Romana (Don Pedro Caro y Sureda , marquis de la) (1761-1811)

Pedro Caro, 3e Marquis de la RomanaPedro Caro, 3e Marquis de la Romana

Don Pedro Caro y Sureda , marquis de la Romana, naquit le 3 octobre 1761 à Palma, capitale de l’île Majorque. Son père était l’officier général qui commandait l’avant-garde espagnole dans l’expédition contre Alger (1773), où il fut tué à la tête du régiment de dragons d’Almanza. Le jeune La Romana, amené en France en 1771, reçut, au collège de l’Ora­toire à Lyon, une éducation très soignée, qu’il alla continuer à l’université de Salamanque et au séminaire des nobles à Madrid.

Il fit des pro­grès rapides dans les sciences et même dans les arts. Nommé dès 1775 garde marine, ce ne fut qu’en 1778 qu’il commença d’en remplir les fonctions et qu’il se rendit à cet effet à l’académie de ce corps, établie à Carthagène. Sa bonne con­duite et les talents qu’il développa lui firent obtenir le grade d’officier en 1779, et peu de temps après le général don Ventura Moreno le choisit pour son aide de camp.

En 1783, il servit avec distinction sur les chaloupes canonnières et sur les batteries flottantes, au siège de Gibraltar ; à la paix de 1783, il se retira à Valence et con­sacra tous ses loisirs à la culture des belles lettres, et particulièrement à l’étude des langues. Il em­ployait en même temps la plus grande partie de ses revenus à former des collections de livres précieux et à encourager les artistes espagnols qui s’occupaient de sculpture et de peinture.

En 1784, il se rendit dans les pays étrangers pour augmenter ses connaissances et s’arrêta surtout à Vienne et à Berlin, où il trouvait tout ce qu’il pouvait désirer pour s’instruire dans l’art mili­taire. De retour de ses voyages, il navigua sous les ordres de Frédéric Gravina et fut élevé, en 1790, au grade de capitaine de frégate. Lorsque la guerre vint à éclater entre la France et l’Espagne, la Romana passa au service de terre. 1)Ce fut le 23 mari 1793 que le roi d’Espagne publia, à Ma­drid, une cédule portant déclaration de guerre contre la France.

Il servit d’abord sous les ordres de son oncle don Ventura Caro, général en chef de l’armée du Guiposcoa, qui, connaissant sa bra­voure et son caractère aventureux, lui donna le commandement d’un corps de chasseurs, d’envi­ron 3,000 hommes, commandement que La Ro­mana conserva pendant toute la campagne de 1793 et pendant une grande partie de celle de 1794.

Il contribua, le 30 avril 1793, à la prise du camp de Sare, que les Espagnols abandon­nèrent après l’avoir pillé et brûlé, et se distingua, le 6 juin suivant, au combat du Château-Pignon, où le général en chef de l’armée française, la Genetière, fut battu et fait prisonnier. Muller, successeur de la Genetière, ayant fait attaquer la ligne des postes espagnols dans la vallée de Baïgorri et s’étant rendu maître du village des Aldudes, manifesta l’intention de s’emparer des vallées de Bastan et de Roncevaux et de menacer même Pampelune (juin 1794).

Pour opérer une diversion, Caro réunit sur la Bidassoa 10 à 13.000 hommes, qui, partagés en quatre colonnes, s’é­branlèrent à la nuit (23 juin). La Romana, qui commandait la deuxième colonne, étant parti de Biriatou. marcha sur le mont Diamant et sur le mont Vert et s’y établit après en avoir chassé les Français; le général Escalante eut un succès égal à la tête de la première colonne, mais les deux autres, ayant été moins heureuses, durent se replier sur les troupes d’Escalante et de la Romana ; elles y portèrent le désordre, et bientôt la déroute étant générale, les Espagnols furent contraints de repasser la Bidassoa.

Après sa dé­faite au camp de St-Martial et la perte de Fontarabie (1er août 1794), le général Caro fut rappelé et remplacé par le comte de Colomera. La Ro­mana étant passé à l’armée de Catalogne, commandée par le comte de la Union, se distingua, dit-on, à la bataille de la Montagne-Noire (18 et 20 novembre). 2)La bataille de la Sierra Negra également appelée bataille de Sant Llorenç de la Muga, bataille de Saint-Laurent, bataille de la Montagne Noire, ou encore bataille de Figuieras ou de Figueres, se déroule du 17 au à Sant Llorenç de la Muga en Espagne, entre les troupes françaises des généraux Pérignon et Dugommier, et les troupes espagnoles du général Luis Firmin de Carvajal. Elle se solde par une victoire des Français.

