Testament de Napoléon

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Dominique Contant

Remerciements : aux nombreux participants du défunt Forum Premier Empire qui par leur aide et leurs connaissances ont aidé à enrichir le texte de cet article, ainsi qu’à nos amis de langue anglaise: Un grand merci, tout particulièrement, à mon amie Geneviève Deshors qui, connaissant mon attachement pour la période Impériale, me permit d’avoir accès aux Fac-similés du testament. Sans elle cet article n’aurait pas été possible.

 

Le testament de Napoléon est certainement le document le plus précieux conservé aux archives nationales française pour la période napoléonienne. Il est remarquable, non seulement parce qu’il représente les dernières volontés de Napoléon, mais surtout parce qu’il nous donne bon nombre d’informations sur les sentiments qui animèrent ses derniers jours.

Une amie m’a permis d’avoir accès au fac-similé de l’ensemble des documents, des listes et des lettres qui forment le testament de Longwood, aujourd’hui conservés précieusement aux Archives Nationales.

Des notes explicatives de Jean-Pierre Babelon, Conservateur du Musée de l’Histoire de France aux Archives Nationales et Suzanne d’Huart, Conservateur aux Archives Nationales dans les années 1970, ainsi que les remarquables études de Gilbert Martineau nous ont permis de reconstruire l’histoire, peu banale, du testament de l’Empereur. ”

NOTES HISTORIQUES ET EXPLICATIVES

Les documents écrits de la main de Napoléon sont rares, et le seront plus encore au fur et à mesure qu’il deviendra le maître de l’Europe. Napoléon écrivait très mal, vous pourrez le constater en regardant les reproductions.

Tu ne sais donc pas lire ? disait Napoléon à Ali avec une mauvaise foi évidente. On dirait de l’imprimerie !

Imprimerie ou pas, Marchand nous rappelle que Napoléon lui même n’arrivait souvent pas à se relire. Sa pensée allait si vite qu’il écrivait en abrégé, sautait ou oubliait des mots. Il est d’ailleurs touchant de voir dans un de ses codicilles un legs au général Le Tort, tué à en 1815… en ayant oublié d’écrire ‘ à Gilly ‘.

Il faut également se souvenir qu’il était déjà épuisé par la maladie, pris de vomissements et de sueurs froides. Nous imaginons ce qu’ont dû lui coûter ces quelques lignes écrites de sa main peu de jours avant sa mort.

A bord du Bellérophon, et sans se douter qu’il embarquerait plus tard pour Saint Hélène sur le Northumberland, Napoléon avait déjà commencé à écrire son testament. Plus tard, en août 1819, au plus fort moment des persécutions du gouverneur Hudson Lowe,  il travaillera à nouveau sur ce document dont Bertrand sera le dépositaire.

Ce document lui sera rendu en décembre 1820 . Il avait déjà le pressentiment que 1821 serait sa dernière année et début avril, après quelques modifications il rendit ce testament à Bertrand.

La petite colonie française avait connu bien des tourments à Saint Hélène. L’oisiveté avait exaspéré les haines et les passions. L’Empereur ne supportait plus l’épouse de Bertrand et la couvrait d’injures si bien que le Grand Maréchal avait fini par quitter Longwood. Montholon régnait donc seul auprès de l’Empereur.

Napoléon s’énervait aussi contre son médecin le ‘dottoracio ’ Antommarchi, il est vrai peu empressé autour de son malade.
«  j’ai fait mon testament ; j’y lègue 20 francs pour acheter une corde pour se pendre… ».

Il ne faut, bien sûr, pas prendre cette exclamation pour argent comptant, mais c’est bien à partir de ce moment, c’est à dire en avril 1821 que commence l’histoire du testament de Longwood.

