Decrès, Denis (1761-1820)

Le vice-amiral Decrès
Le vice-amiral Decrès

Né à Chaumont (Haute-Marne) le 18 juin 1761, l‘éducation que reçut Decrès, son goût et les exemples de la famille distinguée à laquelle il appartenait, décidèrent sa vocation pour le service de mer, et il y entra, à l’âge de dix-sept ans, comme aspirant garde de la marine. Nommé garde de la marine au mois de juillet 1780, il fut embarqué sur le Richemont. Cette frégate, qui faisait partie de l’armée navale aux ordres du comte de Grasse, participa à tous les combats que cette armée eut à soutenir. A celui du 12 avril 1782, dans les Antilles, et dont l’issue fut si malheureuse, on remarqua un garde de la marine qui, dans un canot, et sous le feu de la flotte anglaise, porta une remorque au vaisseau le Glorieux, démâté de tous ses mâts, et le tira du danger auquel il était exposé ; c’était le jeune Decrès. Le grade d’enseigne fut la récompense de ce trait de bravoure.

Embarqué en cette qualité sur la Nymphe, il assista au combat du 18 février 1783 1)Dans le cadre de öa guerre franco-anglaise, dans lequel cette frégate, de concert avec la Cybèle et l’Amphitrite, s’empara du vaisseau anglais l’Argo.

Promu au grade de lieutenant de vaisseau en 1786, il passa sur l’Alouette. Détaché de cette frégate sur la goélette la Nymphe, Decrès fut chargé de diverses missions particulières, pendant un laps de temps de trois années consécutives. L’une de ces missions avait pour objet de constater la réalité des lacs de bitume de la Trinité espagnole. Le journal des opérations relatives à cette exploration, valut à cet officier les témoignages de satisfaction du maréchal de Castries, alors ministre de la marine 2)Charles Eugène Gabriel de La Croix, marquis de Castries, baron des États de Languedoc, comte de Charlus, baron de Castelnau et de Montjouvent, seigneur de Puylaurens et de Lézignan, maréchal de France, né à Paris le et mort à Wolfenbüttel le . .

Au mois de février 1791, Decrès s’embarqua sur la Cybèle comme major-général de la division de frégates commandée par M. de Saint-Félix 3)Armand Philippe Germain de Cajarc de Saint Félix, marquis de Maurémont, dit le « marquis de Saint-Félix » (titre de courtoisie), né au château de Cajarc (dit « des corrompis ») en Albigeois près du village des Cabannes (Tarn), le , mort au même lieu le , officier de marine, qui termine sa carrière au rang de vice-amiral. , et destinée pour les Indes-Orientales.

L’année suivante, cette division, croisant en vue de la côte Malabar, eut connaissance qu’un bâtiment du commerce français, pris par les Marattes, était mouillé sous la protection du fort Coulabo. Decrès proposa à l’amiral d’enlever ce bâtiment à l’abordage, et de se charger de cette expédition. M. de Saint-Félix y ayant consenti, il arma trois canots de la frégate, et, à la nuit tombante, il se dirigea sur la côte. Parvenu auprès du bâtiment, il saute à bord avec ses marins, tue ou jette à la mer environ cent cinquante Marattes qui s’y trouvaient, et le ramène en triomphe au milieu de la division.

Au mois d’octobre 1793, l’amiral chargea Decrès d’aller en Europe pour rendre compte au gouvernement de la situation de l’Ile-de-France , et solliciter des secours qu’il devait y ramener ; il s’embarqua sur la frégate l’Atalante, et arriva à Lorient le 10 février 1794. A son débarquement, il apprend que, promu au grade de capitaine de vaisseau au mois de janvier 1793, il avait été destitué peu de temps après comme noble, par mesure de sûreté générale.

Arrêté presque aussitôt, il est conduit à Paris par la gendarmerie. Assez heureux pour échapper à la proscription dont il était menacé, il se retira près de sa famille, dans le département de la Haute-Marne, où il vécut ignoré jusqu’au mois de juin 1795, époque à laquelle il fut réintégré dans son grade, et quelques mois ensuite nommé au commandement du Formidable 4)Le Formidable est un navire de guerre français en service de 1795 à 1805, puis britannique jusqu’en 1816. C’est un vaisseau de ligne de 80 canons de la classe Tonnant. , qu’il conduisit de Toulon à Brest.

