Les Tirailleurs Corses

1806 LA CAMPAGNE DE PRUSSE

La Reine Louise de Prusse
La Reine Louise de Prusse

Ce repos bien mérité dura jusqu’au mois de septembre, époque à laquelle on commençait à parler des préparatifs considérables que faisait le Roi de Prusse (débordé par son épouse, la belle et belliqueuse Reine Louise ) pour mettre son armée en campagne.

Côté Français, on arrêta immédiatement la marche de retour vers la France et tous les jours arrivaient à Passau de nouveaux conscrits, les ordres de Soult étant précis :

Le contingent du dépôt doit marcher sur le champ, ignorant ou instruit, habillé ou non ; les effets suivront l’armée.

Le 22 septembre, le maréchal Soult passe en revue toutes les divisions, entrant dans les moindres détails, comme il convient à la veille d’une entrée en campagne.

A cette date le Bataillon des Tirailleurs Corses compte dans ses rangs 26 officiers, 623 hommes de troupe, 31 hommes à l’hôpital, et parmi ces soldats on comptait, cent conscrits venus du dépôt, qui pour tout uniforme avaient reçu une veste blanche et pour toute manœuvre avaient fait la route d’Antibes à Passau. Ces braves garçons furent entraînés au maniement des armes et au pas cadencé dans leurs cantonnements pendant leur marche triomphale de Passau à Berlin. Ils rivalisèrent d’endurance avec les Tirailleurs d’Austerlitz parce qu’ils étaient bien encadrés et avaient le soutien sans faille de leurs anciens. Les cadres avaient été complétés, tous les sous officiers qui en avaient la capacité avaient  été promus, ils avaient bravement acquis leurs épaulettes.

Depuis la journée d’Austerlitz, la discipline avait fait des progrès considérables,  dus surtout au fait qu’une confiance aveugle régnait envers leurs chefs. Il faut dire que le Corse, guerrier par instinct se plie mal à l’obéissance passive, et qu’il n’est pas le dernier à se rebeller contre un problème de subsistance ou d’habillement.

Pendant la campagne de 1805, il s’était produit dans l’armée quelques cas d’indiscipline dus au manque constant d’approvisionnement indispensable à la vie quotidienne et à la bonne marche du soldat, et il avait fallu toute l’autorité du commandant d’Ornano et toute la grande bienveillance du capitaine Morandini , pour faire plier et assouplir sa tendance aux éternelles récriminations. En 1806, on remédia à tous ses inconvénients, chaque tirailleur fut pourvu de deux bonnes paires de souliers dans le sac, plus une au pied, deux chemises plus celle qu’il portait sur le dos. Les armes étaient en parfait état et les munitions au complet, les approvisionnements en vivres étaient bien assurés. Le bataillon avait un fourgon portant deux jours de vivres, de l’eau de vie pour deux distributions. De plus, chaque soldat eut constamment sur lui deux jours de pain sur lui.

Le roi de Prusse Frégéric-Guillaume III (Anton Graff)
Le roi de Prusse Frégéric-Guillaume III (Anton Graff)

Le 27 septembre, la division leva ses cantonnements de Bavière, tambours et fifres en tête, on pris le pas cadencé, et nos Tirailleurs Corses eurent l’honneur d’ouvrir la marche de cette belle colonne qui allait à la rencontre de l’armée de Frédéric-Guillaume. Derrière eux, toujours les mêmes camarades de combat, le 26e Léger, les Tirailleurs du Pô, les 18e et 75e de Ligne, seul le 3e de Ligne est resté à Braunau.

Elle formait une unité compacte. On remarquait avec plaisir, dans cette grande famille militaire une noble émulation sans prétention, ni vanité. Le Général Legrand, après s’être assuré qu’il n’existait dans ses rangs que des hommes valides en état de faire campagne, donna les ordres de route . (Vicomte de Pelleport).

Le 2 octobre, après un court bivouac à Ratisbonne [1]Regensburg aujourd’hui, la division Legrand marche sur Amberg, qu’elle atteint le 3 en court de matinée. Les Tirailleurs Corses et ceux du Pô s’installent immédiatement aux avant-postes.

Le 4 octobre, la division s’installe en avant de Thumbach, surveillant la route de Kemmat à Trämesdorff et emploie les deux journées suivantes à serrer sur la cavalerie de Margaron, afin de laisser place à la division Leval qui devait se rassembler en avant de Haag.

Le 7 octobre, le IV° Corps entra à Bayreuth sans avoir encore vu l’ennemi. Dans cette ville riche, on frappa quelques réquisitions pour les besoins de l’armée. La division passe la nuit au bivouac en arrière de Bindloch.

Le 8 octobre, au chant du coq, le général Legrand met ses troupes en mouvement et règle sa marche de façon à rejoindre la cavalerie légère de Margaron sur les hauteurs de Beineck à 08 heures 30. A partir de leur jonction, les Tirailleurs Corses et ceux du Pô marchent en avant garde, précédant le 8e Hussards pour éclairer le gros de la colonne, engagé sur une route se déroulant dan un pays très accidenté. Le soir, les régiments son regroupés au bivouac en avant de Munchberg, couverts à quatre kilomètres par des avant postes fournis par le 26e Léger et les Tirailleurs Corses qui prirent position. Les Tirailleurs du Pô restaient près du 8e Hussards.

