se retirer.

P.S. Je vous renvoie votre portefeuille. Il faut envoyer l’état des biens du Grand-Duc de Berg au ministre des finances.

 

Bayonne, 5 mai 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, vous recevrez un décret qui appelle 3 à 4000 conscrits de la réserve 1809 à Bayonne, pour en former le dépôt des régiments provisoires qui sont en Espagne. Il faut que, dans les vingt-quatre heures, à 1a réception de ce décret, Lacuée fasse l’aspect de ces conscrits. J’ai choisi les départements qui composent les sept divisions militaires les plus rapprochées de Bayonne. Ce dépôt servira à maintenir les régiments provisoires à leur force actuelle; et, comme ces hommes sont les plus acclimatés, ils seront moins fatigués, ayant peu de chemin à faire. Cette mesure présente beaucoup d’économie et d’avantages; sans quoi, j’aurais été obligé d’avoir recours aux dépôts qui sont sur les frontières, pour recruter les corps qui sont en Espagne. L’adjudant commandant Lomet me parait pouvoir être chargé de cette besogne. Choisissez un bon commissaire des guerres pour administrer ce corps , et faites-lui comprendre que sa réputation dépendra de sa bonne ou mauvaise administration. Le ministre Dejean versera des fonds dans la caisse de ce corps, qui, par ce moyen, pourra pourvoir à tout. Les conscrits de ce corps seront fournis sur ce qui reste de rappel de la réserve des départements qui composent les sept divisions militaires. Faites-moi rédiger un état général qui me fasse connaître ce que chaque régiment de ligne a aux régiments provisoires, ce qu’ils avaient fourni au ler mai, c’est-à-dire, la conscription de 1808 étant épuisée, ce qui leur reste encore à fournir, ce qui ne pourra l’être probablement que sur la conscription de 1809. Mon intention est qu’aucun conscrit de
1809 ne bouge de son dépôt sans mon ordre. Dans les états de situation, il faut confondre les conscrits de 1808 avec les autres, mais il faut porter à part les conscrits de 1809. Je désirerais que ces conscrits passassent tout l’été aux dépôts pour se former et s’accoutumer au service.

Je suppose que vous avez donné l’ordre qu’ils arrivent à leurs nouveaux dépôts, et qu’ils y trouveront leur habillement et tout c qui leur est nécessaire. Ce serait un grand malheur que ces mesures u’eussent pas été prises, et il en résulterait bien du mal.

Écrivez souvent aux majors et aux commandants de ces dépôts.

 

Bayonne, 5 mai 1808, midi.

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant de l’Empereur en Espagne, à Madrid

Vous trouverez ci-joint une lettre, que vous écrit le roi Charles. Vous avez dû recevoir par le courrier d’hier l’ordre à la junte, au conseil de Castille et au conseil de la guerre, ainsi que la proclamation du Roi.

Il faut absolument faire partir l’infant don Antonio et tous le princes, de la famille. Le prince des Asturies ne s’intitule plus que prince des Asturies, même de son aveu. Il m’avait fait demander, il y a plusieurs jours, une entrevue comme Majesté, je l’ai refusée; hier il m’en a fait demander une comme Altesse Royale je la lui ai accordée. Le chanoine a parlé fort longtemps. Ce qu’il m’a paru, c’est que ce prince ne sait trop que faire. Au reste, il n’est plus question de lui. Il m’a assuré qu’il n’influerait point pour ameuter le peuple, et qu’il ne conseillerait jamais aux Espagnols de faire la guerre à la France. Vous avez vu par la lettre de son père combien il est indisposé contre lui. Il est nécessaire actuellement que, de gré ou de force, vous fassiez reconnaître votre autorité. La junte avait reconnu Charles IV; ce prince vous a nommé son lieutenant, il faut qu’elle vous obéisse. Faites bien sentir qu’au défaut de cela les plus grands malheurs vont arriver.

Songez actuellement qu’il est possible qu’on ne doive s’attendre à rien du prince des Asturies, et qu’avec l’ordre du roi Charles vous devez vous faire reconnaître lieutenant général du royaume à Madrid et partout. La première chose est de faire partir don Antonio. S’il arrive quelques accidents , on en accusera ceux qui mettent le feu en Espagne et ne prennent aucun soin pour l’éteindre. Ayez soin que les diamants et les biens de la couronne ne soient point dilapidés.

 

Bayonne, 5 mai 1808

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant de l’Empereur en Espagne, à Madrid

Je vous ai expédié hier les actes qui vous nomment lieutenant général du royaume. Je vous ai mandé qu’il fallait envoyer à Bayonne l’infant don Antonio et le reste de la famille; qu’il fallait, d’une manière ou d’autre, vous faire reconnaître par la junte. Si elle s’y refuse, il faut l’exiler et vous arranger de manière à vous emparer de toutes les branches de revenus. Si, comme je n’en doute pas, après quelques difficultés, la junte se soumet, vous la conserverez et vous ferez confirmer par elle tout le monde dans ses emplois.

Le prince des Asturies est toujours ici. Il ne se résout à rien; tantôt il veut reconnaître son père, tantôt il ne le veut plus. Il est tiraillé en différents sens. En attendant, il faut aller de l’avant. La protestation du roi Charles rend nul l’acte d’abdication , et, dès ce moment, le prince des Asturies n’a aucun pouvoir.

Le maréchal Bessières me mande que l’idée d’un changement de dynastie a été répandue dans toute la Biscaye, dans la Vieille-Castille. Partout on promet de rester tranquille et on a commencé à discuter.

Six heures du soir.

Je reprends ma lettre à six heures du soir. D’Hanneucourt est arrivé à quatre heures avec votre lettre du 2, qui me donne la nouvelle de l’insurrection de Madrid. Je suis fort aise de la vigueur que vous avez mise. J’espère que vous procéderez au désarmement avec la plus ,grande activité. Immédiatement après avoir reçu votre lettre, je me suis rendu chez le roi Charles ; j’y ai fait venir les deux princes. Le Roi et la Reine leur ont parlé avec la plus grande indignation. Quant à moi, je leur ai dit : “Si d’ici à minuit vous n’avez pas reconnu votre père pour votre roi légitime et ne le mandez à Madrid, vous serez traités comme rebelles. ” Demain le prince des Asturies et son père seront loin de Bayonne. Ainsi tout sera fini. J’ai des preuves que c’est don Antonio et la junte qui ont tramé cette insurrection; je les ai trouvées sur des courriers interceptés.

Je suppose que l’infant don Antonio est en route pour Bayonne, sous une bonne et sûre garde. Faites-le marcher jour et nuit, et prenez des mesures pour qu’il ne puisse s’échapper. Otez de la junte les membres auxquels vous ne pouvez pas vous fier, et mettez la plus grande vigueur dans l’administration.

Je vous recommande de bien vous garder, et je vous défends expressément d’aller dans les rues.

S’il y avait des Anglais à Madrid, vous les aurez fait arrêter.

J’ai envoyé dans la Biscaye. Personne ne remuera. La Catalogne est bien gardée. Vous avez tout le corps du général Dupont et les régiments suisses au service d’Espagne pour courir le pays dans les points où ils seront nécessaires. Il faut désarmer les gardes du corps. Le corps espagnol qui est près de Tolosa a promis de se bien comporter. Le régiment suisse qui est à Tarragone l’a promis de même; mais il est nécessaire que vous envoyiez des officiers sûrs partout où il y a des régiments suisses, pour leur parler. Vous commandez les troupes espagnoles : avancez quelques bons sergents et faites-les sous-lieutenants ; faites-les fraterniser avec les troupes françaises. Faire des repas de corps. Que les Suisses au service de France invitent les Suisses au service d’Espagne à manger et à boire. Je suppose que la solde et le régime français sont plus avantageux que la solde et le régime espagnols; déclarez qu’à dater du 1er juin les troupes espagnoles seront traitées comme les troupes françaises.

Je vous expédierai ce soir Exelmans, qui vous portera des nouvelles du prince des Asturies.

PROJET D’ACTE DE MÉDIATION.

Napoléon, par la grâce de Dieu et les constitutions, Empereur des Français, Roi d’Italie, Protecteur de la Confédération du Rhin, etc.

A tous ceux qui les présentes verront, salut :

Des dissensions intestines agitent, depuis six mois, la maison royale d’Espagne. Le désordre et l’anarchie menacent cette belle partie du continent. Après des trames, dont un procès contre le prince des Asturies avait été le résultat, le fils s’est assis sur le trône de son père. Toutes les voies de conciliation que nous avons proposées pour mettre fin à ces différends et parvenir avec rapidité et sans secousse à la régénération des Espagnes ont échoué. Des malheurs incalculables pour la France, l’Espagne et le continent, seraient l’effet d’une plus longue incertitude. La guerre civile et étrangère déchirerait cette intéressante portion de l’Europe, dont le concours est si nécessaire
pour le rétablissement de la paix maritime et la défense des mers. Les Amériques, inquiètes sur les destins de la mère patrie, perdant toute considération pour un sceptre faible et pour un trône renversé par les membres mêmes de la famille royale, pourraient se laisser aller aux suggestions des ennemis du continent: et priver pour jamais l’Europe des avantages qui sont attachés à leur possession. Il est en même temps nécessaire que le trône d’Espagne soit occupé de manière à ce que, sans exercer sur lui aucune influence et en lui laissant toute son indépendance, nous ayons une garantie pour nous et pour nos  peuples, garantie que nous ne pouvons trouver dans la situation actuelle des princes de la maison régnante.

En notre qualité de souverain, de voisin, d’allié, comme médiateur reconnu, et sur la demande expresse du roi Charles, notre allié et notre ami, nous sommes convenu et convenons du présent acte de médiation :

1° La convention passée entre nous et le roi Charles relativement à divers arrangements stipulés pour lui, la Reine, le prince des Asturies et les autres membres de la maison royale, sera entièrement et religieusement exécutée.

2° Nous assurons et garantissons par les présentes l’intégrité de toutes les provinces des Espagnes, n’entendant porter aucun changement à leurs limites naturelles.

3° Nous garantissons l’intégrité des colonies espagnoles d’Asie et d’Amérique.

4° Nous garantissons les privilèges et constitutions de chaque province, les privilèges, constitutions et propriétés de tous les ordres de l’État.

5° Nous garantissons qu’aucun autre culte que celui de notre sainte religion ne sera toléré en Espagne, et qu’il ne sera porté aucun changement aux prérogatives, revenus, propriétés et organisation des diocèses et des ordres religieux, stipulant seulement, et spécialement, la suppression de l’inquisition comme attentatoire à la loi civile et à l’autorité séculière.

6° Enfin nous reconnaîtrons le choix qui sera fait d’un roi par la nation espagnole, à la seule condition qu’il soit de notre sang et de notre famille, sans avoir pour but d’exercer aucune souveraineté sur les Espagnes, mais dans la seule intention de resserrer l’union entre les deux nations et de garantir à nos peuples que, dans aucun cas et surtout dans les cas de malheur, les Espagnes ne feront jamais cause commune avec nos ennemis contre notre Empire et notre Maison.

Nous reconnaîtrons le nouveau roi d’Espagne comme roi des Espagnes et empereur du Mexique.

L’acte de médiation sera signé par le roi Charles et successivement par tous ceux des princes de la maison royale qui voudront avoir part aux avantages stipulés dans la convention qui y est mentionnée.

A la suite de cet acte, qui sera imprimé, seront placées : 1° la lettre écrite par le prince des Asturies à son père; 2° la réponse du roi Charles à son fils.

Cet acte et les pièces ci-dessus seront envoyés aux députations de Biscaye et de Navarre, à Madrid, et à toutes les provinces du royaume.

 

Bayonne, 6 mai 1808

A Louis Napoléon, roi de Hollande

Je lis dans les journaux de Paris que vous nommez des princes. Je vous prie instamment de n’en rien faire. Les rois n’ont pas le droit de nommer des princes; ce droit est inhérent à la dignité impériale. Vous pouvez, quand vous instituerez une noblesse, faire des comtes, des barons, des marquis ou des ducs, quoique je pense que cela soit fort inutile en Hollande, si ces titres n’y existaient pas autrefois; mais vous ne pouvez créer un prince. Vous me désobligeriez infiniment si vous le faisiez, et vous sentez que, par toute espèce de raisons, j’ai droit de l’exiger. Mes institutions ne sont point faites pour être tournées en ridicule. Moi-même, je n’ai pas créé de prince sans leur donner une principauté. Le prince de Ponte-Corvo a une principauté indépendante; le prince de Neuchâtel, le prince de Bénévent ont des principautés indépendantes; Cambacérès, Lebrun sont princes comme grands dignitaires de l’Empire; mais les grands dignitaires d’une simple couronne royale ne sont pas princes. En Italie, dont la population est triple de celle de Hollande, je n’ai pas nommé de princes; j’ai nommé des grands dignitaires qui n’ont rang que de simples dignitaires. Si vous persistez dans votre idée, je désavouerai publiquement ces innovations monstrueuses. Eh ! qu’a donc fait l’amiral de Winter, d’ailleurs, pour mériter une si haute distinction, si vous pouviez la donner ? Vous avez créé des maréchaux qui n’ont pas fait ce qu’ont fat mes généraux de brigade. Pour Dieu, ne vous rendez pas trop ridicule !

 

Bayonne, 6 mai 1808

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’Empire, à Paris

Mon Cousin, vous verrez dans le Moniteur les nouvelles de Madrid. La canaille de cette ville a voulu se faire rosser. Quelques évènements de cette nature pourront peut-être encore avoir lieu, mais les affaires principales sont aujourd’hui arrangées ici.

 

Bayonne, 6 mai 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon fils, vous trouverez ci-joint une brochure qui vous fera connaître la situation des affaires d’Espagne. Nous approchons du dénouement. Le roi Charles m’a cédé tous ses droits au trône, il se retire à Compiègne avec la reine et une partie de ses enfants. Quelques jours avant le traité, le prince des Asturies a remis la couronne au roi Charles. Le grand duc de Berg a été nommé lieutenant général du royaume, et président de toutes les juntes. Il y a eu une insurrection à Madrid le 2 mai : 30 ou 40,000 individus s’étaient rassemblés dans les rues et dans les maisons, et faisaient feu par les fenêtres. Deux bataillons de fusiliers de ma garde, et 400 à 500 chevaux ont tout mis à la raison. Plus de 2,000 des émeutiers ont été tués. J’avais à Madrid 60,000 hommes qui n’ont pu rien faire. On a profité de cette circonstance pour désarmer la ville.

 

Bayonne, 6 mai 1808

A M. de Talleyrand, prince de Bénévent, vice Grand-Electeur

Vous verrez dans le Moniteur des pièces qui vous feront connaître l’état des choses en Espagne. Je vous dirai, mais pour vous seul, parce que je n’ai pas besoin que cela soit connu avant le temps, que je donne au roi Charles le château de Compiègne pour habitation, sa vie durant, et le château de Chambord et la forêt en toute propriété, avec 30 millions de réaux de pension, et une pension proportionnée pour chaque prince de sa famille. Par le même traité, il me cède tous ses droits à la couronne d’Espagne. Le roi Charles est un bon et brave homme. Il va se mettre en route dans deux jours; il en mettra quatre pour se rendre à Bordeaux, séjournera deux jours à Bordeaux et se rendra en six jours à Fontainebleau. Je désire que vous donniez des ordres pour que son logement et celui de la Reine soient préparés à Fontainebleau. Il me semble qu’on pourrait le loger dans l’appartement du roi de Hollande. Il restera dix jours à Fontainebleau; après quoi, il se rendra à Compiègne. Prenez des mesures pour que tout soit prêt à Compiègne, au 1er juin, pour le recevoir. Je crois qu’il pourra occuper les grands appartements. Parlez de cela à Desmazis. Comme j’ai nommé depuis longtemps Laval gouverneur du château de Compiègne, donnez-lui l’ordre de s’y rendre et de tenir tout prêt,
sans lui dire cependant que c’est pour le roi Charles.

Quant au prince des Asturies, c’est un homme qui inspire peu d’intérêt. Il est bête au point que je n’ai pu en tirer un mot. Quelque chose qu’on lui dise, il ne répond pas; qu’on le tance ou qu’on lui fasse des compliments, il ne change jamais de visage. Pour qui le voit, son caractère se dépeint par un seul mot : un sournois.

Je regarde donc le plus gros de la besogne comme fait. Quelques agitations pourront avoir lieu; mais la bonne leçon qui vient d’être donnée à la ville de Madrid, celle qu’a reçue dernièrement Burgos, doivent nécessairement décider promptement les choses. Après la lecture des pièces du Moniteur, votre langage avec le corps diplomatique doit être que la populace d’Espagne a la fièvre; que personne ne peut la contenir; qu’elle ne craint point les troupes espagnoles, qui ne tirent pas sur elle, que les honnêtes gens et les gens comme il faut d’Espagne le sentent bien, et qu’ils se trouvent heureux qu’il y ait une forte protection qui les mette à l’abri de tous événements.

Je vous envoie la traduction française d’une brochure espagnole qui court en Espagne; je désire qu’elle ne soit pas connue à Paris. Chargez d’Hauterive de faire une notice sur l’abdication de Charles V et sur celle de Philippe V, pour faire connaître que l’abdication de ces princes, depuis le commencement où il en a été question jusqu’au moment où elle a été consommée, a été l’ouvrage de deux ou trois ans.

 

Bayonne, 6 mai 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, donnez l’ordre à un général de brigade de se rendre à Breskens pour prendre le commandement de l’île de Cadzand. Vous lui formerez une compagnie de 60 à 80 chevaux des régiments de chasseurs qui se trouvent dans la 24e division militaire. Il faut que ce général se porte sur les différents points de la côte pour l’inspecter et renforcer les batteries où cela serait nécessaire. Il doit avoir avec lui deux officiers d’artillerie pour faire exercer les garde-côtes et tenir les batteries en bon état. J’ai une escadre de huit vaisseaux à Flessingue; il est nécessaire que les batteries de Breskens soient gardées et en état de protéger la rade. Il peut être utile de diriger là une autre compagnie de canonniers vétérans, et de lever dans l’île de Cadzand 200 hommes de gardes nationales, qui, accoutumés à l’air du pays, seront plus propres à faire le service sur la côte, et que ce général organisera. Ces moyens, joints à ceux des douanes et aux troupes qu’on pourrait retirer de Flessingue, seront suffisants pour faire la police en cas d’événement. Il faut que vous ordonniez au général Chambarlhac, qui commande la 24e division militaire, de compléter deux compagnies de 2 à 300 hommes de chacun des 72e, 65e, 108e et 48e régiments, pour en former deux petits bataillons de 500 hommes chacun, qui formeront un régiment provisoire. Mon intention est qu’ils soient réunis, pour le ler juin , à une marche de Breskens, dans des lieux sains. Si ces régiments ne peuvent pas fournir sur-le-champ les deux compagnies, ils en fourniront d’abord une. L’air de l’île de Cadzand étant mauvais , le général de brigade ne les appellera qu’en cas de nécessité. Donnez ordre au général Vandamme, qui commande la 16e division militaire, de réunir à Blankenberg, pour le 1er juin, un régiment provisoire formé de détachements tirés du régiment suisse, du 13e régiment d’infanterie légère et de la légion de réserve qui est à Lille, de manière à avoir un millier d’hommes auxquels on joindra une soixantaine de chevaux. Cette petite colonne sera prête à Blankenberg à se rendre à l’appel du général de brigade, du moment qu’il en aurait besoin. De Blankenberg à Breskens on placera des piquets de cavalerie pour communiquer promptement. Il serait aussi nécessaire de convenir des signaux pour, au moindre événement, s’avertir rapidement et se réunir sur le point menacé.

 

Bayonne, 6 mai 1808, dix heures du matin

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d’Espagne, à Madrid

Vous trouverez ci-jointe la copie d’une lettre, que j’ai reçue du prince des Asturies. Je ferai partir dans la journée Exelmans avec la notification de ce prince à la junte. Je n’ai point reçu de lettres de vous depuis celle que m’a apportée d’Hanneucourt.

J’ai vu avec peine que l’arsenal n’avait pas été occupé. Comment n’avez-vous pas mis un bataillon dans ce poste important ? Si cet arsenal est entouré d’un mur, comme je le pense, il faut en faire une espère de forteresse, telle qu’un bataillon puisse y garder les fusils, armes, canons et tout ce qui s’y trouverait. Aucun des officiers ne couche avec les soldats, de sorte que personne n’est à son poste. Faites du Palais-Neuf une espèce de grande caserne avec des portes et des créneaux, dans laquelle vous logerez la garnison et les officiers. Logez aussi beaucoup d’officiers dans le palais actuel; laissez
les appartements du Roi libres, mais remplissez le reste du palais d’officiers. Par ce moyen, il n’y aura personne en ville. S’il n’y avait pas de portes, profitez de la circonstance pour en faire faire, afin de pouvoir le fermer et empêcher qu’on ne rôde dans les escaliers et corridors de l’intérieur, comme on dit que cela est; ce serait une troisième forteresse. Si une partie des troupes quittait Madrid, l’arsenal et les deux palais ainsi fortifiés, on serait maître de la ville. Souvenez-vous des services que m’a rendus le vieux château de Vérone, qui m’a sauvé 2,000 Français et a contenu la ville; le château de Pavie également. Il ne faut pas que les officiers logent dans les grandes maisons des seigneurs espagnols, pour vivre à leurs dépens; cela ne vaut rien. Il faut au moins que, s’il ne restait plus que 4 ou 5,000 hommes dans Madrid, ils soient logés dans les trois points désignés, et que ce soient des points forts. Il faut aussi avoir dans le palais quelques palissades et chevaux de frise pour jeter dans les rues en cas d’événement. Je vous recommande cela.

Donnez des ordres conformes à ceux que j’ai donnés pour qu’insensiblement l’hôpital de Valladolid soit évacué, et qu’en général il n’y ait pas d’hôpitaux dans les campagnes, exposés à la barbarie et à la férocité de ces gens-là.

Des escadrons et des régiments de marche doivent être arrivés à Madrid. Donnez ordre qu’ils soient incorporés dans les régiments provisoires, ce qui donnera beaucoup de consistance à ces régiments.

Il faut que les deux ou trois retranchements que vous aurez à Madrid puissent en imposer et donner le temps aux troupes de revenir de trois ou quatre marches. J’attends avec un grand intérêt les détails ultérieurs que vous aurez à me donner.

Je suppose que vous aurez envoyé chercher tous les chefs d’ordres, provinciaux et prieurs des couvents, et que vous-leur aurez fait sentir le danger et les conséquences de se mal comporter.

COPIE DE LA LETTRE DU PRINCE DES ASTURIES AU ROI CHARLES IV.

Sire,

Mon vénérable Père et Seigneur, pour donner à Votre Majesté une preuve de mon amour, de mon obéissance et de ma soumission, et pour céder au désir qu’elle m’a fait connaître plusieurs fois, je renonce à ma couronne en faveur de Votre Majesté, désirant qu’elle en jouisse pendant de longues années.

Je recommande à Votre Majesté les personnes qui m’ont servi depuis le 19 mars; je me confie dans les assurances qu’elle m’a données à cet égard.

Je demande à Dieu de conserver à Votre Majesté des jours longs et heureux.

Fait à Bayonne, le 6 mai 1808.

Je me mets aux pieds de Votre Majesté Royale.

Le plus humble de ses fils,

FERDINAND.

Extrait du Moniteur du 11 mai 1808.

 

Bayonne, 6 mai 1808, diy heures du soir.

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d’Espagne, à Madrid

Mon Frère, je reçois votre lettre du 4. Je vois avec plaisir l’énergie que vous avez déployée dans cette circonstance. C’est ainsi que je veux qu’on fasse. Ne donnez pas trop sur le ventre aux gardes du corps ni aux troupes espagnoles; ces gens sont si vaniteux et si pré- somptueux qu’il ne faut pas trop les flatter.

Donnez ordre au général Solano d’aller à Cadix pour garder la ville. Je vous charge expressément de lui dire que, l’ayant connu, je compte plus spécialement sur lui pour la protection de ma flotte. Il peut mener avec lui la moitié de ses troupes.

Vous trouverez ci-jointe la lettre du prince des Asturies à la junte.

Cela finit entièrement les affaires. Il a quitté l’uniforme de colonel des gardes et ne porte plus que celui de prince des Asturies. Le roi Charles est en tout d’accord avec moi. Tout est donc conclu.

J’attends votre courrier du 5, et, après l’avoir reçu , je réunirai une assemblée des états à Bayonne pour prendre les mesures convenables. On dit que le ministre des finances est un homme très-habile. Veillez à ce que tout se fasse avec la plus grande pureté et en règle, et que le service des flottes espagnoles ne manque pas.

Envoyez à Barcelone auprès du général Duhesme, qui, du reste, m’a écrit qu’il est sur ses gardes. Il n’y a encore rien de nouveau à Pampelune ni dans la Biscaye. Faites veiller sur les magasins d’armes, afin qu’on ne les pille pas.

Vous trouverez ci-joint, par duplicata, la lettre que je vous ai écrite ce matin par l’estafette, en cas qu’elle ne vous parvienne pas.

J’ai fait un traité (voir ci-dessous) avec le roi Charles, par lequel il me cède tous ses droits au trône d’Espagne.

LETTRE DU PRINCE DES ASTURIES A LA JUNTE SUPRÊME DE GOUVERNEMENT.

En vertu de la renonciation que je fais à moi, père bien-aimé, je retire les pouvoirs que j’avais accordés, avant mon départ de Madrid, à la junte pour l’expédition des affaires importantes et urgentes qui pouvaient se présenter pendant mon absence. La junte suivra les ordres et commandements de mon bien-aimé père et souverain, et les fera exécuter dans les royaumes.

Je dois, en finissant, témoigner aux membres de la junte, aux autorités et à toute la nation ma reconnaissance de l’assistance qu’ils m’ont donnée. Je leur recommande de se réunir d’effort et de coeur au roi Charles et à l’empereur Napoléon, dont la puissance et l’amitié peuvent, plus que toute autre chose, garantir les premiers biens des Espagnes : leur indépendance et l’intégrité du territoire. Je vous recommande de ne pas donner dans le piège de nos éternels ennemis, et de vivre unis entre vous et avec nos alliés, d’épargner le sang et d’éviter les malheurs qui seraient le résultat des circonstances actuelles, si on se laissait aller à l’esprit de vertige et de désunion.

 

A Bayonne, le 6 mai 1808.

FERDINAND

Ce traité a été inséré au Moniteur, n° du 7 septembre 1808 et du 5 février 1810. Mais ni à l’une ni à l’autre de ces dates, le Moniteur n’a publié l’article qui suit :

ARTICLE SÉPARÉ ET SECRET                      .

4° Dans le cas où le Portugal restera en possession à la France, Sa Majesté l’empereur Napoléon s‘engage à donner à la reine d’Étrurie et au prince de la Paix une rente en France en dédommagement des provinces de ce royaume qui leur ont été cédées par le traité de Fontainebleau du 27 octobre 1807.

Le présent article sera ratifié, et l’échange des ratifications se fera en même temps que l’échange de la convention.

Fait à Bayonne, le 5 mai 1808.

Le traité a été ratifié le 8 mai et les ratifications échangées le même jour.

 

Bayonne, 6 mai 1808, dix heures

Au maréchal Bessières, commandant la Garde Impériale, etc., à Burgos

Mon Cousin, je reçois votre lettre. Vous dites que les pamphlets ne servent à rien en Espagne; ce sont des contes. Les Espagnols sont comme les autres peuples et ne font pas une classe à part. Répandez en Galice et dans les environs les écrits que je vous ai envoyés.

Je vous ai déjà mandé que le grand-duc était nommé par le roi Charles lieutenant général du royaume. Le prince des Asturies a entièrement renoncé au trône. Vous trouverez ci-joint copie de lettre qu’il a écrite à la junte. Tout est parfaitement fini à Bayonne. Le roi Charles, par un traité (cela est pour vous seul), m’a cédé tous ses droits au trône. Le prince des Asturies avait remis, avant, la couronne à son père. Je vais m’occuper demain des autres actes et mesures à prendre.

Si vous vous fiez aux soldats portugais, peut-être feriez-vous bien de ralentir leur marche, car enfin, si les sous-officiers sont bons, ces troupes nous serviront à miracle. Mandez au général Verdier de garder le régiment qu’il avait ordre de faire filer, jusqu’à ce qu’il ait des ordres de moi. Un régiment de cavalerie serait fort utile dans la Navarre, à Pampelune.

 

Bayonne, 6 mai 1808

Au prince Camille Borghèse, gouverneur général des départements au-delà des Alpes, à Turin

Mon Cousin, je reçois votre lettre de Turin. Je vois avec plaisir l’heureuse arrivée de la princesse et de vous dans cette  ville. Il est nécessaire que vous m’envoyiez tous les quinze jours l’état des troupes qui sont dans votre gouvernement et l’état des conscrits qui arrivent et qui passent. Faites-moi connaître également tous les quinze jours les progrès des travaux. Envoyez-moi également toutes les nouvelles de mer qui parviennent à votre connaissance. Écrivez-moi tous les jours par l’estafette qui passe à Turin, ce qui n’empêche pas les comptes qui doivent être rendus officiellement aux différents ministres.

 

Bayonne, 6 mai 1808

A Jérôme, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, vous trouverez ci-joint une brochure qui vous fera connaître la situation des affaires d’Espagne. Nous approchons du dénouement. Le roi Charles m’a cédé tous ses droits au trône , et il se retire à Compiègne avec la Reine et une partie de ses enfants. Quelques jours avant la signature de ce traité, le prince des Asturies s’est démis de la couronne et l’a remise au roi Charles. Le grand-duc de Berg a été nommé lieutenant général du royaume et président de tous les conseils. Il y a eu une insurrection à Madrid le 2 mai, 30 ou 40,000 individus s’étaient rassemblés dans les rues et dans les maisons, et faisaient feu par les fenêtres. Deux bataillons de fusiliers de ma Garde et quatre à cinq cents chevaux ont tout mis à la raison. Plus de 2,000 hommes de cette populace ont été tués. J’avais à Madrid 60,000 hommes qui n’ont rien pu faire. On a profité de cet événement pour désarmer la ville.

(Même notification faite, le même jour, au roi de Naples, au roi de Hollande et au vice-roi d’Italie)

 

Bayonne, 7 mai 1808

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’Empire, à Paris

Je reçois votre lettre du 4 mai. La question du beau-père du général d’Hautpoul est une question contentieuse qui doit être discutée que lorsque déjà l’institution marche.

 

Bayonne, 7 mai 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Je reçois votre lettre du 4. Les affaires ici sont entièrement terminées. Reste actuellement à employer des moyens de réaliser tout cela en Espagne.

 

Bayonne, 7 mai 1808

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d’Espagne, à Madrid

Je vous envoie une lettre du consul de Santander. Il est convenable que vous changiez sur-le-champ le corregidor qio parît être irlandais et que vous mettiez à sa place un homme dont vous puissiez être sûr.

 

Bayonne, 7 mai 1808, six heures du soir

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d’Espagne, à Madrid

L’escadre espagnole est à Mahon. Cette escadre était partie le 10 février de Carthagène pour se rendre à Toulon. Elle y aurait pu être en même temps que mon escadre de Toulon est sortie, et partir avec elle; elle n’en a rien fait et s’est rendue à Mahon , où elle est depuis ce temps-là. Il est bien nécessaire que le ministre de la marine envoie des ordres et des officiers dans les ports pour secourir cette escadre et surtout Mahon. Il faut faire partir des troupes de tous les côtés. Rendez-moi compte de ce qu’aura fait là-dessus le ministre de la marine; une escadre anglaise est devant Mahon.

Je vous ai déjà mandé de penser au camp de Saint-Roch et à Cadix. Il faut que la division Solano se dirige à marches forcées sur Cadix; qu’il s’y rende de sa personne en poste, et que toutes les mesures soient prises pour contenir les Anglais. J’attends l’état de situation de toutes les troupes espagnoles; aussitôt que je l’aurai reçu, je déciderai de quelle manière ces troupes doivent être disposées. Ayez donc des conférences avec les ministres de la guerre et de la marine sur les moyens de sauver Mahon et le camp de Saint-Roch, et de garder le point de Cadix en force.

Envoyez des officiers du génie au camp de Saint-Roch, qui examinent bien la situation de Gibraltar.

Je vous envoie par duplicata ce que je vous ai expédié hier au soir par Exelmans, et par triplicata ce que je vous ai expédié par le courrier d’hier matin.

Pensez à Cadix et à Mahon. Je pense qu’il faudrait, entre Cadix et le camp de Saint-Roch, au moins 10,000 hommes, infanterie, cavalerie, milice et troupes régulières, de peur que les Anglais n’essayent à entreprendre quelque chose.

 

Bayonne, 8 mai 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Je suis mécontent de la conduite des élèves de l’École d’artillerie de Metz et de la faiblesse du commandant. Ces jeunes gens font d scènes au théâtre, qui indignent tous les honnêtes gens. Vous ferez mettre à l’ordre de ma part qu’ils garderont les arrêts pendant un mois, sans sortir de l’enceinte, et qu’ils seront privés de la comédie pendant un an. Ceux qui y seront trouvés seront punis comme ayant contrevenu à un ordre donné. Témoignez mon mécontentement au colonel et au commandant d’armes; ils montrent la plus extrême faiblesse. Comme militaires, les élèves sont sous l’obéissance du commandant d’armes, lorsqu’ils sont hors de l’École.

Que je n’en entende plus parler ! Je ne souffrirai pas qu’une poignée de morveux inquiète toute une ville. Tolérer ces excès aurait pour résultat de les élever dans l’indiscipline. Qu’on vous envoie la liste des six plus mutins; vous les ferez mettre dans la prison de l’école pendant deux mois.

Le colonel sera désormais responsable de l’indiscipline qu’il y aurait dans cette école. Vous écrirez à la police de Metz, pour que ceux qui, d’ici un an, iraient au spectacle, soient arrêtés, déguisés ou non.

 

Bayonne, 8 mai 1808

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’Empire, à Paris.

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 5. J’approuve que l’on mette sur les armoiries des grands dignitaires le bonnet d’électeur, mais non pas la couronne fermée.

Le secrétaire d’État n’a pas besoin de contresigner les titres, puisqu’il ne garde pas copie des lettres patentes. En général, mon intention est que les actes du conseil du sceau ne soient pas contresignés; c’est multiplier la besogne inutilement. A quoi bon d’ailleurs le contreseing ? Le secrétaire d’État garderait-il l’original et enverrait-il la copie ? Cela ne remplirait pas le but. Les familles sont bien aises d’avoir la signature de l’Empereur. Vous ferez constater cette décision dans les registres du conseil du sceau.

Vous pouvez donner les lettres patentes; mais, pour faire l’acte de constitution, c’est-à-dire le procès-verbal, il faut que les biens y soient détaillés. Il faut faire la même chose pour les comtes et pour les barons. Vous pouvez faire délivrer les lettres patentes, avant l’acte de constitution , à ceux auxquels j’ai accordé des titres.

 

Bayonne, 8 mai 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Bayonne

Monsieur de Champagny, écrivez à mon ambassadeur à Constantinople contre Ali-Pacha, et portez les mêmes plaintes à l’ambassadeur turc à Paris, en demandant l’élargissement de tous les habitants de Corfou qu’il a fait arrêter. Faites mettre dans le Moniteur des extraits relatifs aux affaires du Maroc.

 

Bayonne, 8 mai 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris.

J’ai reçu votre lettre du 5. Écrivez à Metz qu’on prenne des mesures pour réprimer cette impertinence des élèves de l’École au théâtre. La police du théâtre appartient au maire. Ainsi, jeunes gens ou autres qui se conduiraient mal doivent être sévèrement punis.

Je vous envoie une lettre qu’il est très important que vous preniez en considération. S’il y a des embaucheurs, faites-les arrêter.

 

Bayonne, 8 mai 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de la Grande Armée

Mon Cousin, je désire que vous écriviez au préfet des Hautes-Pyrénées d’envoyer des espions à Saragosse et sur différents points de l’Aragon, pour savoir ce qui s’y dit, surtout ce qui s’y fait, être instruit si l’on arme, et enfin avoir un rapport sur ce pays. Je désire qu’il y envoie huit ou dix hommes du pays, accoutumés à faire le commerce et quelques gendarmes déguisés.

 

Bayonne, 8 mai 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je vous ai donné l’ordre d’envoyer des bâtiments en Amérique. Vous voyez combien les circonstances sont urgentes. Expédiez plusieurs goélettes et bricks. Il y a ici un brick bon marcheur appartenant au commerce et qu’on pourrait acheter. Il y a de ces goélettes partout. Il faudrait mettre à bord des fusils, car on en manque en Amérique. Faites embarquer 1,000 fusils et pistolets sur chacune; c’est la meilleure recommandation en Amérique que d’y porter les moyens de résister aux Anglais.

 

Bayonne, 8 mai 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je vois. avec plaisir que vous ayez fait armer les frégates du Havre. J’approuve ce que vous voulez faire des équipages venant des villes hanséatiques. Si le Vétéran n’est pas désarmé, tenez-le armé; il pourra sortir d’un moment à l’autre. D’ailleurs, puisqu’il occupe deux vaisseaux anglais, il remplit son but. Tout cela fait faire aux Anglais beaucoup de dépenses et dissémine leurs forces, car ils sont obligés d’avoir des vaisseaux dans les mers d’Espagne, de Portugal, en Amérique, dans la Baltique, etc. Faites partout armer les bâtiments en suivant ce principe.

 

Bayonne, 8 mai 1808, midi.

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d’Espagne, à Madrid

Je reçois vos lettres du 4 à huit heures du soir, et du 5 à deux heures du matin. Je vois avec grand plaisir que vous vous êtes logé au palais, que vous vous êtes mis à la tête de la régence et que vous avez pris le commandement des troupes espagnoles. Les lettres du roi Charles, du prince des Asturies à la junte, que je vous ai depuis envoyées, auront mis tout en règle.

Je vois avec grand plaisir que le ministre de grâce et justice, qui est un homme d’esprit et dont je sais que le prince des Asturies se méfiait beaucoup, s’est rangé dans le bon parti. Témoignez-lui-en ma satisfaction. Je sais que c’est un homme d’esprit.

J’attends l’état de situation des troupes espagnoles, pour savoir ce que j’en dois faire.

Je vous ai déjà mandé hier de réunir au camp de Saint-Roch et à Cadix 10,000 hommes espagnols, afin d’être en mesure contre toute entreprise des Anglais. Il faudrait aussi avoir 3,000 hommes d’infanterie espagnole à Carthagène, afin que ce port fût en sûreté, et au moins 4,000 hommes au Ferrol. Mais j’attendrai l’état des troupes pour donner tous les ordres là-dessus.

Exelmans vous aura fait connaître le traité que j’ai fait avec le roi Charles. L’infant don Antonio est arrêté. Les trois infants partiront demain pour se rendre du côté de Paris. Le roi Charles se rend à Compiègne.

Il me semble que, pour arranger toutes les choses, il serait convenable de convoquer à Bayonne une assemblée des députés de toutes les provinces. La junte peut faire connaître que le roi Charles et le prince des Asturies m’ont cédé tous leurs droits; que je désire consulter la nation sur le choix d’un nouveau souverain, et que je désire qu’il soit choisi dans ma Maison, afin que l’union des deux nations soit perpétuelle, et que les chefs comme les peuples aient le même intérêt.

Je vous ai mandé hier de prendre des mesures pour défendre Mahon et ravitailler l’escadre qui se trouve dans ce port. Il faut à présent expédier des bâtiments en Amérique avec des proclamations de la junte. J’en ai fait expédier de mon côté de tous les ports de France. Il faut faire charger à bord de ces bricks une vingtaine de milliers de fusils, puisqu’on en manque en Amérique. De mon côté, j’en fais expédier autant. Il faut espérer que sur ces 40,000 il en arrivera un bon nombre. Aussitôt que j’aurai l’état de la marine dans tous les ports, je donnerai des ordres. Faites-moi envoyer ces livrets.

Je vous enverrai ce soir la copie du traité que j’ai fait avec le roi Charles, mais qui, je crois, doit rester encore secret.

P. S. Je vois par différentes lettres d’officiers que malheureusement ils sont disséminés en ville, et qu’au lieu d’être tous réunis dans un ou deux endroits ils sont répandus dans toutes les maisons. Ainsi le général la Riboisière n’a pas pu sortir de sa maison. On dit que mon ancien page Legrand a été tué dans les rues. Que cela serve d’expérience; que personne ne soit logé en ville, mais que tout le monde soit placé au Palais, au Palais-Neuf, enfin dans une ou deux grandes maisons. Arrangez-vous là-dessus.

 

Bayonne, 8 mai 1808

Au maréchal Bessières, commandant la Farde Imériale, etc., à Burgos

Mon Cousin, je n’ai point de vos nouvelles depuis le 5; la dernière estafette ne m’a rien porté. L’infant don Antonio est arrivé. J’attends aujourd’hui la reine d’Étrurie. Le grand-duc de Berg vous aura instruit qu’il est lieutenant général du royaume et président de la junte.

Il est nécessaire que vous reteniez les chevaux de main du régiment portugais qui passeront et ceux des hommes qui auraient déserté, afin de monter les dépôts et d’en augmenter l’effectif des corps. Il est nécessaire que vous me fassiez connaître la quantité de cartouches que vous avez à Burgos, à Vitoria, ainsi que l’approvisionnement de vos canons. Faites votre arsenal de quelque maison hors de la ville de Burgos et qui soit dans une position à être aisément défendue. Ayez là un demi-approvisionnement à canon, une réserve de 500,000 cartouches, les caisses de fusils espagnols qui sont à Burgos, et que vous emploierez à remplacer les mauvais fusils qu’auraient mes troupes, et enfin 300,000 rations de biscuit. Faites de cette maison une espèce de forteresse, à laquelle on fera un fossé, un palissadement, des créneaux, afin qu’en cas qu’une partie des troupes abandonne Burgos pour se porter ailleurs, un ou deux bataillons avec six ou sept pièces de canon pussent se trouver là en sûreté contre les émeutes de la canaille. Vous devez avoir des officiers du génie, à défaut d’officiers d’artillerie, pour faire ce petit travail.

Envoyez tous les escadrons et régiments de marche de cavalerie à Madrid; il faut en excepter cependant les trois escadrons de marche qui sont à la division du général Verdier. Votre cavalerie sera composée de la division du général Lasalle,, c’est-à-dire du 10e et du 22e régiment de chasseurs. Le 22e doit être arrivé à Burgos; le 10e est à Tolosa.

Ne laissez faire aucun mouvement aux troupes espagnoles sur Valladolid sans en être instruit, et veillez à ce qu’il n’y ait aucun rassemblement du côté de la Galice qui puisse donner de l’inquiétude.

Il me semble que j’ai donné ordre que des convois de cartouches d’infanterie et à canon et de pierres à feu vous fussent envoyés; il doit en être arrivé à Burgos. Chaque homme doit avoir 50 cartouches dans sa giberne, et vous devez en avoir 500,000 en réserve, indépendamment des caissons d’infanterie que vous avez.

Les infants partent demain pour se rendre du côté de Paris; le roi Charles part après-demain. Vous avez reçu la lettre du prince des Asturies à la junte, que je vous ai envoyée.

Envoyez quelques agents espagnols en Aragon pour savoir ce qui se passe.

Il y a à Saint-Sébastien 40 cavaliers appartenant à l’armée du Portugal, 52 appartenant au corps du maréchal Moncey, 33 appartenant au corps du général Dupont, 2 au vôtre, et 1 grenadier à cheval de la Garde, ce qui fait à peu près 130 hommes, pour lesquels il faudrait 130 chevaux. Si vous pouviez monter tout cela, cela ferait un petit escadron.

Le dépôt du 10e et celui du 22e de chasseurs à Bayonne ont près de cent hommes non montés; une cinquantaine de chevaux que vous y enverriez serait nécessaire.

 

Bayonne, 8 mai 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois le rapport du général Chasseloup. Je ne veux point dépenser 500,000 francs à la Rocca d’Anfo. Ce sont de folles dépenses que me fait faire Cbasseloup. Il faut adopter un plan d’après lequel je dépenserai 200,000 francs en quatre ans ; je ne veux pas dépenser davantage. Tout ce qui a été fait là est ridicule. J’approuve que vous dépensiez 30,000 francs pour faire arriver un filet d’eau au camp de Montechiaro et entretenir les plantations. Il faudrait en Italie une ligne, et que cette ligne couvrît Trévise; car du moment qu’on est obligé de passer Trévise on découvre Venise, et dès lors on affaiblit l’armée d’une vingtaine de mille hommes, et l’on perd les ressources que l’on trouverait dans cette ville. Quelle est la ligne qu’il faudrait prendre ? Je désire qu’on étudie celle de la Piave. Faites-en lever le plan à grands points et qu’on l’étudie depuis les montagnes jusqu’à la mer. Elle se termine, je crois, dans des terrains marécageux où une armée ne pourrait agir, et commence dans des montagnes inaccessibles. La partie qu’il faudrait défendre ne me paraît pas d’une défense très-difficile; trois ou quatre têtes de pont en terre, avec des petits réduits en maçonnerie, pourraient donner des avantages à une petite armée sur une plus forte, car elle pourrait déboucher par une de ces têtes de pont pour attaquer l’armée ennemie, tandis que les trois autres seraient défendues par quelques troupes qu’on laisserait dans ces réduits. On pourrait d’autant moins passer entre ces têtes de pont que la rive droite domine la rive gauche; je crois l’avoir observé, il y a plusieurs années, lorsque j’ai passé cette rivière près d’Asolo.

 

Bayonne, 8 mai 1808

Au général Marmont, commandant l’armée de Dalmatie, à Raguse

La solde de l’armée de Dalmatie est arriérée parce que vous avez distrait 400,000 francs de la caisse du payeur pour d’autres dépenses. Cela ne peut marcher ainsi. Le payeur a eu très-grand tort d’avoir obtempéré à vos ordres. Comme c’est le trésor qui paye ces dépenses, ce service ne peut marcher avec cette irrégularité. Vous n’avez pas le droit, sous aucun prétexte, de forcer la caisse. Vous devez demander des crédits au ministre; s’il ne vous les accorde pas, vous ne devez pas faire ces dépenses.

 

Bayonne, 9 mai 1808

A M. Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur Mollien, j’ai conclu avec le roi Charles un traité qui est secret. Je ne vous écris donc que pour vous instruire des dispositions qui vous regardent – 1° vous devez faire payer à ce prince, par douzième, à compter du ler mai, une somme annuelle de 30 millions de réaux, en forme de liste civile; 2° vous devez faire payer à tous les infants 400,000 francs par an; ils sont, je crois, cinq. Ce sera donc deux millions qui, avec les 7,500,000 francs à payer au roi Charles, feront 9,500,000 que vous aurez à payer par an. Ces 9,500,000 francs doivent leur être payés définitivement, mais ne doivent pas être portés sur le budget. Ils doivent figurer comme emprunt qui sera remboursé par l’Espagne. Il est probable que je donnerai 500,000 francs de plus au prince des Asturies; ce qui fera 10 millions. Toutes ces sommes seront remboursées par l’Espagne.

 

Bayonne, 9 mai 1808, midi

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d’Espagne, à Madrid

J’ai reçu vos lettres du 5 et du 6; j’en approuve le contenu. Je trouve que vous avez suivi la véritable marche. J’attends l’adresse du conseil de Castille; cela finira tout. Je vous envoie une copie de mon traité avec le roi Charles, qu’il est bon de tenir secret. Les soixante hommes de cavalerie espagnole qui sont partis de Pampelune, et les troupes sorties de Burgos pour aller ailleurs, peuvent l’être en vertu d’ordres donnés antérieurement. Ayez soin de vous faire instruire de cela, et de vous assurer que ce mouvement n’a pas pour but des projets de rassemblement, ou autres, qui pourraient donner de l’inquiétude. Vous trouverez ci-joint quelques exemplaires de la Gazette de Bayonne où se trouve la lettre du prince des Asturies à la junte, que vous devez avoir reçue.

Je vous ai mandé que j’attendais l’état de la marine espagnole ainsi que celui de l’armée de terre. Je vous ai mandé également qu’il fallait mettre les deux régiments suisses-espagnols sous les ordres du général de division Rouyer, et les envoyer à Tolède pour être joints à la division Dupont, en les mettant sur le pied de guerre. Ce sera un renfort considérable, qui sera fort utile au général Dupont. Peut- être serait-il convenable de retirer de Tarragone le régiment suisse qui s’y trouve, de le mettre sur le pied de guerre et de l’attacher à une division française où il y ait déjà des Suisses. Par là on sera maître de ces troupes et l’on en tirera du profit. Il faut aussi mettre quelques troupes espagnoles à Alicante et à Malaga; cela a l’avantage de garder les côtes et de disséminer les troupes espagnoles. Vous pourriez joindre à chaque division française un ou deux bataillons de Wallons.

Quant aux troupes espagnoles qui sont en Portugal, il est nécessaire que le général Junot en ait 8,000, hommes en tout, pour l’aider à garder les côtes; il en mettra 4,000 à Porto et 4,000 dans les Algarves.

Les choses ainsi combinées, le général Junot, ayant 24,000 Français, aura 39,000 hommes, desquels je tirerai 6,000 Français que je dirigerai sur Cadix.

J’ai pour consul général à Tanger le sieur Ornano; il m’écrit que les Marocains veulent déclarer la guerre aux Anglais s’ils n’évacuent pas la petite île qu’ils ont occupée près de Cadix. Faites-lui écrire de continuer à approvisionner Ceuta. J’écrirai à l’empereur de Maroc quand j’aurai le rapport d’O’Farrill. Je vous ai écrit hier sur l’importance de faire ravitailler Mahon et d’envoyer en Amérique des bricks et des goélettes chargés de fusils.

 

Bayonne, 9 mai 1808, cinq heures du soir.

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d’Espagne, à Madrid

Je reçois votre lettre du 7 à deux heures du matin. Vous aurez vu que je n’ai rien signé avec le roi Charles qu’après que j’ai su l’histoire de Madrid. Le prince des Asturies ne partira qu’après-demain mercredi avec les deux autres infants. J’attends quelle aura été l’issue du conseil de Castille. Je suppose que vous aurez recul alors les ordres du roi Charles, qui vous nomme lieutenant général du royaume, et les lettres à la junte.

On m’assure ici qu’O’Farrill avait envoyé, il y a quelques jours, à Barcelone, avec de l’argent pour y exciter du mouvement, un nommé Capellini, que vous devez avoir connu à Bologne. Ce qu’il y a de certain, c’est que j’aperçois différents mouvements dans les troupes espagnoles. J’attends avec impatience l’état de situation des troupes espagnoles que je vous ai demandé.

Je vous enverrai par le prochain courrier ma lettre au roi de Maroc, par laquelle je lui déclarerai que, s’il ne donne pas tous les secours à Ceuta et ne protège pas l’arrivage des bâtiments espagnols, ce serait une insulte qu’il me ferait.

Je vois, dans votre proclamation, que trois soldats se sont laissé désarmer. Donnez ordre que, pendant un mois, ces soldats soient obligés d’assister à la parade avec un bâton au lieu de fusil, et que leurs noms soient mis à l’ordre de l’armée.

 

Bayonne, 9 mai 1808, cinq heures du soir

Au maréchal Bessières, commandant la Garde Impériale, etc., à Burgos

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 8 niai. J’étais instruit de la correspondance du prince des Asturies avec le duc d’Angoulême. Il n’y a pas de mal à accréditer cela, en faisant sentir combien il était difficile qu’il y eût de l’harmonie et de l’union entre les deux États, tandis qu’il existait de si grands sujets de défiance. Vous pouvez réunir la brigade du général Ducos à Vitoria, ce qui renforcera d’autant le général Verdier. Vitoria est un bon point; je désire que le général Verdier y soit en force, puisqu’il peut facilement se porter de là sur Burgos et sur Pampelune. Je tiendrai le général Lasalle à Tolosa pendant le temps qu’y seront les gardes du corps.

 

Bayonne, 9 mai 1808

A M. de Talleyrand, prince de Bénévent, vice-grand Électeur

Le prince des Asturies, l’infant don Antonio son oncle, l’infant don Carlos son frère, partent mercredi d’ici, restent vendredi, et samedi à Bordeaux, et seront mardi à Valençay.

Soyez-y rendu lundi au soir. Mon chambellan Tournon s’y rend en poste pour tout préparer pour les recevoir. Faites en sorte qu ils aient là du linge de table et de lit et de la batterie de cuisine. Ils auront huit ou dix personnes de service d’honneur, et autant ou le double de domestiques. Je donne l’ordre au général qui fait les fonctions de premier inspecteur de la gendarmerie à Paris de s’y rendre et d’organiser le service de la gendarmerie. Je désire que ces princes soient reçus sans éclat extérieur, mais honnêtement et avec intérêt, et que vous fassiez tout ce qui sera possible pour les amuser. Si vous avez à Valençay un théâtre, et que vous fassiez venir quelques comédiens, il n’y aura pas de mal. Vous pourriez y faire venir Mme Talleyrand avec quatre ou cinq femmes. Si le prince des Asturies s’attachait à quelque jolie femme, et qu’on en fût sûr, cela n’aurait aucun inconvénient, puisqu’on aurait un moyen de plus de le surveiller. J’ai le plus grand intérêt à ce que le prince des Asturies ne fasse aucune fausse démarche; je désire donc qu’il soit amusé et occupé. La farouche politique voudrait qu’on le mît à Bitche ou dans quelque château fort; mais, comme il s’est jeté dans mes bras, qu’il m’a promis qu’il ne ferait rien sans mon ordre, que tout va en Espagne comme je le désire, j’ai pris le parti de l’envoyer dans une campagne, en l’environnant de plaisirs et de surveillance. Que ceci dure le mois de mai et une partie de juin, alors les affaires d’Espagne auront pris une tournure, et je verrai le parti que je prendrai..

Quant à vous, votre mission est assez honorable : recevoir trois illustres personnages pour les amuser est tout à fait dans le caractère de la nation et dans celui de votre rang. Huit ou dix jours que vous passerez là avec eux vous mettront au fait de ce qu’ils pensent et m’aideront à décider ce que je dois faire.

Les brigades de gendarmerie seront renforcées, de manière qu’il y ait 40 gendarmes, pour être certain qu’on ne l’enlève pas, et mettre obstacle à sa fuite. Vous causerez avec Fouché, qui enverra des agents dans les environs et parmi ses domestiques. Car ce serait un grand malheur que, de manière ou d’autre, ce prince fît quelque fausse démarche.

Il faudrait une garde au château. J’ai pensé que la compagnie départementale pourrait fournir un poste.

Par le traité que j’ai fait avec le roi Charles, je me suis engagé à donner à ces princes 400,000 francs par an. Ils ont plus que cela de leurs commanderies; ils auront donc à eux trois 3 millions. Si vous pensez, pour leur faire honneur et pour toutes sortes de raisons, avoir besoin d’une compagnie de grenadiers ou de chasseurs de ma garde, vous en causerez avec le général Walther, et vous la ferez partir en poste. Ci-joint un ordre pour le général Walther.

 

Bayonne, 9 mai 1808

Au général comte Walther, commandant les grenadiers et chasseurs de la Garde

Monsieur le général Walther, M. le prince de Bénévent vous demandera cent hommes des chasseurs ou grenadiers de ma Garde, pour Valençay. Vous les ferez parti en poste et vous leur donnerez pour commandant un officier adroit, honnête et intelligent, cette compagnie devant à la fois servir de garde d’honneur et de garde de sûreté.

 

Bayonne, 10 mai 1808

A M. Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur Mollien, mon intention est qu’il soit tiré 6 millions du Portugal, en y comprenant les 2 millions qui en ont déjà été tirés , pour subvenir aux dépenses des armées d’Espagne. Donnez l’ordre à l’administrateur général d’envoyer ces 6 millions, soit à Paris, soit à Madrid. Il paraît qu’il y a plus de facilités pour les faire passer à Paris. Cela favorisera le commerce et rétablira le change à Lisbonne.

(même lettre à Junot)

Bayonne, 10 mai 1808, huit heures du soir.

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d’Espagne, à Madrid

Je reçois votre lettre du 8 mai à huit heures du matin. Le prince des Asturies, l’infant don Carlos et l’infant don Antonio partent demain pour Valençay. Le roi Charles et la Reine, la reine d’Étrurie et l’infant don Francisco partent demain pour Fontainebleau et Compiègne. Quand vous recevrez cette lettre, il n’y aura plus d’Espagnols à Bayonne.

Le prince des Asturies envoie à Madrid un agent pour retirer ses effets. Comme il est le seul prince de son rang qui n’ait pas d’argenterie, j’ai permis qu’on lui en fit une de celle du Roi; je vous en enverrai l’état demain. Ce prince avait donné au chanoine Escoïquiz l’Ordre de  Charles III et le brevet de conseiller d’État. Ces nominations ont été antidatées et envoyées au conseil de Castille. Vous fermerez les yeux là-dessus, et cela aura l’effet de paraître mettre de l’accord dans tout.

Je vous enverrai par Monaco (Honoré Gabriel de Monaco, 1778-1841) la lettre de notification aux différents conseils par laquelle le roi Charles fait connaître qu’il m’a cédé tous ses droits. Après cela, je laisserai passer quelques jours pour donner le temps aux esprits de se calmer. Après cela, je ferai ma proclamation aux Espagnols pour leur annoncer que j’ai nommé le roi de Naples pour roi d’Espagne.

Donnez en toute sûreté à O’Farrill la confiance qu’il restera ministre de la guerre; donnez la même assurance au ministre des finances. Attachez-vous Caballero; dites-lui que je compte sur lui et
que je lui donnerai dans l’occasion des preuves de ma reconnaissance. Quand je serai content de l’état des esprits, j’irai à Madrid.

Je vous recommande de pousser la délicatesse jusqu’au scrupule; il ne faut rien distraire de ce pays-là, ni chevaux, ni autre chose, enfin ne pas avoir l’air d’être venu pour le gruger.

Je vois avec plaisir que la brigade suisse va être organisée et à la suite du corps du général Dupont; on m’assure qu’elle est d’environ 1,000 hommes. J’ai une grande impatience de voir le général Dupont à Cadix. Je vous laisse le maître, si vous jugez qu’il soit prudent de le faire, de le mettre en marche avec ses deux premières divisions, avec sa cavalerie et la brigade suisse; ce qui doit faire une vingtaine de mille hommes. Vous garderiez la 3e division à Madrid. Mais, avant, il faut voir comment les affaires prendront en Aragon et dans la Grenade. Envoyez des officiers d’artillerie, du génie et d’état-major à Cadix. Envoyez auprès de Solano, auquel il faut écrire très-souvent.

 

Bayonne, 10 mai 1808

A l’amiral Siniavine. commandant l’escadre russe, à Lisbonne

J’ai reçu votre lettre du 21.avril, avec l’état de situation qui y était joint. La première fois que vous vous donnerez la peine de m’envoyer ledit état de situation, je vous prie d’y faire ajouter le nombre de mois de vivres qu’a chaque bâtiment. Quant à présent, ce qui est surtout nécessaire, c’est que vous vous mettiez en mesure de pouvoir toujours appareiller, afin de tenir vos équipages en haleine, et que vous vous complétiez de quelques matelots. Le vaisseau le Saint-Raphaël me paraît avoir beaucoup d’incomplet dans son équipage. Il doit y avoir à Lisbonne des matelots suédois, hambourgeois et de différents ports du Nord; vous pouvez vous entendre avec le général Junot pour presser ces matelots et les employer à votre bord. J’écris à ce général sur différents arrangements qui pourraient avoir lieu et qui tendent à augmenter votre escadre. Je suppose que vous avez votre complet en boulets et en poudres, et que vous avez assez de rechanges pour une navigation. Dans tous les cas, il vous sera facile de vous pourvoir de ces différents objets à Lisbonne.

La frégate que vous aviez détachée à Palerme a été prise dans ce port par la reine Caroline. J’attends à Toulon les deux vaisseaux russes qui sont à Porto-Ferrajo.

 

Bayonne, 10 mai 1808

Au général Junot, commandant l’armée du Portugal, à Lisbonne

J’ai reçu la lettre de l’amiral russe Siniavine et l’état de situation de son escadre. Cette escadre a été mise sous mes ordres par l’empereur de Russie. Je vois, dans l’état de situation, un transport appelé le Kildjen, qui a vingt-six canons et 200 hommes d’équipage, et le sloop le Spialergen, qui a trente-deux canons et 220 hommes d’équipage. Je désire que vous causiez de ces bâtiments avec l’amiral Siniavine, et que vous lui proposiez un arrangement qui pourrait avoir lieu dans ce sens : je joindrais à l’escadre de l’amiral Siniavine un des vaisseaux qui sont à Lisbonne; les deux bâtiments de transport russes seraient désarmés, et les équipages serviraient pour armer ce vaisseau, en échange duquel l’amiral me donnerait un des deux vaisseaux russes qui sont à Porto-Ferrajo et que j’attends à Toulon. Il prendrait à Lisbonne un vaisseau de 74 ou de 64, et celui qu’il me céderait à Toulon serait de 74 ou de 64. Faites-lui fournir la poudre et les boulets dont il aurait besoin.

 

Bayonne, 10 mai 1808

Au général Junot, commandant l’armée du Portugal, à Lisbonne

Complétez l’équipage du vaisseau le Vasco-de-Gama et de la Maria Primeira. Faites réparer, armer et compléter l’équipage du Saint-Sébastien. Faites armer et compléter les équipages des frégates la Carlotta, le Phénix et l’Amazone, et des corvettes l’Ondorinho, le Benjamin et la Gaïvola. Je désire que les équipages de ces neuf bâtiments soient complétés de manière que tous aient les trois quarts d’officiers français, le tiers de leur maistrance et le tiers de leurs matelots. Vous ferez mettre à bord de chaque vaisseau de ligne une garnison de 150 Français et non d’auxiliaires, à bord de chaque frégate 60 Français, et à bord de chaque corvette 20. Chaque vaisseau de ligne aura de plus à bord 60 canonniers de marine français chaque frégate 30, et chaque corvette ou brick 10. Le reste des équipages sera formé de Portugais, de Danois, de Suédois et de matelots de différentes nations qu’on pressera. Il faut que ces neuf bâtiments soient approvisionnés de vivres pour six mois, hormis le pain, dont ils ne prendront qu’un mois ; les six mois de pain seront complété après la récolte. J’ai des projets sur cette escadre. Faites-moi connaître quand elle pourra être dans cet état. Mon intention est que 1e vaisseau la Maria-Primeira porte le nom de la Ville-de-Lisbonne, le Saint-Sébastien celui du Brésil. Le vaisseau qui est en construction portera le nom du Portugais.

Par le premier exprès que vous m’enverrez, faites-moi un état de situation des hommes d’équipage français, portugais et étranger avec une colonne pour chaque espèce d’hommes.

 

Bayonne, 10 mai 1808

Au général Junot, commandant l’armée du Portugal, à Lisbonne

Votre correspondance ne me dit rien. j’ignore la situation de votre armée, sa force, les pays qu’elle occupe. Je désire que vous m’envoyiez, tous les cinq jours, un état pareil à celui que je vous envoie (que je reçois du général Marmont), et que vous me rendiez compte de ce qui peut m’intéresser, indépendamment des rapports que vous faites aux ministres. Les maréchaux qui commandent les corps de Grande Armée, le prince Eugène, le roi de Naples me rendent des comptes. Par ce moyen, je suis instruit avant les ministres, et je suis à même de donner les ordres les plus pressants. Je n’ai aucun état qui me fasse connaître les diamants, meubles et biens appartenant la Couronne, trouvés en Portugal. Je n’ai point non plus de situation des finances, l’état de la rentrée des contributions extraordinaires ni des contributions ordinaires.

Faites passer à Madrid ou à Paris six millions, en y comprenant les deux millions que vous avez envoyés. Mon intention est que tout le produit des contributions soit pour l’armée, et qu’il n’en soit rien distrait sous prétexte de l’administration du pays.

Il est un autre objet plus important encore, c’est l’introduction des marchandises coloniales en Espagne. Vous recevez des bâtiments marchands américains sous prétexte qu’ils viennent d’Amérique : c’est un mensonge; ils viennent d’Angleterre. Les Américains ont mis un embargo général dans leurs ports, et il n’en sort pas un bâtiment. Le commerce se fait en Portugal par l’Angleterre. Par là on ruine la France, la Hollande, et l’Angleterre se ressent moins du blocus. Faites arrêter toutes les denrées coloniales qui sont entrées en Portugal depuis le blocus. Vous avez à Lisbonne des directeurs des douanes français, qui vous mettront au fait de la législation actuelle, de cette partie de notre législation qui fait le plus grand mal à l’Angleterre, qui fait du tort à la France, qui en fait encore plus à la Hollande, mais qu’elle souffre parce qu’elle en sent la nécessité, et dont le seul Portugal ne se ressent pas, parce que vous êtes dans l’ignorance du grand but de ces mesures. Par là vous rendez la conquête du Portugal inutile, et ce n’est que pour cela que je l’ai conquis.

C’est avec peine que j’ai entendu parler de colliers, de diamants et autres babioles envoyés à Paris. Cela n’est bon à rien qu’à fournir des prétextes à la malveillance, et à exciter l’envie et la jalousie.

 

Bayonne, 10 mai 1808

A Joseph Napoléon, roi de Naples, à Naples

Mon Frère, vous trouverez ci-joint la lettre du roi Charles au prince des Asturies, et la copie de mon traité avec le premier. Le grand-duc de Berg est lieutenant général du royaume, président de la junte et généralissime des troupes espagnoles. Le roi Charles part dans deux jours pour Compiègne. Le prince des Asturies se rend du côté de Paris. Les autres infants vont occuper des maisons de plaisance aux environs de Paris. Le roi Charles, par le traité que j’ai fait avec lui, me cède tous ses droits à la couronne d’Espagne. Le prince des Asturies avait renoncé avant à son prétendu titre de roi , parce que le roi Charles avait allégué que son abdication avait été forcée. La nation, par l’organe du conseil suprême de Castille, me demande un roi. C’est à vous que je destine cette couronne. L’Espagne n’est pas ce qu’est le royaume de Naples : c’est onze millions d’habitants, plus de cent cinquante millions de revenus, sans compter les immenses revenus et la possession de toutes les Amériques. C’est une couronne d’ailleurs qui vous place à Madrid, à trois jours de la France, et qui couvre entièrement une de ses frontières. A Madrid, vous êtes en France; Naples est le bout du monde. Je désire donc qu’immédiatement après avoir reçu cette lettre vous laissiez la régence à qui vous voudrez, le commandement des troupes au maréchal Jourdan, et que vous partiez pour vous rendre à Bayonne par le chemin de Turin, du mont Cenis et de Lyon. Vous recevrez cette lettre le 19; vous partirez le 20, et vous serez ici le 1er juin. Laissez, avant de partir., des instructions au maréchal Jourdan sur la manière de placer vos troupes, et faites vos dispositions comme si vous deviez être absent jusqu’au ler juillet. Gardez, du reste, le secret; on ne s’en doutera peut-être que trop ; mais vous direz que vous vous rendez dans l’Italie supérieure pour conférer sur des affaires importantes avec moi.

 

Bayonne, 10 mai 1808

NOTE POUR LE PRINCE DE NEUCHATEL, MAJOR GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMÉE, A BAVONNE.

Mon intention est qu’on n’accorde aux Russes aucun prisonnier, ni de ceux qui sont à Leipzig, ni de ceux incorporés dans les troupes polonaises. Si l’adjudant-commandant Dentzel a fait autre chose, il aurait grossièrement manqué. Dans ce cas, comme il n’y aurait plus de remède, il doit se servir de cette décision pour règle, sans rien dire aux Russes.

 

Bayonne, 11 mai 1808

Au prince de Cambacérès, archi-chancelier de l’Empire, à Paris.

Vous trouverez ci-joint un sénatus-consulte pour la réunion de Parme. et Plaisance et de la Toscane à la France. Vous le présenterez au conseil privé, et, lorsqu’il aura été délibéré, vous le porterez au Sénat. Les orateurs diront que Parme et Plaisance sont réunis à l’Empire parce qu’ils forment le complément du territoire de Gênes; que la réunion de la Toscane est nécessaire pour augmenter nos côtes et, dès lors, le nombre de nos matelots, et aussi pour rendre central le port de la Spezia, où j’ai ordonné l’établissement d’un port militaire comme celui de Toulon; que ces dispositions sont donc le résultat de la nécessité, où nous placent nos ennemis, de nous mettre en mesure pour arriver au rétablissement de la liberté des mers.

 

Bayonne, 11 mai 1808.

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur Decrès, aucune communication ne doit avoir lieu avec la Sardaigne. Tout bâtiment qui en viendrait doit être mis sous le séquestre. Ce prince vient de renouveler des traités avec l’Angleterre, et un ministre de cette puissance vient d’arriver à Cagliari.

 

Bayonne, 11 mai 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur Decrès, je suis décidé à porter tous les établissements maritimes militaires de Gênes à la Spezia. J’ai été retenu jusqu’à cette heure par la seule considération que le sort de la Toscane était indécis : mais, résolu à réunir la Toscane à mon empire, je ne vois plus d’inconvénient à réaliser mon projet. Les bois des Apennins et les ressources de Livourne arriveront à la Spezia. Donnez donc tous les ordres nécessaires pour y établir un chantier de construction pour trois vaisseaux de 74 et deux frégates à la fois. Je viens de prendre toutes les dispositions militaires pour qu’il y ait toujours là une forte garnison. La mise sur le chantier des vaisseaux et des frégates doit être faite sans délai, et mon intention est qu’avant le le, juillet un vaisseau soit commencé.

Présentez des projets de décret pour transférer tous les établissements militaires du port de Gênes à la Spezia, et pour organiser les travaux de l’arsenal sur un bon plan, en y faisant progressivement tout ce qui est nécessaire. Il y a à la Spezia un lazaret; je désirerais fort qu’on pût le convertir en arsenal. On dit qu’il est très-beau. Cela économiserait beaucoup de temps et épargnerait des dépenses énormes. On m’assure que les forts sont en très-bon état, et que les cales ne coûteraient rien à établir, parce que le terrain ne manque pas.

 

Bayonne, 11 mai 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je reçois votre lettre sur le sieur . . . . . . . Le décret vous fera connaître ma façon de penser sur ces brigandages. Je ne conçois rien à votre lettre. Vous me dites : Le sieur . . . . . . . S’est-il livré à ce trafic ? La chose est incontestable; que faut-il de plus ? Cet homme doit être éloigné de tous les bureaux; et je ne sais pas pourquoi on aurait une lâche condescendance pour cet homme. Il y a encore des honnêtes gens en France, et on n’en est pas réduit à avoir besoin des services de pareils hommes.

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A cette lettre est joint un projet de décret portant :

Article ler. Le sieur . . . .employé des bureaux de la marine, convaincu d’avoir acheté, pour son compte des créances en retard du ministère à un prix inférieur, afin de profiter de sa place pour les faire ordonnancer, est destitué. – Art. 2. Il est déclaré incapable d’occuper aucune place dans l’administration.

 

Bayonne, 11 mai 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris.

Je reçois votre rapport du 5 mai sur l’escadre de l’amiral Ganteaume. Il faut, pour compléter ce rapport, noter que l’escadre anglaise est revenue probablement le 20, puisqu’elle s’est laissé voir sur Mahon le 17. Cela prouve que sur mer, dans la position où nous sommes, nous pouvons faire ce que nous voulons.

Recueillez des renseignements afin de rédiger l’historique de l’escadre anglaise et de tout ce qu’elle a fait.

 

Bayonne, 11 mai 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Il est nécessaire que vous teniez à Livourne, pour favoriser la communication avec la Corse et l’île d’Elbe, quelques bâtiments supérieurs aux corsaires de la Méditerranée et qui n’aient à craindre que les frégates. Faites-moi connaître si des frégates peuvent entrer dans le port de Livourne.

 

Bayonne, 11 mai 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je viens de visiter l’arsenal de Bayonne. J’ai donné verbalement les ordres suivants; je vous les fais connaître pour que vous les donniez par écrit et que vous prescriviez les dispositions convenables.

1° J’ai ordonné la mise en construction, avant le 1er juin, de deux frégates de 18, sur les deux cales découvertes de l’arsenal.

2° Les deux bricks dont vous avez ordonné la construction seront construits dans l’arsenal, mais dans un autre emplacement.

3° Celle des deux gabares qui est la plus avancée sera mise à l’eau, et, après qu’elle sera lancée, une troisième frégate de 18 sera mise en construction sur la cale que cette gabare laissera vacante.

4° Le petit brick qui vient d’être lancé sera acheté par la marine, sera armé et mis en état de partir, sous dix jours, pour l’Amérique espagnole. Il sera embarqué à bord 1,000 fusils, et son lest sera composé de 4, 000 boulets de tout calibre.

5° La mouche qui appartenait à l’amiral Cochrane, et qui a été prise à la Martinique et qui est arrivée dans ce port depuis plusieurs mois, sera envoyée dans l’Amérique espagnole. Il y sera embarqué 300 fusils, 300 paires de pistolets, 300 sabres et 1,000 boulets.

6° Il sera mis en construction à Bayonne six mouches pareilles, qui seront achevées dans le plus court délai, pour servir de communication. Toute la marine de Bayonne s’accorde à dire que ces petits bâtiments, qui coûtent 10 à 12,000 francs, marchent comme le vent. C’est, à proprement parler, de triples chaloupes, mais qui seront excellentes pour expédier dans les colonies. Je désire qu’on en fasse construire dans tous mes ports. Ils seront connus sous le titre de mouches. La petite mouche qui est à Bayonne était la corvette de l’amiral Cochrane, qui en faisait grand cas.

Tout cela n’empêche pas de travailler à la membrure du vaisseau de 110 canons. Quoi qu’en disent les ingénieurs, il y a dans l’arsenal place pour tout.

En général, on se plaint que vos bricks sont lourds et trop forts. Recommandez à l’ingénieur de les alléger et de les rendre moins coûteux.

 

Bayonne, 11 mai 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Vous pensez que le cabotage est insuffisamment favorisé en France; je suis loin de le croire. Supposé que j’aie à Bayonne deux corvettes bonnes marcheuses; que j’aie dans la rivière de Bordeaux deux vaisseaux de 50 à 60 canons, deux frégates et deux bricks, sous le commandement d’un contre-amiral ayant l’ordre d’appareiller tous les jours; que j’aie en rade de l’île d’Aix une escadre de quelques vaisseaux; que j’aie dans la Loire un ou deux vaisseaux de 50 ou de 60 avec deux ou trois frégates, commandés par un contre-amiral ayant les mêmes ordres; que j’aie dans la Vilaine un vaisseau et deux frégates : pensez-vous que les stations ennemies pourraient bloquer Bordeaux, par exemple, avec deux frégates ? Il faudrait une escadre de plusieurs vaisseaux. Les Anglais ne tarderaient pas à être convaincus que ces croisières leur coûteraient trois ou quatre fois les prises qu’elles pourraient faire, et ils prendraient sur-le-champ le parti de renoncer à bloquer cette rivière. Croyez-vous actuellement que si, sous les ordres de ces chefs d’escadre, il y avait quelques péniches, quelques chaloupes canonnières entre Bordeaux et Rochefort, la Rochelle, les Sables, etc., les péniches ennemies pourraient se présenter ? Le cabotage est le plus grand bien de la France, et l’on envoie des vaisseaux pour être maîtres au loin, lorsqu’on ne cherche pas à l’être près. Le blocus des côtes de la France ne coûte à l’Angleterre que quelques frégates; il faudrait organiser la défense des côtes de manière à obliger les Anglais à y tenir plusieurs vaisseaux. Pour bloquer un vaisseau qui serait toujours en appareillage, il en faudrait aux Anglais au moins quatre dans un an.