Le 18 novembre, deuxième jour de la bataille, Dugommier trouve la mort. Le , le commandant espagnol Luis Firmin de Carvajal trouve également la mort sur le champ de bataille

Bataille de la Montagne Noire
Bataille de la Montagne Noire

La déroute des Espagnols y fut complète : environ 10,000 de leurs soldats restèrent sur le champ de bataille, 8,000 furent faits prisonniers et trois généraux, parmi lesquels le comte de la Union, leur général en chef, y furent tués. 3)Dugommier, général en chef de l’armée francaise ayant été tué, dans la journée du 10, par un éclat d’obus, et il fut remplacé par Pérignon

Le fort de Figuières, réputé im­prenable, fut obligé de se rendre (27 novembre), et les débris de l’armée espagnole furrent forcés de se renfermer dans Gironne. Au milieu de la déroute, le corps de la Romana fut le seul qui se retira en bon ordre : il couvrit la retraite et contint plusieurs fois l’ennemi. Elevé, quelque temps auparavant, au grade de maréchal de camp, il servit sous le marquis de las Amarillas, com­mandant en chef de l’armée espagnole après la mort de la Union, et sous don Joseph de Urrutia, qui ne tarde pas à le remplacer.

Ce général ne se voyant pas des forces suffisantes pour tenter de dégager la place de Roses, vivement pressée par les Français, essaya de faire une diversion afin d’attirer les troupes françaises sur un autre point. Don lldefonso Arias reçut ordre de s’avancer sur les bords de la Fluvia et de menacer les positions des Français, tandis que la Romana, avec 2,000 hommes, devait se porter sur leur gauche et chercher à surprendre leurs cantonnements.

Ce dernier put seul exécuter son mouvement; parti de Bezalu, en prenant le chemin de Figuières et passant par Crispia, il arriva le 16 jan­vier 1795 à la hauteur des postes dont il devait s’emparer, et à peu près à trois cents pas des avant-gardes des Français. Il fît aussitôt ses dis­positions pour surprendre en même temps deux cantonnements français, mais l’imprudence d’un caporal espagnol, qui répondit au qui-vive d’une sentinelle par un coup de fusil, les rendit inutiles.

Cette explosion fit sortir les Français de leur sé­curité et leur permit de connaître les dangers qu’ils couraient. La grand’garde, épouvantée à la vue des Espagnols, avait déjà jeté ses armes et fuyait en désordre lorsqu’on vint à son secours. La Romana donna ordre à son avant-garde de se replier, afin de se mettre en bataille derrière sa cavalerie. Témoins de ce mouvement qu’ils prennent pour une fuite, les Français s’avancent; mais, reçus vigoureusement par la cavalerie espagnole, ils se font un rempart de leurs baïon­nettes. Pendant cette charge, l’infanterie espa­gnole s’était reformée; la cavalerie ouvre alors ses rangs, et tandis qu’elle se porte rapidement sur les flancs des républicains, l’infanterie se jette sur eux avec tant d’impétuosité qu’ils ne peuvent résister.

La Romana fit, dans cette cir­constance, des prodiges de valeur : le premier, à la tête de la cavalerie, il chargea le flanc droit de la troupe française et y porta le désordre. Mais déjà le camp sous Figuières s’ébranlait pour porter des renforts aux vaincus. La Romana, qui avait eu deux chevaux tués sous lui, averti à temps de ce mouvement, donna l’ordre de cesser la poursuite, et, abandonnant à regret le champ de bataille, il se retira en bon ordre sur Bezalu.

Il prit part aux combats sanglants des 28 mars et 5 mai 1793, dont les deux partis s’attribuèrent l’avantage. L’événement le plus important de cette campagne fut la prise de Roses, qui se rendit aux Français le 5 février. Quelques jours après le combat du 5 mai, La Romana reçut la mission difficile d’occuper les derrières de l’ar­mée ennemie, en passant la frontière des Pyrénées. La Cerdagne française fut envahie ; mais, au moment où l’expédition paraissait devoir se terminer heureusement, la paix de Bâle, qui valut au duc de la Alcudia (Manuel Godoy ) le titre de Prince de la Paix, fut signée le 22 juillet 1795, par don Domingo d’Yriarte et par M. Bar­thélemy.

