Andreas Hofer (1767-1810) et la révolte du Tyrol en 1809

Andreas Hofer et le soulèvement du Tyrol.

Maison natale d'Andreas Hofer
Maison natale d’Andreas Hofer
Andres Hofer - Portrait contemporain
Andreas Hofer – Portrait contemporain

Un aubergiste pas comme les autres

 

Andreas Nikolaus Hofer naît le 22 novembre 1767, au Sandhof, dans la vallée du  Passeier (au nord de Meran). Son père, Josef, exploite une auberge, connue à la ronde sous le nom de Sandhof. Sa mère, Maria Aigenter, est native de Matrei au nord du Brenner.

Orphelin très tôt de ses deux parents, Andreas suit avec zèle les cours de l’école primaire, avant d’aller travailler, dans la partie italophone du sud du Tyrol, dans les auberges et chez les marchands de vin. A 20 ans, il prend la direction de l’auberge, y ajoutant le commerce de chevaux de somme, ainsi que celui de vin et d’eau de vie.

Le 21 juillet 1789, il épouse Anna Ladurner, qui lui donnera six filles et un garçon, Johann, et partagera jusqu’à sa fin tragique ses soucis, ses convictions, ses souffrances et sa gloire.

En 1790, envoyé à la Diète tyrolienne à Innsbruck, comme représentant du district de Passeier, il participe activement aux délibérations et fait son apprentissage politique. En 1796, il combat pour la première fois contre les Français, dans les rangs d’une Schützenkompanie (compagnie de tirailleurs) de Meran. Nommé capitaine l’année suivante, il est au combat de Spinges[1], les 29 mars, 2 et 3 avril 1797.[2]

Après Austerlitz, le Tyrol et le Vorarlberg sont cédés à la Bavière. Hofer et ses concitoyens sont consternés et indignés, car l’empereur François a toujours promis à ses « chers Tyroliens » de ne jamais les abandonner.

Dans le Tyrol devenu bavarois, le mécontentement populaire va croître de jour en jour, atteignant son apogée lorsque l’administration bavaroise procède à une transformation profonde des rapports entre l’Eglise et l’Etat (fermeture de monastères et de couvents, confiscations de leurs biens, interdiction de la messe de minuit, par exemple).

Mais à Vienne existe un parti « tyrolien », au premier rang duquel figurent l’archiduc Jean, le comte Stadion, ministre des affaires étrangères et Josef Hormayr[3], conservateur en chef des Archives. Il y a également le Tyrolien Anton Steger, officier de l’armurerie impériale, qui entretient avec des compatriotes soigneusement choisis (Andreas Hofer et Martin Teimer[4] sont de ceux-là), une correspondance en langage chiffré (pour échapper à la surveillance exercée par les ambassadeurs et agents de la France et de Bavière).

En janvier 1809, Hofer participe (avec Josef Speckbacher[5] et Anthony Wallner, aubergiste à Matrei) à une réunion clandestine à Vienne, durant laquelle sont définies les modalités du déclenchement d’une insurrection, quand la guerre éclatera.

C’est Martin Teimer qui donnera le signal de l’insurrection dans le Vinschgau[6] et la vallée de l’Inn, Hofer étant chargé du Tyrol du sud, avec ses compagnons les plus proches, Josef Eisenstecken[7] à Gries, Josef von Morandell[8] à Kaltern. Dans sa vallée de Passeier, ses partisans les plus téméraires, comme Johann Holzknecht[9], de St-Leonhardt, se groupent autour de lui. Josef Ennemoser[10] sera son aide de camp.

Les forces bavaroises sont alors concentrées à Innsbruck sous les ordres du général Kinkel[11], avec un détachement à Brixen (Wrede[12]) et un avant poste à Bruneck.

Le 8 avril 1809, la guerre entre la France et l’Autriche éclate. L’archiduc Charles entre en Bavière avec l’armée principale, pendant que son frère Jean déclenche, depuis Villach, l’insurrection du Tyrol, lançant, avec Hormayr, des proclamations enflammées, et donnant l’ordre au 8e corps d’armée autrichien (FML Chasteler[13]) de faire mouvement vers le Pustertal.

