De Valmy à Austerlitz – La diplomatie française en quête de paix.

Colonne BoulogneLa colonne de Boulogne

Vers la guerre (septembre 1804 – septembre 1805)

En septembre 1804, le tsar rompt pratiquement ses relations diplomatiques avec Paris.

Le 6 novembre 1804, l’Autriche signe, avec la Russie une convention secrète par laquelle elle promet 235.000 autrichiens à la coalition, en échange d’accroissements importants en Italie, sans toutefois se trop hâter de mettre cette promesse en pratique.

Le 3 décembre 1804 le Cabinet de Londres conclut un contrat avec son homologue suédois : contre un subside de 60.000 livres, par lequel la Suède s’engage à mettre à disposition l’île de Rügen et la ville de Stralsund.

Le 4 décembre 1804, l’Espagne déclare la guerre à l’Angleterre, en réponse aux agressions dont ses navires font l’objet

Le 2 janvier 1805, Napoléon écrit à Georges III, pour, selon ses propres mots « offrir la paix au monde »

Le monde est assez grand pour que deux nations puissent y vivre, et la raison a assez de puissance pour qu’on trouve les moyens de tout concilier si, de part et d’autre, on a la volonté.

C’est en fait une répétition de l’offre faite en 1800. Entre les lignes, cependant, on peut aisément comprendre que c’est une offre de partage du monde, à l’Angleterre les mers, à la France l’Europe. Au Parlement britannique, Pitt et Fox s’affrontent. Finalement le gouvernement anglais envoie une réponse qui est une fin de non recevoir.

Il est impossible à Sa Majesté le roi de la Grande-Bretagne de répondre plus particulièrement à l’ouverture qui lui a été faite, jusqu’à ce qu’elle ait eu le temps de communiquer avec les puissances du Continent avec lesquelles elle se trouve engagée par des liaisons et des rapports confidentiels, et particulièrement avec l’empereur de Russie qui a donné les preuves les plus fortes de la sagesse et de l’élévation des sentiments dont il est animé et du vif intérêt qu’il prend à la sûreté et à l’indépendance d l’Europe.

On ne peut pas être plus clair, d’autant que, quelques jours plus tard, ces mêmes paroles seront répétées au parlement de Londres.

Charles IV et sa famille - Goya
Charles IV et sa famille – Goya

Le 4 janvier 1805, une convention franco-espagnole met la marine de Charles IV à la disposition de la France.

En janvier 1805, l’Autriche, de plus en plus agacée, c’est le moins qu’on puisse dire, par les menées de Napoléon en Italie, où pourtant elle ne possède plus que la Vénétie (à Vienne, le parti de la guerre prend de plus en plus d’importance), déploie des troupes sur sa frontière occidentale, soi-disant comme cordon sanitaire face à une épidémie de fièvre jaune, ce qui ne trompe personne.

La Suède, dès le 1er mars 1805, indique son intérêt pour participer à la guerre. Contre des subsides sonnants et trébuchants, 12.000 soldats suédois, rétribués au « standard rate » de 12 livres par tête, entreront, en octobre 1805, dans la coalition.

Le 11 avril 1805, anglais et russes signent une convention (Convention de Petersbourg) par laquelle les seconds s’engagent à mettre en ligne 115.000 hommes. Les buts de la guerre – qui visent en fait à rétablir un « équilibre européen » – sont clairement fixés :

  • évacuation par la France du Hanovre et du nord de l’Allemagne,
  • indépendance de la Hollande et de la Suisse
  • évacuation de l’Italie, avec reconstitution du royaume de Piémont et renforcement de celui de Naples ;

L’une des clauses secrètes du traité est que « l’Angleterre et la Russie ne feront point la paix avec la France que du consentement commun de toutes les Puissances qui seront parties dans la Ligue ». Une règle de l’unanimité qui vouait l’Europe à la guerre tant que la France n’aurait pas été vaincue (ce qui sera effectivement le cas).

Londres promet 1.5 millions de livres sterling. En plus des troupes mises en jeu par Saint-Pétersbourg, on compte bien que Vienne en alignera 250.000. Et, quoi qu’il arrive, Le tsar recevra, tous frais payés, l’équivalent de trois mois de dépenses à titre d’indemnité !

On fait savoir à qui veut l’entendre que celles des puissances qui le voudront seront les bienvenues dans cette combinaison.

Le général Karl Mack von Leiberich
Le général Karl Mack von Leiberich

Le 22 avril 1805, Vienne nomme un nouveau commandant en chef de l’armée « de Bavière » : il s’agit, contre l’avis de l’archiduc Charles, du général Karl Mack, un pur produit du parti de la guerre, et anti-français comme peu d’autres. En même temps, l’Autriche masse de nouveau des troupes, cette fois sur sa frontière sud, sans que cette fois la fièvre jaune puisse servir d’alibi.

