Hudson Lowe (1769-1844)

La première rencontre entre les deux hommes aurait dû, selon le souhait de Lowe, avoir lieu dès le lendemain de l’arrivée de Lowe. Mais le nouveau gouverneur, volontairement ou non, fit preuve d’un manque de convenances évident, en cherchant à imposer cette première visite, qui aurait dû être de courtoisie, au jour et à l’heure qu’il avait choisi. Napoléon refusa de le rencontrer et cette entrevue fut repoussée au lendemain, 17 avril.

Cette première entrevue manqua de chaleur – qui s’en étonnerait, lorsque l’on sait que Lowe s’adresse le premier à Napoléon, en l’appelant « Monsieur » – et l’empereur indiquera à ses compagnons d’exil :

« Cet homme est méchant; son œil, en me regardant, était celui d’une hyène prise au piège; mé­fiez-vous-en, messieurs. Nous nous plaignions de l’amiral, nous le regretterons peut-être; car, au fait, il a le cœur du soldat, tandis que ce général ne me paraît en avoir que l’habit. Il est hideux, c’est une face patibulaire ! Sa mine me rappelle celle d’un sbire de Venise. Qui sait ? peut-être sera-t-il mon bourreau ? Cependant ne nous hâtons pas de le juger; le moral, après tout, peut raccommoder ce que la figure a de sinistre. »

Il est hideux ! (Dessin de Charlet)
Il est hideux ! (Dessin de Charlet)

Mais Lowe ne va pas, si j’ose dire, arrondir les angles, multipliant les règlements, restrictions et autres interdictions, qui ne feront que dresser les deux hommes l’un contre l’autre.

Lorsqu’ils se revoient une deuxième fois, le 30 avril,  – Napoléon, souffrant, est en robe de chambre et en chaussettes, étendu sur un canapé ! – le ton n’est déjà plus le même, Napoléon apostrophant Lowe :

« Ma demeure ici est une mort de chaque jour ! L’île est trop petite pour moi, qui chaque jour faisais dix, quinze, vingt lieues à cheval. On m’a placé dans la partie de l’île la plus malsaine, toujours du vent, des brouillards ! Le climat n’est pas le nôtre, ce n’est ni notre soleil, ni nos saisons ! Tout ici respire un ennui mortel ! La position est désagréable, insalubre ; il n’y a point d’eau ; ce coin de l’île est désert, il a repoussé ses habitants ! »

N’y tenant plus, il en arrive à insulter le gouverneur :

« Il y a du courage, à faire tuer un homme, mais c’est une lâcheté de le faire languir et empoisonner dans une île si affreuse et sous un climat si détestable. »

C’est au sortir de cet entretien qu’il s’exclame :

« Il a le crime gravé sur le visage !  Quelle ignoble et sinistre figure que celle de ce gouverneur ! Dans ma vie je ne rencontrai jamais rien de pareil ! C’est à ne pas boire sa tasse de café, si on avait laissé un tel homme uns instant seul auprès ! On pourrait m’avoir envoyé pis qu’un geôlier !».

Notons également ici que Napoléon venait de recevoir, envoyée par Lowe, une copie de la Convention du 2 août 1815, signée par les Alliés, base des pouvoirs du gouverneur à son égard, déclaré prisonnier de guerre. Cela l’avait évidemment passablement contrarié.

 

Troisième entrevue, le 16 mai. L’empereur ne va pas bien ce jour-là, et lorsque Lowe se présente, à trois heures de l’après-midi, il n’est pas encore habillé et fait dire qu’il recevra le gouverneur après sa toilette.

16 mai 1816 (Dessin de Charlet)
16 mai 1816 (Dessin de Charlet)

Durant cet entretien, il doit être question de préparer une nouvelle résidence, qui serait mieux adaptée à la situation du prisonnier, mais la discussion tourne rapidement au vinaigre et, à Lowe qui lui fait remarquer que, étant militaire, il obéit à des ordres, et qu’il n’est pas venu pour se faire insulter, ni recevoir des leçons,  Napoléon réplique :

« Ce n’est pas faute d’en mériter ! Votre nation, votre gouvernement, vous-mêmes serez couverts d’opprobre à mon sujet ; vos enfants le partageront ; ainsi le voudra la postérité. Je ne suis dans vos mains que par le plus horrible abus de confiance ! 

Et voulez-vous, Monsieur, que je vous dise la vérité ? Oui, voulez-vous la vérité ?

Je crois que vous avez l’ordre de me tuer !  Oui, de me tuer ! Oui, Monsieur, vous avez les ordres de faire tout ! Tout ! 

