Le 53e de ligne sous l’empire

Au mois de mars 1791 le régiment Alsace, devenu le 53e de ligne, fut envoyé de Strasbourg à Givet pour y tenir garnison.

On pouvait déjà prévoir l’ouverture prochaine de cette lutte dans laquelle la France allait recueillir tant de gloire et frapper sur la vieille Europe des coups si terribles.

Le régiment se distingua alors par un acte de patriotisme le plus élevé et au-dessus de tout éloge.

Les soldats mirent, spontanément, leurs bras et l’argent de leurs masses, toute leur petite fortune de soldat, à la disposition des ingénieurs militaires pour la réparation des fortifications de la ville.

L’Assemblée nationale informée de cet acte de désintéressement et de patriotisme chaleureux dans sa séance du 12 juillet 1791, vota des félicitations et des remerciements au 53e et décréta que le montant du don généreux fait par les soldats serait remboursé au corps.

De Givet, le 53e  (composé alors de deux batailIons), se rendit, le 1er bataillon à Verdun, le 2e à Lorient ; ce dernier bataillon a été versé dans l’armée coloniale.

Le 1er bataillon compta d’abord en 1793 dans l’armée de la Moselle, prit part à l’engagement d’Arlon, occupa, pendant quelques jours, la garnison de Longwy et fut envoyé au camp de Salses pour entrer dans la composition de l’armée des Pyrénées-Orientales. Il se distingua à la bataille de Peyrestortes et au combat de St-Ferréol.

Le général Dahlmann dans son uniforme de colonel des chasseurs à cheval de la Garde impériale, par Albert Gregorius.

Le colonel Dahlman 1)Nicolas Dahlmann, né le à Thionville et mort le lors de la bataille d’Eylau, en Prusse-Orientale, général français de la Révolution et de l’Empire. , qui devait plus tard commander le régiment des chasseurs de la garde impériale, était à cette époque sergent au 53e ; il fut blessé à Peyrestortes.

Le bataillon occupa successivement plusieurs villages autour de Perpignan dans le camp de l’Union. En 1794, il fut envoyé à Collioure et de là en Espagne au camp de la Jonquière. Dans cette même année, le 1er bataillon prenait part aux batailles de Montesquiou, du Boulou et au siège de Collioure.

En 1795, il était avec les troupes qui opéraient en Catalogne, reprenaient Figuières et terminaient victorieusement pour la France la campagne dirigée par Dagobert et Dugommier dans les Pyrénées-Orientales.

Au combat du 7 brumaire, le grenadier Portenach eut la cuisse cassée par un éclat d’obus. Ce brave, qui voit la mort approcher, ne veut pas avoir la honte de tomber vivant entre les mains de l’ennemi, il supplie un de ses camarades de lui enlever le peu de vie qui lui reste ; celui-ci l’embrasse, en pleurant, et lui rend ce douloureux service.

En 1794, l’armée française se trouvait dans des conditions désavantageuses, car, une partie minime de l’infanterie était manœuvrière, tandis que l’autre, provenant des enrôlements, n’était que brave à l’excès ; or, comme l’infanterie doit être à la fois brave et manoeuvrière il fallut réorganiser l’armée.

En principe, tous les corps eurent les mêmes droits et placés sur le pied de trois bataillons dont deux de volontaires et un tiré des anciens régiments de ligne.

Le régiment fut remplacé par la demi-brigade composée de trois bataillons, chacun de neuf compagnies.

53e Demi-Brigade de Bataille.

La 53e demi-brigade de bataille, formée, le 31 décembre 1794, du 1er bataillon du 27e régiment (Lyonnais), du 1er bataillon de volontaires du Bas-Rhin et du 3e des volontaires de la Moselle, figura dès son origine à l’immortelle armée de Sambre-et-Meuse.

Après avoir été cantonnée dans les places de la Gueldre, la 53e demi- brigade fut employée, en entier, au siège de Luxembourg qui capitula le 15 juin 1795. Envoyée ensuite au camp de Coblentz, elle prit part au combat de Neuwied, au passage  du Rhin, marcha sur la Lahn et força l’ennemi à repasser cette rivière.