Portrait de Godoy par Goya
Portrait de Godoy par Goya

Urrutia se démit aussitôt de son commandement de la Catalogne, et La Romana, de­venu lieutenant général, se retira à Alicante avec son ami le comte de Lumiarès, connu depuis sous le nom de prince Pio, pour se livrer à l’étude des antiquités 4) Le comte de Lumiarès avait été élevé à Lyon avec La Ro­mana ; il est connu par un ouvrage sur les Antiquités de Valence..

Les Anglais s’étant emparés, en 1798, de l’île Minorque, La Romana eut le commandement du corps destiné à la re­prendre ; mais cette expédition n’eut pas lieu par suite du revers qu’éprouva l’escadre espagnole à  Trafalgar. La Romana fut nommé commandant général par intérim de la Catalogne en 1800, et il s’y fît distinguer par une grande fermeté; il fut ensuite appelé à faire partie du suprême con­seil de la guerre.

En janvier 1807, Napoléon obtint que l’Espagne mît à sa disposition 14,000 hommes de ses meilleures troupes, pour former un corps d’observation du côté du Hanovre et fermer aux Anglais les embouchures du Weser et de l’Elbe. Le prince de la Paix pro­posa d’abord de leur donner pour chef les géné­raux Castaños ou O-Farill et se décida enfin à les placer sous les ordres du marquis de La Romana, qui fut à cet effet appelé à Madrid.

Après beau­coup d’hésitations, que le mécontentement très marqué de M. de Strogonoff, ministre de Russie à Madrid, contribuait à augmenter 5)M. de Strogonoff fit craindre que les troupes espagnoles ne se républicanisassent  par leur contact avec les Français, et il déclara en outre que la Russie considérerait cette démarche de la cour de Madrid comme une mesure hostile ; mais on ne tint compte ni de ses observations ni de ses menaces., le prince de la Paix, qui parait dans cette circonstance ne s’ère décidé qu’à regret à satisfaire aux désirs de Napoléon, ne pouvant ou n’osant pas résister à ses instances réitérées et menaçantes, donna enfin l’ordre du départ, et 8 à 9,000 hommes de troupes auxiliaires espagnoles se mirent en route au mois de mai pour traverser la France. Elles devaient être rejointes par une division de 6,000 Espagnols, qui se trouvaient en Toscane, et qui, arrivant au rendez-vous général avant La Romana, assistèrent au siège de Stralsund.

Celui-ci témoignait hautement ses regrets de ce que l’Espagne était si fort en ar­rière des autres nations européennes sous les rapports de l’industrie et des idées libérales. Aussi fut-il très-satisfait de l’occasion qui lui était of­ferte d’aller s’instruire dans l’art de la guerre, en combattant avec les Français, et de faire puiser à ses troupes, dans les fréquentations iné­vitables qu’elles auraient avec eux, des idées de liberté qu’il espérait voir se développer ensuite en Espagne.

Les troupes espagnoles, placées sous le commandement suprême du général Bernadotte, agirent de concert avec les Français contre la Poméranie suédoise et se firent remar­quer par leur courage et par leur discipline.

Après la paix de Tilsitt (juillet 1807), la guerre ayant éclaté entre l’Angleterre et le Danemark, et Napoléon se proposant d’envahir la Suède, les troupes espagnoles reçurent l’ordre de se rendre dans les îles danoises pour y former l’avant-garde de l’armée de Bernadotte.

Elles abordèrent successivement, pendant le courant des mois de mars, d’avril et de mai 1808, en Seeland, Jutland et Fionie et y furent cantonnées. Ce fut dans le même temps que Napoléon, fomentant adroitement la désunion entre Charles IV et son fils, et employant tour à tour l’astuce et la vigueur, ravit à tous deux et à leur fa­mille la couronne et la liberté.

La Romana se trouvait en Fionie, lorsque Bernadotte lui intima l’ordre de Napoléon, de prêter serment à Joseph Napoléon, qu’il appelait le nouveau souverain de l’Espagne, et de le faire prêter à ses troupes. Dans la position délicate où se trouvait le géné­ral espagnol, presque environné de forces françaises infiniment supérieures aux siennes, ayant à redouter également les troupes danoises et privé des nouvelles directes de sa patrie, il crut devoir céder un instant au torrent, pour ne pas compromettre le sort du grand nombre d’individus qui étaient sous ses ordres, mais le ser­ment qu’il rédigea était conditionnel et subor­donné au vœu unanime de la nation espagnole, instruit peu après du véritable état des affaires en Espagne, par un ecclésiastique qui parvint jusqu’à lui au travers de mille dangers, La Romana ne crut pas devoir agir encore.

