Correspondance de Napoléon – Septembre 1805

Saint-Cloud, 18 septembre 1805

Au prince Murat, lieutenant de l’Empereur, à Strasbourg

Je reçois votre lettre du 28 fructidor. Je vous ai écrit de ménager l’électeur de Bade, pour ne point le compromettre, jusqu’au moment où mon armée sera en mesure. Faites-moi passer tous les renseignements que vous recevrez de l’armée sur le nombre des malades, déserteurs, et le degré de fatigue des soldats. Voyez M. Petiet pour savoir si le service de fourrages marche bien, surtout celui de l’avoine. Le service du pain et de la viande sera bien assuré. Je désire savoir quand les fourgons du parc de Sampigny arriveront.

Faites-moi connaître si les 20,000 paires de souliers que j’ai envoyées de Paris, et les 20,000 de Boulogne, sont arrivées. Enfin faites-moi connaître si les Autrichiens sont arrivés à Ulm et à Donauwoerth, ou si les Bavarois s’y maintiennent toujours. Faites bien reconnaître la route qui, de Strasbourg, va à Ulm par le Kniebis, et si les voitures y passent avec facilité.

Passez la revue des divisions de cavalerie, à mesure qu’elles arrivent. Les grenadiers d’Oudinot et les dragons doivent être arrivés quand vous recevrez cette lettre. Passez-en la revue; faites-moi connaître leur véritable situation et ce qu’ils attendent de leurs dépôts. Assurez-vous de quelques Suisses, Allemands et Prussiens pour pouvoir vous servir d’espions. Un bon chef d’espionnage vous serait ,nécessaire. Envoyez savoir ce qui se fait à Fribourg ; il doit y avoir un bataillon; et, s’il ne s’était pas retiré, méditez les moyens de l’enlever, lorsque le passage aura lieu. Il y a un régiment de cavalerie à Rottenburg, à deux marches de Bade ; s’il était possible, par une marche forcée de nuit, de l’enlever à la pointe du jour, voyez de méditer cette opération, car il serait fort bon de débuter par ces deux petits succès; ce serait d’ailleurs 5 ou 600 chevaux qui seraient fort utiles. Engagez les colonels des dragons à acheter des chevaux dans ce pays, afin que le nombre d’hommes qu’ils avaient en partant ne soit point disséminé et qu’ils aient le temps de recevoir leurs dépôts. Tâchez aussi d’avoir le nom de tous les régiments qui sont en Bavière et dans le Tyrol.

 

Saint-Cloud, 18 septembre 1805

Au général Bertrand

Monsieur le Général Bertrand, en reconnaissant la Rednitz, vous aurez été sans doute jusqu’à Bamberg, et aurez visité toute autre petite ville qui serait fortifiée, ou qui aurait une chemise, et qui pourrait facilement former une petite place à l’abri d’un coup de main.

Le ministre de la guerre écrit en détail à M. Otto sur tout ce qu’il paraît nécessaire qu’on fasse à Würzburg; activez autant qu’il sera en vous toutes les mesures. Soyez rendu, le 4 vendémiaire (26 septembre), à Strasbourg, et amenez avec vous quelques hommes qui connaissent bien le pays.

 

Saint-Cloud, 18 septembre 1805

Au maréchal Masséna, commandant en chef l’armée d’Italie, à Valeggio

Mon Cousin, j’ai reçu votre lettre du 24 fructidor. Le ministre de la guerre me rend compte qu’un grand nombre de généraux de division, de généraux de brigade, d’adjudants commandants, d’officiers d’artillerie, sont en marche pour se rendre à votre armée. J’espère qu’à l’heure où vous recevrez cette lettre, les corps qui se trouvaient dans la 27e division militaire, ceux mêmes qui étaient à Livourne, à Gênes, en Corse et dans le Valais, vous auront joint. J’ai appris que les bataillons du 20e régiment de ligne, qui étaient en Corse avaient débarqué à Gênes. Le 4e bataillon de ce régiment, qui étai à l’île d’Elbe, a reçu l’ordre de débarquer à Piombino et de vous joindre. Plusieurs régiments de dragons doivent également être arrivés à Turin. Le ministre de la guerre vous aura fait connaître mes intentions pour la campagne. Je ne doute point que l’ennemi, qui ne peut tarder à voir le déploiement de mes forces en Allemagne, ne soit obligé de dégarnir son armée d’Italie pour défendre Vienne. Le Russes, qui entrent en Gallicie, sont encore très-éloignés; j’espère avoir obtenu des succès marquants avant leur arrivée. Vous aurez vu, par vos instructions, que 1500 Français et 300 Italiens sont suffisants à Legnago; qu’une moindre garnison suffit à Peschiera; que 7,000 hommes sont suffisants à Mantoue, et que vous ne devez le y jeter que lorsque vous serez obligé de laisser cette place à elle même. Vous devez. avoir près de 60,000 hommes sous vos ordres; c’est un tiers de plus que je n’ai jamais eu. Je ne puis trop vous recommander de ne pas vous disséminer. A mon sens, si vous pouvez parvenir à vous emparer de Vérone, vous aurez là une très-bonne défensive. Je suis fondé à penser que tout ce que les Autrichiens ont à Trente ne tardera pas à se replier sur Inspruck à marches forcées. Ces lieux où vous êtes sont pleins de votre gloire. Je vous réitère que les digues de Legnago doivent être coupées en cas de siège. J’ai fait approvisionner les places de Legnago et de Peschiera à un peu plus qu’il n’est nécessaire, parce que j’ai pensé qu’on pourrait se trouver obligé de fournir quelques jours de vivres à l’armée dans des circonstances impérieuses.

Je compte passer le Rhin le 5 vendémiaire. Je ne m’arrêterai pas que je ne sois sur l’Inn, et plus loin. Je me confie à votre bravoure et à vos talents. Gagnez-moi des victoires.

 

Saint-Cloud, 18 septembre 1805

DÉCISIONS

Le ministre de la marine propose à l’Empereur des modifications dans la composition des conseils de guerre supérieurs de la flottille. Rejeté. On ne change pas la législation tous les jours.
Le ministre de la marine propose à l’Empereur des gratifications en faveur de l’équipage et des blessés de la frégate la Topaze. Rejeté. On ne paye pas la bravoure avec de l’argent
Propositions du ministre de la guerre pour l’organisation des seize compagnies de grenadiers qui sont destinées à former un corps d’observation en Bretagne. Les compagnies de grenadiers des bataillons du 15e formeront le 1er bataillon, celles des 4 bataillons du 37e le second, et celles des 47e et 70e le troisième. Du reste ces bataillons continueront à faire partie des régiments, et entreront dans leurs états de situation et leur comptabilité.
40 officiers polonais jouissant du traitement de non-activité sont réunis à Châlons-sur-Marne. Le ministre propose de leur donner l’ordre de se rendre à Strasbourg. Approuvé.
Le ministre propose de faire bénéficier les agents de police et gardes-champêtres et forestiers des dispositions du décret du 15 messidor an XII qui accorde aux préposés des douanes une gratification de 12 francs pour l’arrestation de chaque conscrit réfractaire ou déserteur. Renvoyé au Conseil d’Etat.

(Picard)

 

Saint-Cloud, 18 septembre 1805

Au prince Eugène

Mon Cousin, la légion corse qui vient de Livourne manque d’habits, et l’on pense que, par ce défaut d’habillement, elle sera hors d’état de faire campagne. Envoyez un officier au colonel de cette légion du côté de Bologne, si elle n’a point passé cette ville, et prenez des mesures pour qu’il lui soit fourni des moyens d’habillement, soit des dépôts italiens, soit de tout autre, et pour qu’elle soit habillée en huit jours n’importe en quel uniforme. Écrivez dans ce sens au maréchal Masséna. Ne perdez pas un seul jour pour cet objet; et si cette légion était considérée comme incapable de servir, écrivez au maréchal Masséna que, dans ce cas, il vous l’envoie; vous pourriez la mettre à Lodi ou à Cassano, et vous l’auriez bientôt mise en état de faire campagne, ce serait une excellente réserve pour vous. Vous ne m’avez point encore répondu sur la forteresse de Ferrare, ce qui ne laisse point de me donner quelque inquiétude. Si le régiment de dragons de la Reine est encore à Rimini, et qu’il n’ait pas été outre, mettez-le à la disposition du maréchal Masséna, et prévenez-le de son itinéraire, pour qu’il en dispose selon ses projets. En le faisant partir le ler vendémiaire, il peut être le 5 ou le 6 à l’armée.

