L’insurrection du Tyrol en 1809

La troisième bataille d’Innsbruck
(août-octobre)

Napoléon avait reçu avec une certaine irritation les nouvelles venant du Tyrol, même si, par sa décision d’appeler à lui une partie du corps bavarois, il était en partie responsable des évènements. Mais il avait, on le sait, d’autres chats à fouetter.

Après la victoire de Wagram, l’armistice de Znaim prévoit que les troupes autrichiennes devront quitter le Tyrol et le Voralberg, sans pour autant s’étendre sur le sort de leurs habitants. L’empereur François réalise sa difficile position, au regard de sa proclamation de Wolkersdorf, et retarde autant qu’il peut la reconnaissance de cet armistice. De son coté, l’archiduc Jean espère également retarder la nouvelle au Tyrol. Mais il faut bien faire face aux réalités: le 28 juillet, Buol reçoit l’ordre d’évacuation, mais, demande l’archiduc, elle doit se faire lentement et de manière à faire espérer une reprise du combat prochaine. Le 4 août, s’en est fait, le Tyrol est laissé à son sort.

Certains combattants sont partis sous l’uniforme autrichien. Hofer et Speckbacher, eux, restent, fidèles à leur pays.

Napoléon décide, maintenant qu’il a les mains libres, qu’il faut en finir. Ses instructions à Lefebvre sont sans appel:

“Mon intention est qu’au reçu de la présente, 150 otages soient pris dans les arrondissements tyroliens et qu’au moins six gros villages ainsi que les maisons des meneurs soient détruits, et que vous expliquiez que le pays sera à feu et à sang, si toutes les armes, au minimum 18 000, ne sont pas livrées. Vous avez le pouvoir dans vos mains, soyez terrible et comportez vous de telle manière qu’une partie des troupes puisse quitter le pays, sans avoir à craindre que les Tyroliens ne recommencent. J’attends d’apprendre que vous ne vous laissez pas prendre dans un piège et que mon armistice n’est pas inutile.”

Pour Lefebvre, une chose est certaine: occuper Innsbruck ne suffit pas, il faut pénétrer dans le pays de tous cotés. Napoléon a jugé que 18 000 à 20 000 hommes seront suffisants. Lefebvre doit aller directement de Salzbourg à Innsbruck, Beaumont se dirigera sur le Voralberg, en passant par Scharnitz, Rusca occupera Sachsenbourg et entrera dans la vallée du Puster.

Ainsi, le 1er août, Innsbruck est de nouveau occupée.

Andreas Hofer

Hofer, de son coté, n’est pas resté inactif et groupe autour de lui de nombreux partisans. Lefebvre a commencé de s’engager dans la vallée de l’Inn, en direction du Brenner. Et c’est à Sterzing, le 5 août que les affaires se gâtent. Des milliers de tyroliens prennent au piège les bavarois, faisant dévaler sur eux des tonnes de rochers. Ils perdent environ mille hommes, tués, blessés ou prisonniers. Lefebvre essaye de poursuivre vers le sud, mais il est de nouveau attendu de pied ferme par Hofer et ses partisans, à Mauls.

Le mouvement insurrectionnel est désormais général. Lefebvre doit se résoudre à se replier sur Innsbruck, ce qui s’avère être loin d’une partie de plaisir, mais il rejoint quand même, non sans mal, la capitale tyrolienne.

Deroy, qui est déjà dans la ville, note:

“L’aspect de la 1ère division était épouvantable aujourd’hui, et nous ne sommes guère mieux”.

Lefebvre, en fait, est pessimiste et il n’est pas loin de penser, à ce moment, que la retraite est inévitable.

Quartier Général de Hofer à Schupfen

Pourtant, ses poursuivants n‘ont, pour l’instant, plus les moyens ni l’envie de combattre. Certains prennent même déjà le chemin de leur village, et il faut toute la persuasion de Hofer et de Speckbacher pour les remettre dans le droit chemin. Dans la nuit du 13 août, ce sont 17 000 hommes qui investissent Innsbruck, Hofer ayant décidé de l’attaque pour le lendemain. Il a son quartier général à Schupfen.

