Le divorce

L’hypothèse d’un divorce avait été évoqué devant l’impératrice Joséphine dès 1807 [1] (si l’on met de côté les querelles entre les deux époux, dues à sa jalousie maladive, alimentée, il est vrai, par les aventures extra conjugales de son époux), et par celui que l’on considère comme l’homme le mieux informé de France : le ministre de la police, Fouché !

En novembre, en effet, celui-ci a un entretien informel avec l’impératrice, durant lequel il l’invite tout simplement à se sacrifier sur l’autel de la patrie. Il lui explique que, pour enlever définitivement aux Bourbons toute espèce d’espoir de revenir sur le trône de France, Napoléon doit laisser un ou des héritiers derrière lui, afin de fonder une dynastie. Ne pouvant plus avoir d’enfant, elle doit comprendre qu’elle est le seul obstacle à la consolidation du régime.[2]

Le concours de ces circonstances á la fois politiques et domestiques, et la crainte de voir un jour l’empereur en vieillissant se traîner sur les traces d’un Sardanapale, me suggérèrent l’idée de travailler à donner un avenir au magnifique Empire dont j’étais l’un des principaux gardiens. Dans un Mémoire confidentiel dont je lui fis moi-même la lecture, je lui représentai la nécessité de dissoudre son mariage, de former immédiatement, comme empereur, un nouveau noeud plus assorti et plus doux, et de donner un héritier au trône sur lequel la Providence l’avait fait monter. Ma conclusion était la conséquence naturelle des considérations et des arguments les plus forts et les plus solides que pussent suggérer les besoins de la politique et les nécessités de l’Etat.

Sans me rien manifester de positif sur ce sujet grave et pressant, Napoléon me laissa entrevoir que, sous le point de vue politique, la dissolution de son mariage était arrêtée déjà dans son esprit; mais qu’il n’en était pas de même du noeud qu’il serait à propos de former; que d’un autre coté, il tenait singulièrement, par ses habitudes autant que par une sorte de superstition, à Joséphine; et que la démarche qui lui coûterait le plus, serait de lui signifier le divorce. Je m’en tins aux monosyllabes significatifs et aux deux ou trois phrases presque énigmatiques, mais pour moi faciles à deviner. Poussé par un excès de zèle, je résolus d’ouvrir la brèche et d’amener Joséphine sur le terrain de ce grand sacrifice que réclamaient la solidité de l’Empire et la félicité de l’empereur.

Une telle ouverture exigeait quelques préliminaires. J’épiai l’occasion; elle se présenta un dimanche à Fontainebleau, à la rentrée de la messe. La, tenant Joséphine dans l’embrasure d’une fenêtre, je lui donnai, avec toutes les précautions oratoires, tous les ménagements possibles, la première atteinte d’une séparation que je lui présentai comme le plus sublime et en même temps le plus inévitable des sacrifices. Son teint se colora d’abord; elle pâlit ensuite, ses lèvres se tuméfièrent, j’aperçus dans tout son être des signes qui me firent redouter une attaque de nerfs, ou toute autre explosion. Ce ne fut qu’en balbutiant qu’elle m’interpella, pour savoir si j’avais l’ordre de lui faire une si triste insinuation. Je lui dis que je n’avais aucun ordre, mais que je pressentais les nécessités de l’avenir, et me hâtant, par une réflexion générale, de rompre un si pénible entretien, je feignis d’avoir à conférer avec un de mes collègues, et je m’éloignai. Je sus, le lendemain, qu’il y avait eu beaucoup de chagrin et de trouble dans l’intérieur; qu’une explication, à la fois vive et touchante, s’était engagée entre Joséphine et Napoléon, qui m’avait désavoué ; et que cette femme, naturellement si douce, si bonne, m’ayant d’ailleurs plus d’un genre d’obligations, avait sollicité en grâce et avec instance mon renvoi, pour avoir préféré le bien de la France à son intérêt personnel et aux jouissances de sa vanité. Tout en protestant que j’avais parlé sans mission, l’empereur refusa de me chasser, car ce fut là le mot, et il calma tant bien que mal Joséphine, en alléguant à mon égard des prétextes politiques. Il était, pour moi, évident que si déjà il n’eut arrêté secrètement son divorce, il m’eut sacrifié, au lieu de se borner à un simple désaveu de ma démarche. Mais Joséphine en fut la dupe; elle n’avait point assez d’esprit pour ne pas se bercer d’illusion; elle crut obvier à tout par de misérables artifices. Qui le croirait ? Elle mit l’empereur sur la voie d’une de ces fraudes politiques, qui eussent été la dérision de toute l’Europe, s’offrant de supposer une grossesse factice, osant même le proposer formellement à l’empereur. Sur qu’elle en viendrait là, j’avais fait ébruiter la possibilité de cette supercherie par mes limiers, de sorte que l’empereur n’eut qu’à lui montrer ses bulletins de police pour se débarrasser de ses obsessions. (Mémoires de Fouché [3])

