Correspondance de Napoléon – Septembre 1805

Saint-Cloud, 23 septembre 1805

ORDRE DU SERVICE PENDANT L’ABSENCE DE L’EMPEREUR.

Nous avons réglé, pour être exécutées pendant la durée de notre absence, les dispositions suivantes :

L’archichancelier, faisant les fonctions de grand électeur, pourra convoquer et présider le Sénat dans toutes les circonstances où ce corps se réunit, sur la convocation du président, soit pour les élections qui lui sont attribuées, soit pour délibérer sur ses affaires intérieures.

Le grand conseil d’administration sera présidé par lui.

Le connétable commandera, sous nos ordres, notre garde impériale, la garde nationale de Paris et celle des villes et départements de la le division. Il commandera également la garde municipale de Paris et toutes les troupes qui se trouveront dans l’étendue de ladite division. Il fera exécuter toutes les dispositions relatives à l’objet de son commandement, et prescrites, soit par le ministre de la guerre, soit par le directeur de l’administration de la guerre en faisant les fonctions.

L’archichancelier présidera le Conseil d’État, conformément notre décision de ce jour. Il signera les renvois des affaires des dits départements du ministère, qui seront de nature à être délibérées au Conseil.

Tous les ministres correspondront directement avec nous pour les affaires de leur département.

Néanmoins, ils se rassembleront le mercredi de chaque semaine chez l’archichancelier. Ils y porteront les objets de détail et du contentieux de leur administration, lesquels seront remis à l’archichancelier pour nous être transmis dans la forme ordinaire.

L’archichancelier y joindra une courte analyse de ce qu’il y aura de plus pressant à expédier et des notes sur les affaires qui lui en paraîtront susceptibles.

Nous entendons, en général, que toutes les affaires qui, dans l’ordre ordinaire du gouvernement et de l’administration, ont besoin de notre signature, continuent à nous être présentées à cet effet.

Toutes les fois que le grand juge jugera qu’une demande en grâce est dans le cas d’être admise, et que les circonstances urgentes exige une prompte décision , l’archichancelier pourra, sur la demande ce ministre, convoquer un conseil privé dont nous désignerons les membres. Il nous adressera le procès-verbal de ce conseil, dressé par l’un des ministres appelés, et, en cas de diversité d’opinions, y joindra le résumé de celles qui auront été énoncées de part d’autre.

Toutes les fois qu’un ministre jugera nécessaire une conférence avec d’autres ministres, pour traiter une affaire de son département, il en fera la demande à l’archichancelier, qui convoquera à cet effet les ministres dont le concours sera nécessaire.

S’il survient des événements extraordinaires de police sur lesquels nous ne puissions pas statuer à temps, à raison de notre éloignement, et qui exigent le concours de différents ministres, l’archichancelier convoquera les ministres dont la présence sera nécessaire. Si l’exécution des mesures que l’archichancelier aura approuvées excède les bornes de l’autorité ministérielle, et qu’il ne soit pas possible d’attendre notre décision, il sera tenu de cette conférence un procès-verbal dressé par le ministre du département que l’affaire concerne, et signé par l’archichancelier. En conséquence dudit procès-verbal, le ministre se trouvera autorisé à exécuter les dispositions telles que les aura prescrites l’archichancelier, après avoir entendu l’opinion des ministres.

Dans tous les cas d’événements extraordinaires militaires, l’archichancelier, sur la demande du ministre faisant les fonctions de ministre de la guerre, convoquera les ministres dont le concours sera jugé nécessaire, et il sera procédé, ultérieurement comme il est dit ci-dessus.

Pendant tout le temps où le ministre de la guerre sera à l’armée, il continuera à faire le travail du personnel, la répartition des fonds de son département, l’expédition des ordres qui seront donnés directement par nous, soit relativement au mouvement et à ce qui tient aux opérations militaires, soit pour ce qui concerne les bureaux du génie et de l’artillerie, enfin tout ce qui est relatif aux prisonniers de guerre. Les autres parties de son administration seront exercées par le ministre directeur de l’administration de la guerre, qui signera les décisions et les ordonnances qui ne l’auront pas été par le ministre de la guerre, lesquelles seront délivrées conformément à la désignation qui aura été faite par ledit ministre pour l’emploi des fonds.

Le travail sera soumis au ministre directeur de l’administration de la guerre par M. Denniée , secrétaire général, qui travaillera avec tous les chefs de division et de bureau , et qui continuera à faire, au nom du ministre de la guerre, toutes les signatures que nécessiteront les décisions données, soit par ce ministre, soit par le ministre directeur.

Le connétable nous adressera, tous les jours, un rapport sur la partie que nous lui avons confiée.

Le ministre de la police nous écrira, tous les jours, par l’estafette dont nous avons ordonné rétablissement.

Le ministre de la marine nous écrira pour tous les objets importants, et au moins deux fois par semaine.

Les autres ministres nous écriront tout aussi souvent qu’ils auront à nous entretenir des affaires de leur département.

Toutes les lettres nous seront adressées directement.

Les dépêches télégraphiques transmises à Paris ou à transmettre de Paris seront portées à l’archichancelier avant qu’il puisse y être donné cours.

 

Saint-Cloud, 23 septembre 1805

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, le général Menou mande qu’il n’a pas d’argent pour la citadelle de ‘Turin : il est donc urgent que vous vous hâtiez de pourvoir à cet objet, sans qu’il y ait une heure de perdue. On m’écrit que M. Chasseloup remue de la terre à Plaisance et fait des travaux immenses et cependant inutiles. Écrivez-lui que c’est par trop bête et qu’il est ridicule de ne pas commencer par le plus pressé.

 

Saint-Cloud, 23 septembre 1805

Au prince Eugène

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 16 septembre. On m’écrit que M. Chasseloup à Plaisance fait des travaux immenses, remue la terre, sans s’occuper des choses essentielles. Parlez-en à Chasseloup et faites-lui sentir combien il est ridicule de ne pas commencer par le plus pressé. Je ne puis que vous répéter qu’il faut aider l’armée, qu’il ne faut point s’étonner des réquisitions et moyens violents; tout est bon, pourvu que mon armée ne manque de rien. Je voisavec plaisir la mission de M. de Brême. Les moments sont urgents.

