L’Italie Napoléonienne (1802-1814)

Une nouvelle politique religieuse

La Consulte de Lyon prévoit dans des lois organiques  les statuts du clergé et son recrutement. La république Italienne pour bénéficier d’une politique religieuse efficace doit aussi unifier cette institution. Le Premier Consul plus que le Pape estime que l’Italie doit se doter  à son tour d’un Concordat,  les négociations avec le Saint-Siège dureront vingt mois. La signature du Concordat emporte reconnaissance de la république italienne et cession des Légations.  Par un Concordat à la française le pape renonce à ses privilèges sur les évêchés Italiens, cet abandon ne doit pas être sans contrepartie [1]A. Pingaud, Napoléon président de la république italienne, Paris, 1914, vol. II, p.220.. Le Concordat du 16 juillet 1801 avait pris dix mois de négociations, le Concordat italien n’entrera en vigueur que trois ans après son élaboration.

Durant la Consulte de Lyon, où siégèrent 62 représentants du clergé, un Comité de 9 membres avait été formé afin de  discuter de la vente des biens de l’Eglise déjà engagée en Italie et de la diminution de certains évêchés et couvents. Ils obtiennent en échange, la déclaration de la Religion catholique apostolique et romaine comme religion d’Etat. Le 27 janvier 1802 «la loi organique sur le clergé italien », prévue par la Consulte, énonce en douze articles que les évêques seront nommés par le gouvernement et institués par le Pape. Le clergé garde des privilèges dans les juridictions et le service militaire, les biens publics non encore vendus sont restitués à l’Eglise. L’article 6 du titre III assure même la protection de l’Eglise contre des attaques par ses adversaires [2]J-O. Boudon, Napoléon et les cultes, Fayard, 2002, p.210 et suiv.. Il prévoit aussi la signature d’un concordat sur le modèle Français, le gouvernement par la suite crée, le 25 mai 1802 [3]A. Fugier donne le 25 mai et J-O. Boudon, le 1er mai…, le ministère du Culte. L’élaboration de la nouvelle politique religieuse italienne est en marche.

Le 4 août un projet est envoyé à Rome. Après de longues négociations, le Saint-Siège signe enfin le 16 septembre 1803 le Concordat italien. Ce texte [4]Le concordat italien de 1803, signé le 16 septembre 1803, le catholicisme est reconnu religion d’État au sein de la République , de vingt-deux articles se substitue à toutes les lois et règlements antérieurs en matière de religion. On y garde les grandes lignes de la loi du 27 janvier 1802, l’Eglise garde son autonomie juridictionnelle en matières litigieuses et le catholicisme est à nouveau proclamé religion d’Etat. En échange le gouvernement conserve son pouvoir de nommer les évêques et le serment des ecclésiastiques, on obtient aussi la suppression de deux évêchés jugés trop petits. La République italienne est ainsi divisée en vingt-six diocèses et quatre provinces ecclésiastiques. Il n’y a aucune mention sur les Légations ce silence laisse donc à penser que le Pape reconnaît leur cession.

Melzi, sous influence janséniste, va abattre tous les bénéfices qu’avait pu négocier le Saint-Siége, en promulguant les décrets du 26 janvier 1804 « relatifs à l’exécution du traité entre la république italienne et le Saint-Siège ». Il proclame que le concordat n’abolit les textes antérieurs que là où ils les remplacent formellement par d’autres. L’article 2 énonce   la validité des lois promulguées par les Empereurs et ducs de Milan aux droits desquels succède le président. L’article 5 énonce que les prises d’habits ne sont autorisées par le gouvernement   que pour les ordres non contemplatifs, ce qui annonce la mort des ordres religieux, l’article 8 tend même  à un contrôle des accords émanant de Rome [5]A.Pingaud, op.cit., vol. II, p.299.. Le pouvoir civil affirme ainsi son autorité sur l’Eglise Italienne. Pie VII s’en plaint directement au Premier Consul, qui n’étant pas directement responsable, avait du moins laissé faire [6]A. Fugier, op.cit., p.148-149.. La ratification était remise en doute par ces décrets contredisant totalement les volontés des auteurs du concordat.

Le pape Pie VII
Le pape Pie VII

Le 22 mai 1805 enfin la crise avec le    Saint-Siège prend fin, le Premier Consul devenu Empereur signe à Milan un décret annonçant l’entrée en vigueur du Concordat le 1er juin, aucune mention n’est faite des décrets de Melzi qui sont donc par la même annulés. Ainsi quatre jours avant le Sacre de Milan, l’Italie a un Concordat sur le modèle Français. La République italienne peut disparaître, dernier vestige des républiques sœurs elle entre dans une ère de paix religieuse et politique assurée par ses nouvelles lois et institutions.

References

References
1A. Pingaud, Napoléon président de la république italienne, Paris, 1914, vol. II, p.220.
2J-O. Boudon, Napoléon et les cultes, Fayard, 2002, p.210 et suiv.
3A. Fugier donne le 25 mai et J-O. Boudon, le 1er mai…
4Le concordat italien de 1803, signé le 16 septembre 1803, le catholicisme est reconnu religion d’État au sein de la République
5A.Pingaud, op.cit., vol. II, p.299.
6A. Fugier, op.cit., p.148-149.