Un tambour qui se bat, cela fait du bruit

 “Petits faits notés tous les jours… C’est l’histoire qui s’inscrit !
Petits faits retrouvés, c’est l’histoire qui s’écrit ! ”
(M. Barbier – Journal de la Vieille France)

Voici un petit événement retrouvé aux archives départementales des Côtes d’Armor qui m’avait beaucoup amusé lors de ma découverte ; ces quelques pages nous racontent comment un tambour du 74e régiment d’infanterie,  au lieu de battre la diane, a battu un fils de la capitale du Trégor. Comme il est possible que leurs descendants puissent encore exister, nous citerons leurs noms :  

BIGOT, tambour des grenadiers.

Antoine BAUDRY, fusilier de la 1e compagnie du 3e  bataillon du 74e  régiment d’infanterie de ligne.

Jean ROBERT fils, demeurant dans la rue du collège à Saint-Brieuc.

 Nous avons retrouvé trois documents relatant ce fait divers :

– deux lettres du  procureur du roi, adressées au commandant de la place de Saint-Brieuc, datées du 28 novembre et du 23 décembre 1814.

– un rapport du poste de police du 3e bataillon du 74e régiment d’infanterie de ligne , en date du 28 novembre 1814.

J’apporte ici les quelques précisions suivantes grâce aux précieux renseignements de mon collègue généalogiste (vieux briochin):

1- l’ancienne rue du Collège est aujourd’hui la rue Mireille Chrisostome (héroïne de la résistance locale fusillée par les Allemands à l’âge de 20 ans)

2 – Il n’y a eu que 2 casernes à St Brieuc : la caserne des Ursulines (du couvent du même nom) et la caserne Charner (du nom de l’Amiral Charner, Briochin, à qui l’on doit la conquête du Tonkin).  La caserne Guébriant est l’ancien séminaire du diocèse de St Brieuc, récupéré par notre généreuse République lors de la séparation de l’Église et de l’État. , transformé par la suite en caserne de Gendarmerie. Elle se trouve face à la gare SNCF de St-Brieuc (rasée dans les années 60, elle a été reconstruite sur le même emplacement).

3- Le seul collège existant sur St Brieuc à la Révolution se trouvait à l’emplacement actuel du Musée, collège qui fut déplacé sous l’Empire dans le couvent des Cordeliers (Collège Anatole le Braz actuellement) et fut récupéré pour en faire la “Gendarmerie” jusque dans les années 60, époque à laquelle ces services furent transférés dans la nouvelle caserne Guébriant. Les Briochins désignaient ce bâtiment sous le nom de “caserne de la gendarmerie”, mais en réalité ce n’était qu’un bâtiment administratif où logeaient cependant quelques gendarmes avec leurs familles. La ville alors récupéra le bâtiment et transféra son musée qui se trouvait dans les locaux de l’Hôtel de Ville.

4- La rue du Collège, ancienne artère de la ville, portait donc à juste titre ce nom puisqu’elle jouxtait le collège. Son emplacement exact : la rue actuelle qui rejoint la place de la Résistance au collège privé “La Providence”.

5- A toute fin utile, pour vous repérer : le musée se trouve dans un îlot triangulaire ayant, coté gauche, la rue Pierre Le Gorrec (ex rue des Bouchers), à droite la rue des Lycéens-Martyrs (ex rue des Casernes) et en bas la rue Mireille Chrisostome (ex rue du Collège). Les deux premières rues citées se rejoignent au sommet pour se confondre en direction de la gare SNCF.

 Nous sommes en Bretagne, par une fraîche soirée automne en ce 27 novembre1814. Neuf  heures sonnent à la cathédrale, peu de monde se promène dans les rues tortueuses de la ville. Jean Robert quitte un instant son hôte pour fermer les volets de sa maison, située rue du collège. L’incident du tambour peut s’expliquer par le fait que dans cette rue du Collège ne se trouvaient que des “bistrots”. Normal, la place du marché se trouvait juste à côté (Actuellement Place de la Résistance, ex place de La Poste.)