Si le fort Urbain est en si mauvais état, faites-le sauter; qu’il ne puisse pas servir à l’ennemi.

J’apprends avec plaisir que la citadelle de Ferrare n’existe plus.

Je pars pour Strasbourg demain à quatre heures du matin.

 

Paris, 23 septembre 1805

Au maréchal Masséna

L’Empereur va aujourd’hui au Sénat, Monsieur le Maréchal. Sa Majesté sera le 3 vendémiaire (25 septembre) à Strasbourg. Le Rhin sera passé le 4 (26 septembre). Il est probable qu’avant le 10 (2 octobre) la guerre se trouvera décidément déclarée. Dans cette circonstance, je ne puis que vous transmettre les propres termes de l’Empereur :

“Si j’étais en Italie, je formerais mon armée en six divisions, chacune de 7,000 hommes d’infanterie et de 1,000 hommes de cavalerie et d’artillerie.

Je laisserais mes cuirassiers, avec un ou deux régiments de dragons, pour réserve.

Du 6 au 8 (28 au 30 septembre), à petit bruit, je passerais avant le jour au vieux pont; j’enlèverais toutes les hauteurs de Vérone, la ville; je ferais entrer une réserve de cuirassiers, et, suivant les événements, je pousserais l’ennemi l’épée dans les reins, ou je prendrais mes positions, la droite à l’Adige, la gauche aux montagnes, et opposées à celles que l’ennemi prendrait sur les hauteurs de Caldiero, s’il était en force.

Quelle que soit la force de l’ennemi, il doit garder beaucoup de troupes vis-à-vis Padoue et vis-à-vis Legnago; il doit aussi en avoir dans le Tyrol; il est donc impossible que, le jour de la bataille, il ait même 30,000 hommes, à Vérone et sur les hauteurs.

Enfin, à cette manœuvre, il n’y a aucun danger, le vieux pont étant garanti par un bon ouvrage et par une bonne batterie; on peut donc passer l’Adige sous cette protection.

Une fois qu’on se serait emparé de Vérone, il n’y aurait donc aucun danger subséquent, puisque toute l’enceinte de Vérone servirait de tête de pont, et qu’en mettant quelques pièces sur les remparts et sur les tours, on protégerait toujours le ralliement de l’armée.

 

Paris, 23 septembre 1805

Au général Gouvion Saint-Cyr, à Pescara

Le roi de Naples, Général, ayant paru désirer rester neutre et ne recevoir ni Anglais ni Russes, hier on a conclu un traité à Paris, dont je vous envoie ci-joint copie; il doit être adressé à M. Alquier.

Du moment que les ratifications auront eu lieu (et elles doivent lieu sous trois ou quatre jours), vous vous dirigerez sur Pesaro, de là sur le Pô; vous ferez évacuer vos malades sur Pesaro, et garderez cette place jusqu’à ce que tout ce qui vous appartient de l’armée se trouve évacué. En passant, vous placerez aussi garnison à Ancône. Vous me ferez connaître votre ordre de route, afin que je puisse vous transmettre à temps les ordres de l’Empereur.

La guerre sera commencée lorsque vous lirez cette lettre. Si par une circonstance quelconque, les ratifications ne s’échange pas promptement, vous attaquerez le royaume de Naples, et suivrez, par-dessus tout, l’esprit de votre instruction. L’Empereur ne doute pas que vous n’ayez déjà évacué vos malades et vos bagages sur Pesaro.

 

Paris,  23 septembre 1805

DISCOURS DE L’EMPEREUR AU SÉNAT

Sénateurs, dans les circonstances présentes de l’Europe, j’éprouve le besoin de me trouver au milieu de vous et de vous faire connaître mes sentiments.

Je vais quitter ma capitale pour me mettre à la tête de l’armée pour porter un prompt secours à mes alliés, et défendre les intérêts les plus chers de mes peuples.

Les vœux des éternels ennemis du continent sont accomplis; la guerre a commencé, au milieu de l’Allemagne; l’Autriche et la Russie se sont réunies à l’Angleterre, et notre génération est entraînée de nouveau dans toutes les calamités de la guerre. Il y a peu de jours que j’espérais encore que la paix ne serait point troublée; les menaces et les outrages m’avaient trouvé impassible; mais l’armée autrichienne a passé l’Inn; Munich est envahie ; l’électeur de Bavière est chassé de sa capitale; toutes mes espérances se sont évanouies.

C’est dans cet instant que s’est dévoilée la méchanceté des ennemis du continent. Ils craignaient encore la manifestation de mon profond amour pour la paix; ils craignaient que l’Autriche, à l`aspect du gouffre qu’ils avaient creusé sous ses pas, ne revînt à des sentiments de justice et de modération; ils l’ont précipitée dans la guerre. Je gémis du sang qu’il va en coûter à l’Europe; mais le nom français en obtiendra un nouveau lustre.

Sénateurs, quand, à votre vœu, à la voix du peuple français tout entier, j’ai placé sur ma tête la couronne impériale, j’ai reçu de vous, de tous les citoyens, l’engagement de la maintenir pure et sans tache. Mon peuple m’a donné, dans toutes les circonstances, des preuves de sa confiance et de son amour; il volera sous les drapeaux de son Empereur et de son armée qui, dans peu de jours, auront dépassé les frontières.

Magistrats, soldats, citoyens, tous veulent maintenir la patrie hors de l’influence de l’Angleterre, qui, si elle prévalait, ne nous accorderait qu’une paix environnée d’ignominie et de honte, et dont les principales conditions seraient l’incendie de nos flottes, le comblement de nos ports et l’anéantissement de notre industrie.

Toutes les promesses que j’ai faites au peuple francais, je les ai tenues; le peuple français, à son tour, n’a pris aucun engagement avec moi qu’il n’ait surpassé. Dans cette circonstance si importante pour sa gloire et la mienne, il continuera à mériter ce nom de Grand Peuple, dont je le saluai au milieu des champs de bataille.