Je me résume : la Garonne à Bordeaux, la Loire à Nantes, sont les deux grandes artères de la France; il faut y avoir deux contre-amiraux, six vaisseaux de 50 à 60 et six frégates. Il faut que ces contre-amiraux soient chargés de donner le mouvement aux bâtiments légers qui seraient sous leurs ordres, et se tiennent constamment en appareillage. Il faut me faire construire deux vaisseaux de 64 à Bordeaux et deux à Nantes. Ces vaisseaux seront destinés à protéger la côte et à défendre ces deux grandes artères de l’Empire. Au lieu de cela, il n’y a rien en appareillage an bas des rivières de Bordeaux et de Nantes, si ce n’est de mauvaises corvettes qui ne marchent pas et qui ne sont d’aucun résultat. Il faudrait aussi, à l’escadre de Flessingue, un ou deux vaisseaux de 50 ou 60.

Quant à la question de la marche, il me semble qu’ils devraient aussi bien marcher que des vaisseaux de 74, en les proportionnant en conséquence dans toutes leurs dimensions.

Donnez l’ordre aux officiers qui commandent les vaisseaux en rade de Toulon et de Lorient de faire de fréquents appareillages, de sortir et de présenter le combat aux croisières inférieures à leur force, et de se tenir en état de mobilité continuelle. Donnez le même ordre au contre-amiral Missiessy, qui doit avoir à présent sous ses ordres les deux frégates hollandaises.

Envoyez un officier au Texel pour prendre connaissance de l’état des vaisseaux. Parlez à Paris à Ver Huell , et dites-lui que je suis fâché de ne pas voir au Texel 8 vaisseaux; ils occuperaient 8 vaisseaux anglais, qui ne seraient pas occupés ailleurs.

Faites mettre un vaisseau sur la cale du Superbe, à Gênes, et passez des marchés pour en mettre en construction à la Spezia; cela emploiera les bois des Apennins, de la Toscane, mettra de l’activité dans un beau port et donnera la vie à l’extrémité de l’Empire.

Donnez-moi tous les jours des nouvelles de mes ports. Pourquoi, à Brest, n’y a-t-il pas déjà un vaisseau en appareillage, comme du temps de Ganteaume ? Cela effrayerait les Anglais, leur ferait tenir une escadre plus forte et exercerait nos matelots.

 

Bayonne, 11 mai 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Les gabares qui étaient chargées de bois dans ce port restent chargées. Au mois d’octobre vous aurez soin d’ordonner que les matelots des classes qui doivent se rendre à Rochefort passent ici. On en armera les trois gabares et on les enverra, dans l’hiver, chargées de bois à Rochefort, où l’on s’en servira pour armer l’escadre.

Il est nécessaire de faire deux choses, 1° d’ordonner qu’une partie des fournisseurs de bois à Bayonne versent dans la Garonne en augmentant un peu leurs prix, car Bayonne est encombrée de bois qui pourrissent : il faut donc faire un changement aux arrondissements : il est des localités où, avec 30 à 40 sous de plus par pied cube de bois, on verserait à Bordeaux; 2° faire le transport des bois par terre. Les bois de Bayonne s’arrêteraient à Mont-de-Marsan, où l’Adour les conduira facilement, et de Mont-de-Marsan ils seraient conduits par terre jusqu’à Langon, où on les embarquerait sur la Garonne. De Mont-de-Marsan à Langon il n’y a que trois journées de charrette. Les frais de ce transport ne peuvent pas revenir à plus de 2 ou 3 francs par pied cube, ce qui n’est rien en comparaison de ce que coûte le transport par mer. il serait même facile d’exiger que les Landes fournissent quatre ou cinq cents voitures pour transporter le bois d’ici dans la Gironde.

Il y a ici un petit aviso. J’ai ordonné qu’on l’armât sur-le-champ. Je le ferai charger de fusils et je l’expédierai pour Montevideo.

Ce port est très-favorable pour l’expédition des mouches. Il n’est jamais bloqué, et, quoiqu’il soit dans un enfoncement, la mer devient si large qu’on a beaucoup de chances pour sortir.

La manière dont on se laisse bloquer à Bordeaux est ridicule. Il ne coûte au roi d’Angleterre qu’une frégate pour couper la communication de l’Espagne et du Portugal avec Bordeaux. Cette frégate se tient sur la Teste. Une autre frégate intercepte la communication entre Brest et Bordeaux. Cela est par trop fort. Je vous ai prescrit dans ma lettre de ce jour des dispositions à ce sujet.

J’irai, avant un mois, à Nantes et à Rochefort. Je désire beaucoup avoir quelque chose à voir là. Maintenez les ordres à la Vénus et à la Junon, au Havre, de se rendre à Cherbourg. Rendez-moi un compte général de ce que j’aurai dans mes ports au mois de septembre prochain, afin de ne pas attendre au dernier moment, soit en vaisseaux, soit en frégates, soit en gabares.

Faites-moi connaître les petits bâtiments, corvettes, lougres, etc., que vous avez expédiés dans l’Amérique espagnole.

Je désire qu’on arme au Havre l’Amazone pour la joindre à la Vénus et à la Junon; ce qui, joint à l’Élisa, qui va être mise à l’eau cette année, fera 4 frégates , qui obligeront les Anglais à tenir 4 frégates devant le Havre, si elles ne trouvent pas à sortir avant l’équinoxe.

La Pallas, l’Elbe, la Renommée et la Clorinde vont bientôt être mises à l’eau à Nantes. Quatre ou cinq frégates là obligeront les Anglais à multiplier leurs moyens.

Je suppose que la Bellone et l’Adélaïde sont à l’eau à Saint-Malo.

 

Bayonne, 11 mai 1808

Au prince Camille Borghèse, gouverneur général des départements au-delà des Alpes, à Turin

Vous trouverez ci-joint un décret que j’ai pris pour l’établissement d’un port militaire à la Spezia. Ce port étant dans votre gouvernement, je désire que vous y envoyiez le meilleur ingénieur militaire que vous ayez, et que vous chargiez le sieur Lescalier, préfet maritime de Gênes, d’y envoyer de son côté le meilleur officier de marine de Gênes et un ingénieur constructeur, pour dresser un mémoire détaillé, avec des plans, sur ce port, dans le double but de la terre et de la mer. Vous leur donnerez à résoudre les questions suivantes : L’air est-il sain ? Quel est le lien où l’on doit établir l’arsenal de la marine ? Peut-on donner cette destination au lazaret actuel ? Quel est remplacement où il faut établir des cales pour la construction des vaisseaux ? L’établissement de ces cales sera-t-il difficile ? Combien cela coûtera-t-il ? Quand pourront-elles être établies ? Pourra-t-on , dès le mois de juillet, mettre sur la cale un vaisseau de 74 ? En quoi consistent les fortifications de terre, et quelles dépenses faut-il faire
pour défendre l’arsenal et mettre les différents établissements à l’abri d’un coup de main de la part de l’ennemi ? Y a-t-il de l’eau en quantité suffisante pour une escadre ?

 

Bayonne, 11 mai 1808, dix heures du matin

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d’Espagne, à Madrid

Vous trouverez ci-joint la lettre du roi Charles au conseil de Castille. C’est une espèce de proclamation à la nation, par laquelle ce prince annonce qu’il m’a cédé tous ses droits. Communiquez-la au conseil, en accélérant ou retardant sa publication, selon les circonstances.

Le prince des Asturies m’a aussi cédé tous ses droits comme prince des Asturies . On signe dans ce moment le traité, qui est commun à l’infant don Carlos, à l’infant don Antonio et à l’infant don Francisco. Le chanoine est resté pour signer.

Les trois princes sont partis ce matin à cinq heures; ils couchent à Mont-de-Marsan et seront demain soir à Bordeaux. Le prince des Asturies mène avec lui le duc de Sau-Carlos, son ancien gouverneur, et quelques chambellans qui n’ont pas de nom. Le duc de l’Infantado est resté ici.

Il faut savoir ce que vous voulez faire des gardes du corps. Rappelez ceux qui sont à Tolosa et à Vitoria, et tenez-les réunis; c’est le moyen de les empêcher d’être dangereux. Je pense qu’il ne faut point les tenir à Madrid. Vous pouvez diriger sur France celui qui est à Madrid. On m’assure que celui qui porte des revers jaunes s’est mal comporté. Faites connaître aux Suisses que je ratifie leurs capitulations, et que je compte sur leurs services. Je pense que vous pouvez appeler à vous le régiment suisse qui est à Tarragone, et le mettre sous les ordres du général Rouyer. Il faudra alors deux généraux de brigade, que vous pouvez prendre dans ceux au service de l’Espagne. Je ne sais pas s’il y a un autre régiment suisse. Si l’on pouvait en former une division de quatre régiments, formant 6 à 7,000 hommes, cela pourrait être utile, car il est très-important d’occuper en force le point essentiel de Cadix.

Je suppose que vous recevez des nouvelles de l’Aragon. Écrivez aux archevêques, évêques, intendants et aux personnages influents du pays. Envoyez-y des moines des couvents de Madrid, et, enfin, envoyez auprès du capitaine général.

AU CONSEIL SUPRÊME DE CASTILLE, etc.

Dans ces circonstances extraordinaires, nous avons voulu donner une nouvelle preuve de notre amour à nos aimés sujets, dont le bonheur a été pendant tout notre règne le constant objet de nos sollicitudes. Nous avons donc cédé tous nos droits sur les Espagnes à notre allié et ami l’Empercur des Français,
par un traité signé et ratifié, en stipulant l’intégrité et l’indépendance des Espagnes, et la conservation de notre sainte religion, non-seulement comme dominante, mais comme seule tolérée en Espagne.

Nous avons en conséquence jugé convenable de vous écrire la présente pour que vous ayez à vous y conformer, à le faire connaître et à seconder de tous vos moyens l’Empereur Napoléon. Montrez la plus grande union et amitié avec les Français, et surtout portez tous vos soins à garantir les royaumes de toute rébellion et émeute.

Dans la nouvelle position où nous allons nous trouver, nous fixerons souvent nos regards sur vous, et nous serons heureux de vous savoir tranquilles et contents.

Donné au palais impérial dit du Gouvernement, le 8 mai 1808,

MOI, LE ROI.

Extrait du Moniteur du 16 mai 1808.

 

Bayonne, 11 mai 1808

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d’Espagne, à Madrid

Il y a à Madrid une grande quantité de cartes et de papiers sur un voyage en Egypte, en Afrique, dans l’Asie Mineure, fait, depuis 1803, par un Espagnol qui vient d’arriver ici et qui a porté dans ces voyages le nom d’Ali-bey-el-Abassi. Ces cartes et papiers sont chez un nommé Amoros, secrétaire du Roi, ou dans les bureaux du prince de la Paix. Faites prendre tous ces papiers, où il y aura sans doute des renseignements utiles.

 

Bayonne, 11 mai 1808, sept heures du matin

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d’Espagne, à Madrid

Je vous envoie l’état de l’argenterie que demande le prince des Asturies; il n’y a aucun inconvénient à la lui envoyer.

Je vous ai déjà mandé qu’il était nécessaire que, sur tous les bâtiments qu’on expédierait en Amérique, on embarquât des fusils et des pistolets, dont on a grand besoin dans ce pays-là. Il sera bon d’embarquer aussi sur chaque bâtiment un certain nombre de recrues. Quand on ne mettrait que trente ou quarante hommes sur chaque bâtiment, cela ferait un très-bon effet eu Amérique, parce que ces colonies verront qu’on pense à elles. Chargez le ministre de la marine de faire le relevé des bâtiments envoyés en Amérique et d’y faire embarquer des fusils et des recrues.

Faites-moi connaître s’il est vrai que les Espagnols ont en dépôt à Rio-Janeiro plusieurs millions de piastres.

Quel est le nombre de petits bâtiments, mouches, avisos, etc., qu’on expédie en Amérique ? Il faudrait qu’il y en eût au moins douze. Ces petits bâtiments devraient être chargés de lettres de la junte, avec les pièces à l’appui et des lettres du ministre de la marine, dont on ferait douze copies. Je pense que les points où il faut surtout envoyer ces expéditions sont le Mexique et Rio de la Plata. Il faudrait donc destiner pour chacun de ces points six frégates bonnes marcheuses Envoyez un des paquets à Junot, qui fera partir de son côte un goélette de Lisbonne. Il faut profiter de toutes les circonstances. Le ministre de la marine fera faire en outre un grand nombre de copie des pièces, et les enverra par le commerce et par toutes les occasions. Envoyez-m’en trois ou quatre copies, que je ferai partir par les petits bâtiments de mes ports , qui restent à expédier.

J’attends avec impatience l’état de situation des troupes de terre e de marine. Faites envoyer par le ministre l’ordre à l’escadre espagnole qui est à Mahon de se rendre à Toulon. Il ne faut pas qu’elle reste à Mahon. Elle a pour points de relâche les ports d’Ajaccio, de Saint Florent, où elle sera à l’abri d’une force supérieure; elle a Gênes, La Spezia, le golfe Juan, qui sont bien armés et bien protégés. Enfin quel que soit celui de mes ports où elle arrivera, je me charge de la nourrir et de l’entretenir.

————

P. S. Vous trouverez ci-joint un traité que j’ai fait avec le prince des Asturies, par lequel il me cède tous ses droits. Je vous enverra demain la proclamation de ce prince.

 

Bayonne, 11 mai 1808, minuit

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d’Espagne, à Madrid

Je reçois votre lettre du 9 à une heure et demie du matin. Je vous ai mandé que le prince des Asturies était parti hier. Je ne vous enverrai que demain la proclamation de ce prince aux Espagnols.

Vous êtes dans l’erreur quand vous croyez que je dois quelque chose à l’Espagne pour mon escadre de Cadix. Les dépenses qu’elle a faites l’ont été à mes frais. Je suis en compte double avec eux, et ils me doivent au contraire beaucoup. Le fait est que c’est un pays où il n’y a pas d’ordre. Engagez le sieur Laforest à me faire un mémoire sur la situation des finances d’Espagne. Il y a de l’argent dans les ports et dans les villes, et l’on trouverait facilement quelques millions pour pourvoir aux dépenses.

Il est minuit; il y a deux heures que le feu a pris à une mauvaise baraque dans la ville; dans ce moment, il est éteint.

J’attends avec impatience la situation de la marine, des forces de terre et des finances. Je désire beaucoup avoir des nouvelles de Cadix; cela m’intéresse fort.

Faites écrire par la junte à Valladolid et en Galice, où il parait qu’il y a quelque fermentation. Fixez bien vos regards pour bien connaître les troupes qui sont en Galice, en distinguant celles qui sont à Porto sous les ordres du général Junot; il est très-important d’avoir des idées claires là-dessus. J’attends des nouvelles d’Aragon.

Le sieur Laforest fera connaître dans son mémoire à combien se monte la dette publique.

Envoyez-moi un mémoire sur les quatre places que l’Espagne possède en Afrique, sur la force des garnisons, sur l’état des fortifications, sur la quantité de munitions de guerre et de bouche, sur l’état des ports; si un brick, une frégate et un vaisseau à deux ponts peuvent y entrer, et si on communique de l’un à l’autre.

 

Bayonne, 11 mai 1808, minuit

Au maréchal Bessières, commandant la Garde Impériale, etc., à Burgos

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 10. Mes malades courent le risque d’être assassinés à Valladolid; vous pourriez y laisser deux ou trois régiments portugais. Vous avez deux régiments qui n’arrivent que le 15, le 16 et le 17, à Burgos. Vous devez être à même de réunir ces troupes à Valladolid, où elles seraient en force pour contenir la populace. Il faut placer les 2e et 3e régiments d’infanterie portugais, qui sont arrivés le 11 et le 12, sur la route de Burgos à Vitoria et sur celle de Burgos à Santander. Laissez le régiment de chasseurs à cheval à l’endroit où il se trouve, entre Valladolid et Burgos, et donnez l’ordre au 4e et au 5e régiment d’infanterie et au 3e de cavalerie de se réunir à Valladolid. Chargez un général portugais de se tenir entre Valladolid et Burgos pour protéger mes malades à Valladolid. Par ce moyen, pour peu qu’il y ait la moindre insulte dans cette ville, vous vous y porteriez avec trois régiments portugais; vous feriez rétrograder à grandes marches deux autres régiments portugais; vous joindriez à cela une partie du 22e de chasseurs, 10 pièces de canon et la moitié de l’infanterie que vous avez à Burgos, et vous donneriez à cette ville une si sévère leçon qu’elle ne serait pas tentée de recommencer. Vous donneriez l’ordre au général Verdier de faire filer deux régiments sur Burgos; il resterait à Vitoria avec un régiment, et enverrait l’ordre au régiment provisoire qui est à Tolosa de venir le joindre.

Envoyez un officier au général Junot pour qu’il réunisse à Almeida, sous le commandement d’un général de division, 4,000 hommes pour contenir les villes de Ciudad-Rodrigo, Salamanque et Valladolid. Vous trouverez ci-joint un ordre que vous lui ferez passer à cet effet. Ce corps sera à votre disposition en cas de mouvements en Galice. Ecrivez à Valladolid et à Salamanque pour leur faire sentir le danger qu’elles courent si elles ne restent point tranquilles. Je suis surpris qu’à la première nouvelle que vous avez eue que l’esprit était mauvais dans ces villes vous n’y ayez pas écrit.

En résumé, le 3e régiment de cavalerie portugais de 270 homme les chasseurs à pied portugais formant 600 hommes, le 5e régime d’infanterie portugais de 600 hommes, le 4e d’infanterie portugais de 500 hommes et le régiment de chasseurs à cheval portugais de 100 hommes, ce qui fera 2,000 hommes sous les ordres du général brigade Mozinho, doivent rester cantonnés à Valladolid et entre Valladolid et Burgos. Au moindre événement, les troupes se concentreront sur Valladolid, avec une partie du 22e de chasseurs français, l’artillerie de la Garde et celle du général Merle, c’est-à-dire avec dix à douze pièces de canon et la moitié de votre infanterie; et, étant ainsi force de 7 à 8,000 hommes, vous donnerez une sévère leçon à la ville de Valladolid. Ce cas arrivant, les 17e et 18e régiments provisoires, qui forment la brigade du général Sabatier, avec 8 pièces de canon, se rendraient en toute diligence à Burgos. Le général Verdier resterait à Vitoria avec le 13e régiment provisoire et le 14e, qu’il ferait venir de Tolosa, 8 pièces de canon et le 10e de chasseurs. Il réunirait à lui les 1er, 2e et 3e régiments portugais formant près de 2,000 hommes, ce qui, avec la brigade française, lui ferait encore près de 6,000 hommes. Ainsi, pendant que vous arriveriez à Valladolid, les troupes que vous auriez tirées de Burgos y seraient à peu près remplacées.

Pour peu que vous continuiez à avoir des inquiétudes sur la Galice, Salamanque et Valladolid, attirez à vous la brigade du général Sabatier, que vous ferez remplacer à Tolosa par la brigade portugaise du général Carcome Lobo, composée des ler, 2e et 3e régiments d’infanterie. Le général Verdier aura les 3e et 14e régiments provisoires et le 10e de chasseurs. Au moindre événement, il serait secouru par un régiment de deux bataillons de 1,200 hommes, qui pourront sorti de Saint-Sébastien.

Je vous recommande de parler haut, de faire faire des démarche auprès des villes de Valladolid et Salamanque, d’y envoyer des prêtres et des chefs de couvents. C’est en parlant haut que vous empêcherez ces gens-là de faire des sottises. Si vous croyez qu’ils aient besoin d’une correction, faites avancer à une marche 4,000 Français avec 10 pièces de canon, que vous placerez de manière à y être en une marche forcée ou, au plus, en deux petites marches.

 

Bayonne, 11 mai 1808

Au général Junot, commandant l’armée du Portugal, à Lisbonne

Mon intention est qu’immédiatement après la réception du présent ordre vous envoyiez le général Loison avec 400 hommes de cavalerie, 16 pièces de canon et 3,200 hommes d’infanterie, à Almeida, de manière à y réunir en tout 4,000 hommes. Il s’y rendra en toute marche. D’Almeida il se mettra en correspondance avec le maréchal Bessières, à Burgos. Il contiendra les villes de Ciudad-Rodrigo, Sala- manque et Valladolid. S’il se faisait la moindre insulte aux Français, il punirait sévèrement les villes qui en seraient coupables. Il marchera au secours du maréchal Bessières, si cela est nécessaire.

 

Bayonne, 11 mai 1808

DÉCISION

Le prince de Neuchâtel, major général, met sous les yeux de l’Empereur un rapport de M. Denniée, intendant général de l’armée d’Espagne, duquel il résulte que cette armée, conservant son effectif actuel, aura besoin, pour la fin d’août, de farines et de viande, que les ressources du pays ne peuvent offrir et qu’il faudra faire venir de France.

Le major général, prince de Neuchâtel, demande les ordres de l’Empereur au sujet des conclusions du rapport de l’intendant général Denniée.

Il faut lui répondre qu’on ne doit s’attendre ni à l’arrivée de farines ni à l’arrivée de viande de France; que ce rapport est ridicule; que, si l’armée restait cantonnée aux environs de Madrid, cela serait juste; mais quand elle sera dans la Grenade ou dans la Murcie, il ne manquera pas de ressources pour qu’elle soit parfaitement nourrie. On ne doit s’attendre
à rien recevoir de France.

 

Bayonne, 11 mai 1808

DÉCISION

M. Bigot de Préameneu, ministre des cultes, écrit à 1’Empereur pour lui proposer un moyen de correspondre avec la cour de Rome sans l’intervention de la légation, qui vient d’être supprimée. M. Multedo, directeur de la poste aux lettres de France à Rome, lui semble pouvoir servir d’agent au Gouvernement impérial. Renvoyé à l’évêque de Poitiers, pour faire un mémoire sur cette question. Quels moyens y aurait-il de n’avoir aucune communication avec la cour de Rome que pour ce qui est porté dans le Concordat, c’est-à-dire l’institution des évêques, et, pour tout le reste, n’avoir affaires qu’aux évêques et aux métropolitains ?

 

Bayonne, 11 mai 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

 Mon fils, toute l’escadre russe est sous mes ordres. J’ai reg l’état de situation de celle qui est à Lisbonne, au 1er février. Écrivez à mon consul, à Trieste, pour demander celui de l’escadre russe, qui est dans ce port, et faites vous adresser le paquet, pour que vous puissiez, me l’envoyer par l’estafette.

Il y a plusieurs frégates à Livourne. Envoyez là quelqu’un pour voir le parti qu’on pourrait en tirer. Il ne me serait pas difficile de me faire céder deux frégates russes, qui sont là pour augmenter ma marine à Venise, mais je ne ferai ces arrangements que pour des bâtiments qui en vaudraient la peine. Il y a aussi des vaisseaux de 64. Faites-moi connaître le nombre de petits bâtiments russes qui sont à Venise, et s’ils sont de quelque valeur. Il me sera également facile de me les faire céder.

 

Bayonne, 11 mai 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon fils, donnez ordre qu’on n’ait aucun égard aux bâtiments sardes qui s’intitulent courrier de la légation russe. Je vous redis d’intercepter les lettres du ministre de Russie en Sardaigne, et qu’aucune ne passe. On n’attache aucune importance, en Russie, à cet imbécile de ministre; mais encore vaut-il mieux qu’il ne passe pas de ses lettres.

 

Bayonne, 12 mai 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Bayonne.

Monsieur de Champagny, donnez ordre à mes consuls à Carthagène, à Alicante, à Cadix, à Majorque, à Minorque et à Barcelone que, indépendamment des comptes qu’ils vous rendent, ainsi que mon ministre de la marine, sur ce qui se passe dans la Méditerranée, ils envoient exactement les mêmes rapports au préfet maritime de Toulon sur les événements de la mer et les mouvements de l’ennemi afin qu’il en instruise les commandants des escadres espagnoles.

 

Bayonne, 12 mai 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Bayonne

Monsieur de Champagny, réitérez à mon ambassadeur à Saint-Pétersbourg qu’il est inutile qu’il corresponde avec mes ministres à Copenhague et à Constantinople et écrivez à mon ministre à Copenhague qu’il de doit avoir aucune correspondance avec mon ambassadeur en Russie.

 

Bayonne, 12 mai 1808

A M. Bigot de Préameneu, ministre des Cultes, à Paris

Monsieur Bigot de Préameneu, j’ai reçu votre lettre du 4 de ce mois. Il n’y a pas d’inconvénient à faire une circulaire aux évêques et à leur faire connaître que la mission du légat est terminée, que dès ce moment, ils rentrent dans la plénitude de leur autorité apostolique, et que, quant à leur correspondance avec Rome pour les bulles, les nouveaux évêques, doivent faire passer leurs demandes par le canal du sieur Multedo, directeur des postes à Rome. Il convient que vous écriviez au sieur Multedo que toutes les dépêches de la cour de Rome soient adressées au conseiller d’État directeur général des postes, qui les transmettra aux individus. Vous écrirez aussi à ce directeur général qu’il doit s’assurer que ces correspondances ne renferment rien de contraire au bien de l’État.

Quant à l’autorisation d’avoir recours à Rome pour autre chose que les bulles, c’est un objet très-contentieux. Les évêques ont ces pouvoirs pour l’année; ils peuvent les prendre pour toujours. Plusieurs évêques de France avaient conservé ces droits ; d’autres les ont cédés à la cour de Rome. D’après des lois comme celles du Concordat, j’entends qu’il soit dit que tous les évêques de France ont été institués dans la plénitude de leurs pouvoirs; qu’ainsi, pour donner les dispenses, ils n’ont pas besoin de la cour de Rome. Je veux m’en passer, voilà mon but. Mais il est nécessaire de faire sur cela un mémoire et de bien consulter la question. Ce qui m’importe, c’est que trois ou quatre mauvais sujets qui sont à Rome n’exercent pas d’influence sur les consciences. En résumé, faire connaître aux évêques que la mission du légat est terminée et qu’ils rentrent dans leurs pouvoirs; faire passer les demandes des nouveaux évêques par le canal du sieur Multedo, et lui ordonner de faire passer toutes les lettres au directeur général des postes; enfin faire un rapport sur ce qu’il convient de faire pour mettre mes peuples à l’abri des intrigues et des mauvaises dispositions de la cour de Rome.

 

Bayonne, 12 mai 1808

A M. Cretet, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur Cretet, je reçois votre rapport du 4 de ce mois. Je désire que vous continuiez à m’envoyer de semblables renseignements, parce que je veux mettre des hommes sur tous les bâtiments expédiés, ce qui aura le double avantage de renforcer les équipages et de recruter les garnisons de mes colonies. Engagez les armateurs à en faire la demande. L’assurance me paraît bien forte à 40 pour 100. Vous avez vu la mesure que j’ai prise dans mon décret en faveur du commerce de Bordeaux; j’ai supposé qu’on ferait quinze expéditions, et j’ai ordonné la mise en réserve du quinzième du produit de chaque expédition au retour. La valeur de chaque expédition au retour est à celle de la première mise comme 1 est à 4; ainsi, en retenant le quinzième de l’expédition au retour, c’est comme si on avait retenu le quart de l’expédition au départ. Par cette retenue du quinzième sur quinze bâtiments, on a donc de quoi couvrir ou indemniser la perte de quatre bâtiments. Cette assurance est la plus raisonnable de toutes. A Bayonne, où le commerce est dans l’intention d’expédier quatre bâtiments qui mettent tous leurs risques en commun, s’il en arrive un en retour, il n’y aura ni gain ni perte ; s’il en arrive deux, il y aura un bénéfice de 40 pour 100.

De ce qui a été fait pour Bordeaux est venue l’idée de former à Paris, à la Banque ou ailleurs, une chambre d’assurances. Le fonds de l’assurance serait fait, 1° par le versement dans la caisse de la chambre de 5 pour 100 de la valeur de l’expédition au départ de tous les bâtiments expédiés pour les colonies ; 2° par la retenue d’un quinzième de la valeur de chaque expédition au retour, dont le versement serait aussi fait dans la caisse de la chambre. Les bâtiments qui viendraient à périr par accident de mer ou à être pris par l’ennemi seraient remboursés aux armateurs sur la caisse de la Banque, en totalité ou au marc la livre du produit des 5 pour 100 et du quinzième de réserve. Ce remboursement se ferait à raison de la valeur de l’expédition, non au retour, mais au départ. Cette idée ne doit être considérée que comme un aperçu; mais, au moyen d’un peu de discussion avec la chambre de commerce et avec les hommes qui ont pratiqué des opérations de cette espèce, on pourra parvenir à la réaliser. Le projet de décret vous fera mieux connaître mes vues.

 

Bayonne, 12 mai 1808

A M. Cretet, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur Cretet, vous recevrez un décret par lequel j’ai modifié l’emploi des deux centimes de non-valeurs. Les deux centimes de non-valeurs forment une somme annuelle de 4 à 5 millions; le tiers, que je mets à votre disposition pour les accidents extraordinaires, fera donc une somme de plus de 1,500,000 francs. Entendez-vous avec les ministres des finances et du trésor public, afin que les dispositions pour assurer la rentrée de ce fonds soient prises sur-le-champ. Aussitôt que j’en connaîtrai le montant, je vous donnerai un crédit considérable pour le Piémont. Il est ridicule que, pour de tels accidents, on ne puisse pas disposer de moyens suffisants. Je ne vois pas de difficulté à vous accorder le quart du montant du tiers des centimes de non-valeurs pour le Piémont; je vous donnerai ensuite ce qu’il faudra pour les incendiés. Il est nécessaire que vous suiviez avec activité l’exécution de mon décret, parce que le ministre des finances ne manquera pas de se faire tirer l’oreille.

 

Bayonne, 12 mai 1808

A M. Gaudin, ministre des finances, à Paris

Les deux centimes de non-valeurs se distribuent de deux manières: un centime est mis à la disposition des préfets; l’autre centime est distribué par le ministre des finances en vertu de mon autorisation. Vous recevrez sur ce sujet un décret qui doit avoir un effet rétroactif. Par ce décret, le montant des deux centimes de non-valeurs sera divisé en trois parties : un tiers sera mis à la disposition des préfets; un autre tiers sera distribué par le ministre des finances pour les accidents ordinaires, et le dernier tiers par le ministre de l’intérieur pour les accidents extraordinaires, tels que tremblements de terre, incendies, inondations. Ce tiers donnera à peu près une somme de 1,500,000 francs, qui sera plus utilement employée que ne le sont les deux centimes en suivant le mode actuel.

 

Bayonne, 12 mai 1808

A M. Gaudin, ministre des finances, à Paris

Les choses vont très-mal en Toscane. Vous recevrez un décret que je viens de prendre pour l’établissement d’une junte extraordinaire pour administrer ce pays. Vous l’enverrez par l’estafette au général Menou. Vous l’enverrez par l’estafette au préfet de Bruxelles, qui se rendra en poste à Florence et devra y être arrivé avant le le, juin. Vous donnerez les mêmes ordres aux deux maîtres des requêtes Janet et de Gérando, qui sont à Paris, et à l’auditeur faisant fonction de secrétaire général. Vous chargerez spécialement un de vos chefs de division de suivre les affaires de Toscane, et le secrétaire général de la junte s’entendra avec lui.

Voici l’instruction que vous donnerez à la junte. Mon intention est qu’au 1er janvier 1809 la Toscane soit organisée comme le Piémont et les États de Parme et de Plaisance, et puisse être régie par les mêmes lois. Il faut donc qu’au ler janvier la ligne des douanes soit portée sur les confins de la Toscane et enferme Livourne. Il sera nécessaire pour cela que le sieur Collin fasse une tournée en Italie dans le courant de l’été. L’imposition directe doit être sur le même pied qu’en Piémont; mais les unes et les autres ne doivent subir de changements qu’à partir de 1809. Vous devez avoir envoyé en Toscane des employés de la loterie, de l’enregistrement, des douanes, des contributions directes, etc. Il ne faut y envoyer que des chefs et donner le plus possible les emplois secondaires aux hommes du pays. D’ici au ler janvier prochain, l’intérêt de la dette doit être exactement payé, les contributions doivent être exactement perçues, et la justice rendue à tout le monde. Des pensions militaires, civiles, et à toute la maison du prince, doivent être accordées en suivant le même système qu’en Piémont et en les proportionnant à la quotité des impositions qu’on payait en Toscane.

Des arrêtés de la junte pourront, sans délai, pourvoir à tout cela et à diminuer autant que possible le nombre des mécontents. Les arrêtés que la junte croira urgents, elle les prendra de sa propre autorité; ceux auxquels un délai ne peut être nuisible, elle les rédigera et vous les enverra pour être soumis à mon approbation ; mais de manière cependant à pouvoir marcher et tout établir sur un bon pied. Il faut tout préparer dans le courant de l’été, tant pour l’administration générale que pour l’administration départementale et des villes. Le maître des requêtes Chaban connaît parfaitement les habitudes des départements de France et pourra diriger les préfets. Les maîtres des requêtes Janet et de Gérando connaissent parfaitement l’administration de l’intérieur. Le général Menou et le conseiller d’État Dauchy ont l’expérience de ce qui s’est fait en Piémont. Je désirerais qu’au ler janvier 1809 l’organisation de la régie des sels et tabacs, te!le qu’elle est établie en Piémont, pût passer en Toscane. Vous avez dans la junte des hommes instruits qui travaillent, qui pourront répondre à vos questions et préparer entièrement votre travail. La correspondance officielle doit être signée du président, comme de raison; mais, indépendamment de ce, vous aurez la correspondance avec tous vos chefs d’administration.

Vous vous arrangerez de manière que l’estafette de Rome passe par Florence, afin que la communication soit plus active et plus rapide, et vous aurez soin de m’instruire exactement de tout ce qui se passera là.

 

Bayonne, 12 mai 1808

A M. Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur Mollien, je viens d’ordonner, par un décret qui vous sera envoyé, que les deux centimes de non-valeurs seraient distribués en trois parts; qu’un tiers serait mis à la disposition des préfets, un tiers à la disposition du ministre des finances, comme cela a toujours été, et qu’un tiers resterait en réserve au trésor comme fonds spécial destiné à des dépenses imprévues. Ce fonds sera distribué chaque mois, par mon ordre, pour accorder des indemnités pour de grandes pertes. Entendez-vous avec le ministre des finances pour l’exécution de cette disposition, et faites-moi connaître à combien ce fonds se montera cette année, vu que je suis pressé de donner des secours pour les tremblements de terre qui viennent d’avoir lieu en Piémont.

 

Bayonne, 12 mai 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Vous recevrez un décret pour l’établissement d’une junte extraordinaire en Toscane, où il y a beaucoup de plaintes. Mon intention est qu’au 1er janvier 1809 la Toscane fasse partie de l’Empire. Il faut donc organiser là une division militaire, une direction d’artillerie, et des services. Le génie aura sans doute déjà fait le plan de Livourne, des fortifications qui existent, et le plan des côtes et de tout ce qui regarde la partie militaire.

 

Bayonne, 12 mai 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Des bâtiments sont partis de Nantes pour l’île de France; il en part pour la Martinique et la Guadeloupe. Des expéditions se préparent à la Rochelle, à Saint-Malo, à Bordeaux, à Rouen, au Havre. J’aurais désiré que vous eussiez profité du départ des bâtiments qui out été expédiés, pour y mettre 12 ou 15 hommes, afin de recruter les garnisons de mes colonies. Il convient que vous en fassiez passer sur tous les bâtiments qui partiront, et que, à cet effet, vous me préveniez un mois d’avance du nombre qui sera convenu avec les armateurs, pour que je mette des hommes à votre disposition, Mon intention est que vous encouragiez tous ces armements.

 

Bayonne, 12 mai 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je lis votre état de situation de la marine. Je vois qu’il manque à Toulon deux frégates qui devraient être portées en rade, les deux qui sont venues de Bordeaux. Vous ne portez que 5 frégates, savoir : les 3 qui faisaient partie de la division de Toulon et les 2 venues avec l’escadre de Rochefort et la vieille frégate l’Incorruptible. Je suppose que cela est une erreur. Je vois par cet état de situation qu’à Anvers il n’y a qu’un seul bâtiment, le Dalmate, qui est aux 14 vingt-quatrièmes, qui commence à avancer. Tous les autres sont également retardés. Il serait cependant bien important d’avoir à Anvers au moins 3 vaisseaux, qui, avec le Royal-Hollandais et les 8 que j’ai à Flessingue, feraient 12 vaisseaux; ce serait déjà un beau commencement de forces. Je désirerais que ces 12 vaisseaux pussent appareiller avant le mois de novembre. J’avais jadis ordonné qu’on construisît un vaisseau à deux ponts à Saint-Malo. Je vous ai mandé par ma lettre d’hier de faire mettre à l’eau l’Élisa au Havre, afin d’avoir 4 frégates, qui finiront par arriver à Cherbourg.

Dans tous les temps, on a mis des frégates en rade à Dunkerque. Il y a peu de difficultés à les faire venir à Flessingue. Il serait fort à désirer que la Vistule, l’Oder, la Milanaise pussent être placées en rade de Dunkerque; il y a d’autant moins à craindre pour elles qu’il y a là des bâtiments de la flottille pour les protéger dans les passes. Ces frégates obligeraient les Anglais à tenir devant Dunkerque quatre ou cinq frégates pour les observer. Avant le mois de novembre, ces 3 frégates arriveraient à Flessingue ou feraient le tour de l’Écosse ou iraient dans un autre de mes ports.

Je suppose que la Bellone est lancée à Saint-Malo. Je suppose que le Tonnerre est lancé et qu’il sera en rade avant juillet. J’attends votre rapport sur les 10 vaisseaux que j’ai à Brest; il faudrait en avoir 6 prêts, à toute mission et 4 à armer en flûte. Je ne vois à Lorient que le Polonais, qui sans doute va être mis à l’eau; il est fâcheux qu’on ne pense pas à y mettre l’Eylau. Je n’ai qu’une frégate à Nantes; j’espère que l’Elbe, la Renommée et la Clorinde vont y aller.

Faites en sorte que je trouve ces 4 frégates quand j’irai à Nantes. Activez la mise à l’eau de la Ville-de-Varsovie à Rochefort. Faites activer la frégate le Niemen à Bordeaux. Il est honteux qu’il n’y ait pas de frégates au bas de cette rivière. Prenez des mesures pour qu’à Toulon l’Austerlitz, le Donawerth et l’Ulm soient en rade au mois de septembre; ce qui, avec le Breslau de Gênes, ferait 14 vaisseaux français, et avec les 2 vaisseaux russes, 16. Ce serait une escadre telle, qu’il serait impossible à l’ennemi de la doubler.

Je pense que vous comprenez mon système de guerre. L’Angleterre a, cette année, emprunté un milliard. Il faut la harasser de dépenses et de fatigues. Ses expéditions en Suède et en Sicile lui coûtent immensément. Ses escadres dans la Baltique et dans la Méditerranée lui deviennent très-chères. La Suède manque de tout. Je désire donc mettre toutes mes forces en jeu dans mes rades, mais en appareillage; que les 6 vaisseaux de Brest et les 4 frégates sortent souvent, et que cela passe l’été à faire le jeu de barres. Je désire avoir bientôt 3 frégates en rade de Dunkerque. Je vois qu’il y a à Dunkerque 3 chaloupes canonnières et 8 bateaux canonniers hollandais. Faites descendre les 2 chaloupes canonnières, les 2 péniches et les 4 caïques d’Anvers à Flessingue pour la surveillance de l’escadre. Faites passer de Calais à Dunkerque les 2 péniches et les 4 caïques qui s’y trouvent, ainsi que les 2 chaloupes canonnières hollandaises, afin de protéger les frégates dans la rade de Dunkerque. Les 3 frégates de Dunkerque, les 4 frégates du Havre, celle de Cherbourg, les 6 vaisseaux et les 4 frégates de Brest, la frégate de Saint-Malo, les 3 frégates de Nantes, le Vétéran à Concarneau , les 3 vaisseaux et les 6 frégates de Lorient, les 3 vaisseaux de Rochefort, la frégate de Bordeaux, les 3 vaisseaux et les 3 frégates de Lisbonne outre les 4 vaisseaux russes, les 12 vaisseaux de Cadix y compris les espagnols, les 6 vaisseaux espagnols de Mahon et les 16 vaisseaux de Toulon y compris les russes, tout cela, avec la flottille surtout, mettra promptement l’Angleterre sur les dents.

Il faut que mes frégates du Havre aient l’ordre de se rendre à Cherbourg, ou à Flessingue, ou à Rochefort, et que mes frégates de Nantes se rendent à Rochefort.

Adoptez un bon modèle de petit vaisseau de 60, qui sera destiné pour l’Inde, et mettez-en 2 en construction à Bordeaux et 1 à Dunkerque.

Vous devez avoir reçu mon décret sur la Spezia; il faut qu’il y ait en juin 2 vaisseaux sur le chantier. Les moyens de la Toscane et de l’Italie afflueront là.

Je fais expédier un grand nombre de bâtiments des ports de l’Espagne en Amérique. De Nantes, de Rochefort, de Lorient, de petits bâtiments peuvent partir pour cette destination. Les deux bâtiments que vous avez expédiés pour l’Amérique, vous les avez pris tous deux à Lorient; ce n’est pas multiplier les chances en votre faveur. Les belles frégates sont très-chères ; de simples mouches suffisent pour ces missions.

Du moment que j’aurai l’état de la marine espagnole, je donnerai des ordres pour mettre de l’activité dans tous ses ports.

 

Bayonne, 12 mai 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je vous ai déjà fait connaître que la manière dont vous faites vos états de situation n’est pas commode pour moi. Je voudrais que les bâtiments à la mer et non rentrés, les bâtiments en partance, les bâtiments employés à la protection des côtes, les bâtiments en armement, les bâtiments désarmés, les bâtiments en réparation, en construction, fussent répétés autant de fois qu’il y a d’arrondissements. Par exemple : le premier arrondissement serait divisé en sept feuillets dont l’un présenterait les bâtiments à la mer, le second les bâtiments en partance, etc.; le second arrondissement serait divisé de même; le troisième, de même, et ainsi de suite. En général, je préfère avoir réuni sous les yeux tout ce qu’il y a dans un port à l’avoir ainsi disséminé.

 

Bayonne, 12 mai 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de la Grande Armée, à Bayonne.

Mon Cousin, donnez l’ordre au ler régiment d’infanterie de la Vistule, qui arrive le 15 à Poitiers, d’en partir le 17 pour Bordeaux. Donnez ordre que tous les escadrons de marche, même ceux qui sont sous le commandement des généraux Lagrange et Caulaincourt, se rendent à Madrid et soient incorporés dans les régiments provisoires, afin de donner de la consistance à ces régiments. Le 3e escadron de marche fait exception à cet ordre, parce qu’il est composé de détachements dont les régiments provisoires sont à Barcelone; s’il est encore à Vitoria, il y restera; s’il est parti pour Burgos, donnez ordre qu’il ne dépasse pas cette ville. Dans ce dernier cas, vous donnerez ordre au ler escadron du 10e régiment de chasseurs de se rendre à Vitoria, car il est nécessaire que le général Verdier ait 150 à 200 chevaux. Le général Lasalle resterait alors à Tolosa avec un escadron du 10e de chasseurs et le 14e provisoire. Les bataillons de marche qui sont à Aranda se rendront à Madrid pour être incorporés dans les régiments provisoires. Le 1er régiment de marche, qui est à Burgos, se rendra à Aranda. La brigade du général Sabatier, composée des 17e et 18e régiments provisoires avec six pièces de canon et quatre caissons d’infanterie, partira de Vitoria pour Burgos. Cette brigade continuera à être sous les ordres du général Verdier, mais restera à Burgos. La 2e division portugaise, forte de 2,000 hommes et qui n’a pas encore dépassé Burgos, restera cantonnée entre Burgos et Valladolid. Le maréchal Bessières aura ainsi 5,000 hommes de renfort, qui lui permettront de se porter sur Salamanque, dans la Galice et sur les points qui seraient inquiétés, avec 10,000 hommes et quinze pièces de canon, et il aurait encore de quoi laisser une bonne garnison à Burgos pour garder les hôpitaux. La 1e division portugaise, qui a déjà dépassé Burgos, sera concentrée à Vitoria ; elle est également de 2,000 hommes. Le général Verdier aura donc 2,000 Portugais, les 13e et 14e régiments provisoires formant plus de 3,000 hommes, et le 10e de chasseurs, ce qui lui fera plus de 6,000 hommes, indépendamment de 2,000 hommes qu’il pourra tirer de Saint-Sébastien ; si cela arrivait, il aurait donc 8,000 hommes, avec lesquels il pourra répondre de la province. Vous préviendrez le général Verdier qu’aussitôt que les gardes du corps seront partis de Tolosa le 14e provisoire se rendra à Vitoria. En général, je désire que mes troupes soient réunies le plus possible, par la raison que le peuple, qui a l’habitude d’en voir, se révolte dès qu’il apprend qu’elles se sont portées ailleurs.

 

Bayonne, 12 mai 1808, deux heures après midi

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d’Espagne, à Madrid

Il y a à Vitoria un bataillon wallon: faites-lui donner l’ordre de se rendre à Auch; je m’en servirai en France. S’il y a dans l’Aragon un bataillon de 800 Aragonais, faites-lui donner l’ordre de se rendre à Toulouse; ces régiments serviront à renforcer mes troupes et seront employés en France. Je vous ferai connaître mes intentions plus en détail quand j’aurai reçu l’état de l’armée espagnole que je vous ai demandé.

Il ne faut point disposer de l’Ordre de Charles III; cet Ordre ne peut être conservé, et il faudra lui en substituer un autre.

J’ai fait, comme vous l’avez désiré, le sieur Fréville maître des requêtes, et légionnaire un gendarme qui a été blessé à la journée du 2 à Madrid. J’ai donné la Légion d’honneur au prince de Hohenzollern.

Vous savez que l’Espagne ne m’a rien rendu et que je n’ai point d’argent. Il est donc nécessaire de voir ce qu’il y aura à faire pour les officiers.

J’ai donné ordre que votre régiment s’arrêtât à l’endroit où il se trouvera; mais on ne peut pas l’arrêter avant Bordeaux. Je vous enverrai ce soir la proclamation du prince des Asturies et de tous les infants au peuple espagnol.

Je désire que le conseil de Castille se réunisse pour demander le roi de Naples pour roi d’Espagne, et qu’il fasse une proclamation pour faire sentir l’avantage pour l’Espagne d’avoir pour roi un prince éprouvé et qui a l’expérience d’un règne de plusieurs années.

Je désire qu’il me fasse connaître quelles sont ses idées sur la convocation d’une assemblée de députés des provinces, que je voudrais faire à Bayonne. Par ce moyen, je ne ferais point de proclamation, et je ne paraîtrais que dans cette assemblée avec le nouveau roi. Chaque province ferait ses cahiers de charges pour demander ce qu’elle croirait convenable et exposer le voeu du peuple. Il faudrait que cette assemblée pût être réunie à Bayonne au 15 juin, et qu’elle fût composée, par tiers, de la noblesse, des prêtres choisis moitié dans le haut clergé et moitié dans le bas clergé, et du tiers état. Elle ne devrait pas être de plus de cent à cent cinquante personnes. Je m’en rapporte à l’opinion de la junte sur les moyens de faire choisir les députés.

Mais, avant tout, il faut qu’on me fasse, sous peu de jours, la demande du roi de Naples, et qu’on me l’envoie par une députation du conseil de Castille. Je l’accorderai, et, dès ce moment, le roi sera convenu en l’Espagne, et les Amériques sauront à quoi s’en tenir.

 

Bayonne, 13 mai 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur Decrès, je désire que vous me répondiez sur les questions suivantes.

Pensez-vous que je puisse avoir à Toulon, au ler septembre, 3 vaisseaux à trois ponts portant 2,400 hommes, 2 vaisseaux de 80 portant 1,400 hommes, 7 vaisseaux de 74 portant 4,900 hommes, 7 frégates portant 2,100 hommes, 10 corvettes ou bricks portant 1,000 hommes, 20 chebecs, demi-chebecs, lougres, tartanes, avisos, portant 1,000 hommes; total, 50 bâtiments de guerre et portant 12,000 hommes et 100 chevaux, à raison de 122 chevaux par bâtiment ? Flotte de transport : 1 vaisseau de 64, 1 frégate et 4 flûtes de 450 à 600 tonneaux portant 4,000 hommes et 100 chevaux; 30 transports de 150 à 300 tonneaux portant 3,000 bommes et 750 chevaux; total, 19,000 hommes et 900 chevaux portés sur 86 bâtiments approvisionnés pour deux mois et demi d’eau pour tout le monde, même les passagers, et pour quatre mois de vivres ? Si les vaisseaux russes sont arrivés, l’on portera dans le nombre ces bâtiments. Quelles sont les mesures à prendre pour arriver à ce résultat ? Vous remarquerez que j’ai mis 800 bommes pour un vaisseau à trois ponts, parce qu’on peut mettre 100 hommes d’équipage de moins; ces 100 hommes pourront être rendus par la flotte de transport.

Pourrais-je également avoir à Lorient 3 vaisseaux de 74, 6 frégates, 4 corvettes ou bricks, et 7 flûtes, en tout 20 bâtiments, portant, les 3 vaisseaux 1,200 hommes, les 6 frégates 1,200, les 4 bricks ou corvettes 400 hommes , les 7 flûtes ou gabares 1,800 hommes; total, 4,600, avec trois mois d’eau pour l’équipage et les passagers, réduisant l’équipage autant que cela peut se faire, et ayant des vivres pour six mois, ration complète, et deux mois en sus en farine ? Les deux belles flûtes neuves que vous avez à Nantes peuvent être armées d’ici à ce temps-là et envoyées à Lorient.

L’exüédition de Brest serait ainsi composée : 1 vaisseau de 118 canons portant 1,125 hommes , dont 525 marins et 600 soldats; 1 de 80, portant 1,050 bommes, dont 500 marins et 550 soldats; 4 de 74 portant 1,000 hommes, dont 450 marins et 550 soldats; total, 3,350 bommes ; 4 frégates portant 500 hommes , dont 300 soldats et 200 marins; 4 corvettes portant 60 marins et 120 soldats; total, 5,000 hommes; 1 flûte de 118 canons, lestée de manière à avoir de l’eau pour 1,400 hommes pour trois mois, dont 500 matelots et 900 soldats; 4 vaisseaux-flütes de 74 portant 1,200 hommes, dont 400 matelots et 800 soldats; total, 9,100 hommes; enfin, 10 flûtes faisant, l’une portant l’autre, 3,000 tonneaux, et disposées de manière à porter 3,000 hommes : total, 29 à 30 bâtiments et 12,100 hommes, ayant de l’eau pour trois mois, des rations complètes pour six mois, de la farine et du biscuit pour deux.

De ces deux dernières expéditions, celle de Lorient partira la première, au commencement d’octobre, arriverait à l’île de France, y porterait 4,500 hommes de renfort et 500 tonneaux de mer, c’est-à-dire 10,000 quintaux de farine, avec lesquels on ferait sur-le-champ à l’île de France 1,800,000 rations , c’est-à-dire des rations pour 18,000 hommes pendant cent jours. Si cette expédition seule arrive, elle mettra l’île de France à l’abri de toute attaque. Les vaisseaux et frégates neuves croiseront et feront du mal à l’ennemi. L’expédition de Lorient partie, celle de Brest partira, et alors j’aurai à l’île de France 9 vaisseaux de guerre et 15,000 hommes , qui, avec 3,000 hommes qui pourraient les joindre, feraient une diversion de 18,000 hommes dans les Indes. Au même moment, j’enverrai mon escadre de Toulon prendre 20,000 hommes dans le golfe de Tarente pour les porter en Égypte.

Le concours de ces opérations portera l’épouvante à Londres. Une seule, celle de l’Inde, y fera un horrible mal. L’Angleterre alors n’aura aucun moyen ni de nous inquiéter, ni d’inquiéter l’Amérique. Je suis résolu à celte expédition.

Les 5 vaisseaux armées en flûte, et même un ou deux des 6 armés en guerre, qui partiraient de Brest, resteraient à l’île de France; leur gréement servirait à équiper les autres vaisseaux. Il y aurait alors plus de matelots qu’il ne faut pour équiper ces 5 vaisseaux, qui, réunis à ceux de Lorient, formeraient une escadre de 8 vaisseaux qui s’en reviendraient par Rio de la Plata ou par toute autre croisière. Je vous prie de me faire le calcul exact de ces expéditions, comme je l’avais fait il y a deux ans. Vous avez dû mettre les flûtes de Brest dans le bassin pour les réparer. Faites tout ce qui est possible pour que la frégate de Saint-Malo augmente à Brest l’expédition. La frégate le Memen, qui est à Bordeaux, celles qui sont au Havre et à Cherbourg, chargées de quelques centaines de tonneaux de vivres, quelques autres bonnes frégates escortant une ou deux flûtes bonnes marcheuses, essayeront également de se rendre à l’île de France.

Il n’y a aucune espèce de doute qu’il ne faille donner l’ordre aux deux vaisseaux douteux qui sont en rade de Brest de rentrer dans le bassin, car il serait bien avantageux d’avoir 7 vaisseaux armés en guerre au lieu de 6.

Dans tous ces calculs, je ne fais entrer pour rien l’Espagne; mais l’Espagne sera tellement organisée avant ce temps , que mon expédition de Toulon en sera augmentée de plusieurs vaisseaux (ce qui permettra de porter l’expédition à 24,000 bommes) , que l’escadre de Cadix attirera davantage la sollicitude des Anglais et que plusieurs flûtes chargées de farine pourront être expédiées du Ferrol en d’autres ports d’Espagne.

Je vous ai écrit pour que 3 vaisseaux soient mis en état à Lisbonne , parce que je désire leur donner l’ordre de se rendre à Toulon. Cependant, alors, mon armée sera considérable à Boulogne, et la flotte de Flessingue et la flottille de Boulogne menaceront 1’Irlande. Il n’y a point de doute, alors, que l’Angleterre se croira menacée dans son intérieur ou en Irlande et n’aura point de soupçon que ces grandes expéditions sont destinées pour les Indes.

Donnez d’abord tous les ordres, comme si cette lettre, au lieu d’être un mémoire, était un ordre définitif. Ensuite vous me ferez un mémoire raisonné, non pour accroître les difficultés, mais pour les résoudre. Ici. j’ai tout le temps, et toutes les difficultés doivent être levées en correspondant souvent avec Brest et en partageant ma volonté , qui est forte.

IL doit y avoir à Morlaix de gros transports danois, américains ou autres qui pourraient être utiles. D’ailleurs, l’expédition de Lorient peut être faite de manière à porter plus de 4,500 hommes , surtout en renonçant à deux ou trois vieilles frégates qu’on laisserait là-bas.

 

Bayonne, 13 mai 1808

Au vice-amiral Ganteaume, commandant l’escadre de la méditerranée, à Toulon

Monsieur l’Amiral Ganteaume, le ministre de la marine vous a fait connaître ma satisfaction sur les opérations de votre escadre; elles ont été horriblement contrariées par le temps. Je vous expédie un de mes officiers d’ordonnance (il s’agit de M. de Tascher) pour connaître la situation de votre escadre et des 2 vaisseaux russes qui doivent se trouver sous vos ordres; traitez-les bien et approvisionnez-les de tout. Je réitère l’ordre à l’escadre espagnole qui est à Mahon de se rendre à Toulon. Si vous pouvez lui envoyer un aviso ou faire quelque chose qui puisse protéger son arrivée, faites-le, sans toutefois compromettre mon escadre. Je viens d’ordonner que le port de la Spezia soit converti en port de guerre. Il y a dans ce moment une nombreuse garnison , de fortes batteries, et l’on va y établir incessamment un arsenal pour remplacer celui de Gènes. Si vous pouvez y envoyer un chebec avec un officier de confiance pour voir tout et m’en instruire, cela ne peut être que d’un bon résultat.

Je désire bien que l’Austerhiz, l’Ulm, et le Donauwerth, puissent être mis à l’eau au mois de juillet, ainsi que le Breslau, qui est à Gênes, afin que ces vaisseaux puissent renforcer mon escadre de la Méditerranée et entrer en ligne à la fin d’août; ce qui, avec les 2 vaisseaux russes, porterait mon escadre à 16 vaisseaux. Je désire aussi que le Frontin, la Muiron et les grosses flûtes soient mis en état. Je voudrais jeter 20,000 hommes et 800 chevaux sur un point important. Prenez des renseignements sur une expédition qui aurait pour but Tunis et Alger. Si l’escadre de Mahon parvenait à vous joindre, vous auriez alors 20 à 22 vaisseaux. La nouvelle situation politique de l’Espagne, ou va régner un prince de ma Maison et qui va se trouver sous mon influence, donnera une nouvelle activité aux ports de Cadix et du Ferrol.

Ne vous laissez pas bloquer par de petites forces. Les Anglais ont à faire de tons les côtés, dans la Baltique, en Hollande, à Flessingue, ou j’ai 10 vaisseaux de guerre en rade. Si , pour mon expédition,j’avais besoin d’une vingtaine de transports, il me, semble qu’il devrait exister des danois, des suédois et autres bâtiments étrangers, à Toulon et à Marseille.

 

Bayonne, 13 mai 1808

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d’Espagne, à Madrid

Je reçois votre lettre du 10 mai à midi. J’ai lu avec intérêt l’état de situation des troupes espagnoles; pour le mieux connaître, je le fais traduire. Je vous écrirai là-dessus dans la journée. Je désirerais que ces états fussent faits à ma manière, c’est-à-dire qu’il y eût une colonne pour le complet selon l’ordonnance, une des présents, une des hommes détachés et dans quel lieu, une des hommes aux hôpitaux et une dernière colonne d’effectif. Je sais, par exemple, que des corps ont de forts détachements aux régiments qui sont à Hambourg, et je ne les vois point portés là. Je ne vois point la situation de l’artillerie.

Je vous ai déjà mandé que je ne pouvais pas envoyer d’argent ; je suis obligé à trop de dépenses, et l’Espagne n’a jamais eu besoin de secours étrangers.

Il ne faut faire aucun changement dans les affaires; j’irai peut-être à Madrid. Il ne faut pas envoyer ici les diamants de la Couronne; il faut les garder en vous assurant que personne ne les enlève.

I1 serait convenable d’envoyer un officier d’artillerie et un officier du génie, avec un officier de marine, à Ceuta, pour reconnaître l’état de cette place et des quatre Présides que les Espagnols ont en Afrique. Pressez le départ des bataillons de renfort qu’on doit y envoyer de Cadix.

Je vous ai demandé l’état de situation de la marine.

Faites-moi connaître depuis combien de temps les milices sont sur pied; quel âge elles ont et pour combien de temps elles sont au service.

Vous n’avez pas compris mes intentions et fait une chose qui ne vaut rien, en envoyant les deux régiments suisses à Séville : c’est alors les mettre à la disposition du général espagnol qui commande là et qui les fera agir selon l’esprit des troupes espagnoles, qui peut-être est mauvais. Je vous avais dit de les mettre avec le général Dupont, parce qu’avec ce général ils agiront suivant l’impulsion française. Ils sont actuellement à Talavera; il faut les y laisser, Talavera n’étant pas éloigné de Tolède. Que le général Dupont les passe en revue et les tienne dans sa main, de manière à les influencer. Les mettre avec le général Dupont, c’est comme si vous lui donniez 3 ou 4,000 hommes de plus ; les envoyer à Séille, c’est donner au général espagnol, dont les troupes peuvent être dans un mauvais esprit, 3 ou 4,000 hommes de plus.

Vous avez une confiance qui vous attirera quelque malheur. Qu’est-ce que les gardes du corps qui font la garde près de vous ? Ils vous assassineront. Je vous avais dit de les mettre hors de la ville, à l’Escurial, par exemple. Vous mettez avec les Suisses deux bataillons espagnols ; ces bataillons ont un mauvais esprit et le communiqueront aux Suisses. Je vous prie de vous conformer entièrement aux dispositions que je prescris. Mon hôpital de Valladolid a été fortement compromis quand vous avez donné l’ordre d’évacuer cette ville. Envoyez les gardes du corps à l’Escurial. Il ne faut point donner des embarras au nouveau roi, auprès duquel je ne souffrirai pas qu’ils restent. Ils seront à l’Escurial sous la surveillance du général qui y commande une division. Réunissez les deux régiments espagnols que vous avez sortis de Madrid dans un point quelconque, mais à deux marches des Suisses, de manière à ne pas les influencer. Isolez les Suisses des Espagnols et rapprochez-les des Français. Continuez à faire évacuer 1’hôpital de Valladolid sur l’Escurial, qui est un point à garder. Vous avez, je vous le répète, une trop grande confiance; c’est votre défaut. J’aurais perdu 20 hommes de moins à la révolte de Madrid, si vous aviez inspiré un peu de méfiance aux Français, qui, de toutes les nations, est celle qui a le plus besoin qu’on lui inspire ce sentiment. Je vous ai écrit de faire fermer l’intérieur de votre palais et d’y faire mettre des portes, et de faire des espèces de forteresses de l’arsenal et du Palais-Neuf : vous ne me répondez pas; vous avez tort de penser que cela soit inutile. Vous avez, en vérité, une confiance d’enfant. I1 est possible que je retire toute mon armée de Madrid et que je n’y laisse que 4 à 5,000 hommes. Que feront ces troupes ? Se laisseront-elles égorger ? Fortifiez le Palais-Neuf, l’arsenal et les casernes, et logez-y la garnison ; renvoyez les gardes du corps à l’Escurial; logez les Français au Château, au Palais-Neuf et dans un couvent hors de la ville. En général, vous flattez trop les Espagnols, et vous nous conduirez bientôt à une nouvelle insurrection, qui peut être plus dangereuse que la première, en ce que la première n’a été dirigée par personne. J’ai plus d’expérience des Espagnols que vous. Quand vous me disiez que vous étiez trés-tranquille à Madrid, je disais à tout le monde que vous ne tarderiez pas à avoir une insurrection.

Répondez en détail à toutes mes lettres. Faites bien comprendre que je n’ai point d’argent. Le ministre des finances est un sot s’il ne sait pas en trouver en Espagne. Envoyez-moi un mémoire sur la situation des finances, domaines et revenus da pays. Dans le rapport que me fera le sieur Laforest, il me fera connaître la quantité de papier-monnaie, combien il perd, et sur quoi il est hypothéqué.

Il ne faut point prendre d’aides de camp espagnols, puisque vous ne devez point rester en Espagne. Vous pouvez vous attacher quatre officiers d’ordonnance espagnols; bien entendu que vous ne les admettrez pas dans votre intimité et que vous les tiendrez toujours en course.

On a envoyé au payeur ici 200,000 francs pour le prince Ferdinand, qui n’avait pas d’argent . Faites-les sur-le-champ rembourser à la caisse française par les Espagnols. Quand ils vous disent qu’ils n’ont pas d’argent, c’est qu’ils espèrent que je leur en enverrai et qu’ils voient que le pays est en révolution. Il en est de même de votre intendant Denniée, qui demande des boeufs et des farines de France, prétendant que je dois nourrir mon armée. Il est difficile d’être plus maladroit. Comme si, dans un pays de 11 millions d’habitants, la nourriture de 80 ou 100,000 hommes était quelque chose.

J’attends avec impatience des nouvelles de Cadix.

On m’a parlé de dragons jaunes qui s’étaient mal comporté. Envoyez-les en France, en les dirigeant par Barcelone sur Perpignan.

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P. S. Je vous envoie deux lettres, que vous ferez passer au général Junot et à l’amiral Rosily, à Cadix.

 

Bayonne, 13 mai 1808

Au général Junot, commandant l’armée de Portugal à Lisbonne

Je vous ai envoyé l’ordre de réunir 4,000 hommes d’infanterie, cavalerie et artillerie à Almeida, de manière à avoir 500 chevaux et 10 pièces de canon attelées. Je n’ai pas besoin de vous dire que ces troupes doivent être toutes françaises.

Je désire que vous feriez également à Elvas 2,400 hommes d’infanterie française et 400 chevaux, avec 4 pièces de canon, afin de contenir Badajoz et de se porter où ils seront nécessaires. I1 faut que cette colonne soit également composée de Français, sans la mêler de Suisses ni d’aucunes troupes étrangères. Vous donnerez le commandement de la colonne d’Elvas à un officier intelligent, qui pût, s’il y avait lieu, agir sans attendre d’ordres.

Ces deux corps vous seront remplacés par les 6,000 hommes de la division Carrafa; c’est plus qu’il ne vous en faut.

Le général Loison enverra sa situation au maréchal Bessières, et le général qui commandera à Elvas, au général le plus prés de lui. Aujourd’hui c’est le général Dupont, qui est à Tolède.

 

Bayonne, 13 Mai 1808

Au vice-amiral Rosily, commandant l’escadre française en rade de Cadix.

Je désire connaître l’état de situation de mon escadre; envoyez-moi au plus tôt cet état.

Pourriez-vous, si l’on vous donnait 600 hommes de bonne infanterie, les répartir sur vos vaisseaux et en tirer des matelots pour armer deux vaisseaux de plus et porter ainsi mon escadre de 5 vaisseaux à 7 ? Dans ce cas, quels sont les vaisseaux que la marine espagnole pourrait vous fournir ? Combien avez-vous de mois de vivres et de rechanges pour votre navigation ? Si vous aviez en l’ordre de gagner un de mes ports quelconques de l’Océan, Rochefort ou Lorient, par exemple, auriez-vous pu sortir ? Si je vous donnais cet ordre, pourriez-vous l’exécuter ? Pouvez-vous faire sortir de Cadix des bricks et des frégates pour envoyer dans les Amériques ? A combien revient la ration à Cadix; s’en procure-t-on autant qu’on en a besoin ? Quelles sont les difficultés qu’il faudrait lever pour faire passer une armée à Ceuta ? Quels moyens offrent pour cela Cadix, Algésiras et la côte ? Combien les Espagnols ont-ils de vaisseaux armés et pouvant vous servir ? Quelle confiance peut-on y avoir ? Répondez-moi à ces différentes questions.

 

Bayonne, 14 mai 1808.

A M. Fouché, ministre de la police générale

J’ai vu avec plaisir l’arrestation du brigand sur le chasse-marée le Bristol. J’écris au ministre de la marine; écrivez-lui de votre côté, et faites-lui sentir vivement ce que le résultat de ces tracasseries peut avoir de nuisible pour mon service; que, s’il avait prévenu la police, plusieurs des brigands auraient été arrêtés, qui probablement sont cachés dans l’intérieur. Faites-lui comprendre qu’un jour ou l’autre il arrivera des évènements dont l’opinion le rendra responsable.

Je vous ai écrit il y a plusieurs jours sur les élèves de l’école de Metz. Ecrivez au maire qu’au théâtre et dans les lieux publics ces élèves sont justiciables de la police de la ville comme tous les autres citoyens; qu’il les fasse mettre en prison; faites connaître que c’est mon ordre. Le premier devoir de ces jeunes gens est le respect à l’autorité civile. Qu’ils ne se croient point autorisés à commettre les impertinences et à imiter l’insolente pétulance que se permettaient autrefois les jeunes officiers; qu’ils sachent que les citoyens sont leurs pères et qu’ils ne sont que les enfants de la famille.

 

Bayonne, 14 mai 1808

A M. de Tascher, officier d’ordonnance de l’Empereur, à Bayonne

Vous vous rendrez en diligence à Toulon, où vous arriverez le plus tôt possible. Vous porterez la lettre ci-jointe à l’amiral Ganteaume; s’il n’y était plus, vous la rapporteriez. Vous remettrez aussi la lettre ci-jointe au préfet maritime. Vous resterez quatre jours à Toulon, pendant lesquels vous irez voir les bâtiments en construction, pour me faire connaître quand ils seront mis à l’eau; vous prendrez des renseignements sur les bâtiments de l’escadre. Vous irez voir les bâtiments russes dans le port, et prendrez l’opinion des officiers de marine sur les bâtiments tant au personnel qu’au matériel. Vous irez une fois par jour en rade et une fois par jour à l’arsenal. Vous verrez le commandant d’armes pour savoir si les conscrits arrivent. Vous vous assurerez si le fort Lamalgue est suffisamment bien gardé et si toutes les batteries sont suffisamment bien servies. Vous verrez le directeur d’artillerie pour savoir s’il est arrivé suffisamment de poudres et d’affûts. Avant de partir, vous prendrez les ordres de l’amiral, du préfet maritime, du commandant russe, et vous prendrez la situation de l’escadre, que vous m’apporterez.

Vous direz à tout le monde que j’ai été fort content de l’escadre et des services qu’elle a rendus en ravitaillant Corfou.

En revenant de Toulon, vous passerez à Avignon pour y prendre la situation du régiment toscan, qui doit y être arrivé.

 

Bayonne, 14 mai 1808

Au contre-amiral Emeriau, préfet maritime, à Toulon

J’expédie un de mes officiers d’ordonnance à Toulon pour avoir des renseignements sur mes escadres et sur le port. Les vaisseaux le Donauwerth, l’Ulm et l’Austerlitz, et le Breslau, à Gênes, pourront-ils être lancés en rade avant le mois d’août ? L’Auslerlitz devrait être lancé avant le ler juin. Ayant le projet de faire sortir mon escadre avant la fin de la saison, je désire que vous fassiez toutes les dispositions nécessaires pour la mettre en état, et que vous preniez même des mesures extraordinaires, si cela est nécessaire, en consultant la prudence et le bien de mon service.

Je vous recommande les vaisseaux russes qui viennent d’arriver à Toulon. Faites-leur fournir toutes les munitions navales et de bouche dont ils auraient besoin.

Si l’amiral Ganteaume n’était pas à Toulon, je vous charge d’envoyer un officier à Mahon pour réitérer à  l’amiral espagnol l’ordre, que je lui fais donner de tous les côtés, de se rendre à Toulon. Cet officier fera des reconnaissances, prendra l’état de situation des escadres. Vous pourriez, dans tous les cas, diriger cette escadre sur Gênes, Villefranche et la Spezia, j’ai une forte garnison et des batteries formidables dans ce beau port; je compte y établir un arsenal et en faire la succursale de Toulon. Envoyez un officier le reconnaître, afin de s’assurer du mouillage, si une escadre y est à l’abri de toute attaque, et si tout ce qui s’y fait pour la protection de la marine est fait avec intelligence.

Il y a une contestation sur les mâtures de Corse pour savoir si elles sont bonnes ou non. Il n’y a pas d’inconvénient à essayer sur des gabares, dans la pénurie où l’on se trouve de mâtures. Je compte pour tout cela sur votre attachement et votre zèle pour mon service. Ecrivez à mes consuls à Barcelone, à Carthagéne, à Cadix, de vous donner des nouvelles de la Méditerranée, je leur ai donné l’ordre de vous les adresser directement. Cette correspondance sera trés-utile aux vaisseaux des deux nations.

 

Bayonne, 14 mai 1808, six heures du matin

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d’Espagne, à Madrid

Je reçois votre lettre du 11 mai à une heure du matin. J’approuve fort ce que vous faites relativement à la demande du roi de Naples pour le conseil de Castille; je l’attends avec impatience et vous ai déjà écrit sur cela.

Les employés de la légation qui était à Bayonne étaient trés-mau vais; il ne faut pas se presser de les envoyer à Madrid. Il faut nommer un autre ministre des affaires étrangéres; Cevallos est mauvais. Faites conduire en France, sous bonne escorte, l’agent anglais. Il n’y a pas de doute qu’il ne faille séquestrer tous les bâtiments américains, parce qu’il est certain qu’ils ont tous subi la visite des Anglais. Il faut dire au chargé d’affaires d’Amérique que son gouvernement n’a qu’à maintenir l’indépendance de son pavillon; que nous ne reconnaissons pas le pavillon qui s’est laissé violer; que ce sont là nos principes; que la même chose se fait en Russie, en Danemark, en Italie, en Hollande. Moquez-vous donc de tout ce que dira ce chargé d’affaires.

Réitérez l’ordre à l’escadre espagnole qui est à Mahon de se rendre à Toulon. Faites-lui connaître que j’ai là 12 vaisseaux français, 12 vaisseaux russes; qu’il sera ravitaillé à Toulon, mis en état de faire une bonne expédition. Je vous ai mandé qu’il avait pour relâche tous les ports de Corse, ceux de Gênes, de la Spezia, de Villefranche et da golfe Juan. Écrivez à cet amiral pour lui faire sentir l’importance de cette réunion. Si cette escadre parvient à arriver à Toulon, je me trouverai avoir là réunis plus de 20 vaisseaux, ce qui gênera beaucoup ]es Anglais.

Je vous envoie une lettre pour l’empereur de Maroc, par laquelle je l’invite à approvisionner Ceuta, et lui fais connaître que j’attends cela de sa bonne amitié. Il n’en faut pas moins ravitailler cette place par tous les moyens. Je lui dis que l’île de Peregil ne peut être occupée par les Anglais, mais je la crois dans ce moment occupée par les Marocains.

J’approuve que le général Solano se porte à Arcos et à Medina- Sidonia pour renforcer le camp de Saint-Roch et protéger Cadix; mais je n’approuve pas que vous envoyiez à Séville 5,000 hommes commandés par le général Rouyer : c’est réunir trop les forces espagnoles dans un même point. Que la division de Reding, composée de deux régiments suisses, reste à Talavera jusqu’à nouvel ordre et fasse partie du corps da général Dupont; que le bataillon d’Aragon se dirige sur Carthage pour y remplacer le régiment suisse de Traxler qui est dans cette ville; que le bataillon de Savoie se dirige sur Malaga pour y remplacer le régiment suisse de Reding n° 2; et que ce régiment, avec le régiment suisse de Traxler, forme une seconde brigade suisse à Grenade, qui sera commandée par le général Schramm, et qui fera également partie du corps du général Dupont. Par ce moyen, j’aurai deux brigades suisses commandées par des généraux français parlant allemand. Il faut y attacher des adjudants-commandants et des officiers d’état-major. Ils mèneront avec eux du canon, s’ils en ont; sans quoi, l’artillerie française leur en fournira. Par ce moyen, ces deux brigades de 6 à 7,000 hommes deviendront françaises, ainsi organisées. Le général Dupont pourra se porter avec ses troupes partout où il sera nécessaire, et il sera partout le plus fort. Je crois vous avoir déjà expliqué cela dans ma lettre d’hier. Les Suisses marcheront et se battront suivant le courant d’opinions où ils seront : s’ils sont dans un courant d’opinions françaises, ce sera 6,000 bras de plus ajoutés à nos forces; s’ils sont dans un courant d’opinions espagnoles, ils pourraient être contre nous. Vous avez trop de sagacité et d’expérience pour ne pas sentir cela.

