Jean-Baptiste Vauquette de  Gribeauval (1715-1789)

 

Gribeauval
Portrait de Gribeauval par Jean-Démosthène Dugourc

Jean-Baptiste Vaquette de Gribeauval naît à Amiens le 15 septembre 1715. Il s’engage, en 1732 (il a 17 ans) dans le régiment Royal-Artillerie où il est nommé, trois ans après, officier pointeur. Ses goûts et ses aptitudes l’entraînent bientôt vers le corps des mineurs, et, en 1752, il est nommé capitaine de ce corps. C’est à cette époque qu’il est choisi, par le comte d’Argenson, alors ministre de la guerre en France, pour aller étudier sur place l’artillerie prussienne, où l’on vient d’introduire les pièces légères attachées aux régiments d’infanterie.

Il accompli sa mission brillamment et, en 1757, il est promu lieutenant-colonel. A cette époque, l’impératrice d’Autriche, Marie-Thérèse, émet le souhait d’avoir des officiers français à son service et Gribeauval, entre donc dans l’armée autrichienne, avec le grade de général de bataille, et commandant le génie, l’artillerie et les mineurs. C’est en cette qualité qu’il participe à la guerre de Sept-Ans, se construisant une très bonne image dans cette armée.

"6 septembre - Un dénommé Gribeauval et 10.000 Autrichiens  nous tiennent pour le moment à distance. A part cela, le commandant et la garnison sont à l'agonie., nous en viendrons bientôt à bout "

"26 septembre - Je vous ai trop tôt annoncé la fin du siège. Nous n'en sommes pas encore là, les mines nous ont trop longtemps retenus. Il nous faut six semaines pour reprendre une place que nous avions perdu en deux heures. Le génie de Gribeauval défend la place (...) il nous prépare sans arrêt de nouvelles chicanes de toutes sortes" (Lettres de Frédéric II au marquis d'Argens)

En 1758, il commande l’artillerie autrichienne au siège de Neisse; il dirige, l’année suivante, les travaux d’amélioration des fortifications de Dresde. En 1760, il dirige le siège de Glatz, clé de la Silésie, et que ses dispositions permettent de faire tomber. Il est également, en 1762, au siège de Schweidnitz (1), où il a en face de lui Frédéric en personne, et 3 000 Prussiens. Les Autrichiens, et Gribeauval, mènent un siège de 63 jours, et les Prussiens sont sur le point de se retirer, lorsque l’explosion d’un magasin de poudre force la garnison à capituler, le 9 octobre 1762. Gribeauval est, avec la garnison, fait prisonnier, et mené devant Frédéric, qui l’admet à sa table et le couvre d’éloges.

Pendant le temps qu’il passe en Autriche, Gribeauval reçoit du duc de Choiseul (nommé ministre de la guerre le 27 janvier 1761), la mission de procéder à une étude comparée de l’artillerie autrichienne et de l’artillerie française. Le 3 mars 1762, Gribeauval termine son rapport et l’envoie au ministre .

Gribeauval répartit l’artillerie en fonction de l’emploi tactique des pièces selon quatre catégories : artillerie de campagne, de siège, de place et de côte. Le matériel de campagne, plus léger et plus solide comprend trois calibres : 12, 8 et 4. L’artillerie de siège et de place comprend des pièces de 12, 16 et 24 livres ainsi qu’un obusier de huit pouces et un mortier de dix pouces. Ce système, grâce à des techniques de fabrication plus évoluées, permet de réduire le « vent » du boulet et de mieux utiliser les charges de poudre alors qu’une standardisation rigoureuse des fabrications permet l’interchangeabilité des éléments. L’encombrante longueur de l’attelage en file est réduite par l’adoption du timon. La cadence de tir est notablement accélérée en permettant le chargement des pièces à l’aide de cartouches : soit la cartouche à boulet qui comprend un boulet ensaboté et sa gargousse, soit la cartouche à balles

La paix venue, Gribeauval revient en France, rappelé par le duc de Choiseul qui le nomme, en 1764, maréchal de camp, puis inspecteur général de l’artillerie (2). Il le charge en même temps de la réforme de l’artillerie. Son activité, à partir de ce moment là va être importante :

  • Rédaction  l’Ordonnance de 1764, qui fixe la proportion des troupes de l’artillerie dans les armées et en fixe l’utilisation.
  • Création des écoles d’artillerie
  • Formation du corps des mineurs, dont il a le commandement
  • Perfectionnement des manufactures d’armes, des forges et des fonderies
  • Définition de la répartition des différents calibres
  • Création de nouvelles batteries côtières, dont il a imaginé les nouveaux affûts
  • Mise en ordre des arsenaux  de construction et établissement d’une meilleure uniformité des pièces des tains d’artillerie. Il donne ainsi l’ordre de rédiger des tables de construction et des plans des diverses pièces d’artillerie
  • Enfin il fait adopter ses idées (prises lors de son séjour en Prusse) sur l’artillerie de campagne.

