De Valmy à Austerlitz – La diplomatie française en quête de paix.

Colonne BoulogneLa colonne de Boulogne

Février 1802 – mars 180 – Entre deux paix

La France – c’est à dire le Premier Consul – va de nouveau jouer la carte de l’alliance avec la Prusse.

Le 20 mars 1801, celle-ci donne l’ordre d’envahir le Hanovre, sous la pression il est vrai de la Russie, l’acceptation occulte de la France et, peut-être avec l’accord de l’Angleterre (à qui le Hanovre sera d’ailleurs rendu dès la signature des préliminaires de paix entre Paris et Londres, le 1er octobre de la même année.). Berlin entend par là afficher ses prétentions en matière d’indemnisations.

Alexandre Ier de Russie
Alexandre Ier de Russie

Le 23 mars 1801, Paul Ier est assassiné, son fils Alexandre Ier, par ailleurs largement impliqué dans l’exécution de ce tsar qui commençait sérieusement à déplaire aux anglais, lui succède. Lorsque Bonaparte l’apprend, il s’exclame :

L’empereur de Russie a été assassiné le 23 mars ; la flotte anglaise a passé le Sund le 30 : l’histoire dira le rapport qui existe entre ces deux faits. (Ici, il faudrait avoir le temps de s’attarder sur l’affaire du bombardement de Copenhague par la flotte anglaise)

Mais Alexandre n’a pas vraiment, pour le moment, de motif de se ranger ouvertement du coté de l’Angleterre, ce qui, d’ailleurs, lui amènerait immédiatement l’hostilité du Premier consul. Ce qu’il souhaite, c’est pouvoir dire son mot dans la réorganisation de l’Europe, même s’il faut pour cela s’entendre avec Bonaparte.

Le 8 octobre 1801, le traité de Paris est signé entre la France et la Russie, partageant de fait les affaires du continent entre les deux pays. La Russie devient le « médiateur » des affaires des conflits européens, avec en particulier un droit de regard sur les indemnités aux États « lésés » par le traité de Lunéville. Les deux paix reconnaissent également l’indépendance du royaume de Naples et la souveraineté de la France sur la rive gauche du Rhin. Pour utiliser une expression moderne, on est là bien dans une « logique de paix »

Depuis avril 1801, Henry Addington avait remplacé William Pitt à la tête du Cabinet britannique. Les négociations pour enfin rétablir la paix entre la France et l’Angleterre vont, avec des hauts et des bas, des épreuves de force, et beaucoup de persévérance de la part de Talleyrand et d’Hawkesbury, vont d’abord, le 1er octobre 1801, signer des préliminaires.

En janvier 1802, la Consulte italienne, réunie à Lyon, élit Bonaparte Président de la République italienne.

C’est donc en connaissance de cause que, le 25 mars 1802, l’Angleterre accepte enfin la paix, signée par Lord Cornwallis et Joseph Bonaparte.

Joseph Bonaparte
Joseph Bonaparte

Quels sont les clauses majeures de ce traité ?

ART. I.er Il y aura paix, amitié et bonne intelligence entre la République française, sa majesté le roi d’Espagne, ses héritiers et successeurs, et la République batave, d’une part ; et sa majesté le roi du royaume uni de la Grande-Bretagne et d’Irlande, ses héritiers et successeurs, d’autre part ;

Les parties contractantes apporteront la plus grande attention à maintenir une parfaite harmonie entre elles et leurs états, sans permettre que, de part ni d’autre, on commette aucune sorte d’hostilité par terre ou par mer, pour quelque cause et sous quelque prétexte que ce puisse être.

Elles éviteront soigneusement tout ce qui pourrait altérer à l’avenir l’union heureusement rétablie, et ne donneront aucun secours ni protection, soit directement, soit indirectement, à ceux qui voudraient porter préjudice à aucune d’elles.

Article III. Sa Majesté Britannique restitue à la République française et à ses alliés ; savoir,

– à sa majesté Catholique et à la République batave, toutes les possessions et colonies qui leur appartenaient respectivement, et qui ont été occupées ou conquises par les forces britanniques dans le cours de la guerre, à l’exception de l’île de la Trinité et des possessions hollandaises dans l’île de Ceylan

– Les îles de Malte, de Gozo et Comino, seront rendues à l’ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, pour être par lui tenues aux mêmes conditions auxquelles il les possédait avant la guerre, et sous les stipulations suivantes :

Les forces de sa majesté Britannique évacueront l’île et ses dépendances dans les trois mois qui suivront l’échange des ratifications, ou plus tôt, si faire se peut. A cette époque, elle sera remise à l’ordre dans l’état où elle se trouve, pourvu que le grand-maître ou des commissaires pleinement autorisés suivant les statuts de l’ordre, soient dans ladite île, pour en prendre possession, et que la force qui doit être fournie par sa majesté Sicilienne, comme il est ci-après stipulé, y soit arrivée.

Article VIII

(…)

Les territoires, possessions et droits de la Sublime Porte sont maintenu dans leur intégrité, tels qu’ils étaient avant la guerre (…)

L’Angleterre, donc, évacuera l’Égypte (au profit de la Turquie), Malte (rendue à ses Chevaliers, et non à la France, il faut ici le souligner) et rendra les colonies des alliés de la France, Espagne et République batave. La France, elle, rendra les ports de Brindisi, Tarente et Otrante au roi de Naples.

Rien dans le traité ne concerne les modifications intervenues en Europe : il n’est fait aucune allusion à la Belgique et à la rive gauche du Rhin, ni aux transformations de l’Italie ; pas plus qu’il n’évoque un quelconque traité commercial entre les deux nations.

Que voilà un traité de paix bien étrange !

« Cette prétendue paix, c’est encore la préparation de la guerre », dit-on à Berlin ;

cette paix « dont tout le monde était content, mais dont personne n’était fier » renchérit-on à Londres (ce sont les propres termes de l’Anglais Canning) ;

cette paix, enfin, dont Malmesbury disait, durant les négociations

« La paix, Sire, dans une semaine, la guerre dans un mois »

et se voyait répondre par le roi .

« Vous êtes un grand prophète, je crois que votre prédiction va se réaliser ! »

Disons-le toutefois, cette paix est accueillie partout, et particulièrement à Londres, avec enthousiasme.