En résumé, Monsieur, je ne veux rien de vous. Je ne vous demande qu’une chose : laissez-moi tranquille !  »

Comme Lowe tente de revenir sur le sujet de sa visite, la construction d’une nouvelle demeure, qu’il considère comme une attention à son égard, Napoléon explose de plus belle :

« Pour vous satisfaire peut-être aux yeux de l’Europe, a repris l’Empereur; mais à moi, il sont tout à fait indifférents et étrangers. Ce n’est point une maison, ce ne sont point des meubles qu’il fallait m’envoyer, mais bien plutôt un bourreau et un linceul ! »

Une fois Lowe parti (selon O’Meara, l’entrevue a duré une demi-heure, et n’a point parue satisfaisante, quand Las Cases parle lui d’une entrevue longue et orageuse), Napoléon laisse éclater sa déception auprès de Las Cases :

« On m’a envoyé plus qu’un geôlier ! Sir Hudson Lowe est un bourreau ! Quoiqu’il en soit, je l’ai reçu aujourd’hui avec ma figure d’ouragan, la tête penchée et l’oreille en avant. Nous nous sommes considérés comme deux bêliers qui allaient s’encorner ; et mon émotion doit avoir été bien forte, car j’ai senti la vibration de mon mollet gauche. C’est un grand signe chez moi, et cela ne m’était pas arrivé depuis longtemps. 

C’est un homme désagréable en tout. Même dans les choses où il veut être obligeant. Il m’a envoyé deux douzaines de bas de soie ; sûrement c’était une attention. Mais tout est offert de si mauvaise grâce que, s’il venait m’annoncer qu’il a ordre de me conduire à Toulon pour me faire remonter sur le trône, il aurait le talent de rendre cela désagréable au premier moment ! »

Et à O’Meara, il précise :

« Dîtes-lui que je ne veux pas le revoir et que je souhaite qu’il ne m’importune plus avec son horrible présence ! Qu’il ne m’approche plus, à moins qu’il n’ait des ordres à me communiquer. Libérez-moi de son odieuse contenance ; je ne peux m’y habituer ! »

Quant à Lowe, il déclare, peu après, à Bertrand, « que c’est un homme avec qui il est impossible de traiter aucune affaire »

 

Lors de la quatrième rencontre (si l’on excepte une courte et, selon Lowe, cordiale, entrevue le 20 juin, pour présenter le nouveau commandant de la flotte, l’amiral Malcolm – « un homme qui a réellement une physionomie agréable », dixit), le 16 juillet, où il est de nouveau question de règlements et des contacts que pourrait avoir Napoléon avec les visiteurs, voire avec les Commissaires de la Sainte-Alliance, arrivés le 17 juin 1816 (et qu’en fait il refusera toujours de  rencontrer), le ton monte encore d’un cran :

16 juillet (Dessin de Charlet)
16 juillet (Dessin de Charlet)

« Votre conduite sera un objet de reproche pour votre nation et votre gouvernement ! Cette réprobation s’étendra jusque sur vos enfants !  Vous voyez bien que votre gouvernement veut qu’on me traite avec égards, et vous vous conduisez tout au rebours ! Vous interprétez mal vos instructions !

Voulez-vous que je vous dise notre opinion sur votre compte ? C’est que vous êtes capable de tout. Mais de tout, et de nous donner la cigüe !… Vous êtes lieutenant général, vous ne devez pas exercer votre devoir comme une sentinelle !  Vous êtes un homme qui avez ici une vengeance à exercer sur nous ! Vous nous mettez des épingles dans le dos !  Le plus mauvais procédé des ministres n’a point été de m’envoyer à Sainte-Hélène, mais bien de vous en avoir donné le commandement. Vous êtes pour nous un plus grand fléau que toutes les misères de cet affreux rocher ! Par votre conduite, vous calomniez à mes yeux votre gouvernement ; car, malgré vous, je lui rends cette justice, c’est qu’en m’envoyant ici, il a voulu que ma captivité y fût douce, et vous la rendez insupportable ! »

À l’issue de cette rencontre de deux heures, Napoléon vide son sac devant Las-Cases :

« Je l’ai mis à même de tout réparer, de retravailler à neuf, mais vainement, car cet homme est sans fibres, il n’en faut rien attendre ! »

Précisons que, ce jour-là Napoléon avait mal aux dents, et pouvait être, en conséquence, d’assez mauvaise humeur !

Lowe, en sortant, murmure « au moins j’ai appris quelque chose » et, un peu plus tard, écrira à sir Henry Bunburry, à Londres (celui qui avait notifié à l’empereur sa déportation à Sainte-Hélène), que Napoléon « l’avait injurié, mais avec beaucoup moins de rudesse qu’auparavant. »

Mais c’est vers cette époque qu’il écrira au Commissaire russe, que « Bonaparte me traite indignement, comme un cochon. Il m’outrage, me calomnie ».

