Mémoires de Nicolas Page sur la campagne de Wagram

Introduction

Nicolas Page natif du village de Belrupt, près de Darney, dans les Vosges a laissé un récit sans prétention mais réaliste et qui retrace ses pérégrinations dans les rangs du 9ème léger. Notre homme né en 1788, participe en 1809, après tirage au sort, comme de coutume à l’époque, à la campagne d’Autriche. C’est au château de Schönbrunn qu’il voit pour la première fois Napoléon. « As-tu mangé de la poudre ? » lui lance le Petit Caporal. Et Page de répondre : « Sire, pas beaucoup, mais j’espère en manger davantage ».

Le voici dans la péninsule espagnole, à Cadix, puis à Séville faisant le coup de feu face aux guérillas. En 1812, Nicolas page est toujours en Espagne. Il est fait prisonnier le 20 décembre de cette même année. Ce sera le début de son calvaire…Maltraités par les espagnols et dépouillés, Page et ses compagnons d’infortune vont traverser toute l’Espagne à pied pour finir à Cadix ; là il tentera l’impossible : l’évasion !

De Cadix, il passera à Gibraltar avant de gagner… Tanger au Maroc ! Affaibli, amaigri, malade, il trouvera encore la force de regagner la France par la mer. En février 1814, il quitte donc le Maroc, fait escale à l’île de Majorque et le voici enfin à Toulon ! Une fois rentré dans ses foyers, à Belrupt, deux ans après quitté ses parents , qui le croyait mort, Nicolas veut se marier au plus vite afin d’échapper à un nouvel appel des armes. Une circulaire préfectorale aura raison de la volonté du maire : il est désormais interdit de marier tout militaire qui vient de rentrer chez lui.

Bon pour le service une fois de plus, Nicolas page est dirigé à Longwy où se trouve le dépôt de son régiment et de là, habillé et équipé de pied en cap, il est expédié en Belgique. Page survivra à la journée du 18 juin 1815. Regroupé sur la Loire avec son régiment il est licencié. Il s’installe alors dans le petit village de Bonvillet, près de Darney, se marie enfin et loue une petit ferme. Sa vie civile ne sera pas plus heureuse que son existence militaire : à peine installé il perd presque tout son bétail suite à une épidémie, puis son épouse décède ; il se remarie mais cette fois c’est lui qui connaît de sérieux problèmes de santé : réminiscences physiques des souffrances éprouvées en Espagne ? Retiré à la Verrerie de Belrupt, près de la commune d’Hennezel, « dans une petite maisonnette », il y finit sa vie « sans fortune, sans pouvoir travailler ». Nicolas Page s’éteindra en 1863, non sans avoir couché sur le papier ses « souvenirs » qui apportent une pierre modeste mais authentique à l’histoire napoléonienne.

L’ANNEE DE WAGRAM

Dans la fin de février 1809, j’attendais au 2 mars pour me rendre à Epinal pour le départ. Je fus alors tiré pour le 9e Léger, nous sortîmes à Epinal cinq-cent Vosgiens, le dépôt était à Longwy.

Nous arrivâmes les premiers jours de mars; l’on nous encadra aussitôt, l’on nous lut le code pénal, on nous mène à l’exercice, on nous montre la position du soldat sans arme; trois jours après, on habille la moitié du contingent, le lendemain de l’habillement on les fit partir pour la Grande Armée 1)L’expression apurait pour la première fois le 9 août 1805 (au montent oit l’armée de Boulogne est envoyée sur le Rhin). Une partie de cette masse sera transférée en Espagne, et l’ensemble subsistera jusqu’en 1808. Une nou­velle “Grande Armée » est constituée en 1809, pour faire face à la cinquième coalition., puis on leur faisait faire l’exercice en route, voilà des soldats bien instruits.

Quant à moi, je restai au dépôt, l’on me fit remplir les fonctions de caporal.

Après le départ des autres, je restai encore deux mois, on nous instruisit d’une manière particulière; en peu de temps, je sus mon exercice; je fus fait caporal en pied, il fallut apprendre la théorie.