 

Saint-Cloud, 18 septembre 1805

Au prince Eugène

Mon Cousin, je reçois vos lettres du 13 septembre. La réponse que vous avez faite au cardinal Fesch est très-bien. Pour demain, à neuf heures du soir, j’ai convoqué les ministres du trésor public et de la guerre, pour prendre les mesures nécessaires pour pourvoir au service de l’armée d’Italie. En attendant, tenez le million qu’ils demandent à la disposition de l’ordonnateur. Aidez l’armée de tous vos moyens. Je veillerai à ce que tout ce qui est et sera dû au trésor de mon royaume d’Italie vous soit payé sur la distribution de chaque mois. Je vous ai écrit pour faire faire des souliers. Je crois vous-avoir écrit aussi pour que vous ayez toujours à Milan 2 à 300 chevaux d’attelage, afin de pouvoir porter rapidement dix à douze pièces d’artillerie sur les ponts de l’Adda ou sur tout autre point où elles seraient nécessaires. Établissez ce dépôt à Monza; cela vous fera une petite réserve. Je désire que vous me teniez bien instruit du mouvement des troupes qui se dirigent du Piémont sur l’Italie, et que vous m’en envoyiez, par chaque estafette, un rapport exact.

Faites présent au maréchal Masséna d’une voiture attelée de six chevaux, de quatre chevaux de selle et de 50,000 francs que vous prendrez sur ma liste civile, pour qu’il achève promptement de se monter. Vous lui écrirez, en même temps, une lettre honnête, en mon nom, par laquelle vous lui direz que j’ai ordonné que ce présent lui fût fait en témoignage de mon estime et de ma satisfaction de ses services; que j’espère qu’il y acquerra de nouveaux titres par ceux qu’il me rendra.

 

Saint-Cloud, 18 septembre 1805

Au prince Murat

Mon Cousin, votre dépêche télégraphique du 1er jour complémentaire (18 septembre) m’instruit que l’ennemi a passé le Lech. Mais le moment approche où toute l’armée va être sur le Rhin. Faites arrêter et requérir tous les bateaux nécessaires pour jeter les deux ponts sur le Rhin. Voyez le payeur, et faites-moi connaître son état de situation, et si tout l’argent que j’avais demandé y est. Envoyez des agents pour connaître les mouvements des Autrichiens. L’électeur de Wurtemberg a promis de joindre ses troupes aux miennes. Si jamais un détachement de ses troupes était poussé sur le Rhin par les Autrichiens, ne le laissez pas entrer dans Strasbourg; il en serait de même pour celles de Bade et pour celles de Bavière. Aucune troupe étrangère ne doit être dans Strasbourg, et on peut ne pas les y laisser entrer, en les traitant toutefois poliment. J’attends votre rapport sur la situation d’Huningue. Je n’ai aucune inquiétude, si quelques pièces de canon sont sur le rempart. Si le commandant fait bien son service, la nuit et à l’ouverture des portes, s’il y a une ou deux compagnies d’artillerie et un régiment de cuirassiers, ce poste important est à l’abri de tout surprise. Neuf-Brisach est dans le même cas.

 

Saint-Cloud, 18 septembre 1805, vers minuit

Au maréchal Berthier

Je vois que Songis, le 28 fructidor (15 septembre), se plaint d’être sans fonds pour payer les voitures d’artillerie; vous savez bien cependant que vous avez de l’argent à Strasbourg à votre disposition pour cet objet. Ordonnez au payeur de Strasbourg de verser dans la caisse du parc ce qui est nécessaire pour payer les voitures.

Ordonnez que, sans perdre un moment, on réunisse tous les bateaux nécessaires pour jeter des ponts.

Envoyez le chef du bureau des fonds chez M. Barbé-Marbois, pour savoir s’il y a des fonds chez le payeur de Strasbourg, et écrivez toujours au payeur de verser 100,000 francs dans la caisse du parc, pour payer les voitures.

Faites connaître au général Songis que j’approuve que l’artillerie de Davout se réunisse à Spire, celle de Soult à Landau, de Ney à Haguenau, de Lannes à Strasbourg; celle de la division de Nansouty, de grosse cavalerie, devra se réunir, non à Pirmasenz, mais à Oggersheim, vis-à-vis Mannheim; celle de la 2e division, de grosse cavalerie, ne devra pas se réunir à Schelestadt, mais à Strasbourg; celle des dragons à cheval, également à Strasbourg, ainsi que celle des dragons à pied.

 

Saint-Cloud, 19 septembre 1805

A M. Talleyrand

Monsieur Talleyrand, envoyez un courrier extraordinaire à Berlin On fera de nouveaux efforts pour engager la Prusse à conclure le traité d’alliance. Si cela n’est pas possible, quand Duroc sera prêt à prendre congé du Roi et qu’on le laissera partir, alors il dira qu’il vient de recevoir de nouveaux ordres pour négocier un traité de neutralité. Les articles que vous proposez sont bons; je voudrais y ajouter que je peux laisser à Hanovre des munitions de guerre, et les retirer quand je voudrai; par ce moyen, l’artillerie m’appartiendra. Il faut convenir, mais cela peut se faire verbalement, que le prince de Hohenlohe ne sera pas employé pour garder la ligne de neutralité, l’ayant laissé violer dans la guerre passée. Quant aux époques d’évacuation du Hanovre, tout de suite. Une autre condition serait que la Prusse garantit la Hollande, c’est-à-dire la garantit contre une invasion de l’Angleterre ou des puissances belligérantes Vous sentez, cependant, qu’il ne faut pas être trop exigeant sur cela. Une troisième condition serait que le roi de Prusse envoyât des lettres de créance à M. Lucchesini pour l’accréditer près de moi, comme roi d’Italie.

 

Saint-Cloud, 19 septembre 1805

A M. Talleyrand

Monsieur Talleyrand, indépendamment du manifeste, dans ces circonstances, je désirerais qu’on imprimât ma correspondance diplomatique, depuis ma lettre au prince Charles jusqu’à la paix de Lunéville. Je vous prie de ne pas perdre un moment à en faire recueillir toutes les pièces. Ce travail a dû être déjà fait en l’an IX. Je désirerais aussi, en envoyant mon manifeste à la diète de Ratisbonne, y faire présenter une note; venez demain matin, nous en établirons les bases.

Je vous envoie la plus grande partie des pièces de cette correspondance; faites-la compléter.

 

Saint-Cloud, 19 septembre 1805

Au maréchal Berthier

Je vous envoie un décret destiné à être imprimé, lorsqu’on fera connaître les mouvements de l’armée; mais les dispositions suivantes doivent rester secrètes :

Le corps d’armée du maréchal Brune sera composé des troupes déjà déterminées;

Celui du maréchal Lefebvre sera composé des 3e bataillons des corps des maréchaux Bernadotte, Davout et Ney;

Celui du maréchal Kellermann, des 3e bataillons des corps des maréchaux Soult, Lannes et Augereau.

Les dépôts de dragons seront partagés en divisions, dont deux seront attachés à chacun de ces deux derniers corps. La cavalerie légère et l’artillerie attachées à ces corps suivront leurs déplacements, de manière à être toujours sous les ordres des maréchaux commandants.

Les maréchaux Lefebvre et Kellermann devront être rendus à Mayence et à Strasbourg le 10 vendémiaire (2 octobre).

 

Saint-Cloud, 19 septembre 1805

A M. Portalis

Faites connaître mon mécontentement à M. Robert, prêtre Bourges, qui a fait un très-mauvais sermon au 15 août.

 

Saint-Cloud, 19 septembre 1805

ORDRE

Sa Majesté désire former sans retard le camp volant ordonné dans la Vendée, à Napoléon, par son décret de ce jour.

Ce camp sera composé des 7e, 66e, 82e, 86e régiments de ligne, et du 5e régiment d’infanterie légère.

Il faut faire connaître à l’Empereur le lieu le plus convenable pour les réunir de Saintes, Angoulême ou Poitiers, et lui proposer, dans la journée, la nomination d’un major et d’un colonel pour le 7e, d’un major pour le 66e, d’un major pour le 82e, d’un major pour le 86e et d’un colonel et d’un major pour le 5e d’infanterie légère.

Le sénateur Gouvion aura le commandement de ce camp. L’intention de S. M. est que ce général reste constamment à la tête de ces cinq corps et passe l’hiver à les former. Ces corps composent à peu près cinq mille hommes. Lorsqu’ils auront reçu leurs conscrits, cette force sera beaucoup plus considérable.