 La rue ne monte pas assez pour avoir donné soif à notre tambour , qui en a vu d’autre sur les routes d’Europe.  Il a sûrement dépensé sa solde dans la boisson : les possibilités d’activités sont réduites dans cette ville de garnison. Le temps des grandes batailles de Cadix à Moscou est passé, après l’abdication de Napoléon et la restauration de la monarchie, il n’est pas particulièrement choyé par les habitants, détesté des nobles, des bourgeois. Les désastres de 1812 et de 1813 suivi de l’invasion, avaient eu leurs échos douloureux.

 Accompagné de son collègue, il remonte donc cette rue pavée de Saint-Brieuc, en sifflant peut être la marche des bonnets à poils, enfin c’est ce que l’on peut imaginer, car les examens des pièces d’archives ne nous indiquent que peu de choses.

On va leur percer le flanc !
Ah ! que nous allons rire …
Ran, Tan, Plan
En avant tirelire
Ran,  Tan, Plan.

Les quartiers ne sont pas loin, alors, avant de renter dans la caserne, un dernier verre les tente. Tiens ! Ce brave citoyen qui ferme ses volets, ce verre, il leur offrira bien !

Le nommé Jean ROBERT fils, laboureur, demeurant dans la rue du collège à Saint-Brieuc, était sorti de chez lui pour fermer la porte de sa maison,  laquelle donne sur la rue, vis a vis de la caserne des troupes. Il se sent d’un coup assailli par les deux soldats de troupe : l’un lui demande du cidre, en employant les menaces, il parait ivre. Motivé sur ce qu’il n’est pas débitant, il refuse net.

Notre ami Bigot est bien déçu par la réponse du sieur Robert. Le tambour se jette sur lui et lui déchire la figure de ses ongles, il lui saisit la main et mets un de ses doigts dans sa bouche, qu’il serre fortement de ses dents, au point que Robert ne peut se débarrasser qu’en le retirant entièrement dépouillé de ses chairs.

Dans ce moment, le second soldat ne pouvant séparer ces deux hommes crie à la garde !  L’ami (nommé ?), laboureur qui se trouvait alors dans la maison de Robert, vient au secours  de ce dernier, assez à vite, je pense, pour empêcher le tambour de se servir de son sabre, qu’il vient de tirer.

En face, le caporal de garde fait sortir trois hommes de garde, pour faire arrêter les auteurs de cette querelle. Mais six ou sept bourgeois de la ville, qui se sont mêlés de cette dispute, se sont saisis du sabre briquet du tambour et refusent de le rendre.

Le sergent de garde, qui à fait arrêter les deux ivrognes, ordonne aux civils de rendre l’arme  et de se retirer, ce que les bourgeois, remontés contre les militaires, refusent, persistant dans leur querelle. Le sieur Robert saisi alors le fusil du soldat Ratel, qui se trouvait de garde et pour empêcher Robert de garder l’arme qu’il refuse de lâcher, le fusilier retire brusquement son arme à lui, et le sieur Jean Robert tenant la baïonnette par le bout, tombe sur la pointe et se blesse lui même au téton gauche.

Une première lettre du procureur informera le commandant qu’il désire poursuivre cette affaire d’office et ainsi connaître les noms des soldats de garde qui sont intervenus, en particulier celui du soldat qui a, sans raison, blessé le sieur Robert, et qui est donc répréhensible.

Mais une seconde lettre informe le commandant  que, par délibération du 22 décembre, le tribunal réuni en la chambre du conseil, s’est déclaré incompétent pour juger ces deux soldats et les a renvoyés devant l’autorité militaire.

Nos deux infortunés soldats sont donc rayés du registre de dépôt et écroués à la maison d’arrêt le 23 décembre 1814. Il est fort probable que le pain sec et l’eau ne leur permis pas de fêter Noël comme il l’auraient souhaité.

Les tambours sous le premier Empire

Jouer les sonneries réglementaires au tambour.  

Dans les armées de Napoléon, les tambours tiennent une place essentielle dans la vie quotidienne du soldat.