Français, votre Empereur fera son devoir, mes soldats feront le leur, vous ferez le vôtre.

 

Paris, 22 septembre 1805

Au général Menou, commandant général des départements au delà des Alpes

L’Empereur ordonne, Général, qu’un camp volant soit formé à Alexandrie et que vous en preniez le commandement.

Il sera composé de la légion hanovrienne à cheval qui doit arriver à Alexandrie le 29 vendémiaire, forte de 500 hommes.

Du 3e régiment d’infanterie légère, de 1.500 Id.

Du 67e régiment, de 900 Id.

D’un bataillon du ler régiment suisse, de 400 Id.

Et d’une compagnie d’artillerie à cheval de 72 Id.

Avec… (2) pièces de canon.

J’ai donné l’ordre au général commandant la 28e division militaire de faire réunir ces troupes à Alexandrie le plus promptement possible.

Les 13e et 67e régiments vont recevoir une grande quantité de conscrits cet hiver , vous voudrez bien, Général, porter un soin tout particulier à l’habillement de ces corps et à l’armement de leurs conscrits.

Le but de cette réserve est

1° De garder la citadelle d’Alexa’ndrie

2° De se porter devant Gênes si cette place était menacée d’un débarquement ;

3° De se porter sur Turin, sur Novare, sur Milan et enfin sur tous les points où l’on pourrait inquiéter les derrières de l’armée, de manière que la rapidité des mouvements de ce camp volant étouffe les insurrections au moment même où elles commenceraient à se former ; bien entendu que vous laisserez toujours dans la citadelle d’Alexandrie une patrie de cette réserve, pour assurer la défense de la place.

Sa Majesté vous recommande, Général, d’avoir l’oeil sur Plaisance, de manière que si une avant-garde de l’ennemi ou des partisans se portaient sur cette place pour inquiéter notre armée, dans le cas où des circonstances qui ne sont pas présumables la mettraient dans la nécessité de se défendre sur l’Adda, ce camp volant pût se porter sur Plaisance pour éclairer la droite de notre armée.

Mais si par des suppositions encore plus invraisemblables, Alexandrie était menacée d’être investie, l’intention de Sa Majesté est que le camp volant forme alors une partie de la garnison de cette place.

Enfin, en admettant des circonstances qui ne sont pas plus à présumer que les précédentes, si l’armée française venait à être tournée, alors le camp volant aurait soin de fournir, non seulement des garnisons à Alexandrie, mais encore à la citadelle de Turin, à Gavi et à Fenestrelle.

En résumé, ce camp volant a donc pour but de veiller à la sûreté de la côte de Gênes, de dissoudre les rassemblements du pays, faire marcher les conscrits, et enfin, si des événements désastreux pouvaient arriver, il donnerait une garantie à l’Empereur que ces places se trouveraient pourvues de bonnes garnisons, approvisionnernents, etc.

L’intention de Sa Majesté est que vous organisiez ce camp volant, dont elle vous confie le commandement, de manière à avoir toujours trois petites colonnes mobiles de cent hommes de cavalerie, trois cents hommes d’infanterie et deux pièces d’artillerie à pied.

Ces colonnes parcourront tout le pays, pour faire exécuter rigoureusernent la conscription et toutes les autres mesures qui pourraient être ordonnées.

L’Empereur préfère ce système de camp volant à un système de pure garnison qui, en exigeant beaucoup plus de monde, n’assurerait pas autant la tranquillité.

Un autre but de ce camp volant serait de garder les prisonniers que ferait l’armée d’Italie ; on les recevrait soit à Plaisance, soit à Verceil, et les troupes de l’armée qui les auraient escortés jusque-là retourneraient de ce point pour rejoindre leurs corps respectifs après les avoir consignés aux troupes du camp volant.

De Verceil et de Plaisance, les prisonniers seraient conduits à Fenestrelle, et de là à Grenoble, d’où des détachements de gendarmerie et des détachements des troupes de la 7e division rnilitaire les prendraient et les escorteraient jusqu’au dépôt de l’intérieur qui serait désigné.

L’intention de Sa Majesté est que l’on évite toujours de faire passer les prisonniers de guerre par le Valais on par la Suisse, parce que, dans ce pays, il leur serait aisé de se sauver.

Si cependant on avait une trop grande quantité de prisonniers, on pourrait en faire passer par Gênes.

Les commandants de gendarmerie des 27e et 28e divisions militaires pourront aussi se servir de la gendarmerie départementale pour escorter les prisonniers.

L’Empereur vous charge, Général, de donner des ordres pour que le grand chemin ne passe plus désormais à travers la citadelle d’Alexandrie. On tournera le glacis pour passer le pont et entrer en ville.

L’Empereur vous charge, Général, d’informer M. le maréchal Masséna, le général Montchoisy, ainsi que son S. A. S. l’Archi-trésorier de l’Empire, des dispositions ci-dessus, dont vous êtes spécialement chargé, et de me tenir exactement informé de toutes les mesures que vous aurez prises pour remplir à cet égard les intentions de Sa Majesté.

(Picard)

 

Saint-Cloud, 23 septembre 1805

Au vice-amiral Willaumez

Ayant résolu d’attaquer le commerce de l’ennemi sur tous les points, nous avons fait choix de vous pour commander une de nos escadres, composée de nos vaisseaux le Foudroyant, capitaine Bigot, de quatre-vingts; le Véléran, capitaine Jérôme Bonaparte; le Cassard, capitaine Faure; l’Impétueux, capitaine Leveyer-Belair; le Patriote, capitaine Khrom, et le Jupiter, capitaine Laignel, de soixante-quatorze; et de nos frégates la Valeureuse, capitaine Saizieu, et la Volontaire, capitaine Bretel, réunis en rade de Brest.

Notre intention est que cette escadre, munie de sept mois de vivres et de quatre mois d’eau, se porte d’abord dans l’Océan méridional, pour y établir une croisière au vent de l’île Sainte-Hélène, située vers le seizième degré de latitude sud.