Combat naval entre le vaisseau français le Formidable commandé par le capitaine Troude, trois vaisseaux anglais, le César, le Spencer, le Vénérable et la frégate anglaise la Tamise en vue de Cadix, 13 juillet 1801- Pierre-Julien Gilbert
Combat naval entre le vaisseau français le Formidable commandé par le capitaine Troude, trois vaisseaux anglais, le César, le Spencer, le Vénérable et la frégate anglaise la Tamise en vue de Cadix, 13 juillet 1801- Pierre-Julien Gilbert

Promu au grade de chef de division en 1796, il fut, au mois d’avril 1798, élevé à celui de contre-amiral. Commandant en cette qualité l’escadre légère de l’armée navale aux ordres de l’amiral Brueys, il arbora son pavillon sur la frégate la Diane. A l’attaque de Malte, chargé de favoriser le débarquement des troupes, il soutint un engagement très vif avec les galères de l’île, et se trouva même assez dangereusement compromis sous le feu du fort la Valette.

Decrès était placé à l’arrière-garde de la ligne au combat d’Aboukir, il essuya pendant plus de deux heures et demie le feu des vaisseaux anglais; la Diane eut son grément criblé et perdit toutes ses ancres. Pendant l’action, il porta successivement son pavillon sur le Mercure et sur l’Heureux ; mais ces vaisseaux se trouvant, en raison de leurs avaries, hors d’état de combattre, Decrès revint à bord de sa frégate. On connait l’issue de ce combat.

Le petit nombre de bâtiments qui échappèrent au désastre d’Aboukir se réfugièrent à Malte; Decrès s’y rendit avec sa frégate. Bientôt toutes les forces anglaises se réunirent devant ce port et en formèrent le blocus.

Le général Claude Henry Belgrand de Vaubois.
Le général Claude Henry Belgrand de Vaubois.

Le général Vaubois, son compatriote, y commandait en chef; il chargea l’amiral du commandement des avant-postes.

Pendant dix-sept mois, la constance des troupes et celle de leurs généraux soutint les assauts réitérés des Russes et des Napolitains; mais au mois de mars 1800, les forces françaises se trouvèrent resserrées dans les murs de la cité la Valette, le reste de l’ile étant tombé au pouvoir de l’ennemi. Cette situation était d’autant plus difficile que les vivres devenaient très rares, et que le nombre des malades augmentait chaque jour. Decrès, pour diminuer autant que possible la détresse de la ville, prit la résolution de sortir avec le Guillaume-Tell, à bord duquel il fit embarquer mille hommes et environ deux cents malades.

Cette mesure, concertée avec le général Vaubois, avait pour but de retarder la reddition de la place; mais, pour l’exécuter, il fallait affronter des périls certains. Deux vaisseaux anglais étaient mouillés dans la baie de Marsa-Sirocco sur la côte orientale de l’ile de Malte, trois autres l’étaient devant la Valette, deux frégates et plusieurs corvettes louvoyaient à une petite distance. Malgré ces obstacles, Decrès appareilla le 29 mars, à onze heures du soir, environ une heure après le coucher de la lune. A peine était-il sous voiles que les postes de terre occupés par les Anglais firent feu sur lui de toutes parts.

Le lendemain matin vers une heure il fut joint par la frégate la Pénélope, de quarante-quatre canons. Elle commença à tirer en chasse sur le Guillaume-Tell, et continua de le poursuivre, quoiqu’il ripostât avec ses canons de retraite, dont plusieurs l’atteignirent.

La crainte de retarder sa marche, et d’être joint par les vaisseaux anglais qu’on apercevait à l’horizon , ne permit point à Decrès de manœuvrer pour combattre la frégate; mais, malgré ses efforts pour échapper à un ennemi si supérieur en forces, à cinq heures du matin il se trouva à la portée du canon du vaisseau le Lion, de soixante-quatre.

