La vie militaire sous l’empire – Elzéar Blaze

UN JOUR DE BATAILLE

Lorsque les Romains d’autrefois livraient des batailles, on se donnait souvent rendez-vous dans une plaine ; chaque général alignait ses troupes, et puis le signal donné, signo dato, des nuées de traits obscurcissaient le soleil, et chacun faisait de son mieux pour tuer son voi­sin sans être tué par lui. Dans les champs de Fontenoy, les Français et les Anglais commen­cèrent ainsi :

— A vous, messieurs.

— Non, messieurs, je vous en prie.

— Allons, puisque vous voulez bien le per­mettre, en joue ! feu ! 

Tout se passa comme dans une salle d’armes.

Nous ne donnons plus de signal aujourd’hui quand nous nous battons ; commence qui veut, tue qui peut. Nos généraux ne haranguent plus comme du temps d’Homère, où ces messieurs étaient terriblement bavards. Ajax, fils d’Oïlée, général de brigade d’Agamemnon, ne pouvait jamais commander un feu de bataillon sans faire un discours de trois pages.

Dans un jour de bataille, à présent on en dit peu, mais c’est bon. Depuis le général en chef jusqu’au caporal, quand il s’agit de marcher à l’ennemi, chacun se sert de la même formule : «S…. n.. d. D… en avant ! en avant s…. n.. d. D… ! » Cela se comprend d’un bout de la ligne à l’autre; à Marengo, à Austerlitz, à Wagram, etc., on ne lit pas d’autres frais d’éloquence. Vraiment cette manière de s’exprimer produit plus d’effet dans certaines circonstances que de belles phrases académiques. En parlant trop bien, tout le monde ne comprend pas, tandis que les plus musqués entendent toujours les interjections.

Les gens du monde, après avoir lu l’histoire, pensent généralement qu’une bataille ressemble aux revues du Champ-de-Mars, et que cent mille hommes, placés vis-à-vis cent mille hommes, s’amusent à se fusiller à leur aise avec accompagnement de canons pour produire l’effet des contre-basses dans un orchestre. Je vais leur expliquer comment se livre une bataille.

Notre armée est en marche, précédée par son avant-garde composée de troupes légères. Les hussards vont comme des diables ; ils trottent, ils galopent, l’ennemi fuit devant eux ; mais bientôt il s’arrête, nos hussards s’arrêtent aussi. Un village défendu par quelques centaines d’hommes se trouve en face, on le fait attaquer par des tirailleurs. Au moment où nos gens pénètrent dans les jardins, un bataillon ennemi survient qui leur fait perdre du terrain.

Nous envoyons un régiment pour les soutenir, les autres en envoient deux ; nous en faisons mar­cher dix, l’ennemi nous en montre vingt ; cha­cun fait avancer l’artillerie, le canon gronde ; bientôt tout le monde prend part à la fête, on se bat, on s’échine ; l’un crie pour sa jambe, l’autre pour son nez, d’autres crient pour rien, et voilà de la pâture pour les corbeaux et pour les faiseurs de bulletins.

La science d’un général en chef se réduit à ceci : faire arriver à  jour fixe, sur un point donné, le plus d’hommes possible. Napoléon l’a dit, et Napoléon s’y connaissait. Un général doit savoir quel point de la carte lui sera sérieusement disputé. C’est là qu’on livrera bataille, c’est par conséquent là qu’il doit faire arriver ses troupes par vingt routes différentes.

Un ordre mal donné, mal compris, fait souvent manquer les plus belles combinaisons straté­giques, témoin le corps de Grouchy qui n’arriva point à Waterloo. Le premier consul, avant de quitter Paris, avait marqué d’une épingle sur la carte la plaine de Marengo pour le théâtre d’un nouveau triomphe; l’événement justifia sa prévision.

La science du général consiste encore à con­naître la force de l’ennemi sur tel point, sa faiblesse sur tel autre. Pour y parvenir, le service des espions est indispensable. Il faut en avoir de bons et surtout les bien paver. Napo­léon leur jetait l’or à pleines mains, c’était une dépense bien placée. Nous avons eu des géné­raux mis en déroute parce qu’ils lésinaient sur le chapitre des fonds secrets.

Quelquefois, pour ne pas attaquer une posi­tion fortifiée et bien défendue, on la tourne ; mais l’ennemi, qui l’a prévu, place des troupes sur les autres points, et la bataille s’engage ins­tantanément sur toute une ligne de plusieurs lieues, comme à Ratisbonne ; on se battait à Eckmühl, à Tann, à Landshut, sur un espace de quinze lieues.

Lorsqu’on approche d’un champ de bataille où le combat est engagé, rien n’est découra­geant pour les jeunes soldats comme les propos des blessés qui reviennent.

N’allez pas si vite, ne vous dépêchez pas tant, disent-ils : pour être tué, ce n’est pas la peine de courir si fort.