La 53e demi-brigade prit ensuite position en avant de Limbourg et se porta sur Cassel où elle se réunit à la division du général Championnet qui força les Impériaux à se renfermer dans cette place.

Dans la retraite, la 53e demi-brigade fit partie de l’arrière-garde et soutint plusieurs combats. Après avoir repassé le Rhin, elle occupa plusieurs positions en Alsace et dans le Palatinat. Pendant qu’elle occupait Deux-Ponts, elle repoussa jusqu’à Kaiserslautern, après un combat très vif, livré dans le bois de Landsthal, l’ennemi qui l’avait attaquée dans ses cantonnements. Envoyée ensuite à Bersgraben la 53e fut amalgamée avec la 159e demi-brigade pour former la 10e demi-brigade d’infanterie de ligne, organisée le 9 février 1796.

53e Demi-Brigade de Ligne.

La 53e demi-brigade de ligne fut formée, le 22 février 1798, avec la 202e demi-brigade bis de bataille, la 19e bis de troupes légères et le 4e bataillon de fédérés.

Le maréchal Grouchy
Le maréchal Grouchy

La 53e demi-brigade de ligne fit partie à son origine, en 1798, de l’armée de Mayence, d’abord dans la division du général Turreau, plus tard, dans celle que commandèrent Grouchy, puis Bernadotte. Elle opéra autour de Cologne et dans le Palatinat jusqu’au 1er mars 1799; à cette époque, elle passa à l’armée du Danube sous les ordres de Jourdan et marcha avec la division d’avant-garde du général Soult.

Le 3e bataillon était resté à Ehrenbreitstein ; il fut placé le 5 mars dans l’armée d’Helvétie, — brigade Chabran. — Il prit part au combat de Massenfeld et contribua à la déroute du général autrichien Auffemberg cerné sur les hauteurs de Coire.

Le 21 mars les 1er et 2e bataillons se conduisirent valeureusement au combat d’Ostrach, le 1er bataillon y fit 115 prisonniers dont 3 officiers.

Les mêmes bataillons combattirent à Ostrach, à Pfullendorf, et enfin à Stokach où des deux côtés on déploya la même opiniâtreté.

L'archiduc Charles à Aspern
L’archiduc Charles à Aspern

La 53e demi-brigade y fit partie de la colonne lancée contre la division ennemie que venait secourir l’archiduc Charles ; l’attaque de cette colonne nous assura la victoire.

Les armées du Rhin furent réunies sous le commandement de Masséna, les 1er et 2e batailIons de la 53e demi=brigade dans la division Soult, le 3e bataillon dans la division Ménard. La 53e demi-brigade assista à toutes les opérations de l’armée du Rhin, commandée par Masséna, d’abord au combat de Frauenfeld à la suite duquel on prit position sur les hauteurs de Zurich et de l’Albis. Là se livra une sanglante bataille qui dura deux jours — 25 et 26 septembre 1799 — et où l’armée française, sous les ordres de Masséna, remporta sur les Austro-Russes un éclatant succès.

Le maréchal Masséna
Le maréchal Masséna

Bataille de Zurich (1799).

La première journée, la bataille s’engagea à 5 heures du matin pour n’être suspendue qu’à la nuit close. La deuxième journée fut décisive ; une attaque générale sur Zurich, ordonnée par Masséna, amena la destruction de l’armée russe et l’entière occupation de la ville.

La 53e demi-brigade eut une part glorieuse dans le gain de cette victoire ; le nom de Zurich, inscrit sur le drapeau du régiment, perpétue le souvenir de la bravoure qu’il déploya.

Pendant la poursuite de l’armée russe, la 53e demi-brigade reçut l’ordre d’attaquer l’ennemi dans la position avantageuse qu’il avait prise à Muttenthal; les forces disproportionnées de celui-ci l’obligèrent à se replier ; elle le fit lentement et en combattant ; le colonel Camus qui la commandait fut blessé à la poitrine.