LES ACTEURS

Rappelons brièvement qui furent ceux qui jouèrent un rôle important auprès de Napoléon au moment du testament de Longwood. Notons au passage qu’ils nous ont tous laissé leurs mémoires :

Montholon (Charles-Tristan ) – 1783-1853

Personnage énigmatique ; malgré l’appui de Maret il eut une carrière assez pale comme diplomate. A sa première demande, s’étant vu refuser le mariage avec la belle Albine, il imagina un stratagème et arracha finalement l’autorisation. On dit qu’après avoir découvert la supercherie la colère de l’Empereur fut mémorable. Toujours est-il qu’on le retrouve après la seconde abdication comme ‘ parachuté ‘ dans l’entourage de Napoléon qu’il suit à Saint Hélène. Il semble certain qu’Albine fut l’amante de Napoléon, dont elle aurait eut une fille morte en bas age et elle dût quitter Sainte Hélène. Un historien, dans un livre récent, prétend que c’est l’amour pour sa femme qui aurait amené Montholon à  ‘ abréger ‘ à coup d’arsenic les jours de l’exilé de Saint Hélène. Sans prendre position, je recommande le livre, ne serait-ce que pour l’éclairage nouveau qu’il donne sur ce personnage. En tous cas Montholon sera le grand bénéficiaire du testament et de tous sera celui qui y aura le plus contribué. Joueur invétéré, aventurier, il dilapidera sa fortune au point qu’Albine lui fera un procès pour préserver l’héritage de ses enfants.

Bertrand ( Henri, Gratien ) – 1773-1844  

Berrichon, né à Châteauroux, Grand Maréchal du Palais, il aura, hélas, du mal à supporter la comparaison avec son antécesseur Duroc. Même si Napoléon l’appréciait bien, flatté par cette espèce d’idolâtrie qu’il avait pour son maître, l’Empereur était conscient de ses limitations. De plus marié à «  Fanny «  fille du Général Irlandais Arthur Dillon il dût écouter sans broncher les injures dont Napoléon couvrait sa femme. Au point que le couple fût obligé de s’éloigner de Longwood. Il sera de l’expédition du retour des cendres

Marchand (Louis) – 1791-1876 

Fils de Chanchan, berceuse du Roi de Rome, entré en 1811 au service de l’Empereur comme garçon d’appartement, il remplacera Constant en 1814. Napoléon n’aura qu’à se louer de son dévouement : ” Les services qu’il m’a rendus sont ceux d’un ami “. Rentré en France il se mariera en 1823 avec la fille du Général Brayer et sera fait Comte par Napoléon III. Efficace et discret, personne ne se doutera qu’il notait tout, ce qui lui permettra d’écrire d’excellentes mémoires sur la période de Saint Hélène. Il sera de l’expédition du retour des cendres

Saint-Denis (Louis-Etienne), dit Ali. – 1788-1856

Né à Versailles, il entrera en 1806 au service de l’Empereur comme second valet de chambre, remplaçant le mamelouk Ali, dont il prit le surnom. Fidèle entre les fidèles, il suivit l’Empereur depuis l’Espagne, jusqu’à l’île d’Elbe et finalement Saint Hélène. Il y épousera Miss Mary Hall. Rentré en France il vivra d’un petit emploi dans un manège, participera à l’expédition du retour des cendres, et sera décoré de la légion d’honneur par Napoléon III. Il laissera à la ville de Sens de très nombreux souvenirs Napoléoniens.

CHRONOLOGIE

13 Avril 1821

C’est à partir de ce jour que Napoléon s’occupera à rédiger le document. Ne sentait-il pas qu’il ne lui restait même pas un mois à vivre ? Il décida donc de  modifier entièrement son premier testament. C’est ce nouveau travail que nous connaissons aujourd’hui. D’ailleurs Napoléon ne se souviendra qu’in extremis de ce testament déposé chez Bertrand, et contradictoire avec celui-ci. Marchand dut aller en toute hâte chez Bertrand pour qu’il fut brûlé en présence de tous.

C’est donc le 13 avril 1821, à midi, que Napoléon s’enferme avec Montholon. Durant 3 heures, malgré son extrême faiblesse, il dictera le document principal : ce document est un acte politique. C’est l’Empereur qui parle : il accuse l’oligarchie anglaise, il explique, il oriente son fils : ne jamais oublier qu’il est né prince français, il le légitime, cette légitimité qui a toujours été son grand problème, en rappelant aux cours que Marie Louise et lui forment un couple – tentative vaine lorsque l’on sait ce que faisait alors l’Impératrice.

