De Valmy à Austerlitz – La diplomatie française en quête de paix.

Colonne BoulogneLa colonne de Boulogne

Conclusions

En guise de conclusion, je me permettrai de reprendre quelques lignes de deux grands historiens français.

Georges Lefebvre, d’abord, qui, en 1953, écrit :

« On a représenté la troisième coalition comme une tentative délibérée de reprendre à la France ses frontières naturelles. Que les Alliés dussent lui enlever tout ou partie de ses conquêtes s’ils parvenaient à la vaincre, cela va de soi. Mais ce qu’il faudrait démontrer, c’est que l’Angleterre, en 1803, la Russie et l’Autriche en 1805, n’ont repris les armes qu’à cette fin, et c’est ce qu’on n’a point fait, même en ce qui concerne la première. D’abord, si l’esprit d’agression, s’il est évident, était entretenu par des passions et des intérêts dont on ne tient nul compte : les préoccupations économiques et l’impérialisme maritime des anglais, la mégalomanie et la jalousie personnelle d’Alexandre, l’hostilité – dont les racines étaient d’ordre social – de l’aristocratie européenne, si influente à Vienne. Puis, il est plus apparent encore que Napoléon a surexcité, comme par gageure, cette animosité sournoise, alarmé toutes les puissances et poussé à bout jusqu’à la molle Autriche (..) Il n’était pas indispensable à son autorité qu’il fit enlever le duc d’Enghien et instituât l’Empire, qu’il irritât prématurément l Angleterre, inquiétât les ambitions orientales de la Russie et surtout érigeât la république italienne en royaume héréditaire ou annexât Gênes. Bien qu’il ne partageât point leur ardeur révolutionnaire, il lança aux rois et à l’aristocratie les mêmes défis qu’on a reproché aux Girondins et poursuivi la politique turbulente d’envahissement qui a valu au Directoire tant de critiques méprisantes. »

Le Professeur Jean Tulard , en 1987, lui fait écho :

« Le traité d’Amiens avait mis fin au conflit qui opposait depuis 1792 la France révolutionnaire à l’Europe des Rois. Les vieilles monarchies s’inclinaient ; elles reconnaissaient, du moins en France, la légitimités des nouvelles idées de liberté et d’égalité, qu’elles n’avaient pas pu étouffer par l’intervention armée (…) La formation d’une nouvelle coalition en 1805, suite prévisible de la rupture des relations diplomatiques deux ans auparavant, avec l’Angleterre, s’inscrivait-elle dans la continuité des guerres révolutionnaires, ou s’agissait-il au contraire de guerres nouvelles dont Napoléon aurait porté la responsabilité ? Les contemporains n’ont pas hésité : l’Angleterre reprenait un combat qu’elle n’avait interrompu que pour retrouver son souffle. L’opinion française a fait porter sans hésitation la responsabilité de la rupture sur l’Angleterre.

A leur tour, malgré des réticences, les historiens ont accepté les expressions de « troisième coalition » et de « quatrième coalition », admettant ainsi une continuité. »

La campagne de 1805, et celle qui suivra, seront bien encore celles de la « Grande Nation ».

SOURCES

  • Bignon. Histoire de la France depuis le 18 Brumaire jusqu’à la paix de Tilsitt. Paris, 1829. (disponible sur Gallica)
  • Arhur-Levy – Napoléon et la paix. Paris, 1912. (fait appel à de nombreuses archives des cours de Prusse et de Russie)
  • Tulard. Dictionnaire Napoléon. Paris, 1999.
  • Lentz. Nouvelle Histoire du Premier Empire. Paris, 2002
  • Madelin. Histoire du Consulat et du premier Empire. Paris, 1945
  • Correspondance de Napoléon.(indispensable)
  • Tulard. Napoléon. Paris, 1987.
  • A. Furse. Ulm, Trafalgar, Austerlitz. 1905
  • Thiry. Ulm, Trafalgar, Austerlitz. Paris, 1962.
  • Lefebvre. Napoléon. Paris, 1953. (qui n’est pas tendre avec Alexandre)
  • Histoire du Consulat et de l’Empire. Paris, 1845
  • Napoléon et l’Italie. Paris, 1947.
  • Kerautret. La rupture de la paix d’Amiens. Revue Napoléon, n° 14, mai 2003
  • Schönhals. Der Krieg 1805 in Deutschland. Vienne, 1873. (on s’en doute, pro autrichien)
  • Holmberg. The Treaty of Amiens and the British Occupation of Malta. 1801-1803. Communication personnelle.
  • Laurent. L’Empire. Paris, 1869.