Le 17 octobre 1799, deux compagnies de la demi-brigade, sous le commandement de l’aide-de-camp du général Drouard, aidèrent à la prise, de vive force, de la ville de Constance. Ces deux compagnies poursuivant l’ennemi jusqu’au pont du Rhin, tuèrent et prirent un grand nombre d’offciers et de soldats ; un drapeau resta entre les mains de la vaillante troupe qui prit part à ce fait d’armes.

Campagnes du Consulat et de l’Empire.

Le général Moreau
Le général Moreau

Au commencement de l’année 1800, la 53e demibrigade fut classée dans l’armée du Rhin, commandée par Moreau, d’abord, à l’aile droite, dans la division Bastoul, peu après, à la réserve, sous le commandement direct du général en chef Moreau (dans la division Leclerc). Elle assista ainsi aux grandes batailles d’Engen et de Moeskirch, où, grâce au talent et à l’opiniâtreté déployés par Moreau, l’armée autrichienne essuya deux sanglantes défaites.

Le général Dessolles, chef d’état-major général de l’armée, dans son rapport sur ces batailles, dit :

« Il aurait fallu nommer tous les combattants, officiers et soldats pour citer ceux qui avaient montré du courage et du dévouement dans ces affaires. »

Combat de Moeskirch.

L’historique du 53e a lieu cependant de ne pas laisser dans l’oubli le petit fait d’armes suivant :

En avant de Krumbach, au commencement de la bataille de Moeskirch, le sergent de grenadiers Maison, aidé des grenadiers Chapeloy, Seconde et de trois autres volontaires prit à l’ennemi une pièce de canon chargée à mitraille et étoupillée ;  les canonniers ennemis firent de vains efforts pour recouvrer cette pièce et la sauver. Le sergent Maison qui commandait les vaillants auteurs de ce petit fait d’armes reçut un fusil d’honneur pour sa conduite distinguée et sa bravoure éclatante dans cette affaire.

Le sergent Michel se fit remarquer également à Moeskirch au milieu de tant de braves.

La bataille d'Hohenlinden. Image d'Épinal
La bataille d’Hohenlinden. Image d’Épinal

Bataille de Hohenlinden (3 décembre 1800).

La 53e demi-brigade appartenait à la division Bastoul, réserve de l’aile gauche (corps du général Grenier) à la bataille de Hohenlinden. Cette fois encore on déploya de part et d’autre la plus grande énergie et les savantes dispositions du général en  chef français, le rôle brillant joué par le général Richepanse n’eurent raison qu’avec peine de la résistance des Impériaux.

La 53e demi-brigade se distingua en repoussant les efforts répétés, faits par l’ennemi sur notre gauche, pour se venger de ses insuccès à droite.

L’aile gauche restant inébranlable, la droite dut poursuivre, à fond, son succès ; 11.000 prisonniers furent faits dans cette journée mémorable.

Le général Bastoul tomba blessé à mort dans cette lutte héroïque.

Le fusilier Libaubault (Guillaume) au cours de l’action, se précipita sur un caisson de munitions et s’en empara après avoir tué ou mis en fuite les canonniers qui le gardaient. Le fusilier Libaubault, pour cette action d’éclat, reçut un fusil d’honneur.

Le général Grenier
Le général Grenier

Le 23 octobre 1800 la 53e demi-brigade passe dans la division Hardy (général en chef Grenier) formant avec la division Ney l’aile gauche de l’armée.

Le 1er décembre l’aile gauche est attaquée par la majeure partie de l’armée de l’archiduc Jean ; les deux divisions ploient sous le nombre, et, malgré la valeur des soldats qui les composent, après avoir combattu et résisté toute la journée, l’aile gauche opère sa retraite sur Haag. Dans ce combat, trop inégal, la 53e demi-brigade fit des prodiges de valeur.

Parmi tous les braves qui se distinguèrent dans cette journée, le fusilier Farnot (Jean) mérite une mention spéciale. Ce brave parmi les braves s’élance seul sur une pièce de canon de l’ennemi, tue les canonniers, s’empare de la pièce et la remet aux premiers de ses camarades qui sont parvenus à le rejoindre. Farnot, en accomplissant cet acte d’héroïsme, reçut de nombreuses blessures à la suite desquelles il succomba hélas ! le 14 avril 1801. Le souvenir de Farnot ne s’éteindra pas au 53e, il restera toujours pour tous un modèle de bravoure.