Quoique la saison la plus favorable pour cette croisière soit en mars et avril, époque à laquelle y abordent ordinairement les convois des possessions orientales de l’ennemi, cependant notre intention est que, dès ce moment, vous ne manquiez pas de saisir la première occasion favorable pour appareiller avec la division sous votre commandement.

Vous vous porterez d’abord au Cap de Bonne-Espérance, où vous remplacerez votre eau et ferez au moins un mois de vivres de campagne, et plus, s’il vous est possible, indépendamment du journalier qui vous sera fourni.

Vous devrez, pendant votre séjour au Cap, faire croire que vous vous rendrez à l’île de France.

A votre arrivée, vous mettrez embargo sur tous les bâtiments qui se trouveront dans les établissements bataves, et il devra être continué vingt jours après votre départ.

Après vous êtes approvisionné dans cette relâche et y avoir rafraîchi vos équipages, vous vous dirigerez sur l’île Sainte-Hélène. Pour cela, vous appareillerez le soir de Table-Baie, afin que votre route ne soit pas connue.

Il importerait que le 10 mars au plus tard, vous ayez établi votre croisière au vent de cette île. Vous ne vous éloignerez jamais de  plus de vingt lieues, et vous manoeuvrerez de manière à n’en point être aperçu et à vous en trouver tous les matins à dix ou quinze lieues, parce que l’île étant très haute et très saine, les bâtiments ennemis vont la chercher de nuit.

Vous empêcherez tous les bâtiments neutres que vous rencontrerez d’y relâcher, afin qu’ils n’y donnent pas avis de votre présence.

Vous resterez sur Sainte-Hélène jusqu’à ce que vous n’ayez plus que deux mois d’eau, et alors vous vous dirigerez sur les petites Antilles et vous vous rendrez à notre île de la Martinique, où vous remplacerez votre eau et vos vivres aussi abondamment qu’il vous sera possible. Il importe que vous ne séjourniez pas dans cette colonie plus de huit jours. Vous devrez établir une croisière sur les îles anglaises, et y ravager toutes les rades où le commerce de l’ennemi peut être attaqué.

Après lui avoir fait dans ces parages tout le mal possible, vous les quitterez pour vous porter à Terre-Neuve et y détruire la pêche.

Les prises importantes que vous aurez faites en vous rendant au Cap seront conduites sur ce point. Celles que vous aurez faites sur Sainte-Hélène seront envoyées à l’île de France, et les autres dans nos Îles du Vent. Quant aux bâtiments de peu de valeur que vous aurez pris, et tous ceux de Terre-Neuve, vous les brûlerez; mais nous vous prescrivons de porter une attention particulière à faire enlever de tous les bâtiments dont vous vous emparerez, et répartir sur l’escadre, tout ce qu’ils pourront procurer de vivres, eau, mâture et agrès.

L’art consiste surtout à savoir faire la guerre aux dépens de l’ennemi, et à prolonger l’activité de l’escadre en remplaçant ses consommations par ses prises.

Et comme la plus grande difficulté de nos opérations maritimes consiste dans la sortie et la rentrée dans nos ports, nous vous ordonnons d’y faire votre retour qu’autant qu’il sera indispensablement nécessaire. Vous devez donc vous attacher essentiellement à être en état de vous maintenir à la mer et d’y multiplier vos opérations avec la plus grande activité.

En quittant Terre-Neuve, vous VOUS porterez, selon que le permettront l’état de l’escadre et celui de vos approvisionnements, soit en croisière au nord de l’Islande, et même au Spitzberg et Groënland, pour y détruire encore la pêche de l’ennemi, soit sur les côtes de l’Islande pour y ravager la navigation, soit enfin, si vous ne pouviez absolument faire plus, par le 49o de latitude nord, dans les parages compris entre les 22e et 17e de longitude occidentale, parages où passent tous les bâtiments qui, pour atterrir sur l’Angleterre, vont chercher ordinairement la sonde du Banc-des-Soles.

Nous vous ordonnons de ne rien négliger, dans la campagne que vous allez faire, pour qu’elle tourne à l’avantage de l’instruction de nos marins, aspirants et officiers, qui seront employés dans l’escadre.

Notre intention est que, partout où vous trouverez l’ennemi en forces inférieures, vous l’attaquiez sans hésiter, et ayez avec lui une affaire décisive.

Nous nous confions dans vos talents, votre activité et votre courage pour le succès de l’importante mission que nous avons jugé à propos de vous confier. Nous vous laissons une entière liberté dans son exécution, et notamment dans le choix des opérations qui termineront votre campagne, vous autorisant à vous départir du texte des présentes instructions toutes les fois que vous trouverez le moyen de porter de plus grands coups à l’ennemi ou de multiplier vos opérations, de manière à vous procurer l’avantage incalculable de rentrer le plus tard possible dans nos ports.

Si donc, aux Indes, à la Martinique, Guadeloupe, île de Cuba, Porto-Rico, Açores, Îles et côtes d’Afrique, ou partout ailleurs, vous trouvez le moyen de renouveler vos vivres, de quelque manière que ce soit, nous vous ordonnons de le faire et de prolonger vos croisières tant que vous le pourrez, en vous portant dans toutes les mers et parages où vous croirez pouvoir faire le plus de mal à l’ennemi, pourvu cependant que vous rentriez dans l’un de nos ports le quatorzième mois après votre départ.

Et si vous conceviez un projet qui procurât une croisière plus avantageuse, soit en vous rendant dans les mers de l’Inde, soit en parcourant la côte du Brésil ou tout autre point, vous êtes autorisé à vous y livrer.

Si, dans le cours de votre navigation, vous touchiez dans un port quelconque d’une puissance alliée ou neutre et que vous y puissiez faire des vivres immédiatement, vous êtes le maître d’en repartir sans avoir reçu nos ordres, attendu que le temps qu’il faudrait pour vous les faire parvenir vous fera peut-être manquer l’occasion d’appareiller.

Nous vous informons qu’un grand nombre de nos bâtiments de guerre va se répandre sur les mers, et si, dans votre course, vous rencontriez des bâtiments détachés qui n’eussent pas de destination spéciale, vous êtes le maitre de les réunir à votre pavillon.