 

Enfin, lors de la 5e et dernière visite, qui a lieu dans les jardins, en présence de l’amiral Malcolm, le 18 août, il va être question de gros sous et des dépenses de Longwood, que le gouverneur a pour mission de réduire. Il a certes essayé, la veille, d’en parler avec Bertrand, mais celui-ci s’est comporté, selon lui, de façon incorrecte à son égard, et Lowe tient à le dire à Napoléon.

Celui-ci, déjà informé, tient d’abord à défendre son grand-maréchal :

« Vous vous êtes mal conduit avec le grand-maréchal et tout ce que vous pourrez dire ne changera pas l‘opinion qu’on en a : elle est établie en Europe et au-dessus de vos atteintes. »

Une nouvelle fois, Napoléon dit à Lowe tout ce qu’il a sur le cœur et contre ce qu’il appelle ses vexations.

« Depuis votre arrivée, nous sommes en butte à toutes les vexations. Vous avez reçu les mêmes instructions que sir George Cockburn - il me l'a dit lui-même. Mais il mettait dix fois moins de rigueur à les exécuter ! Il nous épargnait les tracasseries ! Lui, ne nous a jamais persécutés pour des vétilles... Avec vous, toute conversation est inutile ! Vous êtes intraitable. Vos soupçons s'étendent à tout et à tous... Vous êtes lieutenant-Général, et vous entendez votre devoir comme une consigne donnée à une sentinelle ! »

Lorsque le gouverneur, essayant de se justifier, dit à Napoléon qu’il le connait bien mal, qu’autrement il changerait d’opinion, il s’entend répliquer :

« Eh ! Pardieu, où vous aurais-je connu ? Je ne vous ai vu sur aucun champ de bataille ! Vous n’étiez bon qu’à payer des assassins ! Les généraux se font connaître par leurs victoires où leurs belles actions.  Vous n’avez jamais commandé durant une bataille ! Vous n’avez commandé qu’à des Corses, vagabonds ou déserteurs étrangers, à des brigands du Piémont ou de Naples, tous renégats, traitres à leur patrie, la lie, l’écume de l’Europe ! Je connais tous les noms des généraux anglais qui se sont distingué, mais je n’ai jamais entendu parler de vous que comme un scribe de Blücher, ou un chef de brigands !

Comment voulez-vous que je vous connaisse autrement que comme mon geôlier ? Vous ne laissez pas passer un jour sans me torturer par vos insultes. Pourquoi ne sommes-nous pas considérés comme prisonniers de guerre, au lieu d’être traités en forçats de Botany-Bay ? »

La conversation s’envenime, et lorsque Lowe menace de ne plus envoyer de vivres à Longwood, Napoléon réplique :;

« Voyez ce camp, là, où sont vos soldats. J’irai et je leur dirai : le plus ancien soldat de l’Europe vient vous demander à manger la gamelle avec vous, et je partagerai leur dîner. »

18 août (Dessin de Charlet)
18 août (Dessin de Charlet)

Et le ton n’en finit pas de monter, l’empereur déchu ne mâchant pas ses mots :

« Vous me parlez toujours de vos instructions. Il n’y en a point qui vous obligent à faire ce que vous faites. Un bourreau agit toujours selon ses ordres !

Et d’ailleurs ce n’est pas une excuse ! J’ai gouverné le monde, et je sais qu’il y a des missions et des instructions qu’on ne donne qu’à des hommes déshonorés !

Je suis l’Empereur Napoléon, Monsieur, l’Em-pe-reur Napoléon, entendez-vous ? C’est une injure ET une sottise de m’appeler autrement !

Dans cinq cents ans, le nom de Napoléon brillera, et ceux de Bathurst, de Castlereagh et le vôtre ne seront connus que par la honte et l’injustice de leur conduite envers moi !  Tandis que l’empereur Napoléon demeurera sans doute le sujet, l’ornement de l’Histoire et l’étoile des peuples civilisés. Vos libelles ne peuvent rien contre moi ! Vous y avez dépensé des millions : qu’ont-ils produit ? La vérité perce les nuages, elle brille comme le soleil ; comme lui elle est impérissable ! »

 

Ce jour-là, Lowe, que ce dernier éclat a laissé de marbre, quitte l’empereur, sans à peine le saluer, faisant remarquer à son entourage que « le général est de bien mauvaise humeur », et qu’il était terriblement « choqué par la grossièreté de ses manières », pour reprendre ses propres mots.