(Picard)

 

Saint-Cloud, 20 septembre 1805

Au prince Murat

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 1er, qui m’instruit que l’ennemi s’approche d’Ulm. Il me tarde bien d’être arrivé sur le Rhin et de commencer enfin à réprimer l’insolence de messieurs les Autrichiens. La division d’Oudinot doit être arrivée; instruisez-moi du nombre des malades et des déserteurs qu’elle a eus, et si ses troupes sont bien fatiguées. Le ministre de la guerre vous expédie aujourd’hui des ordres pour que tout soit prêt à passer le Rhin, à Spi et vis-à-vis Durlach et Mannheim. Vous sentez l’importance d’être bien instruit des ponts qu’occupe l’ennemi, et de sa force. Envoyez un courrier au général Vial, qui, par Schaffhouse et Saint-Gall, doit avoir des nouvelles précises. Je vais, le ler vendémiaire, au Sénat; immédiatement après, je me rendrai près de vous, et je ne tarderai pas à être à Strasbourg.

Il est indispensable que vous ayez un homme de confiance sache bien l’allemand et se tienne à Bade. Un officier de gendarmerie des départements du Rhin, tenu en commission à Bâle, serait très-utile. Un détachement de la Garde doit arriver le 5 complémentaire (22 septembre); un autre ne doit pas tarder à le suivre; tâchez qu’ils soient le mieux possible.

 

Saint-Cloud, 20 septembre 1805

ORDRE DE L’ARMÉE

Le major général donnera les ordres, par un courrier qui partira avant minuit, au général Songis, de jeter un pont vis-à-vis Spire et un pont vis-à-vis Pforzheim, entre Lauterbourg et Rheinzabern. Cesdeux ponts devront être jetés depuis minuit, le 2 vendémiaire (24 septembre) , jusqu’à neuf heures du matin du 3 vendémiaire (25 septembre).

Le major général fera connaître au maréchal Davout que mon intention est qu’il passe à Manheim, lorsque j’en donnerai l’ordre, et qu’il se dirige, par Heidelberg et par Neckarelz , sur Nördlingen. Mon intention n’est pas qu’il passe par Sinsheim, qui est destiné au corps du maréchal Soult. Il peut prendre des renseignements et en-voyer même reconnaître la route, ayant soin cependant qu’on ne se compromette pas. La route passant par Mergentheim devant être évitée, s’il est possible, parce qu’elle s’éloigne trop, l’on verrait si de Neckarelz on peut trouver une route bonne pour l’armée qui se rendrait sur Ilshofen, et de là à Nördlingen, par Dinkelsbühl. Le bn est de rendre cette marche plus courte et de tenir son corps d’armée constamment plus près de celui du maréchal Soult.

Vous ferez connaître au maréchal Soult que son quartier général doit être transporté à Spire, quand je lui en donnerai l’ordre; ce sera probablement le 2 vendémiaire (24 septembre); que, de Spire, il doit suivre la route de Heilbronn, Öhringen, Hall, Aalen; qu’il est convenable, s’il n’y a pas d’inconvénient, qu’il fasse reconnaître cette route avec le plus de mystère possible;

Au maréchal Ney, qu’il doit passer le Rhin entre Hagenhach et Mühlburg, au village appelé Pforz, au lieu qu’il jugera le plus propre pour jeter le pont; qu’il doit prendre la route de Durlach, Pforzheim, Stuttgart, Gmünd et Giengen. Il faut qu’il fasse reconnaître cette route.

Enfin, ordonnez au prince Murat de faire reconnaître la route du Kniebis par Oberkirch, Freudenstadt, Horb, Rottenburg, Tübingeu, Groetzingen, Nürtingen, Göppingen, et connaître le nombre de jours qu’il faut pour y arriver, et de faire reconnaître aussi l’état actuel du débouché de la Kinzig.

Vous ferez connaître à ces maréchaux que leurs ponts doivent être jetés dans la nuit du 2 au 3 (24/25 septembre).

 

Paris, 20 septembre 1805

Au général Songis, premier inspecteur général de l’artillerie

En conséquence des dispositions arrêtées par l’Empereur, Général, vous ferez celles nécessaires pour que, du 3 vendémiaire jusqu’à minuit du 4 24/25 septembre), vous jetiez deux ponts sur le Rhin : l’un vis-à-vis de Durlach, l’autre vis-à-vis Spire.

Je vous préviens que les différents corps d’armée ne se dirigent plus sur les cantonnements qui leur avaient été assignés. Voici les nouvelles directions que je leur ai données, par ordre de l’Empereur.

  1. le maréchal Davout occupera, le 3 (25 septembre), Mannheim, où il sera réuni; il faut donc qu’il y trouve l’artillerie de son armée, ses munitions et 50 cartouches par homme.
  2. le maréchal Soult a ordre de se réunir à Spire le 3 (25 septembre); il passera les 4, 5 et 6 26-28 septembre), sur le pont que vous y aurez établi ; il faut qu’il y trouve l’artillerie de son armée, ses approvisionnements et les 50 cartouches qui doivent être distribuées à chaque homme.
  3. le maréchal Ney a ordre de passer au pont que vous aurez jeter à Durlach le 4 vendémiaire (26 septembre).
  4. le maréchal Lannes passera, le 3 (25 septembre), le Rhin à Kehl, avec les deux régiments de cavalerie légère arrivés à son corps d’armée, et la division de grenadiers; il doit donc trouver à Strasbourg son artillerie, ses munitions et 50 cartouches par homme.
  5. A. S. le prince Murat, avec les dragons à cheval et la cavalerie de la réserve du général d’Hautpoul, passera le Rhin au pont de Kehl, le 3 vendémiaire (25 septembre), ainsi que la division de dragons à pied du général Baraguey d’Hilliers.

La division de cavalerie du général Nansouty passera le Rhin, le 3 (25 septembre), à Mannheim; elle doit y trouver son artillerie et ses approvisionnements au passage du pont.

Votre grand parc, Général, devra partir le 6 (28 septembre), sous l’escorte de la division de dragons à pied. L’intention de l’Empereur est qu’une fois ce mouvement fait il ne passe plus personne par Kehl;,et cette route de l’armée est interdite jusqu’à nouvel ordre.

La Grande Armée doit s’approvisionner, pour l’artillerie et pour ses munitions, par Mayence et par Mannheim; et les convois qui partiront de Strasbourg pour s’y rendre devront suivre la rive gauche du Rhin, jusque vis-à-vis Durlach, d’où, selon les circonstances, ils remonteront jusqu’à Mannheim et Spire, ou bien prendront le chemin de Stuttgart.

Telles sont, Général, les dispositions que vous avez à faire, et je vous répète qu’il est très-important que les ponts vis-à-vis Durlach et Spire soient jetés du 3 vendémiaire au 4 (25-26 septembre), à minuit.

Le maréchal Berthier, par ordre de l’ Empereur.

 

Saint-Cloud, 20 septembre 1805, 11heures du soir

Au prince Eugène

Mon Cousin, faites payer le plus promptement possible la contribution que doit le trésor du royaume d’Italie pour vendémiaire et brumaire, ainsi que 1,100,000 francs de lettres de change pour l’argent que le ministre Marbois a avancé aux troupes italiennes qui sont en France. Toutes les réquisitions de blés, fourrages, vin, qui ont été faites pourront être payées en bons sur la contribution de frimaire. A cet effet, vous feriez signer par la caissier du trésor soixante-quatre bons de 25,000 francs chacun sur le trésor d’Italie, avec le jour où lesdits bons seront payés, et l’ordonnateur de l’armée payera les communes et les départements où l’on fera des réquisitions de comestibles avec ces bons. Les difficultés d’envoyer de l’argent à Milan sont extrêmes. Tous les propriétaires, entre la Chiese et l’Adige, vont être très-exigeants et porteront les fourrages et le blé à des prix indéterminés. Il me paraîtrait convenable que les préfets fissent un règlement ou un tarif, pour que le prix des fourrages ne passât pas celui où ils étaient avant la réunion de l’armée, ou du moins qu’il n’y fût fait qu’une légère augmentation. Je désirerais beaucoup que le numéraire fût réservé pour la solde. Faites en un mot tous vos efforts pour que, pendant ces mois de vendémiaire et brumaire (septembre-octobre), rien ne manque à mon armée d’Italie. L’estafette qui devait arriver dans la journée n’est pas encore arrivée; il est onze heures du soir.

 

Saint-Cloud, 20 septembre 1805

Au prince Eugène

Mon Cousin, mon intention est que le ministre de la guerre de mon royaume d’Italie tienne à dispositon du général Miollis, gouverneur de Mantoue, la somme de de trois mille francs par mois, en guise de gratification et pour dépenses extraordinaires et secrètes.