Marmont, Augereau, Talleyrand et Lafayette connaîtront l’insigne honneur d’être accusés de traître à leur patrie. Il pardonne aussi, enfin en paroles, à son frère Louis pour un libellé, sur le royaume de Hollande.  Il pardonne Louis, ce qu’il ne l’empêchera pas de l’exclure de tous partage. Il n’oubliera pas non plus ses anciens amis.

14 avril 1821

Il dictera encore un peu ce jour là. Montholon rédigera la minute du document.

15 avril 1821

Napoléon recopie et signe le ‘document principal ‘

16 avril 1821

Il décide d’écrire les codicilles 1 et 2 ( sur du papier J. Wharman 1819), les seuls destinés à être lus par les Anglais.

Sa grande crainte était que son corps, ses biens et tous les souvenirs qu’il avait apportés à Saint Hélène ne soient mis sous scellés par Hudson Lowe et ne tombent aux mains des Anglais. Il reprend donc le  je désire que mes cendres reposent… », ce qui ne sera respecté qu’en 1840 , il distribue sa réserve en or de St Hélène et tout ce qu’il possède sur l’île, puis il institue pour exécuteurs testamentaires Montholon, Bertrand et Marchand.

En fait il avait déjà fait quelques dons personnels à des amis Anglais, et en fera encore quelques uns : à la famille Balcombe qu’il avait connu à son arrivée, à Arnott (médecin  Ecossais du 20e régiment de Saint Hélène), à Lady Holland et au 20e régiment de Saint Hélène.

Ceci allait d’ailleurs permettre à l’Empereur de s’offrir une petite vengeance personnelle contre son ‘Gouverneur geôlier’ Hudson Lowe. Le 15 avril Napoléon avait fait don au 20e régiment de 3 volumes de William Coxe, Mémoirs of John, Duke of Marlborought, splendide édition illustrée. Ali avait malicieusement écrit : «  Don de l’Empereur Napoléon «. Hudson Lowe qui l’avait toujours traité de ‘ Général Bonaparte ‘ ne pouvait accepter la dédicace. Mais sous la pression du 20e puis du Duke d’York il fut obligé de s’exécuter et de rendre au régiment le ‘ Don de l’Empereur ‘.  

En tous cas il ne laissera rien aux autorités anglaises qui durent se contenter de ‘miettes‘. Les meubles mis sous scellés et le drap, taché de sang, qui avait servi à l’autopsie. Ils se le partageront et selon Ali, ‘ les Anglais en prirent la plus grande partie….

Revenons au 16 avril, Marchand se souviendra l’avoir vu ce jour là, alors que Montholon lui demandait de prendre du repos : « Mon fils, il est temps que je termine, je le sens ». Assis dans son lit, l’Empereur tenait d’une main une planche en carton et sans appui écrivait de l’ autre, debout près du lit, le comte de Montholon tenait un encrier

Dans son codicille n° 2, Napoléon donnait à Marchand un collier offert en 1815 par la bonne Hortense de Beauharnais, ‘si des fois vous en aviez besoin…’ et lui recommanda de le cacher sur son propre corps pour éviter d’être retenu pas les Anglais.

17 avril 1821

Arnott, médecin du 20e, continue à prétendre au Gouverneur Lowe que Napoléon ne souffre que d’hypocondrie. Mais Napoléon s’épuise à retrouver les noms et les souvenirs pour les mettre sur ses codicilles. Son corps semble l’avoir abandonné : ‘On dirait que toute son énergie se concentrait dans sa tête‘ dira un familier. Dans l’après midi il dicte à Montholon les recommandations à son fils, le Roi de Rome.

18 avril 1821

Après une mauvaise nuit, ce jour là n’est qu’une longue agonie. Muet et immobile il contemple la lumière derrière les volets. Le testament et les deux codicilles sont clos par des rubans rouges. Bertrand, Marchand et l’abbé Vignali signent sans en connaître la teneur. Bertrand rentre chez lui.
C’est alors que Napoléon se souviedra du testament en possession de Bertrand, celui dont nous avons déjà parlé. Marchand, qui a lu ce testament avant qu’il ne soit brûlé dit : C’étaient de belles pages à conserver, écrites de la main de l’Empereur.  D’ailleurs Marchand cachera et conservera un codicille. Montholon, qui n’était pas encore le favoris ne recevait que 50 000 Francs, la même somme que celle allouée à Marchand, un valet de chambre.

