De Valmy à Austerlitz – La diplomatie française en quête de paix.

Colonne BoulogneLa colonne de Boulogne

Mai 1803 – Septembre 1804 – Vers la Troisième Coalition

La réponse de Bonaparte ne se fait pas attendre :

  • Le 20 mai 1803, annonce est faite aux Assemblées, à Paris, de la rupture de la paix d’Amiens sans déclaration de guerre de l’Angleterre.
  • le 22 mai, un décret ordonne que seront arrêtés et constitués prisonniers de guerre, comme otages, tous les Anglais voyageant ou commerçant en France, et,
  • le 23 mai, ordre est définitivement donné à Mortier d’envahir immédiatement le Hanovre.

L’Angleterre, sans déclaration de guerre, a commencé les hostilités et deux bateaux caboteurs ont été pris devant Brest. Il n’y a donc plus aucun ménagement à garder et c’est à vous, citoyen général, qu’est réservé l’honneur de porter les premiers coups contre les Anglais. Vous devez envahie l’Électorat de Hanovre et le duché d’Osnabrück, et tout ce qui appartient à l’Angleterre dans le pays de Hanovre.

L’affaire est rondement menée, et neuf jours après, le pays est occupé et l’armée hanovrienne prisonnière. Le 5 juin 1803, Mortier entre dans la ville de Hanovre. A Berlin, on prend acte :

Devant l’état des choses dans le pays de Hanovre et la soumission volontaire de l’Électorat, je ne vois plus pour le moment, dans la position des français, que le voisinage de troupes amies.

Dans la foulée, les villes de Hambourg et de Brême sont contraintes à une neutralité favorable à la France.

Ce même mois de juin 1803 voit la réactivation effective des plans de débarquement en Angleterre et le début des grands travaux du camp de Boulogne, et le 27, l’Angleterre signifie qu’elle ne rendra pas Malte.

Napoleon à Boulogne

Le 19 juillet 1803, le tsar Alexandre fait des propositions de médiation :

Malte recevra une garnison russe

L’Angleterre prendra possession de l’île de Lampedusa

La France gardera le Piémont, sous réserve que le roi sera indemnisé

L’Europe (sans doute le tsar pense-t-il à lui) garantira la neutralité des États italiens, de la Hollande, de la Suisse, de l’Allemagne et de la Turquie.

Ce plan est rejeté par Bonaparte le 29 août 1803, qui exige le rappel de l’ambassadeur Markov.

Portrait de Godoy par Goya
Portrait de Godoy par Goya

Du cotés des alliés potentiels de la France, le 18 octobre 1803, après bien des tiraillements d’oreilles, Charles IV d’Espagne, et son ministre Godoy, signent un traité qui prévoit que l’Espagne contribuera par un versement mensuel à l’effort de guerre de la France.

A Paris, on a eu vent des efforts de Londres et de Saint-Pétersbourg pour entraîner la Prusse dans une nouvelle coalition. Alors on fait jouer le respect et l’amitié. Durant son célèbre voyage en Belgique, Bonaparte rencontre l’envoyé du roi de Prusse, Lombard, qui, mande-t-il à Paris :

paraît n’avoir pour but que de resserrer davantage nos liaisons avec la Prusse.

Une fois de plus, Bonaparte évoque avec insistance la possibilité d’une alliance franco-prussienne, mais la Prusse continue de faire la sourde oreille et les négociations vont durer toute la fin de l’année 1803 et les premiers mois de 1804. La Prusse joue délibérément, entre Paris et Saint-Pétersbourg, double jeu.

Le 21 février 1804, Frédéric-Guillaume s’enquiert auprès d’Alexandre des secours que celui-ci pourra lui apporter, et le 23 avril, ce dernier se déclare tout simplement « allié du Roi dans la guerre contre la France ».

L’exécution du duc d’Enghien, le 21 mars 1804, avait, pour un temps, resserré les liens entre les cours européennes, de Londres à Vienne, de Berlin à Saint-Pétersbourg (certains historiens anglais font d’ailleurs de la violation du territoire neutre de Baden le premier acte de la nouvelle guerre, dont ils rendent, par cela même, la France responsable).