(Prince Eugène)

 

Paris, 20 septembre 1805

A son Altesse le Prince Électeur de Bade

L’Empereur m’ordonne de prévenir Votre Altesse Electorale que Sa Majesté désire que le corps de troupes que vous avez offert ait six pièces d’artillerie approvisionnées et qu’il soit réuni à Durlach pour le 5 vendémiaire pour faire partie du corps d’armée de M. le maréchal Ney.

Le ministre de la guerre, Berthier

(Picard)

 

Saint-Cloud, 20 septembre 1805

DÉCISION.

Le prince Murat sollicite de l’Empereur l’autorisation de faire rentrer dans les escadrons les plus anciens dragons, mis à pied pour l’expédition d’Angleterre, et de mettre à pied un pareil nombre de conscrits. Accordé. Envoyé au prince Murat pour faire ce changement sur-le-champ.

(Picard)

 

Paris, 20 décembre 1805

Au maréchal Ney

D’après les dispositions de l’Empereur, Monsieur le Maréchal, vous passerez le Rhin, le 4 vendémiaire (26 septembre), sur un pont qui sera jeté vis-à-vis de Durlach, et le 5 (27 septembre) au soir, vous vous rendrez dans cette ville.

Vous aurez devant vous M. le maréchal Lannes et vous devez suivre la même route que lui, pour marcher sur Stuttgart, quand vous en recevrez l’ordre.

Vous ferez distribuer pour quatre jours de pain et vous ferez les dispositions nécessaires pour faire suivre pour quatre jours de biscuit. Ce dernier approvisionnement est destiné pour vous servir un jour de bataille, si vos troupes réunies avaient des difficültés de se procurer des vivres.

Vous ferez donner 50 cartouches par homme.

Ayez soin que votre artillerie soit bien approvisionnée et que votre parc soit en bonne position.

Vous ferez aussi distribuer les capotes et les souliers que les corps ont en magasin.

Vous aurez sur votre gauche M. le maréchal Soult, qui passe par le route de Spire ; il a l’ordre de se nourrir sur le pays de sa gauche, de sorte que le pays compris entre sa droite, Spire, Hilsbach et Heilbronn, fournira aux réquisitions nécessaires à votre armée.

Tout ce que vous serez dans le cas de requérir sur le territoire des princes amis de la France sera reconnu par des bons en règle.

  1. le maréchal Lannes, qui marche devant vous, a l’ordre de faire des réquisitions de vivres sur sa droite.

Si quelques circonstances extraordinaires vous imposaient la nécessité de changer quelque chose aux dispositions ci-dessus, vous prendrez (sic) les ordres de Son Altesse Sérénissime le prince Murat, car les dispositions ordonnées d’ici sont toujours subordonnées aux mouvements de l’ennemi.

—–

P.S. Je vous préviens que l’Electeur de Bade doit former un corps de troupes avec six pièces d’artillerie, qui doivent se rendre le 5 vendémiaire (27 septembre) à Durlach, où le corps sera à vos ordres.

(Picard)

 

Paris, 20 septembre 1805

Au maréchal Lannes

L’intention de l’Empereur, Monsieur le Maréchal, est que le 3 vendémiaire (25 septembre), à 5 heures du matin, vous passiez le Rhin avec les deux régiments de cavalerie légère qui sont à votre armée, et avec la division de grenadiers et son artillerie, et le 4, suivant les circonstances, vous pourrez vous cantonner entre Rastatt et Ettlingen.

  1. le maréchal prince Murat passera le même jour, après vous, avec la division de cavalerie d’Hautpoul, les quatre divisions de dragons à cheval et la division de dragons à pied ; il vous soutiendrait s’il y avait lieu.
  2. le maréchal Ney, qui passe le Rhin le 4 (26 septembre), à Spire, pourrait également vous soutenir.

Vous aurez pour quatre jours de pain. Vous ferez suivre pour quatre jours de biscuit, que vous ne devez pas consommer, mais garder pour une occasion, où, étant obligé de vous battre, vous ne pourriez vous procurer de vivres.

Vous ferez distribuer les capotes et les souliers que les corps ont en magasin. Vous ferez aussi distribuer 50 cartouches par homme.

Votre artillerie doit étre bien approvisionnée et votre parc toujours en bonne position.

Si les mouvements de l’ennemi, qu’on ne peut prévoir, faisaient croire qu’on dût changer quelque chose aux dispositions ci-dessus, vous prendriez des ordres du prince Murat, car vous ne devez pas attaquer sans ordre.

Je vous ferai connaître les dispositions ultérieures, tant pour la division Gazan que pour les deux autres régiments de cavalerie qui doivent vous joindre.

Vous vous approvisionnerez sur le pays qui restera à votre droite, et tout ce que vous prendrez sur le pays des princes amis de la France sera reconnu par des bons en règle.

Maréchal Berthier

(Picard)

 

Paris, 20 septembre 1805

A M. le maréchal Davout

Monsieur le Maréchal, l’Empereur ordonne que votre armée ne se rende pas dans les cantonnements qui lui avaient été désignés, mais qu’elle se dirige droit sur Mannheim, et dans la journée du 3 vendémiaire (25 septembre) vous occuperez cette ville.

Je donne ordre au général Nansouty de se adiriger avec sa division de grosse cavalerie sur Oggersheim, où elle sera à vos ordres.

Le 4 (26 septembre), le quartier général de votre armée se rendra à Mannlieirn et vous devrez faire occuper Heidelberg.

Vous êtes autorisé à changer la direction des colonnes de votre armée, du moment où vous recevrez le présent ordre, pour les diriger sur Mannheim. Vous êtes également autorisé, avant le 8 vendémiaire (30 septembre), de vous étendre jusqu’à Neekarelz ; vous ne vous étendrez pas sur votre droite pour en tirer des subsistances, cette partie étant destinée au corps d’armée de M. le maréchal Soult, mais vous pourrez vous étendre sur votre gauche.

Vous placerez vos divisions depuis Heilbronn jusqu’à Mannheim.

Vous ferez distribuer les souliers et les capotes que vous avez en magasin.

Vous ferez distribuer 50 cartouches par homme ; vous aurez soin que vos fusils soient en bon état, votre artillerie bien approvisionnée, afin que le 6 vendémiaire (28 septembre), vous puissiez commencer vos mouvements de guerre.

Le prince Murat vous fera connaître ce qu’il aura appris de l’ennemi. Dans les cas extraordinaires, vous vous adresserez à lui et il vous fera passer des ordres.

Vous aurez pour quatre jours de pain et vous serez en mesure de faire suivre pour quatre jours de biscuit que vous ne devez pas consommer ; il doit vous servir pour vous approvisionner un jour de bataille et dans le cas où vous seriez obligé de serrer vos troupes, si des raisons de guerre ne vous permettaient pas qu’elles s’étendissent.

Sans la précipitation des mouvements, l’Empereur aurait désiré que toutes les colonnes de l’armée aient pour douze jours de biscuit à leur suite.

Vous vivrez de réquisitions que vous tirerez, comme je l’ai dit ci dessus, du pays qui sera sur votre gauche, et vous ferez donner des bons en règle de tout ce que vous aurez requis sur le pays de l’Electeur de Bade.

Si les mouvements de l’ennemi vous mettaient dans le cas de croire qu’il dû être changé quelque chose aux dispositions ci-dessus, vous prendriez les ordres du prince Murat.

En général, vos troupes doivent être le plus réunies possible et observer la meilleure discipline.

(Lecestre)

Saint-Cloud, 21 septembre 1805

Au maréchal Berthier

Mon Cousin l’armée hollandaise n’ayant fourni que 800 hommes de cavalerie à l’armée du généra1 Marmont, cela n’est pas suffisant. Mon intention est, en conséquence, qu’elle en fournisse encore 800, et vous donnerez les ordres nécessaires à cet effet, en enjoignant que ces 800 hommes se rendent à Mayence. La Hollande n’a rien à craindre dans les circonstances actuelles. J’ai 30,000 hommes à Boulogne, et j’en garderai toujours bien une quinzaine de mille à Mayence, prêts à se porter rapidement au secours de la Hollande, si elle était attaquée. Vous recommanderez au général Michaud d’avoir toujours une réserve de 1,500 à 1,800 hommes, Français et Hollandais, avec des pièces d’artillerie, et prête à être envoyée rapidement sur Anvers et sur Boulogne, si l’ennemi fait quelque tentative de ce côté. Vous direz au général Michaud qu’il ne faut pas qu’il considère ce secours comme insuffisant, parce que plusieurs secours de cette espèce, et plus ou moins nombreux, se réuniraient en même sur des points indiqués. Vous recommanderez, au général Michaud d’envoyer au maréchal Brune un tableau détaillé de cette réserve, dès que les troupes qui la composeront auront été désignée, à l’instant que j’aurai pris un parti définitif sur le Hanovre, tous dépôts qui s’y trouveront devront se rendre dans la 26e division militaire. Faites connaître enfin au général Michaud que mon intention est qu’il fasse partir de chacun des dépôts qui sont en Hollande 100 hommes pour renforcer les régiments qui sont au corps d’armée du général Marmont. Cette mesure procurera environ 600 hommes qui, réunis sous le commandement d’un chef de bataillon, devront être rendus, bien armés et bien équipés, à Mayence, le ler brumaire prochain. 400 hommes des dépôts bataves devront parti également, pour renforcer les corps auxquels ils appartiennent. Ainsi le général Marmont recevra au ler brumaire un secours de 1,000 hommes.