L’ennemi se trouve dix fois plus nom­breux que nous.

Ils m’ont coupé la patte, ils vous coupe­ront autre chose.

Vous avez tous l’air de cadavres vivants.

Tiens, regarde celui-là, n’a-t-il pas l’air d’un mort ?

Il l’est; hier il oublia de se faire enter­rer; il s’en souvient aujourd’hui, etc., etc.

On a beau leur imposer silence ; mais un bras en écharpe, une balafre sur la figure assurent l’impunité, donnent le droit d’insolence, et les jérémiades continuent tant qu’ils trouvent quel­qu’un pour les écouter.

Un de ces pauvres diables passait devant nous avec sa tête fendue et son bras cassé. Chacun s’apitoyait sur lui.

— Quel malheur ! disait-on : deux blessures ! que de chemin à faire sans être pansé !

— Vous êtes tous des imbéciles, répartit le  blessé, vous eu aurez bien davantage tout-à-l’heure ; je connais mon sort, mais vous ne con­naissez pas le vôtre.

Il fallait voir la figure des conscrits en entendant ces propos, et surtout en voyant les pre­miers cadavres qu’ils rencontraient ! Ils décri­vaient un cercle de vingt pas tout autour de peur de les toucher; bientôt ils se rapprochaient, plus tard ils marchaient dessus sans façon.

L’homme s’accoutume à tout, au plaisir comme à la peine. Combien de fois n’avez-vous pas éprouvé qu’une grande douleur, une grande jouissance, après quinze jours, devient une sensation obtuse, une chose fort ordinaire ? Souvenez-vous-en à votre premier chagrin, et dites : < Ceci passera comme telle autre peine a passé. »

J’ai toujours suivi cette méthode ; imitez-moi, vous m’en direz des nouvelles. Car enfin, s’il vous arrive un malheur irréparable, à quoi vous servira le désespoir ? à rien. Rendez-vous malade, tapez-vous la tête contre un mur, à quoi cela pourra-t-il remédier ? à rien encore. Au contraire, il vous poussera quelque bosse au front, il faudra vous faire guérir, et les méde­cins sont fort chers.

Pour vous prouver la vérité de mon raison­nement, je vais vous raconter une petite his­toire. Vous savez qu’après le siège de Toulon la république faisait mitrailler tous ceux qui dans ce temps étaient de l’opposition. Après que les canons avaient renversé des rangs entiers, une voix s’écriait : « Que ceux qui ne sont pas morts se lèvent, la république leur pardonne. » Quelques malheureux blessés, d’autres que la mitraille avait épargnés, séduits par cette pro­messe, relevaient la tête : à l’instant un esca­dron de bourreaux (l’histoire dit un escadron de dragons, l’histoire doit se tromper) fondait sur eux le sabre à la main, achevant ce que le ca­non avait commencé ; bientôt le soleil se cou­chait sur cette énorme boucherie.

Par une belle nuit, un de ces malheureux se réveille au milieu de cet océan de cadavres ; il est blessé dix fois, à la tête, aux jambes, aux bras, à la poitrine, partout. Il se roule, il se traîne.

“Qui vive ?” cric le factionnaire.

Achevez-moi !

Qui es-tu ?

Un de ces malheureux qu’on a mitraillés, achevez-moi.

Je suis soldat, je ne suis pas un bourreau.

Achevez-moi, vous me rendrez service ; vous ferez un acte d’humanité.

Je ne suis pas un bourreau, te dis-je.

Achevez-moi, je vous en supplie ; j’ai tous les membres cassés, la tête fendue, il est impos­sible que j’en réchappe ; vous m’épargnerez des souffrances horribles, achevez-moi. »

Le factionnaire s’approcha, vérifia l’état du blessé; croyant dans l’impossibilité de guerison, la pitié le décida; s’il avait tiré son fusil, le poste aurait pris les armes, il préféra se servir de la baïonnette, dont il traversa le corps du malheureux mitraillé. Le croirez-vous ? cet homme ne mourut pas. Le lendemain, en enter­rant tous ces cadavres, un fossoyeur reconnut qu’il vivait encore ; il le porta chez lui, le soi­gna, la vie revint. Toutes les blessures furent guéries. Cet homme était M. de Launoy, officier de marine sous Louis XVI : il aurait bien pu s’épargner ce dernier coup de baïonnette.