Joséphine est suffisamment fine, et elle connaît si bien le caractère de son impérial mari, qui ne s’embarrasse généralement pas d’intermédiaire dans ce genre de situation, pour soupçonner qu’il s’agit là d’une initiative personnelle l’ancien jacobin. Aussi lui répond-elle, avec une certaine dignité :

« Je regarde mon lien avec l’Empereur comme écrit dans le livre des plus hautes destinées. Je ne m’expliquerai jamais que vis-à-vis de lui-même, et ne ferai jamais que ce qu’il ordonnera ».

Ayant eut vent de cette initiative de son ministre, Napoléon s’en était montré non seulement irrité, mais il l’avait officiellement désavoué, tout en étant, intérieurement, intéressé à voir l’idée d’un divorce se propager, peu à peu, dans l’opinion. Il est profondément contrarié par les « racontars » selon lesquels Eugène a déjà été désigné son héritier, pour le cas où un accident surviendrait.

« Vous avez des enfants, je n’en ai pas », déclare-t-il à Joséphine. « Vous devez sentir la nécessité où je me trouve de songer à consolider ma dynastie ; pour cela il faut que je divorce et que je me remarie. Cela sera avantageux à vos enfants. Vous avez beau pleurer, la raison d’Etat est la plus forte ; il faut vous y soumettre de bonne grâce, car, bon gré, mal gré, j’y suis résolu. »

« Quand vous m’ordonnerez de quitter les Tuileries, j’obéirai à l’instant », lui répond-elle. « Je suis votre femme, j’ai été couronnée par vous en présence du Pape ; de tels honneurs valent bien qu’on ne les quitte pas volontairement. Si vous divorcez, la France entière saura que c’est vous qui me chassez, et elle n’ignorera ni mon obéissance, ni ma profonde douleur ».

C’est Eugène qui lui a conseillé cette attitude. A l’époque de l’intervention de Fouché, il a écrit à sa mère :

« Tu n’auras jamais rien à redouter de lui (Napoléon) parce que l’empereur, en lui-même, méprise ceux qui lui donnent de mauvais conseils.

On a beaucoup pare de divorce ; je l’ai su de Paris et de Munich, mais j’ai été contentz de ta conversation avec l’Empereur, si elle est telle que tu me l’as fait rendre. Il faut toujours parler franchement à Sa Majesté. Faire autrement serait ne plus l’aimer. Si l’Empereur te tracasse encore sur des enfants, dis-lui que ce n’est pas bien à lui de te reprocher toujours des choses semblables. S’il croit que son bonheur et celui de la France l’obligent à en avoir, qu’il n’ait aucun égard étranger.

Il doit bien te traiter, te donner un douaire suffisant pour te permettre de vivre auprès de tes enfants d’Italie. L’Empereur fera alors le mariage que lui commanderont sa politique et son bonheur. Nous ne lui en resterons pas moins attachés, parce que ses sentiments ne doivent pas changer pour nous, quoique les circonstances l>’aient obligé à éloigne de sa personne notre famille. Si l’Empereur veut avoir des enfants qui soient à lui, il n’a que ce seul moyen ; tout autre serait blâmé et l’Histoire en ferait justice. D’ailleurs, il a trop travaillé pour elle pour qu’il laisse un seul feuillet à déchirer à la postérité.

Tu ne dois donc craindre ni les évènements ni les méchants. Ne tracasse pas l’Empereur et occupes-toi de régler tes dépenses intérieures. Ne soit pas si bonne avec tout ce qui t’entoure, tu en serais bientôt la dupe. ».