Braves et courageux, aussi exposés que les fantassins, ils subissent de lourdes pertes.  Quand, frappés par les boulets ou la mitraille, ils ne peuvent plus remplir leur rôle, une certaine désorganisation peut s’ensuivre.  Étant donné qu’ils jouent un rôle important, les tambours bénéficient de meilleures conditions de vie, notamment en matière de nourriture, et de soldes plus élevées que celles des simples soldats.

Les tambours sont formés en général à l’école des tambours du régiment, et sont sélectionnés par le commandant.

Au nombre de deux par compagnie, lorsque s’engage la bataille, ils occupent une place particulière, en arrière des bataillons en marche.

 

 

Battre la caisse, le tambour : 1.  Jouer du tambour avec les baguettes – 2. Annoncer un recrutement, lever des troupes.

Battre la diane : battre la caisse, au point du jour pour éveiller les soldats.

Battre la marche : battre la caisse pour donner le signal de marche et laisser le temps de s’y préparer.

Battre aux champs : 1. Donner l’ordre aux troupes de sortir du camp, de se porter en avant, vers la campagne.  Elle est battue par les tambours, et parfois sonnée en fanfare.  Selon l’ordonnance royale du ler janvier 1766, les mots aux champs sont synonymes de batterie d’évolutions et de batterie de commandement d’avertissement. 2. Exécutée sur le parapet d’une place de guerre, à l’aube, elle commande l’ouverture des portes, et, à la tombée de la nuit, leur fermeture.- 3. De nos jours, batterie d’honneur et de salut.

Battre l’assemblée : avertir un corps de troupe de s’assembler, de revenir au drapeau et de se mettre sous les armes = BATTRE LE RAPPEL.

Battre la charge : batterie pour donner sur l’ennemi

Battre la retraite : avertir les troupes qui sont aux mains avec l’ennemi, de battre en retraite.  Dans les garnisons, on bat la retraite pour avertir les soldats de se retirer chez les hôtes ou dans les casernes.  

Battre un ban : avertir qu’il va être publié une ordonnance, qu’un officier va être reçu ou qu’un soldat va être puni.

Battre la fricassée : battre la caisse pour avertir qu’on pose le drapeau, pour faire avancer un corps dans une bataille ou pour l’en retirer.  

Battre la chamade : dans une ville assiégée, avertir les assiégeants que l’on veut capituler.  

Battre à l’ordre : appeler à l’ordre.
Battre la breloque : battre la caisse d’une manière rompue. Le décousu de cette batterie, impropre à la marche, a donné à cette expression la signification populaire de déraisonner = BATTRE LA FASCINE.Battre à la paille : pour indiquer aux hommes du rang qu’ils peuvent se disperser.Battre aux drapeaux : battre la caisse pour indiquer l’action d’aller aux drapeaux, la prise du drapeau, etc.Battre la corvée, la distribution : appeler les soldats à la corvée, à la distribution.Battre la générale : batterie d’alerte.Battre le premier : battre la marche.Battre le dernier : battre le rappel.Battre un convoi, une reconnaissance, la garde, l’ordonnance : batteries spécifiques.Battre le roulement : battre à coups égaux et sans interruptionBattre à bâtons mêlés: battre la caisse en donnant successivement un coup avec une main et deux coups avec l’autre.

Battre à bâtons rompus : battre la caisse en donnant deux coups de suite avec chacune des mains.  Il en résulte un bruit bizarre qui a donné lieu à l’expression «à bâtons rompus».

Battre à bâtons ronds : battre la caisse en donnant des coups alternatifs.

Battre à cadence : battre la caisse lorsque les soldats sont en marche, pour que leurs pas soient en mesure.  

Sources

–    Archives départementales des Côtes d’Armor – Série R.
–         Précieux renseignements topographiques de Mr Jean Bourrel, vice président du Centre de Généalogie des Côtes-d’Armor.
–         G. Maugin . Les Grognards de la Grande armée (1960).
–         Le dictionnaire de la Veille France n° 40 (Jan-Fév 2001)
–         M. Barbier –  Journal de la Vieille France –  95221 Herblay Cedex.

© 2002 – Didier DUDAL