Lorsqu’un soldat ne faisait pas franchement son devoir un jour de bataille, ou quand il res­tait en arrière sans que sa maladie fût bien cons­tatée, il recevait la savate à son retour, de la main de ses camarades. Souvent cette punition était administrée injustement ; on croyait peu à la maladie qui survenait la veille d’une bataille ; pour que chacun en fût bien persuadé, le meil­leur moyen était de mourir à l’hôpital. Alors tous les camarades, qui depuis longtemps s’apprêtaient à donner la correction, s’écriaient : « Il était malade tout de même! »

Un officier de mon régiment, avec ses trente ans de service, n’avait jamais vu le feu ; sem­blable au fils de Marie Stuart, l’aspect d’une epée le faisait pâlir et il l’avouait franchement : « Je voudrais bien aller sur le champ de bataille, mais ce n’est pas possible ; je lâcherais pied au premier coup de fusil, et ce serait un bien mauvais exemple. » On le laissait au dépôt, où du reste il se rendait fort utile en montrant l’exercice aux conscrits. L’épée le faisait pâlir et il l’avouait franche­ment.

Si tout le monde n’était pas brave à l’armée, on en voyait dont le courage ne peut se com­parer à rien; et cela dans tous les rangs, dans tous les grades, depuis le roi Murat jusqu’au simple fusiller; depuis le général Dorsenne jusqu’au tambour. Je ferais dix volumes avec les traits de bravoure vraiment fabuleuse de nos guerriers. Je n’en citerai qu’un, dont tout le 3e corps d’armée fut témoin en Espagne.

Louis Gabriel Suchet, duc d'Albufuera. Adèle Gault. Musée de l'Armée
Louis Gabriel Suchet,. Adèle Gault. Musée de l’Armée

Le général Suchet venait de prendre le mont Olivo, malgré les prédictions des Espagnols. « Les fossés du mont Olivo, disaient-ils, enter­reront toutes les troupes de Suchet, et les fos­sés de Tarragone toutes les armées de Bona­parte. » Il rencontre un soldat blessé que des camarades portaient à l’ambulance.

« Victoire, victoire ! l’Olivo est pris! »

— Es-tu grièvement blessé ?

— Non, mon général; mais malheureuse­ment assez pour être obligé de quitter mon rang.

— Bien répondu, mon ami; que désires-tu pour récompense de tes services?

— De monter le premier à l’assaut, lorsque vous prendrez Tarragone.

— De mieux en mieux !

— Vous me le promettez ?

— Oui. »

Le 30 juin 1811, c’est-à-dire un mois après, le général en chef était prêt adonner l’assaut. Les troupes formaient leurs colonnes d’attaque, lorsqu’un voltigeur en grande tenue, propre, lui­sant comme un jour de parade, s’approche de Suchet.

— Je viens vous rappeler votre promesse: je veux être le premier à l’assaut.

— Ah ! c’est toi, mon brave, c’est très bien; mais des soldats de ton espèce sont trop rares pour que je prodigue leur sang. Reste dans ta compagnie ; en communiquant à tous ton noble courage, lu rendras plus de services qu’en te faisant tuer tout seul.

— Je veux monter le premier à l’assaut.

— Tu seras infailliblement tué, je ne puis pas le permettre.

— Général, j’ai votre parole, et je veux monter le premier à l’assaut.

— Tant pis, mon brave, tant pis pour nous , fais ce que tu voudras. 

Les colonnes s’ébranlent, et mon voltigeur les dépasse de vingt pas; il s’élance au milieu de la mitraille, il monte le premier sur la brèche, et là tombe criblé de balles. Recueilli par les ordres de Suchet, ce brave soldat fut conduit à l’hôpital : un reste de vie lui permit de voir le jour même tout le corps d’officiers, ayant le général en tête, qui vinrent le visiter. Suchet détacha sa croix d’honneur pour en décorer la poitrine du voltigeur, qui mourut admiré de toute l’armée.

Ce brave s’appelait Bianchelli. Chateaubriand l’a dit:

« Il faut que la gloire soit quelque chose de bien réel, puisqu’elle fait battre le cœur de celui qui n’en est que le juge. »

Je vais citer un trait de courage d’un autre genre.

Pendant les guerres civiles de la Vendée, un soldat républicain fut fait prisonnier de guerre et condamné à mort avec tous ses camarades. On les conduisait sur le terrain pour les fusiller, lorsqu’un des chefs vendéens, admirant la bonne mine du grenadier, demanda sa grâce au géné­ral en chef.

« Point de grâce ! répondit-il, on n’en a pas fait aux nôtres dans l’armée républicaine.

Qu’importe ? vous serez généreux, vous sauverez un brave; c’est un Français, ce sera pour notre cause un soutien de plus, et pour vous un ami dévoué qui vous devra la vie.

A ce prix, j’y consens, s’il veut marcher avec nous, et crier: «Vive le roi ! »

Je m’en charge. Grenadier, viens ici: j’ai demandé ta grâce au général ; il te l’accorde si tu veux crier : « Vive le roi ! »

— Vive la république ! répondit le soldat.

— Qu’on le fusille ! »

Le grenadier retourne fier au milieu de ses camarades, plusieurs étaient déjà morts. Il se place les bras croisés, le front superbe, vis-à-vis les fusils, lorsque le chef vendéen se jette aux genoux du général.

