Louis-Joseph Hugo (1777-1853)

A l’âge de 15 ans, j’avais lu une poésie appelée ‘ Le cimetière d’Eylau ‘. Cette lecture m’avait à la fois troublé et fasciné. Je venais de découvrir deux univers : celui de Victor Hugo et celui de l’époque impériale. Ce que je ne savais pas, c’est que le héros du cimetière d’Eylau, celui que le poète appelait ‘oncle Louis’ était un personnage véridique et qu’il avait vécu, jusqu’à la fin de sa vie, tout près de chez moi, à Tulle.

La famille Hugo a donné à l’Empire, bien sûr Victor Hugo, bien sûr le Général Joseph Léopold Sigisbert Hugo, père du poète, mais aussi, moins connu, Louis Joseph Hugo, frère du général, oncle du poète. Connaissant un peu la vie du héros, vous apprécierez peut être encore plus le poème. C’est ce que je vous propose.

Dominique Contant


Louis-Joseph Hugo
Louis-Joseph HUgo

Les origines.

Louis Joseph Hugo, père de celui dont nous parlons, était maître menuisier à Nancy. Il faisait partie de la petite bourgeoisie locale. Marié à Marguerite Michaud, il eut une famille nombreuse, certains enfants venus d’un premier mariage. Le 15 novembre 1773, naît Joseph Léopold Sigisbert, le 14 février 1777, Louis Joseph et enfin François Juste en 1780. Grâce à leur père, les enfants auront une solide formation au collège Royal de Nancy, ce qui leur servira durant leur carrière militaire.

La Révolution

Car la tourmente révolutionnaire approche. Le père, avec la prudence d’un commerçant, reste très discret sur ses opinions. Mais les enfants, tout d’abord Joseph Léopold Sigisbert, puis Louis Joseph et plus tard François Juste répondront à l’appel de la République menacée.

Louis Joseph, âgé de 15 ans, s’engage comme volontaire en 1792. Il est intégré dans le 6e bataillon de la Meurthe commandé par le général Bournonville. Il connaîtra très tôt le dur apprentissage de la guerre.

Le jeune Louis Hugo ne résiste pas au froid durant la campagne de Trêves. On le retrouve étendu sur la neige, en léthargie, et le croyant mort, il est jeté au milieu des cadavres destinés à la fosse commune. Un tressaillement le sauve miraculeusement. Il récupèrera rapidement la santé et n’aura que le désagrément de constater que ses compagnons s’étaient partagés ses bagages, selon l’usage. L’oncle du poète s’en souviendra plus tard.

Les premières batailles

Le 24 novembre 1793, Louis Hugo est  présent à la bataille de Kaiserslautern.

En 1794 son bataillon forme la 110e demi-brigade de l’armée de Sambre et Meuse. Il combat à Fleurus puis à Haldenhoven, face au maréchal Clerfayt. Il est ensuite sous les ordres de Jourdan dans les campagnes de 1795-1796. En 1797 il est incorporé au 20e de ligne dans l’armée de l’intérieur. Sa formation scolaire lui permet d’avancer rapidement en grade.

Caporal en 1798, il fait la campagne de Hollande en 1799 et devient maréchal des logis de gendarmerie à pied en 1800. La même année il est sous-lieutenant dans la 110e demi-brigade. Il se bat à Bilerach et à Hohenlinden en 1801.

Le 55e de ligne

Son bataillon est alors incorporé au 55e régiment d’infanterie de ligne le 26 mai 1803. Il est donc envoyé avec sa compagnie à Saint-Omer, sous les ordres de Soult, où il fera partie du 1e bataillon du 55e de ligne. Le régiment suit alors l’armée au camp de Boulogne.

La campagne d’Allemagne

Le 55e de ligne participe à la manœuvre d’encerclement qui provoque la capitulation du maréchal Mack à Ulm. Puis, toujours sous les ordres de Soult, qui commande le IVe corps d’armée, il est à Austerlitz. Sa division, Saint-Hilaire, s’empare de Pratzen et attaque la division Kamenski. Louis  démontre beaucoup de courage et est blessé à la jambe d’un coup de feu.

Sa distinction lui vaudra le grade de lieutenant, probablement en remplacement du lieutenant Toupé, tombé ce jour là. Le 14 octobre 1806, à Iéna, les 1e et 2e bataillons sont sous les ordres du colonel Silbermann dans la division Saint-Hilaire

Louis Joseph se fait à nouveau remarquer et un mois plus tard il est nommé capitaine du 1e bataillon du 55e, par décret impérial du 23 novembre.

Le cimetière de Eylau.