Que fut ma surprise, un peu avant deux moas de garnison, il arriva un convoi de blessés, dont il y avait plusieurs de mes camarades qui étaient partis d’Epinal avec moi: un avait le bras en écharpe, un autre une balle dans la cuisse, et d’autres qui étaient restés sur le champ de bataille. Je me dis en moi même: “il fait chaud par-là!” Aussitôt, les blessés entrés à la caserne, l’on forma un détachement pour reprendre leur place. Je fus désigné pour partir. Ces malheureux avaient été blessés à Ratisbonne 2)Après la bataille d’Eckmühl (22 avril 1809), les Autrichiens (archiduc Charles) se replient vers Ratisbonne pour passer sur la rive nord du Danube. La ville avait été prise à la garnison française laissée par Davout. Napoléon, dans sa marche sur Vienne, tient à s’en emparer. Le 23 avril, dès la pointe du jour, la cavalerie française se porte en direction de Ratisbonne, et après de durs combats, Lannes et Davout remportent une brillante victoire en forçant les remparts. Napoléon lui-même fut blessé au pied. La prise de Ratisbonne marque la fin de la “bataille des cinq jours » (Tangert, Eckmühl, Ratisbonne), qui se déroula du 19 au 23 avril 1809.

Alors, nous partîmes environ 250 hommes, notre expédition était pour Munich, capitale de la Bavière. Aussitôt que je sus mon départ, j’écrivis à mes parents pour leur annoncer mon départ pour la Grande Armée. Je reçus la réponse à Munich: Grand Dieu quelle réponse! Mon père m’ap­prenait que j’étais appelé pour mon propre compte, et que mon rempla­çant était obligé de partir pour moi, et que je pouvais m’attendre à servir pour rien 3)Le système du remplacement est, bien entendu, un élément de la loi Jourdan, du 23 nivôse an Vi (12 janvier 1798): elle établissait une conscrip­tion forcée, en temps de paix, de toUs les français âgés de 18 à 21 ans, et en temps de guerre, de ceux qui auraient entre 18 et 24 ans. La durée du service devait être de 4 ans dans l’infanterie et de 6 ans dans la cavalerie (mais en temps de guerre, le gouvernement ne devait libérer les appelés qu’à la fin des hostilités). Le tirage au sort devait déterminer ceux qui, dans les trois classes d’âge, devaient constituer les effectifs militaires, et différents additifs obligèrent les députés à refondre l’ancienne loi Jourdan en une nouvelle (5 septembre 1798). Par ailleurs, les hommes mariés ne pouvaient être appelés. Enfin, la loi du 28 germinal an VII (17 avril 1799) instituait le rem­placement militaire, qui fut vraiment institutionnalisé par la loi du 28 flo­réal an X (18 tmai 1802). Le conscrit ayant tiré un bon numéro, était auto­risé à le céder à un réquisitionnaire du même corps ayant au moins un an de service et qui s ‘engageait à rester cinq ans dans les cadres de l’armée. Le remplacé devait, en outre, verser dans les caisses du corps une somme comprise entre 400 et 900 francs. En 1805, plus aucune condition n’était imposée au remplacé, et la somme était rabaissée à 100 francs (mais le prix du remplaçé au remplaçant était négociée de gré à gré, et pouvait atteindre 5000 à 6000 francs pour l’année 1809). Ordinairement, le remplacement se passait au moment de la conscription, et portait alors le nom de “suppléance ». Plus rarement, elle avait lieu sous forme de substitution de numéro ou de rem­placement au corps. Ce que dit Nicolas Page n’est compréhensible que si l’on se réfère à cette mention de François Monnier :“les levées supplémentaires ne pouvaient être prévues dans le texte de 1805. Elles constituèrent un fait du prince, qui remit en cause l’exécution des conventions. Exceptionnellement, la jurisprudence analysa le contrat de remplacement comme un contrat aléa­toire (risques de la guerre et de possibles nouvelles levées auxquelles la loi ne faisait pas obstacle autant pour le remplacé que pour le remplaçant). Une telle interprétation permettait de ne pas mettre fin au contrat et d’obliger le remplacé appelé à marcher, à continuer à payer son remplaçant. Nicolas Page ne fut pas obligé de payer son remplaçant: il dit plus loin que ce dernier ne porta pas l’uniforme, s’étantpresqu’aussitôt marié..

Dieu merci, cela me donna un coup sensible, je me dis en moi-même « mes espérances sont…J’ai cru faire du bien à mes parents, et ils auront toujours des maux aussi bien que moi”; alors je dis “il servira pour rien et moi pour lui »; pour comble de bonheur, mon frère cadet était appelé aussi.

Tout cela me fit bien de la peine, mais il fallait me consoler, j’étais la Grande Armée.