— J’ai servi toujours avec honneur, vous le savez; pour prix du sang que j’ai tant de fois versé, je vous demande la grâce du grenadier sans condition; me la refusez-vous ?

— Soit : je vous l’accorde.

— Approchez, grenadier ! le général vous accorde la vie, et j’espère que vous ne rem­ploierez pas contre nous.

— Est-ce sans condition ?

— Sans condition.

— Eh bien ! vive le roi ! »

On ignore le nom de ce brave, je l’ai su… et j’ai honte de le dire ! je l’ai oublié. S’il avait vécu dans la Grèce ou dans la Rome d’autrefois, les écrivains, les sculpteurs n’auraient pas manqué de le rendre immortel.

Frédéric le Grand répétait souvent à qui voulait l’entendre : « Il ne faut pas dire qu’un homme est brave, mais qu’il fut brave tel jour. » Je ne sais plus qui disait en parlant du prince Eugène : < Si son médecin lui donnait la f…. il en ferait le plus grand j… f  de l’Europe. »

Voyez à quoi tient le destin des empires : une indigestion, une pêche mangée mal à propos, peuvent faire perdre une bataille !

Je ne ferai pas ici le bravache, le capitaine Matamore, en disant que je n’ai jamais eu peur, chose que j’ai souvent entendu répéter à d’au­tres. Je déclare, au contraire, que la première fois qu’un boulet a sifflé sur ma tête, je l’ai salué par un mouvement involontaire ; avec le second j’étais moins poli ; je restai ferme au troisième.

Mais chaque fois que j’arrivais au feu, j’avoue que les mêmes formes de politesse étaient toujours exactement suivies. J’ai souvent analysé les sensations éprouvées pendant la cé­rémonie, et j’avoue que j’avais peur. Très-sou­vent l’infanterie joue dans une bataille un rôle purement passif; elle protège l’artillerie et reçoit les boulets que l’on tire contre elle. Il faut rester immobile, recevoir sans rendre. Ah ! si le point d’honneur, l’amour-propre, n’étaient pas là pour empêcher la débâcle, on verrait souvent de drôles de choses !

Mais chacun a son voisin qui l’observe, chacun veut avoir l’estime de tous, et personne ne bouge. Les officiers ont plus que les autres l’exemple à donner ; ils de­meurent fermes, font serrer les rangs d’une voix forte, mais soyez bien sûr que le diable n’y perd rien.

Je n’ai point de secrets pour vous, et ce serait mal à moi de me poser comme un héros en me donnant un air crâne. Je vous dirai donc avec franchise : « La plus jolie bataille que j’aie vue est celle de Bautzen. » Pourquoi donc ? me ré­pondrez-vous. Qu’avait-elle de plus divertissant que les autres ? Les boulets, les obus et les balles pleuvaient-ils moins dru ?

Non; mais ce qui m’a toujours fait trouver cette bataille très- belle, c’est que je n’y étais pas. J’y étais bien, mais sur le sommet d’un clocher. Une longue lunette à la main, je voyais tout, je jugeais les événements en lieu de sûreté, in loco tuto.

Pendant qu’on s’échinait dans la plaine, nous étions en réserve dans un village, et comme nous n’avions rien à faire, en attendant qu’un ordre vint nous appeler, nous montâmes au faîte de l’église, et de là nous vîmes tous les exploits de nos guerriers. Cette manière d’assis­ter à une bataille est la plus agréable que je connaisse. Lorsqu’on est acteur soi-même, on ne voit rien… et puis… et puis… et puis…

Quand on manœuvre, quand on tire, quand on se bat activement, ces sensations disparaissent; la fumée, le bruit du canon, les cris des com­battants enivrent tout le monde : on n’a pas le temps de penser à soi. Mais lorsqu’il faut rester fixe à son rang sans tirer, en recevant une grêle de boulets, ce n’est pas du tout com­mode.

Il est des hommes cependant qui, doués d’une force d’âme extraordinaire, voient les plus grands dangers de sang-froid. Murat, le brave des braves, chargeait toujours à la tête de sa cavalerie, et ne revenait jamais sans avoir son sabre teint de sang.

Cela se comprend très bien ; mais une chose que j’ai vu faire au général Dorsenne, et que je n’ai vu faire qu’à lui, c’est de rester immobile, tournant le dos à l’ennemi, faisant face à son régiment criblé de boulets, et disant : « Serrez vos rangs! » sans regarder une seule fois derrière lui. Dans d’autres circons­tances, j’ai voulu l’imiter, j’ai voulu tourner le dos ; je n’ai pu rester dans cette position, la curiosité me forçait toujours à regarder l’en­droit d’où partaient les boulets.