Le caporal Michel dit Laurent, dans la même journée, s’empara, lui aussi, d’une pièce de canon et fit trois prisonniers ; plus heureux que Farnot il put jouir longtemps de la considération attachée à cet acte de bravoure.

Le sergent Michel, cité au combat de Moeskirch, et le caporal Michel, dit Laurent, reçurent chacun un fusil d’honneur à titre de récompense nationale pour les vertus militaires dont ils avaient donné des preuves éclatantes.

A la suite de cette campagne mémorable, le sergent Beaujeux reçut un fusil d’honneur en récompense de sa conduite énergique dans une affaire pareille où, avec trois hommes, il fit mettre bas les armes à un détachement d’une trentaine d’ennemis.

Le grenadier Durue (Armand) fut l’objet de la même récompense pour sa conduite distinguée dpns la campagne 1799-1800 et particulièrement pour avoir fait plusieurs prisonniers dans une affaire de tirailleurs.

A la fin de l’année 1800, les bataillons furent dirigés sur Mayence. Ils furent bientôt rejoints par le dépôt à Coblentz où la demi-brigade, réunie, séjourna pendant quelques jours seulement.

Envoyée en Italie (de 1801 à 1803), elle fut employée, pendant cette période de paix, à travailler aux fortifications des villes récemment conquises. En 1803, elle était à Alexandrie.

Un arrêté des consuls en date du 24 septembre 1803 supprima la dénomination de demi-brigade. La 53e demi-brigade devint le 53e régiment d’infanterie. Le régiment continua à tenir garnison en Italie.

53e Régiment d’Infanterie de Ligne.

Au moment de la déclaration de guerre à l’Autriche, en 1805, le 53e se trouvait en garnison à Palma-Nova, faisant partie de l’armée d’Italie commandée par Masséna. Il fut placé à l’aile gauche, division Séras. Le 53e assista ainsi à toutes les opérations contre les Autrichiens à la tête desquels marchait l’archiduc Charles.

Le premier combat eut lieu à Vérone et le pont de cette ville forcé à la suite d’une vigoureuse attaque, les Français se trouvèrent maîtres du cours de l’Adige.

Avant de se porter en avant, Masséna voulut connaître le résultat des opérations que dirigeait Napoléon I er en Bavière. Le 28 octobre à la nouvelle des succès rapportés par l’Empereur, l’armée d’Italie franchit l’Adige et occupa la plaine de St-Michel, en face des hauteurs de Caldiero, sur lesquelles l’archiduc Charles s’était retranché.

Bataille de Caldiero.

Le 30 octobre fut livrée la bataille de Caldiero. Le 53e, placé à gauche, eut à contribuer à l’enlèvement des hauteurs de Colognola que les Autrichiens avaient hérissées de fortifications et de redoutes. Le succès de cette attaque détermina le gain de la bataille, on peut même dire qu’il acheva la campagne en Italie car l’archiduc Charles, à la suite de sa défaite, battit en retraite sur Vienne. Il ne disputa aux Français que le passage du Tagliamento le 12 novembre.

Après avoir franchi l’Isonzo, Masséna entra dans Laybach, où la nouvelle de l’armistice d’Austerlitz arrêta sa marche en avant. Le 53e, renvoyé en Italie, occupa Venise et Trieste dont la possession nous était donnée par le traité de Presbourg.

Campagne de 1808.

En 1806 la guerre était déclarée aux Russes et aux Prussiens coalisés.

Pendant que l’Empereur occupait les cantonnements de la Passarge, il dut appeler des troupes stationnées en Italie pour assurer ses communications par la basse Vistule ; c’est ainsi que le 53e de ligne fit partie, à la fin de l’année, des troupes placées sous les ordres du général Lefebvre.

Francois-Joseph Lefebvre. Portraits des généraux francais
Francois-Joseph Lefebvre. Portraits des généraux francais

Ces troupes devaient servir, en maintenant nos communications, à former une réserve sous les ordres directs de Napoléon Ier.