Lorsque que Napoléon était parti pour l’Italie [4], la « rumeur » s’était fait de plus en plus insistante. Si elle affecte alors, en public, de n’en être pas le moins du monde gênée, la vérité est toute autre.  Le 10 février 1808, elle écrit à son fils :

« Le retour de l’empereur m’a beaucoup occupée…  Tu devines aisément que j’ai eu bien des sujets de chagrin. Les bruits qui couraient pendant l’absence de l’empereur n’ont pas cessé à son retour et ont, dans ce moment-ci, plus de prôneurs que jamais. Il est vrai que leurs auteurs n’ont pas été punis; au contraire, on a remarqué que ceux qui avaient cherché à les démentir ont reçu un accueil plus froid. Au reste, je m’en remets à la Providence et à la volonté de l’empereur. Ma seule défense est ma conduite, que je tâche de rendre irréprochable. Je ne sors, je n’ai plus aucun plaisir et je mène une vie à laquelle on s’étonne que je puisse me plier, après avoir été accoutumée à être moins dépendante et à voir beaucoup de monde. Je m’en console en pensant que c’est me soumettre au désir de l’empereur. Je vois ma considération baisser tous les jours tandis que d’autres augmentent en crédit… Que les trônes rendent malheureux… J’en signerais demain sans aucune peine l’abandon pour tous les miens. Le coeur de l’empereur est tout pour moi. Si je dois le perdre, j’ai peu de regret à tout le reste. Voilà ma seule ambition, et mon coeur tel qu’il est. Je sais bien que ce n’est pas avec cette franchise qu’on réussit, et si je pouvais, comme beaucoup d’autres, n’être qu’adroite, je m’en trouverais beaucoup mieux, mais je préfère conserver mon caractère. J’ai du moins l’estime de moi-même… »

Autour d’elle, l’ambiance est plutôt en sa faveur, car elle a su se faire aimer, même à la Cour. Alors, si l’idée d’un nouveau mariage de l’empereur, avec, bien sûr, une princesse d’une dynastie européenne – on ne sait pas encore – on préfère encore se ranger à ses côtés, tout en ayant sa propre opinion, qui varie, bien sûr, en fonction des intérêts de chacun.

L’année 1808 marque une pause dans ce « feuilleton » : Napoléon est occupé par l’affaire d’Espagne, et le voyage que le couple impérial fait, à la même époque, dans les départements de l’ouest de la France, fait taire les bruits de divorce, tant Joséphine recueille tous les suffrages de la population.

Mais l’empereur n’en abandonne pas pour autant son projet. En juillet 1809, l’annonce de la grossesse de Marie Walewska, en même temps qu’elle le ravie, le conforte dans sa certitude qu’il peut être père. Sa décision, bientôt, est prise : le divorce est inéluctable. Ce dont Joséphine est également parfaitement consciente, d’autant que Napoléon devient de plus en plus distant, évite toute intimité, fait murer la porte qui communique entre leurs deux appartements.

Mais Napoléon veut à tout prix éviter une de ces scènes qui le déconcertent.

Le 14 novembre 1809, les deux époux sont de nouveau à Paris : la fin du drame approche. Le 27 novembre, convoquant sa belle-fille Hortense, il lui annonce sa décision, ajoutant que rien ne le fera changer d’avis. Hortense, en réponse l’assure que sa mère « se soumettra, j’en ai la conviction, et nous nous en irons tous, emportant le souvenir de vos bontés ».

Voilà une réponse bien faite pour déstabiliser l’empereur, qui répond :

« Quoi ! Vous me quitterez tous, vous m’abandonnerez ! Vous ne m’aimerez donc plus ? ».

Il sanglote, sans essayer de cacher son émotion, et qui essaye de justifier sa décision, dictée par la seule raison d’Etat. Le sacrifice qu’il fait n’est facile pour personne et lui-même s’y résout péniblement, il aime Joséphine, il la regrettera, mais…. sa décision est arrêtée.

Le 30 novembre, après dîner, c’est la fameuse scène de l’évanouissement de Joséphine, aux Tuileries. Napoléon en est profondément troublé et dit à M. de Bausset [5] :

« L’intérêt de la France et de ma dynastie a fait violence à mon cœur ; le divorce est devenu un devoir rigoureux pour moi ; je suis d’autant plus affligé de la scène que vient de faire Joséphine que depuis trois jours elle a dû savoir par Hortense la malheureuse obligation qui me condamne à me séparer d’elle. Je la plains de toute mon âme, je lui croyais plus de caractère et je n’étais pas préparé aux éclats de sa douleur. »

Napoléon informant Joséphine qu'il a décider de divorcer
Napoléon informant Joséphine qu’il a décider de divorcer