Il faut qu’il n’y ait pas à Grenade un Espagnol; veillez-y. Quand j’aurai des notes sur l’esprit qui les anime, je pourrai mettre avec eux un bataillon suisse à la solde de France, ou un bataillon français. Il y a entre le camp de Saint-Roch et Cadix bien du monde. Je suis persuadé que, lorsque le général Solano sera arrivé à Medina-Sidonia, il y aura là 18,000 Espagnols; il faut bien se garder d’augmenter ce nombre. Vous donnerez également l’ordre au régiment suisse qui est à Tarragone de se diriger sur Grenade, Par ce moyen, les Suisses feront une opinion. Vous ferez remplacer ce régiment à Tarragone par un bataillon de 900 à 1,000 hommes tiré de Madrid. Par ce moyen, votre garnison espagnole de Madrid, qui était de 10,000 hommes, sera déduite de 3,000 Suisses, des deux bataillons d’Aragon et de Savoie, valant 2,000 hommes, et d’un autre bataillon d’à peu prés 1,000 bommes. Il ne restera donc que 4,000 hommes de garnison espagnole à Madrid, Aranjuez et environs; c’est juste ce qu’il faut. Je vous prie de bien vous pénétrer du contenu de cette lettre.

Il y a aussi des régiments irlandais sur lesquels on doit pouvoir compter. Faites-moi un rapport là-dessus. Faites-moi également connaître quel est l’esprit des gardes wallones, qu’on pourrait aussi réunir pour marcher avec eux.

Vous recommanderez au général Rouyer, qui commande la division suisse de Talavera, et au général Schramm, qui commande celle de Grenade, de réunir leurs troupes, de les exercer et de ne les laisser manquer de rien. Vous ordonnerez que le régiment suisse de Tarragone, celui de Reding et celui qui est à Carthagène laissent chacun un fonds de dépôt dans les villes où ils laisseront les ouvriers, les hommes malades, les bagages et les éclopés, afin de ne traîner avec eux que le nécessaire. Chargez Belliard de faire un mémoire sur l’armée espagnole, régiment par régiment, compagnie par compagnie, sur sa composition, sur les raisons qui font qu’il y a des régiments si faibles, sur la paye, sur les masses, sur son recrutement, etc.

Je vous ai envoyé une lettre pour l’amiral Rosily; vous avez à Madrid de mes officiers d’ordonnance; faites porter cette lettre par un d’eux, et expédiez-les sur Lisbonne, sur Cadix, sur le Ferrol; vous pouvez en expédier un pour porter les ordres à l’escadre de Mahon.

Je vous ferai connaître, par le courrier de demain, mes observations sur l’état de situation que vous m’avez envoyé, que j’ai lu et relu et que je sais par coeur. J’attends avec impatience l’état de situation de la marine. J’attends avec une égale impatience le mémoire que j’ai chargé Laforest de faire sur les finances, et que le ministre des finances pourrait faire encore mieux; je ne manque pas de gens ici qui savent l’espagnol et qui pourront le traduire. Ce mémoire doit me faire connaître exactement la situation des finances du pays, la dette publique, les vales, les différentes branches de revenus, ce qu’ils ont produit eu 1805, 1800 et 1807, l’emploi des dépenses de ces trois années, ce que coûtent la marine et l’armée de terre, etc.

 

Bayonne, 14 mai 1808, six heures du matin

Au maréchal Bessières, commandant la Garde impériale, etc., à Burgos

Mon Cousin, j’ai reçu l’état de situation des troupes espagnoles. Voici la partie qui vous concerne. Il y a dans la Galice et les Asturies 5,000 hommes effectifs de troupes de ligne. Il y a dans la Galice 7,600 hommes de garde-côtes ou milices, et dans les Asturies 1,100 hommes de milice. Il y a dans la Castille-Vieille, à Itzirgos, etc., 280 hommes de milice et 300 hommes de cavalerie. Il y a donc, dans tout votre arrondissement, 14,000 hommes, savoir : à Ares, le 3e bataillon du Roi, 262 hommes; le 3e bataillon du Prince, 193; à la Corogne, le ler bataillon de Navarre, 827; une partie du 2e bataillon de Catalogne, 350; le régiment de Séville, 1,100 ; le 2e et le 3e bataillon des Volontaires de la Corogne, 500; au Ferrol, le 2e et le 3e bataillon d’Hibernia, 1100; le régiment de Naples, 280 , une partie du bataillon de Volontaires de Navarre, 360; à Vivero, le 2e bataillon de Tolède, 90 ; à Vigo, le 2e et le 3e bataillon de Léon, 450; à Puente de Ume, le 3e bataillon d’Aragon, 100.

Ainsi ces 5,000 hommes composent 16 ou 17 bataillons. Il est probable qu’il y a au moins par bataillon 100 hommes à réformer, tant éclopés  qu’ouvriers; il ne resterait donc plus d’effectif que 3,400 hommes; en ôtant le sixième pour la différence de l’effectif au présent sous les armes, cela ne ferait guère que 2,800 à 2,900 hommes.

La milice se compose de la manière suivante: Vieille-Castille, à Ciudad-Rodrigo, 2 compagnies des régiments provinciaux, 280 hommes; Galice, au Ferrol, 1 bataillon des grenadiers provinciaux de Galice, 700 hommes; de Lugo, 580 ; de Santiago, 450; de Pontevedra, 580; de Ruy, 580; de Mondonedo, 570; de Monterey, 570; à Ares, le régiment provincial de Léon, 590; celui de Valladolid, 590; à Vigo, celui d’Orense, 590; à la Corogne, le régiment provincial de Betanzos, 450; de Ségovie, 580; de Compostelle, 400; à Montefaro, le régiment provincial de Salamanque, 470; total, 14 corps formant 7,980 hommes. En ôtant 50 hommes par corps pour les dépôts, ouvriers, estropiés, etc., restent 7,000 hommes ; et en ôtant le sixième, restent 5,800 hommes.

Dans les Asturies, à Gijon, le bataillon provincial d’Oviedo, 590 à Santander, le bataillon provincial de Laredo, 570 hommes.

Prenez des renseignements pour savoir de combien ces corps devraient être composés au complet, s’ils sont exercés, combien d’hommes ils peuvent mettre en campagne. A la manière dont ils sont répartis, ils me paraissent être des garde-côtes. Je ne pense donc pas qu’en dégarnissant toute la Galice, les Asturies, la Biscaye, la Vieille-Castille, le royaume de Léon, l’ennemi pût vous opposer plus de 8,000 hommes de troupes.

 

Bayonne, 14 mai 1808

A l’Infant Don Ferdinand, prince des Asturies

Je reçois la lettre de Votre Altesse, du 10 mai. Le traité qui a été signé et dont les ratifications ont été échangées ayant aplani toutes les difficultés entre nous, j’adhère à la demande que vous me faites, et, aussitôt que possible, nous conclurons le mariage que vous désirez contracter avec une de mes nièces. J’espère que vous y trouverez le bonheur, et moi un nouveau motif de prendre intérêt à tout ce qui vous concerne.

 

Bayonne, 15 mai 1808

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’Empire, à Paris

Le roi Charles doit arriver aujourd’hui à Bordeaux et dans dix jours à Fontainebleau. Il ne doit lui être rendu aucun honneur extraordinaire, pas plus qu’à Compiègne. Il n’y a pas d’inconvénient que vous alliez le voir à Fontainebleau pour vous assurer qu’il ne manque de rien. Il est inutile également qu’on lui rende des honneurs à Orléans; il faut se borner à des devoirs d’honnêteté. Il ne doit pas venir à Paris sans mon ordre. Demandez à Fontaine si le palais de Compiègne est prêt, et si le Roi peut s’y établir au 1er juin. Ce prince a trés-peu de train; outre la Reine et le jeune infant don Francisco, il n’a pas plus de sept ou huit officiers d’honneur et le triple ou le quadruple de domestiques. Il a quelques chevaux.

L’opinion de l’Espagne se ploie selon mon désir. La tranquillité est rétablie partout, et il parait qu’elle ne sera troublée nulle part.

 

Bayonne, 15 mai 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, je vous recommande de porter une grande attention à protéger mon escadre de Flessingue, et de tenir sur ce point des officiers d’artillerie et du génie en quantité suffisante. Envoyez un courrier au roi de Hollande pour qu’il renforce la garnison de l’île de Walcheren d’un millier d’hommes de plus, et que sa colonne soit prête à se porter partout où il serait nécessaire, en la réunissant même aux troupes qui partiraient d’Anvers et d’autres points. Ecrivez au général Chambarlhac, qui commande la 24e division militaire, de faire l’inspection de l’île de Cadzand, de seconder le général de brigade que je vous ai ordonné d’y placer et d’être lui-même très actif. Tirez de Boulogne deux compagnies d’artillerie à pied, et envoyez-les en toute diligence dans l’île de Cadzand, pour servir les batteries qui protégent la gauche de l’escadre. Donnez l’ordre à un régiment de ligne de ceux qui sont à Boulogne, fort de 1,500 hommes, de se rendre à Blanankenberghe; que le général commandant l’île de Cadzand en soit prévenu et établisse des signaux pour pouvoir l’appeler à lui sur-le-champ. Donnez l’ordre au général Vandamme, qui commande la 16e division militaire, de renforcer le plus possible sa colonne de Blankenberghe en infanterie et cavalerie (j’ai désigné Blankenberghe, parce que le pays est sain), et  qu’il s’y porte mêmee de sa personne, pour concourir à protéger mon escadre de Flessingue. Causez de cela avec le ministre de la marine, afin de bien connaître la position de l’escadre dans le cas où l’ennemi aurait opéré un débarquement dans l’îl de Cadzand , où nécessairement il ne pourrait se maintenir longtemps. Je ne crois pas que l’ennemi débarque; cependant cela m’intéresse assez pour me décider à ordonner le départ d’un régiment de Boulogne et de deux compagnies d’artillerie comme je l’ai dit ci-dessus. Le général de brigade commandant l’île de Cadzand ne doit jamais découcher de Breskens. Vous avez dû lui donner 60 hommes de cavalerie; je sésire que vous le portiez à 200. Recommandez-lui d’entretenir une correspondance active avec le général Monnet et l’amiral Missiessy. Je suppose qui vous avez donné l’ordre de faire inspecter les batteries de l’île de Cadzand et de les approvisionner à cent coups; que vous avez donné au général commandant plusieurs officiers d’artillerie pour veiller au bon service des batteries; ce qui, au moyen des compagnies d’artillerie que je vous ai ordonné d’y envoyer, mettra ce point à l’abri de tout évènement.

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P. S. En écrivant au roi de Hollande, faites-lui connaître mon intention qu’il envoie dans l’île de Cadzand 1,200 hommes de ses troupes, sous les ordres du général de brigade qui doit commander dans cette île, et que ces troupes partent vingt-quatre heures après la réception de votre lettre, vu qu’il peut y avoir urgence, car, s’il n’y a pas dans l’île de Cadzand 3 ou 4,000 hommes, mon escadre de Flessingue peut se trouver fortement compromise. Si le général de brigade qui doit commander l’île de Cadzand n’y est pas rendu envoyez le général le plus à portée, et sans délai; car, si c’est un général de la Grande Armée ou de l’armée d’Italie qu’on destine à ce commandement, l’été se passera avant qu’il soit arrivé. Veillez à la stricte exécution de vos ordres. Si le général Roguet se trouvait à Paris, il serait trés-propre à être envoyé là. Mandez au roi de Hollande qu’il est nécessaire qu’il tienne dans l’île de Walcheren, et à portée de l’île de Cadzand, un général de brigade, 1100 chevaux et au moins 2,500 à 3,000 hommes d’infanterie, avec six pièces d’artillerie, de sorte que cette colonne, au moindre évènement, puisse se porter sur la position de mon escadre, ou passer, s’il était nécessaire, l’Escaut, et appuyer par là mes troupes. Je n’ai pas bien présent à la mémoire si de Blankenberghe on peut arriver à l’île de Cadzand, sans retard, par le bras de l’Escaut, et s’il y a des moyens de passage suffisants; faites-moi connaître cela, et prenez en grande considération les moyens de défense de l’île de Cadzand.

En résumé, il doit y avoir dans cette île : 1° un général de brigade, deux officiers d’état-major, un chef de bataillon, deux capitaines d’artillerie et un officier du génie; tout cela à Breskens et en mouvement perpétuel pour inspecter les batteries, veiller à ce qu’elles soient bien approvisionnées et faire faire l’exercice aux garde-côtes; 2° deux compagnies d’artillerie de ligne, que le général de brigade portera sur tous les points où il y aurait besoin de renforts. 3° Il faut réunir un escadron provisoire de cavalerie, tiré de la 24e division militaire, qui servira pour patrouilles sur la côte et communiquera avec le camp de Blankenberghe : on exercera cette cavalerie à l’exercice du canon , afin qu’elle puisse se porter partout où il serait nécessaire de renforcer l’activité des pièces. 4° On lèvera dans l’île de Cadzand et environs un bataillon de gardes nationales de 500 hommes pour le service de l’île, lequel sera sous les ordres du général de brigade. 5° Faire venir dans l’île de Cadzand un régiment hollandais de 1,200 hommes. 6° Placer à Blankenberghe un régiment français de 1,200 à 1,500 hommes, tiré de Boulogne. 7° Former un bataillon provisoire de tout ce qui se trouve dans la 16e division militaire, et charger le général Vandamme d’y joindre également 60 à 80 chevaux, de se trouver souvent à ce corps, de le bien discipliner, d’avoir soin qu’il ait ses cartouches, de le placer le long de la mer, entre Blankenberghe et l’île de Cadzand, afin de pouvoir, au moindre signal, se jeter dans cette île. 8° Faire des détachements de la garnison d’Anvers, et dans la 24e division militaire, d’un millier d’hommes, les approcher à une demi-marche de Cadzand, afin de les avoir à Cadzand le plus tôt possible en cas de nécessité; enfin avoir une colonne de 3,000 Hollandais le plus prés possible de mon escadre, et au plus loin à une demi-journée, laquelle correspondra avec le général Monnet et sera prête à se porter, sur l’île de Cadzand, si le cas l’exigeait.

Par ce moyen, on peut réunir dans l’île de Cadzand 7 à 8,000 hommes en moins d’un jour. Aussitôt que le général Vandamme serait prévenu, il se porterait avec sa colonne, le général Chambarlhac de même, et, arrivé dans l’île, le général Vandamme commanderait comme le plus ancien. Il est probable que l’ennemi, s’il voulait attaquer mon escadre, ferait mine de débarquer dans l’île de Walcheren; je crains peu un débarquement sur ce point; mais s’il y était débarqué, la garnison de l’île de Cadzand s’y porterait. Je vous recommande bien que le général Monnet reste à Flessingue, et que cette place soit bien approvisionnée. A ces mesures, il faut joindre celle d’avoir six pièces de canon et six obusiers prussiens à Breskens; on prendra de ces obusiers prussiens dont on a tiré si grand parti à Boulogne; ils resteront en partie à Breskens avec deux cents coups par pièce. On aura pris des mesures pour, en cas d’événement, lever quelques chevaux dans l’île pour traîner ces pièces et les conduire sur les points où elles seront nécessaires pour battre les chaloupes vaisseaux anglais qui voudraient s’approcher de la côte. Envoyez dans l’île de Cadzand quelques-uns de vos aides de camp pour s’assurer qu’il y a quelqu’un pour y commander, qu’elle est en état de défense, et pour vous faire connaître où sont placés les camps, et  s’ils sont en rapport avec l’ensemble du système.

Je suppose que l’ennemi, voulant brûler mon escadre, se présentait avec une escadre supérieure, mouillerait dans la rade et débarquerait 5 ou 6,000 hommes dans l’île de Cadzand pour s’en tenir maître pendant quelques jours, s’emparerait pendant ce temps des batteries, et tournerait mes propres batteries contre mon escadre : où débarquerait l’ennemi, comment se conduirait-il, et que doit faire le général français ? Voilà la question. Causez de cela avec le ministre de la marine.

 

Bayonne, 15 mai 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

J’ai été voir hier la mouche que j’ai fait préparer ici. Elle sera partie, si le temps le permet, quand vous recevrez cette lettre. Les officiers de marine disent qu’il est sans exemple que le port de Bayonne ait été bloqué; que l’ennemi ne se tient même pas au large et que de petits bâtiments qu’on expédierait pour les colonies ont mille chances en sortant d’ici, vu qu’ils peuvent faire impunément les trente premières lieues n’étant pas observés, et que, les trente premières lieues faites, on est alors en pleine mer. Je ne conçois pas comment l’évidence de cela n’est pas connue à Paris, et comment n’y a pas toujours ici une quinzaine de petits bâtiments pour envoyer dans les colonies. Par ce moyen, mes colonies auraient des nouvelles. La marine me parait livrée à une grande routine établie dans des temps fort différents de ceux-ci.

J’ai donné ordre à Lisbonne qu’on préparât six mouches pour les Amériques espagnoles, trois d’un côté et trois d’un autre, avec des fusils. Il me semble que vous pourriez faire ainsi expédier des goélettes de Nantes, de Bordeaux et de Rochefort. Parmi les bâtiments qui servent à la protection de la côte, il y en a un nombre suffisant qui sont propres à porter une lettre en Amérique.

 

Bayonne, 15 mai 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de la Grande Armée, à Bayonne

Mon Cousin, écrivez au général Duhesme de tenir ses troupes réunies, et que le capitaine général peut renforcer le fort de Rosas en y mettant 100 hommes de plus, Irlandais, de manière à le mettre à l’abri des entreprises des Anglais.

 

Bayonne, 15 mai 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de la Grande Armée, à Bayonne

Mon Cousin, on fait dans mes régiments les changements les plus contraires à mes intentions. On dirait que la France est devenue vassale de la Russie, et que toutes les demandes que font les officiers russes sont des ordres. On retire de mes régiments polonais des hommes, sous le prétexte qu’ils sont russes. J’entends dire qu’il est arrivé de Barcelone à Perpignan 89 hommes qu’on ôte des régiments napolitains, sous prétexte qu’ils sont russes. Je ne conçois rien à cela. Si l’adiudant-commandant chargé de 1’échange des prisonniers a rendu des hommes aux Russes sans ordre, faites-le arrêter. Aucun individu à mon service ne doit en sortir sans mon ordre. C’est vraiment un délire que cette conduite; et quand fait-on cela ? C’est quand on garde mes prisonniers en Russie comme domestiques, qu’on retient des chefs, de bataillon que l’on a débauchés. Il n’appartient d’ailleurs à personne de préjuger mes intentions. Donnez à cet adjudant-commandant qui se nomme . . . . . . l’ordre de venir à Paris rendre compte de sa conduite, et donnez-moi des renseignements sur tout cela,. si vous en avez.  En attendant, donnez l’ordre que les 89 hommes s’arrêtent dans la première place forte, et qu’ils soient envoyés de là sur le ler régiment d’infanterie de la légion de la Vistule.

 

Bayonne, 15 mai 1808, huit heures du matin.

A Joachim, lieutenant général du royaume d’Espagne, à Madrid

Je reçois votre lettre du 12 mai à trois heures du matin. Je vous envoie la lettre du prince des Asturies au conseil de Castille; vous en ferez l’usage que vous jugerez convenable.

Je vois, par la note que vous m’avez envoyée, qu’il y a 12,000 hommes de toutes armes à Cadix et 10,000 devant Gibraltar; ce qui fait 22,000 hommes. Il faut bien se garder d’augmenter ce nombre. Faites filer des troupes sur Ceuta et sur Minorque.

La lettre de la junte de Castille ne dit rien, puisqu’elle me remercie de ce que j’ai raccommodé le fils avec le père et fixé leur incertitude. J’attendrai, pour leur répondre, la lettre que vous m’annoncez et que je recevrai probablement aujourd’hui.

Est-ce vous qui avez donné aux carabiniers qui ont escorté le roi Charles l’ordre de retourner à Madrid ?

L’état de la marine que vous m’avez envoyé ne dit rien. C’est un état de situation détaillé dont j’ai besoin, présentant les vaisseaux armés, en armement, désarmés, en réparation, en construction, à la mer. J’en sais beaucoup plus sur la marine espagnole que votre état ne m’en apprend.

 

Bayonne, 15 mai 1808, huit heures du matin

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d’Espagne, à Madrid

Des renseignements sûrs, auxquels j’ai lieu d’avoir confiance, me donnent la conviction que le mouvement général qui a eu lieu à Madrid a été commandé par le prince des Asturies et par sa cour, et dès lors opéré par la junte.

S’exposer à toute extrémité plutôt que d’adhérer à ce que j’avais demandé, et  massacrer tous les Français, voilà ce qui avait été ordonné. Partout il y a eu des hommes sages qui s’y sont refusés; des capitaines généraux ont répondu qu’ils feraient la guerre loyalement, mais qu’ils ne croyaient pas de leur honneur de pousser une populace féroce à l’assassinat de malheureux individus. Les mouvements de Valladolid et de l’Estramadure, auxquels les autorités ont d’abord été favorables, ont été contremandés, dés qu’elles ont eu la première idée des évènements de Madrid. Il est donc nécessaire de surveiller pour quelque temps la junte qui devient inutile. Il suffit que vous fassiez le travail avec chaque ministre. A quoi servent d’ailleurs ces conseils ? Vous avez l’autorité légale comme lieutenant général du royaume. Cependant quelques jours de plus ou de moins sont de peu d’importance.

Les gardes du corps me gênent; les envoyer en France serait le plus sûr. Vous pourriez leur dire qu’on les a calomniés; que le meilleur moyen de se justifier est de demander à passer en France pour se mettre à la tête des Espagnols qui sont dans le Nord ; ce serait une chose fort avantageuse. Si cela ne peut pas réussir, il faut les envoyer à l’Escurial; car, avant l’arrivée du nouveau roi, je ne veux pas qu’il y ait des gardes du corps à Madrid.

Il faudrait me composer un état d’une douzaine de mille hommes d’infanterie, de 3,000 hommes de cavalerie et de 1,000 hommes d’artillerie, total 16,000 hommes, que vous formerez en trois divisions, deux d’infanterie et une de cavalerie. Faites-moi connaître ceux des corps qui ont le plus mauvais esprit et dont il faudrait se défaire. Vous dirigeriez ces trois divisions sur la France.

Il faut faire passer de Catalogne un bataillon de plus à Mahon, et deux ou trois bataillons de plus à Ceuta; 4,000 hommes effectifs à Ceuta ne sont rien. Ainsi donc, si l’on faisait passer 16,000 hommes en France, 2,000 hommes à Ceuta et 1,000 hommes à Mahon, l’armée espagnole serait assez affaiblie en Espagne pour n’avoir rien à craindre.

Quant à présent, réitérez l’ordre et prenez des mesures pour que 2,000 hommes d’infanterie se rendent en Afrique et 1,000 hommes à Mahon. Faites faire ensuite un travail sur les trois divisions à faire venir en France, et envoyez-m’en l’état. Vous en feriez passer une par la Catalogne et les autres par l’occident.

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P. S. Faites cesser le recrutement extraordinaire qui a lieu.

 

Bayonne, 15 mai 1808

A Joachim, lieutenant général du royaume d’Espagne, à Madrid

Je reçois votre lettre du 13 mai à trois heures du matin. Vous ne me parlez plus de la lettre du conseil de Castille qui devait être prête à onze heures. On ne doit accorder au Roi que les tableaux qui lui appartiennent, mais non ceux de la Couronne. Gardez tous les diamants à Madrid, et faites une enquête secrète pour connaître ceux qui ont été achetés des voleurs du garde-meuble de France.

Cadix est le point le plus favorable pour des expéditions en Amérique; il parait qu’on peut en faire partir autant qu’on voudra. Je vous ai déjà fait connaître qu’il fallait que l’escadre de Mahon se rendit à Toulon; réitérez cet ordre; elle sera remise là en bon état cela est trés-important.

Je n’approuve pas la mesure d’envoyer 4 000 hommes à Solano. Je n’ai pas besoin de nouvelles troupes en Portugal. Ne faites aucun mouvement de troupes dans ce pays. Il parait que le ministre de la guerre fait ce qu’il veut, et non ce que vous voulez. Je pensais que le général Solano devait être au camp de Saint-Roch, entre Medina- Sidonia et Cadix. Je vous ai envoyé l’ordre de faire partir de Madrid plusieurs bataillons pour remplacer, à Carthagène, Malaga et Tarragone, les suisses que je vous ai donné l’ordre de réunir à Grenade. Je n’ai pas besoin de nouvelles troupes dans les Algarves. Le général Junot a 10,000 Espagnols en Portugal, c’est plus qu’il ne lui en faut.

Si les chaleurs vous obligent de lever les camps, placez une division à l’Escurial, une à Aranjuez et une division dans une ville sur la gauche, du côté de la mer, à moins de douze lieues de Madrid.

Il faut congédier les milices; non pas toutes, il y en a qu’il est utile de conserver. Le ministre de la guerre a tort de réclamer les fusils enlevés par le général Ducos; ils ont été enfermés dans Saint- Sébastien, parce que les paysans pouvaient s’en servir, et ils sont en sûreté à Saint-Sébastien, qui est une place forte.

Il est fort singulier que le ministre de la marine ne connaisse pas le nombre de ses vaisseaux, ni leurs noms.

Je vous ai donné l’ordre de retirer les gardes du corps de Madrid et de les envoyer en France ou à l’Escurial.

Vous devez laisser à Mahon le chef d’escadre qui y commande. Le Valdès qu’on veut y envoyer est le plus grand ennemi de la France; il m’a fait manquer une expédition, et c’est une des causes du plus grand mécontentement que j’ai eu contre l’Espagne. Il est fils d’un Valdès de Burgos. Il relâcha à  Mahon pour ne pas débarquer à Toulon. Il ne faut point le renvoyer là.
Je vous ai mandé qu’il fallait envoyer aux infants tout ce qui leur appartenait nominativement, mais rien de ce qui ne leur appartenait pas.

Je sens que les affaires de finances méritent toute ma sollicitude. Je désire que vous m’envoyiez à Bayonne le ministre des finances avec trois ou quatre personnes des plus instruites dans cette partie, et munies de tous les papiers et documents qui puissent m’en faire connaître parfaitement la situation et les ressources. Je vous ai chargé de faire faire un travail là-dessus par le sieur Laforest. En trois ou quatre jours, ou doit pouvoir me rédiger un mémoire qui me donne une idée des revenus de 1806 et 1807; je serai à même alors de prendre un parti.

Je me rendrais volontiers à Madrid; mais ma présence est encore nécessaire ici pour les affaires générales du Nord.

 

Bayonne, 15 mai 1808

Au général Junot, commandant l’armée du Portugal, à Lisbonne

J’attends avec impatience l’état exact des Espagnols qui sont sous vos ordres et des lieux où ils se trouvent, du nombre d’hommes qu’ils ont aux hôpitaux, du nombre de compagnies qui composent leurs bataillons, enfin les moindres détails sur leur formation.

Je vous ai fait connaître que, compris les deux millions qu’on vous a déjà demandés, vous deviez envoyer six millions à Paris ou à Madrid. Je ne vois pas d’inconvénient à déclarer que la contribution est réduite à cinquante millions en argent; c’est-à-dire que les cinquante autres millions seront payés en domaines. Faites faire cette assignation de domaines pour cinquante millions.

Y-aurait-il de l’inconvénient à faire publier le Code Napoléon en Portugal ? Occupez-vous toujours de le faire traduire en portugais par des gens capables. Quelle espèce de résistance éprouverait-on pour resserrer les couvents et les réduire à moitié ?  On aurait par là beaucoup d’argent, puisqu’on dit que ces couvents ont chacun un trésor et que leurs biens augmenteraient les domaines ce serait d’ailleurs un grand pas de fait vers la civilisation de ce royaume.

Faites dresser l’état des couvents et des biens qu’ils ont, et envoyez-le-moi.

Combien de troupes vous faudrait-il de plus pour maintenir la tranquillité du pays ? En touchant à ce point important, vous sentez bien que ce n’est qu’une question que je fais et qu’il faut y mettre le temps.

J’ai ordonné que les régiments portugais que vous envoyez en France envoient en Portugal cinq officiers et dix sous-officiers, sergents et caporaux, pour se recruter. Je vous recommande de faire opérer ce recrutement le plus vite possible, de désigner le lieu où chacun de ces régiments doit recruter, et de prendre tous les moyens pour arriver à les compléter; car que voulez-vous que je fasse de 3,000 hommes qui ont 300 officiers ? Ce serait ruineux. Prenez tous les moyens pour rappeler les déserteurs et les envoyer à mesure que vous aurez 100 hommes.

Je vous ai écrit pour m’organiser trois vaisseaux, trois frégates et trois corvettes; de les approvisionner pour six mois de vivres et de les tenir prêts pour toutes sortes d’expéditions. Le vaisseau le Vasco-de-Gama et la Maria-Prinzeira sont deux beaux vaisseaux de 74. Vous devez avoir assez de bois pour achever le vaisseau en construction, mais, comme il ne pourra pas être fini pour 1’époque où j’en aurai besoin, vous pourrez faire réparer le Saint-Sébastien ou la Princesse-de-Beira. Vous devez tenir les frégates la Carlotta et le Phénix prêtes à partir. Mais il est bien nécessaire que ces vaisseaux aient la plus grande partie de leurs officiers, de leur maistrance et de leurs canonniers français. Vous y mettrez quelques matelots portugais et étrangers et une bonne garnison française. Faites-moi connaître quand, de ces trois vaisseaux, trois frégates et trois corvettes ou bricks, un vaisseau , une frégate et deux bricks seront prêts , et quand les trois vaisseaux , les trois frégates et les trois bricks le seront. Je vois qu’il y a cinq grosses gabares à Lisbonne; de combien de tonneaux sont-elles ? Enfin il faut donner une grande activité à la marine et armer le plus de bâtiments que vous pourrez. Je vous ai envoyé de bons canonniers français. Mettez-y de bonnes garnisons, non pas d’auxiliaires, mais de Français. Faites-moi connaître le nombre d’officiers et contremaîtres français que vous avez. Envoyez à Cadix demander si le vice-amiral ne pourrait pas, sans s’affaiblir, vous en offrir quelques-uns.

Sur le vaisseau l’Atlas, qui est à Vigo, il y a 100 marins. Envoyez-leur l’ordre de se rendre à Lisbonne, et envoyez l’ordre à un lieutenant et 25 hommes d’un des régiments qui est le plus prés, de tenir garnison sur 1’Atlas et de veiller à conserver ce vaisseau. Ces 100 marins français peuvent vous être fort utiles.

Faites-moi connaître s’il est facile de sortir de Lisbonne malgré la croisière anglaise. Faites faire un mémoire là-dessus par le capitaine de vaisseau qui est à Lisbonne.

 

Bayonne, 15 mai,1808

Au général Junot, commandant l’armée du Portugal, à Lisbonne

J’ai écrit au grand-duc de Berg de vous envoyer les brochures et autres pièces qui se sont imprimés en Espagne sur les dernières affaires, et un duplicata des dépêches du gouvernement espagnol.

Faites mettre deux de ces paquets sur deux petites goélettes ou avisos que vous expédierez au Rio de la Plata. Vous leur donnerez pour instruction, si le Rio de la Plata était bloqué, d’avoir soin d’atterrir dans les anses plus bas. De petits bâtiments seront suffisants pour cela. Faites charger sur ces petits bâtiments un millier de fusils; mettez-y des officiers français et assez de Français, marins et soldats, pour être maîtres des Portugais. Faites arranger six mouches pouvant naviguer chacune avec une trentaine d’hommes, ayant un ou deux petits canons. Que ces goélettes soient doublées en cuivre, bonnes marcheuses, et dirigez-les, à huit jours de distance l’une de l’autre, sur l’Amérique espagnole, chargées de 4 à 500 fusils; trois pour la Vera-Cruz et trois dans le Midi.

Vous enverrez sur chacune deux lettres de vous au vice-roi espagnol du lieu sur lequel vous les dirigerez.

 

Bayonne, 15 mai 1808

A Louis Napoléon, roi de Hollande, à La Haye

Je ne suis pas sans penser que l’ennemi pourrait fort bien essayer d’attaquer mon escadre de Flessingue, et, à cet effet, se présenter avec une escadre supérieure, jeter 6,000 hommes dans l’île de Cadzand, les y maintenir quelques jours, s’emparer de mes batteries et les tourner contre mon escadre, et, en même temps, contenir l’île de Walcheren par un débarquement simulé. Voici les dispositions que j’ai cru nécessaire d’ordonner pour s’opposer à ces projets de l’ennemi :

1° Vous devez renforcer la garnison de l’île de Walcheren de 1,000 hommes. Vous laisserez le commandement clair et net de vos troupes au général Monnet; en fait de militaire, il ne faut pas de discussions.

2° Immédiatement après avoir reçu cette lettre, vous ferez partir en toute diligence un bataillon de 1,000 hommes d’infanterie pour l’île de Cadzand, où je le ferai nourrir. Il sera cantonné dans les différents villages et fera le service de la côte. Je vous remplacerai bientôt ce régiment, s’il vous est nécessaire, mais dans ce moment je n’ai rien sous la main.

Mettez sous les ordres d’un général de brigade 2,500 à 3,000 hommes d’infanterie et 3 à 400 hommes de cavalerie, avec six pièces de canon.  Réunissez ce corps à une demi-journée de la position où se trouve mon escadre; que ce général établisse des signaux sur la côte et avec les batteries; et, au moindre mouvement, sans attendre l’avis du contre-amiral Missiessy ou du général qui commande dans l’île de Cadzand , il se mettra en marche, et passera dans l’île de Cadzan pour soutenir mes troupes. Je donne ordre, dans différents points de réunir des colonnes afin d’avoir en un moment une force imposante sur le point menacé. Comme je suis aujourd’hui fort loin de ce côté, je désire que vous envoyiez vos aides de camp dans les îles de Walcheren et de Cadzand pour voir la situation des batteries, les mesures qu’on a prises et l’état exact des choses. Vous me ferez connaître le rapport de ces officiers. Je suppose qu’une de vos division est rentrée en Hollande; j’en ai donné l’ordre depuis longtemps. Vous n’avez rien à craindre des Anglais, qu’un coup de main qui sera l’affaire de deux ou trois jours. Ainsi il faut avoir au Texel 2 ou  3,000 hommes pour défendre l’escadre, surtout si elle est en rade

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P. S. Je ne vois pas que votre escadre soit en rade au Texel ; il est cependant bien important qu’elle y soit. Envoyez-m’en la situation. J’ai vu avec plaisir que les deux frégates étaient arrivées à Flessingue. S’il était possible qu’un ou deux de vos vaisseaux de guerre, de ceux qui sont à Helvoet-Sluys, y vinssent aussi se réuni à mon escadre, ce serait bien avantageux; voyez si c’est possible.

 

Bayonne, 16 mai 1808

A M. de Talleyrand, prince de Bénévent, vice Grand-Electeur

Mon Cousin, je vous envoie une lettre pour le prince des Asturies. Le service du chef d’escadron Henri , de la gendarmerie, étant inutile, et cet homme leur paraissant peu agréable, vous pouvez le renvoyer ici. Il faut éloigner de ces princes tout ce qui aurait l’air de captivité. D’ailleurs, d’autres évènements se sont passés depuis ma dernière lettre; j’ai conclu avec le prince un traité par lequel il me cède tous ses droits à la couronne d’Espagne, et je lui ai accordé  différentes choses qui peuvent le faire vivre heureusement et tranquillement. Faites en sorte qu’ils soient bien traités et qu’ils passent agréablement leur temps. Les affaires d’Espagne vont bien et vont être entièrement terminées, ce qui influera toujours sur la situation de ces princes.

 

Bayonne, 16 mai 1808

A M. Mollien, ministre du trésor public, à Paris.

Monsieur Mollien, le payeur de l’armée de Dalmatie a mis des sommes à la disposition du général Marmont, sans y être autorisé par un crédit et sans résistance. Remplacez ce payeur et ordonnez-lui de venir à Paris avec tous ses papiers pour rendre compte de sa conduite. Vous lui reprocherez sa faiblesse. Le général Marmont n’avait pas d’ordres à lui donner, il n’en devait prendre que de vous. Il devait au moins dresser procès-verba1 de violation de caisse, et l’envoi de ce procès-verbal aurait donné l’éveil. Il faut maintenant avoir les comptes de ces sommes. Envoyez là un payeur ferme, et que rien ne puisse le faire dévier de la règle. Qu’il sache bien que les généraux ne sont pas les ordonnateurs, que ce sont les ministres.

 

Bayonne, 16 mai 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

La Toscane va être réunie à l’Empire. Il est donc nécessaire que vous prépariez, pour le moment où le décret sera publié, ce qu’il faut pour organiser les classes dans le port de Livourne. Je donne l’ordre que l’on lève 400 bons matelots à Livourne et qu’on les dirige sur Toulon pour renforcer les équipages de l’amiral Ganteaume. Vous devez avoir des agents de la marine à Livourne. Faites toutes les dispositions nécessaires pour l’exécution de mes ordres.

 

Bayonne, 16 mai 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

J’ai vu avec plaisir que le Breslau avait été mis à l’eau sans accident. Il me tarde qu’il soit armé et équipé et prêt à se rendre à Toulon pour le 15 juin, afin qu’on soit sûr qu’il y soit au 1er juillet pour augmenter l’escadre de Toulon. Mon intention est qu’un autre vaisseau soit mis sur la cale du Breslau; cela est facile. Faites le marché; cela alimentera toujours la ville de Gênes.

Je désire que, sur le premier état de situation, vous fassiez ajouter des notes sur les qualités qu’on a remarquées aux vaisseaux de l’escadre de Toulon; marchaient-ils unis ? etc.

J’ai donné des ordres au ministre de la guerre de prendre de mesures pour garder la rade de Flessingue. Que l’amiral Missiessy veille; qu’il vous instruise du nom du général de brigade qui commande à l’île de Cadzand, du général de Flessingue, du général hollandais qui commande sur les derrières, enfin des préparatifs et dispositions qui sont faits là.

Je suppose que, dans ce moment-ci, il y a au moins 4,000 hommes sur l’escadre de Flessingue et qu’il y en aura 5,000 avant le ler juin. Les exercices sont-ils commencés ?

Les moyens que vous proposez pour Cadix se font déjà par les Espagnols; ainsi il est inutile de faire aucun frais pour cela. Je fais partir un aviso de ce port; je fais partir dans la semaine un petitbrick que j’ai acheté; ce sera toujours deux expéditions.

Je dirige la petite mouche sur Cayenne, et j’écris à Victor Hugues de la diriger sur le Caracas, et d’envoyer de son côté des bâtiments de tous côtés pour prévenir de ce qui se passe. J’expédie l’autre sur la Guadeloupe, et j’en profite pour y envoyer 20 hommes; j’écris au général Ernouf d’envoyer dans toute la terre ferme espagnole des avis de ce qui se passe. .

Quand m’apprendrez-vous que l’Austerlitz a été lancé à Toulon ? Combien de mois de vivres et d’eau aura l’escadre de Flessingue au ler juin ?

Donnez l’ordre que désormais aucune gabare de plus de 200 tonneaux ne sorte de mes ports sans être doublée en cuivre.

J’ai gardé vos dépêches pour Victor Hugues, que je fais partir par la mouche qui part d’ici.

Je vois qu’on pourrait essayer d’avoir trois ou quatre mouches à Cadix, toujours prêtes à partir, dont on se servirait avec succès pour donner des nouvelles dans les colonies.

 

Bayonne, 16 mai 1808

A M. Lacépède, Grand Chancelier de la Légion d’honneur, à Paris

Je reçois votre rapport du 11 relatif au sieur Gaulier, chasseur au 16e d’infanterie légère. Je ne doute pas qu’il ne tienne ce qu’il vous a promis. Renvoyez-le à son corps, où j’espère qu’il méritera bientôt de l’avancement. Ecrivez dans ce sens au colonel.

 

Bayonne, 16 mai 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon fils, j’ai fait, comme vous le désirez, le colonel Lafond, général de brigade dans mes troupes italiennes, et le major Lejard colonel du 6e de chasseurs. Les décrets ont été signés aujourd’hui, et vous pouvez le notifier à ces officiers. Le général Lafond s’occupe sur-le-champ de l’instruction de ma cavalerie. Il me semble que vous aurez un moyen pour arranger ma cavalerie italienne : c’est de tirer quelques officiers de dragons de ma garde pour mettre dans les régiments. Ils avaient pris une bonne habitude de guerre ; je suis bien fâché qu’ils ne soient pas venus à l’armée.

 

Bayonne, 16 mai 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon fils, vous devez écrire au général Marmont et au payeur de Dalmatie, pour avoir des renseignements sur ce que sont devenus les fonds qui ont été détournés. Vous leur ferez connaître que la régularité qui existe dans les finances, tant en France qu’en Italie, ne permet pas que des sommes soient ainsi détournées de leur destination sans l’ordre du ministre.

 

Bayonne, 16 mai 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon fils, je reçois votre lettre du 10 mai. Ainsi, voilà le royaume augmenté de trois nouveaux départements; je ne vois pas de difficulté à cela. Il faut actuellement vous appliquer à les bien organiser, et à y faire publier sur-le-champ toutes les lois de l’Infant. Il est nécessaire surtout que le Code Napoléon soit promptement mis en activité. Le régiment de Rome sera à la solde du royaume, et l’armée italienne sera augmentée d’autant. Portez-le au complet et organisez-le comme tous les autres régiments italiens. Je pense que vous avez nommé tous les membres des conseils généraux du département. Les conseils généraux doivent prendre tous les renseignements et se mettre en état de pouvoir présenter, à la prochaine réunion, le nombre d’électeurs nécessaires pour chaque département. Faites que, dans tous les chefs-lieux, à la réunion des conseils généraux, on donne des fêtes et un bon mouvement de l’opinion. Appelez dans les conseils quelques membres de ces nouveaux départements, et nommez-en quelques-uns préfets et sous-préfets dans le reste du royaume. Ici, les affaires sont finies; la maison de Bourbon a cessé de régner en Espagne, et les différents princes qui pourraient être appelés au trône m’ont cédé leurs droits.

Le grand-duc de Berg est lieutenant général du royaume ; il est reconnu par toutes les autorités.

Le sang qui a coulé à Madrid a calmé toutes les têtes, et, dès ce moment, cette grande et importante question a été décidée. Le roi de Naples va se rendre ici. Faites en sorte que des relais lui soient préparés dans tout le royaume; instruisez-moi par l’estafette, dès que vous saurez qu’il est entré dans le royaume. Je suppose que si, dans les nouveaux départements, quelques villages ou quelques personnes remuaient, qu’on les traiterait comme j’ai fait traiter jadis Bignasco, et qu’on donnerait un sérieux exemple. Il faut chasser sur-le-champ du pays tous les prélats, qui étaient gouverneurs ou occupaient des places civiles; s’ils sont étrangers, il faut les renvoyer chez eux. Je vous ai commandé, hier, de me rendre compte des travaux de Venise, du Reno, du Pô, de la Brenta et du canal de Pavie.

Aujourd’hui, je vous demande les même renseignements sur les travaux d’Ancône. Poussez cela avec activité. Le dévasement du port d’Ancône est bien important, afin d’y avoir 5 vaisseaux et 2 frégates. Et, quand j’aurai la 5 vaisseaux et 2 frégates, l’Adriatique ne pourra plus être bloquée par une ou deux frégates, comme elle l’est aujourd’hui. Organisez avec soin le port d’Ancône, c’est le deuxième port du royaume. Ayez toujours là des bricks et des canonnières, afin de protéger la côte, et en même temps d’en être le maître. Le régiment de Rome, qui est à Ancône, portera un numéro à la suite de ceux qui existent. Poussez-en le recrutement et mettez ce régiment en bon état. Il portera le même uniforme que les autres régiments italiens. Je vous laisse le maître de le  comprendre dans les régiments d’infanterie de ligne, ou de ceux d’infanterie légère. Vous pouvez prendre quelques capitaines, lieutenants ou sous-lieutenants du régiment de Rome, pour les placer dans les huit autres régiments, et les remplacer par les officiers de vos anciens régiments qui ont fait la guerre et ont de l’expérience. Vous opérerez ainsi une espèce d’amalgame, et cela vous donnera le moyen de tirer bon service du nouveau régiment. J’ai nommé une junte de gouvernement en Toscane; elle est composée de conseillers d’État, maîtres des requêtes et auditeurs, que je fais venir de Paris. Le général Menou en est le président et a le titre de gouverneur général. Cette junte entrera en activité le 1er juin. Vous pouvez retirer le général Fiorella et l’employer ailleurs dans le royaume.

 

Bayonne, 16 mai 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, la réunion des trois départements d’Ancône étant faite, il est nécessaire d’y publier le Concordat et de déclarer que toutes les lois qui régissent 1’Église du royaume d’Italie sont exécutoires dans ces trois départements. Il est également nécessaire de mettre sans délai en activité toutes les mesures relatives aux moines; ce qui aura l’avantage, d’ailleurs, de mettre à notre disposition une grande quantité de biens, dont on pourra se servir trés-utilement. Il faut s’occuper de faire constater les dettes de ces provinces, et me proposer des mesures pour les faire liquider sur le Mont-Napoléon. Je crois convenable que le ministre des finances se rende, à cet effet, à Ancône, où il pourra rester huit ou dix jours. Vous aurez sans doute supprimé dans les trois départements tous les droits qui sont supprimés dans le reste du royaume. Il faut appeler ces trois départements à concourir à la formation des compagnies de gardes d’honneur. Occupez-vous de faire faire le budget de la ville d’Ancône. Il faut aussi s’occuper des fortifications; les fortifications d’Ancône vous sont nécessaires sous deux points de vue : pour réprimer une insurrection et pour mettre les vaisseaux qui seraient dans le port à l’abri d’une descente. Ancône ne sera jamais assiégée, ni par de trés-grandes forces, ni par de très-grands moyens militaires; il n’est pas question de faire là une place dans le genre de celle d’Alexandrie; mais l’occupation de deux ou trois points par de bons forts serait, je crois, une chose trés-importante. Faites lever la carte d’Ancône et de 2,000 toises autour, avec les côtes.

 

Bayonne, 16 mai 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois votre état de situation des constructions au ler mai. Il est plein d’incohérences. Par exemple, article des Bâtiments en armement, corvette la Caroline, votre état dit que cette corvette à été mise à l’eau en décembre 1807; il dit ensuite qu’elle est aux 21 vingt-quatrièmes de sa construction : mais, si elle a été mise à l’eau en décembre, elle était alors aux 24 vingt-quatrièmes de sa construction; expliquez cela.

Je vois que mes cinq vaisseaux de guerre n’avancent pas. Le Rivoli n’est encore qu’aux 8 vingt-quatrièmes; il sera donc impossible de 1e mettre à l’eau au mois d’août. Quoiqu’il soit très-important de pousser ces travaux avec la plus grande activité, tout dort. La Bellone  est portée comme devant être mise à l’eau à la mi-mai; cependant elle n’est encore qu’aux 15 vingt-quatrièmes. La Couronne est-elle ou non à l’eau ? Faites-moi faire un nouvel état, qui me fasse connaître le nombre de jours de vivres qu’ont tous les bâtiments qui sont en rade; ajoutez-y les bâtiments désarmés. Que cet état me fasse connaître pour quelle mission chaque bâtiment est expédié, et quelle est l’époque des dernières nouvelles qu’on en a reçues. Veillez donc aux constructions ; cela ne va pas.

Vous ne me rendez pas compte de la marche des divers travaux commencés dans le royaume. Les travaux du Reno au Pô, ceux du canal de Pavie, ceux de Venise, avancent-ils ? Il me semble que rien ne marche. Rendez-moi compte plus exactement de l’exécution des travaux que j’ai ordonnés.

Vous m’envoyez un état de situation de l’armée italienne au 1er mai qui n’est pas suffisant. Il n’est pas dans la forme que je veux et que je vous ai indiquée; ce n’est qu’un résultat qui ne dit rien. Il faut me faire dresser un livret plus complet, où il y ait autant de feuilles que de départements, puisqu’il n’y a pas de divisions militaires dans mon royaume d’Italie. A chaque département, une page indiquera le nombre de casernes qu’il y a pour l’infanterie et la cavalerie, le nombre de lits que la caserne contient, le nom du général qui commande, le nom des officiers d’état-major, du génie, de l’artillerie, et des commissaires de guerre qui y sont employés; une autre page donnera le détail des troupes en garnison dans le département et des compagnies de gendarmerie et de vétérans qui font service. Après la situation militaire des départements, viendra la partie du livret destinée aux troupes qui sont hors du royaume. Vous mettrez autant de feuilles qu’il y a d’endroits différents où sont placées mes troupes. Il y en a en Espagne, en France, à Naples, à Corfou; pour chacun de ces pays, il faut une feuille séparée. Vous devez faire dresser un autre livret dans lequel il y aura autant de feuilles qu’il y a de régiments d’infanterie, de cavalerie, d’artillerie, etc., et, pour chaque régiment, vous devez réunir sur le même feuillet tous les renseignements qui peuvent faire connaître le détail de sa situation et des détachements qui en dépendent. Un troisième état, consacré aux détails de l’artillerie, doit me faire connaître la quantité de canons, d’affûts, de boulets, de fusils, de poudre, en distinguant ce qui appartient à la France et ce qui appartient à l’Italie. Enfin ce troisième état doit être accompagné d’un autre sur la conscription, et qui me fasse connaître ce que chaque département a du fournir, ce qu’il a fourni et quelle a été la répartition de son contingent entre les corps.

Envoyez-moi, tous les mois, ces quatre livrets, et j’aurai alors une idée du militaire d’Italie. Depuis deux ans je vous le demande, et vous me laissez toujours dans l’obscur. Je n’ai aucun renseignement; je ne sais pas où sont les dépôts de mes régiments, combien ils ont de bataillons, comment se nomment les colonels, enfin rien. Les états que vous m’envoyez sont des états pour rire; je ne puis pas même y voir ce que chaque régiment a de détaché en Espagne. C’est tout à fait ridicule. Pour mon armée française, le ministre me remet, deux fois par mois, plus de dix-huit volumes in-12 et in-4°, qui me présentent l’état de mon armée sous tous les points de vue. Envoyez-moi exactement les étals que je vous demande.

 

Bayonne, 16 mai 1808

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d’Espagne, à Madrid

J’ai lu avec attention une note que le ministre de la marine m’a envoyée sur les vaisseaux espagnols. Je vois qu’il n’y a au Ferrol que le Saint-Elme, de 74, le Saint-Julien, de 64, la Prima, frégate de 44, et la Vengeance et la Magdeleine, de 34, qui soient armés. Donnez l’ordre sur-le-champ qu’on mette en armement dans ce port le Saint-Augustin, de 74, et en réparation la Conception, le Mexicain, le Saint-Ferdinand et l’Orient, de manière à avoir, dans le courant de l’été, 7 vaisseaux armés et prêts à faire voile du Ferrol. Il ne manquera peut-être pour cela que de l’argent, mais ce n’est pas en se laissant abattre qu’on arrivera à la paix. De l’argent, il faut s’en procurer.

Il faut mettre en armement à Carthagène le San-Carlos, le San-Joachim et le Glorioso. Il faut réitérer l’ordre que l’escadre de 6 vaisseaux qui est à Mahon se rende à Toulon.

A Cadix, je vois qu’il n’y a que 6 vaisseaux en rade. Il faut sur-le-charnp faire entrer dans les bassins et mettre en réparation 6 des 8 meilleurs vaisseaux qui s’y trouvent : le Santa-Anna, le Conde de Regla, le Soberano, le Saint-Firmin, l’Africain, le Saint-jean-Baptiste, le San-Gabriel-el-Ferno et le Minho, de sorte qu’on puisse avoir dans le courant de l’été 10 vaisseaux en rade de Cadix.

L’Espagne aurait donc à mettre, pour la cause commune, 6 vaisseaux à Toulon, 3 vaisseaux à Carthagène, 12 à Cadix et 7 au Ferrol; ce qui ferait 28 vaisseaux, ce qui certes est bien peu de chose. Il y a assez de matelots en Espagne. On approvisionnera bientôt l’arsenal. Ce qui manque seulement, c’est de l’argent et de l’activité. Combien en faut-il, de l’argent, pour faire ces armements ? Le ministre de la marine est-il habile ? Donnez ordre à Mazarredo, vice-amiral espagnol, de se rendre à Bayonne, où je désire causer
avec lui.

Je vous recommande de prendre toutes les mesures nécessaires pour donner du mouvement dans l’arsenal. Ce sont là les meilleures proclamations pour se concilier l’affection des peuples. En renvoyant l’escadre de Mahon à Toulon, on sera déjà débarrassé de l’entretien et de la nourriture de celle-1à, ce qui donnera sans doute d’autant plus de moyens pour les autres.

Si le département de la marine veut avoir ma confiance, il faut qu’il se donne du mouvement; qu’on passe des marchés et qu’on mette de l’activité dans ces trois ports.

 

Bayonne, 16 mai 1808

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d’Espagne, à Madrid

Il y a en Galice 7,690 hommes de milices. Je désire que vous fassiez un travail avec le ministre de la guerre; que, sur ces 7,690 hommes, vous gardiez seulement un effectif 2 000 hommes, et que vous licenciiez les 5,690 autres, en ayant soin de retenir tous les fusils, et en supposant que cela ferait plaisir aux milices ; car, sans cela, je préférerais les faire passer en France, où je les payerais comme troupes de ligne. Sur les 1,650 hommes de milices de Valence et Murcie, licenciez-en 1,000, en gardant les bataillons le mieux organisé. Il faut garder tout ce qui se trouve à Gibraltar et à Cadix. Ainsi je vous autorise à faire un travail avec le ministre de la guerre pour licencier, sur les 28,000 hommes, 20,000 hommes, en gardant les milices plus instruites et en renvoyant celles des provinces qui ont le plus besoin de bras. Aussi bien voilà le temps de la récolte qui va arriver. On verra, après ce que produira le premier licenciement, si l’on peut continuer le licenciement du reste. Le licenciement des 6,000 hommes de la Galice ne peut être que très-utile sous tous les points de vue.

J’ai lu et relu avec attention l’état de situation de la guerre que
vous m’avez envoyé; je vous en ai demandé de plus détaillés. Faites-moi connaître l’esprit des différents régiments, au moins des gardes wallones et des gardes espagnoles. Sur les 10,900 Suisses effectifs, formant les régiments au service d’Espagne , combien y a-t-il de Suisses, de déserteurs de toute nation ? Sur les 2,700 gardes wallones, combien y a-t-il d’Espagnols, de Français et d’étrangers ? Pourquoi les trois régiments irlandais ne forment-ils ensemble que 1,700 hommes (le régiment d’Ultonia 400, le régiment d’Hybernia 800, le régiment d’Irlande 500) ? Combien y a-t-il d’Irlandais ? Quel doit être leur complet et le moyen de les y reporter ? Pourquoi le régiment d’Estramadure n’est-il que de 700 hommes ? Tous ces régiments sont dans un furieux incomplet. Combien le régiment de Naples a-t-il de bataillons ? Comment arrive-t-il qu’il n’a que 280 hommes ? Je ne trouve que deux bataillons du régiment de Jaen; où est le troisième ? Egalement, au régiment de Girone, je ne trouve que deux bataillons. Combien chaque régiment doit-il avoir de bataillons ? Même question pour les Volontaires. Par exemple, les Volontaires de Catalogne ont en France un bataillon de 1,100 hommes; le
second bataillon a 700 hommes, partie en Galice et partie à la division Socorro, en Portugal; ce régiment aurait donc 1,800 hommes; combien y a-t-il de bataillons ? Même question pour les Volontaires de Barcelone. Même question pour les Volontaires d’Aragon. Tout cela a 2,500 hommes, et on ne connaît pas les bataillons.

Qu’est-ce que c’est que ces Volontaires de Marie-Louise qui n’ont que 200 hommes ? Donnez-moi des éclaircissements sur tout cela.

 

Bayonne, 16 mai 1808, neuf heures du soir

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d’Espagne, à Madrid

Vous trouverez ci-joint une lettre pour l’empereur de Maroc. Vous chargerez un officier du génie intelligent, qui prendra l’uniforme d’aide de camp, de se rendre à Ceuta et de là à Tanger, où il prendra mon consul et se rendra avec lui à Fez, où il remettra ma lettre en main propre au roi de Maroc. Il s’entendra avec mon consul pour faire toutes les démarches et tout ce qui est nécessaire pour déjouer l’influence des Anglais, il observera tout à Fez et sur la route, en bon ingénieur, et se mettra en état de me rendre compte de l’état des fortifications, de la nature du terrain, de la force des armées, de la population, enfin de tout ce qui m’intéresse sous le point de vue militaire.

Faites-moi connaître la situation des Marocains avec les Espagnols. Sont-ils amis ou ennemis ?

Le général Marescot part cette nuit pour Madrid. Mon intention est qu’il aille à Cadix et sous Gibraltar, pour voir ce qu’il y aurait enfin moyen de faire sur cette place.

 

Bayonne, 16 mai 1808

Au prince Camille Borghèse, gouverneur général des départements au delà des Alpes, à Turin.

Je vous ai écrit pour la Spezia. J’ai appris avec plaisir qu’à Gênes, le vaisseau le Breslau avait été mis à l’eau. Prenez des renseignements pour me faire savoir quand ce bâtiment pourra naviguer et se rendre à Toulon. Faites connaître au commissaire de marine à Gênes qu’il doit presser l’achèvement de ce vaisseau, et que j’ai hâte d’en augmenter mon escadre de Ganteaume. Si vous pouvez faire quelque chose pour cela, faites-le.

Rendez-moi compte des travaux d’Alexandrie. Combien y occupe-t-on d’ouvriers ? Quel jour y a-t-on ouvert la campagne ? Qu’a-t-on fait depuis ? Faites presser ces travaux et activez-les par tous les moyens possibles.

J’ai pris un décret, à mon dernier voyage, pour l’organisation du passage du mont Cenis. Y travaille-t-on ? Faites-vous représenter mon décret et rendre compte de son exécution. Travaille-t-on à la caserne du couvent ? Si l’on n’y travaille pas encore, sachez pourquoi et activez ces travaux.

J’avais ordonné qu’on organisât pour moi un palais à Gênes; parlez à Salmatoris pour savoir si c’est affaire terminée.

 

Bayonne, 16 mai 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Je vous envoie une lettre que je reçois du vice-roi. Voilà 800,000 francs qui ont été détournés, et dont il faut avoir le compte. Envoyez un officier intelligent auprès du général Marmont Vous écrirez à ce général pour lui faire comprendre toute l’irrégularité des payements qu’il a ordonnés pour des faux frais et des dépenses extraordinaires ;. qu’aucune dépense ne peut être faite sans mon ordre ; qu’aucun fonds ne peut sortir des caisses sans l’ordre du ministre. Vous ajouterez que je donne ordre que le payeur soit destitué et vienne à Paris pour y rendre compte de sa conduite; qu’ainsi il aura causé la perte de cet homme, dont le cautionnement va être confisqué et les biens mis sous le séquestre.

Causez de cela avec Mollien.

 

Bayonne, 16 mai 1808

Au général Marmont, commandant l’armée de Dalmatie, à Raguse

I1 y a beaucoup de désordre dans l’administration de mon armée de Dalmatie. Vous avez autorisé une violation de caisse de prés de 400,000 francs. Cependant le crédit mis à votre disposition, pour les travaux du génie et de l’artillerie, est de 400,000 francs. C’est une somme considérable; comment n’a-t-elle pas pu suffire ? La Dalmatie me coûte immensément. 1l n’y a pas de régularité, et tout cela met dans les finances un désordre auquel on n’est plus accoutumé. Le payeur est responsable de toutes ces sommes. J’ai ordonné son rappel. Il faut se dépêcher d’envoyer tous les papiers qui pourraient établir ses comptes. Mais tout cela ne justifie pas la dépense. Vous n’avez pas le droit de disposer d’un sou que le ministre ne l’ait mis à votre disposition. Quand vous avez besoin d’un crédit, il faut le demander.

 

Bayonne, 16 mai 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Bayonne

Monsieur de Champagny, je vous ai écrit ce matin pour que vous autorisiez M. de Labrador à retourner à Florence. Vous pouvez également autoriser les ducs d’Icar (Hijar) et Fernan-Nunez à se rendre en France.

 

Bayonne, 17 mai 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Le nommé Roux, attaché à la légation de Prusse, est un mauvais sujet, dont j’ai à me plaindre depuis longtemps. Mon intention était, aussitôt que j’aurais reçu les pouvoirs de la légation, de déclarer que je ne voulais pas recevoir M. Roux. Comme je ne l’ai pas reconnu, donnez-lui ordre de sortir de Paris sous vingt-quatre heures, et de la France dans le plus court délai possible. Vous ferez venir M Brockhausen, et vous lui direz que j’ai à me plaindre depuis longtemps du sieur Roux et des sociétés qu’il fréquente, qu’il a déjà fait beaucoup de mal à sa cour par de faux rapports et qu’il peut en faire encore beaucoup.

 

Bayonne, 17 mai 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Bayonne

Monsieur de Champagny, je vous renvoie vos portefeuilles. La dépêche du sieur Otto me parait importante. La question se réduit à ceci : quand les troupes françaises ont entamé les Etats des Autrichiens, ils étaient maîtres de tout le Tyrol et de l’évêché de Salzburg.

Si la partie du territoire dont il est question a été remise aux Autrichiens par les Français, ils doivent la garder jusqu’à ce que les Français la retirent. Si les Bavarois l’ont reçue des mains des Français, comme je le pense, il faut que le roi de Bavière fasse connaître qu’elle fait partie de la Confédération du Rhin et que personne n’a le droit d’y toucher. Ecrivez de votre côté au sieur Andreossy que tout outrage qui serait fait à un village de la Confédération équivaudrait à une déclaration de guerre; que le village dont il s’agit fait partie du territoire de la Confédération , puisque l’Empereur l’a occupé et que la Bavière l’a reçu de ses mains; qu’il faut bien se garder de faire aucune menace, à moins que les armements que fait l’Autriche depuis longtemps n’aient pour but de recommencer.

 

Bayonne, 17 mai 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Bayonne

Monsieur de Champagny, écrivez au sieur Laforest que je vois avec peine que mon ambassadeur montre tant de faiblesse; qu’il doit éclairer le grand-duc de Berg et le soutenir, et non le flagorner ; servir de contre-poids, et non coopérer à l’entraîner à faire des sottises; que la junte et le conseil de Castille, sont plus fins que le lieutenant général ; que jusqu’à cette heure ils n’ont pas fait un pas; que le retard qu’ils mettent dans leur demande d’un roi vient de ce qu’ils a’avaient pas la renonciation du roi Charles et du prince des Asturies; qu’ils le feront à cette heure qu’ils ont ces renonciations; qu’il n’y a pas une voix pour le grand-duc; que la nation est encore dans la situation de haine et d’humiliation où les derniers évènements l’ont mise; qu’elle désire le grand-duc moins qu’un autre, par cette raison d’amour-propre que le grand-duc vient de permettre, par un décret, aux Catalans de s’armer, ce qui est le comble de l’impolitique et de l’absurdité; que toute l’insurrection des Espagnols a été  suscitée par un parti dont il n’a pas su démêler les trames, et que tous les détails qu’on donne de ce qui s’est passé sont altérés; qu’on aurait du profiter de l’événement de Madrid pour désarmer le plus possible, loin d’encourager à armer; que la Catalogne a toujours été tranquille, et qu’il n’y a rien à en craindre, puisque je suis maître des forts et que j’y ai beaucoup de troupes; que je désire donc qu’il parle clair et que sa correspondance soit plus relevée et plus forte, et qu’il appelle son esprit au secours de son caractère.

Je vous renvoie les dépêches que j’ai ouvertes.

Ajoutez-lui que je désire avoir des notes sur les différents ministres ; que je n’ai de celui de la marine aucun renseignement sur la situation des ports, et de celui des finances rien qui me fasse connaître la situation des finances.

 

Bayonne, 17 mai 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Je reçois votre lettre du 12, où je vois que vous avez commencé à prendre des dispositions pour l’île de Cadzand. Les lettres que je vous ai écrites ces jours derniers vous auront fait connaître que j’ai jugé convenable de donner de nouveaux développements à ces dispositions, car, de tous les points de mon empire, j’ai reconnu que c’était le plus faible, et le seul où l’on pût essayer de me faire un affront.

Le commandement du général commandant l’île de Cadzand doit s’étendre à tous les points de l’Escaut qu’il serait nécessaire d’occuper ou de surveiller pour la défense de mon escadre. Vingt-quatre bouches à feu me paraissent bien peu de chose pour une défense devenue aujourd’hui si importante; augmentez-les de six mortiers à la Gomer et de trois mortiers à grande portée. Vous tirerez ces neuf mortiers de l’endroit le plus rapproché. Ces travaux exigeront la présence des deux nouvelles compagnies d’artillerie que je vous ai ordonné de faire venir de Boulogne. Assurez-vous que les communications des troupes du camp de Blankenberghe avec l’île de Cadzand pourront se faire sans éprouver aucun obstacle des eaux.

Vous aurez écrit au roi de Hollande, qui se sera empressé d’envoyer au moins un bataillon dans l’île de Cadzand.

Consultez vous-même la carte avec des officiers du génie et de marine qui connaissent ce point, et assurez-vous que, par les dispositions qui sont prises, mon escadre sera vigoureusement défendue.

Supposez-la attaquée par le double de vaisseaux et une vingtaine de grosses chaloupes canonnières ou prames.

 

Bayonne, 17 mai 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Vous trouverez ci-joint des lettres de l’île de France qu’apporte le général Rey, qui vient d’arriver sur un bâtiment américain qui a mouillé au passage. Il n’y avait que ces pièces. Il me parait que les nouvelles qu’il porte sont satisfaisantes. Il n’en faut rien faire connaître, pour ne pas éveiller l’attention de l’ennemi sur l’Inde. La Caroline et la Manche ne pouvaient pas encore être arrivées , puisqu’elles ne sont parties qu’en novembre; mais déjà on peut préjuger le plaisir qu’éprouvera la colonie de l’arrivée successive de ces deux frégates; huit mille quintaux de riz sont un objet assez considérable. Il parait qu’il n’y a pas de grandes nouvelles aux Indes. L’Angleterre y est dans une grande pénurie, et l’arrivée d’une expédition ruinerait de fond en comble la colonie anglaise. Plus je réfléchis à cette marche et moins j’y vois d’inconvénients. Si les six frégates et trois vaisseaux de Lorient arrivent seuls, ils porteront un renfort utile et établiront des croisières dont le résultat peut être incalculable. Voilà plusieurs fois que l’on rencontre le convoi de la Chine, et si, comme il y a lieu de l’espérer, le commandant de l’escadre de Brest n’est pas un câlin et veut sortir, et que cette expédition suive la première, c’est un coup mortel porté aux affaires de l’Angleterre. Dans la situation actuelle du monde, il est impossible de savoir où vont ces expéditions. On peut avoir débarqué 12 ou 14,000 hommes, et les vaisseaux qui doivent revenir être déjà sur le retour, avant que les Anglais reprennent la supériorité. Mais, pour arriver à ce résultat, il faut vouloir vaincre les obstacles, ne pas perdre le temps en projets ni en discussions, et donner tous les ordres nécessaires. Après que vous aurez fait ce travail, remettez-moi sous les yeux le mémoire du général Decaen sur l’Inde et ce qu’il a fait, afin de le réétudier et de voir en détail ce qu’il lui faut.

 

Bayonne, 17 mai 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine,à Paris

Vous me dites que, le 29 avril, neuf smogleurs sont partis de Terneuse, Zélande: qui les a autorisés à partir ? Quelle est votre opinion ? Quels sont les avantages ou les inconvénients de cette mesure ?

Vous me donnez des renseignements sur le Moscou et le Saint- Pierre, mais vous ne me dites pas de quel calibre ils sont, en quelle année ils ont été construits, ce qu’ils valent pour nous, quel est le meilleur, et quel est celui que je devrais garder en échange de celui que je donnerai aux Russes à Lisbonne.

Servez-vous des bois de Corse s’ils sont bons. Servez-vous des bois qui sont à Marseille; de quelle nation sont-ils ? J’ai ordonné qu’on mit à votre disposition des matelots portugais; envoyez-les à Toulon. J’ai ordonné qu’on levât 400 matelots à Livourne; entendez-vous pour cela avec le général Menou et le commissaire de la marine.

J’ai accordé ce que vous demandez pour le général Sugny.

Puisque le Vétéran occupait deux vaisseaux anglais pour le garder, faites-le réarmer. C’est le grand résultat que vous devez avoir en vue.

Au lieu de dix vaisseaux à Toulon et de six devant Mahon, ils ne tiennent qu’une escadre pour les deux. Vous avez vu, de leur propre aveu, leur embarras.

La marine d’Espagne va prendre toute l’activité dont elle est susceptible. Plusieurs milliers de pieds cubes de bois sont déjà en route, par terre, de Bayonne à Bordeaux. Ils iront par eau jusqu’à Mont-de-Marsan par l’Adour. De Mont-de-Marsan ils seront dirigés par terre sur Langon, où ils trouvent la Garonne. Il faut favoriser ces mesures en ordonnant, 1° que les bois qu’on coupe entre Bayonne et Mont-de-Marsan soient transportés à Mont-de-Marsan, au lieu de l’être à Bayonne; 2° que ceux qu’on coupe entre Mont-de-Marsan et la Garonne fassent plutôt huit lieues vers la Garonne que deux pour se rendre à Mont-de-Marsan. Cela exige un peu de travail et d’intelligence; mais avec l’un et l’autre on fait ce qu’on veut en France.

 

Bayonne, 17 mai 1808

DÉCISION EN MARGE D’UN PROCÈS-VERBAL DU CONSEIL DU SCEAU.

Pour obtenir des lettres patentes de chevalier, il faudra jouir d’un revenu net de 3,000 francs de rente. Ainsi le conseil du sceau ne doit pas délivrer de lettres patentes de chevalier aux membres de la Légion d’honneur, si au préalable ils n’ont justifié d’un revenu de 3,000 francs en biens-fonds, cinq pour cent, ou actions de la Banque. Le conseil s’est écarté de cette règle lorsqu’il a présenté à ma signature des lettres patentes sans exiger la justification de ce revenu.

Quant à la question de savoir si les enfants acquerront ledit titre en prouvant qu’ils ont 3,000 francs de revenus et comme dérivant naturellement leurs droits des lettres patentes du père, c’est une question à ajourner jusqu’au moment où les cas écherront, que l’institution aura marché quatre ou cinq ans et que les effets en seront mieux connus.

 

Bayonne, 17 mai 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, vous pouvez assurer que les pêcheurs d’Ancône n’ont plus rien à craindre des Barbaresques. Je viens d’expédier des ordres pour faire relâcher tous leurs compatriotes qui sont dans les fers de Maroc, Tunis, Alger et Tripoli.

J’ai reçu votre lettre du 23 avril, relative à la construction du pont sur le Tessin. Si ce pont, construit en pierre, ne doit coûter que 1,500,000 francs ou deux millions, nul doute qu’il ne faille le construire en pierre; mais j’ai peine à croire qu’il coûte si peu. Si la dépense de la construction en pierre doit passer deux millions, il faut le faire en bois; voilà ma décision. Quant à sa situation, il faut qu’il soit placé dans la direction. la plus immédiate de Turin à Milan et dans un point où la rive droite domine la rive gauche, puisqu’il faut prévoir le cas où l’établissement d’une tête de pont serait nécessaire, et il sera bon qu’il soit sous la domination de la rive droite.

 

Bayonne, 17 mai 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon fils, la réunion des trois départements d’Ancône étant faite, il est nécessaire d’y publier le concordat et de déclarer que toutes les lois qui régissent l’église du royaume d’Italie sont exécutoires dans ces trois départements. Il est également nécessaire de mettre sans délai en activité toutes les mesures relatives aux moines, ce qui aura l’avantage, d’ailleurs, de mettre à notre disposition une grande quantité de biens dont on pourra se servir très-utilement. Il faut s’occuper de faire constater les dettes de ces provinces, et me proposer des mesures pour les faire liquider sur le mont Napoléon. Je crois convenable que le ministre des finances se rende, à cet effet, à Ancône où il pourra rester huit ou dix jours. Vous aurez sans doute supprimé, dans les trois départements, tous les droits qui sont supprimés dans le reste du royaume. Il faut appeler ces trois départements à concourir à la formation des compagnies de gardes d’honneur. Occupez-vous de faire faire le budget de la ville d’Ancône. Il faut aussi s’occuper des fortifications. Les fortifications d’Ancône vous sont nécessaires sous deux points de vue : pour réprimer une insurrection, et pour mettre les vaisseaux qui seraient dans le port à l’abri d’une descente. Ancône ne sera jamais assiégée, ni par de très-grandes forces, ni par de très-grands moyens militaires. Il n’est pas question de faire là une place dans le genre de celle d’Alexandrie, mais l’occupation de deux ou trois points par de bons forts serait, je crois, une chose très-importante. Faites lever la carte d’Ancône, et de 2,000 toises autour avec les côtes. 

 

Bayonne, 17 mai 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je vois par les états que vous m’avez envoyés que les trois nouveaux départements rendent cette année huit millions. Cela produit donc une augmentation notable au budget de l’année. Je pense que le nouveau système des contributions du royaume ne pourra pas être mis en activité à Ancône avant le 1er janvier prochain ; mais, comme le pays fait partie du royaume depuis le 1er mai, ce qui fera huit mois pour cette année, on peut compter que cela fera au budget une augmentation de six millions. Je pense qu’il est nécessaire, pour ce reste d’année, de porter, sur des états supplémentaires au budget général du royaume, un budget particulier des recettes et dépenses pour les trois nouveaux départements. Présentez-moi le plus tôt possible le budget de ces trois départements.

Mon intention est d’employer 300,000 francs pour les fortifications d’Ancône, d’employer tout ce qui sera nécessaire. Je crois que cela monte à 400,000 francs pour le nettoyage du port et pour les batteries qui en défendent l’approche. Un second objet de dépenses doit être la formation du nouveau régiment, composé des troupes du Pape. Troisièmement, il y a aussi à évaluer ce que coûtera l’entretien des troupes françaises qui sont dans les trois départements. Quatrièmement, les dépenses générales de l’administration du Pape, des juges, des préfets du pays. Faites donc le plus tôt possible ce budget des recettes et des dépenses, et envoyez-le à mon approbation.

Activez le nettoyage du port; c’est là le grand objet, puisque mon intention est que les vaisseaux et frégates qui se trouvent à Venise, au lieu d’aller à Pola, aillent à Ancône. Je n’ai pas besoin de vous en faire sentir les raisons : ils seront à Ancône comme à Milan. Il doit y avoir à Ancône un ingénieur français, et j’avais arrêté les moyens pour le nettoiement du port. Il faut aujourd’hui activer tout cela.