Siège de Dantzig.

Après la bataille d’Eylau (8 février 1807) le corps du général Lefebvre fut employé à faire le siège de Dantzig.

Cette opération importante dura trois mois. Le 26 mai, la ville capitulait au moment où l’armée française, après de longs travaux d’approche et avoir ouvert la tranchée, allait donner l’assaut.

Le sous-lieutenant Hinkelbein fut cité à l’ordre de l’armée pour sa conduite pendant le siège. Dans la nuit du 6 au 7 mai, ce jeune officier se précipita le premier dans une redoute de l’ennemi, tua deux canonniers et fit plusieurs prisonniers.

Après la conclusion de la paix de Tilsitt (8 juillet 1807), le 53e revint tenir garnison en Italie.

Campagne de 1809.

En 1809, l’Autriche voulut profiter de l’éloignement de Napoléon qui se trouvait à la tête de l’armée d’Espagne, espérant le prendre au dépourvu ; soudoyée par l’Angleterre, cette puissance mit sur pied 310.000 hommes.

Eugène de Beauharnais
Eugène de Beauharnais

La guerre déclarée, Napoléon Ier se réserva le commandement de l’armée du Danube ; il donna au prince Eugène un corps d’armée fort de quatre divisions à l’origine et formé des troupes d’occupation de l’Italie. Le 53e de ligne en faisait partie, placé dans la division Séras.

L’armée ennemie chargée d’opérer en Italie était forte de 50.000 hommes et commandée par l’archiduc Jean.

Dans la marche en avant, à la rencontre des troupes de l’archiduc, la division Séras était en première ligne. Elle passa bientôt sur la rive gauche de l’Isonzo.

L’armée française dut ensuite suspendre pendant quelques jours son mouvement mais reprit bientôt l’offensive.

Général Jean-Mathieu SérasLe 16 avril, au combat de Sacile, la division Séras se distingua d’une manière toute particulière dans l’attaque des villages de Porcia et de Palse qu’elle prit et conserva malgré tous les efforts de l’ennemi.

Le passage de la Piave et celui du Tagliamento furent pour l’armée française de nouveaux succès et coûtèrent de grandes pertes à l’armée autrichienne.

Au passage de la Piave, l’armée ennemie, mise en déroute, perdit dans cette journée 6.000 hommes, cinquante caissons et seize pièces de canon.

Au passage du Tagliamento, le corps d’armée d’Italie prend à l’archiduc 1.500 hommes, deux  pièces et un drapeau.

Le prince Eugène poursuivait victorieusement sa marche en avant pour rejoindre, dans les environs de Vienne, l’armée commandée par l’Empereur. Une nouvelle tentative de résistance des Autrichiens, près de Léoben, ne leur réussit pas. La division Séras (dont faisait toujours partie le 53e) attaqua vigoureusement les hauteurs de San-Michele et s’en empara, malgré une défense acharnée facilitée par la supériorité de la position. Cette victoire assurait la’ jonction des armées françaises ; elle coûtait à l’ennemi, en outre, 4.000 prisonniers.

Bataille de Raab.

L'Archiduc Jean
L’Archiduc Jean

Les troupes de l’archiduc Jean, avant de repasser le Danube, livrèrent à celles du prince Eugène une dernière bataille à Raab sur la rivière de ce nom (14 juin).

Nouvelle victoire pour l’armée française. La division Séras eut encore l’honneur de commencer l’attaque et de décider, par la prise de la position de Kismegyer, le succès de nos armes.

La victoire de Raab permit à Napoléon de reprendre l’offensive et de continuer ses grandes opérations au cœur de l’Autriche ; l’archiduc Jean, poursuivi et battu, fut rejeté, avec son armée réduite à 120.000 hommes, sur la Hongrie.

Bataille de Wagram.

Le 58e fait partie de la colonne Macdonald (6 juillet 1809).

