Troude, Aimable-Gilles (1761-1824)

Aimable-Gilles Troude nait à Cherbourg, le 1er juin 1761. Simple pilotin en 1776, il fait en 1777 deux campagnes à la Martinique. Lors de la guerre entre la France et l’Angleterre, il sert sur les bâtiments de l’État. Embarqué en 1781 sur l’Hercule, il parti­cipe aux combats livrés par Guichen 1)Luc Urbain du Bouexic de Guichen (1712 – 1790) et le comte de Grasse 2)François Joseph Paul de Grasse (1722 – 1788, aux amiraux Hood 3)Samuel Hood (1724 – 1816) et Rodney 4)Georges Brydges (1719 – 1792), ainsi qu’à la prise de Sainte-Lucie et Tobago. La paix de 1783 à 1792 le rend au commerce et fait de lui un capitaine au long cours.

Retourné ensuite à la marine militaire, avec le titre d’enseigne, il fait partie, sur l’Achille, de l’armée navale de Morard de Galles 5)Justin-Bonaventure Morard de Galles (1741 – 1809), un vétéran de la Royale, qui a fait la Guerre de Sept-Ans, la chasse aux Pirates, la guerre d’Amérique dans l’océan Indien. Il est de ceux qui n’émigrent pas, et devient ainsi le premier amiral aristocrate. Il participe à la désastreuse campagne d’Irlande. Sous le Consulat, il entre au Sénat conservateur, et est nommé comte de l’Empire en 1808.. Lieutenant de vaisseau le 8 juillet 1793, Troude, après avoir été deux ans sur l’Éole et devenu capitaine, prend à Rochefort le comman­dement de la corvette la Bergère, avec laquelle il fait diverses campagnes à Cayenne, au Brésil et à la Guadeloupe. Embarqué ensuite sur le Desaix, d’abord appelé Tyrannicide, il fait partie de l’es­cadre destinée, sous les ordres du contre-amiral Ganteaume, à transporter des troupes en Égypte.

À son retour à Toulon, l’escadre ayant été parta­gée en deux divisions, le Desaix passe sous le commandement du contre-amiral Linois 6)Charles-Alexandre Léon Durand de Linois (1761 – 1848), qui lors de l’engagement avec Saumarez 7)James Saumarez (1757 – 1836), amiral anglais, notamment célèbre pour ses victoire à Algésiras., dans la rade d’Algésiras, le 12 juillet 1801, donne à Troude la direction du For­midable, dont le capitaine, Laindet Lalonde, vient d’être tué. Il s’agit de se rendre à Cadix avec quelques autres bâtiments.

Le Formidable est retardé par une voilure endommagée. Isolé, il est une proie facile, et est attaqué dans le détroit de Gibraltar par quatre des navires de Saumarez. Troude tient tête aux Anglais, attaquant d’abord la frégate Tamise et l’obligeant à battre en retraite. Il ralentit alors, laissant approcher le Venerable, vaisseau de 74 canons, pendant que deux autres navires anglais, dont le Caesar  8)Vaisseau portant la marque de Saumarez., manœuvrent pour lui barrer la route de Cadix.

Une fois le Venerable arrivé à portée, il le crible de boulets. Désemparé, rasé comme un ponton, menaçant de couler bas, le vaisseau anglais est en mauvaise posture. Les trois autres navires de Saumarez reviennent, hésitant à soit porter secours au Venerable, soit détruire le Français. Troude ne se laisse pas troubler, et continue son tir destructeur sur sa victime. Les Anglais finissent par décider de sauver leur navire, laissant à Troude, blessé dans l’affaire, le loisir de s’offrir, en début d’après-midi, un retour triomphal dans le port de Cadix, où il est acclamé par la population, et où se trouvent déjà les autres rescapés du combat de la veille.