Depuis Salzbourg, d’autres troupes pénètrent dans le Tyrol par la route d’Innsbruck. La forteresse de Kufstein est attaquée mais résiste (elle ne sera d’ailleurs jamais conquise).

 

Le héros malgré lui

Le 10 avril, Hofer quitte le Sandhof, avec 500 hommes, en direction de Sterzing. Ils arrivent le lendemain matin aux portes de la ville. Tenus en respect par une pièce d’artillerie, ils s’en emparent habilement et peuvent ainsi entrer dans la ville.

Peu après, 2.500 hommes, sous les ordres du général Bisson[14], arrivent, en route pour le Brenner. Les Tyroliens, en infériorité numérique, les laissent passer tout en les harcelant depuis les collines lorsqu’ils continuent leur marche vers Innsbruck.

Après ce « succès », Hofer lance un vibrant bulletin de victoire, ordonne des cérémonies d’action de grâce dans les églises. Quand Chasteler arrive à Sterzing, il tresse des lauriers au « vainqueur de Sterzing », écrivant à l’archiduc Jean : « Le brave Sandwirt est un héros[15] ». Du jour au lendemain, Hofer est ainsi propulsé sur le devant de la scène comme l’indiscutable, voire l’unique chef de la rébellion tyrolienne. Pourtant, dans le même temps, d’autres hommes contribuent largement, sinon plus, au succès des insurgés tyroliens, comme Georg Bucher[16], à Axams, ou Ignaz Straub[17] et Josef Speckbacher à Hall.

Ce sont d’ailleurs les paysans de Straub qui, le 12 avril au matin, s’emparent d’Innsbruck, faisant prisonniers les 3.000 Bavarois de la garnison. Et c’est bien Martin Teimer qui fait capituler, le 13, les troupes de Bisson, qui viennent d’arriver aux portes de la capitale tyrolienne. Le 15 avril, les troupes autrichiennes entrent dans Innsbruck, et Chasteler prend le commandement de la ville.

Hofer n’a été pour rien dans tout ceci : enivré par son succès de Sterzing, mais aussi sur l’injonction de Chasteler, il avait franchi le col de Jaufen dans l’autre sens, en direction du sud, et renvoyé une partie de ses « Stürmer» dans leurs foyers.

Mais le 20 avril, il est, avec 450 hommes, à Meran, où Hormayr, nommé « intendant », c’est-à-dire administrateur en chef, se comporte comme le seul représentant de l’empereur au Tyrol. De là, Hofer se rend à Bozen, y rétablit l’ordre et la discipline et organise la libération du sud du Tyrol. Baraguey d’Hilliers, après avoir occupé Trente et la région avec son corps d’armée, repart rapidement s’installer à Rovereto.[18]

Le 23 avril, Hofer est à son tour à Trente, où Chasteler le félicite et proclame : « Le Tyrol est libre ! ». Désormais, Hofer signe : « Andreas Hofer, commandant nommé par la Maison d’Autriche ». Personne n’imagine évidemment qu’il s’est lui-même conféré ce titre ! Satisfait, le « Barbu » retourne dans sa vallée.

Le 22 avril[19], deux « députés» tyroliens avaient été envoyés à Schärding, où l’empereur François résidait provisoirement. Le monarque leur avait remis, notamment, un texte dit « Manifeste de Schärding », dans lequel, il félicitait les Tyroliens, les assurait de son affection, affirmait l’indissolubilité des liens qui les unissaient, terminant par un vibrant: « Je compte sur vous, vous pouvez compter sur moi ».

Battu en Bavière, l’archiduc Charles, est obligé de retraiter vers la Bohème, puis vers Vienne. De son côté, l’archiduc Jean, le prince Eugène sur ses talons, est rappelé vers le nord. Les frontières sud du Tyrol sont ouvertes, alors que les forces de Chasteler sont trop faibles pour s’opposer à une éventuelle invasion.

François Joseph Lefebvre (vers 1810)
François Joseph Lefebvre (vers 1810)

Au nord, deux divisions bavaroises, sous les ordres de Lefebvre, sont en marche : parti de Lofer, Wrede passe par le Pass Strub[20], et Deroy[21] par Kufstein.