Dans toutes les circonstances où vous pourrez communiquer avec nos colonies, vous le ferez, et vous rendrez compte par ces occasions des détails de votre campagne.

Nous vous réitérons que notre butunique est de faire le plus de mal possible à l’ennemi, et que tout moyen qui atteindra ce but doit être employé. Vous êtes autorisé à diviser les forces sous votre commandement toutes les fois que cela vous paraîtra utile, et à vous livrer enfin à toutes les opérations que vous pourrez concevoir les plus propres à remplir l’objet que nous nous proposons.

(Lecestre)

 

La Ferté-sous-Jouarre, 24 septembre 1805

A M. Cambacérès

Monsieur Cambacérès, comme j’ignore si M. Maret est parti, je vous prie de vous charger de veiller à ce que le serment que le général Miollis a prêté entre mes mains soit imprimé selon sa forme et teneur, demain ou après; que l’ordre du jour qui organise la Grande Armée, les réserves de Boulogne, de Mayence et de Strasbourg, les camps volants de Rennes, de Poitiers, d’Alexandrie, soient mis également dans le Moniteur; également le décret qui forme les vélites à cheval. Faites passer au Conseil d’État un décret pour établir 1,000 vélites à pied.

 

La Ferté-sous-Jouarre, 24 septembre 1805

A Monsieur de Talleyrand, ministre des relations extérieures, à Paris.

Monsieur Talleyrand, faites mettre dans le Moniteur ce qui est relatif au passage dans la Hesse de l’armée du général Bernadotte et à la conduite de l’Électeur. Écrivez-lui une lettre pour lui témoigner ma satisfaction.

(De Brotonne)

 

Strasbourg, 25 septembre 1805

A l’intendant général de la Grande Armée

Je vous préviens, Monsieur, que, d’après les nouvelles dispositions de l’Empereur, les divers corps de la Grande Armée ne prendront pas les cantonnements qui leur étaient d’abord destinés, mais que je viens d’autoriser MM. les maréchaux qui les commandent à leur donner les directions convenables aux mouvements ci-après.

Le 3 vendémiaire au matin, M. le maréchal Lannes doit passer le Rhin à Kehl, avec la division des grenadiers et les deux régiments de cavalerie légère de son corps d’armée, pour aller cantonner sur la route de Rastatt et s’établir le lendemain entre cette ville et Ettlingen. Le prince Murat doit le suivre avec la division de grosse cavalerie d’Hautpoul, les quatre divisions de dragons et celle de dragons à pied ; cette dernière sera cantonnée assez près de Kehl pour fournir de suite aux travaux de la tête du pont.

Le même jour, le corps d’armée de M. le maréchal Ney doit passer le Rhin à Durlach, où un pont sera jeté, et le 4, M. le Maréchal Soult le passera à Spire, pour avoir, du 4 au 7, ses divisions entre cette ville et Heilbronn.

Le corps de M. le maréchal Davout doit occuper Mannheim le 3, la division de grosse cavalerie Nansoutv doit se diriger, en conséquence, sur Oggersheim, où elle sera provisoirement aux ordres de M. le maréchal Davout.

Chacun de ces corps doit prendre en passant le Rhin pour 4 jours de pain et faire suivre pour 4 jours de biscuit. Ce dernier approvisionnement doit être gardé en réserve pour un jour de bataille. Je donne également l’ordre de faire distribuer les capotes et les souliers que les corps ont en magasin. MM. les maréchaux sont autorisés à faire des réquisitions pour la subsistance des troupes dans les pays qu’ils occuperont, en ayant soin de faire délivrer des bons en règle pour tout ce qu’ils requerront sur les pays des princes amis de la France.

Le grand parc d’artillerie doit passer le Rhin à Kehl, après quoi le passage sera interdit jusqu’à nouvel ordre et, dès le 6 vendémiaire, la poste de l’armée devra se transporter de Strasbourg à Mannheim.

Veillez, M. l’Intendant, faire vos dispositions en conséquence pour assurer tous les services pendant ces divers mouvements et prendre, pour tout ce qui ne serait pas prévu ou pour les changements que les circonstances pourraient nécessiter, les ordres de S. A. S. le prince Murat.

Je vous réitère qu’il est très important de ne pas consommer le biscuit et de le conserver pour les occasions difficiles.

  1. S. – N’avant pas le temps d’écrire au général Andréossy, je vous prie de lui donner connaissance de ce mouvement.

(Lecestre)

 

Strasbourg, 26 septembre 1805

Au prince Joseph Bonaparte, à Paris

Mon Frère, je suis arrivé à Strasbourg. Toute l’armée a passé le Rhin. L’ennemi est aux débouchés de la forêt Noire. Nos manœuvres vont bientôt commencer. Faites ce qui vous sera possible pour pousser la nation à la conscription. Je suis très-satisfait des départements que j’ai traversés.

 

Strasbourg, 26 septembre 1805

Au général Dejean

Monsieur Dejean, je suis arrivé à Strasbourg. Le biscuit que j’ai demandé n’est pas fait. Il n’y a pas encore un caisson  de Sampigny d’arrivé, et même les 150 que j’avais à Boulogne, on les a fait passer par Sampigny, de manière qu’il n’y en a pas ici. Les souliers ne sont pas encore arrivés. Pressez autant qu’il vous sera possible l’exécution des ordres que j’ai donnés. L’armée est aujourd’hui au delà du Rhin, surtout la cavalerie.

 

Quartier impérial, Strasbourg, 26 septembre 1805

Au maréchal Lannes

Ordre au maréchal Lannes de séjourner demain 5 (27 septembre), à Rastadt; s’étendre s’il est nécessaire jusque à Baden, et d’envoyer des reconnaissances de cavalerie jusqu’à Wildbad : ces reconnaissances partiront avant le jour; on fera faire deux lieues par deux régiments, deux autres lieues par un régiment, une autre lieu par un escadron, une autre lieue par un un piquet des mieux montés.

