L’insurrection du Tyrol en 1809

Épilogue
(novembre)

Le jour anniversaire de l’empereur François (4 octobre) est l’occasion pour ce dernier d’honorer Andreas Hofer: il lui fait transmettre le collier d’honneur en or et 3 000 ducats pour sa participation à la défense du pays.. Hofer remercie ce dernier dans une lettre qui est pour lui l’occasion d’exprimer son souhait que, dans

“le cas d’une paix, que les journaux étrangers laissent supposer”, le Tyrol ne soit pas oublié, “comme cela fut le cas lors de l’armistice”.

Le 14 octobre, la paix est en effet signée, à Schönbrunn.

L’article X du traité précise:

Sa Majesté l’empereur des français s’engage à assurer aux habitants du Tyrol et du Vorarlberg qui ont pris part à l’insurrection un pardon total, si bien que ni leurs personnes ni leurs biens ne pourront être inquiétés”

Napoléon est pourtant bien décidé à en finir avec le Tyrol. Il ordonne, le même jour, à Eugène de Beauharnais:

“Je vous charge spécialement de la soumission du Tyrol (..) Vous désarmerez le pays, le soumettrez

Le général Drouet d’Erlon

Et de nouveau, deux semaines plus tard, le 1er novembre 1809 exactement, les tyroliens sont sur le Bergisel, face aux bavarois, qui ont maintenant à leur tête Drouet d’Erlon, Lefebvre ayant été rappelé par Napoléon, du fait de ses précédents échecs, mais aussi de ses déplorables relations avec l’état major bavarois.

Le roi de Bavière informe d’ailleurs son fils de ce changement en des termes pour le moins directs:

“Vous trouverez une grande différence entre Drouet et le Fevre (sic). Le premier a l’intelligence, et le duc est un vieux c…”

Mais cette fois-ci, les tyroliens ne sont que 8500 contre plus de 20 000 franco-bavarois ! Ils ont à leur tête Mathias Delana, Aschbacher, Daney et Speckbacher. Mais ils agissent lentement, sans cohésion, sans but et sans énergie. Il n’y aura pas de véritable combat: les bavarois tournent la gauche tyrolienne, les prenant bientôt à revers. Les redoutes du Bergisel sont rapidement détruites par 24 batteries bavaroises, placées par Wrede, comme à Wagram, en avant des colonnes d’attaque de l’infanterie. La droite est coupée du reste des insurgés. Deux heures plus tard, c’en est fini, les tyroliens se débandent et fuient aux quatre vents dans les montagnes.

Dans le reste du pays, la résistance continuera jusqu’à la fin du mois: le 24 une délégation tyrolienne annoncera la soumission totale de la vallée du Danube à l’autorité de la Bavière, et le 1er décembre, la ligne de communication avec les français du sud-Tyrol est entièrement rétablie.

Et la forteresse de Kufstein n’aura jamais été conquise….

Statue d’Andreas Hofer au HGM de Vienne.

Le 18 novembre, Andreas Hofer s’adresse pour la dernière fois à ses compatriotes:

“Contre la puissance invincible de Napoléon nous ne pouvons pas continuer la guerre. Complètement abandonné par l’Autriche nous nous serions exposés à une misère irréparable. Je ne puis vous demander plus sans davantage de désastre et une catastrophe inévitable. La force du démon mène les pas de Napoléon. Les victoires et les bouleversements d’État sont le résultat de l’intervention divine. Nous ne devons plus résister. Aucun homme sensé ne peut nager contre la marée (..)

Selon des sources sûres, l’armée bavaroise royale a avancé jusqu’à Steinach (à quelle distance dans l’Oberintal, je l’ignore) et l’armée impériale française qui est déjà au-dessus de Bolzano sur les hauteurs entourant Ritten, avance ans le Pustertal. (..)

J’ai beaucoup de douleur au cœur à devoir vous rédiger cette lettre, que je n’écrit qu’à la demande son altesse le prince évêque de Brixen.