Indépendamment du nettoiement du port, il faut que sur-le-champ vous fassiez travailler aux fortifications. Je ne veux pas qu’on travaille au corps de la place. Autant que je puis me souvenir des localités, ce qui me parait nécessaire, c’est d’occuper deux ou trois hauteurs par des forts qui se correspondent entre eux. Je ne veux pas établir là des forts comme le propose le génie, ce qui coûterait deux ou trois millions; tout cela est trés-bon quand on considère l’argent pour rien. Je veux des forts qui ne me coûtent pas plus de 300,000 francs, sauf à être mis, par la suite, dans un meilleur état de défense. A cet effet, je veux sur les deux ou trois plateaux établir des carrés ou des pentagones, en terre, dont les dimensions soient assez raisonnables, et établir au centre un réduit maçonné, avec escarpe et contrescarpe, et une caserne casematée, dans le milieu. Par la suite l’on pourra, si l’on veut, s’amuser à revêtir l’ouvrage, que d’abord je veux faire faire en terre; on pourra en revêtir un bastion ou un demi-bastion tous les ans, et avoir ainsi, dans vingt ou trente ans, de très-belles fortifications. Ce que je veux donc aujourd’hui, c’est qu’on me trace l’enceinte des carrés ou des pentagones, et que l’on travaille à tous les réduits. Avec 300,000 francs je dois faire chacun de ces réduits; et, quand il n’y aurait que cela, cela obligerait déjà à des siéges trés-sérieux. Ces réduits faits, on masserait le carré ou pentagone, et enfin on le réuirait, comme j’ai dit, en plusieurs dizaines d’années.

Si Ancône ne peut pas être assiégé tant que nous sommes maîtres de ces hauteurs isolées, il ne peut être que bloqué. On ne se hasardera pas à débarquer de la grosse artillerie quand, d’un moment à l’autre, une armée peut descendre de la haute Italie. On ne pourra également l’assiéger qu’avec de faibles moyens pendant tout le temps qu’on se disputera en Italie, et même dans le Piémont. C’est donc une place qui a besoin de fortifications qui tiennent le milieu entre la fortification de campagne et celle permanente.

Donnez ces instructions à un officier du génie intelligent. Causez-en avec le général Chasseloup. Envoyez-moi le projet, afin qu’on puisse travailler promptement. Qu’il y ait de nombreuses batteries, et surtout faites travailler au nettoiement du port, afin que, dès le mois d’octobre, les deux vaisseaux que je mets en construction à Venise puissent se rendre à Ancône et partir de là pour prendre la mer.

 

Bayonne, 18 mai 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Bayonne

Monsieur de Champagny, le 21 avril, le sieur David fils, consul à Otrante, n’était pas dans cette place. Cependant j’y avais eu besoin de lui et lui avais fait envoyer différents ordres, de sorte que le service a souffert de ce qu’il n’était pas arrivé.

A M. Cretet, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur Cretet, faites connaître au sieur Chambaudoin, préfet de l’Eure, que ses bureaux ont besoin d’être surveillés, et qu’il y a souvent lieu d’en suspecter la fidélité.

A M. Dejean, Grand trésorier de la Légion d’honneur, et., à Paris

Je vois, dans l’état de situation de la trésorerie de la Légion, que les recettes se montent, au ler mai, à 23,880,000 francs; la dépense, à 23,470,000 francs. Mais cet état ne m’apprend rien et ne me fait pas connaître la situation du trésor de la Légion, Je désire que vous me fassiez un état, divisé par exercices, depuis la création de l’institution, indiquant exactement l’origine des recettes; toutes proviennent des biens affectés à la Légion d’honneur. Vous n’avez rien sur les effets militaires. La caisse d’amortissement peut vous avoir prêté là-dessus, mais cela n’a point été affecté à vos dépenses. Présentez-moi le budget des recettes pour 1808, et ce que vous croyez que chaque branche de revenus vous rendra dans l’année, celui des dépenses pour la même année, faisant connaître à combien se monteront dans l’année les traitements et pensions des légionnaires, officiers, commandants, grands officiers et grands cordons, divisés en cinq chapitres, les frais de bureau de la chancellerie, de la trésorerie, les dépenses pour la maison d’Écouen, etc. , tout cela par chapitres. Ce ne sera que quand j’aurai cet état que je connaîtrai bien la situation du trésor de la Légion. Je désire l’avoir le plus tôt possible. Vous y joindrez une revue de la Légion , que vous devez avoir, puisque vous ne payez que les membres de la Légion existants.

 

Bayonne, 18 mai 1808

A M. Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur Mollien, je réponds à votre rapport du 11 mai. J’ai lu avec intérêt la réponse du payeur. Il en résulte pour moi qu’il est impossible qu’il n’y ait pas d’immenses abus dans la solde; il faut que vous écriviez au sieur Villemanzy de porter une sévère attention sur cet objet; qu’on me fait payer tous les soldats tués; que cela est scandaleux et fera la fortune de beaucoup de quartiers-maîtres, sans rien produire pour le bien-être du soldat. Quant aux 17 millions qui restaient à payer au 1er janvier 1808, il faut écrire à l’intendant général de faire faire un budget général de tous les restes de crédits au 1er janvier 1808, et qui n’ont pas été soldés, afin de connaître ce qu’on pourra gagner sur ces 17 millions. La comptabilité de la Grande Armée devient une machine si considérable qu’il est nécessaire que le payeur me rende un compte, tous les mois, de ce qu’il a payé et de ce qu’il a reçu, que vous joindrez à la suite du compte général que vous me remettrez. Écrivez à l’intendant général et au payeur pour qu’il soit établi un compte des dépenses fixes en 1808. Un compte supplémentaire sera établi pour le 1er trimestre de 1808, et, le mois de juin passé, on établira le compte au ler juillet. La solde doit avoir diminué; l’état-major, les employés, les troupes mêmes ont du éprouver quelque diminution. Comment les six premiers mois de l’année peuvent-ils coûter 28 millions, c’est-à-dire 4,700,000 francs par mois, quand l’armée a essuyé une si grande diminution ? écrivez encore là-dessus au sieur Villemanzy. Du reste, le budget de la guerre et celui de l’administration de la guerre, pour les six premiers mois de 1808, n’atteignent pas même ce que j’avais supposé.

 

Bayonne, 18 Mai 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Je reçois votre rapport du 11 relativement aux 30 milliers de poudre que vous donnez à la marine. Je désire avoir un rapport particulier sur les magasins de Toulon. J’aurais besoin d’y avoir, avant le 1er août, un équipage de 40 pièces de campagne avec double approvisionnement, des outils pour 3,000 ouvriers, 6,000 outils de pionniers, 4 millions de cartouches avec les pierres à feu nécessaires, les harnais nécessaires pour atteler toutes ces voitures, six mortiers, six pièces de 24 et six pièces de 16 approvisionnées à 100 coups par pièce, avec affûts de rechange, des artifices de toute espèce, des forges de campagne, bois et fers de toute espèce, enfin tout ce qui serait nécessaire pour l’approvisionnement d’une armée de 90,000 hommes destinés pour une expédition d’outre-mer. Faites-moi dresser ces états; et, pour mieux comprendre mon idée, comparez ce que je vous demande à ce que possédait l’armée d’Égypte à son débarquement. Faites-moi connaître après cela ce qu’il y a à Toulon, et d’où vous pouvez tirer ce qui manque. Vous me ferez le
même travail pour le génie, en instruments à lever, de dessin, etc., équipages de mineurs nécessaires pour deux compagnies. Vous aurez soin de me faire connaître combien il faudrait de bâtiments pour embarquer tout cela. Vous supposerez que les bâtiments doivent être des flûtes de 400 tonneaux.

 

Bayonne, 18 mai 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

J’ai fait demander un rapport au vice-amiral Martin sur la situation des travaux au port de Rochefort. Je vous l’envoie; vous y verrez qu’il me fait espérer le Jemmapes et le Triomphant; ce qui me donnerait, pour le 1er octobre, une escadre de quatre vaisseaux prête à partir de Rochefort. Autorisez Martin à faire acheter les bois qui lui sont offerts. Cet achat serait un marché d’or aux prix courants, puisque, le bois que j’enverrais de Bayonne à Rochefort coûtant 4 francs le pied cube, et son transport par terre par Bordeaux devant revenir au moins à 5 francs, le pied cube reviendrait ainsi, à Rochefort, à 10 francs. Il est donc convenable d’épuiser à Rochefort tout ce qu’on peut se procurer dans les départements environnants pour finir le Triomphant et le Jemmapes. On s’occupe à force d’envoyer des bois de Bayonne; mais désormais il vaudrait bien mieux diriger les versements des entrepreneurs sur Rochefort que sur l’Adour, où les bois pourrissent et où ils ne servent pas plus que s’ils étaient restés sur pied. Le commissaire de la marine à Bordeaux m’a tenu le même langage que le vice-amiral Martin sur les ressources des départements environnants. Il y a encore des cantons absolument intacts. Il résulte de tout cela qu’il faut sortir de la routine et prendre tous les bois qui se trouvent dans des lieux d’où l’on peut facilement les conduire dans les ports. Le vice-amiral Martin demande aussi du fer; faites-lui-en expédier par terre.

Le Polonais est sans doute en rade à Lorient. Qu’est-ce qui empêche d’avoir l’Eylau avant la fin d’août ? J’aurais ainsi à Lorient quatre bons vaisseaux, ce qui serait inappréciable, vu mes projets. L’Eylau est déjà aux 7 vingt-quatrièmes; dans tous les temps, on a dans trois mois achevé un vaisseau de guerre.

 

Bayonne, 18 mai 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je vous envoie votre décret sur l’Institut. Vous ne trouverez pas à Milan le nombre de savants que vous demandez, et il résulterait de tout cela plus de mal que de bien. Ou l’on serait obligé de nommer des hommes sans talent, ou l’on nommerait alors ce qu’il y a de mieux dans le royaume, et alors ils ne resteraient plus à Milan. Voici comment je conçois l’organisation de l’Institut : il faut déclarer, 1° que l’Institut du royaume se constitue des académies de Pavie, Bologne, Venise et Padoue ; 2° que chaque académie sera organisée de la manière suivante (à peu prés comme vous organisez l’Institut) ; 3° que les membres de l’académie ne prendront pas le titre de membres de l’Institut d’Italie, mais celui de membres de l’académie de (en répartissant le nombre total entre ces cinq villes, en proportion de leur importance) , et qu’ils toucheront la somme de ….. du trésor; qu’une réunion des classes aura lieu à Milan, où l’on décidera ce qui sera digne d’être imprimé dans les mémoires de l’Institut; qu’une place venant à vaquer dans l’Institut d’Italie, l’académie dans le sein de laquelle doit résider le membre nommera, à la pluralité absolue, six candidats. Cette liste sera envoyée aux quatre autres académies, et il faudra réunir les suffrages de trois académies pour se trouver nommé. Si sur ces six membres présentés aucun ne réunissait le suffrage des trois académies, l’académie présenterait d’autres sujets; et, dans le cas que cette troisième présentation, n’eût pas plus de succès, la place resterait vacante pendant un an. Peuvent être nommés des individus de tout le royaume, pourvu qu’ils prennent l’engagement de résider dans les académies où ils seraient nommés. Appelez quatre membres de l’Institut et discutez avec eux ces idées; c’est le seul moyen de créer un Institut en Italie. En France, tout est à Paris; en Italie, tout n’est pas à Milan; Bologne, Pavie, Padoue, peut-être Venise, ont leurs lumières à eux.

 

Bayonne, 18 mai 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, en réfléchissant aux travaux à faire cette année à Palmanova, je me suis arrêté à l’idée suivante. On achèvera de revêtir la contrescarpe des lunettes, comme cela est convenu, mais on n’entreprendra les escarpes que de deux lunettes; et les 250,000 francs qui étaient destinés pour l’escarpe de la troisième lunette seront employés à construire quatorze réduits en maçonnerie, ou bien quatorze traverses casematées, à l’extrémité du chemin couvert, en flanquant les chemins couverts des lunettes. Je remets quatorze au lieu de dix-huit, parce qu’on pourra ne pas faire cette année les quatre qui flanquent le chemin couvert des lunettes dont on entreprendra le revêtement. Par ce moyen, à la fin de l’année, la place aura acquis un nouveau degré de force.

Écrivez là-dessus au général Chasseloup, et faîtes-lui connaître que j’attache de l’importance à ces travaux, qui mettent parfaitement un ouvrage en terre à l’abri d’un coup de main.

 

Bayonne, 18 mai 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, j’ai reçu votre lettre relative aux réponses du ministre de l’intérieur aux reproches que je lui ai faits de n’avoir point suivi son budget.  Les raisons qu’il donne sont pitoyables. Il serait bien nécessaire d’avoir enfin un bon ministre de l’intérieur. Les directions sont sous ses ordres et ne font aucune dépenses que sur ses ordonnances. Témoignez mon mécontentement à Paridisi de ce qu’il demande des fonds que je ne lui avais accordés, de ce qu’il a fait dépenser de l’argent pour le Reno. C’est se faire un jeu de mon temps et de mes occupations.

 

Bayonne, 18 mai 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de la Grande Armée

Mon Cousin, envoyez par un courrier extraordinaire l’ordre au grand-duc de Berg de faire partir pour Cadix le général Dupont avec sa première division composée de 6,200 hommes d’infanterie. Il attachera à cette division un autre général de brigade, qui sera le général Liger-Belair. La brigade de chasseurs à cheval forte de 1,200 hommes, le 6e régiment provisoire de dragons fort de 320 hommes et le 2e régiment provisoire de dragons fort de plus de 600 hommes, en tout plus de 2,000 chevaux, et 18 pièces d’artillerie, feront partie de cette division, qui sera ainsi de près de 9,000 Français. Le général Dupont aura de plus sous ses ordres deux brigades suisses, l’une de trois régiments, qui se réunit à Grenade sous les ordres du général Schramm; l’autre de deux régiments, sous les ordres du général de brigade Rouyer, part de Talavera. Vous donnerez l’ordre, par le même officier qui passera à Madrid, au général Junot de faire partir sur-le-champ un général de brigade avec 450 dragons français, le 70e régiment de ligne fort de 1,800 hommes, et la légion du Midi forte de 800 hommes; il joindra à cette brigade 10 pièces d’artillerie attelées avec approvisionnement et demi, 10 caissons d’infanterie chargés de cartouches, et 10 caissons d’équipages militaires chargés de biscuit. Cette brigade, forte de 3,500 Français, se dirigera droit de Lisbonne sur Cadix et sera sous les ordres du général Dupont, avec lequel elle continuera sa marche. Le général Junot enverra avec celle brigade un colonel d’artillerie, un capitaine en résidence, outre ceux nécessaires au service, et un officier du génie. Le général Dupont mènera avec lui les commandants du génie et de l’artillerie de son corps d’armée. Par ce moyen, le général Dupont aura 9,000 Français avec lui, près de 4,000 Français tirés de l’armée de Portugal, et 8,000 Suisses. Il combinera sa marche de manière à être secouru par la brigade de Portugal, si cela était nécessaire. Il concentrera toutes ses forces dans Cadix, de manière à être parfaitement maître de ce point important. Il dirigera sa marche de manière que la division qui part avec lui, ou la brigade du Portugal, passe à Séville et y séjourne quelque temps ; il pourra même y envoyer sa division suisse, pendant qu’il se concentrera à Cadix. La 2e division du général Dupont, que commande le général Vedel, se rendra à Tolède. Il lui sera attaché un millier de chevaux. Moyennant ce, Aranjuez deviendra vacant et pourra recevoir d’autres troupes.

Vous ferez remarquer au général Junot que cet affaiblissement de 4,000 hommes lui laisse encore 10,000 Français, ce qui, joint aux 8,000 Espagnols qu’il a, est plus qu’il ne lui faut pour garder le pays; que les Anglais ne sont en mesure de rien tenter, parce qu’ils savent bien qu’au moment même ils seraient écrasés par des forces supérieures très-considérables, que la brigade qui suit le corps du général Dupont, n’étant que détachée, fait toujours partie de son armée; il continuera à la solder et à recevoir ses états de situation; que je tiens à ce que ce soit un vieux régiment qui soit avec cette brigade, soit le 70e, soit un autre aussi beau; que, quant à la légion du Midi, le général Junot est maître d’y mettre ou la légion du Midi ou le bataillon du 31e léger. Au moyen de ces dispositions, aucune réunion de troupes à Elvas ne deviendra nécessaire.

Vous ordonnerez au grand-duc de Berg de joindre le bataillon des marins de ma Garde à la division du général Dupont.

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P.S. Vous expédierez cet ordre avant minuit, et demain à midi par duplicata, l’un par un officier, l’autre par un courrier, et vous recommanderez au général Junot de mettre la plus grande célérité dans l’exécution du présent ordre.

 

Bayonne, 18 mai 1808

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d’Espagne, à Madrid

Je reçois votre lettre du 15 mai à trois heures du matin, avec la lettre de la junte.

Je pense qu’une seule division française serait suffisante à Cadix, et que l’absence de deux divisions du centre de la monarchie pourrait affaiblir trop l’armée.

Le général Dupont, partant avec 10,000 Français, infanterie, cavalerie et artillerie, et ayant les brigades suisses des généraux Rouyer et Schramm, se trouverait avoir sous ses ordres 17 à 18,000 hommes; ce qui serait suffisant pour lui assurer l’occupation de Cadix et la supériorité sur la côte. En plaçant sa 2e division à Tolède, elle peut le joindre si cela était nécessaire; et la division du Portugal, qui est à Elvas, pourrait le joindre également par une autre route. 10, 000 hommes, au moins dix-huit pièces de canon attelées, et les Suisses, suffisent au général Dupont, en plaçant, comme je l’ai dit, sa 2e division à Tolède.

Il faut que le ministre des finances se procure une soixantaine de millions de réaux, afin de donner un peu d’activité aux arsenaux et de payer ce qui est dû.

Il me paraît que le ministre de la marine est un homme médiocre; je voudrais le remplacer par Mazarredo. Cevallos est un homme trop médiocre pour rester aux affaires étrangères. Que dit-on de Florida Blanca ? Que dit-on de cet homme ? J’attends. En faisant passer en France un corps de troupes, on soulagerait considérablement les finances.

 

Bayonne, 18 mai 1808

Au général Junot, commandant l’armée de Portugal, à Lisbonne

Vous recevrez un décret que j’ai pris pour organiser les troupes portugaises, que vous m’avez envoyées, en une légion. Elle séjournera deux mois en Languedoc, sera traitée comme les troupes françaises, habillée, armée et mise en bon état. Mais il faut la recruter; les compagnies ne sont qu’à 40 hommes : elles doivent être de 140 hommes; c’est une furieuse différence. J’ai envoyé un certain nombre d’officiers et sous-officiers en Portugal pour chercher des recrues. Activez ce recrutement par tous les moyens, fournissez des hommes, surtout d’anciens soldats , tant pour purger le pays que parce qu’ils seront d’un meilleur service. Il faut former les trois compagnies d’artillerie, choisir de bons officiers et les envoyer.

Je vous ai demandé d’envoyer six millions à Paris, en y comprenant les deux millions que vous avez envoyés à Madrid.

Envoyez-moi tous les renseignements possibles sur le Brésil, sur les fortifications, approvisionnements, places, rades, armée, population, car il est possible que je fasse une expédition sur ce point.

J’ai vu avec plaisir par 1’état de situation que le général Kellermann était à Elvas avec un corps de troupes. J’ai ordonné que le général Solano rentrât à Cadix. 8,000 Espagnols vous suffisent, 4,000 à Porto et 4,000 sur la gauche du Tage; ils vous rendront le service de garder la côte, et vous serez maître de tout. La Suède, la Sicile et les mille et un points que les Anglais sont obligés de surveiller ou d’occuper, et les événements d’Espagne, donnent lieu de penser qu’ils ne tenteront rien en Portugal. J’attends de connaître le nombre des officiers et maistrances français qui sont sur les vaisseaux de Lisbonne, et ce qu’il manque.

 

Bayonne, 18 mai 1808, midi

Au maréchal Bessières, commandant de la Grade impériale, etc., à Burgos

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 16 avec le rapport sur les troupes de Galice. Ce que je vous ai envoyé vous donne des idées claires là-dessus. Je crains beaucoup qu’un camp au milieu d’une plaine sans arbres ne soit très-malsain par la grande chaleur qu’il va faire.

Au maréchal Bessières, commandant de la Grade impériale, etc., à Burgos

Mon Cousin, envoyez un courrier à l’amiral Mazarredo, qui doit se trouver dans la Biscaye, pour l’inviter à venir vous trouver à Burgos. Quand il sera attiré là, vous lui ferez connaître que je désire le nommer ministre de la marine. Vous me manderez ce qu’il vous dira.

 

Bayonne, 19 mai 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Bayonne

Monsieur de Champagny, je désire voir demain, à mon lever, MM. de Musquiz, de Frias et de Medina-Celi; vous me les présenterez; immédiatement après, ils pourront partir pour Madrid.

Assurez-vous que M. de Labrador part pour Florence ou au moins pour Bordeaux. Quant à M. de Cevallos, je désirerais que vous le vissiez pour savoir ce qu’il pense et dans quel système il reste placé.

 

Bayonne, 19 mai 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Bayonne

Monsieur de Champagny, je vous renvoie votre compte de dépenses secrètes pour 1806 et 1807. Je ne conçois pas comment il vous reste à ordonnancer une somme de 334,990 francs sur 1806. Je désire que vous me présentiez ces comptes avec les pièces ci-après, qui me sont nécessaires : 1° le décret qui reçoit le compte des dépenses secrètes de 1806; 2° l’indication de la somme à laquelle les dépenses secrètes étaient portées pour 1807, et de ce qui reste à recevoir sur cette somme; 3° enfin les pièces à l’appui de la dépense, pour que je puisse les remplacer par mon décret de quitus.

 

Bayonne, 19 mai 1808, huit heures du matin

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d’Espagne, à Madrid

Je reçois votre lettre du 16 à deux heures du matin. J’attends, pour prendre un parti, ce que vous m’écrivez après avoir publié la proclamation du prince Ferdinand et des infants.

Le Motif de la conduite du ministre de Russie est tout simple, mais il devait ne rien dire; en cas pareil, on est malade et on demande les ordres de sa cour.

J’ai reçu avec plaisir l’adresse de Madrid; mais, comme je viens de vous le dire, j’attends.

Je ne saurais trop vous le répéter, il faut armer et mettre tout en activité dans les trois ports de Cadix, de Carthagène et du Ferrol.

J’approuve que vous mettiez Cabarrus à la tête de l’amortissement; c’est un homme de qui j’ai oui dire du bien et dont personne ne conteste les talents. Je vous ai écrit que je désirais nommer Mazarredo au ministère de la marine. Il faudrait aussi un bon ministre des relations extérieures; Cevallos est tout à fait incapable.

Comme vous voyez, je ne me presse en rien. Dans les affaires de cette nature, c’est le grand art de savoir attendre.

Je n’approuve point que vous laissiez les gardes du corps à Madrid. Ils savent que j’ai dit du mal d’eux et ne seront pas dupes de cela. Il serait plus convenable de les placer à l’Escurial, à moins qu’on ne puisse les résoudre à demander eux-mêmes à aller servir activement avec la division espagnole qui est en Allemagne.

En général, ne donnez pas d’ordres à Junot, à moins que ce ne soit dans des cas pressés. Par exemple, le mouvement que vous venez de lui faire faire sur le Ferrol contrarie celui de 4,000 hommes que je lui fais faire sur Cadix. Le Portugal est trés-étendu, et il y faut des troupes. Si cependant vous n’aviez pas assez de monde en Galice, il serait possible d’y mettre 6,000 hommes.

Je vous ai mandé que je n’approuvais pas le licenciement de toutes les milices. Il faut seulement licencier les plus mauvaises, et garder les corps d’élite, les grenadiers, les chasseurs, etc.

Je vous le dis encore une fois, il faut qu’on trouve de l’argent pour les armements de Cadix, de Carthagène et du Ferrol. Quand la nation saura que tout est en mouvement dans ces ports, ce sera pour elle la plus belle proclamation qu’on puisse lui faire. D’ailleurs, moi-même j’ai besoin de ne pas perdre de temps ; il me faut des vaisseaux, car je veux frapper quelque grand coup vers la fin de la saison.

Vous pouvez répandre que j’ai déjà envoyé quelques, bâtiments colonies, et que, de ce port de Bayonne, j’en fais partir trois aujourd’hui même.

Le roi Charles est fort content. L’infante Marie-Louise et son fils sont partis aujourd’hui. Le chanoine est parti hier soir pour Valençay. Le prince de Bénévent est allé à Valençay recevoir les princes.

 

Bayonne, 19 mai 1808, huit heures du matin

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d’Espagne, à Madrid

Il est certain qu’une expédition à Buenos-Ayres serait nécessaire. Mais cette expédition doit partir du Ferrol. Le San-Eleno, le San- Firmino, la Vengeance et la Magdeleine sont armés; mais ces quatre bâtiments ne peuvent porter que 1,400 hommes. Il faut donc sur-le-champ faire envoyer 500,000 francs au Ferrol pour mettre en état six vaisseaux et trois frégates. Ces six vaisseaux et trois frégates porteront 3,000 hommes, qui, débarqués à Buenos-Ayres, mettraient l’Amérique à l’abri de tout évènement. Il faut que le ministre des finances trouve de l’argent, qu’il engage même les diamants de la Couronne; c’est égal, on les dégagera lors de l’arrivée des piastres. Qu’il se procure soixante millions de réaux, environ quinze millions de francs, dont une partie servira à payer les employés, et l’autre à la marine. Faites sentir la nécessité de faire des efforts pour secourir les colonies, et que le commerce y est intéressé; qu’on se débarrasse de l’escadre de Mahon en l’envoyant à Toulon, où elle sera promptement mise en état et ne sera pas longtemps oisive; j’y ai déjà quatorze vaisseaux français.

Le major général vous envoie l’ordre de faire marcher une division du général  Dupont sur Cadix. Vous y joindrez les marins de ma Garde. Le général Dupont doit se rendre avec cette division droit sur Cadix, et se rendre parfaitement maître de ce point important.

Pour approvisionner et armer les vaisseaux que j’ai désignés dans ma dernière dépêche, un secours de cinq à six millions de francs doit être suffisant.

 

Bayonne, 19 mai 1808, huit heures du matin

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d’Espagne, à Madrid

Le major général vous envoie un de ses officiers avec des ordres pour vous et pour le général Junot. Ces ordres sont que le général Junot fasse marcher directement, de Lisbonne sur Cadix, 3,000 hommes d’infanterie, 400 chevaux et dix pièces de canon, en tout 4,000 Français , et de bonnes troupes; que cette petite division soit sous les ordres du général Dupont; que vous, vous fassiez partir la première division du général Dupont, qui doit être de 6,200 hommes d’infanterie, sa brigade de chasseurs de 1,200 hommes, le régiment de dragons qui fait partie de son corps et qui est de 300 hommes, le 2e provisoire, qui est de 600 hommes, en tout 2,000 hommes de cavalerie; plus, le bataillon des marins de la Garde, dix-huit pièces de canon attelées, le général de brigade Belair et un autre général de brigade, des officiers du génie et d’artillerie, et enfin des officiers attachés à l’état-major du général Dupont. Au lieu de 2,000 hommes, portez plutôt sa cavalerie à 2,500 chevaux. Par ce moyen, le général Dupont aura à Cadix 12 à 13,000 Français. Il se dirigera sur Cadix par Cordoue, tandis que le général Junot enverra sa troupe par la route la plus courte. La brigade suisse du général Rouyer et celle du général Schramm sont sous les ordres du général Dupont; ce qui portera son corps à plus de 20,000 hommes. Le général Dupont se rendra de sa personne à Cadix; il y réunira toutes ses troupes pour rester maître de cette place ainsi que de la rade. La seconde division, commandée par le général Vedel, se rendra à Tolède; vous lui donnerez 8 ou 900 hommes de cavalerie. Je ne suppose pas qu’elle ait déjà dépassé Tolède; si cela était, vous savez que je ne veux pas de mouvements rétrogrades, vous l’arrêteriez où elle se  trouverait et le plus prés possible de Tolède. Par ce moyen, Aranjuez deviendrait disponible, et on pourrait y placer une division pendant les chaleurs.

Vous devez avoir plus de 10,000 hommes de cavalerie française. Vous avez le ler régiment provisoire de cuirassiers, 610 hommes ; le 2e, 568; le régiment de marche qui doit être incorporé, 269; les ler, 2e et 4e escadrons de marche, 131; en tout, 1,578 cuirassiers, qui doivent former les deux régiments, l’un portant l’autre, à 800 hommes chacun. Je ne sais pas si ces régiments et escadrons de marche ont été incorporés ; cette mesure est urgente, et vous ne m’en avez pas encore rendu compte. Vous avez en outre à Barcelone le 3e provisoire, qui est de 430 hommes, et le 3e escadron de marche, de 150 hommes, qui est à Vitoria et qui doit être incorporé dans le 3e provisoire; total 2,100 cuirassiers. En suivant ce calcul, vous avez encore :  2,700 chasseurs, y compris le 10e et le 22e, qui sont de 900 hommes et se trouvent à Burgos; 1,400 hussards ; 2,300 dragons; 800 Napolitains et Italiens, et enfin  1,000 hommes de la Garde; total, 10,300 hommes de cavalerie. Mais il faut que vous donniez des ordres pour que tous ]es régiments et escadrons de marche soient incorporés dans les régiments provisoires; alors ces régiments acquerront une consistance et seront bons à tout.

Ainsi, d’après ces dispositions, vous avez à Madrid les deux régiments de cuirassiers, 1,500 hommes; de la Garde, 800; et les hussards, 1,400. Vous avez plus de 4,000 hommes de cavalerie; c’est beaucoup plus qu’il ne vous faut.

 

Bayonne, 19 mai 1808, deux heures après midi

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d’Espagne, à Madrid

Je reçois votre lettre du 16 mai à six heures du soir. Vous avez dû voir, par les ordres que vous a transmis le major général et dont je vous ai moi-même par1é, que le général Dupont serait suffisamment fort à Cadix; que j’avais tiré 4,000 hommes de 1’armée de Portugal, ce qui maintient deux divisions du général Dupont, les trois divisions du maréchal Moncey, vos cuirassiers, la plus grande partie de la cavalerie de la Garde et quelques régiments de dragons ou hussards, c’est-à-dire près de 35,000 hommes, autour de Madrid.

J’ai renforcé le maréchal Bessières qui fait camper ses troupes. Il a aujourd’hui, indépendamment de la division Merle, la brigade Sabatier, composée des 17e et 18e provisoires, et les 22e et 10e de chasseurs, deux très-beaux régiments. Je lui ai donné ordre d’envoyer tous ses régiments de marche, de cavalerie et infanterie, à Madrid. Faites-moi donc connaître s’ils sont tous arrivés et incorporés. Ce n’est qu’alors que j’aurai confiance dans mon armée, puisque les régiments provisoires auront acquis la force convenable. Cependant le général Verdier a avec lui le 13e et le 14e provisoire, à Vitoria, et le 3e escadron de marche; ce qui est une force suffisante, d’autant plus que j’ai ici du monde à envoyer sur l’un et l’autre point.

La légion de la Vistule, forte de 1,000 hommes à cheval et 7 à 8,000 hommes à pied, qui arrive ici dans peu de jours, pourra se porter également partout où il sera nécessaire.

Je vois avec plaisir qu’on va prendre un parti sur les gardes du corps. Celui qui me parait le plus raisonnable serait celui-ci : qu’ils disent à la junte : “Nous sommes encore militaires; nous n’avons pas fait la guerre longtemps, nous avons été mêlés dans une résolution; nous désirons faire une campagne avec la partie des troupes espagnoles qui est à la Grande Armée, afin de cueillir là de nouveaux lauriers, de nous rendre dignes des bontés de notre souverain et de l’estime de l’Empereur.”

La proclamation du prince des Asturies n’est partie d’ici que le 15; vous la recevrez donc le 18; j’attends pour prendre un parti que vous m’ayez annoncé sa réception.

Il ne vous aura pas échappé, par la lettre du général Solano, qu’à l’issue des évènements de Madrid tout était en mouvement dans le pays. Les corps d’observation de l’armée de Portugal, à Almeida et à Elvas, doivent avoir lieu dans tous les cas. Je recevrai avec grand plaisir les papiers d’Afrique que vous m’annoncez. La lettre que vous avez écrite au vice-roi (le vice-roi de Navarre) me parait bien et convenable sous tous les points de vue. L’alerte de Madrid n’est rien. C’est un évènement que toute la prudence du monde ne peut empêcher et qui a l’avantage de tenir tout le monde en alerte.

Vous pouvez annoncer au général Grouchy que j’ai écrit que la Couronne de fer lui soit envoyée. J’accorderai aussi les autres grâces que vous avez demandées, en signe de satisfaction de votre conduite. Demain partiront pour Madrid MM. de Musquiz, Frias et Medina-Celi, et les deux premiers commis des relations extérieures. Labrador est autorisé à aller en Toscane, Fernan Nunez et de Hijar à aller en Flandre. San-Carlos a suivi le prince des Asturies.

Il faut avoir soin, dans chaque camp, de faire établir des tentes horizontales, en manière de ciels de lit, qui soient attachées soit à des arbres, soit à des piquets, et qui donnent beaucoup de frais. Les tentes interceptent le soleil et non le vent. Il faut que le dessous soit arrosé fréquemment par des hommes de corvée. Le soldat peut avoir là-dessous des tables et des chaises, et ne souffrira pas de la chaleur. C’est le moyen de remédier au défaut d’arbres, et c’est ainsi que font les Arabes dans le désert. Faites-en, je vous prie, établir partout.

Sondez le conseil de Castille pour savoir ce qu’on pense du Code Napoléon, et si l’on pourrait l’introduire en Espagne sans inconvénient.

Donnez-moi des renseignements sur don Francisco Xavier Duran, membre de la de la junte, qui s’est prononcé le premier pour le roi d’Espagne, et sur chacun des membres de la junte.

 

Bayonne, 19 mai 1808

DÉCISION

Le général Clarke, ministre de la guerre, demande les ordres de l’Empereur relativement à l’impression et à la publication de la carte d’Égypte, qui est au moment d’être terminée.. J’entends que cette carte soit imprimée , mais qu’elle reste sous les sceaux pour être distribuée dans un évènement extraordinaire, et reste un secret d’État.

 

Bayonne, 20 mai 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le général Clarke, je reçois vos états de situation de la quinzaine. Je vois avec peine, dans celui de l’intérieur, qu’on ne porte pas les conscrits de 1809, de sorte que j’ignore le disponible de chaque régiment. J’y vois que le 2e léger a 750 hommes présents sous les armes; le 4e léger, 450; le 32e, 560; le 15e, 200; le 32e de ligne, 260; le 18e, 100; la 4e légion de réserve qui est à Versailles, 600; le 12e de ligne, 350; le 14e, 440. Pourrait-on, en cas d’événement, former de ces régiments deux bataillons provisoires composés, l’un de deux compagnies du 2e léger, de deux du 12e léger, d’une du 4e et d’une du 15e, de 150 hommes chacune, ce qui ferait un bataillon de six compagnies de 900 hommes ? Le second bataillon serait composé d’une compagnie du 32e régiment de ligne, d’une du 12e, d’une du 14e et de deux de la 4e légion de réserve, ce qui ferait également 900 hommes. Ce régiment provisoire, de 1,800 hommes, pourra devenir utile pour Cherbourg et pour le Havre. Je désire qu’il soit formé seulement sur le papier, et que vous me fassiez connaître s’il serait composé d’hommes ayant la première teinture d’instruction, habillés, armés, et du nombre d’officiers et sous-officiers suffisants. Dans l’état que vous m’avez envoyé des régiments provisoires, il y a beaucoup d’erreurs. Il est dit, par exemple, que le 13e d’infanterie légère n’a fourni que 600 hommes au corps des Pyrénées-orientales ou aux régiments provisoires de l’armée d’Espagne, tandis qu’il a fourni 750 hommes. Il y a beaucoup d’erreurs de ce genre. Dans l’état intitulé Régiments d’infanterie et de troupes à cheval par ordre numérique, au 27e régiment d’infanterie légère, on porte que ce régiment a au ler corps de la Grande Armée, 1,437 hommes. Le 27e léger a au ler corps de la Grande Armée, 2,500 bommes, dont 2,243 présents et 157 détachés ou malades dans le territoire de l’armée; total, 2,500 hommes. Je ne sais d’où provient cette erreur. Il y en a beaucoup d’autres de cette espèce, puisqu’en ouvrant je tombe sur celle-ci : le 26e léger n’est porté que pour 1,841 hommes sur le même état, tandis qu’en réalité ce régiment a 1,940 hommes. Le 24e léger n’est porté à la Grande Armée que pour 1,661 hommes, tandis qu’il en a 1,768. Je suppose donc que, dans les bureaux, on ne se donne pas la peine de faire des recherches, mais qu’on copie les états les uns sur les autres. Je dois le croire ainsi, car les états du mois de mai n’ont point de concordance entre eux.

Dans la réserve de Rennes, il n’y a pas de général de brigade pour la cavalerie; cela est pourtant bien nécessaire, vu que ces jeunes gens ont besoin d’être instruits et d’être remués sans cesse.

 

Bayonne, 20 Mai 1808

Au prince Camille Borghèse, gouverneur général des départements au delà des Alpes, à Turin

Les comptes que vous me rendez, en forme d’états, doivent être en petits carnets de la grandeur de quatre à six pouces, parce qu’alors je les garde sur ma table. Il faut distinguer sur vos états de situation les conscrits de 1809. Faites-moi connaître les mouvements qui se sont opérés dans vos dépôts. Vous devez avoir dans votre gouvernement : à Turin, les dépôts des 6e, 7e, 37e de ligne et l4e léger; à Plaisance, celui du 10e de ligne; à Verceil, celui du 20e de ligne; à Asti, celui du 29e; à Gênes, ceux du 52e et du 101e; à Savone, celui du 102e; à Mondovi, celui du 23e léger; à Alexandrie, ceux des 2e, 56e et 93e de ligne, et à Parme, celui du 3e léger. Ces dépôts sont-ils arrivés dans votre gouvernement, ou sont-ils annoncés ? Faites-vous remettre par les majors l’état des effets d’habillement qu’ils ont aux anciens dépôts, la quantité de conscrits qu’ils ont à recevoir et celle qu’ils ont déjà reçue , le nombre de conscrits de 1809 arrivés aux nouveaux dépôts et ce qui y est attendu. Vous donnerez l’ordre que les corps qui auraient des conscrits à leur nouveau dépôt et des effets d’habillement à l’ancien fassent marcher des conscrits, en proportion de ces effets d’habillement, sur les anciens dépôts, pour y être habil1és et incorporés dans les 4e bataillons.

 

Bayonne, 20 mai 1808

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d’Espagne, à Madrid

Je vois dans le rapport du 16 mai, du ministre de la marine, qu’il craint que Porto-Rico et la Havane ne manquent de vivres par l’embargo mis sur les bâtiments américains. D’abord, la Havane peut s’approvisionner par les Florides, et Porto-Rico par le continent espagnol. Faire semer plus de patates et autres objets capables de diminuer la consommation du blé. Engagez le commissaire à expédier des aventuriers chargés de vins, blés et farines.

 

Bayonne, 20 mai 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon [ils, je ne vois pas dans votre état de situation du 1er mai les conscrits que chaque corps doit recevoir sur 1809. Vous ne me parlez point encore de la nouvelle organisation. Vous avez déjà dû recevoir une grande quantité de conscrits, mais ils auront été dirigés sur leurs nouveaux dépôts. Par la nouvelle organisation, les 9e, 13e, 55e, 42e, 53e et 84e doivent avoir leurs dépôts à Milan; le 92e à Côme, le 1er léger à Novare. Il serait donc possible que les conscrits eussent été dirigés sur les nouveaux dépôts; mais, comme ces régiments sont dans votre commandement, vous arrangerez cela pour le mieux. Je désirerais que les effets d’habillement voyageassent le moins possible, et que les hommes des nouveaux dépôts fussent envoyés dans les anciens dépôts, ou il y aurait des effets d’habillement; mais il serait bon de faire venir aussi les effets d’habillement aux nouveaux dépôts. Le 1er régiment de ligne a son dépôt à Marseille, le 6e à Turin, le 10e à Plaisance, le 20e à Verceil, le 29e à Astie, le 52e à Gènes, le 202e à Savone, le 14e léger à Turin, le 22e léger à Gênes, et le 23e de ligne à Mandoni. Ces 12 régiments ont 3 bataillons à l’armée de Naples; le 4e bataillon reste pour former la division de Rome, et, dans l’emplacement actuel des dépôts, les 4 compagnies de dépôt de ces régiments se rendront dans les nouveaux emplacements. Je suppose que l’organisation commence à être établie en Italie; alors il faudrait avoir soin de correspondre avec le prince Borghèse, pour que les conscrits, au fur et à mesure de leur arrivée à leurs dépôts, se dirigeassent sur les anciens, pour être habillés et joindre les 4e bataillons. Les dépôts de l’armée de Dalmatie se rendent à Grenoble, à Genève et à Chambéry. Il ne reste à Trévise que les 1er bataillons. L’armée d’Italie se  compose donc, aujourd’hui, de 40 bataillons des 10 régiments d’infanterie de l’armée d’Italie et des 10 dépôts, ou 40 compagnies des mêmes régiments, qui restent en Italie; des 8 4e bataillons des 8 régiments de l’armée de Dalmatie, et de 12 4e bataillons de l’armée de Naples, y compris Corfou. L’armée d’Italie se compose donc de 60 bataillons, qui, par l’appel de cette année, doivent se trouver au complet de 540 hommes, c’est-à-dire que l’armée d’Italie se compose d’un effectif de 50,000 hommes d’infanterie, sans comprendre les armées de Dalmatie et de Naples. Je vous ai déjà fait connaître que les 40 bataillons des 10 régiments de l’armée d’Italie doivent former 3 divisions, chacune de 22 bataillons; que les 4 bataillons du 112e, avec les 8 bataillons de l’armée de Dalmatie, formeront une 4e division de 12 bataillons, et que les 12 divisions de l’armée de Naples formeraient une 5e division, chacune d’un effectif de 10,000 hommes. Il est convenu qu’une division va camper à Udine, une à Osopo, et la 5e à Montechiaro ; bien entendu qu’on laissera le 112e à Florence, et le 13e qui en serait retiré en cas de guerre. Et, enfin, les généraux Miollis et Lemarois doivent avoir, pour garder l’État romain, les 12 4e bataillons de l’armée de Naples. Vous pouvez laisser une partie des compagnies de ces 12 bataillons à Bologne, et dans les lieux où elles sont aujourd’hui, et les former successivement et à mesure que les conscrits arriveront. Il serait facile encore de former une 6e division des 4e bataillons du Piémont et de 2 régiments qu’on retirerait de Naples.

 

Bayonne, 21 mai 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Bayonne

Monsieur de Champagny, vous témoignerez mon mécontentement à mon chargé d’affaires à Stuttgart de l’imprudence qu’il a faite de seconder les demandes du sieur Daru. Vous lui ferez connaître qu’il ne doit jamais adhérer aux demandes qui lui sont faites par les intendants ou les généraux, mais répondre qu’il vous en rend compte et qu’il demande vos ordres, sans lesquels il ne doit rien faire; que les demandes du sieur Daru sont tout à fait contraires à mes intentions; que la cour de Wurtemberg a très-bien répondu, puisque aucun article du traité de la Confédération ne parle en effet de recrutement; que le sieur Daru a été autorisé à recruter quelques hommes dans les pays soumis à la France et régis par des intendants français, mais non à faire aucune demande d’hommes aux princes de la Confédération et à passer des notes diplomatiques. Vous témoignerez, mon extrême mécontentement au sieur Daru sur toutes ces démarches qui n’ont pas de sens, et vous lui écrirez qu’il doit se tenir dans les bornes de ses attributions; que je ne l’ai jamais autorisé à écrire à mes ministres et encore moins à demander des hommes aux princes de la Confédération; que je l’ai chargé de recruter, pour compléter les Bataillons du train, dans les provinces occupées par mes troupes et soumises à ma domination, mais non de faire des démarches en règle et de passer des notes officielles aux cours étrangères, ce qui est de la dernière gravité. Faites, à cette occasion, une circulaire à tous mes ministres et agents à l’étranger pour leur renouveler l’injonction de ne faire aucune démarche diplomatique que d’après mes ordres.

Faites connaître par les journaux la ruse dont se sert l’armateur hollandais.

 

Bayonne, 21 mai 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Bayonne

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 17 mai. J’approuve la demande que fait le sieur de Lacépède pour l’adoption de son beau-fils. Créez une formule pour cela.

Il n’y a point de difficulté d’accorder les lettres patentes de chevaliers aux conseillers d’État et autres qui justifient du revenu de trois mille francs exigé par la loi. Vous verrez que j’en ai moi-même signé plusieurs pour des individus qui étaient dans ce cas. Je ne suis point d’opinion que les traitements puissent servir de fortune. Mais ceux qui se trouvent dans le cas dont je viens de parler ont facilement une fortune aussi médiocre que celle de 3.000 livres de rentes. Tous les militaires de ma garde qui peuvent faire la même justification doivent obtenir des lettres patentes. Quant aux sommes à restituer, vous sentez bien que je ne descends pas dans de pareils détails.

Je suis d’opinion que les lettres patentes portant institution de majorats doivent être enregistrées et mises au Bulletin des Lois et que l’enregistrement doit être fait sur une simple ampliation.

 

Bayonne, 21 mai 1808

A M. Gaudin, ministre des finances, à Paris

Je reçois votre lettre du 16 mai. Vous m’y dites : «,je suppose que ces diverses branches d’administratrice ne doivent pas se rattacher aux administrations générales correspondantes en France, que, provisoirement, la Toscane doit continuer à faire un gouvernement séparé. » Voici ma réponse : Tout doit être préparé dans l’année, et, au 1er janvier 1809, la Toscane doit être gouvernée comme l’Italie française; à cette époque elle entrera dans le régime constitutionnel. Jusque-1à, les revenus doivent être mis dans une caisse particulière, dont six millions doivent entrer dans la caisse générale. Il faut tout préparer afin qu’au mois de septembre on me présente des mesures pour que l’administration soit entièrement française à partir du ler janvier 1809.

J’ai reçu de la caisse d’amortissement le dernier état des fonds la Grande Armée Je désire que vous me fassiez connaître où en est la fabrication de tous les papiers relatifs à la ville de Paris, à la vente du canal du Midi, et enfin de tous les bons, soit pour les …… s pour les décomptes de la caisse d’amortissement.

 

Bayonne, 21 mai 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Vous trouverez ci-joint un rapport sur Corfou, qui vous fera juge, combien il est nécessaire que vous vous occupiez de cette île. Le général Donzelot porte son budget à un million par mois. Vous avez les états de tout ce qui se trouve dans les Sept Îles; entendez-vous avec le général Dejean pour refaire ce budget ce qu’il doit dire. Il ne faut pas accorder au génie plus de 25,000 francs, à l’artillerie plus de 6,000. Il ne faut accorder aucuns fonds pour les dépenses imprévues et frais de mission. Cela diminuera tout d’un coup le budget du ministère de la guerre de 519,000 francs à 300,000 francs. Ce serait encore bien considérable; mais j’ai peine à penser que les troupes françaises , italiennes et napolitaines puissent coûter 150,000 francs seulement pour la solde. Le calcul exact que vous ferez vous fera connaître si cela est.

Le budget de l’administration de la guerre est susceptible de réductions. Les subsistances à 220,000 francs sont beaucoup trop chères; la marine à 121,000 francs, idem. En prenant les états de situation, vous ferez un budget raisonnable, et vous l’enverrez au général Donzelot. Cela fait, vous séparerez les troupes italiennes des françaises, et tout ce qui est troupes italiennes et napolitaines. Vous enverrez à Naples et à Milan l’état de ce qui doit être payé par ces gouvernements pour la solde de ces troupes, afin qu’ils en fassent passer le montant chaque mois à Otrante.

Vous écrirez au général Donzelot qu’il ne doit pas espérer d’autres ouvriers; qu’il a des calfats dont il peut se servir; que Corfou n’est pas le seul point de France auquel j’aie à penser; qu’il faut donc faire des demandes modérées; qu’avec vingt-cinq ouvriers d’artillerie et cent de la marine, indépendamment des ouvriers qu’on trouve dans une place comme Corfou, on a dix fois ce qu’il faut; que le personnel de l’artillerie est plus que suffisant, puisqu’il a six cents canonniers; qu’il a des pièces de canon en nombre plus que suffisant; qu’il n’a pas besoin de pièces de 36; qu’il a trente-cinq pièces de 24, de 18, ou de 12 françaises; qu’il en a plus de quatre-vingt-dix depuis 4 jusqu’à 11; que les cinquante-neuf pièces qui sont portées à la colonne manquants ne sont pas nécessaires; qu’il a trente et un mortiers de calibre supérieur à 6 pouces, et plus de trente du calibre inférieur, qu’il est donc absurde de demander des mortiers de plus; qu’indépendamment de cela il a prés de cent canons en fer, d’un calibre supérieur à 12, ce qui fait en tout trois cent cinquante pièces en état de servir; c’est le double de ce qu’il faut; que la quantité d’affûts qu’il demande n’est pas nécessaire, mais qu’elle est cependant plus raisonnable; qu’il y en a cent vingt-quatre existant; que les affûts marins sont trés-bons pour la défense des places, en élevant un peu la plate-forme; que les cent quarante-six affûts portés hors de service sont dans le cas d’être réparés; qu’il résulte des états que la situation en poudre est également trés-satisfaisante, puisqu’il y en a de portés sur les états 81,000 kilogrammes, qu’il y en avait 25,000 kilogrammes sur la flûte le Var, et 19,000 kilogrammes appartenant aux Russes, c’est-à-dire 250 milliers, et qu’il y a en outre 650,000 cartouches et 400,000 qui étaient sur le Var, ce qui fait plus d’un million de cartouches; qu’après cet aperçu on voit donc que la situation de l’artillerie est satisfaisante; qu’il faut faire des demandes, mais ne pas alarmer mal à propos; qu’on demande, par exemple, 50,000 kilogrammes de poudre, tandis qu’on en porte 45,000 en sus, non encore vérifiés, dit-on.

 

Bayonne, 21 mai 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le général Clarke, vous aurez reçu le décret par lequel je forme une légion de douze bataillons ou de six régiments portugais, qui doit former 10 ou 12,000 hommes. La tête de ces troupes est déjà arrivée à Bayonne; elles vont être cantonnées dans les départements des Hautes et Basses-Pyrénées et du Gers. La cavalerie portugaise actuelle se compose de deux régiments et d’un escadron de chasseurs. Le ler régiment de cavalerie est de 220 hommes montés, le 3e régiment est de 367 hommes, et l’escadron de chasseurs est de 108 hommes; total, 680 hommes montés. L’infanterie actuelle se compose de cinq régiments de ligne et d’un régiment d’infanterie légère. Le ler régiment est de 800 hommes; le 2e, de 700; le 3e de 300; le 4e, de 500; le 5e, de 680 ; et le régiment d’infanterie 1égére de 620 hommes; environ 4,000 hommes. Il y a avec ce corps plusieurs généraux de brigade et de division; le major général vous en enverra l’état. Ces troupes doivent être traitées comme les troupes françaises. J’ai ordonné qu’on envoyât en Portugal cinq officiers et dix sous-officiers par régiment, pour les recruter et les porter au complet fixé par mon décret. Le général qui les commande, et qui est un homme trés-considérable, pense qu’elles seront bientôt portées à 14,000 hommes. Concertez-vous avec le général Dejean sur les mesures à prendre pour l’habillement et l’équipement de ces corps.

 

Bayonne, 21 mai 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Le 12 mai, il est parti des bâtiments de Carthagène et de Barcelone portant des ordres à l’escadre de Mahon de se rendre en France. Il faut donner des ordres à Toulon, et dans ceux des ports où elle peut toucher, de lui fournir tout ce dont elle peut avoir besoin et de la mettre en état.

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P. S. Prenez des mesures pour qu’à la Spezia, à Villefranche, au golfe Juan, elle ne soit pas prise par l’ennemi, et qu’à Toulon même on se mette en appareillage pour aller à son secours, si cela était nécessaire.

 

Bayonne, 21 mai 1808

Au prince Camille Borghèse, gouverneur général des départements au-delà des Alpes, à Turin.

J’ai reçu la lettre par laquelle vous m’instruisez que les corsaires chicanent le cabotage sur les côtes de Gênes, et que Port-Maurice, entre autres, est exposé à leurs insultes. Envoyez un aide de camp sur les lieux pour vous rendre compte de ce qui se passe, et donnez des ordres pour que ce point soit muni et approvisionné de tout ce qui est nécessaire. Donnez ordre que le bataillon valaisan qui est à Gênes se rende à Port-Maurice pour protéger ce canton. Ecrivez aux habitants de Port-Maurice, de San-Remo et autres points de la côte, pour qu’ils arment de gros corsaires pour éloigner les ennemis. Ecrivez aussi à Toulon pour qu’on envoie de ce port des chebecs et autres bâtiments supérieurs aux corsaires ennemis, pour prendre position devant Port-Maurice et protéger le cabotage; mais il faut que ce soient des bâtiments qui puissent entrer dans ce port et être protégés par les batteries de côte.

 

Bayonne, 21 mai 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, j’ai dicté à Bertrand des notes qu’il vous enverra pour que vous les communiquiez à Chasseloup. Il faut s’occuper de la guerre d’Italie, en supposant que l’ennemi soit momentanément supérieur à vous; abandonner Palmanova avec 3 ou 4,000 hommes de garnison, et pouvoir tenir derrière la Piave; par ce mouvement, l’armée se rapprocherait de ses dépôts et des secours, et l’ennemi s’affaiblirait d’autant. Les hommes laissés à Palmanova et à Osoppo vous affaibliraient d’autant, mais l’ennemi serait obligé de laisser 6,000 hommes pour les masquer, et s’affaiblirait davantage encore. Tout ce que pourrait prendre l’ennemi ne serait pas considérable; le pays, jusqu’à la Piave, n’a rien de bien important. Mais, s’il n’y avait pas moyen de se défendre derrière la Piave, et qu’on fût obligé de passer l’Adige, on serait au moment même obligé de jeter une garnison dans Venise, c’est-à-dire de l’affaiblir d’un corps de plus de 10,000 hommes. Lorsque ensuite on voudrait repasser l’Adige pour dégager Venise, l’ennemi pourrait se battre avec l’armée d’observation et employer les trois quarts des troupes qu’il aurait devant Venise; par là l’armée française se serait affaiblie de 10,000 hommes, et l’ennemi seulement de 2 ou 3,000, au moment de la bataille. Il faut donc, si cela est possible, fortifier la Piave, afin de garder Venise et d’avoir le temps de recevoir des renforts. Je désire que vous alliez vous-même à Bassano, avec des ingénieurs géographes et des officier du génie; que là vous montiez à cheval, que vous suiviez les gorges de la Brenta, en passant par Primolano et Feltre, et de Feltre descendant également à cheval sur Asolo; là, vous vous assurerez bien, par un aide de camp, de la nature du chemin de Feltre à Conegliano.

Vous-même, d’Asolo allez visiter le cours de la Piave, en suivant toutes les sinuosités jusqu’à la mer. Pour que la Piave puisse être une barrière, il faudrait y établir trois petites places, l’une sur le grand chemin, au point le plus prés de Conegliano , la seconde au débouché des montagnes, et la troisième ne laissant que des marais entre elle et la mer. Trois places, situées sur la rive gauche, avec trois ponts, offriraient à l’armée des avantages pour manoeuvrer par son centre, sa droite et sa gauche. L’ennemi chercherait-il à passer entre Asolo et la place prés de Conegliano et à jeter là un pont ? Mais il me semble, si j’ai bonne mémoire, qu’il y a là une montagne qui domine et rendrait ce projet impraticable. Ou bien il se porterait pour jeter un pont entre la place prés de Conegliano et celle du côté de la mer : mais il craindrait de voir l’armée déboucher par Conegliano ou Asolo pour lui tomber dessus. Ou bien l’ennemi ferait un fort détachement par Feltre, et l’armée déboucherait par Conegliano et tomberait sur ses derrières. Ainsi, pour peu que la localité s’y prête, ce qui doit être l’objet d’un examen des ingénieurs et de vous-même, que la rive offre un obstacle, je crois que plus bas qu’Asolo on ne peut plus passer à gué, ou que, si l’on peut passer à gué, il n’y a qu’un certain nombre de gués, que l’on peut gâter; que la rive droite domine la rive gauche; enfin, après l’examen qui aura été fait, on verra si l’on peut s’arrêter à l’idée de prendre cette barrière et de la fortifier.

Quant aux fortifications, je ne voudrais que des pentagones en terre, de l’eau dans les fossés et quelques réduits maçonnés. Il y a longtemps que j’ai ordonné que cette partie de la carte, de Feltre à la mer, fût levée avec les hauteurs, pour bien connaître le cours de la Piave. Cette ligne étant prés de Venise, Trévise en est le point d’appui, Venise en est le point de retraite. Ainsi les mouvements par Feltre ne peuvent jamais alarmer sérieusement pour les derrières de Parme. Cette ligne évacuée, il faut prendre celle de l’Adige; elle serait meilleure, sans contredit, sans l’inconvénient d’abandonner Venise. La ligne de l’Adige est tout organisée; il ne faudrait qu’une place à Ronco ou à Arcole, avec un troisième pont sur l’Adige. Cette deuxième ligne forcée, il reste celle du Mincio avec un ouvrage à Valeggio, et un en avant de Goito, de manière à avoir Peschiera et ces deux points pour manoeuvrer. Cette ligne a l’avantage d’être assez courte et de maintenir encore le blocus de Mantoue.

 

Bayonne, 21 mai 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon fils, j’ai reçu un état de ce qui est dû aux corps de l’armée d’Italie au 1er janvier 1808, montant à 5, 700.000 francs. Mais il n’est pas dit pourquoi cela est dû et sur quel document cela est fondé. On n’a pas même distingué le ministère de la guerre de l’administration de la guerre; de sorte que cet état ne peut servir à grand’chose. Je l’ai, toutefois, envoyé au ministre de la guerre. Mais il ne faut pas s’arrêter aux demandes des corps, qui sont toujours très exaspérées. Voilà l’été arrivé, il faut que les bâtiments restent dans les ports, et qu’ils ne fassent point de croisières inutiles, vu qu’ils se feraient prendre sans raison par les forces supérieures des Anglais. Il est inutile, également, de rien expédier sur Corfou : dans cette saison, tout serait pris. Cette île, d’ailleurs, est approvisionnée de manière à n’avoir rien à craindre. Il faut tout garder, pour envoyer en septembre. On peut seulement expédier quelques bâtiments des côtes de Naples, qui sont plus près. Faites arrêter le commandant de la goélette italienne la Psyché, dont il est question dans le rapport ci-joint, et faites-lui faire son procès pour avoir lâchement rendu son bâtiment. –

 

Bayonne, 21 mai 1808, quatre heures après midi

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d’Espagne, à Madrid

Je vous ai déjà dit que les fusils de Placencia restaient aux Espagnols, et qu’ils n’avaient été transportés à Saint-Sébastien que comme dans un lieu de dépôt et une place forte, pour être sûr qu’ils ne seraient pas enlevés. Ceux que le ministre voudra embarquer, le seront donc sur son ordre.

Si le général ……. est à Madrid, retenez-le. Il est ridicule qu’il ait quitté Lisbonne sans ordre, sous prétexte qu’il y a des maladies. Ce sont les plaisirs de Milan que cherchent ces messieurs, et qui les ont accoutumés à l’oisiveté. Je l’ai fait général pour qu’il servit. Gardez-le à Madrid, et, quand il sera rétabli, dirigez-le sur Cadix.

J’ai vu, dans le rapport de M. O’Farrill, que l’insurrection de Séville n’était pas terminée, qu’on avait enrégimenté le peuple pour l’apaiser. Cela continue-t-il ? Le peuple est-il en effet armé ? Enfin est-on sur ce point en situation de résistance ou tranquille ? Il serait bon d’envoyer quelqu’un pour voir ce qui s’y fait.

 

Bayonne, 21 mai 1808, quatre heures après midi

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d’Espagne, à Madrid

J’ai lu, avec le plus grand intérêt, les rapports des ministres de la guerre et de la marine sur les moyens de secourir Rio de la Plata. Il n’y a pas un moment à perdre. Il faut armer la Concepcion et le San- Fernando, qui, avec la Vengeance, la Magdeleine, la Diane et la corvette Indagadora, porteront facilement 3,000 hommes. Il faut nommer sur-le-champ le contre-amiral qui doit commander cette escadre, envoyer au Ferrol les fonds nécessaires, et faire le choix du corps de 3,000 hommes qui doit être embarqué pour cette expédition. Je pense qu’il faudrait un bataillon d’infanterie légère, un régiment d’infanterie de ligne, faisant 2,200 hommes d’infanterie, un régiment de cavalerie à pied de 500 hommes et 400 hommes d’artillerie. Que le ministre de la guerre désigne ces corps, qu’il nomme un général de brigade, un adjudant-commandant, un colonel d’artillerie, plusieurs officiers d’artillerie à la suite et trois officiers du génie. On embarquera 10,000 fusils sur les bâtiments de l’expédition, 12 pièces de canon de campagne, avec 300 coups à tirer par pièce, 500, 000 cartouches d’infanterie et 4,000 outils de pionniers. Cette opération me paraît extrêmement importante. En envoyant les 5 ou 600,000 francs demandés, tout cela peut être prêt dans le courant du mois de juin, et avant que les Anglais puissent être instruits de l’activité extraordinaire portée sur ce point et renforcer leur escadre. Ils n’ont qu’un vaisseau, et, quand ils en auraient deux, ils prendraient bien vite chasse devant l’escadre espagnole. Il faut donc que tout cela se fasse secrètement et sans ostentation. Quant à l’atterrage, il faudrait avoir soin d’ordonner que l’escadre abordât plus dans le sud, afin que, si elle trouvait les Anglais supérieurs devant Montevideo, elle pût débarquer plus bas.

Quant à Cadix, il n’est pas probable que de tout l’été l’escadre puisse sortir; mais il faut y attirer l’ennemi en augmentant, par tous les moyens, le nombre des vaisseaux français et espagnols. Il n’y a que 5 vaisseaux espagnols en rade; il faut les augmenter de plusieurs autres, en compléter les équipages et payer les ouvriers. C’est surtout de l’argent qu’il faut là. A Carthagène, le San-Carlos est prêt; il faut promptement mettre en état le San-Joachinm, de 74, et le Saint-Pierre-d’Alcantara, de 64, et 4 frégates, afin d’avoir là une nouvelle escadre, indépendamment de celle de Mahon.

Résumé : il faut activer l’armement du Ferrol, arranger tout sur mer et sur terre, pour que l’expédition soit prête à partir dans le courant de juin , avec 2 ou 3,000 hommes de débarquement. Il faut faire travailler à mettre en rade à Cadix le Santa-Anna, de 112 canons, le Conde de Regla, de 112, qui est dans le bassin, le Soberano, de 74, qui peut être prêt avant le mois d’août, le Saint-Fulgent, le Saint-Léandre, et le Minho, petits vaisseaux de 50 à 60 canons, la frégate l’Atocha, la frégate la Paz et la corvette le Mercure, qu’il est bon d’avoir sous la main pour une expédition; de manière à avoir, en rade de Cadix, 3 vaisseaux de 112 canons, savoir : le Pince-des-Asturies, actuellement existant; l’Anna, radoubé et qui peut être en rade avant un mois, et le Conde de Regla, qui peut y être en même temps avec un peu d’activité; 5 vaisseaux de 75, savoir : le Saint-Just, le Montanez et le Terrible, actuellement existants, le Don Juan, qui est dans le bassin, et le Soberano, qui peut y être mis sur-le-champ; et 3 vaisseaux de 50 à 60, savoir : le Saint-Fulgent, le Saint-Léandre et le Minho; en tout, 11 vaisseaux, qui, avec les 5 vaisseaux français qui sont en rade, feront 16 vaisseaux de ligne, et 3 frégates : la Flora, actuellement existante, l’Atocha et la Paz, en réparation, avec la corvette le Mercure. Enfin, ces 11 vaisseaux et 3 frégates en rade, on travaillerait sans retard à armer le Saint-Firmin et l’Argonaute, de 74, ce qui porterait le nombre des vaisseaux espagnols en rade de Cadix à 13. Faites-moi connaître combien il faut d’argent pour arriver à ce résultat. On ne manque à Cadix que d’argent; avec cela on otera tous les obstacles. Or, de l’argent, il faut en trouver.

Il faut mettre en rade à Carthagène le San-Carlos, qui est prêt, le San-Joachim, de 74, le Saint-Pierre-d’Alantara, qui est de 64, et 4 frégates, qui peuvent être promptement radoubées, afin d’avoir là 3 vaisseaux et 4 frégates. Il serait à propos de mettre à Carthagène 4 vaisseaux sur le chantier.

Tout cela ne demande pas immensément d’argent. Le désordre et le gaspillage ont empêché jusqu’ici de rien faire. Quand on verra les travaux qui seront ordonnés, ce sera la meilleure proclamation qu’on puisse faire. Il faut donc, avant tout, avoir de l’argent; procurez-vous-en; il y a mille moyens d’en avoir. Quand je connaîtrai l’état des finances, je trouverai des ressources. En attendant, il faut trouver soixante millions de réaux, dussiez-vous mettre en gage les diamants de la Couronne; je ne m’y oppose pas, mais il faut que, deux jours après la réception de cette lettre, on ait fait partir de l’argent pour Cadix, le Ferrol et Carthagène, et qu’on s’aperçoive que le gouvernement a changé. Écrivez vous-même aux commandants de ces ports que vous attendez de leur zèle et de leurs efforts le prompt armement des vaisseaux désignés, et que la plus grande activité va être déployée. Avant tout, qu’on se défasse de l’escadre de Mahon en l’envoyant à Toulon; elle ne coûtera rien dans ce port et sera promptement mise en état. J’ai déjà là seize vaisseaux français et russes, quand cette nouvelle escadre y sera, les Anglais seront obligés d’y tenir vingt à vingt-cinq vaisseaux. A Cadix, ils seront obligés de tenir dix à douze vaisseaux. J’ai à Flessingue huit vaisseaux construits à Anvers, j’en ai à Brest, j’en ai partout. Les Anglais ne suffiront pas pour bloquer tous les ports, et on en profitera pour frapper de grands coups. Répondez-moi, en détail, ce que disent les ministres de la guerre et de la marine. Vous sentez combien il serait glorieux pour vous que, sous votre courte administration, quatre vaisseaux s’élevassent sur les chantiers de Carthagène, et que quelques mois de paye fussent donnés aux ouvriers et aux matelots. Il ne faut que de l’argent; il y en a en Espagne, il ne s’agit que d’en trouver. La première expédition à faire, sans doute, est d’envoyer des troupes à Buenos-Ayres; la seconde doit être de reprendre la Trinité. Demandez un rapport sur les vaisseaux qui sont à la Havane.

 

Bayonne, 21 mai 1808

A M. Daru, intendant général de la grande Armée, à Berlin

Monsieur Daru, je ne suis point content de tout ce qu’on fait à Berlin. Qu’y avait-il besoin de faire tant de cérémonies pour camper quelques divisions ? Le public ne devait l’apprendre que quand cela aurait été fait. J’ai déjà fait connaître que mon intention n’était pas que les corps d’armée campassent ensemble, mais par divisions. Je voulais que cela fût ainsi pour ne point alarmer l’Europe et faire le moins d’état possible. Qu’y avait-il besoin de passer des marchés, de faire des magasins, et mille autres babioles pareilles ? Cela ressemble à une armée de l’ancien régime. Il fallait se mettre sur la lisère d’un bois, y couper du bois, faire des baraques, et voilà l’armée campée. Pour les vivres, il n’y a pas de petite ville de Prusse qui ne pût fournir à la subsistance de 8,000 hommes.

Vous avez fait une chose plus inconvenante en faisant des démarches diplomatiques auprès des princes de la Confédération pour lever deux ou trois hommes nécessaires pour compléter les bataillons du train. Vous vous êtes constitué mon ministre des relations extérieures. Il y a là plus que de la légèreté. Je vous avais chargé de recruter ces hommes dans les provinces de Bayreuth, Fulde, Erfurt, Munster et autres provinces qui sont immédiatement à ma disposition.

En général, je désire qu’on ne mette rien sur mon armée dans les journaux. A Berlin, on dirait qu’on prend à tâche de faire le plus de fracas possible avec des riens. Je vois qu’il y avait à Berlin 8,000 quintaux de seigle; cet approvisionnement était certainement seul suffisant pour donner le temps de prendre toutes les mesures; il y en a 6 ou 7,000 à Spandau., 6,000 à Magdeburg. Tous ces embarras étaient donc inutiles. Je vois qu’il y a du biscuit partout; il y en a 50,000 rations à Berlin.

 

Bayonne, 21 mai 1808

A M. Daru, intendant général de la Grande Armée, à Berlin

Monsieur Daru, le ministre des relations extérieures vous envoie un état qu’il reçoit de mon chargé d’affaires à Varsovie, duquel il résulte que je dois au duché de Varsovie 2,900,000 francs depuis le ler septembre 1807 jusqu’au ler avril 1808, indépendamment de tout ce qui a été fourni pour l’année, et que le service d’avril est évalué à 700,000 francs. La convention avec le roi de Saxe ayant été signée, il faut presser la confection des bons. Les députés polonais m’ont représenté l’impossibilité où ils étaient de faire sortir de l’argent pour se procurer de la viande, qu’ils ne peuvent point payer en billets. Il est donc nécessaire que vous fassiez passer au maréchal Davout des boeufs de Magdeburg et des différentes parties de la Prusse, même de la Poméranie, à compte de la contribution. Et enfin, si cela n’est pas possible, il faut faire une masse de tant par homme au maréchal Davout, et il sera chargé de se procurer de la viande.

 

Bayonne, 21 mai 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris

On répand à Paris un tas de bêtises sur les affaires d’Espagne. Un mauvais article de Tolède, qui a été colporté dans tous les journaux, en est la cause. Le fait est qu’il n’y a pas eu de sang répandu ni à Tolède, ni même à Burgos. Le sang n’a coulé qu’à Madrid; il n’y a pas eu 25 Français de tués et pas plus de 50 blessés. Les Espagnols qui ont été tués étaient tous des séditieux et des gens du peuple ameutés; pas un homme tranquille n’a péri, et la perte des Espagnols n’est pas aussi considérable qu’on l’avait d’abord cru. Il faut tenir la main à ce qu’aucun journal ne parle des affaires de Rome et d’Espagne qu’après le Moniteur.

J’ai réuni, le 2 avril, les quatre légations d’Ancône au royaume d’Italie. J’ai envoyé à un conseil privé le sénatus-consulte relatif à la réunion de la Toscane à la France, mesure indispensable à cause du golfe de la Spezzia, où je veux faire un grand établissement maritime. Il est nécessaire que les journaux ne parlent de cela que quand le Moniteur en aura parlé.

Tous les propos sur le divorce font un mal affreux; ils sont aussi indécents que nuisibles. La police a mille moyens de les empêcher de circuler; je ne sais pas comment on ne les emploie pas. Il serait cependant bien nécessaire que cela finît. Tous les hommes bien pensants en France en gémissent; cela m’afflige beaucoup moi-même, et tout autant la cour de Russie, qui ne sait ce que veulent dire ces bavardages.

 

Bayonne, 22 Mai 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Bayonne

Monsieur de Champagny, je vous envoie une dépêche de Madrid. Il faut préparer un courrier pour la Russie, et témoigner à Caulaincourt que le mémoire qu’il a remis à l’empereur sur les affaires actuelles n’est pas d’un ambassadeur de France; qu’il devait dire cela en conversation, mais qu’il ne devait rien écrire; que je n’ai rien à gagner à voir les Russes à Stockholm. Vous lui annoncerez que dans trois jours vous lui enverrez votre mémoire sur les affaires de Constantinople. Vous donnerez aussi des nouvelles des affaires d’Espagne telles que nous les connaissons.

 

Bayonne, 22 mai 1808

A M. Gaudin, ministre des finances, à paris

Je reçois votre lettre du 17. Le sieur Collin saura trouver, à la fin de l’été, une quinzaine de jours pour faire une tournée en Italie. Il faut qu’un chef de douanes voie par lui-même, sans quoi il fait de la mauvaise besogne. Je n’ai pas de foi au travail de ceux qui ne quittent pas la banlieue de Paris.

 

Bayonne, 22 mai 1808

A M. Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur Mollien, la somme de 1,591,000 francs qui forme le tiers des fonds de deux centimes de non-valeurs doit être prise de la manière suivante : 790,000 francs sur les 2,387,000 francs qui sont soumissionnés, et 790,000 francs sur ce qui est laissé à la disposition des préfets, qui doit, sans délai, être soumissionné et versé au trésor, de sorte que ces 15 à 1600,000 francs soient sur-le-champ disponibles pour pourvoir aux évènements imprévus qui auraient lieu dans l’année.

 

Bayonne, 22 mai 1808

A M. Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur Mollien, les banquiers refusent d’avancer de l’argent au
troupes espagnoles qui sont au corps du prince de Ponte-Corvo. Je pense que le meilleur parti à prendre pour venir à leur secours est que le sieur Daru leur prête, par l’intermédiaire d’un banquier de Hambourg, une somme de 500,000 francs, et qu’elles donnent des lettres de change pour pareille somme, qui seront envoyées au payeur de l’armée française en Espagne. Faites connaître cela par un courrier aux sieurs Daru et Bourrienne, mais ajoutez que ce ne serait que dans le cas où les banquiers ne voudraient point fournir d’argent aux Espagnols.

 

Bayonne, 22 mai 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Je vous ai prié de ne point laisser parler dans les journaux du sénatus-consulte (sur la réunion de la Toscane) et voilà le Journal des Débats qui, même avant que le conseil privé sot assemblé, dit que ce sénatus-consulte est relatif à la réunion de la Toscane ! Il faut que ce M. Étienne soit un homme bien léger.

 

Bayonne, 22 mai 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, faites donner ordre que les trois régiments de cavalerie portugais formant 600 chevaux et qui doivent faire partie de la légion portugaise, dont vous avez reçu le décret, se rendissent à Auch, département du Gers. Il est nécessaire d’envoyer sur-le-champ un inspecteur aux revues à Auch pour former les livrets, donner l’habitude de l’administration à ces corps et faire les retenues sur la masse de linge et chaussure. Ils ont reçu à Burgos le mois de mai et on ne leur a rien retenu. Il serait nécessaire d’envoyer à Auch un vieux général de brigade français qui les instruise et qui corresponde avec vous sur les moyens de pourvoir à leur harnachement et équipement, qui sont dans un état affreux. La sellerie a quarante ans; aussi est-elle toute en pièces. Cette cavalerie n’est ni dragons, ni cavalerie légère, ni grosse cavalerie. Mon intention est qu’elle soit l’arme des chasseurs. On peut leur conserver leur uniforme actuel; leur habit est court comme celui des chasseurs. Leurs chevaux sont en général de la taille des chevaux de chasseurs. Les régiments d’infanterie se réuniront à Pau, à Tarbes et dans les trois départements du Gers et des Hautes et Basses-Pyrénées. Il faudrait attacher à chacun de ces régiments un adjoint de commissaire des guerres ou un officier ayant été quartier-maître, qui pût les aider, au moins provisoirement, jusqu’à ce que la première organisation soit faite. Il faut charger le général Muller, qui a l’inspection de ces troupes, d’en prendre le commandement et de faire toutes les démarches auprès des préfets et commissaires des guerres pour que ces troupes soient munies de tout ce qui leur revient.

