L’Italie Napoléonienne (1802-1814)

Crise religieuse

La crise religieuse est en fait un conflit avec le Saint Siège et l’Eglise italienne en général. Elle est en partie liée à des conflits sur le contrôle du clergé et de l’Eglise par l’Etat mais aussi entraînée par l’étatisation de l’Etat napoléonien qui s’attaque à des domaines jusqu’alors réservés à l’Eglise, comme nous l’avons vu pour l’état civil.

L’instruction publique, outil de formation mais aussi moyen d’enraciner le régime dans les mœurs de la jeunesse, dépend de l’Eglise. Napoléon va comme en France la développer d’abord sous la république. En effet la constitution de Lyon dans son article 120 prévoit la création de cours élémentaires, gratuits  pour garçons, à la charge des communes. La loi du 4 septembre 1802 établit le rôle de l’Etat dans ce domaine.

Elle divise l’Instruction en trois degrés à la charge des communes, des départements et de l’Etat. La direction générale de l’Instruction publique est créée dès le couronnement. L’instruction ne dépend dès lors que des communes et de l’Etat. Et il est interdit de suivre des études en dehors de la sphère d’influence de l’empire [1]A. Pillepich, Napoléon et les Italiens, op.cit., p.145..

Les réformes de 1807-1808, consacrent la presque gratuité de l’enseignement en externat et des bourses pour l’internat, ces écoles compteront 43 000 élèves en 1807. Le corps enseignant a le statut de fonctionnaire mais on recourt beaucoup aux ecclésiastiques de par leur formation et aux locaux dont dispose l’Eglise.

« Les moines seraient de beaucoup les meilleurs corps d’enseignants, s’il était possible de  les maîtriser, de les soustraire à un chef étranger [2]Citation de Napoléon cité dans A. Pillepich, Napoléon et les Italiens.- Hélie de Noailles, Le comte Molé, sa vie, ses mémoires, Paris, 1922, vol.I, p.55.. »

 L’enseignement moyen, destiné à la formation des élites, était composé des gymnases, à la charge des communes dans les locaux de l’Etat, et les lycées à partir de 1807, ceux-ci sont à la charge de l’Etat et présents dans les chefs-lieux de département. Les enseignants sont nommés par le vice-roi sur présentation du conseil communal ou général. L’enseignement des jeunes filles existe sur le plan étatique en Italie, contrairement à la France, mais subit la concurrence des établissements privés et/ou religieux. Ces derniers sont acceptés tant qu’il y a un contrôle possible de l’Etat.

L’enseignement supérieur est semblable au système précédent des universités, mais réorganisé afin de s’inscrire dans les nouvelles  divisions administratives. Les écoles spécialisées (vétérinaires, militaires) sont les mêmes qu’en France, hormis le fait qu’elles doivent s’adapter dans leur implantation aux fiertés locales.

La Santé Publique, autre domaine réservé de l’Eglise, doit aussi être pris en main après l’Etat, ainsi on crée une direction générale de la Santé Publique au sein du ministère de l’Intérieur avec le Dr Moscati. Cette direction est relayée au niveau départemental, communal et même paroissial avec une commission ou un représentant de l’Etat chargé de rendre compte de la situation sanitaire et de veiller à la bonne application des mesures contre les épidémies et maladies diverses du temps. La bienfaisance publique en 1807, dépend du ministère de l’Intérieur alors qu’elle était une branche du ministère du Culte. Quatre inspecteurs généraux étaient responsables des départements autour des villes principales du Royaume.

L’article 11 du concordat de 1803 prévoit la création de congrégations dont le but est de gérer les hôpitaux et maisons de charité. L’évêque en perd le contrôle et le préfet en devient le responsable hiérarchique, ceci va contre les stipulations du concordat et vise à écarter l’influence du clergé sur le budget de l’aide sociale. Mais les établissements privés déjà bien implantés en Italie ne sont que peu concurrencés par les établissements publics.

Les réformes de la Santé Publique et de l’aide sociale avaient déjà commencé sous Joseph  II et l’étatisation de ces domaines n’a pas réellement créé de troubles dans l’opinion publique. L’effet de cette étatisation est plus une irritation du clergé, privé de certaines de ses prérogatives qu’une hostilité des fidèles et des administrés.

