Correspondance de Napoléon – Septembre 1805

Strasbourg, 29 septembre 1805

ORDRE

Le quartier général impérial partira demain 8, à 10 heures du matin, pour aller coucher à Rastatt, le 9, à Pforzheim, le 10, à Ludwigsburg.

Le quartier-général est composé des équipages de l’Empereur, de tout ce qui tient au grand état-major général.

Le payeur général restera àStrasbourg jusqu’à nouvel ordre.

L’aide-major général, chef d’état-major, désignera une place où devra se réunir tout ce qui compose le grand état-major général. Il donnera les ordres et fera une instruction pour le vaguemestre général, conformément aux dispositions du titre 21 du règlement sur le service de campagne du 6 avril 1792.

Le chef d’état-major général désignera un des régiments de la division de dragons (Beaumont), le plus faible en chevaux, qui est à Kehl, pour escorter le quartier-général ; ce régiment se réunira aux équipages du quartier-général à leur passage à Kehl.

Aussitôt que la gendarmerie destinée au quartier-général sera arrivée, ce régiment rentrera à sa division.

Son Altesse Sérénissime le prince Murat sera prévenu de cette disposition.

Le chef d’état-major préviendra le chef de chaque adrninistration.

Il préviendra M. de Caulaincourt, remplissant les fonctions de grand maréchal du Palais, des dispositions qu’il aura faites.

Il préviendra M. l’adjudant commandant Le Camus pour ce qui a rapport au major général.

  1. l’adjudant commandant Lonîet recevra l’ordre de partir cette nuit pour se rendre à Ludwigsburg et y faire l’établissement du grand quartier général, soit dans Ludwigsburg, soit dans les villages environnants.

Le chef d’état-major général rédigera une instruction pour le commandant du quartier général, conformément au titre 23 du règlement du 5 avril 1792.

Il se concertera avec M. l’intendant général de l’armée pour ce qui concerne les distributions et les fourrages, conformément aux titres 24 et 25 du même règlement.

Il est infiniment essentiel, dans cette première marche, d’établir le plus grand ordre, et que chaque chef militaire et des différents services reçoive une instruction détaillée.

Un adjoint à l’état-major, attaché à l’adjudant commandant et sachant la langue du pays, fera le logement à chaque journée de marche jusqu’à Ludwigsburg.

Le grand maréchal du Palais fait faire le logement de tout ce qui tient à la Maison de l’Empereur ; M. Lomet se concertera avec l’officier qui en sera chargé.

L’adjudant commandant Lomet, en se rendant à Ludwigsburg, sera accompagné d’un adjoint à l’état-major et d’un secrétaire, afin que l’état de logement soit fait quand le quartier-général arrivera.

Dispositions particulières.

GARDE IMPÉRIALE

(29 septembre 1805)

Ordre à M. le maréchal Bessières de partir demain 8 vendémiaire (30 septembre), à 8 heures du matin, avec la garde impériale à pied et à cheval et son artillerie, pour passer le pont de  Kehl et se rendre à une lieue enarrière de Rastatt où il cantonnera, de manière à ne pas se confondre avec le grand parc de l’armée et avec les autres troupes qui peuvent se trouver aux environs de cette ville.

Le 9 (1er octobre), la garde impériale ira coucher à Neuenburg.; le 10 (2 octobre), elle cantonnera entre Neuenburg et Ludwigsburg ; le 11(3 octobre, elle arrivera à Ludwigsburg.

Le commissaire des guerres de la garde impériale se concertera avec M. l’intendant général pour les mesures qui devront être prises pour lamanière de fournir les fourrages.

  1. le maréchal Bessières fera les dispositions nécessaires pour que le 10 (2 octobre), il soit distribué du pain pour quatre jours, c’est-à-dire pour les 11, 12, 13 et 14 (3, 4, 5, 6 octobre), ce qui est indépendant des quatre jours de biscuit qu’on doit avoir de manière qu’à dater du 11 inclus (3 octobre), chaque corps ait pour huit jours dont quatre de pain et quatre de biscuit.

Le 9 vendémiaire (11 octobre), à l’ordre, M. le maréchal Bessière, dans chaque corps, la proclamation de l’Empereur àl’armée, qui lui sera envoyée par le chef d’état-major général.

ORDRE AU CORPS DE M. LE MARÉCHAL LANNES

Ordre à la division du général Gazan de partir demain, 8 vendémiaire (30 septembre), à 3 heures après midi, pour passer le pont de Kehl et cantonner à trois lieues en avant de ce bourg sur la route de Rastatt.

Le 9 (1er octobre), cette division ira coucher à deux lieues au delà de Rastatt, sur le chemin de Pforzheim.

Le 10 (2 octobre), elle couchera à deux lieues au delà de Pforzheim, sur le chemin de Ludwigsburg.

Le 11 (3 octobre), elle cantonnera aux environs de Ludwigsburg, et si la journée est trop forte, elle cantonnera à deux lieues en arrière de cette ville.

Expédier l’ordre à l’artillerie de la division Gazan et à la réserve d’artillerie du corps d’armée de M. le maréchal Lannes, qui est à Strasbourg, de partir demain 8 vendémiaire (30 septembre), à 8 heures du matin, pour passer le pont de Kehl et se rendre à Strasbourg..

Le 9 (ler octobre) cette artillerie partira à la pointe du jour et se rendra à deux lieues au delà de Rastatt, sur le chemin de Pforzheim, où elle se ralliera à la division du général Gazan, qui doit y coucher le même jour, et le 10 (2 octobre), elle continuera sa marche avec cette division.

Ordre au 58e régiment de partir demain 8 à huit heures du matin pour escorter l’artillerie du général Gazan et celle du parc du maréchal Lanti(.,s dont il suivra le mouvement jusqu’à sa réunion avec la division.

Tous ces ordres seront adressés au général de division Gazan qui est à Strasbourg.

Prévenir M. le maréchal Lannes des ordres ci-dessus donnés au général Gazan, à l’artillerie et au 58e régiment.