De son coté, Lefebvre dispose de 10 600 fantassins, 1 400 cavaliers et 43 canons, auxquels s’ajoutent 4 000 hommes à Hall, sous les ordres de Rouyer. Il ne s’attend pas à une attaque, ce dimanche. Les avant-postes n’on rien de spécial à annoncer, la nuit a été calme. Aussi la surprise est grande, lorsque, à 7 h 30, au moment où les soldats qui ne sont pas de service, se rendent à la messe, arrive la nouvelle que de nombreux paysans sont en marche sur la route du Brenner.

La ville va être abordée par trois colonnes: l’une par Volders, l’autre à l’ouest du Bergisel, la dernière par la route du Brenner.

Et les mêmes images que lors des deux premiers combats d’avril et mai se répètent: les tyroliens poussent des attaques avec succès, mais reculent devant les contre-attaques bavaroises, sans que les uns puissent prendre possession du terrain entre la colline et la ville, ou que les autres délogent les assaillants de leurs positions sur les collines.

Andreas Hofer à la tête de ses troupes

A huit heures le soir, les combats cessent. Les hommes de Hofer commencent à manquer de tout, y compris de l’envie de combattre. Comme d’habitude, certains commencent à prendre le chemin du retour, et seule la réputation de leur chef, et de ses subordonnés, maintient la majorité sur le terrain. Mais du coté bavarois, ce n’est guère plus brillant. Certes dans les combats qui viennent de se dérouler, seule la 3e division a été engagée, et les pertes ne sont pas trop importantes. Mais si Lefebvre ne sait rien des besoins d’Hofer, il sait qu’il est, lui aussi, à court de munitions. Un convoi a juste été capturé dans la vallée de l’Ach et son conseiller Arco a succombé le 13, dans une escarmouche entre Hall et Rattenberg. Sa décision est vite faite: c’est la retraite.

Par chance, le 14 se déroule pacifiquement et au soir de cette journée, la 1ère division bavaroise quitte Innsbruck, récupère les soldats de Rouyer à Hall, atteint Schwaz le lendemain, où elle est rejointe par la 3e.

Au même moment, Hofer et ses partisans entrent pour la troisième fois dans Innsbruck.

Le 18, toutes les troupes bavaroises auront franchi la frontière, en direction de Linz et Passau. Comme en avril, le Tyrol aura de nouveau été libéré sans le secours de troupes étrangères, comme en avril, de toutes les parties du pays, la résistance à l’ennemi s’était levée.

Ce même jour, Andreas Hofer lance une nouvelle proclamation:

“Maintenant que, avec l’aide de Dieu, nous avons vaincu l’ennemi et l’avons chassé de notre chère Patrie, il est nécessaire de songer aux mesures propres à protéger dans le futur la chère Patrie et éviter les agressions ennemies. Pour ce faire, il est donc de le plus haute importance, que tous les hommes de 18 à 60 ans, en état de porter les armes, soient régulièrement enregistrés, organisés en compagnies, pour chaque compagnie des officiers capables élus, et les listes à jour transmises aux sous-signés. Les plus âgés, ou ceux qui possèdent des biens, seront tenus de verser à ces compagnies une contribution (qui sera définie en fonction des conditions locales). Il est important de noter que chaque compagnie se trouve libre d’élir ses officiers. En contre-partie, les hommes devront les respecter et obéir à leurs ordres. Car ceux qui résisteront ou désobéiront seront punis en conséquence..

Aucun homme intelligent ne peut s’élever contre ces mesures, car sans ordre, sans obéissance rien de bien ne peut être mené à son terme. L’ordre est l’âme des affaires.

Chers compatriotes, mes Frères, réfléchissez ! Si le désaccord et la discorde règnent parmi nous: que se passera-t-il ? Guerre intérieure, destructions, meurtres seront les conséquences.

Travaillons donc ensemble, avec nos forces réunies, implorons la bénédiction du Ciel – et nous aurons bien fait notre devoir !”

Le 19 août, sur l’insistance des commandants, des fonctionnaires et des intellectuels, il prend la direction du pays, mais, tient-il à le préciser, “seulement au nom de Sa Majesté l’Empereur”