Il est nécessaire que tous les 3e bataillons du corps d’armée du maréchal Davout soient dirigés sur Mayence et Juliers, et sur d’autres places des 25e et 26e divisions militaires. Vous les ferez réunir par divisions, de telle sorte que tous les 3e bataillons dont les régiments, à l’armée active, composent ensemble un corps d’armée, soient dans la même division de la réserve. Vous en excepterez toutefois les 3e bataillons qui sont eux-mêmes à la réserve de Boulogne, tels celui du 13e d’infanterie légère, celui du 17e de ligne, ceux de des 48e et 108e qui sont nécessaires à Anvers, et celui du 25e de ligne qui est au camp des côtes. Ainsi, sur quatorze régiments dont se compose le corps d’armée du maréchal Davout, neuf 3e bataillons feront partie de la réserve de Mayence. Il est également nécessaire de donner l’ordre aux 3e bataillons du corps d’armée du maréchal Soult de se rendre sur le Rhin pour faire partie de la réserve de Strasbourg. Vous en excepterez ceux qui sont destinés à rester à la réserve des côtes. Le 64e restera à Besançon; mais il enverra régulièrement l’état de sa situation au maréchal commandant la réserve de Strasbourg, et il sera censé en faire partie. Il y a dix-neuf régiments à ce corps d’armée; six font partie de la réserve des côtes; il en reste donc treize qui doivent faire partie de celle de Strasbourg. Vous donnerez pareillement l’ordre aux dépôts des régiments du corps d’armé maréchal Lannes de se rendre à Strasbourg, pour y faire partie réserve commandée par le maréchal Kellermann. Quant aux 3e bataillons des régiments qui composent le corps d’armée du maréchal Ney, vous leur enjoindrez de se rendre à Mayence pour y faire partie de la réserve; cependant vous n’y comprendrez pas le 3e bataillon du 50e, qui fait partie de la réserve de Boulogne. Ainsi le corps d’armée du maréchal Ney fournira dix bataillons à la réserve de Mayence. Enfin vous donnerez le même ordre aux 3e bataillons du 7e corps d’armée, commandé par le maréchal Augereau, de sorte qu’il fournira six bataillons à la réserve de Strasbourg. Moyennant ces ordres, la réserve de Strasbourg aura dix-neuf bataillons, sans parler des dépôts du corps d’armée du maréchal Lannes, et la réserve de Mayence aura également dix-neuf bataillons. Il y aura autant de généraux de brigade, pour commander ces 3e bataillons et veiller à leur instruction, qu’il y a de corps d’armée. Ainsi les neuf 3e bataillons du corps d’armée du maréchal Davout formeront la 1e division de la réserve de Mayence, et les dix 3e bataillons du corps d’armée du maréchal Ney formeront la 2e division. Les treize 3e bataillons de la réserve du maréchal Soult formeront la 1e division de la réserve de Strasbourg, et les six 3e bataillons du corps d’armée du maréchal Augereau formeront la 2e division de la réserve de Strasbourg.

Vous me remettrez, lundi, un état de l’organisation des deux réserves, avec le détail de l’emplacement de chacune des divisions de la réserve, et le nom des bataillons qui les composent, celui des généraux qui les commandent, et la force approximative de ces 3e bataillons. Vous aurez soin de spécifier si vous y comprenez ou non les 100 hommes que j’ai ordonné, dans le courant de fructidor, que ces corps fournissent aux bataillons de guerre. J’ai eu pour but, en donnant cet ordre, de maintenir les bataillons de guerre à la même force qu’au moment de leur départ pour Boulogne. Les conscrits de la réserve, soit des années X, XI, XII et XIII, que je viens d’appeler, soit ceux de l’an XIV et ceux de l’an XV, qui vont être appelés dans le courant de nivôse, rejoindront ces 3e bataillons.

Je vous ai fait connaître les trois bataillons de grenadiers qui feront partie du camp volant qui doit se réunir à Rennes sous les ordres du général de brigade Boyer. Indépendamment de toute autre destination, cette réserve aurait pour destination spéciale de se rendre à marches forcées du côté de Boulogne , en cas que le maréchal Brune y fût attaqué sérieusement par les Anglais.

Le deuxième camp votant qui doit se réunir à Napoléon s’assemblera à Poitiers. Le général sénateur Gouvion le commandera. Les départements de la Vendée, de la Loire-Infèrieure, des Deux-Sèvres, de la Charente, et les côtes depuis la Gironde jusqu’à la Vilaine, seront sous son commandement. Ce camp volant sera composé du 5e régiment d’infanterie légère , du 7e, du 66e, du 82e et du 86e régiment d’infanterie de ligne. Ces cinq régiments, forment déjà ensemble, aujourd’hui, plus de 5,000 hommes. La conscription de l’an XV les portera, avant le 1er nivôse, à plus de 10,000 hommes. C’est là la véritable réserve qui doit garantir Bordeaux, Nantes, marcher au secours de Brest, de Saint-Malo, de Cherbourg, et même de Boulogne. Mon intention est qu’elle soit réunie tout entière à Poitiers, que deux généraux de brigade, bons instructeurs, ayant l’habitude des détails, soient chargés de les former, et qu’on attache un bon inspecteur aux revues. Les onze ou douze compagnies de grenadiers de ce corps, qu’on se contentera pour le moment de compléter à 60 hommes, tiendront garnison à Napoléon, aux Sables et seront toujours disponibles et en mouvement, pour mainte la tranquillité et se montrer dans ce département, où leur vue ne peut produire qu’un bon effet. Le reste du camp ne marchera qu’en cas d’événements importants, et vous ferez connaître au général Gouvion que c’est un corps dont je peux avoir besoin, même pour l’armée active, en germinal prochain. Ce corps aura six pièces d’artillerie attelées. Vous ferez pourvoir à son armement et à tous ses moyens d’habillement. Mon intention est que le général Gouvion parte dès le 3 vendémiaire; qu’il se rende successivement où sont les différents régiments qui doivent être réunis sous ses ordres; qu’il en passe la revue pour connaître bien l’état dans lequel ils se trouvent, visite leurs magasins et examine leur comptabilité, afin qu’il n’y ait, en un mot, pas une minute de perdue pour prendre les mesure nécessaires pour la formation et la mise en bon état de ces troupes.

Aux dispositions ci-dessus, vous ajouterez de faire connaître au commandant de la 15e division militaire qu’en cas que les Anglais tentassent de débarquer à Boulogne-sur-Mer, il devrait réunir sur le champ le 31e régiment de ligne et le porter sur Abbeville, afin former l’avant-garde des gardes nationales et autres forces qui se dirigeraient sur la Somme pour secourir Boulogne. Vous préviendrez le commandant de la 14e division que, dans le cas dont je viens de parler, il aura à réunir sans délai le 112e de ligne et le 28e d’infanterie légère, afin de se porter à marches forcées sur Abbeville. Le commandant confierait la garde de Cherbourg aux gardes nationales. Ce que mon frère le connétable, le maréchal Brune et l’inspecteur de gendarmerie Lagrange, qui se tiendra à Lille, auront à faire en cas d’une attaque sur Boulogne de la part des Anglais, complétera l’ensemble de ces mesures, et je vous ferai connaître incessamment mes instructions pour ces trois officiers.

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Les bataillons devront être mis en divisions : ceux du maréchal Augereau, par exemple, à Neuf-Brisach et Huningue; ceux du maréchal Lannes, tous réunis à Schelestadt; ceux du général Soult, tous réunis à Strasbourg; ceux du général Ney, à Landau; ceux des généraux Davout et Bernadotte, à Mayence.

La cavalerie pourra être placée en arrière le long de la Meuse. Il y aura un général qui les (sic) passera en revue, et qui sera chargé de les instruire.