En 1765, il fut nommé lieutenant général, puis, en 1776, premier inspecteur de l’artillerie.

En janvier 1774, Louis XV l’avait disgracié, suite au procès Bellegarde (2), au cours duquel on avait tronqué et déformé certains de ses écrits, mais il fut rappelé en 1776 par le ministre Saint-Germain. (3)

En 1789, Gribeauval, à la demande de Louis XVI, est nommé directeur de l’arsenal.

Jean-Baptiste Vaquette de Gribeauval meurt à Paris, le 9 mai 1789, âgé de 74 ans.

Notes

Une discussion très animée a opposé – et oppose encore ! – sur le Web, deux historiens anglo-saxons, sur l’originalité – vraie ou surfaite – des innovations apportées au système de l’artillerie française à la fin du XVIIIe siècle par Gribeauval. Dans le cadre de cette biographie, nous n’avons pas voulu entrer dans ce débat, et nous nous bornons à  renvoyer le lecteur aux  références bibliographiques ci-dessous, ainsi qu’aux Forums de discussion sur lesquels les discussions ont été menées (napoleon-series.org – napoleonseries.org )

(1) La place avait été prise aux Prussiens, par l’Autrichien Loudon,  en octobre 1761. Cette prise avaient passablement vexé Frédéric, qui s’était juré de la reprendre.

(2) Marie-Thérèse aurait souhaité le garder à son service, lui offrant, dans cette hypothèse, la croix de Marie-Thérèse et le grade de Feldmarschall-Lieutenant (FML). Gribeauval préféra rentrer en France.

(3) Le lancement d’un fusil modèle 1763 et l’encombrement des arsenaux en armes désuètes, avait conduit Choiseul à lancer une grande réforme. Le colonel de Bellegarde avait été chargé déclasser les armes. Un fabricant d’armes, Montieu, obtint le droit d’acheter “les effets de nul service” (vieux bronzes, métaux et canons déclassés) à un prix jugé avantageux par les chefs de dépôts. Entre le 1er septembre 1767 et le 15 juin 1770 celui-ci achète plus de 100.000 de ces armes à réparer et à revendre à l’export. Lorsque Choiseul est remplacé par Monteyrand, ce dernier s’inquiète : ne va-t-on pas trop dégarnir les arsenaux ? Il fait arrêter les inspections et le 6 octobre 1771 les livraisons à Montieu. Bientôt Bellegarde est accusé d’avoir vidé les entrepôts en outrant les défectuosités et même d’avoir réformé des fusils neufs. Les prix d’estimation des fusils cédés à Montieu sont jugés trop faibles. Plus grave aux yeux du Conseil, on avait trouvé à Saint-Etienne des fusils neufs 1764, fabriqués avec des canons de fusils réformés ! Le 5 juillet Bellegarde est arrêté, Montieu est prié de se tenir à la disposition du Conseil.

Bellegarde se verra faire un procès hautement politique, (auquel Choiseul ne sera pas convoqué) , sans témoins à décharges, ni confrontations, membres du Conseil choisis pour leur docilité et présidés par le duc de Biron, pair et maréchal de France, sans avocat, et un procureur étant également juge d’instruction !

Gribeauval, avec Broglie et Richelieu, prend partie pour eux. Le 11 octobre 1773, le Conseil de Guerre condamne Bellegarde à être cassé et à 20 ans et un jour. Le procès fut, sur les instances de Marie-Antoinette, rejugé et les accusés déclarés non coupables.

 

Sources

  • M. Michaud. Biographie universelle ancienne et moderne, vol. 17, p. 534-536. Paris, 1857.
  • Constant von Wurzbach. Biographisches Lexikon des Kaisersthums Österreichs, vol. 5. Wien. 1885
  • Allgemeine Deutsche Biographie, vol 9, p. 651-652. 1875-1912.
  • Dave Hollins. Another French Myth – “Artillery Innovator” Gribeauval. First Empire, 79, December 2004
  • Dave Hollins. Austrian Napoleonic Artillery 1792-1815. New Vanguard. Osprey Publishing.
  • Kevin F. Kiley. Artillery of the Napoleonic Wars. London Greenhill Books 2004