Prévenir ce maréchal de la marche de la garde impériale et de celle du grand quartier général et de son établissement à Ludwigsburg. Lui faire également connaître la marche de la division de grosse cavalerie aux ordres du général d’Hautpoul ; lui prescrire qu’aussitôt qu’il sera arrivé à Ludwigsburg, ainsi qu’il en a l’ordre, il doit placer une avant-garde à Cannstatt et quelques avant-postes sur la route de Schorndorf, parce que c’est la route que tiendront l’Empereur, la garde impériale, son corps d’armée et la division de grosse cavalerie du général d’Hautpoul, quand ils recevront l’ordre de partir de Ludwigsburg.

Prévenir M. le maréchal Lannes que la garde impériale et la division de grosse cavalerie du général d’Hautpoul, formant environ 10.000 hommes, qui, avec son corps d’armée, composeront un nombre de 26.000 hommes, devront être pourvues de subsistances ; il est donc indispensable qu’il prenne toutes les mesures pour que le 10, à midi, il ait réuni à Ludwigsburg 100.000 rations de pain, afin de pouvoir en distribuer à ces troupes pour quatre jours, c’est-à-dire pour les 11, 12, 13 et 14 (3, 4, 5, 6 octobre), indépendamment de quatre jours de biscuit que chaque corps doit avoir, ce qui fait, à dater du 11, pour huit jours de subsistances, dont quatre de pain et quatre de biscuit.

Le prévenir que le grand quartier général sera le 10 (2 octobre), à Ludwigsburg, que le 9 (1er octobre), il fera lire à l’ordre de l’armée la proclamation de l’Empereur qui lui sera envoyée par le chef de l’état-major général.

Faire sentir à M. le maréchal Lannes que l’Empereur sait les difficultés qu’il éprouvera pour faire faire les 100.000 rations de pain, qu’il faut beaucoup d’intelligence pour cette mesure d’administration, parce que MM. les maréchaux Murat et Ney qui seront à Stuttgart, doivent également faire confectionner une grande quantité de pain ; qu’on s’en rapporte au zèle et aux talents connus de M. le maréchal Lannes.

ORDRE A S. A. S. LE PRINCE MURAT

Que l’intention de l’Empereur est qu’il soit rendu le 10 (2 octobre), à Stuttgart, avec trois divisions de dragons ; qu’il doit donner des ordres au général Baraguey d’Hilliers de se rendre également le 10 (2 octobre) à Stuttgart et, par là, annuler l’ordre que ce général avait reçu hier de se rendre à Heilbronn, disposition qui change sa première destination.

Ordre de faire les dispositions nécessaires pour qu’il ait à Stuttgart, le 10 (2 octobre), assez de pain pour faire une distribution pour les 11, 12, 13 et 14 (3, 4, 5, 6 octobre), indépendamment des quatre jours de biscuit qu’il doit avoir, ce qui, à dater du 11 (3 octobre), fera pour huit jours de vivres, dont quatre en biscuit et quatre en pain.

Le prévenir que la division de dragons du général Beaumont restera en avant de Kehl jusqu’à nouvel ordre, à l’exception du régiment qui a eu l’ordre d’escorter le quartier général.

Le prévenir que l’Empereur sera le 10 (2 octobre) à Ludwigsburg ; lui ordonner de faire lire, le 9 (11 octobre), à l’ordre de son armée, la proclamation de l’Empereur qui lui sera envoyée par l’aide-major général, chef de l’état-major général.

ORDRE A M. LE MARÉCHAL NEY

Que dans les journées du 8 et du 9 (30 septembre et 1er octobre), il doit concentrer son armée à Stuttgart et placer son avant-garde en position, à 2 lieues en avant de cette ville, sur la route d’Esslingen.

Que le 10 (2 octobre), il doit être en mesure de faire distribuer à tout son corps d’armée pour quatre jours de pain, indépendamment des quatre jours de biscuit qu’il a avec lui, de manière à ce qu’il distribue du pain le 10 pour les 11, 12, 13 et 14, ce qui lui fera, à dater du 11, pour huit jours de vivres, dont quatre de pain et quatre de biscuit. Qu’il est à présumer que son mouvement en avant commencera le 11 (3 octobre), ainsi qu’il en recevra 1’ordre, et que ce mouvement ne doit pas être contrarié par le défaut de vivres.

Prévenir le maréchal Ney que le prince Murat sera le 10 (2 octobre), à Stuttgart avec trois divisions de dragons et avec la division de dragons à pied du général Baraguey d’Hilliers, ce qui fera environ 15.000 hommes ; qu’il est donc nécessaire qu’il fasse les dispositions et qu’il s’arrange de manière que ces corps, ainsi que le sien, trouvent le 10 (2 octobre), à leur arrivée à Stuttgart, du pain pour quatre jours.

Lui faire connaître que l’Empereur ne se dissimule pas toutes les difficultés qu’il éprouvera ; que dans cette circonstance, on aura besoin de toute son activité pour réussir dans cet approvisionnement, d’autant que le corps d’armée du maréchal Lannes, qui doit aussi déboucher par Ludwigsburg et suivre le chemin de Gmünd, s’approvisionnera également à Ludwigsburg de quatre jours de pain, ainsi que la garde impériale ; qu’il faudra donc entre Ludwigsburg, Stuttgart et les environs, 240.000 rations de pain, dont 140.000 sur Stuttgart et 10.000 sur Ludwigsburg.

Faire connaître à M. le maréchal Ney que le grand quartier général sera, le 10 (2 octobre), à Ludwigsburg, et que le 9 (1er octobre), à l’ordre de son armée, il fera lire la proclamation de l’Empereur qui lui sera envoyée par l’aide-major général, chef de l’état- major général.

ORDRE A M. LE MARÉCHAL SOULT

Le prévenir que le grand parc de l’armée se rend à Heilbronn, escorté d’un régiment de dragons à cheval, qui lui restera spécialement affecté.

Que lorsque le maréchal Soult recevra l’ordre de se mettre en mouvement, le grand parc fera son mouvement entre sa 3e et 4e division, et qu’il doit faire toutes les dispositions nécessaires pour qu’il ne manque ni devivres, ni de fourrages, et qu’enfin il doit lui porter un soin tout particulier.

Il doit également faire ses dispositions pour que toute son armée et tout ce qui tient au parc puissent recevoir pour quatre jours de pain pour les 11, 12, 13 et 14 (3, 4, 5, 6 octobre), indépendamment des quatre jours de biscuit, ce qui, à dater du 11, fera un approvisionnement de quatre jours de biscuit, dont quatre jours de pain et quatre jours de biscuit.