 

Saint-Cloud, 21 septembre 1805

Au prince Murat

Vous devez avoir reçu les ordres du ministre de la guerre. La division du général Baraguey d’Hilliers, je le prévois, ne pourra pas, le 3 (26 septembre), être arrivée à Strasbourg, mais peut facilement y être arrivée le 4 (27 septembre) au soir. Vous enverrez vos dragons, sur les trois routes de Fribourg, de la Kinzig, c’est-à-dire du coté d’Offenburg, et du Kniebis  c’est-à-dire d’Oberkirch, et vous pousserez des reconnaissances aussi loin qu’il vous sera possible. S’il arrivait que les ponts à jeter par l’artillerie ne puissent être prêts, le 4 (27 septembre), à Durlach et Spire, vous écrirez aux maréchaux Ney et Soult, et leur mouvement sera alors retardé d’un jour.

Dès que d’Hilliers sera arrivé, vous reconstituerez les dragons. Si le mouvement se trouvait retardé, le général Lannes passerait une journée à Rastadt.

Le ministre de la guerre n’a donné l’ordre qu’à deux régiments de chasseurs de partir; je n’en vois pas la raison; il faut que le maréchal Lannes fasse partir toute sa cavalerie légère. Mais j’espère que le général Songis sera prêt et que, du 3 (26 septembre) à midi au 4 (27 septembre) à minuit, il aura jeté ses ponts.

Le 2 (25 septembre), faites connaître à M. Thiard, à Bade, que l’armée marche, et instruisez-le qu’il est nécessaire que les Badois suivent le mouvement du maréchal Ney à Durlach et se rangent sous ses ordres.

Si l’ennemi s’était emparé de Freudenstag, position principale de la route du Kniebis, alors la division Lannes resterait en position du coté d’Oberkirch, en attendant que les autres divisions soient arrivées; mais je ne pense pas que l’ennemi ait été si imprudent. Si l’ennemi était au Kniebis en petite force, je laisse à vous concerter avec Lannes pour l’enlever. Cependant je ne désire point engager une affaire un peu sérieuse de ce côté.

Vous écrirez à Didelot (Charles-François-Luce Didelot, 1769-1850, préfet du palais, envoyé depuis 1801 comme ministre plénipotentiaire à la cour de Würtemberg), quand vous aurez passé le Rhin, pour lui faire connaître vos mouvements. Vous aurez soin aussi qu’il vous fasse connaître le jour où les troupes du. Wurtemberg seront réunies, mon intention étant que ces troupes soient immédiatement, sous vos ordres. S’il arrivait que les Autrichiens fissent un mouvement  sur Stuttgart, et que le Wurtemberg voulût continuer à rester avec nous, je désire qu’une forte colonne avance par le Kniebis et occupe Freudenstadt.

Le général Lannes vivra des réquisitions qu’il fera sur la droite du grand chemin de Durlach à Stuttgart; les pays de la gauche nourriront le maréchal Ney sur la route jusqu’où passe le marée Soult; Soult, les pays situés sur la gauche de sa route jusqu’à route de Davout; et Davout, les pays qui sont sur sa gauche. Les États de Bade doivent être ménagés,, puisque nous sommes amis.

Au moment de passer le Rhin, vous écrirez à l’électeur de Bade que mes troupes sont passées pour défendre l’indépendance du Corps germanique, et protéger les États de Bade contre les violations de l’Autriche; que le corps qu’il a doit passer à Durlach et se mettre sous les ordres du maréchal Ney.

 

Saint-Cloud , 21 septembre 1805

Au général Lemarois (Jean-Leonor-François Le Marois, 1776-1836, général de brigade)

Monsieur le Général Lemarois, vous partirez dans la nuit; vous vous rendrez à Bâle, sans faire connaître votre nom ni vos qualités.

Vous y recueillerez, avec une grande attention, les renseignements les plus exacts sur les Autrichiens qui sont dans les villes forestières, à Stockach, dans la forêt Noire et dans le Vorarlberg. Vous longerez le Rhin du côté de la Suisse, et vous vous rendrez à Schaffhouse pour y recueillir de semblables renseignements. De là, vous irez à Coire, et vous reviendrez par Berne, après y avoir également pris connaissance de tout ce qu’on y peut savoir au sujet des troupes autrichiennes, tant auprès de l’ambassadeur Vial (Honoré Vial, 1766-1824, ambassadeur en Helvétie, poste qu’il occupera jusqu’en 1806) que dans la ville, ainsi que sur la situation des choses en Suisse.

Vous recommanderez de ma part au général Vial de me prévenir souvent, et par courrier extraordinaire, des mouvements de l’ennemi. Vous y prendrez des notes sur le contingent que la Suisse doit fournir pour défendre sa neutralité. Enfin vous vous rendrez de nouveau à Bâle, où vous prendrez de nouvelles informations, et de là à Strasbourg, où vous me rejoindrez avant l’expiration de la première décade de vendémiaire.

 

Saint-Cloud,  21 septembre 1805

Au prince Eugène

Mon Cousin, je compte aller, le ler vendémiaire (23 septembre), au Sénat, et être rendu à l’armée le 3 (25 septembre). Les opérations militaires commenceront probablement sur le Rhin, le 4 (26 septembre).

Cependant, jusqu’à ce que vous soyez instruit de mon départ de Paris, écrivez-moi ce que vous auriez d’important à me transmettre, en double, à Paris et à Strasbourg. Lorsque vous aurez reçu cette lettre , je pense que vous pourrez faire partir votre premier courrier pour Strasbourg. Je ne doute point qu’à l’heure qu’il est mon armée ne soit réunie entre la Chiese et l’Adige, que Mantoue ne soit armée et approvisionnée, que son gouverneur, le général Miollis, ne soit arrivé, qu’enfin toute l’artillerie ne soit partie de Plaisance, et que mon armée n’en soit abondamment pourvue. J’imagine également que tous les dépôts des corps de l’armée sont au delà de l’Adda, à Cassano, Lodi, Pizzighettone, Codogno; cela est important sous tous les points de vue. Ils ne doivent se porter sur la Chiese et l’Adige qu’autant que l’armée aurait fait de grands progrès, et aurait passé le Tagliamento. Faites-moi connaître là-dessus ce qu’il en est. Guicciardi doit trouver des hommes qui de la Valteline peuvent se rendre dans le Tyrol italien, et des Grisons dans le Tyrol allemand; et ces hommes doivent vous donner des renseignements sur tous les différents mouvements des Autrichiens.

 

Saint-Cloud, 22 septembre 1805

INSTRUCTION POUR LA DÉFENSE DE BOULOGNE

De tout ce que peuvent faire les Anglais, ce qui serait le plus funeste et ce qui pourrait leur permettre de réunir le plus de troupes, ce serait l’expédition de Boulogne pour brûler notre flottille. Le maréchal Brune a plus de 30,000 hommes sous ses ordres; la côte est parfaitement armée : il paraîtrait cependant qu’une armée de 40,000 à 50,000 hommes serait suffisante pour débarquer de vive force. Les 7 points où ce débarquement peut s’opérer avec quelque facilité, c’est sur la plage d’Étaples à Boulogne, où il n’y a que peu de batteries; mais la mer y est presque constamment mauvaise dans cette saison. Peut-être préféreraient-ils de débarquer dans la baie de Wissant; et cette côte est fortement armée. Il est difficile aux Anglais de pouvoir disposer pour une telle expédition de plus de 20,000 à 25,000 hommes de troupes de ligne. Tout ce qu’ils emploieraient en sus serait des volontaires ou des miliciens. Mai supposons-les débarqués, et que tous les efforts du maréchal Brune pour les rejeter dans la mer aient échoué, et qu’il se trouve lui même cerné, avec ses 30,000 hommes, entre les ouvrages qui défendent aujourd’hui le port de Boulogne : le débarquement, les événements qui auront lieu , l’investissement, prendront à l’ennemi plus d’une semaine de temps, et il se passera plus d’une autre semaine avant qu’il soit retranché, qu’il ait fait des chemins, placé son artillerie; et, pendant ce temps, la garnison pourra communiquer avec l’intérieur et en recevoir des secours.