21 avril 1821

Il semble soudain très agité. De 4 heures à 7 heure du matin il travaille avec Montholon. Il parle de Hannibal et de César et dicte même des notes pour ses ‘Campagnes de César‘ . Lorsqu’il parle à Antommarchi de sa ‘chapelle ardente‘ il croit voit un sourire affreux sur le visage du médecin et s’indigne : je puis vous pardonner votre incompétence et votre manque de savoir vivre, mais votre manque de cœur, jamais. Retirez-vous.

22 avril 1821

Il accepte les excuses d’Antommarchi,  un imbécile, dira-t-il. Il sait qu’il ne peut pas s’épuiser dans des querelles domestiques, il lui faut penser à la longue liste de tous ceux qu’il doit citer.

Il cherche dans sa prodigieuse mémoire tous les noms, tous les fidèles, tous les amis dont il sait être le débiteur. Beaucoup ont payé de leur vie : entre autres Muiron qui s’est fait tuer à sa place au pont d’Arcole. Il dictera ce jour là les 3e, 4e, 5e et 6e codicilles. Avec une joie intérieure il scandalisera l’Angleterre en accordant dix mille francs au sous officier Cantillon.

Napoléon ne peut plus écrire et c’est Marchand qui copiera les 37 articles des instructions à ses exécuteurs. On s’aperçoit qu’il y a peu de liens logiques entre les articles. Il s’agit manifestement d’un homme qui vit ses derniers jours et qui a tellement à dire. Il n’empêche que chaque article est précis comme un ordre de bataille.

Ce même jour, il demandera ses boites et en donnera lui même l’inventaire. Que de souvenirs ! : Joséphine, Le Roi de Rome, Madame Mère, Marie Louise, Marengo….

Napoléon n’avait pas que des ennemis en Angleterre.

En 1802 il avait rencontré Lord Holland, devenu depuis chef du parti d’opposition Whigs, libéral et aristocrate. Ce dernier défendait ardemment, mais en vain, Napoléon à la chambre des Lords. Lui et ses amis du parti Whigs œuvrèrent certainement pour son retour de l’île d’Elbe.

C’est d’ailleurs Lady Holland qui l’avait prévenu de l’intention des alliés de l’exiler à St Hélène en lui faisant parvenir sur l’île d’Elbe le menaçant article du journal le ‘ Courrier ‘.

Napoléon choisit une belle boite ornée de camée et écrit sur un petit carton : L’Empereur Napoléon à Lady Holland, témoignage de satisfaction et d’estime. Cette boite se trouve aujourd’hui au British Muséum.

Il met de coté une tabatière pour Arnott, prend ses ciseaux et grave un ‘ N ‘ sur le couvercle.

Ensuite il fait mettre son sceau sur les boites.

Il est 18 h, ce 22 avril. La journée a été épuisante mais il demande à Bertrand de rester un peu plus. Oui, il sait que le testament écrit sur le Bellérophon était bien plus favorable à Bertrand.

C’est maintenant Montholon qui en est le principal bénéficiaire. Napoléon n’a-t-il pas une dette envers Montholon, à cause son épouse, à cause de sa fidélité durant ces derniers jours ?. C’est ce qu’il lui explique. Il le met dans la confidence du mécanisme des testaments signés et fermés le 17 avril : le premier codicille sera montré aux autorités anglaises, le troisième est destiné à l’Impératrice. Il en explique la teneur : il désire que ces cendres reposent sur les bords de la Seine. Si les Bourbons refusent, il désire au moins le Père Lachaise, entre Masséna et Lefebvre, ou bien sur une île à l’embouchure de deux fleuves, ou bien à Ajaccio là où il est né. Le testament principal sera ouvert à la latitude de Paris, s’ils le demandent on dira aux Anglais que l’abbé Buonavita, parti le 17 mars, l’avait emporté en France.

24 avril 1821

Il s’enfermera encore longtemps avec Bertrand. Il signe les codicilles du 22 avril.