En avril 1804, le tsar Alexandre fait ouvertement des propositions d’alliance à l’empereur François, pour le moins réticent. Le 25 avril 1804, il lui adresse un « programme » qui n’est ni plus ni moins qu’une proposition d’ouvrir une campagne contre la France. Seule la date n’est pas fixée. Et puisqu’il faut de l’argent, les Russes en écrivent, le 24, à leur ambassadeur à Londres, car « la Cour de Vienne ne se remuera pas sans argent ».

En Angleterre, justement, le 10 mai 1804, Pitt, jugé le seul apte à regrouper les états européens contre Napoléon, s’est retrouvé aux commandes du gouvernement.

La proclamation de l’Empire, le 18 mai 1804, sème de nouveau le trouble entre les alliés potentiels.

Le roi de Prusse est le premier à reconnaître le nouvel Empereur, au contraire de l’Angleterre et de la Russie. Cette dernière, par la voix de son tsar, considère la proclamation de l’empire comme une intolérable offense à tous les monarques de droit divin. A Saint-Pétersbourg, on craint par dessus tout la reconstitution d’un empire d’Occident.

Quant à l’Autriche, si elle reconnaît le nouvel empereur, c’est du bout des lèvres, et la création, à ses portes, d’un royaume d’Italie, ne peut que l’inquiéter, plus, curieusement, que la perte de son influence dans l’Empire germanique. Dans un premier temps, ne se sentant pas prête, elle indique qu’elle ne rejoindra la coalition que si la Prusse en fait autant !

Le 24 mai 1804, les souverains anglais et russe signent un traité secret qui fixe les moyens respectifs qui seront mis en œuvre lorsque la guerre contre la France sera déclarée. Son article VII est lourd de signification :

Dès lors nous nous obligeons à ne poser les armes et à n’entrer en accommodement avec l’ennemi que du consentement de Sa Majesté Impériale et après un accord préalable avec Elle, plein de confiance dans notre auguste Allié, qui a pris le même engagement envers nous.

Le 29 juin 1804, Pitt propose à Alexandre une entente qui permettrait de faire rentrer la France dans ses frontières d’avant 1792.

A Londres, on est prêt à consentir à payer, à condition toutefois que les deux puissances allemandes, soit l’Autriche, soit la Prusse, fassent partie de l’alliance. Mais dès le 20 juillet 1804, le Parlement anglais aura a discuter d’une demande de deux millions cinq cent mille livres sterling, pour usages continentaux.

Le 31 juillet 1804, dans une déclaration publique, le roi d’Angleterre, annonçait :

Je nourris l’espoir que les avantages qui résulteront de nos efforts et de nos succès ne se borneront pas à nous, mais que leur exemple et leurs conséquences concourront à rétablir en Europe un système qui puisse la faire sortir de l’état où elle se trouve, et finira par élever une puissante barrière contre les projets d’agrandissement et d’ambitions sans bornes, qui menacent toutes les nations du continent dont l’indépendance n’a pas encore été violée

Tout le monde comprend alors, et Napoléon le premier, que l’Europe est bien en train de s’armer contre lui.

Il va s’efforcer de continuer de flatter le roi de Prusse : on prend le deuil à l’annonce de la mort de la reine douairière, on décore Frédérique-Guillaume de la Légion d’honneur ainsi que d’autres personnages prussiens (dont Brunswick !).

Le 30 août 1804, il assure le roi de Prusse de son intention

de contribuer, en tout ce qui m’appartient, à l’éclat de sa couronne, ainsi que le désir constant que j’ai de lui être agréable.

Et en septembre et octobre 1804, il fait une longue visite sur la rive gauche du Rhin, recevant avec ostentation les prince allemands venus salués le nouvel empereur, ce qui, on s’en doute, n’a pas l’heur de plaire à la cour de Vienne, déjà passablement irrité de l’influence française grandissante en Italie. !