Lui donner l’ordre que, dans la journée du 9 (1er octobre) , toute son armée soit concentrée autour d’Heilbronn.

Que probablement le 10 (2 octobre) au matin sa 1e division et sa cavalerie devront se mettre en marche conformément à l’ordre que je lui enverrai, et, qu’il devra passer par le chemin de Hall, mais que 1’Empereur désirerait qu’une de ses divisions puisse passer entre cette route, qu’il suivra avec son armée, et celle que suivra M. le maréchal Lannes, afin de flanquer la marche de ce maréchal quand il partira de Ludwigsburg pour aller en avant, et pouvoir, en deux où trois heures de temps, venir à son secours, si cela était nécessaire.

Le prévenir que le quartier général sera le 10 à Ludwigsburg, et qu’il doit le 9 (le ler octobre), à l’ordre de son armée, faire lire la proclamation de l’Empereur que lui enverra l’aide-major général, chef del’état-major général.

ORDRE A M. LE MARÉCHAL DAVOUT

Le prévenir des mouvements que j’ai ordonnés à M. le maréchal Bernadotte et à M. le général Marmont (Voir ma lettre au maréchal Bernadotte).

Ordonner au maréchal Davout d’envoyer des hommes du pays, comme voyageurs, pour suivre la première marche que fera M. le maréchal Bernadotte et revenir sur-le-champ près de lui pour le prévenir.

Lui dire que si le landgrave de Hesse-Darmstadt a envoyé ses 4.000 hommes à Mergentheim, le maréchal Davout doit en former une colonne intermédiaire, qui marchera à sa hauteur.

Qu’il doit concentrer son armée sur Neckarelz, sur le Neckar.

Que de Mannheim, Heidelberg et de tous les autres pays voisins il doit se pourvoir de pain, de manière à pouvoir faire une distribution le 10 (2 octobre), pour les 11, 12, 13 et 14, indépendamment des quatre jours de biscuit qu’il doit avoir, ce qui lui fera, à dater du 11 (3 octobre), pour huit jours de vivres, dont quatre en pain et quatre en biscuit.

Observer au maréchal Davout que la route qu’il doit suivre l’éloigne beaucoup, et qu’il doit faire reconnaître sur-le-champ la route de Möckmühl, Ingelfingen, où l’on rentre dans la route de poste; qu’il doit m’envoyer le plus tôt possible la reconnaissance de cette route au quartier-général de Ludwigsburg, où l’Empereur sera le 10.

Qu’il doit, le 9, à l’ordre de son armée, faire lire la proclamation de l’Empereür, qui lui sera envoyée par l’aide-major général, chef d’état-major général.

NOTES (minute sans date. En tête de la pièce on lit ces mots “Mis dans une dépêche au Ministre”)

La 1e division et un régiment de hussards se réuniront le 10 à Löwenstein et prendront position le même jour à hauteur de Mainhardt, le 11 en avant de Hall, le 12 à Gaildorf (Q. G.), le 13 en avant de Gaildorf, le 14 à Gmünd.

La 2e et la 3e division, le 10 en arrière d’Öhringen (Q. G.), le 11 à Hall (Q. G.), le 12 à moitié de chemin d’Ellwangen, le 13 en avant d’Ellwangen, le 14 à Nordlingen.

NOTA. – Par ce mouvement, M. le maréchal fera gagner 2 h 1/2 à sa première division. Il lui retire, à la réserve de 2 pièces de 4, son artillerie qu’il lui rendra à Hall.

OBSERVATION. – Il n’a que 950 chevaux, fournis par le 8e de hussards, les 11e et 26e de chasseurs ; ce dernier qui est formé d’Italiens, etc., ne peut servir qu’en ligne. Le 26e est mal armé, n’a pas de carabines.

Faire connaître exactement les itinéraires et tous les mouvements des corps d’armée qui sont à la droite et à la gauche de M. le maréchal.

Par l’ordre du 7, il a été dit que le grand parc, qui se rend à Heilbronn, fera son mouvement entre la 3e et la 4e division; si cet ordre s’exécute, la 4e division sera nécessairement de 24 heures en arrière. M. le Maréchal préférerait que sa 4e division passât avant le parc, et qu’on ne laissât sous sa responsabilité le soin de le couvrir selon les circonstances.

(Lecestre)

 

Strasbourg, 29 septembre 1805

Au vice-amiral Ver Huell

J’ai reçu votre lettre du 22 septembre, et j’y ai reconnu la preuve du zèle pour mon service et la patrie batave, qui forme votre caractère distinctif.

Les corps français qui sont en Batavie vont être considérablement augmentés par un grand nombre de recrues. Indépendamment de la réserve de Boulogne, qui se porterait rapidement sur la Hollande, si l’ennemi effectuait un débarquement, j’en forme un très-considérable à Mayence, sous les ordres du maréchal Lefebvre : elle sera, d’ici à quinze jours, de 30,000 hommes. Elle a ordre de se porter à Boulogne ou en Hollande, et sur tous les points de la côte septentrionale où l’ennemi débarquerait.

Je donne ordre qu’on vous envoie deux compagnies d’artillerie légère, puisque vous paraissez le désirer. Il serait possible qu’elles n’eussent point de chevaux, mais il vous serait facile de vous en procurer. J’ai à Paris 8,000 hommes qui se porteraient à Boulogne ou en Hollande, selon les instructions que j’ai données au connétable, et, si l’ennemi débarquait, plus de 50,000 hommes seraient, en moins de quinze jours, en Hollande.

D’ailleurs, en moins de quinze jours, de grands événements vont se décider. Nous sommes bien disposés, et j’ai déjà eu la consolation de voir que beaucoup de choses m’avaient réussi. 25,000 Bavarois, 6,000 hommes de Hesse-Darmstadt, 4,000 de Bade et 6,000 de Wurtemberg se sont réunis à moi.

Je suis vraiment affligé de la mauvaise santé du Grand Pensionnaire; ses talents et son zèle étaient bien nécessaires à la cause commune. Je lui écris une lettre qu’il pourra faire imprimer et publier dans toute la Hollande; ce sera une espèce de proclamation.