Le 11 mai, les Tyroliens d’Anton Oppacher[22] défendent le défilé du Pass Strub, mais ne peuvent arrêter les Bavarois, qui atteignent bientôt la vallée de l’Inn, à Wörgl, où ils infligent une défaite écrasante à Chasteler, l’obligeant à retourner à Innsbruck. A l’entrée du Zillertal, les « Landstürmer » livrent, seuls, bataille aux Bavarois. A Schwaz ont lieu de sanglants combats de rues[23] et de terribles pillages, qui entraîneront des représailles. Le 19 mai, Lefebvre entre dans Innsbruck et Chasteler se replie jusqu’au Brenner.

Première bataille du Bergisel

Hofer a organisé la résistance, étudiant la possibilité de reconquérir Innsbruck. Lorsqu’il apprend, par une lettre interceptée, que Napoléon ordonne à Lefebvre de revenir à Vienne renforcer l’armée d’Allemagne, il fixe au 25 mai la date de l’offensive sur Innsbruck.

Effectivement, Lefebvre quitte Innsbruck le 23 mai avec la division de Wrede, ne laissant dans la ville que Deroy (6.000 fantassins, 500 cavaliers et 12 canons). Du 25 au 29 mai, Tyroliens (12.000 paysans), Autrichiens (1.200 soldats) et Bavarois s’affrontent de nouveau au Bergisel. La bataille tourne à l’avantage des Tyroliens et Deroy, pour ne pas être encerclé, abandonne la ville dans la nuit du 29 au 30, se retirant jusqu’à Kufstein.

Le 30 mai, Hofer, accompagné du capucin Haspinger[24], entre dans Innsbruck. Il fait célébrer la Fête-Dieu à Rattenberg, en action de grâces pour la victoire, et décide que le souvenir de la bataille du Bergisel sera célébré tous les jours de la fête du Sacré-Coeur.[25]

Bientôt, Hormayr (qui n’a pris aucune part aux combats) arrive à Innsbruck, prend la direction de l’administration du pays, publie des décrets lui donnant autorité sur le commandement militaire, donc sur Hofer, et le droit exclusif de convoquer ou lever des contingents de Landstürmer.

Dépité, Hofer quitte Innsbruck le 10 juin, et, après une tournée dans le sud, retourne chez lui, au Sandhof. Il va y rester plus d’un mois.

L’empereur François, enthousiasmé par la victoire d’Aspern (21/22 mai) et la libération du Tyrol, multiplie les déclarations, plus dangereuses encore pour le Tyrol que son Manifeste d’avril. Dans le célèbre « Billet de Wolkersdorf » il écrit même que le Tyrol (et le Voralberg) « ne sera plus jamais séparé du corps de l’Empire d’Autriche » et qu’il ne signera « aucune autre paix que celle qui attache ce pays à ma monarchie d’une façon indissoluble ».

Annonçant l’arrivée au Tyrol de l’archiduc Jean, « pour être le chef et le protecteur de (ses) fidèles Tyroliens aussi longtemps que n’auront pas été écartés tous les dangers qui menacent les frontières du « comté »[26], l’empereur s’engage à ne pas conclure de paix qui céderait le Tyrol[27].

Mais les 5 et 6 juillet, c’est la bataille de Wagram, suivie, peu après, de l’armistice de Znaym. L’article 4 dispose que les troupes autrichiennes doivent évacuer le Tyrol et le Vorarlberg. Les Tyroliens ne peuvent y croire.

 

Deuxième bataille du Bergisel[28]

Le 26 juillet, Napoléon ordonne à Lefebvre d’occuper de nouveau tout le territoire tyrolien, d’y prendre des otages, de brûler les maisons des chefs de l’insurrection.[29] Lefebvre part de Salzbourg, le 27, avec 20.000 hommes (divisions bavaroises « Kronprinz» et Deroy, division saxonne Rouyer), et entre à Innsbruck le 30.

Le 3 août, les dernières troupes autrichiennes quittent le Tyrol. Bien que la population ne soit guère favorable à un soulèvement général, Hofer réussit à persuader les hésitants et électrise les plus volontaires. Sous son influence le Tyrol retrouve bientôt son énergie. En quelques jours le pays est prêt à s’opposer à une nouvelle invasion.

A Innsbruck, Lefebvre exige une soumission générale, et que les meneurs de l’insurrection, Andreas Hofer et Martin Teimer en tête, se présentent, faute de quoi ils seront considérés comme hors la loi, leurs maisons rasées, leurs familles bannies et leurs biens confisqués.