En prévision d’une grande bataille sur la rive gauche du Danube, l’Empereur avait appelé à Vienne les troupes du prince Eugène, leur ordonnant de passer le fleuve sur les ponts de Lobau. Cet ordre fut exécuté et le 5 juillet le 53e de ligne était, avec la division Séras du corps de Macdonald, réuni à la Grande-Armée. Il prit une part glorieuse le 6 juillet à la bataille de Wagram dont le gain fut assuré par la marche en avant de la colonne formée par Macdonald.

Macdonald

Cette colonne formée par les trois divisions Séras, Lamarque et Broussier et les cuirassiers du général Nansouty ébranla le centre de la ligne ennemie et en détermina la retraite.

Napoléon voyant la colonne Macdonald marcher sur le plateau de Wagram — en colonne de division — serrant simplement les rangs chaque fois qu’un projectile ennemi faisait une trouée dans sa masse humaine ne put s’empêcher de s’écrier : « Ah ! les braves gens ! » Cette exclamation de Napoléon vaut tous les éloges.

Le colonel Johanès succomba héroïquement au cours de la bataille à la tête du 53e qu’il commandait.

Le corps de Macdonald fut employé, après la victoire de Wagram, à la poursuite des Autrichiens et fit partie des troupes qui livrèrent le combat de Znaïm le 11 juillet. Un armistice intervint après ce nouveau succès et peu après fut signé le traité de Vienne (1809).

Le 53e rentre en Italie.

Le 53e fut envoyé de nouveau en Italie où il tint garnison dans différentes places.

En prévision d’une prochaine guerre avec la Russie, une partie des troupes stationnées en Italie  forma un corps d’armée numéroté 4e corps, sous les ordres du prince Eugène.

« Il se composait de deux divisions d’infanterie française renfermant ce qu’il y avait de mieux dans l’ancienne armée d’Italie. » (Thiers.)

Général Broussier
Le général Broussier

Le 53e avec deux bataillons fit partie de la 14e division (Broussier) ; celle-ci fut dirigée, le 1er mars, sur l’Allemagne par la Bavière.

Après quatre mois de marche elle était au bord du Niémen qu’elle passa le 30 juin 1812 sur un pont de bateaux. Après le violent combat d’Ostrowno, le 25 juillet, l’engagement de Kukowiaczi, le 26, la division Broussier marchait, le 27, immédiatement derrière la cavalerie de Murat qui formait l’avant-garde.

Les Russes voulant défendre, une fois encore, le chemin de Witespk, prirent position derrière un ravin après avoir détruit le pont de la route. Nos troupes parvinrent à rétablir promptement un passage.

Dans un brillant combat d’avant-garde, pendant lequel les compagnies du 53e, formées en carrés obliques, firent échouer toutes les tentatives des Russes, la 14e division culbuta l’ennemi ce qui permit à l’armée de poursuivre sa marche.

Bataille de la Moskowa.

(INSCRITE SUR LE DRAPEAU)

Le 7 septembre 1812, à 3 heures du matin, on prend les armes. On profite du brouillard pour se rendre chacun à son poste de combat.

Le corps du prince Eugène, dont faisait partie le 53e, se place vis-à-vis de Borodino et de la grande redoute, à cheval sur la Kolocza ; la division Broussier sur la rive droite de cette rivière.

Lecture est faite d’une proclamation de Napoléon, accueillie avec enthousiasme. Le prince Eugène fait enlever Borodino par la division Delzons. Ce village est défendu par les 19e et 20e régiments de chasseurs russes ; ils font un feu si soudain et si vif sur le 109e régiment qui a traversé le pont que l’intervention énergique du 92e l’empêche seule d’être complètement détruit.

Ce premier acte de la bataille accomplie, le corps du prince Eugène devait attendre, pour se jeter sur la grande redoute, que Davout et Ney eussent enlevé les trois flèches qui couvraient la gauche des Russes.

Ces flèches sont emportées par Ney et Murat qui combat, tantôt en cavalier, tantôt en fantassin ; le prince Eugène fait aborder la grande redoute et ses quatre-vingts pièces par la division Morand, mais elle est reprise par l’ennemi. Une lutte héroïque a lieu sur notre droite, lutte qui aurait décidé du gain de la journée si la garde demandée par Ney et Murat était accourue.