Dans quelque circonstance que je me trouve, soyez certain que les intérêts et la défense de votre patrie tiennent à mes plus chères affections, et que, avec la même rapidité que mon armée des côtes s’est portée sur le Rhin , elle se portera du Rhin sur les côtes.

Je désire cependant que toutes les fois que vous aurez des inquiétudes fondées vous écriviez au connétable, à Paris, auquel j’ai laissé des instructions relativement à une descente en Hollande.

 

Strasbourg, 29 septembre 1805

A M. Schimmelpenninck

Je désire que vous fassiez imprimer la lettre que je vous écris, si vous n’y voyez pas d’inconvénient. J’apprends avec peine que votre santé est mauvaise; j’ai l’espoir qu’elle se rétablira. Dans les circonstances actuelles, tout votre patriotisme et vos talents étaient nécessaires à la cause commune.

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LETTRE INCLUSE DANS LA PRÉCÉDENTE

J’ai été obligé de retirer mon armée de Hollande pour faire face à cette coalition impie que l’or et les intrigues de l’Angleterre ont formée contre moi et mes alliés.

J’ai ordonné dans mon empire la formation des gardes nationales pour la défense de mes frontières. Vous sentirez que, dans les circonstances présentes, les amis de leur patrie doivent courir aux armes pour repousser de son sein les hordes avides de pillage que l’Angleterre voudrait y jeter. Cependant, que les citoyens de Hollande soient sans inquiétude; mes réserves de Boulogne et Mayence sont plus que suffisantes pour arriver au secours des troupes qui défendent leurs côtes, et empêcher de se rembarquer l’armée qui violerait le territoire batave.

Je compte, Très-Cher et Grand Ami, sur votre zèle et votre patriotisme dans les circonstances où nous nous trouvons. Les soins de la guerre n’absorbent pas tellement mon attention que je ne veille constamment sur les intérêts de la patrie batave. Une armée pourrait débarquer, sans doute, mais soyez certain qu’elle ne se rembarquerait pas. Cependant j’en appelle aux patriotes bataves pour confondre la haine des tyrans des mers, et mettre cette portion du continent à l’abri des incursions des pirates.

 

Strasbourg, 29 septembre 1805

A M. Glutz, landamman de la Suisse

Très-Cher et Grand Ami, Allié et Confédéré, M. d’Affry m’a remis votre lettre. En m’envoyant M. d’Affry, vous avez pensé qu’il me serait plus agréable que toute autre personne; ce ne peut pas être par la même raison que vous ne l’avez pas nommé an commandement des troupes de la Confédération. Je lui ai fait connaître, avec ma franchise ordinaire, tous les sujets de plainte que j’avais contre le Gouvernement suisse. Je ne doute point que vous ne soyez persuadé qu’il est dans votre intérêt de ne me donner aucun ombrage pour mes frontières de Franche-Comté, et que l’armée de la Confédération ne soit pas dans les mains d’hommes stipendiés par l’Angleterre et qui ont été vaincus avec les Autrichiens par mes armées dans la guerre dernière. Les circonstances sont importantes. L’Autriche ne veut point de votre neutralité. J’ai fait connaître à MM. vos députés quelle conduite je pensais que vous deviez tenir; l’acte de médiation sera la règle de la mienne, comme il doit l’être de la vôtre. Pour première preuve, je vous demande que le premier régiment de ligne, conformément à l’acte de médiation, soit recruté. Je n’ai pu voir qu’avec peine les réponses qui ont été faites à mon ministre. Je me flatte que, dans des circonstances aussi graves, vous sentirez la nécessité de consolider l’acte de médiation en Suisse, et de faire tout ce qui sera convenable pour garantir vos frontières contre les armées autrichiennes qui ne manqueraient pas d’y entrer, si les circonstances pouvaient leur être favorables.

 

Strasbourg, 29 septembre 1805

A M. Portalis, ministre des Cultes

Monsieur Portalis, écrivez an prince de Piombino, que  ce n’est point le moment de faire aucune nouveauté, qu’il faut attendre du temps.

(De Brotonne)

 

Strasbourg, 29 septembre 1805

A M. de Watteville

Monsieur de Watteville, j’ai reçu la lettre que vous avez bien voulu m’écrire. Puisque la Confédération n’a pas jugé à propos de nommer la personne qui m’aurait offert le plus de garantie contre les intrigues que l’Angleterre va fomenter en Suisse, je suis aise, du moins, que ce soit un sujet de Berne assez éclairé pour connaître toutes les conséquences de ses démarches et toute l’urgence des circonstances. Dans les relations que j’ai eues avec vous , j’ai conçu de l’estime pour votre caractère et pour vos talents. Vous pourrez faire le bien de votre patrie. Mais, dans votre position, il n’y a pas de petites fautes. J’ai besoin de couvrir mes frontières de Franche-Comté et si les officiers et l’état-major de l’armée fédérale sont des hommes ennemis de la France et connus pour avoir fait la guerre contre mon armées, vous sentez que je me trouverai obligé de former une nouvelle armée en Franche-Comté, et dès lors la neutralité de la Suisse me serait onéreuse et dangereuse pour la France. J’ai fait connaître à MM. d’Affry et Glutz tout ce que je pense de la conduite du Gouvernement suisse. Je suivrai l’acte de médiation; suivez-le. Si j’ai évacué la Suisse, c’est par ma simple bonne volonté. Faites que n’aie pas à me repentir de ce que j’ai fait pour les patriciens suisse Ayez une armée qui inspire de la confiance aux Suisses et à leurs anciens et vrais amis, au nombre desquels je crois avoir le droit de tenir le premier rang.

 

Strasbourg, 29 septembre 1805

A l’Électeur de Wurtemberg

Mon Frère, vous m’avez promis qu’un corps de vos troupes serait prêt, à mon passage, à joindre mes drapeaux. Je vous envoie le général Mouton, mon aide de camp, pour connaître la force de ce corps en infanterie, cavalerie et artillerie. Votre Altesse sentira parfaitement qu’il est de l’intérêt de tous les princes de la Souabe de repousser rapidement la guerre au delà de la Bavière, pour réprimer les agressions de l’Autriche et l’accoutumer à plus de respect pour les souverains et les électeurs du Corps germanique. J’espère me trouver dans peu de jours sur le territoire de Votre Altesse, et je serai fort aise de cette circonstance, qui me mettra probablement à même de la voir.