Il jeta enfin le masque et se décida à voler à la dé­fense de son pays, lorsque don Vicente Lobo, officier espagnol, envoyé par la junte de Séville, et qui était à bord de la flotte anglaise de la Bal­tique, eut trouvé moyen de lui communiquer des dépêches des différentes juntes et une lettre du général Morla, contenant des détails sur l’invasion des Français, sur l’insurrection des Espagnols et sur la prise de la flotte française station­née à Cadix. Après quelques pourparlers avec le contre-amiral Keats, qui commandait en second la flotte anglaise, la Romana fut bientôt d’accord avec lui sur les mesures à prendre pour opérer la délivrance des troupes espagnoles.

Maréchal Jean Bernadotte. Wikimedia Commons/Public Domain
Maréchal Jean Bernadotte. Wikimedia Commons/Public Domain

Il feignit néanmoins de se rendre aux raisons du maré­chal Bernadotte, qui se plaignait amèrement du serment conditionnel qu’il avait fait prêter, et il promit même d’en adopter un tel qu’on le dési­rerait; mais, en même temps, il adressa aux di­vers chefs de corps une circulaire énergique (6 août), pour les instruire des événements qui  s’étaient passés en Espagne, leur faire connaître sa résolution el les inviter à se réunir immédiatement tous dans les îles de Fionie et de Langeland, afin d’empêcher que les Français n’apportassent des obstacles à leur noble dessein :

« Je suis Espagnol, dit La Romana dans cette circulaire, et je suis résolu de prendre part aux glorieux destins de la patrie. Tout est préférable à vivre dans la vile dépendance où nous sommes, et je suis décidé à m’embarquer avec les troupes qui voudront me suivre. »

Les ordres de La Romana avaient été si bien exécutés et si soigneusement cachés que, parties de diffé­rents points, presque toutes les troupes espa­gnoles arrivèrent presque au même jour au lieu du rendez-vous. Il y manqua seulement les corps stationnés en Seeland, qui avaient été désarmés et constitués prisonniers de guerre dans l’arsenal de Copenhague 6)Ces corps, composés de six bataillons des régiments des Asturies et de Guadalaxara, au nombre de près de 4,000 hommes, étaient cantonnés à Roeskilde et dans les environs, et placés tous les ordres du général français Fririon, chargé de Ies exercer. Ils avaient obstinément refusé de prêter serment de fidélité à Joseph, s’étaient mis en pleine insurrection, et avaient même massacré un adjudant français. On parvint cependant à calmer leur irrita­tion et à les désarmer. Outre leurs sentiments de fidélité pour le souverain légitime, qui les empêchaient de prêter serment às l’usurpateur de son trône, ils étaient singulièrement choqués que l’ordre de prêter ce nouveau serment leur fût parvenu par l’in­termédiaire d’un officier français, et non par celui du marquis de La Romana, leur général en chef., et deux escadrons qui éprou­vèrent le même sort dans le Jutland. Trois com­pagnies danoises tenaient garnison à Nylorg, en Fionie; La Romana, qui craignait qu’elles ne contrariassent ses projets, supposa un ordre du prince de Ponte-Corvo et les en fit retirer.

Il occupa ensuite, malgré la résistance et les pro­testations du gouverneur danois, cette place importante, où se trouvaient des chaloupes canon­nières qui auraient pu lui nuire, et qu’il fit con­courir au but qu’il s’était proposé. Après avoir conclu avec le gouverneur de Langeland une convention par laquelle celui-ci s’engageait à fournir toutes les provisions que l’île pourrait procurer, les troupes espagnoles, au nombre de près de 10,000 hommes, s’embarquèrent à bord des bâtiments caboteurs danois qui étaient alors à Nyborg et Langeland, et furent rejointes, à Gothernhourg, par La Romana et son état-major, qui y étaient passés sur des vaisseaux anglais 7) Voyez, dans la Collection complémentaire des Mémoires relatifs à la révolution, le Journal de La Romana depuis le commencement d’août jusqu’au 5 septembre 1808, et la correspondance officielle du contre-amiral Keith avec l’amiral Saumarez; le marquis de La Romana, le gouvernement danois du Langeland, etc., etc., Paris, Michaud, 1824, in-8, 3e livraison, t. 2..