Le surlendemain, dînant en tête à tête avec Joséphine, il lui fit pas de sa résolution. Joséphine s’évanouit. Il fallut toute la rhétorique de Cambacérès et toute la tendresse de son fils, Eugène, soit pour la calmer, soit pour la disposer à la résignation (Mémoires de Fouché [6])

L’acte officiel de séparation ne va être signé que deux semaines plus tard. Deux semaines pendant lesquelles l’impératrice va continuer, avec beaucoup de dignité, à remplir ses fonctions. En cette fin d’année, Paris reçoit, pour fêter la signature du traité de paix de Schönbrunn, la plupart des souverains de l’Europe. Le programme des festivités est chargé : le 1er décembre, réception à Malmaison en l’honneur des souverains alors présents à Paris, le 3, Te Deum à Notre-Dame, le 4, revue aux Tuileries et fête à l’Hôtel de Ville (c’est l’anniversaire du couronnement !), le 11, fête à Grosbois chez Berthier.

Tous les témoignages s’accordent à souligner la dignité et le courage dont fait preuve Joséphine dans ces occasions :

Pasquier est « frappé de la parfaite convenance de son maintien en présence de tout ce monde qui l’entourait encore d’hommages et qui ne pouvait ignorer que c’était pour la dernière fois, que dans une heure elle descendrait du trône et quitterait le palais pour n’y jamais rentrer ».

Mme de Chastenay se rappellera « de cette soirée, dans laquelle rien ne fut changé à la manière accoutumée ; cependant on voyait les traces de ses larmes et l’empreinte d’un profond chagrin sur le visage toujours gracieux de celle qui représentait pour la dernière fois ».

Le 14 décembre, à 9 heures du soir, se déroule la cérémonie officielle.

La cérémonie officielle
La cérémonie officielle

 

 

Devant la famille impériale presque au complet[7]] (il y a là Madame Mère, les rois Louis et Jérôme, les époux Murat, la reine d’Espagne Julie, la femme de Jérôme, Catherine, Pauline Borghèse, enfin, bien sûr, Hortense et Eugène [8]), mais aussi un grand nombre de courtisans, tous réunis dans le grand cabinet de l’Empereur aux Tuileries, le divorce par consentement mutuel est prononcé,. C’est Cambacérès qui officie, assisté de Regnaud de Saint-Jean-d’Angély. Puis les deux époux lisent leur discours, préparé par l’archichancelier, simples exposés des raisons de la séparation par Napoléon, de son acceptation par Joséphine.

Mais les deux époux ne s’en tiennent pas là. Napoléon ajoute au sien ces phrases pleines de sensibilité :

« Dieu sait combien une pareille résolution a coûté à mon cœur ! Mais il n’est aucun sacrifice qui soit au-dessus de mon courage lorsqu’il m’est démontré qu’il est utile au bien de la France. J’ai besoin d’ajouter que, loin d’avoir jamais eu à me plaindre, je n’ai eu, au contraire, qu’à me louer de l’attachement et de la tendresse de ma bien-aimée épouse : elle a embellie quinze ans de ma vie : le souvenir en restera gravé dans mon cœur. Elle a été couronnée de ma main : je veux qu’elle conserve les rangs et titres d’Impératrice couronnée. »

C’est au tour de Joséphine, en robe blanche toute simple, sans le moindre ornement, de lire son texte, au début d’une voix assez ferme. Mais, elle aussi, veut lire quelques lignes qu’elle a substituées au texte de Cambacérès. Mais bientôt, effondrée, elle laisse cette tâche à Regnaud der Saint-Jean d’Angely :

« Avec la permission de mon auguste et cher époux, je dois déclarer que, ne conservant aucun espoir d’avoir des enfants qui puissent satisfaire les besoins de sa politique et l’intérêt de la France, je me plais à lui donner la plus grande preuve d’attachement et de dévouement qui ait jamais été donnée sur la terre. Je tiens tout de ses bontés : c’est sa main qui m’a couronnée et, du haut de ce trône, je n’ai reçu que des témoignages d’affection et d’amour du peuple français. Je crois reconnaître tous ces sentiments en consentant à la dissolution du mariage qui, désormais, est un obstacle au bien de la France, qui la prive du bonheur d’être un jour gouvernée par les descendants du grand homme si évidemment suscité par la Providence pour effacer les maux d’une terrible révolution et rétablir l’autel, le trône et l’ordre social. Mais la dissolution de mon mariage ne changera rien aux sentiments de mon coeur : l’Empereur aura toujours en moi sa meilleure amie. Je sais combien cet acte, commandé par la politique, a froissé son coeur, mais l’un et l’autre, nous sommes glorieux du sacrifice que nous faisons au bien de la patrie. »