 

Quartier impérial, Strasbourg, 26 septembre 1805

ORDRE

La division du général d’Hautpoul se concentrera à Renchen, en s’étendant du côté du Rhin, de manière qu’elle soit à tous ses postes en seconde ligne, et partout couverte par les dragons.

Ce mouvement se fera demain, après que la division Walther aura exécutés les changements qu’elle doit faire avec la division de dragons à pied.

 

Stasbourg, 26 septembre 1805

Au général Andréossy

Sa Majesté, mon cher Général, m’a dicté, pour vous être transmis et pour être expédiés sur-le-champ, les ordres ci-après :

Donner ordre à la division du général Walther de se rendre à Oberkirch

La division du général d’Hautpoul se concentrera à Renchen, en s’étendant du côté du Rhin, de manière qu’elle soit à tous ces postes en deuxième ligne et partout couverte par les dragons.

Ce mouvement s’exécutera demain, après que la division Walther aura fait les changements qu’elle doit faire avec la division des dragons à pied.

Ordre au maréchal Lannes de séjourner demain 5, à Rastatt, de s’étendre, s’il est nécessaire, jusqu’à Baden, d’envoyer des reconnaissances de cavalerie sur Wildbad, qui partiront avant le jour. On fera faire deux lieues par deux régiments, deux autres lieues par un régiment, une autre lieue par un escadron, une autre lieue par un piquet des mieux montés (ordre réitéré á Lannes – voir ci-dessus).

Ordre au prince Murat de faire faire des reconnaissances avant le jour par toutes (les) divisions qui se trouvent sur les débouchés de la Forêt-Noire.

Ordre aux officiers de ne point attaquer, de faire des politesses si l’on en fait, de déclarer qu’ils ne se présentent là que parce qu’on dit que l’armée autrichienne marche sur Strasbourg.

Idem, de faire appeler les magistrats de Fribourg et de leur faire commander 20.000 rations de vivres-pain et 2.000 de fourrages, d’ici 2 jours, pour samedi.

Le général prince Murat enverra ce soir l’ordre aux dragons d’être à cheval avant le jour.

ORDRE A TOUTE L’ARMÉE.

L’armée a du passer le Rhin avec 4 jours de pain et 4 jours de biscuit. Le biscuit sera conservé pour les circonstances importantes et les rations de pain seront successivement remplacées et renouvelées, de manière que, lorsque l’armée inai@elici-,t eii avant, elle ait toujours quatre jours de vivres.

(Lecestre)

 

Strasbourg, 27 septembre 27, au quartier général impérial à Strasbourg

ORDRE DU JOUR

L’intention de Sa Majesté l’Empereur est que la solde de l’armée soit mise au courant jusqu’au 15 de vendémiaire.

Chaque corps d’armée fera parvenir, de suite, l’état de ce qui existe dans la caisse du payeur et de ce qui manque pour compléter la solde.

Le chef d’état-major de chaque corps d’armée enverra un officier d’état-major ou un aide de camp, avec un état de situation par régiment indiquant les pertes occasionnées dans la marche, par désertion, mort ou maladie, et le gain provenant de la réunion de quelques détachements de bataillons ou escadrons de dépôt.

Chaque corps d’armée fera également parvenir l’état de son artillerie, avec l’indication de ce qui pourrait manquer pour la compléter, l’état des souliers, capotes et objets d’ambulance qui manquent dans chaque régiment, et fera connaître les raisons qui auraient empêché les corps de se les procurer. Sa Majesté pense que les ordres qu’Elle a donnés pour payer aux corps l’achat de ces divers objets ont reçu leur exécution. Dans le cas contraire, on indiquera ce qui reste à solder sur ces articles.

Enfin, les chefs d’état-major des corps d’armée, feront connaître, de suite, si les cinquième cartouches par homme, ainsi que le pain et le biscuit pour quatre jours, ont été délivrées, suivant l’ordre qui en a été donné ; ils indiqueront ce qu’il en manquerait.

Tous les colonels doivent être présents à leurs corps ; ceux qui seraient absents pour cause de maladie ou pour tout autre motif seraient remplacés sur-le-champ par les majors aux bataillons de guerre. Les chefs d’état-major des corps d’armée enverront de suite l’état des colonels et des chefs de bataillon qui ne sont pas à leur poste.

Sa Majesté recommande particulièrement aux chefs d’état-major d’adresser régulièrement un rapport journalier, division par division, comprenant la position de chaque corps et les mutations qui y sont survenues.

Les maréchaux et commandants en chef les corps d’armée donneront également connaissance des besoins en tout genre desdits corps et y ajouteront tous les renseignements qu’ils se seront procurés sur la position et les mouvements de l’ennemi.

ANDRÉOSSY.

SUPPLÉMENT A L’ORDRE DU JOUR.

Les bataillons et escadrons de guerre devant être portés au grand complet de guerre, les majors recevront ordre d’envoyer, des dépôts, le nombre d’hommes nécessaire pour opérer ce complet.

ANDRÉOSSY.

(Lecestre)

 

Strasbourg, 27 septembre 1805

A M. Talleyrand

Monsieur Talleyrand, je vous envoie des dépêches de M. Otto. On peut faire de toutes les dépêches de ce ministre de très-bons articles de journaux. Je vous renvoie aussi vos dépêches de Berlin, qui commencent à devenir fort intéressantes. Le mouvement des armées, les détails de la séance de Paris contribueront, je crois, à donner du mouvement à tout ceci. Ici, tout marche à grand train. Les Autrichiens sont sur les débouchés de la forêt Noire; Dieu veuille qu’ils y restent. Ma seule crainte est que nous leur fassions trop peur. Avant quinze jours, nous aurons beaucoup de choses.

 

Strasbourg, 27 septembre 1805

A M. Otto

Je reçois le Moniteur du 3 vendémiaire (25 septembre); je vous l’envoie dans la crainte que vous ne l’ayez pas reçu. Si vous supposez qu’il ne soit pas arrivé à Berlin, comme, dans les circonstances intéressantes où nous nous trouvons, il est important qu’il y soit connu promptement, envoyez-le par courrier extraordinaire à M. Laforest. Vous le ferez lire à l’Électeur.