La Romana, ayant laissé le commandement des troupes au comte de St-Roman, alla directement à Londres pour s’entendre avec les ministres an­glais au sujet des subsides indispensables pour pousser la guerre avec vigueur. Il n’arriva en Espagne qu’après la bataille d’Espinosa (no­vembre 1808), où Blake fut entièrement défait par les corps réunis de Lefèvre, Maison et Victor, et où les troupes venues de Danemark, et qui avaient débarqué à Santander dès le 9 octobre, furent presque taillées en pièces.

Nommé com­mandant en chef des provinces septentrionales de l’Espagne, La Romana ne se laissa point abat­tre par ce revers et par ceux que les armées espagnoles et anglaises avaient éprouvés sur d’autres points; il réunit les débris de l’armée battue à Espinosa et s’efforça d’inspi­rer une nouvelle énergie aux habitants des pays qu’ils occupaient.

Dans une proclamation qu’il publia au mois de janvier 1809, il blâme le désordre qui a caractérisé la retraite sur Léon, la lâcheté de quelques officiers qui avaient abandonné leurs drapeaux, et se plaint en général du relâchement de la discipline. Convaincu qu’on devait attribuer les derniers revers à la timidité ou à l’inexpérience des chefs, il établit diverses punitions contre ceux qui ne feraient pas leur devoir, la junte des Asturies ayant mis beaucoup de négligence à pourvoir à la défense du pays, il la cassa militairement, en vertu des pouvoirs qui lui avaient été confiés par la junte suprême, et il nomma d’autres personnes pour la remplacer. Il fit connaître les motifs de sa conduite dans sa proclamation du 2 mai 1869.

Nous ne suivrons point La Romana dans les divers engagements qu’il eut à soutenir contre les Français dans la Galice et les Asturies, de février à juillet 1800. Nous dirons seulement que, réduit après la retraite des Anglais à un faible corps de 6,000 hommes de troupes peu aguerries, il se vit obligé d’adopter une nouvelle manière de com­battre, qu’il évita soigneusement les affaires gé­nérales. et qu’en donnant à ses soldats l’exemple du courage et de la patience à supporter les fa­tigues et les privations de tout genre, il parvint par des manœuvres rapides et multipliées à haras­ser les armées françaises de Ney et de Soult, et à les forcer d’évacuer la partie de l’Espagne sou­mise à son commandement.

C’est une époque brillante de sa carrière militaire. Il publia, le 10 juillet 1800, à la Corogne, une proclamation contre les traîtres qui, se laissant séduire par l’or de Napoléon, cherchaient à semer la discorde entre les Espagnols et à inspirer de la défiance contre la junte centrale. Cette junte l’appela, le 31 août, pour occuper une place dans son sein, soit qu’elle voulût s’aider de ses lumières, soit quelle désirât l’éloigner du commandement 8)La manière un peu brusque avec laquelle La Romana avait cassé la junte des Asturies lui avait fait des ennemis., quoi qu’il en soit, elle lui laissa le choix de son successeur.

La Romana, qui craignait par-dessus tout la guerre civile, obéit sans hésiter, malgré le conseil de quelques amis qui l’engageaient à conserver le commandement, et, dans la pro­clamation par laquelle il informa ses troupes de son départ et de ses nouvelles fonctions, il rap­pela leur retraite du Portugal, les brûlantes ac­tions de Villafranca, de Vigo, de Lugo, de San-Lago et de San-Payo, et laissa le commandement de l’armée au major général don Gabriel de Mendezabal, et celui de la Galice au comte de Noronha, commandant en second et président de l’audience royale.

Le 15 octobre, La Romana adressa à la junte suprême des remontrances relatives à la forme de gouvernement de Sa Majesté Britannique, et à celle qu’il devait avoir d’après les formes constitutionnelles de la monarchie. Il s’éleva dans cette adresse contre le système représentatif, sur lequel reposait l’existence de cette junte, et qu’il tenait comme tenant plutôt de la démocratie que de la monarchie.

Entrant ensuite dans l’examen des promesses de la junte, qui, entre autres choses, avait annoncé qu’elle organiserait une armée de 500,000 hommes d’infanterie et de 50.000 de cavalerie, il compare ces promesses aux résultats. « La nation se plaint, disait-il, de « l’infériorité des forces destinées à la défendre, et de ce qu’au lieu de faire des réformes salutaires, qui a introduit de nouveaux abus. » Il reprochait en outre à la junte d’avoir outre-passé ses pouvoirs et d’avoir confié l’administration des affaires à des personnes inhabiles ou sus­pectes.