 

Strasbourg, 29 septembre 1805

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, donnez ordre au maréchal Augereau d’être rendu de sa personne à Langres le 15 vendémiaire, pour y attendre de nouveaux ordres. Avant de partir de Paris, il verra le ministre Dejean et s’assurera que les 12,000 paires de souliers destinées à son corps d’arméey soient envoyées le plus tôt possible, car il est probable qu’il ne séjournera pas à Langres. Quand j’ordonne que le quartier général du maréchal Augereau soit rendu , le 15, à Langres , je sais bien que son corps d’armée n’y arrive que le 21 ; mais mon intention étant de lui donner promptement une destination, je veux qu’il puisse prendre toutes ses mesures pour sa nouvelle direction.

 

Strasbourg, 29 septembre 1805

Au général Menou

Je vous recommande les fortifications et les approvisionnements d’Alexandrie et de Turin. Vous allez commander un petit camp volant que je réunis à Alexandrie, composé du 67e et du 3e léger, et des escadrons de la légion hanovrienne. Mon intention est que cette petite colonne soit partout et nulle part. Tenez-la perpétuellement en marche pour faire joindre les conscrits, consolider la tranquillité, faire des exemples et se porter partout où il y aurait un commencement de fermentation. Soyez tantôt avec le tiers sur la Bocchetta, tantôt avec le tiers sur la vallée de Plaisance, tantôt sur la vallée du Simplon, et depuis Novare jusqu’à Pavie. Soyez actif et trouvez-vous partout. Faites arrêter les mauvais sujets. Du moment que le premier coup de canon sera tiré en Italie, vous avez tous les pouvoirs de police pour enfermer les agitateurs à Fenestrelle, envoyer des otages en France, mettre des individus en surveillance à Parme. Tout ce que vous ferez sera bien fait; que tout marche et soit tranquille.

Faites une proclamation, qui dira qu’à la tête du camp volant d’Alexandrie vous serez partout. Prenez la sévérité et le sérieux que les circonstances exigeront; et, surtout, soyez vous-même toujours en mouvement, non avec tout ce corps, mais avec une escorte suffisante.

J’avais ordonné la levée de 500 hommes dans le Valais. Écrivez au Grand Bailli et à mon chargé d’affaires à Sion , pour savoir où cela en est et activer la levée de ce corps. Je suis en pleine marche. Toute mon armée est à quatre marches du Rhin ; les avant-postes ennemis se sont rencontrés. Toute l’Allemagne est pour moi; la Bavière, Bade , Wurtemberg et Hesse-Darmstadt se sont rangés sous mes drapeaux ; la Prusse forme deux armées en Pologne pour tenir en respect la Russie. Donnez une couleur aux journaux. Adressez copie de cette lettre à l’architrésorier à Gênes, n’ayant plus le temps de lui écrire. Faites faire grand bruit de votre camp volant, soit en Piémont, soit à Alexandrie, soit à Gênes.

 

Strasbourg, 29 septembre 1805

Au maréchal Masséna

Mon Cousin, nous sommes en pleine guerre. L’armée bavaroise, les troupes de Wurtemberg, de Hesse-Darmstadt et les 4,000 hommes de Bade se sont réunis à moi. Mon armée est déjà sur le Neckar. Je compte être sur Ingolstadt avant le 15 ou le 20 vendémiaire renseignements que je reçois de Suisse m’apprennent que ce que l’Autriche a dans le Tyrol italien , à Trente, Roveredo, file renforcer l’armée autrichienne sur l’Iller. Je serais enchanté de cette nouvelle, car je serais fort aise de tout ce qui pourrait diminuer le nombre des troupes qui sont devant vous. Si je puis me défaire promptement de cette armée de l’Iller, ce que j’espère avec l’aide de Dieu, je tomberai sur les Russes, et je compte les joindre encore à leurs journées d’étapes. Après cela, je descendrai à votre secours pour couper les débouchés de la Styrie et de la Carinthie à l’armée autrichienne qui est devant vous, qui se retirerait. Je vous ai fait écrire par le ministre de la guerre, et je vous le recommande encore, de tenir vos troupes réunies. Si vous donnez avec 50,000 hommes, l’ennemi ne peut vous faire tête; autrement, vous éprouverez des échecs. Je vous crois plus de cavalerie que n’en a l’ennemi; quelques charges de cuirassiers sur les mauvais bataillons autrichiens pourraient être d’un très-bon résultat. Au reste, j’ai bonne confiance en vous.

Je dois vous dire que le roi de Prusse vient de mettre son armée sur le grand complet de guerre et de la mettre en marche sur les frontières de Russie. Les Russes voulaient le forcer à se mettre contre nous; il leur a déclaré qu’il serait pour nous.

Je vous recommande ma brave armée d’Italie; ne la faites point battre en détail; 80,000 Autrichiens, composés comme ils le sont, ne sont pas faits pour tenir tête à 50,000 de nos soldats, si tout marche ensemble. Le temps est ici superbe; j’espère que j’aurai un bon automne. Le général Miollis doit être arrivé à Meure qu’il est.

 

Strasbourg, 29 septembre 1805

Au maréchal Jourdan

Mon Cousin , je reçois votre lettre du 3 vendémiaire (25 septembre); elle nie fait une véritable peine. Il est impossible d’avoir été plus satisfait que je l’ai été de votre conduite, et d’avoir une meilleure opinion que je l’ai de vos talents. Si j’ai envoyé Masséna en Italie, j’ai cédé à ma conviction intérieure que, dans une guerre qui présente tant de chances et éloignée du chef du Gouvernement, il fallait un homme d’une santé plus robuste que la vôtre et qui connût parfaitement les localités; car les événements se pressent autour de nous avec une telle rapidité, qu’il a fallu de telles circonstances pour faire taire toute considération particulière et envoyer en Italie l’homme qui connaît le mieux l’Italie. Depuis les positions de la Rivière de Gènes jusqu’à l’Adige, il n’est aucune position que Masséna ne connaisse.

S’il faut aller en avant, il a encore un avantage : ces contrées agrestes, dont il n’existe pas de carte, même à Vienne, lui sont également familières.