25 avril 1821

Les douleurs deviennent intolérables.

26 avril 1821

Bertrand lit et lui traduit des journaux Anglais. On accuse Caulaincourt et Savary d’avoir fomenté l’assassinat du Duc d’Enghien. Il redemande alors son testament, il cherche entre les articles l’espace nécessaire et sous l’article 8 il assume, de sa propre main, l’acte qui dans le fond lui donne le plus de remords : l’exécution du duc d’Enghien.

On pourra vérifier, au haut de la page 2, que ces lignes, plus serrées, ont étés rajoutées plus tard.

Il signera ce jour là les instructions pour les exécuteurs testamentaires. Puis il se retourne pour vomir une substance noirâtre, marquée de traces de sang.

La nuit sera mauvaise.

27 avril 1821

Au petit matin il a encore la force de faire sa barbe et  rédige un codicille secret, le septième. Il n’a pas oublié le petit Léon, né de sa liaison avec Eléonore Denuelle de la Pagerie, ni Alexandre Walewski, ni l’abbé Recco et ni même un berger, inconnu, de Bocognato qui jadis lui sauva la vie. Ce codicille est attesté par tous les témoins. Comme il s’agit d’un legs de conscience, il ne sera jamais imprimé, il restera secret: le Trésorier même n’en aura pas connaissance, il sera annulé aussitôt qu’il sera exécuté; communication en sera refusée comme contenant des affaires de conscience.

Ce codicille suivit le sort du testament. Son existence est encore attestée en Angleterre le 5 août 1825. Se conformant aux ordre de l’Empereur les Français l’ont probablement détruit à cette époque.

A 9 heures il fait sceller par un ruban vert les nouvelles pièces. Bertrand fait le procès verbal de l’existence des documents puis Napoléon s’enferme avec Vignali. Sous le sceau de la confession, il lui remet un double du testament principal, également écrit de sa propre main et les 2 codicilles avec mission de le remettre à Madame Mère, ou au cardinal Fesch, ou à défaut à l’un de ses frères, pour être remis à son fils lorsqu’il aura seize ans. Ce document existe encore et appartient à la famille Impériale française.

Les autres documents seront remis à Marchand qui les montrera à Montholon en présence de Bertrand, à l’heure de sa mort.

28 avril 1821

Il dicte la lettre que Montholon devra remettre au gouverneur Lowe : Monsieur le gouverneur, l’Empereur Napoléon est mort le …. A la suite d’une longue et pénible maladie. J’ai l’honneur de vous en faire part.

29 avril 1821

Stupéfaction : il se sent si bien qu’il manifeste, devant ses fidèles, son intention de monter à cheval.

Dans l’après midi il perdit un peu la raison mais signa les lettres copiées par Marchand pour Laffitte et La Bouillerie en les antidatant du 25 avril.

C’est alors que Napoléon fit son huitième codicille. Bertrand surprit Montholon tenant un papier et l’Empereur ne put écrire au delà du 4° paragraphe. Sa main tombera lourdement en faisant une grande tache  sur le papier.

Ce codicille est suspect aux yeux de certains historiens. Napoléon commençait déjà à perdre la raison, prononçait des phrases étranges et sans liens, Montholon allait écrire les articles 5 à 7 et les trois derniers mots de l’article 2 et Napoléon ne signera même pas le document. L’existence de ce document à Londres est attestée en 1822 et 1823. Cette pièce se trouvait encore à Londres le 17 juin 1938, date à laquelle une photographie en fut adressée aux Archives Nationales par M. Hobson, directeur de la maison Sotheby.

Plus tard Napoléon ordonnera à Marchand de prendre note : ce dernier saisit un carte à jouer et Napoléon dicte : Je lègue à mon fils ma maison d’habitation d’Ajaccio  et ses dépendances, deux maisons aux environs de Salines avec tous mes biens dans le territoire d’Ajaccio, pouvant lui donner 50 000 francs de rente…je lègue à mon fils…

Il ne terminera pas.

5 mai 1821

La fin surviendra à cinq heures quarante-neuf de l’après-midi et en rendant son dernier soupir les témoins crurent entendre A la tête…l’armée..’.