Selon des assurances données à son excellence le général Rusca, les armées nous laisseront dès que nous nous seront rendus.- Strezing, 8 Novembre 1809″.

Andreas Hofer, avec son dernier fidèle Kajetan Sweth, se retire dans le Tyrol du sud, sur les hauteurs du Pfandleralm dans la vallée de la Passei. Il entend bien passer l’hiver dans sa hutte. Quelques amis lui conseillent de faire couper sa barbe et de fuir en Autriche: peine perdue, Hofer ne veut pas quitter le Tyrol.

Arrestation de Hofer

Sa tête est mise à prix pour 1500 guldens. Peu après, un dénommé Franz Raffl se présente à Hofer. Celui-ci lui offre de l’argent, et lui demande de ne pas le trahir. Raffl le lui promet.. mais le 28 janvier 1810, 1500 soldats se présentent. Hofer est fait prisonnier,  transféré d’abord à Meran, puis à Mantoue, dont le commandant n’est autre que le général Bisson, celui qui avait capitulé en avril à Innsbruck.

Le 19 février, Hofer est présenté à un conseil de guerre, devant lequel il doit seulement répondre de son action après le 12 novembre. Un avocat de Mantoue, Joachim Basevi, a été commis d’office. Un capitaine français sert d’interprète, mais il ne comprend pas  le dialecte tyrolien de l’accusé. Le procès ne dure pas plus d’une heure et demie. Hofer est reconnu coupable de rébellion et de désobéissance à l’égard du roi de Bavière. La sentence tombe: la mort  !

La nuit précédant son exécution, Hofer écrit sa dernière lettre, adressée à son ami von Pühler:

Cher frère ! La volonté de Dieu est que je passe ici à Mantoue de la vie à l’éternité; mais que Dieu soit béni pour sa grâce divise ! (..) Tous mes bons amis vivants devront aussi prier pour moi, et m’aider à sortir du Purgatoire, si je dois y séjourner (..) Que ma chère femme fasse dire des messes pour moi à l’église de Sankt Martin (..) Adieu, monde méprissable ! Il m’est si facile de mourir que mes yeux ne sont même pas humides ! (..)”

Exécution d’Andreas Hofer

Le 20 février, à 10 h 45, il est fusillé dans les fossés de la forteresse.

Le 7 novembre, ordre avait été donné de raser la forêt du Bergisel, “pour que les évènements de l’année écoulée ne se reproduisent jamais plus”.

Le 4 mars 1810, la Gazette de France informe ses lecteurs que

l’aubergiste André Hofer a été condamné le 19 février par une commission militaire, comme chef des révoltés, et a été fusillé le 20. Hofer n’était pas un homme méchant ni dangereux par lui-même, mais son enthousiasme l’a entraîné, et on a fait beaucoup de mal sous son nom,. Cet homme n’avait aucune connaissance de la tactique, de l’administration, de la politique: il était simple et ignorant. Les Tyroliens avaient pour lui une espèce de vénération, leur bonheur était de le voir. Il avait un fond de religion, mais qui n’était pas éclairée; et qui, dans les malheureuses circonstances où il s’est trouvé, n’a contribué qu’à l’égare.”

En janvier 1823, cinq officiers d’un régiment de chasseurs tyroliens, exhument, de nuit, les restes d’Andreas Hofer, et les font déposer à Bozen. Le 19 février, avec le consentement de l’empereur François, ces restes seront ramenés d’Italie, pour être déposés dans la chapelle impériale d’Innsbruck, où  sera également élevé un magnifique monument. 

En 1893, un autre monument sera érigé, là où le héros avait vaincu l’ennemi: sur le Bergisel.

Le monument sur le Bergisel

Aujourd’hui, Andreas Hofer est le héros tyrolien par excellence….et sur le Bergisel, seuls les sauteurs à ski se combattent, pacifiquement, mais régulièrement !