L’Italie Napoléonienne (1802-1814)

Le vice-roi

Le 7 juin 1805, Napoléon lors de l’ouverture des séances du Corps Législatif présente Eugène de Beauharnais, le vice-roi d’Italie. L’Empereur récompense la fidélité, son beau-fils  était déjà Archichancelier d’Etat. Melzi [1]Melzi accumule les titres : chancelier garde des sceaux de la couronne,  conseiller d’Etat, président du collège électoral des propriétaires, président de la Censure à partir de 1807, grand … Continue reading ayant « démissionné » le poste de vice-président doit avoir un équivalent royal. Un décret du jour même définit le rôle de vice-roi :

« Voulant pourvoir, pendant notre absence, au gouvernement de notre royaume d’Italie, (…) nommons et l’instituons par les présentes, Vice-roi de notre-dit royaume ;(…) qu’il exerce toute l’autorité que nous lui avons délégué…[2]source : www.napoleon-histoire.com de Robert Ouvrard. »

Le Corps Législatif d’ailleurs ne survit pas à cette introduction, Napoléon écrit déjà le 27 juillet 1805 :

« Je charge Marescalchi de vous expédier le décret par lequel j’ordonne que le Corps Législatif termine ses séances. Mon intention (…) est de ne plus le réunir [3] Correspondance de Napoléon 1er, Lettre de Saint Cloud à Eugène, source www.napoleon-histoire.com de Robert Ouvrard.. »

 Le Corps Législatif refusant de voter le budget de l’année 1805-1806, ce dernier est remplacé par le Conseil d’Etat l’associant à la Consulte puis, en 1809, par le Sénat consultatif dont les membres sont issus de la Consulte ou nommés par le Roi. Ces institutions ne devant servir que de Conseil au vice-roi, l’Italie n’est gouvernée que par des décrets royaux ou vice royaux. Le statut du vice-roi évoluera au cours de l’année 1805-1806, tout d’abord exécutant des ordres du Roi d’Italie il doit faire appliquer la nouvelle loi de conscription en vue des campagnes à venir, Napoléon lui confirme qu’il doit toujours lui en référer dans un courrier du 7 juin 1805 :

«Vous ne devez sous aucun prétexte, la lune menaçât-elle de tomber sur Milan, rien faire de ce qui est hors de votre autorité . »[4]A. Fugier, op.cit., p.167.

 Les décrets sont directement envoyés par Napoléon 1er, Eugène doit se contenter de les faire publier et appliquer. La mission première du vice-roi est la mise sur pied d’une armée royale, l’effectif de l’armée Italienne ne répondant pas aux attentes de l’Empereur. Napoléon lui-même organise l’armée et la Garde, il demande des comptes rendus de l’évolution de l’armée ainsi que de l’entretien des places fortes.

Cependant deux événements vont modifier le statut du vice-roi, qui va prendre une place plus importante. Le premier, simultané à ses fiançailles, est l’adoption du vice-roi par Napoléon 1er le rendant ainsi successeur direct à la couronne d’Italie;

Auguste-Amalia de Bavière (Francois Gérard - ca 1815 - Château de Verssailles)
Auguste-Amalia de Bavière (Francois Gérard – ca 1815 – Château de Verssailles)

le second est son mariage avec la Princesse Auguste fille de l’Electeur de Bavière. Le statut constitutionnel du 16 février 1806  [5]Source : www.heraldica.org officialise l’adoption et la recadre en rapport avec le statut constitutionnel du 17 mars 1805.

 « Article 1er. Nous adoptons pour fils le prince Eugène Napoléon (…). »

Les articles suivants précisent que le prince Eugène et sa descendance n’ont de prétention sur la couronne d’Italie que si l’Empereur n’a pas de descendance légitime et que de plus la famille du vice-roi ne pourra être candidat à la couronne de France. Cette adoption replace le vice-roi, qui passe de simple représentant de Napoléon 1er en Italie au statut de successeur potentiel, or l’Empereur n’a pas d’enfant légitime à l’époque. La paix de Presbourg vient d’être signée le 26 décembre 1805, le beau-père du prince Eugène devient son voisin par les nouvelles annexions de la Bavière. Le Sud de l’Italie est en passe de devenir à son tour napoléonienne : l’Italie s’agrandit des terres Vénitiennes et de l’Illyrie prises aux Autrichiens. Le prince Eugène devient gouverneur des Etats de Venise le 19 janvier 1806 [6]Pr. Adalbert de Bavière, Eugène de Beauharnais beau-fils de Napoléon, Editions Alsatia, Paris, 1943, p. 334., la paix continentale paraît alors solidement établie, il n’est déjà plus un simple fonctionnaire en mission il est le futur ancêtre de la nouvelle dynastie régnante en Italie.

L’armée dépend encore de Jourdan puis de Masséna pendant la campagne de 1805. Il ne sera Commandant en chef qu’à partir de l’entrée en guerre contre la Prusse en septembre 1806 [7]Ibid, p.94. .Ce détail a son importance puisque dès lors la première préoccupation du vice-roi ne sera plus l‘administration du royaume mais l’entretien de l’armée, sa formation et son développement. En tant que commandant en chef de l’armée Italienne, il l’accompagne dans toutes les campagnes de l’Empire. Melzi le remplace pendant ses absences à partir de1809.

Eugène de Beauharnais
Eugène de Beauharnais

En 1810, le prince Eugène devient Grand-Duc Héritier de Francfort.  Nous sommes à l’apogée de l’Empire, toute l’Italie est Française. Eugène n’est plus le seul prétendant au trône un second fils potentiel de Napoléon 1er pourrait lui ravir ce titre. Mais l’abdication de Napoléon en avril 1814 met fin au Royaume d’Italie puisque le Sénat, le 17 avril de la même année, refuse de se prononcer pour le vice-roi. Eugène ne pourra   sauver son royaume au Congrès de Vienne : les règles de successions ne seront donc jamais appliquées [8]Marc Allégret, op.cit., p.80..

References

References
1Melzi accumule les titres : chancelier garde des sceaux de la couronne,  conseiller d’Etat, président du collège électoral des propriétaires, président de la Censure à partir de 1807, grand Aigle de la Légion d’honneur, grand dignitaire de l’ordre de la couronne de fer, duc de Lodi, Président du  Conseil du sceaux des titres de noblesse du  royaume. Source : Marc Allégret, Personnalités du Consulat et de l’Empire : Marescalchi et Melzi deux hommes d’Etats Italiens, Revue du Souvenir Napoléonien, 2005,
2source : www.napoleon-histoire.com de Robert Ouvrard.
3 Correspondance de Napoléon 1er, Lettre de Saint Cloud à Eugène, source www.napoleon-histoire.com de Robert Ouvrard.
4A. Fugier, op.cit., p.167.
5Source : www.heraldica.org
6Pr. Adalbert de Bavière, Eugène de Beauharnais beau-fils de Napoléon, Editions Alsatia, Paris, 1943, p. 334.
7Ibid, p.94.
8Marc Allégret, op.cit., p.80.