Mon cher Maréchal, je conçois que vous devez avoir de la peine; je sais que je vous fais un tort réel; mais restez persuadé que c’est malgré moi, et, si les circonstances eussent été moins urgentes, comme je m’en flattais, vous eussiez achevé, cet hiver, d’étudier les localités, et ma confiance dans vos talents et dans votre vieille expérience de la guerre m’eût rassuré.

Mais vous connaissez le théâtre du Rhin, vous y avez eu des succès. La campagne est engagée aujourd’hui ; dans quinze ou vingt jours, les événements nécessiteront de nouvelles formations, et je pourrai vous placer sur le théâtre que vous connaissez le mieux et où vous pourrez déployer votre bonne volonté.

Je désire apprendre, par votre réponse, que vous êtes satisfait de cette explication, et que, surtout, vous ne doutez pas des sentiments que je vous porte.

 

Strasbourg, 29 septembre 1805

Au maréchal Ney

Je vous compte arrivé à Stuttgart. Le maréchal Lannes se porte à Ludwigsburg; il sera prêt à voler à votre secours si vous en besoin. Le prince Murat se porte à Rastadt. Instruisez-le de ce qui se passe. Il n’attendra pas mes ordres pour marcher à vous, si cela était nécessaire. Éclairez les mouvements de l’ennemi; tâchez d’enlever ses patrouilles de cavalerie. Du reste, mon intention n’est pas que vous passiez à Stuttgart, ni que vous engagiez là aucune affaire sérieuse.

 

Strasbourg, 29 septembre 1805

Au prince Eugène

Mon Cousin, je désire que vous fassiez une proclamation pour faire connaître à mes peuples d’Italie que je suis au milieu de l’Allemagne, qu’une guerre injuste m’a été déclarée par l’Autriche, qu’elle s’en repentira; qu’en quelque lieu que je sois, je m’occuperai de leur défense et de leurs intérêts, et qu’ils soient sans inquiétudes.

 

Strasbourg, 29 septembre 1805

Au prince Eugène

Mon Cousin, les hostilités ont commencé; vous aurez reçu le Moniteur de Paris, des 3 et 4. Les corps d’armée du maréchal Bernadotte et du général Marmont sont à Würzburg, réunis à l’armée bavaroise, forte de 25,000 hommes. Le corps d’armée du maréchal Davout a passé le Rhin à Mannheim; il est aujourd’hui sur le Neckar. Le corps d’armée du maréchal Soult a passé le Rhin à Spire, il est aujourd’hui à Heilbronn. Le corps d’armée du maréchal Ney a passé le Rhin vis-à-vis Durlach, et est aujourd’hui à Stuttgart. Le corps d’armée du maréchal Lannes a passé le Rhin à Kehl, et est aujourd’hui à Ludwigsburg. Ma Garde est toute arrivée; elle est forte de 8,000 hommes et passe demain. Le parc a filé. Le prince Murat a rencontré, avec ses dragons, des patrouilles ennemies; elles n’ont fait que des compliments; je n’avais pas encore donné l’ordre de tomber dessus; on ne leur répondra désormais qu’à coups de sabre.

Voici mes alliés en Allemagne : les électeurs de Bavière, de Bade, de Wurtemberg et le landgrave de Hesse-Darmstadt ont fait chacun un traité d’alliance avec moi, et m’ont déjà joint avec des corps d’armée assez considérables. Faites imprimer dans vos gazettes que je suis arrivé à l’armée; qu’elle est en marche, que déjà l’armée autrichienne fuit; qu’à tant d’arrogance et de présomption ont succédé la peur et le désordre. Ne parlez pas de mes dispositions militaires avec les détails que je viens de vous donner. Dites que la Prusse arme 100,000 hommes, qu’elle fait marcher sur les frontières de Russie pour contenir les Russes. Ne parlez point des hostilités commencées, à moins que le maréchal Masséna ne les ait commencées en Italie, afin de ne pas contrarier les dispositions du général en chef.

J’imagine que vous avez renvoyé les six compagnies de grenadiers que vous aviez à Milan; elles seront très-nécessaires à l’armée : sans elles, les deux régiments feraient deux corps sans âme.

J’organise un camp volant à Alexandrie. Il sera commandé par le général Menou et sera composé de 3,000 hommes, savoir : de deux bataillons du 67e, de deux bataillons du 3e d’infanterie légère et de 500 hommes de la légion hanovrienne à cheval. Le grand nombre de conscrits que les 67e et 3e régiments doivent recevoir les porteront bientôt, dans le courant de l’hiver, au grand complet de guerre. Mais mon intention est que vous écriviez au général Menou, afin que, si vous aviez besoin qu’un détachement de sa colonne mobile se portât sur Novare, Pavie, il pût le faire avec rapidité; bien entendu qu’il n’y séjournerait pas et qu’il n’y paraîtrait que pour rétablir l’ordre et faire quelques exemples sévères.

 

Strasbourg, 29 septembre 1805

A M. Marescalchi

J’ai reçu votre lettre. Ne manquez pas d’informer, tous les jours, le prince Eugène. Annoncez que je vais envoyer une proclamation à mes peuples d’Italie. Mon armée est entièrement arrivée, et nous commençons nos opérations militaires.

 

Strasbourg, 29 septembre 1805

PROCLAMATION AUX PEUPLES D’ITALIE

Peuples d’Italie, l’empereur d’Autriche a trahi tous ses serments, désavoué toutes ses paroles et couru aux armes dans le temps qu’elle me croyait occupé aux extrémités de l’Océan. Lui-même était accouru sur les bords du Rhin, et menaçait d’envahir la Suisse et mes frontières. Je n’ai fait que paraître, et déjà il commence à fuir épouvanté. Dans peu de jours, je rétablirai à Munich l’Électeur de Bavière et je punirai cette Cour perfide qui a trahi ses devoirs en ouvrant l’Italie aux incursions des barbares.

Les événements de la guerre se composent de vicissitudes; mais, en dernière analyse, cette troisième coalition se terminera comme les deux premières. Ce n’est qu’au milieu des orages que les États se consolident.

Peuples d’Italie, je compte sur votre fidélité et sur votre confiance, après les preuves d’amour que vous m’avez données.