6 mai 1821

Le gouverneur Hudson Lowe viendra en personne s’assurer de la mort du Général Bonaparte.

12 mai 1821

Lors de cette seconde visite Lowe prendra connaissance des 1° et 2° codicille. Il est donc obligé d’accepter que les trois exécuteurs testamentaires effectuent le partage des effets de l’Empereur, conformément aux documents.

27 ou 30 mai 1821

Les Français embarquent sur le Camel, les mémoires de Marchand et Montholon ne concordent pas quant aux dates

25 juillet 1821

Arrivé à la latitude de Paris, Montholon ouvre le testament devant Bertrand, Marchand et Vignali.

31 juillet 1821

Arrivé à Portsmouth

3 août 1821

La petite troupe débarque.

4 août 1821

Bertrand et Montholon se rendent à Londres afin d’y négocier le retour des cendres. Il faut rappeler que dans ses ‘instructions aux exécuteurs – article 27, Napoléon avait demandé qu’il soit fait gestion aussi bien auprès du gouvernement Anglais que du gouvernement Français pour le retour de ses cendres.

Août/ septembre 1821

Face à l’inflexibilité du gouvernement et malgré plusieurs requêtes adressées au Roi et à Lord Liverpool, Président du Conseil d’État, Bertrand et Montholon doivent se résoudre à retourner en France. Une lettre même de Madame Mère, adressée au Roi d’Angleterre, restera sans réponses

19 octobre 1821

Résignés, les français débarquent en France, à Calais, accompagnés de la Marquise de Londonderry chez qui Montholon avait séjourné. Mon

tholon s’empresse de faire des copies du testament pour les enregistrer au tribunal du département de la Seine – dont dépend Paris.

2 Novembre 1821

Montholon enregistre la lettre adressée à Laffitte – timbre du 2 Novembre 1821.

L’exécution du Testament allait donner lieu à de grandes batailles juridiques :

– Le banquier Laffitte ne reconnaîtra que la moitié environ des 6 millions dont parle Napoléon dans sa lettre et son testament. C’est le 18 janvier 1826 que Montholon et Laffitte arrivèrent à un accord qui réduisait considérablement les sommes.

– Marie Louise refusera d’admettre  les 2 millions et tentera de faire valoir ses droits d’épouse dans la succession. Elle finira par céder en 1833
– Eugène, fils de Joséphine, ne reconnut que 812 000 F de dettes et ‘ ne se souvenait plus ‘ des 40 millions donnés en Italie et lors du partage des biens de sa mère.

Afin de lui donner plus de poids et une caution étrangère, Cambacérès conseilla alors à Montholon d’enregistrer le testament en Angleterre.

10 décembre 1821

Montholon déposa entre les mains du substitut Stephen Lushington l’ensemble des documents  (moins le 8ème codicille) au greffe de la Cour de Cantorbéry, à Londres, dont relevait le territoire de Sainte-Hélène.

1826

Ce n’est que cette année là, après l’accord avec Laffitte, que Montholon réalisera, en partie, l’exécution des dernières volontés de Napoléon. Les dettes de Laffitte étaient réduites de moitié. L’affaire sera oubliée et on ne reparlera plus du testament.

15 décembre 1840

Retour des cendres de Napoléon qui sera enterré aux Invalides, pas tout à fait au bord de la Seine mais au milieu des soldats ‘ invalides de guerre ‘.

1852

Napoléon III, neveu de Napoléon, fils de Louis et de Hortense de Beauharnais, considérait comme une dette d’honneur la réalisation complète du testament de l’Empereur. Il adressa donc une demande officielle de restitution du testament à la Reine Victoria. Le responsable de la mission sera tout simplement le comte Alexandre Colonna Walewski, fils naturel de Napoléon 1er  et de Maria Walewska, ambassadeur de Napoléon III en Angleterre. La demande de restitution sera jugée par la cour des Doctors Commons, qui accepta de remettre le testament, les codicilles n° 1, 3, 4, 5 et 6 et ainsi que les deux lettres à Laffitte et au Baron la Bouillerie.

16 mars 1853

Le comte de Clarendon, principal secrétaire d’État de Sa Majesté Britannique, remit les documents à Walewski.

