William Pitt, le Jeune

William Pitt le Jeune (Georges Rommey) Collection Tate

William Pitt, le Jeune [1]pour le distinguer de son père, William Pitt, duc de Chatham, lui aussi homme politique et Premier Ministre d’Angleterre – Au sein de la famille, un autre homme célèbre, oncle maternel du … Continue reading naît à Hayes, dans le Kent, le 28 mai 1759.

L’enfant, durant ses premières années n’est pas de bonne santé, et il est élevé à la maison, par le révérend Edward Wilson. Il montre une forte intelligence, qui lui permet bientôt d’acquérir une parfaite connaissance du grec et du latin.

En 1773, il entre, au collège de Pembroke, à l’Université de Cambridge, où il entreprend, en plus d’études classiques, celles de philosophie politique et d’histoire. Mais sa mauvaise santé est pour lui toujours un handicap, de sorte qu’il fera appel d’un privilège accordé aux nobles, mais peu utilisé, celui d’obtenir ses diplômes sans passer d’examen.

Le père de William (Pitt l’Ancien) meurt en 1778, laissant à William un maigre héritage (car il n’est pas l’aîné). Il suit ensuite des cours de droit à Lincoln’s Inn, et entre au barreau en 1780.

 

Les débuts dans la carrière politique

Durant les élections générales de 1780, Pitt est candidat pour le siège de l’Université de Cambridge, mais n’est pas élu. Il sera plus chanceux, une année plus tard, lors d’une élection partielle, qui le fait entrer à la Chambre des Communes en janvier 1781, sous l’étiquette libérale.

Le 26 février de la même année, il prononce son premier discours. Samuel Goodenough, qui l’observe alors, dit de lui :

 (it’s) not a chip off the old block ; it ís the old block itself (ce n’est pas un copeau du vieux bloc mais le vieux bloc lui-même).

Pitt se range, au début de sa carrière parlementaire, parmi les libéraux en vue, comme Charles James Fox. A leur côté, il dénonce la continuation de la guerre contre les États-Unis d’Amérique, proposant même au Premier Ministre, Charles James Fox [2]Frederick North (13 avril 1732–5 août 1792), Premier Ministre de 1770 à 1782, de faire la paix avec les rebelles des colonies américaines. Il soutient également les réformes parlementaires, notemment celles destinées à vaincre la corruption électorale.

Lorsque le ministère North tombe, en 1782, c’est Charles Watson-Wentworth [3]Charles Watson-Wentworth, (13 mai 1730 – 1er juillet 1782), qui le remplace. Pitt se voit alors offrir le poste de vice-trésorier de l’Irlande, ce qu’il refuse, trouvant le poste trop subalterne. Le nouveau Premier Ministre décède cependant très peu de temps après, et c’est un autre libéral, William Petty [4]William Petty Fitzmaurice (2 mai 1737 – 7 mai 1805) qui lui succède. Pitt entre au gouvernement avec le poste de Chancelier de l’Échiquier [5]Poste équivalent à celui de ministre des finances en France..

C’est à cette époque que Charles James Fox [6]Charles James Fox (24 janvier 1749 – 13 septembre 1806), un chaud partisan de la Révolution française , qui sera l’adversaire politique acharné de Pitt, entre dans l’opposition. Lorsque Petty donne sa démission, le roi George III, offre le poste de Premier Ministre à Pitt, mais ce dernier refuse, sachant très bien qu’il ne pourra obtenir le soutien de la Chambre des Communes. C’est donc une coalition Fox-North qui prend le pouvoir, le gouvernement étant cependant, nominalement, dirigé par William Cavendish-Bentinck [7]William Henry Cavendish Cavendish-Bentinck, duc de Portland, (14 avril 1738, 30 octobre 1809).

Ayant perdu son poste de Chancelier de l’Échiquier, Pitt rejoint l’opposition. Il présente à nouveau la question des réformes parlementaires, dans le but d’affaiblir le gouvernement et la coalition qui le soutient, et au sein de laquelle se trouve des partisans et des opposants à ces réformes. Il échoue dans sa tentative, mais désormais les yeux se sont portés sur lui et beaucoup, au sein de l’opposition, le regardent désormais comme leur leader, à la place de Fox.

 

L’arrivée au pouvoir

Pitt provoque, après avoir fait passer une loi réformant la Compagnie des Indes orientales, la chute du gouvernement. La loi était d’abord passée à la Chambre des Communes, mais Georges III avait menacé de considérer ceux des membres de la Chambre des Lords qui la voteraient, comme ses ennemis. Elle fut donc rejetée par cette assemblée, et Georges III dénonça alors la coaliton et offrit le poste de Premier Ministre à William Pitt. Celui-ci, tout juste âgé de 24 ans, devenait ainsi le 4e plus jeune Premier Ministre d’Angleterre, ce qui lui valut de sévères critiques., mais ne l’empêcha pas de rester 17 ans à son poste.