Le lendemain, Troude est nommé capitaine de vaisseau. Rentré en France en juillet 1801 et appelé à Paris, il est présenté au pre­mier consul qui dit en le serrant dans ses bras : « Messieurs, je vous présente l’Horace français, le brave capitaine Troude. »

Nommé en mars 1803 au commandement de la frégate l’Infatigable, il fait une campagne de sept mois à Saint-Domingue; au renouvellement des hostilités entre la France et l’Angleterre, il prend à Rochefort le commandement du Suffren, appartenant à l’escadre placée sous les ordres de Missiessy 9)Édouard Jacques Burgues de Missiessy (1754 – 1837), laquelle, après s’être dirigée sur les Antilles françaises, qu’elle ravitaille, se porte sur les Antilles anglaises, qu’elle ravage. A l’attaque de la Dominique, Troude, ayant pris position sous la ville du Roseau, avec le Suffren, la foudroie avec tant de vigueur qu’il fait taire le feu des forts qui la défendent. Revenue à Rochefort, l’escadre passe sous le commandement du chef de division Allemand, avec lequel le Suffren fait la campagne qui valut à l’escadre le surnom d’In­visible.

Appelé au commandement d’une division destinée à porter des troupes et des munitions à la Martinique, Troude ne peut appareiller qu’en février 1809. Mais ayant du mouiller avec une partie de ses bâtiments aux Sables-d’Olonne, il soutient un brillant et victorieux combat contre l’amiral Stopford. Ayant repris alors sa route, et informé que la Guadeloupe est bloquée par les Anglais, il entre aux Saintes pour y attendre les ordres du gouverneur général de l’île. Mais aperçus par les Anglais, les vaisseaux français sont immédiatement cernés. Aussitôt, bien qu’une atta­que par mer est peu supposable, Troude fait fortifier les points où l’on peut effectuer un débarque­ment. C’est ce qui se réalisa à quelques jours de là. La position n’étant cependant plus tenable, Troude réussit à forcer le passage. Il parvient à faire perdre ses traces et à tromper la vigilance des croisières qui bloquent les côtes de France.

En 1811, Troude commande la divi­sion de Cherbourg lorsque Napoléon visite cette place, le 30 mai. Ayant reconnu celui que lui-même avait proclamé capitaine, il dicte au ministre Decrès l’ordre suivant :

De par l’empereur, le capitaine Troude, au reçu de la présente, arborera le pavillon de contre-amiral et sera reconnu en cette qualité. 27 mai 1811.

En avril 1814, Troude reçoit du duc de Berry, qui vient à Cherbourg, l’ordre de se rendre dans l’un des ports de la Grande-Bretagne pour s’y mettre à la disposition de Louis XVIII. A Portsmouth, où il arrive le lendemain, sur le vaisseau le Polonais, il est l’objet d’un accueil triomphal de la part de la population. A Hartwell, Troude, qui était déjà officier de la Légion d’honneur, reçoit de Louis XVIII la croix de chevalier de Saint-Louis.

Mis à la retraite à compter de janvier 1816, au grand étonnement de la marine, et alors qu’il eût pu servir encore son pays, le contre-amiral Troude meurt huit ans plus tard, le 1er février 1824.

 

LIEUX DE MÉMOIRE

Aimable-Gilles Troude est enterré à Brest au cimetière Saint-Martin (rue Yves Collet), au bas du carré 12, rang 9.

A Brest, une rue amiral Troude rappelle la mémoire du contre-amiral.


 

References   [ + ]

1. Luc Urbain du Bouexic de Guichen (1712 – 1790
2. François Joseph Paul de Grasse (1722 – 1788
3. Samuel Hood (1724 – 1816
4. Georges Brydges (1719 – 1792
5. Justin-Bonaventure Morard de Galles (1741 – 1809), un vétéran de la Royale, qui a fait la Guerre de Sept-Ans, la chasse aux Pirates, la guerre d’Amérique dans l’océan Indien. Il est de ceux qui n’émigrent pas, et devient ainsi le premier amiral aristocrate. Il participe à la désastreuse campagne d’Irlande. Sous le Consulat, il entre au Sénat conservateur, et est nommé comte de l’Empire en 1808.
6. Charles-Alexandre Léon Durand de Linois (1761 – 1848
7. James Saumarez (1757 – 1836), amiral anglais, notamment célèbre pour ses victoire à Algésiras.
8. Vaisseau portant la marque de Saumarez.
9. Édouard Jacques Burgues de Missiessy (1754 – 1837