Alors le combat s’engagea; il durait depuis trois quarts-d’heure, lorsque l’amiral Decrès donna l’ordre au capitaine Saunier de tenter l’abordage. On sait combien cette manœuvre est difficile et dangereuse de vaisseau à vaisseau; cependant deux fois elle fut exécutée , et elle réussissait la seconde, si les deux vaisseaux ne se fussent dégagés spontanément, lorsque déjà les Français amarraient le grément.

Le Lion était tellement maltraité qu’il fut obligé de fuir vent-arrière; mais le Foudroyant, de quatre-vingt-six, étant venu prendre part au combat, le Guillaume-Tell se vit contraint de prêter côté à ce nouvel adversaire. L’action qui s’engagea dura près d’une heure avec le plus grand acharnement.

Pendant ce temps le Lion, qui avait réparé ses plus grosses avaries, revint de nouveau à la charge. Decrès alors tenta de renouveler contre le Foudroyant la manœuvre qu’il avait essayée vainement contre le Lion ; mais ce vaisseau évita constamment l’abordage.

Depuis ce moment le Guillaume-Tell eut à combattre deux vaisseaux et une frégate ; le feu prit plusieurs fois dans ses hauts. Démâté d’abord de son mât d’artimon, ensuite de son grand-mât, le gaillard d’arrière se trouva encombré de débris, ce qui rendait la manœuvre de l’artillerie extrêmement difficile et bientôt la chute du mât de misaine vint encore aggraver cette position.

Une explosion de gargousses, qui eut lieu au même moment sur la dunette, renversa l’amiral Decrès du banc de quart sur lequel il était monté. Il était alors neuf heures et demie, et le combat avait commencé à une heure du matin. La résistance opiniâtre que le Guillaume-Tell avait opposée à trois bâtiments ennemis était suffisante pour la gloire du pavillon; il fut amené. 5)Ce combat mémorable est rappelé sur la tombe de Decrès – voi ci-dessous

L’amiral Decrès était couvert de blessures, le capitaine de vaisseau Saunier, ainsi que plusieurs de officiers, se trouvaient dans le même état, et près de la moitié de l’équipage avait été tué ou blessé.

Les Anglais n’avaient pas moins souffert dans ce combat, car la Pénélope seule se trouva en état d’amariner le Guillaume-Tell et de le remorquer jusqu’à Syracuse. Ce fut à grand peine que le Lion et le Foudroyant atteignirent Minorque, où ils relâchèrent coulant bas d’eau; et leur mâture fort endommagée.

Le Chronicle Naval, en rendant compte de ce combat, s’exprimait ainsi : « The hottest action that probably was ever maintened by an ennemy’s schip opposed to those of his majesty. » (C’est peut-être l’action la plus chaude que jamais bâtiment ennemi ait soutenue contre ceux de Sa Majesté Britannique.)

Cette glorieuse résistance valut à l’amiral Decrès une récompense qui était alors l’objet de l’ambition des plus braves; il reçut un sabre d’honneur des mains du premier Consul Bonaparte.

A son retour d’Angleterre, il fut nommé à la préfecture maritime de Lorient; il passa ensuite au commandement de l’escadre de Rochefort, et, au mois d’octobre 1801, il se vit placé, comme ministre, à la tête du département de la marine. 6)«La confiance, lui écrit-il le 25 pluviôse an XI, que je vous ai témoignée en vous appelant au ministère, n’a pas été légèrement donnée; elle ne peut être légèrement atténuée. C’est la marine qu’il faut rétablir. La première année d’un ministère est un apprentissage. La seconde du vôtre ne fait que commencer. Dans la force de l’âge, vous avez, il me semble, une belle carrière devant vous, d’autant plus belle que nos malheurs passés ont été plus en évidence : réparez-les sans relâche. Les heures perdues dans l’époque où nous vivons sont irréparables. » Ce poste était difficile dans la position où se trouvait notre marine à cette époque ; Decrès y apporta, non-seulement l’activité dont il était doué, mais aussi cette force d’esprit et de caractère qui soutient les hommes publics contre les obstacles sans cesse renaissants, qu’opposent au succès de leurs plans et de leurs entreprises la fortune, les éléments, et souvent aussi les fautes d’autrui.