Afin de réduire le pouvoir de l’opposition, Pitt offre à Fox et à ses alliés des postes dans le Cabinet, mais son refus d’y faire entrer également North, met un obstacle à cette tentative. Le nouveau gouvernement se trouve dès lors sur la défensive, et doit essuyer une motion de censure, en janvier 1784. Pitt décide alors, fait sans précédent, de démissionner, ayant en cela l’appui du roi, adversaire implacable de la coalition North-Fox.

La Chambre des Lords le soutient également, votant des motions de soutien. De même, il a le soutien du pays dans sa grande majorité, d’où viennent des pétitions approuvant sa nomination. Ayant également reçu, au cours d’une cérémonie, la titre de citoyen d’honneur de la ville de Londres, il est porté en triomphe par la foule, qui décide de tirer elle-même son carrosse.

Les partisans de Fox cherchant à s’y opposer ne font qu’accroître sa popularité : Pitt est désormais considéré comme le champion de l’honnêteté et de la lutte contre la corruption.

En dépit d’une série de défaites à la Chambre des Communes, Pitt reste aux commandes, attendant l’éclatement de la Coalition, certains membres du Parlement ayant quitté l’opposition pour le rejoindre, sans pour autant que cela donne à Pitt la majorité. En mars 1784, le Parlement est dissous et des élections générales organisées, que Pitt gagne facilement.

 

Premier ministère

Disposant désormais d’une large najorité aux Communes, Pitt est en mesure de faire passer un certain nombre de mesures, dont, en particulier, l’India Act, qui impose un controle sur la Compagnie des Indes Orientales. Il s’attaque également au problème de la contrebande, en abaissant les taxes sur les produits qui, par ce biais, entraient illégalement en Angleterre.

En ce qui concerne la politique extérieure, Pitt cherche à réduire l’influence de la France en Europe : tel est le but de la Triple Alliance, avec la Prusse et les Pays-Bas, scellée en 1788, qui n’apportera cependant pas d’avantages fondamentaux à l’Angleterre.

Cette période, 1788-1790, est marquée, intérieurement, par la maladie de Georges III et les discussions autour d’une possible Régence. Celle-ci aurait pu être exercée par le prince de Galles, un supporter de Fox, ce qui aurait signifié le départ presque certain de Pitt. Mais la santé de Georges III se rétablit en février 1789, et la question ne se posa pas.

Les élections générales d’octobre 1790 apportent à Pitt une majorité encore agrandie.

Durant les années qui vont suivre, il va être principalement occupé par les relations avec la France.

 

La Révolution française

Quand avait débutée la Révolution, Pitt n’y avait d’abord vu que des avantages pour l’Angleterre : l’établissement en France d’une monarchie constitutionnelle ne pouvait pas lui déplaire, surtout si elle se conjuguait  avec un affaiblissement diplomatique de la France. Il considère alors les soubresauts politiques français comme de simples péripéties domestiques ne concernant en rien l’Angleterre [8]Son opinion évoluera quelque peu lorsqu’il s’apercevra que les groupes réformateurs anglais auront des relations suivies avec les révolutionnaires français : il sera alors à l’origine de … Continue reading.

 

Pitt va avoir à faire face aux mouvements réformateurs, encouragés par les évènements de France : il doit signer des lois répressives, et en 1794, l’habeas corpus est suspendu.

Lorsqu’il apprend, en janvier 1793, l’exécution de Louis XVI, Pitt fait expulser l’ambassadeur de France en Angleterre.  Au même moment, aux Communes, il se fait accuser, par Fox et ses partisans, de ne pas suffisamment s’engager pour maintenir la paix avec la France. Les critiques s’amplifient lorsque, le 1er février 1793, la France déclare la guerre à l’Angleterre.

Pitt accepte donc de faire entrer l’Angleterre dans la Première Coalition, aux côtés de l’Autriche, de la Prusse, du royaume de Sardaigne, de l’Espagne et des Provinces Unies (Pays-Bas)

Cette guerre coûte cher. En 1797, Pitt doit interdire la conversion des billets en or, afin de protéger les réserves anglaises et introduit, pour la première fois en Angleterre, l’impôt sur le revenu (income tax), pour compenser les baisses de rentrées d’impôts indirects, du fait de la réduction des relations commerciales. [9]Alors que Pitt comptait sur une rentrée budgétaire de 10 millions de livres, elle ne sera, en 1799, que de 6 millions.

La Première Coalition se désagrège en 1798. La Deuxième Coalition voit peu après le jour, réunissant l’Angleterre, l’Autriche, la Russie et l’empire Ottoman, mais elle ne viendra pas plus à bout de la France que la première. Elle verra sa fin après la défaite des Autrichiens à Marengo, le 14 juin 1800, laissant l’Angleterre seule face à la France.

 

La retraite

La Révolution a, par ailleurs, ravivé les problèmes politiques et religieux en Irlande. Les nationalistes irlandais se mettent en rébellion, espérant le soutien de la France, dans leur tentative de renverser la royauté anglaise. Pour Pitt, la solution du problème passe par l’union. En 1800, l’Act of Union est approuvé, et le 1er janvier 1801, le Royaume Uni de Grande Bretagne et d’Irlande voit le jour.

