Faut-il croire les Mémoires ? Essai de réponse par l’étude des Mémorialistes de Napoléon.

Quant aux femmes, ce sont elles, doit-on s’en étonner, qui nous livrent les seuls portraits physiques qui existent des personnages de l’époque. Les noms les plus en vue sont :

Hortense de Beauharnais.
Hortense de Beauharnais.

Madame de Rémusat
Madame de Rémusat

La comtesse de Boigne
La comtesse de Boigne
  • la reine Hortense, dont les Mémoires, rédigés en 1820,  sont indispensables pour la connaissance de la vie à Malmaison, aux Tuileries et à la cour de Hollande.
  • Madame de Rémusat, qui fut Dame de compagnie de Joséphine mais ses Mémoires, pourtant célèbres, ne sont que racontars. D’ailleurs, elle ne se cacha jamais d’avoir puisé ses sources dans le salon de Talleyrand….
  • la comtesse de Boigne (du point de vue de la longévité, elle fit concurrence à Talleyrand, survivant à onze règnes et régimes différents !), dont l’esprit critique s’adresse tout autant aux partisans de l’empire qu’à ses opposants
  • Marie-Jeanne Avrillon, femme de chambre de Joséphine, qu’elle suivit à Malmaison après le divorce de l’impératrice. C’est assez dire qu’elle a beaucoup vu. Certes ses Mémoires ont été remaniés par le « teinturier» Villemarest, mais leur véracité est confirmée par la reine Hortense, elle-même témoin privilégié de la vie à Malmaison et aux Tuileries ainsi que sa lectrice Louise Cochelet.
  • Enfin Laure Permon, duchesse d’Abrantès
Portrait de la duchesse d’Abrantès par Goya

« Cette femme a vu Napoléon enfant, elle l’a vu jeune homme encore inconnu, elle l’a vu occupé des choses ordinaires de la vie, puis elle l’a vu grandir, s’élever et couvrir le monde de son nom! Elle est pour moi comme un bienheureux qui viendrait s’asseoir à mes côtés, après avoir vécu au ciel tout près de Dieu !« 

Tels sont, en tous les cas, les propos de Victor Hugo, qui fut un temps son amant.

Mais Jean Tulard, dans sa « Bibliographie critique des Mémoires sur le Consulat et l’Empire » écrit « Il convient toutefois de n’utiliser qu’avec précaution le témoignage de la duchesse d’Abrantès que Théophile Gautier a surnommé, non sans raison, la duchesse d’Abracadabrantès.« 

Elle avait épousé Junot, qui s’attacha à Napoléon dès le début de sa carrière, et elle avait même suivi son mari aux armées en Espagne.  Cela suffit à prouver, si besoin est, qu’elle a vraiment vécu des événements extraordinaires, et qu’elle n’avait pas besoin d’en rajouter.

C’était, parait-il, une personne remarquable. Et c’est ce que l’on pardonnait alors difficilement à une femme, dont le général Thiébault, pourtant l’un de ses détracteurs, dira, dans ses Mémoires, qu’il était

impossible de rien imaginer de plus joli, de plus vif, de plus aimable, de plus saillant que ne l’était cette jeune dame, vêtue avec une élégance, une fraîcheur, qui cadraient si parfaitement avec tout ce que la nature avait mis de coquetterie, de luxe à la former, et que « c’était une femme dont le caractère égalait le mérite« .

Ce qui n’empêcha pas Thiébault de relever les erreurs qu’a commises la duchesse, mais sans tomber dans le dénigrement à la Gautier, puisqu’il introduit une de ces notes de la manière suivante : 

« Les Mémoires de Mme la duchesse d’Abrantès ont une si grande et si juste vogue que rien de ce qui y est rapporté ne devient indifférent, et c’est ce qui me force d’en appeler de ses injustices envers le maréchal Masséna » ajoutant également : «Madame la duchesse d’Abrantès, toujours consciencieuse, mais souvent abusée…«