A la bataille de Ratisbonne, un de mes cama­rades fut horriblement blessé par un boulet de canon qui le frappa juste à la partie charnue sur laquelle on a coutume de s’asseoir. Le chi­rurgien tailla, rogna deux kilogrammes de chair, enfin tout partit… la lune tout entière, pour me servir de l’expression de M. le vicomte de Jodelet. Or, avant sa blessure, cet officier avait tout au plus cinq pieds de haut; après sa guérison, il en eut six.

Il devint méconnaissable ; il avait besoin de décliner son nom à tous ceux qui le revoyaient, car non seulement sa taille prit un grand développement, mais il grossit à pro­portion. Peu d’hommes sont aussi grands et aussi gros que lui. Je livre la recette à tous ceux qui voudront grandir, et je la garantis efficace. D’ail­leurs elle n’est pas difficile ; avec un coup de canon bien appliqué, vous êtes sûr de votre affaire.

Les chirurgiens-majors étaient en général de bons praticiens. Couper un bras, une jambe, était pour chose eux aussi facile que d’avaler un verre d’eau ; j’en ai connu même à qui cette dernière opération aurait fait faire une laide grimace. Ces messieurs avaient un grand zèle, et souvent on les a vus sur les champs de bataille secourir les blessés, en payant eux-mêmes de leurs personnes.

Beaucoup d’entre eux joignaient la science à la pratique ; chez plusieurs, la pratique tenait lieu de tout ; mais à force de panser les blessures de toute espèce, tous les cas se renou­velant chaque jour, ils en savaient autant qu’ils en devaient savoir.

Mais à chaque instant il arrivait de France des jeunes gens qui, par protection et pour éviter de partir le sac sur le dos, avaient attrapé je ne sais comment un brevet de chirurgien sous-aide, après trois mois de séjour à l’école de Médecine. Ils faisaient ensuite à l’armée un cours pratique aux dépens des premiers venus. Mal­heur aux pauvres diables qui leur tombaient sous la main, échappant au canon; le scalpel les attendait… et… alors… c’était, ma foi ! bien pire que Charybbe et Scylla.

Un officier de ma connaissance portait au doigt un superbe diamant dont la valeur passait pour être de cinq à six mille francs. Un beau jour un boulet lui emporte le bras, la main et le diamant. Il tombe, mais bientôt il se relève : « Et mon diamant ? » dit-il en courant au milieu des soldats qui se disposaient à le ramasser. Il le détacha du doigt, et jetant la main aux ama­teurs : « Je vous donne cela, mes amis, faites-en ce que vous voudrez. »

Le soir, après la victoire, nous étions exténués de faim et surtout de soif ; des soldats pénètrent dans une maison, y trouvent des Autrichiens buvant, à moitié ivres, et ne faisant aucune démonstration hostile. Ils boivent avec eux, et tout va le mieux du monde. Deux officiers de mon régiment surviennent.

— Que faites-vous là? disent-ils aux soldats français. Pourquoi ces Autrichiens ne sont-ils pas prisonniers? Brisez leurs armes, et con­duisez ces hommes au quartier-général.

— Tiens.., il est bon là, monsieur l’officier ! il veut que nous mettions ces bons amis en pri­son, ces braves gens qui nous ont fait boire, ces excellents Autrichiens qui ne nous veulent pas de mal !

— Je vous l’ordonne.

— Attends ; si tu ne t’en vas pas tout de suite, tu vas voir le cas que l’on fait de tes ordres. »

Et sur-le-champ mes ivrognes couchent en joue leurs officiers et font feu sur eux. On fut obligé d’envoyer une compagnie de grenadiers pour les mettre à la raison ; plusieurs furent tués ou blessés dans la bagarre.

Wagram - Gros
Wagram – Gros

Toute l’armée française était ivre le soir de la bataille de Wagram ; elle coucha dans des vignes, et en Autriche les caves sont placées au milieu du champ où l’on récolte le vin. Il était bon, très abondant, les soldats burent outre mesure, et si dix mille Autrichiens, sachant que nous étions somno vinoque sepulliy nous avaient attaqués tête baissée pendant la nuit, nous aurions été mis dans une déroute complète. Il aurait été tout-à-fait impossible de faire prendre les armes à la dixième partie des soldats.

A quoi tient le destin des empires ! Tout pouvait être changé ce jour-là ; le cinquième acte du grand drame qui se jouait depuis si longtemps eu Europe pouvait avoir une cave pour dénoue­ment. Hommes de génie, faites donc vos cal­culs; il faut bien peu de chose pour les mettre en défaut. Il est probable que les Autrichiens étaient dans une position semblable, car si nous avions bu pour nous réjouir de la victoire, ils en avaient sans doute fait autant pour oublier leur défaite. En campagne, la grande difficulté consiste à savoir l’état dans lequel se trouve l’ennemi ; le général qui le connaîtrait serait toujours vainqueur.

La bataille de Wagram n’eut pas de grands résultats matériels, c’est-à-dire qu’il n’y eut pas de ces grands coups de filets comme à Ulm, à léna, à Ratisbonne ; on ne fit presque pas de pri­sonniers; nous enlevâmes neuf pièces de canon aux Autrichiens, el nous en perdîmes quatorze.