Quelque éloigné que je sois de vous, de quelques soins que je sois occupé, celui de votre défense, de votre bonheur, sera toujours présent à ma pensée. Gardez-vous de toute inquiétude. Les parjures seront punis et la victoire restera à nos armes.

 

Strasbourg, 30 septembre 1805

PROCLAMATION A LA GRANDE ARMÉE

Soldats, la guerre de la troisième coalition est commencée. L’armée autrichienne a passé l’Inn , violé les traités, attaqué et chassé de sa capitale notre allié. Vous-mêmes vous avez dû accourir à marches forcées à la défense de nos frontières. Mais déjà vous avez passé le Rhin. Nous ne nous arrêterons plus que nous n’ayons assuré l’indépendance du Corps germanique, secouru nos alliés et confondu l’orgueil des injustes agresseurs. Nous ne ferons plus de paix sans garantie. Notre générosité ne trompera plus notre politique.

Soldats, votre Empereur est au milieu de vous ; vous n’êtes que l’avant-garde du grand peuple. S’il est nécessaire, il se lèvera tout entier à ma voix pour confondre et dissoudre cette nouvelle ligue qu’ont tissue (sic) la haine et l’or de l’Angleterre. Mais, Soldats, nous aurons des marches forcées à faire, des fatigues et des privations de toute espèce à endurer. Quelques obstacles qu’on nous oppose, nous les vaincrons, et nous ne prendrons de repos que nous n’ayons planté nos aigles sur le territoire de nos ennemis.

 

Quartier impérial, Strasbourg, 30 septembre 1805

MESSAGE AU SÉNAT

Sénateurs, j’ai délégué au grand électeur les pouvoirs nécessaires pour présider les séances et les conseils d’administration du Sénat.

J’ai été fort aise de trouver l’occasion de donner à ce prince une preuve de mon estime pour ses talents et de ma confiance illimitée dans son attachement à ma personne, et à vous, Sénateurs, un garant que mon absence ne retardera en rien la marche des affaires.

J’ai pensé aussi que le besoin de la patrie exigeait que, pendant que je serai sur les frontières, le grand électeur restât au milieu de vous.

 

Strasbourg, 30 septembre 1805

PROCLAMATION A L’ARMÉE D’ITALIE

Soldats d’Italie, la guerre de la troisième coalition est commencée. L’armée autrichienne a passé l’Inn, envahi Munich et chassé de sa capitale l’électeur de Bavière, notre allié. Vous-mêmes avez dû accourir, à marches forcées, à la défense de l’Adige.

Soldats d’Italie, c’est sur les champs de bataille où vous êtes que, avec une poignée de monde, l’aigle autrichienne s’est vue constamment humiliée et confondue. Un contre trois, nous fûmes constamment vainqueurs. Vous serez dignes de la première armée d’Italie. Nous ne ferons plus de paix sans garantie. Notre générosité ne trompera plus notre politique. Votre Empereur est en Allemagne, au milieu de l’armée dont vous formez l’aile droite. Le général qui vous commande a toute ma confiance ; environnez-le de la votre.

Quelques fatigues qu’il vous faille essuyer, quelques marches forcées que vous ayez à faire, quelques privations qu’il vous faille endurer, souvenez-vous que c’est par là seulement qu’on peut arriver à la gloire.

Soldats d’Italie, ne vous donnez point de repos que vous n’ayez vaincu : que je n’entende parler de vous que pour apprendre les victoires que vous avez remportées, le nombre des prisonniers vous avez faits, le nom des pays que vous avez conquis.

 

Strasbourg, 30 septembre 1805

A M. Fouché

J’ai l’honneur, Monsieur, d’adresser à Votre Excellence l’expédition d’un décret portant création d’un régiment sous le nom de la Tour d’Auvergne. Sa Majesté désire que vous voyiez M. de la d’Auvergne, que vous confériez avec lui; que vous voyiez s’il possible de faire entrer dans ce corps les chouans à qui il peut être convenable de proposer cette manière de servir. Sa Majesté me charge en même temps de vous inviter à vous concerter avec le ministre directeur de l’administration de la guerre pour l’exécution de ce décret, qui ne doit être connu publiquement que quand la formation du corps sera déjà assez avancée.

Le secrétaire d’État, par ordre de l’Empereur.

 

Quartier impérial, Strasbourg, 30 septembre 1805

DÉCRET

ARTICLE 1er. – Il sera levé un régiment d’infanterie légère composé de trois bataillons.
Il portera le nom de Régiment de la Tour dAuvergne.
ART. 2. – Le sieur Godefroy de la Tour d’Auvergne est nommé colonel commandant de ce corps.
ART. 3. – Ce régiment aura la même organisation que l’infanterie légère de ligne.
Le fond de son uniforme sera vert, et, sous tous les autre rapports, conforme au modèle qui sera approuvé par le ministre directeur de l’administration de la guerre.
ART. 4. – Aucun homme de la conscription, ou faisant parti des corps de troupes, ne sera admis dans ce régiment, qui pourra recevoir des Allemands et autres étrangers.
ART. 5. – Ce régiment formera le premier corps d’une légion qui sera incessamment organisée et portera le nom de Légion allemande.
ART. 6. – Nos ministres de la guerre et de l’administration guerre sont chargés de l’exécution du présent décret.

 

Strasbourg, 30 septembre 1805

Au maréchal Lannes

Mon Cousin, vous marchez sur Ludwigsburg. Sur votre droite, le maréchal Ney doit se trouver avec son corps d’armée à Stuttgart. S’il avait besoin de vos secours, vous n’attendriez aucun ordre pour y voler avec votre zèle et votre bravoure accoutumés. Du reste, marquez mon quartier général à Ludwigsburg; je ne tarderai pas à vous y joindre. Vous avez le maréchal Soult à Heilbronn sur votre gauche. Instruisez-le de ce qui se passerait sur votre droite, qui pourrait nécessiter votre intervention. Le prince Murat et les dragons sont aujourd’hui en marche pour Rastadt; informez-le exactement de ce qui se passe.