Les Tirailleurs Corses et le 26ème Léger prirent position à la tête du bois qui est à la droite de la route de Hoff, et au delà de la vallée, de manière à fournir des postes pour surveiller les débouchés de Maräersreuth et de Weissdorf. (Foucart).

Les vivres ne parvinrent que très tard dans la nuit et la distribution était à peine finie qu’il fallut se remettre en marche sur la route de Hoff, pour aller bivouaquer sur les hauteurs de Gross-Zöbern non sans avoir au passage enlevé tous les magasins de l’ennemi et lui avoir fait quelques prisonniers.

La journée du 10 octobre fut assez pénible, la pluie ne cessa pas de tomber sur des chemins détrempés et des champs transformés en bourbiers. Les Tirailleurs Corses marchèrent difficilement et pour se reposer vinrent installer leur bivouac en avant de Plauen. La marche pourtant très dure se fit avec un cœur léger et on se rappelait de la proclamation lue la veille à la tête des compagnies.

Soldats ! il n’est aucun de vous qui voulez retourner en France par un autre chemin que par celui de l’honneur. Nous ne devons y entrer que sous des arcs de triomphe.

Pendant ce temps, le corps de Lannes est au contact de l’ennemi pour qui c’est la déroute. Le chef de l’avant garde, le prince Louis-Ferdinand, le héros de la société berlinoise, est tué par le maréchal de logis GUINDET.

A Lannes, qui reproche au sous officier de ne pas l’avoir pris vivant, celui-ci répond : il n’était pas d’humeur à se rendre… et montre les deux coups de sabre qu’il a reçu à la tête.

Le 11 octobre, les Tirailleurs Corses reprenaient la tête de la 3e division et reprenaient une marche des plus pénibles, les voitures traînées par des bœufs s’embourbaient et no braves soldats accouraient pour pousser à la roue.

Nos troupes sont exténuées, la division Legrand est en position en arrière de Weyda, la marche que j’ai faite aujourd’hui quoiqu’elle n’est pas été longue, a un peu déprimé et fatigué les troupes, les mauvais chemins qu’il y a à parcourir, quelque direction que l’on prenne, empêche de faire de grands progrès pendant la nuit. » [2]lettre de Soult à l’Empereur

Les routes sont épouvantables demain je réunirai tous les corps d’armée à Gera. Il me serait impossible de faire en ce jour davantage, car la marche d’aujourd’hui (11 octobre) quoiqu’elle ne soit pas longue a été extrêmement fatigante pour la troupe.[3]lettre de Soult à Berthier

 

Cependant il ne faut pas songer à prendre le moindre repos.

Demain 12 octobre le Général Legrand mettra sa division en marche à la pointe du jour et se dirigera vers Gera. (lettre de Soult).

Le soir en effet, la 3ème division bivouaquait à Naulitz près de Gera.

Le 13, le Major Général écrit à Soult :

l’armée prend repos aujourd’hui, on en profitera pour procurer des vivres, remplir les cantines, rallier les traînards et mettre les armes en état.  

Les Tirailleurs respirent, on va pouvoir se reposer. Un jour de repos après 17 jours de marche, sac au dos et sans arrêt, est une véritable aubaine même pour les rudes gaillards que sont les Corses. Des petits détachements vont réquisitionner de la viande et diverses victuailles à Gera, à Ronneburg et Altenburg. La marmite est au feu, le soldat retrouve sa gaieté lorsqu’à midi, les tambours battent la générale.

Nous étions à Gera et nous nous attendions à rester quelques jours dans cette ville. On savait bien que l’armée prussienne était très près de nous, mais on ne connaissait pas positivement la position qu’elle occupait pour faire un mouvement décisif. Lorsque le 13, vers midi nous reçûmes l’ordre de partir précipitamment pour nous rendre à Iéna avec injonction d’y arriver le soir même ou dans la nuit. (Saint-Chamans).

 

La 3e division se mit en route à 13 heures et atteignit Kloster-Lausnitz vers 18 heures.

La route était extrêmement mauvaise et encombrée de voitures qui obstruaient la passage. La cavalerie et la division du Général Saint-Hilaire purent seulement arriver à minuit à Iéna. » (Journal du IV° Corps)

La division Legrand ne put reprendre son mouvement en avant qu’à deux heures du matin. Dans la nuit, nos troupes avançaient difficilement, s’arrêtant à tout moment, sac au dos, énervées par l’obscurité et les brusques arrêts des attelages embourbés ou fourbus. Enfin le soleil se leva, et malgré le brouillard très épais qui couvrait la campagne, la marche devient plus alerte et plus rapide.

Vers 9 heures du matin, les divisions Legrand et Leval étaient à 15 km d’Iéna. Les officiers et les soldats commençaient à respirer, espérant arriver à temps pour la bataille qui se préparait….

References

References
1Regensburg aujourd’hui
2lettre de Soult à l’Empereur
3lettre de Soult à Berthier