Le 13 août, Hofer et près de 15.000 Tyroliens, attaquent Lefebvre (qui dispose de 20.000 hommes, de cavalerie et d’un parc important d’artillerie). Les combats, très violents, ne tournent à l’avantage d’aucune des deux parties.

Pourtant, Lefebvre décide d’évacuer le Tyrol : ce n’est après tout qu’un théâtre d’opération secondaire, dont le sort va être fixé par le traité en cours de négociation. Dans la nuit, il rompt le contact et retraite en direction de Salzburg. Et le 18 août, pour la troisième fois, et sans aide extérieure, le Tyrol est libéré.

 

Les Tyroliens entrent dans Innsbruck le 15 août à 4 du matin, à peine les Bavarois partis. Andreas Hofer arrive dans la matinée, Il s’adresse, dans la soirée, à la foule : « Puisque vous m’avez élu commandant en chef, me voici ».

Les notables lui demandent de prendre en main la défense du pays mais aussi son administration. Il accepte et, le 17, s’installe à la Hofburg, se nommant « Régent» du Tyrol, mais seulement au nom de l’Empereur, pour les affaires militaires, politiques, administratives, voire diplomatiques. Mais, même dans son palais, le Régent Hofer va continuer à vivre avec sa simplicité coutumière, entouré de ses fidèles compagnons de lutte, avec comme premier adjoint, Johann Holzknecht, l’aubergiste de Sankt-Leonhard.

Andreas Hofer "Régent du Tyrol"
Andreas Hofer “Régent du Tyrol” recevant les envoyés de la Cour de Vienne.

Le 29 septembre, deux émissaires de l’empereur arrivent et remettent à Hofer un collier d’or avec une médaille d’honneur à l’effigie de l’empereur et une somme de 3.000 ducats pour les dépenses occasionnées par la défense du Tyrol. Ce collier lui est remis le 4 octobre, dans la Hofkirche.

Durant les négociations d’Ungarisch-Altenburg (aujourd’hui Mosonmagyaróvár) qui suivent l’armistice de Znaym et vont aboutir au traité de Schönbrunn, Napoléon a pour objectif l’écrasement de l’Autriche et dans ce but, envisage même d’ouvrir des négociations directes avec le Tyrol dont les succès ont à la longue forcé son admiration. Il demande au général Rusca d’informer les Tyroliens qu’il est prêt à avoir avec eux des pourparlers « pacifiques ». Si le Tyrol ne veut pas être bavarois, rien ne fera obstacle à son rattachement à l’Italie. Mais la réunion à l’Autriche reste absolument exclue et s’accrocher à cet objectif signifiera pour le Tyrol la guerre à perpétuité. Hélas, ceci ne sera jamais porté à la connaissance de Hofer et des Tyroliens[30].

Lié par ses promesses aux Tyroliens, l’empereur François tente par tous les moyens d’arriver à un compromis, qui lui laisserait le Tyrol, en échange de la Dalmatie ou de la Galicie occidentale. Napoléon est catégorique : « Le Tyrol ne devra appartenir à la Maison d’Autriche car il sépare l’Allemagne de l’Italie et il est limitrophe de la Suisse. Jamais je ne tolérerai que ce pays soit arraché à mon influence ».

François finit par abandonner le Tyrol à son sort, et le 14 octobre, le traité de Schönbrunn est signé. Napoléon n’a fait qu’une seule concession, de taille il est vrai: l’amnistie sera accordée aux insurgés du Tyrol et du Vorarlberg.

Napoléon donne aussitôt l’ordre d’occuper militairement le Tyrol. Le prince Eugène doit y entrer venant de Carinthie et faire la liaison avec le général Drouet d’Erlon qui, à la place de Lefebvre, entre dans la vallée de l’Inn avec les divisions bavaroises Deroy, Wrede et Kronprinz. 56.000 hommes s’approchent sur différents axes de pénétration.

Le 17, la division Kronprinz surprend Speckbacher, lui inflige de grosses pertes[31]. Hofer, prévenu, pense d’abord livrer combat à Rattenberg, mais y renonce et, devant la baisse du moral de ses partisans, quitte Innsbruck le 21 octobre pour s’installer, momentanément pense-t-il, à Steinach.