Elle regagne son appartement abattue et épuisée par l’éprouvante cérémonie qui vient de s’achever. Hortense, cherchant à la réconforter, ne trouve pas mieux à dire que la dernière souveraine sortie de ce palais n’en est partie que pour monter à l’échafaud ! Le lendemain 15, à 14 heures, elle quitte les Tuileries pour se rendre à Malmaison, Napoléon assistant à son départ [9]

Lettre de Joséphine : Avec la permission de mon auguste époux...
Lettre de Joséphine : Avec la permission de mon auguste époux…
Lettre de Joséphine
Lettre de Joséphine

Le 15 décembre, on procéda cérémonieusement à la dissolution du mariage. Tout s’étant terminé dans les formes, un officier de la garde fut chargé d’escorter Joséphine à la Malmaison, tandis que de son côté, l’empereur se rendait au Grand-Trianon, pour y passer quelques jours de retraite[10] (Mémoires de Fouché)

Le 16, la Haute Assemblée se réunit, à 11 heures du matin. Regnaud y expose les motifs qui fondent le projet de sénatus-consulte soumis au Sénat, lequel, ayant pour mission de régler tout ce qui n’a pas été prévu par la Constitution et ce qui est nécessaire à sa marche, est parfaitement habilité à prononcer ce divorce, nécessaire à la marche de la Constitution, parce que destiné à assurer la succession  de l’Empereur.

Après la lecture du procès verbal de l’assemblée de famille de la veille, c’est Eugène qui prononce le seul discours de cette réunion :

« Ma mère, ma sœur et moi, nous devons tout à l’Empereur : il a été pour nous un véritable père; il trouvera en nous, dans tous les temps, des enfants dévoués et des sujets soumis. Il importe au bonheur de la France que le fondateur de cette quatrième dynastie vieillesse environné d’une descendance directe qui soit notre garantie à tous comme le gage de la gloire de la patrie. Lorsque ma mère fut couronnée devant toute la Nation par les mains de son auguste époux, elle contracta l’obligation de sacrifier toutes ses affections aux intérêts de la France. Elle a rempli avec courage, noblesse et dignité le premier de ces devoirs. Son âme a été souvent attendrie en voyant en butte à de pénibles combats le cœur d’un homme habitué à maîtriser la fortune et à marcher toujours d’un pas ferme à l’accomplissement de ses grands desseins. Les larmes qu’a coûtées cette résolution à l’Empereur suffisent à la gloire de ma mère. Dans la situation où elle va se trouver, elle ne sera pas étrangère, par ses vœux et ses sentiments, aux nouvelles prospérités qui nous attendent et ce sera avec une satisfaction mêlée d’orgueil qu’elle verra tout ce que ses sacrifices ont produit d’heureux pour sa patrie et pour son Empereur. »

NOTES

[1] La mort de Napoléon-Charles, le fils de Louis et Hortense avait beaucoup affecté Napoléon, et doit être considéré comme un des évènements participants à sa décision future de divorcer.

[2] En même temps, il avait adressé à Napoléon des « rapports de police » où l’on pouvait lire que « l’Empereur n’a jamais eu d’enfants, que les liaisons que Sa Majesté a eues avec plus sieurs femmes n’on jamais eu de résultats » !

[3] Comme toujours à prendre avec beaucoup de précautions !)

[4] Il s’agit du voyage du 21 novembre au 31 décembre 1807, durant lequel, entre autres choses, il annonce à Eugène la séparation certaine d’avec sa mère. Il en parle aussi à Joseph et à Lucien (entrevue de Mantoue)

[5]  Lequel rapporte  qu’il a été surpris d’entendre Joséphine lui dire tout bas « Vous me serrez trop fort… » !

[6] Qui place donc la scène le 5 décembre.

[7] Joseph est retenu en Espagne, et Elisa, enceinte, est également absente

[8] Napoléon lui a envoyé, le 1er décembre, l’ordre de venir à Paris, sans toutefois lui dire la raison de cette « convocation »

[9] Napoléon lui rendra visite le 16 et le 24 décembre. Le 25, ils dîneront ensemble pour la dernière fois, au Trianon.

[10] Il y restera jusqu’au 25. Ce jour-là il dînera avec Joséphine : dernier repas qu’ils prendront ensemble.