Napoléon avoue d’ailleurs à Las Cases :

« Je ne dois plus recevoir cet officier ; il fait que je m’emporte, c’est au-dessous de ma dignité ; il m’échappe vis-à-vis de lui des paroles qui eussent été impardonnables aux Tuileries ; si elles peuvent avoir une excuse ici, c’est de me trouver entre ses mains et sous son pouvoir. »

Le lendemain, O’Meara rapportera que Hudson Lowe, ulcéré par son algarade de la veille, lui aurait dit :

« Que le général Bonaparte sache bien qu’il dépend de moi de rendre sa situation beaucoup plus douce, mais que s’il continue à me manquer de respect je lui ferai sentir mon pouvoir ; il est mon prisonnier, j’ai le droit de le traiter selon sa conduite : je le mettrai à la raison ! »

 

Le soir même, l’empereur dictera à Montholon une lettre de remontrances, devenue célèbre et qui, au grand dam de Hudson Lowe et malgré ses efforts, parvint jusqu’en Angleterre, point de départ de la guerre médiatique que, dès lors, Napoléon entendait mener pour faire connaître son sort à l’Europe, si ce n’est au monde.

On le comprend : dès cet instant, les ponts sont définitivement rompus entre les deux hommes, et Napoléon, effectivement, refusera désormais tout entretien avec Lowe, lequel fera connaître ses intentions ou son opinion à l’égard de son prisonnier par l’intermédiaire de ses compagnons, notamment O’Meara. Le gouverneur  ne viendra à Longwood que pour inspecter les travaux de la nouvelle maison (où l’empereur n’habitera jamais), où il était sûr de ne pas le rencontrer.

Mais il n’en interrompra pas pour autant ses règlements, ses vexations inutiles – on pense ici, par exemple, au refus de transmettre à son prisonnier un livre envoyé d’Angleterre et orné d’une dédicace à l’Empereur Napoléon, un jeu d’échec en ivoire, au motif qu’il était marqué au chiffre impérial, de réduire le nombre de journaux livrés à Longwood, ou d’exiger que les invitations envoyées pour des réceptions à Longwood passent obligatoirement par lui !

En octobre 1816, Las Cases écrira dans le Mémorial :

« En proie à un traitement aussi absurde et aussi ignoble, l’Empereur n’est point sorti depuis plusieurs mois. Tous les gens de l’art peuvent prédire qu’il succombera à ce genre de vie. C’est une manière de l’assassiner aussi certaine et plus barbare que le fer et le poison ! »

À la fin de 1816, c’est le renvoi de Las Cases, au motif d’avoir voulu faire passer, clandestinement, une lettre en Europe, et durant l’été 1818, celui d’O’Meara, soupçonné d’espionnage.

Petite parenthèse : ici encore Antoine de Caunes prend des libertés avec la vérité historique : jamais Hudson Lowe n’a suggéré à O’Meara d’empoisonner Napoléon !

Bientôt, Napoléon refusera de traiter avec « son assassin », selon sa propre expression et même de sortir de sa maison.

Pendant presque six années, le prisonnier et son geôlier vont se livrer à un véritable jeu du chat et de la souris, qui va mettre à mal la patience et les nerfs du second, mais que l’affaiblissement progressif du premier n’émouvra pas le moins du monde.

Et lorsque  Lowe se retrouvera, le 5 mai 1821, pour la dernière fois, face à face avec son prisonnier, ce dernier aura déjà rendu à Dieu le plus puissant souffle de vie  qui jamais anima l’argile humaine.

La dernière vengeance du gouverneur sera d’interdire l’inscription NAPOLÉON sur la pierre tombale, qui sera finalement vierge de toute inscription, car l’entourage du défunt s’est opposée à y voir écrit « Général Bonaparte » !

Tombe de Napoléon à Sainte-Hélène.
Tombe de Napoléon à Sainte-Hélène.

 

Ainsi se terminent les cinq plus longues années de la vie d’Hudson Lowe. Celles qui vont suivre seront bien décevantes, et peu conformes à ce qu’il pouvait – légitimement ou non – en attendre.

A la fin de juillet 1821, Lowe transmet son commandement au brigadier-général Coffin et quitte Sainte-Hélène, le 25, à bord du Lady Melville, salué par les habitants de l’île pour sa justice et sa modération durant son gouvernorat. Et, de fait, Hudson Lowe laisse derrière lui un bilan plutôt positif : abolition de l’esclavage, que la Compagnie des Indes avait jusque-là maintenu, lutte efficace contre la corruption, construction de routes, de docks, rénovation de l’école et de l’hôpital, important travaux d’irrigation par exemple.