Mais Pitt, qui dans le même temps accorde des concessions aux Catholiques irlandais,  va se heurter à l’intransigeance de Georges III, opposé à leur émancipation, et il se trouve forcé à démissioner, le 3 février 1801, laissant la place à son ami Henry Addington [10]Que Georges III avait d’ailleurs approché derrière le dos de Pitt !. Toutefois, les troubles de santé de Georges III étant réapparus, Addington ne peut être, pour un temps, confirmer dans son poste et Pitt continue d’expédier les affaires courantes (il présente même le budget, le 18 février 1801), ne transférant ses pouvoirs officiellement que le 14 mars 1801.

S’il soutient la nouvelle administration, c’est cependant sans grand enthousiasme. Il s’absente alors fréquemment du Parlement, préférant rester à Walmer Castle, où il participe à la mise sur pied d’une unité de volontaires, en prévision de l’invasion française.

Après la paix d’Amiens, en 1802, puis sa rupture un an plus tard, Pitt, malgré la demande faite par Addington, refuse d’entrer dans le gouvernement, préférrant rejoindre l’opposition, et devient de plus en plus critique à l’égard de la politique menée. Addington voit, peu à peu, sa majorité s’évaporer. En mai 1804, il démissionne.

 

Deuxième ministère

Pitt est de nouveau Premier Ministre le 10 mai 1804. Il pense alors former un gouvernement de large union, mais se heurte à l’opposition de Georges III de voir Fox entrer au gouvernement. De plus, une grande partie de ses supporters, dont les alliés d’Addington, rejoignent les rangs de l’opposition. Le nouveau gouvernement [11]Lord Castelreagh y est ministre de la guerre. de Pitt sera donc beaucoup plus faible que le précédent.

L’Angleterre rejoint bientôt la Troisième Coalition, aux côtés de l’Autriche, de la Russie et de la Suède. En octobre, Nelson remporte la bataille de Trafalgar, qui assure la suprématie navale à l’Angleterre [12]Pitt est alors célébré comme le Sauveur de la Nation !, mais, en décembre, Austerlitz signe la fin de la Coalition [13]Ayant appris la nouvelle de la bataille, Pitt, montrant une carte d’Europe, aurait dit : “Vous pouvez la rouler, on n’en aura plus besoin les dix années qui viennent”..

Ces graves évènements ont un impact certain sur la santé de Pitt, par ailleurs ébranlée par son goût immodéré du porto.

William Pitt le Jeune meurt le 23 janvier 1806 [14]Ses dernières paroles auraient été : „Oh, my country ! How I love my country.” Ou “Oh, my country! How I leave my country “.

Il ne s’était jamais marié. Il laissait derrière lui des dettes se montant à quelques 40.000 livres, que le Parlement décida de solder, en même temps qu’il votait, malgré l’opposition de Fox, une motion pour qu’un monument soit érigé en son honneur.

Le 22 février, son corps fut inhumé dans l’abbaye de Westminster


Westminster Abbey;Abbey Church;Monument to William Pitt Earl of Chatham by Bacon, John I at The Courtauld Institute
Abbaye de Westminster Monument William Pitt Earl of Chatham

References

1pour le distinguer de son père, William Pitt, duc de Chatham, lui aussi homme politique et Premier Ministre d’Angleterre – Au sein de la famille, un autre homme célèbre, oncle maternel du jeune Pitt, Georges Grenville, sera lui aussi Premier Ministre. Quant au frère aîné de William, John, il fera légalement une carrière politique.
2Frederick North (13 avril 1732–5 août 1792), Premier Ministre de 1770 à 1782
3Charles Watson-Wentworth, (13 mai 1730 – 1er juillet 1782
4William Petty Fitzmaurice (2 mai 1737 – 7 mai 1805
5Poste équivalent à celui de ministre des finances en France.
6Charles James Fox (24 janvier 1749 – 13 septembre 1806), un chaud partisan de la Révolution française
7William Henry Cavendish Cavendish-Bentinck, duc de Portland, (14 avril 1738, 30 octobre 1809
8Son opinion évoluera quelque peu lorsqu’il s’apercevra que les groupes réformateurs anglais auront des relations suivies avec les révolutionnaires français : il sera alors à l’origine de proclamations contre les écrits séditieux.
9Alors que Pitt comptait sur une rentrée budgétaire de 10 millions de livres, elle ne sera, en 1799, que de 6 millions.
10Que Georges III avait d’ailleurs approché derrière le dos de Pitt !
11Lord Castelreagh y est ministre de la guerre.
12Pitt est alors célébré comme le Sauveur de la Nation !
13Ayant appris la nouvelle de la bataille, Pitt, montrant une carte d’Europe, aurait dit : “Vous pouvez la rouler, on n’en aura plus besoin les dix années qui viennent”.
14Ses dernières paroles auraient été : „Oh, my country ! How I love my country.” Ou “Oh, my country! How I leave my country “