26 mars 1853

Ayant remplis sa mission Walewski remis les pièces entre les mains de Debelleyme, président du Tribunal de la Seine, qui les pagina et les signa; elles furent visées le même jour pour timbre et annexées à la minute d’un acte de dépôt chez le notaire de l’Empereur, Casimir Noël;

Juin / Juillet 1854

Le 2e codicille et les instructions furent également enregistrés. On ne connaît le 7° codicille, secret, dit ‘ legs de conscience ‘ que par des copies.

5 août 1854

Napoléon III, crée une commission destinée à procéder à l’acquittement de tous les legs et met à sa disposition un crédit de quatre millions.

1859

L’opération était achevée, et désormais le testament entrait définitivement dans l’Histoire.

28 avril 1860

Par lettre, l’Empereur Napoléon III dépose le testament et tous ses documents entre les mains du comte de Laborde, directeur général des Archives de l’Empire, pour être placé dans l’ Armoire de fer avec tous les documents d’état civil des maisons souveraines de la France.

Il s’y trouve toujours conservé.

  1. LE TESTAMENT PROPREMENT DIT (paginé 1 à 14 en 1853- Les pages 10-12 et 13 sont blanches), entièrement autographié, signé, cacheté et daté de Longwood le 15 avril 1821. Il comprend trois états (a, A et B) donnant l’inventaire de certains objets, écrits par Marchand, son valet de chambre, et signés de Napoléon. Des états b (argenterie) et c (porcelaines) furent écrits le même jour mais ne figurent plus dans le testament; on les connaît par les copies.

En cliquant sur chaque icône, vous obtiendrez le fac-similé et le texte correspondant

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2. LE PREMIER CODICILLE (paginé 15 à 18 en 1853), autographe, signé, cacheté et daté du 16 avril. Avec la pièce suivante, il représente les seules volontés destinées à être communiquées aux Anglais: le retour des cendres en France (reprise de l’article 2 du testament) et le partage des biens de l’Empereur à Sainte-Hélène entre le Grand Maréchal Bertrand, le comte de Montholon et Marchand, ceci pour prévenir une mise sous séquestre de ces biens. Des inventaires des « boîtes » (tabatières) numérotés I, II et Ill., dictés le même jour, y étaient primitivement annexés.

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3. LE SECOND CODICILLE (paginé 1 et 2), autographe, signé, cacheté et daté du 16 avril. Cet acte complète le précédent, prescrit l’ouverture du testament en Europe, et institue pour exécuteurs testamentaires Montholon, Bertrand et Marchand.

 

Second Codicille page 1

Second Codicille Page 2 

Second Codicille Page 4

4. LE TROISIÈME CODICILLE (paginé 29 à 32 en 1853), écrit le 21, le 22 ou le 23, autographe, signé, cacheté et daté du 24 avril. Il dispose de l’avoir de l’Empereur sur les diamants de la couronne et de ses revenus de l’île d’Elbe.

Troisieme Codicille -Page 29

Troisième Codicille Page 30 

Troisième codicille Page 32

5. LE QUATRIÈME CODICILLE (paginé 33 à 36 en 1853), écrit le 21, le 22 ou le 23, autographe, signé et daté du 24 avril. Il contient des legs à des personnes qu’il a connues au début de sa carrière, prévoit des frais de succession, et la nomination d’un trésorier. Ce document a perdu l’enveloppe dans laquelle il était scellé.

Quatrième Codicille – Page 33

Quatrième Codicille Page 34

Quatrième Codicille Page 35

Quatrième Codicille Page 36

6. LE CINQUIÈME CODICILLE. Disposant des fonds remis à l’Impératrice Marie-Louise (paginé 37 à 40 en 1853). Écrit entre le 21 et le 24, autographe, signé et daté du 24 avril.

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7. LE SIXIÈME CODICILLE. Disposant des fonds de la liste civile d’Italie aux mains d’Eugène de Beauharnais  (paginé 19 à 28 en 1853, les n° 20 et 27 omis par erreur). Écrit entre le 21 et le 24, autographe, signé et daté du 24 avril.