Fin avril 1805 se place l’épisode quelque peu rocambolesque de la mission Nowossiltzoff, représentant du tsar et chargé de transmettre – par l’intermédiaire de Berlin – une offre de paix que les intéressés n’ont d’ailleurs aucune envie de voir accepter. Des passeports sont demandés à Paris par Berlin.

Le 9 mai 1805, Napoléon accepte une éventuelle médiation de la Prusse (à qui on a même offert de rendre le Hanovre) dans une longue lettre dont chaque mot a été soigneusement pesé:

La Russie ne peut pas être partie, puisqu’elle n’est pas en guerre (…) Elle ne peut pas être médiatrice, puisque ses relations sont interrompues avec la France (…) On veut, à Londres, gagner du temps (…) Monsieur Mon Frère, je veux la paix ; mais je ne puis souscrire à ce que mon peuple soit déshérité du commerce du monde

Le couronnement de Napoléon, le 26 mai 1805, à Milan, comme roi d’Italie, marque la rupture effective de la paix de Lunéville, entre l’Autriche et la France

Le 26 mai 1805, Napoléon fait connaître que les passeports demandés pour l’envoyé du tsar seront accordés. Va-t-on cette fois-ci vers la paix ? Non, car, le 4 juin 1805, la France procède à l’annexion de Gênes. La Coalition est sauvée.

L’affaire de Gênes amena en neuf semaines la formation d’une coalition qu’en vingt-six mois la diplomatie britannique n’avait pu former. (J.H. Rose in Cambridge History of British Foreign Policy)

Le 5 juin 1805, l’ambassadeur russe à Londres est informé que l’Angleterre, décidément, n’entend plus rendre Malte, ce que, le 25 juin, l’ambassadeur anglais à Saint-Pétersbourg signifie au gouvernement russe. Point embarrassé le moins du monde, les diplomates russes font savoir que le nouvel empiétement de Napoléon en Italie rend décidément toute négociation impossible.

Le 16 juillet et le 9 août deux nouveaux agréments sont signés par Vienne, liant encore plus fermement l’Autriche à la nouvelle coalition. D’ailleurs, pour l’instant, Vienne se croit à l’abri, comme l’écrit Cobenzl :

Bonaparte ne peut arriver jusqu’à nous avant que nos alliés nous aient rejoints.

Le 15 juillet 1805, la Prusse refuse le passage des troupes réunies en Poméranie, rendant ainsi un grand service à Napoléon.

Le 9 août 1805, l’Autriche entre effectivement dans la Coalition

Le 13 août 1805, Napoléon, de Boulogne, où il espère toujours réussir son ambitieux projet de débarquement en Angleterre, écrit à Cambacérès :

Le fait est que l’Autriche arme ; je veux qu’elle désarme ; si elle ne le fait pas, j’irai avec 200.000 hommes lui faire une visite dont elle se souviendra longtemps !

A la mi-août, on décide à Berlin, que l’on continuera pour le moment d’être neutre. Certes, la Russie a besoin de l’accord de Berlin pour faire passer ses troupes, si elles doivent arriver rapidement sur le théâtre d’opérations envisagé. Mais le roi de Prusse tient à sa neutralité. Est-ce là une victoire pour Napoléon ? Pas vraiment, même si, dans un premier temps, il gagne des semaines précieuses avant un conflit qui se précise.

Le 19 août 1805, le tsar écrit au roi de Prusse pour lui demander son assistance. Demande en forme d’ultimatum : si le roi ne s’est pas décidé le 23 septembre, les russes franchiront la frontière le 28.

Le 21 août 1805, la Suisse fait part de sa décision de neutralité.

Le 24 août 1805, après des mois de tergiversations, l’électeur de Bavière, Maximilien-Joseph. signe enfin le traité qui met 20.000 hommes à la disposition de Napoléon – contre promesse d’agrandissements « convenables » à l’issue de la prochaine guerre, qui ne peut être que victorieuse.

Le 4 septembre 1805, l’État de Bade signe un traité d’alliance avec la France : 3.000 hommes sont mis à disposition, là aussi contre promesse d’agrandissements.

Le 8 septembre 1805, l’Autriche entre, par Schärding et Braunau, en Bavière.

La campagne de 1805 vient de commencer. Selon les mots de Georges Lefebvre, il ne reste plus à Napoléon « d’autre issue que la conquête du monde »

Déjà, « on entend le bruit des lourds canons roulant vers Austerlitz… » (Victor Hugo)