Lorsqu’on en fit le rapport à l’empereur, il répondit avec un grand sang-froid : « Qui de quatorze ôte neuf, reste cinq. »

Ordinairement, après une bataille, un ordre du jour nous apprenait ce que nous avions fait; car, semblables à M. Jourdain, nous faisions de la prose sans le savoir. Dans ses proclamations à l’armée, que Napoléon rédigeait lui-même, et dont le style était parfait, il nous apprenait, tantôt qu’il était content de nous, que nous avions surpassé son attente, que nous étions accourus avec la rapidité de l’aigle ; ensuite il nous donnait le détail de nos faits et gestes, le nombre des soldats, des canons, des équipages que nous avions pris ; c’était exagéré, mais c’était ronflant et d’un très bon effet.

Après Wagram, nous n’eûmes pas la plus petite pro­clamation, pas le plus petit ordre du jour ; nous ignorâmes pendant plus de trois semaines le nom que cette fameuse journée aurait dans l’Histoire; nous l’appelions entre nous la bataille du 5 et du 6 juillet : nous ne connûmes le nom de Wagram que par les journaux de Paris.

Cette bataille amena la victoire de Znaïm, l’armistice et la paix ; l’armée autrichienne opéra sa retraite en bon ordre ; elle fut vaincue, mais elle ne fut ni coupée ni démoralisée comme dans d’autres circonstances. Ainsi, par exemple, la bataille de Ratisbonne nous avait conduits sous les murs de Vienne, et celle de Wagram ne nous mena qu’à Znaïm, c’est-à-dire à quatre journées de marche. Là, nous dûmes recom­mencer, et nous recommençâmes.

Il ne suffit pas qu’un général ait du talent, il faut encore qu’il soit heureux; à la guerre, les circonstances se combinent de tant de façons, qu’il se présente toujours quelque chose d’im­prévu. Lorsqu’on proposait au cardinal de Ri­chelieu le service d’un homme nouveau, le rusé vieillard demandait toujours si le postulant était heureux; et si l’on répondait affirmative­ment, la place était accordée. Napoléon croyait à son étoile, quoiqu’il eût un génie étonnant ; c’était de la modestie. Que d’époques dans sa vie où le hasard, la niaiserie de ses ennemis, le favorisèrent !

La bataille d'Essling - Fernand Cormon - Musée des Beaux-Arts de Mulhouse.
La bataille d’Essling – Fernand Cormon – Musée des Beaux-Arts de Mulhouse.

A Essling, par exemple, les Autrichiens coupèrent nos ponts en lançant des bateaux chargés de pierres; on mit tout cela sur le compte d’une crue subite du Danube : le pauvre Danube laissa dire. Nos ponts coupés, l’armée était séparée en deux. Si l’ennemi, pro­fitant de notre situation, avait donné sur nous tête baissée, je crois que notre position aurait été bien plus critique ; nous n’avions plus de munitions, on ne tirait que de temps en temps pour faire acte de présence; il nous restait les baïonnettes, mais les efforts humains ont des bornes.

Par bonheur, les Autrichiens ignoraient que nos ponts fussent coupés ; et cependant ils avaient tout fait pour parvenir à les rompre. Dans ce cas, pourquoi ne pas s’informer si le but est rempli ? Certes, si nous nous étions trouvés à leur place, et eux à la nôtre, toute l’armée enne­mie aurait mis bas les armes. En Russie, bien des Français sont restés ; mais changez encore les rôles, et pas un soldat n’aurait revus la patrie.

II est certain que les grands hommes ne veu­lent jamais avoir tort. La crue subite du Danube, l’hiver prématuré de la Russie ont servi de prétexte pour excuser l’imprévoyance. En Rus­sie, un hiver qui commence en novembre n’est point prématuré. On ne l’attendait que le 1er dé­cembre; il ne se fait sentir ordinairement que ce jour-là, c’est-à-dire jamais la veille : est-ce qu’on doit compter ainsi avec l’almanach ?

Et d’ailleurs, à Paris, il gèle souvent à la même époque. Au reste, ce n’est pas le froid qui fit périr l’armée, c’est le manque de vivres. Si le soldat avait eu du pain, la pièce de bœuf dans le ventre et le verre d’eau-de-vie, il aurait ré­sisté. Comme les souverains ne manquent jamais de mettre sur le compte de leur vaste génie ce qui souvent n’est que l’effet du hazard, il serait bien à eux d’avouer leurs fautes, quand ils en font, et de dire franchement leur Mea-culpa.

Nous étions au camp près de Ratzebourg, dans le Holstein, l’ennemi était à deux lieues de nous : on ne se battait pas, ou du moins on se battait peu, seulement pour faire voir de temps en temps qu’on était là. Chaque général savait bien qu’il ne devait pas décider la question : tout dépendait de ce qui se passerait à la grande armée, qui se trouvait alors à Leipsick.