Ministre d’un homme hardi dans ses conceptions, il eut de grandes choses à exécuter. Les travaux gigantesques du port de Cherbourg, ceux faits à New-Deep et à Flessingue, la création de l’arsenal et des chantiers d’Anvers, l’amélioration des établissements maritimes depuis l’Adriatique jusqu’à la mer, l’expédition de Saint-Domingue, la construction et la réunion des milliers de bâtiments de la flottille de Boulogne, tels furent les fruits de son long ministère, et tels sont les témoins qui déposeront de l’activité persévérante de celui qui a, sinon conçu, au moins dirigé ces immenses opérations.

Toutefois Decrès n’eut point à se féliciter de la faveur des circonstances ; chargé pendant treize années d’une administration difficile, il eut constamment à lutter contre la fortune qui, chaque jour, amenait de nouveaux désastres. La perte de plusieurs grandes batailles navales, la prise de quelques-unes de nos colonies, et l’insuccès de diverses expéditions, offrirent à ses détracteurs des occasions de blâme et de censure qu’ils ne laissèrent point échapper 7)On a fait un reproche à Decrès, comme à tous les ministres de Bonaparte, de leur obéissance à toutes ses volontés; mais en supposant que ce reproche fût juste l’égard de quelques—uns d’eux, est-il donc aussi facile qu’on le croit communément de combattre et de vaincre les volontés des souverains? Napoléon, par fierté, et aussi par la conviction qu’il avait de sa supériorité, ne souffrait que difficilement les conseils.

Souvent aussi il ne consultait que sa seule volonté, et ses ministres ne connaissaient ses résolutions qu’en recevant l’ordre de les exécuter. Telle était, et telle sera toujours la position des ministres, dans une monarchie où le souverain gouverne par soi-même, et surtout encore quand ce souverain, ainsi que Napoléon, n’aura dû le trône qu’à l’ascendant de son génie ou son épée..

Mais sans entrer ici dans une polémique qui tendrait à disculper ce ministre des imputations dont il a été l’objet, il faut reconnaitre qu’en résultat il a procuré à la marine un notable accroissement de forces. En effet, à son avènement au ministère, en 1801, elle se composait de cinquante-cinq vaisseaux et quarante et une frégates.

Dans l’espace de treize années, quatre-vingt-trois vaisseaux et soixante-cinq frégates descendirent des chantiers de nos ports, et, malgré les pertes que la marine avait éprouvées pendant ce laps de temps, elle présentait encore, au mois de mars 1814, un matériel de cent trois vaisseaux, et cinquante-quatre frégates.

Ce ne fut pas, on peut bien le croire, sans un vif sentiment de douleur que Decrès vit une grande partie de ces vaisseaux passer, à cette époque, entre les mains des étrangers ; mais alors la France expiait sa gloire, et ses ennemis, devenus ses amis, se vengeaient des revers qu’elle leur avait fait éprouver.

Pendant le règne des Cent-Jours, Decrès fut rappelé au ministère de la marine, et la reconnaissance lui fit un devoir de l’accepter.

Mis en retraite à la seconde Restauration, il rentra dans la vie privée et s’y montra avec toute la dignité qui était dans son caractère. Des connaissances variées et étendues, et toutes les ressources d’un esprit aussi remarquable par sa solidité que par son brillant , faisaient rechercher l’homme d’état qui avait si longtemps géré les affaires politiques.

Mlle Anthoine aînée : Rosine (1788-1864), duchesse de San-Germano puis duchesse Decrès.
Mlle Anthoine aînée : Rosine (1788-1864), duchesse de San-Germano puis duchesse Decrès.

Une union 8)Le duc Decrès avait épousé, en 1813, la veuve du général de Saligoy, duc de San-Germano., formée sous les auspices du goût et de la convenance, lui fit connaitre un bonheur qu’il avait ignoré jusque-là; mais dont, hélas! il  n’était pas destiné à jouir longuement !.