 

Strasbourg, 27 septembre 1805

Au maréchal Davout

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 4 vendémiaire (26 septembre). J’en reçois une, en même temps, du maréchal Soult, qui me dit que votre ordre porte de vous rendre à Heilbronn. Vous avez dû recevoir du ministre de la guerre l’ordre de passer à Manhein, Heidelberg et de vous rendre à Neckarelz. Vous recevrez des ordres pour votre marche par Möckmühl, Ingelfingen, Geislingen, Crailsheim, Dinkelsbühl, Fremdingen et Nördlingen; et le maréchal Soult suivra la route de Spire, Wiesloch, Sinsheim, Heilbronn, Oehringen, Hall, Gaildorf, Abtsgmünd, Aalen; ainsi vous l’aurez toujours à peu de chemin sur votre droite. La maréchal Bernadotte et le général Marmont doivent être sur votre gauche, devant se rendre de Würzburg sur le Danube. Je désire que vous envoyiez un officier d’état-major au général Marmont, et que vous placiez des postes de manière à communiquer à toutes vos couchées, soit pour lui faire passer des renseignements de la gauche. soit pour le secourir et en être secouru. On m’avait assuré que l’on avait fait un pont de bâteau à Mannheim. Envoyez-moi tous les jours un officier, afin que je puisse bien connaître votre situation non-seulement sous le point de vue du nombre de vos troupes et de leur armement, mais aussi de vos approvisionnements de bouche et de guerre, et de votre artillerie.

 

Strasbourg, 27 septembre 1805

Au maréchal Soult

Mon Cousin, j’ai reçu votre lettre du 4 vendémiaire (26 septembre). Je désire avoir des détails sur votre position. J’ai fait demander hier soir par le général Andréossy tous les détails que je désire avoir. Je ne puis concevoir comment le maréchal Davout croit devoir se diriger sur Heilbronn; c’est sur Heidelberg et Neckarelz. Arrivé à Heilbronn placez une tête de colonne sur le chemin de Stuttgart; placez aussi des postes intermédiaires, afin de pouvoir vous porter rapidement au secours du corps d’armée qui serait à Stuttgart, si cela devenait nécessaire. J’imagine que votre cavalerie sera à Heilbronn avec votre dernière division. Marchez en règle, les divisions avec leur artillerie à portée de se soutenir, et votre armée à portée de soutenir les corps des maréchaux Ney et Lannes.

 

Strasbourg, 27 septembre 1805, 4 heures après midi.  

Au maréchal Bernadotte

Mon Cousin, j’ai reçu votre lettre du ler vendémiaire (23 septembre), datée de Windecken. D’après mes calculs, vous deviez être ce jour-là à Würzburg; j’imagine que vous y êtes à l’heure qu’il est. L’empereur d’Allemagne n’a fait aucun détachement sur la droite du Danube, et les Russes ne sont pas arrivés. Je suis en mesure de faire face à tout. J’ai passé le Rhin à Mannheim, à Spire et vis-à-vis de Durlach. Quand vous recevrez. cette lettre, mon armée sera sur le Neckar, forte, nombreuse et dans le cas de parer à tout. De Würzburg, vous vous dirigerez sur le Danube, conformément à l’instruction que le ministre de la guerre vous adressera ce soir. Vous tiendrez le général Marmont sur votre droite et les Bavarois sur votre gauche. Je me lierai au général Marmont avec toute mon armée, et si j’ai le bonheur que l’armée autrichienne s’endorme encore trois ou quatre jours sur l’Iller et dans la forêt Noire, je l’aurai tournée, et j’espère qu’il ne s’en échappera que des débris.

J’ai fait un traité d’alliance offensive et défensive avec l’électeur de Bavière. Son armée est pour moi. La copie ci-jointe d’une lettre qu’il vient d’écrire ici vous fera connaître comme il est fâcheux que vous ne vous soyez pas dirigé sur Würzburg par la ligne la plus droite, et il était naturel de penser que si j’avais voulu que vous passassiez à Francfort, je n’aurais pas manqué de vous en faire instruire. La lettre de l’Électeur vous donne un aperçu du danger de la marche que vous avez suivie. Il n’est plus question en ce moment que de porter remède à tout. Vous êtes, à l’heure qu’il est, à Würzburg; ainsi toutes les inquiétudes de l’Électeur doivent être terminées.

Vous savez l’estime et l’amitié que je vous porte. C’est le moment de porter le grand coup. Avant le 20 vendémiaire (12 octobre), l’Autriche sera déchue.

 

Strasbourg, 27 septembre 1805

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, envoyez sur-le-champ un courrier au maréchal Ney, qui se mettra demain, à la pointe du jour, en marche pour Stuttgart. Mon intention est qu’il s’arrange de manière à enlever le poste de cavalerie ennemie qui est à Pforzheim; j’espère donc qu’il m’enverra demain une soixantaine de prisonniers. Ces messieurs font les plaisants, saluent nos patrouilles; il faut que le maréchal Ney les tourne et les enlève. Faites-lui connaître qu’un ordre semblable a été donné au prince Murat, pour enlever de son côté les postes de cavalerie légère des ennemis qui sont vers les débouchés de la forêt Noire, et que je suis fondé à croire que demain j’aurai en mon pouvoir plus de 200 prisonniers de cavalerie.

Je sais fâché que le maréchal ne m’ai pas fait connaître sa position aujourd’hui; écrivez-lui de vous donner de ses nouvelles deux fois par jour. Mon intention est qu’il ne se porte sur Stuttgart qu’à petites journées; il me suffit qu’il y soit le 8. Vous le préviendrez que le maréchal Soult, avec son corps d’armée, sera, le 7, à Heilbronn. Arrivés à Stuttgart, toutes ses divisions doivent être très-près les unes des autres, afin que tout son corps d’armée puisse se réunir en moins de deux heures en ligne. Je ne veux point d’affaires partielles de divisions. Ainsi mon intention est qu’il prenne une bonne position à Stuttgart, parce que je ne veux engager aucune affaire ce côté-là.