Le 25 octobre les Bavarois occupent la capitale. Hofer revient au Bergisel, d’où il écrit à Drouet d’Erlon, pour protester contre l’entrée des Bavarois dans le pays et l’informant que « des milliers de Tyroliens se tiennent prêts au combat pour vaincre ou mourir jusqu’au dernier homme pour la religion et la constitution ».

Le 29 octobre, le baron de Lichtenthurn, apporte à Hofer et à son état-major, une lettre de l’archiduc Jean, avisant les Tyroliens que Sa Majesté « désire qu’ils se comportent tranquillement et ne se sacrifient pas inutilement », qu’ils fassent en sorte que le Tyrol retourne à la Bavière. Hofer décide d’obéir à l’empereur immédiatement. Il envoie l’ordre de cesser les hostilités, et fait savoir à Drouet d’Erlon que les Tyroliens sont disposés à accepter la paix, lui proposant un armistice de quinze jours.

 

Troisième bataille du Bergisel

Mais Haspinger lui reproche alors, avec une violence inouïe, de manquer à son devoir sacré qui est de continuer la lutte pour la religion, le pays et le peuple. Une nouvelle fois, Hofer change d’avis et part pour Matrei, entouré des partisans de la guerre à outrance : Haspinger, von Kolb du Pustertal, Türk, commandant du Landsturm de Carinthie mais natif d’Innsbruck, qui écartent ceux qui sont suspectés de modération.

La proposition d’armistice ayant été repoussée par Drouet d’Erlon, Hofer décide d’attaquer une nouvelle fois Innsbruck, le 1er novembre, jour de la Toussaint. Mais la bataille est menée sans vue d’ensemble et d’une manière incohérente. L’artillerie bavaroise anéantit les retranchements tyroliens du Bergisel. L’action se termine en catastrophe pour les Tyroliens et Hofer se replie de nouveau à Matrei, puis à Steinach.

Un courrier français, capturé, est porteur d’une lettre du prince Eugène, confirmant la conclusion de la paix de Schönbrunn, annonçant l’avance de puissants corps français dans le Tyrol, mais préconisant de ménager le pays au cas où il se soumettrait.

Sur l’insistance de deux de ses proches, Josef Daney[32] et Jakob Sieberer[33], Hofer signe une lettre de soumission pour le prince Eugène de Beauharnais. Les deux hommes  partent aussitôt pour Villach, mais Hofer ne démobilise pas et laisse ses hommes l’arme au pied. A Villach, le vice-roi accepte la soumission de Hofer et garantit une pleine amnistie pour tous les Tyroliens. Les deux émissaires rentrent porteurs d’une lettre du prince Eugène « avec ses civilités » pour Hofer, le « brave homme ». Retrouvant Hofer à Sterzing, ils parviennent à le convaincre de signer une déclaration de soumission sans restrictions.

Hofer se met en route vers le Sandhof, accompagné de sa femme, décidé à y reprendre ses activités civiles normales. Là, ses anciens compagnons, dont Haspinger naturellement, exigent la reprise de la lutte, et parviennent, une nouvelle fois, à le faire changer d’avis. Le 11 novembre il signe un nouvel et dernier appel aux armes.

La révolte s’étend de nouveau dans tout le Passeiertal et le Vinschgau. Le 13 novembre, Baraguey d’Hilliers fait occuper Meran, d’où le général Rusca propose à Hofer une entrevue. Devant son refus, il envoie un millier d’hommes dans le Passeiertal pour y imposer le calme. Trois compagnies de Landstürmer doivent s’y opposer et Hofer transfère son poste de commandement à Saltaus, près de Meran. De là, lançant des déclarations enflammées, il organise l’attaque des troupes de Rusca avec environ 4.000 hommes. Ce sera la bataille du Küchelberg[34] qui englobe le village et le château ancestral de Tirol. Rusca doit battre en retraite sur Bozen.