Me voilà donc arrivé à Munich, de là on nous dirigea dans le Tyrol pour combattre les insurgés4)Nicolas Page fait allusion au soulèvement fomenté par Andreas Hofer. Le Tyrol ayant été attribué à la Bavière, le gouvernement autrichien, lors de la formation de la cinquième coalition en 1809, encouragea cette insurrection pour obliger l’armée française à combattre sur plusieurs fronts. Dés le 11 avril 1809, le Tyrol s’embrasa, tla garnison d’Innsbrück dut capituler, et Napoléon dut envoyer le maréchal Lefebvre lutter contre les partisans d’Hofer,ennemi juré des Français. Les revers autrichiens eurent raison des insurgés, mais Hofer reprit les armes en 1810: capturé le 8 janvier, il fut trans­féré à Mantoue devant un conseil de guerre et fusillé. ; cela ne dura pas longtemps, l’on nous fit reprendre la route de Vienne. Nous marchâmes à grandes journées; en peu de temps, nous arrivâmes à Vienne.

L’Empereur nous passa en revue au château de Schönbrunn. Ce fut là que je le vis pour la première fois.

Parade militaire à Schönbrunn – Zins.

Quand il voyait une vieille moustache, il lui demandait:“Combien as-tu de service » et “étais-tu à Marengo” 5)Allusion à la fameuse bataille du 14 juin 1809, que le Premier Consul faillit d’abord perdre, puis remporta brillamment sur les Autrichiens…“Jamais victoire n ’a été aussi près d’être une défaite; jamais Napoléon, fidèle à sa méthode, n’a dû se donner plus de mal pour transformer cet engagement brutal et décousu en un modèle de bataille-type »(Dumolin). Les Français per­dirent 6000 hommes, et les Autrichiens 9400.. Il donnait des récompenses à beaucoup de vieux soldats, mais moi j’étais trop jeune.

Cependant il me parla en me disant: “as-tu mangé de la poudre”? Je lui réponds:“Sire, pas beaucoup, mais j’espère en manger davantage”. Il me répondit:“mon ami, il faut être bon soldat”.

Alors, il fit battre à l’ordre et demanda à notre commandant:“les jeunes- gens là sont des Vosgiens? » Il répond que oui.“Ils sont braves, ils feront de bous soldats, il faut en avoir soin ».

Ce jour-là fut déjà pour moi le commencement de la misère qui m’atten­dait, car nous restâmes toute la journée sans manger. De là, nous pas­sâmes la ville de Vienne, ainsi que le premier bras du Danube, et nous fûmes dans l’île de Lobau, en attendant la fameuse bataille de Wagram  6)La bataille de Wagram (au nord-est de Vienne) eut lieu du 4 au 6 juillet 1809. Après l’échec d’Essling (21-22 mai), la Grande Armée fut obligée de se replier sur lîle Lobau, que Napoléon transforma en véritable forteresse. Depuis cette île, des milliers d’hommes débarquèrent et se massèrent dans la plaine entre Aspem, Wagram et Enzersdorf.

L’attaque autrichienne du 6 juillet est repoussée vers midi, et vers 20 heures, la victoire française est acquise. Victoire chèrement payée et marquant le début des batailles difficiles, et des solutions de fortune (emploi massif de la cavalerie et de l’artillerie pour suppléer l’infanterie défaillante et manquant de capacité de manœuvre). Nicolas Page n’a retenu de cette bataille que les cauchemars de l’île Lobau et ne s’étend pas sur les manœuvres et la violence de ces deux jours: ses lointains souvenirs autrichiens avaient-ils été occultés par l’importance de ses souve­nirs espagnols? Ou alors ne fut-il pas assez exposé pour que cette bataille le marquât? La réponse est difficile.. Nous souffrîmes beaucoup dans cette île, je n’en dis pas davantage, le détail serait trop long. Je dirai seulement que la bataille fut gagnée par les Français, et les hostilités finirent.

Cette bataille valut à l’Empereur la main de Marie-Louise 7)Le raccourci est hardi !, et le divorce de Joséphine fut décidé, ce qui ne plut pas trop a l’armée; les anciens disaient «la France est perdue, nous voilà enfoncés dans les Autrichiens». Cependant la bataille finie, nous fîmes un camp dans la plaine de Wagram; dans cette plaine, nous passâmes quelques jours, où nous renouvelâmes la Saint-Napoléon le 15 août; l’on donna pour récompense à chaque soldat deux francs ce jour-là, ce qui nous fit plaisir.