Louis Nicolas Davout, maréchal d'empire
Louis Nicolas Davout, maréchal d’empire

Un jour, le maréchal Davout voulut pousser une reconnaissance générale pour faire prendre les armes à l’ennemi, le compter et savoir quel nombre d’hommes se trouvait en face de nous. Une colonne formidable partit un beau matin, et deux heures après nous étions vis-à-vis du camp russe, prussien, suédois; car il se composait de toutes ces nations.

Le camp nous parut inhabité : craignant une embuscade, on avance avec précautions ; des éclaireurs sont envoyés; ils entrent dans toutes les baraques et ne voient personne. Qu’est devenu l’ennemi? En attendant qu’on puisse avoir la réponse à cette question, l’ordre est donné de mettre le feu. Le camp brûle ; en un instant tous ces toits de paille deviennent un monceau de cendres.

Pendant que nous regardions cet immense feu de la Saint-Jean, et que chacun faisait ses conjectures sur la disparition de l’ennemi, le canon tonne derrière nous; le bruit augmente, et tout nous prouve que notre camp est attaqué. “Nous sommes coupés, disent les soldats : les Russes ont connu notre mouvement, ils nous ont laissé faire; ils s’emparent de notre camp, et puis ils auront bon marché de nous.”

Les soldats français se laissent facilement démoraliser : quatre hussards sur leurs derrières les inquiètent plus que mille devant eux. « Nous sommes coupés ! » disaient-ils toujours dans ce cas. Il fallait dépenser bien des phrases pour leur prouver que si quelqu’un était coupé, ce ne pouvait être que les quatre hussards.

Mais dans la position où nous nous trouvions, les soldats avaient l’air de dire vrai, leurs craintes nous semblaient fondées. Les Russes, instruits de notre mouvement, nous avaient laissé passer ; ils profitaient de notre absence pour écraser nos camarades. Toute hésitation était impossible, il fallait voler à leur secours, il fallait surtout s’emparer de certaines hau­teurs , d’où trois cents hommes pouvaient nous interdire toute communication avec les nôtres.

On se met en route, on arrive presque au pas de course au défilé de Gros-Mulsahn, et nous ne rencontrons personne. Alors nous commençâmes à voir clair : l’ennemi devait nécessaire­ment ignorer notre marche, puisqu’il ne s’était pas emparé d’une position si belle par la même raison que nous ne connaissions pas son mouvement une heure avant, il ne devait point connaître le nôtre. Ces conjectures se chan­gèrent en certitude lorsque, arrivés près de notre camp, nous le vîmes attaqué de tous côtés.

Le hasard était cause que les deux généraux ennemis avaient eu la même idée le même jour, à la même heure ; ils avaient voulu s’attaquer et chacun avait pris une route différente.

Ludwig Georg Thedel Graf von Wallmoden
Ludwig Georg Thedel Graf von Wallmoden (Georges Dawe)

Le général Valmoden, qui commandait les alliés, fut très étonné de voir notre colonne arriver derrière ses troupes, et fut longtemps à comprendre que c’était nous ; il prit cela pour une savante manœuvre et se hâta d’ordonner la retraite ; tous ses tirailleurs furent pris et mirent bas les armes. Il était temps que nous arrivassions, car notre camp, diminué par la sortie de notre colonne, ne se trouvait pas de force à soutenir la lutte.

Si le général Valmoden avait su quel petit nombre de troupes était resté, certainement il eût fait donner un coup de collier, et les circonstances auraient été fâcheuses pour nous. Mais nous arrivâmes à point, et tout fut sauvé.

Une chose à peu près semblable eut lieu à Wittemberg. La même nuit, à la même heure, les assiégeants et les assiégés prirent les armes : les premiers pour donner un assaut, les seconds pour faire une sortie. Les deux partis se rencon­trèrent nez à nez ; on se fusilla pendant quelques minutes, mais chacun crut être tombé dans une embuscade, et des deux côtés on vit une déroute complète. On se sauva de part et d’autre à la débandade, chacun courant en sens divers ; il était difficile de se joindre.

Voltaire a dit quelque part : « Dieu protège les gros bataillons. » Voltaire a dit une sottise ; les gros bataillons mal commandés, mal organisés, manœuvrant mal, deviennent de la chair à canon; l’histoire de nos guerres de la république prouve à chaque page cette grande vérité.

L’Empereur aimait à donner les grades et les décorations. Après une bataille, il passait des revues, distribuant des rubans et des épaulettes; chacun espérait quelque chose, mais à la suite d’une petite affaire où deux ou trois cents hommes se trouvaient engagés, quel qu’en fût le résultat, l’espérance n’était pas même permise au menu peuple des officiers ou des soldats. Le chef avait soin de rédiger un superbe rapport saupoudré de gloire, d’intrépidité, de manœuvres savantes, et si quelque récompense arrivait plus tard, c’était toujours pour lui.