La centralisation et étatisation  des domaines de l’instruction publique, la santé et l’aide sociale jusque-là réservés à l’Eglise, sont les manifestations directes d’une lutte du pouvoir napoléonien contre l’Eglise, en tant qu’organe de liaison avec le citoyen, non pas au service du pouvoir mais d’un pouvoir étranger : le pape. Mais ce n’est pas là le plus grand sujet de crise entre l’Eglise et l’Etat [3]J-O boudon, Napoléon et les cultes, Fayard, 2002, p.215.

La crise est liée non pas à l’influence perdue de l’Eglise sur la société mais plutôt dans les attaques directes portées au fonctionnement de l’Eglise. En effet le Code Napoléon instaure le divorce et l’état civil dans un royaume où le catholicisme est religion officielle.

Le catéchisme impérial y est aussi appliqué, les évêques ne peuvent quitter le territoire sans autorisation royale, décret du 6 juin 1806, les confréries sont fermées au fur et à mesure. Le Pape utilise son droit d’opposition à la nomination de certains évêques afin de contrecarrer ces agissements.

La politique napoléonienne à l’égard du clergé catholique est assez ambiguë, elle honore les dignitaires de l’Eglise (médailles, rentes) subventionne les paroisses. Mais réduit le nombre de confréries et de paroisses par les décrets du 22 juin 1805, suivis par d’autres, en fonction des diverses annexions du royaume. Il astreint les manifestations à la déclaration en préfecture, s’acharne à faire disparaître les ordres réguliers à but purement contemplatifs.

Pour ne laisser survivre que les confréries et abbayes de réguliers à des fins charitables. Le clergé séculier est limité par le décret du 6 avril 1808 qui fixe un nombre invariable d’exemptions du service militaire pour les séminaristes, cette mesure justifiée par le nombre croissant de déserteurs et de fraudeurs est cependant perçue comme une attaque directe au clergé séculier.

Se créent alors des associations de fidèles agissant dans le but de racheter des immeubles abandonnés par ces congrégations ou d’aider les religieux à continuer leur vie régulière clandestinement. De fait ces mesures de restrictions des réguliers n’ont pour seul effet que de rendre inactive toute une population des grandes villes.

Si certains entrent dans l’enseignement ou les organisations de charité, la majorité se trouve au service de l’Eglise sans réelle utilité mais gardant leur traitement jusqu’à leur décès, ces manœuvres n’engendrent pas de réelle économie pour l’Etat. Si cette réaction de la population est très active clandestinement, elle ne connaît pas les débordements des groupes du Sud de l’Italie.

A cela s’ajoute le blocus continental qui entraîne l’annexion à l’Empire de Rome et des Marches, à Rome est donc appliqué le concordat français moins favorable que l’italien appliqué aux Marches. Cette annexion entraîne une rébellion ouverte des évêques des territoires nouvellement annexés contre le vice-roi.

Les prêtres refusant de prêter serment attirant autour d’eux une sorte de culte clandestin. Les révoltes du Tyrol présentent cependant un paradoxe dans ce tableau de crise religieuse, puisque ce territoire annexé à la Bavière, ne supporte pas le traitement qui est fait au clergé par l’Etat. La révolte menée par Andreas Hofer, sous influence autrichienne, a  des causes religieuses  mais  après l’intervention du vice-roi et la fin de la rébellion, le Tyrol sera divisé entre la Bavière, les provinces illyriennes et l’Italie. Le souhait de rattachement à l’Italie est d’ailleurs exprimé lors de cette révolte comme une garantie de liberté religieuse, preuve que la crise religieuse du Royaume d’Italie n’a  pas réellement nui à la liberté de culte [4]Pr. Adalbert de Bavière, Eugène de Beauharnais beau-fils de Napoléon, Editions Alsatia, Paris, 1943, p.127..


 

References

References
1A. Pillepich, Napoléon et les Italiens, op.cit., p.145.
2Citation de Napoléon cité dans A. Pillepich, Napoléon et les Italiens.- Hélie de Noailles, Le comte Molé, sa vie, ses mémoires, Paris, 1922, vol.I, p.55.
3J-O boudon, Napoléon et les cultes, Fayard, 2002, p.215
4Pr. Adalbert de Bavière, Eugène de Beauharnais beau-fils de Napoléon, Editions Alsatia, Paris, 1943, p.127.