8 février 1807. Le 55e de ligne est posté près du cimetière de Eylau avec ordre de tenir la position. Le cimetière entoure l’église au centre du village. Sous un froid intense, la glace et la neige recouvrent le champ de bataille. Décidé à le reprendre, le général Bennigsen, dès 7h30, concentre une immense canonnade sur le village.

Le 55e de ligne est au milieu des obus. Napoléon demande à la division Saint Hilaire et au corps de Augereau d’attaquer le centre russe. Joseph Hugo et 85 grenadiers du 55e doivent tenir le cimetière. Une violente tempête de neige aveugle les troupes.

L’artillerie russe décimera presque entièrement le corps de Augereau. Une caisse de mitraille explose près de Louis Joseph ; il reçoit une balle dans le bicorne et un biscaïen le blesse au bras droit. Il se donne « une poignée de main » pour s’assurer qu’il n’a pas perdu son bras. Et tombe inanimé dans la neige. Son lieutenant assure le commandement de la petite troupe, décimée par les obus. Lorsque la canonnade russe s’arrête, vers 18 h, il ne reste que trois survivants dans le cimetière, Hugo, le lieutenant et le tambour.

A l’infirmerie  on lui vole son argent, mais on lui retire le morceau de biscaïen. Quelques jours plus tard la gangrène s’installait mais on ne trouva personne pour l’amputer. Louis Joseph, par des injections et de la quinine sauve lui même son bras.

Le 55e allait perdre le colonel Jean Baptiste Silbermann le 4 mars, suite à ses blessures, mais Louis Joseph sera décoré de la Légion d’Honneur le 14 Avril 1807. Sous les ordres de son nouveau chef, le colonel Schweiter, il semblerait (mais je n’en suis pas certain), qu’il soit à Friedland.

Face à l’Espagne, Royaume de Feu

Le 7 décembre 1808, Napoléon, qui signait tout, le nomme chef de bataillon du régiment de Royal-Étranger en Espagne. Louis retrouvait ses deux frères : le général Léopold Hugo et François Juste Hugo. La fonction est très difficile : avec des soldats nouvellement formés, il doit garantir la sécurité de la route Paris/Madrid.

Le 29 juin 1809 à Mengamnos, la trahison de quelques soldats le met dans une situation difficile. Avec courage et lucidité, profitant de la nuit pour faire croire qu’ils sont plus nombreux, Louis et quelques soldats font fuir l’ennemi. Pour cette action, il sera nommé major le 12 septembre et sera chevalier de l’ordre Royal d’Espagne le 25 octobre 1809.

Le 22 mars 1810 il est nommé colonel, commandant la place de Brihueta . Durant cette année 1810, il retournera deux fois en mission à Paris. Premièrement pour prévenir Napoléon d’un complot et la seconde fois pour ordonner ( Ordre du Roi Joseph Bonaparte) à Madame Hugo, épouse de Léopold et mère du poète, de rejoindre son mari. Le souvenir du poème de Victor Hugo sur Eylau date de cette époque.

Le 4 décembre de la même année Louis Hugo sera enfin responsable du Royal Étranger. Le Royal Étranger était composé de vétérans de la campagne de Prusse, mais également d’Espagnol, de Suisses, d’Italiens et de déserteurs capturés à l’ennemi.

Le 23 mars 1811, au pont d’Aunon, avec 550 fantassins il sera attaqué par 5000 Espagnols. Son frère Léopold, avec ses troupes, le sauvera vers 5 heures du soir. Victor Hugo racontera également, selon les souvenirs de son oncle un autre épisode de cette guerre (souvenir de guerre). Mais Napoléon est en Russie, l’armée d’Espagne recule et depuis la ville de Bordeaux, Louis Joseph Hugo apprendra la première abdication.

Grâce à ses excellents états de service et, comme tous, pensant au futur, Louis rallie la première Restauration. Le 12 février 1815, il est même décoré de l’ordre de Saint Louis et fait officier de la légion d’honneur le 14 février.

Napoléon retourne de l’île d’Elbe et Louis, qui a toujours été bonapartiste, devient colonel du 2e régiment étranger, le 21 avril 1815. Mais pour lui Waterloo sera la fin de 24 ans d’aventures militaires en Europe.

La seconde Restauration ne pardonnera pas à ceux qui se sont ralliés à ‘ l’usurpateur ‘ Durant cinq ans il sera un de ces demi-soldes. Enfin, le 15 mai 1820, Louis Hugo sera nommé, ‘ provisoirement ‘, membre du conseil de recrutement de la Corrèze.

Mais ceci est une autre histoire….jusqu’à sa mort, le 18 décembre 1853.

Références

Les campagnes napoléoniennes – A. Pigeard
Œuvres de Victor Hugo
Un Hugo en Pays Tullois – William Plas