 

Strasbourg, 28 septembre 1805

A M. Champagny

Monsieur Champagny, je reçois votre lettre du 3 vendémiaire ((25 septembre). Je vois avec plaisir les efforts que vous faites pour enflammer l’esprit national. J’attends le règlement qui se discute en ce moment au Conseil d’État sur les gardes nationales; dès qu’il sera adopté, j’organiserai la garde nationale du Nord.

 

Strasbourg, 28 septembre 1805

A M. Otto, ministre plénipotentiaire de France près l’Électeur de Bavière

Enfin tout prend ici une couleur. Toute mon armée est arrivée et en marche pour aborder le Neckar. Vos lettres du 3 vendémiaire(25 septembre) m’ont fait plaisir; vous vous êtes comporté, dans cette circonstance délicate, comme je devais m’y attendre. Je saisirai la première circonstance pour vous le témoigner publiquement.

S’il est vrai que les Russes avancent, peut-être serait-il convenable que l’Électeur se rendit à Kalkreuth; c’est surtout par des manœuvres et des marches que je veux en venir facilement à bout.

Le maréchal Bernadotte est en marche, avec le général Marmont et les Bavarois, pour se porter sur le Danube. Toute mon armée se lie à ce mouvement. Je serai moi-même dans peu de jours en position de la diriger. Je me flatte qu’après la première bataille je pourrai remettre l’Électeur à Munich. Je désire savoir si son intention est d’y rentrer de suite.

Envoyez-moi par un courrier extraordinaire toutes les nouvelles un peu sûres que vous pourrez avoir de Vienne et de Prague. Bade a conclu, il y a longtemps, un traité d’alliance avec moi. Tout doit être signé avec Wurtemberg et Hesse-Darmstadt.

Envoyez quelques courriers extraordinaires à Berlin, lorsque les circonstances le rendront nécessaire, pour donner des nuovelles de l’armée

 

Strasbourg, 28 septembre 1805

A M. Heflinger, chargé d’affaires de France près le  landgrave de Hesse-Darmstadt

Le prince de Darmstadt n’a point envoyé au général Marmont les 4,000 hommes qu’il avait promis; j’ai lieu d’être surpris de cette conduite d’une Maison qui a toujours témoigné tant d’attachement à la France. Faites qu’il les envoie à Mergentheim. Le ministre de la guerre écrit dans ce sens au prince.

 

 Strasbourg, 28 septembre 1805

Au maréchal Masséna, commandant en chef l’armée d’Italie

L’Empereur, Monsieur le Maréchal, a lu l’état de distribution de votre armée en date du 27.

Voici les observations auxquelles il a donné lieu.

Il n’est pas probable que l’ennemi attaque par Salo. La Rocco d’Anfo garantit que l’on sera prévenu quelques jours d’avance; d’ailleurs, si l’ennemi voulait véritablement attaquer par Salo et pénétrer par là, l’opinion de l’Empereur est qu’il ne faut y mettre personne qu’une compagnie d’artillerie, cinquante sapeurs ou canonniers italiens, qu’il faut renfermer sous les ordres du colonel du génie Liédot. On pourra tout au plus s’éclairer par deux escadrons de chasseurs qui feraient des patrouilles dans la vallée de. Lodrone et qui se retireraient en cas de force supérieure.

La garde nationale de Brescia saura bien empêcher des troupes d’entrer dans la vallée ; ce sont leurs affaires, sans quoi ils seraient pillés.

L’Empereur est étonné que la légion corse ne soit pas encore arrivée.

Concentrez vos forces entre Peschiera et Vérone et vous vaincrez l’ennemi. Vous avez beaucoup pus de cavalerie que les Autrichiens. Vous pouvez réunir 50.000 à 60.000 français de toutes armes ; si vous les tenez ensemble, pour marcher avec eux partout où l’ennemi se portera, il est perdu.

Soit que vous attaquiez, soit que vous vous défendiez, vous n’avez rien à craindre si vous êtes réuni. Les biscuits qui sont à Mantoue, ceux que vous pouvez réunir à Peschiera, quelques approvisionnements que vous pouvez encore réunir à Mantoue, indépendamment des approvisionnements de siège, ne peuvent laisser aucune inquiétude sur la subsistance de votre armée pendant quinze jours ; vous pouvez donc rester avec toutes vos forces réunies, tomber sur l’ennemi au point où il passera l’Adige, le laisser disséminer et le prendre en détail.

S’il vous aborde de front, votre armée étant réunie, vous battrez. certainement les Autrichiens.

Enfin, mon cher maréchal, l’Empereur m’a dit, après avoir lu votre lettre, que vous devez tenir vos troupes bien rassemblées, que lorsqu’on a Peschiera et Mantoue derrière soi, qu’on peut communiquer par Crémone, par Orzinuovi, si la route de Brescia était interceptée, on n’a rien à craindre, et qu’enfin plus l’ennemi voudra vous tourner et se disséminer, plus il se perdra.

L’Empereur persiste donc à croire que, s’il était en Italie, il se résoudrait à attaquer les hauteurs de Vérone avec toutes ses forces réunies ; et, par là, toutes les troupes que les Autrichiens auraient dans le ‘lyrol seraient nulles, ainsi que celles qui seraient dans le bas Adige, et ses réserves n’arriveraient pas à temps.

Bien probablement, vous n’aurez pas affaire à plus de 10.000, hommes, tandis qu’en réalité l’ennemi paraît plus nombreux que vous. Mais une bonne journée employée à écraser la moitié de l’armée autrichienne déciderait votre campagne.

Vous avez l’initiative de prendre l’offensive ; vous pouvez la prendre brusquement, de manière que les corps de l’ennemi soient à plusieurs lieues les uns des autres.

Mais si vous ne croyez pas devoir prendre l’offensive, ce à quoi tient particulièrement l’Empereur, c’est que vos troupes soient toutes réunies. 50.000 Français battront sûrement 100.000 Autrichiens, tandis que 6.000 n’en battraient peut-être pas 9.000.

Donnez-moi souvent de vos nouvelles par les relais que j’ai établis en Suisse et qui peuvent apporter deux fois par jour de vos nouvelles.

(Lecestre)