 

Bayonne, 22 mai 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je reçois votre lettre du 18, relative aux expéditions d’Espagne pour l’Amérique. Les Espagnols font partir de Cadix tout ce qui est possible. Si les Français se mêlaient de faire des expéditions dans leurs ports, cela ne servirait à rien qu’y donner l’éveil. Quant à vous, vous ne devez vous occuper d’en faire partir que de Bordeaux, de Bayonne, et de partout où cela se peut. Je ne puis pas donner des ordres à un ministre comme à un factionnaire; puis, quand je lui donne un ordre, c’est à lui à chercher les moyens de l’exécuter. Au reste, je vous dispense de rien expédier pour l’Amérique. Je vous dispense également de me comparer à Dieu. Il y a tant de singularité et d’irrespect pour moi, dans cette phrase, que je veux croire que vous n’avez pas réfléchi à ce que vous écriviez. Je plains votre jugement ….. mais je m’arrête. Envoyez-moi des états bien détaillés, qui me fassent connaître la situation des bâtiments, leurs qualités, ce que j’en puis faire enfin, puisque je suis réduit à désigner moi-même une goélette qui doit partir. S’il y avait eu un ministre de sens à la tête de ma marine, depuis que j’ai parlé il y aurait quarante bâtiments de partis, bricks, corvettes, avisos, goélettes, doubles chaloupes, pinques, etc., et si ces quarante bâtiments avaient été pris, du moins le ministre aurait fait son devoir. Les trois seuls bâtiments qui soient encore partis, c’est moi qui les ai expédiés. Il faut être bien ridicule, après cela, pour croire qu’il n’y a au-dessus de sa raison quo les miracles et la raison de Dieu. Je suis surpris également qu’après vous avoir dit et répété que je voulais avoir des vaisseaux de 64 à Bordeaux vous veniez me conter tant de balivernes.

On ne devrait pas laisser non plus les colonies françaises si longtemps sans nouvelles. Le général Decaen s’est plaint avec raison que, bien longtemps après Tilsit, il ignorait la paix, qu’il n’a apprise que par le hasard d’un bâtiment américain. Il y a cependant mille moyens de lui donner des nouvelles, d’Amérique à l’île de France, de nos ports à l’île de France, etc. Il  n’y a pas besoin d’être Dieu pour cela. Depuis un an que je demande quelques expéditions pour aider nos colonies, on ne me répond que par des babioles. Mon temps est employé à autre chose, et rien ne part. Vous pouviez, avec quelque envie de secourir nos colonies, faire partir de plusieurs ports des bâtiments chargés de farine, etc. Il ne faut pas être Dieu pour cela. Si je n’avais à m’occuper que de la marine, j’aurais voulu faire partir suffisamment d’expéditions pour assurer les subsistances des colonies.

 

Bayonne, 22 mai 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je vois, dans votre dernière lettre, que vous ne comptez avoir à Toulon, d’ici en septembre, que l’Austerlitz et le Donauwerth. Donnez des ordres pour qu’on ait aussi l’Ulm. Ce vaisseau est à plus de moitié; ainsi il peut être facilement mis à l’eau. Il me faut quatorze vaisseaux français à Toulon avant le 15 août. Je ne vois pas, sur votre état, à Flessingue, le Royal-Hollandais; ce bâtiment pourrait être mis à l’eau. Ne pourrait-on pas mettre à Lorient un autre vaisseau en place du Polonais ? La Pallas, l’Elbe, la Renommée et la Clorinde formeront une division de frégates, bien nécessaire pour Rochefort. Les frégates l’Adélaïde et la Bellone seraient bien nécessaires à Brest, si elles pouvaient s’y rendre. Je vois, par votre état, que j’aurai, cette année, neuf vaisseaux mis à l’eau. Je compte sur un de plus à Toulon, sur un de plus à Flessingue, sur un de plus à Lorient, sur un de plus à Rochefort; ce qui ferait treize. Tout me fait espérer qu’à Rochefort on pourra avoir un vaisseau de 74 de plus.

 

Bayonne, 22 mai 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je viens d’avoir une conférence avec l’ingénieur qui est chargé du martelage des bois pour les chantiers de Rochefort, Bordeaux et Bayonne. Il m’a assuré qu’il avait marqué 350,000 pieds cubes de bois cette année; que plus de la moitié se dirigeait sur Bayonne, où il y en a 250 milliers; que 20 milliers se pourrissent déjà. Je lui ai donné l’ordre de diriger sur Bordeaux et sur les bassins de la Garonne et de la Gironde, et d’attendre vos ordres pour que la partie du martelage obligément dirigée sur Bayonne ne fût point abattue. Il  m’a assuré qu’il y a une grande quantité de réserves nationales dont les bois affluent sur la Garonne et sur la Charente. Voyez pour cela le conseiller d’État Bergen, et, quarante-huit heures après la réception de ma lettre, vous me présenterez , de concert avec ce conseiller d’Etat, un projet de décret :

1° Pour faire couper, dans les réserves en autres bois nationaux, 60,000 pieds cubes de bois pour en tirer des plançons et autres pièces dont en a besoin à Rochefort; ces bois seront pris dans ceux des départements qui peuvent facilement verser sur la Charente, la Dordogne et la Garonne; ce secours extraordinaire de 60,000 pieds cubes de bois, avec la coupe ordinaire, mettra à même de border six vaisseaux;

2° Pour faire une coupe extraordinaire, dans les réserves en bois nationaux de la Bretagne, d’une centaine de milliers de pieds cube de bois, pour les chantiers de Brest;

3° Pour faire une coupe extraordinaire de 60,000 pieds cubes de bois, dans l’arrondissement de Toulon, pour les besoins de ce port. Le fait est que rien n’avance à Toulon, et qu’il y a cependant encore des bois. A Nantes de même parce que les arrivages sont difficiles; il y a des bois dans la Vilaine, dans le Blavet et dans d’autres rivières à portée. Enfin il faut prendre, s’il le faut, des mesures extraordinaires. Je ne suis pas éloigné de faire couper même les bois des particuliers (hormis ceux des parcs, jardins ou d’embellissement) , qui seraient utiles à la marine. Le transport des bois par terre s’essaye ici ; si Lorient est, comme on le dit, dans une grande pénurie de bois, on pourrait aussi le faire de Nantes à Lorient par terre. Ce ne serait toutefois qu’autant que cela serait nécessaire pour avoir un vaisseau de plus.

 

Bayonne, 22 mai 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Le ministre de la marine d’Espagne ne rend compte que, le 7, est entrée à Tarragone la flûte la Baleine, commandée par le capitaine Gaudran, qui était à Majorque; elle a mis à la voile le 9 pour se rendre à Toulon.

La mouche le Rapide, que j’ai dirigée sur Cayenne avec les dépêches espagnoles, les miennes et des instructions pour les capitaines généraux de Vera-Cruz, etc., a passé ce matin, à la pointe du jour, la barre de Bayonne. Le brick que j’ai acheté sera prêt dans la semaine; je le dirige sur Montevideo. Un beau corsaire, pareil au brick que j’ai acheté, vient de rentrer ici, après avoir fait quatre prises; je vais l’expédier à la Guadeloupe.

Avec des mouches à Bayonne et à Bordeaux, vous communiquerez avec les colonies tant que vous voudrez.

 

Bayonne, 22 mai 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Il faut faire demander en Corse 400 marins, à l’île d’Elbe 60, à l’île de Capraja, 50. ècrivez au général Morand, que cela est indispensable, et qu’il faut que ces matelots s’embarquent sur les gabares qui reviennent chargées de bois. Je suppose quo vous en avez 400 de Livourne. L’équipage du Breslau doit être fait sans peine à Gênes.

 

Bayonne, 22 mai 1808

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d’Espagne, à Madrid

Je reçois votre lettre du 19 à une heure et demie du matin. Vous avez dû recevoir la lettre au roi de Maroc. Je ne crois pas que les Anglais veuillent rien entreprendre contre Ceuta; ils ne sont pas en mesure. Ils ont bien d’autres choses à faire dans ce moment-ci.

Vous aurez dû recevoir mon ordre pour licencier la partie des milices qui est dans la Corogne. Du moment que le général Solano sera arrivé à Cadix, il faut licencier la partie des milices de ces provinces qui est la plus mauvaise. Il faut garder les grenadiers et licencier seulement de 1000 à 1200 hommes. Ce licenciement fait, ce sera déjà un bon soulagement pour le trésor public. Il me semble que le corps de Solano serait très bien à Medina-Sidonia, où vous vouliez le placer. J’ai intérêt qu’il n’y ait pas trop d’Espagnols à Cadix, afin que le général Dupont soit parfaitement maître de cette place.

Ecrivez au général Junot qu’il a peu de troupes espagnoles, et qu’il les traite bien; que d’ailleurs tout a changé aujourd’hui.

J’attends la députation, que vous m’annoncez. Vous ne me dites pas qui on m’a envoyé; je suppose que ce sera des hommes d’esprit et de conseil.

Vous pouvez annoncer à Madrid quo six bâtiments sont déjà partis des ports de France avec des lettres, des proclamations et des instructions pour les autorités espagnoles dans les Amériques.

Faites-vous remettre sous les yeux les dépêches du général de Liniers. Accordez tous les avancements qu’il a demandés; envoyez aussi quelques croix aux principaux habitants de Buenos-Ayres. Envoyez-moi des duplicata de tout cela, je les expédierai par les ports de France. Mettez quelques mouches en départ à Cadix, qui est le point le plus favorable sans contredit pour arriver promptement dans les colonies espagnoles.

Faites écrire par toutes les corporations de commerce, par les cinq premiers Mayores, les Philippines, la banque Saint-Charies, les consulats de Barcelone, de Malaga, de Cadix, de Corogne, de Santander, etc., que rien n’a changé; qu’au contraire le nouvel ordre des choses sera utile aux colonies, puisque, n’ayant désormais rien à craindre du côté de la France, tout est porté vers la marine, et que les opérations maritimes se combinent pour l’avantage des colonies; enfin donner confiance dans la nouvelle dynastie. Vous sentez que ces circulaires, que feront ces corps, auront le double avantage de les attacher.

Les 1,600 hommes de milices qui sont attachés aux bataillon d’artillerie peuvent être licenciés sans difficultés, puisqu’il y a déjà 4,500 hommes d’artillerie de campagne et 2,000 d’artillerie fixe, ce qui fait au delà de 6,000 hommes d’artillerie; ce qui est plus qu’il n’en faut à l’Espagne.

J’ai reçu votre mémoire sur Ceuta et sur les présides d’Afrique. J’aurais voulu qu’une carte du pays et des plans y eussent été joints,

Tous les bâtiments américains venant en Espagne doivent être confisqués. Tout ce qui arrive en Espagne et dans les autres ports comme bâtiment américain vient d’Angleterre et ne navigue que par la permission des Anglais.

 

Bayonne, 22 mai 1808

Au maréchal Bessières, commandant la Garde impériale, etc., à Burgos

Mon Cousin, le grand-duc de Berg m’annonce qu’une députation du conseil de Castille se rend à Bayonne. Si elle s’arrête à Burgos, traitez-la bien et donnez-lui de bons dîners. Annoncez-les-moi afin que je sache quand ils arriveront, en me faisant connaître le nom de chaque membre et ce que vous avez pu recueillir sur eux. 140 chevaux du 10e de chasseurs et d’autres détachements se rendent à Burgos; ceux qui ont leurs corps à Madrid continueront leur route sur cette ville. Vous ne m’avez pas envoyé le croquis du château de Burgos, pour que je puisse juger ce que c’est.

 

Bayonne, 23 mai 1808, à dix heures du matin

Au prince Murat, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d’Espagne, à Madrid

Par une lettre de Laforest à Champagny, il paraîtrait que le conseil de Castille n’a voulu se mêler en rien des affaires, ni demander le roi de Naples pour roi. Cette conduite n’est ni bonne, ni belle; cherchez à en savoir le motif.

Dans la situation où se trouve l’Espagne, il lui faut de l’argent. Quelle est la valeur de l’argenterie, des diamants et autres effets de la couronne ? Tout cela doit bien valoir une quarantaine de millions. Il n’y a pas de difficulté à les mettre en gage pour pareille somme. Lorsque le ministre des finances sera arrivé, je ne doute point que je ne trouve des ressources dans le pays même; mais il faut encore aller un mois comme cela. Cependant il faut se procurer de l’argent, tant pour les besoins des ports que pour mettre de l’aisance dans l’administration. Mettez en gage les diamants de la couronne, et, comme ce serait une somme trop considérable pour qu’on pût la trouver dans le pays, empruntez une soixantaine de millions de réaux et mettez en gage des diamants et joyaux pour la valeur de cette somme : cela est tout naturel. On les dégagera par la suite. Je suis persuadé qu’il y a des moyens d’avoir de l’argent en Espagne; mais, pour cela, il faudrait connaître la situation des choses. J’attends pour cela le ministre des finances.

———–

P. S. – Moi, je n’ai point d’argent. Si j’en avais, je n’hésiterais pas à en prêter. Mais la Banque de France ne fera point de difficulté, sur l’autorisation que je lui en donnerai, de prêter 20 millions de francs ou 80 millions de réaux, en lui donnant pour gage une partie des diamants de la couronne.

La couronne a une grande quantité de bêtes à laine dont on ferait de l’argent. Dans les circonstances actuelles, il serait très simple que tout ce qui est rentes, intérêts de la caisse d’amortissement, ou d’oeuvres pies, éprouvât du retard, et que tout fût donné à la guerre et à la marine.

 

Bayonne, 23 mai 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Bayonne

Monsieur de Champagny, envoyez une invitation à la députation du conseil de Castille et des grands d’Espagne qui sont à Irun de se rendre à Bayonne.

 

Bayonne, 23 mai 1808, dix heures du soir

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d’Espagne, à Madrid

Vu la pénurie des finances, j’autorise le licenciement des milices, en exceptant les grenadiers. Vous pouvez diriger sur la France les régiments d’infanterie et de cavalerie que vous jugerez convenable, sans rien presser.

Par l’état des recettes faites dans la semaine, je vois qu’il existait, au 15 mai au matin, 10 millions de réaux en caisse, dont 6 millions en vales. Faites-moi envoyer tous les jours un état qui me fasse con naître ce que perd la négociation des différents effets.

Je vois également dans l’état de la Caisse d’assurance, au 30 avril, 15,800,000 francs, dont 14 millions de vales royaux et un million d’argent effectif, Quand les vales perdraient 50 p. 0/0, cela ferait toujours entre les deux caisses 10 millions de vales, c’est-à-dire 2 ou 3 millions d’argent. Du moment que le ministre des finances arrivera et que je connaîtrai la situation des finances, vous ne manquerez pas d’argent. La première chose à faire est de se procurer une soixantaine de millions de réaux pour le premier mois.

Vous trouverez ci-joint un projet de statut constitutionnel; remettez-le aux sieurs Laforest et Fréville, et assemblez cinq ou six des hommes les plus considérables de la junte et du conseil de Castille pour les consulter sur les changements et améliorations dont ce projet serait susceptible.

 

Bayonne, 23 mai 1808

Au général Junot, commandant l’armée de Portugal, à Lisbonne

J’ai vu une proclamation de l’amiral Cotton. Je suppose que vous n’y avez répondu d’aucune manière. Ce n’est qu’un moyen d’intriguer dans le pays et de savoir ce qui se passe. Quant à la capitulation maritime, je ne sais pas ce que veut dire M. l’amiral Cotton. Une capitulation est un acte déshonorant en termes militaires. Il ne faut répondre que par des coups de canon.

Nous sommes dans la saison des légumes, et, à présent, le plus mauvais pas est fait.

Je vous ai écrit ces jours-ci pour la formation d’une escadre à Lisbonne. Les Espagnes qui sont sous vos ordres se plaignent que vous ne les payez pas; il faut les payer et les ménager autant que possible.

 

Bayonne, 24 mai 1808, huit heures du soir

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d’Espagne, à Madrid

J’approuve le licenciement des 9,900 hommes de milices. Donnez ordre qu’ils soient sur-le-champ licenciés et les fusils remis. Ce sera un soulagement notable pour le trésor public. Je vous autorise à en supprimer encore 8 et 10,000 hommes, si vous le jugez nécessaire, en conservant toutefois les compagnies de grenadiers. Je donne l’ordre au général Junot d’envoyer 3,000 hommes en Galice pour remplacer les milices. Quand je dis que le général Junot doit garder 8,000 Espa gnols, c’est selon les états que j’ai; il n’y a en Portugal que 10, 000 hommes présents sous les armes.

Je reçois votre lettre du 22 mai à deux heures du matin; je vois avec peine ce qu’elle contient. Je n’ai jamais pensé que vous puissiez être en contradiction avec ma volonté. J’ai le droit de me plaindre de vous, qui n’avez pas craint de soupçonner que j’aie en l’idée de vous faire une pareille injure.

Je croyais Aranjuez un trés-bon pays; puisque c’est un mauvais air, il n’y faut plus penser.

Je vous ai déjà écrit que vous deviez nommer ministre de la marine Mazarredo.

Vous avez dû recevoir l’ordre pour que Junot expédie 4,000 hommes sur Cadix. Pressez le départ des deux bataillons de Jaen pour Ceuta.

Je désire en général que des mémoires qui me fassent connaître le désordre et le délabrement introduits dans les différentes branches de l’administration me soient adressés. Ces pièces me sont nécessaires pour publier un jour et faire voir dans quel état de décadence était tombée l’Espagne. Demandez à chaque ministre un mémoire détaillé sur les différentes parties de son département; dites que l’Empereur ne croit rien de ce qui existe. Que le ministre de la guerre vous fasse connaître, par exemple, de quelle année est l’habillement et la solde des troupes, enfin tout ce qui peut servir à faire connaître la déchéance de la monarchie, soi-disant pour m’en convaincre; mais, en réalité, vous comprenez pour quel but je désire avoir ces renseignements.

 

Bayonne, 24 mai 1808

Au général Junot, commandant l’armée de Portugal, à Lisbonne

J’ai reçu votre lettre du 17. Faites passer 2,000 hommes d’infan terie et 500 hommes de cavalerie dans la Galice, pour remplacer les milices qu’on va licencier. Ainsi une des demandes de votre lettre se
trouve remplie.

Envoyez 3,000 Espagnols, de ceux que vous avez autour de Lis bonne, dans les Algarves; alors vous en aurez 4,000 à Porto, 4,000 à Lisbonne et 3,000 dans les Algarves, ce qui fera 11,000.

J’approuve ce que vous proposez sur la forme de la réduction des contributions. Vous pouvez donc publier que la moitié sera en argent et l’autre moitié en biens-fonds de la Couronne, évalués á vingt capitaux pour un.

Je vous envoie le sieur Lacuée, auditeur, qui a servi longtemps dans la marine et neveu du ministre d’état Lacuée. On peut compter sur sa probité. Mettez-le à la tête de l’administration de la marine, il fera l’impossible; il court cette carrière depuis longtemps et a intérêt de s’y distinguer.

Je suis instruit indirectement que les Anglais ne bloquent plus Lisbonne. Je suppose que vous avez actuellement un vaisseau, une ou deux frégates, ou bricks, en état de prendre la mer, et que vous avez complété les équipages en y mettant de bonnes garnisons françaises.

 

Bayonne, 24 mai 1808

A M. de Talleyrand, prince de Bénévent, vice grand électeur, à Valençay

Mon Cousin, le prince Ferdinand, en m’écrivant, m’appelle son Cousin. Tâchez de faire comprendre à M. de San-Carlos que cela est ridicule, et qu’il doit m’appeler simplement Sire.

 

Bayonne, 24 mai 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, á Bayonne

Monsieur de Champagny, je vous prie de prendre les mesures nécesssaires pour qu’il ne s’imprime aucun journal français à Mannheim. Ecrivez au ministre de Bade à Paris et à mon ministre à Karlsruhe

 

Bayonne, 24 mai 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à paris

Ecrivez au général Marmont qu’un commandant particulier, en temps de paix, n’a pas le droit de composer ni de décomposer les cadres; ce qui porte du désordre dans l’administration

 

Bayonne, 24 mai 1808, deux heures du matin

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d’Espagne, à Madrid

Je reçois votre lettre du 21 à une heure, du matin. J’ai blâmé votre mesure d’armer les Catalans, mais, par là, sans cesser d’être content de vos services.

J’attendais hier la députation du conseil de Castille que vous m’annoncez; elle n’est pas encore arrivée.

Je vous envoie un projet de sénatus-consulte. Ayez soin de n’en laisser prendre aucune copie. Communiquez-le aux quatre ou cinq membres de la junte et du conseil de Castille qui ont le plus d’esprit et sont de meilleur conseil, et faites-moi connaître leur opinion. Je suppose que le 26 au soir vous recevrez cette lettre; vous pourrez, dans la journée du 27, recueillir les observations et me les expédier le 28. Je compte que, le 31 mai ou le ler juin, je pourrai recevoir votre réponse et signer le sénatus-consulte, et prendre un parti définitif. Ces affaires-là ne demandent pas à être faites légèrement, et il faut toujours laisser un intervalle nécessaire.

Je désire connaître l’esprit qui a porté le conseil de Castille à ne pas intervenir dans ces affaires. Est-ce influence étrangère ? est-ce avocasserie ?

J’apprends avec plaisir que le désarmement de Madrid a produit plusieurs choses. Le général Belliard n’envoie aucun rapport, il n’écrit jamais; son métier cependant serait de donner tous les détails.

Il y a des corps de cavalerie qui ont envoyé jusqu’à Aranda et Bayonne 4 ou 5 hommes à cheval pour escorter les équipages; cela n’a pas de sens; défendez qu’aucun homme ne revienne sans un ordre de votre état-major.

 

Bayonne, 24 mai 1808.

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, j’ai reçu votre lettre du 14 mai. Je pense que, dans la situation où vous vous trouvez, il ne faut pas vous presser d’en voyer un ministre à Vienne. C’est dépenser beaucoup d’argent sans une grande utilité. Mais enfin, quand vous en enverrez un, envoyez un Français. Le prestige de l’empire germanique n’est pas encore passé. Quant à M. de Winzingerode, la seule raison pour ne pas l’envoyer à Vienne est qu’il est membre de la noblesse immédiate.

 

Bayonne, 25 mai 1808

Au capitaine général Gregorio de la Cuesta, à Valladolid

La bonne opinion que nous avons conçue de votre personne nous porte à désirer que vous vous rendiez au Mexique, en qualité de vice-roi, pour assurer cette colonie importante à la métropole, et pour éviter les mauvais effets qui pourraient résulter du mécontentement qu’a inspiré le gouvernement actuel. Notre intention est aussi que vous désigniez trois ou quatre colonels, brigadiers ou maréchaux de camp, pour s’embarquer avec vous, et que vous pourrez destiner au commandement des points importants. Nous écrivons au lieutenant général et à la junte pour vous expédier vos brevets et commissions, et pour que vous puissiez vous embarquer sur une frégate ou un vaisseau de 64, le meilleur de l’escadre. On fera préparer en même temps, dans les ports voisins, des avisos sur lesquels vous vous embarqueriez, si le vaisseau éprouvait trop de retard. Donnez-moi une nouvelle preuve de votre zèle en partant sur un aviso. Cette importante mission sera un nouveau titre que vous acquerrez à notre estime et aux bonnes grâces du Roi, votre maître.

 

Bayonne, 25 Mai 1808, onze heures du soir.

A Joachim, Grand-Duc de Berg,  lieutenant général du royaume d’Espagne, à Madrid

Je reçois votre lettre du 23. Je fais ce soir une proclamation aux Espagnols pour leur annoncer que je vous ai confirmé lieutenant général du royaume, et que j’ai confirmé toutes les autorités dans leurs emplois. On m’a fait entendre que cet acte est nécessaire pour attendre la réunion de l’assemblée qui doit avoir lieu au 15 juin, j’attends cette assemblée. Je vous ai envoyé avant-hier un projet de constitution. Je suis bien aise de recueillir toutes les lumières sur un objet de cette importance. Vous aurez gardé le profond secret que je vous ai recommandé.

Donnez l’ordre à M. d’Urquijo, ancien ministre, de se rendre à Bayonne.

Il y a, entre les Algarves et Cadix, un petit port d’où il est très facile de faire partir des avisos pour l’Amérique. De petits bâtiments partiront difficilement de Cadix, qui est un entonnoir; ils sortiront, au contraire, trés-aisément d’un petit endroit.

J’ai renvoyé le duc de Medina-Celi et Frias, parce que vous m’avez mandé qu’il était nécessaire de renvoyer à Madrid quelques-uns des Espagnols qui étaient à Bayonne; mais, lorsqu’ils auront passé deux ou trois jours à Madrid, il n’y a pas d’inconvénient que vous les renvoyiez pour l’assemblée.

————–

P. S. Je prends le parti de vous envoyer le général Lebrun, mon aide de camp, avec ma proclamation. Le général Lebrun ne partira que demain matin. Cette dépêche vous parviendra par l’estafette. Renvoyez-moi mes deux premières pages, qui m’apporteront successivement vos dépêches. Renvoyez-moi aussi le général Mouton, puis que vous avez des généraux pour commander vos divisions. Gardez Lebrun huit ou dix jours, pour qu’il ait le temps de voir Madrid.

Je ne vois aucun inconvénient à ce que vous fassiez mettre dans les journaux l’extrait des lettres des capitaines généraux, ainsi que l’extrait de ma lettre à l’empereur de Maroc, dans laquelle je lui dis que, s’il écoutait les Anglais, il aurait affaire à 300,000 Français et Espagnols réunis.

 

Bayonne, 25 mai 1808

DÉCRET

Napoléon, Empereur des Français, Roi d’Italie, etc.

Le roi et les princes de la maison d’Espagne nous ayant cédé leurs droits à la couronne, ainsi qu’il résulte des traités des 5 et 10 mai et des proclamations adressées à la junte et au conseil de Castille,

Nous avons décrété et décrétons, ordonné et ordonnons les dispositions suivantes :

ARTICLE Ier. – L’assemblée des Notables, déjà convoquée par le grand-duc de Berg, se réunira à Bayonne le 15 juin.

Les députes seront munis des voeux, demandes, plaintes et doléances de leurs commettants, pour servir à poser les bases de la nouvelle constitution qui doit gouverner la Monarchie.

ART. 2. – Notre bien-aimé beau-frère le grand-duc de Berg est continué dans ses fonctions de lieutenant général du royaume.

ART. 3. Les ministres, le conseil d’État, le conseil de Castille et toutes les autorités religieuses, civiles et militaires, sont confirmés en tant que de besoin.

La justice continuera à être administrée de la même manière et suivant les mêmes formes que par le passé.

ART. 4. – Le présent décret sera enregistré au conseil de Castille et publié partout où besoin sera, afin que personne n’en prétende cause d’ignorance.

Donné en notre palais impérial et royal de Bayonne , le 25 mai 1808.

 

Bayonne, 25 mai 1808

PROCLAMATION AUX ESPAGNOLS.

Espagnols, après une longue agonie, votre nation périssait. J’ai vu vos maux; je vais y porter remède. Votre grandeur, votre puissance fait partie de la mienne.

Vos princes m’ont cédé tous leurs droits à la couronne des Espagnes. Je ne veux point régner sur vos provinces, mais je veux acquérir des titres éternels à l’amour et à la reconnaissance de votre postérité.

Votre monarchie est vieille : ma mission est de la rajeunir. J’améliorerai toutes vos institutions, et je vous ferai jouir, si vous me secondez, des bienfaits d’une réforme, sans froissements, sans désordres, sans convulsions.

Espagnols, j’ai fait convoquer une assemblée générale des députations des provinces et des villes. Je veux m’assurer par moi-même de vos désirs et de vos besoins.

Je déposerai alors tous mes droits, et je placerai votre glorieuse couronne sur la tête d’un autre moi-même, en vous garantissant une constitution qui concilie la sainte et salutaire autorité du souverain avec les libertés et les privilèges du peuple.

Espagnols, souvenez-vous de ce qu’ont été vos pères; voyez ce que vous êtes devenus. La faute n’en est pas à vous, mais à la mauvaise administration qui vous a régis. Soyez pleins d’espérance et de confiance dans les circonstances actuelles ; car je veux que vos derniers neveux conservent mon souvenir et disent : Il est le régénérateur de notre patrie !

Donné en notre palais impérial et royal de Bayonne, le 25 mai de l’an 1808.

 

Bayonne, 25 mai 1808

Au maréchal Davout, chargé du 1er commandement de la Grande Armée, à Varsovie

Mon Cousin, tâchez de bien vivre avec le gouvernement et les autorités saxonnes. Vous prenez les affaires un peu trop chaudement. Il n’y a point de doute que, dans la position o se trouve la Pologne, il n’y ait des frottements, des intrigues, de l’inadvertance. Leur armée manque d’armes, mais toutes les armées de l’Europe, hormis les nôtres, en manquent. Le nombre de leurs troupes est trop considérable pour eux. Je viens de permettre qu’il en passe 8,000 à mon service. Il ne serait pas pardonnable de ne pas tenir le reste sur un bon pied. Dans la position où vous vous trouvez, plus que dans toute autre, il faut de la patience et du sang-froid.

J’ai lu avec la plus sérieuse attention votre mémoire sur les moines établis à Varsovie. Il paraîtrait qu’ils sont de la même affiliation que ceux que j’ai fait chasser d’Italie et de France. Je fais faire les instances les plus fortes auprès des cours d’Allemagne pour qu’ils soient chassés. Je fais faire également les instances convenables auprès du roi de Saxe. Ces moines ont été créés, il y a plusieurs années, et on a essayé effectivement d’en inonder la France. Outre que j’ai défendu leur réunion , j’ai fait fermer leurs maisons et les ai fait renvoyer chacun chez eux. Je ne doute point que le roi de Saxe ne donne des ordres pour chasser ces moines des États de Pologne. Vous me rendrez compte, dans un mois, de ce qui aura été fait.

 

Bayonne, 25 mai 1808

Au maréchal Bessières, commandant la Garde impériale, à Burgos

Mon Cousin, j’ai donné l’ordre que le général de brigade Habert partit de Saint-Sébastien avec le second régiment supplémentaire formé des ler bataillons de la 1e et de la 2e légion de réserve pour se rendre à Burgos. On dit ces deux bataillons très-beaux; ils feront partie de la division du général Merle, ce qui portera cette division à 5,000 hommes. Je vous recommande beaucoup de faire manoeuvrer les troupes tant au détail qu’à l’École de bataillon, et de les accoutumer à se déployer rapidement pendant que ceux qui arrivent sur le rang font des feux de file. Je vais également, aussitôt que possible, faire diriger sur Burgos les bataillons des 70e et 15e de ligne qui se trouvent à Pampelune, ce qui complètera à 2,000 hommes chacune des trois brigades du général Merle; de sorte que vous aurez, réunis à Burgos, une douzaine de mille hommes d’infanterie, de cavalerie et d’artillerie. Dans votre état de situation je n’ai point vu le 22e de chasseurs ni le 10e; quant au 10e, je ne sais pas s’il était alors arrivé. Moyennant ces 12,000 hommes, vous pouvez détacher deux colonnes de 4 à 5,000 hommes chacune pour mettre tout à la raison, et avoir, outre cela, une garnison dans le point important de Burgos. Si vous campez, tâchez de faire camper toute votre infanterie, et faites votre camp en carré afin que l’espace soit moins grand et qu’il puisse être facilement défendu. En laissant dans ce camp 1,500 hommes et 300 hommes dans le fort, Le reste serait disponible pour se porter partout où il serait nécessaire, soit pour se combiner avec la division d’Almeida, soit pour toute autre opération. Une compagnie de marche est partie d’ici il y a quatre jours, forte de 150 hommes, toute composée d’hommes appartenant à votre corps d’armée. A la même époque, trois compagnies de 400 hommes sont parties de Saint-Sébastien; une autre compagnie de 150 bommes part d’ici aujourd’hui, bien réparée et en bon état. Voilà donc encore un renfort de 700 hommes qui doit réparer vos pertes et maintenir votre effectif. Faites-moi connaître les hommes que vous avez appartenant, soit à l’armée de Portugal, soit aux corps qui sont à Madrid. Je suppose que vous avez donné l’ordre que tous les régiments, escadrons et bataillons de marche qui étaient à Aranda se rendissent à Madrid. pour être incorporés.

 

Bayonne, 25 mai 1808

DÉCISION

M. Mollien, ministre du trésor public, présente le rapport concluant à faire rembourser par le royaume d’Italie une perte de 197,730 francs résultant de la démonétisation des monnaies vénitiennes. Dans le cas où l’Empereur n’approuverait pas cette mesure, le ministre propose d’imputer une pareille somme sur le fonds de réserve de l’exercice, an XIV. Il n’est pas convenable de vouloir faire payer au royaume d’Italie ce que lui-même ne fait pas payer aux particuliers. Pour la deuxième proposition, je l’approuve; mais elle doit être renvoyée au conseil d’Etat pour être discutée comme affaire contentieuse, afin d’être certain qu’on n’a pas profité de la circonstance pour abuser.

 

Bayonne, 25 mai 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de la Grande Armée, à Bayonne

Mon Cousin, donnez l’ordre au capitaine de la frégate la Cométe de compléter ses vivres pour quatre mois. Envoyez-lui l’ordre de sortir, seulement pour essayer la marche de son bâtiment. Vous lui ferez connaître que mon intention serait de l’expédier sur la Havane avec 2,000 fusils et des dépêches. Comme il y a là des moyens de réparations, il se réparera et se mettra en état d’entreprendre une croisière. Je lui donnerai carte blanche et manoeuvre indépendante jusqu’à l’hiver. Se croit-il dans le cas de faire cette mission ? Le tout se réduit à savoir si sa frégate marche. Dans la situation actuelle, si elle marche, elle doit pouvoir gagner facilement la Havane.

 

Bayonne, 25 mai 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

J’ai été hier à l’arsenal. J’ai vu avec peine que les deux frégates de 18 n’étaient pas encore sur le chantier. Les cales étaient prêtes, mais on attendait les plans; pressez-en l’envoi. Faites faire des frégates dans la plus grande dimension.

J’ai vu avec plaisir six mouches déjà élevées et qui pourront être en mer en moins de quinze. jours. Il faut leur donner à toutes un numéro pour les mieux connaître. La mouche qui est partie portera le n° 1. La première qui sera mise à l’eau portera le n° 12, et ainsi de suite jusqu’à 7. Donnez ordre qu’elles soient prêtes dans le plus court délai, afin de pouvoir en expédier une dans le mois de juin, une en juillet, deux en août et deux en septembre.

J’ai fait venir à Bayonne une chaloupe canonnière de Saint-Sébastien. Comme ces chaloupes ont beaucoup de réputation, j’ai donné ordre que l’ingénieur en prit le plan et qu’il en fût mis une en construction ici. Je désire également que vous fassiez construire à Boulogne une chaloupe canonnière sur le modèle de celles que les Espagnols ont à Cadix et qu’on dit fort bonnes, et une à Flessingue, afin de servir de terme de comparaison. Faites-moi connaître votre opinion quand vous aurez vu le plan de la canonnière espagnole qui est à Bayonne.

Il faut envoyer ici des caronades; il y a en beaucoup de difficultés pour armer le brick qui va partir pour Montevideo.

Puisque mon escadre continue à être inactive à Cadix, je désirerais attacher à chaque vaisseau six chaloupes canonnières; ce qui ferait trente, avec lesquelles mes marins et les troupes que j’ai à Cadix (je viens d’y envoyer le général Dupont avec son corps d’armée) inquiéteraient les ennemis dans les détroits, en se combinant avec les Espagnols. D’ailleurs, cela tiendra les équipages et les troupes en haleine et les fera aller aux coups de canon. J’écris au grand-duc de Berg en conséquence. Si l’escadre n’a pas de chaloupes, on en fera acheter. Ces chaloupes, étant bonnes, pourraient facilement venir à Toulon et nous être utiles.

 

Bayonne, 25 mai 1808

A M. Gaudin, ministre des finances, à Paris

Monsieur Gaudin, je reçois votre lettre du 20 mai. Vous demandez si tous les règlements faits par M. Dauchy, antérieurement à la création de la junte, peuvent être conservés comme règlements de finances, et si la junte peut les réviser. Tout ce qu’a fait le sieur Dauchy a été fait légitimement, puisqu’il était investi de l’autorité nécessaire pour cela; la junte West que la continuation de l’administration du sieur Dauchy, mais organisée d’une manière plus précise et plus solennelle. Ses pouvoirs sont dans ces mots du décret : “Les arrêtés de la junte ont force de loi. ” Elle peut donc tout, mais la prudence et la première règle d’une bonne administration veulent qu’elle ne fasse rien qui puisse décréditer l’administration française. En lisant avec attention le projet d’arrêté du sieur Dauchy, il me parait que ce décret ne permet que peu de cas et est imparfait; il faudra donc que la junte le revoie et statue définitivement sur ce qui est relatif à cet objet.

Il y a dans la Toscane un ou deux couvents célèbres. Je ne sais pas bien si ce sont des Chartreux ou d’un autre ordre; mais je désire que le couvent soit conservé comme un lieu de retraite qui peut être avantageux. Je désire également conserver un ou deux couvents de religieuses.

 

Bayonne, 25 mai 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine,à Paris

Envoyez-moi un mémoire sur l’établissement des signaux et télégraphes pareils à ceux de la côte d’Espagne et de Cadix, afin que je puisse savoir en peu d’instants ce qui se passe de Toulon au détroit, au cap Finistère et au cap Saint-Vincent. Faites-moi un mémoire court et bien clair, qui me fasse connaître quels sont les nouveaux télégraphes que vous venez d’établir. Sont-ce des combinaisons de lettres de l’alphabet, comme le télégraphe de guerre, ou des signaux ? Peut-on envoyer, par ces télégraphes, l’ordre à l’escadre de Cadix de faire un mouvement, ou la prévenir de la sortie d’une escadre de Toulon ou de Brest ?

 

Bayonne, 25 mai 1808

Au prince Lebrun, architrésorier de l’Empire, à Paris

J’approuve que vous fassiez le voyage que vous voulez faire pour aller voir votre fille. J’ai reçu la lettre par laquelle vous m’apprenez que vous voulez marier une de vos filles au préfet de Montenotte Gilbert Joseph Gaspard, comte de Chabrol-Volvic, 1773-1843. Il épouse Dorothée Lebrun) . C’est un très bon sujet. Je vois ce mariage avec plaisir.

 

Bayonne, 25 mai 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je pense qu’il est convenable que vous chargiez les commissaires de marine de la Rochelle, Nantes, Lorient, le Havre et Bordeaux, d’écrire, par toutes les occasions du commerce et autres, aux intendants, capitaines généraux des colonies, pour leur donner des nouvelles authentiques de ce qui se passe et expédier à chacun un mois du Moniteur, du Journal de l’Empire, de manière que les bâtiments apportent toujours des nouvelles d’un mois. Vous enverrez, à cet effet, une cinquantaine d’exemplaires de chaque Moniteur et Journal de l’Empire à chacun des commissaires de ces ports. Cette mesure est trés-importante. Quand on est dans les ports, on sent combien il est difficile de faire cela de Paris. Depuis que je suis ici, j’ai fait partir trois bâtiments pour l’Amérique. J’en ai vu, de Bordeaux, deux pour Cayenne. Il est ridicule que les colonies voient des bâtiments de commerce arriver sans leur porter un journal ni aucune nouvelle des affaires. En Egypte, j’ai senti l’inconvénient de cette . . . . . . . .. Il arrivait souvent des bâtiments du commerce qui ne savaient rien et dont on ne pouvait pas tirer une nouvelle. Si le commissaire de marine du port d’où l’expédition était partie avait mis un mois de journaux, ce serait un avantage incalculable. Si nous ne pouvons secourir physiquement les colonies, il le faut moralement; cela, on le peut. Il ne peut y avoir aucun inconvénient qu’un commissaire de marine se confie et sache écrire une lettre de deux ou trois pages, qui donne d’authentiques nouvelles, en mettant dans sa lettre un bulletin de ce qui se passe sur le continent et en supplément aux journaux.

 

Bayonne, 25 mai 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur Decrés, vous recevrez un décret que je viens de prendre pour la protection des côtes et du cabotage. Je désire qu’il soit mis sur-le-champ à exécution. Il faut nommer, pour commander ces bâtiments, des officiers de marine intelligents qui aient envie de se distinguer. On ne tardera pas à sentir les bons effets de cette mesure, et l’idée de former un noyau de forces actives dont les commandants peuvent disposer à leur gré portera la terreur dans les péniches anglaises. Donnez des instructions particulières aux commandants des huit points désignés dans mon décret, pour qu’ils s’entendent avec les douanes pour la disposition des bâtiments qu’elles peuvent avoir, tout comme les officiers de terre s’entendront avec les inspecteurs des côtes.

Voici comme je conçois que la chose doit être faite. La 1e division, par exemple , se grouperait autour du Patriote en rade de l’île d’Aix. Les 180 hommes d’infanterie qui doivent monter les bâtiments de cette division resteraient à bord du Patriote, et, de son bord, le contre-amiral dirigerait ses neuf bâtiments sur Bordeaux, et autour des îles depuis Bordeaux jusqu’aux Sables , en les partageant toujours en trois. Cela lui serait utile pour éclairer les mouvements de l’ennemi; et, selon les cas, il combinerait des opérations pour prendre les péniches ennemies et protéger nos côtes. Vous laisserez au contre-amiral l’autorisation d’appareiller avec ses bâtiments de guerre toutes les fois qu’il le jugera convenable. Comme cette mesure ne souffre point de délai, choisissez sur-le-champ à Rochefort les neuf bâtiments, péniches, doubles chaloupes, chebecs, pinques, etc., qui doivent former cette division. Insensiblement on rectifiera les vices que pourra présenter cette première organisation, et on arrivera à s’arrêter à l’espèce de bâtiments qui sera la plus propre à ce genre d’expéditions. Comme le contre-amiral ne pourra partir que quinze ou dix-huit jours après qu’il en aurait reçu l’ordre de vous, il pourra disposer de 50 ou 60 hommes de son bord pour augmenter, dans un cas exigé, l’équipage des petits bâtiments. Ce sera même un moyen d’amariner davantage les jeunes matelots. A Nantes, vous pouvez réunir la 2e division dans la baie de Fromentine, comme vous le désirez, et lui donner la station de la Loire, en attendant que la Pallas s’y trouve. A Lorient, j’ai une escadre en rade; à Brest, j’ai une escadre en rade; à Cherbourg, j’ai une frégate; à Saint-Malo, j’ai une frégate; au Havre, j’ai des frégates; à Flessingue, j’ai une escadre en rade. Les mêmes observations que j’ai faites pour Rochefort s’appliquent à chacun de ces ports. Vous remarquerez que vous pouvez très-bien vous servir provisoirement des escadres en rade pour fournir aux équipages.

 

Bayonne, 25 mai 1808

NOTE POUR LE GENERAL CLARKE, MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

En suivant l’ancien système de fortifications, il serait difficile d’asseoir un bon projet de fortifications pour la Spezia sans en porter la dépense à une vingtaine de millions, et on ne les a pas. Cependant il faut pourvoir à la défense de la rade et du port. Combien faut-il de forts pour mettre en sûreté la rade, le port et les établissements maritimes, qu’on suppose placés dans la langue de terre où est situé le lazaret qu’on convertit en arsenal ?  A quelle distance ces forts seront-ils entre eux ? Quelles faveurs recevront-ils des localités, et combien y aura-t-il dans ces forts de côtés exposés aux attaques ?

Il faut considérer trois choses à la Spezia :

1° La défense des établissements, qui comprennent le magasin général où sera la manutention, le magasin des vivres, la machine à mâter, le bassin qu’on fera construire, les ateliers et forges, les chantiers de construction (si on les place dans la localité indiquée, celle da lazaret, ce n’est qu’un cap à défendre) : combien faudra-t-il de forts pour les préserver d’une attaque et d’un bombardement ?

2° La défense de l’arsenal et des chantiers de construction n’est pas le seul but à remplir : il faut défendre l’anse qui constitue le port que l’on adopte; je dis, que l’on adopte, parce qu’il y en a cinq ou six à choisir; il faut que l’ennemi venant par terre ne puisse point se placer sur l’autre côté de l’anse pour brûler l’escadre qui sera dans le port; il ne pourra point se placer sur le cap où sont les établissements, on y a pourvu par l’article 1er : combien faut-il de forts de l’espèce indiquée pour que l’ennemi ne puisse s’établir sur l’autre côté du port ?

Ces deux points remplis, il ne reste plus qu’à pourvoir à la sûreté du golfe. Au premier coup d’oeil, il parait impossible, par les moyens de fortifications, d’en défendre tous les points; c’est-à-dire qu’il est impossible à 2 ou 6,000 hommes, qu’on suppose de la garnison de la Spezia, d’empêcher 30,000 hommes de s’établir sur plusieurs de ces points. Mais il est de ces points qui sont plus ou moins importants; il faut les analyser tous et faire connaître les effets d’une batterie qui serait placée sur chacun de ces points.

L’ennemi peut s’emparer d’une des deux pointes d’entrée : quelle est celle des deux dont il aurait plus d’intérêt de s’emparer ? Pour répondre à cette question, il faut voir quelle est celle qui peut le plus gêner l’entrée et la sortie d’une escadre par les circonstances des passes, des courants, des vents régnant habituellement. Pour cela, il faudra faire ce raisonnement, que l’ennemi a établi une batterie sur le cap de droite, puis sur celui de gauche , et enfin sur l’un et sur l’autre.

Dans toutes ces hypothèses, que devra faire l’escadre qui est dans la rade ou qui, étant en pleine mer, voudra rentrer dans le port ? S’il est reconnu que les deux caps avancés sont les plus importants à occuper, les localités permettent-elles qu’ils soient occupés par les forts qu’on propose ?

Enfin , si le premier but est de protéger les établissements maritimes, et le second d’assurer le mouillage du port, le troisième est de protéger l’entrée et la sortie des bàtiments.

 

Bayonne, 25 mai 1808.

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, j’approuve le projet que vous m’exposez dans votre lettre du 20. J’ai pris un décret, que vous recevrez, pour organiser huit divisions de petits bâtiments dans mes différents ports, voulant donner un plus grand développement à l’idée du ministre de la marine. Chaque division sera montée par un détachement commandé par un chef de bataillon, que vous désignerez. Envoyez des hommes de vigueur, et auxquels vous voudrez du bien, pour les mettre en évidence.

Vous donnerez l’ordre pour que tous les détachements soient exercés à tirer à la cible deux fois par jour, en leur donnant des récompenses et excitant leur adresse. On exercera les hommes à aiguiser leurs baïonnettes sur les trois tranchants , pour que l’ennemi ne puisse pas les empoigner à l’abordage. Chaque officier sera armé d’une bonne épée pouvant servir, et non d’une épée de parade, et d’une paire de pistolets portés sur la poitrine. Le ministre de la marine désignera des officiers de marine pour s’entendre avec vos officiers. Chaque soldat aura une paire de pistolets qui lui sera fournie par la marine, et il sera exercé au tir de cette arme, Les bâtiments seront également munis de sabres d’abordage, de haches et de quelques lances.

Le ministre de la marine donnera des instructions à l’officier de marine sur les manoeuvres à faire pour attirer les chaloupes ennemies et les prendre.

Vous donnerez l’ordre à l’officier de terre qui commandera ces hommes de les faire exercer un peu à la rame, et de les amariner le plus qu’il pourra.

Il faut choisir, pour commander chaque détachement, huit jeunes gens instruits, braves et intelligents. Vous vous ferez rendre un compte journalier de leur situation et de tout ce qu’ils feront.

 

Bayonne, 25 mai 1808

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’empire

Mon Cousin, je reçois votre lettre des 21 et 22 mai. J’ai vu avec plaisir que le sénatus-consulte n’avait éprouvé aucune difficulté. (Sénatus-consulte pour réunir à la France les États de Parme et de Toscane.)

Je désire que le fils du roi de Hollande qui vient de naître s’appelle Charles-Louis-Napoléon.

 

Bayonne, 26 mai 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Bayonne

Monsieur de Champagny, écrivez au sieur Andreossy pour qu’il insiste auprès de M. de Stadion, afin que les bâtiments américains chargés de denrées coloniales, qui se présenteraient à Trieste, n’y soient point reçus, parce qu’ils ne sont que des courtiers des Anglais, les Américains ayant mis un embargo sur leurs bâtiments.

 

Bayonne, 26 mai 1808

A M. Cretet, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur Cretet, voici une proposition qui me paraît étrange. Je vous prie de me faire un rapport sur les mesures à prendre pour s’assurer que ces bâtiments algériens chargés de denrées coloniales arrivent réellement d’Amérique. Concertez-vous pour cela avec le ministre des finances. Je ne fais pas de difficulté d’accorder ce qu’on demande, aux conditions suivantes : 1° que ces bâtiments n’auront rien payé en mer aux Anglais; 2° que ces bâtiments arrivent non- seulement avec des certificats des capitaines généraux, préfets colo niaux et des douanes de la Martinique et de la Guadeloupe, mais encore auront à leur bord au moins quatre passagers venant de ces colonies, soit soldats, soit créoles, qui rentrent; 3° que ces bâtiments n’auront été retenus ni en Angleterre ni à Gibraltar. J’ai bien de la peine à croire que les Anglais veuillent laisser passer des vivres à la Martinique qu’ils tiennent en état de blocus , et laisser entrer en France des denrées coloniales en exigeant tant pour cent sur ces marchandises. Écrivez là-dessus à ces négociants, en leur faisant connaître que, si leur proposition est un prétexte pour frauder, ils n’en viendront pas à bout.

 

Bayonne, 26 mai 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale

Je lis dans votre bulletin, à l’article d’Anvers, la réponse du contrebandier Vieusseux (Étienne Vieusseux était un des associés d’une maison d’Anvers qui avait des succursales à Hambourg et à Paris et qui pratiquait en grand la contrebande). Il est difficile d’être plus impudent. Causez un peu de cela avec le grand juge et le sieur Treilhard, pour voir s’il n’y a aucun moyen de faire pendre ces gaillards-là. Toutefois, il est convenable de faire mettre dans les journaux une réponse à ces arguments. Faites poursuivre vivement ces contrebandiers et faites mettre les scellés sur leurs biens, meubles et effets. Ecrivez à mon ministre en Hollande, et au ministre de Hollande ici, pour que le nommé Florent, de Breda, soit arrêté. Vous me parlez de nommer une commission; il me semble que j’ai déjà nommé une commission du conseil d’État pour ces affaires.

Donnez ordre que le nommé Desruisseaux, prévenu d’avoir été à Bayeux en 1801 avec une mission pour une correspondance anglaise, soit arrêté et mis dans un château fort. Je ne puis. que blâmer votre coupable indulgence pour de pareils garnements. Que voulez-vous faire de la surveillance avec des misérables de cette espèce ? Faites-les arrêter et enfermer au fort de Joux.

Faites-moi un rapport général sur tous les contrebandiers. Ne pourrait-on pas en tirer 8 ou 10. millions ? Quel moyen y a-t-il de les faire juger ?

 

Bayonne, 26 mai 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Ayant lieu d’être mécontent de Mme de Chevreuse, dame du palais, notre intention est qu’elle reste exilée dans sa terre de Luynes près Tours, sous peine de désobéissance dans le cas où elle transgresserait ledit ordre. Vous voudrez bien tenir la main à l’exécution du présent ordre.

 

Bayonne, 26 mai 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Vous voudrez bien donner ordre qu’aucun étranger, sous quelque prétexte que ce soit, ne débarque dans le château d’If, à Marseille, ni même aucun Français, hors les officiers du génie et les individus préposés à la garde du château. Des étrangers qui passent vont gloser avec Lajolais (Frédéric Michel de Lajolais, 1765-1808. Incarcéré au château d’If après son implication dans l’affaire Moreau. Il mourra le 28 septembre 1808, au château d’If) et autres. Mon intention est que cela n’ait plus lieu désormais, sous la responsabilité du commandant. Tenez la main à l’exécution du dit ordre.

 

Bayonne, 26 mai 1808

A la princesse Pauline Borghèse

Je reçois votre lettre du 18 mai. J’approuve que vous alliez au eaux de la vallée d’Aoste. Je suis fâché d’apprendre que votre santé soit mauvaise. Je suppose que vous êtes sage, et qu’il n’y a point là dedans de votre faute. Je vois avec plaisir que vous êtes contente de votre dame d’honneur et de vos dames piémontaises. Faites-vous aimer; soyez affable avec tout le monde; tâchez d’être d’une humeur égale, et rendez le prince heureux.

 

Bayonne, 26 mai 1808

A M. Cretet, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur Cretet, je reçois votre lettre du 18 mai. Le ministre des finances m’avait déjà prévenu qu’il avait pris, de concert avec vous, des mesures pour empêcher l’exportation des cotons filés. J’ai approuvé cette mesure, qui m’a paru fort sage et nécessaire dans ces circonstances; cela est tellement évident que la prohibition de l’exportation des cotons filés n’est pas une question, et qu’il reste à savoir s’il ne faudrait pas même prohiber celle des toiles de coton, afin de s’opposer autant que possible à leur excessif renchérissement, et de nous conserver en France cette précieuse ressource pour le plus de temps possible.

J’ai appris avec plaisir que le pont de Strasbourg à Kehl était fini et livré au commerce.

 

Bayonne, 26 mai 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je vois qu’il y a devant Flessingue un vaisseau , deux frégates et une corvette anglaise. Il est possible que cette croisière ne soit pas renforcée d’ici à quelque temps. Nous voici au mois de juin, et mon escadre doit commencer à prendre couleur. Si les Anglais ne tenaient devant Flessingue qu’un, deux ou trois vaisseaux, ne pourrait-on pas faire sortir trois ou quatre vaisseaux, en profitant des circonstances favorables pour les enlever ? Il faudrait pour cela que nos vaisseaux eussent trois mois de vivres et carte blanche, s’ils ne rentraient pas à Flessingue, pour rentrer dans quelque port que ce fût.

J’ai en rade de Rochefort un vaisseau ; je suppose qu’il a ses vivres; si l’ennemi ne tenait qu’une frégate devant ce port, autorisez le contre-amiral Baudin à la chasser et à tâcher de la surprendre. Je suppose toujours qu’il est approvisionné de ses trois mois de vivres, pour pouvoir opérer son retour où il jugerait convenable.

 

Bayonne, 26 mai 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je vous envoie l’état de ce que le général Martin croit nécessaire pour finir l’Iena. Il est de la plus grande nécessité que j’aie bientôt quatre ou cinq vaisseaux en rade de Rochefort, d’abord pour fatiguer les Anglais par des blocus ruineux, ensuite pour donner satisfaction à la Russie et au Danemark, qui commencent à envoyer des agents dans mes ports , et qui sont découragés , parce qu’ils ne voient aucune espérance, même éloignée, de voir les Anglais réduits. Il faut que l’Iéna et le Triomphant soient mis en rade avant le 1er octobre. Il résulte du rapport du général Martin que le Patriote est déjà en rade, que la Ville-de-Varsovie y sera avant le 24 juin, que le Jemmapes y sera en juillet; il parait qu’en faisant des efforts le Triomphant pourra y être avant la fin d’août. Vous verrez, dans les questions que je fais faire au préfet maritime, quelles sont mes intentions. Tâchez que le Patriote, la Ville-de-Varsovie, le Jemmapes, puissent mettre à la voile avant le mois d’octobre, et l’Iéna avant
le 15 novembre.

Faites-moi un rapport particulier sur le lieutenant de vaisseau Guiné; il parait que voilà deux actions brillantes qu’il fait. Quel âge a-t-il ? A-t-il du talent ? Cette manière d’enlever des bâtiments anglais avec des péniches, à l’abordage, annonce de la résolution et du caractère.

 

Bayonne, 26 Mai 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je reçois votre lettre sur l’expédition de Toulon et le mémoire qui y est joint. Vous ne comprenez pas l’Austerlitz dans les nouveaux vaisseaux, vous ne comprenez que le Donauwerth. Après des renseignements que je reçois, le Donauwerth doit être mis à l’eau le 15 juin et le 1er août; il faut donc comprendre l’Austerlitz dans les vaisseaux composant l’expédition. Vous ne comprenez pas la frégate l’Amélie; cependant elle doit être mise à l’eau avant la fin de juin. Le vaisseau l’Ulm ne doit, dit-on, être mis à l’eau qu’en octobre, parce que l’avant-cale ne sera finie qu’à cette époque; mais on peut travailler à l’avant-cale de manière à la terminer avant le 1er septembre et à pouvoir mettre ce vaisseau à l’eau avant cette époque. Il y a de faits à ce vaisseau 12 vingt-quatrièmes; les bois nécessaires pour le terminer existent; on est donc très-fort le maître de l’avoir.

Vous ferez connaître à Toulon que mon intention est qu’il soit donné 10,000 francs de gratification aux entrepreneurs et ouvriers de l’Austerlitz, si ce vaisseau est mis à l’eau avant le 15 juillet, et 10,000 francs pour 1’Ulm, si ce vaisseau est mis à l’eau avant le 15 août, jour de ma fête. Je pense que ces gratifications feront sentir l’importance que j’attache à voir finir ces trois vaisseaux, stimuleront les ouvriers à travailler la nuit, et enfin mettront le préfet maritime à même de prendre des moyens plus efficaces. L’Austerlitz peut porter 900 hommes; l’Ulm, 700; la frégate l’Amélie, 300; ce qui fait 1,900. Six tartanes canonnières sont indispensables, soit pour remonter le Nil, si c’est de ce côté que se dirige l’expédition, soit pour s’approcher de la côte. Il faut y joindre les bricks l’Adonis, le Janus et la Ligurie, et quelques autres chebecs, demi chebecs, grosses felouques. En mettant sur les petits bâtiments 600 hommes, on aurait 2,500 hommes. Il ne vous en manque que 2,400; vous auriez encore tout ce qui vous est nécessaire. Il ne s’agit plus que de trouver des chevaux. Vous en avez 300 sur les bâtiments actuellement existants; il s’agirait de trouver des moyens d’en porter 300 autres. Je compte, de plus, sur la Baleine, qui doit être actuellement arrivée à Marseille. Serait-il donc impossible que des huit flûtes que vous avez ordonnées, on en eût quatre d’ici à cette époque ? Vous sentez la différence qu’il y a de dépenser son argent pour finir de belles flûtes, ou acheter des carcasses du commerce. La Philippine et 1’York sont convenables. Si on trouve d’autres bâtiments de cette force, bien; mais je ne suis point d’avis d’acheter un tas de petits bâtiments qui ne font que surcharger les ports de ruines et de réparations.

Je vois, dans l’état de situation de la marine au 1er mai, le Rhinocéros de 350 tonneaux et plusieurs autres transports, les uns armés, les autres désarmés. Ces bâtiments, qui appartiennent à la marine, n’exigeront aucun achat.

Mettez en construction dans les petits ports de la Méditerranée une dizaine d’écuries bien faites et appropriées au service; en en faisant faire deux à Marseille, une à la Ciotat, une à Cassis, une à Saint-Tropez, une à Nice, une à Villefranche, une à San-Remo, une à Port-Maurice, deux à Savone, vous auriez dix écuries pouvant porter 30 chevaux, ce qui nous ferait 300 chevaux. Ces écuries peuvent être faites en six semaines de temps, c’est-à-dire au ler août, et être mises à l’eau au 15 septembre. Elles s’armeront dans le lieu même, et on trouvera assez de matelots pour cela. Ces écuries devront être numérotées. Elles seront d’une bonne ressource pour le port de Toulon, quand même quelques-unes ne pourraient servir à l’expédition. Vous aurez soin qu’elles soient armées de deux ou trois pièces de 6. Un port comme Toulon, d’où nous devons partir pour être maîtres de cette Méditerranée, a toujours besoin d’une pareille garniture.

Livourne a des bâtiments qui appartenaient au grand-duc ou au roi. La Toscane avait ordinairement deux frégates. Je crois qu’on les construisait à Livourne. Si cela est, il faut les mettre en construction, parce que j’en ai besoin, d’abord pour donner de l’occupation aux ouvriers de Livourne et pour dépenser de l’argent dans le pays, et ensuite pour offrir une protection à cette côte. En attendant, donnez ordre que les bâtiments de l’Etat qui ont quelque valeur, à Livourne et à Gênes, soient concentrés sur Toulon.

Je désire que l’expédition soit prête à partir du 1er au 15 septembre. Mais partira-t-elle ? Les ennemis n’y mettront-ils point obstacle ? Je désirerais donc qu’avant le 1er novembre le Danube fût mis à l’eau. Cela doit être possible; le Danube est aux 10 vingt-quatrièmes. Si mon expédition ne pouvait partir qu’en décembre, elle serait composée de quinze vaisseaux français et de deux russes.

Quant aux équipages, vous avez déjà dirigé une certaine quantité de conscrits, qui se trouveront amarinés et stylés. En dernière analyse, dix frégates armées en guerre sont inutiles pour une expédition comme celle-1à, et, en mettant quatre frégates en flûtes, on donnerait des équipages à deux vaisseaux de guerre. Je ne parle que pour un cas de nécessité, car je pense qu’on pourvoira aux équipages.

J’arrive actuellement à la discussion de vos différentes demandes. Les vivres n’occasionneront aucune dépense extraordinaire et ne doivent pas être pris sur l’ordinaire. Mon expédition est destinée ou pour Alger ou pour la Sicile ou pour l’Égypte. Si elle va en Sicile ou à Alger, les vivres ne seront aucun embarras. Je vais donc raisonner dans l’hypothèse qu’elle serait arrêtée pour 1’Égypte.

Je suppose que, sur l’ordinaire de la marine, vous arriverez à fournir l’escadre de six mois de vivres, ration complète, et d’un septième mois de biscuit. Mon escadre aura besoin, pour se rendre à Aboukir,
de quarante-cinq jours pour les équipages et pour les passagers, que je suppose être le double des équipages ; ce qui fait trois mois. Elle débarquera, avec les passagers, sur la plage d’Aboukir du biscuit et de l’eau-de-vie pour un mois. Il lui resterait donc encore des vivres pour trois mois pour les équipages, vivres suffisants pour se rendre à Tarente ou opérer son retour sur Toulon. L’extraordinaire ne doit être, 1° que pour les hommes embarqués sur les flûtes, gabares et bâtiments de commerce, ce que je suppose monter à 6,000 hommes; 2° pour les vivres à débarquer, c’est-à-dire pour un mois de biscuit; 3° j’évalue à 10,000 quintaux de farine ou 500 tonneaux ce qu’il faudra débarquer en sus; 4° pour le fourrage.

Le premier objet de 6,000 hommes pendant 45 jours ferait 270,000 rations, qui, à 20 sous l’une, coûteraient 270,000 francs. 6,000 hommes, pendant un mois, consommeront 180,000 rations de biscuit et d’eau-de-vie, que j’évalue à 8 sous la demi-ration, à 10 sous même si vous voulez, et qui coûteront 90, 000 francs. J’évalue les 10,000 quintaux de farine à 200,000 francs. Pour les fourrages, j’adopte l’évaluation que vous fixez vous-même à 100,000 francs. Cela fera donc, pour les vivres, un extraordinaire de 660,000 francs.

Quant à l’eau, ce ne peut pas être un embarras. Les vaisseaux portent 4 mois et demi d’eau ou 135 jours; j’en ai besoin de 90 pour l’aller; il restera donc à bord de l’escadre 45 jours, ce qui est suffisant pour opérer son retour. Mais il y aurait un moyen d’augmenter l’eau, ce serait de mettre les rations en eau-de-vie, en ne mettant que très-peu de vin. Un vaisseau devrait alors porter 6 mois d’eau. Si cela était, le vaisseau aurait 90 jours d’eau pour son retour. Mais cela est inutile. N’auraient-ils que 30 jours d’eau après le débarquement, ce serait suffisant pour aller en faire à Tarente.

Le principal est que l’escadre ne doit avoir besoin de rien du pays; le débarquement effectué, elle doit laisser ses grosses flûtes, gabares, etc., et reprendre le large au plus tard trois ou quatre jours après avoir mouillé.

Je viens actuellement à votre article de dépenses extraordinaires. Je ne veux acheter aucun transport, si ce n’est 1’York et la Philippine, et tout au plus une ou deux autres flûtes de même force; je mets pour cela 500,000 francs. Je mets, pour réparations de bâtiments appartenant à l’État, 250,000 francs, et 250,000 francs de dépenses diverses; cela fait un million; avec les 650,000 francs que j’ai mis pour les vivres, cela fait 1,600,000 francs. Voulez-vous mettre 400,000 francs pour achever quatre des huit gabares qui sont en construction cette année ? Les quatre autres sont sur le …… Les dépenses extraordinaires seraient donc de 2 millions, que je vous allouerai sur le budget de cette année, aussitôt que j’aurai les autres projets d’expédition arrêtés, ne voulant faire qu’un décret.

Vous sentez que si, au lieu d’aller en Égypte, cette expédition allait à Alger ou en Sicile, tout cela devient bien plus facile. Ainsi donc il n’est pas dans mon intention de faire aucune expédition dans la Méditerranée avant que j’aie pu réunir à Toulon au moins 1 vaisseaux français. Cette expédition peut partir au 15 septembre, si l’arsenal de Toulon est conduit avec activité et, en supposant que les renseignements soient vrais, s’il y a les bois nécessaires pour finir l’Austerlitz, le Donauwerth et l’Ulm. Il faut en conséquence calculer les moyens de transport sur cette hypothèse. Je ne compte les vaisseaux russes que comme transports; je veux même supposer qu’ils m’abandonnent dans un combat; vous sentez que c’est une supposition fort hasardée. Les Anglais ne pourront avoir dans la Méditerranée 14 vaisseaux, outre leur escadre principale. Au contraire, il ne serait pas aujourd’hui impossible qu’ils eussent deux escadres, chacune de 14 vaisseaux. Mais, pour que mon expédition de Toulon puisse agir, il me faut à Rochefort 4 vaisseaux en rade, 3 ou 4 à Lorient; que mon escadre de Flessingue soit en état et leur donne une véritable inquiétude. Le roi de Hollande m’assure qu’il aura, avant quinze jours, 6 vaisseaux en rade. Il faut qu’à la même époque j’aie à Cadix six vaisseaux français avec des troupes à bord, et des flûtes et bâtiments de transport, menaçant d’une expédition ; que l’escadre de Mahon soit à Toulon ou à Carthagène, renforcée de 2 autres vaisseaux, appareillant tous les jours et obligeant les Anglais à tenir une escadre pour la bloquer; que j’aie ma flottille de Boulogne prête et 30,000 hommes de troupes de terre prêts à s’embarquer, et une telle confusion de mouvements que l’ennemi ne  puisse pas savoir si tout cela ne doit pas débarquer chez lui ; que mes
3 vaisseaux de Lisbonne soient en état. Il y manque de la maistrance, et cependant il n’en manque pas en France; rien qu’à Bayonne, je trouve beaucoup d’officiers de la marine marchande, qui ont beaucoup navigué, et dont le grade dans la maistrance est, je crois, maître ou contre-maître. Je mets en fait que, si j’ai à Lisbonne sur mes vaisseaux des officiers de marine, tous Français, une marine française, 60 ou 80 canonniers français, 150 hommes de garnison de vieux soldats français et troupes d’élite, et 50 conscrits de ceux destinés aux équipages, je mets en fait, dis-je, qu’ayant par ce moyen 300 Français sur ces vaisseaux et 350 à 400 matelots portugais et étrangers, ces vaisseaux peuvent sortir, manoeuvrer, entrer en ligne, et donner une consistance à l’escadre russe.

Au moment de la mauvaise saison, les Anglais seront obligés de renforcer leur croisière de la Baltique, car mes troupes feront de nouveaux mouvements pour entrer en Scanie. C’est l’ensemble de toutes ces dispositions qui rendra possibles les expéditions que je médite.

Je viens de prendre un décret pour organiser quatre équipages à Lisbonne.

 

Bayonne, 26 mai 1808, huit heures du matin.

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d’Espagne, à Madrid

Je viens d’écrire à don Gregorio de la Cuesta, capitaine général de la Vieille-Castille, pour lui faire connaître que je l’avais nommé vice-roi du Mexique. Faites-lui expédier ses brevets et commissions en règle, et donnez l’ordre que la frégate la Flora soit prête à Cadix pour le conduire au Mexique.

Vous ferez donner l’ordre à ce vice-roi d’emmener avec lui quatre ou cinq maréchaux de camp, brigadiers ou colonels, pour leur confier le gouvernement de la Vera-Cruz et autres points importants. Vous ferez également préparer des avisos dans les petits ports qui existent entre Cadix et le Portugal, d’où l’on peut, mieux que de partout ailleurs, partir pour l’Amérique, afin que, si la frégate tardait trop à mettre à la voile, le vice-roi pût s’embarquer sur un des avisos. Vous ferez placer sur la Flora 3,000 fusils et les autres objets jugés nécessaires au Mexique. Des deux vaisseaux de 64 qui sont à Cadix, un marche très-bien, c’est le San-Fulgencio. Faites-le bien commander, faites compléter son équipage et tenir prêt pour une mission; mon intention est de le destiner pour Buenos-Ayres. Il faut embarquer sur ce bâtiment 400 hommes et 11,000 fusils. Mais il est nécessaire que ses cuivres soient visités, afin d’être sûr de sa marche. Il faut compter son approvisionnement pour six mois.

Vous avez nommé le maréchal de camp pour l’intendance de la Vera-Cruz. On m’assure que c’est un officier qui n’a aucun mérite et qui a gagné son grade avec de l’argent. Mon intention est de nommer pour commandant de la province de Caracas le brigadier don Vicente di Imbaran, qui est à présent à Madrid et qui a été gouverneur de Cumana. Il est nécessaire que cet officier se rende sans délai au Ferrol, où il s’embarquera sur le brick le Descobridor et appareillera le plus tôt possible. On embarquera sur ce brick 1,500 à 2,000 fusils.

Ainsi donc faites d’abord expédier à Cadix la Flora et le vaisseau de 64 le San-Fulgencio; faites-le approvisionner d’autant de vivres qu’il pourra en porter. Faîtes donner des ordres pour que trois avisos soient placés dans les petits ports entre Cadix et les Algarves; on dit qu’il y a un de ces petits ports très-bon pour ces expéditions. Faites donner ordre que le Descobridor, au Ferrol, se tienne prêt à partir; que le nouveau commandant de la province de Venezuela parte de Madrid vingt-quatre heures après la réception du présent ordre, pour se rendre au Ferrol et s’y embarquer.

Je ne sais pas si le capitaine général de la Vieille-Castille, M. de la Cuesta, acceptera la place de vice-roi du Mexique. Faites-lui écrire, et qu’il parte sans délai.

Indépendamment du San-Fulgenco, vous ferez préparer à Cadix la corvette le Mercure, destinée également pour une expédition.

Vous ne manquerez pas d’envoyer au conseil des Indes ma proclamation, pour qu’elle soit envoyée en Amérique par toutes les voies possibles.

Ordonnez qu’on ne perde pas un moment au Ferrol pour faire des vivres, car il est urgent qu’on envoie un secours à l’Amérique méridionale. La Concepcion est prête, il ne s’agit que de presser son équipage; le Saint-Elme et le Saint-Firmin sont en rade, ainsi que deux frégates; le San-Fernando est également prêt; on peut donc, avec un peu d’activité, avoir 4 vaisseaux et 2 frégates au Ferrol, qui peuvent porter 3,000 hommes, ce qui, avec les 400 hommes du San-Fulgencio de Cadix, assurera la possession de cette partie de l’Amérique.

Faites sentir au conseil des Indes, à la compagnie des Philippines, à la caisse de consolidation, l’importance de cette mission et la nécessité de fournir quelques millions, qui leur seront rendus.

Quel est le vice-amiral qui commandera l’escadre du Ferrol ? Il faut qu’il s’y rende sans bruit. Il faudrait que cette expédition pût être improvisée. Ce qui arrêtera le plus, je crois que ce seront les vivres, car il faut que chaque bâtiment en ait pour six mois.

Si le temps est bon, demain partira d’ici un brick avec des paquets et des fusils pour Buenos-Ayres. Ces fusils sont tous de bons fusils français. Il est possible que je fasse partir la Comète, qui est
au Passage. Faites donner à Saint-Sébastien l’ordre de fournir 2,000 fusils à cette frégate, que j’ai l’intention d’expédier à la Havane.

 

Bayonne, 26 mai 1808, onze heures du soir.

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d’Espagne, à Madrid

Il parait qu’on vous a envoyé ce matin, par erreur, deux proclamations, au lien d’une proclamation et d’un décret. Vous trouverez ci-joint le décret qui devait accompagner la proclamation.

Il faut, pour communiquer avec les Amériques, avoir trois ou quatre felouques au petit port d’Ayamonte. Ce port est celui dont je vous ai parlé dans ma lettre hier, qui se trouve entre Cadix et les Algarves. On pourra expédier de là autant de petits bâtiments que l’on voudra.

J’ai vu l’amiral Mazarredo, qui se rend à Bilbao, où vous lui adresserez ses lettres de nomination au ministère de la marine. Il est nécessaire qu’il soit fait capitaine général à la date de 1799, ayant connaissance que le roi Charles voulait le nommer à cette place de capitaine général. Le chef d’escadre ….. vient d’être nommé gouverneur de Montevideo; il commandait à Montevideo lors de la reddition; c’est un homme qui ne jouit d’aucune considération dans le pays. Le général Liniers avait nommé, après l’évacuation, le brigadier don Francisco Xavier de Ilio; c’est un excellent choix; faites envoyer des ordres à Saint-Sébastien pour que le chef d’escadre ….. ne s’embarque pas, et faites confirmer la nomination qu’a faite le général Liniers.

 

Bayonne, 27 mai 1808

A M. Cretet, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur Cretet, j’ai reçu le compte que vous me rendez sur les teintures des étoffes de Lyon. Je vois avec plaisir le soin que vous vous donnez pour les comparer avec celles des Gobelins. Soumettez-moi un projet de règlement sur cet objet. Portez la plus grande attention sur les teintures de Lyon; vous savez que c’est une grande partie de nos richesses. Je voudrais établir une chaire de chimie à Lyon; le chimiste qui y est médiocre; occupez-vous d’y en envoyer un très bon. Présentez-moi un projet pour former là un établissement de chimie qui ait quelque valeur. Une dépense annuelle de 10,000 francs sera bien employée, et peut entrer très-bien dans le chapitre de votre budget relatif à l’encouragement des arts.

