Italie – Conclusion

Nous ne ferons pas ici la liste des institutions napoléoniennes qui ont survécu à l’histoire de l’Italie jusqu’à nos jours. Cette conclusion ne doit pas être un bilan des bienfaits ou méfaits du régime napoléonien mais plutôt une analyse du statut de l’Italie dans l’Europe napoléonienne.

Le Royaume d’Italie est–il un royaume vassal ou un allié de la France napoléonienne ?

Nous l’avons vu Napoléon est l’architecte du Royaume d’Italie, il est seul détenteur du pouvoir constituant dès ses premières conquêtes puis du pouvoir législatif dans ses républiques puis son royaume. L’empereur privilégie la France comme modèle  pour l’Italie et innove peu dans son royaume, cependant on voit clairement qu’il est plus libre d’agir en Italie, ses réformes sont plus poussées, plus rapides,  c’est le cas par exemple dans le domaine de l’Instruction Publique. Il est indéniable que les guerres successives et le blocus continental ont beaucoup nui, à l’Italie et que sans elle le Roi aurait pu plus focaliser son attention à développer son système Italien.  L’Italie de par le contexte international n’a pas pu rester le terrain d’expérimentation constitutionnel qu’elle était de 1796 à 1804. Cependant on relève que  le vice-roi acquiert de plus en plus de prérogatives, ainsi il dirige la plupart des nominations et gère le remodelage administratif du royaume.

L’Italie, état satellite de la France, est en voie de quitter son statut de vassal, mais ce chemin n’est pas achevé à cause des crises qu’engendre le blocus continental. Il est vrai que la naissance du Roi de Rome, qui dans son titre annonce l’avenir de l’Italie,  ne laisse pas présager une séparation de la France et de l’Italie dans la dynastie régnante. Eugène acquiert le titre de  Duc de Francfort, 1er mai 1810, en prévision de la passation du pouvoir à un futur fils 1)Albert Pingaud, La politique italienne de Napoléon 1er, Revue Historique, 1927, p.33..

Mais l’Italie si elle partage le souverain de la France partage aussi les attributs des autres états satellites  napoléoniens indépendants comme la Bavière ou la Saxe. De par son économie, ses particularismes propres dans l’application de la loi, les aménagements  sont de plus en plus fréquents. Cette adaptation du régime à la situation italienne est la manifestation au cours du règne de la prise de conscience d’une nécessité d’appliquer un droit propre à l’Italie dont le Code de commerce et la répartition des institutions sur les grandes villes sont l’aboutissement. Le royaume dispose de deux armées, l’armée italienne, combattant aux côtés de la Grande Armée, et l’armée d’Italie assurant la défense du territoire comprenant les contingents français. Son propre ordre de chevalerie, la Couronne de fer.

On peut donc affirmer que l’Italie se trouve dans une phase d’indépendance croissante alors qu’elle n’était en 1800 qu’une colonie française. Le vice-président puis le vice-roi symbolisent cette indépendance. La participation des italiens au gouvernement et à l’administration est la preuve que l’influence française est plus morale que physique. Les Français en Italie ne contrôle ni l’administration, ni les institutions, la Cour seule est composée majoritairement de français.

On ne peut poser catégoriquement la volonté de Napoléon 1er sur l’évolution de l‘Italie, on ne peut lui donner des intentions bien tranchées tant sa politique est variante, sur les annexions et la religion principalement.

Cependant on peut affirmer qu’entre 1796 et 1814 l’Italie, si elle est napoléonienne, n’est pas Française sur le plan institutionnel et constitutionnel (nous n’avons pas abordé dans cette étude  les aspects culturels et économiques).

C’est un Etat avec un souverain commun à la France mais dont l’évolution tendra toujours vers une autonomie liée à l’Empire.

Joachim Murat, grand-Duc de Berg en 1806, puis roi de Naples
Joachim Murat, grand-Duc de Berg en 1806, puis roi de Naples

Murat, roi de Naples, continue la lutte pour l’indépendance italienne jusqu’en mai 1815 afin de sauver son royaume. L’Italie napoléonienne, à partir de l’armistice de Casalanza, 20 mai 1815, est le point de départ du mouvement unitaire et indépendantiste italien. Les milieux libéraux garderont  de 1815 à 1848 le souvenir de l’Italie napoléonienne, de son droit, ses institutions son prestige. L’Italie affranchie de sa mosaïque de souverainetés, prend conscience de sa nationalité. La société régénérée par l’épisode napoléonien, si elle renoue avec l’Ancien Régime en 1814, n’est plus la même.

«Le colonel d’un des régiments du pape autrefois était un espèce de laquais ; aujourd’hui, c’est le colonel de la Moskowa et de Montmirail » Stendhal

La jeunesse a été éduquée dans les lycées, universités et régiments impériaux. Les juristes formés au Code Napoléon, toute la culture de plusieurs générations est influencée par la présence française.

Le souvenir de Marengo survivra en Italie jusqu’à Solferino.


 

References   [ + ]

1. Albert Pingaud, La politique italienne de Napoléon 1er, Revue Historique, 1927, p.33.