 

La mort de Hofer

Pendant ce temps, Baraguey a envoyé des renforts sur Sankt-Leonard, près du Sandhof. Du 19 au 22 novembre, les combats sont acharnés. Des paysans, accourus de tous les environs, encerclent les détachements français du commandant Borelli, qui propose à Hofer de capituler, moyennant une sortie honorable. Hofer refuse, exige lui aussi une capitulation sans conditions des Français. Le 22 au matin, à bout de force, ceux-ci capitulent et sont conduits au Sandhof, où les Landstürmer les détroussent. Sur les 1.200 prisonniers, 800 seulement peuvent encore marcher et Haspinger les emmène vers le Vinschgau.

Désormais, Hofer perd tout contrôle de lui-même[35]. Il condamne à mort Daney et Sieberer, qui ne sont sauvés que par l’arrivée du général Barbou, envoyé de Sterzing à Sankt-Leonard avec 3.000 hommes pour dégager les troupes encerclées. Barbou arrive trop tard, mais provoque une véritable débandade des Landstürmer et des paysans.

Bientôt, toutes les communes signent leur soumission[36]. La vallée est désormais pacifiée et Andreas Hofer s’enfuit avec sa famille dans la montagne, au Pfandlerhof. Baraguey d’Hilliers a mis sa tête à prix pour 1.500 florins.

Le 11 décembre, ne se sentant pas en sécurité à la ferme Pfandler, Hofer envoie sa femme et ses enfants dans une cachette au fin fond du Schneeberg et se réfugie dans une grange, dans l’alpage de Pfandler (Pfandleralm), avec son secrétaire Kajetan Swethe.

Le 2 janvier, un certain Franz Raffl – voisin de mauvaise réputation – se présente à lui. Il promet de ne rien révéler, mais le 5, il le dénonce au représentant de la police. Dans la nuit du 27 au 28 janvier, il guide un détachement français jusqu’au refuge de Hofer, aussitôt arrêté. Emmené le 29 à Meran, il subit un premier interrogatoire, avant d’être écroué à la prison de Bozen. Transféré à Trente, puis de là à Mantoue, il est incarcéré.

Arrestation d'Andreas Hofer
Arrestation d’Andreas Hofer

Aussitôt informé, le prince Eugène a écrit à Napoléon, prenant même la défense du Tyrolien et recommandant à son beau-père de le gracier. Mais l’Empereur est inflexible et ordonne « constituer de suite une commission militaire appelée à le juger et à le faire fusiller (…) Tout cela doit être une affaire de vingt-quatre heures. »

Une cour martiale siège donc le 19 février. Après délibération, la elle déclare à l’unanimité Andreas Hofer coupable, et le condamne à être passé par les armes.

Le 20 février, Andreas Hofer est fusillé, sous le rempart de la citadelle. Le Tyrol n’avait pas été libéré, mais avait désormais sont martyr.

Exécution d'Andreas Hofer, à Mantoue
Exécution d’Andreas Hofer, à Mantoue

 

Le héros national du Tyrol

En janvier 1823, cinq officiers d’un régiment de chasseurs tyroliens, exhument, de nuit, les restes d’Andreas Hofer, et les font déposer à Bozen. Le 19 février, avec le consentement de l’empereur François, ces restes seront ramenés d’Italie, pour être déposés dans la chapelle impériale d’Innsbruck, où  sera également élevé un magnifique monument. En 1893, un autre monument sera érigé, là où le héros avait vaincu l’ennemi: sur le Bergisel.

Le monument Hofer du Bergisel
Le monument Hofer du Bergisel

En 1945, le général Émile Béthouart, Haut Commissaire de la République Française en Autriche, autorisera le culte rendu à Andreas Hofer, le déclarant même « grand résistant ».

Aujourd’hui, Andreas Hofer est le héros tyrolien (et même autrichien) par excellence. Chaque vallée du Tyrol entretient son souvenir et l’année 2009 sera particulièrement riche en commémorations de tous ordres.

Et sur le Bergisel, les sauteurs à ski continueront de s’affronter, pacifiquement cette fois !

 

NOTES

 

[1] Où s’illustre Katharina Lanz « La Jeanne d’Arc du Tyrol »

[2] C’est à cette époque que, à la suite d’un pari (c’est du moins ce que l’on raconte), Andreas laisse pousser sa célèbre barbe noire, qui lui descendra bientôt jusqu’à la poitrine et qu’il portera toute sa vie.