 

Bayonne, 27 Mai 1808

A M. Cretet, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur Cretet, je lis votre rapport du 11 mai. Je vois avec plaisir l’activité que met le commerce dans ses expéditions pour les colonies. J’approuve que les constructeurs conservent les ouvriers nécessaires pour leurs constructions, et j’autorise la marine à donner tous les moyens pour faciliter la formation des équipages.

Pour la troisième demande, je ne puis y consentir. Il faut parler clair; si c’est pour masquer une connivence avec les croiseurs anglais, comme cela s’est déjà fait, le Gouvernement, qui a l’oeil fixé sur des affaires si importantes, en sera instruit et prendra des mesures. Qu’est-ce que les bâtiments français ont à discuter avec les douanes ? S’ils viennent réellement de la Martinique, de la Guadeloupe, de Cayenne, il ne pourra pas y avoir de doute sur cela; il y aura toujours à bord : 1° un ou deux passagers de ces colonies; 2° une grande quantité de lettres des colonies à la métropole; 3° des papiers signés du préfet colonial. Tout commerce entre la métropole et les colonies ne peut être simulé; on ne peut pas dire qu’on vient de la Martinique et venir en réalité de Londres. Il ne faut pas non plus que le bâtiment ait été visité par les Anglais; leur visite aurait dénationalisé mon pavillon, et le bâtiment qui se présenterait dans mes ports avec cette tache, certes, n’y serait pas reconnu. Et, en effet, il est facile de voir que ce commerce ne serait favorisé par l’ennemi que comme commerce interlope, et parce qu’i1 aurait souscrit à la condition déshonorante qu’il a imposé. L’intérêt de l’Etat n’est pas toujours celui des négociants; un négociant peut vouloir se ployer sous le joug de la législation anglaise, le Gouvernement ne peut le souffrir. Ainsi donc un bâtiment venant des colonies n’a rien à craindre; trop de caractères s’opposent à sa simulation.

Je n’approuve point les mesures que vous proposez pour le quinquina; l’exportation de cette denrée doit être libre; l’Espagne et le Portugal nous en fourniront. Il ne faut pas donner au continent l’exemple de s’isoler. Je préfère que, comme ministre de l’intérieur, vous preniez vos précautions, et que vous en fassiez venir du Portugal ou de Cadix, afin d’en agir comme vous en agirez à l’égard des blés à Paris, de manières que vous puissiez en envoyer où le besoin s’en ferait sentir.

 

Bayonne, 27 mai 1808.

Au général Dejean, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris.

Monsieur Dejean, je désirerais accorder à toutes les troupes qui sont en Espagne deux paires de souliers et une chemise; mais je voudrais comprendre là dedans tout ce que je leur ai déjà fait donner en gratification, en souliers et en chemises. Vous devez avoir les états de tout cela à Paris ; faites-moi un rapport. L’armée d’Espagne est de 80,0.00 hommes présents; ce serait donc 160,000 paires de souliers et 80,000 chemises. Je crois déjà avoir accordé une paire de souliers par homme, et tout le monde doit l’avoir reçue. Il faut faire entrer dans ce compte tous les souliers que vous avez envoyés de Paris, les 20,000 paires que le maréchal Moncey a fait faire, les 20,000 paires que le grand-duc a fait faire, ceux que j’ai moi-même ordonné ici. J’ai déjà envoyé plusieurs chemises. Vous devez avoir un compte général avec l’intendant de l’armée d’Espagne, qui doit s’arranger de manière à se retrouver.

 

Bayonne, 28 mai 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Bayonne

Monsieur de Champagny, écrivez au sieur Andréossy, par un courrier extraordinaire, que les gazettes parlent d’une levée de 180,000 hommes que voudrait faire l’Autriche; que cependant il n’en dit rien dans ses dépêches; que, si cette nouvelle est controuvée, il ne doit faire aucun cas du présent courrier; mais que, si elle est réelle, il doit s’en expliquer avec le ministre des affaires étrangères, lui dire que je demande que cette levée de milices n’ait pas lieu, et qu’il ne soit fait aucun armement extraordinaire; que je considérerai tout armement comme fait contre moi, car ce n’est que contre moi qu’ils peuvent être dirigés, lorsque l’Autriche ne se contente pas de 300,000 hommes sur pied; que voici l’état des choses : si la levée des milices se faisait, je convoquerais sur-le-champ toutes les troupes de la Confédération à Passau; que je ferais de nouvelles levées en France; qu’il faudra bien que quelqu’un paye les frais de ces armements, et qu’il n’est pas difficile de prévoir que ce sera l’Autriche. Vous écrirez au sieur Andréossy que, si l’on insiste et qu’on ne lui donne pas une réponse satisfaisante, il déclare qu’il demande ses passe-ports ; il laissera dans ce cas un chargé d’affaires, disant qu’il n’est pas de la dignité d’un ambassadeur de France d’être témoin d’armements qui menacent la puissance qu’il représente.

Il se plaindra aussi de ce qui se passe du côté de Varsovie, où, dans le temps qu’on fournit tout aux Russes, on ne fournit rien à l’armée française.

Si la nouvelle des levées est hasardée et n’est pas prouvée, le sieur Andréossy en parlera légèrement à M. de Stadion, et lui fera entendre que, si elle avait lieu, nous interviendrions, sans dire qu’il a des ordres positifs de s’expliquer là-dessus.

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P.. S. Le même courrier pourra continuer sur Constantinople pour porter des plaintes sur la conduite qu’on tient envers moi en Moravie, en Bosnie.

 

Bayonne, 28 mai 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon fils, je vous ai prié de m’envoyer sur un huilé les limites précises des États du pape réunis au royaume d’Italie, avec les points où passe la ligne de démarcation. Joignez-y les limites du Pérugin actuel et de la Toscane.

 

Bayonne, 28 mai 1808.

A M. Cretet, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur Cretet, il est nécessaire que vous ayez une conférence avec Aldini, pour purger le territoire du royaume d’Italie. Il y a près de la Spezia des parties qui appartiennent à l’Italie, entre Pontremoli et Sarzane; il faut qu’elles soient réunies au département des Apennins. Pontremoli pourrait y être réuni également. Je prévois que j’établirai la préfecture des Apennins à la Spezia. Faites-moi connaître s’il y a une communication de la Spezia à Lucques, et si l’on communique de la Spezia à Livourne. Enfin il faut s’occuper sérieusement d’une communication de la Spezia avec Parme, laquelle pourra donner le moyen d’arriver de Parme à Florence sans passer dans le royaume d’Italie. Je suppose que la communication de la Spezia avec Parme est plus facile qu’avec Plaisance; je préfèrerais de beaucoup cette dernière. De la Spezia à Gênes, la communication existe par mer; ainsi celle par terre est moins importante. Je désire que vous m’envoyiez, avant le 1er juillet, les projets de communication de la Spezia à Sarzane et à Pise, en côtoyant la mer, de la Spezia à Plaisance ou à Parme, de la Spezia à Gênes. Mon intention est d’établir à la Spezia un autre Toulon; des communications par terre deviennent donc indispensables. Je ne serais pas loin de faire faire une route dans le royaume d’Italie par Reggio, surtout si nous faisions celle de la Spezia à Plaisance.

 

Bayonne, 28 mai 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur Decrès, je désire que vous me fassiez connaître les mesures qu’il y a à prendre dès aujourd’hui pour l’accroissement notable de notre marine d’ici à l’année prochaine.

J’ai aujourd’hui 8 vaisseaux en rade à Flessingue, 3 en rade à Rochefort, 4 en rade à Lorient (je compte le Polonais comme lancé, et le Vétéran comme rentré à Lorient), 7 en rade à Brest (je compte le Tonnerre comme en rade) , 22 en rade de Lisbonne, 5 en rade de Cadix, 12 en rade de Toulon (je compte l’Austerlitz et le Donauwerth comme lancé) , 1 à Gênes; total, 42. Ceci sera la situation de ma marine au mois d’août prochain.

Je désire, du mois d’août prochain au mois de septembre 1809, lancer 35 vaisseaux, ce qui, l’automne prochain, portera la situation de ma marine à 77 vaisseaux. Voici comment je calcule :

J’ai aujourd’hui, sur les chantiers d’Anvers, 9 vaisseaux; sur celui de Flessingue, 1, plus 2 qui seront mis sur le chantier le ler septembre prochain en remplacement des 2 qui seront mis à l’eau à cette époque; total, vaisseaux de nouvelle construction, 12, que j’aurai à Flessingue avant le mois de septembre 1809; ce qui, avec les 8 vaisseaux que j’ai aujourd’hui, me fera 20 vaisseaux sur cette rade.

J’ai aujourd’hui 7 vaisseaux à Brest, plus 1 vaisseau qui a été démonté et remisé sous le hangar; donnez ordre que ce vaisseau soit remonté et placé dans le bassin; il faut qu’il soit fini avant mai 1809; entrez pour cela dans les détails, et, s’il le faut, donnez l’ordre d’apporter par terre tous les bois qui seraient nécessaires; total, 8.

J’ai aujourd’hui 4 vaisseaux à Lorient; indépendamment de ce, j’en ai 4 autres en construction; enfin je dois compter le vaisseau qui sera mis sur le chantier en place du Polonais; total, 9.

A Rochefort, j’ai 3 vaisseaux en rade; j’en ai sur le chantier 3 autres, auxquels j’ajoute celui qui sera mis sur le chantier en place de la Ville-de-Varsovie et celui qui sera mis en place du Triomphant total, 8.

J’ai 2 vaisseaux de 64 en construction à Bordeaux.

J’ai 2 vaisseaux à Lisbonne, et je fais achever celui de 74; total, 3. J’ai à Toulon 12 vaisseaux, y compris l’Austerlitz et le Donauwerth, plus 2 vaisseaux déjà avancés, et 2 vaisseaux mis sur les chantiers en place de l’Austerlitz et du Donauwerth; total, 16.

J’ai 1 vaisseau à Gênes, plus 1 qu’on mettra sur le chantier; total, 2.

A la Spezia, j’en fais mettre 1 sur le chantier.

Enfin, à Venise, j’ai 3 vaisseaux actuellement sur le chantier.

En résumé, j’ai ou j’aurai sur les chantiers, pour être terminés avant septembre 1809, 35 vaisseaux, et ces 35 vaisseaux de nouvelle construction, joints aux 42 que j’ai actuellement, me donneront, l’année prochaine, 77 vaisseaux. Mais quel est l’argent néessaire, quelles sont les mesures à prendre pour obtenir ce résultat ?

Si nous allions avoir 19 vaisseaux dans la Méditerranée; dans l’Adriatique, à Ancône, 3; à Flessingue, 20; à Brest, Lorient et Rochefort, 25 ; à Bordeaux, 2; à Cadix et Lisbonne, 8; total, 77 vaisseaux français; plus 10 vaisseaux que le roi de Hollande a dans ses ports, 1 vaisseau du Danemark, 12 que l’empereur de Russie a dans la Baltique, 11 que l’empereur de Russie a à Lisbonne et Tonlon, 20 que les Espagnols ont ou auront; total, 54 vaisseaux étrangers; cela formera une masse de 131 vaisseaux; et, si l’on en excepte les 12 vaisseaux russes qui sont dans la Baltique, cela fera 119 vaisseaux de guerre qui seront sous ma direction immédiatement et appuyés par des camps, de 7,000 hommes au Texel, de 25,000 à Anvers, de 80,000 à Boulogne, de 30,000 à Brest, de 10,000 à Lorient et à Rochefort, de 6,000 Espagnols au Ferrol, de 30,000 hommes à Lisbonne, de 30,000 à Cadix, de 20,000 à Carthagène, de 25,000 à Toulon, de 15,000 à Reggio et de 15,000 à Tarente. Il me semble que ce serait là un damier qui, sans trop exiger de la fortune, sans exiger même une habileté extraordinaire dans nos marins, doit nous conduire à de grands résultats.

La mise à l’eau de 35 vaisseaux en France, dans une année, pourrait paraître chimérique au premier coup d’oeil; mais il faut ôter de ce nombre 12 vaisseaux de Flessingue, celui de Lisbonne, celui de Gênes, celui de la Spezia et les 3 de l’Adriatique, en tout 18 vaisseaux, dont la construction a lieu dans des pays qui n’appartiennent pas à l’ancienne France. Reste donc seulement 17 vaisseaux à construire sur les chantiers français, savoir : 1 à Brest, 5 à Lorient, 5 à Rochefort, 2 à Bordeaux et 4 à Toulon ; total, 17 vaisseaux. Mais, sur ces 17 vaisseaux, on a déjà fait au moment où je parle, au Havre, 18 vingt-quatrièmes; à Lorient, idem; à Rochefort, idem; à Bayonne, 12 vingt-quatrièmes; à Toulon, 18 vingt-quatrièmes; total, 84 vingt-quatrièmes, et, par réduction, 21 sixièmes, ou la valeur de près de 4 vaisseaux. Il ne reste donc vraiment à construire que 14 vaisseaux au plus, qui, tout armés, ne doivent pas faire une affaire de plus de 21 millions. J’aurai donc, au mois de septembre 1809, 77 vaisseaux, dont 3 à trois ponts (en supposant l’Austerlitz remplacé par un autre vaisseau à trois ponts), et tous les autres de 80 et de 74, hors 2 qui seront de 64.

Je désire que vous établissiez ainsi en hypothèse la situation de ma marine au 1er septembre 1809, en y ajoutant le nombre nécessaire de frégates, corvettes et autres petits bâtiments; car, pour bien diriger les opérations de cette année, il faut d’abord savoir ce qu’on a à espérer dans un espace de temps si rapproché qu’un an.

 

Bayonne, 28 mai 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Si les Anglais continuent à détruire les bateaux pécheurs, il faut ordonner à nos pêcheurs d’attaquer les leurs. On leur a renvoyé leurs pêcheurs de Dieppe avec beaucoup trop de cérémonies, ce qui n’a fait que leur montrer combien on était sensible à ces pertes.

 

Bayonne, 28 mai 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Les nouvelles que je reçois de mes ports m’annoncent qu’il y a du mécontentement de ce que la marine ne se donne aucun soin pour les protéger contre les entreprises de l’ennemi. Ce n’est pas avec des vaisseaux à trois ponts qu’ils nous attaquent, mais avec des péniches, Nous ne manquons, en France, ni de péniches, ni de bras, non; mais la marine manque d’activité. Le 14, à Fromentine, les habitants se sont embarqués sur de petits bâtiments de transport, ont attaqué le cutter anglais le Lion, qui se trouvait en calme à deux lieues de terre, et l’ont pris. Comment n’y a-t-il pas dans tous les petits ports de péniches, une organisation enfin ? Puisqu’il faut que je m’occupe de tous les détails, j’ai pris un décret pour organiser une flottille de gardes-côtes. Faites-le exécuter rigoureusement; pas de si, de mais, de car, ne faites pas d’objections, mais levez-les. Quand on voit les ports, on se convainc des immenses ressources qu’il y a et de ce qu’on peut faire pour favoriser et défendre le cabotage.

 

Bayonne, 28 mai 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Il faut 15,000 pieds cubes de plançons pour border un vaisseau de 74; il parait que ceux nécessaires à Rochefort y manquent; il y en a ici 15 à 20,000 pieds cubes. Un plançon de première espèce  a pour dimension 30 pieds cubes (le pied cube de chêne pèse 80 livres) ; il pèse donc 24 quintaux, c’est-à-dire la charge d’une grosse voiture. 4,000 pieds cubes de bois sont déjà arrivés de Bayonne à Langon par terre. Je viens de donner l’ordre qu’il soit passé un marché régulier pour transporter 15,000 pieds cubes de Bayonne à Langon, à raison de 500 pieds cubes par jour, à dater du 1er juin. Ainsi, à dater du 1er juin , il y aura à Langon 500 pieds cubes ou seize voitures qui y arriveront tous les jours. Ces bois iront par eau de Bayonne à Mont-de-Marsan; mais de Mont-de-Marsan à Langon il y a quatre journées de boeufs pour l’aller et trois journées pour le retour; ce service emploiera donc au moins cent douze voitures à l’entrepreneur. J’ai accordé deux prix : l’un par pieds cubes de bois de grande dimension qui pèseront plus de 20 quintaux par pièce, l’autre par pieds cubes de bois qui pèseront moins de 20 quintaux par pièce. J’ai ordonné que l’artillerie de terre fournit soixante porte-corps qui sont ici. J’ai ordonné qu’à dater du 1er juillet on doublerait les transports, c’est-à-dire qu’il y aurait par jour trente-deux voitures, au lieu de seize, conduisant 1,000 pieds cubes au lieu de 500.

Ne parlons d’abord que des 15,000 pieds cubes qui seront transportés en juin. 15,000 pieds cubes font la charge de cinq gabares. Cinq gabares ne faisant qu’un voyage par an me coûtaient l’entretien de 500 hommes, c’est-à-dire 500 francs par jour, rien que pour les vivres, ce qui faisait une dépense de 15,000 francs par mois et 180,000 francs par an ; il m’en coûtait au moins autant pour la solde. Joignez à cela les frais de réparation et d’entretien des bâtiments, et de plus 20 pour 100 pour assurances, ce qui est bien peu de chose, car, en dernière analyse, il s’en perdait par accident, au bout de plusieurs années , plus d’un cinquième. Voilà donc une dépense de plus de 5 à 600,000 francs, et ce qu’il y a de pis, c’est que tout cela n’arrivait pas; au lieu, que, par les moyens que je viens d’ordonner, les 15,000 pieds cubes qui seront transportés dans le mois ne coûteront que 4 francs le pied cube, c’est-à-dire 60,000 pour le tout. Il y a donc une économie immense. Sans doute que cette dépense de 60,000 francs est encore trop forte; aussi je pense que vous devez ordonner que le transport n’aura lieu que pour les bois précieux et dont Rochefort manque. Ici, il y a environ 50 à 60,000 pieds cubes de bois utiles, nécessaires même et dont Rochefort a besoin. Laisser pourrir ces bois serait un si grand malheur qu’il ne faut rien épargner pour empêcher cette perte, surtout pour les pièces importantes.

Donnez ordre au préfet maritime à Rochefort de dresser l’état de l’assortiment de 15,000 pieds cubes de bois dont il aura besoin dans le courant de juin, et des 30,000 pieds cubes qu’on aura à lui envoyer dans le courant de juillet. Il dressera cet état d’après la situation de l’approvisionnement de Bayonne, que vous lui communiquerez.

Il vous faudra aussi prendre des mesures pour que les entrepreneurs ne prennent pas d’autres bois que ceux de Bayonne, car, avec les prix qu’on leur accorde, il ne serait pas impossible qu’ils ne trouvassent des bénéfices à prendre des bois à moitié chemin. Mais ici il n’est pas seulement important de faire arriver des bois, mais, encore que ce soient les bois de Bayonne, pour que les entrepreneurs de la marine trouvent ensuite les autres qu’on aura laissés en, réserve.

Enfin il est nécessaire de prendre des mesures, comme je vous l’ai déjà marqué, pour que toutes les coupes versent sur les affluents de la Gironde, de la Dordogne et de la Charente, et le moins possible sur le bassin de l’Adour.

 

Bayonne, 28 mai 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Vous recevrez un décret que je viens de prendre pour la formation de cinq nouveaux équipages de vaisseau pour le port de Lisbonne.

Vous verrez que j’ai donné à ces équipages une organisation particulière: il le fallait. Mon intention est que sur le bâtiment il y ait toujours 100 Français de plus que d’étrangers. Or comment cela pourrait-il être autrement ? Il a bien fallu augmenter le nombre des canonniers et celui de la garnison. Il faut même que les mousses soient aussi Français, de sorte qu’il n’y ait dans l’équipage que 350 Portugais, c’est-à-dire de bons matelots, que nous ne pouvons pas autrement nous procurer. J’ai cependant laissé le quart de la maistrance aux Portugais; cela était nécessaire pour encourager les Portugais et parler aux matelots leur langue. Ainsi, au lieu de porter les équipages à 700, cela les élève à 800, à 850. Cela est d’autant plus avantageux que les Français seront toujours en nombre suffisant pour servir les canons et se battre. On pourra aussi mettre à bord quelques enseignes ou mieux quelques officiers portugais, qui seront en dessus du nombre fixé par l’organisation et feront le service; mais on conservera toujours moyen de les surveiller, et il devra toujours y avoir un officier français de quart; ce qui sera facilement motivé, puisqu’on pourra dire que le grand nombre de matelots novices et de soldats de garnison exige cette surveillance. La présence de ces officiers portugais sera surtout avantageuse pour les communications avec les matelots et soldats des deux nations; ils devront savoir les deux langues et serviront de truchements.

 

Bayonne, 28 mai 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

J’apprends avec intérêt que le corsaire le Hasard s’est emparé de deux péniches anglaises qui croisaient à la hauteur d’Ostende. Je désire que vous me fassiez un rapport pour donner une récompense à ce corsaire.

Une frégate, deux corvettes et un cutter anglais sont mouillés à deux lieues du fort du Pilier, près Noirmoutiers. Quand les deux frégates de Nantes seront-elles prêtes et pourront-elles aller débusquer ces lurons-là?

Faites-moi connaître si, pendant la saison, ma flottille de Boulogne va en rade. Faites connaître au général Lacrosse (Jean-Baptiste Raymond Lacrosse, 1760-1829. Il est alors contre-amiral commandant la flottille de Boulogne), de garnir constamment la ligne d’embossage, de manière que toute la ligne, depuis le fort de l’Heur jusqu’à la Crèche, soit garnie de chaloupes canonnières, de bateaux canonniers, péniches et de quelques prames.

 

Bayonne, 28 mai 1808

Au prince Camille Borghèse, gouverneur des départements au-delà des Alpes, à Turin

Je reçois votre lettre du 22 mai sur Alexandrie. Vous ne me dites pas quelle est la quantité des travailleurs, ce que je désire savoir; combien de maçons, de tailleurs de pierres; combien de manoeuvres. L’approvisionnement en briques est-il considérable ?

 

Bayonne, 28 mai 1808

A Alexandre Berthier, prince de Neuchâtel, major général de la Grande Armée, à Bayonne

Mon Cousin, donnez ordre à toute la division portugaise qui est à Hernani de se rendre à Bayonne. Donnez également à tous les Portugais qui sont à Vitoria l’ordre de rentrer.

 

Bayonne, 28 mai 1808, neuf heures du matin

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d’Espagne, à Madrid

Mon Frère, je reçois votre lettre du 25 à une heure du matin. J’espère que vous aurez été content de ma proclamation. Mazarredo est parti. Demain partiront d’ici deux très beaux bricks avec 2,000 fusils français pour Montevideo. Vous pouvez l’annoncer. Trois sont déjà partis. On prépare ici le local et tout ce qui est nécessaire pour l’assemblée. Je désire beaucoup que deux vaisseaux soient mis sur le chantier à Carthagène. J’ai vu avec plaisir que vous aviez trouvé de l’argent; mais je vois que vous n’envoyez que 500,000 francs au Ferrol et 500,000 francs à Cadix; cela ne fait qu’un million. Le ministre des finances arrive demain ; tout s’arrangera. Je laisserai sortir de l’argent de France tant qu’on voudra. On trouvera facilement à emprunter 20 millions en engageant les diamants de la Couronne, ou sur les vales. Il y a un autre moyen d’avoir sur-le-champ deux millions; parlez-en à Laforest. Je ferais volontiers un traité par lequel j’achèterais les deux vaisseaux le Santa-Anna, à Cadix, et le San-Carlos, à Carthagène. Je nommerai pour mon expert le sieur Le Roy, mon consul à Cadix. Ces deux bâtiments, armés et munis de tous leurs gréements, doivent bien valoir deux millions. Ces deux millions peuvent être touchés à Madrid vingt-quatre heures après que la convention sera faite. Si les choses se font ainsi, sans que cela fasse un mauvais effet, vous ordonnerez à l’amiral Rosily de prendre le commandement des marins de ma Garde, de les diviser en deux, de mettre 200 hommes sur le San-Carlos et 200 hommes sur le Santa-Anna. Vous ferez fournir, des troupes du général Dupont, 1,100 hommes, qui s’embarqueront comme garnison, savoir : 120 hommes sur chacun des cinq vaisseaux français de mon escadre de Cadix, 250 sur le San-Carlos et 250 sur le Santa-Anna. Le général Dupont choisira des Français et formera ses détachements de compagnies complètes. Par ce moyen, l’amiral Rosily aura 1,000 matelots disponibles avec les marins de ma Garde; il en placera. 500 sur le San-Carlos et 500 sur le Santa-Anna. Cela aura l’avantage de mettre ces vaisseaux en ligne. En y pensant mieux, comme il serait possible que de vendre deux vaisseaux effarouchât les Espagnols, il faudrait prendre une mesure plus simple. Ce serait de conclure une convention par laquelle les deux vaisseaux le San-Carlos et le Santa-Anna seraient mis à ma disposition, que je les ferais monter par mes marins, et que je ferais verser dans la caisse de la marine espagnole deux millions, pour mettre en construction deux vaisseaux à Carthagène, et aussitôt que les deux vaisseaux seraient achevés, je rendrais le Santa-Anna et le San-Carlos. Je gagnerai à cet arrangement d’avoir deux vaisseaux neufs; il y aura deux vaisseaux de plus pour la cause commune, et tout le monde y gagnera. J’attache une grande importance à avoir le Santa-Anna à Cadix, parce que mon amiral aura son pavillon sur un vaisseau à trois ponts, et que mon escadre en acquerra une grande consistance. J’attache la même importance à avoir deux vaisseaux en construction à Carthagène. Écrivez à l’amiral Rosily de mettre le capitaine Daugier sur le San-Carlos. Enfin, si l’escadre de Mahon se rend à Carthagène, ce vaisseau s’y joindra, et il y aura là une belle escadre.

Si vous prenez le parti de faire mettre les deux vaisseaux de Carthagène sur le chantier, à mes frais, vous aurez soin qu’ils soient construits sur le même plan que mes vaisseaux, et qu’il soit inséré dans la convention la stipulation que des ingénieurs français en surveilleront la construction. Vous trouverez ci-joint le projet de cette convention, comme je désire qu’elle soit conçue. Si cette convention n’éprouve aucun obstacle, aussitôt qu’elle sera signée, vous ferez verser un million dans la caisse de la marine, sur les deux millions que le payeur a à ma disposition pour le service public.

Envoyez-moi, par le retour du courrier, l’état de la caisse du payeur que je ne reçois pas. Il doit avoir en réserve, à ma disposition, deux millions, hors du service ordinaire. J’ai d’ailleurs, dans ma caisse particulière, un million à Bayonne et à Burgos.

Renvoyez de nouveau l’ordre à l’escadre de Mahon de se rendre à Toulon ou dans quelqu’un de mes ports. Si elle ne le pouvait pas, et qu’elle pût avec sûreté retourner à Carthagène, je l’autorise à le faire.

Voici un autre moyen d’avoir 4 millions sur-le-champ : vous vous souvenez que les diamants de la couronne de France ont été volés au commencement de la révolution. Le Sancy et plusieurs autres diamants ont été achetés et sont passés en Espagne. J’aurais le droit de les reprendre, mais je veux les racheter à un prix équitable. Chargez Laforest de s’entendre pour cela avec qui de droit. J’en achèterai pour 4 millions, que je ferai verser sur-le-champ dans le trésor espagnol. Ces ressources réunies donneront tout de suite 6 millions ou 24 millions de réaux. Je vous recommande de ne pas me laisser perdre trop sur l’achat des diamants. L’Espagne refera ses diamants, mais j’attache beaucoup de prix à ravoir ceux qui appartenaient à la couronne de France.

 

Bayonne, 28 mai 1808

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d’Espagne, à Madrid

Je réponds au rapport de l’ingénieur de marine. Il est nécessaire que vous donniez sans délai des ordres pour que des bois de Cuenca, de Caravaca, Mosqueruela, Tortose et autres forêts de la Catalogne soient dirigés sur Carthagène. Il faut que la marine prenne des moyens de transport avec ostentation. On aura suffisamment de charrettes de village pour ce transport en les payant exactement. Vous donnerez également des ordres et prendrez des mesures pour que des bois de la côte de Cantabrie soient dirigés sur le Ferrol, où ils sont nécessaires pour construire deux vaisseaux. Ce que propose l’ingénieur de marine est bien, de démolir le Conde de Reyla, ainsi que le Souverain et le Saint-Firmin. J’approuve donc que ces trois vaisseaux soient dépecés avant qu’ils ne coulent à fond. Il faut faire mettre les fers de côté. Il n’aboutit à rien de faire travailler sur des vaisseaux qui sont hors de service. Prenez un arrêté pour cela. Ordonnez qu’on répare l’Argonaute et qu’on dépèce le Saint-Gabriel.

Je vois qu’à Carthagène le Saint- Pierre d’Alcantara doit coûter 135,000 francs de réparation : soit; mais que le Joachim doit coûter 735,000 francs, si j’ai bien lu; qu’au Ferrol le Mexicain coûtera un million de réparation : tout cela est trop cher. On demande aussi trop cher pour la réparation du Saint-Sébastien; mieux vaut travailler à des vaisseaux neufs.

Dans cette situation, il vous faut arrêter un travail. Faites dépecer les quatre ou cinq vaisseaux qui ne valent rien, en ayant soin de faire mettre de côté les fers et les bons bois. Faites mettre sur-le-champ en rade la Concepcion, la Santa-Anna, le Saint-Charles, le Hinho et le Glorieux. Vous aurez soin que, dans la rédaction de votre arrêté, ces dispositions soient présentées dans les formes suivantes :

ARTICLE 1er Tel vaisseau sera démoli.

ART. 2. – Tels vaisseaux seront armés sans délai.

ART. 3. – Tels vaisseaux seront radoubés.

ART. 4. — Tels vaisseaux seront mis en construction au Ferrol, à Carthagène et à Cadix.

Et, dans un titre second, vous ordonnerez : Les bois de tels endroits seront transportés sans délai sur les ports; et telles mesures seront prises pour ce transport.

 

Bayonne, 28 mai 1808

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d’Espagne, à Madrid

J’ai vu, dans le rapport du ministre de la marine du 23 mai, qu’un parlementaire anglais a eu une correspondance avec le capitaine général; mais je n’y ai pas vu ce que ce dernier a répondu.

Les deux bataillons de Jaen ne sont pas suffisants à Ceuta; il faut y faire passer 6,000 hommes pour en imposer aux Marocains; la perte de cette place serait immense pour l’Espagne et pour la France. J’ai fait connaître au roi de Maroc que, s’il se refusait à l’approvisionnement de Ceuta ou faisait la moindre chose contre la France, je passerais en Afrique avec 200,000 hommes, Français et Espagnols. Il est donc nécessaire d’y faire passer d’avance des forces, toutefois jusqu’à la concurrence de 6,000 hommes.

J’ai reçu la note que vous m’avez envoyée sur la baie de Tanger, sur Ceuta et sur les autres subsides; mais j’aurais désiré que des plans fussent joints à ces notes. En général, il parait qu’en Espagne vous n’êtes pas forts pour les plans. Donnez-moi plus de détails sur la baie de Tanger; une escadre peut-elle y entrer ?

Vous pouvez faire mettre dans les journaux que l’amiral Mazarredo a été présenté à l’Empereur à Bayonne, et que, pendant les trois jours qu’il est resté dans cette ville, il a passé plusieurs heures avec Sa Majesté; lorsqu’il a pris congé, Sa Majesté lui a fait remettre par le grand maréchal du palais son portrait enrichi de diamants.

J’aime assez Caballero, mais il a une très mauvaise réputation. C’est tout dire que de dire qu’il était l’homme de confiance de la Reine. D’ailleurs on pourrait supposer que la France s’est servie de lui pour retenir le Roi et l’empêcher de partir; il est donc convenable de ne pas lui rendre le portefeuille et de le laisser où il est, car vous savez combien il importe, dans les commencements surtout, de ne mettre en place que des gens bien famés.

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P. S. Faites passer la lettre ci-incluse au cardinal-archevêque de Tolède.

 

Bayonne, 28 mai 1808

Monsieur Decrès, je vois par l’état des stations des forces navales anglaises au 1err mai, qu’ils ont 13 gros vaisseaux dans la Baltique et 9, de 64; que l’amiral Russel n’a que 2 vaisseaux à Yarmouth; il sera bientôt obligé d’en avoir 6 pour bloquer le Texel ; que dans la Manche l’amiral Gambier a 9 vaisseaux et 1 de 64, probablement 6 devant Brest et 3 devant Lorient, ce qui supposerait qu’il n’en a pas devant Rochefort; que dans la Méditerranée l’amiral Collingwood n’aurait que 17 vaisseaux, 1 de 64 et 3 de 50. Il y a un de ces petits vaisseaux devant Corfou. Il doit y avoir 5 ou 6 vaisseaux vis-à-vis les Dardanelles. Il s’ensuit donc qu’il n’y a pas plus de 12 ou 13 vaisseaux pour contenir Toulon et Mahon. Ainsi les Anglais n’ont donc aujourd’hui contre les Français et les Hollandais que 3 vaisseaux à Yarmouth, 10 vaisseaux dans la Manche, 20 vaisseaux dans la Méditerranée, 9 vaisseaux en Portugal et 11 devant Cadix, total 53 vaisseaux. 

Et moi j’en aurai au 1er juillet :

Au Texel (Hollandais)  8 vaisseaux de ligne.
A Flessingue.
A Brest 6
A Lorient 3
A Rochefort
A Lisbonne
A Cadix 11
A Carthagène ou Mahon
Au Ferrol
A Toulon 14
Total  74 vaisseaux.

Ainsi il faudra donc que les Anglais renforcent leurs croisières. J’ai fait envoyer de l’argent au Ferrol, à Cadix, à Carthagène; partout on se remue. Je veux d’ailleurs envoyer des expéditions de troupes espagnoles en Amérique.

Les anglais seront obligés, l’été s’avançant, d’avoir :

Dans la Baltique  15 
Au Brésil 6
Au cap de Bonne-Espérance 1
Dans l’Inde  10
En Amérique 6
A la Jamaïque 2
Total  40 vaisseaux

Il faudra qu’ils aient pour s’opposer à ma direction :

A Brest 7
A Lorient 3
A Commarun 1
A Rochefort 4
Total 15

 

Au Texel 6
A Flessingue 8
Au Ferrol 4
Total 16

 

A Cadix 13
A Toulon 16
A Carthagène 8
Dans le Levant 4
Total 28

Total : 86 vaisseaux

Il leur faudra donc 86 vaisseaux pour s’opposer à ma direction, et 4o dans les pays étrangers et hors de ma direction , c’est-à-dire 126 vaisseaux, sans comprendre ce qu’il faut devant Corfou, à Messine, à Palerme, à Jersey, ce qui leur est nécessaire pour escorter les convois. Il leur faudra d’ici au mois d’août doubler leur marine; de là dépense d’argent, presse de matelots et croissance de dangers. Mais pour cela il ne faut pas que mes escadres restent comme des cadavres; et se tiennent toujours en situation d’appareillage. Je vois que les Anglais ont dans leur escadre de la Baltique deux vaisseaux de 64, on en conçoit facilement la raison; qu’ils en ont à Jersey 1 de 50; dans la Manche, 1 de 64; il faut qu’ils y trouvent des avantages, ou économie d’hommes, ou tirant d’eau moindre. Dans la Méditerranée , ils ont 1 vaisseau de 64 et 2 de 50; au Portugal, 1 de 64; au Brésil, 9 de 64.; aux Indes, 3 de 64 et 2 de 50; en Amérique, 1 de 64; à la Jamaïque, 1 de 64 et 1 de 50. Ainsi donc, sur 97 vaisseaux, les Anglais en ont 18 d’un calibre inférieur à 74, c’est-à-dire 1 sur 6. Cependant avec les équipages qu’ils ont sur ces vaisseaux, ils armeraient au moins 14 vaisseaux de 74. Il faut donc qu’ils aient des raisons qui leur fassent donner la préférence aux 64. Au total, cet état de la marine anglaise ne me parait pas bien redoutable; je n’y vois point de vaisseaux pour bloquer Flessingue ni le Ferrol.

 

Bayonne, 28 mai 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris

On me parle du nommé Boileau qui arrive de Londres, qui fréquente le café Corazza, qui a une maison de campagne près Belleville et qui va souvent à Jouy, près Versailles. Il demeure à Paris cour Batave, rue Saint-Denis. Cet homme est-il connu de la police ?

 

Bayonne, 28 mai 1808

DÉCISION

Le major général transmet à S.M. une lettre du chef d’escadron Bételle, commandant à Brunswick, pour les militaires français qui y passent. Le commandant Bételle est un brave homme.

Le prince major général – Alexandre

Renvoyé au major général pour écrire au roi qu’en général j’ai lieu d`être très mécontent de la manière dont les français sont traités par les autorités de Westphalie, qu’ils sont traités plus mal que partout, qu’en Bavière et en Saxe ils sont traités aussi bien qu’en France, qu’il est á craindre que cela finisse par lasser la patience de l’empereur qui enverra en Westphalie, conformément au traité, 15,000 hommes qui seront à la charge du pays, que l’Empereur est très mécontent de lui, que si les Français doivent continuer à être ainsi maltraités, il désavoue le nom de français avant tout et se fasse prussien, que cette conduite n’est ni morale ni politique de maltraiter ceux qui ont valu au  au roi le trône qu’il occupe.

 

Bayonne, 29 mai 1808

A Joachim Napoléon, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d’Espagne, à Madrid

M. de Jobellanos, ancien ministre de grâce et de justice, qui était exilé à Majorque, est un homme d’un grand mérite. Faites-lui connaître que je désire le voir et qu’il se rende ici.

La singulière sottise que vous avez faite de réarmer les Catalans a fait le plus mauvais effet en Catalogne; elle a excité le peuple qui ne pensait pas à s’armer. Les gens sensés n’ont rien compris à cette démarche et l’on considérée comme un signe de faiblesse. La populace ne croit pas que c’est vous qui la faites armer, elle croît que c’est Ferdinand. Il a été dans le monde peu de contre-sens plus grossiers que celui-là. Ne vous laissez pas séduire si facilement et réfléchissez avant d’agir sur la conséquence que peuvent avoir vos opérations.

 

Bayonne, 28 mai 1808

A l’amiral Rosily, commandant l’escadre française de Cadix

Monsieur l’Amiral Rosily, je désire que vous m’envoyiez un mémoire sur la baie de Tanger, et que vous y joigniez un plan. Y a-t-il des facilités pour faire de l’eau à la côte et sur les côtes environnantes ? Quelle est la population du pays ? Combien y a-t-il de brasses au mouillage ? Y est-on à l’abri des vents ? Un vaisseau à trois ponts pourrait-il y entrer ? Une escadre de trente vaisseaux de guerre trouverait-elle un abri ? Y a-t-il des batteries sur la côte, et les localités permettraient-elles d’en établir qui protégeassent une escadre ?

 

Bayonne, 29 mai 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Bayonne

Monsieur de Champagny, vous pouvez répondre à Tolstoï que j’ai donné des ordres pour qu’on ne donnât pas de suite aux différents  évènements de la Dalmatie, quoique ce fût contraire à mes principes.

Répondez à M. de Gallo que la situation des Napolitains dans les bagnes d’Alger m’afflige sensiblement; que je reconnais les principes énoncés dans la note de M. de Gallo; que j’ai, dans ces moments de guerre, des ménagements  à garder avec ces barbares; que je viens de faire des instances dont je n’espère pas de succès : il faudrait les appuyer par des menaces. Ces considérations et d’autres encore doivent faire sentir au Roi la nécessité de concourir à la restauration de la marine française. La conquête de la Sicile, l’affranchissement d’Alger, la protection de ses côtes, tout lui en fait une obligation. Il y a deux manières de me seconder : la première est d’avoir dans ses ports trois vaisseaux et quatre frégates; le Roi devrait déjà les y avoir. De toutes les dépenses à faire, celle de ces constructions est la plus urgente. Je m’étais confié que les chantiers de Naples seraient en activité et que ces trois vaisseaux et quatre frégates auraient déjà plusieurs vingt-quatrièmes. Ces travaux sont plus utiles que tous autres. Une seconde manière d’aider à renforcer la marine de France, c’est de fournir 2,000 matelots, non 2,000 bras, mais 2,000 véritables matelots, ayant cinq ou six ans de navigation, et
pouvant former seuls le fond d’équipage de cinq vaisseaux de ligne. Cet objet est le plus important de tous. Dans un moment où le Danemark et les villes hanséatiques envoient des matelots pour armer mon escadre de Flessingue, pourquoi le roi de Naples n’enverrait-il pas des matelots pour armer les deux vaisseaux qui vont être mis à l’eau à Toulon?

En résumé, l’Empereur va faire de nouvelles instances auprès du dey d’Alger pour obtenir la reddition des sujets napolitains, et, aussitôt qu’il sera à même de le faire, il y emploiera même la force. Le roi de Naples fera mettre sur le chantier trois vaisseaux et quatre frégates et prendra les mesures nécessaires pour qu’ils soient lancés avant le mois d’août de l’année prochaine. L’Empereur désire que le roi de Naples prenne des mesures efficaces pour lui envoyer 2,000 bons matelots, qui puissent servir avec avantage sur son escadre de Toulon.

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Écrivez à mon ambassadeur pour qu’il suive cette affaire de matelots.

 

Bayonne, 29 mai 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon fils, je reçois votre lettre du 22. J’apprends avec plaisir le bon esprit qui règne dans les trois nouveaux départements. Je ne vois pas que les vaisseaux avancent à Venise. Je ne sais pas, non plus, si l’on a avancé le travail nautique, si l’on travaille à dévaser le port d’Ancône. Cela m’importe cependant beaucoup. Je vous ai demandé l’état des bâtiments russes, soit de ceux qui sont à Venise, soit de ceux qui sont à Trieste, et un mémoire qui me fasse connaître dans quel état ils sont, combien ils ont d’hommes à bord, et sans écrire, pour cela, au contre-amiral russe, qui est à Trieste; écrivez à mon consul. Le commandant de la marine, à Venise, doit connaître ceux qui sont à Venise.

 

Bayonne, 29 mai 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Bayonne

Monsieur de Champagny, écrivez à mon consul à Janina qu’il a mal fait de donner la déclaration que lui a demandé Ali-Pacha; que désormais cela ne lui arrive plus.

Vous témoignerez à mon consul à Scutari mon mécontentement de sa lettre et de son ton. Le sang français a-t-il coulé, oui ou non, à Antivari ? Un colonel, un commissaire des guerres, deux officiers ont été assassinés, et, au lieu de demander vengeance de cet horrible attentat, mon consul est le vil complaisant d’Ali-Pacha ! J’attends le rapport des généraux français pour savoir s’il les a secondés et s’il est digne ou non de ma confiance. Quant aux forces qu’a Ali-Pacha, cela ne le regarde pas. Réitérez à ce consul l’ordre de demander officiellement vengeance de l’assassinat d’Antivari, et, s’il n’obtient pas satisfaction, de se retirer avec tous les Français qui sont dans ce pachalik. Faites-moi un rapport sur ce consul, qui me parait bien incapable de remplir une pareille mission. Il faut que ce ne soit pas un Français. Enfin écrivez de nouveau à Constantinople pour avoir vengeance de l’attentat d’Antivari.

 

Bayonne, 29 mai 1808

A M. Gaudin, ministre des finances, à Paris

La Toscane est réunie à l’Empire; les douanes doivent être reculées à la frontière du côté de Rome, et les barrières qui séparent Parme et Plaisance, enlevées. Les lois sur les douanes doivent être mises dès à présent en activité, et les postes des douanes doivent être établis sur les frontières et le long de la côte jusqu’à Rome. La loi de l’entrepôt doit être organisée à Livourne. Avant le ler janvier, les douanes qui séparent Parme et Plaisance de la Toscane doivent être reportées aux frontières de l’état romain. On sera, il est vrai, gêné par l’État de Lucques, mais mon intention est que l’Etat de Lucques soit soumis, pour le sel et le tabac, aux lois françaises, et que cette côte soit occupée par les douanes françaises sans interruption. Il est juste d’indemniser 1État de Lucques de la perte de ses douanes, c’est un traité à faire avec cet État. Il y a à Paris un chargé d’affaires de Lucques, conférez-en avec lui. J’ai à Lucques un chargé d’affaires auquel vous pouvez envoyer des instructions. Le plus tôt que l’on pourra établir l’impôt du sel et du tabac dans toute l’Italie française sera le mieux; mais il faut que ce soit indispensablement au 1er janvier.

 

Bayonne, 29 mai 1808

A M. Mollien, ministre des finances, à Paris

Monsieur Mollien, j’ai lu avec intérêt votre rapport sur le débet des négociants-réunis. Je vois avec peine qu’il est encore dû 13 millions. Quels sont vos moyens de payement ? Il me semblait que la maison Hope s’était engagée à payer 8 millions de l’emprunt, et que vous aviez vendu les piastres. J’ai ici le ministre des finances d’Espagne qui en sait moins que vous. Les finances de ce pays sont dans un désordre extrême. On m’a apporté toutes les pièces, je vais voir s’il est possible de leur débrouiller tout cela. J’apprends avec plaisir que les négociants-réunis ont des garants, de sorte que vous n’aurez rien à perdre. Faites-moi un rapport sur l’emprunt que M. Hope a payé sur les piastres. J’entends dire que l’Espagne a 12 millions en dépôt à Londres. Le grand-duc de Berg a déjà emprunté même quelques millions là-dessus. Je suppose que ce ne sont pas mes piastres.

 

Bayonne, 29 mai 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je viens de prendre un nouveau décret pour la Spezia. Que soixante et douze heures après la réception de cette lettre le contre-amiral Dordelin (Alain-Joseph Dordelin, 1764-1826) parte avec vos instructions pour Nice; que de là il parcoure en felouque ou à cheval toute la côte. Qu’il visite tous les petits ports et chantiers de commerce de la Rivière de Gênes, tels que Ses tri, Rapallo, Savone. Qu’il reste quelques jours à Gênes pour visiter l’arsenal et les établissements maritimes, et qu’il arrive à la Spezia
avant le 20 juin.

Envoyez à la Spezia quelques gendarmes de marine pour garder l’arsenal. Donnez ordre que vos ingénieurs de marine, garde-magasins, officiers militaires, etc., y soient rendus avant le ler juillet, ainsi que tous les ouvriers et canonniers de la marine qui iront de Gênes. Je crois qu’il y a à Gênes quelques pontons inutiles que le préfet maritime peut faire venir à la Spezia. Le sieur Lescallier (Daniel Lescallier 1743-1822, préfet maritime) continuera ses fonctions de préfet maritime à Gênes jusqu’au 10 juillet; après quoi il ira à la Spezia et à Livourne pour voir les localités. Il ne quittera Gênes que lorsqu’il sera assuré que les ordres donnés pour l’armement du Breslau sont pleinement exécutés; que le préfet maritime de la Spezia y est établi, et que le commissaire de marine qui doit le remplacer est arrivé à Gênes. Tenez la main à ce que les officiers forestiers et les contre-maîtres soient arrivés pour le 1er  juillet à la Spezia.

Écrivez à mon chargé d’affaires à Lucques de faire les démarches nécessaires pour faire fournir, soit de Piombino, soit de la principauté de Lucques, les bois nécessaires pour l’approvisionnement de la Spezia. Enfin, on trouvera des bois dans les départements de Crostolo et du Reno. Il faut quo les ingénieurs excitent l’industrie des habitants et prennent des mesures pour faire marquer des bois dans le pays au profit de la Spezia. Choisissez à Livourne ou à Toulon un gros bâtiment pour servir d’amiral. Faites faire le projet d’un bassin avec les plans et devis, et faites choisir son emplacement. Faites établir là aussi une machine à mater. Comme le préfet maritime du 7e arrondissement va se trouver dans une parfaite indépendance de celui du 6e, donnez-lui quelques bricks et bâtiments légers pour surveiller la côte; rapproché de Porto-Ferrajo et de Livourne, il sera plus à même de prendre des mesures qui tendent à la protéger et à en éloigner les corsaires.

 

Bayonne, 29 mai 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je viens d’ouvrir deux malles de lettres qu’a apportées le brick l’Oreste. Je vous enverrai successivement celles qui vous sont adressées, pour ne point trop surcharger l’estafette. J’y ai vu deux choses : d’abord qu’il y avait eu un combat dont l’issue a été heureuse; ensuite que les frégates et bricks sont arrivés. Je me suis confirmé dans mon opinion sur l’extrême imprévoyance de la marine. Comment n’y a-t-il pas une organisation pour que les lettres de Paris pour les colonies soient envoyées dans des ports pour être expédiées par toutes les occasions ? Si vous aviez suivi mes idées de charger de farine mes bâtiments de guerre, mes colonies seraient dans le meilleur état. Les quatre bricks auraient pu porter 50 tonneaux de farine chacun ; les deux frégates chacune 200 tonneaux, ce qui eût fait 600 tonneaux, c’est-à-dire 10 à 12,000 quintaux de farine, ou pour 4,000 hommes pendant un an, et ainsi les Européens de la colonie auraient eu des vivres assurés par nous.

Indépendamment de cette mesure, on aurait pu charger également quelques centaines de tonneaux sur de petites goélettes comme celles du commerce. Avec rien on ne fait rien. Si, dans des temps extraordinaires, on n’a recours qu’aux moyens de 1788, on risque de tout perdre.

Je viens de donner ordre, à Rochefort, qu’on fasse un rapport sur les bricks le Teaser, l’Auguste et le Dragon. J’en ai deux à Cherbourg; j’en ai à Lorient, mais ils ne peuvent pas sortir. Il faut charger ces bricks d’autant de farine qu’ils peuvent en porter, et les expédier aux colonies. Faites-moi un projet pour faire partir une grande quantité de bâtiments lorsque les nuits seront assez longues. L’impulsion que j’ai donnée au commerce me fait espérer qu’il ne restera pas oisif; mais il ne faut pas que la marine entrave. Il faut que tous les bâtiments qui partiront soient chargés de beaucoup de farine.

Je suis étonné de n’avoir pas trouvé dans les états de situation des troupes de la Martinique celui du mois de février; ils sont tous de l’année passée. Toutes les lettres particulières ont été mises à la poste; c’est la règle; on ne le fait pas à la marine et on a tort. Faites faire un article pour le Moniteur sur la bonne situation de la Martinique, sans dire de quel port sont partis, ni de quelle espèce sont les bâtiments qui ont apporté des vivres et des troupes.

 

Bayonne, 29 mai 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur Decrès, je reçois votre mémoire du 24 mai sur l’expédition de Brest. Vous ne mettez que 441 hommes sur les vaisseaux de 74. Vous y êtes déterminé par la considération de l’eau; mais si l’on mettait de l’eau-de-vie au lieu devin, ne pourrait-on pas mettre 100 hommes de plus ? Du vin pour 700 hommes pendant 90 jours, c’est la même chose que de l’eau-de-vie pour 700 hommes pendant 90 jours. Et s’il entre un tiers en eau-de-vie dans l’approvisionnement, ce que je ne sais pas, ce serait une économie de 60 jours. Ainsi je désire savoir pourquoi, moyennant cette explication, on ne mettrait pas 160 hommes de plus sur l’Océan; 120 hommes de plus sur le Foudroyant, 100 de plus sur le Tonnerre et autant sur les deux autres de 74, et 100 hommes de plus sur les deux frégates, ce qui ferait 700 hommes de plus. On pourrait mettre également 600 hommes de plus sur les vaisseaux armés en flûte, et 100 hommes sur les frégates armées en flûte. Vous auriez ainsi 1,4oo hommes de plus. La force des équipages tels que vous les organisez est de 4,800 hommes, le nombre des passagers sur l’escadre et sur les transports est de 12,000 hommes. Cela fait donc 16,800 ou 17,000 hommes. Vous avez besoin pour tout ce monde de quatre mois de rations complètes, ce qui fait 2,000,000 de rations et pour les équipages seulement pendant 10 jours, 500,000 rations. 2,500,000 rations complètes seront donc suffisantes. Je ne sais pas pourquoi vous me dites qu’il en faut 3 500 000. 6 vaisseaux de ligne et 4 frégates font un équipage complet de près de 6,000 hommes, qui, approvisionnés à six mois , tels qu’ils doivent l’être, dans ce moment-ci, ont besoin d’un million de rations. Cette dépense doit être prise sur l’ordinaire. Il reste donc 1,500,000 rations à prendre sur l’extraordinaire, ce qui fait 1,500,000 fr. Mais il faut avoir en outre de quoi nourrir 12,000 hommes en farine pendant 80 jour, pour débarquer à l’Ile-de-France ou aux Indes avec l’armée, ce qui fait 12,000 quintaux de farine, qui, à 2o fr. le quintal, coûteraient 240,000 fr. J’ajoute 26o,000 fr. pour riz , légumes secs, eau-de-vie. Ce serait donc une somme de 2,000,000 nécessaire pour l’extraordinaire des vivres. Ces 2,000,000, je les accorde en sus du budget. Je mets pour l’achat des bâtiments et réparations, 600,000 fr., et pour dépenses diverses, 400,000 fr., ce qui porterait l’extraordinaire à 3,000,000. Il y a à Brest des bâtiments qui m’appartiennent, et avec 250,000 fr. on aura 1,000 tonneaux, et avec 500,000 fr. , 2,000. Il n’y a aucune espèce de doute qu’il ne faille armer les 2 frégates de Saint-Malo, pour avoir 4 frégates armées, en guerre. J’adopte vos dispositions. Je ferai les fonds extraordinaires aussitôt que j’aurai le projet de Lorient. Les vaisseaux et les frégates armés en flûte doivent avoir une partie de leur artillerie. Organisez cette artillerie de manière qu’arrivé au point de l’expédition on puisse réarmer les 9 frégates, et même un des vaisseaux, si cela était nécessaire.

 

Bayonne, 29 mai 1808

Au général Junot, commandant l’armée de Portugal, à Lisbonne

Monsieur le Général Junot, je vous ai écrit, il y a déjà quelque temps, relativement à mon escadre de Lisbonne; je n’ai pas reçu de réponse. Cependant le moment arrive où j’ai besoin de déployer mes moyens nautiques, déjà assez considérables, pour donner de l’embarras à l’Angleterre. Vous trouverez ci-joint expédition d’un décret que j’ai pris, qui vous reviendrait trop tard par Paris. Vous avez deux vaisseaux de ligne, l’un de 74 et l’autre de 64, pour lesquels vous avez besoin de deux équipages; il vous en faut un troisième pour les deux frégates que vous avez en état. Pour ces trois équipages, 450 bons soldats, commandés, chaque détachement, par un officier et deux autres officiers, vous sont nécessaires; vous n’avez point de difficulté pour cela; il vous faut 300 canonniers de la marine, vous devez les avoir; des officiers de marine, de la maistrance, vous devez en avoir pour trois vaisseaux. Vous devez même avoir quelques matelots français; je crois vous avoir mandé de prendre 100 matelots sur l’Atlas, qui est à Vigo. Vous ne devez pas avoir de peine à trouver 1,200 matelots portugais, ce qui fera 650 hommes pour chacun de vos deux vaisseaux; cela doit manoeuvrer au canon, se styler et s’amariner. Exigez que tout le monde se tienne à bord. Approvisionnez chaque bâtiment de vivres pour six mois; puisque le pain vous manque, ne mettez qu’un mois de biscuit. Mettez plus de quatre mois d’eau. Enfin prenez toutes les mesures pour que cette escadre soit en état de mettre à la voile au ler juillet. 500 conscrits matelots vont vous arriver. Vous pouvez joindre aux officiers de marine français quelques officiers portugais dont vous seriez sûr, et qui seraient d’ailleurs en sus du nombre nécessaire. Votre vaisseau de 74 est bon, et on m’assure qu’il marche bien; vous avez deux frégates; ainsi cette escadre 1égère peut éclairer et instruire de ce qui se passe.

Vous devez avoir envoyé, 4,000hommes à Cadix et 3,000 hommes sur Almeida. Quoique cela devienne moins nécessaire, je n’en veux pas moins être en mesure. Vous n’avez rien à craindre de sérieux des Anglais.

J’apprends que vous avez des généraux qui pillent; mettez-y ordre. Le pays est content de vous; faites qu’on le soit aussi de vos subordonnés.

En calculant qu’une de mes escadres se présente devant Lisbonne pour faire une expédition sur le Brésil, combien de transports de l’échantillon au-dessus de 300 tonneaux pourrez-vous fournir, appartenant soit au roi, soit aux particuliers ? Combien faudrait-il de temps pour les réparer et les mettre en état ? Dois-je compter que vous mettrez à l’eau pour ma cale le vaisseau de 74, et qu’il sera en rade au 15 septembre ? L’entrée du port de Lisbonne est-elle facile ? 50 vaisseaux de guerre et 100 bâtiments de transport y seraient-ils en sûreté ? L’eau s’y fait-elle facilement ? Le blocus est-il facile ?

Je vous ai demandé des cartes, des plans et des renseignements sur le Brésil; il m’importe beaucoup d’avoir tout cela.

 

Bayonne, 30 mai 1808

NOTE POUR LES MINISTRES DES FINANCES ET DE LA MARINE.

Beaucoup de bâtiments vont des colonies en France et de France aux colonies; mais les particuliers qui n’habitent pas dans les ports d’où partent ces bâtiments n’ont pas de moyen de correspondance. Faites une circulaire en forme de règlement, pour prévenir qu’it y aura aux bureaux des postes à Paris un bureau particulier intitulé Bureau de correspondance; que toute personne qui voudra envoyer des lettres aux colonies adressera ses lettres à ce bureau, à Paris, par quadruplicata, ayant soin de mettre sur ces lettres  primata, duplicata, triplicata, quadruplicata. Le bureau des postes des colonies aura soin de classer ces lettres de manière que les primata, etc. partent par des bâtiments ou paquebots différents, dont vous aurez soin de faire connaître le départ au directeur général des postes, M. Lavallette.

Les ports principaux doivent être Bayonne, Bordeaux, Nantes, et tout autre point que vous indiquerez et d’où il devra partir des paquebots ou autres petits bâtiments.

Vous sentez combien cela sera important, puisque, par ce moyen
la correspondance des particuliers deviendra très-facile avec nos colonies.

Il faudra que le directeur général des postes soit chargé de cette affaire, et qu’il fasse les recherches des bâtiments de particuliers qui seraient dans le cas de partir. Il devra s’entendre, à cet égard, avec vos bureaux et dans les ports. L’essentiel est de ne jamais mettre de duplicata, etc. dans le même bâtiment.

 

Bayonne, 30 mai 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Donnez des ordres pour que les bricks la Jenny et le Colibri, qui sont en construction au Hâve, la corvette la Diane, du même port, les corvettes l’Hébé et la Sapho, de Bordeaux, soient mis incessamment à l’eau et puissent mettre à la voile le plus tôt possible.

Donnez des ordres, à Bayonne, pour que les deux bricks qui vont y être mis en construction soient prêts au 1er septembre.

Envoyez les plans pour la construction de deux belles corvettes, dans le sens de la Diligente, qui soient bonnes marcheuses et qui puissent facilement entrer à Bayonne et en sortir. Ces corvettes serviront à l’approvisionnement de mes colonies.

Donnez des ordres pour que l’Oreste, qui vient d’arriver à Saint-Sébastien, soit remis en état dans le port de Bayonne, afin de repartir au premier instant pour la Martinique, chargée de 120 à 130 tonneaux de farine. L’Oreste, après avoir débarqué sa farine à la Martinique, si le capitaine général ne l’emploie pas à des objets relatifs à la colonie, pourra revenir en France avec 100 ou 120 tonneaux de sucre, café ou autres denrées coloniales, pour le compte des différents colons négociants. Le nolis serait payé à la marine. Vous sentez que ce n’est pas pour le nolis que je prends cette mesure, mais pour avoir des denrées. Le nolis se payerait par un droit de douane, que vous prendrez d’autant plus fort que ces marchandises coloniales seront venues sur mes bâtiments.

Vous destinerez de la même manière, et pour le même usage, les deux bricks que j’ai à Cherbourg, et vous les ferez sortir quand les nuits seront assez longues pour le faire prudemment. Destinez le Sylphe et I’Espiègle, qui sont à Lorient, au même objet. J’ai encore à Lorient le brick le Plamberg; à Rochefort, la corvette les Landes, l’Auguste, le Dragon, le Teaser : destinez ces quatre bâtiments également pour le même objet. J’ai à Dunkerque la corvette l’Iris, le brick le Conflit; au Havre, la corvette le Vésuve; à Lorient, le brick le Souffleur.

Tous ces bâtiments formeraient donc 15 bricks et 6 corvettes, chaque brick portant 120 tonneaux, chaque corvette 200, ce qui ferait 3,000 tonneaux ou 60,000 quintaux. Ces 60,000 quintaux fourniraient des grains, formeraient des vivres pour 60,000 hommes pendant 100 jours. En supposant que le tiers soit pris, mes colonies se trouveraient approvisionnées pour 40,000 hommes pendant 100 jours.

Ces bâtiments doivent être divisés entre la Guadeloupe, la Martinique, Cayenne et enfin l’île de France, où il faut de préférence envoyer les corvettes.

En ne mettant les équipages de ces bâtiments qu’à 70 bommes, vous pourrez, sur chacun, mettre 50 soldats; ce qui ferait 300 hommes pour les bricks et 750 pour les corvettes, et, au total, un envoi de 1,200 hommes.

Vous donneriez l’ordre aux colonies qu’à l’arrivée de ces bâtiments on complète leurs équipages soit en canonniers, et hommes valides en état de servir le canon , et avec des matelots de la colonie, de manière que ces bricks soient encore bien armés pour leur retour.

Le retour de 60,000 quintaux de sucre, café ou épiceries n’est pas moins important pour la métropole. Le quintal valant aujourd’hui au moins 200 francs, le retour formerait un objet de 12 millions, et, quand le droit de nolis ne serait que de 12 pour 100, ainsi que celui de douane, cela ferait une somme équivalente à la valeur des bricks.

J’ai, dans les états de mes ports, armés, en armement ou désarmés, 20 goélettes, lougres ou autres bâtiments : mon intention est de leur donner les mêmes destinations que ci-dessus, de sorte que ces bâtiments aillent aux colonies chargés de farine et de vins, et en reviennent chargés en sucre et en café, de manière cependant à ne jamais compromettre la marche et la défense du bâtiment. A cet effet, vous réglerez les quantités de sucre, café et épiceries que devra prendre chaque brick, corvette ou autre bâtiment. Ces mesures,. jointes à celles du commerce, sauveront les colonies et nous procureront les objets nécessaires à la métropole.

Commencez d’abord par donner des ordres dans les ports, conformément aux dispositions de la présente lettre. Donnez-moi ensuite un plan général et raisonné sur cette opération. Bayonne, Bordeaux, la Rochelle, Nantes peuvent jouer un grand rôle dans cette opération, qui peut être l’objet de constructions particulières. Je ne serais même pas éloigné d’envoyer quelques frégates, qui ne seraient pas nécessaires à mes grands projets, pour être employées au même objet. Une frégate, qui pourrait porter aux colonies 300 tonneaux de farine, lui porterait 6,000 quintaux, c’est-à-dire pour 3,000 hommes pendant 200 jours; c’est-à-dire que l’arrivée seule d’une frégate sauverait mes troupes de la Martinique, et, si au retour elle portait 300 tonneaux de sucre ou 6,000 quintaux, qui vaudraient 1,200,000 francs, jugez quelle somme immense ! Quant aux instructions que vous aurez à donner, vous devez donner carte blanche aux commandants des bâtiments pour acheter les sucres, qui arriveraient dans mes dépôts en France, pour mon compte. Ils pourraient en faire prendre aussi pour le compte des planteurs créoles, sauf par eux à se soumettre aux mesures que j’aurai établies en France, mesures qui seront justes et équitables; c’est-à-dire leur faire supporter une retenue égale au nolis et à l’assurance. Dans des circonstances extraordinaires, il faut faire des choses extraordinaires.

 

Bayonne, 30 mai 1808

NOTE POUR LE GENERAL CLARKE, MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS

(Cette note, de la main du général Bertrand, est placée, dans les papiers de l’ancienne secrétairerie d’État, parmi les minutes des dictées de l’Empereur.)

J’approuve assez le projet tracé sur le plan no 2, mais en adoptant un système de fortification plus économique, sans quoi on ne pourrait l’exécuter. Le moment où Mayence sera assiégé est, d’ailleurs, éloigné des circonstances actuelles. Le point d’attaque de Mayence ne peut être sur la rive droite du Rhin. On désirerait donc que l’ouvrage vis-à-vis l’île Saint-Pierre ne fût qu’une simple lunette ou flèche de 30 toises de face , contenant des magasins et casernes, conformément à peu près au plan ci-joint. Avec 170 ou 200,000 fr., cet ouvrage devrait être revêtu, ainsi que sa contrescarpe. On tracerait cet ouvrage en l’appuyant à la rivière, de manière qu’il n’y eût pas besoin de contrescarpe à la gorge, et que les fossés des faces et des flancs fussent battus par des points pris dans l’île Saint-Pierre. On conserverait derrière la gorge un emplacement où deux ou trois bataillons pourraient se placer, l’un derrière l’autre, couverts par le fort. Un bataillon en bataille occupe 50 toises : en supposant de 4 à 6 toises pour épaisseur de chaque bataillon et de son intervalle, 15 à 20 toises suffiraient à la gorge.

Autour du réduit, on tracerait un ouvrage en terre; on remplirait les fossés d’eau et l’on mettrait dans les places d’armes des réduits casematés.

Alors ce fort en terre contiendrait assez de monde pour tenir l’ennemi suffisamment éloigné, et coûterait peu de chose. Avec 400,000 livres on peut avoir ce fort. Il remplira le but qu’on se propose, de pouvoir être défendu avec peu de monde. En plaçant 25 hommes dans chaque réduit de place d’armes et dans les caponnières, 100 hommes dans le réduit central, 100 hommes dans les bastions, en tout 300 hommes, on mettra cet ouvrage à l’abri de l’insulte. La garnison, avec ce léger sacrifice, sera tranquille sur ce point important, d’autant plus qu’il y a aussi dans l’île Saint-Pierre quelques troupes qui, au premier coup de fusil, déboucheraient dans le réduit. Avec ce simple détachement, on garde un point dont le résultat est immense; on oblige l’ennemi à étendre sa ligne de circonvallation ; enfin ces 300 hommes concourent tellement à la défense des ouvrages de Kastel, que, sans cela, il les faudrait de plus à Kastel. On ne perd donc pas un homme, et les mouvements imprévus que cet ouvrage facilite peuvent obliger l’ennemi à avoir une division de plus.

Il faut que l’ouvrage en terre soit flanqué des deux côtés par l’île Saint-Pierre, afin que, Kastel pris, cet ouvrage puisse résister encore.

On ne fait aucune observation sur Kastel, sinon qu’on voudrait que le second chemin couvert enveloppât les trois ouvrages, de sorte que les troupes passées par les trois ponts se trouvassent en bataille derrière les chemins couverts, formant un seul camp retranché sous le feu des forts; et le moindre mouvement dans le camp retranché ferait trembler la division ennemie qui serait restée sur la rive droite.

Quant à l’ouvrage sur la rive droite du fleuve à l’embouchure du Main, on fait le même raisonnement que pour l’ouvrage de l’autre côté. On voudrait le faire de la même manière avec peu de dépense. Un seul front suffirait.

Par le projet d’occuper Kastel, l’embouchure du Main et un point vis-à-vis l’île Saint-Pierre, par des ouvrages en terre d’un bon relief, tel qu’il est de règle de le donner aux ouvrages de fortification permanente, avec un réduit en maçonnerie ayant des casemates et une contrescarpe et deux revers dans le fossé, on réduit la dépense au quart. Ainsi j’économiserai à peu près 1,500,000 francs sur chacun des ouvrages de droite et de gauche de Kastel, c’est-à-dire près de trois millions, qui peuvent avec avantage être rapportés au véritable point d’attaque de la place, c’est-à-dire les forts Meusnier et Charles.

Il faudrait que l’ennemi fût insensé pour attaquer la rive droite; c’est la rive gauche qu’il faut attaquer de suite.

Ces deux problèmes résolus, il reste à résoudre celui des marais de Mombach. On peut dire que la place n’est pas défendue de ce côté; un ennemi qui ouvrirait la tranche à 300 toises du fort Meusnier, de manière que la parallèle fût à l’abri des sorties du fort, tournerait les marais de Mombach, obligerait l’assiégé à évacuer toutes ces lunettes en terre qui ne sont pas fermées, et ouvrirait la tranche dans le lieu le plus faible de la place, c’est-à-dire le long du bas Rhin. Aussi le génie a-t-il toujours demandé que ces fronts fussent refaits. On ne croit point ce travail urgent, et l’on peut à Mayence mieux employer deux ou trois millions qu’il faudra pour cet objet. On désire qu’on occupe les marais de Mombach par un carré défendu sur tous les fronts par l’inondation, et qu’on place dans le milieu un réduit en maçonnerie avec contrescarpe et quelques casemates. Si l’ennemi voulait attaquer sérieusement par Mombach, soit en profitant des glaces, soit après avoir saigné l’inondation ou après une extrême sécheresse, il serait arrêté par les difficultés du terrain et par celles d’un bon ouvrage qui aurait un bon relief et qui serait fraisé et palissadé autant qu’il serait nécessaire; enfin, l’ouvrage pris, il faudrait encore prendre le réduit. Si, au contraire, l’ennemi, comme il est probable, ne s’enfonçait point dans des bas et des marais, dirigeait ses attaques sur la hauteur, les ouvrages de Hombach étant faits, le commandant de la place pourrait dormir tranquille en laissant 100 hommes dans ce point important; sans cela il en faudrait 600, et il ne serait pas tranquille. Enfin cela offrira un motif de sécurité dans un évènement bien fréquent à Mayence, qui est celui de la gelée. On désire donc à Mombach un ouvrage pareil à ceux indiqués.

L’ouvrage de Mombach, ceux des îles Saint-Jean et Saint- Pierre, et la tête de pont vis-à-vis, sur la rive droite, formeraient alors un ensemble qui aurait un commandant particulier, et qui serait une sorte de citadelle dont l’action s’étendrait sur les deux rives du fleuve.

Je désire que les 1,300,000 livres destinés à Kastel soient employées de la manière suivante : Kastel, pour achever les quatre demi-lunes, réduire les escarpes, contrescarpes, etc., 600, 000 francs; pour les escarpes des deux fronts d’attaque, 400,000 francs; tête de pont de l’île Saint-Pierre, pour les escarpes et contrescarpes du réduit, 200,000 francs; pour les déblais des deux fronts en terre, 100,000 francs; pour les ouvrages de Mombach, revêtir le réduit, 150,000 francs; total, 1,450,000 francs.

NOTA. Le budget de 1808 est parti pour Paris, mais je crois me rappeler que Sa Majesté a destiné aux ouvrages de Mayence 200 ou 300,000 francs.

 

Bayonne, 30 mai 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de la Grande Armée, à Bayonne

Donnez l’ordre que demain, à deux heures du matin, le 6e bataillon de marche, avec deux pièces de canon et approvisionnement complet, quatre caissons à cartouches chargés, quarante cartouches par homme dans la giberne, et trois jours de pain, parte pour se rendre à Pampelune par la route la plus directe et en trois jours. Vous ferez partir, par la même occasion, le colonel qui a servi dans le 55e et que j’ai vu hier. Faites partir avec la même colonne le régiment de lanciers polonais (tout son dépôt restera à Bayonne, vous le placerez dans un village voisin) ; de sorte que cette colonne sera composée de 800 hommes de lanciers, de 600 hommes du 6e bataillon de marche et d’une petite division d’artillerie. Il serait nécessaire d’ordonner que les lanciers prissent des cartouches pour leurs pistolets, des carabines pour leurs sous-officiers, et également du pain pour trois jours. Je désirerais qu’il y eût un général de brigade pour commander cette colonne.

Expédiez sur-le-champ un officier d’état-major, qui arrivera dans la nuit à Pampelune, qui fera connaître au général d’Agoult l’envoi de ces troupes ; qu’il se trouvera ainsi avoir près de 1,200 hommes de cavalerie disponibles et pouvant se porter partout; qu’indépendamment de cela il aura le 15e, le 47e, le 70e et le 6e de marche, ce qui ferait une force de 2,000 bommes. Il aurait donc une colonne de 3,000 hommes, qui pourrait se porter partout où il serait nécessaire, réservant pour la garde de la citadelle de Pampelune les hommes isolés. Il faut que de ces quatre bataillions il forme deux colonnes, et qu’il ait deux colonels pour commander chacun deux bataillons.

Cet officier d’état-major rapportera la situation exacte des troupes qui sont à Pampelune, ainsi que le nom des colonels et chefs de bataillon qui s’y trouvent.

Il prendra également des renseignements sur toutes les nouvelles qu’on aurait de Saragosse et de l’Aragon.

 

Bayonne, 30 mai 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de la Grande Armée, à Bayonne

Le général Verdier a douze pièces da canon, dans l’organisation de
sa division ; il en a quatre autres, deux qui lui sont venues avec le général Ducos et deux avec le général Lasalle : mon intention est que ces quatre pièces, avec leurs approvisionnements, leurs canonniers et six caissons d’infanterie chargés, de ceux qui sont venus avec l’un des deux généraux, partent le 1er juin pour Pampelune, où ils arriveront le 2 au soir ou le 3. Vous donnerez avis de ces dispositions au général d’Agoult. Vous lui direz également qu’au lieu de deux pièces de canon il en part demain quatre, avec six caissons d’infanterie chargés; ce qui lui fournira un parc assez considérable pour marcher avec les colonnes, si cela est nécessaire pour apaiser les troubles. Il fera connaître au capitaine général que ces mesures sont prises à cause des nouvelles qu’on a apprises des troubles qu’il y avait à Saragosse.

Donnez l’ordre au général de division Lefebvre, qui est à Burgos, de se rendre à Pampelune, où il prendra le commandement de la colonne mobile, composée du régiment de lanciers , de deux escadrons de marche, de quatre bataillons d’infanterie et quatre pièces de canon ; il commandera aussi Pampelune. Tant qu’il y restera, le général d’Agoult sera sous ses ordres, étant spécialement chargé de la défense de la forteresse et de la ville.

Réexpédiez le courrier du général Duhesme pour lui faire connaître que j’ai envoyé l’ordre an grand-duc de faire partir la division Chabran avec neuf pièces d’artillerie et trois pièces servies par l’artillerie légère, 6,500 hommes d’infanterie ou de cavalerie, dont au moins 900 de cavalerie; total de la division, artillerie, infanterie, cavalerie, 7,000. Donnez ordre de la faire partir pour se rendre à Saragosse. Si les mouvements de l’Aragon continuent, une forte division s’y rendra de Pampelune. Le maréchal Moncey part avec une forte division; il serait nécessaire de combiner son mouvement avec celui du général Chabran, pour arriver ensemble et en masse à Valence.

Enfin envoyez l’ordre au général de brigade Habert, avec le régiment supplémentaire de la réserve qui est à Saint-Sébastien de changer de route et de se diriger, par le plus court chemin, sur Pampelune.

 

Bayonne, 30 mai 1808, cinq heures après midi

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d’Espagne, à Madrid

Je vois avec peine votre indisposition; la consultation des médecins me rassure; j’espère apprendre bientôt que l’émétique et un peu de sueur vous auront fait du bien.