Bizarre et déplorable exemple de la fatalité ! Le marin qui, sur la dunette de son vaisseau, avait échappé au danger d’une explosion, devait, vingt ans plus tard, périr des suites d’une explosion d’un autre genre. Le valet de chambre du duc Decrès, après lui avoir volé des sommes considérables, essaya de couvrir ce crime par un second, qu’il exécuta dans la nuit du 22 novembre 1820. Il plaça des paquets de poudre entre les matelas du lit de son maitre, et, vers minuit, il y mit le feu, au moyen d’une mèche. Il en résulta une commotion qui jeta le duc hors de son lit et lui occasionna plusieurs blessures. Son premier mouvement fut d’appeler à son secours le scélérat qui venait d’attenter à sa vie ; mais celui-ci ne lui répondit que par un cri d’effroi, et se précipita en même temps dans une cour, où il tomba sur le pavé avec une telle violence qu’il expira quelques heures après.

Cette catastrophe affecta tellement le duc Decrès qu’elle lui occasionna une maladie grave, à laquelle il succomba le 7 décembre [820, à l’âge de cinquante-huit ans.

Sa tombe se trouve au cimetière du Père Lachaise à Paris.

La tombe de Decrès aucimetière parisien du Père Lachaise. On voit ici le côté montrant le comabt du Guillaume-Tell devant Malte.
La tombe de Decrès aucimetière parisien du Père Lachaise. On voit ici le côté montrant le combat du Guillaume-Tell devant Malte.

 

 

References   [ + ]

1. Dans le cadre de öa guerre franco-anglaise
2. Charles Eugène Gabriel de La Croix, marquis de Castries, baron des États de Languedoc, comte de Charlus, baron de Castelnau et de Montjouvent, seigneur de Puylaurens et de Lézignan, maréchal de France, né à Paris le et mort à Wolfenbüttel le .
3. Armand Philippe Germain de Cajarc de Saint Félix, marquis de Maurémont, dit le « marquis de Saint-Félix » (titre de courtoisie), né au château de Cajarc (dit « des corrompis ») en Albigeois près du village des Cabannes (Tarn), le , mort au même lieu le , officier de marine, qui termine sa carrière au rang de vice-amiral.
4. Le Formidable est un navire de guerre français en service de 1795 à 1805, puis britannique jusqu’en 1816. C’est un vaisseau de ligne de 80 canons de la classe Tonnant.
5. Ce combat mémorable est rappelé sur la tombe de Decrès – voi ci-dessous
6. «La confiance, lui écrit-il le 25 pluviôse an XI, que je vous ai témoignée en vous appelant au ministère, n’a pas été légèrement donnée; elle ne peut être légèrement atténuée. C’est la marine qu’il faut rétablir. La première année d’un ministère est un apprentissage. La seconde du vôtre ne fait que commencer. Dans la force de l’âge, vous avez, il me semble, une belle carrière devant vous, d’autant plus belle que nos malheurs passés ont été plus en évidence : réparez-les sans relâche. Les heures perdues dans l’époque où nous vivons sont irréparables. »
7. On a fait un reproche à Decrès, comme à tous les ministres de Bonaparte, de leur obéissance à toutes ses volontés; mais en supposant que ce reproche fût juste l’égard de quelques—uns d’eux, est-il donc aussi facile qu’on le croit communément de combattre et de vaincre les volontés des souverains? Napoléon, par fierté, et aussi par la conviction qu’il avait de sa supériorité, ne souffrait que difficilement les conseils.

Souvent aussi il ne consultait que sa seule volonté, et ses ministres ne connaissaient ses résolutions qu’en recevant l’ordre de les exécuter. Telle était, et telle sera toujours la position des ministres, dans une monarchie où le souverain gouverne par soi-même, et surtout encore quand ce souverain, ainsi que Napoléon, n’aura dû le trône qu’à l’ascendant de son génie ou son épée.

8. Le duc Decrès avait épousé, en 1813, la veuve du général de Saligoy, duc de San-Germano.