Napoléon se décide enfin à faire enfoncer le centre des Russes et à enlever de nouveau la grande redoute dans le but de terminer cette lutte opiniâtre, terrible et grandiose.

C’est alors que le prince Eugène porte sur la gauche de la redoute la division Broussier toute fraîche et brûlant de se signaler. Elle s’embusque dans un ravin, puis se jette sur l’ouvrage. Le 53e participa avec sa vaillance habituelle à la prise de la redoute devenue légendaire puis des positions entre Borodino et Semenofs-KoIe.

La lutte fut conduite de part et d’autre avec une opiniâtreté excessive. La victoire ne se décida en notre faveur qu’après plusieurs heures d’un combat acharné.

Le 53e soutint sa vieille réputation de bravoure et le nom de la Moskowa, qu’on voit sur son drapeau, prouve qu’il eut une part glorieuse dans cette mémorable journée.

Les Russes se battirent avec un patriotisme exalté qui donna à la lutte un caractère grandiose et terrible.

Ils laissèrent 60.000 hommes sur le champ de bataille. De notre côté, 47 généraux et 37 colonels tués ou blessés témoignèrent de l’énergie qui avait été déployée par tous les chefs.

Le 4e corps, en marche sur Moscou, s’empara de Rouya et cantonna pendant un mois aux environs de Moscou. Le 18 octobre, Napoléon donnait l’ordre de la retraite.

La division Broussier fut un des corps qui montra le plus d’énergie dans cette marche que tout contribuait à rendre si dure et si difficile.

Après avoir honorablement figuré au combat de Winknow et à la sanglante bataille de Malo-Jaroslawetz la division devait se voir presque détruite au combat de Krasnoë le 16 novembre. L’empereur la sacrifia au salut de l’armée et pour éviter de voir ses forces divisées par les Russes. Cette glorieuse tâche, dont elle s’acquitta avec héroïsme, réduisit son effectif de 3.000 à 400 hommes.

Au passage de la Bérésina, le 28 novembre, il restait à peine quelques hommes de chaque régiment.

Campagnes de 1818, 1814 et 1815.

Le 53e, reformé à Glogau avec des détachements venus d’Italie et de France, continua à faire partie du 4e corps; il laissa quatre compagnies à Glogau et une à Magdebourg. Ces compagnies se battirent à Lutzen, à Bautzen et se signalèrent à la bataille de Leipzig, le 18 octobre 1813.

L’ensemble du régiment, avec quatre bataillons, comptant dans la division Marcognet, marcha avec le corps d’observation d’Italie pour protéger nos possessions de ce côté, menacées à la suite des succès des Alliés.

Dans cette marche rétrograde il était indispensable de disputer aux Autrichiens le passage de l’Adige.

Le 12 novembre, une colonne ennemie de trois bataillons et quatre pièces attaqua les avant-postes de l’armée d’Italie à Vago. Une compagnie de voltigeurs et un piquet de 50 chevaux du 31e régiment de chasseurs résistèrent avec vigueur, derrière le canal ; ils donnèrent le temps au général Bonnemain d’envoyer quatre compagnies du 53e et un obusier à leur secours.

Cette petite troupe avait le sentiment de sa valeur, chasseurs, voltigeurs, fusiliers du 53e rivalisèrent d’ardeur et rejetèrent l’ennemi sur Caldiero.

Bataille de Caldiero.

Le 15 novembre, un corps autrichien avait pris position à Caldiero et s’était retranché sur les hauteurs de Colognola. L’ennemi paraissait avoir l’intention d’attaquer Vérone et de forcer IQ passage de l’Adige.

Le vice-roi résolut de prendre l’offensive.

L’attaque commença à 7 heures ; la brigade Jeanin (division Marcognet) se porta sur San Piétro ; le 53e, par une brusque et vigoureuse attaque, enleva la hauteur sur laquelle s’élève le village, puis, continuant son mouvement en avant, il prit bientôt à revers le régiment de Jellachich réputé un des meilleurs de l’armée autrichienne.