Je vais donner une idée de la manière dont on écrivait l’histoire alors. Dans la campagne de 1813, nous eûmes une affaire d’avant-postes à Sprottau, petite ville de Saxe ; l’arrière-garde russe se défendit un instant, il y eut de part et d’autre trois ou quatre compagnies de tirailleurs engagées. Bref, l’ennemi se retira, en laissant entre nos mains quelques prisonniers et quelques voitures de bagages. Une heure après,  nous nous promenions sur la place de Sprottau en causant de nos prouesses de la mati­née.

— « Voilà de la pâture pour les faiseurs de bulletins, dit un officier. Vous verrez plus tard que nous aurons fait des choses superbes, magnifiques !

— Je ne sais, dit un autre, si nous avons fait beaucoup de besogne, mais je réponds qu’on ne manquera pas de le dire.

— On dira que le général a moissonné des lauriers par fagots, mais notre régiment ne sera pas nommé.

— Allons, nous aurons une ligne et lui une page.

— Nous n’aurons rien du tout.I

— On ne parlera de personne, cela n’en vaut vraiment pas la peine.

— Vous verrez, quand les journaux arriveront de Paris. Mais pour pouvoir mieux juger, écri­vons sur-le-champ, pour ne pas l’oublier, quels sont les brillants résultats de la journée. Voici les prisonniers, comptons-les : bon ! en voilà bien soixante-quatre, plus trois voitures de ba­gages attelées de douze chevaux ; plus, une pièce de canon et un caisson. »

Quinze jours après, les journaux arrivèrent. Dieu ! que de belles choses nous avions faites ! quand je dis nous, je veux dire le général S… Avec une incroyable intrépidité, par une tactique savante, il avait tout entouré, tout attaqué, tout culbuté, tout pris, tout tué. Trois cents morts, mille blessés, deux mille prisonniers, dix pièces de canon, soixante voitures de bagages, étaient les résultats glorieux de sa science stratégique et de son noble courage. IL avait fait cela tout seul; notre régiment n’était pas même nom­mé.

Le mot avancement se loge dans un cerveau militaire au moment de l’entrée au service, il n’en sort que le jour où la retraite est liquidée. C’est à peu près comme le mot mari chez une demoiselle, tous les jours elle y pense. < Nous allons au bal ce soir, j’y trouverai peut-être un mari. » Voilà ce que dit l’une. < Nous entrons en campagne ; il y aura de l’avancement, > dit l’autre. Cette idée préoccupe tout le monde à l’armée, depuis le tambour jusqu’au maréchal. Lorsque nous dictions des lois à l’Europe, nos généraux rêvaient chaque nuit que des députés d’un royaume voisin venaient leur offrir une couronne d’or sur un coussin de velours.

Jean-Baptiste Bernadotte
Le maréchal Jean-Baptiste Bernadotte, prince de Ponte-Corvo en 1806

L’exemple de Bernadotte tournait toutes les têtes : « Tel maréchal va passer roi, tel grena­dier va passer caporal. » C’étaient des manières de s’exprimer fort naturelles ; nous pensions tous avoir un sceptre dans le fourreau de notre épée.

Lorsque nous recevions un grade nouveau, nous étions fort contents ; le lendemain nous n’y pensions plus, nos idées se dirigeaient vers le jour où nous devions en recevoir un autre.

« Je vous fais mon compliment, » disais-je un jour à un capitaine qui venait d’être nommé chef de bataillon. « A présent il me faut la croix  d’officier, me répondit-il à l’instant; ce qui « complète une position”, chacun faisait la cour à son chef, parce que c’était de ce chef que dépendait tou­jours son sort. Toutes les courbettes qu’il fallait faire avaient peu à peu changé le caractère de notre armée. La soif des baronnies et des dota­tions avait donné à nos vieux officiers, jadis républicains, toutes les habitudes des courtisans de Versailles, et souvent, dans la plus humide baraque, il s’est passé des scènes dignes de l’Oeil-de-bœuf.

Après une bataille, l’Empereur accordait un certain nombre de croix de la Légion d’honneur à chaque régiment : huit, dix, douze pour les officiers, et autant pour les sous-officiers et soldats ; le colonel désignait les heureux. Après Friedland, le nombre fut de huit dans un ré­giment de l’armée, mais parmi les officiers nouvellement décorés, on n’en comptait que sept. « Quel est donc le huitième ? » disait-on. Trois mois plus tard on le sut ; un parent du colonel, arrivant de France, avait reçu la croix en route, et en endossant l’uniforme pour la première fois il l’avait trouvé garni d’un ruban rouge. On cria bien un peu, mai si peu, si bas, que le colonel ne pouvait pas l’entendre.