Quoique ces choses soient en quelque sorte improbables, cependant il est bon que les forces existant dans un rayon de quinze à vingt marches autour de Boulogne puissent se mettre en marche sur Calais, Saint-Omer et Montreuil, qui sont trois places fortes, où même en petit nombre, elles seraient dans une bonne position et où elles pourraient attendre les secours qui arriveront. Dans cet état des choses, tous les corps que j’ai en Hollande, soit français, soit hollandais, fourniraient une réserve de 1,500 à t,800 hommes qui se tiendraient à Berg-op-Zoom et autres places fortes sous les ordres d’un des généraux de brigade qui sont en Hollande. Au premier ordre, ils se mettraient en route pour se rendre à Calais à marches forcées. Tout ce qui se trouverait disponible dans la 24e division militaire, soit les bataillons qui sont à Anvers où les conscrits ouvriers qui s’y trouvent, se mettrait en marche et se réunirait sous les ordres du général commandant la division, à Calais. Tout ce qui se trouverait disponible dans la 16e division militaire se réunirait
sur-le-champ à Saint-Omer; et tout ce qui se trouverait disponible dans les 12, 2e et 15e divisions se réunirait à Montreuil. Le connétable se rendrait de sa personne à Saint-Omer pour y prendre le commandement de ces trois corps. La réserve de Rennes, au premier bruit du débarquement des Anglais, marcherait sur Montreuil à grandes journées, par Rouen et Amiens. Enfin toutes les troupes de ligne des 14e et 15e divisions militaires marcheraient sans exception, laissant Cherbourg, Granville et le Havre aux soins de la garde nationale. Tout ce qui se trouverait à Paris marcherait sous les ordres du général Broussier. Tout ce qu’il y aurait, dans la capitale, de garde impériale ou de troupes de ligne, ainsi que les corps de la garde de Paris, marcherait. La garde nationale ferait le service.

Le général Lagrange se tiendra à Saint-Omer, où il se rendra le 4 vendémiaire (25 septembre). Il y prendra une exacte connaissance de tous les débouchés qui, de Calais, Saint-Omer et Montreuil, se rendent à Boulogne. Il aura toujours toutes ses lettres prêtes et signées, de manière qu’au moindre mouvement il puisse convoquer la gendarmerie des 15e, 16e et 17e légions et moitié de la 1e, de la 2e, de la 14e et de la 18e légion, pour qu’elles se rendent à marches forcées sur Saint-Omer, de manière toutefois à se réunir en route, en compagnies, sans pour cela que leur marche éprouve de retards. Le général Lagrange aura préparé d’avance le mouvement avec les colonels et capitaines, et on me fera connaître quelle sera la force qu’il aura le quatrième jour après le débarquement, le huitième jour et le douzième jour. Il faut que, pendant cet espace de temps, il puisse réunir 3,000 hommes de cavalerie. Le général Lagrange, avant l’arrivée du connétable, aura le commandement des troupes qui se porteront aux divers rendez-vous de Saint-Omer, Montreuil et Calais. Le ministre de la guerre, en envoyant les instructions au connétable, au maréchal Brune et au général Lagrange, ne manquera pas d’y joindre le tableau des corps qui se réuniront aux rendez-vous indiqués, de manière qu’on sache quelle sera la force dans chacun de ces rendez-vous, le premier jour, le second, etc., et ainsi de suite jusqu’au douzième jour. Il sera fait des dispositions relatives à la garde nationale, de manière que 60,000 ou 80,000 hommes de gardes nationales puissent être réunis en peu de jours derrière les trois premiers postes qu’on vient d’indiquer, et les gardes nationales seront également sous les ordres du connétable.

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Faire connaître que les 1,500 hommes de Hollande qu’on réunira à Berg-op-Zoom formeraient la réserve aussi de toutes les côtes de Hollande.

Le général Lagrange, après avoir pris connaissance des débouchés de Calais, Boulogne, etc., et après s’être concerté avec le maréchal Brune, ira faire l’inspection de ses légions.

 

Saint-Cloud, 22 septembre 1805

A M. Fouché

Il faut prendre, dans le jour, des mesures efficaces pour que, d’ici à ce soir, jusqu’au 5 ou 6 vendémiaire (27/28 septembre), aucun courrier ne soit expédié, ou pour le commerce ou pour les ambassadeurs; de manière que ce qui transpirera de la séance de demain ne soit pas porté. On ne fournira de chevaux, ni à la poste, ni aux frontières, que pour les courriers de la guerre.

 

Saint-Cloud, 22 septembre 1805

NOTE SUR LES MOUVEMENTS DE LA GRANDE ARMÉE (de la main de Napoléon)

6 vend. (28 septembre) 14 (6 octobre) 17 (9 octobre) 24 (16 ocotobre)
Bernadotte Würzburg Anspach Nuremberg Ratisbonne
Marmont Id. Id. Id. Id.
Davout Manheim Mergentheim Anspach Dietfurt
Ney Setz Crailsheïm. Weissemburg Ingolstadt
Lannes Strasbourg Gmünd Noerdlitigen Neubourg
Soult Landau Aalen Donauwerth

 

Saint-Cloud , 22 septembre 1805

Au maréchal Berthier

Donnez ordre au général de la 26e division militaire et au directeur du service de faire toutes les dispositions pour relever les fortifications de Cassel, de requérir les ouvriers, s’il le faut, de Mayence et de la rive droite, pour que d’ici à un mois ce fort soit en état de se défendre, le demi-revêtement déblayé, les fossés et chemins couverts rétablis et la place en état de défense. Faites passer 100,000 francs à Mayence pour cela. Donnez ordre au directeur d’artillerie, non-seulement d’armer la place de Mayence , mais encore de tenir tout prêt pour l’armement de Cassel. Relevez tous les saillants et bastions, et du moment qu’ils seront relevés, on y placera de l’artillerie. Du ler au 15 vendémiaire, les bastions de Cassel doivent être armés.

Quand Cassel commencera à prendre figure, au 20 vendémiaire (12  octobre), on commencera à entreprendre les fortifications de Mayence dans les îles du Mein, armer la ville et tout préparer pour la guerre.

Il est une autre tête de pont à s’occuper, c’est Neuf-Brisach, que je préfère à Huningue. Ordre à Kellermann de faire occuper le plus tôt possible le Vieux-Brisach, et qu’il nous reste, ne voulant plus l’évacuer. Le Vieux-Brisach, Kehl et Cassel seront les trois têtes de pont que je conserverai sur le Rhin.

Faites-moi connaître l’officier du génie de Mayence, Kehl et Neuf-Brisach.

 

Saint-Cloud, 22 septembre 1805

Au maréchal Berthier

Le camp volant d’Alexandrie sera composé de la légion hanovrienne à cheval de 500 hommes, du 67e régiment de 900 hommes, du 13e régiment de ligne de 1,500 hommes, d’un bataillon suisse de 400 hommes.

Le but de cette réserve est :

1° De garder la citadelle d’Alexandrie; 2° de se porter devant Gênes, si cette ville était menacée d’un débarquement; de se porter sur Turin, sur Novare, sur Milan et enfin sur tous les points où l’on pourrait inquiéter les derrières, de l’armée, de manière que la rapidité des mouvements de ce camp volant étouffe les insurrections au moment même où elles commenceraient à se former. Bien entendu qu’on laisserait toujours dans la citadelle d’Alexandrie une partie de cette réserve pour assurer la défense de la place.

Le général Menou commandera ce camp volant; il aura l’œil sur Plaisance, de manière que si une avant-garde de l’ennemi ou des partisans se portaient sur cette place pour inquiéter notre armée, dans le cas où des circonstances, qui ne sont pas présumables, la mettraient dans la nécessité de défendre l’Adda, ce camp volant pût se porter pour éclairer la droite de notre armée; enfin, si, par des suppositions encore plus invraisemblables, Alexandrie était menacée d’être investie, le camp volant formerait une partie de la garnison de cette place.

Le 13e et le 67e vont recevoir une grande quantité de conscrits cet hiver. Le général Menou portera un soin tout particulier à l’habillement et à l’armement de ces conscrits.

Enfin, dans des circonstances qui ne sont pas plus à présumer que les précédentes, si l’armée française était tournée, alors le camp volant aurait soin de fournir non-seulement des garnisons à Alexandrie, mais encore à la citadelle de Turin, à Gavi et à Fenestrelle.

En résumé, ce camp volant a donc pour but de veiller à la sûreté de la côte de Gènes, de dissoudre les rassemblements du pays, faire marcher les conscrits, et enfin, si des événements désastreux pouvaient arriver, il donnerait une garantie à l’Empereur que ces places se trouveraient pourvues de bonnes garnisons approvisionnées, etc.

Le général Menou doit organiser ce camp volant de manière à avoir toujours trois petites colonnes mobiles de 100 hommes de cavalerie, 300 hommes d’infanterie et deux pièces d’artillerie à pied. Ces colonnes parcourraient tout le pays pour faire exécuter rigoureusement la conscription et toutes les autres mesures qui pourraient être ordonnées.