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8. INSTRUCTIONS POUR LES EXÉCUTEURS TESTAMENTAIRES (paginées 1 et 2), dictées à Marchand entre le 22 et le 25, signées de Napoléon et datées par Marchand le 26 avril.

Instructions Page 1

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9. LETTRE A LAFFITTE, BANQUIER DE L’EMPEREUR, rédigée sur ordre par Montholon,
recopiée par Marchand le 29 et signée par Napoléon ce jour, en antidatant du 25 avril.

10. LETTRE AU BARON DE LA BOUILLERIE, TRÉSORIER DU DOMAINE PRIVÉ DE L’EMPEREUR, rédigée sur ordre par Montholon, recopiée par Marchand le 29 et signée par Napoléon ce jour, en antidatant du 25 avril.

Lettre à Lafitte

Lettre à Bouillerie

 

A ces textes des Archives nationales, nous devons en ajouter trois autres :

11. LE SEPTIÈME CODICILLE dont l’ existence est attestée par tous les témoins (les 5ème et 6ème codicilles font d’ailleurs allusion à ces legs de conscience). Son texte est connu par les copies (celles du fonds Murat, aux Archives nationales, en particulier). Écrit entre le 23 et le 25, autographe, signé et daté du 25 avril, il renfermait en particulier des legs de conscience, dont un au comte Léon, fils de l’Empereur. Pour cette raison, il ne sera jamais imprimé, il restera secret: le Trésorier même n’en aura pas connaissance, il sera annulé aussitôt qu’il sera exécuté; communication en sera refusée comme contenant des affaires de conscience. Le codicille suivit le sort du testament. Son existence est encore attestée en Angleterre le 5 août 1825. En voici un extrait :
…/…
Je lègue 20.000 francs à l’habitant de Bocognano qui m’a tiré des mains des brigands qui voulurent
m’assassiner ;
10.000 francs à M. Vizzavona, le seul de cette famille qui fût de mon parti ;
100.000 francs à M. Jérôme Lévy ;
100.000 francs à M. Costa de Bastelica ;
20.000 francs à l’abbé Reccho.”

…/…

12. LE HUITIÈME CODICILLE, dont l’existence a été contestée par Frédéric Masson. Il fut écrit par l’Empereur le 29 et antidaté par lui du 27:

Aujourd’hui 27 avril I82I
Malade de corps, mais sain d’esprit, j’ai écrit de ma propre main ce 8ème codicille à mon testament :
1° j’institue mes exécuteurs testamentaires Montholon, Bertrand et Marchand, et Las Cases ou son fils thrésorier ,.
2° je prie ma bien-aimé Marie-Louise de prendre à son service mon chirurgien Antommarchi, auquelle je lègue une pension pour sa vie durant de 6000 frs ( six mille francs) qu’elle lui payera,.
3° de prendre idem Vignaly pour aumônier et l’ attacher en cette qualité à mon fils ,.
4° je lègue ma maison d’habitation à Ajaccio et tous mes biens, terres, vignes, jardins, meubles, troupeau à ma mère ,.
5° je lègue tout ce que je possède à l’isle d’Elbe maison, meubles, vignes terres troupeaux à ma très chère et très honorée sœur la princesse Pauline ,
6° je lègue à la comtesse Bertrand et à la comtesse Montholon la moitié de mon cabaret de Sèvres.
/’autre moitié à mon fils.
7° je lègue tout ce que je possède d’indivis avec le cardinal Fesch en Corse au dit cardinal.

13. UN LEGS INFORME AU DUC DE REICHSTADT dicté rapidement à Marchand sur le dos d’une carte à jouer le 29 avril au soir .

«  Je lègue à mon fils ma maison d’habitation d’Ajaccio  et ses dépendances, deux maisons aux environs de Salines avec tous mes biens dans le territoire d’Ajaccio, pouvant lui donner 50 000 francs de rente.
Je lègue à mon fils…
»


Références :

Le drame de Saint Hélène – Andé Castelot
Napoléon à Saint-Hélène – Gilbert Martineau
L’énigme résolue – René Maury / François de Candé-Montholon
Notes explicatives de JEAN-PIERRE BABELON et SUZANNE D’HUART


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