Quelques jours après la fête, on passa une réforme pour renvoyer les malades et les blessés en France: je fus du nombre, ce qui ne me déplut pas; on forma un détachement; alors, le bataillon se trouva plus que com­plet en chefs. Je fus pour escorter le convoi jusque Longwy; nous ‘voilà partis jusqu’à Strasbourg, nous fîmes une route heureuse, nous étions nourris h z les bourgeois, nous arrivions quelquefois à l’étape à 8 ou 9 heures du matin, nous avions le temps de nous reposer;dans ce moment, je me plaisais bien dans l’état militaire, mais cela ne fut que de courte durée.

Nous voilà arrivés à Strasbourg: je désire voir mes parents et de savoir des nouvelles du pays. Je demandai une permission au chef du détache­ment pour partir au pays: il me refuse en disant qu’il ne voulait pas donner de permission par écrit, que ceux qui voulaient passer au pays pouvaient s’en aller verbalement. Je lui dis: “mon officier, je vais passer rejoindre à Metz”, ce qu’il me permit et il me dit: “allez, je ne vous por­terai pas déserteur, si vous me promettez de rejoindre à Metz”, ce que je lui promis. Alors, je partis pour voir mes parents et pour leur raconter ce que j’avais vu dans la campagne d’Autriche.

Enfin j’arrive au pays,à la surprise de mes parents qui ne m’attendaient pas. A mon arrivée, je les trouvai tous en bonne santé, je vis mon frère que je croyais déjà classé dans un régiment; il me dit qu’il avait été réformé, je dis“tant mieux”,et je demandai aussitôt des nouvelles de mon remplaçant. Ils m’ont appris qu’il était marié, je dis “il n’est donc pas parti ? » Il a été quitte par son numéro, 109 et 110 se sont trouvés dispo­nibles, et on a arrêté sur toi, et aussitôt qu’il a été revenu d’Epinal, il s’est marié 8)Cause d’exemption, comme il a été dit plus haut. Maintenant il est quitte », ce qui me fit beaucoup de plaisir.

Je restai deux jours avec mes parents; après, il fallut les quitter, non sans peine de part et d’autre. Il fallut partir en versant des larmes amères et réciproques; mon père me fit la conduite jusque Mirccourt, et je lui dis: “mon père, vous ferez de cette somme à votre disposition; mais quant à moi, je ne sais pas si j’en aurai besoin, car nous allons probablement bientôt partir pour l’Espagne, et je ne sais pas si j’en sortirai”. Et là nomus fîmes nos adieux réciproques et je partis.

J’arrive à Metz comme je l’avais promis à mon chef; de là, nous arrivâmes à Longwy, au lieu du dépôt. Voilà une campagne finie.

 

Ce qui précède a été publié par Marie-Françoise et Jean-François Michel, sous le titre « Nicolas de Belrupt »

 

References   [ + ]