L’Empereur préfère ce système de camp volant à un système de pure garnison, qui, en exigeant beaucoup plus de monde, n’assurerait pas autant la tranquillité.

Un autre but de ce camp volant serait de garder les prisonniers que ferait l’armée d’Italie; on les recevrait soit à Plaisance, soit à Verceil, et les troupes de l’armée d’Italie qui les auraient escortés jusque-là retourneraient de ce point rejoindre leurs corps respectifs à l’armée, après les avoir consignés aux troupes du camp volant.

De Verceil, et de Plaisance les prisonniers seraient envoyés à Fenestrelle, et de là à Grenoble, d’où des détachements de la gendarmerie et des détachements des troupes de la 7e division les prendraient et les escorteraient jusqu’aux dépôts de l’intérieur que je désignerai ; et, comme il y a peu de troupes à Grenoble, on pourra employer le bataillon génois qui s’y organise.

On évitera toujours de faire passer les prisonniers par le Valais ou par la Suisse, parce que dans ce pays il leur est aisé de se sauver. Si cependant on avait une trop grande quantité de prisonniers, on pourrait en faire passer par Gènes.

Les commandants de gendarmerie des 27e et 28e divisions pourront aussi se servir de la gendarmerie départementale pour escorter les prisonniers.

Le général Menou donnera des ordres pour que le grand chemin ne passe plus à travers la citadelle d’Alexandrie; on tournera les glacis pour passer sur le pont et entrer dans la ville.

Le général Menou préviendra le maréchal Masséna, le général Montchoisy et l’architrésorier des dispositions ci-dessus.

 

Saint-Cloud, 22 septembre 1805

Au maréchal Berthier

Témoignez mon mécontentement au général Chasseloup de ce qu’il n’est pas au quartier général du maréchal Masséna; il faut qu’il s’y tienne et l’aide de tous ses moyens.

Écrivez au général Marmont d’avoir soin de dater ses lettres.

 

Saint-Cloud, 22 septembre 1805

Au prince Eugène

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 16 septembre. Je vous expédie un courrier extraordinaire pour vous porter ma réponse. Il faut aider l’armée; c’est le premier devoir dans notre position actuelle. Ses réquisitions faites aux communes, aux départements en blé, vins, fourrage, avoine, paille, sont la seule ressource qu’on puisse employer pour nourrir une armée de 80,000 hommes, réunie sur un seul point . En Alsace, quelle que soit la bonne organisation de l’armée et la facilité de lui faire passer des fonds de Paris, on a pris cette mesure.. Tous les prix étaient montés à un tel point, qu’il était impossible avec beaucoup d’argent d’y suffire. Lorsqu’on a des magasins formés de longue main, on peut quelquefois éviter la voie des réquisitions; mais partout ailleurs, elle sont indispensables. Les Autrichiens requièrent en Allemagne, ils requièrent dans le pays vénitien ; on ne peut pas nourrir autrement de grandes armées. Les réquisitions qui seront faites aux communes, aux départements, seront payées à un prix raisonnable, en bons dont je vous ai parlé, dans ma lettre d’avant-hier, que le trésor du royaume d’Italie donnera au trésor de France en payement de la contribution de frimaire. Vous aurez vu, par ce que vous auront envoyé mon secrétaire d’État et mon ministre Dejean, que j’ai été obligé de prendre en Alsace les mesures de requérir les voitures et les chevaux, lesquelles ont été fidèlement et exactement exécutées. Je vous ai déjà écrit sur cet article. La peine contre ceux qui recèlent l’avoine est inutile. Il faut leur ordonner de l’apporter, et ceux qui ne le font pas, il faut leur prendre. Quant aux magasins, le général en chef doit avoir toute espèce d’autorité; ordonnez que les établissements publics, quel que soit leur destination, soient mis à sa disposition, lorsqu’ils seront nécessaires. Il ne doit pas y avoir d’entraves dans le Piémont; le blé doit pouvoir y être transporté. Ne croyez-pas que ces mesures déplaisent au pays; on crie, mais on ne pense pas ce qu’on dit; on sait bien que, dans toutes les circonstances pareilles, on ne fait pas autrement; que les Autrichiens en font autant chez eux et en feraient bien davantage dans le royaume d’Italie; et puis, on est bien persuadé que, si l’on ne se prête point aux réquisitions, l’armée les fera de force, et que le pays sera bien plus malheureux; et puis, votre autorité serait compromise. Pour le bien de l’armée, ayez de la sévérité; frappez des réquisitions dans tous les départements de mon royaume. Écrivez à M. Moreau de Saint-Méry de faire la même chose dans les États de Parme et de Plaisance, soit pour les vivres, soit pour les fourrages, les voitures, les chevaux, les locaux et tout ce dont on aurait besoin. Ne vous-fichez de rien. Ces moments-ci sont des moments de souffrance. Ayez constamment devant vous qu’il faut aider l’armée et lui préparer toute espèce de moyens.

J’ai permis l’extraction des bœufs du Piémont.

Faites réunir, à petit bruit, 3 à 400,000 rations de biscuit à Pizzighettone. Il est des circonstances où ce petit approvisionnement qui ne doit pas entrer dans l’approvisionnement de place, pourrai être très-utile à l’armée et éviterait des embarras. L’évacuation de hôpitaux a été faite précipitamment, cela arrive souvent. Dans le fait, ils devaient être évacués au delà de l’Adda; mais il y a de hôpitaux à Cassano, à Lodi, Codogno, Pavie, Como, même à Novare, où l’on peut mettre les malades. Si l’hôpital civil de Milan n’est pas suffisant, faites établir un grand hôpital militaire, dans lequel vous recevriez les malades de l’armée. Je ne puis trop vous le répéter, ne vous rebutez de rien ; remédiez à tout. Dans tout ceci je suis surpris d’une chose, c’est que le ministre de la guerre ne vous éclaire pas, lui qui a fait si longtemps la guerre avec nous, et ne vous instruise pas de ce que faisait l’armée française, et jamais, dans ce temps-là, elle n’a été si considérable ni réunie en si grand nombre sur ce point. Ajoutez que nous sommes un peu pressés par les circonstances.

Je vous ai écrit d’organiser des attelages de quelques centaines de chevaux d’artillerie. Je vous ai écrit pour des souliers et pour du biscuit. Je ne puis que vous répéter les mêmes choses. Entrez dans tous les détails; faites-moi connaître quels sont les corps qui ont passé l’Adda pour se rendre à l’armée, leur situation, leur esprit, le nom des généraux qui ont passé, et, en général, tous les détails qui peuvent me faire connaître la situation des choses. J’imagine que vous avez envoyé à l’armée le bataillon de grenadiers de votre Garde; si vous ne l’avez pas fait, faites-le partir une heure après l’arrivée de ma lettre. Des régiments sans grenadiers perdent tout leur nerf, et c’est aujourd’hui surtout qu’ils sont nécessaires. Faites-moi connaître si le général Miollis est arrivé à Mantoue. J’imagine que la citadelle de Ferrare a sauté; je n’en entends pas parler, ce qui m’inquiète beaucoup , car je serais fâché qu’elle tombât au pouvoir de l’ennemi. Vous devez, tous les jours, recevoir de la municipalité de Vérone et des préfets de Brescia et de Mantoue des rapports par lesquels ils doivent vous faire connaître les choses comme ils les voient. Envoyez- moi l’analyse de ces rapports.

Faites écrire à M. Denon, qui était le 21 fructidor (8 septembre) à Vérone, et qui est à présent je ne sais où, que je resterai dans les environs de l’armée jusqu’au 15 vendémiaire (7 octobre); qu’il vienne me joindre à cette époque; que je désire qu’il m’instruise de ce qu’il voit, et de tout ce qui viendra à sa connaissance, et qu’il vous envoie ses lettres, que vous me ferez passer par l’estafette.

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Encouragez Masséna, encouragez les officiers. 60,000 hommes en Italie, c’est le tiers de plus que je n’ai jamais eu. Les vanteries des Autrichiens ne peuvent tromper de vieux soldats; c’est leur habitude. Les Autrichiens n’ont pas 70,000 hommes en Italie, et c’est un ramassis qui ne saurait se mesurer avec mes troupes. Le 4 vendémiaire (26 septembre), je serai à Strasbourg. Bessières est parti hier.

 

Saint-Cloud, 22 septembre 1805

A M. de Talleyrand

Monsieur Talleyrand, donnez ordre au général Junot de se rendre en toute diligence à Paris. Il fera connaître qu’il a un congé. Il laissera son secrétaire de légation ou M. Sérurier. Madame Junot pourra rester à Lisbonne ou revenir à petites journées, selon son désir.

(De Brotonne)