Il proposait enfin qu’en attendant le rassemblement des cortès, on confiât l’autorité su­prême à un régent ou à un conseil de régence, composé de trois à cinq personnes. Les conseils de la Romana ne furent point écoutés. Après la défaite des Espagnols à Ocana (18 novembre 1809), la junte suprême décida qu’il se rendrait, avec don Rodrigue Riquelme, au quartier géné­ral de la Caroline, munis des pouvoirs les plus amples pour arrêter, conjointement avec don Juan Dios Galienéz Roba, commissaire près l’armée de la Manche, les dispositions convenables pour prévenir de semblables malheurs à l’avenir.

La Romana refusa d’accepter une commission qu’il considérait comme inutile, ou du moins comme au-dessous de lui. En 1810, il fut remis en activité et commanda l’armée de gauche ; rentré en Castille au mois d’août, avec 20,000 hommes, il fut renforcé le 28 novembre, à Alba de Tormes, par les restes de la division de Ballestéros, cinq jours après l’échec qu’elle essuya sur les bords de cette rivière. Dès qu’il eut reçu la nouvelle du mouvement des troupes françaises en Estramadure, de la difficulté qu’il y avait de secourir Olivença et de la possibilité que Badajoz fût attaqué, il se porta rapidement avec ses troupes dans cette province. Il espérait réussir à chasser les Français, lorsque lord Wellington l’appela avec instance au secours des troupes alliées, menacées par les Français commandés par Masséna. La Romana arriva en Portugal dans les premiers jours de janvier 1811, mais, le 23 du même mois, il mourut dans la ville de Cartaxo, après une courte maladie.


Source : Michaud

 

 

References   [ + ]

1. Ce fut le 23 mari 1793 que le roi d’Espagne publia, à Ma­drid, une cédule portant déclaration de guerre contre la France.
2. La bataille de la Sierra Negra également appelée bataille de Sant Llorenç de la Muga, bataille de Saint-Laurent, bataille de la Montagne Noire, ou encore bataille de Figuieras ou de Figueres, se déroule du 17 au à Sant Llorenç de la Muga en Espagne, entre les troupes françaises des généraux Pérignon et Dugommier, et les troupes espagnoles du général Luis Firmin de Carvajal. Elle se solde par une victoire des Français.

Le 18 novembre, deuxième jour de la bataille, Dugommier trouve la mort. Le , le commandant espagnol Luis Firmin de Carvajal trouve également la mort sur le champ de bataille

3. Dugommier, général en chef de l’armée francaise ayant été tué, dans la journée du 10, par un éclat d’obus, et il fut remplacé par Pérignon
4. Le comte de Lumiarès avait été élevé à Lyon avec La Ro­mana ; il est connu par un ouvrage sur les Antiquités de Valence.
5. M. de Strogonoff fit craindre que les troupes espagnoles ne se républicanisassent  par leur contact avec les Français, et il déclara en outre que la Russie considérerait cette démarche de la cour de Madrid comme une mesure hostile ; mais on ne tint compte ni de ses observations ni de ses menaces.
6. Ces corps, composés de six bataillons des régiments des Asturies et de Guadalaxara, au nombre de près de 4,000 hommes, étaient cantonnés à Roeskilde et dans les environs, et placés tous les ordres du général français Fririon, chargé de Ies exercer. Ils avaient obstinément refusé de prêter serment de fidélité à Joseph, s’étaient mis en pleine insurrection, et avaient même massacré un adjudant français. On parvint cependant à calmer leur irrita­tion et à les désarmer. Outre leurs sentiments de fidélité pour le souverain légitime, qui les empêchaient de prêter serment às l’usurpateur de son trône, ils étaient singulièrement choqués que l’ordre de prêter ce nouveau serment leur fût parvenu par l’in­termédiaire d’un officier français, et non par celui du marquis de La Romana, leur général en chef.
7. Voyez, dans la Collection complémentaire des Mémoires relatifs à la révolution, le Journal de La Romana depuis le commencement d’août jusqu’au 5 septembre 1808, et la correspondance officielle du contre-amiral Keith avec l’amiral Saumarez; le marquis de La Romana, le gouvernement danois du Langeland, etc., etc., Paris, Michaud, 1824, in-8, 3e livraison, t. 2.
8. La manière un peu brusque avec laquelle La Romana avait cassé la junte des Asturies lui avait fait des ennemis.