 

Strasbourg, 30 septembre 1805

Au maréchal Augereau

Mon Cousin, je reçois votre rapport du 3 vendémiaire (25 septembre). Tous les 3e et 4e bataillons des régiments qui composent votre corps d’armée ont ordre de se rendre à leurs corps. Les détachements embarqués sur les bâtiments de la flottille à Granville ont ordre de débarquer et de rejoindre leurs corps. Indépendamment des 12,000 paires de souliers que j’ai chargé le ministre Dejean de vous procurer à Langres, je lui ai ordonné de vous faire donner les deux paires de souliers que j’ai accordées en gratification à l’armée, c’est-à-dire que le ministre en fera verser la valeur dans la caisse des corps, et qu’ils les feront confectionner; mais veillez à ce que les corps ne les fassent pas faire trop loin, et qu’il ne faille pas deux mois pour leur transport. Je ne vois pas d’inconvénient à accorder une gratification aux officiers d’état-major. Envoyez-moi un état de la distribution à en faire, et je l’autoriserai.

Je ne veux pas finir cette lettre sans vous dire un mot de ma position ici. Mon cher et bon frère l’empereur d’Autriche est venu à Memmingen. Son armée est sur les débouchés de la forêt Noire ; en y comprenant les troupes qui sont du côté de Constance, elle est d’une centaine de mille hommes; mais les nouvelles que j’ai reçues hier m’apprennent qu’après avoir tenu un grand conseil l’Empereur est retourné à Vienne. Dieu veuille que son armée continue à rester dans la même position encore une huitaine de jours, ou, ce qui serait encore mieux, qu’elle s’avance sur le Rhin ! Vous sentez combien je dois le désirer, quand vous saurez que le général Marmont, le maréchal Bernadotte et les troupes de l’électeur de Bavière sont en grande marche sur Ingolstadt ; que le corps du maréchal Davout, qui a passé le Rhin à Mannheim, est en pleine marche sur Donauwoerth et déjà à quatre marches du Rhin; que le corps du maréchal Soult, qui a passé à Spire, est déjà arrivé à Heilbronn et se dirige également sur le Danube, entre Ulm et Donauwoerth, que les maréchaux Lannes et Ney, les corps de dragons et ma Garde sont arrivés à Stuttgart. Je vais partir moi-même, cette nuit, pour me mettre à la tête de ce corps, pour m’appuyer au maréchal Soult et tourner Ulm. Malheur aux Autrichiens, s’ils me laissent gagner quelques marches ! j’espère les avoir tournés et me trouver, avec toute mon armée, entre le Lech et l’Isar; mais je suppose que le départ de l’Empereur est déjà un éveil, et que les Autrichiens vont s’empresser d’évacuer la Bavière. La tête des Russes commence à s’approcher, mais la Prusse fait des armements et paraît peu d’accord avec les Russes.

Je n’ai eu dans cette marche des côtes sur le Rhin ni déserteurs ni malades.

 

Strasbourg, 30 septembre 1805

Au prince Eugène

Mon Cousin, les hostilités ont commencé ici. Ce soir, une trouille ennemie de chevau-légers de Rosenherg a été enlevée. Ce sont les premiers prisonniers qui aient été faits. Il n’a, cependant, été brûlée aucune amorce; mais nous marchons à force, et l’ennemi parait fort déconcerté de la direction, de la rapidité et de la force de nos mouvements. Il y aura probablement beaucoup de nouveau dans la semaine. Vous trouverez ci-joint la proclamation qui a été lue aujourd’hui à l’ordre. L’empereur d’Autriche est venu à son armée, a tenu grand conseil à Memmingen; mais voyant que notre armée, au lieu d’être dépourvue, était non-seulement prête à le recevoir, mais encore manœuvrait sur ses derrières, il est retourné en diligence à Vienne. Le prince Charles doit être, à cette heure, en Italie.

Il me tarde d’apprendre des nouvelles de ce qu’on fait chez vous.

J’ai vu avec plaisir, par vos lettres, que vous fournissiez tout ce qui vous était possible à l’armée. Si vous avez le temps, faites une reconnaissance du lac Majeur jusqu’au pied du Simplon, tant pour savoir si l’on peut le passer que pour en avoir dans la tête la localité vraie. Après celle-là, faites-en une au pied du Saint-Gothard. A votre âge, ces reconnaissances se font lestement et elles restent pour la vie dans la tête. Organisez votre gendarmerie et tous vos moyens pour pouvoir garder tous les prisonniers que ferait votre armée. Ayez quelqu’un d’intelligent dans la Valteline qui vous instruise des mouvements de l’ennemi.

J’ai donné ordre que la légion corse vienne à l’armée. Je ne sais qui m’a dit qu’elle était encore à Livourne. Il est ridicule qu’elle soit là quand elle vous serait si utile à Milan , ou à l’armée, on dans tout autre endroit. Je vous ai écrit de la faire habiller, si c’est le manque d’habits qui l’empêche de marcher. Vous seriez fort heureux d’avoir là 1,500 hommes qui tiendraient en respect le pays. Écrivez-en au maréchal, afin que, si on la juge hors d’état de servir à l’armée, on vous l’envoie.

Du moment que les hostilités seront commencées en Italie, faites connaître les dispositions de la Prusse envers la Russie ; l’organisation de la Grande Armée, divisée en sept corps de 50,000 hommes chacun, que vous nommerez; la force des troupes fournies par la Bavière, Bade, Hesse-Darmstadt, Wurtemberg; la levée des conscrits en France, et toute espèce de nouvelles qui ne laissent pas d’imposer aux Italiens, et neutralisent le tas de mauvaises nouvelles de tout genre que l’ennemi ne manque pas de répandre. Faites passer au maréchal, au général Menou, à Moreau de Saint-Méry, à la princesse de Lucques, à l’architrésorier à Gênes, à Rome, l’extrait de ces nouvelles; elles ne sont pas importantes, mais, par leur fraîcheur, elles rassurent mes agents et les mettent à même de démentir les fausses nouvelles. Ayez le soin de faire de ce que je vous écris un bulletin que vous intitulerez Bulletin des lettres de I’Empereur, dans lequel vous mettrez tout ce qu’il y aura de nouveau, et vous l’enverrez aux personnes ci-dessus nommées. Mon quartier général sera demain à Ludwigsburg sur le Neckar.

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L’Impératrice reste à Strasbourg avec ses dames. Elle se porte très-bien.