1.L’expression apurait pour la première fois le 9 août 1805 (au montent oit l’armée de Boulogne est envoyée sur le Rhin). Une partie de cette masse sera transférée en Espagne, et l’ensemble subsistera jusqu’en 1808. Une nou­velle “Grande Armée » est constituée en 1809, pour faire face à la cinquième coalition.
2.Après la bataille d’Eckmühl (22 avril 1809), les Autrichiens (archiduc Charles) se replient vers Ratisbonne pour passer sur la rive nord du Danube. La ville avait été prise à la garnison française laissée par Davout. Napoléon, dans sa marche sur Vienne, tient à s’en emparer. Le 23 avril, dès la pointe du jour, la cavalerie française se porte en direction de Ratisbonne, et après de durs combats, Lannes et Davout remportent une brillante victoire en forçant les remparts. Napoléon lui-même fut blessé au pied. La prise de Ratisbonne marque la fin de la “bataille des cinq jours » (Tangert, Eckmühl, Ratisbonne), qui se déroula du 19 au 23 avril 1809.
3.Le système du remplacement est, bien entendu, un élément de la loi Jourdan, du 23 nivôse an Vi (12 janvier 1798): elle établissait une conscrip­tion forcée, en temps de paix, de toUs les français âgés de 18 à 21 ans, et en temps de guerre, de ceux qui auraient entre 18 et 24 ans. La durée du service devait être de 4 ans dans l’infanterie et de 6 ans dans la cavalerie (mais en temps de guerre, le gouvernement ne devait libérer les appelés qu’à la fin des hostilités). Le tirage au sort devait déterminer ceux qui, dans les trois classes d’âge, devaient constituer les effectifs militaires, et différents additifs obligèrent les députés à refondre l’ancienne loi Jourdan en une nouvelle (5 septembre 1798). Par ailleurs, les hommes mariés ne pouvaient être appelés. Enfin, la loi du 28 germinal an VII (17 avril 1799) instituait le rem­placement militaire, qui fut vraiment institutionnalisé par la loi du 28 flo­réal an X (18 tmai 1802). Le conscrit ayant tiré un bon numéro, était auto­risé à le céder à un réquisitionnaire du même corps ayant au moins un an de service et qui s ‘engageait à rester cinq ans dans les cadres de l’armée. Le remplacé devait, en outre, verser dans les caisses du corps une somme comprise entre 400 et 900 francs. En 1805, plus aucune condition n’était imposée au remplacé, et la somme était rabaissée à 100 francs (mais le prix du remplaçé au remplaçant était négociée de gré à gré, et pouvait atteindre 5000 à 6000 francs pour l’année 1809). Ordinairement, le remplacement se passait au moment de la conscription, et portait alors le nom de “suppléance ». Plus rarement, elle avait lieu sous forme de substitution de numéro ou de rem­placement au corps. Ce que dit Nicolas Page n’est compréhensible que si l’on se réfère à cette mention de François Monnier :“les levées supplémentaires ne pouvaient être prévues dans le texte de 1805. Elles constituèrent un fait du prince, qui remit en cause l’exécution des conventions. Exceptionnellement, la jurisprudence analysa le contrat de remplacement comme un contrat aléa­toire (risques de la guerre et de possibles nouvelles levées auxquelles la loi ne faisait pas obstacle autant pour le remplacé que pour le remplaçant). Une telle interprétation permettait de ne pas mettre fin au contrat et d’obliger le remplacé appelé à marcher, à continuer à payer son remplaçant. Nicolas Page ne fut pas obligé de payer son remplaçant: il dit plus loin que ce dernier ne porta pas l’uniforme, s’étantpresqu’aussitôt marié.
4.Nicolas Page fait allusion au soulèvement fomenté par Andreas Hofer. Le Tyrol ayant été attribué à la Bavière, le gouvernement autrichien, lors de la formation de la cinquième coalition en 1809, encouragea cette insurrection pour obliger l’armée française à combattre sur plusieurs fronts. Dés le 11 avril 1809, le Tyrol s’embrasa, tla garnison d’Innsbrück dut capituler, et Napoléon dut envoyer le maréchal Lefebvre lutter contre les partisans d’Hofer,ennemi juré des Français. Les revers autrichiens eurent raison des insurgés, mais Hofer reprit les armes en 1810: capturé le 8 janvier, il fut trans­féré à Mantoue devant un conseil de guerre et fusillé.
5.Allusion à la fameuse bataille du 14 juin 1809, que le Premier Consul faillit d’abord perdre, puis remporta brillamment sur les Autrichiens…“Jamais victoire n ’a été aussi près d’être une défaite; jamais Napoléon, fidèle à sa méthode, n’a dû se donner plus de mal pour transformer cet engagement brutal et décousu en un modèle de bataille-type »(Dumolin). Les Français per­dirent 6000 hommes, et les Autrichiens 9400.
6.La bataille de Wagram (au nord-est de Vienne) eut lieu du 4 au 6 juillet 1809. Après l’échec d’Essling (21-22 mai), la Grande Armée fut obligée de se replier sur lîle Lobau, que Napoléon transforma en véritable forteresse. Depuis cette île, des milliers d’hommes débarquèrent et se massèrent dans la plaine entre Aspem, Wagram et Enzersdorf.

L’attaque autrichienne du 6 juillet est repoussée vers midi, et vers 20 heures, la victoire française est acquise. Victoire chèrement payée et marquant le début des batailles difficiles, et des solutions de fortune (emploi massif de la cavalerie et de l’artillerie pour suppléer l’infanterie défaillante et manquant de capacité de manœuvre). Nicolas Page n’a retenu de cette bataille que les cauchemars de l’île Lobau et ne s’étend pas sur les manœuvres et la violence de ces deux jours: ses lointains souvenirs autrichiens avaient-ils été occultés par l’importance de ses souve­nirs espagnols? Ou alors ne fut-il pas assez exposé pour que cette bataille le marquât? La réponse est difficile.

7.Le raccourci est hardi !
8.Cause d’exemption, comme il a été dit plus haut