A bord du navire qui l’emmène en Angleterre, une trentaine de caisses remplies d’archives, qui formeront plus tard les célèbres Lowe’s Paper.

A son arrivée à Londres, Lowe est certes cordialement reçu par le roi, le 14 novembre, qui lui serre deux fois la main et Lord Bathurst, qui lui exprime sa satisfaction pour sa conduite à Sainte-Hélène. Il est rapidement nommé colonel du 93e régiment des Southerland Highlanders, le 4 juin 1822. Pour celui qui était, à Sainte-Hélène, lieutenant-colonel, il y a là une rétrogradation évidente.

En fait, le « procès » de l’ancien gouverneur a commencé et celui-ci comprend rapidement, avec surprise, que l’opinion publique lui est devenue hostile.

Alors que la presse libérale l’accuse d’avoir fait périr un grand homme en déportation, il doit aussi se défendre contre les attaques d’O’Meara, qui l’accuse publiquement, dans un livre paru en 1822, d’avoir faire subir à Napoléon les traitements les plus ignobles. Le tribunal auquel l’affaire est présentée, en 1823, lui oppose une fin de non-recevoir, prétextant…un dépassement des délais !

Le gouvernement de Londres préfère alors l’envoyer au bout du monde : d’abord à Antigua, dont Lowe est nommé, le 14 décembre 1823, Gouverneur, poste qu’il refuse, pour raisons personnelles, mais surtout parce qu’il considère qu’il ne correspond ni à ses services passés, ni à ses attentes, puis à Ceylan, dont il devient chef des forces britanniques, et où il arrive à la fin de 1825, ayant laissé sa famille à Paris.

Pour rejoindre son poste, Lowe a entrepris un voyage terrestre d’un an, qui l’a conduit à Paris, où il est accusé d’un attentat contre le fils de Las Cases, à Vienne, où il rencontre Metternich, à Constantinople et à Smyrne, où c’est lui qui échappe de peu à un attentat, de la part d’un bonapartiste employé au consulat de France !

Il reste à Ceylan, dans l’espoir, qui sera déçu, d’être nommé gouverneur, jusqu’en 1828, date à laquelle il décide de revenir en Angleterre, pour un congé, mais aussi pour tenter, une nouvelle fois, de répondre aux critiques à son égard, qui ne faiblissent pas, notamment celles émises par Walter Scott qui, en 1827, a publié son œuvre monumentale The Life of Napoléon Buonaparte (dont l’édition française parait la même année), et auquel il reproche, par exemple,  d’avoir insinué que « plus d’indulgence (de sa part), n’aurait pas nuit, bien au contraire » !

 

Il passe d’abord, le 28 avril, par l’île Maurice, où il est conspué par des bonapartistes, puis par Sainte-Hélène, où, au contraire, il reçoit un accueil chaleureux, et effectue une visite à Plantation House, son ancienne résidence, devenue une ferme, tout comme Longwood.

Arrivé à Londres, il essaye de publier une réponse au livre de Walter Scott, mais Lord Bathurst l’en dissuade fortement et lui ordonne de retourner illico à Ceylan.

Il est, en juillet 1830, enfin élevé au grade de lieutenant-général (grade qu’il avait à Sainte-Hélène !). Mais à Londres, en 1830, les Libéraux sont de nouveau au pouvoir, et Lowe, qui est leur bête noire, ne sera pas gouverneur de Ceylan. Il rentre en Angleterre en 1831.

Il vivra assez longtemps pour être contemporain du Retour, le 2 décembre 1840, sur la bords de la Seine, au milieu de ce peuple français qu’il avait tant aimé, de celui dont il avait été le gardien soupçonneux, à des milliers de kilomètres de là !

Hudson Lowe meurt, dans une quasi pauvreté (il n’a jamais touché les pensions auxquelles il avait droit) d’une attaque de paralysie le 10 janvier 1844, à l’âge de 75 ans, taché de l’opprobre d’être celui qui avait assassiné l’empereur, « à coups d’épingles », pour reprendre les mots du commissaire russe Alexander Balmain.

Il fut enterré non loin de Hyde Park Corner, à Londres, dans la crypte de l’église  de North Audley Street, auprès de son épouse, morte des années auparavant, le 22 août 1832. Mais, depuis 1986, les restes d’Hudson Lowe ont été transférés, à l’East London Cemetery, Grange Road, Plaistow, à un emplacement anonyme.

 

Je tiens à exprimer ma reconnaissance à mes amis Peter Hicks, Jacques Macé et Albert Benhamou, pour leur aide précieuse dans la préparation de cette conférence.