[3] Josef Freiherr von Hormayr (1781 – 1848), historien, écrivain, homme politique autrichien

[4] Martin Teimer (1768 – 1838). Il sera plus tard l’un des conseiller militaire de l’archiduc Jean.

[5] Josef Speckbacher (1767 – 1820), qui sera l’un des principaux commandants lors des batailles du Bergsisel.

[6] Partie occidentale du Tyrol du sud

[7] Josef Eisenstecken (1779 – 1827)

[8] Josef Valentin von Morandell (1770 – 1843)

[9] Johann Holzknecht (1785 – 1846)

[10] Josef Ennemoser (1787 – 1854)

[11] Georg August Freiherr von Kinkel (1741 – 1827)

[12] Karl Philipp von Wrede (1767 – 1838).

[13] Gabriel Joseph Herbert, marquis de Chasteler de Moulbais et de Courcelles (1763 – 1825).

[14] Baptiste Pierre Bisson (1767 – 1811), connu pour son imposante corpulence et son appétit démesuré.

[15] En français dans le texte. Chasteler était natif de Mons, et parlait parfaitement notre langue.

[16] Georg Bucher (1774 – 1837). Il a combattu à Spinges. Ayant été, par son mariage, mis à la tête de revenus considérables, il les mettra presque exclusivement à la disposition des insurgés.

[17] Josef Ignaz Straub (1753 – 1850)

[18] On est alors au tout début, catastrophique, de la campagne de l’armée d’Italie, marquée par la défaite d’Eugène à Sacile)

[19] Ce jour là les Autrichiens sont battus à Eckmühl.

[20] Le Pass Strub, à 675 m, relie la région de Lofer (Salzbourg) avec celle de Waidring (Tyrol). On peut y visiter les restes restaurés des fortifications de 1809.

[21] Bernhard Erasmus von Deroy (1743 – 1812)

[22] Anton Oppacher (1770 – 1845), un autre combattant de Spinges.

[23] La petite ville est victime de l’incendie allumé par les Bavarois. 420 maisons et 3 églises sont la proie des flammes, de nombreux habitants massacrés. On dit que les lueurs de l’incendie furent visibles depuis Munich.

[24] Joachim Haspinger (1776 – 1858), prêtre capucin, que d’aucun considère comme le « mauvais ange » de Hofer.

[25] Dans les premiers jours de juin, une unité française pénètre en Tyrol du Sud venant d’Italie et encercle la garnison autrichienne de Trente. Aussitôt, les Landstürmer de Bozen et Meran arrivent, engagent à Lavis un combat, à l’issue duquel les Français repassent la frontière. Ainsi, le 8 juin, l’ensemble du Tyrol, Nord et Sud, est libéré.

[26] En fait, l’archiduc n’exécutera jamais cet ordre.

[27] L’archiduc Jean avait même écrit à Hochmayr « Ne vous faites aucun souci, le Tyrol ne sera jamais abandonné, je le défendrai avec la plus grande énergie »

[28] C’est celle qui est représentée au superbe Panorama de 1.000 m2 d’Innsbruck.

[29] « Il faut que tout ce qui a été chef soit otage et envoyé à la citadelle de Strasbourg; enfin que vous fassiez des exemples des meneurs et brûliez les principaux villages. » Heureusement, ces ordres ne seront pas exécutés avec la rigueur prévue.

[30] Tout porte à croire que les instructions à Rusca tombèrent dans les mains et furent détruites par des Tyroliens partisans d’une intransigeance absolue, prêts à accepter une guerre perpétuelle.

[31] Son fils est fait prisonnier et lui même, roué de coups de crosse, ne réussit à s’échapper que grâce à sa force herculéenne, mais dans un tel état qu’il en mourra prématurément.

[32] Josef Danei ou Daney (1782 – 1826), prêtre catholique.

[33] Jakob Sieberer (1766 – 1814)

[34] C’est le mont Merano.

[35] Certains auteurs suggèrent qu’à ce moment là, l’abus d’alcool a rendu Hofer incapable de réagir de façon ordonnée aux différentes sollicitations.

[36] D’ultimes insurrections sporadiques se produiront encore, notamment celle de Kolb, dans le Pustertal, écrasée le 6 décembre avec une rigueur atroce par le général français Severoli, dans un océan de flammes détruisant deux cents fermes et vingt-huit résidences seigneuriales.