De Valmy à Austerlitz – La diplomatie française en quête de paix.

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Vers la rupture avec l’Angleterre

Le 13 mars 1803, Bonaparte a une nouvelle entrevue avec l’ambassadeur Whitworth, au cours de laquelle le Premier Consul accentue ses propos belliqueux du 18 février.

Comme les remontrances de la France ne sont en rien suivies d’effet de la part de l’Angleterre, Bonaparte va se résoudre à porter à celle-ci le coup qui, fort certainement, l’atteindra le mieux sur le Continent : mettre la main sur le Hanovre. Il ne s’agit pas là vraiment d’une idée neuve, comme en témoigne cette déclaration de Rewbell en 1796 :

Ce ne sera que par le Hanovre que nous parviendrons à faire la paix avec l’Angleterre ; lui seul nous donnera un point de contact avec George et avec Pitt…Il faut que Georges le Britannique condescende à la paix en faveur de George le Hanovrien.

Certes, le Hanovre est enclavé dans le territoire de la Prusse, et le roi aurait préféré que cette occupation fut le fait de ses propres soldats, quitte à restituer plus tard ces territoires à leur propriétaire, c’est à dire l’Angleterre, mais Bonaparte ne l’entend pas de la même façon. Cette occupation par des troupes françaises doit conduire à la capture de nombreux prisonniers, que l’on entend bien échanger contre les nombreux marins français capturés par les Anglais, comme le précisera une note du ministre de la guerre au général Mortier :

Adolphe Édouard Casimir Joseph Mortier
Adolphe Édouard Casimir Joseph Mortier

Le gouvernement attache la plus grande importance à faire un très grand nombre de prisonniers, afin d’avoir un gage pour le grand nombre de matelots que les Anglais pourront prendre dans la campagne. Cette première partie de votre mission qui concerne les prisonniers est presque aussi importante que l’envahissement du Hanovre.

Mais on n’en est pas encore là.

Duroc rapporte la réponse de Frédérique-Guillaume III le 4 avril. Le roi de Prusse y déclare ne pas excuser l’attitude de l’Angleterre, mais n’écrit pas une seule fois le mot de Hanovre, espérant que la France renoncera à en prendre possession.

Le 26 avril 1803, Whitworth propose à Talleyrand :

  • que l’Angleterre gardera Malte pour dix ans,
  • que l’île de Lampedusa lui sera cédée (l’île n’appartient nullement à la France, et n’est pas même mentionnée dans le traité d’Amiens).
  • que la France évacuera la Hollande et la Suisse.

Le 2 mai 1803, l’ambassadeur anglais à Paris, Whitworth, demande ses passeports. Pendant les jours qui suivent, on va assister à une ballet diplomatique assez exceptionnel, visant à éviter la rupture.

 

La rupture

Le 7 mai 1803, nouvelle proposition anglaise :

  • Malte sera rendue à ses habitants et reconnu indépendante aussitôt que les travaux dans l’île de Lampedusa seront terminés
  • La France ne s’opposera pas à la cession de Lampedusa au roi des Deux-Siciles
  • L’Angleterre reconnaîtra le royaume d’Étrurie, les républiques ligure et italienne ; la hollande sera évacuée dans un délai d’un mois, tout comme la Suisse et des compensations territoriales seront concédées, en Italie, au roi de Sardaigne.

Un article secret prévoit que l’Angleterre conservera Malte pour dix ans.

Au cours d’une entrevue avec Talleyrand, celui-ci fait la proposition de mettre Malte en dépôt dans les mains de la Russie, sans toutefois préciser une date pour cette opération. Whitworth accepte d’envoyer un courrier à Londres et de retarder son départ de dix jours.

Londres fait connaître son refus le 9 mai. L’Angleterre tient à Malte.

La veille, le 8 mai, arrive à Paris l’avis officiel d’une médiation de l’empereur de Russie, dont Talleyrand se sert pour essayer de retenir à Paris l’ambassadeur anglais. Celui-ci reste inflexible. Il reçoit finalement ses passeports le 12, mais on compte bien, à Paris, qu’il voyagera suffisamment lentement pour qu’on puisse le rattraper !

Une note est de nouveau envoyée, le 10 mai 1803, à Londres, avec l’offre que l’Angleterre gardera Malte pendant 10 ans

« à la condition que la France occupera la presqu’île d’Otrante et les positions qu’elle détenait au moment de la signature du traité d’Amiens dans le royaume de Naples »

Peine perdue. Lord Whitworth sera à Douvres le 17 mai, et le 18 mai 1803, l’ambassadeur français Andreossy quittera le sol anglais. Le point de non retour venait d’être atteint.

Le lendemain du départ de l’ambassadeur anglais, le Premier Consul envoie au général Mortier l’ordre de lever le camp de Nimègue et de se rapprocher de la frontière du Hanovre, tout en précisant à nos représentants à Florence, en République ligurienne et en République batave :

La guerre n’est cependant pas encore déclarée.

Le casus belli survient le 16 mai, lorsque Londres déclare l’embargo anglais sur tous les navires français et hollandais et, lorsque, le 18 mai 1803, la frégate anglaise Doris enlève au large d’Ouessant le lougre français l’Affronteur. C’est en fait une déclaration de guerre.