Ce malheureux régiment, attaqué de front par la brigade Deconchy, tourné par le 53e, abandonna ses retranchements ; le général Jeanin à la tête du régiment culbuta ce qui cherchait opposer encore quelque résistance.

Le régiment de Jellachich fut, en grande partie, fait prisonnier et perdit presque toutes ses armes.

L’ennemi se retira derrière l’Alpon ; 11.000 Français avaient battu 18.000 Autrichiens. Les ennemis perdirent 1.500 hommes tués ou blessés; ils laissèrent deux pièces de canon et 900 prisonniers entre nos mains. Nos pertes ne furent que de 500 hommes tués, blessés ou prisonniers.

A la suite de cette bataille le colonel Grosbon fut l’objet d’une citation.

 

Combat de San Michele. — Un contre cinq !

Johann baron von Hiller. HGM Vienne
Johann baron von Hiller. HGM Vienne

La brigade Jeanin, à laquelle appartenait toujours le 53e, occupait San Martino; ce village étant dominé de toutes parts, le prince Eugène la fit reployer sur San Michele. Le général Hiller réunit toutes ses forces et lança successivement 25.000 Autrichiens sur les sept faibles bataillons commandés par le général Jeanin. Ces bataillons rachetèrent leur faiblesse numérique par la grandeur de leur courage.

Ils repoussèrent toutes les attaques de l’ennemi. Le combat se soutint avec acharnement jusqu’à la nuit close sans que les Autrichiens pussent forcer le général Jeanin à quitter sa position. Vers le soir, deux bataillons du régiment étranger vinrent prendre part aux dernières phases de cette lutte hérolque.

Le général Jeanin avait soutenu victorieusement le choc de trente-un bataillons autrichiens et presque de deux régiments de cavalerie, malgré la confiance que le nombre de ces bataillons inspirait à l’ennemi ; mais ce brillant résultat ne fut atteint qu’au prix de grands sacrifices.

Cette brigade en infligeant des pertes sérieuses à l’ennemi (1.100 hommes hors de combat) en fit elle-même de bien sensibles (700 hommes); aussi le vice-roi la fit-il rentrer dans Vérone pour la réorganiser.

Le 8 décembre, le 1er bataillon du 53e, renforçant la brigade Deconchy, prit part à un combat opiniâtre  la suite duquel l’ennemi fut forcé d’abandonner Conca-di-Rame en se retirant sur Rovigo. Les généraux Marcognet et Deconchy, continuant leur mouvement en avant, forcèrent les Autrichiens à se réfugier derrière la tête de pont qu’ils avaient construite à Bovaro.

Les Autrichiens ayant reçu des renforts importants firent une sortie vigoureuse, vers 10 heures du soir ; le 53e subit presque tout le choc qu’il supporta avec une fermeté de spartiates. 600 hommes, ensevelis dans leur gloire, n’eurent pas  l’humiliation de voir l’armée d’Italie, épuisée par les pertes successives et même par ses succès, obligée de battre en retraite et d’abandonner l’Adige.

Vers la fin de décembre l’armée franco-italienne du prince Eugène reçut les recrues nécessaires pour compléter ses divers corps, ainsi que les débris des troupes italiennes qui avaient fait la guerre d’Espagne et d’Allemagne.

Le 53e prit part encore aux derniers combats qui se livrèrent en Italie et contribua au succès de la bataille du Mincio (8 février 1814), gagnée par le vice-roi d’Italie, le prince Eugène.

Le détachement du régiment, qui était resté l’armée d’Allemagne, battit en retraite avec celle-ci et s’illustra par sa bravoure pendant la campagne de France, du mois de janvierau mois d’avril 1814, notamment aux combats de Champaubert et de Montmirail.

Dans le courant de l’année 1814, la portion principale du 53e évacua l’Italie.

En 1815, le régiment, à l’armée des Alpes, contribua à la défense de nos frontières et se signala particulièrement dans les deux combats de St-Gilles et du pont de la Drôme.


 

References   [ + ]

1. Nicolas Dahlmann, né le à Thionville et mort le lors de la bataille d’Eylau, en Prusse-Orientale, général français de la Révolution et de l’Empire.