Faut-il croire les Mémoires ? Essai de réponse par l’étude des Mémorialistes de Napoléon.

Les militaires étrangers donnent en général une version assez objective des péripéties guerrières.

Parmi ceux qui furent au service de la France, il faut retenir :

  • les Suisses Rieu et Rilliet qui ne dissimulent pas leur dégoût des tueries;
  • l’Elbois Laugier dont la relation de la campagne de Russie est particulièrement vivante et réaliste, décrivant le martyre du corps d’armée italien commandé par le prince Eugène;
  • le Polonais Dezydery Chlapowski, démissionnaire de l’armée prussienne en 1806 pour entrer dans la garde impériale;

    Dezydery Chlpowski
    Dezydery Chlpowski
  • le margrave de Bade, alors seulement comte de Hochberg, qui commande la brigade badoise engagée dans la campagne de Russie et raconte la décomposition de la Grande Armée,
  • le wurtembergeois Christian Wilhelm von  Faber du Faur, lieutenant de la division wurtembergeoise, dont la brève relation est rehaussée d’une centaine de merveilleuses aquarelles constituant le meilleur témoignage pictural de cette épopée malheureuse.
Christian Wilhelm von Faber du Faur
Christian Wilhelm von Faber du Faur

Parmi ceux qui combattirent « de l’autre côté », on lira avec intérêt :

  • le carnet de campagnes du capitaine de cavalerie prussien von Colomb, dont le corps franc harcèle les Français de la Saxe jusqu’aux portes de Paris;
  • les récits des émigrés français au service du tsar, le baron de Damas, les comtes de Langeron et de Rochechouart, qui donnent, avec le baron balte Löwenstern, la version russe des campagnes de 1812 à 1814.

    Alexandre Louis Andrault de Langeron
    Alexandre Louis Andrault de Langeron
  • la relation que fait l’émigré français établi à Moscou, Ysarn,  du séjour des Français à Moscou et de l’incendie de cette ville qui, par sa précision, mérite d’être citée.
  • le témoignage du lieutenant-colonel Basil Jackson, qui a pris part à la bataille de Waterloo et accompagné Hudson Lowe à Sainte-Hélène, et dont les Souvenirs, écrits dans un style simple et sans prétention, ont l’accent de la sincérité parfaite.
  • Les Souvenirs du lieutenant-général saxon Johann Jakob Otto August Rühle von Lilienstern, qui participe aux campagnes de 1806 à 1813.

Accordons une mention spéciale au grenadier anglais Lawrence, qui dicta ses Mémoires à un ami plus instruit. Ce fils de paysan, fuyant la sévérité du maçon chez qui il a été placé en apprentissage, s’engage dans l’armée, tombant, reconnaît-il, de Charybde en Scylla:« Je me voyais enfin en sécurité; mais, retiré de la poêle à frire, j’étais tombé dans le feu, car, comme je pus m’en convaincre par la suite, j’avais affaire à plusieurs maîtres plus difficiles à contenter que mon ancien maître ne l’avait jamais été. » Il raconte sans fard et sans prétention la vie quotidienne du soldat en Espagne, les préoccupations du ravitaillement et les plaisirs d’une vie souvent précaire et menacée, négligeant de parler des savantes manœuvres et de la stratégie de l’état-major.

  • Pour finir mentionnons aussi les Mémoires du prince Auguste von Thurn und Taxis, sur ses campagnes de 1812 à 1815, et celles de Varnhagen von Ense, qui s’étendent jusqu’à la paix de Vienne. Mais, dans les deux cas, on doit encore se contenter de leur version allemande.