Je viens de travailler trois heures avec le ministre des finances.

Le roi et la reine d’Espagne sont très-contents à Fontainebleau, et vont se mettre en chemin pour Compiègne. Les princes sont à Valencay, où ils paraissent fort satisfaits.

La rareté des subsistances, la nécessité de faire voir mes troupes, et l’agitation de Valence me portent à ordonner les mouvements suivants. Le maréchal Moncey, avec toute sa première division d’infanterie, ses douze pièces d’artillerie, 800 hommes de cavalerie française et quatre pièces d’artillerie légère, total près de 9,000 hommes, infanterie, cavalerie et artillerie, et seize pièces de canon, se mettra en mouvement pour prendre position à Cuenca, chef-lieu de la province de ce nom.

Le général de division Chabran, avec sa division d’infanterie française telle qu’il l’a amenée, 800 chevaux, parmi lesquels le 3e régiment de cuirassiers, et douze pièces de canon dont trois d’artillerie légère, se mettra en marche pour prendre position entre Barcelone et Valence. Vous désignerez un endroit convenable et sain. Je ne sais pas si Tortose réunit ces qualités. Il sera là à portée de Saragosse et de Valence.

Si Valence se soumet et rentre dans la tranquillité, les choses resteront dans cet état. S’il en était autrement, le maréchal Moncey marcherait avec sa division et combinerait sa marche de manière à arriver à Valence avec la division Chabran, c’est-à-dire avec 12,000 hommes d’infanterie française, 2,000 de cavalerie et vingt-huit pièces de canon, en tout 15,000 hommes.

Pour témoigner de la confiance aux Espagnols et les employer, vous désignerez un général de brigade espagnol, homme dont vous soyez sûr, qui, avec 1,500 hommes d’infanterie espagnole et 400 chevaux, fera partie du corps du maréchal Moncey; ce qui portera la force du corps du maréchal Moncey à 11,000 hommes, et, réuni à la division Chabran, à 17,000 hommes.

Si cependant Valence s’apaise, le maréchal Moncey restera à Cuenca, et le général Chabran à Tortose. Le général Chabran correspondra avec le maréchal Moncey, mais restera sous les ordres du général Duhesme.

Vous resterez à Madrid avec les deux divisions du général Dupont (je compte la division qui est à l’Escurial et, celle qui est à Tolède comme étant à Madrid, puisqu’elles peuvent y être en deux jours), les deux divisions du maréchal, Moncey, ma Garde et tous les cuirassiers, c’est-à-dire avec près de 30,000 hommes. Vous donnerez ordre au 1er régiment de marche d’infanterie, qui est à Aranda, de se rendre à Madrid, où vous ferez incorporer chaque détachement dans son régiment provisoire; ce sera un renfort de 1,900. Le maréchal Bessières le fera remplacer à Aranda par d’autres troupes.

Vous chargerez le maréchal Moncey de correspondre de Cuenca avec mes consuls de Valence, d’Alicante et de Carthagène.

La position de Cuenca me parait fort importante, puisqu’elle rapproche mes troupes de tous les points de la côte et en impose partout.

L’ordre que j’avais envoyé à vos gardes de venir à Bordeaux ne leur est pas parvenu. Ils viennent d’arriver ici; ils sont très-beaux.

 

Bayonne, 31 mai 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je reçois votre lettre du 26 mai. Voici ce que je pense. Aussitôt
qu’on pourra le faire, sans nuire à l’activité des travaux de Toulon, on réparera. les deux vaisseaux russes, et on les mettra en état d’entrer en campagne. Je ne me soucie pas d’acquérir un de ces deux vaisseaux, par la raison qu’un mauvais vaisseau ne sert à rien et n’est bon qu’à brûler.

Je n’ai point reçu le rapport de l’officier que vous avez envoyé à Trieste, sur les bâtiments russes qui vont à Venise. J’aurais voulu avoir un état qui me fit connaître le nombre et le calibre des canons, la force des équipages, enfin un mémoire qui m’instruisit parfaitement de leur situation. L’amiral Siniavine a besoin de deux frégates ; je puis lui en donner une ou deux et d’autres petits bâtiments, et prendre en échange des petits bâtiments qu’il a à Venise ou même le vaisseau turc le Soul-el-Bahr, de 80 canons. Faites-moi un rapport sur ce vaisseau, et s’il peut nous être bon à quelque chose. Si cela était, je désirerais l’acquérir pour le tenir à Ancône. Si les renseignements qui me seront donnés me décident à faire venir ce vaisseau à Ancône, je formerai son équipage d’Italiens et j’y mettrai une bonne garnison française. Cela obligera les Anglais à tenir un vaisseau de 74 devant Ancône. Alors je réunirai à Ancône la frégate russe le Legkoi à ce vaisseau turc. Je ne m’arrangerai du Soul-el-Bahi, qu’autant que vous m’aurez assuré que ce vaisseau peut être réparé à Ancône ou à Corfou, sans entrer dans les bassins ; vous savez que je n’en ai dans aucun de ces endroits. J’attendrai, pour prendre un parti, que vous m’ayez envoyé l’état, bâtiment par bâtiment, de la flotte russe qui est dans l’Adriatique, soit à Trieste, soit à Venise.

Écrivez aux Russes qu’ils ne se laissent point bloquer par des frégates, et qu’ils obligent les Anglais, en se tenant toujours en situation d’appareillage, à tenir des vaisseaux de guerre devant eux. Or ils sont tellement pourchassés qu’ils ne peuvent en avoir partout.

 

Bayonne, 31 mai 1808

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d’Espagne, à Madrid

Dans la crainte que vos communications soient interceptées avec le général Duhesme, je lui fais envoyer par la France l’ordre de réunion de la division Chabran. Je viens de donner l’ordre de faire partir d’ici 2,000 hommes d’infanterie, 1,000 hommes de cavalerie et six pièces de canon pour renforcer la garnison de Pampelune. J’ai fait donner l’ordre au général Lefebvre, qui commande les chasseurs de ma Garde, de se rendre à Pampelune, pour prendre le commandement de ces 3,000 hommes et des six pièces de canon, pour se porter du côté de l’Aragon, si les troubles ne cessent pas là et si cela devient nécessaire.

 

Bayonne, 31 mai 1808

Au prince Cambacérès, archi-chancelier de l’Empire

Je reçois votre lettre du 28. Je ne conçois rien à cette proclamation des administrateurs de la Monnaie, sans vous en avoir parlé et sans la permission de la police. Est-ce une manière d’agiter le peuple ? Répondez-moi un mot là-dessus.

Je ne conçois pas davantage ce qu’a fait le général Clarke, sans vous en donner avis. Comment un ministre fait-il une cérémonie publique à Paris, sans que je l’aie ordonné ? Comment la police a-t-elle pris des dispositions sans mon décret ? Je ne conçois vraiment plus rien à ce qui se fait à Paris.

 

Bayonne, 31 mai 1808

Au général Caulaincourt, ambassadeur à Saint-Pétersbourg

J’ai reçu vos lettres du 28 avril et des 4 et 7 mai. Le ministre des relations extérieures a dû vous écrire. Je n’approuve point ce que vous avez mis dans votre mémoire à l’empereur. Un ambassadeur de France ne doit jamais écrire que les Russes doivent aller à Stockholm.

Les affaires ici sont entièrement finies. Vous trouverez ci-joint ma proclamation aux Espagnols. Les Espagnes sont tranquilles et même dévouées. Les Anglais se sont présentés devant Cadix avec une forte expédition, attirés par la curée des affaires d’Espagne et par l’espoir de s’emparer de la Carraque ; mais on ne les a pas écoutés. Ils ont renvoyé un parlementaire sur un vaisseau de 80; on leur a tiré des boulets rouges, et on leur a cassé un mât.

Il me semble que vous ne dites pas suffisamment ma raison. Je voulais l’entrevue pour tâcher d’arranger nos affaires avec la Russie. En Russie on ne l’a pas voulue, puisqu’on ne l’a voulue que conditionnellement, et dans le cas où j’adopterais tout ce que propose M. de Romanzoff. C’était justement pour traiter ces affaires que je désirais l’entrevue. Il y a un cercle vicieux que vous n’avez pas assez senti ni fait sentir. Aujourd’hui, je suis dans les mêmes dispositions, je désire l’entrevue. Depuis le 20 juin, je suis disponible; mais je veux l’entrevue sans condition. Bien mieux, il faut que l’on convienne avant que je n’adopte pas les bases proposées par M. de Romanzoff, qui me sont trop défavorables. J’ai dit à l’empereur Alexandre : Conciliez les intérêts des deux empires. Or ce n’est pas concilier les intérêts des deux empires que de sacrifier les intérêts de l’un à ceux de l’autre, et compromettre même son indépendance. D’ailleurs, nous nous rencontrerions dès lors nécessairement; car la Russie, ayant les débouchés des Dardanelles, serait aux portes de Toulon, de Naples, de Corfou. Il faut donc que vous laissiez pénétrer que la Russie voulait beaucoup trop, et qu’il était impossible que la France voulût consentir à ces arrangements; que c’est une question d’une solution très difficile, et que c’est pour cela que je voulais essayer de s’arranger dans une conférence. Le fond de la grande question est toujours là : Qui aura Constantinople ?

 

Bayonne, 31 mai 1808, 

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Bayonne

Monsieur de Champagny, il y a au port du Passage un paquebot le Spencer, prise anglaise, appartenant au sieur Rousse, négociant de Bordeaux, susceptible d’être armé de 12 canons de 6 et doublé en cuivre, on le dit bon marcheur et dans le cas de faire un voyage en Amérique. Envoyez une estafette au Passage et chargez le commandant de la Comète ou le capitaine Beaulieu, s’il y est encore, de le visiter et de s’assurer s’il est dans le cas de remplir une mission aux Colonies, mais il faut pour cela qu’il soit excellent marcheur.

 

Bayonne, 31 mai 1808, 

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Bayonne

Monsieur de Champagny, pourquoi mon ambassadeur à Naples, ne vous a-t-il pas envoyé l’exposé de la situation du royaume de Naples qui a été imprimé ?

 

Bayonne, 31 mai 1808

Au général Junot, commandant l’armée de Portugal, à Lisbonne

Je reçois vos lettres du 21 mai. Les deux vaisseaux russes qui sont à Toulon sont nécessaires pour monter les deux équipages russes. D’ailleurs j’ai besoin de tous les vaisseaux à Lisbonne. Je consens donc à ce que, par la convention que vous ferez avec l’amiral Siniavine, vous lui cédiez une belle frégate portugaise de 40 canons et un brick, et il me céderait en échange une belle frégate et un beau brick de ceux de son escadre qui sont à Trieste ou à Venise. Voilà la meilleure et l’unique manière d’arranger cette affaire.

Il me semble que la marine de Bayonne aurait pu réaliser les ordres que j’ai donnés d’envoyer des blés, puisque des chaloupes canonnières espagnoles escortent le cabotage de Saint-Sébastien au Ferrol, et que vous êtes à même de prendre des mesures pour le protéger depuis le Ferrol jusqu’à Porto et Lisbonne. Je viens d’ordonner qu’on embarquât 200,000 rations de biscuit pour le Portugal.

Je les fais escorter de Saint-Sébastien au Ferrol par des chaloupes canonnières espagnoles. Prenez des mesures pour les faire arriver du Ferrol à Porto et à Lisbonne sans danger; ou, s’il n’était pas prudent de les ramener par mer de Porto à Lisbonne, faites-les débarquer à Porto et faites-les venir par terre. J’ai également ordonné qu’on embarquât sur de petits bâtiments 10,000 quintaux de blé. Tenez une correspondance avec mon consul au Ferrol pour faire venir ces 200,000 rations de biscuit et les 10,000 quintaux de farine. Ce secours vous sera fort utile. J’ai fait engager le commerce à envoyer en Portugal, par la même voie, une trentaine de milliers de quintaux de farine. Combien le quintal de blé ou de farine vaut-il à Lisbonne ? Entendez-vous pour cela avec la chambre de commerce de Bayonne, et faites-lui comprendre les facilités qu’il y a pour l’expédition de petits bâtiments et ce qu’il y a à gagner.

J’ai accordé la pension que vous avez demandée pour la veuve du sergent portugais tué à la bataille d’Austerlitz.

Vos courriers sont longs à venir de Lisbonne ici. Je n’ai reçu vos lettres du 21 que le 29, c’est-à-dire huit jours après. Les courriers devraient venir en cinq jours. Je recevrai avec plaisir l’état des finances que vous m’annoncez. Je suis fort dans l’obscur là-dessus. Je vous ai demandé de m’envoyer tous les cinq jours l’état de situation de votre armée, en un petit livret, avec les lieux qu’occupe chaque détachement.

 

Bayonne, 31 mai 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, vous trouverez ci-joint différents projets de fortification et de tactique générale pour la campagne d’Italie; il faut que vous en confériez avec le général Chasseloup et les officiers dans le cas de vous entendre, comme je vous l’ai déjà mandé. Faites faire une reconnaissance soignée de la Piave, du Mincio et de l’Adige. J’attends le plan de défense de Venise. L’une place au centre est nécessaire; je voudrais une place en terre ayant un réduit en maçonnerie. Je joins des idées sur les fortifications que je veux faire à Ancône. Si je laisse faire le génie, il ne demandera pas moins de 2 ou 3 millions pour chaque hauteur d’Ancône, il y en a trois en quatre ; et, selon mes
mes idées, avec 3 ou 400,000 francs, on peut les mettre à l’abri d’un coup de main avec un peu de monde, et les défendre aussi bien que si la place eut été construite dans toutes les règles et avait coûté fort cher.

 

PREMIÈRE NOTE.

ÉTABLISSEMENT D’UNE LIGNE DE DÉFENSE.

Il est de fait qu’il n’y a jamais eu de ligne dans aucune guerre d’Italie.

Celle que l’on pourrait préférer serait celle qui couvrirait Venise. La Piave a cet avantage. Deux, ou trois petites places en terre, avec un réduit en maçonnerie d’une trentaine de toises de côté, pourraient être entremêlées de quelques redoutes, de quelques filets d’eau. Avec une somme médiocre on pourrait avoir trois ou quatre de ces places.

En supposant une de ces places du côté d’Asolo, sur la rive gauche de la Piave, une vis-à-vis le pont, une vis-à-vis les marais, entre le pont et la mer, il semble qu’une armée inférieure devrait pouvoir se rallier à l’abri de ces trois places et guetter l’occasion de faire tomber l’ennemi dans quelque pièces.

Avec les places que je propose, 3, 4 ou 500 hommes défendraient suffisamment une de ces places pour la mettre à l’abri d’un coup de main, donneraient le temps aux secours d’arriver, et mettraient dans le cas de pouvoir déboucher, ou par la droite, ou par le centre, ou par la gauche, sans affaiblir l’armée; ainsi, avec des forces inférieures, on se trouverait supérieur sur le point qu’on attaquerait.

Mais pour savoir si ce projet peut être exécuté, il faudrait avoir une reconnaissance bien détaillée depuis la mer jusqu’à Feltre. Quelle est la distance de cette place à la mer ? Qu’y peut-on faire pour la rendre défendable ? Quelle est la largeur de la rivière, le nombre de gués qu’il y a, le rapport des deux rives ? Quelles sont les communications de Feltre avec Bassano, Asolo, Conegliano et Sacile qui est supposé le centre de l’armée ennemie ?

On remarque qu’il serait avantageux de cantonner les principales forces de l’armée sur le bas de la Piave, parce qu’on croit que les communications de Conegliano avec Feltre sont fort difficiles et que l’ennemi serait obligé d’opérer par Feltre avec un corps détaché, et qu’avant que l’ennemi fût arrivé à Bassano par Feltre, l’armée aurait le temps de pénétrer par une de ces places sur le bas de la Piave et de cerner tout ce qui serait devant elle. Enfin la ligne d’opération de l’armée française étant sur Venise, et la retraite derrière l’Adige se faisant de cette position par la ligne la plus courte, elle ne peut jamais être menacé sérieusement par les opérations du corps de Feltre.

On serait donc porté à croire que, si l’armée française ne se trouve pas en mesure sur l’Isonzo, qu’elle juge à propos de laisser 2 ou 3,000 hommes à Palmanova et quelques centaines d’hommes à Osoppo, il faudrait la porter le long de la Piave; au moyen de trois ou quatre places d’une nature nouvelle et particulière, qui se lieraient avec Venise, elle serait à même de défendre Venise et d’attendre des secours.

Quand l’ennemi a pris tout le pays compris entre l’Isonzo et la Piave, il n’a rien; il a obligé l’armée française à laisser une garnison de 2,000 bommes dans Palmanova; lui-même s’est affaibli de plus de troupes. L’armée française a fait cinq à six marches au-devant de ses secours, et chaque jour qu’elle peut gagner derrière la Piave lui en rallie davantage.

Au contraire, si l’ennemi profite de ce premier mouvement pour passer la Piave et jeter l’armée française derrière l’Adige, dès ce moment il faut laisser 15 à 20,000 hommes dans Venise; ce qui est un considérable affaiblissement et s’occupera à l’ennemi que la moitié de son nombre, vu la dissémination de la garnison de Venise. On sent bien que, dans toutes les batailles qu’on pourra livrer pour débloquer Venise, on aurait contre soi l’armée d’observation et une grande partie du corps qui bloque Venise, sans pouvoir tirer aucun parti de la garnison de Venise.

Ainsi donc l’isolement de la place de Palmanova occasionne un affaiblissement à l’ennemi; mais la place de Venise, si on devait l’isoler, occasionne un grand affaiblissement à l’armée française. Il faut donc étudier la ligne de la Piave, et voir tout le parti qu’il est possible d’en tirer pour pouvoir fixer ses idées.

Le terrain une fois ainsi préparé, il serait de règle que, si l’armée française croyait avoir des chances à courir pour livrer bataille au commencement de la campagne, elle approvisionnerait Palmanova et prendrait position derrière la Piave.

Le Tagliamento ne peut pas avoir ce même avantage. Quoique la Piave soit guéable à plusieurs endroits, elle est cependant une grosse rivière en comparaison da Tagliamento, qui habituellement se passe à sec. Enfin cette ligne est beaucoup trop loin de Venise et laisserait des craintes de se voir coupé de cette place. On croit aussi que depuis le pied des montagnes près d’Osoppo jusqu’à la mer, la ligne est d’une plus grande étendue.

Après la Piave, la ligne la plus importante est celle de l’Adige, parce quelle permet de ne pas isoler Porto-Legnago, Mantoue et Peschiera, et qu’on peut faire concourir à l’armée active les 10 ou 12,000 hommes qui forment la garnison de ces places; mais cette ligne n’exige rien. Vérone est un poste de campagne; avec le château, il a à peu près la propriété qu’on désire. Un général prudent fera autour de Vérone et du vieux château une tête de pont aussitôt que la guerre paraîtra devoir se faire sur la défensive. Il ferait faire également une tête de pont à Arcole, pour être maître du débouché des marais. Un général qui a étudié son terrain ne doit jamais abandonner Arcole, et se réserver là une place sur la rive droite.

Legnago ne laisse rien à désirer. Avec ces trois points, Vérone, Ronco et Legnago, on a absolument les moyens qu’on demande à organiser sur la Piave.

Tout ce qu’on pourrait désirer serait peut-être de faire sur la rive gauche, vis-à-vis Ronco, un ouvrage en maçonnerie qui pourrait être le réduit de la place qu’on propose. Il n’y aurait aucun inconvénient à en reconnaître l’emplacement, à faire les plans et devis.

La ligne du Mincio a aussi son importance, parce que, pendant tout le temps qu’on la tient, Mantoue n’est point abandonnée. Un plan qui déterminerait les points à occuper sur la rive gauche du Mincio, tels que celui de Valeggio à Goito, qui assurerait la possession de deux ou trois points, outre celui de Peschiera, et qui contiendrait les devis et plans des ouvrages à faire, pourrait être utile.

Il y a aussi des marais le long de cette rivière, qui en favorisent la défense.

Les projets de la Piave, de l’Adige, du Mincio étant faits, il restera à comparer la dépense, la résistance et les avantages de chacun, afin qu’on décide celui par lequel on doit commencer.

Cette note servira d’espèce de préface au plan de ma place, quo je veux envoyer en Italie.

DEUXIÈME NOTE

SUR UN PROJET DE FORT EN TERRE, AVEC RÉDUIT EN  MACONNERIE.

On désirerait un carré en terre, de 150 à 160 toises, avec réduit casematé dans les places d’armes, comme ceux d’Alexandrie, pouvant contenir 25 hommes chacun; des lors les chemins couverts sont inabordables et les places d’armes hors d’insulte; fossé de 10 toises au réduit; surtout un chemin couvert, avec réduit casematé aux deux angles opposés. Le réduit central carré, avec des bâtiments voûtés tout autour.

On établirait l’ordre du travail ainsi qu’il suit : Première année. On ferait la moitié des maçonneries du réduit et le chemin couvert de l’ouvrage en terre ; on fonderait les trois réduits des places d’armes rentrantes et l’on masserait l’ouvrage en terre. Deuxième année. Le tout serait achevé. Ainsi le fort devrait soutenir un siège en octobre 1809. Un tel fort ne devrait coûter que 400,000 francs; ainsi 200,000 francs par année.

Si les localités exigeaient un pentagone, on le tracerait; la dépense serait en sus des 400,000 francs. Enfin, si le réduit devait être plus fort d’un côté que de l’autre, on le ferait rectangulaire. Dans les deux réduits de places d’armes saillantes, on pratiquerait une casemate inférieure, à feux de revers, pour flanquer le fossé et mettre l’ennemi dans la nécessité de s’emparer de ces réduits avant de rien tenter contre l’ouvrage.

On pourrait au besoin placer sur une face du réduit central huit pièces de canon. On pourrait marquer la place pour deux mortiers, afin de renforcer la voûte en cet endroit.

Le carré de l’ouvrage, ayant 600 toises de côtés et environ 900 toises de développement, exigerait 900 hommes pour une belle défense. Ces 900 hommes, forcés, se retireraient dans le réduit, dont le chemin couvert à 240 toises de développement et peut au besoin contenir toute la garnison de l’ouvrage. Tous les magasins de vivres et de guerre seraient retirés dans le réduit. Ainsi l’ouvrage serait complet. On aurait soin que la citerne fût dans le réduit.

Dans le cas d’une faible garnison de la place, avec 300 hommes l’on n’a rien à craindre; alors, en mettant 10 hommes dans chaque réduit de l’ouvrage en terre (pour les quatre, 40 hommes.), 40 hommes dans chaque bastion (total, 160 pour les quatre bastions) , on défendrait l’ouvrage en terre avec 200 hommes, et les glacis seraient inabordables ; on y servirait près de vingt pièces de canon, les autres 100 hommes en réserve dans le réduit central et pour servir les dix à douze pièces qui tireraient par-dessus; ainsi une colonne serait détruite avant d’arriver. Voilà le problème résolu : défendre avec peu de monde un ouvrage qui peut en contenir davantage, puisqu’au besoin 4 à 5,000 hommes peuvent s’y tenir, c’est-à-dire 3,000 dans les chemins couverts, qui ont plus de 900 toises de développement, et 2,000 dans le fort.

Ainsi cet ouvrage serait à l’abri d’un coup de main et exigerait un siège en règle. Dans le siège en règle, il faudrait détruire toute l’artillerie de la place pour couronner le chemin couvert, et détruire ensuite les réduits des places d’armes. Cela fait, il faudrait encore s’emparer du réduit.

C’est une question à décider s’il faudrait revêtir l’ouvrage. Il est certain que la maçonnerie ne fait que nuire pour le passage des fossés, vu qu’ils sont à moitié comblés en jetant bas la contrescarpe. De manière qu’ayant un fort pareil situé en plaine, avec des fossés pleins d’eau, et sur un mamelon avantageux, avec une demi-lune sur le côté exposé, j’aimerais autant qu’il ne fût pas revêtu. Un des avantages de l’escarpe et de la contrescarpe est de mettre moins de garnison : cet avantage est rempli par le réduit. Si avec 400,000 francs on peut construire un ouvrage de cette espèce, on obtiendrait le même but que s’il était entièrement revêtu, ce qui coûterait alors 2 millions. Le réduit est la chose la plus coûteuse; le même servirait à un hexagone, dont la dépense n’augmenterait pas sensiblement. Un ouvrage de cette sorte offrirait un bel avantage pour la défense d’une rivière.

S’il était possible que le canon du réduit pût, par-dessus l’ouvrage en terre, labourer les glacis de son chemin couvert, on sent que ce serait un grand avantage. Lorsque, sans donner un trop grand relief, les localités permettent de se procurer cet avantage, il sera très-important d’en profiter. Lorsque, par exemple, le réduit pourra être situé sur un mamelon, alors on pourrait abandonner entièrement l’ouvrage en terre, n’avoir dans le réduit que 25 hommes et quelques pièces de canon, et ôter à l’ennemi l’envie de l’insulter. En effet, sur le glacis, l’ennemi sera labouré par la mitraille du réduit; arrivé dans le chemin couvert, il est attaqué par la fusillade de nos places d’armes retranchées ; enfin, en traversant le fossé, il faut qu’il soit battu par les feux d’une caponnière voûtée, casematée et faisant un avec les réduits des places d’armes.

On demande ce que coûterait une communication souterraine du réduit central aux réduits des places d’armes. Il suffit que cette communication soit bonne pour un homme à pied, afin que les hommes, n’ayant jamais aucune inquiétude pour leur retraite, puissent se retirer ou recevoir des renforts; alors les cinq ouvrages en maçonnerie sont un système à part, qu’on peut occuper en négligeant l’ouvrage en terre.

TROISIÈME NOTE.

FORTIFICATIONS D’ANCONE.

On ne se souvient pas assez de la position d’Ancône pour déterminer d’avance où doivent être établis des ouvrages comme ceux dont le plan est ci-joint; mais on a assez de souvenir qu’il y a une hauteur sur la gauche, qui peut croiser ses feux avec ceux de la citadelle, de manière que, ces deux points occupés, l’enceinte de la ville, si mauvaise qu’elle soit, devient inattaquable.

Des officiers du génie et ingénieurs géographes doivent lever le plan de la place et des terrains environnants à 1,500 toises, avec des notes qui fassent connaître les niveaux.

Le plan ci-joint suppose l’ouvrage placé dans une plaine, où les quatre côtés sont également opposés aux attaques de l’ennemi ; ce n’est pas le cas d’Ancône.

Le côté de droite est défendu par la citadelle, puisqu’il n’en est éloigné que d’environ 400 toises, autant qu’on puisse s’en souvenir; le côté gauche est défendu par la mer, la gorge n’est éloignée que de 4 à 500 toises de la ville. Le point d’attaque sera donc à peu près déterminé sur un front.

On peut alors n’établir de réduit de place d’armes et de caponnière qu’au front d’attaque, donner moins de relief aux côtés qui sont moins exposés, surtout si l’ouvrage, situé sur une hauteur, a, sur le terrain environnant, un commandement naturel , indépendant du relief de son profil.

Le profil qu’on présente ici est celui d’un ouvrage en plaine et doit être modifié sur le terrain; il y aura une grande économie à diminuer le relief de l’ouvrage en terre, et, pour remplir les intentions de l’Empereur, il faut beaucoup d’économie : sans entrer dans aucune discussion là-dessus, c’est sa volonté.

Dans un pays de plaine, l’ouvrage indiqué pourrait coûter 6 à 700,000 francs; situé sur un mamelon, lorsque trois côtés seront défendus par la citadelle, la mer ou la place, l’économie sera considérable.

Personne ne peut prescrire les modifications que l’ingénieur doit adapter à un tracé sur le terrain, mais il doit être bien entendu et fait avec économie.

Au projet qui sera rédigé et envoyé au ministre de la guerre devront être joints un devis et un mémoire qui fera connaître la raison du profil qui aura été adopté.

Bayonne, 1er juin 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Bayonne

Monsieur de Champagny, l’armée de Portugal a besoin de vivres. Il paraît que la communication de Saint-Sébastien avec le Ferrol, sous l’escorte de chaloupes canonnières espagnoles, est fréquente, et que la communication du Ferrol avec Porto est également très-fréquente. Il serait donc convenable d’essayer cette voie pour faire passer du blé en Portugal. Il faudrait le faire par le commerce, qui comprendra facilement l’avantage immense qu’il y trouvera, puisqu’il a cent pour cent à gagner. Voyez pour cela la chambre de commerce. On pourrait expédier, soit par des chasse-marée, soit pour les bâtiments qui servent au cabotage, 1,000 tonneaux de blé, qui feraient cent jours de vivres pour 20,000 hommes. Il me semble qu’on emploie au cabotage ici des bâtiments qui peuvent porter quarante à cinquante tonneaux ; or une trentaine de ces bâtiments porteraient tout cela. L’achat ne serait pas ici un objet de 300,000 francs, et la vente produirait 900,000 francs à Lisbonne. Je désire que vous vous occupiez de cela. Je voudrais aussi faire transporter pour mon compte 200,000 rations de biscuit; mes gabares seraient-elles propres à cette expédition ? Mais , d’ailleurs , ne pourrait-on pas porter ces 200,000 rations sur deux goélettes ou chasse-marée ? Je les destine à l’approvisionnement de trois vaisseaux et de trois frégates que j’ai à Lisbonne. Je ne serais pas éloigné non plus de diriger sur ce point dix milliers de quintaux de blé pour l’armée, ce qui ferait 500 tonneaux. Faites-moi, je vous prie, un rapport sur tout cela.

Il est bon de mettre dans les journaux une note sur les foires de Leipzig et de Francfort, en la rédigeant dans les termes les plus favorables à notre commerce, et en donnant des renseignements aux commerçants.

 

Bayonne. ler juin 1808

A M. Cretet, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur Cretet, je n’entends plus parler des maisons destinées à l’extinction de la mendicité. Les travaux des trois grands canaux sont-ils en activité ? Y dépense-t-on tout l’argent que j’ai accordé ? Les travaux de Paris ne vont plus; on n’a encore pris aucun argent à la caisse d’amortissement. Les prêts sur les vins faits au commerce  de Bordeaux ne marchent pas davantage, puisqu’il n’a encore été rien pris.

Le ministre des finances me mande que les vingt et une portions deux tiers du canal du Midi ne rendent que 450 à 500,000 francs par an, et que, dès lors, le prix demandé est trop fort de deux cinquièmes.

 

Bayonne, 1er juin 1808

A M. Cretet, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur Cretet, il entend dire souvent qu’on manque de laines en France et qu’elles sont fort chères ; cependant il y a en Espagne trois récoltes de laines dont on ne sait que faire ; écrivez-moi un moi là-dessus.

Il m’est revenu des foires de Leipzig et de Francfort que Lyon ne fournissait pas assez, et que les négociants chargés de fournir à la Saxe, à la Pologne, au Danemark, à la Russie, se plaignent que les commandes qu’ils font à Lyon ne se remplissent pas, quoique cependant ils fassent les avances.

 

Bayonne, 1er juin 1808.

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

La batterie du cap Camarat, à Saint-Tropez, n’a pu protéger la pinque la Vierge-de-Miséricorde, qui a été prise par l’ennemi. On dit qu’au premier coup de canon le terre-plein s’est enfoncé. Ordonnez au directeur d’artillerie de faire une visite extraordinaire des batteries de la côte; donnez le même ordre au général Cervoni; qu’ils partent à cheval de la tour de Bouc et suivent la côte jusqu’à San-Remo; qu’ils inspectent les batteries et présentent un rapport sur chacune; qu’ils voient les canonniers garde-côtes, et s’assurent
qu’elles sont propres à faire un bon service.

 

Bayonne, ler juin 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Est-ce que les sept flûtes et gabares neuves qui sont au Havre ne pourraient pas aller à Brest pour l’expédition projetée ? Elles font près de 3,500 tonneaux. Les trois de 350 tonneaux, de Saint-Malo, ne peuvent-elles pas également aller à Brest pour le même objet ?

Si le lieutenant Guiné n’est pas membre de la Légion d’honneur, proposez-moi un décret pour le nommer. Faites-moi un rapport sur les deux enseignes qui ont monté à l’abordage. Ce corsaire, s’il est bon marcheur, pourrait être armé comme mouche.

La corvette la Baleine a quitté Rosas ; elle sera probablement arrivée à Marseille.

J’approuve que les ouvriers de Flessingue remontent au milieu d’août pour rester à Anvers jusqu’en octobre. Je désire que le Royal-Hollandais puisse être mis à l’eau avant la fin d’octobre, afin que sa cale soit remplie par un autre vaisseau. Serait-il possible d’avoir la frégate ? Je me contenterai d’avoir trois vaisseaux de plus à Anvers ; ce qui, avec les huit à Flessingue, me fera onze vaisseaux. On mettra trois autres vaisseaux sur la cale; ce qui me mettra à même d’avoir quatorze vaisseaux au mois de septembre 1809 ; ce qui, avec le Royal-Hollandais et les cinq autres d’Anvers, me ferait vingt-deux vaisseaux de guerre dans la rade de Flessingue.

 

Bayonne, ler juin 1808

Au vice-amiral Decrès. ministre de la marine, à Paris

Je désirerais faire construire un vaisseau de 74 à Bayonne, parce que le coeur me saigne de voir les bois se pourrir, et que je dépense 500,000 francs pour faire transporter 100,000 pieds cubes de bois dans la Garonne et davantage pour les transporter jusqu’à Rochefort.

Il y a sur la barre 14 pieds d’eau; il y a 36 à 40 pieds d’eau en dehors de la barre; le tout est donc de passer la barre. Je ne sais pas pourquoi un vaisseau de 74, qui tire 16 pieds, ne passerait pas, étant allégé par les chameaux, qui allégent de 6 à 7 pieds.

Je désire que vous fassiez venir de Hollande l’officier hollandais qui a déjà été à Venise; qu’il se rende en poste ici; car si, après avoir causé avec le pilote et vu lui-même la barre, il juge possible de la faire franchir à un vaisseau de 74, je le ferai mettre sur-le-champ en construction. Jadis, un vaisseau de 50 canons a passé la barre avec beaucoup de peine, mais sans chameaux. L’autre jour j’ai vu la mer calme à la barre, et cependant nous ne sommes pas dans les mois calmes ; les bâtiments qui y passaient n’éprouvaient aucun mouvement.

On ne devrait jamais construire à Rochefort, qui n’est qu’un port de réparation; Lorient, le Havre, Anvers, voilà les ports de construction de la France.

 

Bayonne, 1er juin 1808

A M. de la Cuesta, capitaine-général de la Castille-Vieille, à Valladolid

J’ai reçu votre lettre du 29 mai. Je vous prie de me faire connaître qui, dans l’armée espagnole, n’ayant que cinquante ans, est assez fort et assez bien dans l’opinion pour occuper le poste important que j’aurais désiré que votre santé vous eût permis d’accepter.

 

Bayonne, 1er juin 1808

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Donnez ordre au général Morand de faire conduire à la citadelle de Toulon les Colonna père et fils, de faire mettre le séquestre sur leurs biens. Arrivés à Toulon, vous donnerez ordre que ces individus, agents de l’Angleterre, soient conduis dans un château fort avec les plus grandes précautions.

Faites arrêter le sieur Patey, prêtre de la Manche, dont il est question dans votre bulletin du 24 et faites le enfermer dans un château fort.

 

Bayonne, 2 juin 1808

A M. Cretet, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur Cretet, faites-moi un petit rapport sur les travaux que j’ai ordonnés. Où en est la Bourse ? Le couvent des Filles Saint-Thomas est-il démoli ? Le bâtiment s’élève-t-il ? Qu’a-t-on fait à l’Arc-de-Triomphe ? Où en est-on de la gare aux vins ? Où en sont les magasins d’abondance ? la Madeleine ? Tout cela marche-t-il ? Passerai-je sur le pont d’Iéna à mon retour ? Voilà pour Paris.

Je vous ai demandé déjà des renseignements sur les trois grands canaux. Dépensera-t-on, cette année, trois millions au canal de l’Escaut au Rhin, trois millions au canal de Bourgogne, trois millions au canal Napoléon ?

Les travaux que j’avais ordonnés à Paris sur l’emprunt de huit millions marchent-ils ?

Faites aussi exécuter mon décret sur Bordeaux ; je pensais que cela était en mouvement; lorsque j’y repasserai, rien ne sera commencé.

 

Bayonne, 2 juin 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Dans l’état des croisières anglaises que vous m’avez envoyé, je ne vois point de croisière devant Dunkerque. Pourquoi donc les deux frégates que j’ai dans ce port ne partent-elles point pour Flessingue, où on en a besoin ?

Au Havre, la croisière ennemie ne se compose que d’une frégate et d’un brick, et j’ai dans ce port deux frégates en armement, une qui est tout armée et bientôt une quatrième. Pourquoi ces quatre frégates ne partiraient-elles pas ?

Je ne vois pas de croisière devant Rochefort, ce qui doit permettre à mes bricks et aux autres petits bâtiments de partir.

 

Bayonne, 2 juin 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur Decrès, l’escadre russe n’a rien à craindre à Trieste, puisqu’elle est en dedans des jetées. Les Anglais ont bien autre chose
à faire que d’aller insulter les quatre cadavres qui sont là.

On vient de me rendre compte qu’un petit paquebot anglais appartenant à un armateur de Bordeaux se trouve au Passage. Il est doublé en cuivre et bon marcheur. Je viens d’ordonner au capitaine Beaulieu de le visiter, et je l’achèterai s’il est bon. J’attends le brick l’Oreste ici demain. La frégate la Comète s’allége pour passer la barre de Bayonne. Cette frégate est une vieille carcasse toute déliée, et qui ne peut même pas marcher; il faut en faire un ponton et une machine à mâter pour ce port. Les ingénieurs m’ont fait un rapport sur ce port; ils me proposent d’y dépenser un million, et en espèrent de bons effets. Je vais y dépenser 400,000 francs en plusieurs années, et, si je m’aperçois qu’ils produisent quelques bons résultats, je les ferai continuer.

J’ai écrit au ministre d’État Lacuée pour qu’il vous fournisse 500 conscrits, qu’il dirigera sur Bayonne, pour former les cinq équipages qui se réunissent à Lisbonne.

Une des mouches qui sont ici pourra partir avant le 10 août; envoyez des ordres ici pour l’expédier sur Cayenne. Il faut la charger de dix ou douze tonneaux de farine; cela fait toujours deux cents quintaux, c’est-à-dire de quoi nourrir 200 hommes pendant cent jours, ce qui fait toute ma garnison de Cayenne. Il faut expédier la seconde, qui sera prête avant le 20 juin, sur la Martinique; elle portera des dépêches, des nouvelles et de la farine pour mes troupes de la Martinique pendant dix jours. Recommandez qu’elles reviennent chargées de marchandises coloniales. Je vous ai déjà écrit pour ce  grand objet.

Je viens d’avoir des renseignements et des plans sur la Spezia. J’ai pris un décret pour en augmenter les batteries, qui me paraissent déjà très-formidables. Le lazaret me parait propre à contenir tous les magasins. La localité me paraît extrêmement favorable pour la défense du côté de terre, puisqu’en défendant un isthme de cinq à six cents toises, on défend toute la presqu’île, qui a six milles de tour. Le Porto-Venere, la cale des Corses et les autres petites cales, chacune de trois à quatre cents toises de profondeur sur deux à trois cents toises de largeur, seront à l’abri de toute attaque. Il est nécessaire d’avoir un commissaire de marine à Livourne pour correspondre avec le préfet maritime de la Spezia et organiser tout cela.

Qui doit désigner l’emplacement de chaque établissement à la Spezia ? Est-ce un seul individu ou une commission ? J’ai besoin de le savoir pour la direction à suivre pour centraliser tout dans le seul point que je veuille défendre. Je désire qu’on ne perde pas un moment, On m’assure que les cales pour des vaisseaux ne coûteront pas plus de 20, 000 francs . La côte de la Spezia à Livourne, qui n’avait aucune importance, va en avoir. Il n’y a sans doute pas de batterie; jetez un coup d’oeil sur la carte, et entendez-vous avec le ministre de la guerre pour établir des batteries où elles sont nécessaires. Écrivez à mon chargé d’affaires à Lucques et au général Menou pour ce qui les regarde. Il me semble, après ce que l’on me dit, qu’on peut faire au lazaret des magasins pour tout. Il n’y aura donc à s’occuper sérieusement que de la machine à mâter et de la corderie. Comme nous n’aurons pas de vaisseau à la mer avant un an, nous avons le temps de penser à la machine à mâter. Quant à la corderie, c’est un objet d’une grande dépense. Je ne sais pas s’il y en a une à Gènes ou à Livourne. Donnez vos ordres au préfet maritime, et tracez vos directions sur tout. Il faut pour cela avoir un grand plan sous les yeux. Il me semble que tous les objets d’artillerie seraient fort bien placés au fort Saint-Barthélémy.

 

Bayonne, 2 juin 1808

Au prince Borghèse, gouverneur général des départements au delà des alpes, à Turin

L’établissement qui va avoir lieu à la Spezia va rendre plus intéressante la côte de Gênes à la Spezia. Donnez ordre au général Montchoisy et au directeur d’artillerie de la parcourir à cheval, et de prendre des notes sur les batteries qui existent et sur les points où il en faudrait. Vous m’en rendrez compte pour que j’ordonne tout ce qui sera nécessaire.

Faites venir l’ingénieur des ponts et chaussées et demandez-lui un rapport sur les communications de Parme et de Plaisance avec la Spezia. Si les plans de ces deux routes sont faits, envoyez-les-moi; s’ils ne sont pas faits, faites-les faire.

Faites répondre à cette question : Quelle est la communication la plus facile et la moins coûteuse de Plaisance ou de Parme à la Spezia ? Combien l’une ou l’autre coûterait-elle ?

Assurez-vous à la Spezia si l’île de Palmaria et les deux îles en avant sont gardées. Vous donnerez des ordres pour qu’on y mette des troupes et qu’elles s’y placent de manière à se mettre à l’abri d’être enlevées.

 

Bayonne, 2 juin 1808.

A la princesse Pauline Borghèse, à Stupinigi

J’ai reçu votre lettre. Ce que vous éprouvez est une suite nécessaire du printemps. Stupinigi est peut-être un peu humide; Turin est préférable. Je ne vois pas pourquoi vous n’iriez pas aux eaux de Lucques. Je ne vois pas d’inconvénient que vous alliez aux eaux de Saint-Didier, puisqu’elles sont dans le gouvernement; mais il ne faut point quitter le gouvernement sans mon ordre.

 

Bayonne, 2 juin 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon fils, il faut pourvoir à toutes les dépenses de la division du général Miollis, comme à celles des troupes en Toscane et d’Ancône, par le Trésor d’Italie.

Le nouveau régiment d’Ancône, composé de troupes du pape, sera payé par le Trésor d’Italie également.

 

Bayonne, 2 juin 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, j’attends des mémoires sur les travaux que j’ai ordonnés en Italie, et je ne reçois rien. Je désire beaucoup avoir des renseignements sur tout cela. J’ai reçu le mémoire sur Mantoue; je vais y répondre. Je vous ai demandé des renseignements sur l’escadre russe, qui est à Trieste et à Venise, vous ne m’avez rien envoyé. Vos lettres deviennent plus rares et moins significatives.

 

Bayonne, 2 juin 1808

Au général Menou, gouverneur général de la Toscane, à Florence

Le préfet maritime se rend à la Spezia, et tout va se mettre en mouvement pour organiser ce port important. Les côtes de la Spezia à Livourne, qui n’avaient que peu d’intérêt, vont en acquérir beaucoup aujourd’hui. Envoyez les officiers du génie les visiter jusqu’à la Spezia et reconnaître les points où il faut établir des batteries, s’il n’y en a pas, afin que le cabotage se fasse librement et soit protégé. Voyez quels moyens Livourne peut fournir à l’arsenal de la Spezia.

 

Bayonne, 2 juin 1808

Au général Menou, gouverneur général de la Toscane, à Florence

Je vais bientôt avoir besoin de beaucoup de bois pour l’arsenal de la Spezia. Voyez ce qu’on pourrait couper, non-seulement en Toscane, mais encore dans les pays de Piombino, de Lucques et dans les portions du territoire d’Italie qui ont le versant des eaux sur la Méditerranée. Je désire bien en avoir dès ce moment une centaine de milliers de pieds cubes, afin de commencer les travaux de l’arsenal; sur quoi peut-on compter  ?

 

Bayonne, 2 juin 1808

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant-général du royaume d’Espagne, à Madrid

Faites imprimer sans délai dans la Gazette de Madrid les deux lettres du 11 et du 13 mai que m’a écrites la junte d’État. Par la dernière, elle me demande pour roi le roi de Naples. Faites imprimer aussi l’adresse de la ville de Madrid.

Vous ferez faire un article qui dira que l’Empereur ayant reçu des lettres de la junte, du conseil de Castille, de la ville de Madrid et de plusieurs autres corps de l’État, a expédié un courrier au roi de Naples, qui vient de répondre à son illustre frère qu’il s’est mis sur-le-champ en route; qu’il est arrivé le 3 juin à Bayonne, et qu’incontinent il va se rendre à Madrid.

Faites tout préparer pour que le Roi soit bien reçu à Madrid, à Burgos et sur toute la route. Faites écrire aux provinces de Navarre, de Biscaye, etc., par les différents ministres, pour que tout soit préparé sur la route pour le recevoir avec le plus d’éclat possible.

Il suffit de citer l’adresse du conseil de Castille, sans l’imprimer, vu qu’elle est trop entortillée. Le conseil de Castille profitera de l’acte que je ferai pour nommer le Roi, pour faire une espèce de proclamation et la répandre partout.

 

Bayonne, 3 juin 1808

A M. Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur Mollien, j’ai besoin de venir au secours de l’Espagne. Le ministre des finances d’Espagne envoie des pouvoirs au banquier Baguenault, qui fait les affaires d’Espagne. Ce banquier viendra vous trouver. Voici mes intentions : La banque de France fera avec lui un traité dont voici les conditions. La Banque prêtera au trésor d’Espagne vingt-cinq millions de francs ou environ cent millions de réaux. Cet argent sera transporté par terre à Bayonne, moyennant une commission de tant ; vous ferez vos calculs. Le versement sera fait à compter du présent mois de juin, à raison de cinq millions par mois pour les mois de juin, juillet, août et septembre, et de cinq millions pour le mois d’octobre. L’intérêt en sera payé entre 5 et 6 pour 100. Il sera versé à la banque de France, pour garantie du prêt, des diamants de la Couronne pour une égale valeur, conformément à la loi générale de la Banque, qui s’oppose à ce qu’elle fasse aucun prêt sans nantissement. Ce prêt devra être remboursé en dix ans, et plus tôt, si faire se peut; il devra l’être nécessairement un an après la paix maritime. Vous ferez mettre dans le considérant que ce n’est que pour obliger l’Espagne et après mon autorisation, etc. Si la Banque veut faire cette opération à ses frais, je ne m’y oppose pas; mais, comme je pense qu’elle ne le voudra pas, je ferai moi-même ces avances ; et, comme il ne me convient pas de prêter sur gages , la Banque prêtera pour moi sous son nom, et la caisse d’amortissement fera les fonds. Vous ferez ajouter, pour une des conditions de l’acte, que la restitution se fera en francs et à Paris. Arrangez cette affaire le plus tôt possible.

 

Bayonne, 3 juin 1808

Au général Junot, commandant l’armée de Portugal, à Lisbonne

Monsieur le Général Junot, je reçois votre lettre du 27 mai et celles des 24 et 25 en même temps. Les vaisseaux espagnols doivent mettre en mer avec des équipages portugais, conformément au décret que vous avez reçu. Je vois par l’état de vos marins que vous avez un capitaine de vaisseau; il vous en faut trois : ce sont deux qui vous manquent; que vous avez trois capitaines de frégate; il vous en faut trois pour les frégates et trois pour les vaisseaux : il vous en manque trois; que vous n’avez que cinq lieutenants de vaisseaux; il vous en faut vingt-quatre. Je croyais que vous aviez beaucoup de maistrance, et je vois que vous n’en avez pas du tout; j’écris au ministre de la marine pour qu’il vous en envoie.

Je ne suis pas fâché que l’amiral russe n’ait pas voulu de mon vaisseau. Peut-être préférera-t-il une frégate; il aura alors assez de monde pour l’armer sans affaiblir ses équipages. Quant à la demande qu’il fait de pouvoir réunir deux vaisseaux français à son escadre, je n’y vois pas d’inconvénient; je vais en faire armer trois.

Si Almeida est dans une position malsaine, les troupes pourront être placées à Branco, où elles seront à portée de se réunir aux troupes du maréchal Bessières et seront dans un pays plus sain; je leur fais donner cet ordre.

J’approuve la mesure que vous me proposez de faire payer les cinquante millions que je me suis réservés, partie en biens appartenant aux émigrés, partie en domaines de la Couronne et partie en biens de l’Ordre de Malte.

Je vais vous envoyer un commissaire de justice, qui sera un jurisconsulte versé et qui pourra vous être utile.

Je verrai avec plaisir que le code Napoléon soit imprimé et publié.

Il faut laisser passer l’été et arriver au mois de novembre avant de remuer l’affaire des couvents; les affaires d’Espagne seront finies, et l’hiver est une bonne saison pour nous.

Je vous réitère de mettre des matelots français sur votre escadre avec quelques matelots portugais et danois, des officiers de marine français et les trois quarts de la maistrance français. Il ne faut pas envoyer un matelot français pour porter des nouvelles en Amérique. Douze Portugais donnant caution, un patron sûr, dont la femme soit a Lisbonne, un contre-maitre français sachant bien la manoeuvre, et dix ou douze soldats français sont bons pour les expéditions dans les colonies, sans y employer les matelots français que vous avez.

Le marquis d’Alorna, qui commande les troupes portugaises, va se rendre ici; je le garderai deux jours et je le renverrai en Portugal pour présider au recrutement. Ne violentez pas les Portugais pour ce motif; je désire sans doute renforcer ces régiments de quelques milliers d’hommes, mais je veux,que votre tranquillité ne soit pas troublée avant tout. Il faut employer principalement des moyens de persuasion.

 

Bayonne, 3 juin 1808, une heure après midi

Au maréchal Bessières, commandant la Garde impériale, etc., à Burgos.

Mon Cousin, le major général vous écrit sur l’insurrection de Santander. Il parait que l’aide de camp que vous y avez envoyé y a été arrêté, ainsi que des officiers espagnols partis de Madrid, et même, dit-on, un officier du grand-duc de Berg. Dans tous les cas, la place de Santander est nécessaire à occuper. La Biscaye paraît d’un bon esprit. D’ailleurs, j’ai ordonné que les trois régiments portugais fissent halte à Tolosa, Vitoria et Irun, et j’aurai bientôt ici d’autres forces à y envoyer, si cela devenait nécessaire. Vous devez donc ordonner au général Verdier de partir avec les 13e et 14e provisoires, ses deux escadrons de cavalerie et son artillerie, et de se diriger sur Santander. Donnez l’ordre au général Lasalle de partir avec un régiment de cavalerie, le général Sabatier et sa brigade, et son artillerie, et de se diriger de Burgos sur Santander. Si l’insurrection est grave, comme on le dit, mon intention est que ces 6,000 hommes séjournent à Santander et envoient des détachements dans les Asturies ; si l’insurrection n’était pas aussi grave, le général Verdier se rendrait toujours à Santander, mais le général Sabatier s’approcherait seulement à moitié chemin de Santander à Burgos, c’est-à-dire en joignant l’Èbre à Villarcayo. Par ce moyen, il protégerait la marche du général Verdier et lui servirait de réserve. Le général Lasalle peut prendre deux routes : l’une, la route de poste qui passe par Reinosa, et l’autre, en suivant la grande route jusqu’à Castrojeriz, passe l’Èbre et se dirige par Villarcayo sur Espinosa. Cette dernière route est plus courte d’un quart, et elle offre surtout l’important avantage de se rapprocher de celle du général Verdier, de sorte que, si les événements étaient sérieux, ce général pourrait facilement réunir les deux colonnes à Espinosa et même en avant, si cela était nécessaire. Vous sentez donc combien cette route-ci est préférable.

Le général Verdier peut prendre deux routes, l’une par Orduna et de là à Santander, et l’autre en rétrogradant sur Miranda, venant à Frias et de là à Medina et à Espinosa. Étant sur les lieux, vous pouvez prendre des renseignements à ce sujet. Les routes qui tendent à rapprocher la marche de mes colonnes sont les meilleures. Pour ne pas agglomérer une aussi grande quantité de troupes à Santander, le général Lasalle pourra s’arrêter à Espinosa, Medina et Villarcayo, et, en une marche forcée ou deux marches, se porter de là au secours du général Verdier.

De la célérité et de la vigueur. Commencez par ordonner ces mouvements. Que le général Lasalle se mette en marche et qu’il commence toujours à occuper l’Ébre et Villarcayo jusqu’à ce que la division du général Verdier arrive. Ayez soin que le général Lasalle ait avec lui pour dix jours de biscuit, ses huit pièces de canon approvisionnées, que les hommes aient leurs cartouches et qu’il y ait un bon nombre de caissons à la suite de cette troupe. Veillez à la même chose pour la division Verdier. Recommandez à ces deux généraux de faire prompte et sévère justice. On m’assure que les révoltés occupent déjà Reinosa au nombre de 400 ou 500. Il est très-nécessaire d’arriver promptement, car déjà les Anglais tâchent de jeter des émissaires et vont bientôt jeter des armes. Faites-moi connaître la population de Reinosa. Aussitôt que toutes les troupes seront en mouvement, et quand elles se trouveront à mi-chemin de Santander, envoyez-y en avant deux ou trois bons prêtres de Burgos pour faire connaître aux habitants combien est grand leur aveuglement d’avoir des intelligences avec les Anglais et qu’ils courent à leur ruine totale. Une fois arrivé à Santander, qu’on désarme les habitants, et, si on y entre les armes à la main, que l’on fasse un exemple. Lorsque les troupes seront en marche, vous écrirez au capitaine général de la Cuesla pour que ce brave homme envoie un de ses officiers dans les Asturies, qui fasse connaître aux habitants de cette province les malheurs que la révolte attirerait sur toute l’Espagne et sur eux-mêmes.

 

Bayonne, 3 juin 1808

Au maréchal Bessières, commandant la Garde impériale, à Burgos

Mon Cousin, j’ai reçu votre lettre du 1er juin à six heures du soir. Si le sieur Balbiani, qui arrive de Buenos-Ayres, veut y retourner ou quelques-uns des siens, cela serait bien; j’aurai bientôt ici un brick prêt à partir. S’il préfère se rendre à Madrid, d’où le gouvernement le ferait partir par Cadix ou par d’autres ports, il en est le maître.

Je vous ai écrit il y a une heure , et j’ai dicté des ordres au major général pour agir vigoureusement sur Santander et pour donner aux deux colonnes qui partent, l’une de Vitoria et l’autre de Burgos, une marche concentrique. Cette ville de Santander paraît avoir besoin d’un exemple. Je ne pense pas que des forces plus considérables soient nécessaires ; si cela était, vous feriez soutenir le général Verdier par le général Merle.

Les généraux Lefebvre et Bazancourt doivent être partis pour Pampelune. Je compte avoir là demain près de 5,000 hommes, tant infanterie que cavalerie et artillerie ; et, si les affaires d’Aragon ne se calmaient pas, cette force pourrait se diriger sur Saragosse, de concert avec une colonne de 6,000 hommes que le général Chabran amènerait de Tortose. Le maréchal Moncey marche avec 12,000 hommes sur Valence; le général Dupont, avec 10,000 hommes de ses troupes et 5,000 Français tirés du Portugal, sur Cadix. Je vous ai mandé d’envoyer l’ordre au général Loison de venir prendre position à Miranda sur le Duero. Cette division de 4,000 hommes avec les divisions Verdier et Merle et, s’il était nécessaire, votre réserve, pourraient se porter de concert pour mettre à la raison le royaume de Léon et les Asturies. Comme la montagne de Santander est du gouvernement de la Castille-Vieille, dont M. de la Cuesta est capitaine général, il sera bon que ce général imprime une proclamation pour faire connaître au peuple les malheurs dont la révolte sera suivie. Il serait aussi convenable que de semblables proclamations fussent faites par le tribunal d’appel et le métropolitain d’où ressortit Santander ; l’évêque métropolitain est, je crois, celui de Burgos. Toutefois ces mesures ne devront être prises qu’après que mes troupes auront deux jours de marche. On me suppose que l’évêque de Santander, un Santa-Cruz et son beau-frère Miranda sont à la tête de cette révolte; il me paraît extraordinaire que des hommes de sens veuillent ainsi compromettre leur état ; si cela est, il n’y aura pas à les épargner.

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P. S. Je reçois votre lettre du 2 juin. Vous avez fait marcher la division Merle, ainsi il n’y a plus lieu à faire marcher le général Lasalle; mais je ne trouve pas que la division Merle soit suffisante. J’envoie directement au général Verdier l’ordre de se mettre en marche. Il se mettra probablement en marche demain, 4. Faites partir la brigade Sabatier pour soutenir le général Merle et rester en réserve sur l’Èbre. Vous ne dites pas par quelle route vous faites marcher le général Merle. L’insurrection paraissant sérieuse, il faut se montrer en force, et ce n’est pas de trop que la colonne du général Verdier, qui est de 4,000 hommes, celle du général Sabatier et celle du général Merle; cela, fera 9 à 10,000 hommes sur ce point, et il n’y a pas d’inconvénient à cela. Vous resterez à Burgos avec ma Garde, ce qui est suffisant pour maintenir la ville. Il y a un rassemblement à Oviedo , et la moindre incertitude dans la marche de mes troupes serait dangereuse ; j’estime donc que vous avez fait marcher trop peu de monde.

 

Bayonne, 3 juin 1808

Au maréchal Bessières, commandant la Garde impériale, à Burgos

Mon Cousin, donnez ordre au général Loison, qui est avec sa colonne à Almeida, de faire un mouvement sur sa gauche et de prendre position à Miranda sur le Duero et à Bragance. Par ce moyen, il sera à portée de se diriger sur les Asturies, sur le royaume de Léon ou sur la Galice, selon les circonstances. L’officier que vous enverrez à Almeida vous rapportera l’état de situation du général Loison, et vous fera connaître le jour précis où il sera arrivé à sa nouvelle position. Par ce mouvement, ce général se trouvera bien plus près de Valladolid que dans sa position actuelle, et vous vous trouverez bien plus rapproché de lui. Vous pourrez concerter vos opérations ensemble, si les circonstances l’exigent. Il doit y avoir un bataillon de gardes wallones ou de gardes espagnoles arrivé dans votre commandement ;- s’il en est ainsi, vous pouvez écrire au capitaine général de la Cuesta, qui prendra ce bataillon sous ses ordres et le dirigera partout où il sera nécessaire pour la tranquillité du pays.

——

Trois heures après midi.

Il est trois heures après midi. Je reçois votre lettre du 2. Je trouve que le général Merle est trop faible. J’ordonne à Verdier de doubler de marche afin de soutenir ce général. Si Merle a pris la route qui passe par Pesadas, Puente-Arenas, Villarcayo, Espinosa, le général Verdier sera en mesure de le soutenir; si, au contraire, Merle a pris la route de poste qui passe par Reinosa, il est urgent de faire partir Lasalle avec la brigade Sabatier, 200 chevaux et six pièces de canon pour se porter en réserve à Villarcayo. Reliez les deux colonnes. Il faut beaucoup de force pour frapper un coup de tonnerre.

Vous pouvez disposer de Loison selon les circonstances ; mais il faut écraser Santander, soumettre les Asturies.

 

Bayonne, 3 juin 1808

Au général Verdier, commandant la 2e division des Pyrénées occidentales, à Vitoria

Il est trois heures après midi. Je reçois un courrier du maréchal Bessières qui m’apprend que, le 2, il a fait partir le général Merle avec 3,700 hommes pour Santander, sans me dire par quelle route. Cette force n’est pas suffisante; il est donc instant de ne pas perdre un moment; mon intention est que vous vous mettiez vous-même en marche sur-le-champ sur Santander, en vous mettant en mesure de vous réunir au général Merle. Mandez votre route au maréchal Bessières, et tâchez de prévenir le général Merle du lieu où vous serez, afin que vous puissiez le soutenir. Je mande au maréchal Bessières d’envoyer la brigade du général Sabatier à mi-chemin de Burgos à Santander. Il faut écraser les rebelles, en forces. Si le maréchal Bessières a fait partir le général Merle par la route de gauche, c’est-à-dire par Reinosa, il fera partir le général Sabatier par la route du centre qui passe par Villarcayo et Espinosa.

 

Bayonne, 3 juin 1808

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, je reçois votre lettre. Je vois avec plaisir ce que vous me dites du bon esprit qui anime vos peuples. Les dépenses immenses auxquelles je suis obligé pour recréer mes flottes et entretenir mes armées m’empêchent d’adhérer à votre demande. La province de Magdeburg est la plus riche; la contribution qui a été frappée est ancienne; il faut qu’elle paye comme les autres provinces m’ont payé.

On se plaint que les Français qui sont dans vos hôpitaux sont mal traités par vos agents; cela n’est bien sous aucun point de vue. J’attends demain le roi de Naples.

 

Bayonne, 3 juin 1808

A Alexandre Ier, Empereur de Russie

Monsieur mon Frère, j’ai reçu la lettre de Votre Majesté du 28 avril. J’ai appris avec plaisir les succès que ses armes ont obtenu ! La prise de la flottille suédoise est bien importante et bien précieuse pour Votre Majesté.

Les affaires d’Espagne me retiendront ici encore le mois; après quoi, je pourrai me rendre où Votre Majesté le jugera nécessaire pour l’entrevue, afin de concilier les différents intérêts de nos empires.

L’Espagne change de souverain. Je ne garde rien pour moi. La grandeur de la France n’y gagnera rien, si ce n’est plus de sûre pour l’avenir. Je me réserve d’écrire dans peu de jours à Votre Majesté sur toutes ces affaires. Je la prie, en attendant, de ne pas douter
mes inaltérables sentiments pour elle.

 

Bayonne, 4 juin 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée, á Bayonne

Mon Cousin, le dépôt du 12e bataillon du train, principal et bis, a près de 200 hommes, et cependant rien n’est encore arrivé; donnez ordre que 25 hommes de chaque bataillon soient laissés dans ce dépôt, et que le reste soit incorporé dans le dépôt du 15e régiment provisoire. Il faut que ces 50 hommes soient habillés. Informez-vous quand le dépôt arrive. Il y avait aujourd’hui près de 100 hommes du dépôt des  régiments provisoires ; vous y allez incorporer 150 hommes, ce qui fera 250 hommes. Il faut former avec cela les cadres des quatre premières compagnies du ler bataillon et des quatre premières du 2e, ce qui fera à peu près une trentaine d’hommes par compagnie. Remettez-m’en l’état de situation, qui me fasse connaître ce qui manque de chefs de bataillon, de capitaines, de lieutenants, de sous-lieutenants, de sergents-majors, sergents et caporaux. Faites-moi connaître où les sergents et les caporaux doivent être pris, selon mon décret; je crois que les fusiliers de ma Garde doivent en fournir ; on pourrait en prendre quelques-uns dans les fusiliers qui sont ici. Remettez-moi sous les yeux mon décret. Je désire que, dans la journée de demain, les cadres soient formés , et que, dans la journée de lundi, au plus tard, ces 250 hommes soient habillés. Les hommes qui arriveront désormais seront partagés en huit et attachés à chacune des huit compagnies des deux premiers bataillons. Vous savez que la première compagnie doit porter le nom de compagnie du ler régiment provisoire, la deuxième, du 2e, etc. Aussitôt que ces deux premiers bataillons seront formés et seront à un complet de 100 hommes par compagnie, c’est-à-dire qu’ils auront plus de 800 hommes, on formera le 3e bataillon.

 

Bayonne, 4 juin 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée, à Bayonne

Vous donnerez l’ordre que demain, à sept heures du matin, le régiment polonais parte pour se rendre à Pampelune. Il escortera trois pièces de 8, sept caissons, un obusier, quatre caissons ; total , quinze voitures.

Vous aurez soin que chaque homme prenne cinquante cartouches. Ce régiment se trouvera arrivé à Pampelune le 8 au soir. Vous ordonnerez qu’il tienne garnison dans la ville et citadelle de Pampelune , et que, immédiatement après, les deux bataillons de marche qui y sont rejoignent la colonne du général Lefebvre, qui se trouvera ainsi avoir deux escadrons français formant 300 hommes ; quatre escadrons de lanciers polonais , 700 hommes ; un bataillon du 47e, un bataillon du 15e, un bataillon du 70e, 1,300 hommes ; la réserve, sous les ordres du général de brigade Bazancourt; un régiment supplémentaire, 1,100 hommes; deux bataillons de marche, 1,000 hommes; total, 3,400 hommes d’infanterie, 1,000 hommes de cavalerie, 600 hommes d’artillerie; en tout, 5,000.

Il restera à Pampelune 500 hommes isolés, 900 hommes du régiment polonais; total, 1,400 hommes.

Le général Lefebvre doit avoir avec lui quatorze pièces de canon, savoir : huit pièces de 4, dont quatre de Vitoria, deux d’ici, du 31 mai, deux parties hier; cinq pièces de 8, dont deux parties hier, trois partant demain; un obusier partant demain; treize caissons d’infanterie, dont six de Vitoria, un d’ici, du 31 mai, six partis hier.

Vous ferez connaître de nouveau au général Lefebvre qu’il doit concentrer ses forces à Tudela et surtout son artillerie; qu’il doit reposer son infanterie; avoir à son camp pour dix jours de biscuit; ramasser des vivres, des farines et eau-de-vie pour dix autres jours, et s’attendre à recevoir des ordres de marcher le 10 sur Saragosse, si tout n’est pas soumis; et que, avant ce temps-là, il sera renforcé de trois autres mille hommes; qu’il peut, cependant, faire voltiger des patrouilles de cavalerie dans la plaine pour savoir ce qui se passe, sans commettre d’hostilités, à moins que ce ne soit pour représailles.

Vous donnerez l’ordre au général Ritay, qui est à Toulouse, de se rendre à Tarbes pour y prendre le commandement des Hautes-Pyrénées, de réunir, dans tous les départements de là 10e division militaire 60 gendarmes à pied et toutes les compagnies de réserve qui font partie de cette division. Avec ces 200 hommes et 300 Portugais qu’il prendra dans le régiment qui est à Tarbes, formant 500 hommes, il arrivera dans la journée du 9, au plus lard, sur les cols et confins de l’Aragon, et fera des reconnaissances dans les vallées, en annonçant qu’un corps nombreux de Français doit entrer dans l’Aragon pour apaiser les troubles.

Vous écrirez au général de la 10e division de faire marcher les compagnies départementales. Vous ferez former les piquets de Portugais en complétant les compagnies de grenadiers et de chasseurs. Il aura soin de ne se servir des Portugais que pour faire nombre et soutenir.

Vous écrirez au préfet de Tarbes que, s’il peut fournir 2 ou 300 hommes de gardes nationales pour joindre cette colonne dans la journée du 9 ou du 10, je l’autorise à le faire.

Vous nommerez un général ou un colonel pour prendre le commandement des Basses-Pyrénées, qui réunisse également 300 Portugais et 200 hommes des compagnies des départements et quelques gendarmes. Ces 500 hommes se porteront sur les confins de l’Aragon dans la journée du 9, en annonçant l’entrée d’une colonne française pour se porter sur Saragosse.

La colonne partant de Tarbes et celle de Pau, faisant un corps de 1,000 hommes, s’entendront pour se soutenir.

 

Bayonne, 4 juin 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée, à Bayonne.

Mon Cousin, donnez ordre, que les six premières compagnies du 1er bataillon et les six premières du 2e bataillon du régiment polonais, avec les chefs de bataillon, adjudants-majors et autres officiers, se tiennent prêtes à partir. Les compagnies de grenadiers et de voltigeurs seront comprises dans les six premières. Faites compléter ces six compagnies par tous les hommes habillés, de manière qu’elles aient au moins 80 hommes chaque. Les hommes non habillés seront mis dans les trois compagnies restant de chaque bataillon. Le major restera à Bayonne avec ses six compagnies d’hommes non habillés. Vous passerez la revue de ces deux bataillons, ainsi formés à six compagnies, demain à neuf heures du matin.

 

Bayonne, 4 juin 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée, à Bayonne.

Je vous prie de me faire connaître l’ordre donné aux différents régiments portugais qui sont passés ici, et le lieu où ils sont aujourd’hui. Vous étiez autrefois dans l’usage de me rendre compte de ces mouvements; vous avez cessé cette habitude, qui était fort bonne.

 

Bayonne, 3 juin 1808

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, vous trouverez ci-joint une lettre de l’amiral Siniawin, vous l’enverrez au général Caulaincourt. Puisque l’escadre russe de Lisbonne n’a pas assez de matelots pour équiper un vaisseau, faites-lui offrir une frégate dans l’Adriatique. Caulaincourt pourra traiter cette affaire.

 

Bayonne, 4 juin 1808

A Joachim , Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d’Espagne, à Madrid

J’ai reçu aujourd’hui la députation du conseil de Castille, qui est enfin arrivée. Dans ce moment, tous les grands et députés qui sont à Bayonne sont réunis; on leur communique la proclamation du chef des rebelles de l’Aragon. Ils vont en rédiger une qui sera portée par une députation, qui partira probablement demain matin; elle peut être arrivée le 6 ou le 7.

1,000 hommes et six pièces de canon sont partis ce matin pour Pampelune; 1,000 hommes et six autres pièces de canon partent demain. Le général Lefebvre aura le 8, à Tudela, 1,000 hommes de cavalerie, quatorze pièces de canon et 3,500 hommes d’infanterie.

Le général Merle aura, d’ici à ce temps, dissipé l’insurrection de Santander. Je compte qu’il est aujourd’hui aux prises avec les rebelles. Aussitôt que ce point sera soumis, je renforcerai le général Lefebvre de 3,000 hommes.

Je désire que vous fassiez marcher 1,000 ou 1,500 hommes de cavalerie , douze pièces d’artillerie de ligne et quatre d’artillerie légère avec 4 ou 5,000 hommes d’infanterie , faisant un total de 6 à 7,000 hommes, dans la direction de Saragosse. Vous recevrez cette lettre le 7. Peut-être aurez-vous déjà fait marcher des troupes de votre propre mouvement. Toutefois cette colonne petit être à mi-chemin de Saragosse le 12 au soir. Ayant une fois gagné la plaine, la cavalerie et l’artillerie légère peuvent prendre les devants. Vous instruirez de la marche de cette colonne le général Lefebvre.

Si le général Chabran était à Tortose, et qu’il fût inutile à Valence, vous pourriez l’envoyer à Saragosse. Deux petites colonnes marchent par la France et entrent par Pau et par Tarbes.

Mais il est indispensable que du 10 au 15 on ait fait un exemple à Saragosse. Faites marcher des obusiers et des pièces de 12; lorsqu’il s’agit d’aller contre des maisons et des villes, il faut beaucoup d’artillerie. Si vous pouvez mettre six pièces d’artillerie de plus,mettez-les. Vous pouvez charger de cette expédition la division qui est à l’Escurial. Saragosse est au milieu d’une plaine immense. Mettez à la tête de la cavalerie un général intelligent et ferme. Que les hommes portent avec eux leurs cartouches et leurs souliers, dix jours de biscuit.

Je suppose que le général Verdier aura donné une bonne leçon à la petite ville de Logrono.

Vous trouverez ci-joint une proclamation des Biscayens, qui leur fait honneur.

 

Bayonne, 4 juin 1809

A M. d’Azanza, ministre des finances d’Espagne, à Bayonne

Tous les droits que nous avons acquis sur la couronne d’Espagne par les traités faits avec les princes de cette Maison , nous avons résolu de les céder à notre bien-aimé frère Joseph Napoléon , roi actuel de Naples et de Sicile, afin qu’il jouisse de la couronne d’Espagne dans toute son intégrité et son indépendance. Notre première idée était d’attendre la réunion entière de l’assemblée des Notables ; mais les adresses que nous avons reçues de la junte de gouvernement, du conseil de Castille, de la ville de Madrid et d’un grand nombre de corps civils et militaires, nous ont porté à ne plus différer d’un seul moment à rassurer entièrement sur leur avenir toutes les provinces des Espagnes. Nous avons adressé au lieutenant général du royaume, aux ministres, au conseil de Castille, au conseil des Indes et aux autres autorités les lettres patentes qui constatent ladite renonciation. Niais nous avons cru devoir vous en écrire, pour que vous en donniez communication aux députés venus des différents points de la monarchie pour travailler à la restauration de la patrie espagnole.

Nous nous flattons qu’ils éprouveront du contentement de voir un si grand oeuvre si promptement achevé, et qu’ils réuniront leurs efforts aux nôtres pour que le roi d’Espagne soit environné de la puissance et de l’assentiment de tous les hommes qui aiment leur patrie, afin que les trames de nos éternels ennemis, qui voudraient semer le désordre en Espagne pour faciliter l’exécution de leurs projets ambitieux sur les Amériques, soient entièrement déjouées.

 

Bayonne, 5 juin 1808, six heures du soir

A Joachim Murat, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d’Espagne, à Madrid

Les députés de l’assemblée qui se trouvent ici se sont réunis. Ils ont rédigé, en espagnol, une proclamation dont je vous envoie la traduction. Ils l’ont d’abord envoyée par un courrier à Saragosse, et, ce matin, sont partis, avec l’original, le prince de Castel-Franco qui a commandé en Aragon, l’alcade de cour et un membre du conseil de Castille, pour leur représenter les malheurs qui allaient fondre sur eux et combien leur conduite était insensée. Je suppose que vous avez fait marcher des troupes. Il est possible que j’envoie Savary à Tudela pour commander tout cela; car, s’il est absolument nécessaire d’en finir, il faut que cela soit vigoureusement mené.

Le général Lefebvre sera à Tudela le 7, avec 6,000 hommes, dont beaucoup de cavalerie. Du moment que j’aurai des nouvelles de Logrono, où le général Verdier a dû arriver hier 4, pour punir cette ville, qui a mis en prison son alcade, et des nouvelles de Santander, où le général Merle a dû arriver aujourd’hui avec 4,000 hommes, je ferai renforcer le corps du général Lefebvre.

Il serait convenable que la junte, le conseil de Castille et le conseil des Indes écrivissent aux députés qui sont ici pour faire une adresse au Roi, que j’attends demain. Je fais ma proclamation qui le nomme, que je vous enverrai avant de me coucher. Vous la ferez publier et expédier partout par courriers extraordinaires. Je dis que j’attends le Roi demain, parce qu’il est parti de Turin le 30 mai au soir; il y aura donc, ce soir, six jours qu’il est en route.

Il pourrait être convenable que les grandes charges de la Couronne et un détachement de la Maison du Roi vinssent jusqu’à Burgos, pour l’y attendre. Je vous ai déjà écrit, il y a plusieurs jours , pour cela.

PROCLAMATION.

La junte d’Etat, le conseil de Castille, la ville de Madrid, etc., nous ayant par
des adresses fait connaître que le bien de l’Espagne voulait que l’on mît promptement un terme à l’interrègne, nous avons résolu de proclamer, comme nous proclamons par la présente, notre bien-aimé Frère, Joseph Napoléon, actuellement roi de Naples et de Sicile, roi des Espagnes et des Indes.

Nous garantissons au roi des Espagnes l’indépendance et l’intégrité de ses Etats, soit d’Europe, soit d’Afrique, soit d’Asie, soit d’Amérique.

Enjoignons au lieutenant général du royaume, aux ministres et au conseil général de Castille, de faire expédier et publier la présente proclamation dans les formes accoutumées, afin que personne n’en puisse prétendre cause d’ignorance.

Donné en notre palais impérial de Bayonne, le 6 juin 1808.

NAPOLÉON.

 

Bayonne, 6 juin 1808

Au cardinal Louis de Bourbon, archevêque de Tolède

Mon Cousin, j’ai reçu votre lettre du 1. J’ai vu avec plaisir les sentiments que vous m’exprimez. Vous, la princesse votre soeur et toute votre famille, pouvez avoir recours à moi avec confiance.

Vous me trouverez toujours disposé à vous donner des preuves de l’intérêt que je vous porte.

 

Bayonne, 7 juin 1808

A M. Gaudin, ministre des finances, à Paris

Il n’y a pas de doute qu’il ne faille s’emparer de tous les biens de l’Ordre de Malte dans la Toscane. Quant aux biens de l’Ordre de Saint-Étienne, avoir l’oeil dessuss, en faire faire un état, mais tarder encore à prendre un parti. Demandez à la junte un rapport sur cette question.

 

Bayonne, 7 juin 1808.

A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Je reçois votre lettre du 3 juin. Nul doute que vous ne devez point laisser entrer en France M. Saint-Priest, par la seule raison qu’il est à un service étranger sans ma permission, et qu’il est inscrit sur une liste d’exception. Vous le préviendrez que, quinze jours après la réception de votre lettre, il ait à s’être éloigné des pays occupés par les troupes françaises, parce qu’il pourra être arrêté.

J’apprends que vous avez suspendu la vente du commentaire de Racine, par Geoffroy. C’est un acte arbitraire bien gratuit. Je suis étonné que vous ayez donné cet ordre sans avoir demandé mon autorisation et sans même m’en avoir rendu compte. Ce sont des actes qui affligent plus les hommes de sens que des choses sérieuses. On dit que c’est en conséquence de quelques querelles de littérateurs; cela est bien pitoyable. Mon intention est que rien de cet ouvrage ne soit cartonné, à moins qu’il ne contienne quelque chose de contraire au Gouvernement. Si quelques particuliers ont à s’en plaindre, il y a des tribunaux. Un acte comme celui que vous avez fait n’est tolérable que lorsqu’il y va de l’intérêt de l’État.

 

Bayonne, 7 juin 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, il est nécessaire de prendre des mesures pour que le Pape ne manque de rien. Voici donc ce que je désire : A dater du ler juillet prochain, les troupes françaises et italiennes qui sont dans l’État de Rome et dans la marche d’Ancône seront soldées, nourries et habillées par la France et par le royaume d’Italie; il ne sera fourni par le pays que ce qui peut être nécessaire pour les casernes, le bois, les lumières. Tout ce que produira le pays sera employé à payer les rentes, l’intérêt de la dette et les employés, en donnant au moins 150,000 francs par mois au Pape, pour l’entretien de sa maison.

J’attendrai, avant de prendre un décret général sur ces affaires, un rapport du général Miollis, qui me fasse connaître quel est l’intérêt de la dette, quelles sont les dépenses d’administration actuelles, et quel est le revenu net.

 

Bayonne, 7 juin 1808, huit heures du soir

A Joachim Murat, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d’Espagne, à Madrid

Je reçois votre lettre du 4. Le roi d’Espagne arrive dans une heure. Les députés, ici, ont fait une proclamation. Celle de la junte me parait parfaitement faite; c’est la première pièce bonne que je vois. Il est malheureux qu’elle n’ait pas été publiée il y a quelques jours.

Je vous ai déjà fait mander que le maréchal Bessières avait fait marcher sur Valladolid; que le général Merle avait marché sur Santander; le général Verdier, sur Logrone; que le général Lefebvre marchait sur Tudela, d’où ses coureurs inondent la plaine de Saragosse. J’attends le résultat de tous ces évènements.

Je vous ai envoyé hier la proclamation qui nomme le Roi. Je vous la renvoie aujourd’hui, de peur qu’elle n’ait été interceptée.

Je vois, par la lettre du général Dupont, qu’il a dû entrer aujourd’hui à Cordoue; il est probable qu’à l’heure qu’il est il se sera passé des événements sur quatre points.

J’ai trouvé la marche de Moncey bien lente et bien ridicule. Je vous ai déjà mandé que, si Cuenca n’a pas une grande route qui conduise à Valence, il est nécessaire que le maréchal Moncey se dirige sur cette ville directement. J’avais envoyé directement l’ordre au général Chabran de se porter sur Tortose.

 

Bayonne, 8 juin 1808, quatre heures après midi

A Joachim Murat, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d’Espagne, à Madrid

Lebrun arrive à l’instant même ; il m’apporte votre lettre du 5 juin à onze heures du soir. J’attends avec intérêt d’apprendre l’événement qui aura lieu le 7 à Cordoue. Je vois que vous avez envoyé le général Frère sur Ségovie; peut-être serait-il nécessaire de le diriger sur Valladolid. Cette force est nécessaire pour contenir le royaume de Léon et protéger le Ferrol, que les Anglais essayeront sans cela d’enlever.

Voici les événements qui se sont passés, que vous saurez probablement déjà. Le général Lasalle est arrivé 1e 6 au soir à Torquemada, où il a trouvé le pont gardé par 1,200 rebelles. Son piquet d’avant-garde, composé de 100 hommes d’infanterie et de 50 chasseurs à cheval, a dissipé ce rassemblement, a enlevé le pont et sabré une cinquantaine de rebelles. Le général Lasalle a continué sa marche sur Palencia, où il a dû arriver le 7 et avoir une affaire.

Le maréchal Bessières a jugé convenable de se porter sur Valladolid pour appuyer le général Lasalle; je suppose qu’il arrivera le 9 dans cette ville. Aussitôt que Palencia et Valladolid auront été mis à
la raison, il devra marcher sur Santander. Il est donc utile que, l’affaire de Ségovie terminée, le général Frère continue sans délai sa marche dans la direction de Valladolid.

Le général Verdier s’est porté le 6 sur Logroño, et y a trouvé 2,000 révoltés ayant sept pièces de canon. Il les a chargés, en a tué 3 ou 400, leur a pris les sept pièces de canon et est entré dans la
ville, où il a trouvé 80,000 cartouches. Logroño est entièrement rentré dans l’ordre. Nous n’avons en dans ces affaires que trois ou quatre hommes blessés.

J’attends des nouvelles du général Lefebvre, de Tudela, des courses de ses patrouilles dans la plaine de Saragosse. Il a dû arriver à Tudela le 6.

Je vous ai mandé que je désirais que vous fissiez marcher une colonne de Madrid sur Saragosse, composée de 3 à 4,000 hommes d’infanterie et de 500 chevaux avec du canon. Celte force, se joignant au général Lefebvre, pourra être suffisante pour rétablir l’ordre de ce côté. C’est un point bien important à calmer.

Le roi d’Espagne est ici depuis hier. Je vous envoie un article qu’il faut faire mettre dans la Gazette de Madrid, dans tous les autres journaux, et répandre partout. Vous y ajouterez que le projet de constitution a été remis à une députation de la junte qui le discute avec l’Empereur et le Roi; que toutes les villes et provinces auront des députés aux Cortès; et qu’après avoir conféré quelques jours avec l’Empereur pour arrêter les bases de la constitution, le Roi compte aller à Madrid.

 

Bayonne, 9 juin 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Bayonne

Je désire que vous me fassiez un rapport sur la proposition contenue dans la dépêche du sieur La Rochefoucauld de réunir à 1a France les pays hollandais jusqu’à la Meuse et de donner un indemnité au roi de Hollande.

 

Bayonne, 9 juin 1808

A M. de Talleyrand, prince de Bénévent, vice Grand-Electeur, à Valençay

Le roi de Naples est arrivé hier ici. Il est reconnu roi d’Espagne, et il va partir pour Madrid. Il a déjà reçu le serment de plusieurs grands d’Espagne qui sont ici, de la députation du conseil de Castille, du conseil des Indes, de l’Inquisition, etc.

Il y a eu des mouvements dans plusieurs provinces d’Espagne. Le général Dupont, avec 15,000 hommes, est entré à Séville, où l’étendard de la révolte a été arboré. Le capitaine général de l’Andalousie, le général Solano, le commandant du camp de Gibraltar, se sont bien conduits. L’entrée du général Dupont à Séville et les événements qui en ont été le résultat ont tranquillisé l’Andalousie.

Saragosse a levé aussi l’étendard de la révolte; mais une colonne de 10,000 hommes a passé l’Èbre à Tudela pour marcher sur cette ville.

Le maréchal Moncey est entré à Valence.

Le maréchal Bessières a envoyé le général Merle à Santander. Tous ces petits événements ont été calmés par le mouvement que se sont donné les principaux habitants des villes du royaume; et, plus que tout cela, l’arrivée du Roi achèvera de dissiper les troubles, d’éclairer les esprits et de rétablir partout la tranquillité.

Je vous écris tout cela pour votre gouverne; gardez-en le secret,  si l’on ne sait rien de cela à Valençay; mais vous pouvez vous servir de ces renseignements, si l’on avait reçu quelques lettres et que l’on conçût quelques folles espérances. Toutefois il faut que vous vous donniez de nouveaux soins pour faire surveiller autour des princes.

La mort du roi d’Angleterre, que le roi de Hollande m’a annoncée par une lettre du 2 juin, a répandu ici une vive joie; pourvu toutefois, que cette nouvelle soit sûre.

Ces raisons font qu’il n’est pas encore temps que vous quittiez votre campagne.

 

Bayonne, 9 juin 1808

NOTE POUR LE MINISTRE DU TRÉSOR PUBLIC

Sa Majesté ne se trouve pas assez éclairée pour prendre un parti. La cour des comptes doit juger tous les comptes. Pourquoi ne les juge-t-elle pas depuis 1791 jusqu’à l’an VI ? Pourquoi lui faut-il, à cet égard, un nouveau décret ?

Si un décret de l’an VIII a été rendu sur cette matière, il reste à demander pourquoi, en l’an VIII, on a soustrait ces comptes à la Comptabilité nationale. La question qui a été décidée alors était la même que celle qu’on propose de décider aujourd’hui. Il faut donc mettre sous les yeux de Sa Majesté le rapport qui lui a été fait en l’an VIII et le décret qui en a été la suite.

En raisonnant d’après les principes généraux, on ne comprend pas comment il a pu être question de choisir entre le trésor public et la Comptabilité pour donner le quitus à des comptables; on ne voit point de connexité entre le trésor et la cour des comptes. L’un ne peut jamais suppléer l’autre, et la cour des comptes doit vérifier ce qui a déjà été vérifié par le trésor. Ainsi tous les comptables sont vérifiés au trésor, qui représente le propriétaire. Si les receveurs et les payeurs n’étaient vérifiés par le trésor, le trésor ne connaîtrait point ses comptes et la situation de ses affaires. Lorsqu’ils cessent leurs fonctions , ils ont besoin d’un acquit de la cour des comptes.

C’est d’abord une vérification de chiffres dont la nécessité a été reconnue pour attirer une certaine crainte aux comptables et leur faire connaître que, quand bien même ils parviendraient à abuser le trésor en posant mal les chiffres, ils ne seraient point encore à couvert, puisque l’arrêté de leurs comptes n’est que conditionnel et qu’il est encore suivi d’une révision.

On a eu encore un autre objet; on a voulu être certain que les pièces justifiaient la dépense. Le trésor a peu d’intérêt à savoir si les pièces dont il a le bordereau sont d’une même nature que la dépense ; cela regarderait davantage le ministre du département par lequel la dépense a été ordonnancée. Aussi ce ministre s’est-il probablement assuré que la pièce était véritablement celle de la dépense ; mais, comme ses bureaux sont ordonnateurs et parties , qu’ils sont toujours pressés et commandés par le service courant , on a voulu, avant que le compte fût définitivement déchargé, s’assurer que la pièce était régulière, qu’elle n’était pas fausse, qu’elle était celle de la dépense et de même nature que la dépense portée dans le bordereau. On s’est enfin proposé un troisième objet, c’est d’être certain qu’aucun des crédits ministériels n’a été dépassé et que les règlements ont été suivis.

Ces trois vérifications attribuées à la Comptabilité n’empêchent pas le trésor public de veiller à l’exécution des budgets et de faire ses comptes avec la Comptabilité, ni les ministres d’avoir leur comptabilité particulière.

Si les choses sont ainsi, la trésorerie doit avoir vu et vérifié toutes les pièces de la comptabilité arriérée, comme celles des autres comptabilités. Si les pièces et comptes arriérés n’ont pas été vérifiés, ils n’auraient pu l’être que par une commission dépendante du trésor et agissant pour son compte; mais cette commission ne pourrait donner de quitus, et son travail fait pour l’intérêt du trésor aurait dû passer à la cour des comptes. Le trésor seul est apte à régler le compte d’un comptable, c’est-à-dire à admettre ce qu’admettrait un propriétaire réglant avec son caissier. La cour des comptes n’est point apte à cela ; elle n’a pas le droit de dire que dans tel mois et pour telle opération, on ne devait prendre que 2 pour 100; que tel escompte a été trop fort; que tel payement devait être fait en telle ou telle valeur; toutes ces choses regardent le propriétaire ou le trésor, et ne regardent point la cour des comptes. Quand le représentant du propriétaire a reconnu que la somme à la charge du comptable faisait 4, que la dépense faisait 4 , que les pièces de cette dépense étaient de la même nature que cette dépense , l’action de la cour des comptes commence. Il lui appartient de dire : la somme n fait pas 4, les pièces ne font pas 4, elles sont fausses, ou elles n sont pas de nature à être appliquées à la dépense classée dans 1 budget.

On sent qu’en agissant ainsi, la cour des comptes non seulement juge le compte et la question de savoir si le comptable doit avoir son quitus, mais aussi elle n’agit en même temps que pour le profit de la trésorerie ; et cette dernière partie de son action a paru tellement délicate, qu’elle n’a pas le droit de décider sur autre chose que le quitus du comptable, et que, sur tout le reste, elle ne peut qu’informer le ministre des résultats qu’elle a obtenus, tels sont ses principes.

Si les comptes à réviser l’avaient déjà été par là trésorerie , et si l’on n’avait pour objet que d’arriver à déclarer que la somme fait 4, que la dépense fait 4, et que les pièces sont de même nature que la dépense, pourquoi, en l’an VIII, a-t-on fait prendre un décret pour soustraire cette opération à la Comptabilité ? Par ses attributions générales et antérieures, ne s’est-elle pas trouvée saisie de cette matière ? Mais si, au contraire, les comptes n’avaient pas été arrêtés à la trésorerie, que par l’effet du désordre du temps, les escomptes n’avaient pas été fixés et le dénominateur déterminé ; si enfin le compte du propriétaire avec son caissier n’avait pas été fait, la Comptabilité n’était pas propre à cette opération. Le trésor devait établir son jugement d’escompte avec la partie et donner une valeur à chaque objet. C’est alors seulement que la Comptabilité pourra il intervenir pour vérifier la somme , l’identité de la somme, des pièces, et la validité des pièces.

Sa Majesté est portée à croire que la comptabilité à laquelle on veut pourvoir est dans cette dernière hypothèse, puisque le conseil , à qui ces idées ne sont point étrangères , a pensé qu’il y avait lieu à l’établissement d’une commission. Cependant Sa Majesté n’est point assez éclairée. Elle désire un rapport sur les motifs, la nécessité, les convenances de la mesure proposée, et même sur les principes énoncés dans ces notes.

 

Bayonne, 10 juin 1808

A M. Cretet, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur Cretet , j’ai signé le décret que vous m’avez présenté pour la réunion de Pontremoli, Bagnone et Fivizzano au département des Apennins. Je n’ai pas jugé à propos de signer celui relatif à la cession de Pietra-Santa, Barga, etc. , à la principauté de Lucques, parce que je pense que cela doit être compris dans le décret qui déterminera les limites de cette principauté avec le royaume d’Italie et la France, et que ces pays peuvent servir dans le traité que fera le ministre des finances pour enfermer une partie du territoire de Lucques dans la nouvelle ligne des douanes, moyennant une indemnité. Voyez pour cela le ministre des finances.

Quant à la réunion au département des Apennins de Fosdinovo Villafranca, etc. , il n’y a pas de doute qu’il faut terminer cela le plus tôt possible. Présentez-moi le projet de convention.

 

Bayonne, 10 juin 1808

Au général Clarke, ministre de la marine, à Paris.

Faites partir en poste de Paris deux bataillons de la garde de Paris ; chaque bataillon de quatre compagnies; chaque compagnie de 140 hommes; et si cela n’est pas possible, n’en faites partir qu’un, composé de six compagnies, chacune de 140 hommes. Arrangez-vous de manière que ce bataillon arrive ici en dix ou douze jours.

Pour ne pas faire trop de bruit à Paris, ce régiment peut faire la première marche à pied, comme d’ordinaire, et ne prendre les voitures qu’à une journée de Paris. Ces forces, avec celles que je fais venir de Rennes, me feront ici une réserve de 3 à 4,000 hommes de vieilles troupes, qui peuvent me devenir utiles.

 

Bayonne, 10 juin 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

L’établissement du port militaire de la Spezia est un objet de grande importance. Ce que la guerre a à faire consiste en trois choses : 1° les batteries de côte; 2° les fortifications à faire pour mettre l’arsenal de la marine en état de défense; 3° les établissements militaires. J’ai déjà pris un décret pour les batteries de côte. Après les nouveaux renseignements que j’ai reçus, je me décide à faire placer une batterie sur le cap Maralunga. Quant aux établissements du côté de terre, il paraît que la nature se prête à tout dans cette excellente position , et que le tout se réduit à l’occupation de Castellana et à fermer la presqu’île sur le point culminant. Les établissements militaires, soit pour l’artillerie, soit pour le génie, pour les hôpitaux, les magasins à poudre, les casernes, la boulangerie, doivent être coordonnés avec les établissements de la marine de manière à ne pas les gêner, et aussi avec la population que doivent attirer les nouvelles destinées de la Spezia; il faut qu’il y ait des locaux pour la préfecture, les tribunaux, la prison, la halle, l’église , et pour les habitations de tous les particuliers, de sorte que, dans l’emplacement de la ville actuelle de la Spezia et autour du golfe, toute bâtisse soit défendue, et que les habitants soient tenus de bâtir dans les emplacements qui seront désignés dans l’intérieur des fortifications. La marine prenant pour elle les cales de l’anse des Grâces et de l’anse de Varignano, il restera pour la guerre et pour le civil la cale de Porto-Venere et l’anse de Castagna. Il est nécessaire que vous vous entendiez avec les ministres de l’intérieur et de la marine, et que vous chargiez un ingénieur militaire , le ministre de l’intérieur un ingénieur des ponts et chaussées, et le ministre de la marine un administrateur de la marine bien au fait des besoins de son service , de se concerter pour disposer le local de la manière la plus convenable.

 

Bayonne, 10 juin 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur Decrès , l’expédition de Nantes doit être composée de six frégates armées en guerre (il faut ordonner qu’elles soient toutes à l’eau avant le 15 juillet), de deux flûtes faisant 1,600 tonneaux, de deux gabares faisant 500 tonneaux (en construction, qui sont aux 14 vingt-quatrièmes et qu’il faut mettre à l’eau) , et enfin de deux ou trois transports faisant 1 000 tonneaux. L’expédition de Lorient doit être composée de trois vaisseaux, de quatre frégates, de deux corvettes, de deux frégates armées en flûte et de deux gabares ou bâtiments de transport faisant 600 tonneaux. Il y a deux transports à Lorient qui ont ce tonnage.

L’état ci-joint vous fera connaître comment je conçois l’opération. L’expédition de Nantes serait composée de 12 voiles ; celle de Lorient de 13; celle de Brest, de 31 ; total, 56 voiles. Ces trois expéditions porteraient 10,600 marins et 19,600 soldats; total, 30,000 bouches. Elles porteraient 4,800,000 rations complètes de vivres, et 280,000 rations seulement de biscuit , et enfin près de 40,000 quintaux de farine, ce qui ferait du pain pour toute l’expédition pendant trois cents jours ou dix mois, savoir : cent vingt jours de vivres de campagne pour tout le monde pour aller, cent jours pour revenir, vingt jours de biscuit pour débarquer avec l’armée, et 40,000 quintaux de farine à débarquer pour servir d’entrepôt pour pourvoir à tous les besoins. 4,800,000 rations de vivres de campagne à 20 sous feraient 4,800,000 francs; 300,000 rations de biscuit et d’eau-de-vie à 10 sous feraient 150,000 francs; 40,000 quintaux de farine à 15 francs feraient 600,000 francs ; ce qui ferait un total de 5,550,000 francs pour les vivres. Cette dépense doit être partagée partie sur l’ordinaire et partie sur l’extraordinaire. L’ordinaire peut payer la dépense des vivres pour 10, 000 matelots pendant deux cents jours, c’est-à-dire de deux millions de rations qui coûteraient deux millions de francs. La dépense qui serait supportée par l’extraordinaire pour les vivres serait donc de 3,550,000 francs. Il y aurait peu de bâtiments à acheter; mais en mettant, soit pour achats et réparations, soit pour activer la mise à l’eau des flûtes, transports ou gabares qui n’auraient pas dû être achevés cette année, 2,500,000 francs , l’extraordinaire de l’expédition serait de six millions.

 

Bayonne, 10 juin 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de la Grande Armée, à Bayonne

Mon Cousin , envoyez un courrier à Pampelune pour annoncer les différents envois de troupes et d’artillerie qui se sont faits sur cette place depuis dix jours. Vous réitérerez l’ordre que ces troupes soient envoyées à Tudela sous les ordres du général Lefebvre, eu gardant à Pampelune les 600 hommes faisant partie des deux derniers envois, composés d’hommes isolés, d’une compagnie du 1er régiment de la Vistule et des compagnies du dépôt des régiments provisoires. Il placera ces hommes dans la citadelle, en les consignant et les faisant travailler jour et nuit à leur instruction , pour les dégourdir. La colonne du général Lefebvre devra être forte, par ce moyen, de 5,000 hommes d’infanterie, de 1,000 hommes de cavalerie et de quatorze pièces d’artillerie. Avec cette force il doit avoir passé l’Èbre et dépassé Tudela, et s’approcher de Saragosse.

Nous sommes sans nouvelles de Pampelune ni du général Lefebvre depuis le 6. Le général Lefebvre a dû être le 7 à Tudela. Il est nécessaire que le général d’Agoult renforce son corps , afin qu’il se trouve en mesure, s’il est nécessaire qu’il occupe Saragosse, où, de son côté, le grand-duc de Berg a fait marcher des troupes de Madrid. Vous annoncerez au général d’Agoult que le général de division Grandjean , avec 2,000 hommes d’infanterie et une division d’artillerie, va se mettre en marche pour se rendre à Pampelune, et que, successivement, il va recevoir les 2e et 3e compagnies, du dépôt des régiments provisoires ; que ce bataillon de 600 hommes dont 200 sont déjà à Pampelune, tout composé de jeunes soldats, ne doit point sortir de la citadelle, mais doit servir de fondation à sa garnison et y être constamment exercé. Des cartouches et de la poudre ont été envoyées à Pampelune ; il doit y avoir des obusiers. Demandez au général d’Agoult de vous faire connaître ce dont il a besoin pour mettre en état la citadelle de Pampelune.

 

Bayonne, 10 juin 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Vous trouverez ci-joint un mémoire que je reçois sur la Spezia. Il paraît que l’opinion est unanime pour convertir le lazaret en magasin de la marine. J’ai pris un décret pour le mettre à votre disposition et pour placer au fort Sainte-Marie les établissements d’artillerie et du port. La construction du quai, que propose l’officier de marine pour l’établissement de six nouvelles cales, est un projet à méditer; mais les deux cales provisoires peuvent d’abord être établies. Vous enverrez copie de ce mémoire au ministre de la guerre, que j’en préviens, en lui donnant l’ordre de faire faire les travaux nécessaires pour l’occupation du point culminant de Castellana. Il parait que, moyennant une bonne occupation de ce point, on sera à l’abri de tout.

Ce golfe de La Spezia est en vérité merveilleux sous tous les ponts de vue.

 

Bayonne, 10 juin 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de la Grande Armé, à Bayonne

Mon Cousin, envoyez l’ordre au commandant de la 12e division militaire de diriger en toute diligence sur Bordeaux, pour y former un bataillon provisoire, une compagnie du 82e, une compagnie du 66e, une du 3le léger et une du 26e de ligne, chaque compagnie de 140 hommes, ce qui portera ce bataillon à 560 hommes. On nommera un des chefs de bataillon de ce corps pour commander ce bataillon provisoire. Donnez ordre au régiment toscan qui est à Avignon de se diriger sur Perpignan ; donnez de même ordre aux dragons toscans.

Donnez ordre au sénateur Lamartillière de partir de Bordeaux avec les gardes nationales qu’il a à sa disposition, et de se porter sur Pau pour garder les frontières des Pyrénées contre les incursions des bandes de miquelets ou de bandits qui se formeraient en Aragon. Le général Lamartillière fera comprendre aux gardes nationales que leur but est de défendre les vallées françaises des coups de main des bandes que l’absence de gouvernement en Espagne a mises dans le cas de se former. Le général Lamartillière arrivera à Pau sans retard et là vous fera connaître sa situation. Il aura soin de mener avec lui de Bordeaux 150,000 cartouches et les pierres à fusil nécessaires.

Faites-moi connaître ce qu’ont répondu les préfets des quatre départernents frontières sur la formation des quatre colonnes de gardes nationales destinées à défendre les frontières et à protéger les vallées
françaises.

Envoyez au sous-préfet de Saint-Jean-Pied-de-Port, au préfet de Tarbes, au préfet de Foix et au préfet de Perpignan, cent exemplaires de chacune des proclamations de la junte de Madrid et de l’assemblée de Bayonne, pour qu’ils les répandent sur toute la frontière.

 

Bayonne, 10 juin 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je suppose que vous avez envoyé quelqu’un de confiance pour voir si ce rassemblement de troupes autrichiennes du côté de la Piave est vrai, et que, dans ce cas, vous en aurez écrit à mon ministre à Vienne. Cependant, je suis bien avec la cour de Vienne, et cette nouvelle me paraît si peu vraisemblable que ce n’est que parce que vous me citez un fait que je vous réponds.

 

Bayonne, 10 juin 1808, quatre heures du soir

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d’Espagne, à Madrid

Vous trouverez ci-joint des lettres du général Duhesme. Réitérez-lui l’ordre de faire marcher le général Chabran sur Valence. Je suppose que le général Moncey aura continué sa marche et sera enfin entré dans cette ville.

Je vous ai annoncé hier l’arrivée du roi d’Espagne. Votre garde fait le service auprès de lui. Ce prince a déjà fait sa proclamation et différents actes qui vous seront envoyés ce soir.

Je suppose que vous aurez fait marcher sur Saragosse et Valladolid. J’attends avec impatience des nouvelles des évènements de Cordoue. Le régiment de marche n’a pas pu être à Somo-Sierra, puisqu’il n’a pas bougé d’Aranda. La dernière lettre que j’ai reçue de vous est du 5 à onze heures du soir.

Voici l’adresse des députés qui sont ici.

Faites passer la lettre ci-jointe à l’archevêque de Tolède.

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P. S. Un de vos aides de camp arrive à l’instant et m’apprend que vous êtes retombé malade pour être sorti trop tôt; mais la consultation des médecins me rassure, et j’espère que vous êtes debout à l’heure qu’il est. Jamais les circonstances n’ont rendu cela si nécessaire.

La lettre du chef d’escadre Valdès vous fera sentir combien il est important d’arriver à Valence.

 

Bayonne, 11 juin 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée, à Bayonne

Mon Cousin, les gardes nationales dont je vous parlais dans ma lettre d’hier sont les 2 ou 300 hommes des compagnies départementales que le préfet des Hautes-Pyrénées doit joindre à la colonne du général Ritay; mais je désire que, indépendamment de ces gardes départementales, il soit formé un bataillon de gardes nationales, organisé en quatre compagnies composées d’un capitaine, d’un lieutenant, d’un sous-lieutenant, d’un sergent-major, de 4 sergents, d’un caporal-fourrier, de 8 caporaux, de 2 tambours et de 120 soldats, commandé par un chef de bataillon et un adjudant-major, ce qui ferait 560 hommes. Je charge le préfet de nommer les officiers et sous-officiers de ce bataillon ainsi que le commandant, provisoirement, en choisissant des hommes qui aient fait la guerre. Ce bataillon se rendra au quartier général du général Ritay, qui le fera sur-le-champ payer comme troupes de ligne. Par ce moyen, le général Ritay aura ce bataillon , une compagnie de gendarmes, 300 Portugais et 200 hommes de la réserve départementale, ce qui lui fera environ 1,900 hommes. Donnez des ordres pour qu’on organise à Toulouse deux pièces de 4 attelées, et qu’on les fasse partir pour Tarbes pour servir à la colonne du général Ritay.

Quant à la colonne de l’adjudant commandant Lomet, je désire également que, indépendamment des compagnies départementales, de la compagnie de gendarmerie et des 300 Portugais qui la composent, le préfet des Basses-Pyrénées forme un bataillon organisé de même que celui des Hautes-Pyrénées; ce qui portera la colonne de l’adjudant commandant Lomet à 1,200 hommes. Le préfet choisira également de préférence des hommes qui aient servi, et nommera sans délai les officiers de ce bataillon, qui sera payé en arrivant au quartier général de l’adjudant commandant Lomet. Vous ordonnerez que ces deux colonnes aient leurs vivres de campagne.

Recommandez à l’adjudant Lomet d’avoir au couvent de Roncevaux un poste commandé par un officier, qui correspondra avec lui pour lui faire connaître ce qu’il apprendrait de nouveau et veiller à assurer la route.

Recommandez à l’un et à l’autre des commandants de colonne de tenir les Portugais en seconde ligne, afin d’empêcher qu’ils ne communiquent avec les Espagnols, et d’avoir, indépendamment des cartouches que chaque homme doit avoir, une réserve suffisante pour donner une quarantaine de cartouches à chaque homme.

J’attendrai la réponse des préfets de Tarbes et des Basses-Pyrénées, et, si cela peut se faire sans difficulté , je prendrai les mêmes mesures pour les deux autres départements des Pyrénées et pour les quatre départements qui viennent en seconde ligne; ce qui est une force assez importante. Vous ferez connaître aux deux préfets de Tarbes et de Pau qu’il est nécessaire que les fusils soient procurés par les gardes nationales des villes, et que les hommes marchent avec leur uniforme, jusqu’à ce qu’on puisse leur en faire faire un. Vous demanderez à ces préfets si, en leur fournissant l’argent, ils pourraient les faire faire eux-mêmes, et combien il faudrait pour chaque homme. Il faudrait que cet uniforme consistât en casaques légères, propres à la guerre des montagnes. Ordonnez que l’on fasse à Pau 50,000 rations de biscuit et autant à Tarbes. La colonne des gardes nationales du sénateur Lamartillière va arriver à Pau ; elle est de 3,000 hommes. Il y aura donc entre Tarbes et Pau bientôt 6,000 hommes; il est nécessaire qu’il y ait des manutentions pour ce nombre d’hommes.

Faites-moi connaître où le général Ritay et l’adjudant commandant Lomet ont placé leur quartier général.

 

Bayonne, 11 juin 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Je vois un article sur le roi Charles dans le Journal de France, daté de Fontainebleau, qui me paraît fait dans un mauvais esprit de mille. En général, il est temps qu’on ne parle plus de cette famille. Faites-le dire aux journalistes, et tenez-y la main.

Je ne sais pas pourquoi je ne reçois plus de bulletin de police tous les jours. Faites en sorte que je le reçoive tous les jours.

La prise de Préjean et de ses quatre compagnons est une affaire d’une grande importance. J’espère qu’il ne s’échappera pas, et que vous profiterez de tous les renseignements qu’il pourra vous donner. Si l’on pouvait arrêter les agents anglais et ceux du comte Lille, qui sont certainement à Paris et dans le Morbihan, ce serait une grande affaire. Je vous prie de m’instruire exactement de toutes les dépositions de Préjean.

 

Bayonne, 11 juin 1808

NOTE SUR LA SPEZIA.

L’Empereur a reçu le mémoire sur la Spezia avec le plan qui y était joint. Voici ce qu’il désire :

Il faut faire le projet pour occuper Maralunga par une batterie fermée à la gorge et défilée à la hauteur, de manière qu’une centaine d’hommes puissent se tenir là pendant le temps du blocus et ne céder qu’à la tranchée ouverte et après les premiers procédés d’un siège.

D’ailleurs l’Empereur ne croit pas qu’il faille occuper le fort Sainte-Thérèse autrement que par une batterie de côte. Il parait que le fort existant doit être à l’abri d’un coup de main. On en a déjà demandé le profil.

Il y a 1,500 toises du fort Sainte-Thérèse au fort Sainte-Marie. C’est une distance fort raisonnable. Il y en aurait 2,000 du fort Sainte-Thérèse à l’entrée de Porto-Venere. A quoi aboutirait la dépense d’un million du côté du fort Sainte-Thérèse ? L’ennemi établira ses batteries à 500 toises de ce fort et serait tout aussi près de l’anse des Grâces et enverrait des bombes et boulets perdus dans cette anse. Il faut donc reconnaître qu’il n’y a aucun moyen d’empêcher un ennemi très supérieur de placer des batteries à 15 ou 1600 toises du fond de l’anse des Grâces; mais , outre que cette distance est déjà considérable, on pourrait se retirer alors dans le Porto-Venere. Ainsi les choses sont satisfaisantes sous ce dernier point de vue.

A cette observation s’en joint une autre. Quand on occuperait la côte orientale par quatre ou cinq forts, empêcheraient-ils l’ennemi d’y établir des batteries sur la tour de Pitelli ou de San-Vito et de se trouver également à 1,500 toises de l’anse des Grâces ?

Il faudrait donc étendre les fortifications de manière à garder tout le pourtour du golfe, ce qui est une combinaison impossible, d’une dépense immense et qui annulerait la défense pour être trop étendue.

Ainsi, si le projet de fortification pour la Spezia est de 3,600, 000 francs, il faut d’abord supprimer cet article du projet.

Tout se réduit donc, pour la côte orientale, à envoyer des plans et profils qui fassent bien connaître la situation actuelle des forts Sainte-Thérèse, Lerici, Barthélemy et Maralmaga. Il faut que ces points importants soient occupés par des batteries fermées, de très-peu de dépense, et qui soient à l’abri d’un coup de main ; il faut qu’une centaine d’hommes puissent y résister longtemps à un millier d’hommes, jusqu’à ce qu’ils reçoivent des renforts, on jusqu’à ce qu’on envoie de la place pour les évacuer et retirer l’artillerie, si la supériorité de l’ennemi est trop décidée. Voilà les projets qu’il faut faire pour remplir les intentions de l’Empereur sur la côte orientale.

Quant à la côte occidentale, on a déjà demandé le plan sur une grande échelle de l’extrémité de la presqu’île. Il faut faire faire ce plan avec des cotes et y tracer le projet tel qu’on l’entend, après l’avoir médité de nouveau plusieurs jours sur le terrain.

Le projet doit remplir ces conditions, que cela soit capable de la plus grande résistance, telle qu’on doit l’attendre de toutes les ressources de l’art, afin qu’on puisse venir, soit par terre, soit par mer, au secours de la place , avant qu’on se soit emparé des ouvrages; quarante ou cinquante ou soixante jours de tranchée ouverte est la force qui paraît être nécessaire; ce qui donnera trois ou quatre mois de temps. Ce port est destiné à renfermer des approvisionnements considérables; il faut que la défense y soit proportionnée. On ne pense pas que, pour arriver au but de l’Empereur, un million ou les 1,500,000 francs proposés soient suffisants; mais qu’il faille deux, ou trois, ou quatre, ou cinq millions, cela est indifférent; il faut ce qu’il faut.

Mais, comme ce port ne doit avoir d’intérêt que progressivement, que les travaux ne doivent être faits que progressivement, l’art consiste à diviser le projet et la dépense par articles de 500,000 francs. Ainsi le projet doit faire connaître quel doit être l’emploi des 500,000 francs qu’on suppose devoir être l’emploi de la première campagne, et qu’était prévenu, un mois ou deux d’avance, qu’on serait attaqué et assiégé par une armée ennemie.

Le deuxième article du projet doit être l’emploi des seconds 500,000 francs; on aurait alors employé un million. Il faut faire connaître également dans quelle situation on se trouverait si on était prévenu qu’on serait attaqué.

Si le projet doit coûter cinq millions, il faut donc le diviser en dix articles. On n’a pas besoin de dire qu’après avoir dépensé ces premiers 500,000 francs on doit se trouver en situation telle que l’ennemi soit obligé à un siège régulier, c’est-à-dire que Castellana doit être occupée par des ouvrages de fortification permanente et l’isthme fermé.

On fera connaître la situation actuelle des forts Sainte-Marie et Pessino. Ces deux forts ne sont d’aucune importance; ils ne peuvent être considérés que comme des batteries de côte fermées à la gorge, ou comme de petites citadelles contre une émeute d’ouvriers ou de matelots d’une escadre.

Il faut pousser de front la défense de l’île de Palmaria. Cette île a près de 3,000 toises de tour; comme elle forme une espèce de trapèze, il faut trois ou quatre batteries, qui croisent leurs feux entre elles. Mais il est difficile de pouvoir espérer de défendre cette petite île sans beaucoup de monde. Il faut donc, dans un point culminant, un réduit qui appuie ces batteries de manière que l’ennemi, venant à débarquer entre elles, ne puisse se maintenir sans prendre le point culminant, qui peut se trouver à trois ou quatre cents toises de tous les points du rivage. Alors, avec 200 ou 300 hommes de réserve dans ce fort intérieur et de petits détachements d’infanterie, avec les canonniers dans chaque batterie, c’est-à-dire moins de 400 ou 500 hommes, on conservera un point si important, et qui, sans fortifications, ne serait point également garanti avec 3,000 hommes de bonnes troupes.

La défense des petites îles de Tino et Tinetto est également importante; il faut là un petit ouvrage de fortification qui, avec une poignée d’hommes, rende ces îles inattaquables.

L’idée d’avoir un fort au milieu du golfe est ridicule et sans aucune espèce de résultat. Les fortifications ne peuvent pas se défendre seules, il faut des hommes; et, s’il y a des hommes aux différentes batteries depuis l’île Palmaria jusqu’au fort Pessino, l’ennemi, qui pourra s’en approcher assez pour faire du mal aux établissements, ne le ferait pas impunément.

La batterie qu’ont démolie les Anglais dans l’île de la Scola ne doit être rétablie qu’autant qu’elle coûterait très-peu; elle n’est qu’à 100 toises de l’extrémité de l’île. Cependant, quoique cette position ne soit pas nécessaire, comme les matériaux doivent exister, six ou huit pièces de canon peuvent être établies à peu de frais.

L’emplacement de la machine à mâter , des établissements de l’arsenal, de la corderie, des établissements de l’artillerie qu’on peut placer au fort Sainte-Marie, se trouve déterminé. Mais un port où l’on aura sept ou huit vaisseaux sur les chantiers, huit à douze vaisseaux en désarmement ou en armement et des établissements aussi considérables, un fond d’état-major et de garnison de 3 à 4,000 hommes, un port qui va se trouver en communication avec le Pô par de grands chemins qu’il est indispensable de faire, est appelé à avoir, en peu d’années, une population de 8 à 10,000 âmes. Elle s’établirait insensiblement dans la ville actuelle de la Spezia, en dehors des fortifications, et serait pour l’ennemi un appui qui lui fournirait des moyens d’abri et de siège contre les fortifications de la Spezia. Il faut donc, soit dans l’anse de Castagna, soit dans celle de Porto-Venere, choisir un bel emplacement pour y tracer une ville de 10, 000 âmes.

On sent bien que la nature du terrain , la nature des choses veut peut-être que cette ville ne soit qu’une rue qui longe le rivage , à peu près comme le faubourg de San Pier d’Arena; et, en effet, l’espace, depuis Porto-Venere jusqu’à l’autre côté, a plus de 100 toises de développement. La cale de Castagna jusqu’au fort Sainte-Marie a près de 500 toises de développement. Il faut faire les projets de l’emplacement que doit occuper cette ville dans le lieu le plus favorable, et les faire de manière qu’il y ait de l’espace pour les quais qui pourraient être établis , et même pour des bastions et batteries destinés à se défendre, en supposant l’île de Palmaria enlevée par l’ennemi. Il faut à cette ville une église, un hôpital, une halle, un hôtel de ville, des logements pour le commandant, pour l’état-major, un petit arsenal pour l’artillerie de terre, des casernes pour l’infanterie, un hôpital de terre, une manutention de terre, des magasins, un théâtre, une préture pour les tribunaux, des prisons, un hôtel de préfecture, la Spezia devant être le chef-lieu du département; quelques établissements pour l’instruction publique. Il faut coordonner tout cela, de manière que tout soit prévu d’avance, et que tous les établissements puissent même être défendus par un mur crénelé, soit du côté de terre, soit du côté de mer.

Ce projet est important et doit être établi de suite, afin qu’on puisse défendre de bâtir aucune maison à la Spezia et tout autour du golfe, et obliger à bâtir dans les emplacements déterminés.

Un objet non moins important, c’est l’eau. Il semble, d’après le mémoire, qu’il y a des citernes assez considérables dans le lazaret. Mais il faudrait avoir, dans l’arsenal de la marine et dans la nouvelle ville, des eaux vives qui puissent jaillir en fontaines. Ces montagne ont-elles des sources ? Y a-t-il possibilité d’y faire venir des arbres et quel devrait être l’emplacement des promenades publiques, de l’esplanade des troupes ? Tous ces objets doivent être médités, prévu dans les plans. Si cela est possible, il faut que tout cela soit enfermé dans les fortifications, même les promenades.

On a déjà écrit pour les communications et les chemins. A qu appartient le terrain de l’île de Palmaria et celui compris dans l’enceinte des fortifications ? Le terrain est-il couvert d’oliviers, d’arbres ou sont-ce des montagnes pelées ? Dans l’établissement de la marine il faut désigner un emplacement pour y construire un bassin comme celui de Toulon.

 

Bayonne, 12 juin 1808.

Au général Dejean, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur Dejean, vous avez annoncé depuis un mois 3,000 shakos pour les troupes qui partent de Bayonne, et il n’est rien arrivé; plus de 600 hommes sont déjà partis, et on a été obligé d’en chercher de côté et d’autre. Vous aviez annoncé l’envoi de ces shakos par la diligence; ils arriveront quand on n’en aura plus besoin.

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P. S. Pourquoi donc n’exécute-t-on pas vos ordres ?

 

Bayonne, 12 mai 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée, à Bayonne

Mon cousin, écrivez au général Ritay, et donnez des ordres pour qu’il soit envoyé de l’argent pour payer les Portugais et la colonne mobile des Hautes-Pyrénées; écrivez au préfet, pour qu’il soit fourni la viande et les vivres de campagne à cette colonne. Ecrivez la même chose à l’adjudant commandant Lomet, et envoyez-leur, sans délai, des cartouches.

Écrivez au général Ritay de choisir une position entre Tarbes et Gavarnie pour établir son quartier général, et d’avoir toujours un officier et un détachement de 50 Français sur les cols, pour communiquer avec les vallées et savoir ce qui s’y fait. Vous lui écrirez également de vous faire connaître le lieu où il placera son quartier général. Toutes ses troupes doivent avoir les vivres de campagne. Sa présence est nécessaire pour inquiéter les vallées espagnoles et faire diversion, et aussi pour rassurer les vallées françaises et avoir des renseignements sur ce qui se passe. Tous les jours il doit vous envoyer un rapport. Vous l’instruirez que j’ai demandé au département des Hautes-Pyrénées un bataillon de 560 hommes pour renforcer sa colonne. Vous lui ferez connaître qu’il doit former un petit dépôt de cartouches et un dépôt de vivres suffisant pour pourvoir aux premiers besoins d’une colonne de 1,900 hommes, qu’il doit aller visiter les postes de l’adjudant commandant Lomet. Ecrivez la même chose à il adjudant commandant Lomet; qu’il doit avoir à Bedons un dépôt de vivres et de cartouches , et que j’ai demandé au département des Basses-Pyrénées un bataillon de 560 hommes, voulant réunir là une colonne de 1,200 hommes.

Vous enverrez au général Ritay et à l’adjudant commandant Lomet 150 exemplaires de chacune des proclamations, en espagnol, de la junte de Madrid et de l’assemblée de Bayonne, pour les répandre dans les campagnes, en les adressant aux curés et aux alcades.

Vous instruirez en même temps ces deux officiers supérieurs que le général Lefebvre a passé l’Èbre à Tudela et mis en déroute 12,000 Aragonais, dont 2,000 ont été tués et leurs canons pris.

 

Bayonne, 12 juin 1808

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Vous ne m’avez proposé aucune récompense pour ceux qui ont arrêté Prégent et ses compagnons. Ces hommes m’ont rendu un si grand service que je désire leur en témoigner ma reconnaissance.

 

Marracq, 12 juin 1808

NOTE POUR M. MARET

L’Empeeur désire que M. Maret lui apporte demain, à midi, la note de toutes les pièces à faire imprimer dans le Moniteur sur les affaires d’Espagne, depuis les dernières qui y ont été déjà mises, afin qu’elles paraissent toutes dans le même numéro.

 

Bayonne, 13 juin 1808, une heure du matin.

A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant-général du royaume d’Espagne, à Madrid

Le major général me remet une lettre de Belliard, du 8 à neuf heures du soir. Je vous envoie le général Savary pour vous aider, afin qu’on n’ait à vous parler que d’affaires importantes. Votre maladie m’afflige sous tous les points de vue. Cependant, après les rapports des médecins, j’espère que vous êtes à présent sur vos pieds.

J’ai causé longtemps avec Savary sur la situation militaire de l’Espagne. J’attends des nouvelles de Valladolid.

Je suis assez content de l’esprit qui anime les députés qui se trouvent ici .

Il part demain 12,000 hommes pour Pampelune, pour renforcer la division du général Lefebvre. Savary vous donnera toutes les autres nouvelles.

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P. S. Le 13, à neuf heures du matin, je reçois des nouvelles du général Lefebvre en date du 11 : il me mande que tous les villages, à dix lieues à la ronde, avaient arboré le drapeau blanc; on procédait au désarmement et on avait ramassé 20,000 fusils. Le 12, il attendait 3,000 hommes qui lui arrivaient de Pampelune , et se préparait à marcher sur Saragosse. Ses patrouilles avaient été à plusieurs lieues dans l’Aragon, et, partout où elles se présentaient, on se soumettait. Bessières me mande qu’il avait déjà réuni plus de 16,000 armes provenant du désarmement de la Castille et de Palencia.

 

Bayonne, 13 juin 1808

A M. Fouché,  ministre de la police générale, à Paris

Je lis avec intérêt dans le bulletin de police du 7 juin tout ce qui est relatif à Préjean. Je suis fâché de ne pas avoir reçu les bulletins des jours précédents et de ne recevoir qu’aujourd’hui celui du 7. Ayez soin qu’ils me soient envoyés exactement, comme si j’étais à Paris; je ne sais pas pourquoi on s’est relâché là-dessus. Il est nécessaire que je reçoive le lendemain le bulletin de la veille, cela m’importe beaucoup.

Vous ne me rendez pas un compte clair du complot anarchique.

Il est certain que Malet, Guillet et d’autres généraux qui étaient à Paris tramaient un complot; moi-même j’en suis instruit depuis un mois. Il est difficile qu’il y ait un plus mauvais sujet que ce Malet. Faites arrêter sans bruit et sans éclat tous ces tripotages. Quelques avoués se fient à ce même complot. Mais ces complots anarchiques ne sont rien auprès de la précieuse prise de Préjean, et de la disposition où il paraît être de rendre des services. S’il en rend réellement, je lui accorderai sa grâce. Je suis impatient de savoir ce que c’est que ce Mars. Serait-ce un ancien capitaine, grand et bel homme ? C’était un énergumène de salon en 1789. Tenez secrète l’arrestation de Préjean, et tâchez que la nouvelle n’en arrive pas à Londres, afin de pouvoir tendre des embuscades dans les endroits qu’il désignera.

 

Bayonne, 13 juin 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Les généraux Malet, Guillet, Dutertre et quelques anciens officiers de cette trempe paraissent avoir tramé un complot, que la police a déjoué et dont elle a fait arrêter les auteurs. Faites une enquête d’après la liste des officiers réformés qui sont payés à Paris et dans la première division militaire, et notez tous ceux qui seraient dans cet esprit. Il sera bon que vous montiez une petite police militaire, pour les suivre et les veiller. Il ne faut faire aucun éclat de ces misérables anarchistes; car rien que l’idée qu’ils existent encore suffirait pour inquiéter et troubler la tranquillité. Il faut descendre dans le rang de capitaine, chef de bataillon et autres officiers réformés, qui ont toujours passé pour être opposés au gouvernement. Je crois vous avoir déjà donné l’ordre de faire employer tous les aides de camp du maréchal Brune à l’armée. Envoyez également à l’armée les officiers en activité et qui, sans raison, seraient à Paris, qui sont connus pour être dans cet esprit d’opposition.  Vous aurez soin de ne pas les souffrir à Paris sous prétexte de service.

 

Bayonne, 13 juin 1808

A M. Gaudin, ministre des finances, à Paris

Envoyez le sieur Collin fils, directeur des douanes à Anvers, dans la Toscane, et le sieur Cochon, fils du préfet, qui est également employé dans les douanes d’Anvers, du côté des Pyrénées. Je n’aime point à voir des fils de préfet employés dans les douanes, il est inutile que j’en dise les raisons. Faites cela de la manière la moins sensible pour le conseiller d’État Collin. Je crois avoir lieu de me méfier de son fils; mais il me suffit que son éloignement et celui du sieur Cochon aient lieu sans délai. Envoyez à Anvers un homme sûr et de confiance. Faites cela vous-même, et ne laissez pas ce choix au directeur général. Vous sentez que cette lettre est pour vous seul.

 

Bayonne, 13 juin 1808.

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris.

Monsieur le général Clarke, il y a aux environs de Breskens trois batteries : une d’un mortier de 12 pouces, d’une pièce de 24 et de trois pièces de 18. Il y a une de ces pièces qui n’a point d’affût ; les autres sont sur de mauvais affûts. Envoyez-y sur-le-champ quatre affûts de côtes. Les épaulements de cette batterie sont détruits faites-les mettre en état.

La troisième de ces batteries a une pièce de 16 et deux de 12 en fer. Faites retirer ces pièces et remplacez-les par trois pièces de 24 ou de 36 ; les épaulements de cette batterie sont également détruits.

Quand j’ai donné au général Roguet le commandement de l’île de Cadzand, j’ai entendu que ce commandement s’étendît depuis l’embouchure de l’Escaut jusqu’à Terneuse et aux mouillages que pourrait prendre l’escadre française ou l’escadre ennemie. Quand j’ai ordonné qu’il y aurait 500 gardes nationales accoutumées à l’air de l’île de Cadzand, un bataillon de 500 hommes, un camp français à Blankenberghe, un à Ecloo, un camp hollandais près Berg-op-Zoom, j’ai bien entendu qu’on ne réunît pas tout mon monde dans l’île de Cadzand pour le faire mourir de la fièvre. Les expéditions ennemies ne peuvent être tentées sérieusement contre Flessingue que vers la fin d’août. Si mes troupes restent, en attendant, exposées à l’intempérie de l’île de Cadzand , je n’aurai que des fiévreux lorsqu’il faudra m’en servir. Faites-moi un rapport là-dessus , accompagné d’un huilé, indiquant la situation de l’escadre, des batteries, et l’emplacement des différents camps, afin que je connaisse bien la situation de ce point important.

 

Bayonne, 13 juin 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

J’approuve que le brick le Surveillant à Anvers, le brick l’Iris et la corvette le Génie à Dunkerque, les bricks le Cygne et le Pavillon à Cherbourg, les bricks le Nisus et le Fanfaron à Brest, la corvette la Diligente à Lorient, les bricks le Sylphe et l’Espiègle à Lorient, le brick le Colibri et la corvette la Diane au Havre, le brick le Pluvier à Rochefort, les corvettes l’Hébé et la Sapho à Bordeaux et le brick l’Oreste à Bayonne, portant 1,100 tonneaux, se dirigent tous sur la Martinique et la Guadeloupe; ce qui assurerait l’approvisionnement de ces îles pour six mois , si on y envoyait du boeuf et du lard ; mais, comme on n’y enverra ni boeuf ni lard , et que les garnison ne seront pas aussi considérables que vous les portez, cet approvisionnement pourra être de neuf mois. Enfin , comme l’on peut donner des patates et du blé de Turquie aux troupes, on peut mettre trois mois de rations de pain de plus et avoir ainsi des vivres pour un an. Quant à Cayenne, au Sénégal, à Santo-Domingo et aux îles de France et de la Réunion, je ne veux y expédier aucuns vivres.

Vous remarquez que la farine de Bordeaux est la meilleure. Mon intention est que tout ce que vous expédierez depuis la Loire jusqu’à l’Escaut, d’où vous ne pouvez expédier des farines de Bordeaux sans des frais énormes, vous l’expédiiez en biscuit. Faites-moi connaître quelles sont vos objections contre cette idée. Il me semble que le biscuit se conserve sept mois en mer, à l’humidité. Les secours que vous proposez , joints à ceux que les colonies peuvent tirer du commerce, joints à ceux que peuvent leur porter les aventuriers américains et les corsaires, conduisent à un résultat très-satisfaisant.

J’approuve , en outre, que les trois vaisseaux de Rochefort, le Niemen, le Calcutta et des flûtes prises à Bordeaux et à Rochefort , doublées en cuivre, du tonnage de 2,000 tonneaux, ce qui, avec le Calcutta, ferait 3,000 tonneaux, se préparent à Rochefort, chargés de farine, de biscuit, de vins, et soient organisés de manière à aller à l’île de France, à la Martinique, ou partout ailleurs. Cette expédition, ou fera partie de l’expédition générale, ou fera elle-même une expédition particulière.
Il y a de l’effervescence en Espagne. Peut-être se calmera-t-elle promptement. Si elle ne s’apaise pas bientôt, elle se propagera sans doute aux colonies, et alors j’aurai besoin d’expéditions toutes faites pour prendre possession de quelques colonies. Mais je ne désire pas que la Sapho et l’Hébé soient jointes à l’expédition de Rochefort ; je désire qu’elles soient envoyées en aventurières.

En dernière analyse, je veux me préparer trois moyens d’approvisionner mes colonies : 1° les douze expéditions séparées faites à mes frais ; 2° les expéditions que fera le commerce ; 3° l’expédition de
Rochefort.

Quant aux prétentions du commerce de Bordeaux, je ne sais pas assez bien cette question pour la juger. Si le commerce demande que vous preniez le cinquième des tonneaux , cela est juste ; je me sais engagé à le prendre. Le prix doit s’en régler à l’amiable et selon le prix de tous les temps. L’avantage que je fais au commerce est de le payer quand même le bâtiment se perdrait. Si, au contraire, le commerce veut tout expédier à ses frais, je ne m’y oppose pas. Quant aux conscrits passagers, c’est encore une faveur que je fais au commerce; toutes les fois qu’il n’en voudra point, je n’insisterai pas.

 

Bayonne, 14 juin 1808

ORDRES POUR LE MAJOR GENERAL
à Bayonne.

Donner les ordres suivants :

L’adjudant commandant Lomet aura son quartier général à Bedous, pour observer tous les cols qui de l’Aragon se rendent dans les Basses-Pyrénées. Il aura avec lui une colonne mobile de 1,900 hommes, composée d’un bataillon de 560 hommes des gardes nationales des Basses-Pyrénées, de 15 gendarmes, de la compagnie de réserve départementale des Basses-Pyrénées, de la compagnie de réserve des Landes et de 300 Portugais.

Le général de brigade Viala, qui est dans la 9e division militaire, recevra ordre de venir prendre le commandement du département des Hautes-Pyrénées. Il aura également avec lui une colonne d’environ 1,200 hommes, composée d’un bataillon de 560 hommes de gardes nationales des Hautes-Pyrénées, de gendarmes et de 300 Portugais. Il observera tous les cols qui protégent Barréges et qui des Hautes-Pyrénées se rendent dans l’Aragon.

Le général de brigade Miquel, qui est dans la 20e division militaire, recevra ordre de venir prendre le commandement du département de l’Ariège. Il aura avec lui la compagnie de réserve de l’Ariège et plusieurs brigades de gendarmerie.

Le général Ritay se rendra dans les Pyrénées-Orientales et portera son quartier général à Bellegarde. Il réunira les compagnies de réserve départementale du Gers, de la Haute-Garonne , de l’Aude, des Pyrénées-Orientales, du Tarn, de l’Hérault, de l’Aveyron, de la Lozère, de l’Ardèche, du Gard, du Lot et de Lot-et-Garonne. Il fera de tout cela un bataillon. Il formera deux bataillons, de douze compagnies, de ce qu’il y a de disponible du régiment d’infanterie toscan qui se rend à Perpignan, et un escadron des dragons toscans. Il aura un bataillon de 560 hommes des gardes nationales des Pyrénées-Orientales. Il réunira une compagnie de 60 gendarmes à pied et de 40 gendarmes à cheval des compagnies tirées des douze départements nommés ci-dessus, de manière à réunir à Bellegarde une force de 3,000 hommes.

Vous lui donnerez ordre de réunir ces forces sur Bellegarde, et de se mettre au courant de tout ce qui se passe, afin de lier sa communication avec le général Duhesme.

Le général de division Lacombe Saint-Michel se rendra i Toulouse pour y prendre le commandement de l’artillerie et de la 10e division militaire, jusqu’à ce qu’il soit remplacé. Il organisera six pièces de canon et quelques caissons d’infanterie pour la colonne du général Ritay.

Vous donnerez ordre, à Grenoble, qu’un bataillon de six compagnies de la légion de réserve, fortes le plus possible, et formant au moins 600 hommes, parte de cette ville pour se rendre à Perpignan.

Vous donnerez l’ordre au général commandant la 8e division militaire de faire partir, pour Perpignan , quatre compagnies , le plus fortes possible, du 32e léger, ce qui formera un petit bataillon. Donnez-lui également l’ordre qu’un petit bataillon provisoire formé de deux compagnies du régiment suisse, de 150 hommes chacune, et deux compagnies du 16e de ligne, de même force, se rendent à Perpignan, ce qui portera à sept bataillons la force de la colonne du général Ritay.

Donnez ordre que le bataillon valaisan qui est à Port-Maurice se rende à Perpignan.

Donnez ordre qu’il soit formé, dans la 27e division militaire, deux bataillons de marche composés, le premier bataillon, de trois compagnies du 3e bataillon du 7e de ligne et de trois compagnies du 93e; le deuxième bataillon, de deux compagnies du 37e de ligne, de deux compagnies du 56e et de deux compagnies du 2e de ligne. Chaque compagnie sera complétée à 140 hommes ou au moins à 100 hommes. Ecrivez par l’estafette d’Italie au gouverneur général à Turin pour qu’il fasse sur-le-champ former ces deux bataillons de marche, et qu’il les dirige sur Perpignan.

Il sera également formé un escadron de marche de cuirassiers, composé de détachements des 4e, 7e et 8e, formant 190 hommes.

Il sera formé un autre escadron de marche de chasseurs, de 200 chevaux, composé de détachements des 3e, 14e et 24e.

Ces 300 chevaux partiront sous le même commandement que les deux bataillons de marche, et sous les ordres d’un adjudant commandant, qui fera les fonctions de colonel de ce régiment de marche.

Il sera nommé un chef d’escadron pour commander les deux escadrons de marche.

 

Bayonne, 15 juin 1808

A M. Bigot de Préameneu, ministre des Cultes, à Paris

Vous trouverez ci-joint une lettre que vous communiquerez au chapitre métropolitain. Vous veillerez à ce que le cardinal de Belloy soit enterré avec la plus grande solennité, et que, dans l’éloge funèbre qui sera prononcé à cette occasion, on appuie sur les vertus qu’a déployées ce prélat, la conciliation, la charité et l’amour de la paix.

 

Bayonne, 15 juin 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre,à Paris

Monsieur le Général Clarke, l’île de Cadzand est un pays très-malsain. La circonstance d’une escadre dans l’Escaut m’oblige cependant à tenir dans l’île de Cadzand des forces considérables pour protéger mon escadre. Par mon décret, j’ai ordonné une batterie de trente bouches à feu près de Breskens. C’est à la marine à décider quel est l’emplacement qui convient le mieux pour cette batterie. Doit-elle être placée près Breskens ou au signal de Breskens, ou à mi-chemin entre ce signal et celui de Wulpen ? Qu’est-ce qui est le plus important pour la marine, que la batterie soit rapprochée de 500 toises du banc d’Elboog ou plus près de Flessingue ? C’est encore à la marine à décider quelle est la position la plus avantageuse. Une batterie de 30 bouches à feu suppose une garnison de 300 hommes. Si ces 300 hommes, au lieu d’être dans une batterie de côte ouverte, se trouvent dans un fort fermé à la gorge, on sera tranquille sur ce point ; et quand même l’ennemi se serait emparé de Cadzand, la batterie restant en notre pouvoir, on aura deux, quatre, cinq jours pour accourir de tous les points de la Belgique pour reprendre l’île. La question se réduit à savoir comment il faudra construire un fort sur cette dune ou sur une digue. Dans cette disposition, on a quatre côtés à défendre. Le côté de la mer peut être facilement garanti avec des pilotis qui s’élèveraient jusqu’au niveau des hautes mers, et qui, à basse mer, formeraient un obstacle naturel, et empêcheraient les troupes de débarquer sur la laisse de basse mer. Le côté du continent peut être retranché par des ouvrages en terre et des fossés pleins d’eau. Les côtés de droite et de gauche, dans la dune ou sur la digue, seront les plus difficiles à traiter. Deux ouvrages paraissent là nécessaires, comme des cavaliers dominant de tous côtés et prolongés dans la plaine par des ouvrages plus bas. On pourrait disposer dans ces flèches quelques-unes des pièces de la batterie. L’espace nécessaire pour renfermer 30 bouches à feu exigerait près de 100 toises, si on voulait les placer dans un cavalier en forme de redoute et le revêtir. Il aurait à peu près 100 toises de long sur 30 de large , ce qui ferait un réduit de 260 toises de développement. On n’aurait plus à craindre que de voir les fossés de ce réduit, comme ceux de tous les autres ouvrages, comblés par les sables; mais ne serait-il pas possible de paver toute la dune avec des piquets de deux ou trois pieds de longueur , ou mieux avec des planches contenues par des piquets ? Alors tous les glacis, les communications seraient couverts de planches, et la dune n’aurait plus de mouvement. On aurait soin de planter en hoyas les digues aussi loin qu’on pourrait. Mais la question peut se considérer sous un point de vue plus étendu. Le moment n’est pas loin où j’aurai vingt ou trente vaisseaux de guerre dans la rade de Flessingue , et où cette rade sera la principale menace contre l’Angleterre. Si je suis obligé de porter mes forces ailleurs, et que je laisse 12 à 15,000 hommes pour garder ce point, j’aurai des malades à l’infini.

Si , enfin, il se trouve constamment vingt ou trente vaisseaux en armement à Flessingue, l’ennemi peut concevoir l’espérance de s’emparer de l’île de Walcheren.

Maintenir la communication avec la place de Flessingue est chose de grande importance. Il faut, à Breskens, une place de guerre qui contienne une batterie de 30 pièces de canon , des approvisionnements et quelques moyens de passage, un port où l’on puisse faire entrer une division de la flottille, où douze ou quinze péniches et quatre à cinq chaloupes canonnières seraient à l’abri des glaces, du mauvais temps et de l’ennemi. Où cette place doit-elle être située ? C’est encore par des considérations maritimes que cette question doit être décidée.

 

Bayonne, 15 juin 1808

Au général comte Hulin, commandant la 1e division militaire, à Paris

Monsieur le Général Hulin, je reçois votre rapport du 10 juin. Approfondissez ce petit complot de ces officiers chassés et entendez-vous avec le ministre de la guerre pour lui signaler ceux dont le séjour à Paris ne peut être que d’un mauvais effet, soit pour leurs dilapidations, soit pour leur mauvaise conduite ou leur mauvais esprit (Il s’agit de la conspiration Malet, Guillaume, Guidal, Servan Florent Guyot et Jacquemont).

 

Bayonne, 15 juin 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée, à Bayonne

Mandez au maréchal Bessières que, immédiatement après qu’il se sera emparé de Benavente, qu’il aura soumis Zamora, Toro et Lion, je désire que son corps d’armée ait l’organisation suivante :

Division Merle, composée de quatre brigades : 1° brigade Darmagnac, Suisses et le 86e, 1,800 hommes; 2° brigade Gaulois , ler régiment supplémentaire, 1,600 hommes; 3° brigade Ducos, 13e régiment provisoire et un bataillon du 14°, 2,000 hommes ; après la prise de Saragosse , les  trois autres bataillons rejoindront; 4° brigade Sabatier, 17e et 18e provisoires, 2,800 hommes; total , 8,200 hommes ; six pièces de canon de l’ancienne division Verdier et douze pièces de canon de la division , faisant dix-huit pièces de canon.

Division Mouton, composée de deux brigades : 1° brigade Reynaud, 4e léger, 15e de ligne et un bataillon de Paris, 3,000 hommes; 2° brigade Rey, 2e et 12e légers, 2,100 hommes, 5,100 hommes et douze pièces de canon.

Garde impériale : 1,900 hommes et six pièces de canon.

Total de l’infanterie, 15,200 hommes.

Cavalerie : 10e de chasseurs, 450 hommes; 22e idem, 450. Garde impériale, 300; 26e de chasseurs qui arrive, 450; l’escadron de dragons commandé par le chef d’escadron Tascher, et l’escadron parti ce matin, 300 hommes ; total , 1,950. Ce qui porte le corps actuel du maréchal Bessières à 17,150 hommes, et l’artillerie à trente-six pièces de canon.

Le maréchal Bessières pourrait porter son quartier général à Léon, pour contenir l’ennemi à tous les débouchés des montagnes.

Le général Bonnet occupe Burgos avec 600 hommes de convalescents dans la citadelle.

Il aurait, de plus, disponibles en forme de colonne mobile pour se porter partout où il serait nécessaire : le 4e bataillon du 118e, 450 hommes; le 3e bataillon du dépôt qui est aujourd’hui à Vitoria, 450 hommes ; le petit bataillon du 4e léger, 380 hommes, et un escadron de dragons, 150 hommes ; deux pièces de canon. Ce qui ferait une force de 2,030 hommes, disponibles pour maintenir la communication avec Léon et la colonne d’Aranda, composée du 1e de marche de 1,000 hommes et de quatre pièces de canon, également sous les ordres du général Bonnet.

Le général de brigade Monthion restera à Vitoria ayant avec lui un escadron de 150 chevaux, qui sera formé du 7e régiment de marche de dragons qui vient de Rennes et qui arrive après-demain , deux compagnies du 15e de ligne formant un petit bataillon de 300 hommes; le 3e bataillon du 2e léger, 600 hommes ; le 30 bataillon du 12e léger, 600 hommes ; ce qui ferait 1,650 hommes. Le colonel Barrère commandera cette colonne et aura deux pièces de canon.

Le corps du maréchal Bessières se trouverait donc composé de 17,000 hommes en mouvement sur les Asturies et la Galice ; de deux colonnes mobiles à Burgos et à Aranda, sous les ordres du général Bonnet , 2,500 hommes ; d’une colonne mobile sous les ordres du général Monthion et du colonel Barrère, à Vitoria, et, si cela était nécessaire , à Santander, 1,700 hommes ; total , 91,200 hommes, indépendamment de 600 hommes qui sont dans la citadelle de Burgos, et de 1,000 hommes de garnison à Saint- Sébastien ; total du corps du maréchal Bessières, près de 22,800 hommes ; les colonnes mobiles du général Bonnet à Burgos, du général Monthion à Vitoria, ayant l’une et l’autre deux pièces de canon des quatre qui ont été commandées.

Indépendamment de cela, une division de réserve se réunit à Bayonne.

Le maréchal Bessières, immédiatement après les premiers événements, peut organiser les divisions Merle et Mouton. S’il avait un avantage marquant sur la force des troupes du général Cuesta, peut-être serait-il utile qu’il enlevât les Asturies et la Galice, en profitant de la terreur d’une première victoire.

Vous lui ferez connaître qu’il doit être sans inquiétude sur la formation des colonnes de Burgos et de Vitoria; que tout est en mouvement, et qu’il part du monde d’ici tous les jours; qu’il n’a qu’à penser à former son corps d’armée de Léon. Le général Verdier aura le commandement de l’Aragon et de la Navarre. Il correspondra avec l’état-major du Roi à Madrid, se concertera avec le maréchal Bessières et avec le général Duhesme, qui commandent sur sa droite et sur sa gauche, et correspondra directement avec le major général à Bayonne.

On peut attendre la prise de Saragosse ou le dernier moment que je serai ici pour notifier cette dernière disposition.

 

Bayonne, 15 juin 1808

Au prince Ferdinand, à Valençay

J’ai reçu la lettre de Votre Altesse Royale, du 31 mai. Je vais prendre en considération la demande du duc de San-Carlos. Elle ne doit pas douter du désir que j’ai de faire tout ce qui peut lui être agréable. Je vais donner des ordres pour faire terminer l’affaire de Navarre, et , au commencement du mois prochain , Votre Altesse Royale pourra envoyer pour cet objet son chargé d’affaires auprès du ministre des finances à Paris.

 

Bayonne, 15 juin 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris

J’ai lu avec la plus grande attention les deux mémoires que vous m’avez envoyés. Il est nécessaire que Préjean, s’il veut sauver sa vie, nomme tous les numéros; il y en a, je crois, une trentaine; surtout ce numéro auquel on fait des propositions si tentantes. Comment ces instructions secrètes se trouvent-elles dans les papiers de Préjean ? Comme ces pièces sont très importantes, je vous les renvoie. Entretenez-moi tous les jours de cette affaire, à laquelle je prends un très grand et très vif intérêt. Ce que je vois de plus clair, c’est que ce misérable ne croit pas un mot de ce qu’il dit, et que, sous un prétexte pompeux, il venait organiser un espionnage pour l’Angleterre; car comment un homme qui a de l’esprit et de l’éducation, peut-il croire qu’il réunira à Paris un député par commune, c’est-à-dire 120,000 personnes, sans qu’on en sache rien. ‘Je recommande la suite de cette affaire à votre zèle. Il faut étudier tout, éclaircir pour connaître, et voilà, je crois, une belle occasion.

Je désire fort avoir l’inventaire de tout ce qu’on a trouvé dans les portefeuilles de Préjean et dans ses cache-papiers.

Ce général Malet qui a été arrêté est un des plus mauvais sujets qu’on puisse voir.

 

Bayonne, 15 juin 1808, à midi

Au général Caulaincourt, ambassadeur à Saint-Pétersbourg

Talleyrand est resté malade à Berlin. Une estafette m’apporte vos lettres des 22 et 25 mai.

Vous trouverez ci-joint pour votre gouverne des pièces qui vous feront connaître ce qui s’est passé relativement aux affaires d’Espagne. La junte s’assemble ici demain; elle est assez nombreuse. Le roi d’Espagne est déjà reconnu et proclamé dans toute l’Espagne, et va se mettre en route pour Madrid. Je ne garde pas un village pour moi. La constitution d’Espagne est très libérale; les Cortès y sont maintenues dans tous leurs droits. Les Anglais agitent les Espagnes; quelques villes ont levé l’étendard de la rébellion; mais cela est très peu de chose, et lorsque vous lirez ceci, tout sera probablement calmé. Quelques colonnes mobiles ont déjà donné cinq ou six leçons.

Je consens à l’entrevue. Je vous laisse le maître d’en désigner l’époque. Vous ne recevrez pas cette lettre avant le ler juillet. L’empereur ne sera pas fixé avant le 15. Vous devez me prévenir de manière qu’il y ait seize ou dix-huit jours pour le temps que mettra votre lettre à arriver, dix jours pour me rendre au lieu du rendez-vous, et cinq ou six jours pour faire les préparatifs. Il faut donc que l’empereur ne soit rendu au lieu de l’entrevue que le trente-cinquième jour après le départ de votre lettre de Saint-Pétersbourg. Ce ne peut donc pas être avant le mois de septembre, et, à vous dire vrai, je préfère cette saison à toute autre, d’abord parce qu’il fera  moins chaud, et ensuite parce que mes affaires seront finies ici, e que j’aurai pu passer quelques jours à Paris.

Plusieurs régiments sont passés en Seeland. L’escadre de Flessingue se met en rade. On donne aux Anglais toutes les inquiétudes possibles. Deux vaisseaux russes sont à Toulon, où on va les mettre en état.

Vous ne manquerez pas d’observer que la France ne gagne rien au changement de dynastie en Espagne, que plus de sûreté en cas de guerre générale, et que cet État sera plus indépendant sous le gouvernement d’un de mes frères que sous celui d’un Bourbon; qu’il était d’ailleurs tellement mal gouverné, tellement livré aux intrigues, et qu’il régnait parmi le peuple une fermentation sans but déterminé telle, qu’une réforme était devenue indispensable.

Je crois que l’empereur a raison en laissant passer la première nouveauté des escadres anglaises; mais il n’a rien à craindre d’elles, comme je l’ai dit à l’officier russe qui est parti dernièrement. Le seul point sur lequel on pouvait avoir de l’inquiétude était les îles, si l’on n’avait pas eu le temps de les fortifier.

Faites-moi connaître ce que c’est que ce petit Montmorency. A-t-il justifié ce qu’on peut attendre de son âge ?

Dites à l’ambassadeur d’Espagne qu’il doit se bien comporter, que le nouveau roi le confirmera et lui enverra ses pouvoirs; qu’il doit parler dans le bon sens et qu’il doit toujours, pour cheval bataille, s’appuyer de la constitution qui réorganise son pays et va le porter à un degré de prospérité qu’il ne devait jamais attendre du gouvernement des Bourbons.

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P. S. – Vous trouverez ci-joint un petit bulletin en espagnol dont vous prendrez connaissance et que vous remettrez à l’ambassadeur d’Espagne. C’est le conseil de Castille qui a demandé le roi d’Espagne, comme vous le savez, par son adresse et celle de la ville de Madrid, et qui ont précédé de près d’un mois sa nomination. Au reste, tout cela est pour votre gouverne; moins on vous en parlera, moins il faut en parler.

 

Bayonne, 16 juin 1808</